La Grande escapade

BLONDEL_la_grande_escapade   RL_automne-2019  coup_de_coeur

En deux mots:
Les enfants terminent leur école primaire et s’apprêtent à basculer dans l’adolescence. Leurs parents digèrent mai 68 et s’apprêtent à basculer dans la société de consommation. Autour de quelques épisodes tragi-comiques, ce sont les mutations de la France des années 70 qui sont au cœur de ce roman.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

L’année de tous les possibles

Jean-Philippe Blondel poursuit son exploration de la France d’avant dans le milieu éducatif qu’il connaît si bien. Avec «La grande escapade» il nous offre de découvrir le microcosme d’un groupe scolaire dans les années 70.

Tout à la fois plongée dans la France des années 70, étude sociologique et évocation d’un système éducatif en mutation, le nouveau roman de Jean-Philippe Blondel, après Un hiver à Paris et La mise à nu, est avant tout la chronique des souvenirs d’enfance, de cet âge où l’innocence peu à peu s’enfuit pour laisser place à des personnalités qui s’affirment, à des destins qui s’ébauchent, marqués par quelques épisodes inoubliables qui ont valeur de rites de passage.
Pour ouvrir ce roman au goût nostalgique, on retrouve une poignée d’enfants sur la corniche qui court le long du grenier du groupe scolaire, à une dizaine de mètres du sol. C’est Baptiste Lorrain qui a eu cette idée et qui a entraîné toute la bande en haut de l’immeuble pour un jeu qui mêle aventure, audace, danger, adrénaline. Si Pascal Ferrant n’avait pas touché l’épaule de Philippe Goubert et si les pieds de ce dernier ne s’étaient pas emmêlés, ce dernier ne se retrouverait pas les mains accrochées à la corniche. En quelque secondes, il voit son destin basculer… Mais la main secourable d’un pompier, suivi de la gifle retentissante de sa mère vont le ramener sur terre.
La vie autour du groupe scolaire Denis-Diderot peut dès lors reprendre son cours. Les parents se préoccuper de la vie de leurs voisins et leur progéniture faire du terrain vague au bord de la ligne de chemin de fer Paris-Bâle le cadre de leur émancipation et l’endroit où ils vont ériger leur cabane.
Jean-Philippe Blondel, en observateur attentif, va alors dévier des enfants à leurs parents et nous montrer combien ce microcosme – les enseignants et leurs époux ou épouses respectives – va se trouver au cœur des bouleversements d’une société qui n’a pas encore pris toute l’ampleur du mouvement initié par mai 68. Le patriarcat vacille, les principes rigides de l’enseignement vont soudain être traversés de voix discordantes, d’expériences nouvelles. Le jean et le tee-shirt s’invitent dans les garde-robes.
Après la coupure des vacances en famille, les envies d’émancipation se précisent. Alors que Gérard Lorrain rêve de ses prochains grands voyages, son épouse Janick grimpe les échelons de l’entreprise. Baptiste va sur ses quinze ans et prend la direction du collège. Charles Florimont se détache de sa Josée pour rêver à d’autres corps. Celui de Michèle Goubert ne lui déplairait pas. Mais avant cette grande escapade qui donne son titre au roman, il devra éteindre l’incendie provoqué par Reine Esposito. Un joli scandale qui rester dans les mémoires. Mais le point d’orgue de cette année particulière sera ce voyage à Paris dont je vous laisse découvrir les acteurs et le scénario.
C’est avec la palette d’un impressionniste que l’auteur nous raconte ce pays en train de basculer dans une société plus libre, plus ouverte. Par petites touches, il dépeint les courants encore en gestation qui vont déboucher sur une frénésie consumériste. Ayant partagé cette expérience du groupe scolaire – mon père était instituteur – j’ai aussi retrouvé dans ce livre une partie de mon enfance. Et ce joli parfum de nostalgie douce-amère.

La grande escapade
Jean-Philippe Blondel
Éditions Buchet Chastel
Roman
272 p., 18 €
EAN 9782283031506
Paru le 15/08/2019

Où?
Le roman se déroule en France, dans une région qui ne doit pas être très éloignée de Troyes où vit l’auteur.

Quand?
L’action se situe durant une année, de 1975 à 1976.

Ce qu’en dit l’éditeur
La Grande Escapade raconte l’enfance – un territoire que Jean-Philippe Blondel a jusqu’à présent refusé d’explorer dans ses romans. Les années 70, la province, l’école Denis-Diderot en briques orange, le jardin public, le terrain vague. Et surtout, les habitants du groupe scolaire. Cette troupe d’instits qui se figuraient encore être des passeurs de savoir et qui vivaient là, avec leurs familles.
1975-1976 ou des années de bascule : les premières alertes sérieuses sur l’état écologique et environnemental de la terre ; un nouveau président de droite qui promet de changer la société mais qui nomme Raymond Barre premier ministre ; les femmes qui relèvent la tête ; la mixité imposée dans les écoles…
Il y a les Coudrier, les Goubert, les Lorrain et les Ferrant ; il y a Francine, Marie-Dominique et Janick. Il y a des coups de foudre et des trahisons. De grands éclats de rire et des émotions. Tous les personnages sont extrêmement incarnés. On y est ! Dans l’ambiance et le décor. Et le lecteur peut suivre, page après page, Jean-Philippe Blondel qui nous fait faire le tour du propriétaire de ce monde d’hier.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com 
La Croix (Francine de Martinoir)
La Grande Parade (Serge Bressan)
L’Indépendant (Michel Litout)
Blog Fflo la dilettante
Blog mots pour mots (Nicole Grundlinger)
Blog Albertine22
Blog 31rst floor

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« L’affaire dite de la corniche
C’est à ce moment-là que Philippe Goubert se rend compte qu’il est vivant.
Il est suspendu à une douzaine de mètres du sol, les mains agrippées à la corniche qui court tout le long du grenier du groupe scolaire, ses amis lui jettent des regards anxieux depuis la lucarne derrière laquelle ils se sont réfugiés et sa mère est en train de piquer une crise de nerfs en contrebas tandis que le camion des pompiers arrive toutes sirènes hurlantes, couvrant la voix du chanteur français d’origine batave qui s’échappe par la fenêtre de la cuisine de Nicole Desplanques et prie qu’une dénommée Vanina ne le laisse pas seul au monde. La brise de ce juin 1975 s’infiltre sous son tee-shirt (Philippe aime le mot « tee-shirt », même s’il n’est pas très bien vu au sein de sa famille de l’utiliser, puisqu’il s’agit d’un anglicisme et que ces satanés Yankees vont bientôt coloniser notre langue comme ils annexent les territoires asiatiques et sud-américains, il serait mieux d’utiliser l’expression «maillot de corps», et tant pis si elle semble légèrement vieillotte et exhale des parfums de Deuxième Guerre mondiale et de colonies françaises) et Philippe Goubert comprend qu’il est sur le point de mourir, à dix ans à peine.
Il suffirait que ses doigts crispés et douloureux desserrent leur étreinte pour que son corps flotte un instant dans l’éther puis s’écrase dans l’allée du jardin public alors que sa mère tomberait cette fois carrément dans les pommes et que les pompiers se précipiteraient, mais trop tard, «on n’a rien pu faire, chef, le petit était déjà inerte».
Ce qui est sûr, pense-t il, c’est qu’on ne le reprendra plus à jouer à la pique sur les corniches du groupe scolaire. C’est Baptiste Lorrain, le meilleur ami de Philippe Goubert et son aîné d’un an, qui a eu cette idée saugrenue l’été dernier et toute la bande en a été émoustillée. Il faut dire que courir sur cette bordure de pierre d’un mètre de large qui longe les toits du bâtiment est exactement le type d’activité que recherchent les garçons : de l’aventure, de l’audace, du danger, de l’adrénaline, mais au sein d’un cadre familier. Et puis, tous ceux qui ont tenté l’expérience vous le diront: là-haut, quand on tutoie les cimes des arbres et qu’aucun édifice ne vient vous gâcher le soleil, on se sent le maître du monde. La seule chose à laquelle il faut évidemment prêter attention, c’est à ne pas trébucher quand votre camarade vous touche et que vous devenez à votre tour la pique, le loup ou l’un de ces noms dont on affuble celui qui a été plus lent que les autres et qui doit maintenant se venger. Or c’est justement ce qui s’est produit : Pascal Ferrant a touché l’épaule de Philippe Goubert dont les pieds se sont soudain emmêlés – en même temps il est tellement pataud, ce Philippe Goubert ! –, l’entraînant par-dessus bord. Il a tout de même eu l’instinct, au moment de sa chute, de se raccrocher à la corniche en poussant un hurlement de terreur, et ce au moment même où sa mère et Geneviève Coudrier débouchaient au coin de la rue, de retour du supermarché avec leurs cabas remplis à ras bord.
C’est donc là, entre ciel et terre, le regard accroché aux cumulus qui paressent, au milieu d’un invraisemblable tohu-bohu, que Philippe Goubert connaît sa première épiphanie. Il prend conscience des moindres parties de son corps, entend le sang qui bouillonne dans ses veines, ressent le périlleux engourdissement de ses doigts et assiste à la projection intérieure du très court film de son existence.
Curieusement, une fois le premier choc passé, il n’a pas peur – ce dont il est le premier à s’étonner, puisque tout le monde le décrit comme un trouillard de première. Il s’est vite résigné à l’idée qu’il va mourir, et il se plaît à croire qu’à décéder aussi jeune, il restera dans les mémoires du quartier. Les habitants du groupe scolaire gommeront ses défauts, arrondiront les angles, le rendront héroïque et exemplaire. Un jour, un de ses anciens voisins publiera un roman qui portera son nom (Philippe Goubert, un destin), sera édité dans la célèbre Bibliothèque Verte puis adapté en une de ces séries télévisées, rendez-vous incontournable du samedi après-midi. Les filles pleureront (surtout Nathalie Lespinasse), les garçons ravaleront leur salive et seront fiers de l’avoir connu. Ce sera beau. À ceci près que Goubert, dont les parents sont franchement anticléricaux, n’est pas du tout certain qu’il pourra assister à son apothéose. Le paradis, très peu pour lui. »

Extrait
« Non, ce qui le heurte c’est de se rendre compte qu’une fois les portes des logements de fonction refermées, les adultes portent des jugements pas seulement les uns sur les autres, ce qui paraît au fond tout à fait normal, mais aussi sur la progéniture de leurs voisins. Il est d’autant plus blessé que la critique provient de Janick Lorrain qui a toujours été, et de loin, un modèle pour lui – bien plus que sa propre mère ou que son père. Elle incarne à ses yeux la perfection – une alliance rare de douceur et de modernité. La façon dont elle s’exprime (cette voix calme et posée et les phrases affirmatives qui montent imperceptiblement en fin de proposition, se transformant presque en interrogatives), sa silhouette élancée et racée, l’élégance de ses tenues, ce monde extérieur qu’elle représente puisque elle, au moins, ne travaille pas dans le groupe scolaire – tout séduit Philippe, qui trouve sa mère bien plus quelconque, avec son rire tonitruant et contagieux, ses tenues parfois mal assorties et ses molaires en métal qui brillent au fond de ses gencives. Philippe a toujours secrètement mis Janick sur un piédestal et, même après la révélation de cette fin d’après-midi, il ne se résout pas à l’en faire descendre. » (p. 59)

À propos de l’auteur
Jean-Philippe Blondel est né en 1964. Marié, deux enfants, il enseigne l’anglais en lycée et vit près de Troyes, en Champagne-Ardenne. Il publie en littérature générale et en littérature jeunesse depuis 2003. (Source: Éditions Buchet Chastel)

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Des nouvelles fraîches chaque semaine

DEKOKER_Un_supermarche

En deux mots:
Une petite fille et une jeune femmes partent faire leurs courses au supermarché. De rayon en rayon, on va découvrir leurs envies, leurs désirs. Deux histoires et deux épilogues inattendus.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Un supermarché nommé désir
Charlotte Dekoker
Éditions Lamiroy
Nouvelle
50 p., 4 €
EAN : 9782875951014
Paru en novembre 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Une enfant, une femme : deux trajectoires dans un centre commercial. Un parcours haletant au cœur de leur imaginaire et de leur sensualité. Le lieu agit comme un révélateur sur les pans les plus radieux et les plus noirs de leurs personnalités. Il exacerbe leur audace. Elles prennent des risques. Seront-elles des proies ou des prédatrices ?

Ce que j’en pense
Il ne faut certes pas avoir lu Proust pour se faire une idée d’un opuscule, mais j’imagine que commencer cette chronique en citant À l’ombre des jeunes filles en fleurs devrait vous plaire. Car Mme Swann est une messagère idéale pour la belle initiative des éditions Lamiroy, sises en Belgique. Lorsqu’elle affirme « Mais c’est si ravissant ce petit opuscule, ce petit tract » elle ne fait qu’anticiper la naissance de ce feuilleton littéraire hebdomadaire.
La collection «Opuscule» se compose en effet de livrets de format 10 x 14 cm comportant chacun une nouvelle de 50 pages ou 5000 mots. Un supermarché nommé désir est le douxième volume à paraître depuis le 1er septembre 2017. Au prix de 4€ (+1€ de frais de port, si l’on choisit la formule d’abonnement proposée en ligne), on peut ainsi trouver chaque semaine une nouvelle nouvelle dans sa boîte aux lettres.
Que l’on soit addict aux livres ou que l’on souhaite s’offrir un petit quart d’heure d’évasion, voire encourager quelqu’un à lire ou encore offrir un cadeau original, on peut toujours trouver une raison d’avaler ces pastilles de littérature, dont la première des vertus est leur diversité. La deuxième, surtout destinée aux esprits curieux, est de nous offrir ainsi l’occasion de découvrir de nouvelles plumes, comme par exemple celle d’Eric Neirynck qui a présidé au lancement de la collection avec L’apostrophe Bukowski qui nous replonge en 1978 lorsque Bernard Pivot recevait l’écrivain américain passablement aviné ou encore celle d’Isabelle Wéry. Actrice, romancière et dramaturge, elle nous propose une leçon de séduction avec Fumer des Gitanes.
Mais je ne pouvais pour ma part pas passer à côté de Un supermarché nommé désir, la nouvelle signée Charlotte Dekoker qui vient de paraître, à la fois parce que je vous avais dit tout le bien qu’il fallait penser de son premier opus, Bière qui coule n’amasse pas mousse, paru l’an passé et parce qu’elle nous entraîne dans les rayons d’un supermarché. Moi qui, dans une autre vie, préside à la communication interne d’un grand groupe de distribution ne pouvait décemment pas ne pas lire l’histoire de cette fille perdue dans le grand magasin et de cette femme qui succombe à celui que Jacques Dutronc appelait dans une même chanson «le dragueur des supermarchés, le Don Juan des ménagères, le chéri des libres-services, l’amoureux des grandes surfaces.»
On va passer du parking à la galerie marchande, du rayon linge de maison à celui des produits frais,  puis aux fruits et légumes, à la boucherie… L’histoire de Mini et de Maxi se construit au fil des achats. Jusqu’au moment où il faut passer à la caisse. Sauf que cette fois, c’est le lecteur qui est payé en retour par une double chute que l’auteur a parfaitement su dissimuler. Bref, je vous promets un petit régal, un bonbon acidulé rose dehors mais bien noir dedans.


Présentation de la collection Opuscule dans le «6/8» © RTBF

Les critiques
Blog Lire est un plaisir, journal de chroniqueurs littéraires (Jacques Mercier)
L’Eventail (Corinne Le Brun, entretien avec l’auteur)

Appel aux nouvellistes
S’il vous arrive d’écrire des nouvelles, sachez que les éditions Lamiroy acceptent d’étudier ces dernières en vue de publication. Vous pouvez adresser votre texte, qui doit impérativement comporter +-5000 mots (ce qui représente généralement 10 à 11 pages en fichier Word) par courriel à info@opuscule.be
http://www.lamiroy.be

À propos de l’auteur
Charlotte Dekoker, chroniqueuse humoristique sur La 1ère-RTBF, est aussi écrivain. Elle a publié Bière qui coule n’amasse pas mousse en 2016. On la retrouve également comme animatrice de télévision en France, où elle a vécu une première vie professionnelle en tant que directrice d’une ONG. (Source : Éditions Lamiroy)

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Sauver les meubles

ZUFFEREY_Sauver_les_meubles
Logo_premier_romanLogo_68_premieres_fois_2017

En deux mots:
Un photographe chargé du catalogue d’un grand marchand de meubles va trouver un dérivatif en shootant des scènes porno.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Sauver les meubles
Céline Zufferey
Éditions Gallimard
Roman
240 p., 19 €
EAN : 9782072730382
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule vraisemblablement dans la région parisienne.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Photographe aux ambitions artistiques déçues, le narrateur est engagé par une entreprise de meubles pour réaliser des photos de catalogue. Humilié d’être obligé de mettre son talent au service de la consommation de masse, il cherche en vain du répit dans la compagnie de Nathalie, qui pose dans les décors qu’il photographie, ou dans celle d’un autre modèle, une fillette surnommée Miss KitKat, chaperonnée par son horrible mère. Il va se laisser tenter par la voie de la transgression quand un collègue lui proposera de participer au lancement d’un site pornographique à prétentions esthétiques…
Sauver les meubles est un roman de la solitude contemporaine. Le ton caustique du récit, souvent très cru et plein d’humour, décrit notre univers fait de faux-semblants, de clichés, de fantasmes. Dans un tel monde, est-il encore possible d’être libre?

Ce que j’en pense
Dans le monde de la communication, les apparences prennent souvent le pas sur la réalité. D’où l’émergence de communicants chargés de mettre en valeur des personnes, des idées, des objets. Les discours deviennent alors le plus lisse possible de peur de heurter qui que ce soit, les valeurs sont aseptisées et les objets sont «contextualisés», pour utiliser le jargon employé dans ces cabinets-conseil et agences de publicité. Car depuis des années, on vend la promesse de belles soirées entre amis plutôt qu’une table de jardin ou un barbecue, un paradis pour enfants plutôt qu’un lit et une armoire.
Céline Zufferey a choisi de nous montrer l’envers du décor, d’explorer les coulisses de la création du catalogue de l’un des plus grands marchands de meubles. Elle met en scène un photographe qui ne peut vivre de son art, «obligé de passer de l’autre côté pour payer mon studio et la maison de retraite de mon père, dans le camp de la photo fonctionnelle.» et se voit contraint d’accepter cet emploi au sein du département chargé du catalogue, pièce-maîtresse du plan marketing de l’enseigne. Après avoir fait connaissance de «l’équipe formidable» qui l’entoure, le voici à pied d’œuvre. En plein été, Voici venu le moment du catalogue de fin d’année: « L’œil dans le viseur, l’illusion est parfaite, impressionnante: je suis dans le salon d’un chalet, ce chalet se trouve à la montagne, entouré de sapins immenses et de neige épaisse. Je sentirais presque la chaleur des flammes dans la cheminée si j’arrivais à oublier le rugissement de la machine qui crache des flocons.
Je me rappelle les photos placardées sur les bus : des plans larges, bien droits, mettre en avant le produit, valoriser le tapis à poil court, trouver le meilleur profil de la table à cent trente-neuf euros. Je cherche le cadrage qui réveillera chez le badaud la fibre du consommateur. » Si le narrateur est frustré, il se plie pourtant aux règles et va même trouver en Nathalie, l’un des modèles chargés de vendre l’illusion, une alliée. De quoi agrémenter un quotidien très normé.
Parmi les autres employés, Christophe s’ennuie également. Mais a une idée qui pourra leur permettre de se distraire, tout en se faisant un peu d’argent: monter un site pornographique. Rendez-vous est pris avec des acteurs professionnels et très vite les photos du narrateur rencontrent leur public. Vient alors le moment où il faut expliquer à Nathalie la nature de ce second job. Mais de peur de la heurter, notre narrateur va préférer taire ses activités.
Reste l’intuition féminine ou plutôt la perception d’un changement de comportement. Quelque chose se détraque dans ce beau monde aussi artificiel que parfait. Par petites touches, en juxtaposant le travail du catalogue avec celui du studio X, l’auteur nous ouvre les yeux sur la brutale réalité: les règles qui président l’un sont les mêmes qui régissent l’autre univers. On ment, on embellit, on trompe son monde.
Jusqu’à se tromper soi-même?
Un premier roman sans concessions et qui démonter déjà un joli sens du rythme. On y sent la phrase travaillée et le souci constant de ne pas se perdre en fioritures. C’est plutôt réussi!

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)

Les critiques
Babelio 
Le Temps (Eléonore Sulser)
L’Humanité (Alain Nicolas)
Tribune de Genève (Caroline Rieder)
Le blog de Gilles Pudlowski 

Les premières pages du livre
« Les verres à eau, on les range au-dessus de l’évier.
Personne n’a l’idée de les mettre sous les plaques ou sous le four.
La place des verres est en hauteur, proche du point d’eau.
Dans le même placard, on range souvent les tasses.
Quant aux bols, ça dépend des caractères. Certains les placent avec les assiettes, d’autres avec les verres.
Mais on ne met pas les bols avec les casseroles. Ça ne se fait pas. Ça n’a pas été prévu comme ça.
Le rangement est pragmatique, instinctif.
Les cuisines équipées ont une place pour chaque chose.
„Ils me sourient. Je me force.
Non, je ne suis pas heureux d’intégrer cette « super équipe », de faire partie d’une « grande entreprise », de profiter « d’avantages exceptionnels ». Ils prétendent me mettre à l’aise, ils ont déjà oublié mon prénom. Je suis le nouveau, l’étranger : à moi de faire des efforts, de donner envie. J’ai sommeil, besoin d’une clope, envie d’être ailleurs. »

Extrait
« — OK, c’est bon.
Assistant me fait signe d’approcher. J’abandonne mon appareil comme j’ai abandonné la fontaine à eau.
— Bruno, arrête la neige. Et ouvre les fenêtres, on crève de chaud.
Pendant que Stagiaire démonte les murs, Sergueï-le-Styliste époussette le coussin.
Sur l’écran, mes photos brillent de mille LED. Le type, dont je ne me souviens plus de la fonction, examine mes clichés.
— Bien. C’est lisible, efficace.
Ouf.
Aux suivantes : « Perception de confort à travers aiguilles en plastique ».
— Elles sont marrantes.
Il appuie sur l’icône corbeille où elles disparaissent dans un bruit doux de papier froissé.»

À propos de l’auteur
Céline Zufferey est diplômée de la haute école des Arts de Berne en création littéraire. Sauver les meubles est son premier roman. (Source éditions Gallimard)

Page Facebook de l’auteur 

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  RLN2017

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