Neiges intérieures

SUBILIA_neiges-interieures
  RL2020

En deux mots:
La narratrice s’embarque à bord d’un voilier pour quelques semaines de voyage autour du cercle polaire en compagnie d’architectes, du capitaine et de son second. Pour échapper à la promiscuité, elle profite des escales pour courir et, de retour à bord, noircit des cahiers.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Courir autour du cercle polaire

Les quatre cahiers composant «Neiges intérieures» retracent un récit de voyage en voilier autour du cercle polaire, mais Anne-Sophie Subilia en fait aussi une quête de l’intime. Sans concessions.

Le journal de bord d’Anne-Sophie Subilia tient en quatre cahiers qu’elle nous livre au retour d’une expédition en Arctique. Durant plusieurs semaines, elle a voyagé du côté de la Terre de Baffin, à bord d’un voilier en aluminium.

SUBILIA_carte_expeditionSi le bateau de 16 m est «taillé pour les mers de glace», il est bien loin d’être confortable. Ce serait même tout le contraire. L’humidité qui fait moisir les couchettes, l’exiguité des cabines, la place réduite dédiée aux réserves ou encore les toilettes qui méritent bien des surnoms mais pas celui de lieu «d’aisance» vont faire de ce périple tout autre chose qu’une aventure joyeuse. Reste à définir la chose.
C’est ce à quoi va s’atteler Anne-Sophie Subilia dans ce récit dont le titre annonce déjà combien il va davantage être introspectif que descriptif. Mais c’est aussi ce qui en fait tout l’intérêt. Car au sein de la maison d’édition qui revisite l’œuvre de Nicolas Bouvier (La Guerre à huit ans, à paraître en février en poche), on a compris depuis fort longtemps que les voyages formaient – et déformaient – d’abord les voyageurs eux-mêmes.
Outre la narratrice, cinq autres personnes font partie de cette expédition au pays des glaces Z. le capitaine, T. son second, N. et S., deux autres hommes, ainsi que C. une jeune femme. Ces derniers sont architectes, à la recherche d’idées pour élaborer une cité alpine. Des compagnons de voyage plutôt indifférents, quand ils ne sont pas désagréables, qui vont la pousser à chercher un moyen de s’évader. Dès que l’ancre est jetée, elle part courir, même si le paysage lui est hostile. «Mes camarades ont bien compris que c’était nécessaire. J’ai besoin de me défouler et quand je reviens je suis plus calme. Ce n’était pas prévu. Maintenant c’est devenu une habitude. Quand je cours je reprends une sorte de pouvoir. C’est sans doute une chose de civilisation.» C’est ce même besoin vital qui la pousse à écrire. En phrases courtes dont on ne sait si elles sont le fruit de la géographie – un désert blanc – ou le fruit de la nécessité dans un espace confiné de s’en tenir à l’essentiel, sans fioritures.
« J’écris tout simple. Pas la force de faire mieux pour le moment. On vient de me déposer. Les autres restent sur le bateau. Le soir est en train de venir, je ne ferai pas long, juste le temps de l’inventaire. C’est une cabane de chasse peinte en vert olive, sur des pilotis, à environ 30 mètres du rivage. J’ai peur qu’ils ne reviennent pas me chercher. C’est étrange d’avoir cette pensée.»
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Dessin Anne-Sophie Subilia

Si Anne-Sophie Subilia nous touche autant, c’est que derrière le récit de voyage, on sent les blessures secrètes, les peurs et la colère. Cette peur de l’abandon, on va le découvrir, vient de bien plus loin que de cette nuit polaire. Elle vient de l’enfance, elle vient de son parcours de vie, de ces «neiges intérieures» qui peuvent vous glacer en un instant.

Neiges intérieures
Anne-Sophie Subilia
Éditions Zoé
Roman
154 p., 16 €
EAN 9782889277445
Paru le 2/01/2020

Où?
Le roman se déroule le long du cercle polaire, du côté du Groenland et de la Terre de Baffin.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Artémis: seize mètres d’aluminium, taillé pour les mers de glace. Quatre architectes paysagistes embarquent sur ce voilier pour étudier le territoire du cercle polaire arctique. En plein cœur d’une nature extrême, soumis à une promiscuité qui fait de ce voyage un huis clos, ils vont être confrontés aux contraintes du groupe, du capitaine et de ce désert aussi toxique qu’ensorcelant.
Pendant les escales, la narratrice court sur le sol mousseux de la toundra. À bord, elle doit tout apprendre de la navigation, de ses compagnons, du froid, de la fabrication du pain comme de la préparation du poisson ou de l’hygiène intime.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
En attendant Nadeau (Claire Paulian)
Le blog de Francis Richard


Anne-Sophie Subilia présente Neiges intérieures © Production Éditions Zoé

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Courir
Le bruit d’un torrent près des tempes
le bruit du vent dans le cou
je suis seule
pour un moment
j’écris vite et mal
dans ma tête il y a un bourdonnement de corde tendue
je ne comprends pas ce que c’est
si c’est positif ou négatif
peut-être un reste d’excitation.
Pour le moment rien ne me rassure ici, le paysage m’est hostile.
Je le repousse depuis notre arrivée.
Je vais courir chaque fois que c’est possible.
Mes camarades ont bien compris que c’était nécessaire.
J’ai besoin de me défouler et quand je reviens je suis plus calme.
Ce n’était pas prévu.
Maintenant c’est devenu une habitude.
Quand je cours je reprends une sorte de pouvoir.
C’est sans doute une chose de civilisation.
C’était la deuxième ou troisième fois qu’on nous déposait à terre. On s’était éparpillés pour faire nos besoins. À voir les visages quand on s’est retrouvés, on pouvait tout de suite lire qui avait pu se soulager et qui non. J’étais du premier groupe. Mon sourire devait paraître agaçant pour les camarades qui avaient encore mal au ventre.
Je me suis mise à courir dès le début.
En partie à cause du type de sol.
Cette mousse, je n’en ai pas l’habitude, elle donne envie de se propulser. Les pistes, il n’y en avait aucune. Bien sûr, pas de sentier.
C’est d’ailleurs perturbant.
J’ai fait le tour d’un lac avant de monter vers un amas de roches. J’étais prudente, un accident serait problématique. Arrivée sur la crête, le paysage s’est ouvert, dominant plusieurs vallées.
J’ai pris conscience de l’immensité et d’un certain miracle. Au loin, au fond du fjord, un glacier gris tombait dans la mer. J’ai dit merde que c’est beau  juste dans ma tête. Je ne savais pas quoi penser d’autre.
Il faut que je m’arrête. Écrire prend du temps et on en manque.
Expulser
Je voulais dire que si je me suis mise à courir, c’est aussi pour expulser un malaise qui sinon grandit. C’est dans la gorge que ça commence à rétrécir. Ça m’est arrivé presque tous les jours depuis le début de l’expédition. Ce n’est pas une question de température et je sais que ce n’est pas un mal de gorge. Ça se propage ensuite dans le thorax et parfois ça va même jusqu’à la migraine. Je n’ai pas le mal de mer, mais j’ai cette autre chose. On dirait que tout se rétrécit. Il faut dire qu’à bord l’espace est assez minimal. On se bouscule facilement sans faire exprès  et lorsqu’on s’assied dans le carré, on se demande si on prend la place de quelqu’un. On n’a pas d’intimité, sauf quand on regagne sa couchette sarcophage. Grâce à une paroi, on a une sensation d’isolement entre nous.
N. dit que pour lui, le seul moment où il peut vraiment se retrouver avec lui-même, c’est la nuit. Le reste du temps, on est soumis à nos présences. Il faut aimer ça sinon on est foutu. Alors courir est utile. Si je reste immobile, il se peut que je me retrouve ensevelie sous tout ce qui provient des autres. On vit les uns sur les autres comme dans une navette spatiale. Et le paradoxe, c’est cette immensité dans laquelle nous flottons.
Au début je ne parvenais plus à entendre mes pensées. Ma tête était prise d’assaut par les camarades les plus bavards. C. est de caractère timide et effacé, c’est celle qui parle le moins et prend le moins de place. Nous cherchons constamment l’équilibre collectif. Parfois le paysage passe au second plan. La vie à bord prend le dessus et on doit régler ce quotidien pour assurer notre avancée.
Cabane I
J’écris tout simple.
Pas la force de faire mieux pour le moment.
On vient de me déposer.
Les autres restent sur le bateau.
Le soir est en train de venir, je ne ferai pas long, juste le temps de l’inventaire.
C’est une cabane de chasse peinte en vert olive, sur des pilotis, à environ 30 mètres du rivage.
J’ai peur qu’ils ne reviennent pas me chercher.
C’est étrange d’avoir cette pensée.
La cabane me servirait de refuge, mais je n’ai pas vu grand-chose à manger dedans sauf une boîte de petites saucisses allemandes et des soupes en sachet.
Je suis à l’intérieur. Il y a une fenêtre qui donne sur le fjord, une banquette, un sommier, une table en bois et les objets de base. Le vitrage de la fenêtre est solide et récent. Le conduit du poêle à bois semble neuf.
C’est confortable et propre, mais je suis déconcentrée.
Une grande veste de pêcheur est suspendue dans l’entrée. Je veux la décrire de manière exacte et pour ça je l’enfile : elle m’arrive aux genoux, elle sent le camphre, ce n’est pas désagréable.
Il y a aussi une salopette avec l’écusson industriel qu’on voit souvent.
Des crayons et des allumettes. Il y a tout pour être bien.
Je pense même que cette cabane est bien fréquentée par les autochtones. C’est comme si on venait de la quitter.
J’ai peur que personne ne revienne avant l’année prochaine. Qu’ils me laissent. Qu’ils se trouvent mieux sans moi.
Je sais avec ma tête qu’ils n’oseraient jamais. Alors pourquoi la peur ne s’en va pas?
C’est ça quand je dis que ce voyage nous expose tout le temps à nousmêmes.
Je guette à la fenêtre. La mer est encore calme, mais la lumière commence à baisser. Je veux m’assurer que le bateau est encore là et qu’il est animé. C’est le cas, ils ont même fait du feu à bord, j’aperçois la fumée. Je réalise qu’il fait froid et que ma main a de plus en plus de mal à écrire.
Ils sont venus me chercher juste avant la nuit. Les silhouettes des montagnes étaient devenues plus sombres que tout le reste.
J’ai caché mes mains sous les manches.
Pour cette question du froid on s’est juré qu’on veillerait les uns sur les autres et que si l’un de nous décelait une engelure, il devrait le signaler tout de suite.
Enduire tout à l’heure mes doigts et mes orteils de gaulthérie.
Cette nuit un morceau de glace a heurté le bateau. Je le note parce que plus nous avancerons, plus nous aurons de la glace. Heureusement il n’y a pas eu de dégâts, mais nous allons devoir veiller à tour de rôle. C’est mon tour. Je n’ai rien dit pour mes doigts. Écrire me fait mal, mais me tient chaud. Et aussi parce que j’ai réfléchi. Je crois que si je devais décrire les aurores boréales, je dirais qu’elles ressemblent à des flammes au ralenti. Leur danse aléatoire me fait penser aux flammes.
C’est émouvant, je ne sais pas pourquoi. Sans doute parce que c’est inhabituel, éphémère, et qu’il n’y a pas de geste humain pour décider de les produire.
Inlandsis
Nous marchons toute la matinée et nous passons un col jusqu’à entrevoir l’intérieur des terres, cette masse blanche, mythique, parmi les dernières du monde.
Je repense aux paroles de Diana au centre culturel, le lendemain de notre arrivée.
«You may see the ice sheet…»
Je me souviens de ses lèvres prune, un beau visage.
«Our frozen territories», avait-elle dit en soulevant sa cape pour sortir
une main gantée de daim qu’elle avait posée sur la carte.
«And nunataks…» Les pitons rocheux.
Cette hôtesse du centre culturel me plut immédiatement. Je l’adoptai comme notre ambassadrice. Elle a fait quelques pas en arrière en nous laissant son odeur de musc. Figure des toutes premières heures.
Rencontre éphémère.
T. lance les paris sur le temps qu’il reste à la calotte.
Il compare la relique blanche à une vieille dame fortunée et mourante.
Les héritiers n’attendent qu’une chose.
C. le gronde. Elle prend son visage de poupon sérieux. Elle dit que d’autres glaciations suivront. Sa bouche se referme en une moue. On attend qu’elle reprenne la parole, mais elle se tait.
Et puisqu’on est dimanche, elle sort six petites boules de pain au sucre qu’elle a faites pour nous. Une tradition dans sa famille.
Dimensions
Maintenant que nous y sommes, je ris de nous. On dirait la terre avant l’arrivée des humains. S. a raison, c’est trop grand pour quiconque, ça donne envie de bâtir. Les montagnes ici ne s’arrêtent jamais, j’ai beau courir. Les camarades me disent de faire attention à moi, mais globalement ils se sont habitués à mes évasions.
Terre et mer. Après six jours je ne m’acclimate pas aux dimensions. La part laissée au ciel est effrayante. Je vois de la neige et des oursins en superposition. Dès que je sens venir le vertige, je convoque Diana en pensée ou je fixe la chaussure montante de N. et je compte chacun des petits crochets métalliques qui retiennent le lacet brun. Il y en a vingthuit, quatorze par botte.
Motifs
À la fin d’une journée, chacun rapporte son livret d’exploration. Je synthétise nos impressions dans le petit ordinateur que nous avons emmené. Cette tâche me canalise. La calligraphie de N. me plaît.
Sismographique, resserrée, pour abréger il utilise les tildes comme au 16e  siècle et invente des symboles dont j’ai établi la légende.
Chacun veut à tout prix cerner ce qu’il cherche, intimement, à travers ce voyage. Pourtant j’ai l’impression que c’est dans nos moments de somnolence que nous sommes les plus lucides, les plus humbles. En tout cas c’est ce que je sens quand j’ai le temps de regarder le visage assoupi de N. et le mouvement sous ses paupières.
Ce qui nous relie tous les quatre, c’est l’architecture et le paysagisme. Ces 40 jours doivent nous servir. On s’inspire pour plus tard.
Ce sera d’autant plus vrai si on nous confie le mandat de la nouvelle cité alpine.
La voile, je m’en passerais.
J’aurais préféré qu’on séjourne dans un lieu habité et rayonne à partir de là. Les camarades m’ont convaincue et rassurée. N., le plus marin de nous, pense que le cabotage nous apprend à regarder le paysage du littoral selon une double perspective, du dehors et du dedans. Tantôt on l’embrasse, tantôt c’est lui qui nous embrasse. Et puis quelle approche plus naturelle pour une île?
Pour capitaine, on a choisi Z. sans le connaître, qui a choisi T. en le connaissant.
Dire que quand on sera arrivés à la petite ville du bout dont j’ai oublié le nom (Nouvelle Thulé?), une heure d’avion suffira pour faire le chemin en sens inverse.
Z. mettra Artémis  en hivernage. Ou alors, il poursuivra vers des mers plus clémentes, avec ou sans T., il ne sait pas encore.
Les camarades et moi, on remontera dans un coucou rouge à hélices. »

À propos de l’auteur
Anne-Sophie a étudié la littérature française et l’histoire à l’Université de Genève. Sous la direction de Sylviane Dupuis, elle a consacré son mémoire de master à L’Obscurité du poète Philippe Jaccottet, travail récompensé par le Prix Hentsch de littérature. En 2010, alors installée à Montréal pour un diplôme en gestion des arts, elle intègre La Traversée – Atelier québécois de géopoétique. Enrichie par la pensée de Kenneth White, Anne-Sophie développe une écriture travaillée au rythme du pas, avec pour horizon l’expérience sensible et imaginaire de l’espace. En 2013, elle est reçue à la Haute école des arts de Berne, en écriture littéraire. Durant ce master, elle approfondit entre autres ses recherches sur la pratique du carnet et la relation mouvement-création et bénéficie de mentorat avec les écrivains Philippe Rahmy, Noëlle Revaz et Marie-Jeanne Urech.
Membre du collectif AJAR, elle donne des ateliers d’écriture itinérants, coordonne des projets éditoriaux, écrit pour des ouvrages collectifs, blogs, revues ou encore pour la radio. Elle est notamment l’auteure de Jours d’agrumes (l’Aire, 2013), récompensé par le Prix ADELF-AMOPA 2014, de Parti voir les bêtes (Zoé 2016, Arthaud poche, 2017) et de Neiges intérieures (Zoé 2020). (Source : Éditions Zoé)

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L’été en poche (10)

MARIENSKE_les-ennemis-de-la-vie-ordinaire_P

Les ennemis de la vie ordinaire
coup_de_coeur
En 2 mots
Sept victimes d’addictions diverses se retrouvent en groupe de thérapie. Une union qui permet l’épanouissement de leur mal en un joyeux bordel.

Ma note
etoileetoileetoileetoileetoile (coup de cœur, livre indispensable)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Bénédicte Junger (Entre les lignes)
« J’ai aimé l’absence de parti pris de l’auteur et le côté abbaye de Thélème qui se développe au fil des pages. Un roman audacieux sur les addictions qui réserve bien des surprises! »

Vidéo


Héléna Marienské présente son ouvrage « Les ennemis de la vie ordinaire ». © Production Librairie Mollat

Marathon

SILVESTRE_Marathon

Marathon
Pascal Silvestre
JC Lattès
Nouvelles
200 p., 17 €
ISBN: 9782709650663
Paru en mars 2016

Où?
Le roman se déroule principalement à Paris, mais aussi à Saint-Mandé, à Peisey-Nancroix, dans le Morbihan, à Saint-Etienne, Lyon ainsi ue sur les parcours de quelques marathons célèbres comme Marrakech ou New York.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Autrefois réservée à une élite d’athlètes, la distance marathon – 42,195 km – attire désormais des coureurs de tous âges et de tous niveaux. Qui sont les coureurs et quel autre rêve se cache derrière l’exploit sportif ? Au détour de dix nouvelles conçues comme les mouvements d’une même symphonie, Marathon fait le portrait d’hommes et de femmes embarqués dans une aventure qui bouleversera et transcendera leur existence.
D’Angélique, la vieille dame amoureuse de Mimoun, à Bourvil, le bénévole énergique ; de Matthieu, qui prie en courant, à Claire, la jeune femme en quête de repères ; d’André, le stakhanoviste confronté à l’épreuve de la blessure, à Bertrand, l’avocat quinquagénaire égaré à New York, Marathon explore les failles de ces coureurs anonymes et capte avec tendresse la formidable pulsion de vie qui unit les marathoniens.

Ce que j’en pense
**
Un peu à l’image du marathonien qui se prépare durant des semaines, qui rêve des dizaines de fois sa course, qui s’imagine battre son record et qui se voit soudain confronté avec la dure réalité, à ce fameux mur des trente kilomètres où à cette douleur récurrente qu’il croyait pourtant avoir vaincue, ce recueil de nouvelles est plein de bonnes intentions et d’idées intéressantes, mais pas totalement abouties. Dommage, car le livre ne manque pas de qualités. L’auteur, il nous le répète plusieurs fois tout au long de ce recueil, est le fondateur du site runners.fr, et sait parfaitement de quoi il parle.
Les portraits de marathoniens qu’il dresse sont le fruit d’expériences vécues et de rencontres sur les parcours d’entrainement parisiens ainsi que sur les circuits des principaux marathons et semi-marathons. Mais le choix de nous proposer dix histoires plutôt qu’un roman fait que certaines nouvelles sont plus intéressantes que d’autres et que fort souvent, on aimerait en savoir davantage sur les motivations, les drames qui se jouent, l’arrière-plan familial et personnel des protagonistes.
Prenons l’exemple de la première de ces nouvelles. Intitulée «Angélique», elle retrace la rencontre d’un marathonien avec une vieille dame qui l’observe durant son entrainement. D’une conversation impromptue va naître une amitié et nous donner l’occasion d’en apprendre davantage sur ces deux personnes qui partagent une même passion. Angélique, la vieille dame, était une sauvageonne, secrètement amoureuse d’Alain Mimoun –champion olympique du marathon à Melbourne en 1956 – et courait sur les plages du Morbihan tandis que son mari travaillait à Paris. Elle aura connu son heure de gloire en disputant les championnats de France universitaires sur 1500m. Pascal, quant à lui a perdu son père tôt, est devenu journaliste sportif, puis fondateur du site runners.fr et s’entraîne dur pour le marathon de Marrakech, alors que les eaux de la Seine commencent à monter dangereusement.
Un problème de santé délicatement surmonté pour Angélique, une médaille autour du coup pour Pascal et quelques rencontres plus tard, l’histoire se termine… un peu trop abruptement à mon gré.
On enchaine sur l’histoire suivante, «Le marathon selon Matthieu», qui est pour moi l’une des plus réussies. Elle raconte le rêve caressé par un jeune coureur de réussir à franchir la ligne du marathon de Paris en moins de trois heures. Les notations sont justes, jusque dans les réflexions du marathonien pendant la course. Car, contrairement à ce que l’on peut imaginer, le coureur n’est pas concentré en permanence sur sa course. S’il écoute son corps, s’il était de maintenir une allure, de nombreuses pensées viennent l’assaillir, quelquefois parasites et quelquefois très motivantes. Matthieu va convoquer des souvenirs d’enfance, des airs de musique et… son père pour réussir son pari. Vous découvrirez dans les dernières pages si la recette fonctionne.
Viendront ensuite une nouvelle qui met à l’honneur les bénévoles qui s’occupent du ravitaillement durant les marathons, qui ne m’a pas emballé, deux nouvelles autour du marathon de New York, dont certains passages rappelleront La ligne bleue, l’excellent roman de Daniel de Roulet, un récit centré sur la SaintéLyon, mythique raid nocturne entre Saint-Étienne et Lyon, en passant par les portraits très réussis de ces caractères addictifs à la course à pied, près à sacrifier leur santé, leur carrière, voire leur couple pour leur passion ou encore l’évocation du parcours de Paul Arpin, champion aujourd’hui oublié malgré un palmarès prestigieux.
Un peu à l’image des marathons qu’il nous décrit, on admire Pascal Silvestre pour son endurance et sa volonté et l’on regrette la défaillance qui, malgré tous les entrainements, finit tout de même par arriver.

Autres critiques
Babelio
Le Monde (Patricia Joly)
Run, Fit & Fun (Cécile Bertin)

Extrait
« — C’est la dernière ligne droite. On est sur les bases de 2h59. Si tu restes avec moi, tu passes sous les 3h.
Matthieu donnait ce qu’il pouvait pour récupérer des bouts de forces dans tous les coins de son corps. Il se concentrait comme il pouvait sur la foulée du meneur, voyait bien qu’il ne pouvait plus courir à 14km/h, même cinq minutes de plus.
Le trou se fit. Cinq mètres puis dix mètres. Son père murmurait désormais à ses côtés. Il disait régulièrement, plusieurs fois par minute, en rafale : « Allez Matt, allez Matt, allez Matt. » Jamais Matthieu n’avait entendu son père l’appeler Matt. Il disait toujours Matthieu. Ses copains l’appelaient Matt. Sa mère aussi autrefois. Son père, jamais. Au 41ème kilomètre, il regarda sa montre. Il voulait savoir où il en était. Deux fois il regarda les chiffres. Chercha à calculer. Combien de temps pour faire 1 195 mètres ? Fais chier ces 195 mètres à la con, pensa-t-il.
Le quatrième meneur arriva à sa hauteur. C’était le dernier. Il le savait. Il avait mal aux jambes désormais à ne plus trop savoir comment poser les pieds par terre. Tous ces chocs, mon dieu, pensait-il. Mon pauvre squelette ! Une dernière fois, il tenta de prier mais même ça il n’y arrivait plus. Il regarda devant lui : il lui restait à avaler une ligne droite avant la porte Dauphine. L’arrivée serait là, un peu plus loin. Son père lui fit un petit signe pour lui dire qu’il devait s’arrêter, qu’il n’avait pas le droit d’aller plus loin. Plusieurs fois, de plus en plus fort, il lui cria. « Allez Matt, allez Matt, allez Matt. »

A propos de l’auteur
Pascal Silvestre a couru plus de 50 marathons et possède un record de 2h39 sur la distance des 42,195 km. Journaliste, il a créé le site Runners.fr et milite pour l’émergence d’une culture associée à la pratique de la course à pied. Marathon est son premier livre. (Source : Éditions JC Lattès)

Site Internet de l’auteur : runners.fr

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Les ennemis de la vie ordinaire

MARIENSKE_Les_ennemis_de_la_vie_ordinaire

 

 

 

 

 

 

 

Les ennemis de la vie ordinaire
Héléna Marienské
Flammarion
Roman
320 p., 19 €
ISBN: 9782081366596
Paru en septembre 2015

Où?
Le roman se déroule principalement en France, à Paris et dans la banlieue, à Saint-Ouen, Montreuil, Saint-Denis, Stains, Bondy, Noisy-le-Sec, Mantes-la-Jolie, Émerainville, ainsi qu’à Enghien, en Auvergne dans les localités d’Escolges, Clémensat, Saint-Hilaire, Courtilles, Chamalière-la-rouge, Vaureilles, Brioude, en Languedoc à Montagnac, en passant par Montluçon, le tout se terminant en apothéose à Las Vegas.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Sept personnages souffrant d’addictions – alcoolisme, sport, jeux d’argent, cocaïne, shopping, sexe – se trouvent réunis par la psy qui les suit, Clarisse, pour des séances de thérapie de groupe. Clarisse espère que le « décloisonnement » peut les aider à guérir. Mais en ont-ils vraiment envie, eux ? Pas sûr… Ces « ennemis de la vie ordinaire » vont, peu à peu, se lier d’amitié au point de déteindre les uns sur les autres.
Comédie hilarante, portée par une écriture brillante et rythmée d’Héléna Marienské, ce roman s’empare d’un sujet de société contemporain, l’addiction, pour mieux le détourner : un conte moderne aussi réjouissant qu’immoral.
Abstinents s’abstenir.

Ce que j’en pense
****
Héléna Marienské n’a pas son pareil pour humer l’air du temps et la retranscrire en joyeuses comédies, en fantaisie-sarabande. Dans son nouveau roman, qui met en scène sept victimes d’addictions, elle réussit même à imaginer des personnages et des situations qu’un lecteur boulimique aura déjà croisé dans d’autres romans. On retrouve, par exemple, dans le portrait de Pablo, beaucoup du personnage de Cécile Coulon dans Le Cœur du Pélican. Mais plus étonnant encore, le personnage de Jamal imaginé par Michel Bussi dans N’oublier jamais a la même obsession que ce coureur à pied addictif : il «se verrait bien faire le super trail du Mont-Blanc avec une patte en titane.»
Au-delà de la coïncidence, on imagine la manière dont l’auteur se documente pour donner chair aux personnages. On se dit, par exemple, qu’elle a dû s’inscrire à un site de jeux en ligne, faire quelques sorties au casino d’Enghien, suivre quelques compétitions de poker à la télé pour camper le personnage de Gunter, joueur addictif. Car au-delà du jargon utilisé, elle sait parfaitement rendre l’atmosphère du lieu, la tension qui préside au moment ou rien ne va plus.
Mais reprenons. Le roman s’ouvre au moment où Clarisse, thérapeute spécialisée dans le traitement des addictions, vient proposer un nouveau traitement. Elle entend organiser la rencontre de patients victimes de troubles différents : «tous les addicts qui décident de participer à un groupe de parole ont déjà touché le fond et sont prêts pour l’aventure de l’abstinence. Ils ont tous des stratégies. Toutes sont différentes. Leur entraide sera du jamais-vu. Moi, je les mets en synergie. J’attends des résultats époustouflants.»
Aux côtés de Gunter et Pablo, on va retrouver au sein de ce groupe – et par ordre d’apparition – Jean-Charles, sosie du pape François, qui ne dédaigne pas sniffer une ligne de coke en disant la messe, Damien, le professeur d’université qui éprouve un besoin constant de sexe, Mariette, la jeune et jolie junkie, qui n’arrive pas à décrocher, Mylène dont le compte en banque n’a pu résister à ses achats compulsifs et Élisabeth qui tente de noyer la déliquescence de son mariage dans l’alcool. Voici donc les septe plaies d’Egypte réunies autour d’une thérapeute qui ne sait pas trop si elle vient d’inventer un concept génial ou si elle a ouvert la boîte de Pandore.
Car bien vite, on passe du dérapage à un joyeux capharnaüm et à la rechute quasi-simultanée de tous les membres du groupe, avant que la simple addiction ne devienne une addiction multiple.
Clarisse va bien tenter de reprendre la main en affirmant que la rechute fait partie intégrante de son traitement et que cette étape est même nécessaire à une meilleure prise en compte de leur addiction, sorte de tremplin vers la guérison. Mais, s’agissant d’une première expérience de ce type, elle ne peut qu’émettre cette hypothèse. Peut-être pour conjurer le sort.
Il serait dommage de révéler ici comment tout cela va finir. Disons simplement que, comme toujours avec Héléna, les choses ne vont pas tarder à déraper, les situations devenir aussi cocasses qu’incongrues et que le final est comme un grand feu d’artifice qui fera fi des conventions et du politiquement correct. C’est jouissif et cru, immoral en diable et effectivement bien loin de la vie ordinaire. En un mot, c’est addictif !

Autres critiques
Babelio
Blog Cannibales lecteurs
Blog Blablabla Mia
Blog Livr’envie
Blog Ma librairie bien-aimée

Extrait
« Merci, mon cher, très cher Éric. J’ai reçu le mot de Largelier me confirmant que j’aurai la salle de l’annexe deux soirs par semaine. Hourra !
Tu n’imagines pas à quel point ça tombe bien ! Je dois prendre en charge en urgence un patient dont je viens de rencontrer l’épouse très inquiète. C’est un addict au sport, athlète amateur mais de haut niveau, qui se casse en mille morceaux, et reste dans le déni total. C’est vraiment le problème de ce type d’addiction.
Tout le discours ambiant tend à le valoriser. Le sport est connoté positivement par les médias, la publicité, le cinéma, par tout le corps social : le sport est noble ! Sauf que j’ai vu les radios du zozo : ça fait peur. Sa femme ne sait vraiment plus quoi faire, et elle a été ravie d’apprendre qu’il serait suivi en séances particulières et en thérapie de groupe. Espérons qu’il viendra.
En tout cas, voilà une catégorie d’addiction qui va enrichir mon panel. Et ce n’est pas fini ! Des addictions, par les temps qui courent, il s’en crée tous les jours. Dans les mois qui viennent, je pourrai bien en dépister de nouvelles. Que dirais-tu, dans un an, d’un petit article cosigné sur les néo-addictions ? » (p. 28)

A propos de l’auteur
Héléna Marienské est née en 1969, elle est agrégée de lettres. Elle a publié aux éditions P.O.L., Rhésus, en 2006 (prix Lire du meilleur premier roman, prix Madame Figaro/Le Grand Véfour, Mention spéciale du prix Wepler), Le Degré suprême de la tendresse (Héloïse d’Ormesson, 2008, prix Jean-Claude Brialy) et, en 2014, Fantaisie-sarabande, aux éditions Flammarion. (Source : Editions Flammarion)

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Le cœur du Pélican

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Le cœur du pélican
Cécile Coulon
Viviane Hamy
Roman
240 p., 18 €
ISBN: 9782878586015
Paru en janvier 2015

Où?
L’action se situe en France, principalement dans un village de deux mille cinq cent âmes dans le nord-est qui n’est pas nommé, « un village aux contours agricoles dévorés par les nouvelles habitations, des maisons modernes, aux murs blancs, à la pelouse verte, aux enfants sages. »
Dans la seconde partie, le lecteur accompagnera le personnage principal sur les routes du pays jusqu’au centre-est, vers l’ouest et en descendant vers le sud. .

Quand?
Le roman est situé de nos jours, sur une période de quelque vingt années.

Ce qu’en dit l’éditeur
Anthime, un adolescent inséparable de sa sœur Helena, vient d’emménager dans une banlieue de province avec toute sa famille. Il craint de ne pas s’intégrer dans cette nouvelle communauté où personne ne l’attend.
Pourtant, il va vite trouver le moyen de se distinguer et de se faire connaître. Lors d’une kermesse, il s’illustre par sa rapidité au jeu de quilles. Il n’en faut pas plus à Brice, un entraîneur obèse et bonhomme, pour l’enrôler dans la course à pied. Anthime, surnommé le Pélican, excelle dans cette discipline et devient un exemple et un symbole pour toute la région. Sa voisine Joanna l’adule mais le coureur n’a d’yeux que pour Béatrice, une camarade de classe, belle et charnelle, et qui ne reste pas, elle non plus, insensible à son charme… La veille d’une course déterminante, ils échangent un baiser qui scellera leur relation devenue désormais impossible à cause de la chute d’Anthime, qui s’effondre aux portes de la gloire…
Vingt ans plus tard, alors qu’il a tout abandonné, désormais bedonnant, et qu’il vit un amour médiocre avec Joanna, Anthime reçoit un électrochoc. Il sort de sa torpeur lorsque ses anciens camarades de classe lui lancent le défi de traverser le pays en courant.
Le Pélican retrouvera-t-il en lui la force de redevenir un champion et combler, par la même occasion, son orgueil ?
Porté par une extrême émotion, Le Cœur du Pélican nous parle de la gloire et de sa fragilité, du sport et de sa souffrance. Il raconte le courage et la destinée à la fois banale et extraordinaire d’un homme qui réussit, connaît le succès, tombe et se relève. Cécile Coulon parvient formidablement à incarner ses personnages aux prises avec leurs désirs et aveuglés par les non-dits.

Ce que j’en pense
***

Avec ce roman, Cécile Coulon vient prendre la foulée de quelques rares auteurs à s’être aventurés dans le monde du sport et plus particulièrement de la course à pied. Après La solitude du coureur de fond d’Alan Sillitoe, longue nouvelle devenue un classique de la littérature britannique, La ligne droite d’Yves Gibeau et plus récemment La ligne bleue de Daniel de Roulet – trois œuvres à (re)découvrir – voici donc le Pélican. Il s’agit du surnom d’un jeune espoir du demi-fond, dont le maillot est orné de cet animal pourtant peu connu pour ses prouesses à la course. Anthime va attirer l’attention de Brice qui va devenir son entraîneur. Il réussit de belles performances lors du cross du collège puis lors de compétitions départementales et régionales, avant de viser plus haut. Très vite, il acquiert une certaine notoriété. Trois jeunes filles gravitent autour de la graine de champion : sa sœur Helena qui va se mettre à son service, sa voisine Joanna qui « de la fenêtre de sa timidité assiste aux progrès fulgurants d’Anthime » et la belle Béatrice, sa camarade de classe qui le fait fantasmer.
Un entraînement de plus en plus intensif, une hygiène de vie rigoureuse et des loisirs qu’il faut sacrifier vont le mener en haut de l’affiche, au départ du 800m qui couronnera sa jeune carrière et le propulsera définitivement au rang de champion. Seulement voilà, une blessure met un terme à ce beau rêve. Commence alors une longue descente aux enfers, « Vingt ans d’incompréhension, vingt ans de chagrin, vingt ans de silence. »
« Béatrice s’envola pour un pays lointain plein de cocotiers, d’îles inhabitées et de forêts sauvages » et plus tard pour une île près des côtes australiennes, laissant le terrain libre à Joanna, sorte de femme par défaut. « Joanna a vécu plus de vingt ans à ses côtés. Sa voisine, son amie, sa maîtresse, sa femme, la mère de ses enfants. Mais elle ne le connaissait pas. Anthime était un étranger. »
Car Anthime reste habité par son échec. Anthime sent que « personne ne peut sauver personne, les gens doivent s’extirper d’eux-mêmes, sans attendre qu’une main vienne fouiller en eux pour en sortir le meilleur. »
Après vingt ans de ruminations, il choisit un nouveau défi. Il sera le premier coureur à traverser la France du nord au sud. Sa sœur s’associe à ce projet, car « Helena avait toujours été le genre de femme capable de prendre les commandes d’une machine qu’elle n’avait jamais pilotée. »
On laisse le lecteur découvrir ce qu’il adviendra de cette nouvelle ambition, découvrir le «pays, à la manière d’un homme qui déshabille une femme pour la première fois. »
et l’on saluera le sens de la formule de Cécile Coulon qui confirme ici sa place parmi la nouvelle génération des écrivains français.

Résonances
Si ce roman m’a touché, c’est aussi parce qu’il me rappelle beaucoup mon propre parcours. A 15 ans, j’ai remporté le cross de l’école, puis j’ai été repéré par un entraineur qui m’a convaincu de m’astreindre à un entrainement intensif. A 17 ans j’ai rejoint la section sport-études athlétisme du lycée de Bar-le-Duc et ai commencé à collectionner les titres de champion de France en demi-fond et cross-country. C’est alors que j’ai voulu faire de ma vie une course vers la gloire. Mais je me suis retrouvé à suivre des études universitaires sans l’infrastructure de la section sport-études, sans entraîneur et, au fil des mois, sans vraie perspective. Deux ans plus tard, je pratiquai toujours l’athlétisme, mais sans que les résultats ne soient au rendez-vous. Si bien que j’ai décidé de me consacrer à mon école de journalisme et à raccrocher les pointes. Comme Anthime, j’ai ensuite participé à quelques courses sur route avant d’arrêter toute compétition et courir encore, de temps à autre, pour le plaisir. Quelques pages du livre de Cécile Coulon, y compris celles qui retracent l’aura du champion auprès des camarades de classe, me sont plus que familières.

Autres critiques

Babelio
Télérama
L’Express
RTL (Les livres ont la parole, Bernard Lehut)
Blog Garoupe
Blog Clara et les mots

Extrait
« Pendant que les autres fument leurs cigarettes derrière les containers, toi tu cours. Pendant que les autres embrassent des filles pleines d’acné, toi tu cours. Tu n’as pas le droit de fumer, pas le droit de boire ta première bière, pas le droit de te coucher tard, tu n’as pas le droit de regarder un film porno chez ton pote parce que tu dois te lever le lendemain. Pendant que les autres mangent des sandwiches à la mayonnaise en reluquant des gonzesses qui sortent du gymnase, le short collé à leurs cuisses, tu fais des pompes, des séries d’abdominaux, tu cours autour d’une piste qui te donne la gerbe à force de tourner, tourner, tu ressembles à un bousier poussant une chiure de chaton. Pendant que les autres regardent des séries américaines, visitent des zoos, des usines désaffectées, jouent aux cartes, au bowling, tu comptes les dixièmes de seconde sur le chronomètre géant, tu dors à côté de ton coach qui ronfle comme un tracteur. Pendant que les autres vivent, tu survis, pour être le champion, pour voir ton visage sur grand écran, au-dessus d’une table de restaurant où tous ces autres se marrent à te regarder suer tes protéines sur une piste. » (p. 65)

A propos de l’auteur
Cécile est Coulon est née en 1990. Après des études en hypokhâgne et khâgne à Clermont-Ferrand, elle poursuit des études de Lettres Modernes. Elle consacre actuellement une thèse au « Sport et Littérature ».
Son premier roman Le voleur de vie et son recueil de nouvelles Sauvages ont paru aux Éditions Revoir.
Outre son goût prononcé pour la littérature, de Steinbeck à Luc Dietrich, Nathalie Sarraute ou Marie-Hélène Lafon en passant par Tennessee Williams, Stephen King ou Prévert, elle est aussi passionnée de cinéma (Pasolini, La nuit du chasseur, The Big Lebowski, L’année dernière à Marienbad, Bruno Dumont, Duncan Tucker, Larry Clark, John Waters) et de musique (Elvis Presley, Jerry Lee Lewis, Chuck Berry, Ramones, Lesley Gore, Otis Redding, John Legend).
Quatre de ses romans ont paru aux Éditions Viviane Hamy : Méfiez-vous des enfants sages (2010), Le Roi n’a pas sommeil (2012, couronné Prix Mauvais Genres France Culture / Le Nouvel Observateur la même année), Le Rire du grand blessé (2013) et Le Cœur du Pélican (2015). (Source : Editions Viviane Hamy)

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