Les choix secrets

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Sélectionné par les « 68 premières fois »

En deux mots:
Avant de mourir, Marie fait le bilan de sa vie. Un mari, deux enfants et beaucoup des regrets. Entre une passion possible et un sage mari, entre les fastes de l’Indochine et l’humidité des logements de fonction en Bourgogne, entre la liberté créatrice et le respect des conventions, elle aura toujours fait le mauvais choix.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

La vie que Marie aurait pu vivre

Avec son second roman, Hervé Bel montre avec talent combien il peut se glisser dans la peau d’une femme au soir de sa vie. Ce portrait de Marie donne aussi envie de découvrir celui d’Erika Sattler, à paraître le 19 août.

Marie est aujourd’hui bien âgée et vit avec la peur. Une peur qu’elle essaie de conjurer en ayant mis un rituel en place avant d’essayer de trouver le sommeil : elle fait une inspection systématique, suivie par André, son mari. Mais durant ses vérifications, la difficile respiration de son mari la gêne plus qu’elle ne l’aide. Mais elle fait avec. Elle a toujours fait avec, comme avec les injonctions de ses parents dont l’étroitesse d’esprit la révoltait. Comme avec André, qui était le premier garçon qu’elle a croisé, qu’elle a choisi pour mari et qu’elle a épousé pour respecter son serment.
Pourtant l’officier de marine Hervé Perrot, avec lequel elle avait voyagé sur le paquebot reliant Marseille à l’Indochine, était bien séduisant et plus passionné. Il lui avait même déclaré sa flamme dans une lettre brulante d’amour.
Alors, elle avait voulu croire que la raison l’emporterait. Cependant, une fois passée la fièvre des noces, leur cohabitation ne laissera plus guère au doute. Entre eux il n’était pas question de passion, tout juste d’affection, et encore…
Le couple s’était d’abord installé à Santus où André avait été affecté, dans un appartement froid et humide au-dessus de l’école, puis à Linteuil, la nouvelle affectation d’André obtenue grâce à l’intervention de son père. Très vite s’était installé une routine qui avait pour but d’effacer toutes les aspérités, de mener une existence des plus ordinaires, à mille lieues des fastes de sa jeunesse. «La mémoire de Marie est à l’image de l’univers: une surface plane, déformée par quelques souvenirs cruciaux dont la gravité attire et change la représentation de tous les autres. Ce sont des points innervés, névralgiques, qui ne cessent jamais d‘irradier, altérant ses sens et ses pensées. L’Indochine est son âge d’or et son tourment (…) si brillant qu’elle en a fait un trou noir d’où la lumière ne s’échappe plus. Une tumeur qu’elle oublie parfois, jamais longtemps.»
Dans un style épuré et une langue classique, Hervé Bel construit alors son roman en jouant de cette dualité, des rêves d’alors et de la triste vie d’aujourd’hui, déroulant les épisodes marquants d’une vie subie bien plus que choisie. Les retours en arrière lui permettent de revenir sur la naissance de leur fils Pierre pour souligner qu’elle ne changera pas vraiment leur existence, laissant tout juste Marie un peu plus aigrie. Ou encore la mobilisation d’André et l’expérience de la guerre qui aurait pu en faire un autre homme, lui qui était quasiment rentré en héros à l’issue de cette Seconde guerre mondiale. Car après avoir été pris par les Allemands, il avait réussi à s’enfuir. Mais l’image du héros a vite disparu, remplacée par un quotidien difficile fait de privations. Le décès de son père sera un autre épisode qui laissera à Marie un goût amer, et creusera le fossé avec André. «Elle vit avec quelqu’un qui ne la comprend pas et ne lui reconnaît aucun mérite. Elle vit comme ça depuis cinquante ans, et ce sont ces années qui parlent à travers elle, gorgées de souvenirs et de rancœurs.»
Avec ce roman sur le poids des conventions et de l’héritage familial, Hervé Bel réussit le tour de force de dresser le portrait d’une femme qui, par fidélité, aura raté sa vie, qui par obéissance sera passée à côté d’une histoire sans doute plus exaltante et qui pourtant nous émeut. C’est que sans doute, sa petite voix fait aussi résonner en nous le souvenir de décisions tout aussi «raisonnables» qu’il nous est ensuite arrivé de regretter. Marie ne serait-elle pas cette mauvaise conscience qu’il nous arrive d’éprouver lorsque les regrets prennent le pas sur les rêves, les ambitions, les désirs.

Les choix secrets
Hervé Bel
Éditions Le Livre de poche
Roman
336 p., 7,10 €
EAN 9782253174912
Paru le 3/12/2014

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Santus, Linteuil, Freissange, Autun. On y évoque aussi Paris, Beyrouth, Alexandrie, Djibouti, Saigon, Biarritz ou encore Dijon.

Quand?
L’action se situe au début du siècle, avec des retours en arrière jusqu’à la première moitié du XXe siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
Il n’y a plus que la cuisine et le mari, le ciel gris derrière la mousseline des rideaux et ce présent dont il faut bien se contenter. Le temps n’a fait que traverser son corps. Il est passé, la laissant inchangée dans sa façon d’appréhender les choses et les gens. H. B.
Marie est une vieille femme qui ne veut pas être dérangée. Elle souhaite que chaque chose soit à sa place, que chaque jour s’écoule comme la veille, sans imprévu, sans douleur, afin qu’elle puisse contempler tout ce que la vie lui a permis d’accumuler: les objets, les photos, les souvenirs. Aujourd’hui cette vie sans histoires lui convient. Avant, elle brûlait de vivre, elle cherchait la passion et les drames, la souffrance – la sienne et celle des autres. Elle s’est mariée, a eu deux enfants, a hérité de la maison de ses parents, mais a-t-elle vécu? Un roman ambitieux qui offre un portrait de femme intime et dérangeant.

68 premières fois
Sélection anniversaire: le choix de Caroline Laurent

Caroline LAURENT
Caroline Laurent © Philippe Matsas

Caroline Laurent est franco-mauricienne. Après le succès de son livre co-écrit avec Evelyne Pisier, Et soudain, la liberté (Les Escales, 2017 ; Pocket, 2018 ; Prix Marguerite Duras ; Grand Prix des Lycéennes de ELLE ; Prix Première Plume), traduit dans de nombreux pays, elle a signé Rivage de la colère. En parallèle de ses fonctions de directrice littéraire chez Stock, Caroline Laurent a été nommée en octobre 2019 à la commission Vie Littéraire du CNL. (Source: Éditions Les Escales)
«J’aimerais beaucoup vous faire découvrir Hervé Bel, trop discret auteur, dont la voix a quelque chose de puissant et de singulier. Notre rencontre, à lui et moi, est assez belle. J’ai lu son premier manuscrit quand j’étais stagiaire chez Robert Laffont. J’avais fait un rapport ultra positif. Pour moi il fallait le publier… mais la direction de Laffont en avait décidé autrement. Le temps passe. J’arrive chez Lattès et découvre qu’Hervé Bel va y être publié ; ce sont nos retrouvailles. Et puis après deux publications, son troisième livre est refusé par l’éditeur… Je pars au même moment et emmène Hervé avec moi (La femme qui ment, aux Escales).
Depuis un an Hervé vit et travaille à Beyrouth. Les choix secrets est son deuxième roman. Il excelle dans les portraits de femmes qui dérangent et secouent.»

Les autres critiques
Babelio
Lecteurs.com
Le livre de Poche
Blog Domi C Lire 
Blog Sur la route de Jostein
Blog Les coups de cœur de Géraldine


Hervé Bel présente Les choix secrets © Production Librairie Mollat

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Neuf heures, Marie commence sa ronde.
Elle veut être assurée du repos de sa nuit, éviter à tout prix qu’en se réveillant vers les deux heures du matin, comme cela lui arrive souvent, elle ne se souvienne plus si la porte qui conduit au garage est bien fermée. Doute terrible, elle résistera un temps mais, comme à une envie d’uriner, elle finira par céder et devra redescendre au rez-de-chaussée, errer dans les pièces froides, jusqu’à la cuisine, sentir se glisser sous la robe de chambre un air glacial, humide.
Une porte, cela irait encore, mais il y en a deux autres, une qui conduit au petit salon, l’autre à la salle de bains. Et aussi la fenêtre de la cuisine, et la lumière. La lumière qu’elle peut oublier d’éteindre, et qui, toute la nuit, fera marcher le compteur…
Pour être certaine que tout est en ordre, Marie suit une procédure qui s’est compliquée avec les années.
Ce soir, comme tous les autres soirs, elle se poste devant chaque porte, serre sa bouche, ferme les yeux, appuie dix fois sur le panneau, en comptant : un, deux, trois… Puis elle applique une ultime poussée et dit à voix haute, nettement : « Fermée. » Pour la fenêtre, elle serre la poignée de toutes ses forces et pense : « Je suis là, je tiens la poignée, je la tire, et la fenêtre ne s’ouvre pas. » Puis elle regarde autour d’elle, aperçoit un détail, une araignée au-dessus du poêle, un torchon à côté de la cage à oiseaux, n’importe quel détail, qu’elle enregistre, afin de s’en souvenir si, durant la nuit, le doute lui vient. Pour la lumière, c’est plus simple : elle allume sa lampe de poche, éteint le plafonnier, et là, dans les ténèbres coupées d’un rayon affaibli et jaune, elle ouvre grands les yeux, regarde le noir, et compte jusqu’à vingt.
Derrière elle, debout, se tient son mari, respiration haletante, reproche vivant ; elle sait qu’il la trouve ridicule et cela l’empêche de se concentrer.
Elle tient fermement la lampe de poche dans sa longue main à la peau jaunie et veinée, et traverse la salle à manger qui sent la poussière mouillée. Lui la suit, à petits pas. Ses pantoufles claquent sur le plancher. Et il souffle encore. On dirait qu’il le fait exprès, ce bruit. Devant l’escalier, c’est encore pire, il s’arrête, se racle la gorge, souffle suspendu qui reprend bientôt, plus fort, tandis qu’il monte derrière elle. Les marches de l’escalier craquent, une à une. Arrivée sur le palier, elle se retourne pour observer l’obscurité. Tout est en ordre, le silence absolu. Elle peut se coucher, et lui aussi.
Elle dit « Bonsoir ». Il répond : « Bonsoir, ma petite poule. » Puis tousse. Dès qu’il se couche, il est pris de quintes qui s’espacent et qu’elle compte, en serrant les dents. Encore un petit moment à subir. Puis le silence. Il s’est abruti avec deux cachets et s’endort ; le silence et la couverture protègent Marie.
Marie scrute les ténèbres, à l’affût de la moindre luminosité, contente qu’il n’y en ait aucune, mais inquiète aussi. La chambre est placée à l’extrémité de la maison du côté des grands sapins. Derrière s’étendent les vergers et les prés jusqu’à l’Oze. Un cambrioleur n’aurait aucun mal à pénétrer dans la propriété, casser une fenêtre et faire son affaire sans être dérangé. Il pourrait les torturer sans que personne entende quoi que ce soit. Si, les voisins d’en face. Mais si le voleur les bâillonne, les Puffeney n’entendront rien. Elle s’imagine attachée, les pieds nus au-dessus du poêle de la cuisine. L’homme dit : « Tu vas parler, tu vas parler ! » Son mari, placide, assis tranquillement sur sa chaise. « Et toi, lui dit le cambrioleur, regarde ce que je vais faire à ta femme. Je vais la brûler à petit feu. » Le mari ne répond rien, indifférent, son air indifférent de tous les jours. Marie comprend alors que rien ne la sauvera plus. Les battements de son cœur s’accélèrent. L’homme la regarde avec un air de fou : ce n’est pas l’argent qu’il veut, c’est sa vie, qu’il va déguster lentement, au fil des tortures…
Comme un coup de poing sur la poitrine, la peur est si vive que Marie se réveille, surprise d’avoir dormi. Silence total, mais des bruits parfois, toujours surprenants. Un craquement dans le salon, en bas. Une corneille plus noire que la nuit sautille sur le rebord du balcon. Le vent se lève, légèrement, comme une expiration humaine.
Et son mari dont la respiration est hésitante, rauque.
Allons, tout va bien, pense-t-elle.
Si elle pouvait seulement bien dormir. Même si elle s’assoupit, elle garde toujours l’impression d’être réveillée. Son sommeil est une pensée qui se dévide toute seule, et elle sait toujours ce qu’elle pense. Comme tout à l’heure.
La pluie arrive soudain, massive, crépite en s’écrasant sur le toit. Elle imagine le jardin trempé, la campagne déserte, le bois des Rupes, du côté de Linteuil, qui plie sous le vent, l’odeur des tapis de feuilles décomposées sous le cognassier… Et voici qu’elle sent venir la pensée de la mort, l’affreuse pensée, inévitable, habillée de nuit, qui s’insinue en elle, s’approche avec la prudence d’un serpent, la discrétion de la fumée d’un brasier qui passe sous la porte.
Se lever, bouger, elle n’y songe même pas. Il lui est impossible d’envisager la moindre entorse à l’ordre établi de son existence. Une fois couché, on l’est pour de bon. Et que dirait son mari, là, tranquille, qui dort ? Il en profiterait pour se lever aussi, sous prétexte qu’il est malade. Malade, pas tant que ça puisqu’il dort.
Malade et l’horrible pensée derrière…
Mais elle se sent bien, au chaud, comme si elle n’avait pas de corps. L’esprit est vif. Demain, il faut absolument ranger les draps qui traînent sur la table de la salle à manger, passer un coup de serpillère dans la cuisine. Demain, il y a le boulanger, un brave homme. Il faudra changer de sous-vêtements. Elle égrène les tâches, se sentant tomber doucement dans un trou chaud, se laisse aller, et…
Et soudain, sursaute.
Sur le toit, du côté de la cuisine, un chuintement, comme un patin qui raye la glace, un son de plus en plus fort.
Quelqu’un, là-haut.
Elle s’est dressée, s’apprête à réveiller son mari, se retient, tandis que le bruit s’interrompt. Puis un autre venant de la cour en ciment, un corps qui s’écrase sur le sol, une pierre, un coup net, distinct malgré la pluie plus calme.
Marie repose la tête sur l’oreiller. Une tuile, c’est une tuile qui est tombée. Cela devait arriver : le toit est en si mauvais état.
« J’ai bien fait de ne pas le réveiller. Il en aurait fait une histoire. »
Mais il s’est réveillé. Il halète :
« Qu’est-ce qui se passe ?
— Une tuile est tombée du toit !
— Je m’en occuperai demain, je m’en occuperai demain. »
C’est cela, oui, pense Marie. Moi je suis sûre que tu ne feras rien, que ce sera à moi de me débrouiller.
Un nouveau souci, des solutions à trouver, toute seule.
Demain.
« Mon Dieu, quelle vie ! Si j’avais su… »
Puis elle pense au vieux parasol jaune aperçu ce matin, dans le garage. « Je ne me doutais pas qu’on l’avait gardé. » Parasol, soleil. La lumière si claire sur le jardin, comme en août dernier, dans le ciel bleu.
La nature, elle, ne change jamais. C’est la même lumière, les mêmes couleurs, que voyaient les gens du Moyen Âge : la vallée était la même, plus d’arbres peut-être. En tout cas le même relief. Cela l’étonne, comme une découverte, une promesse qui éloigne l’horrible pensée dont elle n’est jamais loin. En août dernier, elle se souvient être allée au bout du jardin, près de la cabane en ruine. De là, elle a regardé longtemps le paysage, borné au loin par les collines.
Avant, il y avait la gare perdue au milieu des prés. Elle l’a tellement regardée, cette gare, en 1933, en juillet.
Elle s’appelait encore Marie Cavignaux.
Il était cinq heures du soir. Elle remontait l’allée bordée de roses d’un pas rapide et arrivait devant la guérite qui servait de lieu d’aisance. Les mouches vibrionnaient. Assise sur la tinette, elle prenait les jumelles dissimulées derrière. Il faisait beau. La terre était sèche.
Avec ses jumelles, elle observait le verger, la rivière bordée de bouleaux puis, sur le coteau opposé, des prairies d’un vert flavescent où des vaches blanches tachetées de noir paissaient. Enfin, au faîte de la colline, objet de toute sa convoitise, elle s’attardait sur la gare de Santus, un bâtiment carré recouvert de crépi blanc et dressé au milieu de nulle part, où s’arrêtaient les trains en provenance de Linteuil.
Il faisait très chaud. L’air de la petite cabane était empesté par les excréments en décomposition, mais leur odeur, celle de sa famille, l’incommodait à peine. La sueur, coulant en rigoles le long de son corps, entre ses cuisses et ses seins, lui causait un chatouillement agréable et trouble. Elle ne bougeait pas, les coudes appuyés sur ses genoux pour tenir sans effort sa double lorgnette. Elle était immobile, de cette immobilité tendue de l’insecte, inquiétante parce que absolue et cependant provisoire, susceptible de se rompre soudain dans un mouvement vif et cruel.
Elle avait un profil légèrement prognathe. Des cheveux bruns et raides le long de son cou maigre. Des bras longs et musclés comme des cuissots de sauterelle, peu de poitrine, des jambes fines, des yeux gris ou bleus selon la lumière, une petite bouche souvent traversée d’un pli ironique. L’expression de son visage était tantôt mélancolique, tantôt énergique, cela dépendait des circonstances : elle avait dix-neuf ans.
Et elle pensait qu’elle le verrait bientôt, lui, attendu depuis le matin, sept heures : André !
Enfin, le train s’annonçait d’un trait strident rayant le silence. André Seudécourt finissait par descendre, le dernier, car il ne se pressait jamais. Un pas tranquille qu’elle prenait pour du flegme.
Aussi attentive que la lycose derrière son parapet, elle observait sa marche lente sur la route qui le cacherait bientôt, cherchant à se souvenir autant que possible de tous les détails ; y parvenant, mais sans en ressentir une véritable joie. Ce n’était pas assez : elle aurait voulu lui serrer la main chaque jour ou simplement le croiser de plus près.
Exaucée, la jeune fille pensait qu’elle ne demanderait plus rien à la vie. »

Extraits
La mémoire de Marie est à l’image de l’univers: une surface plane, déformée par quelques souvenirs cruciaux dont la gravité attire et change la représentation de tous les autres. Ce sont des points innervés, névralgiques, qui ne cessent jamais d‘irradier, altérant ses sens et ses pensées. L’Indochine est son âge d’or et son tourment. Un temps de soleil, de journées uniformément belles, humides le soir sous un ciel couvert. Les rues y sont pareilles à celles du midi de la France, droites et bordées de manguiers et de flamboyants à l‘ombre desquels, assis sur des chaises de fer, des fonctionnaires barbus en habits blancs, des dames à chapeau un peu grassouillettes, des jeunes filles aux joues roses se régalent à la tombée du soir de Byrrh et d’orangeade servis par des Annamites silencieux. Un souvenir d’Indochine si brillant qu’elle en a fait un trou noir d’où la lumière ne s’échappe plus. Une tumeur qu’elle oublie parfois, jamais longtemps, un condensé de pensées qu’elle n’a plus besoin de dévider pour en sentir les effets; en elle, toujours, même maintenant, l’Indochine est là, tandis qu’elle descend les escaliers en ce matin de novembre où elle n’y voit guère, après avoir quitté le lit si chaud où elle n’avait pas mal, parce que son mari n’est pas monté avec la tasse de café et le pain grillé. p. 50-51

Elle vit avec quelqu’un qui ne la comprend pas et ne lui reconnaît aucun mérite. Elle vit comme ça depuis cinquante ans, et ce sont ces années qui parlent à travers elle, gorgées de souvenirs et de rancœurs. p. 102

À propos de l’auteur
Né en 1961, Hervé Bel a fait des études de droit et d’économie et travaille dans une grande entreprise. La Nuit du Vojd, son premier roman (Lattès, 2010), a obtenu le prix Edmée de la Rochefoucauld et a été sélectionné par le Festival du premier roman de Chambéry. Après Les choix secrets, il a publié La femme qui ment aux éditions Les Escales.  19 août, il publiera Erika Sattler, son nouveau roman mettant en scène une femme belle, blonde et nazie. (Source: Éditions JC Lattès)

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L’homme qui n’aimait plus les chats

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Sélectionné par les « 68 premières fois »

En deux mots:
Sur une île les chats disparaissent un jour, sans laisser de traces. À ce mystère vient s’ajouter celui d’une administration qui répond à ce problème en organisant une distribution de chiens appelés «chats». Thomas, le gardien du phare, s’inquiète et essaie de mettre en garde le narrateur…

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Des chats qui ont du chien

Un premier roman sous forme de conte pour nous mettre en garde contre les dérives du langage. Avec humour et fantaisie, Isabelle Aupy nous démontre que les chiens ne font pas chats.

Sur cette petite île balayée par les vent et les embruns, la vie est plutôt rude. Un environnement qui vous forge un caractère. Ceux qui ont décidé de vivre là sont par définition des marginaux, par choix ou par nécessité. Une vie à l’écart que leur convient pourtant très bien et qu’ils n’ont guère envie de voir changer. Mais ce microcosme va connaître un événement aussi bizarre que déstabilisant: leurs chats disparaissent. Aussi décident-ils d’envoyer l’instituteur du village sur le continent pour expliquer la situation et tenter de trouver une solution. Lorsqu’il revient, il est accompagné d’une femme de «l’administration» qui entend régler ce problème. Les fonctionnaires qui arrivent alors ont avec eux des cages dans lesquelles se trouvent des chiens et qui sont offerts aux insulaires pour remplacer leurs chats. D’ailleurs l’administration leur explique que ces bêtes sont des chats, quand bien même ils auraient l’air de chiens. Les premiers bénéficiaires de ces animaux ne bronchent pas, après tout ils leur tiennent aussi compagnie.
C’est Thomas, le gardien de phare, qui s’alarme. Lui qui vit isolé – il ne sort plus depuis que sa femme a quitté l’île avec son fils malade – ne perd pourtant rien de ce qui se trame autour de lui. S’il se méfie des fonctionnaires, il craint encore davantage cette dérive langagière. Parce qu’il faut bien appeler un chat un chat, il faut continuer à appeler un chien un chien. Céder à cette «facilité de langage», c’est mettre le doigt dans un engrenage infernal. Car la langue «change celui qui la parle, ça oui, elle le transforme, et quand on s’en rend compte, c’est déjà trop tard.»
À l’image des chats qui ne sont pas soumis, il va tenter de lancer la rébellion, de fédérer ses amis, Ludo, Gwen, Sergei, le curé, l’instituteur ou encore Léonore et Myriam. Mais la partie est loin d’être gagnée, car l’attaque est insidieuse. Pourquoi refuseraient-ils des cadeaux?
Le conte d’Isabelle Aupy est redoutablement bien construit, allant chercher derrière l’anecdote une réflexion sur la liberté de choix, sur la force du langage, sur l’endormissement des consciences. Prenons garde à la douceur des choses! Prenons garde aux «éléments de langage»! Prenons garde aux vessies que l’on veut nous faire prendre pour des lanternes! Prenons garde à ne pas sombrer dans un grand n’importe quoi aseptisé et uniformisé!

L’homme qui n’aimait plus les chats
Isabelle Aupy
Éditions du Panseur
Premier roman
128 p., 12,50 €
EAN 9782490834006
Paru le 16/03/2019

Où?
Le roman se déroule sur une île, sans davantage de précisions.

Quand?
L’action se situe à l’époque contemporaine.

Ce qu’en dit l’éditeur
Il y a goût de sel et d’embruns, ce vent qui met la pagaille et donc remet tout en ordre. Il y a la voix de ce vieil homme qui nous raconte son histoire et celle des autres en cherchant ses mots aux accents de son émotion, pour comprendre un monde où le langage se manipule pour changer les idées.
Traité sous la forme de la transmission orale, l’auteur nous offre une œuvre qui s’inscrit dans la lignée des grandes dystopies telles 1984 et Matin Brun. Mais là où ces histoires nous condamnent à subir un demain qui s’écroule, L’homme qui n’aimait plus les chats est bien plus qu’une utopie, c’est un possible, un autrement: un aujourd’hui déjà en train de se relever.
Aujourd’hui, ou demain, sur une île sans nom au large du continent, un vieux monsieur raconte.
Il raconte Thomas qui ne descend jamais de son phare, Gwen incapable de cacher ses émotions, Sergei et son violon pleurant sur le Printemps de Prague, les engueulades avec le curé philosophe, les repas du dimanche à la table de Ludo, la vieille Léonore au sourire maternel, le jeune professeur qui rougit comme un homard et Myriam qui rouille sous la pluie.
À travers ses mots qu’il cherche aux accents de son émotion, le narrateur nous parle de lui, de nous, du vivre ensemble et de leurs chats libres comme la mer et le vent. Mais quand les chats disparaissent sans laisser de trace pour être remplacés par des chiens, c’est la façon de vivre de tous les habitants qu’on tente de modifier. Se pose alors pour eux le choix de se battre ou de laisser faire.
Parce que cette histoire met en scène des personnages qui nous ressemblent, parce qu’elle est intemporelle, universelle et traite avec simplicité de sujets complexes (la liberté, le conformisme, le deuil), le lecteur, qu’il soit petit ou grand, littéraire ou profane, est invité, à travers une dystopie sans artifices et terriblement actuelle, dans une quête de sens et d’identité au milieu d’un monde où le langage se manipule pour changer les idées et appeler un chien un chat.

68 premières fois
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Les autres critiques
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INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Imagine une île avec des chats. Des domestiqués, des pantouflards et des errants qui se baladent un peu chez l’un, un peu chez l’autre, pas faciles à apprivoiser, mais qui aiment bien se laisser caresser de temps en temps. Et puis aussi, des qui viennent toujours quand on les appelle, des qui s’échappent la nuit pour funambuler sur les toits, d’autres qui rentrent au contraire pour se blottir contre soi.
On ne trouvait pas de chiens sur cette île, enfin si peu que ça ne comptait pas. Ils s’avèrent utiles, mais c’est vrai qu’ils sont contraignants. Faut s’en occuper, les promener, les dresser. Ils sont dociles et sympas, bien sûr, et je n’ai rien contre, mais franchement, moi je suis un homme à chat. J’aime leur indépendance, leur indifférence aussi. A l’époque, j’aimais surtout l’idée qu’ils venaient à moi quand ils le voulaient, d’égal à égal, pas par fidélité, habitude, ou parce qu’ils ne savaient pas où aller. Et sur notre île, on avait des chats, beaucoup de chats.
Puis, ils ont disparu, sans qu’on le voie vraiment d’ailleurs… C’est le problème avec les chats, ils sont tellement libres qu’on a mis du temps à remarquer leur absence, ou que leur nombre diminuait doucement. Et puis ils se ressemblent aussi, alors on a sans doute confondu. Mais, au bout d’un moment, on a commencé à se gratter le haut du crâne.
Le rouquin, lui, j’ai vu tout de suite qu’il ne revenait pas. C’était un chat de nuit, un chat de sommeil plutôt, de ceux qui réchauffent le lit. Alors le lit froid, ça se remarque.
Je l’ai cherché le rouquin. Je voulais l’appeler, mais je ne connaissais pas son nom. Son nom pour moi, c’était le bruit des volets que je ferme: le claquement du bois et le grincement des gonds rouillés. Et tous les soirs, il s’amenait.
J’ai demandé à la voisine. Elle ne trouvait plus 565 pique-assiettes. Elle en accueillait trois qui grattaient à la porte quand elle cuisinait, attirés par les odeurs, et qui quémandaient des restes. Avec leurs manières de clochards, elle les aimait bien. Toujours polis, toujours é patienter sagement au lieu de se faufiler entre les jambes quand elle leur apportait une gamelle pleine. Et ils savaient partager, ça oui, pas besoin de couper en trois, ils se lançaient presque des civilités. C’était des errants distingués.
Trois jours qu’elle les sifflait, comme ça, pour voir. Le même problème que moi. Leurs noms à eux, c’était les odeurs de poulet, de poisson et de bœuf. Et depuis peu, elle avait beau mettre les petits plats dans les grands, elle avait perdu ses trois invités. Ce n’est pas qu’on s’inquiétait, ils avaient sûrement trouvé mieux à faire, meilleur lit et meilleure cuisinière.
Alors les jours sont passés, des jours sans chats, des nuits sans chat. »

Extrait
« Il parlait le convaincu. C’est une langue étrange ça, le convaincu, une langue à sens unique faite des mêmes mots que nous, mais un peu différente: elle ne connaît pas les points d’interrogation. Et puis, c’est une langue qu’on ne remarque pas sur le coup. Elle change celui qui la parle, ça oui, elle le transforme, et quand on s’en rend compte, c’est déjà trop tard. » p. 28

À propos de l’auteur
Jeune auteure bordelaise de 35 ans, Isabelle Aupy est kinésithérapeute de métier au CHU de Bordeaux. Depuis des années, elle dépose ses mains sur des corps accidentés ou meurtris par la maladie, ces corps qui pour la plupart n’ont pas accès aux mots pour se dire ni se raconter. Mains et corps deviennent ces points de contact par lesquels le soin circule de l’un à l’autre. Et depuis ces expériences, Isabelle tente dans son travail d’écriture d’aller saisir le corps du texte, se mettant à son écoute, afin d’en extraire la parole, afin de nous faire entendre une voix dans toute sa singularité n’enlevant rien de ses accents, ses aspérités, sa fragilité, son authenticité…
Son premier roman, L’homme qui n’aimait plus les chats, publié aux éditions du Panseur en mars 2019 est déjà récompensé par le prix «Coup de foudre» aux Vendanges littéraires de Rivesaltes. Son prochain roman, Le Panseur de mots, paraîtra en mars de 2020. (Source: http://revuedescitoyensdeslettres.org/profil/938-isabelleaupy)

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Juste après la vague

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En deux mots:
Une famille de onze personnes se trouve seule sur une île, après un terrible raz-de-marée. Dès lors une seule question va se poser: comment s’en sortir? L’heure des choix impossibles a sonné.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Une famille en péril

Sandrine Collette n’a pas son pareil pour installer une atmosphère tendue, pour pousser les émotions à leur paroxysme. Juste après la vague en apporte une nouvelle preuve.

Nous avions quitté Sandrine Collette avec un groupe de femmes tentant de se fuir une sorte de camp de concentration dans Les larmes noires sur la terre. Avec Juste après la vague, elle ne quitte pas l’ambiances lourde, le danger permanent, la tension extrême, même si le monde qu’elle décrit est totalement différent. Cette fois, une famille va devoir se battre contre les éléments, tenter de survivre à une catastrophe naturelle.
Le roman débute six jours après le passage d’un gigantesque raz-de-marée consécutif à une éruption volcanique. Sur la petite île où Louie, ses parents et tous ses frères et sœurs ont résisté à la fureur de la nature, le moral est au plus bas : « Ils étaient là tels des chatons trempés sous la pluie, calés les uns contre les autres avec leurs regards hébétés, les yeux qui cillaient à cause des rafales de vent et des averses chaudes. Devant eux, c’était la mer, mais pas que. Derrière, à gauche, à droite, c’était aussi la mer. En six jours, ils n’avaient pas eu le temps de s’habituer, mais ils avaient compris que le monde ne serait plus jamais comme avant. Ils ne disaient rien. Juste, ils se tenaient pas la main tous les onze, le père, la mère et les neuf enfants, visages fouettés par le temps devenu fou, par le déluge qui ne s’arrêtait pas, ou si peu, les obligeant à se replier autour de la maison. »
Ils sont sauvés, mais ne sont qu’en sursis. Car autour d’eux il n’y a pas âme qui vive, l’eau continue à manquer et les ressources sont très limitées. Avant que les secours ne puissent s’organiser, il faudra vraisemblablement attendre très longtemps, si tant est que quelqu’un puisse imaginer qu’il y a encore des survivants. Pour ne pas effrayer les plus jeunes, on tente de cacher une vérité qui devient pourtant de jour en jour plus criante: si on ne quitte pas l’île et aucun bateau ne vient les secourir, alors ils finiront tous engloutis.
Dans ce roman des choix cruciaux et des décisions douloureuses, les parents préparent une barque pour tenter de rejoindre la terre ferme à la rame. Mais ils savent d’une part qu’il n’y aura pas la place pour tout le monde sur la frêle embarcation et d’autre part que le risque de ne jamais arriver à bon port est très élevé. Au matin du treizième jour, Louie se réveille sans humer l’odeut du café et du pain grillé. Perrine et Noé dorment encore et ne se doutent pas qu’ils sont désormais seuls. Le reste de la famille les a laissés là – pourquoi pas les autres – en promettant de revenir les chercher.
Avec le sens de la construction qui la caractérise, Sandrine Collette va dès lors découper son roman en deux parties, l’histoire des trois enfants livrés à eux-mêmes, face à un niveau d’eau qui poursuit inexorablement son ascension, et qui doivent s’inventer un quotidien qui ne soit pas englouti… par le désespoir. Lorsqu’un bateau passe à l’horizon, ils vont imaginer durant quelques minutes que leur calvaire va prendre fin, mais l’horizon est à nouveau vide. Alors ils décident de construire un radeau pour quitter l’île avant qu’il ne soit trop tard.
Le reste de la famille a tenu le coup sur le bateau, le père et les aînés se relayant pour ramer. Ils auront même l’occasion de se dégourdir un peu les jambes et de manger des mûres sur une île qui croise leur route. Mais la route est encore longue et les provisions s’amenuisent. Quand ils sont attaqués par un énorme poisson, c’est la panique. «Deux mètres de force et de colère» vont coûter la vie à Mattéo et laisser Madie «tout entière fermée, repliée sur son désespoir». Une mère déjà rongée par l’abandon de trois autres de ses enfants. Et qui n’a pas fini de souffrir…
À ce stade du récit, il serait dommage d’en dire davantage et de raconter le destin des uns et des autres. En revanche, je peux vous garantir que vous ne lâcherez plus le livre et que vos émotions vont jouer les montagnes russes. Aussi bien à côté des trois enfants qui doivent décider quelle est la meilleure option pour s’en sortir qu’à côté des parents rongés par le doute et la culpabilité, vous allez être bouleversé par les choix impossibles qui s’offrent à eux. C’est diabolique, tendu, irrespirable. C’est bien plus qu’un thriller efficace, c’est un grand roman sur cette mystérieuse cellule que constitue une famille.

Juste après la vague
Éditions Denoël
Roman
304 p., 19,90 €
EAN : 9782207140680
Paru en 18 janvier 2018

Ce qu’en dit l’éditeur
Une petite barque, seule sur l’océan en furie.
Trois enfants isolés sur une île mangée par les flots.
Un combat inouï pour la survie d’une famille.
Il y a six jours, un volcan s’est effondré dans l’océan, soulevant une vague titanesque, et le monde a disparu autour de Louie, de ses parents et de ses huit frères et sœurs. Leur maison, perchée sur un sommet, a tenu bon. Alentour, à perte de vue, il n’y a plus qu’une étendue d’eau argentée. Une eau secouée de tempêtes violentes, comme des soubresauts de rage. Depuis six jours, ils espèrent voir arriver des secours, car la nourriture se raréfie. Seuls des débris et des corps gonflés approchent de leur île.
Et l’eau recommence à monter. Les parents comprennent qu’il faut partir vers les hautes terres, là où ils trouveront de l’aide. Mais sur leur barque, il n’y a pas de place pour tous. Il va falloir choisir entre les enfants.
Une histoire terrifiante qui évoque les choix impossibles, ceux qui déchirent à jamais. Et aussi un roman bouleversant qui raconte la résilience, l’amour, et tous ces liens invisibles mais si forts qui soudent une famille.

Les critiques
Babelio
Blog Passion Bouquins
Emotions – blog littéraire et musical 
La Cause littéraire (Christelle d’Herart-Brocard)
RTL (Bernard Lehut – Les livres ont la parole)
Blog La fée lit
Blog Quatre sans quatre
Blog Carobookine


Sandrine Collette évoque Juste après la Vague © Production BePolar TV

Les premières pages du livre
« Louie se pencha pour ramasser la petite chose mouillée que la mer avait poussée jusqu’à la rive et qui se tenait là, inerte, à peine agitée par l’eau, se heurtant à la terre. C’était une mésange, une bleue, de celles qu’ils essayaient de préserver, avant, parce qu’elles se faisaient rares. Il la prit entre ses mains et la tendit à son père.
– Tiens, Pata. Encore une.
Le père hocha la tête et la garda contre lui. Les autres regardaient en silence. Ils iraient l’enterrer plus tard, là où ils avaient mis les oiseaux morts. Ce serait le cent trente-quatrième – Louie connaissait le chiffre par cœur.
Et comme les autres, il se remit à contempler l’océan en rage.
Ils étaient là tels des chatons trempés sous la pluie, calés les uns contre les autres avec leurs regards hébétés, les yeux qui cillaient à cause des rafales de vent et des averses chaudes. Devant eux, c’était la mer, mais pas que. Derrière, à gauche, à droite, c’était aussi la mer. En six jours, ils n’avaient pas eu le temps de s’habituer, mais ils avaient compris que le monde ne serait plus jamais comme avant. Ils ne disaient rien. Juste, ils se tenaient pas la main tous les onze, le père, la mère et les neuf enfants, visages fouettés par le temps devenu fou, par le déluge qui ne s’arrêtait pas, ou si peu, les obligeant à se replier autour de la maison.
Six jours depuis la vague.
Le raz-de-marée était arrivé et personne ne l’avait entendu.
Ou si quelqu’un l’avait entendu, c’était déjà trop tard.
S’ils auraient dû le prévoir? À quoi bon se torturer, avait chuchoté le père, à présent que c’est fait.
Depuis, ils n’avaient pas vu âme qui vive; Pata avait dit qu’ils étaient peut-être les seuls survivants, rapport à cette fichue colline qui coupait les pattes des petiots quand ils rentraient de l’école à la fin de la journée, oui cette colline qui leur avait sauvé la vie parce qu’elle était perchée trop haut et qu’elle montait trop fort. Le village se trouvait en bas, dans la vallée où il n’y avait plus rien à voir. Cependant, à cet instant, ils se tournèrent d’un bloc vers elle, comme si la pensée leur était venue tous ensemble; et dans la vallée, c’était encore la mer.
La vague avait déferlé sur le monde et avait tout emporté, maisons, voitures, bêtes et humains par milliers, attrapant les chair et les murs en béton pour ls enfouir sous les lames et les courants effrayants, les écraser, les gober sans retenue – si elles s’étaient retirées, les eaux auraient laissé derrière elles des champs lessivés, jonchés de corps morts et de débris d’os, de métal et de verre, mais elles n’étaient pas redescendues, elles s’étaient installées là, envahissantes et meurtrières, et depuis six jours elles charriaient des arbres arrachés, des poutres brisées, des cadavres au ventre gonflé que les petiots regardaient passer en essayant de les reconnaître. »

Extrait
« Le temps glisse sur elle. La mort de Lotte lui a fait une étrange carapace. Personne ne la voit qu’elle, une toile transparente qui lui amène les bruits feutrés, les images voilées. Les lumières atténuées, et les voix qui se déforment. La mère n’y peut rien, c’est venu tout seul. Parfois cela l’arrange ; parfois elle aimerait s’en détacher car quelque chose en elle est conscient que cette curieuse léthargie ne doit pas vaincre tout à fait, qu’il faut l’en empêcher sinon elle sombrera pour de bon, ce qui ne la gênerait pas tant, Dieu, mais tout de même, il y a les autres. Elle ne devine pas que son cœur lentement se répare, jouant des aller-retours sur le chemin d’une guérison qui n’en sera jamais une, un pansement peut-être, une compresse pour appuyer bien fort là où cela saigne, juste de quoi continuer, se lever le matin, une pommade pour l’enfant disparue.
Mais non, Madie n’en a pas idée, c’est trop vite. Elle n’imagine pas que la nécessité puisse avoir raison de la douleur de cette façon-là, avec tant d’indifférence et tant de renoncement. Le chagrin la dévore et la déserte. »

À propos de l’auteur
Sandrine Collette est née en 1970. Elle partage son temps entre l’écriture et ses chevaux dans le Morvan. Elle est l’auteur de Des nœuds d’acier, Grand Prix de Littérature policière 2013 et best-seller dès sa sortie, de Un vent de cendres, de Six fourmis blanches et de Il reste la poussière, couronné par le prix Landerneau 2016 et de Les larmes noires sur la terre. (Source: éditions Denoël)

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