N’oublie rien en chemin

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En deux mots:
Rivka vient de décéder, laissant à sa petite-fille une lettre et ses carnets de moleskine. À leur lecture, Sandra va éclairer les zones obscures de l’histoire familiale et découvrir qu’il n’y a pas de hasard.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

N’oublie rien en chemin
Anne-Sophie Moszkowicz
Éditions Les Escales
Roman
176 p., 16,90 €
EAN: 9782365692687
Paru en mai 2017

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Lyon et à Paris.

Quand?
L’action se situe de nos jours. On y évoque aussi 1997 ainsi que la Seconde guerre mondiale.

Ce qu’en dit l’éditeur
À la mort de sa grand-mère qu’elle adorait, Sandra, quarante ans, se voit remettre des lettres et des carnets de son aïeule. Rivka y livre un témoignage poignant sur sa jeunesse dans le Paris de l’Occupation, les rafles, la terreur, le chaos. Mais il y a plus. Par-delà la mort, la vieille femme demande à sa petite-fille d’accomplir une mission.
Une mission qui obligera Sandra à retourner à Paris, ville maudite, sur les traces de son amour de jeunesse, Alexandre. Un homme étrange, hypnotique et manipulateur dont Sandra ne pensait plus jamais croiser la route… Pour elle, l’heure est venue d’affronter ses démons.
Avec délicatesse, Anne-Sophie Moszkowicz brosse le portrait d’une famille prise dans les tourments de l’Histoire et nous entraîne dans les dédales de la mémoire.

Ce que j’en pense
Sandra, la narratrice de ce roman, va soudain se voir confrontée à son passé ainsi qu’à celui de sa famille. À quarante ans, mariée, mère de trois filles et menant une vie sans histoires dans un bel appartement de Lyon elle est destinataire d’un courrier posthume de sa grand-mère adorée. Une lettre qui résume le propos du livre et en explique le titre: « Je n’ai jamais voulu m’épancher en grands discours, mais, vois-tu, je ne peux me résoudre à ce que tout disparaisse avec moi. Tu trouveras dans cette enveloppe le récit chronologique des événements qui ont constitué ma longue vie. Tu y liras les étapes de ce destin aux sinuosités incroyables qui aura été le mien. De la bête traquée que j’étais à mes vingt ans à la grand-mère respectée, il y aura eu un sacré chemin parcouru, j’en ai bien conscience, malgré l’amertume qui n’a jamais pu me quitter. Bien sûr, tu ne mémoriseras pas tout et beaucoup de choses ne seront d’ailleurs pas dignes d’intérêt. Pardonne-moi d’avance. Mais plus que transmettre, il sagit pour moi de consigner. Consigner les choses. Consigner les choses, les faits, les noms des rues et des gens qui ont compté au cours de mon existence. Un peu comme toi et tes petits Moleskine… J’ai toujours eu la même manie que toi, tu le sais, et le jour est venu de te donner les miens, écrits tout au long de ma vie. Ils ont été mes confidents, quand parler m’était impossible. Tu en trouveras aussi trois neufs pour toi. Vois-tu, j’ai besoin de savoir que la vie continuera après et que l’on ne cessera de remplir des Moleskine. Tu les rempliras plus vite que tu ne le penses.
Voilà ma chérie, je te quitte sur ces mots. Sache que je suis très fière de toi, très heureuse d’avoir connu tes merveilleux enfants. Continue sur cette voie car je ne doute pas qu’elle soit la bonne et n’oublie rien en chemin, ni remords ni regrets. J’espère que ces carnets que je te laisse te permettront d’apprendre sur toi aussi, et sur la vie en général. »
En refermant cette lettre bouleversante, nous voici conviés à remonter le temps, à suivre le parcours de Rivka et son combat contre les forces obscures, mais aussi celui de cette relation privilégiée avec sa petite-fille quand «ne comptaient que les heures passées à discuter, dormir, visionner des films, écouter le silence du vide».
Car Sandra rêve, s’imagine un destin et se voit héroïne d’une histoire exaltante. Elle quitte Lyon et son ami Paul, sage, attentionné et raisonnable, pour Paris où l’attend Alexandre, fougeux, imprévisible et torturé et se voit bien continuer ce parcours entre deux pôles qui ont chacun leurs attraits: «tous deux me satisfaisaient, l’un pour son immédiateté, l’autre pour sa solidité. L’éphémère, le durable». Seulement voilà, il arrive toujour sun moment où la dure réalité, le poids du réel vient se heurter aux constructions illusoires. Où il faut faire un choix.
Un lourd secret va ici faire voler en éclats cette double vie et relier ene fois encore la grand-mère à la petite-fille.
Anne-Sophie Moszkowicz a choisi pour son entrée en littérature de retracer un épisode douloureux de la Seconde Guerre mondiale. À l’instar de plusieurs autres auteurs de sa génération, elle a ressenti la nécessité impérieuse en cette période troublée, de ne rien oublier en chemin. Un roman très émouvant construit de main de maître. Bref, une jolie réussite!

68 premières fois
Blog Les couleurs de la vie (Anne Leloup)

Les autres critiques
Babelio
Cultures J (Patricia Drai)
Blog Livresse des mots 
Black Kat’s blog – Livr’envie
Blog La rousse bouquine 
Blog La bibliothèque de Marjorie 


Anne-Sophie Moszkowicz lit un extrait de son premier roman N’oublie rien en chemin © Production Les Escales

Les premières pages du livre
« Je n’étais pas retournée à Paris depuis l’automne 1997. La dernière fois, je n’avais pas vingt ans et je commençais des études de droit que je ne finirais jamais.
Octobre, novembre, décembre. Trois mois en tout et pour tout, passés là-bas. Cela pouvait sembler court. C’était juste assez pour disparaître. Le temps d’une rencontre, d’un étourdissement et d’une subite envie de tout envoyer en l’air.
Si on s‘y prend bien, on peut faire beaucoup de dégâts en trois mois. Il suffit de croiser un autre chemin et de se demander à quoi ressemblerait sa vie si on bifurquait. Un dernier caprice. On a vingt ans et voilà qu’un regard fasciné vous attrape dans ses filets. Dans le fond, la tentation est toujours trop grande. Si personne ne vous retient, la vie bascule sans que vous puissiez faire marche arrière. J’avais eu cette chance.
Vingt ans après, je débarrasse la table du dîner dans notre appartement lyonnais. Vingt ans après, il y a nos trois filles endormies, et nos oreilles résonnent encore des rires et des pleurs et des jouets qui tombent. Nous nous racontons nos journées à voix basse pour ne pas les réveiller. Paul passe l’éponge sur la table de la salle à manger et je goûte ces dernières minutes paisibles, ce bonheur insouciant, le calme des maisons où les enfants dorment enfin, le frottement régulier d’une éponge sur la toile cirée et la douceur du regard bienveillant d’un mari.
Les jours avaient coulé naturellement pendant vingt ans. Je n’y pensais plus. Ou très peu. Parfois, des souvenirs me revenaient par fragments, mais très vite, le présent se chargeait de les diluer. Avec sa cadence effrénée, le quotidien balayait tout. Il y avait toujours un goûter à préparer, les prochaines vacances à organiser, des plans à terminer pour la maison d’un client. Le passé n’était plus rien devant la fluidité du présent qui m’entraînait sans cesse vers l‘instant d’après. Ces trois mois à Paris semblaient de plus en plus loin, de plus en plus flous… Jusqu’à la lettre de Rivka.
Il avait suffi d’un instant pour que ces souvenirs enfouis refassent surface, plus réels que jamais. »

Extrait
« Beaucoup croient que le pire a eu lieu pendant la guerre. C’est sans doute vrai. Mais l’enfer se poursuivait souvent bien après la fin de la traque. Il fallait rentrer. Où? Retrouver sa famille. Quelle famille? Reconstruire une vie. Que signifiait ce mot? Il fallait tout réapprendre, tout reprendre à zéro, les poches vides, les familles décimées et le cœur en morceaux. Le retour offrait bien des mauvaises surprises, et même si les ressources étaient depuis longtemps épuisées, on n’avait jamais fini d’être un survivant. Plus encore, il fallait revenir parmi eux, eux les traîtres, les indifférents, les complices, ceux qui avaient simplement eu peur, ceux qui avaient fermé les yeux et serré les dents. Pouvait-on les blâmer pour ça? Il est des moments de l’Histoire où tout mériterait de disparaître sous terre. »

À propos de l’auteur
Née à Nice en 1984, Anne-Sophie Moszkowicz vit aujourd’hui à Paris, où elle travaille dans l’édition. Sa famille lui a transmis deux choses: l’importance de la mémoire et la passion des mots. A l’heure de fonder sa propre famille, ses racines la rattrapent. L’écriture s’impose alors à elle. N’oublie rien en chemin est son premier roman. (Source: Éditions Les Escales)

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La promesse de l’autre

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Vilnius rend hommage à Romain Gary 

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En deux mots:
À la fête de la littérature, François-Henri Désérable convoque Romain Gary, sa mère, un certain M. Piekielny, mais nous offre surtout une ébouriffante enquête pleine de chausse-trapes et de vrai-faux souvenirs. Irrésistible!

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

La promesse de l’autre

Devant la maison natale de Romain Gary à Vilnius, un jeune écrivain va tenter de retrouver la trace d’un certain M. Piekielny, voisin mystérieux de l’auteur de La promesse de l’aube.

«En mai 2014, des hasards me jetèrent rue Jono Basanavičiaus, à Vilnius, en Lituanie.» La première ligne de ce délicieux roman sert de fil rouge à l’histoire que François-henri Désérable va dérouler comme une pelote de laine dans laquelle on va adorer s’emmitoufler. Car l’auteur d’Évariste fait une fois de plus la démonstration de son talent à tricoter – et à détricoter – les histoires les fabuleuses.
Si je vous dis d’emblée que le narrateur n’en apprendra guère plus sur ce voisin de Romain Gary qui lui fait promettre de dire à toutes les célébrités qu’il rencontrera qu’«au n°16 de la rue Grande-Pohulanka, à Vilno, habitait M. Piekielny» ne soyez pas déçu. Car l’enquête est en elle-même un passionnant chassé-croisé entre le vécu du narrateur, le fruit de ses lectures, les quelques rares documents et témoignages qu’il peut recueillir et une imagination fertile. Cette joyeuse exploration historico-littéraire est un petit bijou fantaisiste tout autant qu’un brillant hommage à la littérature et à l’un de ses représentants les plus doués dans l’art du camouflage : Romain Gary / Émile Ajar. En prenant le pas de son illustre aîné et en faisant rebondir les repères biographiques avec sa propre histoire, celle d’un hockeyeur pris par une soif de littérature sous le regard ébahi de sa mère, l’auteur fait exploser les codes de la biographie et de l’autofiction pour un feu d’artifice que n’aurait sans doute pas renié Roger Grenier, qui est aussi célébré ici (le hasard voudra que les belles lignes sur l’auteur et éditeur chez Gallimard parurent quelques jours avant sa mort).
En revisitant La promesse de l’aube dont, par parenthèse, l’adaptation cinématographique proposée par Eric Barbier vaut le détour, il se permet toutes les audaces et roule en permanence son lecteur dans la farine. Qui en redemande! Après tout, peu importe si ce monsieur Piekielny n’a existé que dans l’imagination de Romain Gary – à moins que ce ne soit dans celle de François-Henri Désérable : « Ce qui existe, ce qui commencera à exister peut-être un jour, si j’ai beaucoup de chance, ce sont mes livres, quelques romans, une œuvre, si j’ose employer ce mot. Tout le reste n’est que littérature. »
L’essentiel est ici, par la magie du roman, de faire revivre un épisode historique dramatique, celui qui a vu disparaître quelques millions de Juifs d’Europe, dont le voisin de Romain Gary et d’offrir la plus belle des tribunes à notre devoir de mémoire.
S’il est passé fort injustement à côté des Prix littéraires de l’automne, il serait regrettable que vous passiez à côté de cette petite merveille!

Un certain M. Piekielny
François-Henri Désérable
Éditions Gallimard
Roman
272 p., 19,50 €
EAN: 9782072741418
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule en Lituanie, à Vilnius ainsi qu’en France, de Rouen à Nice en passant par Paris. On y évoque aussi des épisodes qui se seraient déroulés à Londres, à Washington, à La Paz…

Quand?
L’action se situe de nos jours avec des réminiscences au siècle dernier.

Ce qu’en dit l’éditeur
« »Quand tu rencontreras de grands personnages, des hommes importants, promets-moi de leur dire : au n° 16 de la rue Grande-Pohulanka, à Wilno, habitait M. Piekielny… » Quand il fit la promesse à ce M. Piekielny, son voisin, qui ressemblait à « une souris triste », Roman Kacew était enfant. Devenu adulte, résistant, diplomate, écrivain sous le nom de Romain Gary, il s’en est toujours acquitté : « Des estrades de l’ONU à l’Ambassade de Londres, du Palais Fédéral de Berne à l’Élysée, devant Charles de Gaulle et Vichinsky, devant les hauts dignitaires et les bâtisseurs pour mille ans, je n’ai jamais manqué de mentionner l’existence du petit homme », raconte-t-il dans La promesse de l’aube, son autobiographie romancée.
Un jour de mai, des hasards m’ont jeté devant le n° 16 de la rue Grande-Pohulanka. J’ai décidé, ce jour-là, de partir à la recherche d’un certain M. Piekielny.»

Autres critiques
Babelio
La règle du jeu (Christine Bini)
Télérama (Fabienne Pascaud)
Culturebox (Anne Brigaudeau)
La Croix (Jean-Claude Raspiengeas)
Le litteraire.com (Jean-Paul Gavard-Perret)
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)


François-Henri Désérable se lance sur les traces de Romain Gary dans son nouveau roman Un certain M. Piekielny. © Production La Grande Librairie

Les premières pages du livre
« En mai 2014, des hasards me jetèrent rue Jono Basanavičiaus, à Vilnius, en Lituanie. Un ami se mariait, il me prit pour témoin. J’aimerais, dit-il, que tu organises mon enterrement. J’objectai que c’était un peu tôt, qu’il avait encore de belles années devant lui, qu’en outre il semblait jouir d’une robuste constitution, mais que le cas échéant je saurais m’occuper de sa veuve. De vie de garçon, précisa-t-il. Ah, dis-je, tu veux dire promenade sur les Champs-Élysées, déguisé en cow-boy ? Il voulait dire strip-tease et hockey sur glace.
Nous prîmes donc des billets pour Minsk, où se tenait un tournoi de hockey qui devait nous servir d’alibi, parce que vois-tu, mon amour, qu’y pouvons-nous si le futur marié est amateur de patins et de crosses, s’il rêve d’assister aux championnats du monde, et s’ils ont lieu cette année en Biélorussie où les filles sont si belles et si
blondes et si promptes à se dévêtir ? »

Extrait
« À la première intersection, je tournai à droite, sur une longue rue que je descendis trois cents mètres, laissant arbitrairement à ma gauche les bulbes verts d’une église orthodoxe (quand trois ans plus tard je devais retourner pour la quatrième fois à Vilnius, les bulbes ne seraient plus verts mais dorés, repeints tels qu’ils étaient à l’origine, tels, penserais-je alors, qu’il avait dû les voir tous les jours en sortant de chez lui) pour continuer encore à droite, rue Jono Basanavičiaus.
Au n°18, sur la façade d’un immeuble de stuc jaune dont le porche donnait sur une cour intérieure, se trouvait une plaque, en lituanien et en français: L’écrivain et diplomate français Romain Gary (vilnius, 1914 – paris, 1980) a vécu de 1917 à 1923 dans cette maison qu’il évoque dans son roman « la promesse de l’aube ». »

À propos de l’auteur
Né en 1987 à Amiens, François-Henri Désérable passe son enfance et son adolescence en Picardie. À quinze ans, il part dans le Minnesota, aux États-Unis, pour s’adonner à sa passion: le hockey sur glace, qu’il a commencé à pratiquer à l’âge de cinq ans. À dix-huit ans, il devient joueur de hockey professionnel, entre en fac de droit et commence à écrire. Tu montreras ma tête au peuple, récits des derniers instants de personnages guillotinés pendant la Révolution française, est publié en 2013 aux éditions Gallimard. Il remporte plusieurs prix dont celui de la Vocation. En 2015, paraît Évariste, biographie romancée sur Évariste Galois, prodige des mathématiques mort en duel à vingt ans. À la rentrée littéraire 2017, avec Un certain M. Piekielny, François-Henri Désérable part sur les traces d’un personnage de Romain Gary, « souris triste » évoquée dans La promesse de l’aube. (Source : fhdeserable.com)

Site Wikipédia de l’auteur 
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la disparition de Josef Mengele

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Voici cinq bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que ce roman répond à une exigence, celle de ne pas oublier, de nous rappeler sans cesse à la vigilance dans un monde qui est loin d’avoir éradiqué les vieux démons.

2. Parce qu’il est non seulement saisissant de constater que Josef Mengele a pu échapper à la traque menée par les chasseurs de nazis, mais qu’il est plus stupéfiant encore de comprendre qu’un « quatrième Reich fantôme » s’est développé en Amérique du sud, prêt à poursuivre sa politique, en espérant une troisième guerre mondiale.

3. Parce que cet homme, recréé avec précision grâce à un formidable travail documentaire, reste et demeure un monstre que rien ni personne n’aura pu faire dévier de son idéologie.

4. Parce que, comme l’écrit Philippe Chauché dans La Cause littéraire « Olivier Guez a traversé l’Amérique du Sud sur les traces du bourreau, sur les traces des nazis cachés, ensevelis un temps par les dénis de l’Histoire, vu ces lieux où les corps en fuite se sont dissimulés, lu et relu des témoignages, des récits, des romans – dont l’admirable Face aux ténèbres de William Styron –, il en a tiré un roman d’une folle ambition, suivre pas à pas ce tortionnaire. Un roman déroutant, par sa rage, par sa force évocatrice, par sa rigueur, sa saveur, sa composition, son style, qui nous plonge au cœur des Ténèbres, de nos propres ténèbres. »

5. Parce que Olivier Guez a reçu le prix Renaudot 2017, ce lundi 6 novembre 2017.

La disparition de Josef Mengele
Olivier Guez
Éditions Grasset
Roman
240 p., 18,50 €
EAN : 9782246855873
Paru en septembre 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
1949 : Josef Mengele arrive en Argentine.
Caché derrière divers pseudonymes, l’ancien médecin tortionnaire à Auschwitz croit pouvoir s’inventer une nouvelle vie à Buenos Aires. L’Argentine de Peron est bienveillante, le monde entier veut oublier les crimes nazis. Mais la traque reprend et le médecin SS doit s’enfuir au Paraguay puis au Brésil. Son errance de planque en planque, déguisé et rongé par l’angoisse, ne connaîtra plus de répit… jusqu’à sa mort mystérieuse sur une plage en 1979.
Comment le médecin SS a-t-il pu passer entre les mailles du filet, trente ans durant ?
La Disparition de Josef Mengele est une plongée inouïe au cœur des ténèbres. Anciens nazis, agents du Mossad, femmes cupides et dictateurs d’opérette évoluent dans un monde corrompu par le fanatisme, la realpolitik, l’argent et l’ambition. Voici l’odyssée dantesque de Josef Mengele en Amérique du Sud. Le roman-vrai de sa cavale après-guerre.

Les critiques
Babelio
Benzine Webzine d’essence culturelle (Delphine Blanchard)
Télérama (Gilles Heuré)
La Croix (Loup Besmond de Senneville)
Le JDD (Marie-Laure Delorme)
La Cause littéraire (Philippe Chauché)
Libération (Alexandra Schwartzbrod)
La règle du jeu (David Samama)
Le blog de Gilles Pudlowski 

Les premières pages du livre
« Le North King fend l’eau boueuse du fleuve. Grimpés sur le pont, ses passagers scrutent l’horizon depuis l’aube et maintenant que les grues des chantiers navals et la ligne rouge des entrepôts du port percent la brume, des Allemands entonnent un chant militaire, des Italiens se signent et des juifs prient, malgré la bruine, des couples s’embrassent, le paquebot arrive à Buenos Aires après trois semaines de traversée. Seul sur le bastingage, Helmut Gregor rumine.
Il espérait qu’une vedette de la police secrète viendrait le chercher et lui éviterait les tracasseries de la douane. À Gênes, où il a embarqué, Gregor a supplié Kurt de lui accorder cette faveur, il s’est présenté comme un scientifique, un généticien de haut vol, et lui a proposé de l’argent (Gregor a beaucoup d’argent) mais le passeur a esquivé en souriant : ce genre de passe-droit est réservé aux très grosses légumes, aux dignitaires de l’ancien régime, rarement à un capitaine de la SS. Il enverra quand même un câble à Buenos Aires, Gregor peut compter sur lui. »

Extrait
« Les plus acharnés croient dur comme fer qu’un quatrième Reich peut revenir en Allemagne. Les autres vivent avec leurs souvenirs, parfois leurs remords, jamais leur culpabilité. »

À propos de l’auteur
Olivier Guez est l’auteur, entre autres, de L’Impossible retour, une histoire des juifs en Allemagne depuis 1945 (Flammarion), Éloge de l’esquive (Grasset) et Les Révolutions de Jacques Koskas (Belfond). Il a reçu en 2016 le prix allemand du meilleur scénario pour le film Fritz Bauer, un héros allemand. (Source : Éditions Grasset)

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Ces rêves qu’on piétine

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En deux mots :
Que peuvent avoir en commun Ava, une enfant née à Auschwitz et Magda, la femme de Goebbels? On va le découvrir en suivant leurs parcours respectifs au moment où le régime nazi s’effondre. Un premier roman solidement documenté et construit comme une tragédie grecque.

Ma note :
★★★★ (j’ai adoré)

Ces rêves qu’on piétine
Sébastien Spitzer
Éditions de l’Observatoire
Roman
304 p., 20 €
EAN : 9791032900710
Paru en août 2017
Lauréat du Prix Stanislas 2017

Où?
Le roman se déroule principalement en Allemagne, à Berlin, Auschwitz, Buchenwald, Stöcken et Mieste, mais également en Hongrie, à Komarom, en Belgique, à Bruxelles et Vilvoorde, en Moravie, entre Brno et Olomouc, en Russie, à Nemmersdorf

Quand?
L’action se situe en 1945.

Ce qu’en dit l’éditeur
Sous les bombardements, dans Berlin assiégé, la femme la plus puissante du IIIe Reich se terre avec ses six enfants dans le dernier refuge des dignitaires de l’Allemagne nazie. L’ambitieuse s’est hissée jusqu’aux plus hautes marches du pouvoir sans jamais se retourner sur ceux qu’elle a sacrifiés. Aux dernières heures du funeste régime, Magda s’enfonce dans l’abîme, avec ses secrets.
Au même moment, des centaines de femmes et d’hommes avancent sur un chemin poussiéreux, s’accrochant à ce qu’il leur reste de vie. Parmi ces survivants de l’enfer des camps, marche une enfant frêle et silencieuse. Ava est la dépositaire d’une tragique mémoire : dans un rouleau de cuir, elle tient cachées les lettres d’un père. Richard Friedländer, raflé parmi les premiers juifs, fut condamné par la folie d’un homme et le silence d’une femme : sa fille.
Elle aurait pu le sauver.
Elle s’appelle Magda Goebbels.

Ce que j’en pense
La Seconde guerre mondiale continue de hanter les écrivains, qu’il s’agisse d’en faire le thème central de leur livre où en y intégrant cette période dans une fresque plus large. Historien de formation, Sébastien Spitzer a choisi pour son premier roman un angle bien particulier, celui des derniers jours du régime nazi, va à la fois du côté des vainqueurs (mais dans quel état !) et des vaincus (mais dans quel état !).
Ava incarne la première catégorie. Cette toute jeune fille est née dans le bloc 24-A à Auschwitz d’une mère qui servait au divertissement de ses geôliers. Pour elle la vie dans le camp, mais aussi après avoir réussi à fuir, ne se limite qu’à une chose : survivre.
En un contraste saisissant, la seconde catégorie est incarnée par Magda, une icône du régime: « Magda rajuste son chignon du plat de la main. Elle plisse ses yeux gris d’orage. Elle est un peu cernée. Redresse et gonfle sa poitrine, teutonique. Elle n’a jamais été la plus belle femme du pays, mais elle a de l’allure. Une beauté hors d’âge, imperméable. Magda se plaît encore. Elle lisse son tailleur sur ses hanches. »
Très vite, le lecteur va comprendre que cette femme qui vient prendre ses quartiers dans le bunker berlinois d’Adolf Hitler au moment où la vie ville subit un bombardement en règle, n’est autre que l’épouse du ministre de la propagande nazie, Joseph Goebbels. Grâce à une construction astucieuse, le lecteur est invité à suivre successivement le destin de l’une et de l’autre. Le lien entre les deux récits, aussi inattendu qu’historiquement avéré s’appelle Richard Friedländer.
Issu d’une famille de commerçants juifs berlinois, il est le père adoptif de Magda et l’une des victimes du plan d’épuration des juifs. Sébastien Spitzer nous offre de lire les lettres qu’il envoie à sa fille depuis le camp de concentration où il a été interné et où la mort l’attend. « Richard Friedländer a été. Il a lié son destin à celui de votre famille. Je suis Markus Yehuda Katz, fils de Salman et d’Olga Sternell. Et cette chaîne de mots, de moi, de nous, de noms infalsifiables, vous rattrapera, où que vous soyez. Il n’y aura pas d’oubli. Nous sommes le peuple qui doit durer, celui qu’on ne peut pas éteindre… Un jour, on se souviendra de lui comme de tous ceux qu’on a voulu faire disparaître, en vain. »
Et même si ces lettres sont apocryphes, les faits qu’elles relatent sont tout autant documentés que les dernières heures du régime et qui prendre la dimension d’une tragédie grecque en faisant de Magda une Médée moderne, soucieuse de ne pas offrir à ses enfants les images de la capitulation. « Elle a porté beaucoup d’enfants. Sept en tout : Harald, Helga, Hildegarde, Helmut, Holdine, Hedwig, Heidrun. Les prénoms des six derniers commencent par un « H », à la gloire de ce régime qui a fait d’elle une grande dame. Celui aussi de Harald, son aîné, né quand rien n’était encore, avant le putsch de la Brasserie, avant les premiers faits divers qui feraient parler d’eux. Ses enfants servent la grande cause. La sienne, bien sûr, mais aussi celle de l’Allemagne tout entière. Ils seront sacrifiés. Ils tomberont avec elle. »
Pendant ce temps, Ava tente de se relever. Elle fuit avec Judah qui a été raflé, embarqué brutalement avec son père, ses deux oncles et ses cousins.
« Je n’ai même pas eu le temps de l’embrasser, dit-il.
— Qui ça ? demande-t-elle.
— Ma mère. Je n’ai pas pu l’embrasser! Les soldats nous ont tassés dans des trains pour la Pologne. Mon cousin est mort de froid, à côté de moi. C’était la première fois que je voyais un mort. Et il avait mon âge ! Sur le quai de l’arrivée, on a reçu d’autres coups. Olejak nous a sélectionnés, mon père et moi, pour son camp. Je suis devenu un homme au fond d’une mine. »
Là encore, l’ironie de l’histoire vient confronter les deux destins. Les matières premières extraites dans les monts du Hartz par Judah et ses compagnons d’infortune feront la fortune de Harald, le fils de Magda, et de ses descendants. Après avoir produit les piles Varta pour l’armée du Führer, cer derniers possèdent aujourd’hui la plupart des actions du groupe BMW. La notion de vainqueur et de vaincu est donc toute relative, comme le montre ce roman qui va creuser dans l’âme des personnages les raisons qui les font agir, dans le paroxysme des situations leurs motivations les plus intimes. Un premier roman qui est d’abord un grand roman!

Sébastien Spitzer est lauréat du Prix Stanislas, doté de 3.000 euros, qui sera remis en public samedi 9 septembre à 10h30 à Nancy, à l’occasion de la manifestation Le livre sur la Place.

68 premières fois
Blog Entre les lignes (Bénédicte Junger)
Blog Les livres de Joëlle

Autres critiques
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livreshebdo.fr (Léopoldine Leblanc)
Page des libraires (Sarah Gastel) Avec un entretien avec l’auteur
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Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog L’Albatros (Nicolas Houguet)
Blog D’une berge à l’autre
Blog Bricabook 
Blog Le boudoir de Nath
Blog Litteratum Amor (Chantal Lafon)

Les premières pages du livre

Extrait
« Deux autres silhouettes attendent. Judah devine celle d’une enfant. À ses flancs, c’est la femme qui s’est tournée vers lui, et l’observe au milieu du chaos. Elle semble si calme. Elle murmure quelques mots à l’oreille de la petite. Elles attendent quelque chose… On dirait qu’elles ont un plan.
Judah entend les chiens rendus fous. Les soldats rôdent dehors. Ils traquent les fuyards. Combien de chiens? Un. Deux. Peut-être trois. Ils clabaudent, grognent, grattent, claquent leurs canines à vide et labourent de leurs griffes les parois extérieures. Puis les bêtes à fuyards se détendent et s’élancent à l’affût d’une nouvelle proie. C’est le moment. Judah a repéré une fracture entre deux planches. Il la palpe, éprouve sa résistance.
C’est jouable.
Le souvenir de sa mère lui redonne des forces. Elle est restée chez eux, à Komarom. Son visage. Ses mains. Ses paroles et ses caresses. »

À propos de l’auteur
Journaliste indépendant, l’auteur a publié des enquêtes sur l’Iran, les Etats-Unis et le terrorisme international : Raisons d’Etat, contre-enquête sur le juge Bruguière (éditions Privé, 2007) et Ennemis intimes, les Bush, le Brut et Téhéran (éditions Privé, 2006). (Source: http://www.livreshebdo.fr)

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Focus Littérature

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L’été en poche (52)

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Une forêt d’arbres creux

En 2 mots
Une famille des déportés arrive à Terezin. Le père, employé au bureau d’architecture va résister par le dessin. La culture comme porte de sortie de ce court roman. Poignant.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

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Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes (epub)

L’avis de… Delphine Peras (Lire)
« Antoine Choplin restitue avec une immense sobriété les conditions de vie éprouvantes, la faim, la maladie, la promiscuité, les humiliations. Son talent d’écriture n’est pas en reste pour faire sentir la pointe du crayon gras sur la feuille et l’art comme ultime échappatoire. »

Vidéo
Olivier Barrot présente «Une forêt d’arbres creux» dans son émission Un livre, un jour. » © Production France Télévisions

L’été en poche (21)

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Le vieux qui déjeunait seul

En 2 mots
Une jeune serveuse et un vieil habitué vont partager leurs secrets de famille, ce qui va bouleverser leur vie. Un premier roman très réussi!

Ma note
etoileetoileetoileetoileetoile (coup de cœur, livre indispensable)

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Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Françoise Dargent (Le Figaro)
« Jolie graine de romancière, Léa Wiazemsky n’aurait pas fait rougir sa célèbre mère Régine Deforges avec ce roman moins convenu qu’on ne pourrait le penser à la vue du titre et du postulat de départ. Les voix sonnent juste, l’histoire coule fluide. On s’attache réellement aux deux personnages, croqués avec tendresse mais sans mièvrerie. En ces temps où le cynisme est souvent salué, Léa Wiazemsky ose écrire que la délicatesse, la douceur et la fragilité ont encore leur mot à dire. Il est bon de le rappeler. »

Vidéo


Léa Wiazemsky présente «Le vieux qui déjeunait seul» © Production librairie Mollat

L’été en poche (16)

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Le dernier des nôtres

En 2 mots
Werner Zilch rencontre Rebecca Lynch à New York. C’est le début d’une histoire d’amour, mais aussi une plongée dans le passé de leurs deux familles. Werner va découvrir qu’il est «Le dernier des nôtres», Rebecca que sa mère a vécu l’enfer des camps. Un roman puissant, des émotions fortes, une question lancinante… Qu’aurions-nous fait à leur place ?

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Marc Lambron (Le Point)
« Très habilement, l’auteure nous fait aussi sentir l’écart qui sépare deux époques : les années 40 étaient placées sous le signe du tragique et de la liberté, les années 60 y substituèrent l’hédonisme et l’égalité. Cela donne un obus romanesque fort bien tourné, virtuellement calibré pour des traductions, et caréné comme une Maserati Sebring (1965). Que demande le peuple? »

Vidéo


Adélaïde de Clermont-Tonnerre présente son dernier roman, «Le dernier des nôtres» (Grasset) qui relie l’Allemagne de 1945 et le New York des années 70 par une histoire d’amour impossible. © Production MyBoox.

Nous, les passeurs

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En deux mots
Portrait d’un Juste, médecin interné en camp de concentration, par sa petite-fille qui découvre un pan de l’histoire familiale. Une quête chargée d’émotion, un témoignage bouleversant.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai vraiment beaucoup aimé)

Nous, les passeurs
Marie Barraud
Éditions Robert Laffont
Roman
198 p., 18 €
EAN : 9782221197905
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule principalement dans la région bordelaise, à Talence, Bordeaux, ainsi qu’à Compiègne, puis en Allemagne, au camp de Neuengamme, à Lübeck et Hambourg.

Quand?
L’action se situe de nos jours, mais la quête de l’auteur remonte jusqu’à la Seconde guerre mondiale.

Ce qu’en dit l’éditeur
« J’ai voulu raconter l’histoire de mon grand-père et, par ricochet, celle de ses deux fils. J’ai voulu dire ce qui ne l’avait jamais été, en espérant aider les vivants et libérer les morts. J’ai pensé que je devais le faire pour apaiser mon père. Ces mots, c’est moi qu’ils ont libérée. »
Qui est ce grand-père dont personne ne parle ? Marie, devenue une jeune femme, décide de mener l’enquête, de réconcilier son père avec cet homme disparu à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Albert Barraud, médecin, fut un résistant, arrêté par les Allemands. Marie découvrira son rôle protecteur auprès des autres prisonniers. Destin héroïque d’un homme qui consacra sa vie aux autres jusqu’à sa disparition en mai 1945, sur le paquebot Cap Arcona bombardé par l’aviation britannique… Au terme d’un voyage vers la mer Baltique avec son frère, Marie va défaire les noeuds qui entravaient les liens familiaux.

Ce que j’en pense
Le hasard fait quelquefois bien les choses. Après avoir terminé la lecture de Outre-Mère de Dominique Costermans, retraçant la recherche généalogique menée par la petite-fille d’un collaborateur des nazis, j’ai commencé celle de ce récit retraçant un parcours assez semblable. Sauf que cette fois, c’est le portrait d’un Juste, d’un résistant mort après avoir enduré durant des années la vie en camp de concentration que nous livre sa petite-fille. De ce singulier téléscopage, et aussi paradoxal que cela puisse paraître, je relève d’abord des similitudes. Comme cette difficulté à dire les choses. Alors que l’elle aurait pu s’attendre à ce que l’on dresse un piédestal à ce héros, Marie se heurte à un mur de silence. Celui de sa grand-mère qui «jamais ne laissa échapper la douceur d’un seul souvenir», celui de son oncle et surtout celui érigé par son père, pour qui le sujet était tabou : « Parler d’Albert Barraud ou prononcer son nom, c’était accepter de voir le visage de mon père s’assombrir et son regard se noyer dans le vide. »
La seconde similitude tient à la psychogénéalogie. Partir à la recherche de son passé, essayer de cerner la vie de ses ancêtres est une entreprise périlleuse. Une quête qui tient souvent d’un besoin. Celui de comprendre, de se comprendre. Dominique Costermans aurait fort bien pu écrire aussi ces lignes: « Notre vie peut prendre chaque jour la forme de nos folies, mais elle reste, finalement, le prolongement des vies de ceux qui nous ont précédés. Qu’on le veuille ou non, nous venons compléter un cycle. Et je perçois aujourd’hui qu’ignorer ce qui fut avant nous, c’est perdre une partie de ce que nous sommes supposés devenir. Héros ou bourreaux, nos ancêtres nous transmettent bien plus que leur nom. »
Après la mort de sa grand-mère, après avoir arpenté de nombreuses fois la rue qui porte le nom de son grand-père sans connaître la raison de cet honneur, après s’être plusieurs fois heurté au déni paternel, Marie a fini par se voir confier un carton chargé de lettres, de photos. Des souvenirs qui ont attisé sa curiosité jusqu’à ce jour de novembre 2014 où elle décide d’entamer des recherches plus approfondies et parvient très vite à découvrir que son grand-père, médecin à l’hôpital Saint-André de bordeaux était un résistant très actif qui finit par être dénoncé. À la Kommandantur, l’intervention de son père, colonel, servira à lui faire éviter une exécution programmée. Il sera transféré à Compiègne, puis en camp de concentration à Neuengamme. Alors que son épouse et ses enfants espèrent qu’il réussira à tenir le coup et espèrent son retour, son statut de médecin lui permet d’obtenir un statut particulier. Il sera chargé de secourir ses compagnons d’infortune, au premier rangs desquels figure Roger Joly, l’un des rares hommes qui s’en sortira et apportera à Marie un témoignage aussi capital que poignant sur la vie dans le camp, sur la façon dont le médecin essayait de sauver le plus de monde, mais aussi sur les exactions commises par les nazis.
Et quand en avril 1945, les alliés se rapprochent, tous les prisonniers sont contraints de gagner la mer Baltique et d’embarquer par milliers sur des bateaux conçus pour quelques centaines de personnes tout au plus. L’aviation britannique enverra par le fond tous ces navires et provoquera la mort d’Albert Barraud, ajoutant une dimension tragique supplémentaire à son destin.
Mais l’histoire que Marie Barraud découvre et nous raconte avec pudeur et simplicité est aussi celle d’une famille qui a rendez-vous avec la vérité. Une vérité qu’elle ne voulait pas entendre jusque là. Les pages consacrées à son voyage avec son frère autant que la lettre de son père qui referme le livre m’ont ému aux larmes et confirmé combien l’auteur a réussi son entreprise : « J’ai voulu dire ce qui ne l’avait jamais été, en espérant aider les vivants et libérer les morts. J’ai pensé que je devais le faire pour apaiser mon père. Ces mots, c’est moi qu’ils ont libérée. »

68 premières fois
Le Blog du petit carré jaune (Sabine Faulmeyer)
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Les lectures de Martine (Martine Galati)
Blog Les livres de Joëlle (Joëlle Guinard)
Blog La bibliothèque de Delphine-Olympe (Delphine Depras)
Blog Mes écrits d’un jour (Héliéna Gas)
Blog Livres de Malice (Alice Théaudière)
Blog T Livres T Arts  (Annie Pineau)
Blog Mon petit chapitre (Anne Dionnet)

Autres critiques
Babelio 
La Vie (Yves Viollier)
Blog Pikobooks 
Blog Mémo Émoi 
Blog Histoire du soir


Présentation du livre par l’auteur (Production Librairie Mollat)

Les premières pages du livre

À propos de l’auteur
Il y a des vocations que les générations d’une même famille se transmettent naturellement. Chez les Barraud c’est la médecine. Une seconde nature. Une raison de vivre. Pour Marie Barraud, il en sera autrement. Son instinct, sa grande sensibilité et son inépuisable détermination, elle va les mettre au service de l’art. Elle sera comédienne. Formée chez Michel Galabru puis Blanche Salant ou elle découvre Strasberg et Stanislavski, elle s’envole enfin pour New York ou elle intègre les cours de John Strasberg, fils du célèbre professeur. Elle grandit sur le terrain entre séries télé, programmes courts et cinéma mais c’est surtout au théâtre que cette amoureuse des mots trouve son épanouissement. Lorsqu’on l’écoute parler de son métier, on découvre que finalement elle aussi guérit, soulage et accompagne l’âme des spectateurs. Marie a donc hérité de cette fibre familiale et la plus grande preuve réside dans ce premier roman. Avec Nous, les passeurs (2017), elle a su apaiser les siens. (Source : Éditions Robert Laffont)

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Le dernier des nôtres

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Le dernier des nôtres
Adelaïde de Clermont-Tonnerre
Éditions Grasset
Roman
496 p., 22 €
EAN : 9782246861898
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule en parallèle en Allemagne, à Berlin, à Peenemünde, à Nordhausen, Reutte, Oberammergau, à Oranienburg-Sachsenhausen, Nassenheide, Sommerfeld, Herzberg, Alt Ruppin, Neuruppin, Herzsprung et Auschwitz et aux Etats-Unis, à New York, à Berkeley, Novato et San Francisco ainsi qu’à Hawthorne dans le New Jersey, à Fort Bliss et à El Paso au Texas, à La Nouvelle-Orléans et dans une localité proche de Bâton-rouge en Louisiane, à Wainscott. La ville de Rouen y est également évoquée.

Quand?
Le roman se déroule en parallèle sur deux époques : en 1969 et les années suivantes d’une part, en 1945 et les années suivantes d’autre part. Bien entendu, les deux récits vont finir par se rejoindre.

Ce qu’en dit l’éditeur
« La première chose que je vis d’elle fut sa cheville, délicate, nerveuse, qu’enserrait la bride d’une sandale bleue… » Manhattan, 1969 : un homme rencontre une femme.
Dresde, 1945 : sous un déluge de bombes, une mère agonise en accouchant d’un petit garçon.
Avec puissance et émotion, Adélaïde de Clermont Tonnerre nous fait traverser ces continents et ces époques que tout oppose : des montagnes autrichiennes au désert de Los Alamos, des plaines glacées de Pologne aux fêtes new-yorkaises, de la tragédie d’un monde finissant à l’énergie d’un monde naissant… Deux frères ennemis, deux femmes liées par une amitié indéfectible, deux jeunes gens emportés par un amour impossible sont les héros de ce roman tendu comme une tragédie, haletant comme une saga.
Vous ne dormirez plus avant de découvrir qui est vraiment « le dernier des nôtres ».

Ce que j’en pense
****
Dans un entretien avec la journaliste Karine Vilder, Véronique Ovaldé exliquait que «Ce qui nous est imposé, le milieu où l’on naît, est une des plus grandes injustices, car on doit ensuite faire avec, modeler notre existence à partir de cette donnée qu’on ne maîtrise pas. Il y a donc des gens qui restent et des gens qui partent.» Une analyse qui s’applique parfaitement à ce magnifique roman d’Adélaïde de Clermont-Tonnerre et rapproche «Le dernier des nôtres» de «Soyez imprudents les enfants».
L’auteur y fait alterner les chapitres, nous racontant en parallèle l’ascension professionnelle et la passion amoureuse de Werner dans le New York des années soixante et d’autre part le drame vécu par la famille Zilch à la fin de la Seconde guerre mondiale, alors que Dresde s’écroulait sous le poids des bombes.
Le contraste entre ces deux histoires confère au récit une intensité dramatique qui culminera au moment où le lien se fera, où l’on comprendra que l’enfant que Luisa met au monde dans un décor apocalyptique avant de mourir n’est autre que l’ambitieux patron de la société de transactions immobilières Z & H. Dans les premières pages du roman, son regard découvre la cheville d’une jeune femme dont il décide qu’elle sera la femme de sa vie. Pour avoir ses coordonnées, il ne va pas hésiter à emboutir sa voiture tout en laissant un message d’excuse. S’il avait davantage suivi la presse People, il aurait pu éviter cette collision. Car l’élue de son cœur n’est autre que Rebecca Lynch, fille de l’une des plus grosses fortunes de la ville. Werner, sous les yeux effarés de son ami et associé Marcus, va déployer une énergie et une créativité folle pour conquérir la jeune fille. Qui va finir par succomber à son charme. Toute l’habileté d’Adelaïde de Clermont-Tonnerre consiste alors à nous entraîner dans un maelstrom d’émotions. La belle romance ne va pas durer…
C’est dans une Allemagne à feu et à sang que Marthe Engerer, la belle-sœur de Luisa, se voit confier le nouveau-né qui a déjà failli mourir à plusieurs reprises. Pour tenter de le sauver, elle va traverser l’Allemagne et tenter de rejoindre l’équipe de chercheurs et de scientifiques qui travaille à l’élaboration des V2 et dont faisait partie Johann, le mari de Luisa. Un voyage périlleux à l’issue incertaine. Et si elle va parvenir à rejoindre Werner von Braun, à échapper à l’armée soviétique puis à rejoindre les Etats-Unis, c’est au prix de quelques arrangements avec la réalité. Elle se fait passer pour Luisa, l’épouse de Johann et retrouve dans le camp où l’équipe est recluse son mari Kasper. Les deux frères Zilch sont aussi dissemblables que possible, même si physiquement ils se ressemblent comme s’ils étaient jumeaux.
Marthe va alors prendre peur et tenter de protéger son neveu. Avant de fuir, elle prend le soin de laisser un message dans la doublure de ses habits : « Il s’appelle Werner. Werner Zilch. Ne changez pas son nom. Il est le dernier des nôtres. »
La belle Rebecca, qui file le parfait amour avec Werner, présente ses parents au jeune homme. Mais le dîner est dramatique et provoque leur séparation.
« Je traînais ma rage et ma mélancolie. Rien n’avait de saveur depuis que Rebecca m’avait quitté. J’étais ulcéré par la manière dont elle m’avait traité. Une année de mots tendres et de projets s’étaient évaporés en une soirée. »
Au fil des pages, on comprendra que la mère de Rebecca, rescapée des camps de la mort, à cru voir un fantôme lorsque Werner lui a été présenté. Werner comprendra aussi que se histoire ne s’arrête pas à ses parents adoptifs Andrew et Armande Goodman et que, contrairement à ce qu’il affirme haut et fort, il a bien quelque chose « à voir avec ce fou qui découpait des pauvres femmes en enfer » avant qu’il ne naisse.
Les derniers chapitres, au cours desquels les révélations et les coups de théâtre vont se succéder, au cours desquels nos sentiments vont jouer aux montagnes russes, au cours desquels on craint d’être confronté au pire alors que l’on espère que le meilleur sont écrits par une plume virtuose. Les jurés du Grand-Prix de l’Académie française ne s’y sont pas trompés. On les félicitera pour leur choix et, plus encore, on conseillera à tous la lecture de ce roman qui réussit le tour de force de rallier les amateurs de belles histoires d’amour aux passionnés de récits historiques, sans qu’à aucun moment le récit ne soir manichéen. Je me répète : l’exercice est d’une virtuosité rare !

Autres critiques
Babelio
RTL (Laissez-vous tenter – Bernard Lehut)
ELLE (Adèle Bréau)
Le Point (Marc Lambron)
Culturebox (Anne Brigaudeau)
France Inter (L’amuse-bouche – Clara Dupont Monod)
Le JDD (Interview de l’auteur par Ludovic Perrin)
MyBoox (présentation vidéo par l’auteur)
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Carobookine 
Blog Blablablamia

Découvrez les vingt premières pages du livre

Extrait
« Les paupières de la jeune femme se fermèrent à nouveau. Ce moment de calme dura une minute, peut-être deux, puis le mouvement du doigt de Luisa sur son petit garçon cessa, et dans les paumes jointes de Victor Klemp, l’étroite main de la jeune femme se relâcha. Il eut le sentiment puissant, bien qu’absurde pour un rationaliste tel que lui, de sentir l’âme de la mourante le traverser. Une fraction de seconde, un palpable mouvement d’ondes, et elle n’était plus là. Le médecin reposa le bras encore souple de Luisa sur la table, le long de son corps. Il regarda l’enfant lové contre sa mère, rassuré par une chaleur qui ne tarderait pas à s’éteindre, posé sur un cœur qui avait cessé de battre. Les deux soldats cherchèrent une confirmation dans ses yeux. Le médecin détourna le regard. Il avait vu des atrocités ces derniers jours, mais jamais il ne s’était senti si vulnérable. Alors qu’il levait la tête, ses yeux rencontrèrent le portrait d’une Vierge à l’Enfant. La Madone, épargnée par les bombardements, les avait veillés le temps de cet épouvantable miracle. »

À propos de l’auteur
Adélaïde de Clermont-Tonnerre, ancienne élève de l’Ecole normale supérieure, est journaliste et romancière. Son premier ouvrage, Fourrure (Stock) a été récompensé par cinq prix littéraires, dont le prix des Maisons de la Presse et le prix Sagan. Il était également finaliste du Goncourt du premier roman. (Source : Éditions Grasset)

Site Wikipédia de l’auteur

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Une forêt d’arbres creux

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Une forêt d’arbres creux
Antoine Choplin
La fosse aux ours
Roman
116 p., 16,00 €
ISBN: 9782357070653
Paru en mai 2015

Où?
Le roman se déroule à Terezin, ex Theresinestadt, aujourd’hui en République Tchèque.

Quand?
Le récit commence en décembre 1941 et se poursuit sur les mois suivants.

Ce qu’en dit l’éditeur
TEREZIN, RÉPUBLIQUE TCHÈQUE, décembre 1941.
Bedrich arrive dans la ville-ghetto avec femme et enfant. Il intègre le bureau des dessins.
Il faut essayer de trouver chaque matin un peu de satisfaction en attrapant un crayon, jouir de la lumière sur sa table à dessin, pour enfin s’échapper du dortoir étouffant, oublier la faim, la fatigue et l’angoisse.
Chaque jour se succèdent commandes obligatoires, plans, aménagements de bâtiments. Chaque nuit, le groupe se retrouve, crayon en main, mais en cachette cette fois. Il s’agit de représenter la réalité de Terezin sans consigne d’aucune sorte.
Et alors surgissent sur les feuilles visages hallucinés, caricatures. Tout est capté et mémorisé la nuit puis dissimulé précieusement derrière cette latte de bois du bureau des dessins.

Ce que j’en pense
****
Les hasards de mes lectures (mais y-a-t-il vraiment un hasard) m’ont fait découvrir Antoine Choplin après avoir terminé La zone d’intérêt de Martin Amis. Les deux livres ont été pour moi un même choc, même s’ils sont stylistiquement parlant à des années-lumière.
Ici, pas de provocation, pas d’ironie. Antoine Choplin choisit une écriture très classique, une phrase poétique pour rendre compte de l’horreur des camps. Ce choix rend du reste encore plus fort le contraste entre la dureté des conditions de vie et l’horreur de ce camp de transit où périrent quelque 33000 personnes et la beauté formelle du récit.
Nous suivons Bedrich, Johanna et Tomi à leur arrivée en décembre 1941. La mère et l’enfant sont placés dans le quartier des femmes, le père dans un braquement insalubre avec ses compagnons d’infortune. Son savoir-faire l’amène à intégrer le bureau des dessinateurs où il est notamment chargé des plans du crématorium. « Bedrich s’emploie à l’harmonie des façades, à l’équilibre visuel de la construction dont la funeste vocation, par de longues intermittences, disparaît de son esprit. »
Assez vite, avec ses collègues, il entend profiter de son statut un peu privilégié et entreprend de résister à sa manière. Sa mission et celle de quelques autres du bureau des dessins, consiste à élaborer pour les visiteurs « un album, florilège brillant, témoin du bien-vivre et des harmonies de Terezin ». On assiste notamment à des travaux surréalistes d’embellissement du camp avant la venue d’une délégation de la Croix-Rouge.
Mais Bedrich veut que le monde sache la vérité « sensible et nue ». Avec ses amis, ils font ce qu’ils savent le mieux faire et dessinent, racontent ce que subissent les déportés et racontent leur quotidien par l’image.
«Il lève les yeux vers Ungar, comprend ce à quoi s’emploie sa main alerte, les files d’attente devant les dépôts de nourriture ; de l’autre côté Bloch en termine avec l’esquisse de plusieurs figures humaines hallucinées, rassemblées en d’étranges postures…» Bien entendu, il leur faut cacher soigneusement leurs œuvres afin d’éviter les représailles, mais surtout pour que leur acte de résistance soit utile. Car très vite on comprend que face à la barbarie, la culture est un vrai rempart. C’est du reste le message qu’il entend transmettre à ses congénères et à son épouse : « Il lui disait combien les livres et les choses du savoir, c’était important. Le calcul, la poésie. Même ici, à Terezin, ça comptait. Surtout ici, il a ajouté, ici et maintenant, à Terezin. »
Un combat poignant, à l’issue incertaine, mais qui offre aussi par sa dimension artistique une porte de sortie : « Enfin, peut-être qu’un surplus de finesse ferait sourdre cette chose minuscule et que trahirait à leurs visages un je-ne-sais-quoi d’étincelant et de dérisoire : un peu d’espoir, voilà, ravivé par les propos d’Ungar mais maintenant endossé par chacun d’eux. Après tout – c’est ce à quoi pense Bedrich -, on pourrait bien finir par échapper aux convois vers l’Est, et il faudrait bien qu’un de ces jours tous ces murs s’effondrent. »
Un court roman qui est aussi un grand livre !

Autres critiques
Babelio
L’Express
Un livre, un jour (Olivier Barrot)
Blog Le Grenier à livres
Blog Addict Culture
Blog Sur la route de Jostein
Blog D’une berge à l’autre
Blog Les livres de Joëlle
Blog Cannibales lecteurs

Extrait
« Décembre de l’année 1941. Bedrich arrive à Terezin, avec sa femme Johanna et son fils Tomi qui n’a pas encore un an. La musette qu’il s’est pendue autour du cou bat contre le haut de ses cuisses et son poids lui brûle la nuque. Au bout du bras replié jusqu’à l’épaule, il tient un sac de grande taille qui roule d’un flanc à l’autre au rythme de ses pas. De son autre main, il tire un ballot en toile robuste qui traîne au sol. Tomi est dans les bras de sa mère, protégé par une couverture qu’elle maintient rabattue tout autour de lui.
Ils marchent face au vent hivernal. À l’unisson, tous les corps s’inclinent à son encontre, formant un amas gris et homogène, à la flèche univoque et que souligne d’autant le lest des bagages. Quelques arbres isolés, de ceux que l’on peut remarquer tandis que l’on s’approche des remparts et que les bois s’estompent, dessinent des obliques prononcées elles aussi, tendues à la rencontre des hommes. » (p. 12-13)

A propos de l’auteur
Antoine Choplin est l’auteur de Radeau, du Héron de Guernica et de La Nuit tombée (prix France Télévisions 2012). (Source : Editions La fosse aux ours)

Site Wikipédia de l’auteur

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