Baïkonour

OULTREMONT_baikonour
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Sélectionné par les « 68 premières fois »

En deux mots:
Vladimir Savidan était pêcheur en mer de Bretagne et emmenait quelquefois sa fille Anka avec lui, malgré l’opposition de sa femme Édith. Le jour où il a chaviré, elle n’était pas à bord, mais dans le salon de coiffure qui l’employait. Marcus Bogat est grutier. Il vient d’accepter une mission à Kergat. Du haut de son engin, il voit la vie, il voit Anka.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

La coiffeuse rencontre le grutier

«Les Déraisons» avait été un joli succès. Avec «Baïkonour» Odile d’Oultremont confirme son talent et nous entraîne en Bretagne, en vue plongeante depuis la cabine d’un grutier. Vertigineux!

Il y a deux ans, en découvrant son premier roman, j’écrivais «Odile d’Oultremont, retenez bien ce nom. Car il y a toutes Les Déraisons d’y croire!» Refermant son second roman, je suis ravi de constater que mon intuition s’est vérifiée. La même magie opère, cette façon de se pencher sur des vies ordinaires et de nous embarquer avec des personnages très attachants.
Nous avons cette fois rendez-vous à Kerlé, village côtier de Bretagne où Vladimir Savidan a construit une nouvelle vie. L’émigré russe est marin-pêcheur à bord du Baïkonour – ceux qui s’attendaient, en découvrant le titre du roman, à un récit sur l’épopée spatiale soviétique en seront pour leurs frais – et personnifie l’image du héros aux yeux de sa fille Anka qui ne rêve que d’accompagner son père et de prendre sa succession. Mais les rêves peuvent se transformer en cauchemar, surtout lorsque la mer est hostile. Malgré toutes ses qualités, Vladimir doit s’avouer vaincu. «Par vent fort, il disparaît à environ sept nautiques des côtes, violemment happé par une vague cannibale qu’il pensait abordable.» Pour son épouse et encore plus pour sa fille, ce drame est une épreuve difficile à surmonter. Dans le salon de coiffure où elle est employée, le caractère enjoué d’Anka cède la place à une profonde mélancolie.
Odile d’Oultremont a très habilement construit son livre, en nous proposant en parallèle l’histoire de Marcus Bogat. On se doute d’emblée qu’il croisera la route d’Anka, mais sans à aucun moment en imaginer le scénario. Marcus vient du sud de la France où vit encore – difficilement – son père. Après son bac, il s’est offert une formation d’ouvrier de chantier à Paris, et «par nécessité viscérale de changer enfin de perspective, Marcus Bogat devint grutier.» Il a accepté une mission d’un an et huit mois à Kerlé et occupe une position privilégiée d’observateur.
« Depuis le sommet de sa grue, c’est en contrebas qu’il scrute. Au sol, toute petite, la vie s’ébat. Il n’y a, sous ses pieds, ni chaos ni excitation, la plupart du temps, rien ne se passe, seul un mouvement perpétuel, allant et venant. Ça ressemble au train-train des vagues par temps calme, de minuscules entrechats, une multitude de pas prompts ou las sur le macadam… »
Marcus suit Anka durant ses déplacements de son domicile à son travail, mais n’ose pas aborder la jeune fille. Au fil des jours qui passent, Anka devient pour lui une obsession qui va le pousser à négliger quelques aspects élémentaires de sécurité. Bien qu’attaché à son harnais, lorsqu’il dévisse du sommet de la grue, sa tête heurte la structure et il se retrouve comme une marionnette suspendue à un fil au-dessus du vide.
Je l’ai dit, Odile d’Oultremont a joliment construit son scénario. Aussi, ne voulant pas vous gâcher le plaisir de découvrir comment ils vont se retrouver, je n’en dirais pas davantage. En revanche, il me faut souligner l’élégance de l’écriture, l’attention portée aux personnages, y compris ceux qui sont ici au second plan comme la mère d’Anka et le père de Marcus, sans oublier ce souffle vital qui entraîne le lecteur et lui laisse entrevoir un coin de ciel bleu. Il finit toujours par arriver, même après les plus fortes tempêtes.

Baïkonour
Odile d’Oultremont
Éditions de l’Observatoire
Roman
220 p., 18 €
EAN : 9791032904329
Paru le 21/08/2019

Où?
Le roman se déroule en France, principalement en Bretagne, à Kerlé. On y évoque aussi le Var et l’arrière-pays méditerranéen ainsi que Paris.

Quand?
L’action se situe de nos jours, entre 2017 et 2018.

Ce qu’en dit l’éditeur
Anka vit au bord du golfe de Gascogne, dans une petite ville de Bretagne offerte à la houle et aux rafales. Fascinée par l’océan, la jeune femme rêve depuis toujours de prendre le large. Jusqu’au jour où la mer lui ravit ce père qu’elle aimait tant : Vladimir, pêcheur aguerri et capitaine du Baïkonour.
Sur le chantier déployé un peu plus loin, Marcus est grutier. Depuis les hauteurs de sa cabine, à cinquante mètres du sol, il orchestre les travaux et observe, passionné, la vie qui se meut en contrebas. Chaque jour, il attend le passage d’une inconnue. Un matin, distrait par la contemplation de cette jeune femme, il chute depuis la flèche de sa grue et bascule dans le coma.
Quelque part entre ciel et mer, les destins de ces deux êtres que tout oppose se croiseront-ils enfin ?

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Blog Baz-Art
Blog Le coin lecture de Nath

Vidéo
Odile d’Outremont Présente Baïkonour

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« La sécurité d’abord.
Au quotidien, c’était sa servitude, son indiscutable sujétion ; bien plus qu’un mantra, il s’agissait pour lui d’une obligation légale.
Depuis quarante-deux ans, Vladimir Savidan était pêcheur de crustacés et de gastéropodes en mer de Bretagne.
Ce jour de février, il embarque seul à bord du Baïkonour, un Cleopatra Fisherman 38. Par vent fort, il disparaît à environ sept nautiques des côtes, violemment happé par une vague cannibale qu’il pensait abordable. La météo, pourtant clémente, n’avait rien annoncé de cet épiphénomène. En quarante-sept secondes, elle envoie valser l’engin en polyester renforcé de fibre de verre, pourtant connu pour affronter les mers les plus hostiles. Cette fois, la Rolls des bateaux de pêche ne fait pas le poids.
D’urgence, il remonte les casiers. La tempête qui soulève la mer attrape l’engin comme une frêle proie, et la barre ainsi libérée, accule le nez du bateau à la dérive. Les vagues qui imposent des creux de neuf mètres par endroits éclatent sur la poupe en y balançant quarante mille litres d’eau d’un seul coup. Ironiquement, ça fait l’effet d’un tremblement de terre.
L’Atlantique furibond envoie promener la barre, la catapulte aux antipodes, la faute à quoi, il n’en sait foutrement rien. Submergé par une brusque inquiétude qui enfle et se mue en panique, Vladimir se demande bien à qui il devra en vouloir de perdre ainsi la vie.
Soulevé comme une caresse d’abord, il plonge ensuite tout droit sous la surface. On dirait un jouet lancé bêtement dans une baignoire. Aussitôt immergé jusqu’à plusieurs mètres, le marin, seul à bord, est séquestré par d’aquatiques tentacules libérant, à quelques centimètres à peine de la surface, une puissance inouïe.
Dans un état de semi-conscience, paralysé par endroits, une partie de lui sait qu’il est temps de lâcher l’affaire, l’autre lutte encore, et il rêve ou peut-être seulement imagine-t-il que sa femme est sa fille et que sa fille est sa femme, il mélange l’essentiel, il fait flou et humide, il a conscience d’être à la limite de l’état des choses et curieusement au lieu de chercher l’air à respirer, il avale l’eau, la bouche pleine entièrement ouverte, laisse entrer la mer, il ignore pourquoi, elle s’introduit en lui comme une anguille, glisse le long des parois de sa trachée et, de cette façon, s’empare de lui, ensuite peu à peu le confisque au lieu et au moment, et le voilà pris. Sans attendre l’asphyxie, il se mue déjà en tôlard de la mer, un milliard de barreaux en acier pour chacune des particules d’oxygène manquantes et d’un coup une prison gigantesque se constitue autour de lui, l’Alcatraz des fonds marins pour le gober d’une traite. Vladimir est coincé, harnaché par les jambes, une masse excessive et confuse lui ronge les tendons, les muscles, il parvient encore à ouvrir les yeux et distingue, très vaguement apparentes, des traînées sanguinolentes qui se mélangent aux nappes et le narguent effrontément. Il pourrait s’en détacher. Il voudrait penser à son Édith et à son Anka, leurs traits coutumiers réconfortants se rappelant à lui comme un baroud d’honneur, mais c’est le visage de la Mer qui apparaît avec ses milliards d’énormes yeux embourbés dans le flegme et le dédain, et qui ondulent en rouleaux nerveux le fixant de partout. À présent, il faut songer à autre chose que la vie, mais pour engager cette tâche il se sent sous-équipé, il n’est pas philosophe, pas croyant, il n’est que marin-pêcheur. Je suis capitaine, capitaine d’un bateau. »

Extraits
« Marcus se sent mal à l’aise. Habituellement, lorsqu’il observe quelque chose du monde, il n’a pas l’habitude de poser son regard à l’horizontale. Depuis le sommet de sa grue, c’est en contrebas qu’il scrute. Au sol, toute petite, la vie s’ébat. Il n’y a, sous ses pieds, ni chaos ni excitation, la plupart du temps, rien ne se passe, seul un mouvement perpétuel, allant et venant. Ça ressemble au train-train des vagues par temps calme, de minuscules entrechats, une multitude de pas prompts ou las sur le macadam, il devine les cailloux crisser sous les semelles dures, et glisser sous les plus molles. Ou les feuilles des arbres soulevées d’un trottoir à l’autre par la brise inconstante. Les mots échangés cinquante mètres plus bas, qu’il n’entend pas mais dont il perçoit, parfois, un accent, une voix poussée plus haut, un cri. »

« Son père était au chômage, il l’est resté toute sa vie. J’ai bossé à ne rien foutre, disait-il avec une pointe de fierté. Catherine, sa mère, était au foyer. Ce qui, avec un mari inactif, rendait la fonction étrangement absurde. Un jour, elle avait pourtant émis l’idée de travailler. Bernard l’avait mal pris, et, peu à peu, l’hypothèse s’étant muée en idée fixe, sa femme avait fini par le menacer de partir. Tout simplement. Mais l’homme avait feint de ne pas s’en soucier et un soir de novembre, après avoir accepté une offre d’emploi en Alsace, Cathy avait fourré dans son coffre dix-sept années pleines, en poussant bien fort, pour que tout puisse rentrer. »

« Depuis le sommet de sa grue, c’est en contrebas qu’il scrute. Au sol, toute petite, la vie s’ébat. Il n’y a, sous ses pieds, ni chaos ni excitation, la plupart du temps, rien ne se passe, seul un mouvement perpétuel, allant et venant. Ça ressemble au train-train des vagues par temps calme, de minuscules entrechats, une multitude de pas prompts ou las sur le macadam… »

« Le départ de sa mère plongea Marcus dans une enfonçure de perplexité. Il n’avait jamais rien compris au couple de ses parents, cela sonna donc à la fois comme le prolongement de l’absurdité familiale mais aussi comme l’expression d’une piqûre acide, un chagrin très profond en lui dont il ne fut jamais capable, par la suite, d’extraire les restants. Mais pour ne pas ajouter à l’apathie paternelle le désaveu, il se priva de toute opposition. »

« À dix-huit ans, le bac en poche, Marcus prit la route de Paris. Pendant trois ans, il avait accumulé un pécule estimable à force de s’user à d’innombrables petits boulots. Chaque jour de vacances y passait. Il s’offrit une formation d’ouvrier de chantier et rapidement se spécialisa. Par nécessité viscérale de changer enfin de perspective, Marcus Bogat devint grutier. »

À propos de l’auteur
Odile d’Oultremont est scénariste et réalisatrice. Après Les Déraisons, un premier très bien accueilli, il publie Baïkonour. (Source : Éditions de l’Observatoire)

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Vigile

ZAYTOUN_vigile

logo_premieres_fois_2019  Logo_premier_romancoup_de_coeur

En deux mots:
Antoine est victime d’un infarctus. Après les premiers soins prodigués par son épouse, il est dirigé dans une unité de cardiologie. Les médecins réservent leur diagnostic. L’attente commence, ponctuée par les visites des amis, de la famille, par les souvenirs. Et par l’espoir entretenu par les enfants de trois et six ans.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

«C’est arrivé, comme cela, d’un coup. Le cœur»

Avec «Vigile» Hyam Zaytoun réussit une entrée d’autant plus remarquable en littérature qu’elle s’attaque à un sujet difficile, celui d’une femme confrontée à l’infarctus de son mari.

«La lumière. Ton visage, tes yeux fixes. Tu n’es plus là. Une secousse encore.
Tu n’es plus là. Je t’appelle, t’appelle, Antoine, Antoine. Mons¬trueux sentiment d’abandon. Tu ne peux pas me faire ça. Mon cœur bat la chamade. Mes mains tremblent. Je me lève, essaye de rassembler mes pensées, juste agir, faire les bons gestes dans le bon ordre. La peur, elle est là, mais je dois agir. Arriver à des¬cendre les escaliers jusqu’au salon. Attraper mon téléphone, composer le 18.»
Cette scène-choc dans les premières pages de ce roman aussi court qu’intense, aussi essentiel qu’émouvant, donne le ton du livre, celui de l’urgence, toujours sur le fil du rasoir.
Il n’y aura aucun mot de trop dans cette déclaration d’amour, il n’y aura aucun artifice dans ce combat contre la mort. Déjà la dispute qui a conduit Antoine à ne pas s’installer dans le lit conjugal est oublié. Désormais, ce sont les gestes qui sauvent, qui doivent sauver ce mari et ce père, qui sont essentiels. C’est avec l’énergie du désespoir qu’elle effectue le massage cardiaque, presque dans un état second.
Quand les brancardiers emmènent Victor pour le service de cardiologie de l’hôpital Mondor à Créteil, c’est une très longue attente qui commence. C’est aussi le temps des questions, de l’incompréhension mêlée à cette idée de faute: «Pourquoi cette blessure? Pourquoi cette façon que tu as eue de ne pas sentir alors que tu sens si bien? Ceux qui te connaissent savent. On ne peut qu’être stupéfait. Tu sembles si solide. Le temps n’a pas de prise sur toi. Tu fais si jeune et les seize ans qui nous séparent l’un de l’autre ne se devinent pas. Tu portes tes deux enfants dans les bras sans ciller. Tu vas aider les copains à déménager, à bricoler. Tu n’es jamais malade. Et c’est arrivé, comme cela, d’un coup. Le cœur. Je me sens tellement coupable.»
Puis il faut rassurer les enfants, Victor trois ans, et Margot, six ans. Puis il faut prévenir la famille et les amis. Puis il faut s’installer dans cette non vie.
Avec Charles, l’ami de longue date, elle s’autorise à parler. Y compris de cette hypothèse inimaginable quelques heures plus tôt. S’il ne revenait pas.
Car le temps qui passe sans aucun signe d’amélioration fait mal, creuse la douleur. Alors on se rattrape à chaque parole, à chaque encouragement, aux mots des enfants qui ne doutent pas.
Même quand les médecins viennent lui annoncer qu’il ne s’est pas réveillé. «Ce que nous avons fait n’a pas suffi à le sauver.»
Hyam Zaytoun, on l’aura compris, a réussi son pari, y compris dans son lumineux épilogue que je vous laisse découvrir. C’est magnifique de retenue, c’est intense dans l’amour, c’est merveilleux dans la soif de vie. Après le Manifesto de Léonor de Récondo, c’est mon second coup de cœur pour un livre qui refuse de laisser la grande faucheuse triompher.

Vigile
Hyam Zaytoun
Éditions Le Tripode
Roman
128 p., 13 €
EAN 9782370551856
Paru le 03/01/2019

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris et à Créteil. Mais on y évoque aussi un voyage en Inde.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Un bruit étrange, comme un vrombissement, réveille une jeune femme dans la nuit. Elle pense que son compagnon la taquine. La fatigue, l’inquiétude, elle a tellement besoin de dormir… il se moque sans doute de ses ronflements. Mais le silence revenu dans la chambre l’inquiète. Lorsqu’elle allume la lampe, elle découvre que l’homme qu’elle aime est en arrêt cardiaque.
Avec une intensité rare, Hyam Zaytoun confie son expérience d’une nuit traumatique et des quelques jours consécutifs où son compagnon, placé en coma artificiel, se retrouve dans l’antichambre de la mort.
Comment raconter l’urgence et la peur? La douleur? Une vie qui bascule dans le cauchemar d’une perte brutale? Écrit cinq ans plus tard, Vigile bouleverse par la violence du drame vécu, mais aussi la déclaration d’amour qui irradie tout le texte. Récit bref et précis, ce livre restera à jamais dans la mémoire de ceux qui l’ont lu.

68 premières fois
Blog Un brin de Syboulette 
Blog A livres ouverts (Céline Bret)
Blog Domi C Lire (Dominique Sudre)
Blog Les livres de Joëlle 
Blog du petit carré jaune (Sabine Faulmeyer)

Les autres critiques
Babelio 
Lecteurs.com
BibliObs (Jérôme Garcin)
Blog L’Espadon 
Blog Clara et les mots 
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Les chroniques de Koryfée (Karine Fléjo)
Blog Bricabook 

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« C’est une histoire de pulsation. Une certitude physique qui mute en pensée. Ça me traverse, dans la cuisine, alors que tu es là, juste derrière moi. À peine un mètre nous sépare. Nos corps s’activent pour préparer le repas et nos cœurs étrangement battent plus qu’à l’ordinaire.
Ça ne va pas. On ne peut pas continuer comme ça.
Ce n’est pas de s’être disputés, pas non plus d’avoir dit qu’on allait dans le mur, qu’il fallait gagner plus d’argent sinon on ne s’en sortirait pas. À peine dits, ces mots-là, je les regrette. Tu fais tout ce que tu peux et moi aussi. Non, la pensée qui me traverse n’a rien à voir avec tout cela. Elle me fait peur autrement. C’est une alerte physique, la sen¬sation d’être en survoltage, oui, une histoire de pulsation.
Je n’aime pas me coucher sans toi. Ni m’endormir triste ou fâchée. Mais je suis trop groggy pour veiller longtemps avec ce rhume qui m’épuise, le comprimé qui m’assomme. Je monte seule. Un peu avant, tu me dis que tu as mal à la poitrine. Des courbatures sans doute d’avoir porté le gros meuble hier soir. Veux-tu que j’appelle un médecin? Je demande, au cas où. Il est vrai que mon père sort d’un infarctus. Alors je pose la question. Mais tu ris, balayes la proposition d’un geste. Ce n’est rien. Je vais me coucher.
La nuit profonde m’empêche d’émerger. J’essaye en vain de trouver l’interrupteur. Arrête.
Tu fais le malin, je crois. C’est une blague, ce vrombissement de bouche. Ce jeu étrange que tu fais au milieu de la nuit. Serait-ce que je ronfle et tu te moques?
J’ai tant de mal à vaincre le sommeil, cette nuit-là.
Dans le noir je te parle, te demande d’arrêter, je t’appelle: ce n’est pas drôle.
L’interrupteur, je ne le trouve pas, mon cœur bat la chamade, je dois savoir déjà: ton front que j’ai touché est trempé de sueur…
La lumière. Ton visage, tes yeux fixes. Tu n’es plus là. Une secousse encore.
Tu n’es plus là.
Je t’appelle, t’appelle, Antoine, Antoine. Mons¬trueux sentiment d’abandon.
Tu ne peux pas me faire ça.
Mon cœur bat la chamade. Mes mains tremblent.
Je me lève, essaye de rassembler mes pensées, juste agir, faire les bons gestes dans le bon ordre. La peur, elle est là, mais je dois agir. Arriver à des¬cendre les escaliers jusqu’au salon. Attraper mon téléphone, composer le 18.
Je remonte les escaliers, pose le téléphone en mode haut-parleur.
Je commence à masser ta poitrine. Le lit est trop mou.
Un homme décroche. Je dis, Mon mari a fait un infarctus. Je donne l’adresse. On me demande si je sais faire un massage cardiaque, je dis, Oui.
— Vous l’avez mis par terre?
Non, je réalise que non, que ça ne peut pas mar¬cher.
Je tire doucement ton corps pour le faire glisser par terre. Je crois que j’y arrive sans trop heurter ta tête. Je dis, Je ne sais plus comment on compte pour le bouche-à-bouche. La voix :
— Vous ne faites que le massage.
Mes mains sur ta poitrine, mes mains imbriquées l’une dans l’autre, pour me donner la force. À genoux, je donne mon poids dans ta poitrine et souffle pour deux. Il y a une semaine jour pour jour, j’ai reçu dans la boîte aux lettres un petit mémo des pompiers, intitulé « Les gestes qui sauvent ». Un carton avec les numéros utiles, en cas d’urgence. Et un petit dessin illustrant le massage cardiaque. C’est un après-midi chargé. Pourtant à mon bureau, je croise les mains comme il faut, mime, pour moi, le geste qui sauve, appris lors de ce stage de secourisme à la Croix-Rouge, il y a quatre ans, une bonne résolution de jeune maman. J’y ai peu repensé, j’ai si souvent laissé traîner ce genre de papier pour le jeter plus tard…
L’oxygène te quitte peu à peu, je le vois à ton front, à ton visage qui perd sa couleur. Je donne mon poids dans ta poitrine, continue de t’appeler.
Reviens mon amour.
À l’autre bout du fil, la voix me dit :
— Vous continuez.
Je n’ai pas le droit de flancher puisque je sais quoi faire.
Le temps passe, il faut qu’ils arrivent vite, les pompiers. Alors, le geste, le geste, le geste qui sauve, répétitif. Il fait passer ma peur, occupe mon énergie, tout entière dans mes mains, dans mon dos qui s’in¬cline, près de toi, en rythme…
Je vois les minutes s’égrener sur le téléphone et les pompiers n’arrivent pas.
Le découragement, immense.
Je le dis à cet homme à l’autre bout du fil. Quand arrivent-ils ?
Pourquoi ne viennent-ils pas ? Je ne vais pas tenir.
Ta vie précieuse entre mes mains, mon chéri, c’est tellement difficile…
La mort est comme un diable qui susurre à l’oreille que c’est déjà trop tard, que tu m’as quittée désormais, que je ne vais pas y arriver. Je lui fais face avec mon corps qui tremble à n’en plus pouvoir, avec ces gestes que j’ai appris, comme une prière à laquelle s’accrocher.
Et puis soudain, au moment où la peur est à son comble, tu inspires.
Une inspiration.
Une seconde où tu reprends vie.
Une petite décharge électrique.
Ton visage était violet, il reprend ses couleurs.
Tu es reparti déjà, mais en moi la colère est arri¬vée en flots. Je ne te lâcherai pas.
Je suis une machine à oxygène. Le temps ne compte plus. »

Extrait
« Pourquoi cette blessure? Pourquoi cette façon que tu as eue de ne pas sentir alors que tu sens si bien? Ceux qui te connaissent savent. On ne peut qu’être stupéfait. Tu sembles si solide. Le temps n’a pas de prise sur toi. Tu fais si jeune et les seize ans qui nous séparent l’un de l’autre ne se devinent pas. Tu portes tes deux enfants dans les bras sans ciller. Tu vas aider les copains à déménager, à bricoler. Tu n’es jamais malade. Et c’est arrivé, comme cela, d’un coup. Le cœur.
Je me sens tellement coupable. » p. 34

À propos de l’auteur
Hyam Zaytoun est une auteure française de 43 ans. Comédienne, elle joue régulièrement pour le théâtre, le cinéma et la télévision. Elle participe notamment au tournage de la série Le Bureau des Légendes. Elle collabore par ailleurs à l’écriture de scénarios. Son feuilleton radiophonique «J’apprends l’arabe» a été diffusé par France Culture en 2017. Vigile est son premier roman. (Source : Agence Anne & Arnaud)

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La chambre des merveilles

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En deux mots:
Louis est victime d’un terrible accident et se retrouve dans le coma. Sa mère choisit alors de ne plus se consacrer qu’à son fils et de vivre par procuration les rêves consignés par son fils dans le carnet qu’elle a découvert.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Thelma et Louis

Dans la veine des romans feel good, Julien Sandrel raconte le combat d’une mère pour guérir son fils tombé dans le coma à la suite d’un accident. Sa technique peu conventionnelle –concrétiser les rêves de l’adolescent – va faire merveille.

Si le plus célèbre vers d’Horace est souvent cité mal à propos, il pourrait figurer en exergue de ce roman lumineux. Car c’est bien la philosophie exprimée avec Carpe diem, quam minimum credula postero (Cueille le jour, et ne crois pas au lendemain) que l’auteur a traduite dans La chambre des merveilles. Un choix judicieux, car l’histoire de Thelma et Louis a déjà trouvé preneur dans plus de vingt pays avant même de paraître en France. Un véritable exploit pour un premier roman.
Pour Thelma, tout commence un matin comme les autres, lorsqu’il faut jongler avec les horaires, un fils que ne veut pas se lever, les premiers messages professionnels auxquels il faut répondre et le stress qui s’installe.
Louis, douze ans, file sur son skate, casque vissé sur les oreilles. Il se rend avec sa mère chez sa grand-mère. Thelma est en conversation avec son supérieur quand soudain, elle entend un bruit sourd: « C’est un camion. Je redresse la tête et le temps se fige. Je ne suis qu’à une centaine de mètres mais la rumeur des passants est tellement forte que j’ai l’impression d’être déjà sur place. Mon téléphone se brise sur le sol. Je hurle. Ma jambe se tord, je tombe, me relève, ôte mes stilettos et cours comme je n’ai jamais couru. »
La vie s’arrête. Ambulance, urgences, hospitalisation. Dans un état second, Thelma ne veut croire ce qu’un médecin vient lui annoncer. Son fils est dans le coma et il est impossible de faire un diagnostic quant à ses chances d’en sortir.
Je vous laisse imaginer le choc.
Pour Thelma, il n’y a dès lors plus que la vie de Louis qui importe. La liste de ses priorités change du tout au tout. Elle abandonne une carrière qu’elle a pourtant solidement construite pour rester au chevet de son petit garçon. Car elle se sent coupable, se dit qu’elle aurait dû passer plus de temps avec son fils.
Julien Sandrel a eu la bonne idée, face à un tel drame, de construire son récit à deux voix. Car Louis prend aussi la parole. En nous racontant les informations que sont cerveau lui transmet, il nous donne l’espoir qu’un jour peut-être il pourra s’en sortir et confirme aussi que l’intuition de sa mère est la bonne. Même s’il ne réagit pas, il entend ce qui se passe autour de lui.
Aussi quand Thelma découvre dans la chambre de son fils un carnet rassemblant la liste de tous ses rêves, elle va décider de les réaliser et de les lui faire vivre par procuration. « La carotte, la motivation? Tout ce qui était noté dans le carnet. Ce carnet était un concentré de futur. Ce carnet était rempli d’expériences que Louis rê- vait de vivre, de promesses de joie, de  » trucs cool  » comme il l’écrivait lui-même. Ce carnet était une promesse de vie.
Le mode opératoire? J’allais partir à la rencontre des rêves de mon fils, les vivre pour lui, les enregistrer, en audio et en vidéo, et les lui faire partager. J’allais en prendre l’engagement solennel. Je ne pourrais ni revenir en arrière ni le décevoir. Je ne savais pas s’il y avait un ordre défini, et je ne voulais pas que tout ait l’air préfabriqué. Il faudrait donc que je découvre le programme au fur et à mesure. Le résultat escompté? Que mon fils se dise merde c’est quand même pas possible que ce soit ma darne qui fasse tout ça à ma place. Et qu’il ouvre les yeux. »
La tâche n’est pas aisée, mais une promesse est une promesse. Elle va tout d’abord devoir se rendre au Japon, pratiquer un stage de football ou encore s’élancer pour la course The Color Run à Budapest. Bien entendu, on laisse vite de côté le vraisemblable pour s’attacher aux côtés drôles et émouvants de ces différentes étapes. On va admirer l’infirmière qui la soutient dans son combat – on ne dira jamais assez le rôle essentiel du personnel médical – et Isa, la jeune fille dont son fils est amoureux. Et c’est ainsi que la salle de réanimation va devenir La chambre des merveilles. On se laisse volontiers emporter par ce roman qui, sous couvert de parcours initiatique, pose de vraies questions et qui, comme le dit Bernard Lehut, nous «fera pleureur de bonheur».

La chambre des merveilles
Julien Sandrel
Éditions Calmann-Lévy
Roman
272 p., 17,90 €
EAN : 9782702162897
Paru le 7 mars 2018

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris, mais aussi au Japon ou encore à Budapest.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Inattendu, bouleversant et drôle, le pari un peu fou d’une mère qui tente de sortir son fils du coma en réalisant chacun de ses rêves.
Louis a 12 ans. Ce matin, alors qu’il veut confier à sa mère, Thelma, qu’il est amoureux pour la première fois, il voit bien qu’elle pense à autre chose, à son travail sûrement. Alors il part, fâché et déçu, avec son skate, et traverse la rue à fond. Un camion le percute de plein fouet. Le pronostic est sombre. Dans quatre semaines, s’il n’y a pas d’amélioration, il faudra débrancher le respirateur de Louis. En rentrant de l’hôpital, désespérée, Thelma trouve un carnet sous le matelas de son fils. À l’intérieur, il a dressé la liste de toutes ses « merveilles », c’est-à-dire les expériences qu’il aimerait vivre au cours de sa vie.
Thelma prend une décision : page après page, ces merveilles, elle va les accomplir à sa place. Si Louis entend ses aventures, il verra combien la vie est belle. Peut–être que ça l’aidera à revenir. Et si dans quatre semaines Louis doit mourir, à travers elle il aura vécu la vie dont il rêvait.
Mais il n’est pas si facile de vivre les rêves d’un ado, quand on a presque quarante ans…

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Bande-annonce du roman La Chambre des merveilles de Julien Sandrel. © Production éditions Calmann-Lévy

Les premières pages du livre
10h 32
– Louis, c’est l’heure ! Allez, je ne le répète plus, s’il te plaît lève-toi et habille-toi, on va être à la bourre, il est déjà 9 h 20. C’est à peu près comme ça qu’a commencé ce qui allait devenir la pire journée de toute mon existence. Je ne le savais pas encore, mais il y aurait un avant et un après ce samedi 7 janvier 2017, 10 h 32.
Pour toujours il y aurait cet avant, cette minute précédente que je désirerais figer pour l’éternité, ces sourires, ces bonheurs fugaces, ces photographies gravées à jamais dans les replis sombres de mon cerveau. Pour toujours il y aurait cet après, ces “pourquoi”, ces “si seulement”, ces larmes, ces cris, ce mascara hors de prix sur mes joues, ces sirènes hurlantes, ces regards remplis d’une compassion dégueulasse, ces soubresauts incontrôlables de mon abdomen refusant d’accepter. Tout ça, bien sûr, m’était alors inaccessible, un secret que seuls les dieux – s’il en existait, ce dont je doutais fort – pouvaient connaître. Que se disaient-elles alors, à 9 h 20, ces divinités ? Un de plus, un de moins, qu’est-ce que ça peut bien faire ? Tu es sûr de toi ? Pas forcément, mais pourquoi pas ? C’est vrai après tout pourquoi pas, ça ne changera pas la face du monde. J’étais loin de tout ça, loin des dieux, loin de mon cœur. J’étais juste moi, à cet instant précis si proche du point de basculement, de rupture, de non-retour. J’étais moi, et je pestais contre Louis qui décidément ne faisait aucun effort. Je me disais alors que ce gosse me rendait dingue. Cela faisait une demi-heure que je m’échinais à l’extirper de son lit, mais rien n’y faisait. Nous avions rendez-vous à midi avec ma mère pour notre brunch – mon calvaire mensuel, et j’avais prévu de passer entre-temps boulevard Haussmann pour m’acheter ces escarpins rouge sang sur lesquels je fantasmais depuis le début des soldes. Je voulais les arborer lundi, lors de la réunion avec le big boss d’Hégémonie, le groupe de cosmétiques pour lequel je travaillais nuit et jour depuis une quinzaine d’années. Je dirigeais une équipe de vingt personnes dévouées à la noble cause du développement des publicités et des innovations d’une marque de shampooings qui enlevaient jusqu’à 100 % des pellicules – le “ jusqu’à ” signifiait qu’une testeuse sur les deux cents mobilisées avait vu sa crinière entièrement débarrassée de ses desquamations. L’une de mes fiertés de l’époque était d’avoir obtenu, après d’âpres batailles avec le service juridique d’Hégémonie, d’utiliser cette allégation. Cruciale pour les ventes, pour mo n augmentation annuelle, mes vacances d’été avec Louis et mes nouveaux escarpins. Après quelques vagues grognements, Louis s’est décidé à obtempérer, a enfilé un jean bien trop serré et à la taille bien trop basse , s’est passé un coup d’eau sur le visage, a pris cinq minutes pour savamment décoiffer ses cheveux, a refusé de mettre un bonnet malgré la température de ce matin glacial, a grommelé quelques bribes de conversation incompréhensibles mais dont je connaissais la teneur (mais pourquoi je dois venir avec toi…), a chaussé ses lunettes de soleil, empoigné son skateboard – une planche sale, taguée sur toute sa surface et pour laquelle je devais acheter des roues de compétition tous les quatre matins –, mis sa doudoune ultra-light Uniqlo rouge, attrapé un paquet de biscuits fourrés au chocolat tout en acceptant d’engloutir une compote en gourde comme lorsqu’il avait cinq ans, et a enfin appelé l’ascenseur. J’ai jeté un coup d’œil à ma montre. 10 h 21. Parfait, nous avions encore le temps de réaliser mon programme millimétré.
J’avais prévu large, le rituel de lever de monseigneur Louis-le-Grand ayant une durée totalement aléatoire. Il faisait un temps magnifique, un ciel bleu d’hiver sans nuage. J’ai toujours aimé les lueurs froides. Je n’ai jamais trouvé ciel plus bleu et plus pur que lorsque j’étais en déplacement professionnel à Moscou. La capitale russe est pour moi la reine du ciel d’hiver. Paris avait revêtu ses airs moscovites et nous lançait des œillades éblouissant es. Une fois sortis de notre appartement du dixième arrondissement, Louis et moi avons commencé à longer le canal Saint-Martin en direction de la gare de l’Est, slalomant entre familles en balade et touristes hypnotisés par le spectacle d’une péniche passant l’écluse du pont Eugène-Varlin. J’observais Louis, qui cavalait devant sur sa planche à roulettes. J’étais fière de ce petit bout d’homme qu’il était en train de devenir. J’aurais dû le lui dire – ces pensées-là sont faites pour être exprimées, sinon elles ne servent à rien –, mais je ne l’ai pas fait. Ces derniers temps, Louis a beaucoup changé. Une poussée de croissance propre à son âge l’a fait passer du physique d’un petit garçon frêle à celui d’un adolescent de taille honorable, un brin de barbe se dessinant sur ses joues toujours pouponnes, encore dépourvues de boutons. Une belle allure en construction. Tout cela allait trop vite. Je me suis revue un instant, déambulant le long du quai de Valmy, une poussette bleu pétrole dirigée de la mai n droite, mon téléphone dans la main gauche. Je crois bien que cette vision m’a fait esquisser un sourire. Ou bien l’ai-je inventé a posteriori ? Ma mémoire me fait défaut, i l est très difficile de me souvenir de mes pensées durant ces instants pourtant tellement importants. Si seulement je pouvais revenir en arrière de quelques minutes, je serais plus attentive. Si seulement je pouvais revenir en arrière de quelques mois, de quelques années, je changerais tellement de choses.

Extrait
« On ne vit pas chaque heure de chaque jour comme si c’était la dernière, ce serait épuisant. On vit, c’est tout. Et ma vie avec ma mère, ça ressemblait exactement à ça.
Donc quand j’y repense, en elle-même cette matinée était parfaite. Je sais bien que maman doit avoir un tout autre avis sur la question, je sais bien qu’elle doit repasser en boucle dans sa tête chaque image de ces quelques minutes en se demandant ce qu’elle aurait dû faire, ce qu’elle aurait pu changer. Moi, j’ai la réponse, et on n’est sûrement pas d’accord avec ma daronne: rien. »

À propos de l’auteur
Julien Sandrel est né en 1980 dans le sud de la France, est marié et père de deux enfants. Aujourd’hui, il réalise enfin son rêve d’enfant en publiant son premier roman, La chambre des merveilles. (Source : Éditions Calmann-Lévy)

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La Femme de dos

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En deux mots:
Une directrice de casting part à la recherche de l’interprète d’un film intitulé La Femme de dos. Elle finira par la trouver du côté de Toulon. Une quête qui aura remué bien des souvenirs et éclairé quelques zones d’ombre.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Le casting était presque parfait

Quand une chef monteuse décide de raconter l’histoire d’une responsable de casting, cela nous donne un roman sensible qui montre comment un tournage peut impressionner une jeune fille, combien il est difficile de produire un film et… comment la relation mère-fille peut être compliquée…

Faisant sien le principe qui veut que l’on ne parle bien que de ce que l’on connaît bien, Alice Moine – qui est chef monteuse – a choisi le milieu du cinéma pour son premier roman qui fait suite à un récit intitulé Faits d’hiver paru chez Kero en 2015. C’est à la fois par la construction et par l’angle choisi qu’elle fait preuve d’une belle originalité. Comme dans un film, une première scène brève montre un goéland fondre sur une jeune fille inanimée sur un rocher, avec une plaie ouverte à la jambe.
On n’en saura guère plus pour l’instant, car la scène suivante nous conduit sous la canopée du forum des Halles à Paris où une jeune femme, quittant son bureau pour s’aérer, entraîne son instinct. « Depuis toujours, elle avait la faculté de projeter sur un visage les potentiels d’un passé ou les prémisses d’un avenir. Quand l’un d’entre eux sortait du lot, elle s’efforçait de balayer tous les accessoires et particulièrement l’habit, traîtresse enveloppe. On ne se sape pas comme on respire, encore faut-il savoir ce que l’on dégage et à qui l’on s’adresse. Celle qu’un jour un célèbre producteur avait surnommé l’Œil analysait les dérapages et regardait au travers. Voilà donc à quoi Jane H. passait son temps à l’heure du déjeuner, joignant l’utile à l’agréable puisque cette fantaisie lui avait déjà permis de dénicher une bonne cinquantaine de rôles en vingt ans de pratique. Rendement faible si l’on se rapporte au temps passé, mais que diriez-vous d’un champion sportif qui décrocherait ses médailles entre midi et deux?»
Cette directrice de casting originale est à la recherche de l’interprète principale d’un film intitulé «La femme de dos». Elle va toutefois et contre son gré cesser son repérage car Magda, sa mère, est tombée dans le coma. Elle prend le train en direction du Sud et de la maison de son enfance où l’attend Souad Chad, la fidèle employée. Elle s’imaginait faire un aller-retour, le temps que sa mère, qui es tune guerrière, rouvre les yeux et poursuive sa vie trépidante. Mais elle va devoir très vite déchanter, les médecins n’imaginant pas qu’elle puisse se réveiller ou alors dans un état désespéré. Pour la stimuler, on lui conseille de lui parler…
Ne sachant trop quoi lui dire, elle lui fait la lecture, passant d’une biographie de Gertrude Bell au courrier, avant de tomber sur de vieilles lettres de Tristan, son ex petit ami. C’est ainsi que petit à petit on découvre la jeunesse de Jane, ses débuts dans le cinéma – sa maison a été choisie par André Téchiné pour y tourner Les Innocents – et sa rencontre avec le photographe de plateau qui lui vaudra ses premiers émois et son premier chagrin. Mais son séjour forcé ne la fait pas dévier de son objectif et c’est au péage de l’autoroute qu’elle croise Charline, une employée qu’elle s’imagine pouvoir être La Femme de dos. Sauf que cette fois, le rêve de gloire et l’acceptation enthousiaste qu’elle obtient d’habitude lorsqu’elle propose un rôle va se transformer en un refus cinglant.
Jane n’étant pas du genre à baisser les bras, elle va entreprendre une manœuvre de séduction-persuasion, car elle est persuadée tenir la candidate idéale.
Jouant avec son lecteur, Alice Moine mène dès lors trois récits en parrallèle, celui qui plonge dans sa jeunesse et dans ces épisodes qui l’ont construite – peut-être en l’éloignant de cette mère qui lutte pour la vie sur son lit d’hôpital – celui de sa tentative d’apprivoiser Charline et celui de la production de ce film qui résonne d’une façon très particulière en elle. Ne serait-elle pas au bout du compte cette Femme de dos si mystérieuse? À l’image d’un tricot, les différentes pelotes vont passer par des mailles expertes et finir par nous livrer un joli résultat. Un premier roman riche de promesses.

La Femme de dos
Alice Moine
Serge Safran éditeur
Roman
352 p., 19,90 €
EAN : 9791097594046
Paru le 15 février 2018

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris et dans le sud de la France, notamment en Provence, à Toulon et dans les environs.

Quand?
L’action se situe des années 80 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Surnommée l’Œil, Jane est directrice de casting à Paris. Un été, un producteur célèbre lui confie la recherche d’une « perle rare » pour le film La Femme de dos de Telo Ruedigger, un artiste dont les œuvres défraient la chronique. Au même moment, Jane est appelée dans le sud de la France au chevet de sa mère dans le coma.
Vingt-huit ans auparavant, Les Vignettes, maison d’enfance de Jane, servait de décor au film Les Innocents d’André Téchiné. Jane découvrait le monde du cinéma et l’amour avec Tristan, photographe de plateau, disparu en ne laissant comme trace qu’une photo d’elle marchant de dos sur une digue. La similitude avec le style de Telo Ruedigger la trouble.
Lors d’un repérage près de Toulon, elle croit reconnaître en Charline, jeune employée de péage d’autoroute, la «perle rare»…

Les critiques
Babelio
Blog ZAZY
Radio B (émission Café littéraire)

Les premières pages du livre
« Il faut toujours se méfier du Goéland leucophée. C’est un oiseau féroce prêt à tout pour arracher les restes d’une charogne. De son bec jaune tacheté de rouge, il se nourrit d’œufs et de jeunes puffins allant jusqu’à dévorer les proies qu’il n’a pas chassées en s’adjugeant les meilleurs territoires. Déchetterie, lagune, cap isolé, tout y passe.
Un soleil de plomb inondait la pointe. Le goéland tournoyait au-dessus des rochers à la recherche de son déjeuner. De son œil perçant, il avisa quelque chose qui émergeait du maquis et piqua droit dessus. Avant d’attaquer, il hésita pourtant. La forme était humaine, et Dieu sait s’il se méfiait dc ces créatures-là. Il se posa non loin sur une zone pelée. Des vêtements déchirés jaillissait un bout de chair. L’odeur du sang séché affola ses sens. Oubliant ses principes, le goéland s’approcha si près qu’il n’eut plus qu’à tendre le cou pour plonger son bec dans la plaie. L’attaque fut brève, trois coups plantés dans la jambe aussi raide qu’un tronc. Le goût du sang l’enivra et il récidiva jusqu’à ce que la jeune fille se redresse enfin, menaçant d’une pierre son manteau argenté. Dans un cri terrifiant, l’oiseau prit son envol loin de la furie, cheveux courts, teint livide et membres ensanglantés, à qui sans le savoir il venait de redonner vie. »

Extraits
« À l’orée du gigantesque escalator, Jane recherchait le monde entier. De son visage impassible qui ne souriait jamais, elle suivait des yeux quelques-uns des huit cent mille voyageurs qui convergeaient ici chaque jour, et imaginait leurs histoires. Ici-même, elle s’oubliait. Elle passait sa main dans les mèches blondes décolorées de sa coupe à la garçonne, ses doigts frôlant les racines brunes savamment maîtrisées. Ici, ses angoisses lui foutaient la paix. Elle se sentait rassurée par le mouvement de la foule, ne pensant à rien ni personne, du moins le croyait-elle. »

« Si Jane n’avait aucune idée de ce que pouvaient contenir ces lettres, elle savait que les mots couchés là étaient ceux du jeune homme dont elle s’était amouraché vingt-huit ans plus tôt. Et tandis que le poème électro-pop incantatoire répétait en boucle Chercher le garçon / Trouver son nom, Jane se mit à décrypter la lettre comme on voyage dans le temps. »

 

À propos de l’auteur
Alice Moine est chef monteuse pour la publicité et le cinéma. Née à Toulon en 1971, elle se dirige vers le montage pour le plaisir de raconter des histoires. Elle a publié un recueil, Faits d’hiver, chez Kero, en 2015. La femme de dos est son premier roman. (Source: Serge Safran éditeur)

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Parmi les miens

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Logo_premier_roman

En deux mots:
Victime d’un grave accident de voiture, une femme est dans le coma. Autour d’elle son mari et ses enfants sont sous le choc. Vient alors le temps des questions…

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Ma mère, cette inconnue

Une fratrie et un mari se retrouvent face à une mère et épouse victime d’un grave accident. Désormais chacun est seul face à cette vie qui ne tient qu’à un fil.

 

« Il y a peu de choses que je n’acceptais pas venant de maman. La voir mourir en faisait partie. » Dès la première phrase du premier roman de Charlotte Pons le lecteur est happé par une histoire à forte teneur dramatique, par une tragédie qui change à jamais ceux qui y sont confrontés.
Je me souviens d’un repas de famille et de ce moment particulier où, après avoir épuisé les banalités, les commentaires sur l’actualité et les dernières histoires drôles nous en somme svenus à parler de la mort. Je me souviens notamment de ma mère nous priant de «la laisser partir» si jamais elle ne devait plus avoir sa tête. Je me souviens exactement de cette phrase : «Je ne veux pas finir comme un légume».
Je me souviens aussi du regard que nous avions échangé entre mes frères et ma sœur, mélange de crainte de nous retrouver un jour dans cette situation et d’interrogations sur l’attitude que nous aurions alors.
Voilà qui explique sans doute combien le personnage de Manon, l’aînée de la fratrie imaginée par la romancière et narratrice de ce drame intime m’a touchée. Un coup de fil de sa sœur l’avertit que sa mère a eu un grave accident et qu’elle doit sans tarder venir les rejoindre à l’hôpital de sa ville natale. Durant les cent cinquante kilomètres de trajet elle a à peine le temps de concevoir la situation, entre douleur et incompréhension.
En retrouvant son père, son frère Gabriel et sa sœur Adèle, en comprenant que si sa mère sort du coma elle ne sera ce «légume» tant redouté, elle trouve une seule issue pour évacuer la douleur, lâcher cette phrase définitive: autant qu’elle meure.
« J’avais dû le dire à voix haute car dans le regard de mes frère et sœur, j’ai lu l’effroi, j’ai deviné le gouffre qui menaçait toujours de surgir entre nous. Nos liens étaient si ténus. Mais que croyaient-ils ? Que nous avions les épaules pour cela? Affronter l’humanité de notre mère dans ce qu’elle avait de plus vain. Un corps, juste un corps. Qui se dégrade et que l’on maintient en vie coûte que coûte. Je ne pouvais pas, s’agissant de maman, imaginer l’œil vide et mort qu’elle nous jetterait lorsqu’on lui donnerait la becquée, imaginer les soliloques que l’on tiendrait en espérant qu’un mot l’atteigne. »
Pourquoi Manon prend seule ce poids sur ses épaules? Parce qu’étant l’aînée, elle se sent investie d’une mission ? Parce qu’elle ne se rend pas compte que pour son père et sans doute ses frère et sœur, il y a des circonstances dans lesquelles il vaut mieux essayer de nier la réalité que de prononcer ne condamnation.
« Les jours qui suivent, nous ne parlons pas de l’avenir; nous ne parlons pas de grand-chose d’ailleurs, nous abandonnant à ce temps bien particulier qui suit un traumatisme et n’exige rien d’autre que de se laisser aller à sa douleur. »
Manon s’installe quelques temps chez son père, Parmi les siens. Elle est de toute façon incapable de travailler ou encore de partager sa peine avec son mari et son fils. Car elle est obsédée par cette vie qui ne tient qu’à un fil et dont elle ne sait finalement pas grand chose. Venue de Norvège, elle a toujours été très mystérieuse sur ses parents. Petite fille, Manon a un jour croisé sa grand-mère sans qu’elle lui soit présentée. Les questions longtemps restées sans réponse prennent soudain une importance vitale. Son frère va finir par lâcher une part du lourd passé, son père également lorsqu’apparaissent des lettres expédiées d’Allemagne.
Et alors que l’on sait que l’issue sera fatale, voilà que l’hôpital entend récupérer le lit occupée par ce «légume». La famille décide alors de ramener cette femme totalement absente, et qui prend pourtant de plus en plus place dans leur quotidien, à son domicile. Une nouvelle épreuve commence alors.
Outre la revue d’effectifs et l’analyse some toute très lucide des liens qui se distendent au fil du temps avec les membres de la fratrie, Manon découvre combien sa meilleure amie Lisbeth lui est précieuse, qu’il est si apaisant de partager sans rien avoir à se dire. Car elle a la gorge sèche et, après les reproches encaissés autour d’elle, ne sait plus comment dire les choses? Comment exprimer sa détresse ? Comment expliquer à son mari, à son enfant qu’elle se retrouve déboussolée. Comment « dire toute la difficulté à être mère quand la mienne est en train de mourir, lui dire tout ce qu’elle ne m’a pas transmis et que je devrai trouver seule désormais; lui dire aussi toute l’intimité mêlée de défiance que j’éprouve pour mon bébé et qui me fait peur, me noue les tripes; lui dire encore que je n’ai plus souvenir d’une telle intimité avec ma mère aujourd’hui que je suis adulte, et que ça aussi, ça me rend malade. »
Avec beaucoup de pudeur, mais sans rien cacher des tourments et des conflits intérieurs qui agitent la narratrice et les membres de sa famille, Charlotte Pons nous offre un roman fort, chargé d’émotions, sans oublier de distiller quelques surprises de taille tout au long de son récit. Bref, une entrée en littérature réussie !

Parmi les miens
Charlotte Pons
Éditions Flammarion
Roman
192 p., 18 €
EAN : 9782081414150
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule en France, dans une ville au bord d’un lac, dans un chalet situé sur les hauteurs et dans une grande ville située à quelques 150 km. On y évoque aussi la Norvège et l’Allemagne.

Quand?
L’action se situe de nos jours avec des reminiscences à l’époque de la seconde guerre mondiale.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Il y a peu de choses que je n’acceptais pas venant de maman. La voir mourir en faisait partie. » Quand le médecin leur annonce que leur mère est vivante mais en état de mort cérébrale, Manon laisse échapper qu’elle préfèrerait qu’elle meure. C’est trop tôt pour y penser, lui répondent sèchement Adèle et Gabriel.
Délaissant mari et enfant, Manon décide de s’installer parmi les siens. Au cœur de cette fratrie grandie et éparpillée, elle découvre ce qu’il reste, dans leurs relations d’adultes, des enfants qu’ils ont été. Et tandis qu’alentour les montagnes menacent de s’effondrer, les secrets de famille refont surface. Qui était vraiment cette mère dont ils n’ont pas tous le même souvenir?
Charlotte Pons écrit une tragédie ordinaire tout en tension psychologique et révèle un talent fou pour mettre en scène, dans leur vérité nue, les relations familiales.

68 premières fois
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Autres critiques
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Le Point (Marie-Sandrine Sgherri)
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Blog Lis-moi si tu veux
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Blog Passion bouquins
Blog Chronicroqueuse de livres

Les premières pages du livre:
« Il y a peu de choses que je n’acceptais pas venant de maman. La voir mourir en faisait partie. Mais quoi? Penser à maman comme à un légume. Je n’étais jamais aussi désemparée que lorsqu’elle ne me comprenait pas et voilà qu’elle ne m’aurait plus reconnue? — Autant qu’elle meure. J’avais dû le dire à voix haute car dans le regard de mes frère et sœur, j’ai lu l’effroi, j’ai deviné le gouffre qui menaçait toujours de surgir entre nous. Nos liens étaient si ténus. Mais que croyaient-ils ? Que nous avions les épaules pour cela? Affronter l’humanité de notre mère dans ce qu’elle avait de plus vain. Un corps, juste un corps. Qui se dégrade et que l’on maintient en vie coûte que coûte. Je ne pouvais pas, s’agissant de maman, imaginer l’œil vide et mort qu’elle nous jetterait lorsqu’on lui donnerait la becquée, imaginer les soliloques que l’on tiendrait en espérant qu’un mot l’atteigne. Tu m’entends, dis, tu m’entends? Je ne pouvais pas envisager que la peau contre laquelle elle nous serrait enfants en vienne à nous dégoûter. Elle avait ce grain de beauté, là, sur le bras. Lequel déjà? Petite, je le caressais sans cesse. Il y avait des années que je ne l’avais plus touchée. Je l’avais dit à voix haute et c’est là que l’histoire a définitivement tourné court entre Adèle, Gabriel et moi. Que les liens sur lesquels nous tirions depuis l’enfance ont cédé. Que celle-ci, en somme, s’est terminée. »

Extrait
« Au bout du fil, la voix est celle de quelqu’un de blême. J’en reconnais le timbre, celui de ma sœur, pas le ton, paniqué, ni le sens de ce qu’elle dit, improbable: Maman a eu un accident.
Je pense: «Non». Et puis: «Pourquoi pas?». Cela arrive tous les jours, répondre au téléphone et soudain, flancher. Cela arrive tous les jours et ce jour-là, c’est mon tour.
— Elle va bien?
— Viens, on t’attend.
Je les imagine, tous les trois sous la lumière crue des néons de l’hôpital. Adèle, Gabriel et notre père. Leur panique et leur détresse identiques à la mienne. Une bouffée d’amour comme je n’en ai pas ressentie à leur égard depuis longtemps me remue. Le sentiment d’appartenir à quelque chose de bien plus grand que ma personne – une famille, un destin, un monde en marche.
En raccrochant, je bafouille à l’intention de Simon: «Je crois que ma mère est en train de mourir» et sans autre explication ni considération pour l’énormité de ce que je viens de dire, je le plante là, notre fils dans les bras, pour rallier la ville de mon enfance, pied au plancher. Cent cinquante kilomètres, une vingtaine de cigarettes fumées et peut-être autant d’accidents auxquels j’ai échappé. Cent cinquante kilomètres en apnée, jusqu’au parking de l’hôpital où l’urgence qui m’a poussée à appuyer sur l’accélérateur retombe pour laisser place à une trouille qui me paralyse. Les mains crispées sur le volant, encore tout étourdie par le trajet, nauséeuse d’avoir trop fumé, je me concentre pour percevoir un signe – de ma mère, des morts ou
de Dieu que je ne prie jamais –, n’importe quoi qui me dirait «ça ira», mais rien d’autre ne me parvient que les clics et les clacs du moteur encore chaud ou le ronflement de la voie rapide qui passe en dessous. Il me faudra encore dix minutes
avant de parvenir à bouger. »

À propos de l’auteur
Charlotte Pons a passé huit ans au sein d’une rédaction parisienne comme journaliste culture et chef d’édition. Elle a créé en 2016 les ateliers d’écriture «Engrenages & Fictions». Parmi les miens est son premier roman. (Source : Éditions Flammarion)

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L’été en poche (36)

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Pardonnable, impardonnable

En 2 mots
Milo va en vélo cueillir des fleurs pour Céleste. Dans la descente, l’enfant chute lourdement. Il se retrouvera dans le coma. Autour de son lit se rassemblent tous les proches. Valérie Tong Cuong donne la parole à tous les personnages, offrant au lecteur la diversité des jugements sur ce drame.

Ma note
etoileetoileetoileetoile(j’ai adoré)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Muriel Jasor (Les Échos)
« Pardonnable, impardonnable » adopte le canevas assez classique du roman choral – à plusieurs voix – pour mieux exprimer un cheminement. Et faire apparaître de façon éclatante la manière dont l’être humain, blessé et riche des épreuves qu’il a traversées, parvient à avancer. »

Vidéo

Le Livre du Jour présenté par Philippe Vallet © Production France Info

Playground

KEPLER_Playground

En deux mots
Le cœur de Jasmine cesse de battre quelques secondes, après un affrontement au Kosovo. C’est le début d’une expérience de mort imminente qui va l’entraîner quelques mois plus tard, avec son fils Dante, à «vivre» une existence parallèle très troublante.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Playground
Lars Kepler
Éditions Actes Sud
Roman
traduit traduit du suédois par Lena Grumbach
416 p., 23 €
EAN : 9782330078256
Paru en mai 2017

Où?
Le roman se déroule au Kosovo puis à Stockholm et dans une ville portuaire qui ressemble à une ville chinoise et que l’on situera dans l’au-delà.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Lors d’une mission de l’Otan dans le Nord du Kosovo, le lieutenant Jasmine Pascal-Anderson est grièvement blessée. Son cœur s’arrête pendant près de quarante secondes avant que les médecins ne parviennent à la réanimer. À son réveil, elle est persuadée d’avoir vu l’antichambre de la mort – une étrange ville portuaire évoquant la Chine ancestrale. Un monde sans foi ni loi sur lequel un gang fait régner la terreur pour s’emparer des “visas” des nouveaux arrivants, seuls viatiques permettant d’espérer un retour à la vie.
Des années plus tard, quand son fils de cinq ans doit subir une opération délicate nécessitant un arrêt cardiaque, Jasmine sait que le petit garçon n’en réchappera pas s’il se rend tout seul dans l’au-delà. Une solution radicale s’impose : provoquer chez elle un coma artificiel et l’accompagner de l’autre côté. Mais une fois réunis dans la salle d’attente entre vie et mort, mère et fils vont devoir affronter de terribles mercenaires sur le playground – véritable théâtre des horreurs.
Puisant dans les méandres de la mythologie chinoise, Lars Kepler est de retour avec un thriller surnaturel qui met aux prises l’amour filial avec la perversité humaine. L’homme serait-il fondamentalement voyeur, attiré par le spectacle macabre de la souffrance d’autrui ? Sur le playground en tout cas, les spectateurs assoiffés d’ultraviolence veulent en avoir pour leur argent.

Ce que j’en pense
Ce roman commence par un épisode sanglant qui va d’emblée saisir le lecteur. Jasmin Pascal-Andersson, Lieutenant dans les troupes de l’OTAN engagées au Kosovo, est victime d’une embuscade. Grièvement blessée, son cœur va cesser de battre pendant une quarantaine de secondes. Après réanimation, elle est victime d’hallucinations que les médecins attribuent au stress post-traumatique.
Transférée à Stockholm pour sa convalescence, elle va tenter d’oublier ce traumatisme et tenter de retrouver une vie normale, notamment en oubliant l’engagement sur le terrain. Elle est affectée dans un bureau, met au monde un petit garçon baptisé Dante. Seule ombre au tableau, le père de l’enfant n’est guère présent mais entend toutefois se voir confier la garde de l’enfant sous prétexte que sa mère a fait un séjour en asile psychiatrique.
C’est en se rendant au tribunal pour plaider sa cause que Jasmine est victime d’un terrible un accident de voiture en compagnie de sa mère et de son fils.
Ses hallucinations reprennent, car son cœur cesse à nouveau de battre.
C’est à ce moment que le roman bascule dans une autre dimension. Jasmine vit en effet une expérience mort imminente, c’est-à-dire cet état particulier que l’on appelle quelquefois le couloir de la mort et durant lequel on n’est plus vivant, mais pas encore mort. Pour elle, ce séjour va se situer dans une ville portuaire qu’on dirait chinoise. Elle y fait du reste la connaissance d’un jeune homme qui va l’aider dans son périple. Car il s’agit pour elle d’obtenir un visa, un droit de retour sur terre en quelque sorte.
Aussi quand sur son lit d’hôpital, on lui apprend que son fils est dans le coma, elle comprend qu’il lui faut retourner dans ce monde, si elle veut pouvoir sauver son fils. Sa sœur Diana accepte de lui faire une injection qui bloque son rythme cardiaque pour une minute. Jasmine, et le lecteur avec elle, se retrouve à nouveau dans le port chinois aux côtés de centaines de personnes qui souhaitent un visa, de peur de devoir embarquer sur les bateaux pour leur dernier voyage.
Très vite, la tension grimpe. Jasmine doit combattre la mafia qui a pris le pouvoir et qui gangrène l’administration et la justice. Son combat sera sans merci, car il s’agit bien d’une question de vie ou de mort. Parviendra-t-elle à ses fins? Dante sera-t-il également sauvé? Le suspense croit au fil des pages…
Sans dévoiler ici l’issue de ce thriller que l’on pourrait également classer dans le fantastique ou la SF, disons qu’il captive à la fois par le sujet qu’il traite, cette expérience que des dizaines de personnes affirment avoir vécue, et par son traitement, en courts chapitres très addictifs.
Si Jasmine est au cœur du récit, son fils Dante (un prénom qui n’est pas le fruit du hasard, tant L’Enfer qui nous est proposé ici se rapproche de ce classique) va l’accompagner dans son périple, ainsi que Ting, dont on découvrira qu’il a quitté le monde des vivants en même temps qu’elle.
Ceux qui suivent Lars Kepler savent qu’il s’agit d’un pseudonyme, celui d’un couple d’auteurs suédois, Alexander et Alexandra Ahndoril, qui a bâti sa réputation sur les enquêtes de l’inspecteur Joona Linna, dont on citera notamment Le marchand de sable ou encore Désaxé paru l’an passé. Cette fois, il s’agit d’un one shot, c’est-à-dire un livre hors de cette série, qui n’en est pas moins captivant même s’il ne s’agit pas d’un thriller classique.
Si les amateurs d’ésotérisme et de mystère sont gâtés ici, gageons que ceux qui ne croient pas en cette expérience aux frontières de la mort seront tout autant happés par ce récit poignant.

Autres critiques
Babelio
Blog Un bouquin sinon rien 

Les premières pages du livre

Extrait
« Jasmine Pascal‐Anderson se réveilla à l’hôpital Országos Orvosi à Budapest. Elle devina une silhouette devant la fenêtre, puis reconnut Mark. Il était difficile de le distinguer dans le halo de lumière dentelé devant ses yeux. Elle tenta de parler, mais n’avait pas encore retrouvé sa voix. Il vint s’asseoir sur le bord du lit, et dit quelque chose qu’elle ne parvint pas à saisir. Il avait apporté une de ses boucles d’oreilles. Il lui tapota la joue, et fixa la petite perle au lobe de son oreille gauche. D’une main faible, elle retira le masque à oxygène humide, et se mit à respirer à pleins poumons.
— La mort ne fonctionne pas, réussit-elle à articuler en toussant.
— Jasmine, tu es en vie, tu n’es pas morte, chuchota Mark en s’efforçant de sourire. »

A propos de l’auteur
Lars Kepler est le pseudonyme du couple d’écrivains Alexander et Alexandra Ahndoril. Mariés dans la vie, ils ont écrit plusieurs romans chacun. (Source : Éditions Actes Sud)

Site Wikipédia des auteurs 

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Principe de suspension

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En deux mots
Victime d’un accident respiratoire, un patron de PME se retrouve dans le coma au moment où son entreprise et son couple sont soumis à de fortes turbulences. Réussira-t-il à s’en sortir?

Ma note
etoileetoileetoileetoile(j’ai vraiment beaucoup aimé)

Principe de suspension
Vanessa Bamberger
Éditions Liana Lévi
Roman
208 p., 17,50 €
EAN : 9782867468759
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule d’une part en bord de mer, dans des lieux qui ont pour nom Cambregy, le Hayeux, la plage d’Argeval, Tourville et d’autre part dans le Jura, au hameau tout aussi fictif de Boisvillard, pas loin de Bertanges. Un court voyage à Paris y est aussi évoqué.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
«10% de talent, 90 % d’efforts.» C’est la devise de Thomas pour défendre son usine et ses salariés. Depuis qu’il a racheté Packinter, une PME de la filière plastique, il lutte pour conjurer le déclin de l’industrie dans sa région du Grand Ouest. Un hiver pourtant tout bascule, et il se retrouve dans la chambre blanche d’un service de réanimation, relié à un respirateur. À ses côtés, Olivia, sa femme, attend son réveil. Calme, raisonnable, discrète. Comme toujours. Dans ce temps suspendu, elle revit les craintes des ouvriers, les doutes de Thomas, les trahisons intimes ou professionnelles qui les ont conduits jusqu’à ce grand silence, ce moment où se sont grippés le mécanisme des machines et la mécanique des sentiments. Parce que la vie s’accommode mal de l’immobilisme, il faut parfois la secouer un peu, selon le «principe de suspension».
Un premier roman juste et subtil sur le blues du petit patron et le fragile équilibre du couple.

Ce que j’en pense
Au moment où s’ouvre ce premier roman d’une actualité brûlante en cette année électorale, Olivia est dans la chambre d’un service de réanimation, au chevet de son mari. « Thomas est tombé dans le coma à la suite d’une détresse respiratoire, elle-même provoquée par une crise d’asthme non traitée, récapitule-t-elle pour la centième fois. Elle ne comprend pas ce qui s’est passé. Thomas toussait, d’accord. Mais il n’a jamais eu d’asthme de sa vie. Elle le saurait. » Ce drame répond à un première définition de ce principe de suspension qui accompagnera le lecteur tout au long du livre. Le temps semble en effet suspendu… L’occasion de revenir quelques jours en arrière, de faire à nouveau défiler les jours. De retrouver ce chef d’entreprise de quarante ans, sa femme et ses deux enfants quinze jours plus tôt, au moment où il s’apprête à prendre quelques jours de vacances. « Elle avait fini par le convaincre de l’accompagner quelques jours dans les montagnes jurassiennes de son enfance, au hameau de Boisvillard. Elle avait usé d’une profusion d’arguments. Pourquoi ne pas profiter des vacances des garçons, c’était justement leur anniversaire de mariage, quinze ans, cela faisait si longtemps qu’ils n’étaient pas partis tous les quatre, les enfants avaient besoin de voir leur père, le chalet était en ordre, tout était prêt, il avait neigé, il fallait que Thomas se repose, il était si nerveux, si agité… »
Un stress bien compréhensible, car l’entreprise qu’il a fondée et qui fabrique – ironie de l’histoire – des pièces pour inhalateurs destinés aux asthmatiques est en danger. Après des débuts prometteurs et un contrat auprès d’un grand laboratoire, Thomas sent bien que la dépendance à un unique client est une épée de Damoclès sur sa tête et celle de ses 37 employés. Et de fait, le message d’Alain Hervouet, le président à vie du laboratoire HFL, ne lui laisse guère d’espoir. Ce que Viviane Forrester a appelé il y a quelques années L’Horreur économique va le frapper violemment : « Nous devons oublier un temps les asthmatiques pour nous concentrer sur les cancéreux, c’est inévitable, le générique nous bouffe, sans parler du coût du travail, l’inhalateur à chambre des Brésiliens marche très fort et nous ne savons pas faire les systèmes d’inhalation de poudre sèche des Allemands. Bref, il laissait un an à Packinter. Vous allez devoir baisser vos prix, moi je dois réduire mon carnet de commandes. »
Seulement Thomas est un battant doublé d’un patron proche de ses employés. S’il n’a pas anticipé la chute de sa production face à la concurrence étrangère aux coûts de production beaucoup plus bas, il peut compter sur Loïc Rodier, son directeur Recherche & Développement. Ce dernier a déposé un nouveau brevet. « Ce serait un inhalateur révolutionnaire, ils seraient les seuls à la fabriquer, son usine ne dépendrait plus du laboratoire, de cette ordure d’Alain Hervouet. » Mais quand il prend la route du Jura, rien n’est encore réglé. Ni à l’usine, ni au sein de son couple. Car il a l’impression de porter sa famille à bout de bras, en veut à son épouse artiste-peintre de ne pas travailler davantage, de ne pas chercher de galerie susceptible d’exposer ses œuvres, de traîner au lit. Leur entente s’est dégradée au fil du temps, proche d’un point de non-retour. Mais s’en rend-t-il vraiment compte ? Ne calque-t-il pas ses règles d’entrepreneur sur sa vie familiale quand il affirme que dans la vie, il fallait avancer «pas regarder en arrière et encore moins se regarder soi-même.»
Vanessa Bamberger réussit, par touches subtiles, à imbriquer les deux histoires.
En mêlant le récit de l’évolution du coma de Thomas et l’attente angoissée d’un réveil qui n’arrive pas à celui de cette bataille pour sauver son usine, elle ferre son lecteur, lui aussi suspendu aux épisodes successifs qui font tour à tour souffler le chaud et le froid, l’espoir d’une sortie de crise face à la peur d’une fin programmée.
Face aux coups du destin, on aimerait voir Thomas triompher, lui qui ne peut « se résoudre à la fragilisation de la filière, au délitement du Hayeux, au déclin de l’Ouest. » Après Brillante de Stéphanie Dupays qui dépeignait l’univers impitoyable des multinationales, voici à nouveau l’économie au cœur d’un roman tout aussi impitoyable. Une lecture que l’on conseillera à tous les candidats aux législatives qui arrivent. Ils pourront ainsi toucher du doigt la réalité économique de leur circonscription. Une lecture que l’on conseillera aussi aux électeurs, car il éclairera aussi leur choix.

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Domi C Lire (Dominique Sudre)
Blog Passion de lecteur (Olivier Bihl)
Blog La Bibliothèque de Delphine-Olympe (Delphine Depras)
Blog A l’ombre du noyer (Benoît Lacoste)
Blog Mes écrits d’un jour (Héliéna Gas)
Blog Des livres tous azimuts (Célina Weifert)
Blog Les livres de Joëlle (Joëlle Guinard)
Blog Livres de Malice (Alice Théaudière)
Blog T Livres T Arts 

Autres critiques
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Elle (Olivia de Lamberterie)
Toute la culture (Yaël Hirsch)
Blog Quatre sans quatre
L’Usine nouvelle (Christophe Bys)
Page des libraires (Stanislas Rigot)

Présentation de son livre par l’auteur à la librairie Mollat

Les premières pages du livre

Extrait
« À l’instar du pays tout entier, la région du Hayeux souffrait. Sur des centaines d’hectares à la ronde, les usines désaffectées pourrissaient lentement, tanguant dans le vide, baignant dans le silence d’une campagne fantôme. La zone tout entière ployait sous la pauvreté. Du poing, Thomas donna un coup sec sur le tableau de bord. Il ne pouvait se résoudre à la fragilisation de la filière, au délitement du Hayeux, au déclin de l’Ouest. Il fallait relancer les machines. » (p. 22)

A propos de l’auteur
Vanessa Bamberger est née en 1972. Journaliste, elle vit à Paris. Principe de suspension est son premier roman. Il témoigne de son admiration pour tous les acteurs de l’industrie française à qui l’époque n’épargne rien. (Source : Éditions Liana Lévi)

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Au commencement du septième jour

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Au commencement du septième jour
Luc Lang
Éditions Stock
Roman
544 p., 22,50 €
EAN : 9782234081857
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule en trois parties, chacune géographiquement dinstincte. Le «livre un» nous conduit de la région parisienne en Normandie, de Paris, Saint-Mandé, Guyancourt à Bolbec, Le Havre, Sainte Adresse, Rouen, Tancarville, Épretot, Saint-Eustache-la-Forêt, Gruchet-le-Valasse, La Haie-Bance, le Grand-Trait, La Remuée, Évreux. Le «livre deux» se déroule dans le Sud-Ouest, de Bordeaux à Pau et Bayonne, Oloron, Sévignacq-Meyracq, Laruns, Ossau, Lescun, Pouey, sur le parcours du GR 10 près du lac d’Anie.
Le «livre trois» mènera le lecteur au Cameroun, de Yaoundé à Douala, en passant par Mokolo, Maroua, Garoua, N’Gaoundéré, Mokolo.
Berkeley, la Californie, le Colorado et le Nouveau-Mexique y sont également évoqués.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
4 h du matin, dans une belle maison à l’orée du bois de Vincennes, le téléphone sonne. Thomas, 37 ans, informaticien, père de deux jeunes enfants, apprend par un appel de la gendarmerie que sa femme vient d’avoir un très grave accident, sur une route où elle n’aurait pas dû se trouver.
Commence une enquête sans répit alors que Camille lutte entre la vie et la mort. Puis une quête durant laquelle chacun des rôles qu’il incarne : époux, père, fils et frère devient un combat. Jour après jour, il découvre des secrets de famille qui sont autant d’abîmes sous ses pas.
De Paris au Havre, des Pyrénées à l’Afrique noire, Thomas se trouve emporté par une course dans les tempêtes, une traversée des territoires intimes et des géographies lointaines.
Un roman d’une ambition rare.

Ce que j’en pense
*****
Thomas et Camille Texier ont réussi leur vie. Tous deux sont cadres, proches de la quarantaine et vivent près de Paris avec leur deux enfants Elsa et Anton. Seul petit bémol, Camille doit s’absenter fréquemment car le siège de son entreprise, Delta Energy, est en Normandie. Mais Thomas et les enfants ont appris à faire avec. Jusqu’à ce soir où le téléphone sonne pour informer Thomas que son épouse a été victime d’un grave accident et qu’elle a sombré dans un coma de stade 3 : «L hématome temporal était considérable, il nous fallait de toute urgence réduire la pression crânienne avant d’engager d’’autres interventions.»

Commence alors un pénible voyage d’un hôpital à l’autre en passant par la gendarmerie, le lieu de l’accident – une route de la campagne normande – la ferme voisine et le casse auto où ce qui reste du véhicule a été déposé.
Car Thomas veut essayer de comprendre ce que son épouse faisait en pleine nuit sur une route sans réel danger, pourquoi «L’auto a chaviré dans le fossé, des haies ont été arrachées sur 20 m et quand elle est remontée de l‘autre côté du talus, au lieu de s’immobiliser là, avec l’élan inouï, dame, elle a fini en tonneaux, plusieurs, 50m plus loin sur la chaussée, une trajectoire impossible, impossible…»
Les données techniques, le téléphone portable et l’ordinateur portable qu’il va décrypter ne feront qu’augmenter le mystère. Sans compter cette «lampe Art déco signée, en pâte de verre violette et orangée, pas du tout le genre de la maison» qui était en paquet-cadeau qu’elle transportait à l’arrière de sa voiture.
Les messages plus que cordiaux échangés avec un collègue, Hubert Demestre, font naître de nouveaux soupçons, d’autant que le médecin lui annonce que Camille était
enceinte de huit semaines. Des chocs multiples que Thomas doit gérer en essayant de préserver ses enfants, la famille et son travail. Pendant ce temps, le coma est en voie de résorption. Peut-être que Camille pourra expliquer son attitude? Un espoir qui sera vite deçu. Si la malade se réveille, elle reste totalement absente et finit par sombrer. Une vie résumée à une pierre tombale : Camille Granier, épouse Texier, 1976-2012. Ce «llivre un» s’achève dans la noirceur la plus totale : «La vie est une prison, on est enfermés dans le malheur.»
Le «livre deux» est celui de la remise en question et du rapprochement avec ceux qui restent. Thomas part avec ses enfants rejoindre son frère Jean qui élève des chèvres dans les Hautes-Pyrénées. L’occasion, en cheminant sur les entiers du GR 10, de retrouver ses racines, mais aussi de dévoiler quelques secrets de famille. Au bord du lac d’Anie, il va notamment se retrouver confronté à une autre mort : celle de son père, victime d’une chute mortelle. Les non-dits, qui ont provoqué l’éclatement de la famille, poussent à agir, à chercher à renouer avec sa sœur qui a choisi de tout quitter pour fonder un dispensaire en Afrique.
Autre décor, autre quête. Nous voici au Cameroun où il n’est pas aisé de faire des kilomètres, surtout pour rejoindre un endroit peu sûr ou Boka Haram commet régulièrement des exactions. Thomas va du reste vite faire l’expérience des coutumes locales, de la corruption et de la gestion du temps. Il est arrêté, soupçonné d’être un agent étranger infiltré par le Tchad ou le Nigeria, puis relâché au bout de quatre jours, délesté de quelques billets. Il va finir par retrouver sa sœur. À nouveau, quelques vérités enfouies vont ressurgir…
J’aime beaucoup la formule d’Éric Libiot qui dans L’Express explique le travail de Luc Lang en expliquant qu’«il cuisine de la théorie dans un grand chaudron romanesque» et que les «500 pages passent comme une respiration. Un rythme de sprinteur pour un roman de coureur de fond.» J’ajouterai que ce roman, dans sa quête individuelle, touche à l’universel. Fruit de plusieurs années de travail, cette œuvre est tout simplement ce que j’ai lu de plus beau cette année. Il mériterait amplement les lauriers d’un prix littéraire.

Autres critiques
Babelio 
Télérama (Fabienne Pascaud)
L’Express (Éric Libiot)
Blog Je lis au lit 
Blog La plume d’Eco 

A propos de l’auteur
Luc Lang est l’auteur d’une dizaine de romans, recueils de nouvelles, essais sur les arts et la littérature contemporains, dont Mille six cents ventres (prix Goncourt des lycéens), La Fin des paysages et Mother. (Source : Éditions Stock)

Site Wikipédia de l’auteur 

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Personne ne le saura

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Personne ne le saura
Brigitte Gauthier
Gallimard série noire
Thriller
210 p., 16,50 €
ISBN: 9782070145904
Paru en octobre 2015

Où?
Le roman se déroule principalement à Lyon et environs, à Saint-Clément-sous-Valsonne, Vallériane-les-Bois, Villefrance-sur-Saône, Tarare, Saint-Loup, Les Olmes, Pontcharra-sur-Turdine, Joux, La Salette, Meyzieu, Ecully. Paris et Bagneux sont y est également mentionnés, tout comme Hong Kong, destination future de la narratrice.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
La drogue du viol est un thème à la mode, un sujet de société. Sauf quand le pantin qui tend ses seins et agite son cul, c’est vous, et que soudain, aveugle dans la nuit, vous êtes livrée à bien plus dangereux que des hommes, à votre imagination sans limites. Ils vous droguent. Ils vous violent. Personne ne le saura. Pas même vous d’ailleurs. Aucune preuve. Rien. Presque rien. Mais la vie ne sera plus jamais comme avant. Dans la nuit du Carmin, le club échangiste où l’a emmenée son ami Jules, Anna meurt. Trois heures de l’autre côté des miroirs. En s’éveillant de son coma, elle a tout perdu. Sa mémoire. Amar. L’homme qu’elle aime. L’obscurité demeure mais elle devra mener une enquête pour survivre à ce qu’il y a de pire. Pas ce que l’on vous a fait, ce que l’on vous a peut-être fait.

Ce que j’en pense
***
Imaginez vous réveiller sur un lit d’hôpital sans pouvoir comprendre par quel mystère vous êtes arrivé là. La chose est déjà déstabilisante en soi, mais quand en plus les seuls souvenirs qui vous viennent en mémoire sont ceux d’un ami photographe vous déposant là, venant d’un club échangiste. « J’ai chanté. J’ai fait l’amour avec un homme. Au-delà des cinq premières minutes, je n’ai pas de visuel. »
Et cette certitude : « on m’a droguée, on m’a droguée. »
Petit à petit les pièces vont se mettre en place. Quel rôle à joué l’ami Jules ? Qui est ce Joël qui était aussi présent ? Lui a-t-on vraiment fait absorber la drogue du viol ?
« J’ai bien eu tous les symptômes… perte d’inhibition… somnolence… nausées… Mon cas est celui de milliers d’autres femmes (…) A forte dose ces produits se transforment en armes. Ils peuvent occasionner le coma, la dépression ou la mort. »
Le trou noir fait peu à peu place à quelques flashes, au karaoké, au bar, au sauna du club Le Carmin. D’ami, Jules devient suspect, car il se contredit, livre des versions à la chronologie et aux acteurs changeants.
La certitude se fait petit à petit jour : Anna a été abusée durant ses trois heures de black out. Elle a été droguée et violée.
Dès lors se pose une question qui dépasse les soins hospitaliers et les analyses médicales. Que faire ? Porter plainte, mais contre qui et pourquoi? L’interrogatoire au commissariat est très traumatisant. Car une femme victime de viol dans un club échangiste l’a sans doute cherché. « Une femme violée, c’est une meurtrière en puissance.»
Il faut dés lors mesurer les dangers des paroles et des silences. Pour son entrée dans la série noire, Brigitte Gauthier délaisse les codes du genre. Ici pas d’enquête, pas de policier, pas de procès. Après sa déposition, elle comprend qu’elle n’aura quasiment aucune chance de voir justice rendue. Que ses adversaires, à condition de pouvoir prouver leurs agissements, auront derrière eux bien plus que des arguments de défense : la bien-pensance d’une société qui n’admet pas les vies dites dissolues. Que le crime dont elle a été victime peut se retourner contre elle…
Dans les conte de fées, les victimes s’en sortent, le bien triomphe du mal et quelquefois, les mauvais sont vengés. Seulement voilà, dans le cas présent, il ne s’agit pas d’un conte de fées. Mais si le combat d’Anna pour se reconstruire ne sera pas totalement vain.
Un roman noir à conseiller aussi pour faire évoluer les mentalités sur l’un des crimes les plus odieux et sans doute le plus impuni de nos sociétés dites civilisées.

Autres critiques
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Blog Unwalkers
Blog Action-Suspense

Extrait
« Je me réveille. Il est quinze heures. Jules est là. Il prend soin de moi comme s’il était de la famille. Ça me rassure de ne pas être seule. Il me demande comment je vais. Je fais une petite moue. Il me tend un verre de Doliprane.
« Je ne comprends pas ce qui s’est passé.
— Tu sais bien ce qui s’est passé.
— Non, pas vraiment.
— Tu n’as pas à t’en faire, je ne t’ai jamais lâchée. »
Jules a toujours su me donner l’impression que je n’étais pas seule au monde. Ses paroles m’aident. J’aimerais retrouver mes souvenirs mais je n’ai pas accès à toute une zone… Il y a eu le karaoké, le sauna, le bar et puis…
« Je me suis donnée à un mec… c’est ça ?
— Tu pourrais le reconnaître ?
— Non, enfin… Je ne sais pas. Il s’est penché vers moi.
— C’est venu naturellement. Tu l’avais bien… On peut dire tu… tu le pelotais. »
Je me souvenais d’avoir sucé un mec. Une sensation très ponctuelle. Juste cette douceur un instant dans ma propre douceur. Aucun mouvement, aucun acte, ni durée.
« Et tu faisais quoi ?
— Je te caressais les fesses… Au départ, j’étais côté fesses. » Jules me tend mon yaourt.
« Il t’a caressé les pieds, les jambes et il est remonté tranquillement. Pas de manifestation évidemment de “non”, donc il a continué, il s’est rapproché… » Hypnotisée par ces images qui tournent en boucle dans ma tête, je commence à m’assoupir. Jules parle dans le vide. »

A propos de l’auteur

Brigitte Gauthier a obtenu un Master of Fine Arts en scénario à l’université de Columbia à New York. Aujourd’hui professeur à l’université d’Évry-Val-d’Essonne, elle a hérité de ses recherches sur Harold Pinter et Pina Bausch un fort intérêt pour l’analyse des jeux de pouvoir. Personne ne le saura (Gallimard/Série Noire, 2015) est son premier roman. (Source : Editions Gallimard)
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