Après le monde

RYCHNER_apres_le_monde
  RL2020

En deux mots:
De 2022 à 2049, la population mondiale essaie de survivre après une catastrophe qui a fini par faire exploser le système. Face à la pénurie, on essaie de s’organiser, mais l’insécurité gagne du terrain. Faut-il désormais chercher son salut en prenant la route?

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Quand notre monde aura explosé

Le roman post-apocalyptique d’Antoinette Rychner est certes un appel à prendre en compte l’urgence climatique, mais il est aussi bien davantage. Quand tout s’effondre, comment (re)définit-on alors l’Humanité?

L’actualité avec ses événements climatiques à répétition et la mise en garde de scientifiques – les plus alarmistes nous expliquant qu’il est déjà trop tard – fournissent la matière aux romans post-apocalyptiques. En cette rentrée, Sandrine Collette avec Et toujours les forêts et Antoinette Rychner avec Après le monde nous en livrent deux versions qui ne laissent guère espérer un avenir radieux pour la planète.
L’événement déclencheur de la catastrophe est ici situé le long d’une ligne de faille, le long de la Côte Ouest des États-Unis. À la suite d’un ouragan entrainant des dizaine de milliers de morts, le processus systémique s’enclenche et les dominos tombent les uns après les autres : la faillite des compagnies d’assurances entraine la faillite des banques et celui du système économique. Les réseaux électriques et les réseaux de communication cessent de fonctionner, l’anarchie gagne du terrain d’autant que d’autres événements climatiques se produisent. En quelques mois à peine la planète aura totalement changé de visage, renvoyant les populations quelques siècles en arrière. Désormais il faut trouver de quoi se nourrir, de quoi se chauffer, de quoi se protéger. Ce sont ces premières années post-catastrophe que racontent Christelle et Barbara, deux femmes qui ont composé des «chants de témoignage» et qui reviennent d’un exil au Maramures où les conditions de vie semblaient devoir être meilleures, car basées sur «un mode de vie traditionnel, déconnecté des technologies. L’environnement y était préservé ; à coup sûr une région à haut potentiel de résilience.» Un renversement des valeurs qu’Antoinette Rychner va aussi utiliser pour rendre encore davantage saisissant son récit. La communauté se retrouve du côté de La Chaux-de-Fonds, dans cette Suisse qui était jusque-là l’un des pays les plus prospères, mais aussi les plus régulés et les plus propres. Le contraste avec ce nouveau monde, construit sur les nécessités vitales, n’en est que plus frappant. Désormais, les hôpitaux ou les dentistes sont abandonnés faute d’énergie capable de faire fonctionner leur technologie. «Sont arrivés la typhoïde, la dysenterie, le choléra.»
Désormais ce sont de petits groupes d’humains qui tentent de se construire un avenir, car «le concept même de nation avait perdu en signification. Les enjeux étaient devenus régionaux, l’aspiration identitaire s’était reportée sur des appartenances locales: bassins hydrographiques, nœuds du panorama, vallées et montagnes.»
Mais comme au Maramures, les communautés ne vont pas tarder à se heurter aux candidats désireux de s’installer dans ces havres préservés. Les «étrangers» deviennent un problème, semblant attirer avec eux tous les périls. Les «Frères Helvètes» entendent définir qui est autorisé à vivre là en édictant des règles censées définir le bon et le vrai suisse. Aussi simpliste que dangereux.
Christelle – taxée d’intellectuelle – va du reste faire les frais de cette dictature qui ne dit pas son nom et devoir partir à nouveau. Avec famille et amis, elle prend alors la direction de Hambourg où il semble exister une communauté plus ouverte et tolérante…
Antoinette Rychner passe alors de l’anticipation à la dystopie, en posant la question de la place de la culture dans un monde qui doit d’abord construire une agriculture, qui doit d’abord trouver des règles de vie en commun. Mais, elle nous fait aussi comprendre la nécessité de pouvoir s’appuyer sur les «chants», les récits qui élargissent cet horizon limité, la possibilité de s’imaginer un lendemain.
Saluons tout à la fois la construction audacieuse du roman avec ces chants rétrospectifs, chronique d’une catastrophe et de ses suites, qui viennent ponctuer cette errance vers un monde meilleur et la solide documentation sur laquelle s’appuie le récit, le rendant du coup vraisemblable.
Et ce ne sont pas les prévisions de l’agence européenne de l’environnement qui viendront nous rassurer…

200211_Lemonde_evenements_climatiques© Le Monde du 21 février 2020, source: agence européenne de l’environnement

Comme le disait un slogan il y a quelques années, slogan qui résume bien Après le monde: au poids des mots vient ici s’ajouter le choc des idées.

Signalons, pour ceux que le sujet passionne une bibliographie de travail, à télécharger sur le site internet d’Antoinette Rychner. On y trouvera notamment les ouvrages suivants dont j’ai rendu compte :
Black-Out de Marc Elsberg
Ostwald de Thomas Flahaut
Trois fois la fin du monde de Sophie Divry

Après le monde
Antoinette Rychner
Éditions Buchet-Chastel
Roman
288 p., 18 €
EAN  9782283033258
Paru le 3/01/2020

Où?
Le roman se déroule en principalement en Suisse, du côté de La Chaux-de-Fonds. La catastrophe initiale a lieu le long de la Côte Ouest des États-Unis, puis on prend la direction des Maramures en Roumanie. On y évoque aussi un exil vers Hambourg puis Malmö, en passant par l’Allemagne et la France.

Quand?
L’action se situe de 2022 à 2049.

Ce qu’en dit l’éditeur
Novembre 2022. Un cyclone d’ampleur inédite ravage la côte ouest des États-Unis. Incapables de rembourser les dégâts, les compagnies d’assurance font faillite; à leur suite, le système financier américain s’effondre, entraînant dans sa chute le système mondial. Plus d’argent disponible, plus de sources d’énergie, des catastrophes climatiques en chaîne, plus de communications… En quelques mois, le monde entier tel que nous le connaissons est englouti.
Antoinette Rychner s’est inspirée des théories de la «collapsologie» pour bâtir ce roman. S’y déroulent en alternance les aventures de quatre personnages qui tentent de survivre dans une société condamnée à réinventer ses propres logiques, parfois au prix de la barbarie; et une «épopée» chantée par deux femmes, le soir à la veillée.
Ce récit des origines raconte l’avant et l’après-catastrophe, soulevant concrètement des interrogations politiques, humaines et sociales: l’humanisme est-il l’apanage des sociétés qui vont bien? Ou est-il possible d’inventer, au cœur même du désastre, de nouvelles façons de vivre ensemble et d’habiter le monde?
Un roman visionnaire et inspirant, alors que les questions environnementales sont devenues incontournables.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Kroniques.com
Le Courrier
RTS (Espace 2 – Caractères)

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« CHANT POUR SE SOUVENIR
C’était l’année 2023. Sur les huit milliards d’habitants que comptait la terre, environ un milliard et demi de personnes vivaient dans des pays appelés « pays développés à économie de marché ». Nous en faisions partie. Nous consommions, en moyenne, plus de 250 litres d’eau potable par jour et par personne – par année, plus de 3 000 litres de pétrole. Nos ménages s’élevaient à 2,5 personnes. Ils participaient à la production de centaines de millions de tonnes de déchets par an, garantissaient la consommation destructrice de masse et contribuaient à dévaster le monde ; nous le reconnaissions.
Cependant, nous commandions des Fairphones, ou téléphones équitables. Question de conscience. De responsabilité, estimions-nous, qui préférions le pain multicéréales au pain blanc, le poulet fermier au poulet issu de l’élevage intensif, le sirop sans colorant au sirop grenadine, les snacks alternatifs aux chips industrielles. Nous qui, au confort standardisé des hôtels, privilégiions les hébergements classés « insolites » tels que nuit sur la paille, en tipi ou cabane sylvestre, nous qui suivions des formations continues et nous inscrivions à des ateliers en tout genre : yoga, bien sûr, mais aussi biodynamie appliquée au jardin. Nous qui inscrivions nos enfants à des stages d’éveil musical, d’écriture ou de danse conçus pour eux, les portions jusqu’à leurs 15 kg dans des porte-bébés ergonomiques et les emmenions voir des expositions sur la question du genre, destinées aux sept à douze ans. Nous qui nous abonnions à des paniers bio, adhérions à la philosophie du zéro déchet et fréquentions des lieux de vente en vrac – même si, pour les consommables tels qu’ampoules, cartouches d’encre ou sel pour lave-vaisselle, nous cédions à la commodité des grandes surfaces. Nous qui participions à des marches anti-énergies fossiles tout en brûlant force combustible pour relier habitat et travail, loisirs et quotidien, ville et campagne.
Nous qui, contrairement à d’autres groupes sociaux, ne lavions pas nos voitures les jours de congé, ne possédions pas de téléviseur, faisions du maquillage un usage limité, et, sauf subtil second degré, ne portions pas d’accessoires incrustés de brillants. Nous dont l’appartenance aux catégories socio-professionnelles dites supérieures élevait le pouvoir d’achat au-dessus de la moyenne, ce qui faisait de nous une cible très réceptive aux produits de niche ; nous qui petit à petit étions parvenues à nous assurer, lors des fêtes d’anniversaire, que personne ne s’amène avec un cadeau en plastique fabriqué en Asie.
Dans les cinq années précédentes, vingt millions d’emplois avaient disparu de nos marchés, dont un quart en Europe. Nos taux de chômage explosaient. Explosait également l’économie dite « collaborative », et nous usions de plateformes telles qu’Uber, Airbnb, Netflix, BlaBlaCar ou eBay. Que ce soit via l’impression de tickets à domicile, le virement en ligne ou la part croissante d’autres services que nous nous rendions à nous-mêmes, nous participions volontiers à la rationalisation des coûts déplaçant le travail des entreprises vers les clients. Le salaire, toutefois, restait le moyen principal de distribution des revenus. À l’échelle planétaire, des emplois sous-payés se créaient par milliers tous les jours, tandis que se suicidaient les agriculteurs. Alors qu’une masse énorme de capital circulait au-dessus de nos têtes, il devenait insoluble de financer les assurances sociales et les investissements pour nos collectivités. Paradoxalement, une pléthore de biens nous environnait, produite avec toujours moins de travailleurs – issus de nos populations, du moins.
En toutes circonstances, nous devions saisir nos données ; nom, prénom et adresse, numéro de carte de crédit. Nous votions. Nous votions à gauche. Nous ne savions plus qui élire, et avions une vision vraiment incertaine de l’avenir. Nous parlions de valoriser la diversité. De promouvoir la mixité. Il nous était pénible de converser avec nos vieux parents lorsque leurs propos se teintaient de xénophobie. Nos contacts avec eux se limitaient essentiellement à leur confier nos enfants un jour par semaine. Le moment venu, nous les placions dans des maisons de retraite. Nous travaillions. Nous travaillions tout le temps. Nous négociions des temps partiels. Nous cumulions des mandats. Périodiquement, nous nous déclarions « sous l’eau » mais nous savions planifier, et rationalisions absolument tout. Nous exécutions, nous ne cessions d’optimiser nos capacités d’exécution.
Deux fois par an, nous allions nous faire détartrer les dents.
Nous savions que certaines matières premières s’étaient d’ores et déjà raréfiées. Une grande part de l’électricité mondiale provenait d’un charbon de plus en plus médiocre. À un certain stade, l’extraire et le transporter représenterait une perte nette.
Nous savions que pour se maintenir, et continuer d’emprunter, les sociétés d’exploitation minière devaient continuellement étendre les territoires sur lesquels elles possédaient des droits. En dépit des variations de prix du pétrole, d’ultimes tours de passe-passe regonflaient le crédit et accroissaient – la dette enflant – le développement du commerce, du trafic aérien, maritime et routier, l’industrie des technologies et de l’armement. Bon nombre de centrales nucléaires vieillissantes n’étaient plus sûres, tandis que nos espoirs de voir des méthodes vertes se substituer à ces sources dangereuses se heurtaient à de nouveaux dilemmes : l’extraction de métaux rares, indispensables à la fabrication des éoliennes comme des panneaux solaires, devenait dévoreuse d’énergie en soi.
La pollution des sols, des nappes phréatiques et de l’air atteignait des seuils critiques. L’effet de serre s’était amplifié, avec pour conséquence des épisodes de canicules prolongées, des inondations et des tempêtes.
Insectes, oiseaux, vers de terre disparaissaient à toute vitesse.
Au-delà de certaines limites, nous en avions désormais la certitude, les écosystèmes basculeraient et la biosphère nous deviendrait hostile. Du point de vue géophysique, les grands cycles de la nature, celui de l’eau, du carbone ou de l’azote avaient déjà commencé à se détraquer. Le problème était que nous ne le croyions pas. Nous ne croyions pas ce que nous savions. Seule montait l’anxiété : jamais l’espérance de vie n’avait été si élevée et, cependant, notre angoisse semblait de plus en plus difficile à calmer.
Pour conserver la vie que nous connaissions, des inégalités étaient-elles nécessaires ? Ces sacrifiés sociaux dont nous percevions l’existence, étaient-ils désignés par une entité supérieure, devaient-ils leur sort au hasard, méritaient-ils les conditions qui leur étaient réservées, en qualité de sous-productifs, d’assistés, de fainéants ou, dans le cas des étrangers, d’êtres culturellement voire génétiquement inférieurs ?
En définitive, comment, et de quoi vivraient nos enfants ? Les présidents, les ingénieurs, les cadres supérieurs en savaient-ils plus que nous ? Quels buts poursuivaient réellement la gouvernance ou la recherche, hormis différer indéfiniment les menaces toujours plus folles qui pesaient sur nos têtes ?
Quand tomberait l’échéance ?
Des leaders rassuraient les masses. Nous avions nous aussi nos héros, nos chantres. Nous accouchions à domicile ou en maison de naissance, sans péridurale. Nous adorions les huiles essentielles, et portions la Mooncup. Nous créions des faire-part originaux, nous parlions de l’instant présent. Du lâcher-prise. De pleine conscience. Nous achetions des livres sur le véganisme et aimions tout particulièrement organiser des brunchs.
Tous les trois mois ou presque, nous apprenions qu’une de nos connaissances était atteinte d’un cancer. Des études accusaient l’usage de pesticides, la pollution, les pressions subies au travail. Nulle multinationale n’endossait les coûts de ses méthodes, toutes les charges se reportant sur des États dont les revenus diminuaient. Quant aux produits jugés dangereux, nos gouvernements perdaient peu à peu les moyens de les interdire.
Les régimes de Sécurité sociale qui avaient existé n’avaient plus cours. Partout, des assurances privées entraient en vigueur. Leurs primes plongeaient les ménages en défaut de paiement. En parallèle, d’onéreuses complémentaires garantissaient organes artificiels, prothèses illimitées, cellules cultivées en organisme animal tandis qu’à travers le monde, des millions de déplacés fuyaient des dictatures, des famines ou des guerres, jetés sur les routes, parqués dans des camps, coincés le long de frontières.
En ce qui nous concernait, nous voulions bien nous montrer charitables, et de bonne volonté. Malgré tout, nous nous inquiétions du nombre d’arrivants et tenions pour évident que nos immigrés méconnaissaient les réalités des sociétés qu’ils avaient cherché à rejoindre, idéalisant l’accès à la sécurité, à la liberté et surtout au confort et au pouvoir d’achat – ne rêvant, en définitive, que de consommer à leur tour plus de 250 litres d’eau potable par jour et par personne, pour plus de 3 000 litres de pétrole par année.
Quoi qu’il en soit : ceux dont la vie n’était pas directement menacée se verraient refuser l’hospitalité. En réalité, nous le savions, une telle situation était intenable sans violence. Et au fond de nos êtres, le sens commun restait intact : entre nous et n’importe quel autre habitant de la Terre, peu importe les écarts de culture ou la puissance du marketing, la différence était minime.
Lorsqu’il s’agissait de convertir tout cela en opinion, nous répétions nos mantras : il nous appartenait de démonter les infâmes méthodes populistes qui, aux millions de lésés, de sans-emploi, de prolétaires et de classes moyennes étranglées, offraient des groupes à exclure, à haïr pour se défouler. C’était bien simple : nous condamnions l’extrême droite. Et nous condamnions les murs érigés aux frontières. Nous condamnions également le commerce des armes, les restrictions de la liberté de presse, le commerce de l’ivoire et condamnions encore, au passage, la survaccination des populations occidentales.
Il était urgent, déclarions-nous, de remettre sérieusement en cause le système capitaliste, la croyance au développement par la croissance, notre mode de vie à lourde empreinte écologique. Mais, bordel, chaque fois que nous tentions d’appréhender la question du pouvoir, nous aboutissions aux mêmes impasses : rien à attendre de nos autorités schizophréniques, qui d’un côté s’efforçaient de promouvoir les efforts écologiques, de l’autre encourageaient des libertés de consommation sans limites. À supposer qu’un élu ait seulement cherché à entreprendre une transition acceptable, initier une prospérité sans croissance ou défendre nos biens communs, la pression des lobbys lui aurait arraché tout levier.
Quant à la contestation citoyenne, voilà longtemps que nous avions commencé – quoique abonnées à des organisations de cyber-militantisme international et accoutumées à signer entre 8 et 12 pétitions par semaine – à douter qu’il existât jamais quelque possibilité d’opérer une révolution à large échelle.
Qu’avions-nous fait de notre foi ?
Imprégnées de culture chrétienne, nous étions mine de rien plus attachées aux traditions que nous le croyions, et célébrions plus d’un rite annuel. Certaines d’entre nous avaient été baptisées, mais nous ne baptisions point nos enfants. Certes, le déclin des églises, leur détérioration en tant que patrimoine nous faisait de la peine ; pour autant, nous ne croyions pas en Dieu.
Certaines disaient : je crois qu’après la mort il y a quelque chose. Nous aimions la bande dessinée. Le cinéma d’auteur. Les arts plastiques et ceux de la scène. Nous fréquentions des festivals et parmi nous, il s’en trouvait qui travaillaient dans le management culturel. D’autres peignaient, étaient photographes professionnelles ou médiatrices auprès de publics classés « empêchés ».
Nous discutions passionnément de l’influence grandissante des jeux vidéo. Nous évoquions l’intelligence artificielle, la connexion des données, les réalités virtuelles, nous tentions d’imaginer le moment où nos corps deviendraient superflus et en quoi consisterait le dépassement des humains par les machines.
Penser que, dans un monde qui se détruisait, le fait de rester créatives préservait notre intégrité nous soulageait beaucoup.
Après coup, il nous arriverait de penser que rien (ni la création artistique, ni la philosophie, ni le divertissement, ni la signature de pétitions en ligne) n’aurait dû sembler aussi important que la lutte contre des compagnies commerciales géantes, infinies avaleuses de ressources. Et qu’il aurait fallu, pour commencer, identifier les fondements de ce système qui, en coupant les liens unissant nos actes à la conscience morale, interdisait à chacun d’endosser ses responsabilités.

Extrait
« Avec ça, le concept même de nation avait perdu en signification. Les enjeux étaient devenus régionaux, l’aspiration identitaire s’était reportée sur des appartenances locales: bassins hydrographiques, nœuds du panorama, vallées et montagnes. » p. 84

À propos de l’auteur
Antoinette Rychner est née en 1979. Autrice de nombreuses pièces de théâtre, elle a obtenu pour son premier roman Le Prix, publié dans la collection «Qui Vive» en 2015, le prix Michel-Dentan et le prix suisse de littérature 2016. (Source: Éditions Buchet-Chastel)

Site internet de l’auteur

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#Aprèslemonde #AntoinetteRychner #editionsbuchetchastel #hcdahlem #roman #LitteratureFrancaise #dystopie #lecteurscom #bouquiner #livresque #rentreelitteraire #rentree2020 #Bloglitteraire #collapsologie #postapocalypse #RL2020 #RentréeLittéraire2020 #litteraturefrancaise #Suisse
#NetGalleyFrance #MardiConseil

Et toujours les forêts

COLLETTE_et_toujours_les_forets
  RL2020  coup_de_coeur

Sélectionné pour le Prix RTL-LiRE 2020

En deux mots:
Corentin se retrouve seul après une catastrophe qui a détruit la planète. Errant dans un monde sans vie, il veut croire qu’Augustine, qui vivait dans une grande forêt, a survécu. Alors qu’il prend la route, il se demande si le mot avenir à encore un sens, s’il reste quelque chose à construire.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

La vie et rien d’autre

Le paradoxe avec Sandrine Collette, c’est que plus elle s’éloigne du roman noir et plus ses histoires sont noires. À l’image de la planète que retrouve Corentin après LA catastrophe. S’ouvrent alors des perspectives vertigineuses. Un grand roman!

Il s’appelle Corentin et sa jeunesse aurait pu être un enfer. Car c’est peu dire qu’il n’était pas souhaité. Son père a fui et sa mère veut se débarrasser de ce mioche qui va toutefois finir par naître. Alors Marie se retourne vers Augustine, 76 ans, vivant seule dans la maison des forêts. «Chez Augustine tout était froid, désuet, silencieux» et le petit Corentin, qui pleure tous les soirs, ne rêve qu’au retour de de sa mère. Mais le temps passe. «Corentin ne reverrait jamais Marie».
Et si la vieille femme fait peur à l’enfant, d’étranges liens vont finir par se tisser entre eux. Elle l’aide à faire ses devoirs et veut qu’il réussisse. Elle lui apprend les plantes et les étoiles, elle l’encourage à le quitter pour aller étudier dans la grande ville. Il promet de revenir la voir. Promesse tenue, même si les voyages tendent à s’espacer plus longuement.
Car, outre les études, il y a les fêtes. Des fêtes qui «les sauvaient en même temps qu’elles les éloignaient du monde» et qu’il organisait avec des amis dans les catacombes. Une initiative qui leur sauvera la vie quand la terre se mettra à trembler.
«Ce fut la fin du monde et ils n’en surent rien.»
Trop curieux de savoir ce qui s’était passé, les premiers à vouloir regagner la surface mourront. Quand Corentin émerge, il ne trouve qu’une étendue calcinée, vitrifiée. Un monde en noir et blanc où règne un silence pesant. Pour ne pas sombrer dans le désespoir, il cherche de quoi manger et boire et à trouver un abri. Il a alors envie de croire qu’il n’est pas le seul survivant et qu’il va finir par croiser d’autres humains.
Quand la pluie se met à tomber, il exulte. L’eau, c’est la vie. L’eau c’est la promesse d’un avenir. Sauf que cette eau est toxique et qu’il a tout juste le temps de s’abriter pour ne pas être brûlé à son tour.
On le voit, Sandrine Collette n’a pas lésiné sur les moyens pour placer son personnage dans un récit terrifiant, même si on ne saura rien de cette catastrophe. Mais elle a aussi compris, comme Robinson sur son île déserte, qu’il ne peut vivre que si d’autres yeux le voient. Il ne reste un homme que parmi les hommes. C’est pourquoi il part vers la forêt, celle où il a passé son enfance, celle où il espère retrouver Augustine. Sur la route un chien va lui prouver qu’il n’est pas seul. Un petit chien aveugle avec lequel il va désormais avancer. Pour retrouver non seulement Augustine, mais aussi cette humanité envolée en quelques minutes.
Bien davantage qu’une fable écologique, c’est à une leçon philosophique qui nous est proposée ici. Comment un homme peut-il se comporter dans tel monde. Qu’est ce qui est juste? Pourquoi faut-il continuer à avancer? Que valent toutes les choses richesses accumulées au fil des années? Où est le progrès?
Et si le roman n’apporte pas les réponses, il pose les bonnes questions et va nous offrir, au fil des pages autant de surprises que de sujets de réflexion. Après Les larmes noires sur la terre et Juste après la vague, Sandrine Collette poursuit avec maestria son exploration de l’âme humaine dans des circonstances extrêmes et nous offre un grand roman. Précipitez-vous toutes affaires cessantes!

Et toujours les forêts
Sandrine Collette
Éditions JC Lattès
Roman
334 p., 20 €
EAN 9782709666152
Paru le 2/01/2020

Où?
Le roman se déroule en France, dans un territoire forestier puis à Paris et enfin sur une aire géographique qui n’est plus définie.

Quand?
L’action se situe dans un avenir post-apocalyptique plus ou moins proche.

Ce qu’en dit l’éditeur
Corentin, personne n’en voulait. Ni son père envolé, ni les commères dont les rumeurs abreuvent le village, ni surtout sa mère, qui rêve de s’en débarrasser. Traîné de foyer en foyer, son enfance est une errance. Jusqu’au jour où sa mère l’abandonne à Augustine, l’une des vieilles du hameau. Au creux de la vallée des Forêts, ce territoire hostile où habite l’aïeule, une vie recommence.
À la grande ville où le propulsent ses études, Corentin plonge sans retenue dans les lumières et la fête permanente. Autour de lui, le monde brûle. La chaleur n’en finit pas d’assécher la terre. Les ruisseaux de son enfance ont tari depuis longtemps ; les arbres perdent leurs feuilles au mois de juin. Quelque chose se prépare. La nuit où tout implose, Corentin survit miraculeusement, caché au fond des catacombes. Revenu à la surface dans un univers dévasté, il est seul. Humains ou bêtes : il ne reste rien. Guidé par l’espoir insensé de retrouver la vieille Augustine, Corentin prend le long chemin des Forêts. Une quête éperdue, arrachée à ses entrailles, avec pour obsession la renaissance d’un monde désert, et la certitude que rien ne s’arrête jamais complètement.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Actualitté (Victor de Sepausy)
Bepolar.fr
EmOtionS blog littéraire
Blog Miscellanées
Blog Carobookine
Blog The unamed Bookshelf
Blog Encore du noir
LittéLecture Blog

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Les vieilles l’avaient dit, elles qui voyaient tout: une vie qui commençait comme ça, ça ne pouvait rien donner de bon.
Les vieilles ignoraient alors à quel point elles avaient raison, et ce que cette petite existence qui s’était mise à pousser là où on n’en voulait pas connaîtrait de malheur et de désastre. Bien au-delà d’elle-même : ce serait le monde qui chavirerait. Mais cela, personne ne le savait encore.
À cet instant, c’était impossible à deviner.
À cet instant, ce n’était que rumeurs de vieilles femmes, et seuls le lendemain et le surlendemain leur importaient, et le qu’en-dira-t-on, parce que le village bruissait, palpitait, causait sans relâche. Elles, parce qu’elles avaient senti le vent mauvais, elles avaient décidé de fermer leurs oreilles, fermer leur bouche enfin, comme si cela pouvait suffire. Ce n’étaient, au fond, que de très petits soucis, qui ne méritaient pas qu’on en fasse de longs bavardages.
D’ailleurs, au moment où le grand chaos, le vrai, arriverait, les vieilles ne s’y trouveraient sans doute plus pour en parler.
Mais en attendant, elle, elle était là.
Elle s’était accrochée au fond des entrailles de Marie. Comme on dit des bêtes à la campagne, vaches ou brebis ou juments, elle avait pris. Par hasard peut-être, par malchance sûrement, enfin voilà, à présent, il faudrait faire avec.
Marie ne savait même pas d’où elle venait.
Cette petite existence maudite.
*
Marie tenant son gros ventre entre ses mains, les cheveux collés par la sueur malgré la fraîcheur de la nuit.
Marie qui n’y pensait plus, à ce qui avait grandi à l’intérieur de ses tripes, tant les Forêts l’épouvantaient à cet instant. Parce que les vieilles ne l’avaient pas ratée : elles l’avaient relâchée au milieu des ténèbres, au milieu des arbres, à l’exact mi-chemin entre le jour d’avant et celui d’après.
Elles l’avaient relâchée, elles avaient ouvert la porte de la maison décrépie noyée dans les bois noirs, elles l’avaient poussée sur le seuil. Dehors, on ne voyait rien. Une nuit d’encre. Une nuit d’ogre. Elles avaient dit: Va!
Cette porte ouverte, pour la première fois depuis six mois.
Marie avait regardé les vieilles, Alice et Augustine – comme on regarde des folles. Les grands-mères de Jérémie et de Marc. Races de chiens, de dingues, tous.
Marie, elle, ne comprenait plus. Elle avait peur.
Et puis son ventre, tout rond tout lourd.
Elle avait secoué la tête en suppliant.
Aller où?
Mais qu’en avaient-elles à faire, les vieilles?
Six mois enfermée dans une chambre aux volets clos, et Marie retrouvait la liberté en pleine nuit, avec ses dix ou quinze kilos de l’enfant à venir – Marie qui avait reculé à l’intérieur de la pièce.
Alors les grands-mères l’avaient chassée à coups de balai, jusqu’à ce qu’elles puissent refermer la porte sur elle.
Jusqu’à ce que Marie s’éloigne, parce qu’elle le savait : cette porte ne s’ouvrirait plus que pour du malheur.
Il n’y avait pas de lune cette nuit-là.
Même la route minuscule qu’elle suivait hébétée, Marie la distinguait à peine. Parfois elle se prenait les pieds dans une herbe ou dans une ronce, elle tombait à genoux. Elle se relevait en pleurant, une main griffée par les orties, l’autre sur le macadam encore tiède. Elle les passait sous son ventre et se hissait à nouveau debout, à nouveau tremblante. À nouveau aveugle.
Aucune voiture ne passerait avant des heures.
Juste les arbres, avec leurs branches immenses déjetées tels des bras disloqués, et le vent qui faisait des sons étranges, des chuintements, des murmures, des menaces.
Juste les silhouettes étouffantes des châtaigniers et des hêtres au-dessus d’elle, refermées en une voûte infranchissable, leurs racines comme des pièges, leurs oiseaux et leurs insectes réveillés par les sanglots de Marie qui la frôlaient en s’enfuyant dans des bruits mécontents.
Juste les Forêts.
*
Les Forêts n’avaient jamais aimé Marie.
Elles ne la guideraient pas.
Elles ne l’aideraient pas.
*
Marie non plus ne les aimait pas. Elle, c’était la ville, les lumières, une fête permanente. Quand elle avait rencontré Jérémie, elle l’avait arraché à ce territoire envoûtant et mouillé qu’elle détestait. Elle avait fait semblant d’ignorer l’emprise des Forêts sur ceux qui y étaient nés. C’étaient des histoires de bonnes femmes, pensait-elle. Cela ne valait rien face à sa volonté à elle, ses promesses, ses cheveux ondulant dans le vent.
Les Forêts: un pays d’hommes et de vieilles femmes.
Qu’il n’y ait pas de place pour elle – elle s’en moquait. Elle partirait.
Mais pas seule.
Voilà, elle avait emmené Jérémie.
Elle l’avait séparé de sa terre et de ses amis, de sa grand-mère Alice, de son histoire. Rien à foutre.
Et dur comme fer, elle croyait s’être débarrassée de ce pays. Elle croyait que le sort se commande, que la terre trempée n’attache pas forcément sous les chaussures. Elle avait fait jurer à Jérémie de ne pas y remettre les pieds – il avait juré.
Et puis.
Il était revenu un jour, pour un congé, pour une fin de semaine. Pour toujours enfin. Les Forêts l’avaient rappelé comme on siffle un clébard. Il avait accouru la langue pendante et les yeux ravis.
Peut-être était-ce cela que Marie ne lui avait jamais pardonné.
C’était sûr, même.
Ces Forêts maudites.
Marie continuait à marcher sous les arbres ; elle se retournait parfois, comme si les vieilles l’avaient suivie pour la reprendre, la peur la faisait frissonner. Elle entendait son souffle rauquer dans sa gorge et dans sa tête.
Tout plutôt que le bruissement des bois obscurs.
Mal au ventre.
Elle avait cogné sa peau tendue.
Arrête hein.
Elle haïssait cette protubérance qui faisait partie d’elle et qu’elle avait essayé d’arracher en vain, cette excroissance qui ne s’en irait qu’avec l’accouchement, à cause d’Alice et d’Augustine, les grands-mères de ces petits-fils minables, qui l’avaient séquestrée pendant six mois.
Vous n’allez pas faire ça? Putain, vous n’allez pas faire ça?
Six mois.
Pendant les premiers temps de son enfermement, Marie avait pris d’assaut les murs de la chambre, le ventre en avant pour le cogner plus fort, pour que l’enfant passe. Elle l’imaginait comme une sorte d’écureuil perché sur ses organes, qu’un choc un peu plus vif ou un peu de travers finirait bien par faire tomber. Mais le petit – puisqu’il s’avérerait être un petit – s’était accroché tel le vent à une branche fragile ; au bout de quelques semaines, Marie s’était rendue à l’évidence, elle avait compté les jours terribles, il naîtrait, elle n’avait plus d’espoir.
Emprisonnée, Marie, cloîtrée dans une chambre obscure, pour tout ce qu’elle avait abîmé, brisé, anéanti en allant promener ses fesses ailleurs. Pour lui apprendre, pour lui gâcher la vie qu’elle avait gâchée à Jérémie et à Marc – disaient-elles.
Jérémie et Marc, c’était comme les doigts de la main, avant.
Avant Marie.
Celle qui avait fait parler le village entier – une vingtaine de culs-terreux collés à son histoire, à son scandale.
Celle par qui le malheur.
*
Terrifiée par la noirceur des Forêts, par les bruits inconnus de l’air et des bêtes invisibles – elle s’encourageait à voix basse.
La nuit n’en finissait pas. Ses jambes ne voulaient plus porter, plus marcher. Ses yeux exorbités cherchaient une voiture. Une lumière. Quelqu’un.
Son gros bide trop lourd.
*
Au début, elle était amoureuse de Jérémie bien sûr. Elle ne voyait que lui. Elle l’avait épousé. Trop vite. Une année avait passé, et deux, et encore une troisième. C’était long. Elle avait tellement envie de s’amuser.
S’amuser? Même pas.
Le vrai mot, c’était : vivre.
Jérémie, c’était comme un petit chien. Il était toujours là. Marie s’était lassée.
L’été, rompant la promesse qu’il avait faite, ils se retrouvaient
aux Forêts tous les deux. Puis très vite, histoire de chasser l’ennui, tous les trois : avec Marc, l’ami d’enfance de Jérémie.
Chez les grands-mères des garçons – les vieilles salopes, rectifia Marie en silence.
D’accord, quand Jérémie était retourné travailler à la fin des vacances, elle avait couché avec Marc. Cela avait duré deux ou trois mois. C’était une belle arrière-saison. Jérémie venait le week-end, disait que Marie avait besoin de repos, besoin de s’égayer. Voilà, c’était une distraction.
Alors, est-ce que c’était si mal – est-ce que cela valait les hurlements, les coups, les déchirements qui avaient suivi; la bagarre qui avait laissé Jérémie et Marc pantelants, sanguinolents, brouillés à vie.
Jérémie avait claqué la portière de la voiture, il était reparti comme un fou. Il avait abandonné Marie chez la vieille Alice. Elle ne s’inquiétait pas. Elle savait qu’il reviendrait le lendemain – et pas fier. Elle attendait ses excuses. Elle préparait aussi l’explication, car il y en aurait forcément une. Cela lui avait pris une partie de la nuit, et elle n’aurait jamais l’occasion de s’en servir, car Jérémie n’était pas revenu.
Il s’était tué sur la route ce soir-là. Un mauvais virage, là où se tiennent ces immenses platanes qui ne pardonnent pas. Un coup de malchance.
Sa faute à elle – c’est ce qu’avait crié Alice derrière la porte de sa chambre.
*
Marie, elle ne pensait qu’à une chose: partir de là.
Elle se savait enceinte depuis peu. Il fallait qu’elle avorte.
Marc ne répondait à aucun de ses appels. Plus tard, elle apprendrait qu’il avait quitté les Forêts à la nouvelle de la mort de Jérémie. Parti où ? Même sa grand-mère l’ignorait. Il avait seulement dit que ce serait pour toujours.
Marie s’en moquait pas mal. Elle ne s’était pas demandé de qui était la petite saloperie qui lui poussait d’un coup dans le ventre.
Ça ne comptait pas.
Elle voulait juste s’en débarrasser.
Oui bien.
S’il n’y avait pas eu les grands-mères pour l’en empêcher.
Pour crier, derrière la porte verrouillée, qu’elle le porterait jusqu’au bout, son môme, et que toute sa vie, il serait là pour lui rappeler.
*
Marie se traînait dans la nuit sans pouvoir s’arrêter de pleurer. Elle finissait par ne plus avoir peur des Forêts, elle n’avait plus la force.
C’était la fin de l’été, il faisait tiède.
D’autres fois, cela l’aurait amusée de marcher en pleine obscurité en tenant la main à Jérémie – ou à Marc, n’importe lequel, pour la différence qu’il y avait. Ils auraient ouvert leurs mains à la brise, ils auraient écouté la chouette qui hululait même si Marie s’en foutait, ils auraient fait la course dans le noir. Ils auraient inventé des noms aux silhouettes des arbres géants, des noms rien qu’à eux, pour un monde rien qu’à eux.
Tout cela avait volé en éclats.
Elle s’enfuyait des Forêts, son ventre était douloureux, elle ne devait plus le frapper. Il fallait seulement marcher encore et encore. Trouver une voiture qui l’emmènerait à la ville. Après, elle ne savait pas. Après, c’était trop loin. Avec trop de questions.
Parce que ça serait quoi, la vie d’après – ça serait quoi d’être une mère, murmurait une petite voix à l’intérieur, mais ça non, ah non surtout pas, là-dessus les vieilles n’auraient pas gagné, elle le jurait. Elle n’allait pas l’aimer, ce mioche, elle le dégagerait quelque part et elle irait conquérir son paradis à elle, son existence de rêve, elle la méritait, elle l’avait payée d’avance. Un môme, au fond, cela pouvait s’effacer comme un trait de craie sur un tableau. Il suffisait d’un bon chiffon. »

À propos de l’auteur
Sandrine Collette vit dans le Morvan. Elle est notamment l’auteure de Des nœuds d’acier, Il reste la poussière, et Les larmes noires sur la terre, couronnés par de nombreux prix. (Source : Éditions JC Lattès)

Page Wikipédia de l’auteur https://fr.wikipedia.org/wiki/Sandrine_Collette
Page Facebook de l’auteur https://www.facebook.com/Sandrine-Collette-431162406968932/

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

100 chroniques de livre

Challenge NetGalley France 2019

Challenge NetGalley France 2018

Badge Critiques à la Une

NetGalley Challenge 2016

Badge Lecteur professionnel

Tags:
#ettoujourslesforets #SandrineCollette #editionsJCLattes #hcdahlem #roman #LitteratureFrancaise #unLivreunePage. #livre #lecture #books #blog #littérature #bloglittéraire #lire #livresaddict #lectrices #lecteurs #lecteurscom #bouquiner #livresque #rentreelitteraire #rentree2020 #RL2020 #auteur #book #writer #reading #RentréeLittéraire2020 #litteraturefrancaise #coupdecoeur #NetGalleyFrance

À crier dans les ruines

KOSZELYK_a-crier_dans_les-ruines

RL_automne-2019

Logo_premier_roman

coup_de_coeur

Sélectionné pour le prix Stanislas du premier roman
Talents Cultura de la rentrée

En deux mots:
La catastrophe de Tchernobyl pousse Léna à fuir une terre irradiée, laissant derrière elle Ivan, son amoureux, et ses belles promesses. C’est désormais en France qu’elle doit se construire un avenir… qui la conduira vingt ans plus tard à revenir dans la cité martyr de Pripiat.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Retour à Tchernobyl

L’émotion sourd de toutes les pages du premier roman d’Alexandra Koszelyk. «À crier dans les ruines» est un chant d’amour à une terre, à un serment de jeunesse, mais aussi une terrible déchirure.

Je vous parle d’un temps que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître, de ce 26 avril 1986 où un accident nucléaire dans la centrale de Tchernobyl a soudain transformé les belles certitudes sur le progrès et les avancées de la science en un drame mortel qui a secoué le monde. Je vous parle d’un temps où l’Allemagne et la Suisse interdisaient la consommation de légumes de son potager et où le fameux nuage s’étant arrêté à la frontière, la France ne «courait aucun risque». Je vous parle d’un temps où l’information sur la catastrophe, les victimes, le traitement du problème et la zone contaminée était très parcellaire, en grande partie censurée par les autorités russes (et quand on voit le traitement de l’accident nucléaire des derniers jours, on se dit que rien n’avait vraiment changé de ce côté).
Je vous parle d’un temps qui a fait basculer du jour au lendemain la vie de milliers de personnes, notamment celle de Léna, le personnage au centre de ce beau roman.
Les premières pages se déroulent en 2006, vingt ans après la catastrophe, au moment où Léna arrive à Kiev pour s’inscrire à une excursion vers Pripiat avec quelques touristes dont la curiosité est plus forte que le risque encouru. Mais pour elle, on va le comprendre très vite, ce voyage revêt un caractère autrement plus important: elle revient dans la ville où elle a passé son enfance, dans la ville où elle a connu Ivan, auprès de l’arbre sur lequel a été gravé la preuve de leur amour, là où elle a fait un serment qu’elle n’aura pu tenir.
Le brutal arrachement à cette terre frappe aussi ses parents et sa grand-mère Zenka qui laisse derrière elle, dans le train de l’exil, «son chez-soi, sa langue, et des amis déjà enterrés». Dimitri, son père, a pu trouver un emploi à Flamanville, non loin de Cherbourg, où ses connaissances dans le domaine nucléaire sont appréciées.
Suivent alors des pages fortes sur l’exil et sur la façon dont on peut essayer de surmonter ce déchirement. Léna trouve un réconfort dans la lecture : «Les livres n’étaient pas seulement des outils pour apprendre le français ou pour s’évader: ils comblaient cette absence qui la dévorait et étaient un pont de papier entre les rives de ses deux vies. La lueur d’une bougie blèche au fond d’une caverne.»
La lecture et l’écriture. Car l’adolescente espère toujours que ses lettres trouveront Ivan qui, de son côté lui écrit aussi. Des lettres qu’il n’envoie pas, mais dans lesquelles il dit son espoir puis sa peine. Il raconte la vie à quelques kilomètres de ce maudit réacteur n°4 et le fol espoir né après la chute du mur de Berlin. Il raconte comment la douleur s’est transformée en colère: «J’ai longtemps espéré ton retour. En 1990, j’ai cru chaque jour que tu reviendrais. Tu sais ce que ça fait d’attendre? D’espérer? Quand ça s’arrête, on tombe de haut. Je croyais en toi, en ta force, en notre complicité. Mais ce n’était que du vent. Comme les autres. Tu es comme les autres. Dès que tu as franchi cette putain de frontière à la con, tu m’as oublié. Peu importe ce qu’on avait vécu. Pfft, du vent! Les promesses ne tiennent que le temps d’être dites.»
On aura compris dès les premières pages que Léna n’a rien oublié. Mais peut-on effacer vingt ans de sa vie et retrouver ses racines?
La plume sensible d’Alexandra Koszelyk – qui a eu la bonne idée d’aller, à l’instar de Jean d’Ormesson, chercher son titre dans les poèmes d’Aragon – donne à ce roman une profondeur, une humanité, une force peu communes. Si bien que je n’ai qu’une certitude en refermant ce roman: il ne sera pas inutile de crier dans les ruines, car le message sera entendu!

À crier dans les ruines
Alexandra Koszelyk
Éditions Aux forges de Vulcain
Premier roman
240 p., 19 €
EAN 9782373050660
Paru le 23/08/2019

Où?
Le roman se déroule à Pripiat, commune proche de Tchernobyl, située dans la zone interdite ainsi qu’à Kiev puis en France, principalement à Cherbourg et Flamanville. On y évoque aussi le voyage de l’exil passant par Kiev, Jytomyr, Ternopil, Lviv, Tarnów, Cracovie, Varsovie, Poznań, Francfort et un séjour en Italie, à Sorrente.

Quand?
L’action se situe de 1986 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
L’odyssée d’une jeune femme, déterminée à retrouver son pays et son amour, tous deux détruits par Tchernobyl. Lena et Ivan sont deux adolescents qui s’aiment. Ils vivent dans un pays merveilleux, entre une modernité triomphante et une nature bienveillante. C’est alors qu’un incendie, dans l’usine de leur ville, bouleverse leurs vies. L’usine en question, c’est la centrale de Tchernobyl. Et nous sommes en 1986. Les deux amoureux sont séparés. Lena part avec sa famille en France, convaincue qu’Ivan est mort. Ivan, de son côté, ne peut s’éloigner de la zone, de sa terre qui, même sacrifiée, reste le pays de ses ancêtres. Il attend le retour de sa bien-aimée. Lena, quant à elle, grandit dans un pays qui n’est pas le sien. Elle s’efforce d’oublier. Mais, un jour, tout ce qui est enfoui remonte, revient, et elle part retrouver le pays qu’elle a quitté vingt ans plus tôt.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Livres Hebdo (Nicolas Turcev)
Blog Just a word (Nicolas Winter)
L’Albatros, le blog de Nicolas Houguet
Blog Les chroniques de Koryfée (Karine Fléjo)
Blog Agathe the Book
Blog Sur la route de Jostein
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Daily Mars
Culturez-vous (entretien avec l’auteur)

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Quand Léna arrive à Kiev, elle ne s’attend à rien ou plutôt à tout. Des odeurs de son enfance, la musique de sa langue natale, les dernières images avant son exil. Mais de fines particules assombrissent les lumières de la ville, la grisaille embrume ses souvenirs. Des silhouettes la frôlent et semblent appartenir à un autre temps. Quand elle remonte le col de sa veste, un homme lui fait signe de l’autre côté de la rue puis s’approche. À quelques mètres d’elle, il découvre son erreur: il l’a prise pour une autre. Elle comprend à peine ses excuses en russe. Léna regarde la silhouette, celle-ci n’est déjà plus qu’un point à l’horizon.
«À la prochaine à droite, vous serez arrivé à votre destination.»
La voix métallique du GPS la sort de sa rêverie. Au bout de l’allée clignotent les néons de l’agence de voyages. Elle pousse la porte, de l’air chaud enveloppe ses mollets. Derrière le comptoir se tient une femme qui lui tend un dépliant. Ici, une seule destination est proposée.
«Pour vous rendre dans la ville fantôme Pripiat, vous prendrez notre bus. Il y a un seul aller-retour par jour. Quand vous serez dans la zone contaminée, vous ne resterez jamais seule. Vous suivrez la guide et resterez avec votre groupe. Deux conditions à remplir pour y accéder: vous devez me certifier que vous avez plus de dix-huit ans et que vous n’êtes pas enceinte. Vous signerez ce papier en deux exemplaires. Un pour vous, un pour moi.»
Le prix annoncé est élevé, mais Léna ne tergiverse pas quand elle dépose cinq cents dollars sur le comptoir. La femme au tailleur vert compte un à un les vingt-cinq billets de vingt dollars. Elle mouille son doigt puis l’applique sur le coin du billet. Une petite trace se forme avant de s’évanouir. L’hôtesse en fait un tas ordonné puis les range dans une boite rouillée. Lorsqu’elle la referme, le grincement remplit la pièce vide. D’un tiroir, elle sort un registre d’inscription. De la poussière tournoie quand elle le dépose sur son bureau.
«Il me reste une place pour demain. Mais peut-être est-ce trop tôt?»
Léna n’ose y croire, elle fixe la femme quelques secondes, puis sourit en signe d’acquiescement. Quand elle repasse le seuil de l’agence, le ciel lui semble moins gris.
La nuit, le sommeil peine à venir: la lumière de la diode du téléviseur l’empêche de s’endormir. Léna se retourne, s’enroule dans le drap, sans jamais trouver le sommeil. À trois heures du matin, elle s’avoue vaincue. Elle tâtonne et appuie sur l’interrupteur de la lampe. Une lumière jaune envahit la pièce. Elle plisse les yeux puis sort un roman de sa valise, une araignée en surgit. Léna sursaute puis regarde ce corps velu, il sera son compagnon de nuit. Les pages tournent, les heures défilent, Léna découvre le destin d’une femme brisée par l’Histoire. Le personnage s’appelle Lara : le prénom commence et finit comma le sien. Léna se rendort sur cette pensée quand let premières lueurs du jour arrivent.
« Ma charmante, mon inoubliable! Tant que le creux de mes bras se souviendra de toi, tant que tu seras encore sur mon épaule et sur mes lèvres, je serai avec toi.»
Le livre tombe sans bruit, les lettres du titre Le Docteur Jivago paraissent plus noires sur le carmin de la moquette. Dans un coin, l’arachnide tisse sa toile sans se préoccuper du temps.
Trois heures plus tard, Léna est en avance. Elle a trouvé refuge dans un café, tout près du lieu de rendez-vous. Derrière la vitre, le monument de la place Maïdan impose sa verticalité. Quelques instants, le regard de Léna se perd sur la statue qui surplombe la colonne: érigée en 2001 pour commémorer les dix ans de l’indépendance, Berehynia, la déesse mère de la Nature et protectrice de l’Arbre de Vie, domine la ville. Les bras levés, elle s’ouvre au monde et porte un rameau d’or. Léna repense à sa grand-mère. La voix des souvenirs se superpose à la musique criarde du café. Pendant quelques secondes, elle est dans le parc de Pripiat, avec Zenka, quand elle lui racontait ce mythe. »

Extraits
« Les livres n’étaient pas seulement des outils pour apprendre le français ou pour s’évader: ils comblaient cette absence qui la dévorait et étaient un pont de papier entre les rives de ses deux vies. La lueur d’une bougie blèche au fond d’une caverne. »

« J’ai longtemps espéré ton retour. En 1990, j’ai cru chaque jour que tu reviendrais. Tu sais ce que ça fait d’attendre? D’espérer? Quand ça s’arrête, on tombe de haut. Je croyais en toi, en ta force, en notre complicité. Mais ce n’était que du vent.
Comme les autres. Tu es comme les autres. Dès que tu as franchi cette putain de frontière à la con, tu m’as oublié. Peu importe ce qu’on avait vécu. Pfft, du vent! Les promesses ne tiennent que le temps d’être dites. Après, on trouve toujours des choses pour s’en détourner. Se divertir. Qu’as-tu trouvé là-bas pour y rester? Je ne te suffisais pas? L’homme est pourri jusqu’à la moelle. Les dirigeants ont détruit ma vie, la région, ce pays. Tu sais ce que ça fait de voir la mort en face? De voir les gens tomber malades? »

À propos de l’auteur
Alexandra Koszelyk est née en 1976. Elle enseigne, en collège, le français, le latin et le grec ancien. Diplômée à l’Université de Caen Normandie (1995-2001), elle travaille à Saint-Germain-en-Laye depuis 2001. En parallèle, elle est formatrice pour l’association Paysage et patrimoine sans frontières, un prestataire de formation au paysage, au jardin et à l’histoire des arts. Elle écrit également sur son blog personnel consacré à la littérature Bric à Book. À crier dans les ruines est son premier roman. (Source : Livres Hebdo / Twitter)

Compte Twitter de l’auteur

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com

Focus Littérature

Tags:
#acrierdanslesruines #AlexandraKoszelyk #editionsauxforgesdevulcain #hcdahlem #roman #unLivreunePage. #livre #lecture #books #littérature #lire #livresaddict #lectrices #lecteurs #lecteurscom #bouquiner #livresque #rentreelitteraire #rentree2019 #RL2019 #RentréeLittéraire2019 #LitteratureFrancaise #primoroman #premierroman

No Zone

GAY_no_zone
Logo_premier_roman

En deux mots:
Après une catastrophe, une expédition est organisée pour explorer la zone qui a subi le feu nucléaire. Militaires et scientifiques vont récupérer des échantillons aux fins d’analyse et finir par retrouver des traces de vie. Espoir ou menace? Le débat est ouvert…

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Expédition post-apocalypse

Dans un court roman Bruno Gay imagine une expédition militaro-scientifique à la suite d’une catastrophe nucléaire. Et nous réserve quelques surprises, agrémentées d’une réflexion sur l’humanité.

Quand commence ce court roman, la catastrophe a déjà eu lieu. La population survivante s’est concentrée dans un espace préservé, mais une grande zone reste soumise à des radiations ou a été totalement détruite. Mais pour en avoir le cœur net, une expédition est organisée, mêlant scientifiques et militaires.
« Nous approchons des restes d’une petite bourgade. Des hommes, il n’y en aura pas. Pas d’ennemi – pourtant, nous sommes nerveux. La route est défoncée, presque inexistante, la signalisation a disparu, ravagée par les tempêtes, rongée par l’oubli. Góra, qui excelle habituellement à lire les cartes, est incapable de nous situer: nous sommes un peu perdus, progressant à l’aveuglette dans un lieu sans nom. Un lieu sans nom est un non-lieu, il n’a jamais existé. Effacé des mémoires, on l’évite d’instinct comme un maléfice dont on ne prononce la première syllabe sans crainte. Les mots nous déterminent plus que nous ne le croyons et nous jugeons spontanément, aussi sûrement qu’un domaine critique longuement inspecté, innommable ce qui n’est pas nommé.» Voilà pour le décor, voilà pour l’ambiance. Tandis que les scientifiques effectuent des prélèvements et que les militaires restent aux aguets, les heures passent et la tension croît. Car les indices commencent à s’accumuler. Des odeurs, des bruits, des ombres apparaissent derrière le spectacle dantesque d’un territoire entièrement calciné.
La nature morte se rebiffe. L’angoisse gagne un cran supplémentaire avec la découverte du cadavre d’un monstre, un sujet de constitution robuste que rien, hormis la mâchoire, ne «semble exclure du genre humain: pas malformation ni de signe patent de mutation tant externe qu’interne.»
Et tandis que l’expédition se poursuit et que les traces de vie s’accumulent, le débat entre scientifiques et militaires devient plus tendu. La vie qui tente de regagner du terrain doit-elle être privilégiée à la sécurité?
Bruno Gay, en sondeur attentif de l’âme humaine, va surprendre le lecteur avec l’épilogue de cette expédition dont, bien entendu, on ne dévoilera rien. Pour des débuts en littérature, le style très travaillé et la construction sont impressionnantes. Bruno Gay est une belle découverte de cette rentrée

No zone
Bruno Gay
Éditions Léo Scheer
Roman
120 p., 17 €
EAN : 9782756112633
Paru le 02/01/2019

Où?
Le roman se déroule dans une zone géographique non précisément déterminée.

Quand?
L’action se situe dans un futur plus ou moins proche.

Ce qu’en dit l’éditeur
Dans un avenir plus ou moins proche, une expédition composée de militaires et de scientifiques avance, au sein d’un territoire depuis longtemps déserté par l’homme, pour enquêter sur la rémanence de radiations émises lors d’une catastrophe, et leurs conséquences sur le biotope. Des éléments laissent penser à la présence d’autochtones. Peu à peu, les indices s’accumulent. La mission a-t-elle touché son but? Reste-il quelque chose, quelqu’un à sauver? Comme souvent en terra incognita, la menace semble imminente…
D’une écriture virtuose, Bruno Gay renouvelle ici le genre du récit post-apocalyptique.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com 

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Voilà plusieurs jours que nous entrons dans les terres interdites et ce n’est pas sans inquiétude que nous atteignons la bordure des arbres rouges. Notre progression est lente et, quoique bien équipés, nous sommes en retard sur nos objectifs dont je m’aperçois aujourd’hui qu’ils étaient irréalistes. Comment, cependant, prévoir un tel foisonnement ? La nature rendue à elle-même a partout repris ses droits et nous sommes renvoyés, nous, à nos élans, et nos élans, avec leurs aveuglements, à une plus juste mesure des choses, c’est-à-dire à rien sur l’immensité. Nous, fourmis écrasées par des géants : cette pensée, rien qu’une pensée, là… en passant – un songe, probablement –, me plaque immédiatement au sol et, alors que ma réflexion m’avait porté par-delà les hautes herbes, je suis à nouveau l’insecte accaparé par les détails, inquiet des foules matérielles. Pas à pas, minimum, je rampe en quelque sorte, ceinturé par une pesanteur dont mon esprit ne se dégage qu’avec peine.
La curiosité mélangée à la peur est une étrange impression que j’ai recherchée régulièrement, je l’avoue, mais que je n’avais jamais éprouvée avec une telle netteté, environné de dangers réels. Cette intensité esthétique m’apporte un plaisir vertigineux dont l’alcool sourd, je devrais dire fort, est un luxe intime et si, à l’instant, j’atteins un seuil d’exaltation qu’aucun confort n’offre ni n’offrira, il ne s’agit nullement de cela, mes motivations ne doivent pas entrer en jeu puisque j’ai charge d’hommes.
Nous longeons un long moment la lisière de bois avant de nous décider à pénétrer dans le foyer de cette jungle d’épicéas et de feuillus. La silhouette des branches offertes au ciel forme progressivement le parasol d’un automne artificiel aux beautés étranges, aux lumières incendiées. Sursaut : soudain, un oiseau s’effraie, rompant la pause d’une perception vouée au plaisir de la découverte. Une onde silencieuse parcourt la colonne revenue à des instincts plus guerriers. Un mouvement de recul ? La troupe se resserre. Mais, poussés par la curiosité et surtout par la nécessité, nous avançons davantage au centre de cette profondeur de sèves altérées, l’angoisse aux tripes, le cerveau allumé. Les détails d’une végétation fantastique s’accouplent au cœur de notre imagination et certains en ont le visage transfiguré. Quelques obstacles et le piège de fascinations trompeuses nous détournent régulièrement de notre objectif car la forêt est un dédale où on ne doit perdre ni son nord ni sa tête. Il ne faudrait pas se laisser entraîner par de mauvais charmes ou une trop grande assurance ! Toutefois, c’est plutôt l’hésitation qui domine maintenant en nous, et, insensiblement, nous plions l’échine, et plus encore notre volonté, marqués par le fer de cette chlorophylle aux accents de naufrage. Le sol tapissé de feuilles aux couleurs d’un même fauve, progressant, les sens en alerte, dans des boyaux hallucinés, guettant chaque craquement, tout frôlement, nous sommes submergés par le sentiment que bientôt nous serons nous-mêmes agrégés, quels que soient nos efforts, nos combats, aux teintes de cette palette sang-de-bœuf.
À chaque mètre grignoté, le niveau de radioactivité monte de plusieurs crans et nos compteurs Geiger atteignent vite leur saturation. La faune et la flore ne paraissent pas s’en porter mal : des mutants, nous n’en voyons pas, les loups sont des loups et le festival des cerfs, la biche furtive, le combat des ramures sont un spectacle dont la réalité nous laisse émerveillés ; seuls quelques bosquets ont la forme biscornue de sabbats vitrifiés. L’idée que des lynx à deux têtes ou que des fourmis de la taille d’une main nous barreraient régulièrement le chemin n’était qu’un fantasme de science-fiction. Les gènes détraqués forment probablement des genres de monstres ignominieux, néanmoins, la sélection et son alliée bienveillante, la mort, ont tôt fait de les rayer de la création. À y réfléchir, peut-être sommes-nous déçus de n’avoir pas à affronter directement une manifestation visible de ce péril atomique que nos yeux ne nous rendent pas. Aucune cible ne nous permet de nous décharger de nos angoisses, et c’est avec une méticulosité obsessionnelle que nous remplissons la charge contraignante du protocole de sécurité. Parmi les nombreuses précautions alimentaires dont l’observance est une garantie sanitaire supplémentaire, une garantie de survie, nous n’oublions jamais de prendre le cocktail à base d’iode, de chlorure de magnésium, de sélénium et de laminaire – j’en oublie certainement – que Martinus, le médecin de l’expédition, nous a concocté. Je suis persuadé que bon nombre prononcent, dans leur for intérieur, une prière teintée de superstition en ingérant cette hostie chimique.
L’Ukraine et la Biélorussie ont rejoint depuis longtemps les tombeaux de l’histoire : nos cartes sont donc fausses et n’ont de valeur qu’au regard de la géologie et de l’archéologie, peut-être. Et c’est avec nostalgie que je regarde les lignes de mes plans plastifiés. L’ordre rangé des routes, les toponymes en cyrillique de ces villages évanouis, tous ces points autrefois habités qui ne sont plus que taches d’encre et dont les traces réelles sont à peine détectables tant le temps a déjà fait son office d’éboueur. N’avons-nous été plus qu’un rêve ? Le monde est devenu un dépotoir, les continents ont reculé sous la montée des mers, les pôles sont secs. Fils sans constellation, avortés du néant par hasard – un accident de l’évolution ; n’avons-nous jamais été nécessaires en quoi que ce soit ? – nous avons visiblement brisé les charmes dès l’origine.
La conclusion est à la hauteur. »

Extraits
« Ce matin, la pluie a lavé d’un coup de peigne le voile mortuaire posé sur les feuilles ; nous l’avons reçue comme une rédemption du ciel. Ce petit événement a ressoudé l’équipe et dorénavant, je n’ai plus à rappeler quiconque à l’ordre. Nos travaux avancent et la collecte est bonne. Nous avons trouvé une multitude d’insectes, en particulier des scarabées et des libellules qui pullulent par légions. Quelle fascination de voir ces demoiselles aériennes, en plumes légères, s’approcher, d’un vol statique, leurs grands yeux nous passant au crible de leur damier. On dirait de petits drones très perfectionnés, comme l’industrie en fabriquait autrefois. Les soldats n’en ont jamais vu ; tout, dans cette nature, nous surprend, et nous rions encore de Luce affolé à la vue d’un crapaud joufflu qu’il avait manqué écraser. À mesure de notre progression, nous allons de surprise en surprise. Cet éblouissement paraît renvoyer chacun, même les plus durs, les plus rétifs, au début des temps, à savoir, au printemps de notre espèce. J’y vois la raison principale du sentiment vague, de la vague mélancolie dont est parfois frappé l’ensemble du groupe. Il me faut moi-même lutter pour ne pas tomber dans de subits états d’abattement, inexplicables, irrationnels. Peut-être est-ce l’idée, discrète, subtilement active mais définitive, que nous ne nous remettrons pas de nos blessures, que ce combat est inutile. Nous avons dévoré le monde: le festin est fini. »

« Curieusement, il y a des airs où la radioactivité est presque nulle ; notre santé exposée à aucun péril, nous nous déséquipons alors… le parfum de l’humus, la senteur des fleurs ! Nos serres ne nous ont jamais accordé ces délices. Le corps libre, notre peau est cette danse et j’ai l’impression d’être immédiatement en prise avec la totalité de l’univers, que tout m’effleure, me féconde. Fort de ce sentiment, esthète recréant des babylones idéales, je me vois comme le premier jardinier, bouturant amoureusement les essences, sauvant les variétés. N’être qu’une pousse ballottée par le vent, une croissance silencieuse, arrimée au sol pour ne pas perdre contact. Redevenir paysan, gavé de miel, de lait: connaître les secrets de Déméter. »

À propos de l’auteur
Après des études de philosophie, ne désirant pas embrasser la carrière d’enseignant, Bruno Gay a exercé divers métiers: jardinier, galeriste, restaurateur… Figure connue du milieu de l’art primitif, il est l’auteur de nombreux articles et notices d’exposition sur le sujet. (Source: Éditions Léo Scheer)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#nozone #brunogay #editionsleoscheeer #hcdahlem #roman #unLivreunePage. #livre #lecture #books #littérature #lire #livresaddict #lectrices #lecteurs #lecteurscom #bouquiner #livresque #rentreelitteraire #rentree2019 #RL2019 #RentreeLitteraire2019 #LitteratureFrancaise #lundiLecture

Drame personnel et mémoire collective

CHALANDON_Le_jour_davant

coup_de_coeur

Le jour d’avant
Sorj Chalandon
Éditions Grasset
Roman
336 p., 20,90 €
EAN: 9782246813804
Paru en août 2017

En deux mots:
Un formidable roman, fort, émouvant et diablement bien construit. Tout commence
avec le coup de grisou qui fait 42 morts à Liévin le 27 décembre 1974,plongeant tout une région dans la douleur. Jojo est grièvement blessé et ne survivra pas à ses blessures. Son frère Michel se sent alors investi d’une mission: venger les gueules noires. C’est la raison que le conduit, bien des années plus tard, à retourner dans le Nord.

Ma note
★★★★★ (coup de cœur, livre indispensable)

Ma chronique

Drame personnel et mémoire collective

Sorj Chalendon est un écrivain bien trop subtil pour se limiter à un hommage aux victimes de la catastrophe de Liévin qui le 27 décembre 1974 a fait 42 victimes. Si son roman retrace bien le coup de grisou au fond d’une galerie de la fosse de Saint-Amé et nous en détaille les conséquences, il est d’abord et avant tout le roman de la culpabilité.

Sans en dire davantage, de peur de dévoiler l’épilogue de cette histoire beaucoup plus machiavélique qu’il n’y paraît, disons que le lecteur est d’emblée happé par ce drame et sa dimension sociale. Ayant moi-même grandi à quelques encablures des puits de mine du bassin houiller lorrain, je sais ce que représentaient alors les gueules noires, le respect qu’ils imposaient tout comme les luttes qu’ils menaient pour de meilleures conditions de travail et de sécurité. Et je me souviens de l’émotion suscitée par la mort des 22 mineurs restés au fond du puits Simon à Forbach le 25 février 1985. Je vous laisse imaginer la colère qui couvait alors en constatant que les leçons du drame de Liévin n’avaient pas été tirées.
Je n’ai par conséquent eu aucune peine à mettre mes pas dans ceux de Michel, le narrateur, dont le frère Jojo meurt quelques jours après ses compagnons d’infortune, n’ayant pas survécu à ses blessures. En quelques jours sa vie va basculer, lui qui imaginait encore suivre son frère au fond malgré les injonctions paternelles. Car Jojo n’a en effet pas été la seule victime que la famille à eu à déplorer. C’est simplement que «comme tous les gars d’ici, la mine a fini par le dévorer.»
S’il n’est plus question de devenir une gueule noire, il n’est plus question non plus de continuer à vivre sur cette terre si cruelle. Michel, qui a appris la mécanique, va partir en région parisienne et devenir chauffeur routier. Mais bien sûr, il n’oubliera pas. Il n’oubliera surtout pas ce mot écrit par son père: « Venge-nous de la mine». Et cette promesse faite à l’heure de sa mort : « J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, mort en paysan. Venger ma mère, morte en esseulée. J’allais tous nous venger de la mine. Nous laver des Houillères, des crapules qui n’avaient jamais payé leurs crimes. J’allais rendre leur dignité aux sacrifiés de la fosse 3bis. Faire honneur aux martyrs de Courrières, aux assassinés de Blanzy, aux calcinés de Forbach, aux lacérés de Merlebach, aux déchiquetés d’Avion, aux gazés de Saint-Florent, aux brûlés de Roche-la-Molière. Aux huit de La Mûre, qu’une galerie du puits du Villeret avait ensevelis. J’allais rendre vérité aux grévistes de 1948, aux familles expulsées des corons, aux blessés, aux silicosés, à tous les hommes morts du charbon sans blessures apparentes. Rendre justice aux veuves humiliées, condamnées à rembourser les habits de travail que leurs maris avaient abîmés en mourant. » Comment ne pas s’engager avec lui sur ce chemin? Comment ne pas hurler à l’injustice quand on apprend que sur le salaire de décembre 1974, les Houillères avaient enlevé trois jours de paie aux victimes parce qu’elles étaient décédées le 27. « Au bas de la fiche de salaire, en plus des trois jours dérobés, la direction avait retenu le prix du bleu de travail et des bottes que l’ouvrier mort avait endommagé». Comment ne pas être solidaire de ce combat après le soi-disant procès qui vit, le 5 juin 1975 le juge Pascal inculper le chef du siège 19 de Lens pour «homicide et blessures involontaires» avant d’être dessaisi du dossier pour «fautes de procédure»? Patiemment, et alors que sa femme est en train de mourir, il assemble les pièces du puzzle, les coupures de journaux, les témoignages. Il cherche et recoupe les informations. Après bien des années, il est prêt. Sa conviction est faite: « J’allais étouffer Dravelle. Le priver d’air à jamais. Lui faire payer la vie d’hommes morts la gueule ouverte. Ces gars qui lui avaient fait confiance, qui étaient descendus le cœur léger après cinq jours de repos. Qui avaient fêté la Saint-Etienne. Qui avaient trinqué à Sainte-Barbe, leur verre d’alcool de cerise à la main. Ces garçons qui pensaient que la fosse avait été arrosée, que la poussière mortelle n’était plus qu’un mélange d’eau et de rien, que le grisou avait été neutralisé. Qu’il n’y avait aucune raison pour un ouvrier de mourir au travail. »
Sauf que, quand il retrouve le Nord et se met à la recherche de ce contremaître chargé de la sécurité, il rencontre un vieil homme silicosé qui lui ouvre sa porte et lui raconte ce sentiment de culpabilité qui l’habite. Mais Michel n’entend pas flancher et veut la peau de ce meurtrier par négligence. Son agression lui vaudra un procès qui est aussi une tribune. Une nouvelle occasion d’évoquer ce monde aujourd’hui disparu, de dire à quoi ressemblait la mine. « J’ai raconté la fraternité, les hommes qui frottaient le dos des autres hommes; la solidarité des forçats du puits. J’ai raconté le 27 décembre 1974. Les sirènes au-dessus de la ville. Le petit jour maudit. Les femmes devant leur porte, attendant d‘être veuves. Les enfants perdus, au milieu de la foule inquiète. Cette ville grise, marchant lentement vers Saint-Amé devenu sépulture. Les policiers qui ont empêché notre colère, Jojo vivant et puis Presque mort. J’ai raconté l’hôpital. Le combat de mon frère pour la vie. Vingt-six jours d’agonie avant de rejoindre ses 42 copains. La ville l’avait oublié. La mine aussi. »
Secondé par une avocate qui a aussi une histoire familiale liée à la mine, on sent qu’il touche au but. Que son œuvre de réhabilitation va triompher. Que toutes les peines, toutes les douleurs, toutes les vies brisées qui tiennent dans cette phrase terrible, «Ce n’est pas parce qu’un mineur remonte qu’il est encore vivant», seront reconnues.
Sauf que Sorj Chalendon sait jouer avec son lecteur. Ce splendide roman, à mon sens le meilleur qu’il m’a été donné de lire jusque-là parmi ceux de la rentrée 2017, vous réserve encore quelques surprises, mêlant les âmes noires aux gueules noires.

Ce qu’en dit l’éditeur
«Venge-nous de la mine», avait écrit mon père. Ses derniers mots. Et je le lui ai promis, poings levés au ciel après sa disparition brutale. J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, parti en paysan. Venger ma mère, esseulée à jamais. J’allais punir les Houillères, et tous ces salauds qui n’avaient jamais payé pour leurs crimes.

Autres critiques
Babelio
Culturebox (Laurence Houot)
La cause littéraire (Pierrette Epsztein)
Le Temps (Alexandre Demidoff – suivi d’un entretien avec Sorj Chalandon)
Blog Bricabook
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Lis-moi si tu veux

Les premières pages du livre
« Joseph, serré tout contre moi. Lui sur le porte-bagages, jambes écartées par les sacoches comme un cow-boy de rodéo. Moi penché sur le guidon, main droite agaçant la poignée d’accélération. Il était bras en l’air. Il chantait fort. Des chansons à lui, sans paroles ni musique, des mots de travers que la bière lui soufflait.
Les hurlements de notre moteur réveillaient la ville endormie.
Mon frère a crié.
— C’est comme ça la vie !
Jamais je n’avais été aussi fier.

J’avais conduit la mobylette de Jojo une seule fois avant cette nuit-là. En rond dans notre cour de ferme, comme un cheval de manège empêché par sa longe. Il avait acheté cette Motobécane pour remplacer la vieille Renault qu’il n’utilisait plus. Il ne réparait pas sa voiture, il la ranimait. Et la laissait vieillir le long du trottoir.
— On s’en servira le dimanche.
À vingt-sept ans, mon frère avait aussi abandonné son vieux vélo pour le cyclomoteur.
— La Rolls des gens honnêtes, disait-il aussi.
Contre une pièce de monnaie, je frottais les chromes, j’enlevais la boue qui piquetait les fourches, j’essuyais les phares, je graissais le pédalier. J’avais le droit de ranger les outils sous la selle. Tout le monde l’appelait « la Bleue ». Mon frère l’avait baptisée la Gulf, comme la Porsche 917 conduite par Steve McQueen dans Le Mans, un film que Jojo m’avait emmené voir en français au Majestic.
Steve McQueen jouait le pilote automobile Michael Delaney.
— Chez nous, Michael Delaney se dit Michel Delanet, m’avait expliqué mon frère.
J’étais sidéré. Delanet et moi avions le même prénom. »

Extrait
« il fallait que je quitte le bassin. Je ne voulais pas d’un horizon de terrils. De l’air âcre des cheminées. Je ne pouvais plus passer devant les grilles de la mine, croiser les gars sur leurs mobylettes. Baisser les yeux face aux survivants. Entendre le souffle des chevalements que seul mon Jojo avait le droit d’imiter. J’étais épuisé des hommes à gueules de charbon. Je ne supportais plus de voir leurs mains balafrées, entaillées, leurs peaux criblées à vie d’échardes noires. Les regards harassés me faisaient de la peine. Même le dimanche, même nettoyés dix fois, les cous, les fronts, les oreilles racontaient la poussière de la fosse.
Et mon frère disparu. »

À propos de l’auteur
Après trente-quatre ans à Libération, Sorj Chalandon est aujourd’hui journaliste au Canard enchaîné. Ancien grand reporter, prix Albert-Londres (1988), il est aussi l’auteur de sept romans, tous parus chez Grasset. Le Petit Bonzi (2005), Une promesse (2006 – prix Médicis), Mon traître (2008), La Légende de nos pères (2009), Retour à Killybegs (2011 – Grand Prix du roman de l’Académie française), Le Quatrième Mur (2013 – prix Goncourt des lycéens) et Profession du père (2015). (Source : Éditions Grasset)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel
Badge Critiques à la Une

RLN2017

Tags:
#lejourdavant #sorjchalandon #editionsgrasset #grasset #RL2017 #roman #rentreelitteraire #unLivreunePage. #livre #lecture #books #RLN2017 #MardiConseil #littérature #lecture #lire #lectrices #lecteurs

Le jour d’avant

CHALANDON_Le_jour_davant

logo_avant_critique

Voici 5 bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que les derniers romans de Sorj Chalandon ont tous été bien accueillis, voire couronnés, notamment les trois derniers : Retour à Killybegs (2011 – Grand Prix du roman de l’Académie française), Le Quatrième Mur (2013 – prix Goncourt des lycéens) et Profession du père (2015).

2. Parce que le sujet abordé me touche particulièrement, moi qui suis né à quelques encablures des puits de mine du bassin houiller de Lorraine, ai été en classe avec des fils de mineurs, ai côtoyé de nombreuses gueules noires et ai entendu à de nombreuses reprises l’histoire des 22 qui sont restés au fond du puits Simon à Forbach le 25 février 1985. Ce drame restera la dernière grande catastrophe minière en France.

3. Parce que ce livre figure dans la sélection du Prix littéraire du Monde 2017 qui sera remis le 8 septembre et le Prix du roman FNAC décerné le 14 septembre. Des listes de ces deux Prix je ne retrancherai aucun des ouvrages sélectionnés.

4. Pour cette phrase de conclusion d’Alexandre Demidoff dans sa chronique du journal Le Temps: «Ce récit est une ode aux terrassés des corons, le tombeau d’une fraternité pas tout à fait désespérée. Une formidable machinerie romanesque aussi. »

5. Pour la réponse de Sorj Chalandon à la question Pour quelle raison faut-il lire ce livre?: « Méfiez-vous des histoires trop belles. Méfiez-vous des choses trop simples. Ce n’est pas un livre sur la vengeance que vous aurez entre les mains mais un roman sur la culpabilité. J’aime Michel. Il me touche profondément car je lui ai légué ma colère. Mais c’est une âme noire, pas une gueule noire. »

Le jour d’avant
Sorj Chalandon
Éditions Grasset
Roman
336 p., 20,90 €
EAN: 9782246813804
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
«Venge-nous de la mine», avait écrit mon père. Ses derniers mots. Et je le lui ai promis, poings levés au ciel après sa disparition brutale. J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, parti en paysan. Venger ma mère, esseulée à jamais. J’allais punir les Houillères, et tous ces salauds qui n’avaient jamais payé pour leurs crimes.

Autres critiques
Babelio 
Culturebox (Laurence Houot)
La cause littéraire (Pierrette Epsztein)
Le Temps (Alexandre Demidoff – suivi d’un entretien avec Sorj Chalandon)
Blog Bricabook
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Lis-moi si tu veux 


Sorj Chalandon présente «Le Jour d’avant» © Production Hachette France

Les premières pages du livre

Extrait
« il fallait que je quitte le bassin. Je ne voulais pas d’un horizon de terrils. De l’air âcre des cheminées. Je ne pouvais plus passer devant les grilles de la mine, croiser les gars sur leurs mobylettes. Baisser les yeux face aux survivants. Entendre le souffle des chevalements que seul mon Jojo avait le droit d’imiter. J’étais épuisé des hommes à gueules de charbon. Je ne supportais plus de voir leurs mains balafrées, entaillées, leurs peaux criblées à vie d’échardes noires. Les regards harassés me faisaient de la peine. Même le dimanche, même nettoyés dix fois, les cous, les fronts, les oreilles racontaient la poussière de la fosse.
Et mon frère disparu. »

À propos de l’auteur
Après trente-quatre ans à Libération, Sorj Chalandon est aujourd’hui journaliste au Canard enchaîné. Ancien grand reporter, prix Albert-Londres (1988), il est aussi l’auteur de sept romans, tous parus chez Grasset. Le Petit Bonzi (2005), Une promesse (2006 – prix Médicis), Mon traître (2008), La Légende de nos pères (2009), Retour à Killybegs (2011 – Grand Prix du roman de l’Académie française), Le Quatrième Mur (2013 – prix Goncourt des lycéens) et Profession du père (2015). (Source : Éditions Grasset)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel
Badge Critiques à la Une

  RLN2017

Tags:
#lejourdavant #sorjchalandon #editionsgrasset #grasset #RL2017 #roman #rentreelitteraire #unLivreunePage. #livre #lecture #books #VendrediLecture