Les furies

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En deux mots
C’est l’histoire de Lancelot et de Mathilde, racontée tour à tour par Lancelot, puis par Mathilde. Deux histoires d’un couple qui ne se ressemblent vraiment pas!

Ma note
etoileetoileetoileetoile(j’ai adoré)

Les furies
Lauren Groff
Éditions de l’Olivier
Roman
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Carine Chichereau
432 p., 23,50 €
EAN : 9782823609455
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule aux Etats-Unis, notamment en Floride, à New York, dans le Maine, à Poughkeepsie et Albany, État de New York où se trouve le Vassar College, à Boston dans le Massachusetts, dans le New Jersey ou encore à San Francisco, en Californie. Une période se déroule également en France, notamment à Nantes et à La Chapelle-de-l’Estuaire, à Paris et en Bretagne. Enfin, des voyages à Montréal, à Osaka, en Suisse et en Thaïlande, ainsi qu’à Londres y sont aussi évoqués.

Quand?
L’action se situe de la fin des années 1960 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Le mariage est un tissu de mensonges. Gentils, pour la plupart. D’omissions. Si tu devais exprimer ce que tu penses au quotidien de ton conjoint, tu réduirais tout en miettes. Elle n’a jamais menti. Elle s’est contentée de ne pas en parler. »
Ils se rencontrent à l’université. Ils se marient très vite. Nous sommes en 1991. À vingt-deux ans, Lotto et Mathilde
sont beaux, séduisants, follement amoureux, et semblent promis à un avenir radieux. Dix ans plus tard, Lotto est devenu
un dramaturge au succès planétaire, et Mathilde, dans l’ombre, l’a toujours soutenu. Le couple qu’ils forment est l’image-type d’un partenariat réussi.
Mais les histoires d’amour parfaites cachent souvent des secrets qu’il vaudrait mieux taire. Au terme de ce roman, la véritable raison d’être de ce couple sans accrocs réserve bien des surprises.

Ce que j’en pense
Si Les Furies est le troisième roman de Lauren Groff, c’est le premier que je lis de cette Américaine de 39 ans. Mais il donne furieusement envie de découvrir les autres. Car l’originalité de sa construction le dispute à la brillance du style.
Il nous plonge dans l’intimité d’un couple, celui que forment Lancelot, dit Lotto, et Mathilde Satterwhite, dont on découvrira plus tard qu’elle s’appelle en fait Aurélie et que sa mère était poissonnière sur les marchés à Nantes.
La première partie est vue du point de vue de Lancelot, la seconde avec les yeux de Mathilde. Ce qui nous donne deux versions totalement différentes et met tout à la fois le ressenti que l’on peut avoir d’un même événement et le mensonge sous toutes ses formes au cœur d’un livre que l’auteur souhaitait au départ publier en deux volumes, baptisés Destins et Furies.
Tout commence merveilleusement bien pour le jeune couple. C’est la période de la lune de miel, celle de tous les possibles. Lancelot connaît ses premiers succès de comédien. Il rêve de gloire, soutenu par Mathilde. Et même si sa riche famille ne semble pas voir son union d’un bon œil, il croit en sa chance. D’autant que jusqu’à présent tout lui a souri, baigné dans cette atmosphère joyeuse de la fin des années 60. Aux premiers succès sur les planches, s’ajoutent ceux auprès des filles : « Lotto fut baptisé « Maître Queue ». Il serait faux de dire qu’il baisait tout ce qui passait, en réalité il voyait dans chaque fille le meilleur de ce qu’elle avait. »
Mais quand il rencontre Mathilde, il sent que les choses deviennent plus sérieuses, que sa vie prend un tournant. D’autant que sa femme devient bien plus qu’une compagne très agréable, une collaboratrice, une protectrice, une gestionnaire de carrière, apparemment pleine d’abnégation.
Et si les amis s’éloignent peu à peu, peu importe. Car Lotto choisit de se lancer dans une carrière de dramaturge, entend revisiter la mythologie et réussir en tant qu’auteur plutôt qu’en tant qu’acteur. De premiers succès font du bien à son égo, mais l’installent aussi dans une sorte de confort proche de la cécité. Car il ne voit plus la vie qu’à travers le prisme de cette œuvre qui se construit « Quelque chose se passait tout au fond de lui. Un haut-fourneau qui le carboniserait s’il s’ouvrait. Un secret si profondément enseveli que même Mathilde l’ignorait. »
Imperceptiblement, il s’éloigne de sa femme. À l’image de l’opéra sur lequel il travaille avec Leo, on sent le drame couver, on imagine l’issue tragique. Et si l’on voit bien le dessein de l’auteur qui entend souligner cette descente aux enfers avec les extraits des œuvres de Lancelot, il faut aussi reconnaître qu’elles rendent la lecture moins fluide… Jusqu’au moment où la version de Mathilde prend le relais.
Ici, les secrets ont un poids autrement plus lourd. Sur les circonstances qui ont conduit cette fille unique de France aux Etats-Unis, sur la relation qu’elle entretient avec son «protecteur», sur la manière dont elle partira à la recherche d’un bon parti. Le mariage n’est plus alors une belle histoire d’amour, mais le fruit d’un calcul qui tient davantage de Machiavel que de Cupidon.
Au fil des révélations, le récit devient stupéfiant, fascinant. Très troublant. Entre le personnage lisse et bien-né de Lotto et les failles et la complexité du personnage de Mathilde, Lauren Groff dissèque bien davantage qu’un mariage. Elle fait voler en éclat la légende de l’amour qui serait la «fusion avec l’autre», brise la version trop fleur bleue du rêve américain et radiographie une société qui se cherche des valeurs, une vision. On comprend, en refermant ce livre, que Barack Obama a pris beaucoup de plaisir à le lire. À votre tour…

Autres critiques
Babelio
Télérama (Marine Landrot)
Le JDD (Marie-Laure Delorme)
Tribune de Genève (Boris Senff)
Culturebox (Laurence Houot)
Le Devoir (Chistian Desmeules)
Le Temps (André Clavel)
Blog Dingue de livres
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Les mots de la fin
Blog Journal d’une lectrice
Blog Nyctalopes 

Les premières pages du livre http://www.youscribe.com/catalogue/documents/litterature/romans-et-nouvelles/les-furies-2793708

Extrait
« Ils s’appelaient Lotto et Mathilde. L’espace d’une minute, ils contemplèrent une mare remplie de créatures pleines d’épines qui, en se cachant, soulevaient des tourbillons de sable. Il prit son visage entre ses mains et embrassa ses lèvres pâles. Il aurait pu mourir de bonheur en cet instant. Il eut une vision, il vit la mer enfler pour les ravir, emporter leur chair et rouler leurs os sur ses molaires de corail dans les profondeurs. Si elle était à ses côtés, pensa-t-il, il flotterait en chantant. Certes, il était jeune, vingt-deux ans, et ils s’étaient mariés le matin même en secret. En ces circonstances, toute extravagance peut être pardonnée. »

A propos de l’auteur
Lauren Groff est né en 1978 à Cooperstown, NY, et a grandi à une rue du Baseball Hall of Fame. Elle est diplômée de Amherst College et a une maîtrise dans la fiction de l’Université de Wisconsin-Madison. Ses nouvelles ont été publiées ou sont à venir dans un certain nombre de journaux, dont The Atlantic Monthly, Ploughshares, Glimmer Train et dans les anthologies telles que Best American Short Stories 2007. Elle a reçu la bourse Axton dans la fiction à l’Université de Louisville, et a eu des résidences et des bourses à Yaddo et le Centre du Vermont Studio.
Le premier roman de Lauren, Les Monstres de Templeton, publié en Février 2008, figurait sur la liste des best-sellers du New York Times et Booksense. Son deuxième livre est un recueil de nouvelles. Elle vit à Gainesville, en Floride avec son mari, fils de Clay Beckett, et le chien Cooper. (Source : Babelio.com)

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Dis-moi pourquoi

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Dis-moi pourquoi
Patrick Besson
Éditions Stock
Roman
162 p., 17 €
EAN : 9782234071117
Paru en septembre 2016

Où?
Le roman se déroule en France, à Campan près de Bagnères-de-Bigorre ainsi qu’à Lourdes. Les origines et les domiciles des protagonistes nous conduisent également à Chambon-sur-Voueize, à Paris, à Montrouge, à Dijon. Un séjour en Angleterre et un projet de voyage au Kenya, à Nairobi sont évoqués.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Elle a un problème, Julie : les hommes la quittent mais ne lui disent jamais pourquoi.
Lors d’un séjour chez ses parents dans les Pyrénées, elle rencontre un jeune inspecteur du fisc, qui la quitte le jour de leurs fiançailles. Sans lui dire pourquoi. Mais nous qui avons lu le livre, on sait pourquoi !
Dis-moi pourquoi est aussi la peinture – au pistolet dirait l’auteur – d’une bourgeoisie décomposée, burlesque, égoïste, immorale et, ainsi que le montre la fin du livre, complètement folle.

Ce que j’en pense
***
Un peu comme dans un film de Claude Sautet, le dernier court roman de Patrick Besson nous convie à une réunion de famille autour d’un repas. La scène se déroule au pied du pic du Midi dans la demeure des Cauterets. Les hôtes sont Maryse, sexagénaire gourmande et un peu rondouillette («les mères sont souvent une version détériorée de leur fille») et son ex-mari surnommé Pilou. Ils sont divorcés, mais envisagent de se remarier.
Leur fille Julie, attachée de presse à Paris a fait le voyage après une nouvelle rupture. Mais qui sait, peut-être trouvera-t-elle l‘amour au bord de l’Adour ?
Jean-Jacques, son ami d’enfance est également présent avec son épouse Simone. Le couple d’Antillais est sur le point de voir naître leur premier enfant, heureux événement qui ne sera pas sans conséquences sur l’épilogue de ces retrouvailles champêtres.
Un peu incongrue dans cet aréopage est la présence d’Alain, l’inspecteur des impôts. D’autant que l’on apprendra bien vite qu’un contrôle fiscal a quasiment ruiné la famille et que Pilou se montre volontiers agressif en présence d’agents du fisc. Car il a notamment été contraint de vendre les vignes qui produisaient ce vin de Bigorre qui faisait sa fierté tout en faisant tourner les têtes.
Patrick Besson va ciseler les dialogues qui constituent le cœur de son roman et qui mêlent avec beaucoup d’habileté ironie, humour et affirmations de plus ou moins grande mauvaise foi.
Après Maryse, qui sent que le moment est parfaitement choisi pour réveiller sa libido, c’est un tour de sa fille de prendre le premier rôle de cette comédie grinçante.
Voilà « la femme créée pour la minijupe et les hauts talons. Elle a trente et un ans d’élégance méchante et un peu découragée. Longs cheveux bruns qui caressent son dos souvent nu. » en train de faire son irrésistible numéro de charme auprès de l’inspecteur des impôts qui fond comme neige au soleil, à tel point que l’on en vient déjà à parler de mariage !
Inutile de dire que Pilou – qui déteste qu’on l’affuble de ce surnom – ne voit pas vraiment cette relation d’un bon œil. Mais comme de son côté, il est question de remariage, il va laisser filer…
D’autant que Julie est peu encline à se lancer dicter son attitude par son géniteur: «J’ai passé mon enfance à attendre ses coups et mon adolescence à attendre ses coups de téléphone.»
D’une révélation à l’autre, d’un secret de famille à l’autre (si Simone, l’épouse de Jean-Jacques, est enceinte, c’est par un accident, Jean-Jacques ayant « brûlé un stop») on va se régaler de ces règlements de compte sous couvert de joyeuses retrouvailles.
Maryse s’amuse à dresser la liste des ex de sa fille jusqu’à ce, comme un boomerang, son petit jeu lui revienne en pleine figure. Elle va apprendre que l’un de ses propres amants, Edouard Daumal, a aussi mis sa fille dans son lit.
Quant à son père, il se souviendra des amis musiciens de sa fille, Barry et Jérôme et pourra ériger une règle universelle à partir de cette expérience : « Règle numéro un : ne jamais donner sa fille à un artiste. Premier inconvénient : il vous la rendra. Deuxième inconvénient : il vous la rendra en morceaux. »
Voilà par conséquent l’inspecteur des impôts presque adoubé par son ennemi. Ne reste plus qu’à publier les bancs, acheter une bague et faire confectionner les habits pour sceller leur union.
C’est à ce moment que l’orage va éclater. Soudain, le beau scénario va voler en éclats nous offrant une fin riche en surprises que je vous laisse découvrir. Sachez simplement qu’elle porte au paroxysme cette analyse sans fards de nos petits et grands travers. Dis-moi pourquoi la vie de famille devient si vite un jeu de massacre !

Autres critiques
Babelio
Le Point (Julie Malaure)
Blog Les petits carnets d’ABL 
Blog Culture 31 

Extrait
« – Pourquoi l’inspecteur des impôts ? demande Maryse.
– Il m’a paru adroit de l’inviter à déjeuner. J’ai l’impression que nous avons affaire à un gourmet.
– À quoi vois-tu ça ?
– À son tour de taille.
– C’est peut-être un goinfre.
– Alors il se goinfrera.
Maryse, pensive soudain, lève un doigt.
– Il faudra le tenir éloigné de Pilou. Quand mon ex-mari est à proximité d’un inspecteur des impôts, il l’insulte, ou bien le frappe.
– Il a perdu sa fortune dans un contrôle fiscal, rappelle Jean-Jacques.
– Notre fortune. À l’époque, nous étions mariés.
– C’était lui qui l’avait faite.
– Oui, mais c’était moi qui la dépensais.
– Pas élégant de quitter un homme ruiné.
– C’est lui qui a demandé le divorce. J’en ai conclu que, comme la plupart des hommes riches, il m’aimait pour son argent. Quant à moi, l’inspecteur des impôts peut toujours essayer de me ruiner, l’estomac de mes amis s’en est déjà chargé. » (p. 13-14)

À propos de l’auteur
Patrick Besson, depuis plus de quatre décennies, construit une œuvre diverse et multiforme, parmi laquelle il faut citer Dara (grand prix du roman de l’Académie française en 1985) et Les Braban (Prix Renaudot en 1995). Il poursuit par ailleurs une carrière de journaliste et de polémiste engagé, à la verve parfois meurtrière mais toujours pleine d’humour et de tendresse humaine. (Source : Éditions Stock & Plon)

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Une comédie des erreurs

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Une comédie des erreurs
Nell Zink
Éditions du Seuil
Roman
traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Charles Recoursé
300 p., 20,50 €
EAN : 9782021220438
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en Virginie, dans le Sud profond des Etats-Unis, à Port Royal, Stillwater, Fredericksburg, Woolworth, Fairfax, Manassas, Reston, Falls Crurch, Richmond, et s’étend jusqu’à Bristol dans le Tennessee, bifurque à Little Washington puis Woodberry, en passant par Norfolk et New York. On y évoque aussi Centerville, Yorktown, Poquoson et Georgetown.

Quand?
L’action se situe dans les années soixante et la décennie suivante.

Ce qu’en dit l’éditeur
Dans une petite université de la Virginie, une jeune lesbienne idéaliste tombe amoureuse de son professeur de poésie, réputé pour ses frasques homosexuelles. Improbable mais pas impossible ? nous sommes au milieu des années 1960. S’ensuivent quelques nuits d’amour torrides, une grossesse inattendue, un mariage à la va-vite, un deuxième enfant, et un ressentiment qui tourne à la haine mutuelle.
Alors Peggy plaque mari et fils pour disparaître avec sa fille de trois ans dans une cambrousse du sud des États-Unis. Elles squattent une bicoque délabrée et vivotent sous les identités usurpées d’une femme noire et de sa fille. La petite Karen est pâle et blonde, et alors ? À cette époque-là et dans ces régions-là, une goutte de sang noir dans un arbre généalogique suffit à justifier d’une appartenance à la race considérée jusque peu comme inférieure. Ce qui arrange Peggy, car c’est la planque idéale.
Mais échappe-t-on jamais à ses origines? Les hasards du destin rapprocheront les membres de cette famille ô combien dysfonctionnelle, pour le meilleur et pour le pire.

« Nell Zink est un écrivain aux talents et aux capacités extraordinaires. Son œuvre soulève sans cesse la possibilité d’un monde plus vaste et plus étrange qu’on ne le pense. Vous n’êtes peut-être pas prêts à le croire, mais son style et ses histoires sont d’une force telle que vous n’aurez pas le choix.» Jonathan Franzen

Ce que j’en pense
****
Parmi les découvertes de la rentrée 2016, le premier roman traduit en français de Nell Zink occupe une place à part. Une comédie des erreurs (titre original : Mislaid) est le second roman de cette femme qui a grandi en Virginie (elle y situe l’action du roman au milieu des années soixante) avant de se lancer dans la musique et l’écriture en publiant «Animal Review». Ce fanzine tomba entre les mains d’un musicologue israélien qu’elle épousera et accompagnera à Tel Aviv où elle continuera à écrire ses petites histoires. Activité qu’elle poursuivra en Allemagne où elle vit aujourd’hui. Encouragée par Jonathan Franzen, avec lequel a entretient une correspondance régulière, elle publiera un premier roman, The Wallcreeper, qui se déroule dans la mouvance écologiste allemande et qui sera salué par la critique, la plaçant d’emblée au rang d’un John Irving.
Si ces compliments méritent encore confirmation, il est vrai que l’on retrouve dans Une comédie des erreurs des situations et une manière très imagée de retracer les événements qui nous rapproche du monde selon Garp et plus encore de L’œuvre de Dieu, la part du diable.
Peggy Vaillaincourt est le personnage principal de cette histoire qui nous replonge dans l’Amérique profonde. Après une enfance et une adolescence peu propice aux excentricités – son père est prêtre épiscopalien et aumônier dans un pensionnat de jeunes filles, sa mère fait office de psychologue pour les brebis égarées – elle choisit de poursuivre des études à l’université de Stillwater. Dans ce «repaire de lesbiennes», elle va parfaire sa formation auprès de Lee Fleming, un professeur de poésie homosexuel.
Cette liaison improbable ne va pas tarder à porter ses fruits : « C’était la première fois que Peggy voyait un gynéco et cela ne lui plut pas. Il était censé lui poser un diaphragme. Au lieu de ça il jeta un coup d’œil à son col de l’utérus et dit : « Mademoiselle Vaillaincourt, vous êtes enceinte et je dirais que vous en êtes à un stade où vous devriez saisir la première occasion pour vous marier. » Elle dit qu’elle ne voulait pas d’un bébé, et il répéta sa sentence mot pour mot sur un ton parfaitement identique, telle une machine. »
S’il répond à un souci de respectabilité, surtout à cette époque, le mariage ne résout pas les problèmes. Et si un second enfant naîtra après leur union, la conception qu’ils ont de leurs rôles respectifs va faire voler en éclat le couple. Peggy n‘entend pas jouer les mères au foyer et entend s’engager dans une carrière littéraire, Lee veut conserver sa liberté, quitte à faire interner son épouse récalcitrante et par trop fantasque.
C’est le moment que choisit Peggy pour prendre la poudre d’escampette et se réfugier avec sa fille Mireille dans une bâtisse laissée à l’abandon dans une zone de marécages. Afin d’effacer toute trace de son identité, elle prennent le nom d’une famille noire: Meg et Karen Brown. Ce subterfuge va parfaitement fonctionner, ne suscitant guère d’interrogations parmi le voisinage. Mieux même, il crédibilise les conditions de vie précaires imposées par cette fuite. Dans cette Amérique qui se bat pour les droits civiques, il est normal que les noirs soient pauvres.
Du roman de formation, on passe insensiblement à une étude sur les droits des femmes, puis à une réflexion sur le racisme et les droits civiques pour finir sur une réflexion désenchantée sur les principes d’éducation et le rôle de la famille.
Lee va effet essayer de retrouver sa femme pendant bien des années avec son fils à ses côtés. Peggy va elle tenter de s’extirper des marais qui l’entourent avec, cette fois sa fille à ses côtés. Nell Zink se place en narratrice omnisciente qui observe cette mêlée et sonde les contradictions et l’égocentrisme des uns et les autres. Avec beaucoup de subtilité, elle nous livres– quelquefois sur la même page – les arguments des uns et des autres. C’est ce que donne aussi au récit tout son sel. La comédie prend des accents joyeux et les erreurs se révèlent quelquefois des choix très lucides. Auteur à suivre !

Autres critiques
Babelio 
Libération (Simon Blin)
Blog Les carnets du Dr. Platypus
Blog Journal d’une lectrice 
Blog Léa Touch Book 
Les vingt-cinq premières pages 

Extrait
« Peggy Vaillaincourt, née en 1948 à Port Royal, au nord de Richmond, était fille unique. Ses parents avaient des moyens mais menaient une vie modeste et dévouée à leur paroisse. Son père était prêtre épiscopalien et aumônier dans un pensionnat de jeunes filles. Sa mère était la femme de son père – un sacerdoce à plein temps. L’ère des psychologues et des thérapeutes n’était pas encore advenue, ainsi lorsqu’une fille perdait l’appétit ou qu’une femme se sentait coupable après un curetage, elle allait voir Mme Vaillaincourt, ce qui donnait à celle- ci un sentiment d’importance. Le révérend Vaillaincourt, lui, se sentait important tout le temps, car il descendait d’une famille qui avait caché John Wilkes Booth, l’assassin de Lincoln.. » (p. 13)

À propos de l’auteur
Née en Californie en 1964, Nell Zink a grandi en Virginie et vit aujourd’hui près de Berlin. Elle a travaillé, entre autres, dans la construction (ouvrier maçon), dans les produits de beauté (secrétaire chez Colgate-Palmolive), dans la musique (rédactrice en chef d’un fanzine post-punk animalier), dans le milieu académique (doctorante à l’université de Tübingen), avant de se tourner vers l’écriture. Une comédie des erreurs est son premier roman à paraître en France. (Source : Éditions du Seuil)

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L’insouciance

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mrl2016

L’insouciance
Karine Tuil
Éditions Gallimard
Roman
528 p., 22 €
EAN : 9782070146192
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule principalement à Paris, mais aussi à Clichy-sous-Bois, dans la Vallée de Chevreuse, dans les Alpes, à Paphos, sur l’île de Chypre, à New-York, à Southampton, en Israël, en Afghanistan, en Irak.

Quand?
L’action se situe de 2001 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
De retour d’Afghanistan où il a perdu plusieurs de ses hommes, le lieutenant Romain Roller est dévasté. Au cours du séjour de décompression organisé par l’armée à Chypre, il a une liaison avec la jeune journaliste et écrivain Marion Decker. Dès le lendemain, il apprend qu’elle est mariée à François Vély, un charismatique entrepreneur franco-américain, fils d’un ancien ministre et résistant juif. En France, Marion et Romain se revoient et vivent en secret une grande passion amoureuse. Mais François est accusé de racisme après avoir posé pour un magazine, assis sur une œuvre d’art représentant une femme noire. À la veille d’une importante fusion avec une société américaine, son empire est menacé. Un ami d’enfance de Romain, Osman Diboula, fils d’immigrés ivoiriens devenu au lendemain des émeutes de 2005 une personnalité politique montante, prend alors publiquement la défense de l’homme d’affaires, entraînant malgré lui tous les protagonistes dans une épopée puissante qui révèle la violence du monde.

Ce que j’en pense
Parmi les ouvrages favoris des Prix littéraires, Karine Tuil figure en bonne place. Un choix parfaitement justifié tant l’auteur parvient à tenir son lecteur en haleine tout au long des 528 pages de L’Insouciance, faisant de cet ambitieux roman un «page-turner» formidablement efficace.
Les premiers chapitres nous présentent les personnages qui vont se croiser au fil du déroulement de ce récit, à commencer par le baroudeur Romain Roller qui revient d’Afghanistan, après avoir déjà traîné sa bosse dans d’autres points chauds de la planète. Avec ce qu’il reste de sa troupe, il se retrouve dans un hôtel de Chypre, afin de décompresser et se préparer à retrouver la «vie normale». Un programme dont les vertus ne sont pas évidentes, faisant côtoyer de grands traumatisés avec de riches touristes.
Le second personnage a 51 ans. Il s’appelle François Vély. On pourrait y reconnaître un Vincent Bolloré, un Bernard Arnault ou encore un Patrick Drahi, bref un tycoon qui est à la tête d’un groupe de téléphonie mobile qui s’est développé à partir du minitel rose et dont les marottes sont les médias (il vient de racheter un grand quotidien) et l’art contemporain (il aime parcourir les salles de vente).
Vient ensuite Osman Diboula. À l’opposé de François Vély, ce fils d’immigrés ivoiriens a grandi dans la banlieue parisienne la plus difficile. Toutefois, grâce à son engagement – il avait créé un collectif, «avait imaginé des sorties de crise, présenté les quartiers en difficulté sous un autre jour» et était devenu porte-parole des familles lors des émeutes de Clichy-sur-Bois. Du coup les politiques s’intéressent à lui et lui va s’intéresser à la politique. Il gravit les échelons jusqu’à se retrouver dans les cabinets ministériels. Mais n’est-il pas simplement le black de service, chargé de mettre un peu de diversité au sein du gouvernement ? À ses côtés une femme tout aussi ambitieuse ne va pas tarder à le dépasser dans les allées du pouvoir.
Puis vient Marion Decker, envoyée spéciale sur les zones de guerre. Jeune et jolie, «il y avait de la violence en elle, un goût pour la marginalité qui s’était dessiné pendant l’enfance et l’adolescence quand, placée de famille d’accueil en famille d’accueil, elle avait dû s’adapter à l’instabilité maternelle, une période qu’elle avait évoquée dans un premier roman remarqué, Revenir intact, un texte âpre, qui lui avait permis de transformer une vie dure en matière littéraire». Ce caractère trempé fascine François Vély qui n’hésite pas à délaisser son épouse pour partir à la conquête de la journaliste. Il l’invitera pour quelques jours à Chypre.
Dès lors le roman peut se déployer, jouer sur tous les registres du drame et de la comédie, et ce faisant, dresser un état des lieux de ce XXIe siècle commençant.
Le lieutenant Romain Roller craint de retrouver sa femme Agnès, sa famille et ses amis. Pris dans un stress post-traumatique, il essaie vainement d’oublier son cauchemar. Quand il croise Marion, c’est pour lui comme une bouée de sauvetage. Dans ses bras, il oublie ses plaies et sa culpabilité, ayant survécu à l’embuscade mortelle dont son bataillon a été victime et dont le récit-choc ouvre le roman. Il fait l’amour avec la rage du désespoir et se sent perdu dès qu’elle le quitte pour sa «vraie vie».
Car ce n’est vraiment pas le moment de quitter François Vély. Le capitaine d’industrie est pris dans une sale affaire, après la publication d’un entretien illustré par une photo le montrant assis sur une chaise représentant une femme noire «soumise et offerte». Lui dont la famille a voulu, par souci d’intégration, changer son nom de Lévy en Vély, se retrouve accusé de racisme et d’antisémitisme. Le scandale dont les réseaux sociaux font leurs choux gras ne tarde pas à prendre de l’ampleur et la société est salie. Confronté à un fils qui entend renouer avec ses racines et partir en Israël rejoindre un groupe fondamentaliste, il doit aussi surmonter le suicide de sa femme qui s’est jetée sans explication d’un immeuble.
«Il croyait vraiment qu’un couple peut survivre à un drame sans en être atteint, déchiré, peut-être même détruit ? L’amour n’est pas fait pour l’épreuve. Il est fait pour la légèreté, la douceur de vivre, une forme d’exclusivité, une affectivité totale. L’amour est un animal social impitoyable, un mondain qui aime rire et se distraire – le deuil le consume, la maladie atteint une part de lui-même, celle qui exalte le désir sexuel, les conflits finissent par le lasser, il se détourne.»
En courts chapitres, qui donnent un rythme haletant au récit, on va voir s’entremêler les ambitions des uns, la douleur des autres. Le tout sans oublier quelques rebondissements qui font tout le sel d’une intrigue que l’on n’a pas envie de lâcher. François, qui a eu vent de son infortune, aura-t-il la peau de Roller ? Rejouera-t-il l’histoire du Roi David et de Bethsabée ? Osman Diboula parviendra-t-il à éteindre l’incendie qui met en péril l’empire de son ami ? Retrouvera-t-il les grâces d’un Président de la République qui semble l’avoir mis sur une voie de garage ? Romain quittera-t-il sa femme pour Marion ? À 29 ans, cette dernière quittera-t-elle son confort matériel pour une aventure incertaine ?
Partez à la découverte de ce grand roman, même au risque de perdre cette insouciance qui lui donne son titre : «quelque chose en nous était perdu, non pas l’innocence – car il y avait longtemps que nous n’y croyions plus – mais l’insouciance…»

Autres critiques
Babelio
France Inter (Le mag de l’été – Leila Kaddour-Boudadi, fichier audio 46′)
20 minutes.fr (Laurent Bainier)
Les Echos (Thierry Gandillot)
Toute la culture (Melissa Chemam – avec interview de l’auteur)
Atlantico (Serge Bressan)
La règle du jeu (Christine Bini)
Le blog de Gilles Pudlowski
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Sophie lit (Sophie Andriansen)
Blog Envies de lire (RTL.be – Christine Calmot)
Blog Cultur’elle  (Caroline Doudet)

Extrait
« Romain Roller avait l’habitude, la peur, il avait fini par l’apprivoiser, il avait été formé pour ça, et à l’âge où ses amis vivaient de petits boulots, devenaient vigiles, chauffeurs, entraîneurs sportifs, à l’âge où, de l’autre côté du périphérique, des ambitieux préparaient leur avenir professionnel comme une capitalisation à long terme, Romain Roller avait rejoint l’armée, le groupement des commandos de montagne affilié à un bataillon de chasseurs alpins pour finir par obtenir le grade de lieutenant, et tout ça pour se retrouver où ? Au Kosovo, à Mitrovica, où il avait vu des victimes brûlées, s’échappant de leurs maisons incendiées par l’explosion de cocktails Molotov, se jetant par les fenêtres, tentant de survivre par tous les moyens car personne ne veut mourir, c’est tout ce qu’il avait appris à la guerre, rien d’autre… En Côte d’Ivoire, à Bouaké, où un campement de soldats français en mission pacifique avait été bombardé par un avion de l’armée du président ivoirien, causant la mort de neuf soldats français et d’un Américain…
En Centrafrique, où des cadavres gisaient, putréfiés, dépecés à coups de machettes, des mouches grosses comme des olives voltigeant autour dans un bourdonnement de scie électrique, des familles entières – hommes, femmes, enfants – victimes de guerres ethniques, et après ça, vous pensez être blindé, vous êtes encore capable de vous endormir sans somnifère, sans alcool, sans être réveillé en pleine nuit par des images de charniers, vous avez des envies, du désir, vous sortez, vous parlez, oui mais jusqu’à quand, jusqu’à quand ? Car vous aurez beau tâter toute la misère du monde, tant que vous n’avez pas connu l’Afghanistan, vous n’avez rien vu… »

A propos de l’auteur
Karine Tuil est née le 3 mai 1972 à Paris. Diplômée de l’Université Paris II-Assas (DEA de droit de la communication/Sciences de l’information), elle prépare une thèse de doctorat portant sur la réglementation des campagnes électorales dans les médias en écrivant parallèlement des romans. En 1998, elle participe à un concours sur manuscrit organisé par la fondation Simone et Cino Del Duca. Son roman Pour le Pire y est remarqué par Jean-Marie Rouart, alors directeur du Figaro littéraire. Quelques mois plus tard, son texte est accepté par les éditions Plon qui inaugurent une collection « jeunes auteurs ». Pour le pire, qui relate la lente décomposition d’un couple paraît en septembre 2000 et est plébiscité par les libraires mais c’est son second roman, Interdit, (Plon 2001) – récit burlesque de la crise identitaire d’un vieux juif – qui connaît un succès critique et public. Sélectionné pour plusieurs prix dont le prix Goncourt, Interdit obtient le prix Wizo et est traduit en plusieurs langues. Le sens de l’ironie et de la tragi-comédie, l’humour juif se retrouvent encore dans Du sexe féminin en 2002 – une comédie acerbe sur les relations mère-fille, ce troisième roman concluant sa trilogie sur la famille juive.
En 2003, Karine Tuil rejoint les Editions Grasset où elle publie Tout sur mon frère qui explore les effets pervers de l’autofiction (nommé pour les Prix des libraires et finaliste du prix France Télévision).
En 2005, Karine Tuil renoue avec la veine tragi-comique en publiant Quand j’étais drôle qui raconte les déboires d’un comique français à New-York. Hommage aux grands humoristes, Quand j’étais drôle est en cours d’adaptation pour le cinéma et obtient le prix TPS Star du meilleur roman adaptable au cinéma.
En 2007, Karine Tuil quitte le burlesque pour la gravité en signant Douce France, un roman qui dévoile le fonctionnement des centres de rétention administrative (en cours d’adaptation au cinéma par Raoul Peck).
Karine Tuil a aussi écrit des nouvelles pour Le Monde 2, l’Express, l’Unicef et collaboré à divers magazines parmi lesquels L’Officiel, Elle, Transfuge, Le Monde 2, Livres Hebdo. Elle écrit actuellement des portraits de personnalités du monde économique pour Enjeux les Echos.
Son septième roman, La domination, pour lequel elle a reçu la Bourse Stendhal du ministère des Affaires étrangères a été publié chez Grasset en septembre 2008 (sélection prix Goncourt, prix de Flore). Il paraît en livre de poche en août 2010.
Son huitième roman Six mois, six jours, paraît en 2010 chez Grasset . A l’occasion de la rentrée littéraire 2010, Grasset réédite son deuxième roman Interdit (prix Wizo 2001, sélection prix Goncourt). Six mois, six jours a été sélectionné pour le prix Goncourt, Goncourt des lycéens et Interallié. Il a obtenu en 2011, le prix littéraire du roman news organisé par le magazine styletto et le Drugstore Publicis.
Son neuvième roman intitulé L’invention de nos vies est paru en septembre 2013 à l’occasion de la rentrée littéraire aux éditions Grasset pour lequel elle a été parmi les 4 finalistes du prix Goncourt. Il est actuellement traduit en Hollande, en Allemagne, en Grèce, en Chine et en Italie. Il a connu un succès international et a été publié aux Etats-Unis et au Royaume-Uni sous le titre The Age of Reinvention chez Simon & Schuster. Il est en cours d’adaptation pour le cinéma. L’insouciance est son dixième roman. (Source : karinetuil.com)

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Une famille normale

MEILLON_Une_famille_normale

Une famille normale
Garance Meillon
Fayard
Roman
240 p., 17 €
EAN : 9782213687469
Paru en janvier 2016

Où?
Le roman se déroule principalement à Paris, avec l’évocation de voyages en Provence, sur l’île d’Oléron et d’une escapade à Bombay, en Inde.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Cassiopée et Damien ne font l’amour que le mardi, quand les enfants ont leurs activités parascolaires. Lucie aussi fait l’amour le mardi, pendant que ses parents la croient à son cours de danse. Et Benjamin dessine le système solaire sur les murs de sa chambre.
Mais pourquoi Cassiopée se montre-t-elle irrémédiablement incapable de pleurer, même à la mort de sa propre mère ? Et quelle lubie prend soudain Damien de vider l’appartement de la moitié de ses meubles ?
On se parle peu, et sans doute se comprend-on encore moins. Mais on donne le change. Jusqu’à quand ?

Ce que j’en pense
****
Voilà encore une belle découverte! Une famille normale – aussi normale que peut l’être, par exemple, un Président normal – raconte avec beaucoup d’humour, mais aussi d’ironie, le quotidien d’un couple et de ses deux enfants, une fille de seize ans et son frère de treize ans. L’usure du couple et les crises d’adolescents ont certes fait l’objet de nombreux romans, mais la bonne idée de Garance Meillon est de donner la parole aux différents protagonistes, chapitre après chapitre. Cette technique nous permet d’entrer dans la psychologie des quatre acteurs principaux, mais surtout de découvrir les incompréhensions, voire l’appréciation diamétralement opposée de certains faits, suivant que l’on est une mère, un père, un garçon ou une fille.
Le roman s’ouvre au moment où Cassiopée apprend le décès de sa mère et doit lutter avec son histoire familiale : «Ma mère avait amené une espèce de vieux beau en costume à mon mariage. Mon père était mort depuis longtemps, mais intérieurement j’étais tout de même révoltée. C’était comme la négation de toute la vie qu’on avait eue tous les trois. Je n’ai pas de frères et sœurs. Ça a toujours été moi, rien que moi.» Aussi a-t-elle choisi de se détacher de sa génitrice et n’est pas vraiment affectée par sa mort. Organiser les obsèques et ranger les affaires de la défunte s’apparente plus à une corvée pour elle.
Damien, son mari, n’est pas vraiment étonné de sa réaction, lui qui rêve des beaux jours qui ont marqué les premières années de leur mariage et doit désormais se contenter de faire l’amour le mardi soir, quand les enfants ne sont pas là. Une sorte de rituel censé prouver que l’amour est toujours là. Mais personne n’est dupe, pas même les enfants.
D’autant que pour eux aussi, l’amour est au centre des préoccupations. Lucie a déjà des convictions: «En fait je crois que je ne supporte plus ma famille. Certains diront que c’est prévisible à seize ans. Et je répondrai que je les emmerde. […] J’ai toujours été en avance sur tout. Et l’amour, je l’aurai connu avant toutes les filles de ma classe. Je parle du vrai amour.» Mais l’arrogance et les certitudes vont bientôt voler en éclat.
Benjamin est lui aussi mal à l’aise. Sa sœur ne joue plus avec lui et ses parents oublient d’entendre ce qu’il veut leur dire. Il rêve de conquérir l’espace et le cœur de la belle Marianne. Un avenir héroïque qu’il entend concrétiser au plus vite : «J’ai souvent pensé à m’échapper pour quelques jours, à faire une fugue comme le Grand Meaulnes. Mais j’ai trouvé mieux. J’ai un plan.»
Les événements vont alors s’enchaîner jusqu’à une scène d’anthologie où l’on verra chacun des membres découvrir combien ils se sont fourvoyés et combien leur vérité était loin de la vérité. Sans déflorer les péripéties cocasses et les épisodes tragi-comiques, je conclurai cette chronique comme ce roman délicieux, avec ce conseil tiré d’un extrait de lettre que Cassiopée découvre en rangeant l’appartement de sa mère défunte : « Lis ces mots ma fille. Lis-les vraiment. Puis mets-les au fond du tiroir de la table de nuit, parmi les mots croisés que tu fais lorsque tu t’ennuies, ou bien range-les en haut de la grande armoire de la cuisine, avec des modes d’emploi ménagers que tu as l’habitude de classer par ordre alphabétique. Et alors du tu seras libre. »

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Autres critiques
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Elle (Jeanne de Menibus)

Extrait
«C’était un beau mariage. Je me souviens de la robe que maman avait mise ce jour-là. En la voyant arriver ainsi, j’ai eu honte, puis j’ai eu honte d’avoir honte de ma mère. « C’est ethnique, ma chérie », m’avait-elle dit avec un grand sourire. Elle portait avec ça des boucles d’oreilles en bois triangulaires, une catastrophe. Je me rappelle d’ailleurs avoir été furieuse contre elle, qu’elle choisisse de s’habiller comme cela le jour de mon mariage. Alors que je lui avais acheté une robe Hermès absolument somptueuse, qui était tout à fait de son âge… Je me suis dit que rien ne pouvait entraver mon bonheur, ce jour-là, et c’était aussitôt devenu vrai. Lucie était déjà dans mon ventre, Benjamin arriverait trois ans plus tard.
Ma mère avait amené une espèce de vieux beau en costume à mon mariage. Mon père était mort depuis longtemps, mais intérieurement j’étais tout de même révoltée. C’était comme la négation de toute la vie qu’on avait eue tous les trois. Je n’ai pas de frères et sœurs. Ça a toujours été moi, rien que moi. Quand mon père est parti, je me suis retrouvée seule face à elle, ne sachant quoi faire. Je ne voulais pas partager un deuil avec elle. Son regard était difficile à soutenir. Cet air vague qu’elle avait le matin en faisant le café. Je savais qu’elle pensait à lui. Et cette musique qu’elle écoutait toujours trop fort, Bob Dylan, Leonard Cohen, Janis Joplin. Je fais souvent l’expérience de ce type d’agacement bien particulier, celui que l’on ressent pour les gens dont on est proche et que l’on connaît par cœur.
Petite, j’avais honte quand elle venait me chercher à l’école. Toutes les autres mères portaient des colliers, des vestes en tweed, des petits talons. Ma mère arrivait en pantalon à carreaux et perfecto en cuir. Elle ne prêtait jamais attention aux autres mères, ou alors leur adressait un sourire radieux, dans lequel pointait l’insolence, lorsqu’elle croisait leur regard effaré. Elle fumait des joints devant mes copines. Je suis sûre qu’elle s’en est roulé un avant de se mettre au lit, le soir de sa mort. Je peux presque visualiser le mégot écrasé sur sa table de nuit. Plus tard, mes amies m’ont enviée d’avoir une mère aussi « rock’n’roll ». Elles ne pouvaient pas comprendre.
Cela fait des années que je n’ai pas pleuré. » (p. 18-19)

A propos de l’auteur
Garance Meillon est scénariste et réalisatrice. Elle livre ici une plongée sensible, dure et drôle, dans la cellule pathogène qu’est la famille, qui pose avec humour et violence les questions de l’amour, de l’affranchissement et de la transmission.
Une famille normale est son premier roman. (Source : Éditions Fayard)

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140 signes :

Moro-sphinx

ESTEVE_Moro-sphinx

68_premieres_fois_Logo

Moro-sphinx
Julie Estève
Stock
Roman
184 p., 18 €
ISBN: 9782234080959
Paru en avril 2016

Où?
À l’exception d’une escapade dans les Cyclades (Santorin, Milos, Adamas), le roman se déroule à Paris, dans le XIVe près du Parc Montsouris, et banlieue, par exemple à Saint-Germain-en-Laye ou Pantin.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Lola est une trentenaire parisienne, comme les autres. Enfin pas tout à fait. Jamais la phrase dite par Charles Denner dans L’homme qui aimait les femmes de François Truffaut n’a été si bien appliquée : les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le monde en tous sens. Lola arpente la ville, amazone, chaque fois que son envie devient plus forte que la raison, l’homme succombe, chasseur devenant proie, même le plus repoussant. À la fin de l’acte, clac, elle lui coupe un ongle. Lola, c’est M la maudite, aux pulsions guerrières. Elle semble sortie d’un manga, bouche rouge et grands yeux. Jusqu’à ce que Lola tombe amoureuse. Mais est-elle vraiment faite pour l’amour ? Et si la passion, c’était la fin du rêve ?

Ce que j’en pense
****
Voilà un roman qui commence très fort, par un homicide à l’aide de couteaux de cuisine en céramique (voir extrait ci-dessous). L’occasion, si je puis dire, de mettre le lecteur en appétit. On sait d’emblée de quoi Lola est capable et on s’imagine le traumatisme qu’elle a dû subir pour en arriver à de telles extrémités.
Pour un premier roman, Julie Estève fait montre d’un beau savoir-écrire et parvient à ménager le suspense, à nous livrer chapitre après chapitre les bribes d’une vie qui se dissout dans une sorte d’ordinaire peu ordinaire.
Car Lola a trouvé dans l’alcool et plus encore dans le sexe, on moyen d’oublier sa solitude. Elle aligne les amants comme un collier de perles, entre les habituels tels que le cordonnier et sa cave aménagée et les occasionnels qui ne la reverront plus. Son rituel consistant à leur arracher à tous un ongle, avec l’idée de remplir tout un bocal de ces bouts de corne. Et ma foi, les beaux ongles manucurés se mélangeant aux crasseux, le petit tas va croître jour après jour.
« Il faut qu’elle trouve de la peau, qu’on la prenne, qu’elle sente en elle un corps et que son corps se gorge d’amnésie. » Parce que Lola a perdu sa mère à huit ans «en morceaux sous les roues d’une voiture. On n’en revient pas.» D’autant que son père va quant à lui trouver dans l’alcool de quoi oublier…
On suit la Princesse dans ses pérégrinations, de bar en fête foraine, des rayons de magasins en simple regard croisé dans la rue. « Elle avait remarqué les ongles blancs manucurés du type. Tout de suite, elle avait eu envie d’eux dans sa collection. Elle avait eu envie de ça comme un caprice distrait la douleur. »
Sauf que la douleur ne part pas. Que le mal s’installe. Qu’il ne la quitte plus. Qu’il l’épuise. « Elle pourrait retourner au supermarché, acheter des lames de rasoir, fondre sous le jet chaud de la douche et se taillader les veines. Ça coûte rien de crever. Trois euros. Trois petits euros pour mettre en pièces les cris de son corps et faire que tout s’arrête, les minutes, les mois, les années. Gagner l’autre rive, l’oubli durable. Trois petits euros pour affranchir l’esclave et achever la solitude. »
À moins que l’amour, le vrai, ne vienne mettre un terme à cette dérive. Mais Lola est-elle prête pour cela ? Et son compagnon se doute-t-il du drame intérieur qui ronge Lola ? Ne s’agit-il pas plutôt d’un « piège à cons dans lequel on se jette en sachant très bien que ça coupe, que ça blesse. »
Sous couvert d’un drame qui couve, Julie Estève nous livre une fable cruelle sur l’amour et ses illusions, sur les clichés qui n’ont pas la vie si dure que cela, sur les choses à dire et à ne pas dire et sur la durée de vie d’une relation, surtout au regard de son intensité. Avec beaucoup de justesse et sans tabous. Ce qui donne à ce conte froid une vraie justesse que les amateurs d’histoire à l’eau de rose éviteront soigneusement !

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Autres critiques
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France Info (Info culture – Thierry Fiorile)
L’Express (Marianne Payot)

Extrait
« Elle n’en peut plus de ces ronflements. Ça devient exaspérant, à la longue, ce ramdam. Son père aussi bourdonnait, comme si un essaim de frelons s’était logé au fond de sa gorge. Elle pourrait le secouer gentiment, siffler quelques notes mais ça ne réglerait pas le problème. Sans parler du reste des choses à redire, c’est inépuisable. Tiens, l’autre soir, il s’est endormi sans une caresse à son endroit. Ça commence par un rien et ça finit dans une longue traînée d’amertume. Elle a le trac car bientôt il l’aimera dans la normalité ou pire, par habitude. Et c’est insupportable. Elle met la main devant la bouche pour étouffer un cri et elle marche vers la cuisine. Quatre couteaux en céramique sont campés en rang d’oignons, du plus petit au plus grand, comme les Dalton et c’est idiot, dans un bloc noir sur l’étagère à poivre, sel, vinaigre, fines herbes et condiments. Elle extrait la lame longue. « Sandoku » est gravé en italique sur le manche. Elle tient la chose, fort dans la main droite. Elle le voit dans le bâillement de la porte, elle entend les raclements de nez, irréguliers et inégaux. Elle se dirige vers lui, se met à genoux au pied du lit. Il est plein de plis et de draps. Elle lui sourit, c’est très tendre et elle lui plante le Sandoku en plein dans le cœur. » (p. 8-9)

A propos de l’auteur
Julie Estève a 36 ans. Moro-sphinx est son premier roman. (Source : Editions Stock)

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Nos vies insoupçonnées

JEANNERET_Nos_vies_insoupconnes

Nos vies insoupçonnées
Anaïs Jeanneret
Albin Michel
Roman
192 p., 16 €
ISBN: 9782226322876
Paru en avril 2016

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Paris ainsi que sur une plage de Bretagne, à l’île de Ré, sur une autre de Normandie, à Oberhoffen, un coin reculé d’Alsace, sans oublier l’évocation d’un séjour à la montagne, à l’Île Maurice et un autre sur une île grecque, deux semaines de vacances au Mexique puis un séjour à Guadalajara.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Une petite fille perdue. Une femme qui a fait le mauvais choix. Un commissaire désabusé et romantique. Une institutrice en colère. Une gloire des médias au parcours inattendu. Une mère et son fils dont la rencontre a scellé des liens d’autant plus solides que leurs passés furent chancelants.
Autant de vies en apparence si banales… jusqu’à ce que l’écriture d’Anaïs Jeanneret en dévoile les subtils décalages et entrelacs : cette part du hasard, de la rencontre, ou encore du désir qui les fait soudainement palpiter et les relie les unes aux autres sous l’effet d’une force insoupçonnée.

Ce que j’en pense
***
Autant vous avertir d’emblée : la construction très originale de ce roman demande une lecture attentive et peut-être est-il préférable de le lire d’une traite pour que les éléments de ce puzzle viennent parfaitement s’emboîter. Sans quoi vous risquez de vous perdre dans les histoires et les personnages. Ajoutons que la plume alerte et le joli style d’Anaïs Jeanneret vous rendront la lecture très agréable, même si ce n’est qu’à la fin du roman que le puzzle dévoilera l’image d’ensemble.
D’emblée, on est pris par le récit de cet enfant coincé sous l’armoire d’une salle de classe et qui tente de suivre la leçon : «Je découvre les élèves de ma cachette. Leur façon de s’agiter et leurs voix me suffisent pour imaginer leurs visages. On entend mieux quand on ne voit pas.» Comme la maîtresse qui finit par découvrir la petite fille, le lecteur ne sait pas qui elle est, comment elle est arrivée là, quel sera son avenir.
Le chapitre suivant ne lèvera pas davantage le voile, car un autre récit commence. Voici le parcours d’Emma qui se demande comment elle est passée à côté de la vie dont elle rêvait. Son premier amour étant parti au service militaire, elle a accepté d’accompagner ses parents à l’île Maurice pour y fêter le réveillon de ses vingt ans. C’est là qu’elle tombe sous le charme de Laurent. Un mois plus tard, est enceinte. «À partir de là, je n’avais plus rien maîtrisé. Ma vie avait été une succession d’erreurs et de renoncements. Ma seule certitude était que je n’étais pas amoureuse de Laurent. (…) Par fierté, j’avais persisté dans mon fourvoiement. Un mauvais aiguillage est si facile. Il suffit d’un moment d’égarement.»
Les jumeaux Victor et Louis naissent presque au même moment ou Laurent devient avocat. Emma s’efface derrière la carrière de son mari et s’occupe de ses enfants, mais sa frustration va croître au fil des enfants jusqu’au jour où le divorce lui semble inéluctable. «Victor venait de s’installer avec sa fiancée. Louis espérait être engagé dans l’entreprise lilloise où il effectuait son stage. Ainsi, je m’étais retrouvée pour la première fois seule chez moi.» Prête pour de nouvelles aventures…
C’est sur une plage bretonne qu’elle va croiser Manuel : «Il a surgi de l’océan, du vide, de la lumière du large que je percevais à travers mes paupières closes. Il a surgi du passé, de ma préhistoire.» Mais n’est-il pas trop tard pour entamer une nouvelle liaison ?
Entre temps, Manuel est devenu commissaire de police. Il est chargé de l’affaire Alice, cette petite fille prénommée ainsi par la maîtresse qui l’a découverte dans sa classe. Les liens entre les différentes histoires commencent à se tisser.
Anaïs Jeanneret nous propose alors de revenir sur le parcours de la maîtresse. Eloïse Jinkerson a maintenant 43 ans. Elle est seule, mais a trouvé un peu de sérénité après une relation difficile avec un écrivain. Mais était-elle amoureuse de l’écrivain ou de son œuvre ? Et lui, était-il sous le charme de la jeune fille ou éprouvait-il le besoin d’avoir une admiratrice à portée de main? Toujours est-il que le temps ne va pas tarder à user le couple. «Le jour où il n’a plus vu en moi qu’une contrainte, qu’un frein à ses désirs de liberté, il m’a quittée. Je n’ai éprouvé aucune surprise. La douleur n’en a été que plus vive.» Puis les années ont passé, jusqu’à ce jour où Alice est entrée dans sa vie.
Je vous laisse découvrir comment David Alejandro, sa mère adoptive et sa grand-mère viendront compléter le puzzle jusqu’aux révélations finales. Et si Nos vies insoupçonnées n’étaient pas avant tout des liens insoupçonnés ? Et si les liens du sang n’étaient somme toute pas aussi forts que ceux que l’on choisit de construire avec une fille ou un fils que l’on adopte ? «J’ai six ans et demi. Je m’appelle Alice Jinkerson. Je sais que ce n’est pas mon vrai nom. Mais qu’est-ce que ça peut faire. Quand je suis triste, je me le répète plusieurs fois. Chaque syllabe sonne dans ma tête, et cette musique me rend légère. Alors je peux vaincre les ombres.»

Autres critiques
Babelio
Paris Match (François Lestavel)
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Les premières pages du livre

Extrait
« Les journées me paraissent interminables. J’ai mal partout à force de ne pas bouger. Pour me dégourdir les jambes, je fais de minuscules mouvements. J’essaie de remuer mes orteils dans mes chaussures, mais elles sont trop petites, je plie légèrement les genoux, je tourne la tête doucement sur les côtés. Je ne dois surtout pas toucher l’armoire. Pour rendre le temps moins long, j’écoute ce que dit la maîtresse, les enfants qui se parlent à eux-mêmes, ceux qui bavardent entre eux, les crayons qui tombent par terre, la craie qui crisse sur le tableau, les pieds qui tapent le sol, le chant des oiseaux, le chahut des autres classes, la rumeur venant de la cour. Il n’y a jamais de silence. Même pendant les récréations ou l’heure du déjeuner, l’école est comme une baleine qui gronde et ronfle. »

A propos de l’auteur
Anaïs Jeanneret a publié plusieurs romans, dont Poupées russes (Prix du Quartier latin, 1993), Les Yeux cernés (1999), et La Traversée du silence (Albin Michel, 2002). Son dernier ouvrage, La solitude des soirs d’été, a reçu le prix François-Mauriac de l’Académie française 2014. (Source : Éditions Albin Michel)

Site Wikipédia de l’auteur

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Allegra

RAHMY_Allegra

Allegra
Philippe Rahmy
La Table Ronde
Roman
192 p., 15,60 €
ISBN: 9782710378563
Paru en janvier 2016

Où?
Le roman se déroule principalement à Londres et aux alentours, mais également à Arles, Nîmes, Paris et Palaiseau. Quelques souvenirs d’Algérie sont aussi évoqués, ainsi qu’un village d’altitude dans les Grisons en Suisse.

Quand?
L’action se situe principalement en 2012, avec des retours en arrière aux années 1980, avec en point d’orgue un épisode qui marquera le narrateur encore enfant, le 5 juin 1990.

Ce qu’en dit l’éditeur
Londres, été 2012. Tandis que les Jeux olympiques se préparent dans l’effervescence, Abel erre à travers la ville, un carton sous le bras. Jeune trader plein d’avenir, père attentionné, il vient de tout perdre. Lizzie, sa compagne, l’a chassé de leur appartement et Firouz, son ami, son mentor, l’a viré de la banque où il l’avait fait embaucher. Échoué dans un hôtel au milieu d’autres laissés-pour-compte, migrants et réfugiés, Abel décide de remettre de l’ordre dans sa vie. Il se heurte à l’hostilité de Lizzie, qui refuse de le laisser voir Allegra, leur petite fille, et au chantage odieux que Firouz exerce sur lui. Quel prix devra-t-il payer pour redevenir celui qu’il était?
Dans ce roman sous haute tension, Philippe Rahmy brosse le portrait d’un homme consumé à la fois par le désir et le déni.

Ce que j’en pense
***
« Quelle existence attendait notre fille ? A trois mois, Allegra nous reconnaissait. C’est alors qu’elle est vraiment née. Mais nous étions déjà trop occupés à nous quereller. Lizzie, plus pâle que jamais, sursautait au moindre bruit, me contredisait en tout. Puis elle a perdu la tête. » Quand s’ouvre ce roman, que l’on reçoit comme un coup de poing, le narrateur en a terminé avec ses rêves et son aspiration à un petit bonheur tranquille avec son épouse et sa fille.
On se dit pourtant qu’Abel avait toutes les cartes en mains. Né en France d’un père Algérien, il a réussi à faire carrière dans la finance. Certes le métier de trader à Londres ne laisse guère de temps aux loisirs, mais lui permet de subvenir largement aux besoins de la famille, parents y compris.
Reste cette impression diffuse de ne pas vraiment être à sa place. Quand son beau-frère avait, par exemple, conseillé à sa sœur de ne pas épouser un arabe, il avait ironisé sur ces «affreux barbares» tout en étant gêné aux entournures : « j’étais troublé, non seulement par ces propos, mais aussi par la facilité avec laquelle je m’en accommodais. »
Au fil des pages, de l’évocation de sa jeunesse, du traumatisme qu’aura été l’expulsion de leur logement d’Arles où son père tenait une boucherie, de son parcours, du Centre de mathématiques appliquées de Palaiseau jusqu’à Londres où il suit Firouz, l’un de ses professeurs, on comprend que ses origines lui posent problème : «Je donnerais tout pour vivre une vie pleine et entière. Ni la culture française ni la culture arabe ne sont les miennes. Je ne peux définir mon rapport au monde qu’en termes d’illégitimité.» Le malaise d’Abel croît au fil des pages. Quand Allegra naît, la crise va s’accentuer, entre soucis professionnels et fatigue domestique. Il va bien tenter de se reprendre, mais sans succès. Quelque chose s’est cassé. Le constat qu’il dresse alors est tout sauf réjouissant. Pour toutes les communautés, il voit «un même passé chaotique, un même présent nostalgique et un même futur incertain.»
Lizzie le quitte. Il s’enfonce dans un trou noir. «Je laisse pousser ma barbe. Je m’habille à la mode orientale. Je copie des lettres d’adieu sur internet et les combine les unes avec les autres, après avoir corrigé les fautes d’orthographe. Le reste du temps, je le consacre à la bombe. Le détonateur me sera fourni en temps utile, mais je dois aller chercher les acides nitrique et sulfurique.»
Nous sommes à quelques heures de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques.
Dans la construction de son roman, Philippe Rahmy réussit parfaitement à faire monter la tension, à nous faire comprendre ce qui se passe dans la tête de son narrateur, presque à nous apitoyer sur son sort. Sans vouloir dévoiler l’issue de ce drame, on ne peut que saluer ce tour de force, loin des discours formatés sur la crise des migrants ou la montée du radicalisme.

Autres critiques
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Tribune de Genève (Marianne Grosjean)
L’Humanité (Jean-Claude Lebrun)
Le Temps (Lisbeth Koutchoumoff)
Viceversa littérature.ch (Marina Skalova)
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Le blog de francis Richard

Extrait
« Quand elles ont quitté l’hôpital, la chambre d’enfant était prête. J’ai fait la surprise à Lizzie. Des murs bleus à pois blancs et un mobile de papillons en papier, comme dans Le Petit Lord Fauntleroy. Par les fenêtres, Londres palpitait. Quelle existence attendait notre fille ? À trois mois, Allegra nous reconnaissait. C’est alors qu’elle est vraiment née. Mais nous étions déjà trop occupés à nous quereller. Lizzie, plus pâle que jamais, sursautait au moindre bruit, me contredisait en tout. Puis elle a perdu la tête.
Aujourd’hui, dans ce square, après tant de cris et de larmes, de mornes heures au travail, de longues heures sans sommeil à écouter les bruits du zoo, Londres vient à ma rencontre avec douceur. Je sais que mes yeux voient ce qu’ils ont envie de voir, mais je ne peux m’empêcher de faire confiance à la ville, de lire ses signes, de chercher une empreinte discrète qui ne serait pas celle de l’épreuve que nous traversons, mais, à nouveau, la promesse de jours heureux. » (p. 20)

A propos de l’auteur
Né à Genève en 1965, Philippe Rahmy est l’auteur de deux recueils de poésie parus aux éditions Cheyne – Mouvement par la fin avec une postface de Jacques Dupin (2005) et Demeure le corps (2007) – et d’un récit publié en 2013 à La Table Ronde, Béton armé, couronné de plusieurs prix littéraires et élu meilleur livre de voyage de l’année par le magazine Lire. (Source: Éditions de La Table Ronde)

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Focus Littérature

L’origine de nos amours

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L’origine de nos amours
Erik Orsenna
Stock
Roman
288 p., 19 €
ISBN: 9782234078925
Paru en mars 2016

Où?
Le roman nous fait beaucoup voyager, principalement en France de l’île de Bréhat et ses alentours : Kerpont du Chien, La Moisie, Les Héaux, Passage de la Gaine, Morbic, Tout-L’Horloge, Saint-Riom, à la vallée de la Bièvre, de Lyon à Neuilly en passant par Quimper et Saint-Malo, sans oublier Montlhéry, Gif-sur-Yvette et Mœrnach ou encore Chartres, Cholet, Versailles, Saint-Germain et Parly II. Il serait en outre dommage d’oublier Saint-Florent dans cette liste. Enfin, les recherches généalogiques vont également nous conduire à la vieille ville de Trinidad, à Cuba.

Quand?
L’action se situe de nos jours, avec des retours en arrière jusqu’en 1838.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Un jour, je me suis remarié.
Le lendemain, mon père quittait son domicile. Entre les deux événements, personne dans la famille n’a fait le lien.
Et pourtant, mon frère est psychiatre.
J’avais ma petite idée mais j’ai préféré la garder pour moi. Mon père, je le connaissais mieux que personne. Pour une raison toute simple : nous avions divorcé ensemble. Lui de ma mère, moi de ma première femme. Lui le lundi, moi le mercredi, de la même fin juin 1975. Et rien ne rapproche plus qu’un divorce en commun. Alors je savais que les coups de tête n’étaient pas son genre. Il suivait des plans, toujours généreux dans leur objectif, mais le plus souvent déraisonnables. Cet été-là, nous avons commencé à parler d’amour, mon père et moi. Nous n’avons plus cessé. »

Ce que j’en pense
****
Le père et le fils se retrouvent dans leur refuge de l’île de Bréhat pour soigner une «maladie» commune : ils ont divorcé en même temps de leurs épouses respectives, en 1975. L’occasion d’un dialogue père-fils sur l’origine de leurs amours et… de leur malédiction.
Grâce aux digressions qui sont la marque de fabrique d’Erik Orsenna et dont l’érudition et la curiosité régalent ses lecteurs de livre en livre, cette conversation va être l’occasion d’en apprendre davantage sur les ingénieurs qui ont fait la gloire de la France, sur le rôle des amants dans les jouets, sur le vocabulaire de la voile. Sans oublier la méthode de la pêche à pied qui prouve, une fois encore, que le père d’Erik est bien un héros. Cette méthode soigne les bleus à l’âme et consiste à ramasser dans un petit panier tous les petits trésors que l’on peut amasser au fil des jours. Quand au bout d’une semaine ou d’un mois, on renverse son panier, on comprend que «les collections de bonheurs minuscules permettent de traverser les passes difficiles».
«C’est ainsi que me revint, d’abord timide puis déployée, la joie de vivre, ce très étrange sourire intérieur.» Un moteur indispensable à l’écrivain, déjà nourri «de mots, de scènes, d’intrigues et de rebondissements» par toute sa famille.
On comprend certes que «dans cet univers mouvant où toutes les vérités sont possibles et se contredisent» il soit bien difficile de bâtir un amour stable, mais avec un égoïsme non dissimulé, on se réjouit de ces drames familiaux à répétition. Car ils nous offrent ces plaisirs de lecture presque jubilatoires lorsque l’auteur nous entraîne sur les pas d’une famille presque normale : «Double origine : le Bordelais et la Haute-Loire. Rien de particulier. Les mariages durent. Les naissances et les morts s’enchaînent. Rien à signaler. (…) Tout se gâte quand l’un de nos ancêtres de la branche bordelaise, tailleur de son état, décide de partir pour Cuba.»
Voici donc Augustìn Arnoult sur la petite île des Caraïbes au début du XIXe siècle. À la terrasse du café situé sur la place principale, il ne sait plus où donner de la tête – à tel point qu’il sera obligé de consulter pour des problèmes vertébraux – s’il veut détailler tous ces corps somptueux qui s’offrent à lui. Il est pourtant jeune marié et ne peut imaginer dans cette occupation qu’une déformation professionnelle, une sorte de prospection de nouveaux clients.
C’est du moins ce que le père tente, dans un premier temps, d’expliquer à son fils. Mais l’écrivain (et le lecteur !) veulent en savoir plus sur cette généalogie qui a conduit via le grand père cubain né en 1860 à cette malédiction du mariage instable.
Habilement, Erik Orsenna nous fait patienter avant de nous en dire plus. Car son père disparaît. C’est la recette qu’il trouve pour conjurer le sort.
Dans son appartement, Eric (on notera que tout au long du récit, ce sont les vrais noms et prénoms qui sont utilisés) trouvera, outre le dossier généalogique, des dossiers soigneusement annotés et malheureusement peu fournis aux noms de chacune de ses compagnes successives. Catherine, la mère de ses enfants, puis Isabelle dont il fait des vœux pour cette fois, « ce soit la bonne».
On l’aura compris, il ne s’agit pas ici d’un guide matrimonial, bien bien plutôt d’un bel hommage d’un fils à son père, ce héros qui aura tout tenté pour faire le bonheur de sa progéniture. Voilà donc l’origine de l’amour filial.
Et c’est tellement bien que ‘on se réjouit du livre qui sera consacré à sa mère et qui est quasiment annoncé dans les dernières pages.

Autres critiques
Babelio
France Info (Le livre du jour – Philippe Vallet)
Le JDD (Ludovic Perrin)
Les Echos (Thierry Gandillot)
RTL (Laissez vous tenter – Bernard Lehut)
La Croix (Entretien avec Évelyne Montigny)

Les vingt premières pages du livre

Extrait
« Mon père est un héros. Personne ne m’arrachera du cœur cette conviction. D’accord, il ne fut pas résistant. D’accord, il ne fit sauter aucun train. D’accord, il s’est engagé un peu tard, alors que le Second Conflit Mondial venait de finir. Mais il avait signé le formulaire avant Hiroshima, avant Nagasaki. Qui pouvait prévoir le double champignon atomique ?
Il a donc failli devenir un soldat de grande valeur. Première preuve de sa nature de héros.
Passons à sa seconde gloire.
Soyons francs : il n’a pas évité seul la conflagration qui faillit plus tard éclater entre les États-Unis et la Russie soviétique, entre le « Monde libre » comme on disait encore et les « lendemains qui chantent », comme on n’osait déjà plus dire. Mais un jeune homme qui, en 1949, décide de reprendre une petite usine d’aimants, cet homme-là est, à l’évidence, un militant de la paix, un apôtre du Rapprochement général, un ennemi convaincu de la Guerre à toutes les températures, chaude ou froide.
Les aimants produits par cette minuscule usine servaient à fabriquer des jouets. Je vais vous expliquer. Soit une figurine de skieur. Vous lui collez sous les chaussures un morceau de métal. Vous le placez sur une étendue blanche parsemée de portes de slalom. Sous la piste se trouve l’aimant. Il vous suffit de le bouger pour entraîner le skieur. De même avec des modèles réduits de voitures ou de motos.
Mon père aurait-il consacré toutes ses forces aux aimants s’ils n’avaient contribué à égayer la jeunesse tout en lui apprenant que le mouvement, c’est la vie ?
Militaire, pacifiste, pédagogue, je vous avais prévenu : mon père fut un héros. » (p. 25)

A propos de l’auteur
Erik Orsenna est l’auteur de L’Exposition coloniale (prix Goncourt 1988), de Longtemps, de Madame Bâ et de Mali, ô Mali. Il a écrit aussi des petits précis de mondialisation, dont Voyage aux pays du coton (2006), et deux biographies, l’une consacrée au jardinier de Louis XIV, André Le Nôtre, Portrait d’un homme heureux (2000), et l’autre à Louis Pasteur, La Vie, la Mort, la Vie (2015). On lui doit également cinq contes célébrant la langue française dont La grammaire est une chanson douce (2001).
Entré à l’Académie française en 1998, il occupe, sans légitimité aucune, le siège de Louis Pasteur et d’Émile Littré. (Source : Editions Stock)

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Focus Littérature

Autour du Soleil

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Autour du soleil
Karine Silla
Plon
Roman
282 p., 19 €
ISBN: 9782259243520
Paru en janvier 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en France, à Paris et dans le Sud, en villégiature et au Vietnam, notamment à Saigon. Sont également évoqués des endroits qui ont jalonné la vie de quelques protagonistes : les Pouilles, l’Espagne, «au bord de la mer» et le Canada.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Louise quitte tout pour vivre un nouvel amour au Vietnam, en effaçant ceux qu’elle laisse derrière elle. En France, sa fille Marie la croit morte. Karine Silla poursuit son exploration des secrets de famille au prisme de la conciliation, parfois impossible, entre maternité et féminité.
Un jour de pluie, Louise rencontre un homme dans un train. En quelques minutes, la jeune femme décide de quitter sa vie raisonnable pour cet inconnu qui lui parle de son pays, le Vietnam ; son bonheur la contamine et l’emporte. Au milieu des immenses étendues vertes et marécageuses, elle découvre l’amour, la jouissance, la joie, et enfante un fils.
En partant, Louise a laissé derrière elle un mari, épousé parce qu’elle n’a jamais su dire non, et et une fille, Marie, avec qui elle n’a jamais su faire.
Malgré la certitude d’avoir fait le bon choix, le secret de Louise envahit peu à peu sa vie et celle de Marie, qui la croit morte et grandit sur un mensonge.
Jusqu’à ce que tout vole en éclats.
Après son premier roman remarqué, Monsieur est mort, Karine Silla, dramaturge, réalisatrice et scénariste, poursuit son exploration des secrets de famille, de leurs échos et de leurs ricochets.

Ce que j’en pense
****
«Louise n’avait pas de père. Elle avait été élevée par une mère austère qui pensait qu’une seule robe suffisait, peu importe qu’on l’ait choisie ou pas, c’était comme ça. (…) Elle disait aussi que les meilleures nuits étaient celles où l’on oubliait nos rêves. Et que la théorie scientifique de la révolution de la Terre autour du Soleil était impossible : si la Terre avait tourné autour du Soleil, sa chance a elle aurait aussi tourné.» Louise, qui est le personnage principal de la première partie de ce roman, essaie de se libérer de ce lourd carcan familial. Elle croit gagner la liberté en se mariant, cache soigneusement deux avortements avant de mettre au monde une enfant pas vraiment désirée qu’elle prénommera Marie. Quelques années plus tard, elle meurt.
Tel est du moins la version officielle du roman familial. Jusqu’au jour où un homme rencontré dans un train vient livrer à Marie une autre version. Sa mère n’est pas morte, mais s’est enfuie au Vietnam pour vivre enfin. « Elle n’était plus la même femme. C’était une deuxième naissance, plus intense parce qu’elle renaissait cette fois de sa propre volonté.»
Face au choc de cette révélation, Marie reste d’abord incrédule : «On ne défait pas un pull qui nous tient chaud depuis des années parce qu’on a oublié une maille en le tricotant. Je ne laisserai pas cet étranger tirer sur le fil qui dépasse.»
Pourtant, il ca bien falloir attraper ce fil. Se poser des questions qui dérangent. Se demander la raison pour laquelle, on lui avait menti. Essayer de comprendre cette mère qui « avait laissé derrière elle un mari qu’elle avait épousé parce qu’il était gentil, qu’il était le premier à l’avoir demandé en mariage et qu’elle n’avait jamais su dire non, une mère qui marmonnait les yeux dans le vide et une enfant avec qui, depuis le début, elle n’avait su faire.»
Mais aussi une mère qui, après avoir trouvé le bonheur, mis au monde un fils, meurt très jeune d’un cancer. «Ses poumons la punissaient de ne pas avoir assez respiré et d’avoir refoulé tous ses sentiments.»
La seconde partie du livre est consacrée à Marie. À la manière qu’elle a de gérer la révélation de ce secret de famille. À la façon dont elle entend construire sa propre vie. Comment aborder le sujet avec son père parti vivre en Espagne avec Victoria, sa nouvelle compagne et qui est de passage à Paris? Que dire à Samuel, son mari, et à leurs deux filles? Un peu comme ces planètes cachées par d’autres astres plus grands, elle préfèrera les zones d’ombres au soleil.
D’autant que les vacances arrivent et qu’ils sont attendus par un couple d’amis, dans le Sud de la France. Après un nouveau choc, l’accident dont ils sont victimes sur la route, Karine Silla nous propos une sorte de huis-clos final.
Dans la grande villa de Georges et Lucie, la parenthèse estivale nous offre en effet une formidable occasion de sonder les âmes, de détailler les mécaniques qui forment – et déforment – les couples, d’esquisser de nouvelles histoires.
Jean est cœur de cette troisième et ultime partie. Le fils de Georges, invité surprise, va servir de révélateur à cette photo de groupe avec dame. On sait depuis Icare combien les voyages autour du soleil peuvent être risqués. Karine Silla nous en apporte une nouvelle preuve. Avec autant de force que d’élégance.

Autres critiques
Babelio
Blog Psych3deslivres
Blog Des livres et Sharon
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)

Extrait
Les 25 premières pages du livre

A propos de l’auteur
Dramaturge, réalisatrice et scénariste, Karine Silla est l’auteure de Monsieur est mort, premier roman remarqué paru chez Plon en 2014. (Source : Editions Plon)

Site Wikipédia de l’auteur

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