Cora dans la spirale

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En deux mots:
Cora est l’épouse de Pierre et la mère de la petite Manon, mais Cora est aussi cadre chez Borélia. Cette société d’assurances entend se restructurer pour augmenter ses profits. Entre peurs, ambitions et violence économique, elle va essayer de mener sa barque entre les écueils.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Tous les visages de Cora

Dire que le nouveau roman de Vincent Message a pour thème l’entreprise serait trop réducteur. À travers le portrait de Cora, il dessine aussi la complexité de la vie d’une femme d’aujourd’hui et détaille notre société. Brillant!

C’est à la page 270 de ce somptueux roman que Vincent Message nous en livre la clé: «Je rêve d’un monde où on se raconterait les vies humaines les unes après les autres, avec assez de lenteur, d’incertitudes et de répétitions pour qu’elles acquièrent la force des mythes. Fidèle à l’utopie, je rêve d’une société où on aurait les moyens de faire ça, et où on n’aurait rien de plus urgent à faire. Mais je sais bien, en fait, qu’on ne sait pas qui a vécu sur terre. On ne connait pas les noms.» En suivant les méandres de ses personnages – et en particulier le parcours de Cora – il s’approche de cette ambition. Au fil des pages, d’une densité peu commune, on voit Cora de plus en plus nettement, comme si des jumelles que l’on règle jusqu’à voir une image parfaite. Côté famille, rien de particulier à signaler, si ce n’est l’usure du couple et la lassitude croissante, après la naissance de Manon, à trouver du temps pour elle et pour Pierre, son mari. Cora est davantage dans la gestion du stress, essayant de mener de front sa carrière chez Borélia, sa vie de famille et ses loisirs, la photographie et l’opéra. À l’image du monde dans lequel elle évolue, elle est constamment en mouvement, alors qu’elle aimerait avoir du temps pour réfléchir, pour comprendre. Par exemple comment la société d’assurances qui l’emploie, fondée par Georges Bories en 1947 sous le statut d’une mutuelle appelée Les Prévoyants et qu’il dirigera durant 32 ans avant de laisser les rênes à son fils Pascal, est aujourd’hui contrainte de restructurer. Pourquoi la gestion par croissance interne et le rachat au fil des ans de quelques petites mutuelles n’est aujourd’hui plus suffisante. Pourquoi, après le rachat de Castel, dont la culture d’entreprise est différente, il va falloir lancer le programme Optimo avec l’aide d’un cabinet-conseil et élaguer sévèrement les effectifs.
Vincent Message a construit son roman avec virtuosité, convoquant un journaliste qui aimerait raconter la «vraie histoire» de Borélia afin de nous livrer un regard extérieur sur ce qui se trame et laissant ici et là des indices sur cet épisode dramatique que l’on découvrira en fin de lecture. D’ici là, le romancier nous aura entrainé sur bien des sentiers et nous aura offert quelques digressions propres à enrichir le récit – un séminaire en Afrique, une femme qui se jette sur les voies à la station Oberkampf, un rendez-vous manqué à l’opéra, une escapade à Fécamp, une autre dans les sous-sols de la capitale – sans que jamais la fluidité de la lecture en soit affectée. Les liaisons sont logiques, la phrase suit allègrement son cours tout en enrichissant constamment le récit, en complexifiant le portrait de Cora. Quand elle cède aux avances d’un chef de service sans vraiment le vouloir, puis quand elle se retrouve dans les bras de Delphine Cazères – engagée pour mettre en œuvre le plan Optimo – et découvre l’amour entre femmes. Sans oublier son engagement pour régulariser la situation de Maouloun, le réfugié de Tombouctou qui est venu à son secours après une chute à la Gare saint-Lazare.
Oui, Cora Salme, née le 18 mai 1981, dans le XVe arrondissement de Paris est une femme d’aujourd’hui, confrontée à une société de la performance, à des enjeux qui la dépassent, à un avenir qui – contrairement à celui de ses parents – est pour le moins anxyogène. Et s’il fallait lire ce roman comme un constat. Celui qu’il est désormais envisageable que l’homme, à coups de «progrès», ne finisse par se détruire. Comme l’aurait dit Romain Gary, au-delà de cette limite, votre ticket n’est plus valable.

Cora dans la spirale
Vincent Message
Éditions du Seuil
Roman
458 p., 21 €
EAN 9782021431056
Paru le 21/08/2019

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris et banlieue, à Montreuil, Bobigny, Courbevoie, Nanterre et Saint-Denis. On y évoque un séjour à Berlin, une escapade en Normandie, de Rouen à Fécamp, des vacances dans le Sud, du côté de Collioure et du Col d’Èze ou encore à Lisbonne.

Quand?
L’action se situe il y a quelques années.

Ce qu’en dit l’éditeur
Après avoir donné naissance à une petite fille, Cora Salme reprend son travail chez Borélia. La compagnie d’assurances vient de quitter les mains de ses fondateurs, rachetée par un groupe qui promet de la moderniser. Cora aurait aimé devenir photographe. Faute d’avoir percé, elle occupe désormais un poste en marketing qui lui semble un bon compromis pour construire une famille et se projeter dans l’avenir. C’est sans compter qu’en 2010, la crise dont les médias s’inquiètent depuis deux ans rattrape brutalement l’entreprise. Quand les couloirs se mettent à bruire des mots de restructuration et d’optimisation, tout pour elle commence à se détraquer, dans son travail comme dans le couple qu’elle forme avec Pierre. Prise dans la pénombre du métro, pressant le pas dans les gares, dérivant avec les nuages qui filent devant les fenêtres de son bureau à La Défense, Cora se demande quel répit le quotidien lui laisse pour ne pas perdre le contact avec ses rêves.
À travers le portrait d’une femme prête à multiplier les risques pour se sentir vivante, Vincent Message scrute les métamorphoses du capitalisme contemporain, dans un roman tour à tour réaliste et poétique, qui affirme aussi toute la force de notre désir de liberté.

Les critiques
Babelio 
Lecteurs.com
En attendant Nadeau (Ulysse Baratin)
ELLE (Virginie Bloch-Lainé)
France Culture (Olivia Gesbert)
Playlist Society (Guillaume Augias)
Blog Mots pour mots (Nicole Grundlinger)
Blog Mes p’tits lus


Vincent Message présente Cora dans la spirale © Production Librairie Mollat

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« 01. DES INDIVIDUS SOUS TUNNEL
Notre espèce baguenaudait sur terre depuis deux ou trois cent mille ans lorsqu’un matin, sur le coup de sept heures trente, Cora Salme se mit à voir d’un œil neuf les couloirs de céramique bleue et blanche du métro parisien. Vêtue d’un pantalon de toile et de sa veste la plus élégante, elle arpentait le quai en ballerines, d’un pas un peu flâneur, zigzaguant entre des silhouettes qui tenaient elles aussi à repousser l’automne. Elle regardait les bancs carrelés le long des murs, le ventre voûté du plafond dont l’armure d’écailles scintillait au-dessus de la menace des voies, et trouvait cela assez beau. Elle avait vécu presque toute sa vie à Paris, et avait tellement l’habitude du métro qu’elle n’arrivait à le voir qu’après l’été, lorsque la femme ensoleillée qu’avaient fait grandir en elle les vacances était soudain contrainte de réintégrer sa place ordinaire. Cette fois, le congé de maternité lui avait permis de prolonger ce décrochage du rythme dominant, d’oublier parfois quel jour de la semaine on était, de faire venir les gens à elle au lieu de filer à leur rencontre. Plutôt que de se répéter que la reprise allait être rude, il était peut-être plus malin de profiter de cette capacité d’attention éphémère.
Ils étaient là, tout autour d’elle. Ils se postaient à l’endroit du quai qui leur permettrait de perdre le moins de temps possible à leur sortie ou lors de leur correspondance. Ils s’étaient levés, s’étaient douchés, ou bien débarbouillés au moins, avaient petit-déjeuné, ou avalé au moins une tasse de thé ou de café, s’étaient composé devant la glace, avec des gestes encore tremblants de sommeil, une apparence sortable. Ils avaient choisi des vêtements qui leur donneraient l’air plus solides qu’ils n’avaient l’impression de l’être en réalité. Et désormais ils s’alignaient au bord des rails, les yeux rivés sur le tunnel d’où surgirait la rame, ou laissant s’imprimer sur leur rétine les images affichées de l’autre côté des voies, blousons d’automne, lumières de vacances hors saison pour couples sans enfants, cartables à la fois robustes, bon marché et suffisamment à la mode pour garantir la paix sociale.
Dans leur immense majorité, ils allaient au travail, tirés du lit par l’envie de poursuivre les projets en cours, par le désir de se rendre utiles, par l’entêtant besoin de survivre. Comme il était étrange, en fait, qu’elle se soit habituée à trouver cela banal…
À l’instant de monter dans le wagon, elle se dit qu’elle aussi reprenait le travail et se réembarquait. Dans le même bateau – membre de nouveau de l’équipage. La vie nouvelle, se murmura-t‑elle, la vie nouvelle commence. Vu le monde qu’il y avait, elle fut surprise de se trouver un corps aussi mince et maniable. Souvent, alors qu’elle voulait assurer le bébé de sa présence, un réflexe lui faisait porter la main quinze centimètres trop en avant, là où passait il y a trois mois la peau tendue et incroyablement sensible de ce ventre qui avait disparu alors qu’elle commençait tout juste à le reconnaître pour sien – et étonnée que Manon ne soit plus à l’intérieur, elle se demandait en un éclair panique où elle pouvait bien être, avant de retomber sur les évidences du réel : elle dormait dans son lit, veillée par le crocodile et le chat musical qui rivalisaient pour se tenir au plus près de son sommeil remuant ; elle était quelque part en vadrouille avec Pierre ; ou chez ses grands-parents ; ou comme ce serait l’usage à partir d’aujourd’hui, chez sa nourrice Silué, après cette semaine où Cora avait passé le relais, d’abord parcourue par des mouvements d’inquiétude et de jalousie, puis rassurée au fil des jours de voir que siManon allait lui manquer, tout indiquait que ces deux-là feraient la paire. Malgré ses progrès fulgurants en puériculture, elle restait fascinée par la sûreté limpide des gestes avec lesquels Silué aspergeait d’eau Manon, attendait que l’ombre passe sur son visage, que revienne le rire de gencives, nettoyait ses plis de chair tendre sans en omettre aucun, la séchait en un tournemain ou ouvrait ses petits poings serrés pour lui couper les ongles et éviter qu’elle ne s’inflige ces coups de griffes miniatures dont elle semblait vouloir se faire une spécialité.
Le bras tendu vers le tube de métal qui la maintenait debout, Cora commença à sentir le sang qui s’impatientait dans ses jambes et à guetter une place assise. Elle s’était demandé si elle pourrait faire valoir son statut de femme encore récemment enceinte, mais son ventre était de nouveau à peu près plat, et elle doutait d’être en état de fournir les preuves qu’on ne manquerait pas de lui demander. De toute façon, si elle parvenait à s’asseoir, elle oublierait peut-être cette histoire de circulation sanguine, mais d’autres problèmes allaient se manifester. Ça ne se voit pas mais vous savez, aurait-elle eu envie de leur dire, j’ai encore le corps sens dessus dessous. La douleur au coccyx, c’est mieux qu’il y a trois mois et je ne voulais pas de césarienne, alors je ne regrette rien – mais chaque fois qu’elle revient, je vous jure, c’est atroce. Et dans cette veine de confidences, elle leur aurait soufflé, j’espère que ça va se remettre, maintenant, que les tissus vont s’apaiser, que la libido va revenir, parce qu’en faisant l’amour les sensations ne sont plus les mêmes.
Au début de sa grossesse elle n’osait pas non plus se manifester, tantôt de crainte qu’on ne la soupçonne de mentir, tantôt parce que c’était un effort pour elle de parler aux inconnus, a fortiori quand il s’agissait de leur demander un service. Pendant des mois, ensuite, elle avait été, selon sa forme et son humeur, agacée, amusée, sidérée de constater combien de voyageurs faisaient semblant de ne pas voir son ventre. Il n’y a qu’à la toute fin, quand elle était devenue aussi encombrante pour les autres que pour elle-même, et après avoir remporté les titres de Big Belly et de la Baleine blanche, tous les deux décernés par un jury composé du seul Pierre Esterel, que les gens s’étaient mis à se lever spontanément – les femmes parce que ça leur rappelait des souvenirs ou qu’elles anticipaient, les hommes pour capter dans son regard une étincelle reconnaissante et se conforter dans l’idée qu’ils étaient des mecs bien, avec lesquels une femme comme ça n’aurait demandé qu’à faire follement l’amour si elle n’avait pas eu la faiblesse de contracter d’autres engagements. Au cours du dialogue avec sa mère et ses amies qui se poursuivait qu’elle le veuille ou non dans son for intérieur, Cora se répétait parfois que ce n’était pas mal d’être une femme à Paris au XXIe siècle, qu’il n’y avait pas d’époque dans l’histoire de l’humanité et pas beaucoup de lieux où les femmes aient eu à ce point la maîtrise de leurs choix, mais elle sentait aussi chaque jour et dans chaque fibre de son corps que c’était tout de même très dur, que ça restait beaucoup trop violent, et à ses heures d’angoisse elle se convainquait aisément qu’elle n’allait pas y arriver.
Le métro du matin était connu pour ses visages opaques et son silence que cadençaient seulement les annonces automatisées et le roulis des machines. Quand tout fonctionnait néanmoins, Cora n’avait pas le sentiment d’une atmosphère hostile. Protégés par leurs casques sans qu’on puisse deviner l’effet que leur faisait la musique, plongés dans leur bouquin ou dans le flux de leurs pensées, ses compagnons de voyage différaient un effort auquel ils savaient ne pas pouvoir se soustraire. D’ici quelques minutes, il leur faudrait parler, sourire, être convaincants, être efficaces.
On allait leur demander de jouer à l’animal social – pire encore, à l’Homo œconomicus. Il aurait été insensé d’entamer leur énergie en prenant le risque d’une conversation avec des anonymes qui se révéleraient à tous les coups épuisants ou bizarres. »

Extraits
« Alors que ses concurrents se sont entre-annexés à coups de batailles boursières, Borélia s’est contentée de soigner sa croissance interne, rachetant tout au plus au fil des ans quelques petites mutuelles, de sorte qu’elle émarge, lors de l’arrivée de Cora, au huitième ou au neuvième rang des assureurs français. Bories et son état-major se sont trop dispersés. Parce qu’ils se croyaient arrivés, ou par envie de rompre avec leur routine, ils ont reproduit les erreurs qu’ils avaient su repérer et exploiter chez une compagnie comma Castel. La fin des années 80, et les années 90… C’est l’époque où I’État insiste pour que les assureurs assument de façon plus active leur rôle de financeurs de l’économie. Le ministre appelle régulièrement Bories et ses adjoints à la rescousse, les reçoit avec des charretées de petits-fours et des grands crus, fait le point avec eux sur la situation des entreprises qui ont le plus besoin d’argent frais. » p. 51

« Lorsque j’ai commencé à écrire cette chronique, il y a un an et demi maintenant, j’ai dit que l’histoire de Cora était une toute petite histoire parmi toutes les histoires du monde. Et puis, dans la foulée (je viens de relire ces lignes-là), qu’il n’y a pas de petite histoire, que toutes les vies sont dignes d’être commémorées. Je rêve d’un monde où on se raconterait les vies humaines les unes après les autres, avec assez de lenteur, d’incertitudes et de répétitions pour qu’elles acquièrent la force des mythes. Fidèle à l’utopie, je rêve d’une société où on aurait les moyens de faire ça, et où on n’aurait rien de plus urgent à faire. Mais je sais bien, en fait, qu’on ne sait pas qui a vécu sur terre. On ne connait pas les noms. On conjecture des chiffres. Et quand bien même un art de la statistique qui se porterait soudain à la hauteur de la magie les rassemblerait pour nous et nous les livrerait, ils ne seraient que cela, des noms, des chiffres, on ne saurait pas ce que les gens ont vécu, ce qu’ils ont ressenti et pensé. » p. 270-271

À propos de l’auteur
Vincent Message est né en 1983. Cora dans la spirale est son troisième roman, après Les Veilleurs (Seuil, 2009), lauréat du prix Virgin-Lire, et Défaite des maîtres et possesseurs (Seuil, 2016), récompensé par le prix Orange du livre. (Source : Éditions du Seuil)

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La désertion

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En deux mots:
Au sein d’une entreprise qui comptabilise les morts, Eva Silber est de plus en plus mal à l’aise. Jusqu’au jour où elle décide de disparaître, laissant sa collègue, son patron, son amant dans l’expectative.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Eva brille par son absence

Pour son troisième roman Emmanuelle Lambert nous livre quatre versions d’un fait divers «parlant»: la disparition subite d’une jeune femme. Étonnant et dérangeant.

Ce roman pourra, je le concède, déconcerter certains lecteurs. Ceux qui n’apprécieront pas la virtuosité et la poésie d’un récit qui ne traite pas d’autre chose que du vide, de l’absence, de la disparition. Les autres vont se régaler de ce fait divers et des perspectives vertigineuses qu’il implique, historiques, sociologiques, criminelles et romanesques. Un petit clic sur la page Wikipédia conscrées aux disparitions inexpliquées pourrait suffire à vous en convaincre. Mais venons-en à l’énigme Eva Silber.
Cette jeune femme n’a rien de particulier, sinon son statut d’observatrice d’un microcosme bien particulier: la grande entreprise qu’elle vient d’intégrer. Elle voit ce que les employés qui sont déjà là depuis des années ne voient plus parce qu’ils ont déjà intégré cette façon de fonctionner, à savoir le harcèlement permanent du chef de service dont l’activité préférée est l’espionnage. Les informations qu’il rassemble lui permettant ensuite de se consacrer à son petit jeu pervers. Aux allusions explicites il ajoutera la séance de masturbation en pensant à la «petite nouvelle».
Qui ne se laisse pas perturber pour autant, à moins qu’elle n’extériorise pas sa frustration. Même pour ses collègues, elle reste assez secrète et préfère écouter plutôt que de parler, laissant les discussions autour des séries télé, de la meilleure façon de cuire le potiron ou de payer ses impôts à ceux qui aiment parler, surtout lorsqu’ils ne connaissent rien au sujet. Son jeu à elle consiste à tenter de remettre un peu d’humanité dans une société où l’on répertorie les décès pour établir des statistiques et des modèles optimisant les rendements. La transgression suprême pour Eva vient le jour où elle décie d edonner un prénom à l’un de ces numéros. Un enfant mort qui va l’accompagner jusqu’à ce jour où… elle ne réapparaît pas.
La construction du roman est alors polyphonique. Les chapitres s’intitulent Franck, Marie-Claude, Paul et Eva. Quatre parties pour autant de versions tentant d’expliquer cette disparition. De leur point de vue, le patron, la collègue, l’amant comprennent qu’ils ne comprennent pas, qu’il est impossible de disparaître comme ça, qu’on ne saurait déserter. Du coup, c’est bien Eva qui aura le dernier mot, qui va briller par son absence.

La désertion
Emmanuelle Lambert
Éditions Stock
Roman
traduit de l’anglais (États-Unis) par
160 p., 15 €
EAN : 9782234084957
Paru le 17 janvier 2018

Ce qu’en dit l’éditeur
« Le premier jour d’absence il était descendu à l’heure du déjeuner pour l’attendre dans le parc, caché derrière l’arbre d’où il observait la sortie de ses subordonnés. Il avait ensuite vérifié les registres de la badgeuse. Aucune trace d’elle. » Un jour, Eva Silber disparaît volontairement. Pourquoi a-telle abandonné son métier, ses amis, son compagnon, sans aucune explication? Tandis que, tour à tour, ses proches se souviennent, le fait divers glisse vers un récit inquiétant, un roman-enquête imprévisible à la recherche de la disparue.

Les critiques
Babelio
La Croix (Patrick Kéchichian)
RTS (émission Versus-lire – Sylvie Tanette)
Page des libraires (Anaïs Ballin – Librairie Les mots et les choses, Boulogne-Billancourt)
Salon littéraire l’internaute (François Xavier)
Blog DOMI C LIRE 
Blog Entre les lignes (Bénédicte Junger)
Blog À l’ombre du noyer
Le nouveau blog littéraire de Pierre Ahnne

Les premières pages du livre:
« Toute organisation humaine appelle une verticalité.
Toute association de personnes étant faite de leurs humeurs, de leurs incohérences, de leurs hauts et de leurs bas et de leur vanité et surtout, la plaie des plaies, de leur opinion, toutes ces personnes, lorsqu’elles sont réunies dans un but productif, ont besoin d’instances supérieures, rationnelles, décisionnaires, pour donner forme et nécessité à leur agrégat.
Il le croyait, il le savait.
Et quand bien même ces fonctions d’encadrement sont remplies par des êtres de chair, avec leur psychologie et leurs sentiments – avec leurs limites –, elles sont nécessairement inhumaines. Ou plutôt, non humaines. Ou encore, hors humaines.
Chaque matin, face au miroir, il se disait : « J’incarne l’ordre nécessaire à nos missions », avec une variante : « La mission est belle, elle est noble. » Et tous les matins, il se rêvait l’incarnant toujours plus, toujours moins humain, dissous dans l’idée de lui-même jusqu’à la disparition finale de son être réel.
Il le savait, cela lui convenait. Sans ordre, pas de société, pas de progrès, pas de réalisations ; une bouillie dépourvue de destination ; une purée de chaos. Cela lui convenait, même, cela lui plaisait. Il était un Cavalier luttant contre l’Apocalypse de la confusion.
Il exultait à l’idée de bientôt se fondre dans le tout d’une vie (par vie, entendez la vie à la grande échelle, la vie sur terre et non ce qu’il tenait pour ses irruptions aléatoires, les êtres humains) dont les mouvements seraient tous prévisibles et donc, encadrés – par des gens comme lui, des fantassins de la raison. Croyant sans Église, il se savait répondre à une autorité supérieure lui conférant une puissance secrète. Sa fonction était sacrée. Sans lui, pas d’ordre. Pas d’organisation. Ceux qui l’avaient recruté ignoraient la part mystique de son être ; lui, avait des renseignements sur tous.

Le soir, chez lui, il s’enfermait dans son bureau et sortait une pile de pochettes d’un tiroir fermé à clé. Chacune portait le nom d’un salarié. À l’intérieur, les informations avaient été écrites à la main, sur de grandes feuilles à carreaux. Il était soucieux d’éviter tout archivage numérique qui aurait pu le dévoiler et, le dévoilant, le compromettre.
Il glanait les renseignements dans la journée. Il écoutait leurs conversations téléphoniques l’air distrait, en fouillant dans des papiers ou en faisant semblant de chercher dans les bases de données. Il laissait traîner son attention jusqu’à entendre la note dissonante, celle de l’erreur ou de la maladresse qu’il décrivait dans des mails adressés à la direction sur le ton de la plaisanterie plus que de la délation ; elle en accusait réception sans commentaire, c’était toujours bon à prendre.
Tous les soirs, après dîner, il s’enfermait pour reporter les observations du jour, transférer photos et enregistrements depuis son téléphone sur un ordinateur portable qu’il n’avait jamais connecté à internet. Valérie ne posait pas de questions. Tous les soirs, il écrivait à son bureau et la petite lampe à capot vert, comme il en avait vu dans les bibliothèques, éclairait les dossiers. À mesure que le jour faiblissait, son halo les faisait luire d’une lumière presque surnaturelle.

Aujourd’hui il avait su qu’il ne fallait pas la chercher. Cela faisait plus d’un an qu’il l’avait recrutée. Ces trois dernières semaines, elle n’était plus venue. Elle ne reviendrait pas.
Le premier jour d’absence il était descendu à l’heure du déjeuner pour l’attendre dans le parc, caché derrière l’arbre d’où il observait la sortie de ses subordonnés. Il avait ensuite vérifié les registres de la badgeuse. Aucune trace d’elle.
Le soir même il avait écrit la date du 8 septembre 2010 sur l’une des feuilles du dossier secret d’Eva Silber. Il avait ensuite rassemblé les renseignements la concernant en commençant par l’enregistrement de son entretien d’embauche, qu’il avait entrepris de transcrire sur les grandes feuilles à carreaux.
Sa voix, à lui, disait qu’elle devrait s’insérer dans une chaîne d’actions qui commençait entre la fin d’une vie et le début de sa conversion en données administratives.
Il en égrenait les étapes lentement. On meurt ; le médecin remplit un certificat de décès qui comporte deux parties. La première est destinée à la mairie de la commune où l’on est mort, pour qu’elle puisse délivrer le permis d’inhumer – on y trouve les éléments d’identité, le domicile, la date et l’heure du décès et des informations sur les opérations funéraires. La seconde est anonyme – on y trouve les informations de localisation et des renseignements médicaux. »

Extrait
« Quatre jours après sa disparition, il s’était rendu en bas de son immeuble. Il était resté longtemps immobile, face à la porte cochère ; elle n’était pas apparue. Il avait aussitôt regretté son inertie des premiers jours. Il était revenu le lendemain, le surlendemain et le jour d’après. Jamais elle n’était venue. Même, le cinquième jour, il s’était rendu dans le nord de Paris, en bas de chez l’homme qu’elle fréquentait et jusque chez qui, un soir, il l’avait suivie.
Il craignait alors que cette pute, cette petite misère stupide, ne se fût suicidée en laissant une lettre qui l’aurait accusé. Il avait souhaité mettre à profit les quelques jours restant avant le déchaînement administratif à venir (procédure de licenciement, signalement aux personnes disparues, enquête) pour tenter d’y voir clair, et peut-être la retrouver. »

À propos de l’auteur
Emmanuelle Lambert est écrivain et commissaire d’exposition. La désertion est son troisième roman. (Source : Éditions Stock)

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Janvier

BOUISSOUX_Janvier

En deux mots :
Janvier est employé d’une grande entreprise qui ne lui confie plus de dossier et finit par l’oublier. Payé à ne rien faire, il va pouvoir prendre des initiatives et changer de vie.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Le vrai faux travail

Le monde du travail prend, sous la plume de Julien Bouissoux, une dimension aussi cocasse que dangereuse.

Commençons par lever toute ambiguïté : le titre de ce roman est celui du patronyme du narrateur et non celui d’un mois de l’année. Est-ce un hommage à Simenon? Toujours est-il que la psychologie de ce monsieur Janvier va recourir toute notre attention. Janvier vit seul, employé d’une grande entreprise. Seulement voilà déjà six mois que dans son bureau au fond d’une impasse il «n’avait reçu aucun nouveau dossier. Première étape avant qu’ils ne suppriment son poste, il en était persuadé. Pourtant, les semaines avaient passé, et ce qui n’était à l’origine qu’une hypothèse improbable s’était peu à peu imposé comme une évidence: ils l’avaient tout simplement oublié. Avec les restructurations, les déménagements successifs et les changements d’organigramme, Janvier avait fini par glisser sous le radar, petit point scintillant dont la lueur s’était estompée jusqu’à ce que plus personne n’y prête la moindre attention».
Mais comme il touche régulièrement son salaire, il continue régulièrement à venir au travail. Et comme il lui faut bien trouver de quoi s’occuper, une fois effectuée l’observation de son environnement du sol au plafond et après l’entretien méticuleux de sa plante verte, il feuillette une revue et notamment un article consacré à la Chine, usine du monde.
Il y découvre une photo de la chaine d’assemblage de sa photocopieuse et décide d’écrire à l’ouvrier qui l’a fabriquée : « Cher Wu Wen, D’avance pardonnez-moi si je ne suis pas le premier à vous écrire. Mais j’ai l’impression de ne pas avoir le choix. Quelque chose m’y pousse et ne me laissera pas en paix. Ce matin, chez le coiffeur, j’ai découvert que l’imprimante que j’utilise a été fabriquée par vous, ou du moins qu’elle est passée entre vos mains. Cher Wu Wen, j’ignore quel poste vous occupez dans la grande usine du monde mais – c’est indéniable – quelque chose fonctionne ici grâce à vous. » Un début de correspondance qui va lui ouvrir de nouveaux horizons. En prenant la plume, il se fait aussi poète à ses heures, en imaginant le travail du Chinois, il se voit déjà lui rendre visite. Mais il ne pousse pas seulement la porte d’une agence de voyage, mais aussi celle d’une agence immobilière, car il a envie d’un appartement plus petit, comme celui qui donne sur les voies ferrées et qui correspond davantage à ses modestes envies.
Car il s’imagine bien qu’un jour son aventure de salarié clandestin prendra fin. Quand arrive Jean-Chrysostome, un ex-collègue, il croit bien que c’est pour lui signifier la fin de la récréation. Mais il n’en est rien. Ce dernier lui offre simplement de partager son bureau le temps de retrouver du travail. Une belle occasion pour Janvier de montrer combien il est devenu un as de la simulation.
On l’aura compris, derrière la fable sociale, c’est la notion même de travail qui est ici interrogée. On pourra aussi y voir une illustration de la deshumanisation grandissante de nos sociétés où l’humain est relégué au rang de numéro, où la digitalisation, le rendement, la robotisation finissent par rendre possible de tels «oublis». Tel Don Quichotte, Janvier serait le grand pourfendeur de ce système, à la fois aussi inconscient et aussi idéaliste que le héros de Cervantès.
Bien entendu le pot aux roses va finir par être découvert, mais je vous laisse vous délecter des conséquences de la chose.
Julien Bouissoux a réussi, avec délicatesse et tendresse, à mettre le doigt sur les dérives d’un système et à démontrer par l’absurde que l’humain reste… humain, c’est-à-dire imprévisible et capable de se transformer et de s’adapter. Dérangeant au départ, Janvier s’avère au final plutôt réjouissant et toujours très divertissant.

Janvier
Julien Bouissoux
Éditions de l’Olivier
Roman
176 p., 16,50 €
EAN : 9782823611830
Paru le 4 janvier 2018

 

Ce qu’en dit l’éditeur
Au cours de la restructuration de la grande entreprise qui l’emploie, Janvier est oublié dans son bureau, au fond d’une impasse. Plutôt que de rester chez lui et être payé à ne rien faire, il décide de continuer à se rendre au travail pour y mener, enfin, une vie sans entrave. S’occuper de la plante verte, amorcer une correspondance avec un fournisseur, bénéficier de l’équipement pour s’essayer à la poésie… Mais combien de temps Janvier pourra-t-il profiter des charmes de la vie de bureau avant que la société ne retrouve sa trace ?
L’écriture sobre et précise de Julien Bouissoux explore la métamorphose d’un homme qui, par un étrange concours de circonstances, s’adonne enfin à l’existence idéale qu’il ignorait vouloir mener.

Les critiques
Babelio
En attendant Nadeau (Sébastien Omont)
Maze (Mathieu Champalaune)
Viveversa littérature.ch (Romain Buffat)
Le Temps (Julien Burri)
L’Usine nouvelle (Christophe Bys)
RTS (émission Versus-lire – Jean-Marie Félix)
Un livre, un jour 
Blog froggy’s delight 


Présentation de Janvier de Julien Bouissoux par Stefane Guerreiro et Stéphanie Roche © Production Librairies Payot

Les premières pages du livre:
« Six mois que Janvier n’avait reçu aucun nouveau dossier. Première étape avant qu’ils ne suppriment son poste, il en était persuadé. Pourtant, les semaines avaient passé, et ce qui n’était à l’origine qu’une hypothèse improbable s’était peu à peu imposé comme une évidence: ils l’avaient tout simplement oublié. Avec les restructurations, les déménagements successifs et les changements d’organigramme, Janvier avait fini par glisser sous le radar, petit point scintillant dont la lueur s’était estompée jusqu’à ce que plus personne n’y prête la moindre attention; les quelques employés qui avaient eu affaire à lui avaient été mutés ou remplacés par des plus jeunes. Personne ne se rappelait l’existence de ce bureau situé dans une impasse loin du siège acheté lors d’un creux de l’immobilier d’affaires et où l’on avait délégué une des innombrables activités de soutien de la firme, activité de soutien dont on venait de perdre la trace à l’occasion du dernier redécoupage.
Janvier le savait. Un jour quelqu’un pousserait la porte de cette ancienne boucherie et emporterait la lampe halogène, les classeurs métalliques, les deux fauteuils, la plante verte. Quelqu’un muni d’un papier où tout serait décrit: les numéros de série, le modèle d’ordinateur. Une lettre de licenciement suivrait, ou précéderait avec un peu de chance.
En prévision de cette dernière journée de travail, Janvier avait pris soin de ranger et d’étiqueter tous les dossiers, ce qui permettrait à un éventuel successeur de ne pas s’y perdre et faciliterait la tâche des déménageurs. Le jour en question, il n’aurait qu’à se lever et se diriger vers la porte, les adieux n’en seraient que plus faciles; il avait déjà rapporté chez lui ses rares effets personnels, plus quelques objets utiles comme une agrafeuse, des ciseaux, deux ramettes de papier, sa prime de licenciement en quelque sorte.
Au matin de chaque jour ouvrable, sans savoir si celui-ci, plutôt qu’un autre, serait son dernier au sein de l’entreprise, Janvier retournait à ce bureau fantôme, s’asseyait, sortait chercher un sandwich, éteignait ou allumait son ordinateur, sans fin, sans ordre, sans but.
Combien de temps passa ainsi? À quand remontait le dernier mémo envoyé? Le dernier rendez-vous reporté, agendé, puis reporté de nouveau? La dernière voix au téléphone? »

Extrait
« C’était un lundi et Janvier remarqua que ses cheveux avaient poussé. Il attrapa une mèche et tira dessus pour voir jusqu’où elle allait. Il pensa: « Il faut que j’aille
chez le coiffeur. Peut-être samedi », et puis il se reprit, presque étonné de cette pensée qui venait de surgir: et s’il y allait maintenant? Lundi était le jour de fermeture
de son coiffeur, mais il en connaissait un autre, juste en face de l’arrêt de bus et à côté de cette vitrine dans laquelle il avait lu la veille « Voyagez hors-saison: 50% sur toutes nos destinations ». Était-ce le salon de coiffure ou l’agence de voyages? Le monde était rempli de nouvelles possibilités. Le cœur de Janvier se mit à battre. »

À propos de l’auteur
Né en 1975, de nationalités suisse et française, Julien Boissoux a vécu successivement à Clermont-Ferrand, Rennes, Paris, Londres, Toronto, Seattle, Budapest, avant de revenir à Paris puis de s’établir en Suisse. Ecrivain et scénariste, il est l’auteur de plusieurs romans publiés au Rouergue, Fruit rouge (2002) et La Chute du sac en plastique (2003), puis Juste avant la frontière (prix Grand-Chosier 2004), Une Odyssée (2006) et Voyager léger (2008).
Auteur d’une douzaine de scénarios et d’adaptations pour le cinéma, il a notamment signé Les grandes ondes (à l’ouest), co-écrit avec Lionel Baier, qui fut son premier scénario porté à l’écran. Il est, par ailleurs, lauréat du Prix de la Fondation Edouard et Maurice Sandoz (FEMS) pour un projet dont les jurés ont relevé « la qualité du style, ainsi que l’originalité et la liberté de ton de l’extrait soumis à leur attention. En observateur attentif de ce qu’il nomme la tribu humaine, Julien Bouissoux s’abstient de juger notre société mais il entend en explorer certains aspects qui le passionnent, un peu à la façon d’un cinéaste ». (Source : romandesromands.ch/ et Éditions de l’Olivier)

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