La tendresse du crawl

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En deux mots:
Après quelques relations épisodiques Colombe retrouve Gabriel, un copain de lycée. Cette fois, c’est le bon. Il est doux, attentionné et lui fait (re)découvrir son corps. Dès lors, elle n’a plus qu’une seule crainte, celui de le perdre… Ce qui va finir par arriver.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Les bénéfices du chagrin d’amour

Elle aura finalement duré moins d’une année, la belle histoire d’amour avec Gabriel. Mais elle aura permis à Colombe de se réapproprier son corps en découvrant «La tendresse du crawl».

«Je ne savais plus quoi faire, alors je suis allée nager. C’était la seule chose qui m’offrait une succession d’actions logiques, l’une après l’autre, trouver un maillot, un bonnet, des lunettes, une serviette, tout fourrer dans un sac, le vélo, pédaler, trouver une cabine libre, me déshabiller, enfiler mon maillot, caler mon bonnet et mes lunettes, que l’eau ne rentre pas, glisser dans l’eau et enchainer trente longueurs, ne pas réfléchir, me réfugier dans l’évidence de la répétition.» Pour mettre un peu de baume sur son cœur meurtri, Colombe nage. Parce qu’elle veut continuer à sentir son corps, à en faire son allié et à lui offrir de nouvelles perspectives.
Et puis peut-être un peu aussi pour se rappeler que c’est à Gabriel qu’elle doit cette découverte.
Rembobinons le film et revenons à la genèse de cette – trop brève – histoire d’amour. Colombe a été élevée dans un milieu où le corps était plutôt caché que magnifié. À l’adolescence, elle ne s’aime pas, même si les garçons la regardent enfin. Essayant de calquer sa vie amoureuse sur celle de son père, volage, elle va d’échecs en déceptions. C’est à ce moment qu’elle croise Gabriel, et l’oublie.
«J’ai 23 ans, mon père meurt et je deviens invisible à tous les hommes qui ne sont pas lui. J’ai 30 ans, je vais me marier avec un homme que j’ai choisi parce que lors de notre première rencontre, il m’a dit, si nous nous marions, je te promets que je ne te quitterai jamais, mais je te tromperai sûrement. Cela m’avait paru tout à fait rassurant comme proposition, il serait comme mon père, mais il ne m’abandonnera jamais comme lui l’a fait en mourant. Mon mari sera immortel. »
Un rêve enfoui jusqu’à ses retrouvailles avec Gabriel. Elle sent que cette fois, c’est le bon. Il est amoureux et attentionné. Avec lui, elle peut se laisser aller: «Je lui abandonne peu à peu mon corps, il en fait ce qu’il veut, je n’ai presque plus peur. Le sexe est un jeu sans fin, il connaît d’infinies variations d’être touchée, caressée, pénétrée. Il me propose des règles nouvelles, j’accepte avec joie. J’atteins une destination qui m’était, avant lui, inconnue.»

Cette parenthèse enchantée ne durera que neuf mois. Mais paradoxalement, elle aura redonné à Colombe une nouvelle énergie, une nouvelle force. Non, contrairement à ce que proclament certains, après cinquante ans, les femmes sont loin d’avoir épuisé le potentiel et leur capital de séduction.

La tendresse du crawl
Colombe Schneck
Éditions Grasset
Roman
112 p., 13 €
EAN: 9782246814627
Paru le 06/03/2019

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Paris.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
«J’avais connu une succession d’hommes, pourtant je passais davantage de temps à imaginer l’amour qu’à le vivre. J’avais si peur de la réalité.
Et puis je retrouve Gabriel, croisé au lycée, à quinze ans.
Tout au long de nos neuf mois d’amour, la peur revenait s’installer. Parfois je l’imaginais avec une autre, le plus souvent disparu, blessé, mort.
La première fois, il ne m’avait pas téléphoné pendant 24 heures. Le lendemain, il était là, devant moi, me souriant et moi souriant de mon inquiétude.
La dernière fois, il devait me rejoindre à la piscine. Il m’avait prévenue de son retard et je comptais les longueurs, dix de brasse, dix de crawl. Il n’était toujours pas là pour les dix dernières en dos crawlé. Il ne viendrait jamais, il m’avait oubliée, quittée déjà, il avait eu un accident, il était dans le coma… Dans le vestiaire, j’ai cherché mon téléphone, il m’avait laissé plusieurs messages. Mon amour, mon cœur, désolé, je t’attends devant l’entrée de la piscine.
Il disait qu’il n’avait aucun doute sur l’amour qu’il ressentait, j’étais la femme de sa vie. Mais il ne pouvait rien m’assurer, l’amour entre un homme et une femme n’était pas indéfectible. Je devais m’habituer à l’incertitude de notre amour.» C.S.
Un homme, une femme, des retrouvailles. Et l’amour, enfin, peut-être.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
France Inter (le 80  » de Nicolas Demorand)
La libre Belgique (Marie-Anne Georges)
Pleine Vie (Jeanne Thiriet)
Nice Matin (entretien avec Laurence Lucchesi)
Atlantico
Blog Culture tout azimut
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Sur la route de Jostein 

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Une semaine après que nous avons fait l’amour pour la première fois, il a remplacé le pneu arrière de mon vélo. Je ne sais pas comment il s’est débrouillé, car mon vélo était attaché et il n’avait pas la clé. Le soir, il est venu dîner chez moi, a posé sur la table de la cuisine un petit sac en papier rouge brillant qui cachait une nouvelle chambre à air dans son emballage Bibendum jaune et bleu. J’ai installé la petite boîte en carton bleu et jaune, avec le bonhomme dessiné dessus qui signe amicalement de la main, sur le manteau de la cheminée, à côté du bouquet de tubéreuses qu’il m’avait apporté en même temps. J’ai photographié l’ensemble, le paquet avec la chambre à air et le bouquet de tubéreuses, me disant qu’on ne m’avait jamais offert de cadeau aussi attentionné, et aussi qu’il fallait que j’en garde une preuve au cas où tout cela, l’amour, lui, était amené à disparaître.
Il s’appelle Gabriel. Je ne connais personne comme lui, il est très grand, il a de larges épaules, un corps d’athlète, ses gestes sont calmes et adroits. Pourtant, la première fois que nous prenons un verre ensemble, il se trompe de café, arrive en retard, commande un kir et le renverse. Il me regarde, étonné, et dit, ce n’est pas mon habitude.
La première fois que je l’ai croisé, il avait 12 ans, moi 15. Nous nous sommes retrouvés trente-cinq ans après, une fin de septembre.
Le bouquet est fané depuis longtemps, la petite boîte est toujours là, je l’ai juste cachée un peu pour ne pas être trop nostalgique quand j’aperçois la main du bonhomme blanc levée vers moi dans un signe amical.
Avant lui, j’étais toujours déçue par les cadeaux que l’on m’offrait, et quand je pense à mes réactions, ma déception, si mal cachée, j’ai honte. J’ai honte, en pensant à ma grimace intérieure, si visible, quand le père de mes enfants m’a offert une bague en or ornée d’une pierre verte translucide. C’était en 2001, ma mère était en train de mourir, dix ans après mon père, je n’avais plus aucun désir pour rien. Ce qu’on m’offrait et qui ne venait pas d’eux ne m’intéressait pas. J’attendais le retour de mon père, ses bras chargés de présents, j’attendais que ma mère ouvre ses bras, ce qu’elle n’avait jamais pu faire. Je ne savais plus être aimée. Gabriel est arrivé, il m’a prise dans ses grands bras, n’a pas serré trop fort, je me suis laissée faire. C’était donc cela l’amour. J’avais oublié.
J’avais connu une succession d’hommes, pourtant je passais davantage de temps à imaginer l’amour, qu’à le vivre. J’avais si peur de la réalité.
La première fois que Gabriel et moi avons dîné ensemble, assis l’un en face de l’autre, il m’a regardée m’agiter, incapable de soutenir son regard sur moi. Ce premier soir, il m’a confié qu’il a découvert des vidéos de moi sur Internet, que cette observation lui avait permis de comprendre quelques petites choses.
— La manière dont tu bouges tes mains, tu remontes la manche de ta robe, tu lisses un pli imaginaire, quand on s’adresse à toi, qu’on te parle de toi, et comme tu te calmes quand tu prends la parole. Tu as si peur de l’incertitude ?
J’ai acquiescé, et je suis rentrée chez moi désarmée.
Une semaine après, nous avions rendez-vous au jardin du Luxembourg, le dernier week-end de septembre. C’était notre troisième rendez-vous. Je cherchais des questions à lui poser, sans en trouver de valable. Je me sentais maladroite. Nous sommes allés nous chercher un thé à la buvette. J’ai insisté pour payer.
Nous avons retrouvé nos vélos à la sortie du jardin. Il a remarqué qu’un de mes pneus était à plat.
Il a proposé de passer chez lui chercher des outils pour le regonfler. Nous sommes montés. Je regardais tout. Un appartement de garçon. La table en bois de la cuisine qu’il avait peinte en bleu vif, des cartons encombraient l’entrée, le plafond du salon était gondolé, un vieux dégât des eaux, m’expliqua-t-il, un canapé effondré qu’il avait trouvé dans la rue était recouvert de coussins au pedigree aussi incertain. Les outils étaient rangés dans des caisses en plastique de chez Ikea qui faisaient office d’armoire. Nous n’avons pas traîné.
Je lui ai proposé de passer chez moi « pour comparer nos appartements ». Nous vivons à cinq minutes à pied l’un de l’autre. Chez moi, c’est le genre d’appartement où il y a des bougies parfumées et où chaque meuble a été choisi afin d’être prêt à être photographié au cas où le représentant de la police du bon goût d’un magazine de déco débarquerait à l’improviste, j’espère toujours obtenir la meilleure note. Je pensais avoir gagné, je me trompais. J’ai découvert bien plus tard que Gabriel est un esthète, au goût précis et intéressant.
J’avais une idée derrière la tête. J’avais aperçu son cou, la naissance de ses épaules sortant de sa chemise. Nous nous sommes allongés l’un contre l’autre sur le canapé recouvert d’un tissu matelassé indien dans les tons bruns et roses. Nous avons commencé à nous parler. Les différences se sont estompées, je n’étais plus étonnée. Tout paraissait simple, évident.
Sa sœur a téléphoné, il n’a pas répondu. Il a ensuite écouté son message, elle parlait avec une voix forte et chaleureuse. Elle le nommait « mon frère chéri qui me manque ». Cela m’a touchée, moi dont les relations avec ma sœur et mon frère sont si difficiles depuis la mort prématurée de nos parents.
Nous sommes allés manger une tartine à la cuisine, car c’est tout ce que j’avais à lui proposer. Nous sommes retournés nous allonger sur le canapé. Après un certain temps, mais nous étions en dehors du temps, il m’a embrassée. Nous avons fait l’amour, sur ce canapé, puis dans ma chambre.
Nous étions nus l’un contre l’autre, sa bouche dans mon cou, je l’ai entendu murmurer, c’est trop tôt pour te dire ce que j’ai à te dire.
Je ne voulais rien entendre, il n’était pas pour moi, nous sommes si différents, je voulais repeindre le plafond de son salon, changer son canapé, jeter les cubes-armoires en plastique de chez Ikea. Nous n’avions rien en commun, nous n’avions pas de sens. J’avais bien trop peur pour admettre le contraire.
Une semaine après cette première nuit, je suis partie à Beyrouth. La veille de mon départ, il m’avait confié, avec simplicité, qu’il m’aimait, qu’il serait très patient et qu’il ferait tout pour que je l’aime aussi.
J’embrassais son corps entier, mais le mot « amour » était coincé au fond de ma gorge.
Je lui demandais, nous sommes si différents, que pouvons-nous faire ensemble ?
Le jour de mon départ, il m’a envoyé un petit message.
— Je peux te téléphoner sans te déranger ?
J’ai été prise d’une intense panique ; j’avais dit un truc qui l’avait déçu, il ne m’aimait plus, il s’était rendu compte que je n’étais pas à la hauteur, que j’avais trop de défauts, il avait deviné mes mauvaises pensées concernant notre histoire, que j’avais mal jugé son canapé et son plafond gondolé, il aimait une autre femme, une femme vraiment bien, une femme sans a priori décoratif, ou pire il était malade, sa maladie était incurable, il valait mieux ne rien commencer entre nous.
Je me suis forcée à lui répondre, imitant une voix détachée.
Il voulait me souhaiter un bon voyage et m’apprendre qu’il nous avait trouvé un point commun, nous avions la même marque de machine à laver la vaisselle.
Je ricanais. J’étais soulagée, je ne l’aimais pas, j’avais raison, nous n’avions rien à voir ensemble.
Le lendemain soir, par WhatsApp je lui ai confié ce que j’avais imaginé de notre conversation, qu’il avait changé d’avis. Il s’est rendu compte que mon cerveau avait tendance à s’affoler et inventait toujours le pire comme une certitude.
Il m’a répondu que cette manière que j’avais de me projeter dans un avenir, de toute manière, incertain, en imaginant la catastrophe était inutile, la vie se chargeait, parfois, de chagrins, mais comme les bonnes nouvelles, rien n’était moins sûr.
Je pouvais donc tout lui dire sans crainte d’être moquée ? C’est ainsi que j’étais à même de lui avouer que je l’aimais sans crainte.
Tout au long de nos neuf mois d’amour ensemble, la peur revenait s’installer.
Je le voyais, parfois, avec une autre femme, le plus souvent, disparaissant, blessé, mort.
La dernière fois que je me suis inquiétée pour rien, il devait me rejoindre à la piscine, il m’avait prévenue de son retard, je comptais mes longueurs de brasse, de crawl, dix de chaque, il n’était pas là pour les dix dernières en dos crawlé. Il ne viendrait jamais, il m’avait oubliée, quittée déjà, il avait eu un accident de vélo, il était dans le coma, mort. Sous la douche, je tentais de me raisonner, mais je ne trouvais aucune raison. Dans le vestiaire, j’ai cherché mon téléphone, j’étais encore mouillée.
Il m’avait laissé plusieurs messages. Mon amour, mon cœur, j’ai oublié mon maillot de bain, je t’attends devant l’entrée de la piscine.
Il affirmait que s’il n’avait pas de doute sur l’amour qu’il ressentait, j’étais comme il me le répétait « la femme de sa vie », il ne pouvait rien m’assurer, que l’amour entre un homme et une femme, contrairement à l’amour pour un enfant ou un parent, n’était pas indéfectible.
Il cherchait entre nous une connivence, que nous n’avions pas encore.
Je devais m’habituer à l’incertitude de notre amour. »

Extraits
« Je pars à la découverte du corps de Gabriel, la pulpe des doigts, le pli derrière le genou, enserrer la malléole, avec fermeté, la garder pour soi, toucher la lisière entre le cou et la chevelure, la raie des fesses, la commissure des lèvres, l’intérieur des joues, la narine, l’aisselle, l’aréole du sein gauche, puis du sein droit, chaque couille, deviner là où la peau est la plus fine, la plus sensible. Je lui abandonne peu à peu mon corps, il en fait ce qu’il veut, je n’ai presque plus peur. Le sexe est un jeu sans fin, il connaît d’infinies variations d’être touchée, caressée, pénétrée. Il me propose d’infinies variations d’être touchée, caressée, pénétrée. Il me propose des règles nouvelles, j’accepte avec joie. J’atteins une destination qui m’était, avant lui, inconnue. Parfois, la peur revient. » p. 26-27

« J’ai 14, 15, 16 ans, les garçons me regardent enfin. Cela me plait beaucoup.
J’ai 18 ans, j’ai deux amoureux en même temps, ils vivent dans la même rue. L’un est sérieux, l’autre moins, je me dis qu’avoir deux amoureux est l’idéal et normal puisque mon père fait la même chose. Il a toujours eu deux femmes, ma mère, et une autre qui lui ressemble en plus jeune. Cela se termine mal bien sûr. Je ne suis pas mon père, et il ne me reste de cette brève double vie de trois mois qu’un sentiment de honte. Je me répète, j’ai honte, j’ai honte.
J’ai 23 ans, mon père meurt et je deviens invisible à tous les hommes qui ne sont pas lui.
J’ai 30 ans, je vais me marier avec un homme que j’ai choisi parce que lors de notre première rencontre, il m’a dit, si nous nous marions, je te promets que je ne te quitterai jamais, mais je te tromperai sûrement. Cela m’avait paru tout à fait rassurant comme proposition, il serait comme mon père, mais il ne m’abandonnera jamais comme lui l’a fait en mourant. Mon mari sera immortel. » p. 38-39

« Je ne savais plus quoi faire, alors je suis allée nager. C’était la seule chose qui m’offrait une succession d’actions logiques, l’une après l’autre, trouver un maillot, un bonnet, des lunettes, une serviette, tout fourrer dans un sac, le vélo, pédaler, trouver une cabine libre, me déshabiller, enfiler mon maillot, caler mon bonnet et mes lunettes, que l’eau ne rentre pas, glisser dans l’eau et enchainer trente longueurs, ne pas réfléchir, me réfugier dans l’évidence de la répétition.
Puis j’ai une mission à mener, un kilomètre.
D’abord, je suis en rage dans l’eau, je vais le plus vite possible, essoufflée, je m’arrête, j’ai oublié ce que Gabriel m’a montré.» p. 85

À propos de l’auteur
Colombe Schneck est l’auteur de huit livres dont La Réparation (Grasset, 2012, J’ai lu, 2013) et Dix-sept ans (Grasset, 2015, J’ai lu, 2016). (Source: Éditions Grasset)

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Beaux rivages

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Beaux rivages
Nina Bouraoui
JC Lattès
Roman
252 p., 19 €
EAN : 9782709650526
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule principalement à Paris, à Joinville et à Zurich.

Quand?
L’action se situe de nos jours, plus précisément à compter des attentats contre Charlie Hebdo le 7 janvier 2015.

Ce qu’en dit l’éditeur
C’est une histoire simple, universelle. Après huit ans d’amour, Adrian quitte A. pour une autre femme : Beaux rivages est la radiographie de cette séparation.
Quels que soient notre âge, notre sexe, notre origine sociale, nous sommes tous égaux devant un grand chagrin d’amour.
Les larmes rassemblent davantage que les baisers.
J’ai écrit Beaux rivages pour tous les quittés du monde. Pour ceux qui ont perdu la foi en perdant leur bonheur. Pour ceux qui pensent qu’ils ne sauront plus vivre sans l’autre et qu’ils ne sauront plus aimer. Pour comprendre pourquoi une rupture nous laisse si désarmés. Et pour rappeler que l’amour triomphera toujours. En cela, c’est un roman de résistance. N. B.

Ce que j’en pense
Pour cette chronique, j’ai choisi un angle particulier, celui de la bibliothérapie, un concept cher à Régine Detambel qui propose de soigner les maux par la lecture. En lisant Beaux rivages, je me suis en effet d’une part demandé si cela avait fait du bien à Nina Bouraoui d’écrire cette histoire et d’autre part si le roman peut aider le lecteur qui affronte un chagrin d’amour.
En refermant le roman, je crois pouvoir répondre oui à ces deux interrogations, car sans dévoiler l’issue de cette rupture entre A. et Adrian, on comprend l’universalité de ce parcours, les étapes plus ou moins difficiles qu’il faut traverser pour pouvoir s’en sortir. Dans un article, le magazine Psychologies – auquel j’emprunte les intertitres qui suivent – détaille les étapes à traverser. Des étapes qui constituent la trame exacte du roman et qui débute sur le choc d’une annonce forcément brutale. A. vit depuis huit ans une relation forte avec Adrian, un galeriste Suisse. Si leur relation est longtemps restée si intense, c’est sans doute aussi parce qu’entre Zurich et Paris où ils vivent respectivement, ils doivent profiter de chaque minute ensemble. Lors de vacances communes et de déplacements professionnels ou privés chez l’un ou l’autre. Mais le fait de ne pas vraiment vivre ensemble a aussi un inconvénient majeur : malgré les technologies modernes, la séparation fait mal. Adrian en a assez et opte pour une autre relation. Pour A. tout s’effondre.
Un sentiment de vide
«Je ne mangeais plus, ne dormais plus, il me semblait être au centre d’une forêt dévastée, avec aucun arbre pour m’abriter, et il y avait cette femme (je montrai sa photographie) ma rivale, je n’arrivais pas à comprendre, pourquoi elle et pas une autre, et elle tenait ce blog, qui d’une façon était mon dernier lien à Adrian, même si je me trompais, mais j’essayais de savoir où ils en étaient par ce prisme, elle me manipulait, j’étais tombée dans ses filets (…) c’était bon de souffrir, après tout je le méritais peut-être, je me sentais salie, j’avais non seulement perdue confiance en moi, mais en tous les hommes aussi.»
Une angoisse d’abandon
Nina Bouraoui détaille presque chaque minute de cette phase si difficile durant laquelle on ne sait plus vraiment à quoi se raccrocher, où on a l’impression que chaque événement du quotidien est un signe, ou chaque musique entendue – Shy’m, Natasha St-Pier, Pascal Obispo, Emmanuel Moire – résonne trop fort en soi, où même les ami(e)s ne peuvent rien pour vous. «Il me fallait remonter aux sources de l’abandon, non pour trouver un remède, en existait-il vraiment ?, mais un chemin vers la clarté.»
Comprendre les raisons de la rupture
Elle se connecte au «blog de l’autre» pour prendre des nouvelles de son infortune, veut retrouver Adrian pour le reconquérir, puis finit par se rendre compte qu’il n’y aura pas de retour en arrière. Va chercher le soutien du Docteur Krantz. Si la psy ne peut la guérir, elle peut au moins poser un diagnostic et explique « avoir à soulager ses patients d’un nouveau mal – les réseaux sociaux. Elle manquait d’outils pour nous défendre de ce qui était, selon elle, une invention diabolique mettant à rude épreuve le principe même de liberté ; j’en subissais, telle une souris de laboratoire, l’expérience, elle s’en désolait, ne voyant ä court terme, aucune issue au trouble qui me rongeait. »
Une occasion de se redéfinir
Comprenant alors que ce n’est pas en se complaisant dans sa souffrance qu’elle s’en sortira, A. finit par entrevoir une issue, imagine qu’elle peut repartir. Sauf que, fort de cette douloureuse expérience, elle s’engage sans illusions dans sa nouvelle histoire : «On va dans le mur, mais je ne sais pas à quelle vitesse».
Un beau roman, aussi désespéré qu’une histoire d’amour qui se veut éternelle.

Autres critiques
Babelio 
ELLE (Olivia de Lamberterie)
L’Express (Alexandre Fillon)
Publik’Art (Bénédicte de Loriol)
Blog Livresse des mots
Culturebox (Véronique Dalmaz)
Blog Bookalicious (avec interview de l’auteur)
Myboox (avec interview vidéo de l’auteur)

Les 25 premières pages du livre

À propos de l’auteur
Née en 1967, Nina Bouraoui est romancière. Elle est notamment l’auteur de La Voyeuse interdite (prix du Livre Inter 1991), Garçon manqué, La Vie heureuse, Mes mauvaises pensées (prix Renaudot 2005), Appelez- moi par mon prénom et Standard. Ses livres sont traduits dans le monde entier. (Source : Éditions JC Lattès)

Site Wikipédia de l’auteur 

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