La tresse

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En deux mots
Smita l’indienne, Giulia la sicilienne et Sarah la canadienne se font des cheveux. Trois itinéraires de femmes qui vont se rejoindre pour former une tresse somptueuse. Découvrez LE premier roman de l’année !

Ma note
etoileetoileetoileetoileetoile (coup de cœur, livre indispensable)

La Tresse
Laetitia Colombani
Éditions Grasset
Roman
224 p., 18 €
EAN : 9782246813880
Paru en mai 2017

Où?
Le roman se déroule conjointement en Inde, en Sicile et au Canada.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté.
Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école.
Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée.
Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade.
Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est destiné et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.

Ce que j’en pense
Olivier Bourdeaut avait connu l’an passé avec En attendant Bojangles (qui vient de paraître en poche chez Folio) un succès phénoménal, propulsant par la même occasion la maison d’édition bordelaise Finitude sur le devant de la scène. Le hasard veut que ce soit une bordelaise qui lui emboîte le pas. Laetitia Colombani figure d’ores en tête des meilleures ventes et son premier roman est en cours de traduction dans seize langues. Mais au-delà des chiffres, attachons-nous aux lettres. Car elles méritent toute notre attention !
Voilà en effet l’une des œuvres les plus originales de l’année, moderne par son scénario, audacieuse dans sa construction, efficace dans son rythme, et j’ajouterais brillant dans son engagement.
Le scénario nous propose de découvrir successivement trois femmes dans trois continents différents. Trois femmes qui n’ont à priori aucune chance de se rencontrer, car elles vivent non seulement à des milliers de kilomètres l’une de l’autre, mais sont surtout de conditions sociales. On commence par découvrir la condition très difficile de Smita. Faisant partie de la caste des intouchables, elle n’est considérée que comme bonne à nettoyer les excréments des familles plus aisées du village. Si ce n’est l’amour de son mari – chasseur de rats – qui la fait tenir, c’est l’espoir que sa fille pourra aller à l’école et pourra aspirer à une condition meilleure. Mais le jour où son enfant est humiliée par son enseignant, elle comprendra que sa seule issue sera la fuite. Loin du village, loin des injustices, loin des insultes.
Giulia est la seconde femme du roman. Cette jeune sicilienne accompagne son père, gravement malade, durant ses derniers jours. Propriétaire d’un atelier de traitement de cheveux à Palerme, ce dernier laisse derrière lui une entreprise au bord de la faillite. Julia va échafauder un plan pour sauver la société et son personnel avec l’aide de son ami immigré Kamal. Elle va toutefois se heurter à sa famille, très conservatrice.
La troisième femme est une brillante avocate qui ambitionne de prendre la tête du cabinet où elle n’a cessé de grimper les échelons. Sarah a choisi de faire carrière au mépris de sa vie de couple et, après deux divorces, mène de front carrière et éducation des enfants. Jusqu’au jour où elle est victime d’un malaise et que les examens révèlent un cancer. Pour elle, un autre combat commence alors.
On l’aura compris, la construction audacieuse tient dans cette manière de tresser ses trois histoires de telle façon qu’elles puissent se rejoindre, même si les plus perspicaces vont assez rapidement pouvoir deviner ce qui peut rapprocher les trois femmes.
L’efficacité du rythme tient en de courts chapitres qui s’achèvent tous par une nouvelle révélation et qui font que le lecteur ne peut dès lors plus lâcher le livre avant l’ultime rebondissement. Laetitia Colombani donne ici ses lettres de noblesse à ce que les anglo-saxons appellent le «page turner» et que l’on pourra traduire par une addiction à la lecture.
Reste la défense et illustration du rôle de la femme en ce début du XXIe siècle. Bien mieux que des études statistiques, sociologiques ou politiques, l’auteur nous donne à comprendre, à ressentir, à partager les injustices qui perdurent, la discrimination qui persiste, le machisme qui continue à régir les relations. Par-delà le niveau social et par-delà les cultures. La tresse est aussi le roman de la détresse. Ce qui le rend dramatiquement beau et universellement juste.

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Les livres de Joëlle (Joëlle Guinard)
Blog L’ivresse littéraire (Amandine Cirez)
Blog T Livres T Arts
Blog Mes écrits d’un jour (Héliéna Gas)

Autres critiques
Babelio
La Croix (Stéphanie Janicot)
Elle (Olivia de Lamberterie)
Libération (Alexandra Schwartzbrod)
Onlalu (Pascale Frey)
Blog Mille et une frasques 

Les premières pages du livre


Laetitia Colombani lors de son passage dans La Grande Librairie de François Busnel

Extraits
« Smita voudrait tant dire: réjouis-toi, tu n’auras pas ma vie, tu seras en bonne santé, tu ne tousseras pas comme moi, tu vivras mieux, et plus longtemps, tu seras respectée. Tu n’auras pas sur toi cette odeur infâme, ce parfum indélébile et maudit, tu seras digne. Personne ne te jettera des restes comme à un chien. Tu ne baisseras plus jamais la tête, ni les yeux. Smita aimerait tant lui dire tout ça. Mais elle ne sait comment s’exprimer, comment dire à sa fille ses espoirs, ses rêves un peu fous, ce papillon qui bat son ventre. »

« Giulia ne manquerait de rien, assurément. De rien sauf de l’essentiel, répond-elle. Elle refuse de se soumettre, de s’enfermer dans une cage aux barreaux bien lustrés. Elle ne veut pas d’une vie des convenances et d’apparences. »

« Sarah a toujours été maîtresse de ses choix, des orientations de sa vie, elle était une executive woman comme on dit ici, littéralement « une personne jouissant d’une position dominante dans une entreprise ou une compagnie, qui prend des décisions et les fait appliquer ». Dorénavant, elle subit. Elle se sent trahie, comme une femme répudiée qu’on renvoie parce qu’elle n’a pas donné ce qu’on attendait d’elle, parce qu’on la juge inapte, insuffisante, stérile. »

A propos de l’auteur
Laetitia Colombani est scénariste, réalisatrice et comédienne. Elle a écrit et réalisé deux longs-métrages, À la folie… pas du tout et Mes stars et moi. Elle écrit aussi pour le théâtre. La Tresse est son premier roman. (Source : Éditions Grasset)

Site Wikipédia de l’auteur 

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Comment s’en mettre plein les poches en Asie mutante

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Comment s’en mettre plein les poches en Asie mutante
Mohsin Hamid
Grasset
Roman
traduit de l’anglais (Pakistan) par Bernard Cohen
256 p., 18 €
ISBN: 9782246807827
Paru en septembre 2014

Où?
L’action se situe en «Asie mutante», vraisemblablement à Lahore, au Pakistan.

Quand?
Le roman est situé de nos jours, durant la période qui va de la naissance à la mort du personnage principal, soit un peu plus de 80 ans.

Ce qu’en dit l’éditeur
Lecteur, lectrice : tu viens d’acquérir le nouveau roman de Mohsin Hamid. Grand bien t’en a pris. Car celui-ci va te permettre de découvrir comment t’en mettre plein les poches en Asie mutante, comme le héros de cette édifiante et rocambolesque épopée : né dans la plus insigne pauvreté, au cœur de la campagne d’un pays anonyme du continent indien, il va monter à la ville, parfaire son éducation, rencontrer l’amour, flirter avec la tentation politique, puis faire fortune par le plus inattendu des moyens. Ce sont, en une poignée de pages, quatre-vingts années d’une vie d’homme que tu tiens entre tes mains – « un homme fait de tous les hommes et qui les vaut tous et que vaut n’importe qui » à l’heure de la mondialisation galopante. Et si cette fable contemporaine et universelle te fait verser quelques larmes, ne t’en fais pas, car celles-ci jailliront avant tout du plaisir et de l’émotion que tu t’apprêtes à éprouver en lisant ce petit joyau de littérature.

Ce que j’en pense
***

Présenté comme un manuel de développement personnel, ce roman ravira tous les amateurs de belles success-stories. Disons aussi un mot du quatrième de couverture, car cette fois ce texte remplit parfaitement son rôle. Si vous avez pris le temps de le lire (voir ci-dessus), vous conviendrez certainement avec moi que cette présentation donne furieusement envie de se plonger dans le nouveau roman de Mohsin Hamid dont deux œuvres ont déjà été traduites en français : L’intégriste malgré lui (Denoël), et Partir en fumée (Stock). D’autant que le récit tient la promesse de cette belle présentation.
Nous suivons donc le héros de cette épopée au moment où il quitte la campagne qui l’a vu naître et où le seul destin qui s’offrait à lui était de mettre ses pas dans ceux de ses misérables parents. « Partir à la ville est le premier pas pour s’en mettre plein les poches en Asie mutante, et tu viens de l’accomplir. Félicitations ».
Suivront 11 autres chapitres formant autant d’étapes vers le but ultime annoncé par le titre. Toutefois, « comme le sait tout homme entreprenant ayant rencontré le succès, de nombreuses compétences ne peuvent être enseignées à l’école : elles demandent que l’on mette la main à la pâte. Pendant une vie entière parfois. »
Il ne faudra par conséquent pas s’imaginer que, comme dans les vrais manuels de développement personnel, la réussite arrive sans coup férir, en suite le programme.
Mohsin Hamid a le recul, l’humour et le cynisme nécessaires pour mettre le doigt sur les failles du système, sur les contradictions et sur les obstacles qui peuvent ralentir, voire détruire une belle ambition. L’amour peut, par exemple, enrayer la belle machine. Quand il faut par exemple choisir entre le cœur de sa charmante voisine ou consacrer tout son temps à la récolte des fruits de son labeur, voire même à dévorer ceux des autres.
Entre la copie de DVD et la vente d’eau — pas vraiment minérale — en bouteilles, on découvrira cette Asie mutante que l’on peut situer au Pakistan et cette volonté farouche de ses habitants à vouloir s’en sortir. C’est habilement construit, finement décrit et joliment subversif. Car on l’aura compris, si ce livre n’est pas vraiment le meilleur guide pour s’en mettre plein les poches, il nous offre un beau portrait du capitalisme et de ses travers en pays émergent.

Autres critiques
Babelio
Libération
La Presse (Montréal)
BibliObs (entretien avec l’auteur)
TLC (toute la culture)
Blog atasi.over-blog (un passionné de l’Inde)

Extrait
« Le nombre d’ouvrages entrant dans la catégorie des livres de développement personnel est impressionnant. Par exemple, pourquoi persistes-tu à lire ce roman étrangé encensé de toutes parts et fantastiquement ennuyeux, te traînant de page en page – « que ça s’arrête, par pitié ! » – à travers une prose lente comme la poix et une prétention stylistique embarrassante, sinon par envie de comprendre des contrées lointaines qui, mondialisation oblige, ont de plus en plus d’impact sur ta vie ? Quelle est-elle cette pulsion, sinon le désir de développement personnel ?
Et que dire des autres romans, ceux que tu apprécies et dévores avec avidité, enchanté par leur intrigue, ou par leur langue, ou par leur profondeur, ou par la quantité de scènes de sexe aussi gratuites qu’explicites ? Ceux-là sont également des versions du livre de développement personnel. Il t’aident au moins à passer le temps, or c’est de temps que toute personne est faite. » p. 25

A propos de l’auteur

Mohsin Hamid est né en 1971 à Lahore, au Pakistan, et a vécu à Londres, à New York et en Californie. Ses deux premiers romans, Partir en fumée (prix Betty Trask et finaliste du prix PEN/Hemingway en 2000) et L’intégriste malgré lui (finaliste du Man Booker Prize en 2007, adapté au cinéma par Mira Nair), se sont vendus à plus d’un million d’exemplaires dans le monde et ont été traduits dans plus d’une trentaine de langues. De nouveau établi à Lahore depuis quelques années, il contribue régulièrement au New York Times, au Guardian, au New Yorker ou encore à la revue Granta. Salué par une presse unanime aux États-Unis et en Angleterre et en cours de traduction dans le monde entier, Comment s’en mettre plein les poches en Asie mutante, son troisième roman, fera prochainement l’objet d’une adaptation au cinéma par Guillermo Arriaga, le scénariste d’Amours chiennes, Babel et 21 grammes. (Source : Editions Grasset)

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