Les miroirs de Suzanne

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Sélectionné pour le « Prix Orange du livre 2019 »

En deux mots:
Suzanne s’est fait cambrioler. Dans le maigre butin des voleurs figurent son journal intime, son histoire d’amour avec un écrivain. Pour ne pas l’oublier, elle décide de la réécrire. De son côté Martin, un jeune livreur, découvre les carnets volés et se passionne pour cette histoire. Romancière et lecteur, un joli duo!

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Le fabuleux destin de l’histoire volée

Dans son troisième roman Sophie Lemp a réuni de façon très originale une romancière et un lecteur. Sans se connaître Suzanne et Martin vont s’abreuver à la même histoire d’amour.

« C’est un matin de printemps. Suzanne est sortie faire une course, en laissant les fenêtres grandes ouvertes pour permettre aux premiers rayons du soleil de pénétrer dans l’appartement. Quand elle revient, peu de temps après, les trois tiroirs de la commode sont renversés. Des vêtements répandus sur le parquet. Papiers et magazines gisent au pied de la table basse. Dans le bureau, l’ordinateur a disparu. » Dès les premières lignes, on peut imaginer le désarroi de Suzanne. Car même si le cambriolage dont a elle a été victime ne l’a pas délestée d’une fortune, elle est fortement traumatisée. D’autant qu’elle va découvrir après une inspection plus approfondie que son journal intime, les carnets dans lesquels elle a raconté son histoire d’amour avec un écrivain, ont également disparu. Des souvenirs envolés et pourtant encore si vifs…
Des souvenirs qui l’obsèdent, l’empêchent de dormir. « Dans la pénombre, elle continue son inventaire. Le cahier au papier ligné, qu’elle avait acheté dans une papeterie non loin de l’église Saint-Germain-des-Prés. Pendant plusieurs années, elle avait opté pour le même modèle; seule la couleur différait. Le rouge avait été celui de son premier baiser, l’été de ses dix-huit ans. Adrien. Comme Antoine, il était écrivain. C’était parce que Antoine avait évoqué ses livres un dimanche que Suzanne avait eu envie de les lire. Elle lui avait écrit, Adrien avait répondu et lui avait donné rendez-vous. Lui aussi avait trois fois son âge. Mais il était libre. Un soir d’été, près du Pont-Neuf, ils s’étaient embrassés. Dans son cahier, Suzanne avait collé un brin de bruyère. Sur la dernière page, alors qu’Adrien venait de lui signifier la fin de leur brève histoire en laissant un message sur un répondeur, elle avait écrit C’est fini. je ne serai plus jamais une petite souris. » Très vite va s’imposer l’idée qu’elle doit reprendre la plume pour raconter à nouveau cette histoire, pour ne pas oublier ces sentiments, les émotions fortes liées à la fois à sa jeunesse – elle entre tout juste dans l’âge adulte –, et à cette relation passionnelle.
Martin vit quant à lui dans un douze mètres carrés du côté de la porte de Montreuil. Il est livreur et arpente les rues de Paris à longueur de journée au lieu de poursuivre ses études supérieures. C’est lui qui va récupérer les carnets, les classer par ordre chronologique et tenter de savoir à qui ils appartiennent, «mais il a seulement découvert que l’auteure était parisienne et née en 1979». En revanche, il va se passionner pour cette histoire.
On suit alors en parallèle les deux parcours, celui de l’auteure qui replonge dans ses souvenirs et reprend la plume et celui du jeune homme, lecteur de cette histoire singulière. Entre un mari qui la néglige et ses fille Nina et Louise qui réclament toute son attention, Suzanne va s’offrir une escapade en Provence pour ne se consacrer qu’à son œuvre, revivre ces émotions si intenses, cet amour total.
Martin partage l’histoire de Suzanne avec Léa, aimerait lui aussi ressentir ce qu’il vient de lire. «Il ne sait pas ce que deviendra cette nuit dans sa vie ni dans celle de Léa. Mais quand il respire, l’air soudain lui semble plus léger.»
Les deux parcours vont-ils finir par se croiser? C’est tout l’enjeu de la fin de ce roman sensible, entre nostalgie et création.

Les miroirs de Suzanne
Sophie Lemp
Allary Éditions
Roman
200 p., 17,90 €
EAN 9782370732668
Paru le 07/03/2019

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Paris. On y évoque aussi un séjour à Marrakech, un autre en Provence via Lyon et Marseille ainsi que Sarlat.

Quand?
L’action se situe de 1995 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Un roman sur la mémoire, l’adolescence et sur ce que deviennent nos premières amours.
Suzanne a quarante ans, une vie tranquille, un mari et deux enfants. Un matin, son appartement est cambriolé. Ses cahiers, journal de son adolescence, ont disparu. Des cahiers qui racontent Antoine, l’écrivain qui avait trois fois son âge, qui racontent cet amour incandescent, la douleur du passage à l’âge adulte.
Martin est livreur, il pédale pour épuiser ses pensées. Un soir, il trouve les cahiers au fond d’une poubelle et dévore ces mots qui le transpercent. Qui le ramèneront à la vie.
« Ne jamais oublier ce que j’ai vécu de fort dans ma vie. Mes émotions, mes peurs, mes joies, mes tristesses. Être sereine. Martin poursuit sa lecture. J’ai quinze ans. En ce moment, j’attends. Mais un jour, tout s’épanouira. Martin sent que quelque chose l’étreint, l’urgence de continuer à lire. »

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com 
Blog A book is always a good idea 

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« C’est un matin de printemps. Suzanne est sortie faire une course, en laissant les fenêtres grandes ouvertes pour permettre aux premiers rayons du soleil de pénétrer dans l’appartement. Quand elle revient, peu de temps après, les trois tiroirs de la commode sont renversés. Des vêtements répandus sur le parquet. Papiers et magazines gisent au pied de la table basse. Dans le bureau, l’ordinateur a disparu. Elle retourne dans l’entrée où elle a l’habitude de laisser quelques bijoux sur le meuble à chaussures. Ils n’y sont plus. Un cambriolage. Pourtant, la porte n’a pas été forcée. Elle va jusqu’à la fenêtre, se penche. La veille, un échafaudage a été installé pour ravaler l’immeuble d’à côté. Les travaux n’ont pas encore commencé. Son cœur s’emballe. Et s’ils étaient encore là? Sa chambre, celles des enfants. Tout semble indemne. La salle de bains. Personne. Ils l’ont sans doute vue sortir de l’immeuble, les fenêtres ouvertes, une aubaine. Une vingtaine de minutes pour emporter un ordinateur, deux bagues et un bracelet de pacotille – elle n’ôte jamais les bijoux auxquels elle tient le plus. Brusquement, elle pense à la broche de sa grand-mère, cachée dans la housse d’un coussin. Elle se précipite dans la chambre. Soulagée, elle devine à travers le tissu le cercle d’or serti de petites perles. Ils n’ont pas eu le temps de chercher. Ils ont pris ce qui était visible, immédiatement à leur portée.
Elle téléphone à Vincent. Heureusement que tu n’étais pas là, lui dit-il immédiatement, avant d’ajouter l’ordinateur commençait à être fatigué. Suzanne sourit. Il lui demande si elle a fait des sauvegardes. Chaque jour ou presque, elle enregistre ses documents de travail sur une clé qu’elle garde dans son porte-monnaie et, régulièrement, stocke les photos sur un disque dur qu’elle range dans la chambre de Nina, à l’intérieur d’une boîte à chaussures, entre deux jeux de société. Ils ne l’ont pas pris? Elle ouvre le placard. La boîte est à sa place. Leurs souvenirs, voyages, ciel, silhouettes se détachant sur la mer. Photos et courtes vidéos, éclats de rire, comptines, bons mots. Elle respire.
Même s’il n’y a pas eu d’effraction, Vincent va prévenir l’assurance, tandis que Suzanne appellera le commissariat. Au téléphone, le policier lui demande de réfléchir à ce qui pourrait avoir disparu. Ils n’ont pas d’objets de valeur. Pas de tableaux. Ne gardent jamais d’argent liquide. Il lui dit de ne toucher à rien, il va envoyer une équipe sur place pour relever quelques empreintes. Suzanne ne savait pas s’ils viendraient pour si peu, elle a hâte qu’ils arrivent.
Les policiers, un homme et une femme, font le tour de l’appartement tout en répondant aux questions de Suzanne. Oui, cela arrive souvent. C’est même de plus en plus fréquent. Ils sont habiles, rapides, rarement plus de deux pour ne pas attirer l’attention. Ils entrent comme ils peuvent et, pendant que l’un fait le guet, l’autre emporte argent, bijoux, tablette, ordinateur, parfois un téléviseur. Ils restent cinq, dix minutes puis repartent, le plus souvent à pied ou dans la camionnette qui les attend. Ils commettent plusieurs cambriolages dans le même pâté de maisons puis s’évaporent. Un autre quartier, d’autres immeubles. L’agent conclut sa visite Vous avez de la chance, ils n’ont pas pris grand-chose. Suzanne frissonne.
Toute la journée, elle lave, aère, range. Elle change les draps des trois lits qui pourtant ne sont pas défaits. Mais peut-être s’y sont-ils assis un instant, peut-être ont-ils soulevé les couettes, les oreillers. Elle étend le linge comme elle peut, sur les portes, le dossier des chaises. L’odeur de lessive se répand dans l’appartement.
Sur le trottoir, devant l’école, Suzanne dit à Nina On a été cambriolés. Le visage de sa fille change, l’inquiétude, les questions, comment sont-ils entrés, qu’est-ce qu’ils ont volé? Elle rassure, répète la phrase du policier, on a eu de la chance, ce n’est pas si grave. Suzanne prend le cartable de sa fille et lui tend un pain au lait. Sur le chemin du retour, elles sont plus silencieuses que les autres jours. Quand Louise revient du collège, sa sœur se précipite pour lui annoncer la nouvelle. De nouveau, l’inquiétude, les questions. Cette fois, c’est une phrase de Vincent qu’elle répète, l’ordinateur commençait à être fatigué. Un sourire immédiat, la joie d’en acheter bientôt un plus rapide, plus moderne, nouveau.
Le soir, Nina veut laisser la lumière du couloir allumée et se relève plusieurs fois pour vérifier que la porte d’entrée est bien fermée. Suzanne finit par se coucher près d’elle, tenant la main de sa fille serrée dans la sienne jusqu’à ce que sa respiration s’apaise, régulière. Louise est en train de lire quand Suzanne va l’embrasser. Elle éteint la lumière et elles commencent à parler dans le noir. La dernière réflexion du prof d’anglais, les fâcheries entre copines, le regard d’un garçon dans le couloir. Puis, tout à coup, Est-ce qu’ils vont revenir?
Elles se sont enfin endormies. Il est tard. Suzanne est allongée sur son lit. Vincent est dans la salle de bains, elle entend le bruit de la brosse à dents électrique. Elle se sent vaseuse et elle sait qu’il va lui falloir plusieurs jours pour oublier. Rien de grave n’est arrivé, Vincent le lui a rappelé toute la soirée. Rien de grave. Du matériel. Mais cela tourne dans sa tête. On est entré chez eux. On a volé des choses qui leur appartenaient et qui sont désormais entre les mains d’inconnus. Les photos ne sont pas perdues, mais elle n’a pas envie que d’autres les voient. La lumière d’un crépuscule en Corse, la neige recouvrant un matin une plage de Normandie, un baiser immortalisé à bout de bras, elle enceinte, nue, le sourire fier de Louise qui venait de perdre sa première dent de lait, les tout petits doigts de Nina née la veille. Et ces textes jamais terminés. Ils sont eux aussi dans le disque dur, personne ne les lira sans doute, pourtant Suzanne est inquiète, contrariée. Heureusement, ses carnets et cahiers sont toujours là. À l’instant où cette pensée la traverse, elle tourne la tête vers le petit meuble bleu qui lui sert de table de nuit. Le deuxième tiroir, le plus profond, est légèrement entrouvert. Elle se redresse brusquement pour l’ouvrir tout à fait. Il est vide. Elle s’agenouille devant le meuble, tâtonne jusqu’au fond, comme si elle avait pu mal regarder, mal chercher. Dedans était rangé son journal tenu entre quinze et vingt-deux ans. Une vingtaine de cahiers. Quelques mois auparavant, après en avoir relu des passages, elle avait acheté dans un magasin de bricolage un coffret métallique qui fermait à clé. Elle n’avait pas envie que ses enfants tombent dessus. Elle fouille aussi l’autre tiroir, regarde sous le lit, mais elle sait qu’elle ne le retrouvera pas. Ils ont dû penser qu’il renfermait des objets précieux et l’ont emporté. Quand Vincent entre dans la chambre, Suzanne est assise par terre, hagarde.
La cour du lycée, faire semblant d’être comme les autres, d’avoir les mêmes goûts, mais se sentir toujours décalée
Madame G. qui, en seconde, lui avait fait découvrir Montaigne et Flaubert
Les frissons parcourant sa peau pendant un concert de Mano Solo
Une promenade dans la garrigue un samedi d’automne
Son premier soutien-gorge en dentelle
Son corps gauche, flottant dans des vêtements trop grands
Un extrait de Manhattan Transfer, de John Dos Passos, recopié puis appris par cœur pour son cours de théâtre
La mort de Barbara
Son premier baiser, juste avant de traverser le Pont-Neuf
L’odeur de la fleur d’oranger en descendant d’un avion au Maroc
La peur récurrente que sa mère tombe malade, qu’elle meure
Des caresses dans un champ
La première fois, un dimanche après-midi en octobre
L’attente d’un coup de téléphone
Venise en hiver
Ce qui était glissé entre les pages, un ticket de cinéma, des violettes cueillies sur un chemin de campagne, un petit bout de carton sur lequel était vaporisée L’Eau d’Hadrien d’Annick Goutal, des lettres écrites jamais envoyées, d’autres reçues, quelques photos.
Et Antoine. Cette rencontre tant espérée racontée dans le premier cahier, le bleu. Sa présence dans chacun des suivants. Leur histoire particulière. Son désir pour lui, grandissant. Les lieux dans lesquels ils avaient été ensemble. Un studio d’enregistrement, un café près de La Motte-Picquet, une librairie, sa voiture, la rue de la Roquette et le boulevard Saint-Germain, une chambre d’hôtel et une chambre d’hôpital, l’appartement dans lequel elle venait d’emménager. Leurs conversations nocturnes, des paroles rapportées, des messages retranscrits. C’est l’ours. Ma douce. Je viens du noir. T’es lumineuse.
Tout ce dont Suzanne se souvient et tout ce qu’elle a oublié. »

Extrait
« Mais aucune de ces pensées ne la retient, elles s’évanouissent et Suzanne revient, malgré elle, au journal disparu. Dans la pénombre, elle continue son inventaire. Le cahier au papier ligné, qu’elle avait acheté dans une papeterie non loin de l’église Saint-Germain-des-Prés. Pendant plusieurs années, elle avait opté pour le même modèle; seule la couleur différait. Le rouge avait été celui de son premier baiser, l’été de ses dix-huit ans. Adrien. Comme Antoine, il était écrivain. C’était parce que Antoine avait évoqué ses livres un dimanche que Suzanne avait eu envie de les lire. Elle lui avait écrit, Adrien avait répondu et lui avait donné rendez-vous. Lui aussi avait trois fois son âge. Mais il était libre. Un soir d’été, près du Pont-Neuf, ils s’étaient embrassés. Dans son cahier, Suzanne avait collé un brin de bruyère. Sur la dernière page, alors qu’Adrien venait de lui signifier la fin de leur brève histoire en laissant un message sur un répondeur, elle avait écrit C’est fini. je ne serai plus jamais une petite souris. »

À propos de l’auteur
Sophie Lemp est romancière et auteure de fictions radiophoniques pour France Culture. Après Le Fil (Éditions de Fallois, 2015) et Leur séparation (Allary Éditions, 2017), Les miroirs de Suzanne est son troisième roman. (Source : Éditions Allary)

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Effraction

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Effraction
Alain Defossé
Fayard
Roman
200 p., 17 €
ISBN: 9782213687025
Paru en août 2015

Où?
Le roman se déroule principalement à Paris, dans le XIXe et aux alentours, mais sont aussi évoquées les localités de Saint-Amand, Rambouillet, Trappes, Coignières, Fort-de-France et Cayenne ou encore des vacances en Espagne.

Quand?
L’action se situe de nos jours, avec des retours en arrière jusqu’au 26 mars 1943, date de naissance d’Anne Rivière, principal personnage du roman.

Ce qu’en dit l’éditeur
Au départ, un simple cambriolage qu’Anne Rivière voudrait considérer comme un non-événement, à peine un fait divers. Depuis quarante ans qu’elle vit seule dans son deux-pièces parisien du XIXe arrondissement, c’est la première fois que l’on fracture sa fenêtre. Elle n’en fait pas un drame. Pourtant, quelque chose s’infiltre par la vitre brisée. Une brèche s’ouvre qu’elle ne pourra plus combler. Elle regarde, témoin d’elle-même, le passé qui s’engouffre. Affluent les images, et les trous noirs dans sa vie. Quand la police lui apprend l’identité de son voleur, un jeune type du quartier, cette dame effacée à l’existence mécanique semble sortir d’un long rêve. La voilà qui arpente les rues et le cherche. Elle découvre son adresse et lui écrit, passe la nuit sur son palier, l’attend au tribunal. Et se souvient de la jeune fille qu’elle fut, qui portait un autre prénom, qui était amoureuse. Avant. Avant un épisode de sa vie qu’elle s’est employée à oublier et auquel son cambrioleur fantôme vient sans le savoir de la ramener.
Alain Defossé explore dans une langue immédiate, froide et sensible, les fêlures intimes d’une femme, sa vocation « borderline ». À travers elle, il éclaire aussi l’opacité de la mémoire française et l’ambivalence des pulsions sexuelles et amoureuses.

Ce que j’en pense
***

Alain Defossé a choisi de dresser le portrait d’une femme de 70 ans, vivant seule depuis des années. Un sujet assez banal que l’auteur parvient à transcender grâce à la façon très particulière dont il nous raconte sa vie.
Tout commence par des éclats de vitre éparpillés. En rentrant chez elle, Anne Rivière découvre qu’elle vient d’être cambriolée. Le ou les voleurs n’ont toutefois pas pris grand-chose : un ordinateur, un chéquier et quelques bijoux qui n’ont pas trop grande valeur. Rien de bien grave en somme. D’ailleurs elle range tout, nettoie et va changer le carreau cassé.
Mais, comme ces tremblements de terre souterrains, cet événement en apparence mineur, va provoquer des ondes de choc successives et, petit à petit, rappeler à Anne tous les événements que sa mémoire avait décidé d’occulter jusque là.
De choses plus ou moins insignifiantes à un drame douloureux, elle va voir défiler sa vie : les vacances en Espagne au volant d’une Dauphine, le mariage avec Claude Germain – qui ne durera pas plus de trois ans – et la rencontre d’Ange, un Antillais qu’elle choisira de suivre au soleil.
C’est à ce moment que son histoire lui échappe. Alain Defossé convoque alors un narrateur pour combler ces «blancs». Anne est-elle bien cette femme retrouvée errante et amnésique à Cayenne ? Rapatriée à l’Hôpital Saint-Anne, elle va essayer de se reconstruire, d’oublier…
A moins que toute sa vie à partir de ce moment ne soit qu’une longue quête pour savoir, à l’image de l’enquête qu’elle mène pour retrouver «son» cambrioleur qui finira lui aussi par disparaître.
Un drame du quotidien, d’une tristesse infinie, que le style épuré de l’auteur rend profondément troublant.

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Extrait
« Quelque chose du passé s’innisce, peut-êtrte. On ne sait pas pourquoi ce cambriolage fait resurgir quelque chose du passé. Peut-être est-ce un simple accroc dans une vie très lisse, qui dévoile, comme une déchirure sur un canapé montre au-dessous quel tissu le recouvrait avant, qu’il était rouge et doré avant d’être beige et neutre, que ça foisonnait au-dessous, les couleurs, les conversations, les postérieurs posés là de morts depuis des lustres, les verres qui s’entrechoquent et les drames qui se dénouent. Cette présence d’un jeune homme dans des meubles trop neufs pour une dame âgée, c’est autant d’anachronisme, du passé qui se glisse sous la porte comme un courant d’air. Cette intrusion a perturbé les ondes magnétiques du temps, si une telle chose existe, le champ magnétique qu’Anne sécrète elle-même, dans lequel elle se meut depuis si longtemps, et qu’elle veut absolument clair et vide, inexistant pour tout dire. » (p. 56)

A propos de l’auteur
Traducteur (notamment de Bret Easton Ellis, Alan Hollinghurst, Sarah Waters, Henry Miller…) et romancier, Alain Defossé a récemment publié On ne tue pas les gens (Flammarion, 2012). Effraction est son neuvième roman. (Source : Editions Fayard)

Site Wikipédia de l’auteur

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