Sans Véronique

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En deux mots
Véronique, l’épouse de Bernard, est l’une des victimes de l’attentat terroriste de Sousse. Après la sidération, le mari veut comprendre et qui sait, se venger.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Sans Véronique
Arthur Dreyfus
Éditions Gallimard
Roman
256 p., 19,50 €
EAN : 9782072688874
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule d’abord en France, puis en Tunisie et Lybie et enfin en Turquie et Irak. En France, on passe par Paris, Thomery, Chailly-en-Bière, Perthes, Tremblay-en-France, Roissy, Villepinte, Villeparisis, Courty, Vaujours et Sevran.
En Tunisie, les villes de Tunis, Kairouan, Gaâfour, Port El-Kantaoui et Sousse sont mentionnées. En Lybie, la ville côtière de Sabratha abrite un camp d’entrainement. Après un atterrissage à Istanbul, la route conduira en Irak jusqu’à Alep et aux alentours.

Quand?
L’action se situe autour de la date du 26 juin 2015.

Ce qu’en dit l’éditeur
«Plusieurs secondes ont passé, durant lesquelles Bernard s’est efforcé d’ordonner les mots qu’il venait d’entendre, et qui s’enchevêtraient dans son esprit : Sousse, la Tunisie, un attentat, ce matin, Véronique – tout cela n’avait aucun sens, Monsieur, vous m’entendez? a articulé la voix, tandis que, de l’autre côté, Bernard se mettait à trembler, écrasant sa main gauche sur la tablette du téléphone, ici les chiens, qui avaient perçu son état, se sont approchés, avant qu’une phrase enfin s’échappe de sa bouche : Qu’est-ce qui est arrivé à ma femme?»

Ce que j’en pense
Méfiez-vous des écrivains. Ils peuvent faire leur miel d’une situation banale et, sans le savoir, vous vous retrouvez au cœur d’un roman passionnant. À entendre Arthur Dreyfus, venu présenter son nouveau livre la semaine passée à Mulhouse, la scène d’ouverture de Sans Véronique s’est déroulée exactement telle que décrite : assis dans le métro, il croise le regard d’un couple au moment où le mari et la femme se quittent. Ils sont à l’âge de la retraite, mais leur amour ne semble pas usé. Dans leurs gestes, dans leur attitude, on sent l’affection qu’ils se portent.
Ils s’appellent Véronique et Bernard. Elle est caissière à Intermarché, il est plombier. Sils se retrouvent sur la ligne 11, c’est parce que Véronique part pour la Tunisie. Ses patrons lui ont offert une semaine en Tunisie, «ça ne valait sans doute pas une fortune à l’échelle d’Intermarché, mais ils l’avaient fait, c’était important de retenir la gentillesse, avait souligné Véronique, parce que c’est pas tous les jours.»
Huit jours, cela passe vite. Mais en rentrant chez lui, Bernard a immédiatement senti le vide, cherché à le compenser en «s’occupant». Pas avec sa maquette de train miniature, mais en allant se promener du côté des prostituées. À son retour, il constate que son épouse et sa fille Alexia ont cherché à le joindre et que ses deux heures d’absence ont déjà semé un vent de panique, sa fille s’apprêtant même à signaler sa disparition à la police.
Le temps de rassurer tout le monde, il se seul chez lui, entouré de ses chiens. Il fait le constat amer que la voix, la présence de Véronique lui manque. Aussi est-il déjà psychologiquement fragilisé quand le Ministère des Affaires étrangères l’appelle pour lui apprendre dans ce jargon diplomatique que sa femme figure parmi les victimes de l’attentat qui vient d’être perpétré en Tunisie.
Tout s’effondre. Après l’incrédulité, il faut bien se rendre à l’évidence, suivre le policier venu l’escorter jusqu’à la cellule de crise du quai d’Orsay. Se retrouver avec les autres familles, avec Alexia, avec cette douleur d’autant plus incompréhensible qu’elle frappe la plus innocente des victimes.
Arthur Dreyfus divise alors son roman en deux, nous offrant de suivre ces deux trajectoires qui n’auraient jamais dû se rencontrer, celle de Véronique et celle de Seifeddine. Le jeune tunisien qui rêvait d’un avenir meilleur et qui, comme son frère, travaille bien à l’école, rêve de liberté, d’un «océan de désirs». Ses professeurs le voient déjà ingénieur, il fait la connaissance de Sophie, une étudiante Belge spécialiste du pilotage des réseaux industriels avec laquelle il goûte à l’amour et échafaude des rêves d’avenir.
Mais alors comment va-t-il basculer dans le terrorisme ? À cette question cruciale, on serait tenté de répondre Inch’Allah, tant les circonstances qui font basculer un jeune vers le terrorisme tiennent – dans ce cas-ci – du destin et de circonstances fortuites. Le frère de Seifeddine est foudroyé lors d’un orage, ce qui entraîne un fort traumatisme et une remise en cause de sa manière de vivre. Ajoutons un refus de visa pour la Belgique et on y trouvera le ferment d’une révolte attisée d’une part par un sentiment de trahison, car Sophie ne lui répond plus, et d’autre part par les «amis» de la mosquée qui sentent le jeune homme prêt à devenir le prochain martyr de leur cause. Son professeur de mathématiques et son père vont bien essayer de le raisonner, mais déjà Seifeddine est «hors de portée», prêt à « frapper l’Occident dans son cœur, là où on insultait le plus effrontément la culture musulmane, dans un hôtel pour Blancs, une station balnéaire où les femmes se dénudaient, où les Tunisiens étaient réduits en esclavage, témoins forcés d’actes de mécréance ».
La grande force du roman tient dans le parallèle fait par l’auteur entre cette dérive et celle de Bernard, lui aussi est bientôt «hors de portée». Après la prostration, l’hébétude, vient cette envie d’agir qu’il va assouvir en prenant un billet pour la Turquie et de là partir se venger en Syrie.
Bien loin de toute propagande ou d’une démonstration manichéenne, Arthur Dreyfus met le doigt sur le point le plus sensible… et ne nous laisse guère d’illusions sur l’évolution du conflit. La violence va continuer d’entraîner la violence. Le terrorisme va perdurer. Cette tragédie contemporaine est éclairante.

Autres critiques
Babelio 
Arte (Lionel Jullien)

Les premières pages du livre 

Extrait
« La dernière fois qu’il l’a vue vivante, c’était dans le métro parisien, quelques secondes après la fermeture des portes à l’arrêt République ; un garçon de vingt ans assis face à eux les a observés se dire au revoir, il a été touché par leur affection imperceptible et, bien qu’il fût monté à la station précédente, il avait compris avant le moindre échange de paroles, de regards, que ces deux-là formaient un couple – son intuition était due, estimait-il, à leur apparence : on s’approchait de Beaubourg, de l’Hôtel de Ville, après les arrêts Jourdain, Goncourt, et Belleville; la plupart des voyageurs connaissaient la mode, une jeune femme à la frange parfaite et chatoyante avait inscrit sur son sac en toile my chanel is at home, il y avait aussi un garçon africain aux cheveux rasés d’une façon très stylisée, dont la chemise était boutonnée jusqu’au col, qui écoutait une musique au tempo lent, il y avait deux adolescentes vêtues de leggings roses et parées »

A propos de l’auteur
Arthur Dreyfus est scénariste et réalisateur. Il est le fils de l’écrivain Isabelle Kauffmann. Il a obtenu le Prix du jeune écrivain 2009 pour sa nouvelle « Il déserte » (Buchet-Chastel). La Synthèse du Camphre, son premier roman, est édité chez Gallimard.
En 2012, est sorti son deuxième roman, toujours chez Gallimard, Belle-famille, roman inspiré par l’affaire de la disparition de Madeleine McCann. Le livre reçoit le Prix Orange du livre 2012. Pendant quelques mois à partir de janvier 2012, Arthur Dreyfus présente une chronique hebdomadaire décalée dans l’émission culturelle de France 2, « Avant-premières ».
L’auteur est l’un des parrains de l’association Bibliothèques sans frontières.
Il vit et travaille à Paris. (source: Babelio)

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Danser au bord de l’abîme

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Danser au bord de l’abîme
Grégoire Delacourt
Éditions JC Lattès
Roman
320 p., 19,00 €
EAN : 9782709659567
Paru en janvier 2017

Où?
Les deux premières parties du roman se déroulent dans le Nord de la France, à Lille, Valenciennes, Le Touquet, Cucq, Bondues, Deauville, Rang-du-Fliers-Verton, Étaples, Berru, Wimereux, Boulogne, Fécamp. Des vacances et voyages vers La Baule, Anvers, Paris, Madrid et Londres y sont aussi évoqués.
La troisième partie retrace une escapade dans le Sud de la France, notamment le long de la route du Dracenois, entre Draguignan, les Arcs-sur-Argent et le Cannet-des-Maures, mais aussi à Cavalaire, Lorgues, Salernes.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Emma, quarante ans, mariée, trois enfants, heureuse, croise le regard d’un homme dans une brasserie.
Aussitôt, elle sait.
Après On ne voyait que le bonheur, Grégoire Delacourt explore dans ce roman virtuose la puissance du désir et la fragilité de nos existences.

Ce que j’en pense
****
L’auteur de La Liste de mes envies et des Quatre Saisons de l’été nous revient avec un roman qui devrait élargir encore davantage le cercle de ses lecteurs, car si sa plume est toujours aussi élégante, elle va cette fois chercher plus profondément les tourments de l’âme. À l’anecdote vient désormais s’ajouter la gravité, aux bonheurs de l’amour viennent désormais se mêler la douleur de l’absence et du deuil.
La première – bonne – surprise est d’avoir choisi le point de vue d’une femme comme narratrice. Une femme dont la confession est sans concessions : « Je transcris ici l’enchaînement des faits tel qu’il s’est déroulé. Je ne commenterai pas l’irrépressibilité de mon désir – elle est sans doute à chercher du côté du sacré.
Je veux juste essayer de démonter la mécanique du désastre. De comprendre pourquoi, plus tard, j’ai incisé à jamais le cœur de ceux que j’aimais. »
Emmanuelle et Olivier ont plutôt bien réussi. Le couple a trois enfants, le mari une bonne situation, Emma arrondit ses fins de mois dans un magasin de vêtements. Un petit bonheur tranquille qui cache toutefois une frustration, une usure, un mal-être : « Je me vidais de moi-même. Je m’essoufflais à ne pas m’envoler. Je pâlissais, et Olivier parfois s’inquiétait – il parlait alors de quelques jours ailleurs, l’Espagne, l’Italie, les lacs, comme si leur profondeur allait engloutir ma mélancolie. Mais nous ne partions pas, parce qu’il y avait les enfants, parce qu’il y avait la concession, et parce que j’avais fini par mettre toutes mes frustrations dans ma poche, un mouchoir par-dessus, comme me l’avait enseigné ma mère. »
Une mère qui prenait aussi la peine de lui lire une histoire chaque soir et qui lui a ainsi donné le goût des histoires et des héroïnes. En suivant les aventures de La chèvre de monsieur Seguin – qui servira de fil rouge tout au long du livre – de Claudine mise en scène par Colette, de la Lily Bart d’Edith Wharton ou des personnages imaginés par Louise de Vilmorin, elle va se construire un imaginaire propice à accepter le regard que lui jette un jour un homme dans la brasserie André.
Sans échanger un mot, elle va tomber amoureuse, fondre de désir. Simplement parce qu’«Il y a des hommes qui vous trouvent jolie et d’autres qui vous rendent jolie». Peu importe le séisme que cette rencontre peut provoquer, peu importe les conséquences du dialogue qui finit par s’installer :
«– Je m’appelle Alexandre et je pense à vous depuis trois semaines.
– Je tiens une boutique de vêtements pour enfants. Mais plus pour très longtemps.
– Je suis journaliste à La Voix du Nord. Les pages «culture».
Sauf que le beau scénario d’Emma et d’Alexandre va s’effondrer avant même d’avoir pu se concrétiser. Pas par peur, pas à cause de la pression – très forte – des enfants pour empêcher la rupture, pas à cause des conjoints respectifs. À cause d’un fait divers banal.
« Une jeune fille est installée à deux tables de la mienne. Soudain, une autre arrive. Pâle. C’est son amie. Elle s’excuse d’être en retard. Ils ont bloqué la Grand-Place, dit-elle. Un type. En V’Lille. Qui s’est fait renverser par un bus. Je crois qu’il est mort. »
Le roman va alors basculer. De la tentative d’évasion à la réclusion. Emma n’a pas le courage de rentrer chez elle et d’oublier ce drame. Elle erre quelques temps avant de finir dans un mobile home du camping Pomme de pin à Cucq.
« Je sais maintenant que le deuil est un amour qui n’a plus d’endroit où se loger. » dira-t-elle pour résumer cette période sombre que de nouvelles connaissances vont tenter d’adoucir. Mais Emma reste lucide : « J’avais abandonné mon mari, mes trois enfants, pour les lèvres d’un homme et pour mille espérances. J’avais erré de longs mois dans ma tentation, j’avais surnagé dans son absence. Et je m’étais perdue dans ce vide. »
L’apaisement viendra avec la troisième partie. Aussi paradoxalement que cela peut sembler, l’apaisement viendra avec une nouvelle épreuve, le cancer dont est victime Olivier. « Viennent alors les tests, les IRM, les PET scan, les décisions, les antalgiques puissants, le dextropropoxyphène, l’oxycodone, les indécisions, l’hydropmorphone. Vient cette période cotonneuse d’avant les séismes, ce temps suspendu où plus rien n’a de valeur (…) Vient enfin le séisme. L’instant où tout bascule. Où plus rien n’a d’importance. » On peut alors tout se dire, laisser tomber les masques. Cette danse au bord de l’abîme est bouleversante. Elle vous fera comprendre que «la vie est la courte distance entre deux vides» et que chacun doit être libre de choisir comment parcourir cette courte distance.

Autres critiques
Babelio
Le Parisien
RTL (Laissez-vous tenter – avec interview de l’auteur)
Blog Les livres de Joëlle 
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Le blog d’eirenamg 
Blog Bric A Book 
Blog Les Jardins d’Hélène 
Blog Pretty Books 

Les vingt premières pages 

Extrait
« Je crois que l’on trébuche amoureux à cause d’une part de vide en soi. Un espace imperceptible. Une faim jamais comblée.
C’est l’apparition fortuite, parfois charmante, parfois brutale, d’une promesse de satiété qui réveille la béance, qui éclaire nos manques et remet en cause les choses considérées comme acquises et immuables – mariage, fidélité, maternités –, cette apparition inattendue, presque mystique, qui nous révèle aussitôt à nous-mêmes, nous effraie tout autant, nous fait pousser les ailes pour le vide, qui attise notre appétit, notre urgence à vivre, parce que si nous supposions que rien ne dure jamais, nous en avons alors soudain la certitude, tout comme celle qu’il n’est aucun souvenir que nous emporterons, aucune caresse, aucun goût de peau, aucune saveur de sang, aucun sourire, aucun mot cru, aucune indécence, aucun avilissement: nous découvrons brusquement que le présent est la seule éternité possible. »

A propos de l’auteur
Grégoire Delacourt est l’auteur de six romans, tous publiés chez JC Lattès. En 2011, il publie son premier roman avec L’Écrivain de la famille puis, en 2012, son premier bestseller avec La Liste de mes envies traduit dans 35 pays. Suivent ensuite La Première chose qu’on regarde en 2013, puis On ne voyait que le bonheur en 2014 et Les Quatre saisons de l’été en 2015. (Source : Éditions JC Lattès)

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Vivre près des tilleuls

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Vivre près des tilleuls
L’AJAR
Éditions Flammarion
Roman
128 p., 13 €
EAN : 9782081389199
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en Suisse, sur les bords du Léman, à Yens, Morges, Genève, Aubonne, Yvoire, Lausanne ainsi que dans le canton de Neuchâtel, à La Chaux-de-Fonds, La Chaux d’Abel et le Creux du Van. Le Rwanda avec Kibuye et le lac Kivu y sont évoqués, ainsi que des voyages à Venise, Trieste, Vienne, Paris, Munich, Berlin ou Bruxelles.

Quand?
L’action se situe de 1956 à 1960, mais l’histoire antérieure et l’histoire postérieure à cette période-charnière font également partie, en filigrane, de ce récit.

Ce qu’en dit l’éditeur
Vincent König est le dépositaire des archives de l’écrivaine suisse Esther Montandon. En ouvrant par hasard une chemise classée « factures », il découvre des dizaines de pages noircies, qui composent un récit intime. Esther a donc tenu un « journal de deuil », dans lequel elle a pour la première fois évoqué la mort de sa fille Louise et l’aberrante « vie d’après ». Les souvenirs comme les différents visages de la douleur s’y trouvent déclinés avec une incroyable justesse. Ces carnets seront publiés sous le titre Vivre près des tilleuls.
Roman sur l’impossible deuil d’une mère, porté par une écriture d’une rare sensibilité, Vivre près des tilleuls est aussi une déclaration d’amour à la littérature : ce récit d’Esther Montandon est en réalité l’œuvre d’un collectif littéraire suisse, l’AJAR. Ces dix-huit jeunes auteur-e-s savent que la fiction n’est pas le contraire du réel et que si « je est un autre », « je » peut aussi bien être quinze, seize, dix-huit personnes.

Ce que j’en pense
****
On retiendra tout d’abord la genèse de ce roman né à l’initiative du groupe de jeunes Suisses associés sous L’AJAR – Association de jeunes auteur-e-s romandes et romands. Depuis 2012 ses membres «partagent un même désir : celui d’explorer les potentialités de la création littéraire en groupe. Les activités de l’AJAR se situent sur la scène, le papier ou l’écran. Vivre près des tilleuls est son premier roman.
En préface ainsi qu’en postface, on nous explique comment l’idée a germé d’écrire un roman en une belle nuit d’été. Le chois d’une histoire, d’un personnage, d’un prénom…
« Nous avons d’abord dessiné la vie d’Esther Montandon. Une vie qui commence le 8 mai 1923, à La Chaux-de-Fonds et qui va conduire cette femme à embrasser une carrière d’écrivain. Mais, à quarante ans, devenue mère, Esther Montandon a la douleur de perdre sa fille. « Ce deuil était, pour nous, l’un des seuls événements capables de briser son parcours d’écrivaine – et de ménager, ainsi, une place pour ces fragments. »
Un scénario très habile qui donne à chacun des auteurs un cadre assez précis pour pouvoir participer à cette belle aventure, d’autant que le personnage de Vincent König permet de structurer le tout. C’est à lui que l’on confie le soin de gérer le fonds
Esther-Montandon, c’est-à-dire ce qui reste de « l’autodafé qu’elle a commis à la suite de la mort accidentelle de sa fille Louise, le 3 avril 1960. De cette tragédie, inaugurant dix ans de silence éditorial dans la vie de l’auteure, on ne trouve trace ni dans Trois grands singes ni dans Les Imperdables. Jamais Esther Montandon n’a écrit sur la perte de sa fille. C’est du moins ce que l’on a longtemps cru. »
Or voici qu’en mettant de l’ordre dans les cartons, on découvre des fragments de journal intime qui s’échelonnent de 1956, année de naissance de sa fille Louise aux deux ans qui suivent son décès, le 3 avril 1960.
Quelques pages magnifiques sur ce drame absolu que représente la perte d’un enfant vont suivre, comme nous le confirme Vincent König : « Rien n’a été épargné à l’auteure. Il ne faudrait pas pour autant en conclure que la joie est absente de ces pages. Fidèle à elle-même et malgré la blessure, Esther Montandon module patiemment, et avec obstination, une douleur qui n’appartient qu’à elle. Définitivement tragique et éternellement heureux, transfiguré par l’écriture, le souvenir de Louise s’inscrit désormais pleinement dans la littérature. »
La force de la littérature explose tout ai long de ces pages. L’imagination vient suppléer le vécu, la compassion nous faire partager la douloureuse épreuve que traverse Esther, racontant les jours heureux avec Louise, « Le corps d’une fillette, c’est ce que j’ai pu voir de plus beau. Et de plus intolérable. Ses boucles châtaigne, où j’aimais passer la main. Son nez minuscule, qu’elle avait en commun avec tous les enfants de son âge. Sa tête indolente, qu’elle balançait, légèrement penchée vers l’avant, pour dire non. Un non devant lequel on ne pouvait que céder. Ses bras dodus, ses jambes boudinées qui pendaient du haut tabouret. » puis les jours, les semaines, les mois qui suivent la mort de cet enfant.
«Le téléphone sur les genoux, je prépare mon texte. Maman, Louise a eu un accident cet après-midi. Elle est morte. Maman, j’ai une terrible nouvelle. C’est Louise, elle a eu un accident. Maman, Louise est tombée. On n’a rien pu faire. Écoute maman, ta petite-fille a fait une grave chute. Elle est morte. Louise est morte. Morte. Morte. Je répète le mot vingt fois dans ma tête. Je veux lui faire perdre son sens, le réduire à une syllabe creuse. Morte. Louise est morte. Je prends le combiné. Je compose le numéro. Je tombe sur mon père et réalise qu’il y a longtemps qu’on a incinéré maman.»
Puis, plus loin… « Ce soir, Louise dort en terre. Ce sera le cas pour tous les soirs à venir. Toutes les nuits du monde. (…) Ici repose Louise Montandon (1956-1960), notre fille bien-aimée. Jamais ma vue n’a porté si loin. À travers les allées, à travers les branches des tilleuls.
« Le chagrin est moins un état qu’une action. Les heures d’insomnie, puis le sommeil en plomb fondu sur les paupières, la prostration dans le noir, la faim qui distrait la douleur, les larmes qu’on ne sent plus couler : le chagrin est un engagement de tout l’être, et je m’y suis jetée. On me dit de me reprendre, de faire des choses pour me changer les idées. Personne ne comprend que j’agis déjà, tout le temps. Le chagrin est tout ce que je suis capable de faire. »
On pourrait dès lors recopier toutes les pages de ce trop court roman qui, comme l’écrivent ses auteurs multiples est aussi une puissante déclaration d’amour à la littérature : « Oui, nous avons mené cette aventure avec sérieux, travaillant avec acharnement à la justesse du texte, l’asséchant sans relâche, traquant toute complaisance. Au début, tout le monde y allait de son commentaire sur la mort, tout le monde prouvait le caractère définitif de son sentiment. C’était répétitif et lourd. Nous avions huilé ce qui devait être sec, poli ce qui devait être tranchant. »
On attend avec impatience la nouvelle production de L’AJAR !

68 premières fois
Blog Les Jardins d’Hélène 
Blog Domi C lire 
Le Blog de passion de lecteur (Olivier Bihl)
Blog Les lectures de Martine 
Blog Les battements de mon cœur 
Blog T Livres T Arts 
Blog Les carnets d’Eimelle 
Le blog du petit carré jaune (Sabine Faulmeyer)
Blog Les livres de Joëlle 
Blog A l’ombre du noyer (Benoît Lacoste)
Blog Libfly (Catherine Airaud)

Autres critiques
Babelio 
Le Temps (Lisbeth Koutchoumoff)
L’Hebdo (Isabelle Falconnier)
Le Courrier (Thierry Raboud)
Tribune de Genève (Marianne Grosjean)

Extrait (Avant-propos)
« Lorsque Esther Montandon m’a laissé la responsabilité de ses archives, en 1997, je me suis trouvé face à une masse de documents divers : cartes postales, pièces administratives, courriers, coupures de journaux… À quoi s’ajoutait le lot commun de tous les écrivains dont la recherche fait son miel : brouillons griffonnés épars, pages dactylographiées avec ou sans annotations autographes, et trois carnets de notes.
Reconnaissant de cette marque de confiance, je me suis attelé à la tâche avec un enthousiasme qui n’a cessé de décroître devant l’ampleur du travail. Même si la mort de l’auteure, l’année suivante, a ravivé un temps l’intérêt du public pour ses écrits, l’œuvre est peu à peu tombée dans l’oubli.
Cette production exigeante a parfois été jugée trop mince – Esther Montandon n’a publié que quatre livres de son vivant. On la réduit par ailleurs souvent au seul Piano dans le noir (1953), le premier et le plus connu de ses textes. C’est sous-estimer les richesses que recèlent ses trois autres ouvrages. Il n’y a qu’à relire Bras de fer (1959), portrait acide et jubilatoire d’une Suisse hésitant entre tradition et modernité, ou Trois grands singes (1970), nouvelles dans lesquelles l’auteure revendique son engagement féministe en dépeignant sans concessions une société patriarcale. Enfin, la gerbe de ses souvenirs d’enfance, magnifiquement nouée dans les fragments des Imperdables (1980), offre dans un style épuré un aperçu poétique et documentaire du Rwanda et de la Suisse des années 1930. En dehors de cela, il n’y a rien.
L’ensemble du fonds Esther-Montandon ne contient que la matière relative à son activité depuis le début des années 1960. Tout ce qui précède – cahiers, brouillons, manuscrits, projets en cours, dont atteste sa correspondance – a disparu dans l’autodafé qu’elle a commis à la suite de la mort accidentelle de sa fille Louise, le 3 avril 1960. De cette tragédie, inaugurant dix ans de silence éditorial dans la vie de l’auteure, on ne trouve trace ni dans Trois grands singes ni dans Les Imperdables. Jamais Esther Montandon n’a écrit sur la perte de sa fille. C’est du moins ce que l’on a longtemps cru.
Comment donc décrire mon émotion lorsqu’un matin d’hiver 2013, en mettant de l’ordre dans les cartons qu’elle m’avait confiés, je découvre une pochette étiquetée « factures », pochette que j’ai dû manipuler vingt fois sans jamais l’ouvrir – renfermant une petite liasse manuscrite.
Et tout est là, miraculeusement préservé. »

A propos de l’auteur
L’AJAR – L’Association de jeunes auteur-e-s romandes et romands s’est constituée le 28 janvier 2012 à Genève. Ses membres partagent un même désir : celui d’encourager et d’offrir une visibilité à la création littéraire par le biais de projets collectifs (lectures, rencontres et publications sur la scène, le papier ou l’écran). Ils sont 18 à avoir contribué à l’écriture de Vivre près des tilleuls. (Source : Éditions Flammarion / Livres Hebdo)

Site internet de l’association
Compte Facebook de l’AJAR 
Page Wikipédia de l’AJAR

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Fils du feu

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Fils du feu
Guy Boley
Éditions Grasset
Roman
160 p., 16,50 €
EAN : 9782246862116
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule à Besançon et dans les environs. Des vacances dans les Alpes y sont évoquées puis la maison à Arles où s’est installé le peintre et enfin un cimetière à Ornans.

Quand?
L’action se situe au XXe siècle, du temps des locomotives à vapeur à celui des Trente glorieuses et au-delà jusqu’à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Nés sous les feux de la forge où s’attèle leur père, ils étaient Fils du feu, donc fils de roi, destinés à briller. Mais l’un des deux frères décède précocement et laisse derrière lui des parents endeuillés et un frère orphelin. Face à la peine, chacun s’invente sa parade : si le père s’efface dans les vagues de l’ivresse, la mère choisit de faire comme si rien ne s’était passé. Et comment interdire à sa mère de dresser le couvert d’un fantôme rêvé ou de border chaque nuit un lit depuis longtemps vidé ? Pourquoi ne pas plutôt entrer dans cette danse où la gaité renait ? Une fois devenu adulte et peintre confirmé, le narrateur, fils du feu survivant, retrouvera la paix dans les tableaux qu’il crée et raconte à présent. Ainsi nous dévoile-t-il son enfance passée dans une France qu’on croirait de légende, où les hommes forgent encore, les grands-mères dépiautent les grenouilles comme les singes les bananes, et les mères en deuil, pour effacer la mort, prétendent que leurs fils perdus continuent d’exister.
Dans une langue splendide, Guy Boley signe ainsi un premier roman stupéfiant de talent et de justesse.

Ce que j’en pense

***

Avant de résumer la trame de ce premier roman remarquable a bien des égards, disons quelques mots sur la langue, travaillée ici avec un soin extême, comme de la poésie en prose. Guy Boley a une écriture très visuelle, enrichit son récit de comparaisons audacieuses, sait trouver les raccourcis les plus percutants, les références les plus érudites et entraîne son lecteur dans une épopée mythologique.
Voici donc l’histoire d’un fils de Vulcain, émerveillé par la puissance que dégage son père et par la maîtrise qu’il a sur le feu et sur la matière.
C’est du reste à la forge qu’il se construit et éprouve ses premières grandes émotions. Par exemple le jour où Jacky est arrivé à moto pour seconder son père. Ce «Jacky était un vrai mystère. Un taiseux taciturne au visage sans lumière. Un humain sans parole. Un grand sac de secrets. Ma première statue grecque. Mon premier grand amour.»
Mais voilà que les rêves se brisent quand sa mère lui annonce «sans perdre de temps et sans salir les mots (…) : Ton petit frère est mort». Un événement qui va traumatiser toute la famille : «Les horreurs du monde enfantent des printemps si nous voulons durer au-delà du chagrin.»
Sa mère n’acceptera pas cette absence et continuera à vivre avec son fils décédé à ses côtés. Son père ne comprendra pas cette attitude, essaiera la faire soigner par un psychiatre et finira par sombrer dans l’alcool. Car il comprendra trop tard qu’en levant la main sur son épouse, il a brisé son couple et sa relation avec Jacky qui ne lui pardonnera pas ce geste. La narrateur assiste alors à un combat mémorable entre les deux hommes : «Ils sont la lave toujours vivace de ces ventres de femme qui libèrent des volcans et où des cavaliers, dans des toundras de chair, égarent leurs chevaux.»
La forge est fermée, les locomotives à vapeur sont remplacées par des motrices électriques. Son père se transforme en artisan, vendeur de fer forgé et de volets roulants, le paysage prend des allures uniformes quand les pavillons poussent comme des champignons. Voici les années que l’on nommera Glorieuses : «le roi nommé crédit distribue à la volée de pleines poignées de billets permettant d’acheter des meubles en aggloméré, des tables en formica, de la vaisselle transparente en pyrex, des oreilles de Mickey et des Général de gaulle en forme de tire-bouchon. Et ça consomme plein pot, dehors comme dedans, du sous-sol jusqu’au grenier, sans oublier les réfrigérateurs qui dégueulent déjà leurs mets cellophanés sans saveur, sans odeur, sans effort à fournir pour les servir à table.»
C’est aussi l’époque où il ne saurait être bien vu de choisir les beaux-arts comme métier. La faculté des sciences fera beaucoup plus sérieux pour le jeune bachelier. Il y trouvera toutefois vite la confirmation qu’il n’aime pas les sciences et, plus surprenant, qu’il n’aime pas les femmes.
C’est dans le grenier aménagé pour son frère défunt qu’il avouera son orientation sexuelle à sa mère et que cette dernière lui expliquera qu’en revanche son frère (défunt) a rencontré une jeune fille «pour laquelle il éprouvait des sentiments extrêmement sérieux» et qu’elle aimerait beaucoup assister à leur mariage. Un autre jour sa femme sera enceinte…
Passant des études de sciences à celle des lettres, le narrateur s’ingénie à inventer pour sa mère le roman de cette vie… avant qu’elle n’accompagne son père et leur chien dans la tombe et trouve dans la peinture une thérapie.
Dans ses toiles, il ne sait de quel passé, de quelle victoire, de quelle défaite, quelle joie ou quelle douleur elles sont constituées. En revanche, je sais que son roman est le fruit de tous ces éléments. Un livre forgé avec puissance et élégance, avec rage et exaltation. C’est l’enfer la tête dans les étoiles.

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Les premières lignes
« Souvent il arrivait que papa et Jacky martèlent de concert. Pas un mot, pas un cri, juste des souffles mêlés comme font les amants. De lourds coups sur l’acier, de petits sur l’enclume, en rythme cadencé, sorte de concerto pour enclume et marteaux où la basse continue n’était autre que celle de leurs respirations. Et puis ces escarbilles, toujours ces escarbilles, petites étoiles filantes que chacun d’eux apprivoisait pour qu’elles n’aillent pas, comme des baisers voraces, mordre le corps de l’autre. Et assis sur un banc ou sur un tas de ferraille, un enfant de cinq ans regarde leurs poitrails, écoute leurs silences dans cet orage d’acier et ne croit plus à rien, ni à Dieu, ni à Diable, ni à tous ces héros que déjà il pressent puisqu’il sent bien, ce gosse, qu’il arrive à la vie de parfois défaillir, ou simplement faillir, et qu’il faut certains soirs, pour supporter son poids, accepter les légendes et les mythes qu’ont inventés les hommes afin de s’endormir un petit peu plus grand et à peine moins mortel. Heureusement pour lui, foin d’Ulysse, de Titans, de dragons flamboyants et de dieux en jupette plus ou moins ridicules, il les a sous les yeux ces lares de pleine chair qui dressent des éclairs et créent des épopées avec chaque barre de fer.
L’odeur de la limaille, du fer chauffé à rouge, du fer chauffé à blanc, l’odeur des corps en sueur qui parfois s’effaçaient derrière la fumée blanche, l’odeur des grains d’acier en gerbes braisillantes, l’odeur même des marteaux, masses, pinces, massettes, et l’odeur de l’enclume qui les recueillait tous.
Papa et Jacky, ferronniers d’art ; ils maîtrisaient le feu mais ignoraient Vulcain, Prométhée et Wotan, Zeus ou Héphaïstos. Les dieux du Walhalla, d’Olympe ou de l’Iliade leur étaient inconnus. Même saint Éloi, patron des forgerons, ne les concernait pas. Ils étaient incultes, c’est-à-dire intelligents mais sans les livres capables de leur nommer, soit cette intelligence, soit cette inculture. Ils s’en moquaient, de tout cela, des trois divinités, des quatre horizons, des douze travaux d’Hercule ou des Mille et Une Nuits.
À quoi bon s’inventer des dieux de pacotille quand on en a sous la main et que l’on parvient, à coups brefs et précis, à leur donner la forme que l’on veut. Pas besoin de légende, ils se créaient la leur, façonnant dans l’acier les mots pour la chanter.
Et l’enfant de cinq ans lorsqu’il lui adviendra, plus tard, beaucoup plus tard, d’apercevoir Tarzan sautant de liane en liane en se frappant le torse à grands coups de battoir pour ne rien forger d’autre qu’un long cri ridicule, rira comme un beau diable s’il est vrai qu’il s’avère, dans l’Hadès ou ailleurs, qu’un diable puisse être beau.
Jacky était arrivé un jour, à la forge, sur une drôle de moto dont personne jamais n’en avait vu de semblable et dont certains prétendaient qu’il l’avait lui-même entièrement fabriquée, pièce par pièce, hormis les pneus et les deux chambres à air. Peut-être était-ce vrai, il en était capable ; peut-être n’était-ce pas vrai ; peu importe dans quelle urne repose la vérité, les dieux ont leurs mystères, les hommes ont leurs légendes, ce qui est d’importance est l’étincelle en nous qu’ils ont su allumer, cette parcelle d’irréel à laquelle on a cru ; le reste n’est que poussière qui s’en va vers la mort et que nous balayons d’un revers de la main.
Jacky était un mystère. Un mystère de chair, de sang, de muscles et de silence. Pas un de ces mystères évangéliques façon Résurrection, Annonciation ou sainte Trinité, que l’on crée pour asservir les masses et qu’élucident en quelques phrases dogmatiques pour une foule un peu rustre de quelconques hiérophantes aussi rusés que fourbes. Non, Jacky était un vrai mystère. Un taiseux taciturne au visage sans lumière. Un humain sans parole. Un grand sac de secrets. Ma première statue grecque. Mon premier grand amour. »

A propos de l’auteur
Guy Boley est né en 1952, il a été maçon, ouvrier d’usine, chanteur des rues, cracheur de feu, acrobate, saltimbanque, directeur de cirque, funambule à grande hauteur, machiniste, scénariste, chauffeur de bus, garde du corps, et cascadeur avant de devenir dramaturge pour des compagnies de danses et de théâtre. Il compte à son actif une centaine de spectacles joués en Europe, au Japon, en Afrique ou aux États-Unis. Fils du feu est son premier roman. (Source : Éditions Grasset)

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Au commencement du septième jour

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Au commencement du septième jour
Luc Lang
Éditions Stock
Roman
544 p., 22,50 €
EAN : 9782234081857
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule en trois parties, chacune géographiquement dinstincte. Le «livre un» nous conduit de la région parisienne en Normandie, de Paris, Saint-Mandé, Guyancourt à Bolbec, Le Havre, Sainte Adresse, Rouen, Tancarville, Épretot, Saint-Eustache-la-Forêt, Gruchet-le-Valasse, La Haie-Bance, le Grand-Trait, La Remuée, Évreux. Le «livre deux» se déroule dans le Sud-Ouest, de Bordeaux à Pau et Bayonne, Oloron, Sévignacq-Meyracq, Laruns, Ossau, Lescun, Pouey, sur le parcours du GR 10 près du lac d’Anie.
Le «livre trois» mènera le lecteur au Cameroun, de Yaoundé à Douala, en passant par Mokolo, Maroua, Garoua, N’Gaoundéré, Mokolo.
Berkeley, la Californie, le Colorado et le Nouveau-Mexique y sont également évoqués.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
4 h du matin, dans une belle maison à l’orée du bois de Vincennes, le téléphone sonne. Thomas, 37 ans, informaticien, père de deux jeunes enfants, apprend par un appel de la gendarmerie que sa femme vient d’avoir un très grave accident, sur une route où elle n’aurait pas dû se trouver.
Commence une enquête sans répit alors que Camille lutte entre la vie et la mort. Puis une quête durant laquelle chacun des rôles qu’il incarne : époux, père, fils et frère devient un combat. Jour après jour, il découvre des secrets de famille qui sont autant d’abîmes sous ses pas.
De Paris au Havre, des Pyrénées à l’Afrique noire, Thomas se trouve emporté par une course dans les tempêtes, une traversée des territoires intimes et des géographies lointaines.
Un roman d’une ambition rare.

Ce que j’en pense
*****
Thomas et Camille Texier ont réussi leur vie. Tous deux sont cadres, proches de la quarantaine et vivent près de Paris avec leur deux enfants Elsa et Anton. Seul petit bémol, Camille doit s’absenter fréquemment car le siège de son entreprise, Delta Energy, est en Normandie. Mais Thomas et les enfants ont appris à faire avec. Jusqu’à ce soir où le téléphone sonne pour informer Thomas que son épouse a été victime d’un grave accident et qu’elle a sombré dans un coma de stade 3 : «L hématome temporal était considérable, il nous fallait de toute urgence réduire la pression crânienne avant d’engager d’’autres interventions.»

Commence alors un pénible voyage d’un hôpital à l’autre en passant par la gendarmerie, le lieu de l’accident – une route de la campagne normande – la ferme voisine et le casse auto où ce qui reste du véhicule a été déposé.
Car Thomas veut essayer de comprendre ce que son épouse faisait en pleine nuit sur une route sans réel danger, pourquoi «L’auto a chaviré dans le fossé, des haies ont été arrachées sur 20 m et quand elle est remontée de l‘autre côté du talus, au lieu de s’immobiliser là, avec l’élan inouï, dame, elle a fini en tonneaux, plusieurs, 50m plus loin sur la chaussée, une trajectoire impossible, impossible…»
Les données techniques, le téléphone portable et l’ordinateur portable qu’il va décrypter ne feront qu’augmenter le mystère. Sans compter cette «lampe Art déco signée, en pâte de verre violette et orangée, pas du tout le genre de la maison» qui était en paquet-cadeau qu’elle transportait à l’arrière de sa voiture.
Les messages plus que cordiaux échangés avec un collègue, Hubert Demestre, font naître de nouveaux soupçons, d’autant que le médecin lui annonce que Camille était
enceinte de huit semaines. Des chocs multiples que Thomas doit gérer en essayant de préserver ses enfants, la famille et son travail. Pendant ce temps, le coma est en voie de résorption. Peut-être que Camille pourra expliquer son attitude? Un espoir qui sera vite deçu. Si la malade se réveille, elle reste totalement absente et finit par sombrer. Une vie résumée à une pierre tombale : Camille Granier, épouse Texier, 1976-2012. Ce «llivre un» s’achève dans la noirceur la plus totale : «La vie est une prison, on est enfermés dans le malheur.»
Le «livre deux» est celui de la remise en question et du rapprochement avec ceux qui restent. Thomas part avec ses enfants rejoindre son frère Jean qui élève des chèvres dans les Hautes-Pyrénées. L’occasion, en cheminant sur les entiers du GR 10, de retrouver ses racines, mais aussi de dévoiler quelques secrets de famille. Au bord du lac d’Anie, il va notamment se retrouver confronté à une autre mort : celle de son père, victime d’une chute mortelle. Les non-dits, qui ont provoqué l’éclatement de la famille, poussent à agir, à chercher à renouer avec sa sœur qui a choisi de tout quitter pour fonder un dispensaire en Afrique.
Autre décor, autre quête. Nous voici au Cameroun où il n’est pas aisé de faire des kilomètres, surtout pour rejoindre un endroit peu sûr ou Boka Haram commet régulièrement des exactions. Thomas va du reste vite faire l’expérience des coutumes locales, de la corruption et de la gestion du temps. Il est arrêté, soupçonné d’être un agent étranger infiltré par le Tchad ou le Nigeria, puis relâché au bout de quatre jours, délesté de quelques billets. Il va finir par retrouver sa sœur. À nouveau, quelques vérités enfouies vont ressurgir…
J’aime beaucoup la formule d’Éric Libiot qui dans L’Express explique le travail de Luc Lang en expliquant qu’«il cuisine de la théorie dans un grand chaudron romanesque» et que les «500 pages passent comme une respiration. Un rythme de sprinteur pour un roman de coureur de fond.» J’ajouterai que ce roman, dans sa quête individuelle, touche à l’universel. Fruit de plusieurs années de travail, cette œuvre est tout simplement ce que j’ai lu de plus beau cette année. Il mériterait amplement les lauriers d’un prix littéraire.

Autres critiques
Babelio 
Télérama (Fabienne Pascaud)
L’Express (Éric Libiot)
Blog Je lis au lit 
Blog La plume d’Eco 

A propos de l’auteur
Luc Lang est l’auteur d’une dizaine de romans, recueils de nouvelles, essais sur les arts et la littérature contemporains, dont Mille six cents ventres (prix Goncourt des lycéens), La Fin des paysages et Mother. (Source : Éditions Stock)

Site Wikipédia de l’auteur 

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Avant que naisse la forêt

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Avant que naisse la forêt
Jérôme Chantreau
Les Escales
Roman
224 p., 10,0 €
ISBN: 9782365691833
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en Mayenne, dans une grande propriété située en bordure d’un village qui n’est pas nommé, ainsi qu’en banlieue parisienne. On y évoque des endroits traversés par la famille, Saint-Rémy-lès-Chevreuse Paris, Lyon, la Haute-Savoie, Montélimar, Avignon, Cannes, Laval ou encore La Martinique

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Marié à une jolie rousse, père d’une petite fille, Albert vit paisiblement au bout du RER parisien. Un jour qu’il traîne au lit avec sa femme, il laisse le téléphone sonner. Le répondeur se déclenche : sa mère est morte. Démuni, Albert décide de faire le point et s’enferme seul avec l’urne maternelle dans la propriété familiale de Mayenne, une grande maison cerclée de plusieurs hectares de bois. Une idée l’obsède : trouver une chanson pour la cérémonie funèbre – une chanson qui dira à tous, et mieux que n’importe quel discours, qui était cette femme sensible et indépendante. Mais une nuit, il est réveillé par des bruits étranges. Dans l’aile ancienne du bâtiment, les murs chantent… Les échos font revenir le passé. Et puis, il y a cette légende familiale qui dit qu’un ermite erre dans la forêt. Commence alors la lente remontée des souvenirs, et avec elle, celle des secrets d’une mère que seul un fils pouvait entendre.

Ce que j’en pense
***
Albert mène une vie sans histoires en banlieue parisienne, entouré de sa famille, jusqu’au jour où il apprend le décès de sa mère. Afin d’organiser les obsèques, il se rend dans la Mayenne où se trouve la grande propriété familiale, entourée d’une immense forêt.
Un environnement qui va petit à petit transformer notre homme, même s’il entend tout d’abord s’en tenir à sa mission. Pour rendre hommage à la défunte, il cherche un accompagnement musical aux funérailles et essaie de trouver l’inspiration dans la discographie qu’il redécouvre. La bande-son va de Kim Carnes à Françoise Hardy, de Lucid Beausonge aux Beatles, en passant par Julien Clerc, Charlélie Couture, Gérard Lenorman ou encore Eurythmics et U2. Cette variété qui a le pouvoir singulier de l’émouvoir autant qu’elle le fait replonger en enfance. Car la mort de sa mère l’a rendu hypersensible. Et puis, il est victime du Béja. C’est ainsi que l’on appelle le coup de fatigue violent, impossible à surpasser, qui frappe les parisiens qui arrivent en Mayenne.
Il n’est par conséquent pas étonnant que ses nuits soient troublées par des bruits qu’il perçoit, des voix qu’il croit entendre, par la sensation d’une présence. «Je n’ai pas peur, j’attends ce qui doit venir. Un air de musique, une chanson, mais aussi la vérité sur ma mère, les secrets gisant dans les tiroirs, sous des couvertures de mouches mortes. Je dois apprendre à prêter l’oreille. Comprendre les signes. Cela viendra.»
Est-ce le tableau de La marchande d’oignons – qu’il a toujours trouvé effrayant – qui prend vie ? Est-ce l’esprit de la forêt qui le submerge ? Est-ce l’ermite qui vivrait au fond des bois qui défend son territoire ? À moins que le grand chêne que sa mère a fait abattre ne veuille se venger…
Entre héritage et initiation, ce roman est une ode à la nature, à ce besoin de retrouver les origines sauvages en se dépouillant de tous ces biens matériels que la civilisation nous a, en quelque sorte, imposés au fil des ans. Albert commence par préparer un grand bûcher afin d’y brûler ce «superflu», objets puis meubles qui l’empêchent de se sentir parfaitement dépouillé.
Dans le village, on s’interroge. D’abord considéré comme une lubie de parisien, le comportement d’Albert va bien vite les intriguer, puis les inquiéter… Leur voisin n’est-il pas en train de devenir fou ? À moins qu’ils ne comprennent pas cette ascèse «Tout ce que je fais, même ce qui peut sembler le plus bizarre, me vient comme une évidence, des actes naturels qui dormaient en moi, sous des couches de gestes formatés. Comme s’habiller quand on en a pas besoin. Mais il commence à faire froid et j’ai, sans m’en rendre compte, brûlé mes vieux habits.»
Jérôme Chantreau nous raconte cette quête écologique avec ce même souci de simplicité, sans fioritures inutiles. Pari réussi !

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Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)

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Extrait (le début du roman)
«C’est arrivé un 15 août. Chez nous, le jour de la Vierge est la plus importante des fêtes du calendrier. La figure de Marie est partout. Mon grand-père, qui avait toutes les raisons de ne plus être chrétien après avoir été brûlé vif dans les tranchées de la Somme, ne croyait qu’en elle. Son côté homme à femmes. Il y a une statue de la Vierge dans une niche, au milieu des rosiers du jardin, une autre à l’angle sud de la maison, sous la vigne vierge, et des médailles miraculeuses de Lourdes sous les premières pierres des fondations. Nous vouons également un culte à sainte Blandine dont on a dû me raconter vingt fois le supplice. Enfant, je pensais que Dieu était une femme, que les cieux étaient peuplés de saintes suppliciées, et j’imaginais leurs poitrines dressées contre les fauves, dans la lumière poussiéreuse des arènes de Lyon. Tout était femme : déesses, sorcières ou divinités. Et j’étais convaincu qu’elles rôdaient autour de la maison pour nous protéger.
Ma mère était une Parisienne dont les racines avaient poussé là, en Mayenne, dans le bocage normand, le nord du pays chouan, une terre d’élevage parsemée de bois, jalonnée de châteaux habités par d’antiques tribus peu inquiètes du progrès et du temps qui passe. Toutes ces familles, dont la mienne, avaient appliqué le même schéma : le travail en ville et les racines à la campagne, une part sociale, une part
sauvage. Et un sens inné du naufrage. »

A propos de l’auteur
Après une enfance parisienne et des études littéraires, Jérôme Chantreau a créé un centre équestre. Il s’est formé parallèlement à la sylviculture pour exploiter la forêt attenante à la maison familiale. Aujourd’hui professeur de lettres, il vit dans le Pays Basque. Avant que naisse la forêt est son premier roman. (Source : Éditions Les Escales / Livres Hebdo)

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140 signes :

Les mains lâchées

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Les mains lâchées
Anaïs Llobet
Plon
Roman
152 p., 16 €
ISBN: 9782259249683
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule principalement aux Philippines, à Manille et sur l’île de Tacloban.

Quand?
L’action se situe en 2013 et durant les mois qui ont suivi.

Ce qu’en dit l’éditeur
Une vague monstrueuse, soulevée par un typhon meurtrier, dévaste les Philippines en quelques minutes et ravage sa myriade d’îles.
Sur l’une d’elles, Madel reprend connaissance, seule au milieu du chaos. Jan, l’homme qu’elle aime, a disparu. Et elle a lâché la main de l’enfant qu’il lui avait confié.
Au prix d’une difficile anesthésie des sentiments, la jeune journaliste se plonge dans son travail, en équilibre entre information et voyeurisme, quand tous les médias du monde se tournent vers les Philippines.
Recueillir la parole survivante, nouer des liens avec les rescapés, c’est conjurer la mort. Mais un typhon de cette violence ne laisse jamais en paix ceux qu’il a épargnés.

Ce que j’en pense
***
Certains livres retiennent votre attention tout simplement par le thème qu’ils abordent. C’est le cas de ce premier roman qui raconte le typhon Yolanda qui a frappé les Philippines en 2013 et ses conséquences. S’il m’a autant touché, c’est parce que la fameuse loi journalistique du nombre de morts en fonction de la distance de l’événement n’a pas cours pour moi. En effet, une amie était sur place pour un reportage touristique à ce moment et a partagé l’expérience d’Anaïs Llobet. Tout au long du livre, j’ai retrouvé beaucoup de son témoignage – oui, elle s’en est également sortie – mais surtout cette formidable tension que de tels événements engendrent et combien ils finissent par modifier la perception que l’on pouvait alors avoir de la vie, de la façon dont on gère son quotidien.
Car c’est bien là le vrai sujet de ce livre, au-delà de l’émotion, des images fortes et du bilan très lourd : sept mille personnes tuées, des milliers de blessés, des dizaines de milliers d’habitants ayant tout perdu et un avenir des plus incertains.
Anaïs Llobet a aujourd’hui la distance nécessaire pour éviter les pièges du sensationnalisme ou plus exactement pour nous plonger dans le dilemme de Madel, la journaliste de télévision touchée jusqu’au cœur par ce drame avec, entre autres, la perte de son mari et d’un enfant qu’on lui avait confié, et d’autre part les demandes de sa chaîne de filmer l’horreur, de faire pleurer dans les chaumières.
Car toutes les télévisions n’ont pas cette «chance» d’avoir un reporter d’images sur place et de pouvoir montrer Yolanda, «le typhon le plus puissant ayant jamais touché terre», d’offrir des témoignages de première main, de plonger au cœur du drame. «Pas d’eau, rien à manger, mais du wifi : bienvenue à l’ère moderne des catastrophes.»
À Tacloban, où les vagues successives ont quasiment tout rasé, Madel va se plonger dans le travail comme dans une thérapie. Elle essaie de faire passer sa douleur au second rang, elle tente de partager son malheur avec les autres victimes pour se persuader qu’elle n’est pas la plus malheureuse. Sans oublier l’enquête sur les mesures de prévention, sur la mauvaise évaluation, sur la désorganisation des secours, sur l’administration des morts, sur l’efficacité des secours et le travail de déblaiement et de reconstruction. Sur le temps qui passe et qui est censé refermer les plaies.
Voilà la grande force du roman : il dépasse le cadre du reportage pour décortiquer les états d’âme, pour nous expliquer combien il est difficile de ne pas sombrer dans le voyeurisme et, à l’opposé, combien les fantômes de Tacloban continuent de hanter les nuits de Madel.

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Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
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Extrait
«Yolanda joue avec la maison comme un chat avec une souris et, un instant, je pense que ça y est, nous nous sommes envolés, nous tournons dans l’oeil du typhon. Le toit craque de partout. D’un coup, les vitres explosent, une noix de coco roule au pied du lit. Lally hurle, pousse la tête de Rodjun sous la couette, pour le protéger des éclats de verre qui volent dans la pièce, comme des oiseaux devenus fous. Un bourdonnement inconnu secoue la maison.
— Madel ! L’eau ! hurle Lally en me montrant le sol. Le bourdonnement continue. Puis, comme si un immense géant assenait une claque à la maison, les murs vacillent. Une vague déferle dans la chambre. Le lit est projeté contre le mur, Lally chute, Rodjun attrape ma main, je sombre.. »

A propos de l’auteur
Anaïs LLobet, journaliste à l’AFP Moscou, était correspondante pour plusieurs médias aux Philippines lorsque le typhon Haiyan a ravagé le pays. Elle a été lauréate du concours organisé par le Haut-Commissariat aux Nations Unies pour les réfugiés.
Les Mains lâchées est son premier roman. (Source : Éditions Plon / Livres Hebdo)

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Les passants de Lisbonne

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Les passants de Lisbonne
Philippe Besson
Julliard
Roman
198 p., 18 €
EAN : 9782260029205
Paru en janvier 2016

Où?
Le roman se déroule principalement à Lisbonne, avec l’évocation de San Francisco et de Paris.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« On ne renonce jamais vraiment, on a besoin de croire que tout n’est pas perdu, on se rattache à un fil, même le plus ténu, même le plus fragile. On se répète que l’autre va finir par revenir. On l’attend. On se déteste d’attendre mais c’est moins pénible que l’abandon, que la résignation totale. Voilà : on attend quelqu’un qui ne reviendra probablement pas. »
Hélène a vu en direct à la télévision les images d’un tremblement de terre dévastateur dans une ville lointaine ; son mari séjournait là-bas, à ce moment précis.
Mathieu, quant à lui, a trouvé un jour dans un appartement vide une lettre de rupture.
Ces deux-là, qui ne se connaissent pas, vont se rencontrer par hasard à Lisbonne. Et se parler.
Une seule question les taraude : comment affronter la disparition de l’être aimé? Et le manque?
Au fil de leurs déambulations dans cette ville mélancolique, dont la fameuse saudade imprègne chacune des ruelles tortueuses, ne cherchent-ils pas à panser leurs blessures et à s’intéresser, de nouveau, aux vivants ?

Ce que j’en pense
****
Roman d’une rencontre improbable, le nouvel opus de Philippe Besson est d’abord l’histoire de deux séparations, l’une due à la mort de l’être aimé, l’autre à une rupture amoureuse. Le troisième personnage de ce roman intimiste étant la ville de Lisbonne, celle du Fado et celle de Pessoa.
Dans le hall de son hôtel, Mathieu est intrigué par cette femme qui semble passer des heures assise là, sans autre occupation que de vouloir tuer le temps. Ce qui la pousse vers elle n’est pas sa beauté, mais bien plutôt «sa pâleur de cadavre, les cernes autour des yeux, et cette langueur dans tout son être».
Peut-être qu’un jour la science mettra un nom sur ce phénomène étrange qui met en présence deux personnes à l’état d’esprit semblable, sur cette chimie qui attire l’un vers l’autre alors qu’ils ne se connaissent pas, que leurs univers sont à l’opposé l’un de l’autre. Quelques paroles sont échangées. Deux drames sont énoncés.
Hélène ne se remet pas de la perte brutale de son mari Vincent, disparu quelques semaines auparavant, victime d’un tremblement de terre à San Francisco. Mathieu revient dans la ville de son ami Diego Oliveira, qui l’a quitté en lui laissant une simple lettre d’adieu.
Très vite, une sorte de complicité s’installe entre eux, marquée par le besoin de dire sa souffrance : « Non, au contraire, je suis prête à parler de ça avec vous. Je veux dire : avec un parfait étranger, ce sera différent. Il me semble pour la première fois que je pourrai tout dire. Voilà : tout dire. Et faire que les mots soient justes.»
Au cours de leurs rencontres successives, on en apprend davantage sur leurs vies brisées, sur leur passé heureux, sur leur histoire personnelle.
Philippe Besson reste dans la retenue, l’ellipse et l’économie de moyens, mais il trouve le ton juste et l’anecdote éclairante, comme cette phrase, la dernière que le mari a prononcée en sortant d’une réunion avec des clients pour téléphoner à son épouse, en ajoutant « après, il sera trop tard». Hélène racontera la chose à Vincent : «Je me suis souvenue que les derniers mots de mon mari avaient été : après, il sera trop tard.
Ce dernier, en apprenant que Vincent était architecte, et qu’il a construit des immeubles à San Francisco ne pourra s’empêcher «de penser à l’ironie de la situation: être bâtisseur et finir enseveli sous les décombres.»
En cheminant dans les rues de la capitale portugaise, en dînant au restaurant, au bord du Tage et dans les rues tortueuses empruntées par le tramway, on comprend qu’ils ne sont pas là pour faire du tourisme, mais pour essayer d’oublier, d’évacuer leur histoire. Aussi bien pour elle que pour lui.
« Elle sait cette affliction et ce désenchantement des hommes quand ils ont été quittés. Elle a toujours attiré les êtres blessés, a appris à repérer leur vague à l’âme. Cela lui fera du bien d’entendre une histoire d’amour, même si elle est terminée.
« Il n’a que cette solidarité misérable à lui offrir, décontenancé par la somme des coups du sort qu’elle a reçus. »
En orfèvre, l’auteur taille son diamant noir, en dévoile tour à tout toutes les facettes :
« Comment on arrive à ne plus penser, chaque jour, chaque heure, à celui qui n’est plus là ? Comment on résiste à ces détails insignifiants, une musique, un endroit, un parfum, un geste, qui renvoient instantanément à celui qui n’est plus là ? Comment on se débrouille, avec le ventre qui se tord, le sommeil qui se dérobe ? On a beau s’occuper l’esprit, se lancer dans des aventures neuves, ou même se concentrer sur des occupations ordinaires, toujours ça revient, comme un rhumatisme, une maladie de vieillard. […] Et, de toute façon, dans la solitude, dans la pénombre, ça attaque de nouveau, ça reprend son lent travail de corrosion. »
Hélène et Mathieu parviendront-ils à échapper à cette spirale infernale ? C’est tout l’enjeu du livre. C’est aussi ce que je vous laisse découvrir…

Autres critiques
Babelio
La Vie (Yves Viollier)
Marie France (Sylvie Metzelard)
France Info (Le livre du jour – Philippe Vallet)
Blog Cultur’Elle (Caroline Doudet)
Blog Bricabook
Blog La XXVème heure
Blog Parfums de livres

Les 24 premières pages

Extrait
« Elle a toujours aimé les ports, elle en ignore la raison, ça ne vient même pas de son enfance, elle est née à Paris, a grandi loin de la mer. Mais voilà, les bateaux qui s’en vont, ceux qui reviennent, les sirènes des ferries, le glissement des voiliers, la majesté des paquebots, même les chalutiers qui vomissent leur marchandise, toute cette agitation lui plaît. Lui, il comprend ce goût, il le partage. Il a toujours cherché à savoir où partaient les cargos, vers quels continents. Il a rêvé d’Afrique, de Brésil. Il s’intéresse aussi aux marins, aux hommes dans l’effort, à leur rudesse, troublé par ce qu’ils dégagent. Et plus que tout, il est fasciné de constater à quel point, ici en particulier, le sel corrode tout, s’attaque à la pierre.
« Il faut dire que c’est toujours extraordinaire, une ville posée au bord de l’océan… Vous ne trouvez pas ? — Si. Sauf qu’elle n’est pas à l’abri des cataclysmes. »
Avec cette phrase, elle éloigne, comme d’un revers de main, les images douces et rassurantes des bords de mer, des langues de sable, des mouettes immobilisées dans le ciel par le vent. Elle convoque celles des catastrophes, des vagues en furie, de la mer assassine qui emporte tout sur son passage. Elle dit les morts par milliers, sur des côtes paisibles quelques instants auparavant et soudain submergées par la furie des eaux. Elle dit les dégâts causés par le déchaînement des éléments et cela jette un froid dans leur conversation. Il se croit tenu de ponctuer sa remarque.
« Je vois à quoi vous faites allusion. C’est terrible, bien sûr, ce qui s’est passé à San Francisco, il y a quelques mois, le tremblement de terre, le raz de marée.
— Terrible, oui. Mon mari est mort là-bas.. » » (p. 23-24)

A propos de l’auteur
Depuis Son frère, paru en 2001 et adapté par le réalisateur Patrice Chéreau, Philippe Besson a publié, entre autres, En l’absence des hommes, L’Arrière-saison, Une bonne raison de se tuer, La Maison atlantique et Vivre vite, et est devenu un des auteurs incontournables de sa génération. S’affirmant aussi comme un scénariste original et très personnel, il a signé le scénario de Mourir d’aimer (2009), interprété par Muriel Robin, de La Mauvaise Rencontre (2010) avec Jeanne Moreau, du Raspoutine de Josée Dayan interprété par Gérard Depardieu, et de Nos retrouvailles (2012) avec Fanny Ardant et Charles Berling. Un homme accidentel sera prochainement adapté au cinéma. Un tango en bord de mer, sa première pièce en tant que dramaturge, a été jouée à Paris à l’automne 2014 et publiée parallèlement chez Julliard puis reprise à l’automne 2015 au Théâtre du Petit Montparnasse. (Source : Éditions Julliard)

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Focus Littérature

Notre château

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Notre Château
Emmanuel Régniez
Le Tripode
Roman
128 p., 15 €
ISBN: 9782370550781
Paru en janvier 2016

Où?
Le roman se déroule principalement dans le Château situé dans une ville qui n’est pas nommée.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Un frère et une sœur vivent reclus depuis des années dans leur maison familiale, qu’ils ont baptisée « Notre château ». Seule la visite hebdomadaire du frère à la librairie du centre-ville fait exception à leur isolement volontaire. Et c’est au cours de l’une ces sorties rituelles qu’il aperçoit un jour, stupéfait, sa sœur dans un bus de la ligne 39. C’est inexplicable, il ne peut se l’expliquer. Le cocon protecteur dans lequel ils se sont enfermés depuis vingt ans commence à se fissurer.
On pourrait penser aux films Les Autres de Alejandro Amenábar, Shining de Kubrick, ou à La Maison des feuilles de Danielewski. En reprenant à son compte l’héritage de la littérature gothique et l’épure de certains auteurs du nouveau roman, Emmanuel Régniez réussit un roman ciselé et singulier, qui comblera les amateurs d’étrange.
« Je soigne ma mélancolie en me racontant des histoires qui pourraient me faire peur.» Emmanuel Régniez.

Ce que j’en pense
***
Pour ses débuts en littérature, Emmanuel Régniez s’est souvenu des contes de son enfance. Quand, entouré de ses parents, il rêvait sa vie plutôt qu’il ne la vivait. Entouré de ses sœurs, il aimait de raconter des histoires, accompagner son père dans des parties de chasse mémorables. « Nous étions si heureux au sein de notre château, au milieu des bois, sur la pente d’une colline. »
Cependant Octave n’est pas dupe. «En réalité je n’allais pas à la chasse mais j’accompagnais mon père au marché et l’aidais à vider le coffre de la voiture. Ma mère souvent râlait car mon père n’avait pas acheté ce qu’elle voulait.» On ajoutera que le château n’existait pas davantage. Du moins jusqu’au jour où un notaire annonça que la famille héritait d’une grande et belle maison, en ajoutant qu’une clause dudit testament interdisait au père d’y habiter. Cette bizarrerie a-t-elle provoqué l’accident de voiture mortel sur la route du retour ? Personne ne le saura jamais. Toujours est-il que les orphelins purent dès lors prendre possession du château.
Octave, le narrateur, et Véra vont y aménager une grande bibliothèque et y vivre quasiment reclus. « Notre monde est contenu dans Notre Bibliothèque. Notre monde est notre bibliothèque. »
Octave s’autorise une sortie par semaine, à la librairie du centre-ville, afin d’acheter quelques ouvrages supplémentaires. C’est à ce moment, très précisément le jeudi 31 mars à 14h 32, que leur existence si paisiblement réglée, va basculer.
Octave voit Véra, qui ne sort jamais et à fortiori jamais dans un bus, « dans le bus n°39 qui va de la Gare à la Cité des 3 Fontaines, en passant par l’Hôtel de ville. »
Un incident somme toute banal, mais qui mettre à mal toutes les certitudes, entrainer toute une série d’autres phénomènes étranges.
Qui a tort ? Qui a raison ? Où se situe la frontière entre l’étrange, le fortuit et l’irréel ? En choisissant de répéter certaines phrases, comme pour les marteler, l’auteur réussit à installer une atmosphère très prenante, qui nous fait douter de nos certitudes. Véra a-t-elle raison de reprocher son entêtement à Octave ? «Coupable comme tu sais l’être, tu es prêt à inventer n’importe quelle histoire».
Voilà le lecteur pris au piège, incapable de trancher. Ce couple énigmatique dans cette demeure mystérieuse a quelque chose d’hypnotique. À l’image du cahier photo de Thomas Eakins rassemblé en fin de volume. Seul petit bémol, la couverture qui est à mon sens totalement manquée et ne poussera sans doute pas à l’achat spontané en librairie. Du coup, les blogueurs sont là…

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Tout ce qui se lit (Marie-Blanche xxx)
Blog Domi C lire (Dominique Sudre)
Blog Alias Noukette (Françoise Lavabo)
Blog Les Jardins d’Hélène (Laure xxx)
Blog Entre les lignes (Bénédicte Junger)
+ Interview de l’auteur
Blog Le chat qui lit (Nathalie Cez)
Blog Les livres de Joëlle (Joëlle xxx)
Libfly (Catherine Airaud)

Autres critiques
Babelio
L’Opinion (Bernard Quiriny)
Blog Mes Imaginaires
Blog Charybde 27
Blog Le Labo de Benoît
Blog Un dernier livre avant la fin du monde

Les premières pages du livre

Citation
« Une maison qui contient beaucoup de livres est une maison ouverte au monde, est une maison qui laisse entrer le monde. Chaque livre qui entre est un fragment du monde extérieur et, tel un puzzle, quand nous posons ensuite le livre dans les rayons de Notre Bibliothèque, nous recomposons le monde, un monde à notre image, à notre pensée. » (p. 39)

A propos de l’auteur
Emmanuel Régniez est un écrivain de langue française. Notre Château est son premier roman. Il est aussi l’auteur de l’Abc du gothique aux éditions Le Quartanier. (Source : Éditions Le Tripode)

Compte Twitter de l’auteur

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Focus Littérature

J’ai vu un homme

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J’ai vu un homme
Owen Sheers
Rivages
Roman
traduit de l’anglais par Mathilde Bach
352 p., 21,50 €
ISBN: 9782743633219
Paru en août 2015

Où?
Le roman se déroule principalement à Londres, mais aussi aux Etats-Unis, à New York, et au Pakistan.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Michael laisse planer le doute jusqu’à la dernière page, tel un héros de Hitchcock. Est-il simplement un mari détruit par la mort de sa femme, reporter de guerre tuée au Pakistan ? Ou un personnage manipulateur ? J’ai vu un homme est un formidable page-turner, dans la lignée de Samedi de Ian McEwan. Histoire d’amour, portrait d’un monde globalisé qui a banalisé la violence, récit d’un deuil, ce roman magnifique sera publié dans une douzaine de pays et s’annonce comme un succès international.

Ce que j’en pense
****
En refermant ce livre, une image m’est revenue en mémoire. Terrible. Celle de ce film montrant une bavure de l’armée américaine lors de la guerre en Irak. En juillet 2007, deux journalistes de l’agence Reuters et deux enfants ont notamment été tués «par erreur» par des tirs de l’armée américaine.
C’est une histoire semblable qui sert de point de départ au roman du Gallois Owen Sheers, en s’attachant aux conséquences d’un tel acte, à ce que l’on appelle prudemment les dégâts collatéraux, et qui feront trois victimes supplémentaires. Michael Turner est la première à entrer en scène. En rencontrant Caroline, ce journaliste devenu écrivain, a trouvé non seulement une âme sœur ¬– elle est grand reporter – mais au fil des semaines, elle devient aussi son épouse et la future mère de leurs enfants. Mais le rêve se brise lors d’un reportage au Pakistan. Un drone de l’armée américaine fait exploser son convoi. Michael se retrouve veuf, désemparé et cherche à tromper sa peine en partant s’installer à Londres. En emménageant, il croise son voisin Josh Nelson.
Ce banquier est la seconde victime. En décidant de prendre son voisin sous son aile protectrice, en lui faisant partager sa vie de famille, il ne se doute pas combien des conséquences de sa bonne action. Michael devient si proche de Josh, de Samantha son épouse et des enfants qu’il n’hésite pas à pénétrer dans l’appartement du voisin quand il constate qu’une porte est restée ouverte. Il voulait simplement récupérer un tournevis. Seulement voilà, en le voyant, la fille bascule de l’escalier et se tue. Michael décide de fuir. La suite ne se raconte pas, je vous laisse la découvrir tant elle est bien racontée.
Reste la troisième victime, le commandant McCullen. Il s’agit d’un pilote de drones sur une base près de Las Vegas. C’est lui qui a tué par méprise, Caroline. Et qui ne supporte plus cette mort qu’il a sur la conscience et qui, pour sa hiérarchie, fait partie des «risques du métier». Mc Cullen décide quant à lui de prendre la plume et d’écrire à Michael. Plus pour mettre des mots sur le drame qu’il vit que pour s’excuser. Puis, il prend la route, entend essayer de se reconstruire en vivant une nouvelle vie on the road again
La force de ce roman est de mettre en scène ces trois hommes qui ne sont pas coupable, mais qui tous se sentent responsables de la situation dramatique qu’ils ont contribué à engendrer. Comment peuvent-ils continuer à vivre avec ce poids ? Construit comme une enquête qui rend vite le lecteur addictif (on sent par exemple très bien sur les pas de Michael que quelque chose n’est pas normal dans la maison de son maison), excellent dans l’analyse psychologique, voilà sans aucun doute l’un des romans étrangers les plus réussis de la dernière rentrée littéraire. Ne passez pas à côté, comme j’aurais pu le faire sans le pouvoir de persuasion d’un libraire passionné, dont c’est ici l’occasion de souligner combien ils demeurent indispensables !

Autres critiques
Babelio
L’Express (Marianne Payot)
France Inter (L’humeur vagabonde – Kathleen Evin)
Blog Fragments de lecture (Virginie Neufville)
Blog A l’ombre du noyer
On l’a lu (Interview)
Blog Sur mes brizées
Blog Les chroniques assidues

Extraits
« L’événement qui bouleversa leur existence survint un samedi après-midi de juin, quelques minutes à peine après que Michael Turner, croyant la maison des Nelson déserte, eut franchi le seuil de la porte du jardin. Ce n’était que le début du mois, mais Londres se boursouflait déjà sous la chaleur. Les fenêtres béaient le long de South Hill Drive. Garées des deux côtés de la route, les voitures bouillaient, brûlantes, leurs carrosseries prêtes à craqueler au soleil. La brise du matin s’était retirée, laissant la rangée de platanes parfaitement immobile. Les chênes et les hêtres du parc alentour ne bruissaient pas davantage. La vague de chaleur s’était abattue sur la ville une semaine plus tôt, et cependant les herbes hautes qui s’étendaient hors de l’ombre protectrice des arbres commençaient à jaunir.
Michael avait trouvé la porte du jardin des Nelson entrouverte. Il s’était penché dans l’entrebâillement, l’avant-bras appuyé au cadre de la porte, et avait appelé ses voisins. »

« De la même manière , Michael trouvait un certain soulagement à ce que Caroline soit une inconnue pour Josh et Samantha. Josh croyait bien avoir vu l’un de ses reportages une fois dans un hôtel à Berlin, mais il n’en était pas persuadé. Ce qui était sûr , en revanche, c’est que ni l’un ni l’autre ne l’avaient jamais rencontrée en personne. A leurs yeux, sa mort était juste un événement dans la vie de Michael. Une chose avec laquelle il était arrivé à leur porte, comme avec le reste de son passé, alors qu’avec ses amis d’avant, il se sentait lesté d’une perte. Pour Samantha et Josh, Caroline n’existait qu’à travers ce que Michael racontait. Quand il leur parlait d’elle, il s’entendait raconter sa vie, et non sa mort. Ainsi, pour eux, il n’y avait pas d’ »avant » Caroline, il n’y avait que l’écho d’un être, qui résonnait encore chez cet homme assis à leur table, non pas comme une absence mais comme une partie de lui. » (p. 91)

« Las Vegas fournissait à l’Amérique des versions du monde, afin que l’Amérique n’ait pas besoin de s’y aventurer. D’autres pays, d’autres lieux étaient ainsi simultanément rapprochés et tenus à distance. Exactement comme ils l’étaient sur ces écrans qu’il observait à Creech. »  (p. 260)

A propos de l’auteur
Owen Sheers, né en 1974 aux îles Fidji, a grandi au pays de Galles. Ecrivain, poète et dramaturge, il a remporté de nombreux prix et publié plusieurs romans, dont Résistance traduit en français. (Source : Editions Payot & Rivages)

Site Wikipédia de l’auteur

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