Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur

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Sélectionné par les « 68 premières fois »
En deux mots:
Cette chronique de la vie dans l’Alabama à la fin des années 1930 est racontée par une fillette qui vit avec son frère aîné, Jem et son père, Atticus. Avocat dans une petite ville où chacun épie son voisin, il est chargé de défendre un Noir accusé de viol. Le procès va bouleverser toute la communauté.

Ma note:
★★★★★ (coup de cœur, livre indispensable)

Ma chronique:

Un pur bonheur de lecture

Ce roman signé Harper Lee devenu un classique qui résonne fortement dans l’actualité de cette année et du mouvement black lives matter. Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur raconte la vie dans un village d’Alabama à travers le regard d’une petite fille.

En refermant ce magnifique roman, je ne peux que donner raison à Jean-Baptiste Andrea quand il écrit «Il y a quelque chose d’insaisissable dans ses pages, une humanité qui le rend universel, d’innocence et de gravité». Nous sommes à Maycomb, une bourgade imaginaire d’Alabama, au sein d’une famille Finch composée par Atticus, le père et de ses deux enfants, l’aîné Jeremy, dit Jem (13 ans) et la cadette, Jean Louise Finch (9 ans), qui préfère qu’on l’appelle Scout. C’est elle que choisit Harper Lee pour nous raconter la vie dans le Sud des États-Unis et c’est sans doute là ce qui rend le livre aussi fort. Avec le regard innocent et plein d’insouciance de la jeunesse, le récit est allègre, voire drôle, alors même que les thèmes abordés vont gagner en intensité dramatique. Mais au début du roman, le principal centre d’intérêt de Scout est le petit microcosme qu’elle croise sur les bancs de l’école où elle s’ennuie car elle sait déjà lire, ce qui a le don d’agacer sa maîtresse. Alors, elle observe ses congénères, se bagarre à l’occasion et se précipite sur les gâteaux de Calpurnia, leur cuisinière noire. Et organise des expéditions autour de la maison de Radley, ce voisin qui ne sort jamais, sauf peut-être la nuit. Encore un mystère à élucider pour l’intrépide Scout!
Avec Dill, son ami de vacances, elle explore tous les recoins de Maycomb et cherche à comprendre comment fonctionne ce monde aux règles parfois bien déroutantes dont son père est le garant.
Le roman d’initiation va alors trouver son point d’orgue lorsque l’on charge Atticus de défendre Tom Robinson, un noir accusé de viol. Le procès, dont l’issue ne fait guère de doute dans ce sud ségrégationniste où les «nègres» continuent d’être considérés comme des citoyens de seconde zone, va rassembler toute la communauté. Après le témoignage de Bob Ewell, le père de Mayella, la victime supposée de Tom Robinson, la chose semble être entendue. Mais Harper Lee, et c’est sans doute là son autre coup de génie, va déconstruire témoignage après témoignage une version trop parfaite pour être vraie. Restent les préjugés racistes, le pouvoir de la communauté blanche qui ne saurait être remis en cause. Il va falloir choisir entre la vérité et l’ordre établi, entre le maintien des inégalités – qui arrange bien les notables – et la justice.
Ce roman a été publié au moment où le combat pour les droits civiques s’intensifiait aux États-Unis et malheureusement, il n’a rien perdu de sa force et de son actualité aujourd’hui. Tom Robinson et George Floyd, même combat!
Lisez et faites lire ce livre qui est une ode à la tolérance mais aussi au courage et à l’intégrité, mais surtout parce qu’il vous offrira un bonheur de lecture rare.

Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur
Harper Lee
Éditions Le Livre de poche
Roman
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Stoianov
446 p., 6,90 €
EAN 9782253115847
Paru le 23/08/2006
Édition originale parue en 1959 chez De Fallois

Où?
Le roman se déroule aux États-Unis, principalement en Alabama.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Dans une petite ville d’Alabama, à l’époque de la Grande Dépression, Atticus Finch élève seul ses deux enfants, Jem et Scout. Avocat intègre et rigoureux, il est commis d’office pour défendre un Noir accusé d’avoir violé une Blanche. Ce bref résumé peut expliquer pourquoi ce livre, publié en 1960 – au cœur de la lutte pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis -, a connu un tel succès. Mais comment est-il devenu un livre culte dans le monde entier? C’est que, tout en situant son sujet en Alabama dans les années 1930, Harper Lee a écrit un roman universel sur l’enfance. Racontée par Scout avec beaucoup de drôlerie, cette histoire tient du conte, de la short story américaine et du roman initiatique.
Couronné par le prix Pulitzer en 1961, Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur s’est vendu à plus de 30 millions d’exemplaires dans le monde entier.

68 premières fois
Sélection anniversaire: le choix de Jean-Baptiste Andrea

Jean-Baptiste Andrea. Editions L'Iconoclaste. © vinciane verguethen/voyez-vous
Jean-Baptiste Andrea. Editions L’Iconoclaste. © vinciane verguethen/voyez-vous

Jean-Baptiste Andrea est né en 1971. Scénariste et réalisateur, il s’est révélé en tant qu’écrivain avec Ma reine (paru en 2017), qui a obtenu douze prix littéraires, dont le prix Femina des lycéens et le prix du Premier Roman. Avec Cent millions d’années et un jour, il a confirmé en 2019 son talent de prosateur hors-pair. (Source: Éditions L’Iconoclaste)

«Je ne sais pas quoi en dire, à part que ce livre m’a profondément marqué quand je l’ai lu. Il y a quelque chose d’insaisissable dans ses pages, une humanité qui le rend universel, d’innocence et de gravité. Accessoirement, j’adore l’idée d’une autrice qui n’a produit qu’un roman (j’ignore volontairement celui sorti à sa mort). Je me dis toujours qu’un écrivain a un certain nombre de livres en lui/elle et qu’il est inutile de se forcer à en faire plus. J’admire qu’elle ait su l’accepter. Mais tout ça, c’est du blabla, c’est un classique, c’est émouvant, c’est à lire!»

Les autres critiques
Babelio
Lecteurs.com
Page Wikipédia du roman
MAZE Magazine (Anaïs Dinarque)
Télérama (Nathalie Crom)
France Inter (Ça peut pas faire de mal – Guillaume Gallienne)
ELLE 
L’influx
Le livre de poche 
Le blog de passion de lecteur 
Blog Tenseki
Blog Chapitre 11
Blog Oubli mon ami 
Blog Des pages pour s’envoler 

Bande-annonce du film Du silence et des ombres – To Kill a Mockingbird, adaptation du roman Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur de Harper Lee réalisée par Robert Mulligan, Oscar du meilleur scénario.

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Mon frère Jem allait sur ses treize ans quand il se fit une vilaine fracture au coude mais, aussitôt sa blessure cicatrisée et apaisées ses craintes de ne jamais pouvoir jouer au football, il ne s’en préoccupa plus guère. Son bras gauche en resta un peu plus court que le droit ; quand il se tenait debout ou qu’il marchait, le dos de sa main formait un angle droit avec son corps, le pouce parallèle à la cuisse. Cependant, il s’en moquait, du moment qu’il pouvait faire une passe et renvoyer un ballon.
Bien des années plus tard, il nous arriva de discuter des événements qui avaient conduit à cet accident. Je maintenais que les Ewell en étaient entièrement responsables, mais Jem, de quatre ans mon aîné, prétendait que tout avait commencé avant, l’été où Dill se joignit à nous et nous mit en tête l’idée de faire sortir Boo Radley.
À quoi je répondais que s’il tenait à remonter aux origines de l’événement, tout avait vraiment commencé avec le général Andrew Jackson. Si celui-ci n’avait pas croqué les Creeks dans leurs criques, Simon Finch n’aurait jamais remonté l’Alabama et, dans ce cas, où serions-nous ? Beaucoup trop grands pour régler ce différend à coups de poing, nous consultions Atticus, et notre père disait que nous avions tous les deux raison.
En bons Sudistes, certains membres de notre famille déploraient de ne compter d’ancêtre officiel dans aucun des deux camps de la bataille d’Hastings. Nous devions nous rabattre sur Simon Finch, apothicaire de Cornouailles, trappeur à ses heures, dont la piété n’avait d’égale que l’avarice. Irrité par les persécutions qu’en Angleterre leurs frères plus libéraux faisaient subir à ceux qui se nommaient « méthodistes », dont lui-même se réclamait, Simon traversa l’Atlantique en direction de Philadelphie, pour continuer ensuite sur la Jamaïque puis remonter vers Mobile et, de là, jusqu’à St Stephens. Respectueux des critiques de John Wesley contre le flot de paroles suscitées par le commerce, il fit fortune en tant que médecin, finissant, néanmoins, par céder à la tentation de ne plus travailler pour la gloire de Dieu mais pour l’accumulation d’or et de coûteux équipages. Ayant aussi oublié les préceptes de son maître sur la possession de biens humains, il acheta trois esclaves et, avec leur aide, créa une propriété sur les rives de l’Alabama, à quelque soixante kilomètres en amont de St Stephens. Il ne remit les pieds qu’une fois dans cette ville, pour y trouver une femme, avec laquelle il fonda une lignée où le nombre des filles prédominait nettement. Il atteignit un âge canonique et mourut riche.
De père en fils, les hommes de la famille habitèrent la propriété, Finch’s Landing, et vécurent de la culture du coton. De dimensions modestes comparée aux petits empires qui l’entouraient, la plantation se suffisait pourtant à elle-même en produisant tous les ingrédients nécessaires à une vie autonome, à l’exception de la glace, de la farine de blé et des coupons de tissu, apportés par des péniches remontant de Mobile.
Simon eût considéré avec une fureur impuissante les troubles entre le Nord et le Sud qui dépouillèrent ses descendants de tous leurs biens à l’exception des terres. Néanmoins ils continuèrent à vivre de la terre jusqu’au XXe siècle, époque où mon père, Atticus Finch, se rendit à Montgomery pour y faire son droit, et son jeune frère à Boston pour y étudier la médecine. Leur sœur, Alexandra, fut la seule Finch à rester dans la plantation : elle épousa un homme taciturne qui passait le plus clair de son temps dans un hamac au bord de la rivière, à guetter les touches de ses lignes.
Lorsque mon père fut reçu au barreau, il installa son cabinet à Maycomb, chef-lieu du comté du même nom, à environ trente kilomètres à l’est de Finch’s Landing. Il occupait un bureau tellement petit, à l’intérieur du tribunal, qu’il put à peine y loger un porte-chapeaux, un crachoir, un échiquier et un code de l’Alabama flambant neuf. Ses deux premiers clients furent les deux derniers condamnés à la pendaison de la prison du comté. Atticus leur avait conseillé d’accepter la générosité de l’État qui leur permettait de plaider coupables de meurtre au second degré et de sauver ainsi leur tête, mais c’étaient des Haverford, nom devenu synonyme de crétin dans le comté de Maycomb. À cause d’un malentendu provoqué par la détention a priori injustifiée d’une jument, ils avaient commis l’imprudence de descendre le meilleur maréchal-ferrant de la ville devant trois témoins, et ils crurent pouvoir se défendre en affirmant que « ce salaud ne l’avait pas volé ». Ils persistèrent à plaider non coupables de meurtre au premier degré, aussi Atticus ne put-il faire grand-chose pour eux, si ce n’est d’assister à leur exécution, événement sans doute à l’origine de la profonde aversion de mon père envers le droit pénal.
Durant ses cinq premières années à Maycomb, il réduisit ses dépenses ; ensuite, pendant plusieurs années, il consacra ses économies aux études de son frère. John Hale Finch avait dix ans de moins que lui et opta pour la médecine en un temps où le coton ne rapportait plus assez pour valoir la peine d’être cultivé ; mais, après avoir placé oncle Jack sur les rails, Atticus tira des revenus convenables de la pratique du droit. Il se plaisait à Maycomb, chef-lieu du comté qui l’avait vu naître et grandir ; il en connaissait les habitants qui le connaissaient eux aussi et devait à Simon Finch de se retrouver lié, par le sang ou par mariage, avec à peu près toutes les familles de la ville.
Quand je vins au monde, Maycomb était déjà une vieille ville sur le déclin. Par temps de pluie, ses rues se transformaient en bourbiers rouges ; l’herbe poussait sur les trottoirs, le tribunal s’affaissait. Curieusement, il faisait plus chaud à l’époque : les chiens supportaient mal les journées d’été ; les mules efflanquées, attelées aux carrioles Hoover, chassaient les mouches à coups de queue à l’ombre étouffante des chênes verts sur la place. Les cols durs des hommes se ramollissaient dès neuf heures du matin. Les dames étaient en nage dès midi, après leur sieste de trois heures et, à la tombée de la nuit, ressemblaient à des gâteaux pour le thé, glacés de poudre et de transpiration.
Les gens se déplaçaient lentement alors. Ils traversaient la place d’un pas pesant, traînaient dans les magasins et devant les vitrines, prenaient leur temps pour tout. La journée semblait durer plus de vingt-quatre heures. On ne se pressait pas, car on n’avait nulle part où aller, rien à acheter et pas d’argent à dépenser, rien à voir au-delà des limites du comté de Maycomb. Pourtant, c’était une période de vague optimisme pour certains : le comté venait d’apprendre qu’il n’avait à avoir peur que de la peur elle-même.
Nous habitions la principale rue résidentielle, Atticus, Jem et moi, ainsi que Calpurnia, notre cuisinière. Jem et moi étions très satisfaits de notre père : il jouait avec nous, nous faisait la lecture et nous traitait avec un détachement courtois.
Calpurnia, c’était une autre histoire : toute en angles et en os, elle était myope et louchait, elle avait les mains larges comme des battoirs et deux fois plus dures. Elle passait son temps à me chasser de la cuisine, à me demander pourquoi j’étais incapable de me conduire aussi bien que Jem, alors qu’elle savait pertinemment qu’il était plus âgé que moi, à m’appeler pour rentrer à la maison quand je n’en avais pas envie. Nos algarades épiques s’achevaient toujours de la même manière : elle gagnait, parce qu’Atticus prenait toujours sa défense. Elle travaillait chez nous depuis la naissance de Jem et, d’aussi loin que je me souvienne, j’avais senti peser sur moi sa présence tyrannique.
J’avais deux ans à la mort de notre mère, aussi ne me manquait-elle pas. C’était une Graham, de Montgomery ; Atticus l’avait rencontrée lorsqu’il avait été élu pour la première fois à la Chambre des représentants de l’État. Il approchait la cinquantaine, il avait quinze ans de plus qu’elle. Jem fut le fruit de leur première année de mariage. Je naquis quatre ans plus tard et notre mère mourut d’une crise cardiaque deux ans après. Il paraît que c’était fréquent dans sa famille. Contrairement à moi, Jem en a souffert, je crois. Il se souvenait bien d’elle et parfois, en plein jeu, il poussait un long soupir et s’en allait jouer tout seul derrière le garage. Dans ces moments-là, je préférais ne pas l’ennuyer. »

Extraits
« Deux ères géologiques plus tard, nous entendîmes les chaussures d’Atticus racler les marches de la véranda. La porte grillagée claqua, il y eut une pause – il s’arrêta devant le porte-chapeaux dans l’entrée – et nous l’entendîmes appeler : « Jem ! », d’une voix glacée comme le vent d’hiver.
Il alluma le lustre du salon et nous trouva là, pétrifiés. Dans une main, il tenait mon bâton, dont le pompon jaune et sale traînait sur le tapis. Il tendait l’autre main, elle était pleine de boutons de camélias. Jem ! C’est toi qui as fait ça ?
– Oui, père.
– Pourquoi ?
– Parce que, répondit Jem doucement, elle a dit que tu défendais les nègres et la racaille.
– Et c’est pour cette raison que tu t’es conduit de la sorte ?
Jem remua les lèvres mais son « oui, père » fut inaudible.
– Mon garçon, je ne doute pas que tu sois agacé par les remarques des gens de ton âge sur le fait que, comme tu dis, je défende les nègres, mais faire une chose pareille à une vieille dame malade est inexcusable. Je te conseille fortement d’aller voir immédiatement Mrs Dubose et de lui parler. Reviens directement à la maison après.
Jem ne bougea pas.
– Je t’ai dit d’y aller !
Je suivis Jem quand il sortit.
– Reviens ici, toi ! me dit Atticus.
Je revins.
Atticus prit The Mobile Press et s’assit dans le fauteuil à bascule que Jem venait d’abandonner. Je ne comprenais absolument pas comment il pouvait rester là, à lire tranquillement le journal alors que son fils unique courait le risque d’être abattu par une relique de l’armée confédérée. (…)
– Ne te fais donc pas de souci pour lui. Je n’aurais jamais cru que ce serait Jem qui perdrait ainsi son calme pour cette affaire. Je pensais que ce serait toi qui me causerais le plus de souci.
Je dis que je ne voyais pas pourquoi nous devions absolument conserver notre sang-froid ; personne à l’école n’y était tenu. (…)
– Atticus, tu dois te tromper… ?
– Comment cela ?
– Eh bien, la plupart des gens semblent penser qu’ils ont raison et toi non…
– Ils ont tout à fait le droit de le penser et leurs opinions méritent le plus grand respect, dit Atticus, mais avant de vivre en paix avec les autres, je dois vivre en paix avec moi-même. La seule chose qui ne doive pas céder à la loi de la majorité est la conscience de l’individu. »

« Avant de vivre avec les autres, je dois vivre avec moi-même. La conscience est la seule chose qui ne doit pas s’adapter au vouloir de la majorité. »

« Je voudrais que tu comprennes ce qu’est le vrai courage. C’est savoir que tu pars battu d’avance, et malgré cela, agir quand même et tenir jusqu’au bout. »

« Vous ne comprenez jamais vraiment une personne tant que vous n’aurez pas considéré les choses de son point de vue… Jusqu’à ce que vous ayez grimpé à l’intérieur de sa peau et que vous y marchiez. »

« Atticus avait raison. Il avait dit un jour qu’on ne connaissait vraiment un homme que lorsqu’on se mettait dans sa peau. Nous eûmes la confirmation que l’imprévu pouvait surgir de partout. »

« (Mr Underwood) se contentait de dire que c’était un péché de tuer des infirmes, qu’ils soient debout, assis ou en train de s’évader. Il comparait la mort de Tom au massacre absurde des oiseaux chanteurs par les chasseurs et les enfants… »

« Atticus disait parfois que le meilleur moyen de vérifier si un témoin mentait ou disait la vérité consistait à l’écouter au lieu de le regarder. »

« Tirez sur tous les geais bleus que vous voudrez, si vous arrivez à les toucher, mas souvenez-vous que c’est un péché de tuer un oiseau moqueur. »

« Notre père ne faisait rien. Il n’était pas fermier ni garagiste ni quoi que ce soit susceptible de soulever l’admiration. Il ne faisait pas ce que faisaient les pères de nos camarades : il n’allait jamais à la chasse ni à la pêche, il ne jouait pas au poker, ne buvait pas, ne fumait pas. Il restait à lire au salon. Pour autant, il ne passait pas aussi aperçu que nous le souhaitions : cette année-là, l’école bourdonnait de discussions sur le fait qu’il allait défendre Tom Robinson et ce n’était jamais pour en dire du bien. On se donnait le mot: «Finch est l’ami des nègres! »

À propos de l’auteur
Nelle Harper Lee dite Harper Lee est une écrivaine américaine née le 28 avril 1926 à Monroeville dans l’Alabama et morte le 19 février 2016 dans la même ville.
Après ses études secondaires au lycée de Monroeville, Harper entre à la Faculté Huntingdon de Montgomery (Alabama) où elle reste un an avant d’entrer en Faculté de Droit. C’est là qu’elle commence à écrire pour quelques journaux étudiants, et qu’elle est pendant une année éditeur du journal satirique du campus Rammer-Jammer. Bien qu’elle n’obtienne pas de diplôme, elle part ensuite pour Oxford, puis revient s’installer à New York en 1950.Lee Harper travaille quelque temps à New York comme employée de bureau d’une compagnie aérienne, où elle se charge des réservations.
Mais bientôt elle décide de se lancer dans une carrière d’écrivain, avec le soutien moral et financier de ses amis. Truman Capote l’entraîne en 1959 dans l’écriture d’un roman sur un quadruple meurtre, qui va devenir De sang-froid. Elle l’accompagne à Holcomb (Kansas) pour l’aider dans ses recherches. Elle l’assiste pendant les entretiens, jouant notamment un rôle apaisant auprès de ceux qui étaient surpris de la personnalité excentrique de Capote. Capote la cite en la remerciant pour son « travail de secrétaire » et lui dédie le roman, ainsi qu’à son amant Jack Dunphy.
Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, paru en 1959, est un succès immédiat, et il est couronné par le Prix Pulitzer en 1961. Plaidoyer pour la justice, le roman paraît à l’époque où la reconnaissance des droits civiques des afro-américains, et notamment l’abolition de la discrimination de facto dans des établissements d’enseignement provoque des manifestations conservatrices violentes. Le roman est adapté au cinéma sous le titre Du Silence et des Ombres en 1962.
Lee Harper cesse ensuite de publier des romans. Quelques articles et essais paraissent sous sa signature, entre autres dans Vogue. Son silence et sa très grande discrétion depuis la parution de son unique livre alimentent les rumeurs, d’autant qu’elle aurait déclaré s’être mise à la rédaction d’un second roman, peu après Ne tirez pas sur l’oiseau-moqueur. Les bruits courent parmi ses admirateurs qu’elle aurait écrit plusieurs romans, sans en publier aucun, ou qu’elle aurait continué à publier sous un pseudonyme. (Source: Babelio)

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L’île aux enfants

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Prix littéraire des jeunes européens 2020

En deux mots:
En 1963 deux filles sont enlevées à La Réunion, victimes d’un trafic d’enfants à grande échelle. Près de 35 ans après, la fille de l’une d’elle décide d’enquêter pour connaître la vérité sur ses origines.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Pour Pauline, Clémence, et les autres…

Ariane Bois nous montre qu’un arbre généalogique peut receler bien des arrangements avec la vérité. Caroline, qui enquête sur les origines de sa grand-mère, va retrouver L’île aux enfants. Émouvant et révoltant!

Pauline et Clémence sont chez leur grand-mère à La Réunion, attendant de pouvoir retrouver leur mère hospitalisée. Elles sont bien loin de se douter qu’elles ne la reverront plus jamais. En ce jour funeste de 1963 une voiture rouge déboule, des hommes en sortent qui ceinturent les deux filles de 6 et 4 ans et les conduisent dans un pensionnat où elles vont passer quelques jours avant de prendre un avion pour la France.
Après un voyage en car les deux sœurs sont séparées et confiées à différentes familles. Pauline se retrouve chez un couple d’agriculteurs du côté de Guéret. Dans son malheur, elle trouve un peu de réconfort auprès de Gaëtan, un autre enfant déplacé et traité comme un esclave. Mais son séjour ne sera que de courte durée car l’assistante sociale choisit ses «nouveaux parents», Martine et Jean-Paul Gervais ainsi que son «nouveau frère», Aymeric, neuf ans. Une famille qu’elle a failli ne pas connaître puisqu’elle est hospitalisée dès son arrivée pour une encéphalite qui manque de l’emporter. Mais elle va s’en sortir et s’adapter sans vraiment comprendre, devenant Isabelle, la bonne élève victime de quolibets racistes.
Les années passent, paisibles jusqu’à ce jour de 1974 où elle trouve les papiers d’adoption et cette vérité qu’on lui avait soigneusement cachée. À la colère va succéder la dépression. Puis la fuite.
Ariane Bois confie la suite de l’histoire à Caroline, la fille d’Isabelle, désormais installée à Clermont-Ferrand où, après des études en journalisme, elle est stagiaire à La Montagne. Cette nouvelle narratrice veut en savoir davantage sur sa famille et sur ses grands-parents biologiques, intriguée par une l’émission de radio qui raconte qu’ «Entre 1963 et 1982, plus de mille six cents enfants ont été arrachés à leur île, La Réunion, à leurs familles, à leurs racines. Ces mineurs, dont certains n’étaient que des bébés, furent transférés dans notre région, la Creuse. Devenus adultes, certains s’interrogent aujourd’hui sur ce qui a pu motiver un tel exil forcé.»
Commence alors une enquête difficile pour essayer de comprendre ce qui s’est passé, pour retrouver cette histoire soigneusement cachée. Une exploration où se mêle incompréhension, indignation et culpabilité, à la fois pour la fille et la mère: «En grattant la couche de passé, n’ai-je pas ouvert un gouffre où nous allons glisser toutes les deux?»
Ariane Bois, que je découvre avec ce roman, conduit son récit de manière dynamique, sans temps morts. Elle reste au plus près de ses personnages, sans fioritures et sans verser dans le larmoyant. Les faits, rien que les faits, qui sont déjà tellement forts pour qu’il ne faille pas en rajouter. En creusant cette histoire familiale, elle met à jour des pratiques que l’on imaginait d’un autre temps. Son roman entre fortement en résonnance avec le mouvement black lives matter et nous rappelle que la discrimination entre citoyens d’un même pays – notamment du fait de leur couleur de peau – n’est pas l’apanage des Américains. Malheureusement!

L’île aux enfants
Ariane Bois
Éditions Charleston poche
Roman
220 p., 7,50 €
EAN 9782368125229
Paru le 27/05/2020

Où?
Le roman se déroule en France, d’abord à la Réunion, vers Le Tampon et Saint-Denis, puis en métropole après des escales à Madagascar et Djibouti. On y parcourt la région de La Brionne, Guéret, Limoges et Montluçon. Les promenades dominicales passent par Saint-Léger-le-Guérétois, Saint-Silvain, Montaigut, Gartempe, Saint-Vaury. On y évoque aussi des vacances à la Grande-Motte.

Quand?
L’action se situe de 1963 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Pauline, six ans, et sa petite sœur Clémence coulent des jours heureux sur l’île qui les a vues naître, la Réunion. Un matin de 1963, elles sont kidnappées au bord de la route et embarquent de force dans un avion pour la métropole, à neuf mille kilomètres de leurs parents. À Guéret, dans la Creuse, elles sont séparées.
1998 : quelques phrases à la radio rouvrent de vieilles blessures. Frappée par le silence dans lequel est murée sa mère, Caroline, jeune journaliste, décide d’enquêter et s’envole pour la Réunion, où elle découvre peu à peu les détails d’un mensonge d’État.
À travers l’évocation de l’enlèvement méconnu d’au moins deux mille enfants réunionnais entre 1963 et 1982, dans le but de repeupler des départements sinistrés de la métropole, Ariane Bois raconte le destin de deux générations de femmes victimes de l’arbitraire et du secret. L’histoire d’une quête des origines et d’une résilience, portée par un grand souffle romanesque.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Page des libraires (Maria Ferragu, Librairie Le Passeur de l’Isle, L’Isle-sur-la-Sorgue)
La Cause littéraire (Patryck Froissart)
RFI(Sylvie Koffi)
Blog My pretty books 
Blog Cousines de lectures
Blog Miscellanées 


Entretien avec Ariane Bois à l’occasion de la rencontre entre l’auteur et les lecteurs de Babelio.com le 7 juin 2019 à propos de L’île aux enfants © Production Babelio

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« 3 novembre 1963
— Ah non ! À mon tour de jouer avec la toupie, proteste Clémence.
La petite tend une main impérieuse vers le jouet que sa sœur a fabriqué avec une graine de litchi et une allumette.
— Avance, plutôt : cette fois, je ne te porterai pas, répond celle-ci d’un air faussement sévère.
Pauline ne peut rien refuser à Clémence, c’est ainsi depuis sa naissance.
Comme chaque jour, les fillettes cheminent vers la rivière du Mât avec leurs seaux vides. Aller chercher l’eau, la rapporter sans renverser une goutte, voilà leur tâche. À la case, tout le monde travaille. Leur père coupe la canne à sucre à grands coups de sabre partout dans l’île, ne revenant que le dimanche, et en pleine saison seulement une fois par mois. À chacun de ses retours, ses mains calleuses chatouillent les filles en guise de bonjour ; et le soir, à la lueur de la lampe à pétrole, leur mère veille tard à ôter les échardes et les dards qui s’y sont nichés. Papa parle fort, aime son « rhum arrangé» et dévore son assiette avant d’en réclamer une autre. C’est en tout cas l’impression des filles, qui adorent jouer sur ses genoux ou grimper sur son dos en le suppliant de « faire le cheval ».
Leur mère s’emploie comme blanchisseuse chez les riches, quand sa santé le lui permet. « Monmon », comme on l’appelle, respire mal, reste souvent couchée dans le noir, si frêle que son corps bosselle à peine la nasse lui servant de lit. Même ici, dans les Hauts, où l’air est plus frais, plus sain, elle cherche l’oxygène tel un poisson échoué au bord de la rivière. Elle se trouve à l’hôpital depuis deux semaines. Quand elle s’était plainte de maux de ventre, Pauline et Clémence avaient espéré qu’elle reviendrait avec un bébé, comme les voisines, mais le médecin avait tordu le nez, prononcé un drôle de mot, « péritonite », avant d’aller chercher une ambulance. Depuis, les filles attendent leur mère.
Par chance, il y a Gramoune, leur grand-mère, avec son visage altier raviné de rides, sa tête auréolée d’une opale noueuse qu’elle relève sur son cou, et l’odeur de beignets dont elle semble se parfumer. En cette heure, elle doit trier le riz, composer les marmites du repas du soir dans la cour, le cœur de la maison. Ce cœur s’étend au potager, où des poules et des chèvres vivent en gentils serviteurs. Aux rares moments où leur Gramoune ne s’affaire pas, elle emmène les gamines prier saint Expédit. La Réunion fourmille de petits oratoires rouges édifiés en son honneur, garnis de fleurs artificielles et d’ex-voto. On vient demander au saint un mari, un travail, un bébé ou qu’une mère époumonée retrouve la santé et revienne à la maison.
Aujourd’hui, Pauline et Clémence vont veiller à rapporter assez d’eau. Hier soir, quand la nuit s’est abattue avec sa rapidité d’ici, la famille Rivière s’est rendue à un bal-mariage. Une invitation attendue par tous. On avait dansé en rond, même Mémé Gramoune au son du sega et du maloya. Les adultes avaient beaucoup bu, s’étaient frottés les uns aux autres avec ce qui ressemblait à de la férocité. Les enfants n’en perdaient pas une miette de beignets de banane. On fêtait la fin de la pluie, un prétexte, mais c’est un fait, il avait plu une semaine d’affilée et, même en ces premiers jours de novembre, c’est-à-dire en plein été, c’était inhabituel. Au début, les averses diluviennes étaient les bienvenues, les enfants couraient joyeusement, se lavaient sous les gouttières, jouaient avec les grosses gouttes d’argent, mais quand les nuages explosaient dans le ciel, un déluge s’abattait sur les maisons, s’infiltrait sous les toits, inondait les pièces, et la malédiction commençait. La pluie formait un mur, une masse qui cognait inlassablement contre le toit de la case. La terre entière semblait hurler de terreur. La famille se retranchait à l’intérieur, épouvantée par ce fracas ruisselant, à l’affût du moindre craquement suspect. Quand la case tremblait, on craignait un phénomène pareil aux coulées de lave : on avait vu des maisons s’effondrer d’un coup. Et pourtant, tout cela n’était rien comparé aux cyclones. Ceux-ci étaient chez eux sur l’île et, quand ils s’invitaient, il fallait se cacher, s’agripper au lit et affronter l’ogre. Sous le choc, les arbres s’arrachaient à la terre dans un vacarme atroce. Chaque cyclone, disait-on par ici, cachait un esprit malveillant envoyé pour punir les hommes.
La dernière fois, la case avait tenu par miracle au milieu des citronniers et des bananiers. Quand ils étaient sortis, le sol fumait à cause de l’humidité. Le manguier dans la cour paraissait nu, déshabillé de ses feuilles, de ses fruits, qui la veille encore semblaient supplier qu’on les cueille pour soulager les branches qui pliaient sous leur poids.

— Dis, on la voit quand, Monmon ?
— Bientôt, ne t’inquiète pas.
En réalité, Pauline n’en sait rien, c’est une affaire de grands. Mais elle rassure sa cadette et la distrait comme elle peut. À la rivière, la plus large de l’île, où d’autres enfants s’éclaboussent dans l’eau si claire, c’est facile. On pêche avec un clou en guise d’hameçon, on s’amuse à faire des ricochets ou à titiller les sensitives, ces plantes timides, d’un rose pâle, qui poussent au bord des routes et se rétractent sous les doigts. Quand la faim les tenaille, les filles se jettent sur les litchis. Leur chair tendre et doucereuse dégouline alors sur le menton, délice à renouveler jusqu’à ce que le ventre crie grâce. Aujourd’hui, Pauline en a avalé une trentaine, son record. Elle l’ignore, mais il lui faudra attendre des décennies avant de sentir à nouveau la pulpe de ce fruit tapisser son palais. Car de ce 3 novembre 1963 date leur dernier moment d’innocence, le « temps d’avant ».
— Allez, on doit vraiment y aller, s’énerve Pauline. Soulève ton seau et fais bien attention!
Le retour est toujours plus pénible, avec l’anse en fer qui blesse les paumes et le soleil blanc qui brûle les épaules. Dans l’après-midi phosphorescent, les cheveux de Pauline semblent crépiter. On la remarque de loin, cette cafrine, noire d’origine, mais héritière d’une peau pain d’épice ambrée léguée par quelque ancêtre blanc, avec son sourire en étendard, ses yeux à l’iris vert mousse moiré et d’invraisemblables cheveux crépus aux boucles couleur maïs tressautant à chaque mouvement. « La fille Rivière, elle ira loin », murmurait-on sur son passage. Clémence, à la peau cuivrée, au visage rond et poupin, à la chevelure semblable à de la laine emmêlée, laissait plus indifférent.
Soudain, sur la route bordée d’hibiscus rouges, Pauline perçoit un bruit de moteur caractéristique qui se rapproche. Elle crie à sa sœur de se cacher, mais devant elle Clémence poursuit sa route, chantonne sans l’entendre. Dissimulée derrière un arbre, pétrifiée, Pauline se met alors à trembler. Cette voiture, c’est la 2 CV camionnette rouge, dite loto rouz, celle dont tout le monde dans l’île sait qu’il ne faut pas s’approcher, comme si elle était hantée.
— Clémence !
La camionnette ralentit à hauteur de la petite, une portière s’ouvre, un bras musclé l’arrache à la terre, en faisant valser son seau dans une gerbe d’eau. Un homme sort de l’habitacle et jette sa proie à l’arrière du véhicule.
Effrayée mais prête à tout pour sauver sa sœur, Pauline quitte son abri. Une femme, une zoreille à en juger par ses habits impeccables, l’interpelle :
— Bonjour, toi, koman i lé?
Tiens, l’inconnue sait le créole, mais les sonorités paraissent différentes, les lettres roulent dans la gorge de façon bizarre.
Elle fait un pas, puis deux, et le garde-chasse – c’est lui, elle le reconnaît – la saisit aux épaules, la pousse à l’intérieur, en refermant presque la portière sur elle. Piégée comme libellule dans un bocal. En pleurs, Clémence s’accroche à sa sœur, effrayée par la brutalité du type et les rugissements poussifs de la camionnette – c’est leur premier voyage en voiture. Derrière la vitre latérale, Pauline voit des cases défiler, mais aussi des maisons blanches ou pastel, aussi élégantes que leurs varangues. Elle crierait si sa gorge n’était pas si sèche. À un moment, l’automobile ralentit, stoppe, sa portière arrière s’ouvre, et l’homme enfourne à l’intérieur un autre enfant tenant un cerf-volant en feuille de coco. Tétanisé, le petit malbar se blottit contre elles. Bientôt, une odeur de pipi émane de lui. Écœurée par ce remugle, chahutée par les virages de la route, Pauline sent la nausée l’envahir. À côté d’elle, le petit corps de Clémence vibre et son haleine tiède lui souffle au visage.
Où les emmène-t-on ?
Jamais, paraît-il, on ne revoit les enfants capturés par la voiture rouge… »

Extraits
« — Réveillez-vous, allez, debout. Aujourd’hui, nous avons une surprise !
Pauline ouvre les yeux à regret, quitte ce rêve où elle accompagnait son père à un combat de coqs. Les hommes, surexcités, hurlaient le nom de leur champion, et les animaux, encouragés ou affolés par les voix humaines, se jetaient l’un sur l’autre dans une fureur de plumes, de becs, de crêtes ensanglantées. Gramoune désapprouvait un tel spectacle pour une enfant, mais Pauline était subjuguée par la peur, la sauvagerie de la scène, mêlées à la joie d’accaparer son père, l’espace d’un moment.
— C’est une grande nouvelle, les enfants, vous avez de la chance. Vous allez partir en vacances en France !
Les enfants rassemblés dans le réfectoire se regardent, stupéfaits.
— Vous verrez la tour Eiffel, vous vous rendez compte ?
Clémence tire la manche de sa sœur.
— Dis, c’est où, la France ?
Pauline songe aux murs de la case où leur mère avait scotché des photos de monuments parisiens, l’Arc de triomphe, le Panthéon, les quais de Seine, à côté de publicités récupérées dans des vieux magazines, gondolées par le soleil ou la pluie, montrant des femmes à la peau pâle si maquillées qu’on les aurait dites peintes, évadées de quelque tableau de maître.
Pauline partage l’excitation générale, s’y coule, même si tout cela lui échappe, lui paraît irréel : qu’en diront Papa et Maman ? Pourquoi ne partent-ils pas tous ensemble ? Le monde semble soudain incompréhensible, sorti de ses gonds. Elle oscille entre un abattement qu’elle s’efforce de cacher à sa sœur et des accès de nervosité qui lui vrillent l’estomac. Autour d’elle, les enfants hurlent de joie. »

« Est-ce ma faute? Suis-je responsable de son état? En grattant la couche de passé, n’ai-je pas ouvert un gouffre où nous allons glisser toutes les deux? La culpabilité palpite au rythme de mon cœur. Alors je parle trop, papillonnant d‘un sujet à l’autre, tentant de lui arracher un sourire, un éclair, l’obligeant à manger un peu, dans l‘espoir qu’elle se remplume. » p. 106

À propos de l’auteur
Ariane Bois est romancière, grand reporter et critique littéraire. Elle est l’auteur récompensée par sept prix littéraires de: Et le jour pour eux sera comme la nuit (Ramsay, 2009), Le Monde d’Hannah (Robert Laffont, 2011), Sans oublier (Belfond, 2014), Le Gardien de nos frères (Belfond, 2015). Après Dakota song (Belfond, 2017), L’île aux enfants est son sixième roman. (Source: Éditions Belfond)

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