L’appel

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En deux mots:
C’est l’histoire d’un adolescent aux États-Unis dans les années soixante qui cherche sa voie. Athlète moyen, il va s’entêter et trouver une manière toute personnelle de franchir la barre du saut en hauteur, dos à l’obstacle. Se basant sur l’histoire de Dick Fosbury, Fanny Wallendorf nous démontre qu’il faut toujours croire en ses rêves.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Pour réussir, prendre de la hauteur

Richard est un athlète moyen dans une ville moyenne. Mais un jour, il a l’idée de franchir différemment sa barre de saut en hauteur. Pour son premier roman Fanny Wallendorf s’inspire de Dick Fosbury pour nous raconter l’irrésistible ascension du jeune homme.

Ceux qui me suivent régulièrement savent que lorsque l’on parle de sport, et plus particulièrement d’athlétisme, je ne peux m’empêcher d’évoquer mon expérience durant ces années à peine moins éloignées que celles dont il sera question dans ce splendide roman. Je me souviens que dans les trois disciplines principales de l’athlétisme, courir, sauter, lancer il y avait les excentriques. Les lanceurs de marteau, à la fois par leur morphologie et en raison de la cage dans laquelle ils évoluaient, les sauteurs à la perche qui partaient faire le funambule à des hauteurs risquées et les coureurs de steeple – dont je faisais partie – qui affrontaient barrières et rivière durant leur tour de piste. Rapidement les sauteurs en hauteur sont venus rejoindre ces «marginaux», non pas parce qu’ils étaient grands et sveltes, mais parce qu’ils sautaient d’une manière particulière, en Fosbury-flop.
Voilà qui nous ramène à Richard, le personnage imaginé par Fanny Wallendorf et qui s’inspire de l’athlète américain Dick Fosbury, à l’origine de cette révolution dans le monde très codifié de cette discipline olympique. Si la fin de l’histoire est connue, le titre olympique obtenu en 1968 à Mexico, tout le talent de la primo-romancière vient de la manière dont elle mêle les faits biographiques avec l’interprétation du parcours qui a conduit l’adolescent à la gloire.
Rassurons en effet ceux que la littérature sportive ne passionne pas. Nous sommes ici loin du traité technique et bien davantage dans un roman d’initiation. Aux tourments du jeune adolescent mal à l’aise avec un corps qui a poussé trop vite, viennent s’ajouter des études poussives. La première qui va croire en lui et l’encourager s’appelle Beckie. Avec elle, il va découvrir l’amour et trouver la motivation nécessaire pour dépasser les 1,60 m qui semblaient être sa limite naturelle. Car désormais il s’amuse avec le sautoir, essaie des choses, tente d’apprivoiser cette barre et découvre que s’il engage d’abord son dos, il peut monter plus haut.
Le jour où il présente ce saut peu orthodoxe, c’est le tollé général. Les entraîneurs entendent que l’on respecte le style traditionnel et les adversaires demandent que l’on disqualifie cet original. Même si rien dans les règlements ne stipule qu’il ne peut franchir la barre comme il le fait, le combat va être terrible pour faire accepter cette variante. Non seulement, on voudra le ramener dans le droit chemin, mais on lui suggèrera de changer de discipline, de se mettre aux haies ou au saut en longueur.
Fanny Wallendorf montre alors combien Richard est habité, comment il a la conviction que sa nouvelle technique peut le faire progresser. Après tout, il ne demande guère plus que d’essayer. Même les premiers succès et son arrivée dans l’équipe d’athlétisme de l’université ne parviendront pas à vaincre les réticences de son nouvel entraineur. D’autant que la presse s’empare aussi du sujet et décrit avec des métaphores peu glorieuses cette course d’élan bizarre suivie d’un saut encore incompréhensible.
Il faudra encore beaucoup de volonté et d’énergie pour faire taire les sceptiques, la famille, les autorités sportives, le grand public. Et entrer dans la légende du sport en imposant une technique qui a depuis fait l’unanimité dans le monde entier.

L’appel
Fanny Wallendorf
Éditions Finitude
Roman
352 p., 22 €
EAN: 9782363391070
Paru le 3 janvier 2019

Où?
Le roman se déroule aux États-Unis, principalement du côté de Portland. On y évoque aussi les lieux de compétition et sites d’entrainement tels que Eugene et Los Angeles ainsi que Mexico.

Quand?
L’action se situe dans les années soixante.

Ce qu’en dit l’éditeur
Richard est un gamin de Portland, maladroit et un peu fantasque. Comme tous les adolescents de l’Amérique triomphante du début des années 60, il se doit de pratiquer un sport. Richard est grand, très grand même pour son âge, alors pourquoi pas le saut en hauteur?
Face au sautoir, il s’élance. Au lieu de passer la barre en ciseaux, comme tout le monde, il la passe sur le dos. Stupéfaction générale.
Cette singularité lui vaut le surnom d’Hurluberlu. Il s’en fiche, tout ce qu’il demande, c’est qu’on le laisse suivre sa voie. Sans le vouloir, n’obéissant qu’à son instinct, il vient d’inventer un saut qui va révolutionner sa discipline.
Les entraîneurs timorés, les amitiés et les filles, la menace de la guerre du Vietnam, rien ne détournera Richard de cette certitude absolue: il fera de son saut un mouvement parfait, et l’accomplissement de sa vie.
«Il n’a rien prémédité, il a laissé faire, c’est comme si son mouvement avait pensé pour lui.»

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)

Les autres critiques
Babelio
Lecteurs.com
Livres Hebdo (Nicolas Turcev)
L’Espadon
Blog Chien de Lisard 
Blog Nyctalopes
Blog froggy’s delight

INCIPIT (Les premières pages du livre)
Tout a commencé par une photo du visage de Dick Fosbury aux J.O. de Mexico en 68. Les mains sur la bouche, il est tout entier dans ce qu’il regarde, c’est-à-dire dans la vision du saut qu’il s’apprête à accomplir et qui le couronnera. Son expression humble et concentrée, l ’intensité de son regard, tout m’a touchée : j’y ai reconnu cet état de présence totale, d’absorption dans l’instant que requiert la création. Fosbury a créé un saut inédit et sublime ; comme Rimbaud, il a ouvert une brèche.
J’ai voulu écrire la naissance et le déploiement d’une vocation, cet appel intime qui donne forme à un parcours et à une œuvre, qu’elle soit artistique ou sportive – le sport, comme la création, nécessite d’atteindre des états singuliers, et promet aventures, batailles et enchantements.
L’Appel est un roman, il trace l’itinéraire d’un adolescent jusqu’à un point culminant de son existence. Surnommé « l ’Hurluberlu », parce que gaiement obsédé par le désir de suivre sa propre voie, Richard est un personnage fictif. Je n’ai gardé, de la vie de Fosbury, que les faits sportifs et quelques détails qui servent la vérité du livre et de mon personnage. Lui-même incarne, dans toute sa simplicité, quelque chose de plus grand que lui. F. W.

Oregon, 1957.
— Coordonne tes mouvements! Monte les genoux et balance les bras! Tu prépares ton appel à la cinquième foulée, pas avant! Et respire, sinon tu n’atteindras pas ta vitesse maximale! Bordel, ce gamin dépasse tout le monde d’une tête mais il est souple comme un verre de lampe…
Richard s’éloigne du sautoir en trottant. Le soleil qui émerge d’un nuage le frappe en pleine figure, et il tente de le regarder en face. Trois secondes plus tard il capitule, vaincu. Des halos luminescents se superposent au paysage qui brûle par endroits, et devant lui, l’entraîneur n’est plus qu’une ombre. En plissant les yeux, il distingue son air dépité. Pas une idée glorieuse, cette inscription au club de saut en hauteur pour ses dix ans, mais son père y tenait.
Effectuer un parcours d’obstacles était amusant, bondir à cloche-pied au coup de sifflet du professeur aussi, mais dès qu’ils attaquent la course d’élan qui précède le saut, Richard est dépassé. Décomposer chaque mouvement au lieu de courir librement, compter ses pas en inspirant à des moments précis, décoller les bras, lever la jambe en appuyant suffisamment sur le pied d’appel — lequel déjà ? — et exécuter ce ciseau à la noix pour passer la barre, tout lui semble invraisemblable et il s’emmêle les crayons. Il a peur de s’étaler sur le sautoir, ce qui fait rire ses camarades, et lui avec. C’est à la fois l’enfer et la cour de récréation. Même à l’échauffement, les autres pouffent de rire devant ses cabrioles dignes d’une course en sac à patates, et comme l’ambiance est bon enfant, Richard continue de faire à sa façon. La seule chose qui l’intéresse dans le sport, comme il le confie, haletant, à Dan Cunningham pendant les levées de genoux, c’est de se faire des amis. Aussi quand Dan l’invite à passer chez lui le week-end suivant, Richard enchaîne des sprints du feu de dieu en braillant, tandis que l’entraîneur voit rouge. C’est la meilleure nouvelle de la semaine avec son 9 sur 10 en sciences.
L’éblouissement passe un peu quand il reprend son souffle, et les contrastes se reforment. Au loin, de grosses nuées orange surplombent la ville. C’est alors qu’il l’aperçoit. À cheval entre l’horizon et le dernier pâté de maisons, une créature gigantesque est là qui les observe. Un oiseau de feu, immobile, un phœnix de la plus belle espèce.
Sur le trajet du retour, Richard se repasse le film de la séance d’entraînement. Il tente quelques foulées sur le trottoir, mais à chaque fois qu’il essaie de faire coïncider son mouvement avec les consignes du coach, il a l’impression de se démembrer et ça ne ressemble à r…
— Bon sang! Tu ne peux pas faire attention!? claironne une passante qu’il manque de renverser à l’angle de Second Street.
Il lui adresse son plus beau sourire, en dévoilant ses dents comme le lui a appris sa mère, mais la grimace est sans effet. La dame pousse son sac de sport avant de s’engouffrer chez Shield’s, le meilleur épicier de la ville.
Bientôt il arrive devant la maison des Jones où il retrouve Jack, le labrador qu’il vient voir chaque jour. Il passe la main entre les lattes de la clôture pour caresser le pelage soyeux, tandis que les yeux sombres le fixent et que la truffe s’imprègne d’une légère sueur. Richard palpe le front dur, descend sur le cou, et bientôt le chien frémit et s’impatiente. Il enlève très vite sa main pour qu’elle ne se retrouve pas écrasée contre la barrière, le cœur retourné d’avoir touché une bête aussi impressionnante que le gorille du zoo de Forest Park. Alerté par les aboiements, monsieur Jones sort sur le perron et Richard prend la poudre d’escampette.

Rentré chez lui, il se défoule. Il entame une de ses danses de Saint-Guy rituelles, gesticulant au rythme d’une musique imaginaire, se contorsionnant comme un ver pour éviter d’envoyer voler un vase ou de se cogner dans la table. Son père enfonce le nez dans son journal pendant que sa mère, vigie frémissante, guette le moment où il devra impérativement cesser de s’agiter, pour ne pas s’attirer les foudres paternelles. Il ouvre régulièrement les yeux au milieu de sa transe, et lorsqu’elle lui fait signe, il s’arrête et grimpe quatre à quatre l’escalier qui mène à sa chambre. Dès qu’il en franchit le seuil, il se regarde dans le miroir en pied. Il a les joues rouges, les yeux brillants, et le sourire jusqu’aux oreilles. Il exécute quelques montées de genoux en s’observant, mais le sol tremble sous ses pieds et il file prendre sa douche.

À propos de l’auteur
Fanny Wallendorf est romancière et traductrice. On lui doit la traduction de textes de Raymond Carver, des lettres de Neal Cassady (2 volumes, Finitude, 2014-2015) et de Mister Alabama de Phillip Quinn Morris (Finitude, 2016).
L’appel est son premier roman. (Source : Éditions Finitude)

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L’odeur de chlore

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En deux mots:
L’activité principale de la narratrice, une adolescente, consiste à faire des longueurs dans la piscine municipale. C’est dans ce bâtiment conçu par Le Corbusier qu’elle voit son corps se transformer, qu’elle devient femme.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Architecte de son corps

Avec «L’odeur du chlore», Irma Pelatan fait resurgir ses souvenirs au rythme des longueurs de piscine et, au fur et à mesure que son corps se transforme, nous raconte l’ambition architecturale du Corbusier.

Lors de la réunion du jury du Prix Orange du Livre 2019, nous avons eu un intéressant débat – notamment avec le sauteurs présents – sur les livres entrant dans la sélection et sur le définition d’un roman. Si je vous en parle aujourd’hui, c’est que le débat pourrait aussi mettre en cause L’odeur de chlore. Pour résumer le choix fait par le jury, il n’y a pas de distinction à faire entre un récit, un récit de voyage, une chronique ou une expérience vécue à condition qu’il s’agisse d’une œuvre littéraire, ce en quoi ce court récit répond indubitablement, car il est construit sur la recherche stylistique, sur le rythme imposé par la natation. On pourrait même le rapprocher de À la ligne de Joseph Ponthus, cet autre exercice de style qui par son écriture rend déjà compte de l’ambiance, du milieu décrit.
Nous voilà cette fois à Firminy, petite ville du Massif central dont la notoriété, après la fermeture des aciéries, tient au prix national d’urbanisme décerné à la ville en 1962 pour un ensemble architectural dessiné par Le Corbusier et comprenant notamment, outre des immeubles d’habitation, des équipements collectifs et une église – qui ne sera terminée que bien longtemps après la mort de son concepteur.
Parmi les équipements collectifs figure la piscine dont il est question dans ce récit.
Pour la narratrice et pour sa famille, la piscine devient très vite un cocon protecteur: «Quand j’étais de l’autre côté de la vitre, je sentais (…) qu’il y avait une grande force à se montrer presque nue face aux habillés. La vitre était une protection, me rendait inatteignable.»
Membre du Club des Dauphins, c’est là qu’elle va voir son corps se développer, prendre conscience de sa féminité grandissante. «Mon corps est devenu celui d’une femme. Cette piscine a vu mon corps se faire femme, semaine après semaine, elle a vu mes seins pousser, mes hanches naître, elle a su mes règles. Et, de tout aussi loin, elle a vu mon corps grandir et grossir, échapper à la courbe, devenir trop, devenir autre, quitter la norme.»
Au fur et à mesure des longueurs effectuées, des progrès réalisés, des confrontations victorieuses, on se prend à rêver, à faire de cet endroit le point de départ vers d’autres voyages. «On soufflait de l’eau chlorée par les narines, mais ça voulait dire la mer. Ça voulait dire la puissance de la mer, le sel de la mer, la majesté de la mer. L’espace sans limite.» La mer où Le Corbusier finira par mourir, laissant à André Wogenscky le soin de conclure son œuvre et à Irma Pelatan de comprendre que les apparences sont quelquefois trompeuses, y compris lorsque le veut être l’architecte de sa vie.

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15 nuances de piscine à Firminy (Loire).

L’odeur de chlore
Irma Pelatan
Éditions La Contre Allée
Roman
80 p., 12 €
EAN 9782376650058
Paru le 08/03/2019

Où?
Le roman se déroule en France, à Firminy dans la Loire.

Quand?
L’action se situe il y a quelques années.

Ce qu’en dit l’éditeur
L’Odeur de chlore, c’est la réponse de l’usager au programme « Modulor » de l’architecte Le Corbusier. C’est la chronique d’un corps qui fait ses longueurs dans la piscine du Corbusier à Firminy. Le lieu est traité comme contrainte d’écriture qui, passage de bras après passage de bras, guide la remémoration. Dans ces allers-retours, propres à l’entraînement, soudain ce qui était vraiment à raconter revient : le souvenir enfoui offre brutalement son effarante profondeur.
Quelque chose de très contemporain cherche à se formuler ici: comment dit-on «l’usager» au féminin? Comment calcule-t-on la stature de la femme du Modulor?
Lorsque le corps idéal est conçu comme le lieu du standard, comment s’approprier son propre corps? Comment faire naître sa voix? Comment dégager son récit du grand récit de l’architecte ?
J’ai cherché à traduire la langue du corps, une langue qui est toute eau et rythme. Délaissant la fiction, j’ai laissé le réel me submerger. À la «machine à habiter», je réponds avec du corps, de la chair, jusqu’à rendre visible l’invisible, jusqu’à donner une place à l’inaudible.
Si tu savais comme je suis bien.

68 premières fois
Le Blog du petit carré jaune (Sabine Faulmeyer)
Le blog de Mimi
Blog Mes écrits d’un jour (Héliéna Gas)

Les autres critiques
Babelio 
Lecteurs.com
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« J’ai beaucoup nagé dans mon enfance, tu sais, car le sport nous tenait lieu de culture, de loisir, de valeur, de lien; tout ça, qui peinait à se dire autrement dans la famille, se sortait par le corps, par un corps tenu, une vraie culture du corps, affreusement mécaniste, ce corps de l’effort. Comment suggérer alors? Comment fonder l’intériorité, la preuve de son existence au monde, si ce n’est dans le travail et l’effort, mesurés à parts égales aux attentes du père et au chronomètre, les deux figures de la Loi.
Mais moi je n’arrivais pas à fonder. Je nageais; je nageais et était née comme une poétique de l’eau, de l’eau enveloppante, féminine, de l’eau comme un lieu, comme un ailleurs soyeux. Je découvrais cette clandestinité aquatique, cet espace physique et mental où, malgré l’effort, perçait un espace intérieur tout entier disposé au rythme, à la cadence des bras qui nagent le crawl, à la succession des longueurs. C’est là que j’ai découvert la voix en moi, ma voix mentale. Là, et aussi à l’endormissement – voix tenace qui raconte le monde. Le soir, elle tenait, me gênait pour m’endormir. Dans l’eau, le plus souvent, elle quittait l’inquiétude et rejoignait le territoire du sans objet, la flottaison. Cette métaphore me gêne: je voudrais parler d’une flottaison entre deux eaux, entièrement immergée dans la matière de l’eau, dans ses courants.
Je me rappelle la première fois que j’ai lu un livre qui parlait de cette voix-là – sur la couverture, il y avait un tableau de Magritte, un énorme roc flottant dans le ciel – et c’était comme un long acquiescement, un petit feu dans le ventre. Avec qui aurais-je pu parler de cela?
Le soir, après la piscine, mon père, ma sœur et moi rentrions à la maison. En descendant de la BX, je jetais mon sac sur le gravier, heureuse et fatiguée, et tournais sur moi-même en regardant les étoiles. Lorsque je m’arrêtais, le monde entier tournait autour de moi. »

Extraits
« Je veux parler du corps, de la mesure du corps. Ce corps changeant, depuis la plus petite enfance, ce corps qui constamment devient, ce corps qui m’échappe. Le contraire de la stabilité, le lieu des marées. Mon corps qui dit, qui signifie ce que je ne sais pas mettre en mots, ce message sans doute si terrifiant, si déformant.
Mon corps qui suit de grands rythmes, qui semble pris dans un tout dont je ne sais rien, si proche étranger.
L’étrangeté de mon corps, depuis toujours, vivre à côté de lui sans comprendre ses logiques, sa vie qui s’emballe, ses plaisirs. Mon corps comme lieu, non c’est faux, mon corps comme personne, comme altérité dont je ne sais pas le début, mon corps comme mystère. Comment mon corps peut-il être mystère à moi-même? Je cède le pouvoir, depuis toujours, je laisse d’autres gouverner mon corps, lui imposer des rythmes, des récits, des attitudes. Mon corps n’est pas en mon pouvoir. Je ne suis pas le centre de mon corps. Il y a cette sorte d’extraction dont je ne sais que faire. »

« Mon corps est devenu celui d’une femme. Cette piscine a vu mon corps se faire femme, semaine après semaine, elle a vu mes seins pousser, mes hanches naître, elle a su mes règles. Et, de tout aussi loin, elle a vu mon corps grandir et grossir, échapper à la courbe, devenir trop, devenir autre, quitter la norme. Y a-t-il jamais été? Cette croissance n’a au fond jamais cessé. Plus tard, j’ai connu la grande obésité, qui n’est pas aussi terrible qu’on croit, qui est surtout une lutte contre le standard, contre les accoudoirs trop étroits, contre la baignoire qui ne baigne rien, contre le pantalon qui ne ferme pas. »

À propos de l’auteur
Irma Pelatan est née quelque part sur le calcaire pelé du Causse Méjean, vers 1875. C’est cependant sous l’exact soleil de Tunisie qu’elle est morte, en 1957. Sur la carte entre les pointes du compas, s’ouvre tout l’espace de la Méditerranée, ce centre flottant – infini terrain de jeu pour sa soif d’ailleurs, pour ce fol esprit aventureux.
Irma Pelatan a pris corps à nouveau – mon corps – le neuf mars 2017, dans la chambre douze de l’hôpital de Vienne. Depuis, elle conquiert du terrain. (Source : Éditions La Contre Allée)

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Deux mètres dix

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En deux mots:
Deux championnes de saut en hauteur et deux haltérophiles, l’un et l’autre américains et kirghizes s’affrontent pour prouver qu’ils sont les meilleurs au monde. Mais au-delà de leur histoire personnelle, on découvre un combat politique féroce où tous les coups sont permis.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Champion ou marionnette?

Jean Hatzfeld continue à explorer le monde du sport dans son nouveau roman qui confronte l’Amérique et l’Union soviétique entre 1980 et 1984 à travers les portraits de deux championnes de saut en hauteur et de deux haltérophiles. Cruel et beau.

Le nouveau roman de Jean Hatzfeld a réveillé en moi des souvenirs et des émotions liées à mon adolescence et à ma famille, même si le sujet peut sembler à priori bien éloigné de cet univers. Dès 1972 et les Jeux olympiques de Munich, mon père a décidé de participer à la grande fête du sport. Il a été retenu comme bénévole et nous avons été retenus à la maison, condamnés à suivre les épreuves devant notre téléviseur. À son retour, le récit de son expérience nous a enthousiasmé, en particulier les tournois de boxe et d’haltérophilie qu’il a pu suivre sur scène et en coulisses. Pratiquant l’athlétisme, j’ai alors décidé que j’irais mois aussi partager cette expérience. Mon rêve s’est réalisé en 1976 à Montréal.
Et si le roman se base sur les jeux suivants, en 1980 à Moscou (boycotté par les États-Unis) et en 1984 à Los Angeles (boycotté par l’Union soviétique), j’ai bien retrouvé l’ambiance très particulière qui règne alors et cette tension dans la course aux records et aux médailles.
Jean Hatzfeld choisit de dresser le portrait de quatre athlètes désormais retraités pour raconter ce combat entre l’est et l’ouest, entre les deux systèmes politiques qui entendent chacun démontrer leur supériorité.
Il y a d’abord Sue Baxter, la championne de saut en hauteur américaine et Tatyana Izvitkaya, sa rivale du Kirghizistan devenue Tatyana Alymkul. C’est leur rivalité pour un record du monde mythique qui donne son titre au roman.
En complément, et sans doute pour montrer le contraste entre la grâce et la fluidité de la discipline féminine, l’auteur nous raconte la rivalité dans une discipline où la puissance et la force physique dominent: l’haltérophilie incarnée ici par Randy Wayne et Chabdan Orozbakov.
Avant de dire un mot du contexte de l’époque, soulignons que ces quatre athlètes sont nés de l’imagination du romancier, mais résument parfaitement ce que le journaliste a vu et rapporté dans ses articles (l’auteur était alors envoyé spécial aux J.O. pour Libération).
Emboîtant le pas à Vincent Duluc qui a retracé les parcours de Kornelia Ender et Shirley Babashoff et leur combat lors des Jeux Olympiques de Montréal (j’y étais!), Jean Hatzfeld fait du corps des athlètes le symbole de la guerre froide, des gymnases le champ d’une bataille politique épique et des entraîneurs les émissaires d’un système qui n’hésite pas à recourir aux substances dopantes et au chantage pour assouvir le besoin de gloire des dirigeants. Ou quand le reporter sportif se souvient qu’il a aussi été reporter de guerre.
Il y a du reste de la mélancolie de l’ancien combattant dans cette rencontre, des années après, entre des athlètes qui ont été plus manipulés qu’acteurs de leur destin, plus marionnettes du pouvoir que héros. Leur corps est abîmé et leurs illusions se sont envolées. L’alcool et la drogue ont remplacé les amphétamines et les anabolisants. Dur constat, triste réalité.

Deux mètres dix
Jean Hatzfeld
Éditions Gallimard
Roman
208 p., 18,50 €
EAN : 9782072799914
Paru le 23 août 2018

Où?
Le roman se déroule aux États-Unis et dans l’ancienne Union soviétique, plus précisément au Missouri et en Arizona ainsi qu’au Kirghizistan. On y évoque aussi les lieux de compétition tels que Helsinki, Moscou et Los Angeles.

Quand?
L’action se situe de 1980 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« — 2,10 mètres, dit Sue.
— Oui, 2,10 mètres, alors?
— Depuis le temps, des filles l’ont passé?
— Non, j’ai entendu qu’elles se cognent toujours le nez dessus.
— Tu en dis quoi?
— Je ne sais pas. La barre nous attend.»
Histoire de quatre sportifs de très haut niveau, entre les Jeux olympiques de 1980 et aujourd’hui: deux champions haltérophiles, un Américain du Missouri et un Kirghize ; deux sauteuses en hauteur exceptionnelles, une jeune Américaine et une Kirghize d’origine koryo-saram. Leurs rivalités sont mêlées d’admiration et d’incompréhension réciproques, parfois extrêmes, qui, des années plus tard, donneront lieu à des retrouvailles inattendues dans les montagnes kirghizes.
Jean Hatzfeld raconte l’univers sportif dans le contexte tendu de l’époque (guerre froide, déportations dans le bloc soviétique…) qui cabossera ses héros. Il porte aussi un regard très aigu sur les gestes des champions jusqu’à rendre poétiques les sauts en hauteur de Sue et Tatyana et leurs corps délivrés de la pesanteur. Les haltérophiles sont peints dans la puissance héroïque de leur musculature et de leurs rituels, telles des créatures fabuleuses.
Quatre destins qui se croisent, quatre portraits inoubliables.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
L’Express (entretien croisé avec Vincent Duluc)
France Inter ¬– Le 80’ de Nicolas Demorand
L’Humanité (Muriel Steinmetz)
Les Échos (Philippe Chevilley)
La Grande Parade (Serge Bressan)


Jean Hatzfeld présente son roman Deux mètres dix © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre
« Un mobile home
Depuis un moment les merles ne chantaient plus, ils babillaient à peine et Sue le percevait. La chaleur dans le mobile home confirmait une matinée bien avancée.
Le drap dont elle avait recouvert sa tête ne pouvait plus duper son esprit embrumé. Elle finit par céder à une fatalité qu’elle savait impitoyable et ne repoussa pas
davantage l’attaque de la migraine que provoquerait son premier geste.
Sue se redressa d’un coup pour s’asseoir au bord du lit. Remarquant l’absence de culotte, elle fit la moue, tâtonna du bout des doigts entre ses jambes afin de vérifier si en plus elle n’avait pas couché. Elle tendit ses longues jambes bronzées, s’amusa à faire saillir ses muscles en rapides contractions. Sans fierté, seulement ravie, elle les contempla une nouvelle fois. Mes îlots de beauté qui résisteront à tout, pensa-t‑elle. Du bout du pied, elle ramena une jupe et un tee-shirt qui traînaient par terre. Les merles savouraient les derniers recoins d’ombre dans les branches des séquoias, avant qu’elle ne soit absorbée par le soleil qui frappait d’en haut. Ils s’avancèrent sur une branche, les mâles en plastron noir, les dames en chemisier roux, foulard blanc, et saluèrent d’un trille flûté. Merci, merci, les amis. Éblouie par la lumière, les mains serrant une tasse de café, Sue se posa en haut du marchepied et observa dans l’herbe les bouteilles et les mégots éparpillés. Encore une lame de fond d’ivresse qui l’avait échouée en vrac, sans nausée. Ça la paniqua presque. Elle fut tentée de se glisser deux doigts dans la gorge. Elle eût souhaité vomir son dégoût contre un arbre, même sous le regard des passants, comme ça lui était déjà arrivé, ou hoqueter sa bile, vider la saleté au bord de sa cuvette, pleurnicher de fureur.
Au loin, en bordure d’une prairie, une file de silhouettes se dirigeait vers l’entrée de l’Old Coyote Park. Un chien vint par-derrière fourailler de son museau les mains de Sue jusqu’à les ouvrir.
— Hi, young fellow!
Il tenta en trois bonds de l’entraîner vers les arbres, mais comprit que ce n’était pas le jour, revint la dévisager, s’abstint de frétiller de la queue ou de pencher sa tête avec de grands yeux affectueux et toutes sortes de minauderies qui ne marchaient pas avec elle. Elle lui souffla sur la truffe. Sue aimait sa gaieté, lui aimait la gentillesse de Sue, sa gaieté aussi et ses sautes d’humeur.
C’était le chien du mobile home d’à côté, dont le maître passait ses jours et ses nuits à démonter des carburateurs dans une casse de Sunny Slope.
Deux coups de klaxon, la voiture du facteur arriva, qui lui tendit une lettre :
— Hello, Sue, si jolie. Tiens.
Sue fit tourner l’enveloppe verte dans ses doigts :
— Regarde ces caractères, ces timbres, on dirait des russes.
— Tes fans se cachent jusqu’au bout du monde, et fidèles ! À plus, Sue.
Le papier rugueux intriguait Sue qui retrouva sa marche d’escalier, fit tourner une nouvelle fois le pli avant de l’ouvrir. Écrite au stylo à plume, la lettre débutait ainsi :
« Chère Susan,
Je m’appelle Tatyana Alymkul, mais tu m’as connue sous mon nom russe, Tatyana Izvitkaya. Peut-être te souviens-tu, nous nous sommes rencontrées à Helsinki en 1982. Un journaliste français est venu la semaine dernière pour me poser un tas de questions. Il voulait tout savoir sur cette époque. C’est lui qui m’a rappelé ce concours d’Helsinki. Il y avait assisté, et m’a demandé une foule insensée de détails, il s’imaginait que j’y pensais chaque matin. J’espère que tu n’en gardes pas un mauvais souvenir et que cette lettre ne réveille pas des sentiments désagréables. Nous avons donc parlé de la dernière barre, de l’orage et de toi, beaucoup de toi, bien sûr. Ce journaliste m’a parlé des soucis et des difficultés que tu affrontes depuis quelques années. J’ai abandonné le monde de l’athlétisme depuis longtemps, je suis retournée chez moi, au Kirghizistan. C’est un petit pays inconnu. Je vis dans une maison en bois peinte en bleu. Dans la rue, d’autres maisons sont rouges ou vertes.
Elle se trouve dans un village en montagne. Il fait très froid l’hiver, le blanc s’accorde au paysage. L’été, les journées sont chaudes, et en cette saison les arbres se parent de belles couleurs. Une rivière coule dans le village. Nous aimons cette rivière. Il y a un lac plus haut, on s’y baigne en été. Partout autour, des dizaines de milliers de chevaux et de moutons. Les chevaux sont de bonne compagnie en période chahutée, nos moutons aussi, crois-moi. La montagne te voudrait du bien. Une chambre t’attend. Elle est meublée de tapis de chez nous et de jolies étoffes. Elle donne sur un jardin. Il est en fouillis car je jardine mal. Les fleurs se disputent tant elles s’y plaisent. Ça me ferait plaisir que tu viennes, le temps que tu veux. On se promènera, on parlera seulement de ce que tu veux… »

Extrait
« C’est dans ce parc, un matin à l’aube, qu’Earl l’avait découverte alors qu’il traitait les arbres avant l’arrivée de la foule. Elle gisait inerte sous un taillis. La grande taille de ce corps féminin d’abord l’étonna. Puis le survêtement tricolore l’intrigua ; de plus près, il reconnut l’écusson des équipes américaines. Un pied avait perdu sa chaussure, aucun sac ne traînait alentour. Elle se tenait recroquevillée sur le côté, ses longs cheveux emmêlés recouvraient son visage, l’immobilité laissait penser à un sommeil profond. Lorsqu’il lui tapota l’épaule, elle tourna vers lui des yeux grands ouverts, un visage boursouflé par l’alcool, marqué de taches violacées, probablement des coups, s’inquiéta Earl. (…) Soudain, une intuition. Ça ne peut pas être elle! Elle l’entendit, il fallut qu’elle bredouille son nom pour qu’il admette qu’elle était Sue Baxter, il n’y a encore pas si longtemps le visage le plus célèbre de la ville. »

À propos de l’auteur
Jean Hatzfeld est né en 1949 à Madagascar. Petit-fils de l’archéologue et helléniste français du même nom (Jean Hatzfeld, mort en 1947), fils d’un professeur de philosophie et d’une infirmière, Jean Hatzfeld passe son enfance en Haute-Loire et en Corrèze. Il entre au journal Libération dans les années 1970 et y créée avec Serge Daney, Homeric et JP Delacroix, le premier service des sports, domaine jusque là négligé voire méprisé par la rédaction du journal. Jean Hatzfeld exerce alors sa plume au sein de cette rédaction, «car le sport c’est de la littérature, avec sa mythologie, ses codes, sa langue, ses personnages et ses histoires».
Jean Hatzfeld découvre la guerre « par hasard », à l’occasion du remplacement d’un confrère au Liban en 1979. Fasciné par cette expérience «métallique», il s’engage dans le grand reportage et le reportage de guerre. Il couvre pour son journal, le début du conflit en ex-Yougoslavie, «** je suis parti quand les premiers obus sont tombés sur Sarajevo»** et publie des articles «où l’horreur et le naturel donnent une étrange couleur» (Le Figaro). Grièvement blessé par un sniper près de l’aéroport de Sarajevo le 29 juin 1992, Jean Hatzfeld publie son premier livre en 1994 aux éditions de l’Olivier (L’air de la guerre), où il vide son carnet de notes et raconte le quotidien de la guerre sur les routes des Balkans. En 1994, la découverte du génocide Tutsi au Rwanda sera l’occasion pour le journaliste, de s’interroger sur le sens de cette terrible extermination. Nourrissant cette expérience par ses lectures de Primo Levi et Hannah Arendt, il passe dix ans «au bord des marais à regarder passer les fantômes», et délaisse sa plume de journaliste pour celle de l’écrivain. Il consacre une trilogie sur son expérience rwandaise, réalisée à partir de témoignages recueillis auprès de rescapés ou de bourreaux: Dans le nu de la vie , Seuil 2000, Une saison de machettes , Seuil 2003, La stratégie des antilopes , Seuil 2007. Ayant définitivement quitté la rédaction du journal Libération en 2006, Jean Hatzfeld publie un roman en 2011, Ou en est la nuit (Gallimard), une enquête menée par un jeune reporter français en Éthiopie, découvrant l’étrange histoire d’un athlète et marathonien nommé Ayanleh Makeda. (Source: France Inter)

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Chaleur

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En deux mots
Igor et Niko se retrouvent en Finlande pour les championnats du monde de sauna. Au-delà de ce combat dérisoire, voilà le roman de l’ambition et de l’orgueil qui peut conduire à la pire des tragédies. À 130° C, c’est vraiment chaud !

Ma note
etoileetoileetoile(beaucoup aimé)

Chaleur
Joseph Incardona
Éditions Finitude
Roman noir
160 p., 15,50 €
EAN : 9782363390769
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule à Heinola en Finlande. C’est à cet endroit que se rendent les protagonistes de quinze pays, notamment depuis Pskov, le trajet par l’Estonie, le golfe de Finlande entre Tallinn et Helsinki, ainsi que depuis Bruxelles.

Quand?
L’action se situe en 2016 (même si la dernière édition de cette compétition a eu lieu en 2010).

Ce qu’en dit l’éditeur
La Finlande : ses forêts, ses lacs, ses blondes sculpturales… et son Championnat du Monde de Sauna.
Chaque année, des concurrents viennent de l’Europe entière pour s’enfermer dans des cabines chauffées à 110°. Le dernier qui sort a gagné.
Les plus acclamés sont Niko et Igor : le multiple vainqueur et son perpétuel challenger, la star du porno finlandais et l’ancien militaire russe. Opposition de style, de caractère, mais la même volonté de vaincre. D’autant que pour l’un comme pour l’autre, ce championnat sera le dernier. Alors il faut se dépasser. Aller jusqu’au bout.
Aussi dérisoire que soit l’enjeu, au-delà de toute raison, la rivalité peut parfois pousser l’homme à la grandeur. À la fois pathétiques et sublimes, Niko et Igor illustrent avec éclat le désir d’absolu de la nature humaine.

Ce que j’en pense

Roman très original, Chaleur est court mais bon, à l’image d’une séance de sauna. Sauf que cette fois, il ne s’agit de perdre quelques toxines nu dans une cabine en bois, mais de suivre les 102 candidats venus à Heinola, une petite ville de Finlande qui accueille les championnats du monde de la discipline. Car dans ce pays, comme le souligne l’auteur «la nature a vite fait d’ennuyer l’homme. (…) Conséquence: ça picole dur. Mais surtout : l’homme recherche l’homme. L’homme est le territoire – davantage que sa faune, sa flore ou sa géographie. Par conséquent : une certaine naïveté couplée à un ennui latent motivent une série d’activités se déroulant dans le pays durant la période estivale. »
Et de lister ces compétitions improbables et qui pourtant existent bel et bien, telles que le championnat du monde de porter d’épouse, le championnat du monde de football en marécage, le championnat du monde de mangeurs de piment (type Naga Morich, Inde), le championnat du monde de cueillette de baies ou encore – berceau de Nokia oblige – le championnat du monde de lancer de téléphone portable.
Ce qui peut paraître ridicule ou anecdotique n’est cependant en rien une partie de plaisir, notamment pour Niko, star locale et champion du monde en 2013, 2014 et 2015 et pour Igor, son challenger russe bien décidé cette fois à battre son principal adversaire. En vrais champions, ils se sont préparés et ne peuvent que mépriser la centaine d’amateurs qui se sont inscrits. Niko les hait même, considérant «l’amateurisme de ses adversaires comme étant le problème majeur de notre époque. Tout le monde veut son moment de gloire, et pour sacrifier à la vanité n’hésite pas à brûler les étapes.»
On oubliera par conséquent assez vite ces faire-valoir pour nous concentrer sur les deux figures de proue de ce roman de l’extrême : Igor Azarov, 1,59m pour 58 kilos, ancien sous-marinier et NikoTanner, 1,89m pour 110 kilos, acteur de films pornographiques. Autant dire que les profils des deux hommes sont à l’exact opposé, nonobstant le fait qu’ils sont tous les deux prêts à aller jusqu’au bout de ce qui va devenir un duel, après que les choses sérieuses ont commencé.
Désormais la chaleur monte de 110° à 130° Celsius. Le drame de l’ambition et de l’orgueil atteint son paroxysme. « Souffrant, c’est comme ça qu’on veut l’homme. Jésus sur la croix. La nécessaire rédemption comme une montagne de verre brisé à escalader pieds nus. La seule chose qui vaille la peine. Le plus cadeau que Dieu ait transmis à l’homme : la souffrance. Amen. »
Aux premières loges, témoin privilégiée de ce combat, Alexandra Azarov, la fille d’Igor. Elle va assister impuissante à la mise à mort : «Les extrêmes sont si proches qu’ils vont bientôt se toucher».
Joseph Incardona est plus proche de la tragédie antique que du roman noir. Il parvient à emporter son lecteur dans cette histoire qui ne serait que dérisoire si la mort ne venait mettre un terme final à ce jeu. «Demain, la terre quittera son orbite mais rien ne changera vraiment dans l’équilibre de l’univers.»

Autres critiques
Babelio
RTL (C’est à lire – Bernard Poirette)
Le Temps (Eleonore Sulser)
L’Express (Delphine Peras)
France Culture (Les Emois – François Angelier)
Obskuremag.net 
Blog Les chroniques de Koryfée (Karine Fléjo)
Blog de Julien Sansonnens
Blog Nyctalopes 

Les vingt premières pages 

Extrait
« Igor pensait surprendre son rival en arrivant au dernier moment, mais Niko l’a déjoué encore une fois. Une façon d’afficher sa supériorité.
Niko Tanner est la star locale. Trois fois Champion du monde de sauna en 2013, 2014 et 2015.
Qui était vice-champion du monde lors des trois dernières éditions ?
Personne ne s’en souvient. En tout cas pas la réceptionniste de l’hôtel ni les filles aux piercings qui l’auraient reconnu, sinon.
Igor se déshabille, enfile son jogging de la marine avec l’étoile rouge cousue sur la poitrine. La couleur bleue est délavée à force de lavages, mais le coton épais et rêche a été fabriqué pour durer. Il chausse ses baskets, un modèle récent et américain, là faut pas déconner. »

A propos de l’auteur
Joseph Incardona est un écrivain Suisse, d’origine italienne. Il vit à Genève où il tente d’arrêter de fumer. Il aime les romans noirs, Harry Crews et les pâtes. Il a 47 ans et il est membre de l’équipe de foot italienne des écrivains. (Source : Éditions Finitude)

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