L’homme qui n’aimait plus les chats

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Sélectionné par les « 68 premières fois »

En deux mots:
Sur une île les chats disparaissent un jour, sans laisser de traces. À ce mystère vient s’ajouter celui d’une administration qui répond à ce problème en organisant une distribution de chiens appelés «chats». Thomas, le gardien du phare, s’inquiète et essaie de mettre en garde le narrateur…

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Des chats qui ont du chien

Un premier roman sous forme de conte pour nous mettre en garde contre les dérives du langage. Avec humour et fantaisie, Isabelle Aupy nous démontre que les chiens ne font pas chats.

Sur cette petite île balayée par les vent et les embruns, la vie est plutôt rude. Un environnement qui vous forge un caractère. Ceux qui ont décidé de vivre là sont par définition des marginaux, par choix ou par nécessité. Une vie à l’écart que leur convient pourtant très bien et qu’ils n’ont guère envie de voir changer. Mais ce microcosme va connaître un événement aussi bizarre que déstabilisant: leurs chats disparaissent. Aussi décident-ils d’envoyer l’instituteur du village sur le continent pour expliquer la situation et tenter de trouver une solution. Lorsqu’il revient, il est accompagné d’une femme de «l’administration» qui entend régler ce problème. Les fonctionnaires qui arrivent alors ont avec eux des cages dans lesquelles se trouvent des chiens et qui sont offerts aux insulaires pour remplacer leurs chats. D’ailleurs l’administration leur explique que ces bêtes sont des chats, quand bien même ils auraient l’air de chiens. Les premiers bénéficiaires de ces animaux ne bronchent pas, après tout ils leur tiennent aussi compagnie.
C’est Thomas, le gardien de phare, qui s’alarme. Lui qui vit isolé – il ne sort plus depuis que sa femme a quitté l’île avec son fils malade – ne perd pourtant rien de ce qui se trame autour de lui. S’il se méfie des fonctionnaires, il craint encore davantage cette dérive langagière. Parce qu’il faut bien appeler un chat un chat, il faut continuer à appeler un chien un chien. Céder à cette «facilité de langage», c’est mettre le doigt dans un engrenage infernal. Car la langue «change celui qui la parle, ça oui, elle le transforme, et quand on s’en rend compte, c’est déjà trop tard.»
À l’image des chats qui ne sont pas soumis, il va tenter de lancer la rébellion, de fédérer ses amis, Ludo, Gwen, Sergei, le curé, l’instituteur ou encore Léonore et Myriam. Mais la partie est loin d’être gagnée, car l’attaque est insidieuse. Pourquoi refuseraient-ils des cadeaux?
Le conte d’Isabelle Aupy est redoutablement bien construit, allant chercher derrière l’anecdote une réflexion sur la liberté de choix, sur la force du langage, sur l’endormissement des consciences. Prenons garde à la douceur des choses! Prenons garde aux «éléments de langage»! Prenons garde aux vessies que l’on veut nous faire prendre pour des lanternes! Prenons garde à ne pas sombrer dans un grand n’importe quoi aseptisé et uniformisé!

L’homme qui n’aimait plus les chats
Isabelle Aupy
Éditions du Panseur
Premier roman
128 p., 12,50 €
EAN 9782490834006
Paru le 16/03/2019

Où?
Le roman se déroule sur une île, sans davantage de précisions.

Quand?
L’action se situe à l’époque contemporaine.

Ce qu’en dit l’éditeur
Il y a goût de sel et d’embruns, ce vent qui met la pagaille et donc remet tout en ordre. Il y a la voix de ce vieil homme qui nous raconte son histoire et celle des autres en cherchant ses mots aux accents de son émotion, pour comprendre un monde où le langage se manipule pour changer les idées.
Traité sous la forme de la transmission orale, l’auteur nous offre une œuvre qui s’inscrit dans la lignée des grandes dystopies telles 1984 et Matin Brun. Mais là où ces histoires nous condamnent à subir un demain qui s’écroule, L’homme qui n’aimait plus les chats est bien plus qu’une utopie, c’est un possible, un autrement: un aujourd’hui déjà en train de se relever.
Aujourd’hui, ou demain, sur une île sans nom au large du continent, un vieux monsieur raconte.
Il raconte Thomas qui ne descend jamais de son phare, Gwen incapable de cacher ses émotions, Sergei et son violon pleurant sur le Printemps de Prague, les engueulades avec le curé philosophe, les repas du dimanche à la table de Ludo, la vieille Léonore au sourire maternel, le jeune professeur qui rougit comme un homard et Myriam qui rouille sous la pluie.
À travers ses mots qu’il cherche aux accents de son émotion, le narrateur nous parle de lui, de nous, du vivre ensemble et de leurs chats libres comme la mer et le vent. Mais quand les chats disparaissent sans laisser de trace pour être remplacés par des chiens, c’est la façon de vivre de tous les habitants qu’on tente de modifier. Se pose alors pour eux le choix de se battre ou de laisser faire.
Parce que cette histoire met en scène des personnages qui nous ressemblent, parce qu’elle est intemporelle, universelle et traite avec simplicité de sujets complexes (la liberté, le conformisme, le deuil), le lecteur, qu’il soit petit ou grand, littéraire ou profane, est invité, à travers une dystopie sans artifices et terriblement actuelle, dans une quête de sens et d’identité au milieu d’un monde où le langage se manipule pour changer les idées et appeler un chien un chat.

68 premières fois
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Les autres critiques
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INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Imagine une île avec des chats. Des domestiqués, des pantouflards et des errants qui se baladent un peu chez l’un, un peu chez l’autre, pas faciles à apprivoiser, mais qui aiment bien se laisser caresser de temps en temps. Et puis aussi, des qui viennent toujours quand on les appelle, des qui s’échappent la nuit pour funambuler sur les toits, d’autres qui rentrent au contraire pour se blottir contre soi.
On ne trouvait pas de chiens sur cette île, enfin si peu que ça ne comptait pas. Ils s’avèrent utiles, mais c’est vrai qu’ils sont contraignants. Faut s’en occuper, les promener, les dresser. Ils sont dociles et sympas, bien sûr, et je n’ai rien contre, mais franchement, moi je suis un homme à chat. J’aime leur indépendance, leur indifférence aussi. A l’époque, j’aimais surtout l’idée qu’ils venaient à moi quand ils le voulaient, d’égal à égal, pas par fidélité, habitude, ou parce qu’ils ne savaient pas où aller. Et sur notre île, on avait des chats, beaucoup de chats.
Puis, ils ont disparu, sans qu’on le voie vraiment d’ailleurs… C’est le problème avec les chats, ils sont tellement libres qu’on a mis du temps à remarquer leur absence, ou que leur nombre diminuait doucement. Et puis ils se ressemblent aussi, alors on a sans doute confondu. Mais, au bout d’un moment, on a commencé à se gratter le haut du crâne.
Le rouquin, lui, j’ai vu tout de suite qu’il ne revenait pas. C’était un chat de nuit, un chat de sommeil plutôt, de ceux qui réchauffent le lit. Alors le lit froid, ça se remarque.
Je l’ai cherché le rouquin. Je voulais l’appeler, mais je ne connaissais pas son nom. Son nom pour moi, c’était le bruit des volets que je ferme: le claquement du bois et le grincement des gonds rouillés. Et tous les soirs, il s’amenait.
J’ai demandé à la voisine. Elle ne trouvait plus 565 pique-assiettes. Elle en accueillait trois qui grattaient à la porte quand elle cuisinait, attirés par les odeurs, et qui quémandaient des restes. Avec leurs manières de clochards, elle les aimait bien. Toujours polis, toujours é patienter sagement au lieu de se faufiler entre les jambes quand elle leur apportait une gamelle pleine. Et ils savaient partager, ça oui, pas besoin de couper en trois, ils se lançaient presque des civilités. C’était des errants distingués.
Trois jours qu’elle les sifflait, comme ça, pour voir. Le même problème que moi. Leurs noms à eux, c’était les odeurs de poulet, de poisson et de bœuf. Et depuis peu, elle avait beau mettre les petits plats dans les grands, elle avait perdu ses trois invités. Ce n’est pas qu’on s’inquiétait, ils avaient sûrement trouvé mieux à faire, meilleur lit et meilleure cuisinière.
Alors les jours sont passés, des jours sans chats, des nuits sans chat. »

Extrait
« Il parlait le convaincu. C’est une langue étrange ça, le convaincu, une langue à sens unique faite des mêmes mots que nous, mais un peu différente: elle ne connaît pas les points d’interrogation. Et puis, c’est une langue qu’on ne remarque pas sur le coup. Elle change celui qui la parle, ça oui, elle le transforme, et quand on s’en rend compte, c’est déjà trop tard. » p. 28

À propos de l’auteur
Jeune auteure bordelaise de 35 ans, Isabelle Aupy est kinésithérapeute de métier au CHU de Bordeaux. Depuis des années, elle dépose ses mains sur des corps accidentés ou meurtris par la maladie, ces corps qui pour la plupart n’ont pas accès aux mots pour se dire ni se raconter. Mains et corps deviennent ces points de contact par lesquels le soin circule de l’un à l’autre. Et depuis ces expériences, Isabelle tente dans son travail d’écriture d’aller saisir le corps du texte, se mettant à son écoute, afin d’en extraire la parole, afin de nous faire entendre une voix dans toute sa singularité n’enlevant rien de ses accents, ses aspérités, sa fragilité, son authenticité…
Son premier roman, L’homme qui n’aimait plus les chats, publié aux éditions du Panseur en mars 2019 est déjà récompensé par le prix «Coup de foudre» aux Vendanges littéraires de Rivesaltes. Son prochain roman, Le Panseur de mots, paraîtra en mars de 2020. (Source: http://revuedescitoyensdeslettres.org/profil/938-isabelleaupy)

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Juste après la vague

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En deux mots:
Une famille de onze personnes se trouve seule sur une île, après un terrible raz-de-marée. Dès lors une seule question va se poser: comment s’en sortir? L’heure des choix impossibles a sonné.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Une famille en péril

Sandrine Collette n’a pas son pareil pour installer une atmosphère tendue, pour pousser les émotions à leur paroxysme. Juste après la vague en apporte une nouvelle preuve.

Nous avions quitté Sandrine Collette avec un groupe de femmes tentant de se fuir une sorte de camp de concentration dans Les larmes noires sur la terre. Avec Juste après la vague, elle ne quitte pas l’ambiances lourde, le danger permanent, la tension extrême, même si le monde qu’elle décrit est totalement différent. Cette fois, une famille va devoir se battre contre les éléments, tenter de survivre à une catastrophe naturelle.
Le roman débute six jours après le passage d’un gigantesque raz-de-marée consécutif à une éruption volcanique. Sur la petite île où Louie, ses parents et tous ses frères et sœurs ont résisté à la fureur de la nature, le moral est au plus bas : « Ils étaient là tels des chatons trempés sous la pluie, calés les uns contre les autres avec leurs regards hébétés, les yeux qui cillaient à cause des rafales de vent et des averses chaudes. Devant eux, c’était la mer, mais pas que. Derrière, à gauche, à droite, c’était aussi la mer. En six jours, ils n’avaient pas eu le temps de s’habituer, mais ils avaient compris que le monde ne serait plus jamais comme avant. Ils ne disaient rien. Juste, ils se tenaient pas la main tous les onze, le père, la mère et les neuf enfants, visages fouettés par le temps devenu fou, par le déluge qui ne s’arrêtait pas, ou si peu, les obligeant à se replier autour de la maison. »
Ils sont sauvés, mais ne sont qu’en sursis. Car autour d’eux il n’y a pas âme qui vive, l’eau continue à manquer et les ressources sont très limitées. Avant que les secours ne puissent s’organiser, il faudra vraisemblablement attendre très longtemps, si tant est que quelqu’un puisse imaginer qu’il y a encore des survivants. Pour ne pas effrayer les plus jeunes, on tente de cacher une vérité qui devient pourtant de jour en jour plus criante: si on ne quitte pas l’île et aucun bateau ne vient les secourir, alors ils finiront tous engloutis.
Dans ce roman des choix cruciaux et des décisions douloureuses, les parents préparent une barque pour tenter de rejoindre la terre ferme à la rame. Mais ils savent d’une part qu’il n’y aura pas la place pour tout le monde sur la frêle embarcation et d’autre part que le risque de ne jamais arriver à bon port est très élevé. Au matin du treizième jour, Louie se réveille sans humer l’odeut du café et du pain grillé. Perrine et Noé dorment encore et ne se doutent pas qu’ils sont désormais seuls. Le reste de la famille les a laissés là – pourquoi pas les autres – en promettant de revenir les chercher.
Avec le sens de la construction qui la caractérise, Sandrine Collette va dès lors découper son roman en deux parties, l’histoire des trois enfants livrés à eux-mêmes, face à un niveau d’eau qui poursuit inexorablement son ascension, et qui doivent s’inventer un quotidien qui ne soit pas englouti… par le désespoir. Lorsqu’un bateau passe à l’horizon, ils vont imaginer durant quelques minutes que leur calvaire va prendre fin, mais l’horizon est à nouveau vide. Alors ils décident de construire un radeau pour quitter l’île avant qu’il ne soit trop tard.
Le reste de la famille a tenu le coup sur le bateau, le père et les aînés se relayant pour ramer. Ils auront même l’occasion de se dégourdir un peu les jambes et de manger des mûres sur une île qui croise leur route. Mais la route est encore longue et les provisions s’amenuisent. Quand ils sont attaqués par un énorme poisson, c’est la panique. «Deux mètres de force et de colère» vont coûter la vie à Mattéo et laisser Madie «tout entière fermée, repliée sur son désespoir». Une mère déjà rongée par l’abandon de trois autres de ses enfants. Et qui n’a pas fini de souffrir…
À ce stade du récit, il serait dommage d’en dire davantage et de raconter le destin des uns et des autres. En revanche, je peux vous garantir que vous ne lâcherez plus le livre et que vos émotions vont jouer les montagnes russes. Aussi bien à côté des trois enfants qui doivent décider quelle est la meilleure option pour s’en sortir qu’à côté des parents rongés par le doute et la culpabilité, vous allez être bouleversé par les choix impossibles qui s’offrent à eux. C’est diabolique, tendu, irrespirable. C’est bien plus qu’un thriller efficace, c’est un grand roman sur cette mystérieuse cellule que constitue une famille.

Juste après la vague
Éditions Denoël
Roman
304 p., 19,90 €
EAN : 9782207140680
Paru en 18 janvier 2018

Ce qu’en dit l’éditeur
Une petite barque, seule sur l’océan en furie.
Trois enfants isolés sur une île mangée par les flots.
Un combat inouï pour la survie d’une famille.
Il y a six jours, un volcan s’est effondré dans l’océan, soulevant une vague titanesque, et le monde a disparu autour de Louie, de ses parents et de ses huit frères et sœurs. Leur maison, perchée sur un sommet, a tenu bon. Alentour, à perte de vue, il n’y a plus qu’une étendue d’eau argentée. Une eau secouée de tempêtes violentes, comme des soubresauts de rage. Depuis six jours, ils espèrent voir arriver des secours, car la nourriture se raréfie. Seuls des débris et des corps gonflés approchent de leur île.
Et l’eau recommence à monter. Les parents comprennent qu’il faut partir vers les hautes terres, là où ils trouveront de l’aide. Mais sur leur barque, il n’y a pas de place pour tous. Il va falloir choisir entre les enfants.
Une histoire terrifiante qui évoque les choix impossibles, ceux qui déchirent à jamais. Et aussi un roman bouleversant qui raconte la résilience, l’amour, et tous ces liens invisibles mais si forts qui soudent une famille.

Les critiques
Babelio
Blog Passion Bouquins
Emotions – blog littéraire et musical 
La Cause littéraire (Christelle d’Herart-Brocard)
RTL (Bernard Lehut – Les livres ont la parole)
Blog La fée lit
Blog Quatre sans quatre
Blog Carobookine


Sandrine Collette évoque Juste après la Vague © Production BePolar TV

Les premières pages du livre
« Louie se pencha pour ramasser la petite chose mouillée que la mer avait poussée jusqu’à la rive et qui se tenait là, inerte, à peine agitée par l’eau, se heurtant à la terre. C’était une mésange, une bleue, de celles qu’ils essayaient de préserver, avant, parce qu’elles se faisaient rares. Il la prit entre ses mains et la tendit à son père.
– Tiens, Pata. Encore une.
Le père hocha la tête et la garda contre lui. Les autres regardaient en silence. Ils iraient l’enterrer plus tard, là où ils avaient mis les oiseaux morts. Ce serait le cent trente-quatrième – Louie connaissait le chiffre par cœur.
Et comme les autres, il se remit à contempler l’océan en rage.
Ils étaient là tels des chatons trempés sous la pluie, calés les uns contre les autres avec leurs regards hébétés, les yeux qui cillaient à cause des rafales de vent et des averses chaudes. Devant eux, c’était la mer, mais pas que. Derrière, à gauche, à droite, c’était aussi la mer. En six jours, ils n’avaient pas eu le temps de s’habituer, mais ils avaient compris que le monde ne serait plus jamais comme avant. Ils ne disaient rien. Juste, ils se tenaient pas la main tous les onze, le père, la mère et les neuf enfants, visages fouettés par le temps devenu fou, par le déluge qui ne s’arrêtait pas, ou si peu, les obligeant à se replier autour de la maison.
Six jours depuis la vague.
Le raz-de-marée était arrivé et personne ne l’avait entendu.
Ou si quelqu’un l’avait entendu, c’était déjà trop tard.
S’ils auraient dû le prévoir? À quoi bon se torturer, avait chuchoté le père, à présent que c’est fait.
Depuis, ils n’avaient pas vu âme qui vive; Pata avait dit qu’ils étaient peut-être les seuls survivants, rapport à cette fichue colline qui coupait les pattes des petiots quand ils rentraient de l’école à la fin de la journée, oui cette colline qui leur avait sauvé la vie parce qu’elle était perchée trop haut et qu’elle montait trop fort. Le village se trouvait en bas, dans la vallée où il n’y avait plus rien à voir. Cependant, à cet instant, ils se tournèrent d’un bloc vers elle, comme si la pensée leur était venue tous ensemble; et dans la vallée, c’était encore la mer.
La vague avait déferlé sur le monde et avait tout emporté, maisons, voitures, bêtes et humains par milliers, attrapant les chair et les murs en béton pour ls enfouir sous les lames et les courants effrayants, les écraser, les gober sans retenue – si elles s’étaient retirées, les eaux auraient laissé derrière elles des champs lessivés, jonchés de corps morts et de débris d’os, de métal et de verre, mais elles n’étaient pas redescendues, elles s’étaient installées là, envahissantes et meurtrières, et depuis six jours elles charriaient des arbres arrachés, des poutres brisées, des cadavres au ventre gonflé que les petiots regardaient passer en essayant de les reconnaître. »

Extrait
« Le temps glisse sur elle. La mort de Lotte lui a fait une étrange carapace. Personne ne la voit qu’elle, une toile transparente qui lui amène les bruits feutrés, les images voilées. Les lumières atténuées, et les voix qui se déforment. La mère n’y peut rien, c’est venu tout seul. Parfois cela l’arrange ; parfois elle aimerait s’en détacher car quelque chose en elle est conscient que cette curieuse léthargie ne doit pas vaincre tout à fait, qu’il faut l’en empêcher sinon elle sombrera pour de bon, ce qui ne la gênerait pas tant, Dieu, mais tout de même, il y a les autres. Elle ne devine pas que son cœur lentement se répare, jouant des aller-retours sur le chemin d’une guérison qui n’en sera jamais une, un pansement peut-être, une compresse pour appuyer bien fort là où cela saigne, juste de quoi continuer, se lever le matin, une pommade pour l’enfant disparue.
Mais non, Madie n’en a pas idée, c’est trop vite. Elle n’imagine pas que la nécessité puisse avoir raison de la douleur de cette façon-là, avec tant d’indifférence et tant de renoncement. Le chagrin la dévore et la déserte. »

À propos de l’auteur
Sandrine Collette est née en 1970. Elle partage son temps entre l’écriture et ses chevaux dans le Morvan. Elle est l’auteur de Des nœuds d’acier, Grand Prix de Littérature policière 2013 et best-seller dès sa sortie, de Un vent de cendres, de Six fourmis blanches et de Il reste la poussière, couronné par le prix Landerneau 2016 et de Les larmes noires sur la terre. (Source: éditions Denoël)

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