Châteaux de sable

LA_ROCHEFOUCAULD-chateaux_de_sable

  RL-automne-2021

Sélectionné pour le prix littéraire Maison Rouge

En deux mots
Louis Robinson est ravi de faire la connaissance du narrateur, descendant d’une famille aristocratique qui aura beaucoup soutenu le monarque à l’heure de la Révolution française. Le fantôme de Louis XVI va l’engager pour écrire sa «vraie» vie. Après tout, le roman national est d’abord un roman.

Ma note
★★★ (bien aimé)

Ma chronique

Les confidences de Louis XVI

En imaginant sa rencontre avec le fantôme de Louis XVI dans la France des gilets jaunes, Louis-Henri de la Rochefoucauld va tout à la fois déconstruire le roman national et remettre en perspective son histoire familiale. Avec humour et érudition.

On le sait, l’aristocratie aura payé un lourd tribut à la Révolution française qui, pour asseoir son autorité, guillotinait à tour de bras tous ceux qui portaient une particule. La famille de La Rochefoucauld détient le triste record du nombre de morts durant cette période. À la suite de cette dispersion façon puzzle ne subsisteront que quelques beaux rêves de restauration. Plus prosaïquement, les descendants de la noblesse se classent aujourd’hui en affairistes « qui avaient froidement suivi l’évolution des espèces en s’assimilant à la haute-bourgeoisie friquée, les irréductibles « qui tournaient en rond dans les pièces mal chauffées de châteaux angevins » et les précurseurs amnésiques qui se métissaient. Quant à Louis-Henri, il se sent « condamné à vivre de façon parodique » et trouve refuge dans le journalisme et la littérature. Des piges et des entretiens qui lui permettent d’entretenir une famille, même s’il aimerait offrir un avenir plus flamboyant à sa petite fille Isaure.
C’est lors d’un mariage joyeusement arrosé qu’il va faire LA rencontre qui va bousculer sa vie. Louis Robinson va lui proposer d’être son nègre, de raconter la « vraie histoire » de sa vie, car il n’est autre que le fantôme de Louis XVI. Intrigué mais aussi séduit, le narrateur s’achète carnets et stylo et se rend quai de Bourbon pour recueillir les confidences du monarque déchu et de son épouse. Une Marie-Antoinette qui n’a rien à voir non plus avec la femme frivole entrée dans la postérité.
L’opération réhabilitation est lancée!
Grâce au dispositif narratif choisi par l’auteur, on va se régaler des télescopages entre l’actualité du moment et les «souvenirs» de ce couple qui a traversé le temps. Ainsi, toutes proportions gardées, Antoinette voit un parallèle entre la vie recluse à Versailles et l’actuel président qui, bien des siècles plus tard n’a pas vu venir les gilets jaunes. Ces «Gaulois réfractaires» vont même finir par donner des idées à Georges Lemoine. L’homme tient un bar clandestin où se réunissent les fidèles de Louis XVI et rêve de s’appuyer sur ces révoltés pour faire tomber le régime.
Se basant sur une solide documentation, l’auteur va raconter à sa manière les jours qui ont fait basculer le régime et la dernière tentative de restaurer un pouvoir désormais honni. On retrouve aussi ici l’ambiance et certains thèmes croisés dans Le Club des vieux garçons. On y cherchait tout autant un espace de liberté en s’accrochant à des principes un peu surannés et folkloriques, mais en y mettant du panache et de l’audace. Car comme disait Danton, cet ennemi juré, «Pour vaincre, il nous faut de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace» !

Châteaux de sable
Louis-Henri de La Rochefoucauld
Éditions Robert Laffont
Roman
244 p., 19 €
EAN 9782221256091
Paru le 26/08/2021

Où?
Le roman est situé en France, principalement à Paris, mais également en Franche-Comté et en Champagne, notamment à Pargny-les-Reims.

Quand?
L’action se déroule de nos jours, avec des retours en arrière, notamment autour de 1789-1793.

Ce qu’en dit l’éditeur
«J’avais mis beaucoup de temps à m’intéresser à la Révolution, et plus encore à la comprendre. Puis, j’y étais revenu, et la période m’avait semblé capiteuse. Malgré l’atrocité des faits, tout y était beau : les lieux, les vêtements, les noms des bons, des brutes et des truands. Mon déphasage trouvait un écho dans la figure de Louis XVI. J’avais le goût des causes perdues et le plus grand des guillotinés était indéfendable. Quand aurait-il enfin un bon avocat?»
Tour à tour mélancolique et drolatique, ce roman met en scène un héritier de la noblesse d’épée qui ne sait plus à quel saint se vouer.
Jeune père un peu paumé, précaire dans la presse, le narrateur vit dans un monde en voie d’extinction. Rien de grave : issu d’une famille décimée sous la Révolution, il a appris le détachement. Trop à l’ouest pour avoir des convictions politiques, il n’est pas royaliste, mais ne croit pas non plus au mythe d’une France nouvelle née en 1789… jusqu’au jour où Louis XVI lui apparaît! Et s’il s’amusait à réhabiliter ce grand dadais mal-aimé, émouvant malgré lui?
« Quand on n’a plus de château à transmettre, on peut au moins tenter d’aménager pour ses enfants une mémoire habitable. »

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Goodbook.fr
Page des Libraires (Murielle Gobert Librairie Passerelles à Vienne)


De quoi parle votre roman Louis-Henri de la Rochefoucauld ? © Production Éditions Robert Laffont

Les premières pages du livre
« 1. « Je crois aux forces de l’esprit… »
L’épisode eut lieu il y a quelques années au château de ma grand-mère. Une jeune fille engagée pour l’été était venue trouver mon père. Le plus souvent, elle tapait à sa porte parce qu’elle avait surpris une chauve-souris dans une chambre et avait besoin de lui pour s’en débarrasser. Mon père s’en chargeait d’un coup de fouet de chasse bien ajusté. Dans ce noble art, c’était un champion. Cette fois-ci, la situation était plus préoccupante : « Monsieur le comte, pardon de vous déranger… Je suis très embêtée d’avoir à vous annoncer ça, mais je ne veux plus faire le ménage au dernier étage. J’ai trop peur. » Allons bon ! Peur de quoi ? Embarrassée, la jeune fille avait poursuivi : « Il y a des bruits étranges en haut, quelque chose de bizarre… Ça va vous paraître fou, tant pis : je pense que la maison est hantée. » D’ordinaire flegmatique derrière sa cravate, qu’il n’enlevait que pour dormir, mon père en avait bondi de son fauteuil : « Des fantômes ? Formidable ! Extra ! Si vous en croisez à nouveau, prévenez-moi, je serai ravi de les rencontrer : ils ne peuvent être que mes ancêtres ! »
Dans la galerie de portraits, à elle seule une histoire de la mode à travers les âges, certains anciens ne demandaient qu’à sortir du mur pour se dégourdir les jambes. Communiquer avec ses aïeux, faire tourner les tables de la mémoire : ainsi avais-je été élevé. Au cours des repas, mon père nous expliquait comment nous descendions des rois de France – leur sang coulait dans nos veines. Il nous arrivait de franchir la Manche. J’avais été frappé d’apprendre que je descendais de Charles Ier, le roi d’Angleterre qui fut décapité en 1649, et donc de sa grand-mère, Marie Stuart, raccourcie pour sa part en 1587. Petit, déjà, ces têtes coupées me montaient au cerveau.

À la naissance de mes dernières sœurs, des jumelles, ma mère n’arrivait plus à s’occuper de ses cinq enfants. Elle avait demandé à mon père de nous sortir, mon frère et moi. Nous emmenait-il au stade ? Il n’aimait pas le sport. Je me souviens de nos fous rires devant les glaces déformantes du Jardin d’acclimatation, de promenades dans la forêt de Rambouillet, d’une visite des Grandes Écuries du château de Chantilly. J’avais cinq ans. Savais-je que ces écuries avaient été construites au XXVIIIe siècle par Louis-Henri de Bourbon, septième prince de Condé ? Ce Louis-Henri croyait à la métempsycose et aimait les chevaux à un point tel qu’il pensait se réincarner en canasson. Cette branche illustre des Bourbons s’était éteinte deux générations après lui, en 1830, le jour où son petit-fils, lui aussi prénommé Louis-Henri, neuvième prince de Condé et plus grande fortune de France, avait été retrouvé pendu à l’espagnolette d’une fenêtre de sa chambre. Sur ces explications, nous remontions dans la voiture. Mon père réajustait son nœud de cravate en se regardant dans le rétroviseur intérieur. « Tu portes décidément un très joli prénom », me disait-il sur le chemin du retour.
Quand j’avais atteint l’âge de six ou sept ans, il m’avait estimé assez mûr pour retourner au berceau – c’est-à-dire découvrir le château de La Rochefoucauld, tenu par une de nos tantes. Une fois encore, nous étions entre hommes, assis mon frère et moi sur la banquette arrière, direction la Charente. Après un tour de la maison millénaire, nous avions assisté depuis les gradins au son et lumière qui se donnait le soir. Il y avait un vrai tournoi. Puis un acteur jouait le rôle du roi Charles VII. À voix basse, mon père assurait les commentaires : « Charles VII était notre invité au château quand il a appris la fin de la guerre de Cent Ans, en 1453. » Je n’avais bien sûr aucune idée de ce qu’était la guerre de Cent Ans, mais restais sidéré par cet étrange spectacle, l’histoire mise à la portée d’un enfant, un Puy du Fou personnalisé. Le problème, c’est que, avec mon goût pour les distorsions drolatiques, les différents tableaux du son et lumière se mêlaient dans mon esprit aux glaces déformantes du Jardin d’acclimatation – je peinais à y voir autre chose que de la poudre aux yeux.

À vingt et un ans, vaguement inscrit à la Sorbonne, j’avais commencé à collaborer à Technikart, magazine branché dont les bureaux bordéliques se trouvaient place de la Bastille. Nous n’étions pas toujours payés, mais la liberté de ton qu’on y avait valait tous les salaires. Je pensais naïvement m’échapper de mon milieu. Même là, j’étais tombé sur un cousin éloigné. Le fondateur, Fabrice de Rohan Chabot, grand hurluberlu hirsute et grisonnant, portait des pantalons de couleur rapiécés et des vestes Old England piquées dans l’armoire de son père, qui vivait villa Montmorency. Avec ses bottes usées et sa façon de parler si frappante, grivoise et seigneuriale à la fois, Fabrice semblait tout droit sorti de la cour de François Ier. Il descendait du chevalier de Rohan, celui qui avait judicieusement corrigé Voltaire en 1726 – ses laquais avaient rossé le philosophe à coups de gourdin. « Arouet ? Voltaire ? Enfin, avez-vous un nom ? » lui avait lancé Rohan. Ce à quoi l’autre avait répondu : « Voltaire ! Je commence mon nom et vous finissez le vôtre. »
Finissais-je le mien ? Venant de ce monde à part où l’on vous donne le prénom des princes de Condé, j’avais quelque chose de spectral. J’avais essayé de vivre ma vie, n’avais pas franchement réussi. Dans la réalité, je n’avais pas percé. Titulaire d’une modeste licence de philo, n’ayant jamais connu le salariat, écrivain sans lecteurs et pigiste précaire, homme d’intérieur avec au compteur sept échecs au permis de conduire, je flottais dans une dimension parallèle. Découvrirais-je un jour un ou deux trucs intéressants ? N’étais-je bon qu’à prendre la poussière ? À vingt-deux ans, âge auquel on se lance dans le monde du travail, le suicide d’un ami d’adolescence m’avait fait prendre encore un peu plus de distance avec le cours des choses. Il avait retourné contre lui le fusil de son grand-père. Cette image me hantait, elle me hantera toujours. Puis un événement aussi insondable que nos séances de spiritisme généalogique avait achevé de faire de moi un vieux machin dépassé : le 26 novembre 2016, année de mes trente et un ans, j’avais eu une fille. La paternité détraque votre rapport au temps ; du jour au lendemain, vous déléguez le futur à quelqu’un d’autre. Le présent étant par définition invivable, il ne vous reste plus que le passé à habiter.
Lorsque s’ouvre ce deuxième acte de votre existence, mieux vaut vous lever du bon pied. À la naissance d’Isaure, j’avais mis à la poubelle mes baskets trouées et commencé à collectionner les chaussures anglaises. J’avais acheté deux paires de mocassins à glands et repris un manteau de loden de mon grand-père maternel, lequel m’avait aussi légué une calvitie qui ne cessait de s’épanouir au sommet de mon crâne. Ainsi vêtu et dégarni, myope et migraineux, j’arpentais les rues du XVIe arrondissement. En allant chercher le pain, je croisais parfois Édouard Balladur et son épouse, qui habitaient à côté de chez moi, boulevard Delessert. Oublié de tous, l’ancien Premier ministre avait l’air empaillé dans ses beaux costumes d’un autre temps. Je n’étais pas sûr de paraître plus jeune que lui. M’ayant considéré dès notre premier verre comme un bibelot à revendre un jour à une brocante de quartier, mon épouse ne s’en faisait pas, du moins le croyais-je ; mes trois petites sœurs, en revanche, s’inquiétaient de mon évolution.

Voyons le bon côté des choses : quand on est un fantôme, on ne prend plus rien au tragique. Le problème, naturellement, c’est qu’on a du mal à se vendre sur le marché de l’emploi – nul ne confie un travail qualifié à un type qui s’en fout. Deux ou trois rédacteurs en chef aussi inconscients que Rohan Chabot m’avaient donné ma chance. À défaut d’exister vraiment, j’écrivais dans la presse des portraits d’artistes plus ou moins valables derrière lesquels je m’effaçais. Je n’avais pas les moyens de mon oisiveté, et pourtant mon quotidien n’était qu’un incessant bavardage, comme ce livre le montrera assez.
Parfois, tel ou tel interlocuteur me retournait la question. J’y avais eu droit avec l’écrivain Andreï Makine, de l’Académie française. Il parlait tellement vite, avec ses restes d’accent russe, que je ne comprenais pas tout ce qu’il me racontait, d’autant que l’ambiance de la brasserie Wepler, où nous étions installés, n’aidait pas à la concentration. En cette heure creuse de l’après-midi, quelques vieux messieurs lisaient le journal en digérant leurs rognons. La lumière orangée et le cuir ramolli des banquettes étaient propices à la sieste. Quant à Makine, académicien atypique à la carrure d’ancien du KGB et à la belle gueule anguleuse de statue soviétique, avec son regard d’acier qui vous transperçait, il semblait vouloir vous hypnotiser, vous endormir – et pourquoi pas jeter votre corps dans la Volga.
Une fois ses réponses dans la boîte, nous avions repris un café et inversé les rôles : il m’avait interrogé sur ma famille, surpris d’apprendre que, avec quatorze victimes, les La Rochefoucauld détenaient le record du nombre de morts sous la Révolution française, toutes compétitions confondues. La liste donnait le tournis. Pierre-Louis et François-Joseph avaient donné le coup d’envoi le 2 septembre 1792 : frères, tous deux évêques, ils avaient été assassinés à la prison des Carmes. Deux jours plus tard, le 4 septembre, Louis-Alexandre tombait dans un guet-apens à Gisors : molesté, lapidé, achevé d’une trentaine de coups de gourdin et de pique. Au printemps 1793, Marie-Françoise, Charlotte-Louise et Louise-Charlotte avaient été exécutées « pour être nées aristocrates et porter le nom de La Rochefoucauld ». Ce fut ensuite le tour d’Adélaïde-Marguerite, de Gabrielle-Françoise et de Françoise-Perrine (quels prénoms !), noyées à Nantes sur ordre de l’impitoyable Carrier. L’amazone Marie-Adélaïde, qui combattait avec ses paysans en Vendée, fut guillotinée le 24 janvier 1794. Suzanne, qui à soixante-huit ans guerroyait elle aussi, l’avait précédée sur l’échafaud. Ses deux fils, Alexandre-Marie et René-Claude, connaîtraient le même sort, l’un guillotiné, l’autre fusillé. Anne, enfin, fut guillotinée le 8 mars 1794 place de la Révolution, à Paris.
Nous avions payé cher le prix de l’agitation populaire. Le jacobinisme était-il un humanisme ? Vous avez quatre heures. À l’école, les manuels de l’Éducation nationale ne m’avaient pas convaincu des bienfaits de la Terreur. Makine n’avait pas l’air d’accorder plus de crédit que moi à la démocratie représentative ni aux sacro-saintes institutions républicaines, tout ce fumeux charabia auquel plus personne ne croyait. À ses yeux, seule la littérature comptait. Jusqu’ici imperturbable dans son étrange manteau trop grand pour lui, le charmeur de serpents slave avait cédé au naturel : « Mais ma parooole, Louis-Henriii ! Il faut en faire un romaaan ! Et de toute urgence ! “Je viens de la famille dont le sang a le plus coulé sous la Révolution” : quelle incroyaaable première phraaase ! » J’avais déjà consacré un livre à ce sujet, et ça n’avait pas été un tube. Il faut dire que, au lieu de crier au génocide et de demander réparation à l’État, bref, de pleurnicher, j’avais choisi de m’exprimer sur le mode comique. La victimisation était tendance, mais le sanglot de l’aristo ne m’avait pas semblé un créneau porteur pour s’attirer les faveurs des médias. Aurais-je dû faire du lobbying nobiliaire ? Réunir les cent mille derniers représentants du second ordre ? Lancer la Particule Pride, une marche des fiertés d’un nouveau genre et d’une autre tenue, un défilé de perruques poudrées dans les rues de ce qu’on appelait jadis le faubourg Saint-Germain ? Je divaguais. Makine et moi, nous ne nous écoutions plus. Deux cinglés face à face. Alors que nous nous séparions, il m’avait serré la main à m’en écraser les os, me répétant une dernière fois avec des intonations illuminées de prophète dostoïevskien : « Réfléchissez-y, La Rochefoucauld ! Aucun autre thème n’est intéressant pour vous. Vous ne pouvez qu’y revenir. La Révolution, c’est voootre sujeeet ! »

Nous étions en 2018, j’avais atteint l’âge du Christ et j’étais à la ramasse. Un an plus tôt, un jeune banquier d’affaires qui se prenait pour Bonaparte avait été élu président de la République. Durant sa campagne, il avait publié un livre intitulé Révolution. Il aurait mieux fait de ne pas jouer au plus malin : le complotisme et la contestation ne cessaient de monter en France. On sentait que ça clochait. Par ailleurs, avec les islamistes, la décapitation était redevenue à la mode. Je ne faisais pas encore le lien, mais tout cela ne me disait rien qui vaille.
Sans cesse réveillé par les cauchemars de ma fille, je ne fermais plus l’œil de la nuit ; dormant debout, je rêvassais à longueur de journée. Dans les rues comme en moi, tout était devenu flou, brouillé, brumeux. Un coaltar complet. En septembre, des valises sous les yeux, j’attendais le métro en bâillant. Tout autour, sur le quai, des cadres du secteur tertiaire se penchaient sur leur téléphone portable. J’ai levé la tête et vu cette affiche publicitaire :

« Mais c’est une révolte ?
— Non, Sire, c’est une révolution ! »
Réponse du duc de La Rochefoucauld-Liancourt à Louis XVI le 14 juillet 1789

Il s’agissait d’une pub pour un mascara de chez Chanel, le modèle Révolution – décidément. On y voyait une photo du produit, très à son avantage sur un joli fond noir ; et, au-dessus, en guise de slogan, ce dialogue entre Louis XVI et mon aïeul. Comment mon ancêtre se retrouvait-il, post mortem et sans droits d’auteur, concepteur-rédacteur pour un cosmétique ? Mais d’abord : qui était ce La Rochefoucauld-Liancourt, qu’on peut appeler Liancourt pour aller plus vite ? Je dois ici me fendre d’une brève digression à destination des équipes marketing de Chanel.

Né en 1747, Liancourt avait hérité la charge de grand maître de la garde-robe du roi, passe-temps qui aurait plu à Yves Saint Laurent, mais qui paraît fastidieux en notre ère du survêtement pour tous. Responsable d’une partie des diamants de la Couronne, il devait surtout veiller à l’allure de Sa Majesté et s’occupait de ses fournisseurs et tailleurs. Chaque matin, à son réveil, il tirait la chemise de nuit royale par la manche droite – le premier valet s’occupait de la manche gauche. Puis il bouclait les souliers du monarque, lui attachait son épée, l’aidait à passer son habit et le cordon bleu de l’ordre du Saint-Esprit… De son propre aveu, Liancourt n’avait pas été un aigle dans ses études. Bègue, il ne pouvait briller dans la conversation par des reparties piquantes ; il était néanmoins curieux, fin, caustique, et sa longue amitié avec Talleyrand prouve qu’il avait l’estime des gens d’esprit. Très bien en cour sous le ministre Choiseul, qui le considérait comme un fils, ou quasi, il avait été chez lui à Versailles, « pays du déguisement » dont il ne raffolait pas, même s’il y avait ses appartements.
L’arrivée de la du Barry dans la couche de Louis XV avait précipité, en 1770, la disgrâce de Choiseul, et donc la sienne, ce qui ne lui avait pas déplu. « Notre famille a toujours eu un égal éloignement et pour l’état de domesticité, et pour celui d’intrigue », écrivait ce descendant d’un des leaders de la Fronde. Marié à dix-sept ans, comme c’était l’usage, Liancourt prétendait ne pas avoir cédé « à la douce facilité des mœurs d’alors ». Appartenant à la jeunesse dorée, il avait voyagé en Angleterre et ailleurs. Rue de Seine, à l’hôtel de La Rochefoucauld, où sa tante tenait salon, la décoration était correcte (œuvres du Titien, de Véronèse, Poussin, Raphaël et Léonard de Vinci). On y rencontrait tous les savants et économistes en vue à l’époque, deux futurs présidents américains (John Adams et Thomas Jefferson), des troubadours prometteurs – le jeune Mozart était venu jouer quelques airs en 1778. Dans son propre hôtel particulier, au 58, rue de Varenne, en face de Matignon, Liancourt menait grand train : des domestiques à tous les étages, un millier de bouteilles à la cave, deux diligences à ses armes, des armoires remplies de vêtements découpés dans des velours, satins et gourgourans achetés chez Lenormand, rue Saint-Honoré. Grand fumeur de cigare, il n’était pas un minet, un fils à papa ne pensant qu’à claquer ses louis d’or dans les cafés du Palais-Royal : il avait servi dans son régiment de dragons ; et, sur ses terres, en seigneur éclairé, il luttait contre la mendicité, cherchait à moderniser l’agriculture et l’industrie.
Quelle belle année que 1774 pour tous ceux qui avaient encore un cerveau au Royaume de France : grâce à la petite vérole, Louis XV enfin cassait sa pipe ! Dans un texte tordant, Liancourt raconte les dix nuits qu’il avait passées au chevet du satyre agonisant en robe de chambre dans son lit de parade. Une partie de plaisir que de voir ce grand douillet de Louis XV au pieu, en train de geindre, avec six médecins, trois chirurgiens et trois apothicaires lui tâtant le pouls à tour de rôle. Les vils vautours qui s’étaient invités à Versailles dans le sillage de la du Barry sentaient que le vent tournait. Ces goujats avaient essayé de le faire sortir de la pièce, mais Liancourt n’avait rien voulu entendre – on ne dégageait pas un duc comme un manant. Les saignées n’ayant pas donné de résultats probants, Louis XV avait reçu un lavement. Le visage enfoncé dans son oreiller, les fesses à l’air : quelle fin glorieuse pour l’héritier de Saint Louis… À la grande satisfaction des honnêtes gens et au grand chagrin des faquins, le roi se mourait, le roi était mort. La du Barry, ses bijoux et toute sa clique de mauvais plaisants avaient été foutus dehors. Louis XVI avait été appelé à régner, avec, jamais loin de lui, Liancourt, qui resterait toute sa vie « attaché par sentiment à ses qualités et à ses vertus ». Fréquentant la frange libérale de l’aristocratie, Liancourt avait compris très tôt que les temps changeaient. Il avait tenté d’intégrer le roi à cette révolution en cours. Les choses, on le sait, ne se passèrent pas comme prévu. Le 14 juillet, pour aller de Paris à Versailles, laquelle de ses voitures avait-il fait atteler par son fidèle écuyer, François Le Soindre ? Son cabriolet, l’une de ses deux berlines ou l’une de ses diligences ? Et quand avait-il prévenu Louis XVI de la prise de la Bastille ? Les sources ne concordent pas. Dans des écrits qu’il a laissés, Liancourt affirme que c’est pendant la nuit, vers une heure du matin, qu’il était entré dans la chambre du roi pour lui apprendre que le premier domino était tombé.

Tout m’est revenu d’un coup, sur ce quai de métro, ce matin de septembre, face à une pub pour le mascara Révolution de chez Chanel… J’avais l’impression que Liancourt était là, à côté de moi, à regarder lui aussi l’affiche. Je sentais sa présence, repensais à sa vie mille fois racontée par mon père, aux menaces de mort qui avaient pesé sur lui, à son exil en Amérique, à son retour tardif d’émigration et tout le toutim. Le sort des vieilles familles de ce temps. J’ai raté un premier train.
En m’ouvrant les yeux, ce mascara m’a renvoyé à Makine, à sa poignée de main qui m’avait fait si mal. J’ai raté un second métro. Après l’Académie française, voilà que l’industrie du luxe me renvoyait à son tour à la Révolution française. Fallait-il y voir un signe ? Comme François Mitterrand, je croyais aux « forces de l’esprit ». Je n’ignorais pas que, en privé, le monarque socialiste affirmait que la mort de Louis XVI avait été « le drame de la France ». Inutile de se cacher plus longtemps derrière son maquillage : tout me rappelait auprès du roi ! J’avais assez perdu de temps dans des voies sans issue.

Lecteur admiratif des moralistes du XVIIe siècle et aspirant à une vie ascétique dont j’étais bien incapable, je n’étais pas mécontent de mon sort plus que dérisoire. En 2018, j’occupais la charge de grand maître de la garde-robe de ma fille. Quand j’habillais Isaure le matin, je ne réglais pas que la question épineuse de la manche droite : les caisses de mon ménage étant ce qu’elles étaient, je n’avais pas les moyens d’engager un premier valet pour la manche gauche. J’avais beau manquer d’ambition sociale, je pouvais quand même viser plus haut ; d’autant que, un jour prochain, ma fille enfilerait seule ses vêtements.
J’aurais préféré travailler pour Louis XVI. Il m’inspirait une profonde affection. L’historiographie avait accablé de noms d’oiseau le poussah pusillanime, considéré comme un fils à papa à silhouette de sumo, un soliveau soumis aux caprices de sa femme, un bricoleur de serrures impuissant et parjure… Léon Bloy, taquin, parlait de « citrouille creuse ». N’en jetez plus ! Je pensais tout le contraire de Sa Majesté. Il avait poussé à son paroxysme cette qualité souveraine : le détachement. Sous ses bourrelets bonhommes, je voyais un fakir qui avait remarquablement su serrer les dents sur la planche à clous de la Révolution. Derrière son rire d’adolescent bébête qui, paraît-il, mettait mal à l’aise, j’entendais autre chose qu’un « débile cerveau » (Bloy, encore) : Louis XVI n’était pas un intellectuel mais un poète, et l’un des plus accomplis que la Terre eût portés. Aucun artiste n’égalera jamais la performance définitive que fut sa décapitation – il faisait lui-même ses cascades. Son bon naturel valait mieux que ses idées. Même de son courage il ne tirait pas de vanité. Quant à sa clownerie, elle n’était pas comprise. Cet homme secret, pudique et dépressif avait caché son jeu. Sans partir dans des trémolos ultraroyalistes gênants pour tout le monde, ne pouvait-on pas dire que le roi très chrétien était tombé en martyr ? Il avait donné sa vie, il était mort pour la France – et, depuis, son peuple n’avait cessé de cracher sur sa tombe. Le stoïcien dodu avait pourtant incarné un certain génie de chez nous, versant perdant magnifique. Être un Vercingétorix christique, pardon, mais c’était autre chose que présider la Ve République avant de mourir de vieillesse…

À la fin tu es las de ce monde moderne… Je n’avais pas toujours tenu l’exécution du roi pour le péché originel de la France, ni l’Ancien Régime pour un paradis perdu. Ignare, j’avais mis beaucoup de temps à m’intéresser à la Révolution, et plus encore à la comprendre un peu. En vieillissant, j’y étais revenu, et la période m’avait semblé capiteuse. J’en aimais profondément la couleur, les personnages et le climat. Malgré l’atrocité des faits, tout y était beau : les lieux, les vêtements, les noms des bons, des brutes et des truands. Mon déphasage trouvait un écho dans la figure de Louis XVI. J’avais le goût des causes perdues, et, de même que le malaise aristocratique était inaudible, le plus grand des guillotinés était indéfendable. Quand aurait-il enfin un bon avocat ? Sa condamnation à mort ainsi que celle de Marie-Antoinette avaient été expéditives. Il était temps de rouvrir leurs dossiers et de réécrire l’histoire.
Faites entrer l’accusé ! Décrocher en exclusivité un grand entretien de Louis XVI : telle était ma nouvelle raison de vivre. Par mes activités dans divers journaux, je connaissais quelques attachées de presse, certaines étaient des amies, mais aucune n’avait la ligne directe de cette célébrité en quête d’un second souffle. Depuis longtemps déjà, me répondait-on, il n’assurait plus la promo. À la place, on me proposait de rencontrer des comédiens à gros sabots, des chanteuses à frange, des romancières tout en jambes, des éditorialistes avec implants capillaires. Aucun de ces profils ne me faisait vibrer. J’avais des principes : désormais, ce serait Louis XVI ou rien. Je ne transigerais pas. J’aurais dû modifier mon répondeur : « Vous êtes bien sur le portable de Louis-Henri de La Rochefoucauld. Si vous avez mis la main sur le numéro de Louis XVI, laissez-moi un message ; sinon, vous pouvez raccrocher. »
Pour meubler mes insomnies, j’ai lu d’une traite les mille pages de la biographie de référence de Louis XVI, plusieurs essais, les maigres souvenirs de son dernier confesseur, Edgeworth de Firmont… Je voulais moi aussi lui en arracher, des confessions. Avec ce bon client, j’aurais tiré un papier fleuve mettant fin à plus de deux siècles de contre-vérités.
Ce projet n’était peut-être pas très rationnel ni très sérieux, mais, grâce à Chateaubriand, je gardais l’espoir de le retrouver. Vers la fin de ses Mémoires d’outre-tombe, dans un passage lyrique où il revient sur le « monarque immolé », le petit vicomte breton écrit : « Un échafaud élevé entre un peuple et un roi les empêche de se voir : il y a des tombes qui ne se referment jamais. » J’avais saisi que c’était une image des deux France irréconciliables et de la fin de la Monarchie au pays de Clovis. Mais si on jouait à prendre cette phrase au sens strict ? Et si la tombe de Louis XVI ne s’était vraiment jamais refermée ? Alors, il pouvait s’en échapper – et, sur ce doux rêve, je reposais ma lecture en cours et m’endormais, rasséréné.
Un mois a passé ainsi. Fin septembre, j’étais toujours dans cet état d’esprit quand, aussi démentiel que cela puisse paraître, j’ai sympathisé avec le fantôme de Louis XVI.

2. Louis XVI revient parmi les siens
Ce jour-là, Alexandre, mon cousin issu de germain, prenait femme. Le futur duc d’Estissac vivait à Zurich depuis quinze ans, et nous ne nous voyions presque plus, mais nous étions liés à vie par un arrière-pays qui, avec la fuite des années, nous rendait rêveurs : les étés de notre enfance passés dans le château peuplé de gentils fantômes que se partageaient nos grands-mères, sœurs jumelles ayant épousé deux frères – un temps que les moins de cent ans ne peuvent pas connaître.
Les frangines assuraient la régence dans ce coin de Franche-Comté ; maire de la commune depuis 1977, mon père attendait son tour sans piaffer. Quand j’étais enfant et qu’après cinq heures de voiture j’apercevais enfin, entre les sapins, un petit pan de mur blanc, c’était la délivrance, le début des grandes vacances. Des fenêtres du château, on ne voyait aucune trace de pollution urbaine – juste une étendue infinie de forêts, de fermes et de prés aux mille nuances de vert… Les jours de grand beau temps, le mont Blanc apparaissait, majestueux, au fond d’un ciel rose. Je passais là-bas trois semaines chaque été avec mes sœurs, mon frère Jean, nos cousins Alexandre et Charles-Henri et les nombreuses vaches du coin, élégantes montbéliardes qui venaient brouter jusqu’aux abords de la maison. Elles étaient tolérées ; les touristes, non. Inutile de faire la police : les hivers, rudes, écartaient les gêneurs – nous étions à une quarantaine de kilomètres de Mouthe, lieu le plus froid de France. En juillet, nous n’étions pas plus dérangés. Qui, depuis Gustave Courbet, a compris la beauté de ces paysages ? Pas besoin d’aller faire un tour dans le Montana quand on a couru en culotte courte dans une telle réserve naturelle. Du Saut du Doubs à la croix de Reugney et de la source de la Loue au point de vue du Moine, tout semblait protégé, à l’abri des ravages du progrès. C’était l’endroit où se désintoxiquer de la vie citadine. Des traitements de choc y étaient prodigués. À la table des adultes, où la cravate était de rigueur, le vin d’Arbois déliait les langues et remontait les malades. Pasteur n’a-t-il pas dit que cette boisson était le meilleur remède connu ? Nous, les enfants, étions soignés par les plats du terroir de Mme Bichet, robuste cuisinière qui eut la chance de mourir avant d’avoir entendu parler de recettes au quinoa et d’allergies au gluten. Après ces solides repas, c’était parti pour de longues soirées de ping-pong ou de jeux de société dans ce dernier étage aux chauves-souris qui faisait peur aux jeunes filles. Avec les cousins, nous parlions parfois de ce que nous ferions de nos vies vingt ans après, et puis plus tard, quand Alexandre serait duc – perspective qui nous faisait beaucoup rire. L’âge adulte nous paraissait loin.

En ce samedi 29 septembre, revenons-en au fait, mon cousin se mariait ! Qui est encore sensible au patois suranné de la vieille noblesse d’épée ? Mon frère, garçon fantasque derrière ses airs sages, était très excité par les noces de « notre prochain chef de branche ».
La messe a été célébrée par un abbé de Habsbourg à Notre-Dame du Val-de-Grâce. Sur le parvis, des trompes de chasse ont accueilli les jeunes mariés. Sous le grand ciel bleu qui surplombait Paris, nous nous sommes rendus à pied à la réception. Marcher dans ce quartier perdu où nous avions longtemps été chez nous et où nous ne l’étions plus, c’était emprunter les couloirs du temps. L’oxygène, tout à coup, faisait l’effet de l’éther. Rue Saint-Dominique, nous sommes passés devant Latham & Watkins et le Boston Consulting Group, ces grosses boîtes américaines où plusieurs de mes amis avaient cramé leur jeunesse contre des rémunérations à rendre jaloux Crésus. Mon père, que l’argent intéressait si peu, a préféré s’arrêter devant les grilles de l’imposante Maison de la Chimie. Me souvenais-je que cet hôtel avait été le nôtre de 1820 à 1929 ? La propriété, avec son jardin intérieur, s’étendait jusqu’à la rue de l’Université. Après avoir soupé, notre ancêtre Roger de La Rochefoucauld, le duc d’Estissac de l’époque, avait coutume d’enfiler sa robe de chambre pour traverser la pelouse et rejoindre son frère Arthur, qui habitait de l’autre côté du gazon. Ensemble, ils fumaient la pipe en discutant de l’actualité brûlante des années 1870.
D’un hôtel l’autre, nous sommes arrivés au 1, rue Saint-Dominique, actuelle ambassade du Paraguay et partie de la Maison de l’Amérique latine où se tenait le cocktail. On n’y avait pas toujours parlé espagnol. En 1767, les parents et la grand-mère du jeune Talleyrand y avaient posé leurs malles – ils y louaient des appartements. Plus tard, au début du XXe siècle, l’immeuble avait appartenu au duc de Mortemart, frère d’une trisaïeule. De celui-là on causait encore dans la famille. Les Mortemart avaient la passion des singes. Ma trisaïeule en voulait un comme animal de compagnie dans son château. Bien qu’il fût ami des bêtes, son mari avait mis le holà. Le frère de cette originale, lui, n’avait pas été empêché de donner libre cours à leur marotte. À la mort de sa femme, il l’avait remplacée par une guenon. Le soir, à l’heure du dîner, ils s’installaient ensemble au salon. Parlaient-ils de Darwin ? Je l’ignore, en tout cas ça papotait jusqu’à l’annonce du maître d’hôtel : « Monsieur le duc est servi. » En habit, le duc de Mortemart donnait le bras à sa guenon, et ils passaient à table – elle prenait ses repas en face de lui. Les singes étant mal classés au palmarès des grandes fortunes, au moins ne pouvait-on le suspecter d’en vouloir à sa dot. On n’était pas si regardant, alors, avec les secondes épouses. La guenon avait égayé les vieux jours de ce grand-oncle, jusqu’à ce qu’il manifeste des signes de délire et décède en 1926, sans doute de la syphilis.
Quelle rue chargée de souvenirs ! Cette histoire de singe faisait partie des bonnes anecdotes de mon père, de ses classiques que j’aimais lui faire répéter. Mon père, je regrettais de l’avoir malmené dans mes premiers livres – j’étais jeune. J’avais mis du temps à comprendre que ce que je prenais pour une éducation austère et stricte cachait autant de principes précieux que de fantaisie. »

Extrait
« — Quand on vous chasse par la porte, vous entrez par la fenêtre… Ne paniquez pas: j’ai peut-être mieux à vous proposer. Si vous m’aidiez à mettre de l’ordre dans ma bibliothèque, pour commencer?»
Celle-ci explosait, débordant de livres reliés à son chiffre, de journaux et de libelles, avec du pour et du contre: des numéros de L’Ami du peuple et du Père Duchesne, Réflexions sur le procès de la reine de Mme de Staël et Réflexions sur le jugement de Louis Capet de Joseph Fouché, Éloge historique et funèbre de Louis XVI de Galart de Montjoie et Louis XVI et ses vertus aux prises avec la perversité de son siècle de l’abbé Proyart, Les Pamphlets libertins contre Marie-Antoinette d’Hector Fleischmann, et même des mangas à la gloire de la reine. On trouvait aussi d’épais traités de géographie, des textes de Montesquieu, des récits de voyage du capitaine Cook, tout le théâtre de Molière, pas celui de Beaumarchais (faut pas rêver), plusieurs éditions de L’Imitation de Jésus-Christ, beaucoup d’auteurs latins (Horace, Virgile, Tacite, Tite-Live, Ovide, Sénèque, Suétone), Histoire de Marie-Antoinette des frères Goncourt, L’Autrichienne en goguettes de Mayeur de Saint-Paul, Un épisode sous la Terreur de Balzac, deux livres de l’avocat Maurice Garçon (Louis XVII ou la fausse énigme et Plaidoyer contre Naundorf) et l’intégrale de Paul et Pierrette Girault de Coursac.
«Ce sont vos plus grands fans, les Girault de Coursac?
— Des obsessionnels. Tous les deux historiens, mariés l’un à l’autre, ils n’ont travaillé que sur moi. Rendez-vous compte que, de 1950 à 1999, ils ont publié en duo une vingtaine de livres me concernant! Leur cas relève de la psychiatrie. Ils avaient même prénommé leur fils Louis-Auguste en mon hommage. C’est trop de dévotion, j’en suis presque gêné…»
Arrivais-je après la bataille? Paul et Pierrette Girault de Coursac avaient-ils tout dit sur Louis XVI? Ils étaient morts, n’avaient pas le monopole du monarque, et plus personne ne les lisait… p. 55-56

À propos de l’auteur
LA_ROCHEFOUCAULD_Louis-Henri©FranceTVLouis-Henri de La Rochefoucauld © Photo DR – France Télévisions

Louis-Henri de La Rochefoucauld est critique littéraire et romancier. Il est notamment l’auteur de La Révolution française et du Club des vieux garçons. (Source: Éditions Robert Laffont)

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Les Magnolias

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En deux mots:
Alain aimerait bien être acteur, mais à part quelques minuscules rôles, il ne parvient pas à rester. Seule sa grand-mère, à laquelle il rend régulièrement visite aux «Magnolias» croit encore en lui. Mais peut-on raisonnablement croire une vieille dame atteinte de la maladie d’Alzheimer ?

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Les visites à la vieille dame

Dans son nouveau roman Florent Oiseau reste fidèle à sa ligne de conduite, mettre en scène un anti-héros, plutôt enclin à ne rien faire, auxquel on finit pourtant par s’attacher. Pour ne plus le lâcher !

Comment vivre sereinement quand on ne sait pas de quoi sera fait votre lendemain? Pour Alain, les galères s’accumulent sans qu’il puisse entrapercevoir le bout du tunnel. Après avoir obtenu un tout petit rôle dans une série télévisée, il attend sans vraiment trop y croire un nouveau rôle qui pourrait lui permettre de vraiment entamer sa carrière d’acteur. En attendant, il passe son temps entre le café où il retrouve les habitués et s’amuse à faire des listes, comme celle des prénoms de poneys et «Les Magnolias», la maison de retraite où sa grand-mère vit ses derniers jours. Elle a peur de sombrer dans la maladie d’Alzheimer et demande à son petit-fils de bien vouloir l’aider à partir. Et comme les problèmes ne sont pas encore suffisants, son «agent» où plutôt son ami qui aimerait bien l’aider à décrocher un rôle qui lui permette aussi de toucher une commission, se retrouve à la rue et demande à Alain de bien vouloir l’héberger dans son petit appartement. Bref, un bilan à faire sombrer dans la dépression le plus incurable des optimistes: «Je pensais disposer d’une semaine pour faire le deuil de ma vie en solitaire, mais il n’en était rien. En deux jours, ma grand-mère venait de me demander un coup de main, trois fois rien, juste un peu d’aide pour la refroidir, mon seul espoir professionnel venait de tomber à l’eau sans rien éclabousser. Et mon agent, dont le portrait-robot ornait le mur de bon nombre de commissariats de la région, emménageait à la maison. Mais nouvelle vie commençait dès aujourd’hui, se conjuguait désormais au pluriel et me plongeait dans une réalité faite de miettes sur le sol et d’absence d’intimité pour les choses du quotidien. J’ai ouvert une bouteille de rosé d’Anjou.»
On pourrait dire de Florent Oiseau qu’il est comme Modiano, qu’il écrit toujours le même livre. Je pourrais aussi, sans changer une virgule, réécrire à propos de ce roman la même chose que j’écrivais à propos de Je vais m’y mettre, son premier roman: il nous offre «une réflexion acidulée sur cette génération qui a grandi avec la courbe du chômage. C’est tour à tour drôle et désespéré, joyeux et triste.» Car, comme pour Modiano, la magie opère aussi à chaque fois.
En semant ses petits cailloux, notre petit Poucet de la littérature réussit un parcours sans fautes. Il nous démontre cette fois que les choses essentielles dans la vie ne sont pas la course au succès et à l’argent, mais les visites et l’attention que l’on peut porter à sa grand-mère et aux autres. Une empathie, un amour qui finit toujours par être payé en retour. Quand les fameux atomes crochus se rencontrent et que les yeux se dessillent, quand une toute autre image se dessine. Cette vieille femme «avait été libre tout au long de sa vie» et «aucune forme d’autorité, maritale, sociétale ou religieuse n’avait pu la faire dévier du chemin qu’elle s’était choisi. Je ne savais pas si derrière les apparences se cachait une rebelle, une punk ou une dissidente…» Ce jugement posé, reste à construire un épilogue digne de cette belle âme. Une virée en Renault Fuego dont je ne vous dirais rien mais qui ne devrait pas vous laisser indifférent. Et s’il paraît que les cervelles d’Oiseau ne sont pas très productives, celle de Florent fonctionne à merveille. Ne cherchez pas plus loin, vous avez trouvé l’Oiseau rare!

Les Magnolias
Florent Oiseau
Allary Éditions
Roman
224 pages, 17,90 €
EAN: 9782370733061
Paru le 02/01/2020

Où?
Le roman se déroule en France, en Dordogne et à Paris.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
– Caramel
– Pompon
– Cachou…
Il y a des gens, dans la vie, dont l’unique préoccupation semble d’imaginer des noms de poneys. Alain est de ceux-là. Sa carrière d’acteur au point mort – depuis qu’il en a joué un, dans un polar de l’été, sur TF1 –, le quarantenaire disperse ses jours. Chez Rosie en matinée – voluptés de camionnette – et le dimanche aux Magnolias – où sa grand-mère s’éteint doucement. On partage une part de quatre-quarts, sans oublier les canards, et puis mamie chuchote : « J’aimerais que tu m’aides à mourir. » Autant dire à vivre… La seconde d’après, elle a déjà oublié. Pas Alain. Tant pis pour les poneys : il vient de trouver là, peut-être, un rôle à sa portée…
Dans la lignée de Je vais m’y mettre et de Paris-Venise, Florent Oiseau brosse un nouveau portrait de loser magnifique – une parenthèse en Renault Fuego où valsent sandwichs aux flageolets, secrets de famille et cuites à la vieille prune, pour l’amour d’une grand-mère.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Blog MaVoixAuChapitre
Blog Lire & Vous
Blog La Bibliothèque de Juju 

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« – Ça va te faire du bien le Sud.
– De quoi ?
– Je disais : ça va te faire du bien ces quelques jours dans le Sud.
– Ah ! Ouais.
– Te faire réveiller par le chant des cigales.
– Hein ?
– Te faire réveiller par le chant des cigales.
– Tu plaisantes ? Je les déteste ! Ils commencent par chanter, c’est vrai, pour t’amadouer. Mais avant même le début du deuxième couplet, ils t’ont déjà barbé les jantes de la bagnole.
Le sèche-cheveux s’est éteint, Rico est sorti de la salle de bains, s’est posté devant moi, une serviette autour de la taille. Il tenait sa tête bien inclinée et s’enfonçait les deux tiers de l’index au fond de l’oreille.
– Les cigales, je te parle des cigales !
– Ah, pardon, j’avais compris « les tziganes ».
Le carrelage était trempé, le tapis de douche, en revanche, intact, sec au possible. Comme s’il l’avait scrupuleusement évité. Mon regard s’est perdu sur la corbeille de fruits posée sur la table de la salle à manger. Je m’en suis approché, à l’intérieur, il y avait une pomme et une douzaine de lettres de relance pour des impayés. J’ai croqué dans la pomme pendant qu’il continuait de se sécher, tout en m’offrant le détail de son anatomie, sans qu’à aucun moment, la pudeur ne vienne l’encombrer d’éventuelles considérations à mon égard. Rico partait dans le Sud pour s’entretenir avec un réalisateur, dans l’optique de me trouver un rôle susceptible de faire décoller ma carrière d’acteur. Je ne lui avais jamais versé un centime, il ne m’avait jamais trouvé le plus petit cachet d’intermittence, mais il aimait se présenter comme mon agent. Je le connaissais depuis le collège, soit plus de vingt-cinq ans. Depuis le jour de notre rencontre, il n’avait cessé d’être mon meilleur ami, malgré les disputes, malgré la vie.
Cette pomme brillait par son acidité, j’en étais ravi. Les choses sucrées avaient tendance à m’ennuyer. Loin de ces considérations fruitières, Rico tirait comme un forcené sur la peau de ses couilles pour bien en sécher le dessous. Il la tendait comme une voile, j’avais l’impression d’assister au décollage d’un deltaplane.
– Je rentre dimanche. Passe dîner à la maison le soir, je te raconterai.
J’ai acquiescé et je suis rentré chez moi, mon trognon à la main. J’ai passé deux jours entiers à ne rien faire, ou si peu. J’attendais le retour de Rico avec impatience. Je fondais beaucoup d’espoirs sur son escapade provençale, à la rencontre de ce réalisateur inconnu qui ne voulait que moi pour son prochain film. Ma vie n’avait pas été aussi près de basculer depuis une éternité. Depuis trop longtemps, elle était aussi triste qu’une rangée de tables dressées dans un restaurant vide. Avec ma chemise blanche et mon torchon sur le bras, j’attendais qu’un événement me surprenne, qu’une personne vienne s’asseoir et me demande le menu.
J’ai regardé par la fenêtre et mangé de la purée avec du jambon. Le dehors n’avait rien à m’apprendre. Plus tard, il m’a semblé essentiel d’établir une liste des noms de poneys que j’imaginais les plus fréquemment donnés. J’ai pris le calepin qui ne me quittait jamais et je me suis lancé dans un recensement que je n’avais pas la prétention de vouloir exhaustif. Je ne savais pas bien expliquer la raison profonde de cette démarche, mais j’y voyais quelque chose relevant de l’essentiel. Le sujet m’intéressait, je voulais dresser cette liste de noms de poneys – que j’imaginais les plus fréquemment donnés – et la présenter à un directeur de centre équestre pour qu’il me réponde : « En effet, vous êtes dans le vrai. C’est troublant, mais vous êtes dans le vrai. Tous ces noms sont des noms qu’on donne aux poneys. » Je me suis creusé la tête un certain moment. Les chiffres rouges de mon réveille-matin se succédaient à une vitesse assez vertigineuse, tandis que j’affrontais les pages de mon calepin et les affres de mon imagination.
– Caramel
– Jumper
– Tonnerre
– Rusty
– Pompon
– Tornado
Une bonne heure s’était écoulée, peut-être deux, et je ne disposais que de six noms. C’était tout ce que j’avais, pas un de plus, la panne sèche. J’ai réfléchi à l’injustice qui sépare les poneys des chevaux de course, au moment de l’attribution du nom. D’un côté, Pégase de Saphir, de l’autre, Pompon. Comme si la nature ne s’était pas montrée assez injuste sur le plan physique, il fallait que l’homme en rajoute une couche. J’ai cherché sur Internet s’il existait un mouvement, un groupuscule de gens actifs, des volontaires déterminés à démocratiser le nom à particule pour chaque poney lésé par l’état civil. Rien trouvé. L’univers semblait s’en moquer.
Désarçonné – si je puis me permettre l’expression –, je suis allé voir Rosie dans sa camionnette, avec les effluves de vie, de passion et de lait pour le corps parfum ibiscus qui embaumaient le lieu. Elle s’était attaché les cheveux, ses collants filés me chuchotaient de petites saloperies licencieuses. Ça m’a coûté vingt euros, mais j’en suis ressorti plus léger. Au moment de se rhabiller, on a discuté de ça, des noms de poneys. Elle avait un avis plus tranché que le mien.
– Ce ne sont que des poneys. »

Extraits
« Ma grand-mère est presque aveugle, elle n’entend plus rien de l’oreille droite, à peine plus avec la gauche. Elle commence à perdre la tête, confond certains mots. Elle passe ses journées dans un endroit qui sent l’hôpital et la crèche en même temps. On la change, on lui apporte une soupe le soir, et, de temps en temps, on la lave. Mais jamais on ne la regarde. Elle ne peut plus coudre, plus lire, plus regarder la télévision, plus participer aux animations. Elle ne comprend rien de ce qui se trame autour d’elle, ne sait jamais qui lui parle, quelle est la main qui lui touche l’épaule ou la silhouette qui rentre dans sa chambre. Mais tous les dimanches, par-dessus ses lunettes, Évelyne me demande comment elle va. Elle s’attend peut-être à ce que je lui dise, enjoué, qu’elle est bientôt prête à intégrer l’équipe canadienne de bobsleigh pour les jeux Olympiques d’hiver à Toronto, mais qu’elle est encore un peu tendre dans son appréhension des trajectoires. Qu’en parallèle, elle se tape un journaliste sportif qui lui fait manger des fruits de mer en Normandie après le sexe. Que ses cours de mandarin l’empêchent d’assurer une présence régulière sur le point de deal duquel elle écoule cent grammes d’amphétamines quotidiennement. Qu’elle ne tolère plus qu’un homme oublie de considérer son clitoris. Qu’elle se sent vivante. »

« – Et ton travail ?
Ma carrière se résume à un rôle dans une série de l’été, il y a dix ans. J’ai joué un cadavre. Pas n’importe lequel, celui qui annonçait la série de meurtres que le commissaire Damien allait devoir endiguer. Le mort le plus important d’une série regardée par six millions de téléspectateurs. Pas les références les plus époustouflantes du milieu, mais pas anecdotique tout de même. En revanche, depuis, rien ou presque. Quelques figurations, un peu d’intérim, beaucoup de mails envoyés, des années d’attente, la culpabilité parfois, l’espoir encore, l’argent : jamais.
– J’ai une piste, ma carrière devrait bientôt décoller.
Mis à part ma grand-mère et Rico, personne ne m’a jamais soutenu dans ma démarche. Je ne viens pas d’une famille d’artistes, chez nous les besogneux sont plus admirés que les créateurs. Personne ne perd son temps à lire un livre, les réflexions profondes sur le sens de la vie sont raillées et presque reliées à une sexualité « non-conforme ». On ne jure que par la restauration et le service. Mes parents ont un restaurant en bordure de départementale, leur vie, c’est de servir des ris de veau et nettoyer des légumes sur une toile cirée. Ils doivent penser qu’il y a trop d’épinards à équeuter pour se poser des questions existentielles sur la raison de notre passage sur terre. Nos rapports se résument aux fêtes de fin d’année. »

« Je pensais disposer d’une semaine pour faire le deuil de ma vie en solitaire, mais il n’en était rien. En deux jours, ma grand-mère venait de me demander un coup de main, trois fois rien, juste un peu d’aide pour la refroidir, mon seul espoir professionnel venait de tomber à l’eau sans rien éclabousser. Et mon agent, dont le portrait-robot ornait le mur de bon nombre de commissariats de la région, emménageait à la maison. Mais nouvelle vie commençait dès aujourd’hui, se conjuguait désormais au pluriel et me plongeait dans une réalité faite de miettes sur le sol et d’absence d’intimité pour les choses du quotidien. J’ai ouvert une bouteille de rosé d’Anjou. »

« En fin de compte, j’ignorais tout d’elle. De toutes les façons, dans mon for le plus intime, je l’avais toujours su. Ses yeux sont comme deux coffres forts et ses mains et ses mains de vieux parchemins impossibles à décrypter. Mais il y a une certitude, une chose que j’ai toujours comprise, c’est qu’elle avait été libre tout au long de sa vie et qu’aucune forme d’autorité, maritale, sociétale ou religieuse n’avait pu la faire dévier du chemin qu’elle s’était choisi. Je ne savais pas si derrière les apparences se cachait une rebelle, une punk ou une dissidente, mais c’était, à n’en pas douter, l’être le plus têtu que cette terre ait pu porter. »

À propos de l’auteur
Florent Oiseau a 29 ans. Il a été pompiste, chômeur, barman, plongeur, réceptionniste de nuit, ouvrier dans une usine de pain de mie, crêpier, surveillant de lycée et couchettiste sur le Paris-Venise. Son premier roman, Je vais m’y mettre (Allary Éditions, 2016), a été désigné « livre le plus drôle de l’année » et a reçu le Prix Saint-Maur en poche. Son deuxième roman, Paris-Venise (Allary Éditions, 2018), a été finaliste de la 10e édition du Prix Orange du livre. (Source : Éditions Allary)

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