Nino dans la nuit

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En deux mots:
Nino essaie de s’en sortir, mais accumule les galères. En dernier recours, il va essayer de s’engager dans la légion. À nouveau rejeté, il va noyer son mal-être dans l’alcool et la drogue, histoire d’oublier les petits boulots qui ne rapportent rien et les petits trafics guère plus rémunérateurs. Reste sa copine Lale, son coin de ciel bleu.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Voyage au bout de la nuit

Capucine et Simon Johannin figurent parmi les révélations de cette rentrée 2019. Ensemble, ils ont écrit ce roman qui nous entraîne sur les pas d’un couple de jeunes vivant à la marge, essayant de sortir des galères qui font leur quotidien.

L’histoire de Nino est à ranger parmi les révélations de cette rentrée littéraire de 2019, à la fois par l’originalité de la langue et par sa conception, écrit en duo par Capucine et Simon Johannin Tous deux ayant déjà fait leurs armes en littérature auparavant. Mais avant de parler de ce jeune duo prometteur, revenons au scénario de ce roman qui commence très fort.
Nous sommes dans un centre de recrutement de la légion. Nino vient tenter l’aventure, même s’il n’a pas précisément le profil du candidat idéal. On apprendra plus tard qu’il s’agit pour lui de fuir une nouvelle galère, après avoir refait le portrait d’un homme qui entendait profiter de l’état semi-comateux d’une jeune fille pour la violer. Mais malgré sa docilité et son souci de ne pas se faire spécialement remarquer, il va finir par se trouver à nouveau dans la rue et dans la dèche.
« je fais le tour de l’appartement pour voir s’il reste des trucs que je pourrais vendre. J’ai les outils trouvés avant de partir au fort de la Légion, une perceuse, une disqueuse et des tournevis. Je vais garder les tournevis et je vais vendre le reste, ça fera quelques billets. Mais je vais pas tenir longtemps avec ce genre de magouille. Il faut que je trouve un travail, un truc valable avec un salaire, des heures, quelque chose de normal.»
De galère en galère, on le retrouve parmi ces anonymes à la quête d’un moyen de subsistance et qui se font exploiter pour dix euros de l’heure à la condition qu’ils ferment leur gueule: «Je transite sans encombre dans la masse de tous ceux qui sont debout avant l’heure de leur corps, et ça se lit sur les visages. J’ai autour de moi la preuve que le meilleur moyen d’attraper une sale gueule c’est de se lever tous les jours trop tôt pour aller bosser. Ça craint. Plus personne se tient droit…»
Son coin de ciel bleu s’appelle Lale. Arrivée de Turquie chez son oncle en France, à l’instigation de sa mère, la jeune fille a pris la fuite après avoir été battue par ce dernier et trouver refuge chez Nino. Deux solitudes, deux «misérables» qui essaient tant bien que mal de conjurer le sort.
«Je sais que tu m’aimes. Ce que je sais pas c’est vers quoi on va tous les deux. Comment ça va se passer, avec quoi on va vivre. Toi non plus t’en sais rien, mais pour l’instant c’est la nuit, alors on le fait. Parce que ça fait longtemps, parce que baiser nous permet de pas trop penser au reste, parce qu’ici on est que nous la peau dans la peau.»
Entre petits arrangements et gros ennuis, entre trafics illicites et alcools forts, ils tentent de sortir la tête de l’eau. Ou de s’enfoncer dans les paradis artificiels. Des barres de shit, on passe à la poudre, du joyeux délire à la nuit la plus noire. Au pays de la défonce, il n’y a guère de lendemains qui chantent.
«Je tremble comme un putain de camé et tout en moi me dit plus jamais ça mais je sais déjà que c’est pas vrai, qu’un jour ou l’autre je vais me jeter sur le délicieux croche-patte qui me fera retomber au pays des gogoles.»
Cependant les auteurs ouvrent la porte vers une solution. Nino est invité à participer à un casting, à gagner en un jour davantage que durant toute une année… «C’est fini de patauger dans la boue pour lever les perdrix, quelqu’un a un jour vu que ma tête à moi qui sort d’un costume chic pouvait servir à vendre sur toute la planète ledit costume. Je suis passé de la chasse dans la brume au concours de belles bêtes, et putain c’est tant mieux.» Mais on le sait, une hirondelle ne fait pas le printemps.
Nés en 1991 et 1993, Capucine et Simon Johannin ont trouvé la langue qui sied à leur personnages. Ils rendent à merveille les ambiances et le vécu de cette jeunesse qui reste à la marge malgré des efforts monstrueux, de cette vie qui joue les montagnes russes. Beau dans la violence, saisissant dans la souffrance, étouffant dans la noirceur.

Nino dans la nuit
Capucine et Simon Johannin
Éditions Allia
Roman
288 p., 14 €
EAN 9791030410112
Paru le 03/01/2019

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris et région parisienne. On y évoque aussi Tours.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« J’ai la tête, les yeux et la bouche qui crament, j’ai avalé des braises qui me font des trous partout. Des trous dans le sol quand j’avance, des trous dans les phrases que je veux dire à des gens qui ont des trous dans le visage quand je les regarde. »
Dès les premières pages, le hurlement du sergent résonne pour longtemps dans vos oreilles : “Tout le monde en rang, à l’ordinaire. Mâchez bien sinon vous allez nous cimenter les chiottes, et c’est pas moi qui irai les déboucher, compris ?”
Le sergent ? Oui, le sergent, celui qui recrute les futurs légionnaires. Nino, dix-neuf ans, figure parmi les volontaires, groupe d’hommes venus des quatre coins du monde afin de recevoir, coûte que coûte, une solde, pour pouvoir s’en sortir. La Légion, c’est l’apprentissage d’un code d’honneur autant que celui d’une langue. Hélas, Nino ne passera pas l’épreuve puisqu’il échouera brillamment au test de dépistage. De retour, Nino enchaîne les petits boulots. Une vie de débrouille criblée par les flashs de fêtes étourdissantes, par les personnages qui surgissent et les histoires qu’ils racontent.
Après L’Été des charognes, premier roman fulgurant et remarqué, la langue est vive, les dialogues mordants : Nino dans la nuit bouillonne, cingle une histoire à cent à l’heure et dessine, à travers le destin chaotique de son héros, le portrait d’une génération qui tente de trouver sa place là où il n’y en a plus.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Télérama (Nathalie Crom)
L’Express (Estelle Lenartowicz)
Diacritik (Johann Faerber)

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Paradis? Nino Paradis? Bordel c’est qui ta mère, Amélie Poulain? Qu’est-ce que tu viens chercher ici Nino, tu veux en finir avec ton nom?
Le mec lève pas la tête de mon passeport et comme je dis rien, il recommence.
– Qu’est-ce que tu viens faire ici?
– Je veux servir mon pays, je veux être utile en cas d’attentat.
– Si on veut être utile et jouer au boy-scout, on entre dans la police. Si t’es ici, c’est soit que tu crèves la dalle, soit que t’en as marre de ta vie, soit que tu te planques mais autant que tu le saches tout de suite, ça sert à rien. C’est pas parce qu’on donne personne aux autorités civiles qu’on règle pas les problèmes nous-mêmes. Et toi, t’as une tronche à problèmes. De toute façon, on va éplucher ton passé jusqu’à trouver lequel de tes dix doigts tu t’es rentré en premier dans le cul. T’as déjà eu des problèmes avec la justice Nino ? T’es pédé ?
– Non, j’ai jamais fait de prison.
– sergent, tu dis sergent quand tu t’adresses à moi.
– J’ai jamais fait de prison sergent.
– Et alors, t’as dealé ? T’as vendu de la came ?
– Non sergent.
– Alors, t’as fait quoi ?
– Je me suis bagarré, c’est tout.
– C’est déjà ça. On va t’appeler Paul Dubois maintenant, tu seras canadien, né à Montréal le quatorze février mille neuf cent quatre-vingt-seize. Tu poses tout, le téléphone et le reste, sur la table à côté du bureau. Maintenant tire-toi d’ici, et fais-moi entrer le Chinois qui attend son tour derrière toi.
Ma parole ce mec a des oursins greffés à la place des couilles, c’est pas un drôle.
Je me lève, je récupère le sac qu’il a vidé et j’y remets mes trois slips, mes six chaussettes, mes trois tee-shirts, mes claquettes en plastique à trois bandes, ma serviette et ma trousse de toilette avant de sortir en disant au suivant d’aller se faire engueuler à ma place.
J’ai les épaules mouillées à cause de la pluie, j’ai pris la flotte en venant ici, ça fait chier.
– C’est toi qui viens de sortir du bureau ? Viens sous la barre. Tu fais sept tractions en partant bras tendus et tu vas t’asseoir avec les autres.
J’abandonne mon sac sous le préau, je cours vers la barre, j’en fais dix histoire de montrer que ça va et je retourne m’asseoir là où il pleut pas, à côté du bureau, en attendant que tout le monde y soit passé.
C’est le premier tri, ceux qui tirent pas assez fort sur leurs bras se font dégager tout de suite, ils ont fait tout ce chemin pour rater des tractions et puis se casser, ils sont trois à se faire sortir comme ça. Évidemment c’est l’armée en pire ici, si on peut pas soulever son corps, il vaut mieux pas tenter.
– allez, au vestiaire ! et ici on fait tout en courant !
C’est le sergent qui gueule, alors on court jusqu’à la salle blanche et vide de l’autre côté du préau, là où un légionnaire nous attend et nous allume aussi vite que l’autre.
– dessabillez-vous, enlevez tout, les chaussettes les slips, tout le monde les poils! plous vite que ça c’est pas oune putan d’assile pour les réfugiés ici !
Pendant qu’on vire toutes les sapes qu’on a sur nous, la trentaine de volontaires qu’on doit être, il nous fait passer des ensembles de sport bleus, tous pareils.
– si trop grand ou trop petit vous changez avec les voissins. vous prenez aussi les slips neufs là. Ici c’est fini les chosses de civils avec la quéquette qui balade gauche droite, compris?
– complis.
– compris caporal-chef, les trois traits ici sur le p oitrone c’est caporal-chef, compris?
– complis capulrol-cheuf !
On a tous pris le pli rapidement, crier compris quand on nous demande compris, même si en réalité c’est la seule chose qu’ils ont capté la plupart, parce qu’on est pas nombreux à parler français. Ceux qui comprennent pas regardent ceux qui comprennent et font comme eux.
Ceux qui oublient de crier quand il faut vont sans doute pas rester longtemps, parce que, pour l’instant, on attend pas grand-chose d’autre de nous que de gueuler en chœur après ceux qui nous gueulent dessus. En même temps on s’y attendait un peu en venant ici, enfin moi.
Une fois tous habillés, le légionnaire caporal-chef nous emmène au pas de course au centre de la cour où le sergent nous attend. On s’installe droits sous la pluie, en colonnes approximatives, en suivant les ordres que le sergent nous gueule. »

Extraits
« Je me sens plus énervé que malheureux et j’évite la picole en solo. Fini tout ça, je bois de l’alcool que quand c’est bon, sauf si c’est gratuit. Je salue le vieux devant la supérette, et après lui avoir rendu son sourire qu’on pourrait revendre à la ferraille pour un billet bleu, je remonte chez moi veiller sur lui depuis ma fenêtre en mangeant ma dose d’hormones de chez le boucher.
Une fois les os du poulet nettoyés complètement je fais le tour de l’appartement pour voir s’il reste des trucs que je pourrais vendre.
J’ai les outils trouvés avant de partir au fort de la Légion, une perceuse, une disqueuse et des tournevis. Je vais garder les tournevis et je vais vendre le reste, ça fera quelques billets. Mais je vais pas tenir longtemps avec ce genre de magouille. Il faut que je trouve un travail, un truc valable avec un salaire, des heures, quelque chose de normal. Et toi est-ce que tu feras pareil, est-ce que ça va être ça notre traversée à deux, est-ce qu’on devra s’y plier et devenir ce vide qui partout s’étend derrière les vitres ?
Je tue les jours qui me séparent de toi comme ça, avec pas grand-chose, des murs froids, des draps pas très propres dans lesquels je me branle assez souvent et des feuilles longues roulées en cône avec le moins de tabac possible.
J’aime pas trop le tabac, sauf en buvant. Et ça fait longtemps que j’ai pas bu. C’est pas plus mal vu où ça m’a conduit la dernière fois. »

« Mes yeux ont la couleur de la lumière des toilettes de gares, un bleu trop sombre pour qu’on se voie bien dedans et qu’on y trouve les veines.
J’ai de beaux cernes, j’ai fait ça bien. Ça me vieillirait presque un peu si j’avais au moins quelques poils sur les joues. Mais rien. Aucune trace de virilité d’une oreille à l’autre.
Ça tient à rien, la virilité à mon âge. Une boîte dans la gueule, un grand cri de singe et des choses cassées. »

« Je transite sans encombre dans la masse de tous ceux qui sont debout avant l’heure de leur corps, et ça se lit sur les visages. J’ai autour de moi la preuve que le meilleur moyen d’attraper une sale gueule c’est de se lever tous les jours trop tôt pour aller bosser. Ça craint. Plus personne se tient droit, tout le monde a sa nuque qui fait un angle étrange pour avoir le visage oublié dans le téléphone. Les seuls qui sont pas comme ça ont la tête en arrière ou contre la vitre, la bouche ouverte et les yeux fermés, à chercher encore un peu de limbes pour se sentir couler dedans avant de faire ce qu’ils ont à faire. Quand je me gratte l’oreille avec, mon petit doigt me dit qu’ils en crèvent pas d’envie. Je veux pas savoir ce qu’en pense mon majeur qui se lève en l’air pour un rien.
Je me console comme je peux en me disant qu’au moins je suis pas assez riche pour tomber là-dedans, l’Internet permanent, la fausse vie et les pubs ciblées de capote parce qu’à ce qu’il paraît maintenant les téléphones nous écoutent baiser. »

« – Mathilda, il t’a donné combien aujourd’hui le patron ?
– Comme les autres jours quand c’est long comme ça, soixante euros. Pour dix heures, là c’est pas facile.
Je stoppe net. Mathilda me regarde avec les sourcils en l’air sous le foulard qu’elle s’est noué sur la tête à cause de la vieille bruine qui se mouche sur nous. Ce sac à merde lui vole quinze balles sur la journée. Il est arrivé là où il en est en entubant tout ce qu’il a pu entuber, toute sa putain de vie. Ce type est une chiure, il carotte une daronne parce qu’elle a jamais rien fait d’autre que de trimer pour pas grand-chose. Il la joue cas par cas, et le cas Roumaine, pour lui y a pas photo. Si t’as besoin, t’iras chercher bonheur de toute façon.
– Le patron te vole des heures.
– Comment ça il vole des heures ? Ça veut dire quoi ?
– Il te paye pas l’installation et le rangement alors qu’il me les paye, il te vole deux heures sur la journée. Moi j’ai soixante-quinze euros là, tiens regarde.
Je lui tends mon enveloppe, elle compte les billets, doucement. Je vois la catastrophe arriver sur son visage depuis les replis de son âme. Soixante euros, c’est pas beaucoup.
Quinze euros en moins ça devient énorme. Je suis navré qu’elle se soit fait baiser, je sais plus vraiment quoi dire. Elle se raidit d’un coup, elle vient de prendre cinq ans devant moi. »

« j’entends un truc du côté de la chambre, un bruit bizarre, je me dis si ça se trouve elle est pas bien, on sait jamais faudrait pas qu’elle s’étouffe ou je sais pas quoi, alors je vais voir. Je pousse la porte de sa chambre et là mec c’était presque trop tard. Le fils de pute de tout à l’heure avec sa tronche de brosse à chiotte coiffée à l’huile de coco, il était en train de la déshabiller. Ce connard était pas sorti, il l’a guettée toute la soirée parce qu’elle était dans les vapes et il s’est dit qu’il pourrait se la taper quand tout le monde serait dehors. Élo complètement à l’ouest, a juste vaguement bougé les bras pour qu’il se casse, plus capable de rien, et moi je saute sur le gars. Il était pas net non plus, alors il s’est cassé la gueule et je l’ai traîné par la veste en lui foutant des coups dans la tête, puis une fois sur le palier je l’ai balancé dans les escaliers, mais tu vois comment c’est chez elle, elle est au premier donc de pas très haut. Je suis descendu aussi, je l’ai tiré dans la rue, je lui ai frappé la gueule et puis je l’ai cogné contre le sol en l’attrapant par ses boucles. Et les autres à côté qui gueulaient mais t’es malade Nino mais qu’est-ce qui t’arrive arrête blablabla. Et puis je me relève, et là je vois leurs têtes à tous complètement horrifiées et moi aussi je suis pas bien, raide de coke et puis le trip avalé avant en prévision du trajet qui monte d’un coup. Je comprends que je suis le seul à être au courant, que tout ça c’est juste gratuit pour eux alors j’ai complètement flippé. J’ai cru qu’il était mort parce qu’il avait son pote qui arrêtait pas de dire ça et puis je suis parti en courant. »

« J’ai tellement serré des mâchoires que je peux pas ouvrir la bouche sans avoir mal. Je tremble comme un putain de camé et tout en moi me dit plus jamais ça mais je sais déjà que c’est pas vrai, qu’un jour ou l’autre je vais me jeter sur le délicieux croche-patte qui me fera retomber au pays des gogoles. Je me lave les mains, j’ouvre le tiroir à pharmacie pour m’enfiler un Doliprane que je vais essayer de pas vomir, puis je porte ce qui me reste de couilles pour me regarder en face, m’arranger et revenir avec une tête qui ressemble à peu près à la mienne.
On dirait que j’ai laissé ma bouche dans un aspirateur pendant deux jours, et ça c’est quoi, dans mon cou et derrière l’oreille. C’est du putain de rouge à lèvres, marqué au sceau des couillons, c’est ma trace de pas joli et bravo ducon.
Brûlé au fer des lèvres d’une de qui j’ai plus rien sauf ça, un mauvais sortilège d’une sorcière du bois des briques.
Et personne à haïr sauf moi dans l’histoire, je rage et frotte du pq avec de l’alcool, de l’angoisse et des miettes de fierté et j’enlève tout ça en pensant que ça me nettoiera aussi un peu dedans, mais dedans tout est crade et à part le digérer lentement, plus rien à faire pour me sauver de mes conneries. »

À propos des auteurs
Capucine Johannin est née en 1991 dans la banlieue Sud de Paris. Après l’obtention du bac à dix-sept ans, elle quitte seule la France pour l’Irlande, puis part travailler dans un motel du bush australien, où les grands espaces appellent les premières images. Affranchie de tout cadre, elle axe sa pratique sur les choses qui lui sont chères, les êtres qui partagent son intimité. Capucine et Simon Johannin effectuent leurs recherches plastique et littéraire en croisant leurs regards, mais le travail commun s’engage sérieusement autour de L’Été des charognes, puisqu’une série de photographies est à l’origine du geste d’écriture. Depuis, l’enchevêtrement des deux univers s’exerce dans la pratique de l’un et de l’autre.
Né à Mazamet dans le Tarn en 1993, Simon Johannin a grandi dans l’Hérault où ses parents apiculteurs tenaient une exploitation. Il quitte le domicile parental à 17 ans et s’installe à Montpellier pour suivre des études de cinéma à l’Université, qu’il déserte rapidement. Il travaille ensuite en intérim, puis comme vendeur de jouets, avant d’intégrer l’atelier d’espace urbain de l’école de La Cambre à Bruxelles de 2013 à 2016. L’Été des charognes, son premier roman, paraît en janvier 2017. (Source : Éditions Allia)

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Je t’aime

ABEl_Je-taime

En deux mots:
Un accident mortel provoqué sous l’emprise du cannabis va faire basculer la vie d’Alice, la petite amie du conducteur et, par un effet de domino, celle de toute sa famille. Quand l’amour est proche de la haine, personne ne s’en sort indemne!

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Je t’aime… je te hais

Dans «Je t’aime» Barbara Abel explore ces liens étranges qui unissent parents et enfants lorsqu’ils sont confrontés à une crise majeure. Quand la tension est extrême, l’amour est alors proche de la haine.

On appelle cela un fait divers, autrement dit un événement à ranger dans la catégorie de ceux qui arrivent presque quotidiennement et qui ne méritent pas que l’on ne s’y attarde outre-mesure. En l’occurrence, il s’agit d’un accident de la circulation. La voiture conduite par un jeune homme s’est encastrée dans un bus de transport scolaire, causant la mort du chauffeur, dont la voiture a dévié de sa trajectoire, et celle d’un petit garçon de sept ans.
Mais sous la plume de Barbara Abel, on saisit immédiatement la dimension dramatique et les implications de cet accident. Bruno, le conducteur de la voiture, était un jeune homme bien, qui vivait sa première histoire d’amour, et qui rentrait chez lui après avoir ramené la belle Alice chez elle. Certes, il était un peu énervé, parce que sa mère les avait surpris dans sa chambre et avait exigé que la jeune fille rentre chez elle. Mais surtout, ils avaient tous les deux passé l’après-midi à s’aimer et à fumer quelques joints. Les résultats des analyses ne laissent aucun doute.
Ce qui laissent pantois à la fois la mère de Bruno, greffière au tribunal, qui n’aurait pu imaginer que son fils se droguait et le père d’Alice, chirurgien, qui «n’a rien vu venir».
Il en va tout différemment de Maude, la belle-mère d’Alice qui a surpris la fille de son nouveau compagnon quelques mois plus tôt en train de tirer sur un joint. Elle lui a promis de ne rien dire à son père si elle promettait d’arrêter. En fait, elle entretenait l’espoir que ce secret puisse les rapprocher, car depuis qu’elle avait recomposé sa famille en emménageant avec ses deux enfants chez Simon et Alice, les tensions étaient permanentes. Et comme on le sait, «une famille recomposée, c’est comme une greffe: on ne sait jamais si ça va prendre.»
Et si on imagine bien combien la perte de son amoureux peut affecter Alice, on va découvrir au fur et à mesure combien chacun des membres de la famille va être affecté par ce drame. À la peine et au mutisme d’Alice vient en effet s’ajouter une enquête de police, car les mères des deux enfants décédés, Nicole et Solange, veulent que l’on fasse toute la lumière sur cette affaire. Depuis combien de temps se droguaient-ils? Qui a fourni la drogue? Qui sont les trafiquants? Après un premier interrogatoire qui n’a pas permis de lever le voile une perquisition est ordonnée. Elle va permettre de découvrir des plants de cannabis dans la cave du domicile et entraîner la garde à vue d’Alice.
Simon qui «nourrit pour sa fille une adoration indissociable des angoisses ordinaires afférentes à la fonction paternelle» ne veut pas croire à cette culpabilité pourtant si évidente. Maude est bouleversée, mais veut croire que tout va s’arranger. «L’amour est le moteur de ses actes, il légitime ses choix, il est la matière première de ses pensées. Elle aime fort, avec bonheur et sans répit. Elle aime sa vie, son boulot, ses enfants… »
Après Je sais pas, Barbara Abel poursuit son exploration des liens familiaux et de la psychologie des enfants. L’épilogue qu’elle va nous proposer va vous laisser pantois. En nous prouvant que «rien n’est plus proche de l’amour que la haine», elle réussit une nouvelle fois un roman fort et prenant que vous n’aurez pas envie de lâcher avant le dernier coup de théâtre!

Je t’aime
Barbara Abel
Éditions Belfond
Thriller
464 p., 19,50 €
EAN : 9782714476333
Paru en janvier 2018

Ce qu’en dit l’éditeur
Après un divorce difficile, Maude rencontre le grand amour en la personne de Simon. Un homme dont la fille, Alice, lui mène hélas une guerre au quotidien. Lorsque Maude découvre l’adolescente en train de fumer du cannabis dans sa chambre, celle-ci la supplie de ne rien dire à son père et jure de ne jamais recommencer. Maude hésite, mais voit là l’occasion de tisser un lien avec elle et d’apaiser les tensions au sein de sa famille recomposée.
Six mois plus tard, Alice fume toujours en cachette et son addiction provoque un accident mortel. Maude devient malgré elle sa complice et fait en sorte que Simon n’apprenne pas qu’elle était au courant. Mais toute à sa crainte de le décevoir, elle est loin d’imaginer les effets destructeurs de son petit mensonge par omission…
Ceci n’est pas exactement une histoire d’amour, même si l’influence qu’il va exercer sur les héros de ce roman est capitale. Autant d’hommes et de femmes dont les routes vont se croiser au gré de leur façon d’aimer parfois, de haïr souvent.
Parce que dans les livres de Barbara Abel, comme dans la vie, rien n’est plus proche de l’amour que la haine…

Les critiques
Babelio 
Le Carnet et les instants (Nausicaa Dewez)
Les lectures de l’oncle Paul 
Zonelivre.fr 
Blog Carobookine
Blog Collectif Polar 
Emotions – blog littéraire et musical
Rubrique Un livre en cinq questions 


Barbara Abel présente Je t’aime © Production Marie-Claire Belgique

Les premières pages du livre:
« La première fois que Maude a dit « Je t’aime » à quelqu’un, c’était par écrit. Elle avait dix-sept ans, l’été commençait à peine et, avec lui, les vacances scolaires s’étalaient à perte de vue jusqu’à une rentrée lointaine et négligeable. Septembre ressemblait à un concept. Elle venait de tomber amoureuse d’un garçon de trois ans son aîné, jeune étudiant en médecine, rencontré à l’anniversaire d’une amie commune.
Louis.
Ils ont roucoulé une semaine durant, avant de partir chacun de leur côté pour des vacances prévues de longue date.
En 1998, si les téléphones mobiles se banalisaient, les communications coûtaient un bras. Les mails nécessitaient la possession d’un ordinateur, les portables et autres laptops étaient encore rares, raison pour laquelle la lettre restait le moyen de communication le plus répandu.
Perdue au fin fond de l’Espagne en compagnie de ses parents, Maude a attendu un mot doux de Louis pendant deux interminables semaines, guettant chaque jour l’arrivée du facteur. Elle avait envoyé une missive au début de son séjour, révélant entre les lignes la force de son amour et la folie de ses attentes. La distance idéalisait la romance, l’absence de l’aimé en aiguisait le désir. Sans nouvelles de Louis, son cœur jouait aux montagnes russes, passant en un éclair des sommets exaltés de l’espoir aux creux dépressifs du doute. Le dix-septième jour, enfin, au retour d’une balade, une lettre est apparue parmi le courrier, le miracle qu’elle n’attendait plus. Fébrilc, elle a décacheté l’enveloppe et découvert un court feuillet gribouillé d’une écriture à peine lisible : le jeune homme, dont la graphie ressemblait déjà à celle du médecin qu’il était appelé à devenir, avait couché sur le papier ses émois, qu’elle a eu un mal de chien à décrypter. Les quelques phrases manuscrites semblaient receler tout le mystère de ses sentiments. Au bas de la page, pourtant, quelques mots effaçaient tout doute quant à l’adoration du jeune homme: « À vite, mon amour. »
Transportée par cette déclaration qu’elle n’espérait plus, Maude s’est empressée de lui répondre. Tremblante, elle a achevé son billet par ces mots d’une folle audace, concédant à leur relation une intimité qui lui faisait tourner la tête: « Je t’aime. »
Au moment d’écrire ces sept lettres, son cœur s’est répandu dans sa poitrine. Il l’a inondée d’une chaleur épicée, une flamme à la fois distincte et diffuse, un truc bizarre qui encombrait son corps et son esprit tout ensemble. Elle y a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle était. Sa chair et son âme.
Les vacances se sont achevées sans autre nouvelle de Louis. À son retour, Maude s’est empressée de lui donner rendez-vous, consumée par un feu que le fantasme avait nourri sans relâche. Arrivée un quart d’heure à l’avance, elle a utilisé ce temps pour magnifier un lien qu’elle avait déjà largement célébré dans ses rêves les plus fous.

Soyons clairs, les retrouvailles ont été un échec cuisant, un naufrage qui a englouti jusqu’aux tisons oubliés. »

Extrait
« Dans la rue, cinq silhouettes accompagnées d’un chien s’approchent de la maison alors que l’aube n’est encore qu’un vague projet. L’obscurité s’attarde au-dehors comme à l’intérieur, elle manipule les ombres à sa guise et se gausse du faisceau lumineux que l’éclairage public étire jusque dans le salon.
Dans la cuisine, l’horloge indique cinq heures cinquante-huit. À l’extérieur, quatre des hommes, ainsi que le chien, rejoignent la porte d’entrée tandis que le cinquième fait le tour par l’arrière et se poste devant la porte du jardin. Ils se déplacent sans bruit, avec une économie de moyens dont la synchronie n’a d’égale que l’efficacité. »

À propos de l’auteur
Barbara Abel vit à Bruxelles où elle se consacre à l’écriture. Prix Cognac avec L’Instinct maternel (Éditions du Masque, 2002), puis sélectionnée par le prix du Roman d’Aventures pour Un bel âge pour mourir (Éditions du Masque, 2003), elle voit aujourd’hui son œuvre adaptée à la télévision et traduite en plusieurs langues. Marquant son grand retour au roman noir, Derrière la haine (Fleuve Éditions, 2012) – Prix des lycéens de littérature belge 2015 –, sort sur les grands écrans en 2018. Après la fin (2013) est son dernier roman publié chez Fleuve Éditions. Après L’Innocence des bourreaux (Belfond, 2015) et Je sais pas (Belfond, 2016), Je t’aime (Belfond, 2018) est son douzième roman. Tous ces titres sont repris chez Pocket. (Source : Éditions Belfond)

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