Une immense sensation de calme

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En deux mots:
La narratrice de ce roman aussi rude que poétique, va tenter de survivre dans une nature hostile. En suivant Igor, elle va tenter de conjurer la guerre, la maladie et la noirceur des âmes.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

«Le jeu des feuilles a traversé l’oubli»

Dans un premier roman qui sonde les âmes dans une nature hostile, Laurine Roux nous livre un superbe conte où la brutalité et l’instinct de survie se mêlent à la poésie et aux légendes.

Pour cette chronique, je souhaite commencer par rendre hommage à un auteur que je n’ai pas lu, mais qui est à l’origine d’une très belle initiative, le blog intitulé Le Off des auteurs et qui s’attache à demander aux auteurs en tous genres de raconter la genèse de leur livre. Cédric Porte a ainsi demandé à Laurine Roux de se prêter à l’exercice. Elle nous apprend ainsi que des amis de Sofia l’ont entraînée dans une équipée vers la Mer Noire, plus précisément à Irakli Beach. « On dort dans les bois, passe la journée sur la plage. Le temps ralentit, à l’image des pas dans le sable. Petit à petit, un état d’abandon me gagne. Une perméabilité aux éléments, jusqu’à ce bain de minuit au milieu du plancton luminescent. Le ciel se confond à la mer, le pelagos aux étoiles, et la nudité du corps dans cette immensité brute, magique et primordiale fait de ce moment une épiphanie. Le lendemain, l’instant continue d’irradier. Kyro, l’un des amis, reste longtemps face à la mer. Ses cheveux forment des figures géométriques variables avec le vent. Il semble s’effacer. Rentrée en France, cette image ne me quitte pas. Elle contient une puissance et un hors-champ dont je ne sais que faire. Je perçois qu’il est question de porosité entre la vie et la mort, l’homme et la nature, mais surtout que cette silhouette augure la possibilité d’une disparition sereine. J’écris une trentaine de pages, uniquement descriptives. Petit à petit, les contours de Kyro s’estompent. Un personnage prend chair, un espace s’ouvre. Igor et la taïga. »
Et effectivement ce qui frappe d’abord en lisant ce livre, c’est que la nature y joue les premiers rôles, personnage à part entière comme dans les livres de nature writing, comme disent les américains. Ici la nature est rude, le climat difficile, les éléments hostiles. Mais en même temps, c’est cette même nature qui livre les clés pour survivre et qui sert de grand ordonnateur. C’est ainsi qu’à la sortie de la saison froide la chasse et la pêche reprennent leurs droits. Quand la narratrice – dont on ne saura pas le nom – va relever ses nasses, elle croise un Igor. « Il répond à des instincts. De même qu’on ne demande pas à un renard pourquoi il creuse un terrier, on ne peut exiger d’Igor qu’il explique pourquoi courir dans cette direction plutôt qu’une autre. Il en est incapable. C’est un animal. J’aurais pu le deviner dès ce premier jour. » Presque sans échanger un mot, elle va le suivre comme une évidence. Jusqu’à l’Invisible, jusqu’à l’hiver. Jusqu’à cette nuit où il part dans l’obscurité avec son ami Tochko. « Lors de cette nuit, je découvre l’importance du renoncement. Je comprends qu’il faudra oublier l’inquiétude et les explications. Les minutes qui passeront seront mes compagnes. Les heures et les jours, des frères d’attente. Je les remplirai de jeux en attendant son retour. Car à chaque fois il reviendra. À cela non plus il n’y aura pas d’explication. Alors je me rendors dans la vapeur d’os et de viande. »
Alors que le froid commence à percer les vêtements, on va découvrir petit à petit le passé de ce petit groupe de personnes, comprendre qu’une guerre a laissé des traces indélébiles depuis un demi-siècle, que ceux qui vivent là sont des survivants qui ne peuvent que se rattacher à la nature et aux légendes. Ces histoires qui parsèment le récit et lui confère une dimension aussi poétique que mystique : « Chaque deuxième lune de l’automne, au moment où les arbres décharnés tapissaient le sol de feuilles orange et rouges, elle allumait un feu dans la cheminée, posait le pot de sel à ses pieds et se mettait à chanter. Elle s’adressait aux esprits du Grand-Sommeil et leur demandait de venir écouter ce qu’elle avait à leur dire. Elle chantait jusqu’à ce qu’ils arrivent. Alors elle s’arrêtait et fermait ses paupières, sa voix devenait profonde et basse. Elle leur demandait de prendre soin d’Ama qui avait disparu trop tôt; de lui apporter un peu de joie car elle n’en avait pas suffisamment eu; ensuite, elle chargeait les esprits de lui transmettre de nos nouvelles. Quand elle était sûre qu’ils écoutaient, elle racontait l’année qui venait de s’écouler. Le travail de la terre, les récoltes, les maladies. Puis elle rassurait Ama à mon sujet, se réjouissait que je devienne une robuste et honnête jeune fille. Elle n’oubliait jamais de rapporter les naissances, les morts et les mariages. Cela durait jusque tard dans la nuit. Baba ne voulait omettre aucun détail. Enfin, quand elle estimait que c’était assez, elle prenait une poignée de sel et la jetait dans le feu. Si les grains devenaient étincelles, les esprits acceptaient de transmettre le message. Elle en jetait encore une. Chaque grain contenait l’un des mots qu’elle avait prononcés. Ainsi, les messagers pouvaient les faire passer dans le monde du Grand-Sommeil. De minuscules langues de lumière crépitaient dans la nuit avant de se volatiliser dans l’au-delà. Lorsqu’elle avait fini, elle me faisait venir à côté d’elle et me caressait la tête. Il me semblait que sa paume, constellée de résidus de sel, contenait toute la voûte céleste. J’étais dedans et dehors à la fois. »
Avec une plume ciselée dans le bois et le sang, dans la neige et la cendre, Laurine Roux va nous offrir le passé des personnages nés dans un monde cruel, celui d’Igor mais aussi celui de la narratrice et de ses parents. Et comme tout ce beau roman est construit sur les contradictions, les antagonismes, on ne sera pas étonné de voir la nature qui ne pardonne rien offrir de quoi guérir les maux. Ni de constater que dans un univers aussi oppressant des valeurs telles que la transmission et la solidarité vont aussi trouver leur place. Parce que le désespoir n’est jamais sûr…

Une immense sensation de calme
Laurine Roux
Éditions du sonneur
Roman
128 p., 15 €
EAN : 9782373850765
Paru en janvier 2018

Ce qu’en dit l’éditeur
Alors qu’elle vient d’enterrer sa grand-mère, une jeune fille rencontre Igor. Cet être sauvage et magnétique, presque animal, livre du poisson séché à de vieilles femmes isolées dans la montagne, ultimes témoins d’une guerre qui, cinquante ans plus tôt, ne laissa aucun homme debout, hormis les «Invisibles», parias d’un monde que traversent les plus curieuses légendes.
Au plus noir du conte, Laurine Roux dit dans ce premier roman le sublime d’une nature souveraine et le merveilleux d’une vie qu’illumine le côtoiement permanent de la mort et de l’amour.

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog du petit carré jaune (Sabine Faulmeyer)
Blog Mes écrits d’un jour (Héliéna Gas)

Les autres critiques
Babelio 
Remue.net (Jacques Josse)
Causeur.fr (Jérôme Leroy)
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog de Marc Villemain (éditeur de Laurine Roux)

Les premières pages du livre:
À présent il faut que je raconte comment Igor est entré dans ma vie. C’était la fin de la saison froide, j’avais passé l’hiver dans la maison des frères Illiakov.
Un matin, un homme arrive près du lac où je ramasse les nasses. C’est lui. À une centaine de pas de moi, il s’immobilise. Un oiseau aux ailes larges traverse le ciel, Igor sourit. Mille ans de solitude et de détermination frémissent à ses lèvres. Il se tient au bas de la falaise et regarde là où les hommes ne peuvent aller. Je le vois se plaquer à la paroi. Sa main est grise comme le caillou, son esprit dur comme le calcaire. J’ai l’impression qu’il va être avalé par la montagne, appelé par ses rondeurs de femme. Lui la comprend avec ses doigts. Bientôt ils évoluent ensemble, amants sauvages que la nature réunit clandestinement.
Igor n’est pas un homme. Il répond à des instincts. De même qu’on ne demande pas à un renard pourquoi il creuse un terrier, on ne peut exiger d’Igor qu’il explique pourquoi courir dans cette direction plutôt qu’une autre. Il en est incapable. C’est un animal. J’aurais pu le deviner dès ce premier jour. Tout était déjà inscrit dans ce corps-à-corps avec la roche. J’aurais également pu me douter que beaucoup de mes questions resteraient sans réponse.
Il grimpe le long de la falaise. Ne regarde pas en bas. Son esprit se disperse dans chacune de ses cellules, condensé dans l’effort, sans aucun autre but que celui de former le geste pur. Bientôt mon corps est secoué, aspiré vers le sien. Mais Igor continue à monter sans se préoccuper de moi. Alors je sais. Il faudra attendre. Je ne serai pas seule. Il y aura les algues et le vent. Les cristaux, la glace et le sang. La terre est sa couche, la pierre sa maîtresse. À l’image des animaux qui n’ont pas de partenaire d’élection, Igor fait feu de tout bois. Pour lui, l’amour est partout. Quand il passe une journée à couper des bûches, son corps entier tend vers la matière. On peut parler d’amour. Mais je crois, après tant d’années, que le mot n’est pas complètement juste. Dans son cas, le désir provoque des arrêts et des observations. Il examine, explore. Son amour est pareil à la glace qui brûle à force de froid. »

Extraits
« C’est à peu près à cette époque que je suis allée habiter chez Baba. Apa ne pouvait plus s’occuper de moi. Depuis que nous n’allions plus à l’hôpital, il avait les yeux de plus en plus rouges et mouillés. Petit à petit il s’était transformé en tas de feuilles mortes. Jusqu’à être complètement mort.
Cela fait longtemps que je n’ai pas pensé à Ama et Apa. Ils sont rangés dans ma tête comme de vieux habits d’un autre temps qu’on a fini par délaisser. Et un jour, sans trop savoir pourquoi, on les retrouve au fond de l’armoire. Le temps les a abîmés. Ils sentent le renfermé. Mais quelque chose reste intact à travers les ans. Le jeu des feuilles a traversé l’oubli. Si j’arrive à marcher uniquement sur les brunes, peut-être qu’Igor reviendra ? Mais je ne suis plus une petite fille. Il faut être raisonnable. Ama n’a pas guéri. Alors j’arrête de jouer. »

« Les deux femmes se jaugèrent. Puis Kolia déposa les fruits dans sa robe et, quand elle eut fini, attrapa une pomme. Lorsqu’elle mordit dedans, le jus coula le long de son menton, dégoulina dans son cou, sur son ventre et son sexe pour finir dans l’eau, traçant un chemin de désir qui disparut dans le courant. L’insolente beauté provoquait la vieillesse. Grisha continua à la dévisager avec froideur. Au début du troisième mois, l’aïeule attendit, à découvert devant le mélèze. Kolia remontait le cours de l’eau et s’arrêta au niveau du panier. Elle observa un moment la vieille qui n’était pas à sa place habituelle puis, après quelques secondes, prit les fruits et s’en alla. Cela dura trente jours. Le quatrième mois, la vieille Grisha resta à mi-chemin. Le cinquième, à quelques pas. Chaque mois elle se rapprochait, jusqu’au neuvième où elle se posta à côté du panier. Kolia finit par arriver, son ventre distendu par la grossesse aussi ferme que la peau des fruits.
Les deux femmes se trouvaient si proches qu’elles auraient pu se toucher. Mais ni l’une ni l’autre ne s’y risquèrent. Et chaque jour de ce dernier mois elles se contentèrent de rester l’une et l’autre à portée de main, s’examinant avec défiance. Kolia glougloutait en avalant les pommes et Grisha, dont le corps était devenu sec, contemplait sa voracité. Qui les eût aperçues de loin eût pu croire à une mère venant nourrir sa fille. Car au terme de ces neuf mois, on pouvait dire que les deux femmes s’étaient inextricablement liées, chacune ayant fini par apprivoiser l’autre. »

À propos de l’auteur
Née en 1978, Laurine Roux vit dans les Hautes-Alpes où elle est professeur de lettres modernes. (Source : Éditions du Sonneur)

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La belle n’a pas sommeil

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En deux mots:
Antoine a ouvert une bouquinerie dans une forêt du Médoc, non loin de la plage. Sa vie tranquille va être bousculée avec l’arrivée d’une conteuse blonde aussi merveilleuse qu’insaisissable.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

La bouquinerie (presque) perdue

La plume joyeuse et mélancolique d’Éric Holder fait merveille dans ce nouveau roman du Médoc, sur les pas d’Antoine, un bouquiniste anachorète.

Avant d’être une histoire, ce beau roman est une géographie. Celle essinée par les forêts et les plages, les villages et les hameaux du Médoc où vit Éric Holder et où il aime situer ses romans. L’épicentre de ce nouvel opus est situé dans un endroit que les GPs auront de la peine à localiser, au fond d’une forêt, mais d’où l’on peut entendre les vagues venant mourir sur la grève. C’est dans ce coin bien caché qu’Antoine – contrairement à toute logique commerciale – a monté sa bouquinerie. Une sorte de paradis réservé aux initiés ou aux touristes aventureux, mais un endroit éminnement sympathique où l’on peut lire en toute quiétude. Ce qui tient du petit miracle, c’est que ces solitaires, ces marginaux, ces amateurs éclairés finissent par former une communauté «ne réclamant qu’une seule chose: la paix, la paix épaisse, confortable, soporifique. Les meilleurs jours, je me persuade que ce sont notre nombre, notre poids, notre silence qui pèsent sur la terre, freinant sa vitesse, la retenant par les cheveux, l’empêchant de tourner follement. »
Si la vente des livres ne suffit pas à le faire vivre, Antoine a trouvé un complément en livrant des caisses d’ouvrages restaurés par ses soins et recouverts de papier cristal et qui serviront à décorer les bibliothèques vendues pour donner un cachet intellectuel aux appartements des acheteurs. Mais après tout, Antoine ne se formalise pas de ce détournement, lui qui a choisi de se déconnecter «Juste la nature et lui. – Into the wild –. Se confronter au vide, le meubler, l’habiter, le vaincre. »
On apprendra à la fin du livre les circonstances qui l’on conduit à quitter Montreuil et pourquoi son activité tient de la mission sacrée: « Les livres m’ont sauvé la vie, depuis je sauve la leur. J’appellerais plutôt ça un remboursement, une gratitude, un sacerdoce.»
En retrait du monde et déconnecté, il n’en est pas pour autant misanthrope mais anachorète. Il aime les gens mais craint leur nombre. Autant dire qu’il trouve dans les clients de passage et les quelques habitants qu’il croise de quoi satisfaire son besoin de sociabilité. Jusqu’à ce jour béni où Lorraine, une conteuse blonde, débarque dans cet univers qui semble construit pour elle.
C’est peu de dire qu’elle va semer le trouble auprès de tous les mâles du lieu, à commencer par Antoine. En tant que fournisseur officiel d’histoires, il imagine que cette la belle n’aura d’yeux que pour lui. Qu’à l’image de l’un des contes qu’elle raconte à un public conquis, elle est cette « déesse blonde qui s’était généreusement penchée au-dessus d’eux, leur proposant, dans l’éclat d’yeux islandais où frémissaient des coquelicots, une compréhension magique, poétique du monde. Puisqu’elle-même existait, il fallait bien que tout cela fût vrai. »
Et si Lorraine finit dans la couche d’Antoine, elle est bien trop indépendante pour y rester… « Se faire larguer n’est jamais agréable. A partir d’un certain âge, cela dessine crûment le chemin vers le lieu où nous avons tous rendez-vous, seuls, à minuit. »
Je vous laisse découvrir les épisodes suivants, la jalousie, la déprime, l’espoir renaissant, le jugement sur les qualités et défauts de ses voisins et amis pour ne garder que cette parenthèse enchantée. Un joli rêve un peu mélancolique que je vous invite à partager.

La belle n’a pas sommeil
Éric Holder
Éditions du Seuil
Roman
224 p., 18 €
EAN : 9782021363326
Paru le 4 janvier 2018

Ce qu’en dit l’éditeur
Une presqu’île qui s’avance sur l’Océan, on y devine le Médoc venteux et ensoleillé de tous les derniers livres d’Éric Holder. L’intérieur de la presqu’île est boisé. Dans une grange au milieu de la végétation épaisse, Antoine a installé sa bouquinerie. L’endroit est quasi introuvable, et, sans l’intervention d’une mystérieuse madame Wong, le libraire crèverait de faim.
Antoine paraît heureux dans sa tanière. Il caresse ses spécimens, les habille de papier cristal, nourrit ses chats, s’interroge sur un voleur qui lui chaparde des livres, toujours du même auteur. C’est alors que déboule la blonde Lorraine, une conteuse professionnelle qui tourne de ville en ville. Antoine est vieux, aime se coucher à heure fixe : la belle n’a pas sommeil.
Ce sera donc l’histoire d’une idylle saisonnière, mais de celles qui laissent sous la peau des échardes cuisantes. Qui a dit que la campagne était un endroit tranquille ? Dans une langue merveilleusement ouvragée, Holder décrit un monde à la fois populaire et marginal, profondément singulier, qu’il connaît comme personne. Le sien.
Éric Holder est passé maître dans l’art du roman bref, brillant et ciselé. Après La Baïne, Bella Ciao et La Saison des Bijoux, il installe pour la quatrième fois son chevalet et sa palette dans ce Sud-Ouest où il vit.

Les critiques
Babelio 
20 Minutes (2 minutes pour choisir)
Benzinemag (Delphine Blanchard)
Blog Médiapart (Franck Bart)
Blog Danactu-résistance
France Bleu (émission Place des grands hommes – Rodolphe Martinez et Jean-Michel Plantey )

Les premières pages du livre
« Supposons qu’en été, fatigué de la plage, ou bien en hiver, coincé sur la presqu’île battue par la pluie, vous décidiez de visiter un endroit insolite dont on vous a parlé. Au milieu de la forêt, une librairie d’occasion, une bouquinerie dont les bacs, à l’entrée, semblent n’attirer la convoitise que des chevreuils, des corbeaux. On vous en aura parlé puisqu’aucune indication ne la signale, aucune publicité, pas de panneau.
Il s’agit d’une fermette basse, disposée en L. L’intérieur, refait à neuf, procure le sentiment d’arriver en plein match derrière les tribunes ou au-dessus des gradins.
Des milliers de livres montrent leur dos, du sol au plafond, tandis que des échelles figurent les allées centrales.
Deux fenêtres donnent depuis l’entrée, de ce côté du bâtiment, sur une grande portion de lande, une friche revenue à l’état de nature, et qu’un tracteur tond deux fois l’an. Puis c’est la lisière de bois noirs sous les écailles vertes que le vent écarte. De hauts chênes semblent y monter la garde, bras croisés.
Plus loin s’enchevêtre la végétation caractéristique des terres humides et sableuses, saules, acacias, fougères, entre des périodes d’arbres bientôt indistincts à force d’être emmêlés. On les nomme « chablis ». Sous le fouet des branches basses, des chasseurs y perdent leur chien dans l’eau qui monte jusqu’aux genoux.
Cependant vous avez décidé d’y aller. Ce sera l’occasion d’une promenade à bicyclette, en voiture… Peut-être afin de dénicher une belle édition, un grimoire, un ouvrage peu connu, ou bien pour retrouver des titres sous des couvertures naguère familières – « Alice », « Les Six Compagnons » en Hachette Bibliothèque verte. Au fait, si nous emmenions les enfants ? Venez par ici, bande de loustics. Ça vous sortirait.
À moins que vous vouliez simplement satisfaire votre curiosité. Ceux qui la connaissent se targuent d’y avoir été, prennent des mines d’explorateurs. Est-ce qu’elle existe, au moins, cette bouquinerie ?
Le coeur de la presqu’île, non content de verdir et de s’épaissir à mesure qu’on y avance, présente, généreux, de plus en plus de chemins pour tâcher de s’en sortir.
Peu comportent d’indications, à quoi, à qui bon ? Qui renseigner par ici ? Quel étranger s’aventurerait, porteur d’une fragile adresse, dans ce delta, un réseau de crastes – mi-fossés, mi-canaux – que recouvre mal, à cette heure, celui des GPS ?
Les seuls personnages dans le paysage, comme sur les gravures du XVIIe siècle, sont incarnés par des ouvriers isolés de loin en loin, penchés au-dessus de la vigne.
– Allez donc voir à la mairie, si elle est ouverte. Ils sauront vous dire là-bas… »

Extrait
« Le même soir, j’ai rendez-vous avec la boulangère. Marie habite, à l’extérieur du village, une réplique de ces cabanes tchanquées qu’on voit au bassin d’Arcachon, une maison de bois un peu coloniale dont les pilots sont fiches en terre plutôt que dans l’eau, et peinte en bleu ciel man’n, en bleu de pêcherie écaillé. Je m’y rends à bicyclette. Marie, s’il pleut, me ramènera. Le jaune espagnol du couchant, griffé de lignes noires illisibles, distrait du chemin jusqu’à ce qu’y déboulent, par surprise, de nouvelles bourrasques.
C’est exprès que Marie demeure à l’écart du bourg. Dès le magasin fermé, son temps n’appartient plus qu’à elle, qui le défend farouchement. Ne plus voir personne, ne plus entendre quiconque. En compagnie, elle aussi, de chats, lire des romans contemporains, les annoter, de là passer au journal intime, sa colonne vertébrale, puis aux journaux tout court, qu’elle dépouille avec une grâce nonchalante en croquant des amandes.
La scène se passe au milieu d’un lit rembourré de puissants oreillers, baignée par les lumières successives du jour, du soir, de la lampe de chevet. Je suis le seul, dit-elle, capable de lire aussi longtemps à ses côtés. Le seul à sentir le moment exact où elle commence d’avoir faim celui de jaillir du campement pour gagner la cuisine, qu’elle aime italienne. » (p. 49)

À propos de l’auteur
Éric Holder est passé maître dans l’art du roman bref, brillant et ciselé. Après La Baïne, Bella Ciao et La Saison des Bijoux, il installe pour la quatrième fois son chevalet et sa palette dans ce Sud-Ouest où il vit. (Source : Éditions du Seuil)

Site Wikipédia de l’auteur 

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Focus Littérature

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Une fille, au bois dormant

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En deux mots
Bérénice a l’impression que sa vie passe à côté d’elle. Alors qu’elle vient d’accoucher, on lui retire des dossiers au sein de son agence de com. Comment fera-t-elle entendre sa voix ?

Ma note
★ ★ ★ ★ (j’ai adoré)

Une fille au bois dormant
Anne-Sophie Monglon
Éditions du Mercure de France
Roman
192 p., 17 €
EAN : 978-2-7152-4529-7
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule principalement à Paris.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Ton sommeil c’est d’abord ça, la tentation d’être ailleurs, l’obsession par moments, à d’autres la dispersion, l’engagement comme un mot abstrait, le voyage dans le passé, le futur, le vague, le refuge dans la forêt.
Lorsque Bérénice Barbaret Duchamp, 33 ans, cadre dans une grande entreprise de communication, rentre de congé maternité, elle sent qu’on la regarde différemment. En son absence, des changements notables ont eu lieu. Progressivement elle est mise à l’écart.
Bérénice, qui n’a jamais cherché à être en première ligne ou dans la lumière, aurait tendance à accepter la situation, comme anesthésiée. Mais son mari et son amie Clara la secouent : elle doit se battre ! À la faveur d’un stage de développement personnel – « placer sa voix pour trouver sa voie » –, elle se lie d’amitié avec Guillaume, le formateur musicien. Chez le jeune homme, elle décèle un possible alter ego. Cette rencontre, conjuguée avec les sollicitations toujours plus urgentes de son nourrisson, lui donnera peut-être la volonté de se réveiller.
Avec ce premier roman, Anne-Sophie Monglon peint la trajectoire d’une femme moderne confrontée à la violence du monde du travail, qui tente de se réapproprier sa propre vie et de lui donner un sens.

Ce que j’en pense
« Il y a ce conte qu’on connaît tous. Une jeune fille, à la suite d’une malédiction, tombe en sommeil. Son évanouissement n’ôte cependant pas les couleurs vives de son teint, ses joues sont incarnates et ses lèvres comme du corail. Cette jeune fille, c’est BBD, la Belle au bois dormant, et BBD c’est aussi toi, Bérénice Barbaret Duchamp, trente-trois ans, cadre moyenne, mariée, un nourrisson, flottant depuis près de vingt ans dans un sommeil singulier. » Pour son premier roman, Anne-Sophie Monglon revisite le conte de la Belle au bois dormant, mais dans une version XXIe siècle. C’est au moment où elle aurait pu – dû ? – croquer la vie à pleines dents que Bérénice est victime de la malédiction. Le bac en poche, elle préfère s’effacer pour que Luc, son amoureux, ne lui reproche pas de le détourner de ses objectifs scolaires. Au fil des années et malgré des études brillantes, un emploi dans une grande agence de com et un mari architecte, elle va rester en retrait, reproduisant un schéma bien ancré : « Toutes ces femmes, on leur a appris à mettre en sommeil leurs aspirations. Et elles ont été consentantes, ont préféré rester au chaud plutôt que lutter. C’était le prix à payer, ont-elles cru, pour être acceptées dans un monde d’hommes. »
Et ce n’est sans doute pas sa récente grossesse qui va la réveiller. Après la naissance de Pierre, elle voit aussi ses attributions se réduire comme peau de chagrin. Ajoutez un mari peu présent pour tenter de contrer son Baby blues et vous aurez les ingrédients d’un drame ordinaire dans lequel Bérénice s’enfonce.
Pour la secouer Anne-Sophie Monglon choisit la seconde personne du singulier. Ce «tu» de l’injonction. Car en effet, «il serait temps que tu fasses entendre la voix qui dit je, qui ne se planque pas» Pour ce faire, un coach vocal vient à son secours.
Guillaume est un prof de chant, mais aussi un auteur qui entend produire un nouvel album. Avec lui, Bérénice va enfin trouver un moyen d’avancer. Mais parviendra-t-elle à se réveiller ? C’est tout l’enjeu de ce roman qui, mieux que bien des études sociologiques, nous explique la violence d’un système qui entend placer l’homme devant la femme, consciemment ou inconsciemment, au sein de la famille et surtout au sein de l’entreprise. Un roman très original dans la forme et puissant sur le fond. Bref, une jolie réussite !

68 premières fois
Blog L’Insatiable (Charlotte Milandri)
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Les livres de Joëlle
Blog du petit carré jaune (Sabine Faulmeyer)
Blog Mémo Émoi 
Blog Mes écrits d’un jour (Héliéna Gas)

Autres critiques
Babelio 
Actualitte.com 
Blog La lectrice à l’œuvre (Christine Bini)
Blog Lire au lit 
Blog Un monde littéraire 

Les premières pages du livre
« Donc ça commence comme ça. Tu attends Clara, elle tarde, la pièce où tu te trouves est vide et tu te laisses traverser par l’air – tiède, un peu lourd, pesanteur de particules fines, de gaz d’échappement – et par les bruits – ronflement du boulevard Ornano à gauche, son métronomique d’une balle contre un mur dans la cour de droite, de temps en temps un oiseau lance un cri.
Tout est calme autour de toi et en toi. Il y a eu quelques semaines un peu délicates à ton retour de congé maternité, mais maintenant tout est calme. Évidemment, ton job a été allégé, avec l’arrivée de votre nouveau P-DG et la crise, il fallait bien s’attendre à quelques changements.
Précisément, ce qui s’est passé, c’est qu’on t’a enlevé les prezzes, les Présentations en interne des Cahiers documentaires que tu rédiges. Hugues, ton boss, t’a expliqué, la nouvelle direction veut des gens à l’aise à l’oral et c’est bien naturel, non? Ça ne t’a pas dérangée, ça t’a même soulagée, de ne plus faire les Présentations. Elles sont toujours source de stress pour toi, tu connais toutes les faiblesses de tes Cahiers – chaque fois tu te dis que si tu avais eu plus de temps, tu aurais rendu quelque chose de plus consistant, quant au discours oral, on te demande là aussi d’aller vite et, du coup, à force de chercher le mot juste, tu bégaies, reste bloquée, c’est ce qui t’es arrivée pour la présentation du dernier hiver, un blanc, le trou noir, l’envie d’y disparaître, tu n’aimes pas l’oral. »

Extrait
« Dans le boulot, aujourd’hui, qu’on le veuille ou non, le soi est une marque – elle déclame pour bien marquer qu’elle n’y croit qu’à moitié, Personal branding.
Tu ne sais pas quoi dire. Souvent aussi face à Clara, un temps d’arrêt. Elle développe ce qu’elle estime être une manière intelligente de comprendre le concept du soi comme marque. Tu as du mal à l’écouter. Tu entends une autre histoire sous ses mots. Celle d’une fille, toi, qui n’a pas su passer d’une époque où la pudeur pouvait être une qualité à une où elle est devenue ringarde. Cette histoire, elle sonne juste, Clara est bonne à l’oral, mais tu n’es pas sûre qu’elle tiendrait à l’écrit.
Ton amie s’est maintenant tue et, dans la place que te laisse son silence, tu remplaces son histoire par la tienne, celle que tu aimes te raconter.
Tu es une fille qui n’a pas un ego surdimensionné, qui préfère être plutôt que paraître. Tu monteras sur la scène du travail quand tu te sentiras prête. C’est ce que tu dis à Clara. Quand? Elle a mis de l’agressivité dans sa voix. Elle continue à te chercher, c’est sa conception de l’amitié. Pourquoi pas?
Quand j’aurai mieux en main mes cahiers, sans doute. Tu les visualises à ce moment-là, le brouillon qu’ils représentent, oui, tu monteras sur la scène quand tes études seront plus abouties, c’est ce que tu te formules, que tu ne dis pas à Clara mais à quoi elle semble répondre, La vie est ici et maintenant. » (p. 17)

À propos de l’auteur
Anne-Sophie Monglon est originaire de Nice et vit à Paris où elle a crée en 2009 son agence de conseils littéraires. Doctorante en littérature comparée de l’université Paris-Sorbonne, elle a enseigné à l’université de Reims, à l’école HEC et à l’école Centrale. Elle a été lectrice salariée pendant près de 10 ans pour la collection Blanche des éditions Gallimard. (Source : livreshebdo.fr)

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Histoire du lion Personne

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Histoire du lion Personne
Stéphane Audeguy
Éditions du Seuil
Roman
220 p., 17 €
EAN : 9782021331783
Paru en août 2016
Prix Wepler 2016
Prix littéraire 30 millions d’amis

Où?
Le roman se déroule d’une part en Afrique, au Sénégal, à Saint-Louis et Podor sur l’Île à Morfil et d’autre part en France et notamment du Havre jusqu’à Versailles. L’île de Gorée et Dakar, Paris, Marseille et Bordeaux ainsi que le port de l’Orient en Bretagne y sont aussi évoquées.

Quand?
L’action se situe à la fin du XVIIIe siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
Il est absolument impossible de raconter l’histoire d’un lion, parce qu’il y a une indignité à parler à la place de quiconque, surtout s’il s’agit d’un animal. Il est absolument impossible de raconter l’histoire du lion Personne, qui vécut entre 1786 et 1796 d’abord au Sénégal, puis en France. Cependant, rien ne nous empêche d’essayer.

Ce que j’en pense
***
Comme nombre de belles histoires, celle-ci se construit sur une successions de hasards, de rencontres fortuites et de circonstances historiques aussi imprévisibles que marquantes. Dans un petit village du Sénégal, le jeune Yacine, âgé de treize ans, est un élève assidu du Père Jean. Pas parce qu’il partage les convictions religieuses de ce colonisateur, mais «pour avoir accès au savoir des Blancs». Lui qui aspire à la liberté sans vraiment savoir en quoi cela peut consister croit pouvoir saisir sa chance quand son précepteur décide de l’envoyer à Saint-Louis pour poursuivre ses études. Muni d’une lettre de recommandation, il s’en va le long du fleuve jusqu’à la demeure de l’administrateur général de la Compagnie du Sénégal.
Quand il croise un lionceau, il croit sa dernière heure venue, car il sait que sa mère doit rôder dans les parages et qu’il n’a aucune chance face à l’animal. Sauf que l’attaque redoutée n’a pas lieu. Le lionceau affamé demande assistance et Yacine lui donne le lait qui devait le nourrir.
« Il était furieux de constater que sur le chemin de sa liberté il n’avait rien trouvé de mieux à faire que de s’encombrer d’un pareil fardeau. Mais il était aussi étrangement, profondément ému par ce nourrisson. »
Aussi, après avoir traversé le fleuve, c’est avec son nouveau compagnon qu’il se présente chez Jean-Gabriel Pelletan de Camplong, «petit homme gai au regard bon, au corps sec, et d’une laideur frappante» qui était épris d’un homme singulier, à la peau d’un noir profond, presque violet, qui se prénommait Adal.
Intrigué mais aussi séduit par l’esprit de Yacine, le directeur de la compagnie accueille le jeune homme et le lionceau sous son toit. Il va toutefois s’arroger le droit de franciser le nom du lion baptisé Kena par Yacine, qui signifie «personne» en wolof, la langue de sa tribu.
Les deux hôtes vont grandir et apprendre auprès de l’intendant qui entend faire fortune dans le commerce du Morfil (qui désigne l’ivoire brut) et de la gomme arabique. Une époque heureuse qui prendra brutalement fin en 1787. Suite à une épidémie de variole, Yacine meurt et Personne se retrouve à nouveau seul au monde.
La dépression de l’animal va prendre fin avec l’arrivée de Marie, la fille de Jean-Gabriel qui était restée à Marseille avec son épouse. À sept ans, cette dernière «sentait le frais, la guimauve et l’enfance : les narines de Personne frémissaient à son approche.» De quoi rendre jaloux le chien Hercule, son inséparable compagnon de jeu.
Si Marie ne voit aucun danger dans sa relation avec le fauve, autour d’eux les –mauvaises – langues vont se délier et contraindre le maître de céans à organiser une expédition pour ramener le roi des animaux dans sa savane. À peine libéré Personne ne songe qu’à retourner chez lui. Avec l’aide d’Hercule et après quelques péripéties, notamment le rencontre avec un couple de ses semblables, il parviendra à regagner Saint-Louis. Où une autre solution est envisagée : offrir le lion à la Ménagerie royale de Versailles.
Après un voyage dans les pires conditions, ils arrivent en mai 1788 en Normandie. « Pour Hercule et pour Personne le choc fut terrible. Ils toussèrent et crachèrent tout ce froid humide et intense qui leur piquait la truffe et leur raclait l’intérieur des poumons. »
Jean Dubois, l’envoyé de Buffon, va se charge de conduire «un lion famélique et un chien pelé» du Havre jusqu’à Versailles, dans une France qui crie famine et se soucie comme d’une guigne de zoologie. Il faut ruser pour ne pas subir la vindicte populaire et finalement constater qu’à Versailles les choses ne vont guère mieux :
« Il n’y avait pas plus de cinquante bêtes dans ce qui avait été la ménagerie la plus admirée, la plus visitée, la plus visitée d’Europe. »
Personne, le soi-disant roi des animaux, doit faire profil bas quand le peuple fait la Révolution. Supposé être le symbole de l’Ancien Régime, sera-t-il sacrifié sur le trône du souverain déchu ?
On l’aura compris, Stéphane Audeguy a trouvé derrière le destin du lion Personne une manière de nous raconter une page mouvementée de l’histoire du monde. L’argument fait mouche grâce au grand talent de conteur de l’auteur. A l’instar de La Fontaine, qui concluera cette chronique, sa fable est non seulement distrayante, mais riche d’enseignements.
Le Lion, terreur des forêts,
Chargé d’ans et pleurant son antique prouesse,
Fut enfin attaqué par ses propres sujets,
Devenus forts par sa faiblesse.

Autres critiques
Babelio 
Télérama (Gilles Heuré)
La Croix (Sabine Audrerie)
L’Express (Baptiste Liger)
BibliObs (Grégoire Leménager)
Les Echos (Thierry Gandillot)
En attendant Nadeau (Pierre Beneti)
L’Orient littéraire (William Irigoyen)
L’Humanité (Alain Nicolas)
Le Vif (François Perrin)
20 minutes (Audrey Chauvet)
Pleine Vie (Olivier Barrot)
Le Temps (Isabelle Rüf)
Blog Sur la route de Jostein 

Extrait
« Dans un silence défiant mais attentif, il dit que la plus grande sottise des savants d’autrefois était d’avoir affirmé que le lion était le roi des animaux ; que précisément, et au contraire, il était un être égalitaire, juste, magnanime, vivant en bonne intelligence avec ses semblables, fils, filles, compagne ; tout comme les citoyens ici présents qui, dans leur juste colère, se trompaient de cible ; les citoyens ne remarquaient-ils pas, en effet, que de tout temps sa fière indépendance avait valu au lion d’être jeté dans les fers de l’arbitraire royal, qui se plaisait à aliéner cette personnification de la liberté la plus ombrageuse ? »

A propos de l’auteur
Né en 1964, Stéphane Audeguy a publié en 2005 un premier roman, La Théorie des nuages (traduit dans plus de vingt langues), qui a été suivi de trois autres : Fils unique (2008) ; Nous autres (2009) et Rom@ (2011). Il enseigne l’histoire du cinéma et des arts dans les Hauts-de-Seine. (Source : Éditions du Seuil)

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Notre château

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Notre Château
Emmanuel Régniez
Le Tripode
Roman
128 p., 15 €
ISBN: 9782370550781
Paru en janvier 2016

Où?
Le roman se déroule principalement dans le Château situé dans une ville qui n’est pas nommée.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Un frère et une sœur vivent reclus depuis des années dans leur maison familiale, qu’ils ont baptisée « Notre château ». Seule la visite hebdomadaire du frère à la librairie du centre-ville fait exception à leur isolement volontaire. Et c’est au cours de l’une ces sorties rituelles qu’il aperçoit un jour, stupéfait, sa sœur dans un bus de la ligne 39. C’est inexplicable, il ne peut se l’expliquer. Le cocon protecteur dans lequel ils se sont enfermés depuis vingt ans commence à se fissurer.
On pourrait penser aux films Les Autres de Alejandro Amenábar, Shining de Kubrick, ou à La Maison des feuilles de Danielewski. En reprenant à son compte l’héritage de la littérature gothique et l’épure de certains auteurs du nouveau roman, Emmanuel Régniez réussit un roman ciselé et singulier, qui comblera les amateurs d’étrange.
« Je soigne ma mélancolie en me racontant des histoires qui pourraient me faire peur.» Emmanuel Régniez.

Ce que j’en pense
***
Pour ses débuts en littérature, Emmanuel Régniez s’est souvenu des contes de son enfance. Quand, entouré de ses parents, il rêvait sa vie plutôt qu’il ne la vivait. Entouré de ses sœurs, il aimait de raconter des histoires, accompagner son père dans des parties de chasse mémorables. « Nous étions si heureux au sein de notre château, au milieu des bois, sur la pente d’une colline. »
Cependant Octave n’est pas dupe. «En réalité je n’allais pas à la chasse mais j’accompagnais mon père au marché et l’aidais à vider le coffre de la voiture. Ma mère souvent râlait car mon père n’avait pas acheté ce qu’elle voulait.» On ajoutera que le château n’existait pas davantage. Du moins jusqu’au jour où un notaire annonça que la famille héritait d’une grande et belle maison, en ajoutant qu’une clause dudit testament interdisait au père d’y habiter. Cette bizarrerie a-t-elle provoqué l’accident de voiture mortel sur la route du retour ? Personne ne le saura jamais. Toujours est-il que les orphelins purent dès lors prendre possession du château.
Octave, le narrateur, et Véra vont y aménager une grande bibliothèque et y vivre quasiment reclus. « Notre monde est contenu dans Notre Bibliothèque. Notre monde est notre bibliothèque. »
Octave s’autorise une sortie par semaine, à la librairie du centre-ville, afin d’acheter quelques ouvrages supplémentaires. C’est à ce moment, très précisément le jeudi 31 mars à 14h 32, que leur existence si paisiblement réglée, va basculer.
Octave voit Véra, qui ne sort jamais et à fortiori jamais dans un bus, « dans le bus n°39 qui va de la Gare à la Cité des 3 Fontaines, en passant par l’Hôtel de ville. »
Un incident somme toute banal, mais qui mettre à mal toutes les certitudes, entrainer toute une série d’autres phénomènes étranges.
Qui a tort ? Qui a raison ? Où se situe la frontière entre l’étrange, le fortuit et l’irréel ? En choisissant de répéter certaines phrases, comme pour les marteler, l’auteur réussit à installer une atmosphère très prenante, qui nous fait douter de nos certitudes. Véra a-t-elle raison de reprocher son entêtement à Octave ? «Coupable comme tu sais l’être, tu es prêt à inventer n’importe quelle histoire».
Voilà le lecteur pris au piège, incapable de trancher. Ce couple énigmatique dans cette demeure mystérieuse a quelque chose d’hypnotique. À l’image du cahier photo de Thomas Eakins rassemblé en fin de volume. Seul petit bémol, la couverture qui est à mon sens totalement manquée et ne poussera sans doute pas à l’achat spontané en librairie. Du coup, les blogueurs sont là…

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Tout ce qui se lit (Marie-Blanche xxx)
Blog Domi C lire (Dominique Sudre)
Blog Alias Noukette (Françoise Lavabo)
Blog Les Jardins d’Hélène (Laure xxx)
Blog Entre les lignes (Bénédicte Junger)
+ Interview de l’auteur
Blog Le chat qui lit (Nathalie Cez)
Blog Les livres de Joëlle (Joëlle xxx)
Libfly (Catherine Airaud)

Autres critiques
Babelio
L’Opinion (Bernard Quiriny)
Blog Mes Imaginaires
Blog Charybde 27
Blog Le Labo de Benoît
Blog Un dernier livre avant la fin du monde

Les premières pages du livre

Citation
« Une maison qui contient beaucoup de livres est une maison ouverte au monde, est une maison qui laisse entrer le monde. Chaque livre qui entre est un fragment du monde extérieur et, tel un puzzle, quand nous posons ensuite le livre dans les rayons de Notre Bibliothèque, nous recomposons le monde, un monde à notre image, à notre pensée. » (p. 39)

A propos de l’auteur
Emmanuel Régniez est un écrivain de langue française. Notre Château est son premier roman. Il est aussi l’auteur de l’Abc du gothique aux éditions Le Quartanier. (Source : Éditions Le Tripode)

Compte Twitter de l’auteur

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La petite fille qui avait avalé un nuage grand comme la Tour Eiffel

La petite fille qui avait avalé un nuage grand comme la Tour Eiffel
Romain Puértolas
Le Dilettante
Roman
256 p., 19 €
ISBN: 9782842638122
Paru en octobre 2014
Le livre de poche
ISBN : 9782253098676
Version poche parue en février 2016

Où?
L’action se situe dans la banlieue parisienne, à Orly ainsi qu’au Maroc, notamment à Marrakech.

Quand?
L’action se situe de nos jours, après que Conchita Wurst ait gagné le Grand Prix Eurovision de la chanson.

Ce qu’en dit l’éditeur
Si tout a commencé, pour Romain Puértolas, par l’ambulation à succès, chahutée et planétaire, d’une armoire bien complète de son Fakir, tout va continuer avec la geste aérienne d’une donzelle hors norme : Providence Dupois, debout dès l’aube, flair de reine, six orteils au pied droit, factrice de profession et mère par instinct. Coincée en aérogare par la nuageuse colère d’un volcan islandais, Providence ne peut aller quérir-guérir au Maroc l’enfant malade qu’elle a adoptée : Zahera, fillette aux poumons embrumés (toujours des nuages) par la mucoviscidose. Elle tempête, trépigne et songe à l’enfant qu’elle a découverte, petite boule de charmants prodiges, lors d’une hospitalisation au Maroc. Quand soudain les dieux suscitent un génie : le maître 90, dit aussi Hué, pour qui vole qui veut, suffit d’ouvrir les bras, l’envol se prend comme un élan : hop ! Et Providence de voler, cap Maroc ! Mais si, en définitive, tout cela n’était que chimère à réacteurs, un conte odoriférant, une rêverie en altitude… Qui sait ? « le monde est un enfant qui veut voler, avant de savoir marcher » nous glisse l’artiste : dont acte, rêvons, volons, rêvons que nous volons. Lisons.

Ce que j’en pense
***
Que tous ceux qui se ont aimé L’extraordinaire aventure du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea se réjouissent. Romain Puértolas n’a pas dérogé à sa manière de raconter des histoires, ni même à celle de leur donner un titre à rallonge. Mais cette fois, le nuage grand comme la Tour Eiffel est la métaphore d’une saloperie de maladie : « Avaler un nuage, c’était Providence qui avait trouvé cette expression pour parler de sa maladie, la mucoviscidose. C’était bien trouvé. Ce que la petite fille ressentait au fond de ses poumons, c’était un peu ça, une douleur vaporeuse et sournoise qui l’étouffait légèrement mais sûrement, comme si elle avait avalé, un jour, par inattention, un gros cumulonimbus et qu’il était resté, depuis, coincé en elle. »
La petite fille s’appelle Zahera. Elle est marocaine et attend sa mère adoptive, Providence Dupois, bien décidée à la guérir. Le problème, c’est qu’aucun avion ne décolle. Un volcan islandais clouant au sol toute l’aviation civile.
Mais Providence n’est pas genre à se laisser abattre. A trente-cinq ans et sept mois, la factrice – qui préfère dire facteur – va trouver le moyen de rejoindre l’autre rive de la Méditerranée : s’envoler !
Bien entendu, il faut avoir du courage et un peu d’inconscience, voire de crédulité pour croire à la réussite d’un tel projet. Mais les quelques personnes qu’elle va croiser vont la conforter et l’encourager. Sans doute parce qu’elles sont aussi bien frappées. Maître Hué, sorte de Marabout parisien, un groupe de Tibétains installés à Versailles ou encore un aiguilleur du ciel, Léo Machin – dont c’est bien le nom – lui donneront chacun à sa manière la motivation nécessaire à ce périple salvateur.
Gai et joyeusement entraînant, ce conte vous fera tour à tour sourire, parviendra sans doute à vous émouvoir et, pour peu que vous ayez gardé votre âme d’enfant, vous fera passer un excellent moment !

Autres critiques
Babelio
Culturebox
RTL (Bernard Lehut)
Blog Passion lectures
Blog Les lectures de Lily
Emotions Blog littéraire et musical

Extrait
« Parce que la vie, c’était un peu comme la mayonnaise. Faite de choses simples, comme des jaunes d’œuf et de l’huile, et qu’il ne fallait surtout pas brusquer mais qu’un effort régulier transformait en le plus savoureux des mélanges. Cela l’aidait à calmer ses nerfs et cette hâte innée qui la dévorait. Alors oui, Providence était persuadée qu’en améliorant sa recette de la mayonnaise, c’était sa vie qu’elle améliorerait. »

A propos de l’auteur
Romain Puértolas est né le premier jour de l’hiver 1975 à Montpellier. Conscient de la brièveté de la vie, il décide de vivre plusieurs vies en une seule. Tour à tour professeur de langues, traducteur-interprète, compositeur, DJ-turntabliste, nettoyeur de machines à sous, steward dans une dizaine de compagnies aériennes puis lieutenant de police, il déménage 31 fois en 38 ans. L’extraordinaire voyage du fakir qui était resté coincé dans une armoire Ikea, son premier roman, revêtu d’une couverture du plus beau jaune citron, a paru en septembre 2013 (après une longue série de manuscrits refusés). Il a été traduit en 35 langues, a remporté le Grand Prix Jules Verne 2014 et le prix Audiolib 2014 pour la version audio lue par Dominique Pinon. L’auteur travaille en ce moment à son adaptation cinématographique. Son deuxième roman, La petite fille qui avait avalé un nuage grand comme la tour Eiffel, est aux couleurs du ciel quand il est bleu. Détail d’importance, car « Happyculteur », ou heureux chronique par nature, comme il se définit, Romain Puértolas s’est mis en tête de dessiner un magnifique arc-en-ciel sur les étagères de ses lecteurs. (Source : Editions Le Dilettante)

Site Internet de l’auteur

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