À crier dans les ruines

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Sélectionné pour le prix Stanislas du premier roman
Talents Cultura de la rentrée

En deux mots:
La catastrophe de Tchernobyl pousse Léna à fuir une terre irradiée, laissant derrière elle Ivan, son amoureux, et ses belles promesses. C’est désormais en France qu’elle doit se construire un avenir… qui la conduira vingt ans plus tard à revenir dans la cité martyr de Pripiat.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Retour à Tchernobyl

L’émotion sourd de toutes les pages du premier roman d’Alexandra Koszelyk. «À crier dans les ruines» est un chant d’amour à une terre, à un serment de jeunesse, mais aussi une terrible déchirure.

Je vous parle d’un temps que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître, de ce 26 avril 1986 où un accident nucléaire dans la centrale de Tchernobyl a soudain transformé les belles certitudes sur le progrès et les avancées de la science en un drame mortel qui a secoué le monde. Je vous parle d’un temps où l’Allemagne et la Suisse interdisaient la consommation de légumes de son potager et où le fameux nuage s’étant arrêté à la frontière, la France ne «courait aucun risque». Je vous parle d’un temps où l’information sur la catastrophe, les victimes, le traitement du problème et la zone contaminée était très parcellaire, en grande partie censurée par les autorités russes (et quand on voit le traitement de l’accident nucléaire des derniers jours, on se dit que rien n’avait vraiment changé de ce côté).
Je vous parle d’un temps qui a fait basculer du jour au lendemain la vie de milliers de personnes, notamment celle de Léna, le personnage au centre de ce beau roman.
Les premières pages se déroulent en 2006, vingt ans après la catastrophe, au moment où Léna arrive à Kiev pour s’inscrire à une excursion vers Pripiat avec quelques touristes dont la curiosité est plus forte que le risque encouru. Mais pour elle, on va le comprendre très vite, ce voyage revêt un caractère autrement plus important: elle revient dans la ville où elle a passé son enfance, dans la ville où elle a connu Ivan, auprès de l’arbre sur lequel a été gravé la preuve de leur amour, là où elle a fait un serment qu’elle n’aura pu tenir.
Le brutal arrachement à cette terre frappe aussi ses parents et sa grand-mère Zenka qui laisse derrière elle, dans le train de l’exil, «son chez-soi, sa langue, et des amis déjà enterrés». Dimitri, son père, a pu trouver un emploi à Flamanville, non loin de Cherbourg, où ses connaissances dans le domaine nucléaire sont appréciées.
Suivent alors des pages fortes sur l’exil et sur la façon dont on peut essayer de surmonter ce déchirement. Léna trouve un réconfort dans la lecture : «Les livres n’étaient pas seulement des outils pour apprendre le français ou pour s’évader: ils comblaient cette absence qui la dévorait et étaient un pont de papier entre les rives de ses deux vies. La lueur d’une bougie blèche au fond d’une caverne.»
La lecture et l’écriture. Car l’adolescente espère toujours que ses lettres trouveront Ivan qui, de son côté lui écrit aussi. Des lettres qu’il n’envoie pas, mais dans lesquelles il dit son espoir puis sa peine. Il raconte la vie à quelques kilomètres de ce maudit réacteur n°4 et le fol espoir né après la chute du mur de Berlin. Il raconte comment la douleur s’est transformée en colère: «J’ai longtemps espéré ton retour. En 1990, j’ai cru chaque jour que tu reviendrais. Tu sais ce que ça fait d’attendre? D’espérer? Quand ça s’arrête, on tombe de haut. Je croyais en toi, en ta force, en notre complicité. Mais ce n’était que du vent. Comme les autres. Tu es comme les autres. Dès que tu as franchi cette putain de frontière à la con, tu m’as oublié. Peu importe ce qu’on avait vécu. Pfft, du vent! Les promesses ne tiennent que le temps d’être dites.»
On aura compris dès les premières pages que Léna n’a rien oublié. Mais peut-on effacer vingt ans de sa vie et retrouver ses racines?
La plume sensible d’Alexandra Koszelyk – qui a eu la bonne idée d’aller, à l’instar de Jean d’Ormesson, chercher son titre dans les poèmes d’Aragon – donne à ce roman une profondeur, une humanité, une force peu communes. Si bien que je n’ai qu’une certitude en refermant ce roman: il ne sera pas inutile de crier dans les ruines, car le message sera entendu!

À crier dans les ruines
Alexandra Koszelyk
Éditions Aux forges de Vulcain
Premier roman
240 p., 19 €
EAN 9782373050660
Paru le 23/08/2019

Où?
Le roman se déroule à Pripiat, commune proche de Tchernobyl, située dans la zone interdite ainsi qu’à Kiev puis en France, principalement à Cherbourg et Flamanville. On y évoque aussi le voyage de l’exil passant par Kiev, Jytomyr, Ternopil, Lviv, Tarnów, Cracovie, Varsovie, Poznań, Francfort et un séjour en Italie, à Sorrente.

Quand?
L’action se situe de 1986 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
L’odyssée d’une jeune femme, déterminée à retrouver son pays et son amour, tous deux détruits par Tchernobyl. Lena et Ivan sont deux adolescents qui s’aiment. Ils vivent dans un pays merveilleux, entre une modernité triomphante et une nature bienveillante. C’est alors qu’un incendie, dans l’usine de leur ville, bouleverse leurs vies. L’usine en question, c’est la centrale de Tchernobyl. Et nous sommes en 1986. Les deux amoureux sont séparés. Lena part avec sa famille en France, convaincue qu’Ivan est mort. Ivan, de son côté, ne peut s’éloigner de la zone, de sa terre qui, même sacrifiée, reste le pays de ses ancêtres. Il attend le retour de sa bien-aimée. Lena, quant à elle, grandit dans un pays qui n’est pas le sien. Elle s’efforce d’oublier. Mais, un jour, tout ce qui est enfoui remonte, revient, et elle part retrouver le pays qu’elle a quitté vingt ans plus tôt.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Livres Hebdo (Nicolas Turcev)
Blog Just a word (Nicolas Winter)
L’Albatros, le blog de Nicolas Houguet
Blog Les chroniques de Koryfée (Karine Fléjo)
Blog Agathe the Book
Blog Sur la route de Jostein
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Daily Mars
Culturez-vous (entretien avec l’auteur)

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Quand Léna arrive à Kiev, elle ne s’attend à rien ou plutôt à tout. Des odeurs de son enfance, la musique de sa langue natale, les dernières images avant son exil. Mais de fines particules assombrissent les lumières de la ville, la grisaille embrume ses souvenirs. Des silhouettes la frôlent et semblent appartenir à un autre temps. Quand elle remonte le col de sa veste, un homme lui fait signe de l’autre côté de la rue puis s’approche. À quelques mètres d’elle, il découvre son erreur: il l’a prise pour une autre. Elle comprend à peine ses excuses en russe. Léna regarde la silhouette, celle-ci n’est déjà plus qu’un point à l’horizon.
«À la prochaine à droite, vous serez arrivé à votre destination.»
La voix métallique du GPS la sort de sa rêverie. Au bout de l’allée clignotent les néons de l’agence de voyages. Elle pousse la porte, de l’air chaud enveloppe ses mollets. Derrière le comptoir se tient une femme qui lui tend un dépliant. Ici, une seule destination est proposée.
«Pour vous rendre dans la ville fantôme Pripiat, vous prendrez notre bus. Il y a un seul aller-retour par jour. Quand vous serez dans la zone contaminée, vous ne resterez jamais seule. Vous suivrez la guide et resterez avec votre groupe. Deux conditions à remplir pour y accéder: vous devez me certifier que vous avez plus de dix-huit ans et que vous n’êtes pas enceinte. Vous signerez ce papier en deux exemplaires. Un pour vous, un pour moi.»
Le prix annoncé est élevé, mais Léna ne tergiverse pas quand elle dépose cinq cents dollars sur le comptoir. La femme au tailleur vert compte un à un les vingt-cinq billets de vingt dollars. Elle mouille son doigt puis l’applique sur le coin du billet. Une petite trace se forme avant de s’évanouir. L’hôtesse en fait un tas ordonné puis les range dans une boite rouillée. Lorsqu’elle la referme, le grincement remplit la pièce vide. D’un tiroir, elle sort un registre d’inscription. De la poussière tournoie quand elle le dépose sur son bureau.
«Il me reste une place pour demain. Mais peut-être est-ce trop tôt?»
Léna n’ose y croire, elle fixe la femme quelques secondes, puis sourit en signe d’acquiescement. Quand elle repasse le seuil de l’agence, le ciel lui semble moins gris.
La nuit, le sommeil peine à venir: la lumière de la diode du téléviseur l’empêche de s’endormir. Léna se retourne, s’enroule dans le drap, sans jamais trouver le sommeil. À trois heures du matin, elle s’avoue vaincue. Elle tâtonne et appuie sur l’interrupteur de la lampe. Une lumière jaune envahit la pièce. Elle plisse les yeux puis sort un roman de sa valise, une araignée en surgit. Léna sursaute puis regarde ce corps velu, il sera son compagnon de nuit. Les pages tournent, les heures défilent, Léna découvre le destin d’une femme brisée par l’Histoire. Le personnage s’appelle Lara : le prénom commence et finit comma le sien. Léna se rendort sur cette pensée quand let premières lueurs du jour arrivent.
« Ma charmante, mon inoubliable! Tant que le creux de mes bras se souviendra de toi, tant que tu seras encore sur mon épaule et sur mes lèvres, je serai avec toi.»
Le livre tombe sans bruit, les lettres du titre Le Docteur Jivago paraissent plus noires sur le carmin de la moquette. Dans un coin, l’arachnide tisse sa toile sans se préoccuper du temps.
Trois heures plus tard, Léna est en avance. Elle a trouvé refuge dans un café, tout près du lieu de rendez-vous. Derrière la vitre, le monument de la place Maïdan impose sa verticalité. Quelques instants, le regard de Léna se perd sur la statue qui surplombe la colonne: érigée en 2001 pour commémorer les dix ans de l’indépendance, Berehynia, la déesse mère de la Nature et protectrice de l’Arbre de Vie, domine la ville. Les bras levés, elle s’ouvre au monde et porte un rameau d’or. Léna repense à sa grand-mère. La voix des souvenirs se superpose à la musique criarde du café. Pendant quelques secondes, elle est dans le parc de Pripiat, avec Zenka, quand elle lui racontait ce mythe. »

Extraits
« Les livres n’étaient pas seulement des outils pour apprendre le français ou pour s’évader: ils comblaient cette absence qui la dévorait et étaient un pont de papier entre les rives de ses deux vies. La lueur d’une bougie blèche au fond d’une caverne. »

« J’ai longtemps espéré ton retour. En 1990, j’ai cru chaque jour que tu reviendrais. Tu sais ce que ça fait d’attendre? D’espérer? Quand ça s’arrête, on tombe de haut. Je croyais en toi, en ta force, en notre complicité. Mais ce n’était que du vent.
Comme les autres. Tu es comme les autres. Dès que tu as franchi cette putain de frontière à la con, tu m’as oublié. Peu importe ce qu’on avait vécu. Pfft, du vent! Les promesses ne tiennent que le temps d’être dites. Après, on trouve toujours des choses pour s’en détourner. Se divertir. Qu’as-tu trouvé là-bas pour y rester? Je ne te suffisais pas? L’homme est pourri jusqu’à la moelle. Les dirigeants ont détruit ma vie, la région, ce pays. Tu sais ce que ça fait de voir la mort en face? De voir les gens tomber malades? »

À propos de l’auteur
Alexandra Koszelyk est née en 1976. Elle enseigne, en collège, le français, le latin et le grec ancien. Diplômée à l’Université de Caen Normandie (1995-2001), elle travaille à Saint-Germain-en-Laye depuis 2001. En parallèle, elle est formatrice pour l’association Paysage et patrimoine sans frontières, un prestataire de formation au paysage, au jardin et à l’histoire des arts. Elle écrit également sur son blog personnel consacré à la littérature Bric à Book. À crier dans les ruines est son premier roman. (Source : Livres Hebdo / Twitter)

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Lettres à Joséphine

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En deux mots:
Nicolas ne peut croire que Joséphine le quitte, que leur amour, que leur passion se termine si brutalement. Alors il va prendre la plume pour tenter de convaincre Joséphine qu’elle se fourvoie avec son nouvel amant. Des lettres passionnées, des missives désespérées, des envois magnifiques, des messages crus.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Joséphine, ne me quitte pas

Nicolas Rey nous revient avec un roman épistolaire qui ne va rien nous cacher de son amour pour Joséphine, de son besoin de croire que la rupture n’est pas consommée, de son obsession, de sa dépression.

Depuis Les liaisons dangereuses et Choderlos de Laclos, on sait que le roman épistolaire, surtout quand il parle d’amour, de passion et de trahison peut être une forme littéraire redoutablement efficace. Elle offre en effet au lecteur un large pan de liberté, celui d’imaginer par exemple la réaction du destinataire des courriers.
Il n’en va pas autrement dans ce nouvel opus signé Nicolas Rey.
Même si cette fois, nous n’avons droit qu’aux lettres de l’amoureux transi à celle qui vient de le quitter, la belle Joséphine Joyeaux, le registre n’en est pas moins très riche.
Si comme moi, vous êtes amateur de collections, je vous propose une petite liste non exhaustive de ces missives qui dessinent sur la carte du tendre un itinéraire des fluctuations du sentiment amoureux, qui va de l’incrédulité à la colère, du fol espoir au désespoir le plus sombre.
Commençons la tentative rationnelle de comprendre ce qui arrive à l’amoureux qui se retrouve désormais seul. Pour ne pas sombrer dans la dépression, l va voir un psy qui lui explique qu’il devra passer par cinq étapes, le déni, la colère, le marchandage, la dépression et l’acceptation. Facile à dire, surtout quand on applique la chose à son cas personnel. Le déni passe encore, mais la colère se dirige non pas à l’encontre de l’être aimé, mais vers l’auteur qui «n’a pas fait le maximum» pour garder «sa» Joséphine. Du coup, toutes étapes suivantes sont forcément biaisées. Le marchandage et la dépression feront bien partie du lot au fil du livre, mais l’acceptation…
Quand on «aime jusqu’à l’infini, comment peut-on accepté que cette passion si intense ne soit pas partagée. D’autant qu’avec toute la mauvaise fois dont on peut être capable dans ces moments-là, on va accumuler toutes les preuves que cet amour ne saurait mourir.
Avec l’aide de Françoise Sagan, de Richard Brautigan, de Francis Scott Fitzgerald, de Romain Gary, de Marcel Proust, il va trouver dans les livres les échos de son mal-être et les raisons d’y croire encore. Ou plutôt d’imaginer ce qui aurait pu ou dû – de son point de vue, cela va de soi – se passer pour que cette rupture ne soit pas définitive.
Après Pierre-Louis Basse et Je t’ai oubliée en chemin, voici une nouvelle version, plus obsessionnelle et plus crue de la rupture amoureuse: «Joséphine. Mon amour. Mon délice ultime. Ma cyprine blanche au goût merveilleux qui parfois coulait en fin de journée de ta chatte pour finir entièrement dans ma bouche.»
Une fois de plus, le mâle doit rendre les armes. Mais fort heureusement pour nous, «tout le reste est littérature». Un bel hymne à l’absolu.

Lettres à Joséphine
Nicolas Rey
Éditions Au Diable Vauvert
Roman
192 p., 00,00 €
EAN 9791030702095
Paru le 10/01/2019

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Paris, mais aussi à Châteauroux, Arles, Avignon où Nîmes.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
«J’étais devenu un fantôme. Une sorte de mort-vivant. J’ai trouvé un ultime sursaut d’énergie pour avaler une poignée de tranquillisants avec un fond de vodka. Je me suis assis dans mon fauteuil club et j’ai regardé une série sur HBO. Je me suis réveillé en pleine nuit. Non. Le cauchemar était bien réel. Joséphine n’était plus amoureuse de moi.»
Si l’amour est la plus forte, la plus dangereuse et la plus répandue des addictions, voici le roman de l’impossible désintoxication, le roman du chagrin d’amour.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Le Parisien (Pierre Vavasseur)
Blog Baz-Art 
Blog Cultur’Elle (Caroline Doudet)
Blog Voix de plumes 

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Ma Joséphine. Mon aimée.
Je suis mort de trouille depuis plusieurs jours. En effet, depuis quelque temps, tu restes chez toi, clouée dans ton lit, avec des frissons, une forte fièvre, des douleurs au dos, des nausées et des vomissements. Je t’appelle tous les matins pour prendre de tes nouvelles mais tu refuses que je passe te voir. Un soir, tu me téléphones. Petite voix de ma Joséphine :
« Nicolas, je suis à l’hôpital Saint-Antoine, on m’a détecté une infection rénale. Pour l’instant, ils font des examens. Je t’appelle quand j’en saurai plus, d’accord?
– D’accord ma Joséphine. Si tu as besoin de quoi que ce soit, demande-moi je t’en prie.
– D’accord. Au revoir mon Nicolas. »
Je ne peux pas m’empêcher de t’appeler le lendemain soir. Tu me dis que tu vas un peu mieux. Est-ce que je peux faire quelque chose pour toi? Je demande. Oui, tu me réponds. Si tu pouvais me trouver un gant et une serviette de toilette, ce serait formidable. J’arrive tout de suite en moto-taxi avec six gants et huit serviettes de toilette. Ma Joséphine. Même malade, sache que je t’ai trouvée magnifique ! Il y avait dans chacun de tes gestes une lenteur due à la souffrance proche de l’harmonie. Ton infection a été pour moi comme un électrochoc. Je savais que je t’aimerais jusqu’à ma mort. Je savais que tu pouvais compter sur moi comme personne ne peut compter sur moi. Mais je ne connaissais pas l’inquiétude, la peur qu’il arrive quelque
chose à l’autre, une peur qui te déchire le ventre. Joséphine, ne tombe plus jamais malade, c’est un ordre. Je te l’interdis ! Je serais incapable de vivre sans toi. À présent, il faut prendre soin de ta santé, il faut te ménager parce que tu n’es pas une machine à vivre. Tu es vivante, c’est tout. Tu es même la personne la plus vivante que je connaisse alors calme un peu le jeu et contente-toi de vivre, s’il te plaît !
Tu es tellement douée pour ça.
Ton amant pour toujours.
Nicolas. »

Extrait
« Ma Joséphine. Mon petit ventre tendre, moelleux et ravissant.
Nous y sommes. Après cinq ans d’amour, tu viens de me quitter. Je te connais. Je sais que tu me quittes définitivement. Tu étais partie en convalescence une semaine chez tes parents à Châteauroux après ton infection rénale. Je t’appelais tous les soirs pour prendre de tes nouvelles. Et puis un dimanche, le couperet m’est tombé dessus:
«Bonsoir mon amour.
– Bonsoir mon Nicolas.
– Comment tu te sens aujourd’hui ?
– De mieux en mieux.
– Génial !
– Nicolas ?
– Oui.
– Il faut que je te parle de quelque chose.
– Je t’écoute.
– C’est quelque chose de très délicat.
– Vas-y ma Joséphine.
– Est-ce que tu m’aimerais toujours si j’avais quelqu’un d’autre dans ma vie ?
– C’est le cas ?
– Oui.
– Alors dans ce cas Joséphine, oui, je t’aimerai toujours.
– Est-ce que je pourrai toujours avoir confiance en toi ?
– Oui.
– Est-ce qu’on pourra conserver notre complicité même si l’on ne fait plus l’amour ensemble ?
– Évidemment Joséphine.
– Merci Nicolas.
– Il faut que je te laisse Joséphine. Je t’appelle demain. D’accord?
– D’accord. À demain mon Nicolas. »
Je suis resté debout devant ma fenêtre pendant plus d’une heure sans bouger d’un millimètre. »

À propos de l’auteur
Nicolas Rey est lauréat du Prix de Flore. Il a publié six romans au Diable vauvert : Treize minutes, Mémoire courte, Prix de Flore 2000, Un début prometteur, Courir à trente ans, Un léger passage à vide, L’amour est déclaré, Les enfants qui mentent n’iront pas au paradis, un recueil de chroniques, La Beauté du geste, ainsi que le scénario La Femme de Rio, César du court-métrage 2015. Longtemps chroniqueur sur France Inter dans l’émission de Pascale Clark, il a créé avec Mathieu Saïkaly le duo les Garçons Manqués qui se produit depuis 2015 à la Maison de la Poésie à Paris et dans toute la France en 2018 pour un nouveau spectacle. Après son roman Dos au mur paraît Lettres à Joséphine au Diable vauvert. (Source: Éditions Au Diable Vauvert)

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