Des nouvelles fraîches chaque semaine

DEKOKER_Un_supermarche

En deux mots:
Une petite fille et une jeune femmes partent faire leurs courses au supermarché. De rayon en rayon, on va découvrir leurs envies, leurs désirs. Deux histoires et deux épilogues inattendus.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Un supermarché nommé désir
Charlotte Dekoker
Éditions Lamiroy
Nouvelle
50 p., 4 €
EAN : 9782875951014
Paru en novembre 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Une enfant, une femme : deux trajectoires dans un centre commercial. Un parcours haletant au cœur de leur imaginaire et de leur sensualité. Le lieu agit comme un révélateur sur les pans les plus radieux et les plus noirs de leurs personnalités. Il exacerbe leur audace. Elles prennent des risques. Seront-elles des proies ou des prédatrices ?

Ce que j’en pense
Il ne faut certes pas avoir lu Proust pour se faire une idée d’un opuscule, mais j’imagine que commencer cette chronique en citant À l’ombre des jeunes filles en fleurs devrait vous plaire. Car Mme Swann est une messagère idéale pour la belle initiative des éditions Lamiroy, sises en Belgique. Lorsqu’elle affirme « Mais c’est si ravissant ce petit opuscule, ce petit tract » elle ne fait qu’anticiper la naissance de ce feuilleton littéraire hebdomadaire.
La collection «Opuscule» se compose en effet de livrets de format 10 x 14 cm comportant chacun une nouvelle de 50 pages ou 5000 mots. Un supermarché nommé désir est le douxième volume à paraître depuis le 1er septembre 2017. Au prix de 4€ (+1€ de frais de port, si l’on choisit la formule d’abonnement proposée en ligne), on peut ainsi trouver chaque semaine une nouvelle nouvelle dans sa boîte aux lettres.
Que l’on soit addict aux livres ou que l’on souhaite s’offrir un petit quart d’heure d’évasion, voire encourager quelqu’un à lire ou encore offrir un cadeau original, on peut toujours trouver une raison d’avaler ces pastilles de littérature, dont la première des vertus est leur diversité. La deuxième, surtout destinée aux esprits curieux, est de nous offrir ainsi l’occasion de découvrir de nouvelles plumes, comme par exemple celle d’Eric Neirynck qui a présidé au lancement de la collection avec L’apostrophe Bukowski qui nous replonge en 1978 lorsque Bernard Pivot recevait l’écrivain américain passablement aviné ou encore celle d’Isabelle Wéry. Actrice, romancière et dramaturge, elle nous propose une leçon de séduction avec Fumer des Gitanes.
Mais je ne pouvais pour ma part pas passer à côté de Un supermarché nommé désir, la nouvelle signée Charlotte Dekoker qui vient de paraître, à la fois parce que je vous avais dit tout le bien qu’il fallait penser de son premier opus, Bière qui coule n’amasse pas mousse, paru l’an passé et parce qu’elle nous entraîne dans les rayons d’un supermarché. Moi qui, dans une autre vie, préside à la communication interne d’un grand groupe de distribution ne pouvait décemment pas ne pas lire l’histoire de cette fille perdue dans le grand magasin et de cette femme qui succombe à celui que Jacques Dutronc appelait dans une même chanson «le dragueur des supermarchés, le Don Juan des ménagères, le chéri des libres-services, l’amoureux des grandes surfaces.»
On va passer du parking à la galerie marchande, du rayon linge de maison à celui des produits frais,  puis aux fruits et légumes, à la boucherie… L’histoire de Mini et de Maxi se construit au fil des achats. Jusqu’au moment où il faut passer à la caisse. Sauf que cette fois, c’est le lecteur qui est payé en retour par une double chute que l’auteur a parfaitement su dissimuler. Bref, je vous promets un petit régal, un bonbon acidulé rose dehors mais bien noir dedans.


Présentation de la collection Opuscule dans le «6/8» © RTBF

Les critiques
Blog Lire est un plaisir, journal de chroniqueurs littéraires (Jacques Mercier)
L’Eventail (Corinne Le Brun, entretien avec l’auteur)

Appel aux nouvellistes
S’il vous arrive d’écrire des nouvelles, sachez que les éditions Lamiroy acceptent d’étudier ces dernières en vue de publication. Vous pouvez adresser votre texte, qui doit impérativement comporter +-5000 mots (ce qui représente généralement 10 à 11 pages en fichier Word) par courriel à info@opuscule.be
http://www.lamiroy.be

À propos de l’auteur
Charlotte Dekoker, chroniqueuse humoristique sur La 1ère-RTBF, est aussi écrivain. Elle a publié Bière qui coule n’amasse pas mousse en 2016. On la retrouve également comme animatrice de télévision en France, où elle a vécu une première vie professionnelle en tant que directrice d’une ONG. (Source : Éditions Lamiroy)

Page Facebook de l’auteur 

Commandez le livre ou abonnez-vous à «Opuscule»:

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Sauver les meubles

ZUFFEREY_Sauver_les_meubles
Logo_premier_romanLogo_68_premieres_fois_2017

En deux mots:
Un photographe chargé du catalogue d’un grand marchand de meubles va trouver un dérivatif en shootant des scènes porno.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Sauver les meubles
Céline Zufferey
Éditions Gallimard
Roman
240 p., 19 €
EAN : 9782072730382
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule vraisemblablement dans la région parisienne.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Photographe aux ambitions artistiques déçues, le narrateur est engagé par une entreprise de meubles pour réaliser des photos de catalogue. Humilié d’être obligé de mettre son talent au service de la consommation de masse, il cherche en vain du répit dans la compagnie de Nathalie, qui pose dans les décors qu’il photographie, ou dans celle d’un autre modèle, une fillette surnommée Miss KitKat, chaperonnée par son horrible mère. Il va se laisser tenter par la voie de la transgression quand un collègue lui proposera de participer au lancement d’un site pornographique à prétentions esthétiques…
Sauver les meubles est un roman de la solitude contemporaine. Le ton caustique du récit, souvent très cru et plein d’humour, décrit notre univers fait de faux-semblants, de clichés, de fantasmes. Dans un tel monde, est-il encore possible d’être libre?

Ce que j’en pense
Dans le monde de la communication, les apparences prennent souvent le pas sur la réalité. D’où l’émergence de communicants chargés de mettre en valeur des personnes, des idées, des objets. Les discours deviennent alors le plus lisse possible de peur de heurter qui que ce soit, les valeurs sont aseptisées et les objets sont «contextualisés», pour utiliser le jargon employé dans ces cabinets-conseil et agences de publicité. Car depuis des années, on vend la promesse de belles soirées entre amis plutôt qu’une table de jardin ou un barbecue, un paradis pour enfants plutôt qu’un lit et une armoire.
Céline Zufferey a choisi de nous montrer l’envers du décor, d’explorer les coulisses de la création du catalogue de l’un des plus grands marchands de meubles. Elle met en scène un photographe qui ne peut vivre de son art, «obligé de passer de l’autre côté pour payer mon studio et la maison de retraite de mon père, dans le camp de la photo fonctionnelle.» et se voit contraint d’accepter cet emploi au sein du département chargé du catalogue, pièce-maîtresse du plan marketing de l’enseigne. Après avoir fait connaissance de «l’équipe formidable» qui l’entoure, le voici à pied d’œuvre. En plein été, Voici venu le moment du catalogue de fin d’année: « L’œil dans le viseur, l’illusion est parfaite, impressionnante: je suis dans le salon d’un chalet, ce chalet se trouve à la montagne, entouré de sapins immenses et de neige épaisse. Je sentirais presque la chaleur des flammes dans la cheminée si j’arrivais à oublier le rugissement de la machine qui crache des flocons.
Je me rappelle les photos placardées sur les bus : des plans larges, bien droits, mettre en avant le produit, valoriser le tapis à poil court, trouver le meilleur profil de la table à cent trente-neuf euros. Je cherche le cadrage qui réveillera chez le badaud la fibre du consommateur. » Si le narrateur est frustré, il se plie pourtant aux règles et va même trouver en Nathalie, l’un des modèles chargés de vendre l’illusion, une alliée. De quoi agrémenter un quotidien très normé.
Parmi les autres employés, Christophe s’ennuie également. Mais a une idée qui pourra leur permettre de se distraire, tout en se faisant un peu d’argent: monter un site pornographique. Rendez-vous est pris avec des acteurs professionnels et très vite les photos du narrateur rencontrent leur public. Vient alors le moment où il faut expliquer à Nathalie la nature de ce second job. Mais de peur de la heurter, notre narrateur va préférer taire ses activités.
Reste l’intuition féminine ou plutôt la perception d’un changement de comportement. Quelque chose se détraque dans ce beau monde aussi artificiel que parfait. Par petites touches, en juxtaposant le travail du catalogue avec celui du studio X, l’auteur nous ouvre les yeux sur la brutale réalité: les règles qui président l’un sont les mêmes qui régissent l’autre univers. On ment, on embellit, on trompe son monde.
Jusqu’à se tromper soi-même?
Un premier roman sans concessions et qui démonter déjà un joli sens du rythme. On y sent la phrase travaillée et le souci constant de ne pas se perdre en fioritures. C’est plutôt réussi!

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)

Les critiques
Babelio 
Le Temps (Eléonore Sulser)
L’Humanité (Alain Nicolas)
Tribune de Genève (Caroline Rieder)
Le blog de Gilles Pudlowski 

Les premières pages du livre
« Les verres à eau, on les range au-dessus de l’évier.
Personne n’a l’idée de les mettre sous les plaques ou sous le four.
La place des verres est en hauteur, proche du point d’eau.
Dans le même placard, on range souvent les tasses.
Quant aux bols, ça dépend des caractères. Certains les placent avec les assiettes, d’autres avec les verres.
Mais on ne met pas les bols avec les casseroles. Ça ne se fait pas. Ça n’a pas été prévu comme ça.
Le rangement est pragmatique, instinctif.
Les cuisines équipées ont une place pour chaque chose.
„Ils me sourient. Je me force.
Non, je ne suis pas heureux d’intégrer cette « super équipe », de faire partie d’une « grande entreprise », de profiter « d’avantages exceptionnels ». Ils prétendent me mettre à l’aise, ils ont déjà oublié mon prénom. Je suis le nouveau, l’étranger : à moi de faire des efforts, de donner envie. J’ai sommeil, besoin d’une clope, envie d’être ailleurs. »

Extrait
« — OK, c’est bon.
Assistant me fait signe d’approcher. J’abandonne mon appareil comme j’ai abandonné la fontaine à eau.
— Bruno, arrête la neige. Et ouvre les fenêtres, on crève de chaud.
Pendant que Stagiaire démonte les murs, Sergueï-le-Styliste époussette le coussin.
Sur l’écran, mes photos brillent de mille LED. Le type, dont je ne me souviens plus de la fonction, examine mes clichés.
— Bien. C’est lisible, efficace.
Ouf.
Aux suivantes : « Perception de confort à travers aiguilles en plastique ».
— Elles sont marrantes.
Il appuie sur l’icône corbeille où elles disparaissent dans un bruit doux de papier froissé.»

À propos de l’auteur
Céline Zufferey est diplômée de la haute école des Arts de Berne en création littéraire. Sauver les meubles est son premier roman. (Source éditions Gallimard)

Page Facebook de l’auteur 

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  RLN2017

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