Objet trouvé

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En deux mots:
Une femme habillée de latex est retrouvée morte dans un appartement de Lyon. Dans la pièce attenante, un homme prostré. L’enquête qui commence va nous entraîner dans le milieu BDSM de Lyon, mais aussi nous offrir une réflexion sur la sexualité et la quête de la jouissance, sur le couple et sur… la vie de famille!

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Maîtresse et esclave

Sabrina est retrouvée morte dans son appartement de Lyon. En racontant l’enquête qui suit Matthias Jambon-Puillet nous offre un premier roman qui explore une face cachée de la sexualité. À la fois étonnant, sans tabous, et surprenant.

Attention, livre chaud, livre choc! Cet Objet trouvé n’est pas à mettre entre toutes les mains, même s’il nous dévoile un pan fort intéressant de la sexualité connu sous le sigle BDSM et dont Wikipédia nous apprend qu’il signifie «Bondage, Discipline, Sado-Masochisme» et «désigne une forme d’échange sexuel contractuel utilisant la douleur, la contrainte, l’humiliation ou la mise en scène de divers fantasmes dans un but éro-gène. Au centre des pratiques sadomasochistes et fondé sur un contrat entre deux parties (pôle dominant et pôle dominé)».
Avec l’histoire de Marc, Matthias Jambon-Puillet va nous en offrir une illustration sai-sissante. Marc, c’est cet homme retrouvé par une brigade de pompiers un immeuble de la Croix-Rousse à Lyon. Chargée de vérifier si une jeune femme dont on est sans nouvelles depuis plusieurs jours est toujours en vie, elle va tomber sur le corps sans vie de Sabrina, ligotée dans une tenue de cuir qui ne couvre qu’un minimum de ses attributs généreux et sur cet homme prostré, recroquevillé dans la pièce attenante.
L’enquête commence. Elle va nous permettre, grâce à l’habile construction du roman, de découvrir petit à petit comment on en est arrivé à ce drame. Comment Marc a sou-dain basculé d’une vie à une autre. Comment, le soir de l’enterrement de sa vie de garçon, il a disparu, laissant Nadège, sa fiancée, désemparée. D’autant plus que, quelques mois plus tard, elle donnera naissance à un petit garçon qu’elle appellera Enzo.
L’habile construction du roman, qui fait alterner les points de vue, nous permet de suivre Marc et Sabrina – le dominé et la dominante – ainsi que Nadège et Enzo qui essaient de se construire un avenir avec Antoine. Jusqu’à ce fameux fait divers qui va remettre Marc dans la vie de Nadège. C’est l’heure des questions, des remises en cause, des doutes: «J’espère que je n’étais pas à côté de la plaque; pas pendant toutes ces années avec toi. Je crois que ce serait ça, le pire, que je sois passée à côté de qui tu es vraiment». Mais c’est aussi un formidable jeu de la vérité où les masques vont tomber les uns après les autres.
Évitant tout manichéisme, Matthias Jambon-Puillet nous propose une réflexion aigüe sur les liens qui unissent un homme et une femme, sur la quête de l’harmonie sexuelle, sur les limites du pouvoir que l’on peut avoir sur une personne et sur la pos-sibilité – ou non – de changer après avoir été pris dans un tel engrenage. Un premier roman parfaitement maîtrisé et une jolie performance, car avec un tel sujet les risques de dérapages étaient très nombreux.

Objet trouvé
Matthias Jambon-Puillet
Éditions Anne Carrière
Roman
200 p., 18 €
EAN : 9782843379215
Paru le 31 août 2018

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Lyon et Villeurbanne. On y évoque aussi un voyage jusqu’au Saintes-Maries-de-la-Mer

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Le soir de son enterrement de vie de garçon, Marc disparait, laissant seule sa fiancée, Nadège, enceinte de leur premier enfant. Trois ans plus tard, alors que Nadège a refait sa vie, on retrouve Marc: nu, dans une salle de bain, bras menottés dans le dos. Dans la pièce voisine, quelqu’un est mort – une femme gainée de cuir. Qui était-elle? Que s’est-il passé durant ces années? Et, surtout, quel futur pour Marc et Nadège?
Derrière l’énigme apparente se cache une histoire simple qu’il faut reconstituer, celle de trois personnes qui se cherchent, se frôlent, et doivent choisir comment mener leur vie.
Dans ce roman, Matthias Jambon-Puillet donne à voir un triangle amoureux atypique, qui trouve sa réalisation dans l’exploration des sexualités alternatives. C’est aussi, en filigrane, une réflexion sur la masculinité, l’engagement et la quête de la jouissance.

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Les Echos (Esther Attias)

Les premières pages du livre
« Prologue
Thibaut est l’homme par lequel l’histoire commence. C’est là son rôle. Il n’en avait pas conscience quand il s’est engagé dans les pompiers volontaires. Lui, ce qu’il s’imaginait du métier, c’était surtout sauver des vies, la camaraderie, le feu. Après plu-sieurs années de service, il connaît maintenant l’enjeu véritable. Il a accepté cette nouvelle fonction. Lorsqu’une intervention se déroule sans accroc, lorsqu’il sauve quelqu’un, résout un problème bénin, lui et son équipe ne font que maintenir la situa-tion initiale en place. «Non, vous ne mourrez pas aujourd’hui.» «Non, votre apparte-ment ne partira pas en flammes.» «Non, votre chat n’est pas perdu.» «Je n’ai rien à vous apprendre si ce n’est que vous avez évité le pire, que la vie continuera sans heurt.» Le revers de la médaille du mérite, ce sont toutes les tragédies, les catas-trophes, les arrivées trop tard. Dans ces cas-là, Thibaut constate, consigne et commu-nique l’information. Il est l’étincelle de la réaction en chaîne qui s’apprête à tout dévas-ter.
Il pense à tout ça, Thibaut, pendant que son collègue tape aux portes du petit im-meuble montée de la Grande-Côte, en plein milieu des pentes de la Croix-Rousse. La mission de ce lundi matin consiste à s’assurer qu’une jeune femme, dont on est sans nouvelles depuis plusieurs jours, est toujours en vie. Thibaut n’aime pas intervenir dans le quartier. Foule de complications que cet enchevêtrement de maisons sur ter-rains pentus, tous ces bâtiments de pierre qui se mêlent les uns aux autres, cousus entre eux par d’étroits escaliers en colimaçon. Par exemple, le petit groupe ne peut pas pénétrer dans l’appartement par la fenêtre, comme ils procéderaient s’il s’agissait d’un immeuble récent. Alors, avant d’enfoncer l’épaisse porte d’époque, et en l’absence de gardien, on interroge les voisins. «Quelqu’un a-t-il une clef?» Les col-lègues de Thibaut tambourinent, s’excusent, expliquent. Le cirque dure cinq étages et dix bonnes minutes avant que l’équipée ne s’avoue vaincue. Ils auront essayé. Thi-baut enfile ses lunettes de protection, retrousse ses manches, attrape le pied-de-biche qu’on lui tend.
Le pompier fléchit les jambes, raidit le dos, accélère le pouls. Il fiche d’un coup net la pointe de la barre en métal au niveau de la serrure, entre la porte et son cadre. Thibaut contracte des années de renforcement musculaire. Poignets, avant-bras, biceps, tri-ceps, épaules et pectoraux besognent de concert pour maximiser la pression contre le montant. La peinture s’écaille, le bois plie. La barre vient appuyer contre le verrou. Il ne s’agit dès lors plus que d’une question de force, jusqu’au point de rupture, là où les lois de la physique termineront le travail. Le reste de l’équipe s’écarte.
Le bruit fascine, la chair de bois qui hurle, le métal de la serrure que l’on pousse, c’est une lente agonie. La porte cède dans une gerbe d’échardes. Thibaut, pris de court, titube en arrière, on le rattrape. Ses muscles tremblent de la différence de sollicitation, passés de tout à rien, ses doigts restent crispés autour du métal. On lui reprend le pied-de-biche. La porte achève de s’ouvrir, soulagée parce que vaincue.
– Est-ce qu’il y a quelqu’un? Madame, c’est les pompiers. Est-ce que tout va bien?
Pas de réponse, pas même d’écho, aucun bruit, Thibaut pénètre dans l’appartement. Une entrée avec portemanteau, petit meuble orné de bibelots et courriers ouverts au-tour duquel se prosternent des chaussures alignées avec soin. Le couloir aux murs nus s’enfonce quelques mètres vers l’intérieur, enjambe une petite cuisine séparée pour arriver au salon. Plafond haut, poutres et pierres apparentes, la décoration est froide: meubles de verre et de métal, pas de magazines jetés en vrac sur le canapé. Seule source de chaleur au milieu du minimalisme, plusieurs étagères de livres habil-lent un renfoncement. L’appartement se déploie via une mince marche qui donne sur un second couloir. Thibaut remarque une ligne de démarcation en forme de relief sous le plâtre qui court du sol au plafond au niveau de la marche: il pénètre dans l’im-meuble voisin. Le logement s’étend entre deux bâtisses distinctes. Typique du quar-tier, datant de l’époque où les ateliers textiles ont été convertis en souricières pour la petite classe moyenne. »

Extraits
« – On m’a dit que tu n’obéissais qu’aux infirmières, pas aux médecins ni aux policiers. Tu ne réponds pas à leurs questions. C’est pour ça que tu es encore suspect. À moins que ce ne soit pour ça que tu n’es pas encore coupable. Je ne sais pas qui elle était ni ce qu’elle t’a fait et maintenant elle est morte. Je ne peux pas lui demander. Elle ne peut pas me répondre. Peut-être même qu’elle ne t’a rien fait, peut-être que tu étais toujours comme ça, planqué quelque part au fond. Notre couple n’était pas parfait, je me souviens de chaque engueulade, ces moments où on a bien cru en rester là. Et parce que tu confiais tes doutes et frustrations, je pensais te connaître. J’espère que je n’étais pas à côté de la plaque; pas pendant toutes ces années avec toi. Je crois que ce serait ça, le pire, que je sois passée à côté de qui tu es vraiment. La vérité, c’est que je n’en sais rien. Et sans cette femme, il n’y a que toi qui peux me dire. »

« « Quoi? » demande-t-elle? « Aucune importance en fait », répond-il. Les plans ont chan-gé, il est temps de prendre ses responsabilités. Il compte l’annoncer ce soir: sa fiancée est enceinte. Ce n’était pas prévu. Mais il ne regrette pas, promis. Elle veut le garder et lui veut faire ce qu’il faut, Sabrina ne comprend pas, en quoi l’enfant change tout, qu’est-ce qu’il l’empêche de continuer à étudier? Marc lève les yeux, regarde le ciel. Un enfant, c’est une responsabilité, morale, financière. Il doit se marier, il doit mettre la fac de côté, le temps de se stabiliser. D’ailleurs, ses parents l’y encouragent, feront ce qu’il faut pour les soutenir. Ils en ont beaucoup parlé, ils y tiennent. Son ami Nicolas lui a proposé de prendre une place à son atelier, en menuiserie, au moins les premières années du bébé. Ce ne sera pas si mal. Si le cœur de Sabrina continue à battre, ce n’est plus de désir. »

À propos de l’auteur
Né à Lyon en 1986, Matthias Jambon-Puillet vit à Paris. Il travaille dans le milieu du divertissement et des nouvelles technologies. Objet trouvé est son premier roman. (Source : Éditions Anne Carrière)

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La guérilla des animaux

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En deux mots:
Isaac en a assez de militer pour la sauvegarde des animaux. Puisque rien n’est fait pour enrayer l’extinction des espèces, il va tuer les tueurs. Le meurtre de braconniers est le début d’une spirale infernale qui provoque une onde de choc. Mais le combat est loin d’être gagné.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:
Les animaux sont des hommes comme les autres

Camille Brunel nous offre un premier roman militant, centré autour d’un défenseur acharné des animaux, qui choisit l’action violente pour secouer les consciences. Choc et… malaise.

Disons d’emblée, ce roman ne va pas tarder à vous mettre mal à l’aise, que vous soyez un ardent défenseur de la cause animale ou non. Nous projetant dans un avenir proche, il s’ouvre sur une scène choc: venant d’assister au massacre d’un tigre par des braconniers dans le dans le parc de Ranthambore en Inde, Isaac Obermann prend son fusil et perfore « le thorax de la chasseuse en un premier coup de feu qui excita les chauves-souris. Le temps que le second chasseur comprenne ce qui venait de se passer, il était touché aussi; que le troisième comprenne ce qui venait de se passer et saisisse son fusil, son corps s’effondrait sur celui du tigre… »
Assassiner ainsi de sang-froid des assassins d’animaux, ce n’est que justice pour ce militant qui fait le constat que toutes les actions politiques menées jusque-là ont été vaines, que les espèces animales sauvages continuent de s’éteindre, que les abattoirs continuent à tourner à plein régime. Et qu’il convient dès lors de tuer les tueurs partout où ils sévissent.
La croisade meurtrière qu’il entame va le mener sur tous les continents. Avec les Sea Shepherd il va s’attaquer à un baleinier japonais sur une île d’Alaska et parviendra à s’enfuir après avoir tué tout l’équipage. Et même s’il ne fait pas des émules partout sur la planète, son discours commence à être entendu. On l’invite à Paris pour une première conférence. Il trouve des soutiens financiers – on murmure même que Hollywood serait derrière les millions qui se déversent – et poursuit sa guerre en Afrique, en Asie, en Europe. Il se radicalise de plus en plus, entraînant avec lui des idéalistes illuminés – Polly, sa compagne du moment, ne va pas hésiter à se sacrifier elle-même – et creuse le fossé avec les «raisonnables», parmi lesquels son père qui ne veut pas croire que son fils soit devenu un assassin. Leur ultime rendez-vous sera l’occasion de dire clairement les choses: « On a trop longtemps considéré que les crimes contre l’humanité ne visaient que les humains, alors que les massacres de loups, de bovins, de baleines, constituent des crimes contre l’humanité aussi – ce sont des portraits d’homo sapiens en trou béant, sans regard, l’âme crénelée tout juste bonne à égorger ce qu’elle rencontre. Je l’attaquerai sans relâche. On ne m’aimera pas. Tu ne m’aimeras plus. Je ne vais pas me tuer, mais ma vie est finie. Voilà, c’est ce que je suis venu te dire. »
À Brasilia, à l’occasion d’une nouvelle conférence, il va réussir à faire bouger les lignes. Puis tout va s’emballer jusqu’à devenir totalement incontrôlable. Le roman devient alors une dystopie qui, aux alentours de 2045, va déboucher sur une terrible catastrophe.
Camille Brunel a le mérite, au moment où chacun prend conscience que les promesses des sommets pour la planète restent des vœux pieux, de réveiller les consciences et de poser les questions qui dérangent. Mais son combat n’est-il pas perdu? Le pessimisme du capitaine du bateau qui le conduit en Alaska ne serait-il pas un douloureux réalisme: « Ne répète à personne ce que je vais te dire, mais écoute-le bien: la vie sauvage n’est pas en train de s’éteindre, elle est éteinte. Il y a deux cents ans, la biomasse de la Terre était majoritairement constituée de vie sauvage. Bisons plein le Midwest, phoques sur le littoral français, oiseaux dans les villages de Bali… Cette vie sauvage constitue désormais l’exception. On ne se bat plus pour la restaurer – pour ça il faudrait des siècles, et des forces telles qu’elles ne sauraient dépendre de notre piètre désir de bipèdes – mais pour en retarder l’extinction. À l’échelle de la vie sur Terre, c’est comme si l’espèce humaine était déjà seule, et les forêts toutes mortes. Dans une cinquantaine d’années, maximum, ce sera officiel. » Voilà en tout cas un roman qui résonne comme un signal d’alarme strident.

La guérilla des animaux
Camille Brunel
Alma éditeur
Roman
280 p., 18 €
EAN : 9782362792854
Paru le 16 août 2018

Où?
Le roman se déroule dans plusieurs endroits du globe, d’abord en Inde, à Udaipur, dans le parc de Ranthambore puis à Ucluelet, au large de l’Alaska, en Afrique, mais aussi à Paris et Brasilia, sans oublier La Réunion, le Vietnam, le Kirghizistan, la Tanzanie, Bornéo, le Swaziland ou encore l’Amazonie.

Quand?
L’action se situe dans un avenir proche et jusque vers 2045.

Ce qu’en dit l’éditeur
Comment un jeune Français baudelairien devient-il fanatique de la cause animale? C’est le sujet du premier roman de Camille Brunel qui démarre dans la jungle indienne lorsqu’Isaac tire à vue sur des braconniers, assassins d’une tigresse prête à accoucher.
La colère d’Isaac est froide, ses idées argumentées. Un profil idéal aux yeux d’une association internationale qui le transforme en icône mondiale sponsorisée par Hollywood. Bientôt accompagné de Yumiko, son alter-ego féminin, Isaac court faire justice aux quatre coins du globe.

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L’éditrice Catherine Argand présente La guérilla des animaux de Camille Brunel © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre
« Prologue
Un pèlerin buvait dans ses mains l’eau du fleuve pollué d’ablutions, de sacrifices carbonisés, de dépouilles grignotées – la nuit enfonçait dans le sol la lumière rose et moite des temples d’Udaipur. Isaac entendit rire. Une chasseuse se tenait à côté de lui, chemise kaki, minishort et sac à dos. Il aurait fallu parler mais quelque chose retint le langage dans sa bouche, comme une nécessité d’agir qui ne supportait pas de se voir diluée dans la communication. Il aurait fallu, en fait, rendre justice en animal. Mordre. Se jeter à la gorge de l’Américaine, lui ôter la pomme d’Adam. Ne pas parler. Griffer. Éjecter un œil du crâne, d’un coup de patte bien placé au niveau de la tempe. L’Américaine soupira bruyamment, lassée de ces badauds qui lui lançaient des regards sombres. Puis elle disparut, emportant avec elle sa dégénérescence réjouie, pensa Isaac, sa répugnante et mortifère masculinité.
La première nuit qu’il campa dans la jungle, Isaac eut un peu peur. Pas de se faire mordre, puisqu’il ne doutait pas une seconde du discernement des prédateurs qui sauraient reconnaître l’un des leurs ; ni de se faire piquer, quoiqu’il fît un peu moins confiance aux impétueuses petites araignées noires. Un peu plus du rire des hyènes qui perçait l’obscurité, et un peu plus encore du python qui remontait le banian où il avait suspendu son hamac et sa moustiquaire. Non, sa crainte principale tenait au risque de voir ses pieds moisir sous l’effet de l’humidité.
Ses orteils commencèrent à le démanger un soir, après trois jours à marcher au hasard des chemins creusés entre les vivants piliers des arbres par les pattes d’éléphants – qu’il n’avait toujours pas croisés. Les chevreuils évitaient les caracals, qui évitaient les panthères prudemment venues s’abreuver aux lacs où rôdaient des crocodiles; des ours noirs les observaient de loin. Au-dessus d’eux, des paons repliaient leurs aigrettes reflétant la Lune à travers les feuillages. Il entendit les hyènes, des macaques leur répondirent, peut-être étaient-ce des langurs, supposés disparus depuis quelques années. Quelques craquements montèrent de la pénombre où le crépuscule s’apprêtait à noyer la forêt. Isaac se retourna sur le ventre, éteignit sa lumière et attendit. Des cris de singes lui parvinrent encore, comme l’écho des villes où il ne remettrait plus les pieds. Puis plus rien.
Un front bombé apparut soudain entre deux arbres, puis toute une famille grise se détacha des ténèbres. Les pas lourds semblèrent accélérer ; accélérèrent ; le craquement des branches écrasées s’amplifia – quelques secondes plus tard, une dizaine de pachydermes aux aguets entouraient l’arbre d’Isaac. Il y eut un rugissement, une explosion d’oiseaux paniqués: un tigre avait surgi de nulle part et, depuis quelques millièmes de seconde, s’accrochait à un éléphanteau vacillant, les crocs cherchant ses veines. Isaac détacha son lit, escalada quelques branches en catastrophe; il s’en fallut de peu qu’il ne s’écrasât au milieu du troupeau trépignant quand une mère paniquée percuta le tronc en se retournant pour venir en aide au petit. Le tigre se laissa retomber au sol, planta ses griffes dans la boue et cracha en direction du titan qui le chargeait. Isaac reconnut une femelle enceinte : pour tenter sa chance avec des proies aussi grosses, elle devait avoir très faim. Dans un dernier feulement, elle battit en retraite. Les énormes palmes qui jaillissaient du sol furent agitées sur plusieurs mètres, s’immobilisèrent, puis les adultes cernèrent l’enfant, dont la nuque était à présent marquée d’un large flot de sang noir.
Dix minutes passèrent. Les éléphants ne bougeaient plus, frémissants de rage. Les démangeaisons d’Isaac revinrent, plus coriaces. Au sol, l’éléphanteau se retrouva à découvert.
La tigresse perça les branchages.
On n’entendit pas le coup de feu.
Fauchée en plein vol, la prédatrice s’écrasa sur sa proie, corps flasque lancé là par quelque géant désinvolte. Le petit miraculé ne chercha pas à comprendre : ses parents détalèrent, il leur emboita le pas. Quatre humains firent irruption en courant. L’un d’eux tira à l’aveugle dans la débandade, toucha l’éléphanteau qui s’effondra : Isaac reconnut la Diane yankee. À quelques mètres d’elle, ça parlait hindi. Le plus jeune des chasseurs – douze ans ? treize ? – égorgea la tigresse, encouragé par les adultes – ce ne fut pas facile, la trachée résistait. Un malaise monta du sol lorsque l’apprenti bourreau comprit qu’il venait de saigner une mère.
Isaac tendit le bras, tâtonna en quête de son fusil. Dans le cercle jaunâtre projeté par leurs torches, les braconniers avaient entrepris de ligoter les pattes de l’animal puis de le hisser sur une sorte de traîneau. Isaac éprouva l’envie de tirer, mais sa vue le trahit sous l’effet de l’adrénaline ; de son éducation aussi peut-être, de son souvenir de la justice humaine.
Le voyant ainsi, le front collé sur la crosse, invisible au-dessus du plus beau cadavre du monde et de ses fossoyeurs, on pouvait songer qu’Isaac hésitait.
Cela dura quatre minutes, puis il perfora le thorax de la chasseuse en un premier coup de feu qui excita les chauves-souris.
Le temps que le second chasseur comprenne ce qui venait de se passer, il était touché aussi; que le troisième comprenne ce qui venait de se passer et saisisse son fusil, son corps s’effondrait sur celui du tigre; que le plus jeune saisisse son fusil et repère Isaac, ce dernier le tenait en joue et lui ordonnait, en anglais, de s’immobiliser. »

Extrait
« « C’est bizarre que tu aimes autant les animaux, lâcha-t-elle pour briser le silence ensoleillé.
— Je ne vois pas pourquoi, répondit Isaac en souriant, c’est la plus belle chose au monde.
— Plus belle que moi? »
Marina était en soutien-gorge, les cheveux attachés en queue de cheval.
« Non, bien sûr. Mais tu es un animal.
— Tu faisais beaucoup moins de compromis quand tu étais bourré. »
Elle trempa sa madeleine dans le lait. La laissa s’imbiber. La porta à sa bouche. Suça le lait sans croquer la madeleine, qu’elle replongea dans son verre.
« Moi, je déteste les animaux! Déjà, ils ne parlent pas, donc ils servent à que dalle. Honnêtement, si on pouvait tous les buter…  »
Le morceau de madeleine imbibé se décrocha, coula.
« Merde.
— Pardon ?
— C’est un truc de control freak hein, j’en ai conscience. C’est aussi que quand j’étais petite j’ai vu une copine se faire croquer deux phalanges par un poney. Alors depuis les chats, les chiens, les poissons… Et tous les trucs sauvages… Brrr. »
Isaac ne répondit rien. Se leva. Enfila une chemise, remplit son sac, ouvrit la porte.
« T’es pas con à ce point-là quand même?! », lâcha Marina, debout dans l’appartement, belle comme un lever de soleil sur Udaipur, un matin de chasse au braconnier. »

À propos de l’auteur
Né en 1986, titulaire d’un CAPES de Lettres Modernes, Camille Brunel a publié en 2011 un essai Vie imaginaire de Lautréamont (Gallimard). (Source : Alma éditeur)

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Forêt obscure

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En deux mots:
Epstein, riche juif américain, se rend en Israël où il entend laisser sa marque pour la postérité avant de disparaître. Alors que ses enfants le cherchent, Nicole, une romancière, rejoint aussi la terre promise. Le premier va croiser le chemin d’un rabbin, la seconde celui d’un spécialiste de Kafka. Deux rencontres qui vont leur apprendre beaucoup et remettre en question quelques certitudes. Un roman dense et érudit.

Ma note:
★★ (livre intéressant)

Ma chronique:

Le vieil homme et la romancière

Nicole Krauss creuse le sillon de ses obsessions dans ce roman mettant en scène un juif américain et une romancière partis en Israël. Leurs histoires parallèles vont nous faire croiser, entre autres, les descendants du Roi David et Franz Kafka.

Après avoir lu le nouveau roman de Nicole Krauss me revient en mémoire l’entretien de Camille Laurens et Laure Adler sur France-Culture et cette affirmation de la romancière : «je pense comme Marcel Proust qu’on écrit toujours le même livre, parce qu’on est hanté par quelques obsessions. Mais à chaque fois je cherche une forme différente, peut-être pour dire toujours la même chose… »
Forêt obscure s’apparente en effet beaucoup à L’histoire de l’amour qui a fait connaître l’Américaine en France. En y retrouve le travail sur la mémoire et le deuil, la judéité et la littérature.
Les chapitres, empilés à la manière d’un mille-feuille, nous offrent d’abord de suivre Jules Epstein en Israël où ce riche New-yorkais a disparu sans laisser de traces, puis de revenir sur son parcours avec ses enfants Lucie, Jonah et Maya qui tentent de trouver les indices susceptibles d’expliquer cette disparition. Entre-temps, on aura fait la connaissance de Nicole, écrivain de son état, qui a suivi le même chemin qu’Epstein et a aussi séjourné au Hilton de Tel-Aviv. L’hôtel peut du reste être considéré comme un personnage du livre, tant il y est présent, y compris en photo.
Pour lier les couches du mille-feuilles, on retrouve d’une part la quête d’Epstein sur l’identité juive, ponctuée par la rencontre avec un rabbin qui entend lui démonter qu’il est un descendant direct de David et d’autre part le travail d’écriture de Nicole, également marqué par une rencontre avec un professeur de littérature qui aurait retrouvé des manuscrits de Franz Kafka.
Entremêlant les réflexions du vieil homme sur le sens de sa vie, la généalogie de David avec le portrait des enfants et petits-enfants d’Epstein, l’exégèse et les interprétations du rabbin avec des scènes de la vie quotidienne en Israël Nicole Krauss essaie d’élaguer cette forêt obscure, mais il faut bien reconnaître que son érudition et sa construction ne nous facilitent pas la tâche.
On peut certes choisir de se laisser emporter par les projets et les obsessions de cet homme. Par sa volonté farouche de vouloir laisser une trace, par exemple en faisant planter des hectares d’arbres dans le désert de cette terre promise. Alors son argent lui permettra peut-être de « prendre racine » dans ce pays et de s’assurer une postérité.
On pourra mettre en parallèle le destin de Kafka sur cette même terre et le choix de l’écrivain de se fondre dans la masse, de travailler dans un kibboutz, d’oublier la littérature. À l’image de ce contraste en noir et blanc choisi pour la couverture du livre, on comprend que la quête de la lumière à tout prix est sans doute la moins bonne voie pour laisser sa trace dans l’Histoire.
Un roman que je ne conseillerai qu’aux lecteurs passionnés par la thématique présentée ici tant sa lecture est exigeante.

Forêt obscure
Nicole Krauss
Éditions de l’Olivier
Roman
traduit de l’anglais (États-Unis) par Paule Guivarch
288 p., 23 €
EAN: 9782823609233
Paru le 22 août 2018

Où?
Le roman se déroule principalement en Israël, à Tel-Aviv ainsi qu’à Jérusalem et sur les routes du désert du Néguev. Les Etats-Unis et notamment New York y sont aussi évoqués.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Jules Epstein a disparu. Après avoir liquidé tous ses biens, ce riche new-yorkais est retrouvé à Tel-Aviv, avant qu’on perde à nouveau sa trace dans le désert. L’homme étrange qu’il a rencontré, et qui l’a convié à une réunion des descendants du roi David, y serait-il pour quelque chose ?
A l’histoire d’Epstein répond celle de Nicole, une écrivaine américaine qui affronter le naufrage de son mariage. Elle entreprend un voyage à Tel-Aviv, avec l’étrange pressentiment qu’elle y trouvera la réponse aux questions qui la hantent. Jusqu’au jour où un étrange professeur de littérature lui confie une mission d’un ordre un peu spécial…
Avec une grande maîtrise romanesque, Nicole Krauss explore les thématiques de l’accomplissement de soi, des métamorphoses intimes, et nous convie à un voyage où la réalité n’est jamais certaine, et où le fantastique est toujours à l’affût.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Les inrocks (Nicole Kaprièlian)
Blog froggy’s delight (Jean-Louis Zuccolini)


Entretien avec Nicole Krauss réalisé à Paris le 22 juin 2018 à propos de son roman Forêt obscure © Production Christine Marcandier, Diacritik

Les premières pages du livre
« À l’époque de sa disparition, Epstein habitait depuis trois mois à Tel-Aviv. Personne n’avait vu son appartement. Sa fille Lucie lui avait rendu visite avec ses enfants, mais Epstein les avait installés au Hilton et les y rejoignait au moment des somptueux petits déjeuners où il se contentait d’avaler quelques gorgées de thé. Lorsque Lucie lui avait demandé s’ils pouvaient aller chez lui, il s’était dérobé, prétextant la petitesse et la modestie des lieux, peu dignes, lui avait-il dit, de recevoir des invités. Encore mal remise du récent divorce de ses parents, elle l’avait regardé en plissant les yeux – rien, chez Epstein, n’avait jamais été petit ni modeste –, mais, malgré ses doutes, elle avait dû accepter, comme elle avait accepté tous les changements intervenus dans la vie de son père. Pour finir, ce furent les policiers qui firent entrer Lucie, Jonah et Maya dans l’appartement de leur père, situé dans un immeuble délabré près de l’ancien port de Jaffa. La peinture s’écaillait et la douche se déversait directement dans les toilettes. Un cafard traversa fièrement le sol carrelé. Ce n’est que lorsque le policier l’écrasa sous son pied que Maya, la plus jeune et la plus intelligente des enfants d’Epstein, s’avisa qu’il était peut-être le dernier à avoir vu son père. Si Epstein avait vraiment vécu ici – les seules choses qui semblaient l’indiquer étaient des livres gondolés par l’air humide entrant par une fenêtre ouverte et un flacon de comprimés de Coumadine qu’il prenait depuis la découverte, cinq ans plus tôt, d’une fibrillation auriculaire. On ne pouvait dire que le logement fût sordide, mais il était pourtant plus proche des taudis de Calcutta que des appartements dans lesquels ses enfants et lui avaient résidé sur la côte amalfitaine ou au cap d’Antibes. Encore que, comme eux, celui-ci avait vue sur la mer.
Ces derniers mois, Epstein avait été difficile à joindre. Ses réponses ne tombaient plus à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit. Si, auparavant, il avait toujours eu le dernier mot, c’était parce qu’il ne s’était jamais abstenu de répondre. Mais peu à peu, ses messages s’étaient faits plus rares. Le temps entre eux s’allongeait parce qu’il s’était allongé en lui : les vingt-quatre heures qu’il remplissait autrefois avec tout ce que l’on pouvait imaginer avaient fait place à une échelle de plusieurs milliers d’années. Famille et amis s’étaient habitués à ses silences sporadiques. Aussi, quand il cessa de répondre pendant la première semaine de février, personne ne s’en inquiéta. Finalement, ce fut Maya qui, s’éveillant une nuit, sentit frémir le fil invisible qui la reliait encore à son père et demanda au cousin d’Epstein d’aller voir si tout allait bien. Moti, qui avait reçu de lui plusieurs milliers de dollars, caressa les fesses de sa maîtresse endormie dans son lit, alluma une cigarette et glissa ses pieds nus dans ses chaussures car, bien qu’il fût minuit passé, il était ravi d’avoir une bonne raison de parler à Epstein d’un nouvel investissement. Mais, une fois arrivé à l’adresse de Jaffa qu’il avait griffonnée sur une paume, il rappela Maya. Il devait y avoir une erreur, lui dit-il, car il était impossible que son père vive dans un pareil trou à rats. Maya téléphona alors à Schloss, le notaire d’Epstein, le seul à savoir encore quelque chose, mais celui-ci lui confirma l’adresse. Lorsque Moti finit par réveiller la jeune locataire du deuxième étage en maintenant un doigt boudiné sur la sonnette, elle confirma qu’Epstein vivait bien au-dessus de chez elle depuis quelques mois, mais ajouta qu’elle ne l’avait plus vu ni entendu depuis des jours, en fait, car elle s’était accoutumée au bruit de ses pas, la nuit, au-dessus de sa tête. Bien qu’elle ne pût le savoir au moment où elle s’entretenait, ensommeillée, sur le pas de la porte avec le cousin à moitié chauve de son voisin du dessus, l’intensification rapide des événements qui suivirent habituerait la jeune femme au bruit des nombreuses allées et venues de gens s’évertuant à retrouver la trace d’un homme qu’elle connaissait à peine mais dont elle avait fini par se sentir curieusement proche.
La police ne mena l’enquête qu’une demi-journée avant que celle-ci fût reprise par le Shin Bet. Shimon Peres en personne appela la famille pour dire qu’il était prêt à remuer ciel et terre. Le chauffeur de taxi qui avait pris Epstein en charge six jours plus tôt fut activement recherché et soumis à un interrogatoire. Terrorisé, il sourit du début à la fin, laissant apparaître une dent en or. Plus tard, il conduisit les agents du Shin Bet à la route longeant la mer Morte et, après une certaine confusion due à la nervosité, réussit à localiser l’endroit où il avait déposé Epstein : une intersection proche des collines dénudées situées à mi-chemin entre les grottes de Qumrân et Ein Gedi. Les équipes de recherche se déployèrent à travers le désert, mais ne découvrirent que le porte-documents marqué au chiffre d’Epstein, vide, ce qui, selon Maya, ne faisait qu’accentuer la probabilité de sa transsubstantiation.
Durant ces jours et ces nuits, rassemblés dans la suite du Hilton, ses enfants passèrent sans cesse de l’espoir à la tristesse. Il y avait toujours un téléphone en train de sonner – Schloss à lui seul en gérait trois – et ils se raccrochaient chaque fois aux dernières informations reçues. Jonah, Lucie et Maya apprirent ainsi sur leur père des choses qu’ils ne connaissaient pas. »

Extrait
« D’un geste lent, Epstein déboutonna le pardessus qui n’était pas le sien, puis le veston de flanelle grise, qui l’était. Il ouvrit la poche doublée de soie où il gardait toujours le petit livre vert et se pencha en avant sur la pointe des pieds pour montrer à l’homme qu’elle était vide. Tout cela était si absurde qu’il en aurait ri s’il n’avait pas eu un couteau si près de la gorge. Peut-être pouvait-il tuer, après tout. Baissant les yeux, il se vit allongé par terre dans une mare de sang, incapable d’appeler à l’aide. Une question se présenta à lui, qui traînait depuis quelques semaines dans son esprit et il la testa, comme pour en vérifier la pertinence : le bras de Dieu l’avait-il désigné ? Mais pourquoi lui ? Lorsqu’il releva les yeux, le couteau n’était plus là et l’homme s’enfuyait. … »

À propos de l’auteur
Nicole Krauss a connu un succès international avec son livre roman L’Histoire de l’amour (Gallimard, 2006). Dans La Grande Maison, elle fait preuve d’un souffle romanesque prodigieux, qui la place au tout premier rang des écrivains de sa génération. (Source : Éditions de l’Olivier)

Site Wikipédia de l’auteur 

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La désertion

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En deux mots:
Au sein d’une entreprise qui comptabilise les morts, Eva Silber est de plus en plus mal à l’aise. Jusqu’au jour où elle décide de disparaître, laissant sa collègue, son patron, son amant dans l’expectative.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Eva brille par son absence

Pour son troisième roman Emmanuelle Lambert nous livre quatre versions d’un fait divers «parlant»: la disparition subite d’une jeune femme. Étonnant et dérangeant.

Ce roman pourra, je le concède, déconcerter certains lecteurs. Ceux qui n’apprécieront pas la virtuosité et la poésie d’un récit qui ne traite pas d’autre chose que du vide, de l’absence, de la disparition. Les autres vont se régaler de ce fait divers et des perspectives vertigineuses qu’il implique, historiques, sociologiques, criminelles et romanesques. Un petit clic sur la page Wikipédia conscrées aux disparitions inexpliquées pourrait suffire à vous en convaincre. Mais venons-en à l’énigme Eva Silber.
Cette jeune femme n’a rien de particulier, sinon son statut d’observatrice d’un microcosme bien particulier: la grande entreprise qu’elle vient d’intégrer. Elle voit ce que les employés qui sont déjà là depuis des années ne voient plus parce qu’ils ont déjà intégré cette façon de fonctionner, à savoir le harcèlement permanent du chef de service dont l’activité préférée est l’espionnage. Les informations qu’il rassemble lui permettant ensuite de se consacrer à son petit jeu pervers. Aux allusions explicites il ajoutera la séance de masturbation en pensant à la «petite nouvelle».
Qui ne se laisse pas perturber pour autant, à moins qu’elle n’extériorise pas sa frustration. Même pour ses collègues, elle reste assez secrète et préfère écouter plutôt que de parler, laissant les discussions autour des séries télé, de la meilleure façon de cuire le potiron ou de payer ses impôts à ceux qui aiment parler, surtout lorsqu’ils ne connaissent rien au sujet. Son jeu à elle consiste à tenter de remettre un peu d’humanité dans une société où l’on répertorie les décès pour établir des statistiques et des modèles optimisant les rendements. La transgression suprême pour Eva vient le jour où elle décie d edonner un prénom à l’un de ces numéros. Un enfant mort qui va l’accompagner jusqu’à ce jour où… elle ne réapparaît pas.
La construction du roman est alors polyphonique. Les chapitres s’intitulent Franck, Marie-Claude, Paul et Eva. Quatre parties pour autant de versions tentant d’expliquer cette disparition. De leur point de vue, le patron, la collègue, l’amant comprennent qu’ils ne comprennent pas, qu’il est impossible de disparaître comme ça, qu’on ne saurait déserter. Du coup, c’est bien Eva qui aura le dernier mot, qui va briller par son absence.

La désertion
Emmanuelle Lambert
Éditions Stock
Roman
traduit de l’anglais (États-Unis) par
160 p., 15 €
EAN : 9782234084957
Paru le 17 janvier 2018

Ce qu’en dit l’éditeur
« Le premier jour d’absence il était descendu à l’heure du déjeuner pour l’attendre dans le parc, caché derrière l’arbre d’où il observait la sortie de ses subordonnés. Il avait ensuite vérifié les registres de la badgeuse. Aucune trace d’elle. » Un jour, Eva Silber disparaît volontairement. Pourquoi a-telle abandonné son métier, ses amis, son compagnon, sans aucune explication? Tandis que, tour à tour, ses proches se souviennent, le fait divers glisse vers un récit inquiétant, un roman-enquête imprévisible à la recherche de la disparue.

Les critiques
Babelio
La Croix (Patrick Kéchichian)
RTS (émission Versus-lire – Sylvie Tanette)
Page des libraires (Anaïs Ballin – Librairie Les mots et les choses, Boulogne-Billancourt)
Salon littéraire l’internaute (François Xavier)
Blog DOMI C LIRE 
Blog Entre les lignes (Bénédicte Junger)
Blog À l’ombre du noyer
Le nouveau blog littéraire de Pierre Ahnne

Les premières pages du livre:
« Toute organisation humaine appelle une verticalité.
Toute association de personnes étant faite de leurs humeurs, de leurs incohérences, de leurs hauts et de leurs bas et de leur vanité et surtout, la plaie des plaies, de leur opinion, toutes ces personnes, lorsqu’elles sont réunies dans un but productif, ont besoin d’instances supérieures, rationnelles, décisionnaires, pour donner forme et nécessité à leur agrégat.
Il le croyait, il le savait.
Et quand bien même ces fonctions d’encadrement sont remplies par des êtres de chair, avec leur psychologie et leurs sentiments – avec leurs limites –, elles sont nécessairement inhumaines. Ou plutôt, non humaines. Ou encore, hors humaines.
Chaque matin, face au miroir, il se disait : « J’incarne l’ordre nécessaire à nos missions », avec une variante : « La mission est belle, elle est noble. » Et tous les matins, il se rêvait l’incarnant toujours plus, toujours moins humain, dissous dans l’idée de lui-même jusqu’à la disparition finale de son être réel.
Il le savait, cela lui convenait. Sans ordre, pas de société, pas de progrès, pas de réalisations ; une bouillie dépourvue de destination ; une purée de chaos. Cela lui convenait, même, cela lui plaisait. Il était un Cavalier luttant contre l’Apocalypse de la confusion.
Il exultait à l’idée de bientôt se fondre dans le tout d’une vie (par vie, entendez la vie à la grande échelle, la vie sur terre et non ce qu’il tenait pour ses irruptions aléatoires, les êtres humains) dont les mouvements seraient tous prévisibles et donc, encadrés – par des gens comme lui, des fantassins de la raison. Croyant sans Église, il se savait répondre à une autorité supérieure lui conférant une puissance secrète. Sa fonction était sacrée. Sans lui, pas d’ordre. Pas d’organisation. Ceux qui l’avaient recruté ignoraient la part mystique de son être ; lui, avait des renseignements sur tous.

Le soir, chez lui, il s’enfermait dans son bureau et sortait une pile de pochettes d’un tiroir fermé à clé. Chacune portait le nom d’un salarié. À l’intérieur, les informations avaient été écrites à la main, sur de grandes feuilles à carreaux. Il était soucieux d’éviter tout archivage numérique qui aurait pu le dévoiler et, le dévoilant, le compromettre.
Il glanait les renseignements dans la journée. Il écoutait leurs conversations téléphoniques l’air distrait, en fouillant dans des papiers ou en faisant semblant de chercher dans les bases de données. Il laissait traîner son attention jusqu’à entendre la note dissonante, celle de l’erreur ou de la maladresse qu’il décrivait dans des mails adressés à la direction sur le ton de la plaisanterie plus que de la délation ; elle en accusait réception sans commentaire, c’était toujours bon à prendre.
Tous les soirs, après dîner, il s’enfermait pour reporter les observations du jour, transférer photos et enregistrements depuis son téléphone sur un ordinateur portable qu’il n’avait jamais connecté à internet. Valérie ne posait pas de questions. Tous les soirs, il écrivait à son bureau et la petite lampe à capot vert, comme il en avait vu dans les bibliothèques, éclairait les dossiers. À mesure que le jour faiblissait, son halo les faisait luire d’une lumière presque surnaturelle.

Aujourd’hui il avait su qu’il ne fallait pas la chercher. Cela faisait plus d’un an qu’il l’avait recrutée. Ces trois dernières semaines, elle n’était plus venue. Elle ne reviendrait pas.
Le premier jour d’absence il était descendu à l’heure du déjeuner pour l’attendre dans le parc, caché derrière l’arbre d’où il observait la sortie de ses subordonnés. Il avait ensuite vérifié les registres de la badgeuse. Aucune trace d’elle.
Le soir même il avait écrit la date du 8 septembre 2010 sur l’une des feuilles du dossier secret d’Eva Silber. Il avait ensuite rassemblé les renseignements la concernant en commençant par l’enregistrement de son entretien d’embauche, qu’il avait entrepris de transcrire sur les grandes feuilles à carreaux.
Sa voix, à lui, disait qu’elle devrait s’insérer dans une chaîne d’actions qui commençait entre la fin d’une vie et le début de sa conversion en données administratives.
Il en égrenait les étapes lentement. On meurt ; le médecin remplit un certificat de décès qui comporte deux parties. La première est destinée à la mairie de la commune où l’on est mort, pour qu’elle puisse délivrer le permis d’inhumer – on y trouve les éléments d’identité, le domicile, la date et l’heure du décès et des informations sur les opérations funéraires. La seconde est anonyme – on y trouve les informations de localisation et des renseignements médicaux. »

Extrait
« Quatre jours après sa disparition, il s’était rendu en bas de son immeuble. Il était resté longtemps immobile, face à la porte cochère ; elle n’était pas apparue. Il avait aussitôt regretté son inertie des premiers jours. Il était revenu le lendemain, le surlendemain et le jour d’après. Jamais elle n’était venue. Même, le cinquième jour, il s’était rendu dans le nord de Paris, en bas de chez l’homme qu’elle fréquentait et jusque chez qui, un soir, il l’avait suivie.
Il craignait alors que cette pute, cette petite misère stupide, ne se fût suicidée en laissant une lettre qui l’aurait accusé. Il avait souhaité mettre à profit les quelques jours restant avant le déchaînement administratif à venir (procédure de licenciement, signalement aux personnes disparues, enquête) pour tenter d’y voir clair, et peut-être la retrouver. »

À propos de l’auteur
Emmanuelle Lambert est écrivain et commissaire d’exposition. La désertion est son troisième roman. (Source : Éditions Stock)

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Chanson de la ville silencieuse

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En deux mots:
Une fille part à la recherche de son père, ancienne vedette de la chanson disparu mystérieusement et que des amis ont peut être croisé à Lisbonne. Une quête mélancolique, un cri du cœur.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

À la recherche du père perdu

Olivier Adam nous offre sans doute l’un de ses plus beaux romans en se mettant dans la peau d’une jeune femme partant à la recherche d’un fantôme : son père.

« Je suis la fille dont la disparition mystérieuse du père fait la une des journaux. Celle dont la mort du père attend d’être prononcée. Celle dont la mort du père sera actée par un jugement. Celle dont le corps du père demeure introuvable. Je suis la fille d’un père sans sépulture, sans cendres à disperser. Celle qui croit voir un fantôme sur une photo floue. Celle dans les rues de Lisbonne, sur les pentes de l’Alfama. Qui guette un chanteur errant, une étoile dépouillée d’elle-même, un ermite qui aurait tout laissé derrière lui. Sa maison, son compte en banque, ses amis, sa fille. Sa vie elle-même. Qui se serait défait d’une peau ancienne, réincarné en mendiant, en musicien vagabond. Un homme qui aurait choisi la dernière adresse de son grand amour. Pour lui chanter à elle, partout éparpillés dans l’air, les chansons qu’il lui dédie. Les offrir à quelques uns, au hasard. Des mots comme glissés à l’oreille. Gratuits. Je suis la fille du Bairro Alto. De la Praça das Flores. Celle qui se confie à son pire ennemi. Qui se hâte vers la gare. La fille dans le train pour les bords de mer. »
Cette fille qui erre dans Lisbonne, la narratrice de ce nouveau petit bijou signé Olivier Adam, veut croire que son père n’est pas mort comme la presse et les autorités judiciaires semblent le croire. Elle préfère imaginer que cette photo floue est bien celle d’Antoine Schaeffer l’ancienne vedette de la chanson qui, après une brillante carrière, additionnée de tous les excès qui le sont inhérents, a choisi une autre vie. Après tout, n’avait-il pas lui-même « qu’il mettait un terme à sa carrière, qu’il ne publierait plus aucun disque, qu’il se retirait et souhaitait qu’on le laisse en paix. » Il ne voulait pas être de ceux qui continuent, même s’ils n’ont plus le feu sacré, qui « composent à côté, écrivent à côté. Ils le savent. C’est derrière eux mais ils s’obstinent. »
Après avoir vécu une enfance très particulière et n’avoir pas vraiment connu ce dernier, elle aimerait simplement le connaître.
En déroulant sa biographie, on se rend compte qu’elle n’a pas vraiment souffert de cette «drôle de vie», comme le chantait Véronique Sanson. « C’était juste ma vie. Et j’ignorais qu’il y en avait d’autres. » Entre les tournée de concerts, les périodes de composition et les fêtes avec la troupe, il y a bien eu quelques promenades dans Paris, quelques virées à la mer et puis l’achat de cette grande maison près d’Aubenas confiée à Paul et Irène, le couple de gardiens qui va, au fil des ans, faire partie de la famille.
L’alcool, la drogue et le sexe, les afters qui n’en finissent plus intriguent et excitent peut-être sa copine Clara, mais elle aspire au contraire à la vie rangée de son amie, à des parents classiques. Sa mère qui « ne se levait plus que pour s’allonger dans son bain, une cigarette aux lèvres, un verre posé sur le rebord de la baignoire. » a depuis longtemps coupé les ponts, pris la fuite en Californie où elle essaie de se faire oublier. Reste donc ce père qui aura joué son rôle le jour où il a choisi de l’inscrire à l’université, de l’installer dans un appartement sur la butte Montmartre, de lui ouvrir les portes d’une petite maison d’édition. Mais qui pour le reste est une énigme, un objet de quête : « Je n’ai jamais bien su qui était mon père. Qui il était au fond. Pour le comprendre, il me faudrait dresser l’anthologie des légendes. Y opérer un tri. Même si je ne suis pas certaine d’en être capable. Sa biographie regorge de faits, d’anecdotes que je ne suis plus à même que quiconque de valider ou d’infirmer. Il me faudrait aussi me fier à ce que j’ai vu, ce que j’ai cru saisir – mais là non plus je ne suis sûre de rien. Et tenter d’assembler tout cela comme autant de points éparpillés, qui une fois reliés laisseraient apparaître une image. Qu’obtiendrais-je alors ? Rien sans doute. Des figures entremêlées. Des lignes contradictoires. Un puzzle impossible à reconstituer. »
Les rues de Lisbonne lui permettront-elles au moins de rassembler quelques pièces ? Guillaume, qu’elle croise avec son appareil photo pourra-t-il l’aider ?
Olivier Adam, qui excelle dans ce registre doux amer nous offre une intrigue habilement tricotée, un suspense qui vous tiendra en haleine jusqu’aux dernières pages, et – sans doute par un heureux hasard – à nous livrer une réflexion d’une actualité brûlante sur l’héritage, sur la transmission. Beau, grave, émouvant.

Chanson de la ville silencieuse
Olivier Adam
Éditions Flammarion
Roman
224 p., 19 €
EAN : 9782081422032
Paru le 3 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule principalement au Portugal, à Lisbonne et Cascais, mais aussi en France, à Paris, Lyon et dans le Sud, à Aix-en-Provence, Valence et Aubenas.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Je suis la fille du chanteur. La fille seule au fond des cafés, qui noircit des carnets, note ce qu’elle ressent pour savoir qu’elle ressent. La fille qui se perd dans les rues de Paris au petit matin. La fille qui baisse les yeux. Je suis la fille dont le père est parti dans la nuit. La fille dont le père a garé sa voiture le long du fleuve. La fille dont le père a été déclaré mort. Celle qui prend un avion sur la foi d’un cliché flou. Celle dans les rues de Lisbonne, sur les pentes de l’Alfama. Qui guette un musicien errant, une étoile dépouillée d’elle-même, un ermite qui aurait tout laissé derrière lui. La fille qui traverse les jardins, que les vivants bouleversent, que les mots des autres comblent, la fille qui ne veut pas disparaître. Qui peu à peu se délivre.

Les critiques
Babelio
Télérama (Michel Abescat)
Radio Télé Suisse Culture (Jean-Marie Félix)
Journal de Montréal (Karine Vilder)
Blog Dealer de lignes 
Blog Bibliza
Blog Les lectures d’Antigone


Olivier Adam est l’invité de Vincent Roux dans l’émission À l’affiche © Production France 24

Les premières pages du livre:
« Tout ici succombe à l’inclinaison. Les tuiles orange coulent en cascades, ruissellent des ruelles, se suspendent aux abords des belvédères, puis replongent vers le fleuve. La ville entière semble s’y glisser peu à peu, se couler dans ses eaux bleu nuit, y sombrer sans fin. Sous la surface opaque, j’imagine des quartiers anciens. Des palais délabrés engloutis par les flots. Enlisés dans les sables.
Je claque la porte de la chambre un peu triste, descends trois étages de bois sombre, murs recouverts de papier peint gondolé, se décollant par endroits, percés d’appliques grésillantes. Derrière le comptoir de la réception, une femme vêtue de noir me sourit. Veille sur sa constellation de clés. Je quitte l’hôtel et débouche dans la lumière acide du printemps. Les escaliers s’effondrent en douceur. Je les dévale sans hâte, les yeux brûlés, aspirée par l’océan lointain, à peine entravée par les allées courbes, enserrées par les façades décrépies où s’effrite un nuancier fané d’azulejos.
Un promontoire me retient. De l’asphalte surgissent des arbres mauves, dévorés de ciel. L’estuaire se déploie en contrebas, lacéré de rubans turquoise, virant au gris aluminium à la faveur d’un nuage. Puis de nouveau la ville s’abandonne.
Plus rien ne s’oppose.
Tout consent à la noyade.
Au hasard d’un lacet, une place en triangle. Ici aussi tout décline. Les pavés irréguliers tentent d’épouser la pente. D’arbres en lampadaires courent des guirlandes de fanions, d’ampoules multicolores. Quelques tables branlantes, cernées de chaises instables, sont jetées là comme au hasard. Une devanture écaillée, surmontée d’un bandeau de bois lézardé signale un café. De la salle sombre, étagères chargées de trophées sportifs astiqués du jour, murs constellés de photographies signées, Cristiano Ronaldo cheveux huilés par le gel, s’échappe une chanson languide. À l’ombre des arbres, des types en sandales, bermudas et tee-shirts, cheveux en pagaille et barbe de six jours, sirotent des rhums arrangés en attendant la fin du monde, sans inquiétude apparente. Je prends place et les imite, me laisse bercer par l’alcool. Les lèvres couvertes de sucre et de vanille, me noie dans la douceur de leur langue, dont je ne saisis rien, pas le moindre mot. Je regarde l’heure. Comme hier la nuit sera longue à venir. Rien ne la presse. Aucun agenda, aucune occupation. »

Extraits:
« Cela fait trois jours que je sillonne ainsi la ville, trois jours que je dérive au hasard en attendant qu’à la brune les restaurants se remplissent. Alors j’arpente les rues confites dans la lumière dorée, le trouble orangé des réverbères, me cogne au flot des touristes, des passants éméchés, seulement guidée par des lambeaux de musique dont je cherche la source, traquant leur origine jusqu’à la prochaine terrasse où s’attablent les dîneurs, le bourdon des conversations ne laissant qu’un mince filet de son au musicien qui joue pour eux, enchaîne deux ou trois morceaux avant de tendre sa casquette pour y cueillir quelques pièces, puis disparaît dans les ruelles, sa guitare à la main, en quête d’une autre place, d’un autre bar. Aux serveurs, aux patrons, aux clients, je montre les photos. La plupart haussent les épaules. De temps en temps un type acquiesce, oui, il l’a déjà vu mais pas ce soir, ni ces derniers jours. Personne n’en sait beaucoup plus. Il arrive de nulle part, armé de son instrument et d’une chaise pliante, s’installe et commence à chanter, les yeux fermés. Des vieilleries en anglais. Parfois en italien ou en portugais. Des chansons en français, aussi. Quand il a fini, il adresse un petit signe au patron, aux gens attablés, sourit doucement aux applaudissements et repart sans un mot. Sans même demander d’argent. »

« J’ai soudain l’impression d’entendre mon père. Que nos voix se confondent. Où vont les chansons qu’il compose depuis quinze ans. Que personne n’écoute. À part lui. La dernière fois qu’il s’est exprimé dans la presse, quelques mois après la sortie de son ultime album, , ce fut pour annoncer qu’il mettait un terme à sa carrière, qu’il ne publierait plus aucun disque, qu’il se retirait et souhaitait qu’on le laisse en paix. Quand un journaliste l’a interrogé sur les raisons qui motivaient cette décision il a esquivé. Je n’y arrive plus voilà tout. C’est derrière moi. Ça s’est égaré quelque part. Ça m’a quitté. Certains continuent. Savent qu’ils ont perdu le fil, l’intensité, la nécessité, l’inspiration ou appelez ça comme vous voudrez. Mais continuent.
Ils composent à côté, écrivent à côté. Ils le savent. C’est derrière eux mais ils s’obstinent. Je ne veux pas être de ceux-là. »

« Trois semaines après mon retour à Paris, après ce court séjour auprès d’eux, Paul et Irène m’ont appelée. On avait retrouvé l’Alfa en bordure du Rhône. Dans le coffre, sur la banquette arrière, ses affaires intactes. Vêtements. Livres. Guitare. Papiers d’identité. Carte bancaire. À la place du mort, un cimetière de bouteilles de whisky vidées, de boîtes de médicaments liquidées. Une paire de bottes gisait abandonnée sur la berge. Et dans la boîte à gants, une sorte de poème. Une chanson inachevée. Qui parlait de se laisser emporter par le fleuve. De reposer en son fond. Et de s’y dissoudre lentement. En dépit des recherches qui ont suivi, on a échoué à retrouver son corps. Une enquête a été diligentée. Aucun élément n’est venu contredire la thèse du suicide. Aucun mouvement bancaire. Aucune trace téléphonique. Aucun nom sur aucune liste de passagers. Aucun signalement crédible. Il y a longtemps maintenant que la presse s’est chargée d’entériner son décès. »

« Je n’ai jamais bien su qui était mon père. Qui il était au fond. Pour le comprendre, il me faudrait dresser l’anthologie des légendes. Y opérer un tri. Même si je ne suis pas certaine d’en être capable. Sa biographie regorge de faits, d’anecdotes que je ne suis plus à même que quiconque de valider ou d’infirmer. Il me faudrait aussi me fier à ce que j’ai vu, ce que j’ai cru saisir – mais là non plus je ne suis sûre de rien. Et tenter d’assembler tout cela comme autant de points éparpillés, qui une fois reliés laisseraient apparaître une image. Qu’obtiendrais-je alors ? Rien sans doute. Des figures entremêlées. Des lignes contradictoires. Un puzzle impossible à reconstituer. »

À propos de l’auteur
Originaire de l’Essonne, Olivier Adam – aujourd’hui âgé de 43 ans – est l’un des écrivains les plus prolifiques et populaires de sa génération. Salué entre autres par la bourse Goncourt de la nouvelle pour le recueil Passer l’hiver, il a signé une quinzaine de livres, et plusieurs d’entre eux ont été adaptés au cinéma – Je vais bien ne t’en fais pas par Philippe Lioret, Des vents contraires par Jalil Lespert… Creusant le sillon d’une littérature à la fois sociale et psychologique, Adam s’interroge dans ses fictions sur les inégalités de classe, la famille, le poids de l’enfance, l’ancrage géographique et la perte de repères. Chanson de la ville silencieuse est son treizième roman. (Source : Éditions Flammarion / magazine Lire)

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«Ô temps! suspends ton vol»

SABOLO_Bellevue

En deux mots:
Benjamin a douze ans quand Summer, sa sœur, disparaît lors d’un pique-nique au bord du Léman. 25 ans après, il cherche toujours à comprendre ce qui s’est passé.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

«Ô temps! suspends ton vol»

Lors d’un pique-nique au bord du Léman une jeune fille de 19 ans disparaît. Près d’un quart de siècle plus tard son jeune frère se souvient et nous entraîne dans un roman aussi profond que les eaux du lac.

« Où sont les êtres que l’on a perdus? Peut-être vivent-ils dans les limbes, ou à l’intérieur de nous. Ils continuent de se mouvoir à l’intérieur de notre corps, ils inspirent l’air que nous inspirons. Toutes les couches de leur passé sont là, des tuiles posées les unes sur les autres, et leur avenir est là aussi, enroulé sur lui-même, rose et doux comme l’oreille d’un nouveau-né. »
Tout au long de ce beau et mélancolique roman, Benjamin va soulever une par une ces tuiles, ces couches de son passé et nous livrer sa version du drame qui s’est joué un quart de siècle plus tôt. Il avait alors douze ans et sa sœur Summer dix-neuf ans. Un jour d’été, lors d’un pique-nique au bord du Léman, elle disparaît sans laisser de traces. Un drame absolu, mais si difficile à décrire, à vivre.
Le pré-adolescent se situe dans cette période si particulière de sa vie où il est à la recherche de certitudes, de vérités, de points d’ancrage. Mais le lac, omniprésent dans ce récit, ne lui offre que son insondable profondeur, ses horizons changeants, ses eaux mystérieuses, ses brumes envoûtantes. Une masse liquide qui semble avoir imposé sa force tranquille non seulement au jeune garçon, mais à toute la famille dont la première mission semble devoir être ne pas faire de vagues.
Car la bourgeoisie genevoise doit tenir son rang. Le père est avocat et suit les règles et préceptes de ses pairs. Il est resté fidèle aux principes de Zofingue, une société déjà séculaire d’étudiants aux rituels secrets. Il y a du reste fort à parier que plusieurs générations de Wassner figurent dans les archives ce club aux côtés des autres familles patriciennes du bout du lac. Mais à part les quelques soirées qu’il passe avec les membres de ce cercle, on le voit peu. C’est la discrétion qui prévaut dans la villa où sa mère «plus belle et insaissable que les autres mères» semble passer comme une ombre, femme au foyer garante des apparences.
Avec la disparition de sa sœur, c’est non seulement la vie sociale de la famille qui se réduit comme peau de chagrin, mais aussi les copines de Summer, Jill et Alexia, qui ne viennent plus éveiller la curiosité, voire les fantasmes, du jeune homme.
Comme c’était déjà le cas dans Crans-Montana, Monica Sabolo accumule les indices à partir des ambiances, des odeurs, des impressions. Une petite musique presque imperceptible, mais qui ne va pas tarder à cerner le lecteur jusqu’à le rendre hypersensible. C’est alors qu’un petit rien prend des dimensions impressionnantes. « Ce soir-là quelque chose avait bougé dans l’univers, un déplacement minime, mais qui avait modifié profondément notre essence, on aurait dit que nous n’avions plus aucun contrôle de nous-mêmes, nous étions devenus si spontanés que c’en était terrifiant. » Quand il se retourne sur son passé, Benjamin ne peut expliquer ce qui s’est vraiment passé, mais il sent le dérèglement que les différents psys qu’il rencontre ne parviendront pas davantage à saisir : « Quand j’essaie de me souvenir de 1994, 1995, 1996 et 1997, il n’y a qu’un vent glacé qui parcourt mes jambes, il s’insinue jusque dans mon cœur tandis que le docteur Traub me regarde, par-dessus ses lunettes, comme un professeur patient attendrait la réponse d’un adolescent attardé. »
De l’adolescent tourmenté, on passe au jeune homme déstabilisé qui ne peut construire sa vie face à ce vide béant, qui n’arrive pas non plus à bâtir une relation durable avec les filles qui ne sont pas insensibles à ce charme dû à son spleen, à un romantisme tourmenté comme celui de Lamartine
Ô lac ! rochers muets ! grottes ! forêt obscure !
Vous, que le temps épargne ou qu’il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,
Au moins le souvenir !
Seulement voilà, depuis Raphaëllle Billetdoux, on sait qu’il faut prendre garde à la douceur des choses. Monica Sabolo nous en apporte une nouvelle preuve. À force d’observer les tuiles et les retourner, la vérité va finir par s’imiscer, aussi surprenante que déstabilisante. C’est du grand art !

Summer
Monica Sabolo
Éditions JC Lattès
Roman
320 p., 19 €
EAN : 9782709659826
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule à Bellevue, près de Genève

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Summer
Monica Sabolo
Éditions JC Lattès
Roman
320 p., 19 €
EAN : 9782709659826
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Lors d’un pique-nique au bord du lac Léman, Summer, dix-neuf ans, disparaît. Elle laisse une dernière image: celle d’une jeune fille blonde courant dans les fougères, short en jean, longues jambes nues. Disparue dans le vent, dans les arbres, dans l’eau. Ou ailleurs?
Vingt-cinq ans ont passé. Son frère cadet Benjamin est submergé par le souvenir. Summer surgit dans ses rêves, spectrale et gracieuse, et réveille les secrets d’une famille figée dans le silence et les apparences.
Comment vit-on avec les fantômes? Monica Sabolo a écrit un roman puissant, poétique, bouleversant.

Les critiques
Babelio 
Télérama (Nathalie Crom)
Grazia (Philippe Azoury)
Glamour (Erick Griesel)
Blog Au Bordel Culturel 
Blog Les livres de Joëlle
Blog Entre les lignes (Bénédicte Junger)


Monica Sabolo présente Summer © Production Hachette littérature

Les premières pages du livre
« Dans mes rêves, il y a toujours le lac. L’été où c’est arrivé, cet été dont rien n’a marqué ma mémoire, ou juste quelques images, comme des photographies nettes et brillantes, pendant ce mois de juillet où nos vies ont changé pour toujours, il faisait si chaud que les poissons remontaient des profondeurs du lac Léman. On se mettait sur la rive, et l’on voyait ces masses sombres à la surface, comme des monstres suffocants, et l’on pouvait imaginer l’intérieur de leur bouche, la chair rose, écœurante.
Selon le docteur Traub, que je vois depuis trois mois et deux semaines, au rythme de deux séances hebdomadaires – trois mois que je regarde son front humide, ses cheveux qui démarrent bien trop haut, il sera chauve dans quoi, trois? quatre ans? – ces poissons qui reviennent dans mes rêves sont peut-être une représentation de moi-même. Mes sensations de suffocation. D’étouffement.
Vingt-quatre ans, et treize jours, que c’est arrivé.
Vingt-quatre ans et treize jours que je ne me souviens de rien, juste quelques flashs, une explosion de blanc et de lumière, et puis, plus rien. »

Extrait
« Et tandis que leurs voix aiguës, aux accents de plus en plus désespérés, appelant ma sœur, j’étais resté là, absent à la scène, et à la vie, tandis que montait en moi la certitude que c’était arrivé, ce moment que j’attendais depuis toujours, l’effondrement de cet édifice de papier que constituaient nos existences. »

À propos de l’auteur
Monica Sabolo est romancière. Ses deux derniers romans Tout cela n’a rien à voir avec moi (Prix de Flore, 2013) et Crans-Montana (Grand prix de la SGDL, 2015) ont reçu un très bel accueil. (Source : Éditions JCLattès)

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Son absence

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Logo_68_premieres_fois_2017  Logo_premier_roman

En deux mots:
Nous sommes en 2015. Voilà 20 ans que François Munch a disparu. Sa famille se rend au tribunal pour la déclaration d’absence. L’occasion pour chacun de se situer par rapport à cette absence.

Ma note:
★★ (bon livre. Je ne regrette pas cette lecture)

Son absence
Emmanuelle Grangé
Éditions Arléa
Roman
152 p., 17 €
EAN : 9782363081421
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris, mais également à Asnières, Lille, Sète, Nice, Béziers et à Font-Romeu ainsi qu’au Maroc, à Tanger, Agadir, Marrakech.

Quand?
L’action se situe entre 1995 et 2015.

Ce qu’en dit l’éditeur
Comme c’est puissant et inflexible, une famille ! C’est tranquille comme un corps, comme un organe qui bouge à peine, qui respire rêveusement jusqu’au moment des périls, mais c’est plein de secrets, de ripostes latentes, d’une fureur et d’une rapidité biologiques, comme une anémone de mer au fond d’un pli de granit…
Cette phrase de Paul Nizan tirée de son roman La conspiration pourrait servir d’exergue à ce beau premier roman d’Emmanuelle Grangé.
En 1995, un jeune homme, François Munch, disparaît sans motif apparent. Il envoie une carte postale laconique à sa famille, il y annonce son départ définitif. Ses parents, ses frères et sœurs pensent alors à une fugue, une folie passagère. François ne réapparaîtra pas.
Sans plus de nouvelles du fugitif, la famille se rend au tribunal vingt ans après, délai légal, pour y signer la «déclaration d’absence» en vue de protéger ses intérêts et son patrimoine. Dans la famille Munch, il y a la mère, le père, quatre fils et deux filles. Autant de voix différentes qu’Emmanuelle Grangé nous donne à entendre. Tous sont dévastés par la disparition de François mais chacun habille l’absence comme il peut. Comment vit-on l’absence?
On y survit. On culpabilise, crie, prie, se révolte, se souvient. On revit. Un pas devant l’autre. Il n’y a ni explication ni mode d’emploi.

Ce que j’en pense
Imaginez qu’elle serait votre réaction si votre fils ou votre frère vous adressait un jour la lettre suivante: « Chers parents, je m’en vais pour plus longtemps que ce stage de voile au Club Med. je ne l’animerai pas, j’ai prévenu la direction. Vous ne me reverrez plus. Ne cherchez pas à avoir de mes nouvelles, ne vous faites pas de soucis. Je vous embrasse. François » C’est ce qui arrive aux membres de la famille Munch, qui se retrouvent vingt ans plus tard au tribunal pour y signer la «déclaration d’absence», un document juridique qui entérine cette absence.
Après Monica Sabolo qui raconte la disparition d’une jeune fille dans Summer, voici donc son pendant masculin. Emmanuelle Grangé va également dérouler l’écheveau des souvenirs, replonger dans le passé pour tenter de comprendre les raisons qui ont poussé le jeune homme à lâcher définitivement les amarres. Mais là où Monica Sabolo confie au frère de la disparue le soin de rassembler les indices, la primo-romancière accumule les points de vue. C’est du reste dans les nuances, dans la réception très différente d’un même événement que réside l’intérêt du roman.
André, le père autoritaire aux rituels intangibles (le repas de Noël, par exemple, ne saurait se dérouler de façon différente année après année, y compris dans la composition du menu), ne saurait endosser une part de responsabilité dans ce drame. Pas plus que Marguerite, son épouse, dont la défense la plus efficace est la discrétion. Elle souffre en silence et espère que l’amour qu’elle porte à sa progéniture va permettre de conserver des liens forts, malgré le vide creusé par le départ de François.
Un vide que ses cinq frères et sœurs vont devoir gérer et intégrer à leur vie. Prenons l’exemple de Michel, l’aîné. Il va tenter d’oublier François en s’investissant dans sa carrière professionnelle, en se mariant et en fondant une famille. « On aime beaucoup Michel Munch, le directeur informatique à l’ENFAG, il est aimable, doux, et ferme quand il le faut. On comprend, on salue son histoire d’amour avec Pauline. On dit aussi, ils vont très bien ensemble, elle semble encore plus petite à côté de ce grand ours. On cotise pour le cadeau de mariage, on recotise pour la naissance de Félix. On pensait à tort que Michel resterait célibataire même s’il en pinçait pour Florence Verlot, la directrice de la communication, mais trop grande, trop rouge à lèvres, trop talons aiguilles. Non, Pauline est parfaite, discrète, si douce. Comme elle a dû souffrir avec son ex qui l’avait présentée à Michel, qui l’avait supplié de prendre Pauline comme secrétaire, Pauline qui ne savait que faire de son diplôme des Beaux-Arts d’Angers et de son Martin au chômage. Michel est désormais comblé. »
Thierry, son frère cadet, suit un peu le même chemin. Avec Marie, il a mis au monde trois filles, Maud, Constance et Louise. Mais à côté de ses obligations familiales, il cherche aussi un divertissement dans l’art.
Sa sœur Évelyne a beaucoup plus de mal à tirer un trait sur ce drame qui la ronge. Elle continue é creuser, à essayer de comprendre, à pleurer. Il en va de même de sa sœur Sandrine qui est la jumelle de François. Une position au sein de la famille qui la rend de fait très sensible à la décision de son jumeau.
Reste Joseph, le benjamin, lui aussi un peu déboussolé.
Avec beaucoup de finesse, la romancière va nous permettre de comprendre ce qui s’est vraiment passé, ce qui se cache derrière les ombres qui défilaient dans la maison familiale. Entre un sentiment diffus de malaise et de jolis souvenirs de vacances, entre les aspirations des uns et des autres et les projets d’avenir et de voyages brisés dans l’œuf, c’est à un enterrement que nous sommes conviés. L’enterrement des rêves d’enfant, l’enterrement de la jeunesse insouciante et l’enterrement d’une fratrie. Bonjour tristesse!

68 premières fois
Blog Mémo émoi 
Blog Les couleurs de la vie (Anne Leloup)

Les critiques
Babelio


Emmanuelle Grangé présente Son absence © Production éditions Arléa

Extrait
« C’est pratique, personne ne demande rien à qui que ce soit. On pourrait croire en la confiance générale, nenni, c’est chacun pour soi pourvu que le calme règne. Et surtout, pas de politique. Dès l’âge de seize ans, les enfants peuvent sortir les samedis et mardis soirs, ils doivent simplement veiller à ne pas claquer la porte d’entrée à l’aller comme au retour, ils pourraient déranger l’amiral dans son bureau, et maman dans son alcôve a le sommeil léger. Le père se fiche de savoir où ils traînent, la mère leur donne de l’argent, il faut toujours avoir une pièce à cause du délit de vagabondage. Si ce n’est pas large d’esprit, ça. »

À propos de l’auteur
Emmanuelle Grangé est actrice. Elle vit à Vincennes. Son absence est son premier roman. (Source : Éditions Arléa)

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L’amour est une maladie ordinaire

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En deux mots:
Entre une chronique douce-amère teintée de fantastique sur la recherche de l’amour parfait et les errances d’un jeune homme à la recherche d’un avenir plus stable, voici un joli conte, souvent fort drôle et qui laissera pourtant des bleus à l’âme.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

L’amour est une maladie ordinaire
François Szabowski
Éditions Le Tripode
Roman
280 p., 17 €
EAN : 9782370551238
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule à Paris, on y déambule d’arrondissement en arrondissement.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Qui, dans sa vie, n’a pas rêvé de disparaître subitement pour laisser un souvenir impérissable ? Dans L’Amour est une maladie ordinaire, un homme succombe à ce dangereux fantasme. Parce qu’il refuse que l’amour ne soit pas éternel, parce qu’il ne supporte plus les ruptures et les histoires qui partent en déroute, il se voit régulièrement obligé, la mort dans l’âme, d’organiser son décès auprès des femmes qu’il aime. Pour le meilleur et pour le pire…

Ce que j’en pense
Quand François, le narrateur de ce joli roman, se rend compte que la relation qu’il entretient avec Marie est sublime, forcément sublime, il se rend par la même occasion compte que jamais plus il n’atteindra un tel degré de félicité. Qu’à partir de ce moment parfait, tout ne peut que se dégrader, conduire au mieux à une routine, à une vie de couple banale. Dès lors, il ne voit qu’une seule solution pour conserver cet amour parfait… mourir! Aussitôt dit, aussitôt fait. Il entraîne un sdf sur le pont neuf et simule une altercation avant de se jeter dans la Seine. S’il se réveille à l’hôpital Saint-Antoine, c’est qu’il est tombé sur un bateau-mouche qui passait par là et plus exactement sur une australienne obèse qui a amorti sa chute.
Si ce sauvetage le désespère, il lui offre aussi un répit propice à la réflexion. Au lieu de mourir, il n’a qu’à disparaître. Changer d’appartement et de quartier, modifier son look et faire croire à sa mort.
Une stratégie qui semble avoir davantage de succès. Sauf qu’il lui faut aussi abandonner ses piges au Parisien et renoncer à fréquenter certains quartiers, de peur de croiser Marie. Mais grâce à la complicité de son «demi-frère» Didier, des responsables d’une agence immobilière et d’un coup de chance – il se retrouve chroniqueur au Cotillon, journal chargé de la promotion des bars et lieux branchés de Paris – l’avenir s’éclaircit pour lui. Ses piges lui permettent non seulement de tenir le coup financièrement, elles lui offrent la possibilité de boire gratuitement et de faire de nouvelles rencontres. Il n’est bien entendu pas question de tomber à nouveau amoureux, car ce serait trahir Marie dont François essaie d’imaginer la vie sans lui et les souffrances qu’elle peut endurer.
Entre culpabilité et envie de s’émanciper de cette histoire, il va finir par s’engager dans une nouvelle relation. Avec une conclusion semblable, en finir avant qu’il ne soit trop tard! Sur le plan de Paris, il faut cocher de nouvelles zones à éviter (et à contrario le lecteur peut poursuivre son exploration de la capitale, arrondissement par arrondissement). Il faut à nouveau changer de look. Il faut encore une fois faire le mort.
C’est à ce moment que les choses vont commencer à se détraquer. À force de vouloir se rendre invisible, il ne va effectivement plus être reconnu et devenir littéralement transparent. Si la situation a quelques avantages – on peut se servir à la banque, s’habiller avec les vêtements les plus coûteux, elle aussi l’inconvénient majeur de restreindre la vie en société. Sans compter que, loin de s’améliorer, les choses vont empirer. C’est son corps qui petit à petit tend à s’effacer. Les mains puis le bras s’efface, sauf quand il touche les gens.
Si cette touche de fantastique peut sembler un peu trop fantaisiste aux lecteurs attachés au réalisme, elle ravira ceux qui n’ont rien oublié de leurs rêves d’enfant ou ceux pour lesquels la lecture du Passe-Muraille de Marcel Aymé était un pur plaisir. François Szabowski y trouve aussi le moyen de rapprocher ainsi François et Marie pour un épilogue riche en rebondissements. C’est drôle, alerte et non dénué de profondeur. De quoi passer un agréable moment de lecture.

Les critiques
Babelio 
Blog Zazymut
Blog La soupe de l’espace 

Les premières pages du livre

Extrait
« Il ne fallait pas que je tarde. Je me suis redressé péniblement pour m’assoir sur le parapet. Ma perception du monde extérieur était de plus en plus floue. Le soleil m’aveuglait. La rumeur des voitures enflait dans ma tête. Dans un dernier éclair de pensée, j’ai vu se dessiner sur le ciel le visage diaphane de Marie, qui me souriait, rayonnant. Le vertige me prenait. C’était le moment. J’ai attendu qu’un groupe de passants arrive à notre niveau, puis j’ai agrippé le punk en faisant mine de me détacher de lui. Je me suis mis à hurler comme un putois, en disant que je n’avais pas d’argent, qu’il fallait qu’il me laisse tranquille. Les passants horrifiés se sont tournés vers nous, et je me suis laissé tomber à la renverse. »

À propos de l’auteur
François Szabowski est un écrivain né en 1977. Il a notamment publié aux éditions Les Forges de Vulcain : Les femmes n’aiment pas les hommes qui boivent ; Il n’y a pas de sparadraps pour les blessures du cœur ; Les majorettes, elles, savent parler d’amour ; Il faut croire en ses chances ; La famille est une peine de prison à perpétuité et autres proverbes. (Source : Éditions Le Tripode)

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 RLN2017

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L’été en poche (51)

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Parce que je t’aime

En 2 mots
L’histoire de ce couple dont la fille a disparu est habilement menée. Le mari ne se remet pas de cette perte au point de quitter son existence aisée pour sombrer dans une sorte d’errance cathartique, l’épouse cherche à compenser le vide en se jetant à corps perdu dans la musique.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis du… Figaro Magazine
« La mécanique Musso est d’une implacable efficacité. (…) Les personnages sont dotés d’une fragilité extrêmement touchante et d’une humanité qui nous ficelle viscéralement à eux. Chez Musso, l’émotion a des accents majeurs. Et c’est là son plus bel atout. »

Vidéo


Guillaume Musso parle de «Parce que je t’aime». © Production minnyfee

L’un l’autre

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En deux mots
Une famille zurichoise rentre de vacances. Tandis que la mère vaque aux occupations ménagères, le père décide de s’en aller. Une fugue qui va se transformer en quête existentielle, en réflexion sur le couple.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

L’un l’autre
Peter Stamm
Christian Bourgois éditeur
Roman
traduit de l’allemand par Pierre Deshusses
176 p., 17 €
ISBN: 9782267029864
Paru en janvier 2017

Où?
Le récit est situé en Suisse, d’abord dans la région zurichoise puis le long d’une randonnée qui va jusqu’à la Muotathal, en passant par Winterthour, Lachen, Frauenfeld. Des vacances en Espagne et Barcelone y sont évoquées ainsi que des séjours en France, Irlandie, Italie et Allemagne.

Quand?
L’action se déroule de nos jours

Ce qu’en dit l’éditeur
C’est la fin de l’été dans une petite bourgade suisse. Une famille rentre de vacances, elle s’apprête à reprendre le cours d’une existence paisible : Astrid est une mère dévouée, Thomas est un père aimant, Ella et Konrad, élèves de collège, semblent épanouis. Rien ne semble présager la situation à laquelle ils vont se trouver confrontés. Lorsque Astrid se réveille le matin suivant, Thomas est parti. Commence alors une longue errance à travers les montagnes, vers une nouvelle vie.
Le roman de Peter Stamm, qui s’ouvre sur une vie de famille et un retour au quotidien décrit à l’unisson, alterne progressivement les points de vue de Thomas et d’Astrid, comme pour trouver un sens au départ, à la disparition thème majeur de l’œuvre de l’auteur ce, jusqu’à la chute de Thomas dans une crevasse. À la vie à la maison, avec les enfants peu compatissants et un irrépressible désir de revenir en arrière, s’oppose la vie sur les routes, la nature et la volonté de se confronter à son hostilité.
Avec un style dépouillé et sobre, sans jugement de valeur ou de résolution définitive, l’écrivain suisse s’interroge encore une fois sur la notion de couple et de solitude propre à chaque être humain. Qu’est-ce qui lie deux personnes entre elles et jusqu’à quel point ? Quelles sont les limites de notre compréhension de l’autre ?
« Une lecture attentive permet de voir tout le raffinement de la langue. […] Il y a chez Stamm un véritable suspense – et quelque chose qu’il est en même temps impossible d’expliquer par le simple réalisme. » Die Welt
« La façon dont Stamm sait rendre plausible l’insaisissable et décrire les univers affectifs de ses personnages, c’est de la grande littérature. » Buchmarkt

Ce que j’en pense
Il faut se méfier des habitudes, des rituels du quotidien. Ce nouveau roman de l’un des plus brillants défricheurs de l’âme humaine, l’auteur Suisse alémanique Peter Stamm, vient en faire la brillante démonstration. Quand la vie semble aussi bien réglée qu’une montre helvète, il se peut fort bien qu’elle devienne oppressante. Au point de vouloir à tout prix changer les choses. Au retour de leurs vacances en Espagne, Thomas, Astrid et leurs enfants Ella et Konrad retrouvent leur pavillon de la banlieue zurichoise. Pendant que la nuit tombe, on prend un dernier verre autour de la table du jardin en lisant la presse dominicale. Astrid s’occupe de coucher les enfants puis de défaire les valises. Elle va lancer une première machine de linge, rejoindre quelques minutes son mari avant d’aller se coucher à son tour.
À son réveil le lendemain matin, les deux verres sont encore sur la table, l’un est encore à moitié plein. Mais Thomas n’est plus là.
En attendant son retour, on vaque au quotidien. Les enfants vont à l’école, Astrid va faire quelques longueurs à la piscine. Les heures s’écoulent jusqu’au moment où l’inquiétude commence à prendre le dessus, car Thomas ne donne plus de nouvelles.
Le chef de famille a pris la clé des champs. Au lieu de rejoindre sa femme, il a ouvert le portail et cheminé dans les rues, sans autre but que de s’éloigner. Le lecteur va le suivre dans son errance au fil des jours. Une randonnée qui va le conduire bien au-delà du pays, pour reprendre le titre original du livre Weit über das Land.
Car outre le côté introspectif pour l’un et l’autre – sans doute l’aspect essentiel du livre – la fugue de Thomas nous permet de découvrir une partie de la Suisse allant du canton de Zurich à celui du Tessin, en passant notamment par la Suisse centrale et notamment le canton de Schwytz. Outre les vaches et les croix en tout genre, le marcheur sera témoin de l’urbanisation croissante du pays. Il lui faudra aussi lutter avec une météo assez médiocre, la pluie et le froid venant le surprendre.
C’est du reste en obligeant Thomas à se concentrer sur les aspects vitaux de son parcours – où passer la nuit ? Où trouver à manger ? Comment éviter les rencontres désagréables – que Peter Stamm pousse son lecteur à chercher par lui-même quelles peuvent être ses motivations profondes.
Pour Astrid les choses sont à la fois plus simples et plus difficiles. Après quelques jours, elle est contrainte de signaler la disparation de son mari à la police, même si elle préférerait que cela ne se sache pas trop. Comme chaque personne adulte est libre de circuler dans le pays comme elle l’entend, il n’est du reste pas question de lancer une chasse à l’homme. Mais la consultation de son relevé bancaire peut livrer des indices. Du côté de Frauenfeld, il s’est équipé de tout le matériel nécessaire à la randonnée et a retiré de l’argent liquide. Astrid va en avoir confirmation en se rendant sur place, mais ne pourra cependant localiser son mari dont les traces vont se perdre. Avec ses enfants, elle va devoir apprendre à vivre avec l’absence. « Mais soudain elle sut que Thomas ne serait pas là non plus pour le dîner, et demain non plus. Cette idée lui coupa la respiration, il ne s’agissait pas d’inquiétude, elle était prise d’une peur qui la paralysait, comme si elle savait déjà ce qui allait arriver. »
La plume de Peter Stamm est d’abord descriptive, faite de choses vues, de notes prises sur le vif, elle retrace les emplois du temps mais ne porte jamais de jugement. Tout juste s’autorise-t-elle à rendre compte des interrogations, des hypothèses émises par l’un et l’autre. C’est ce style à la fois dépouillé et très précis qui donne toute sa force à cette quête. Après l’histoire de Gillian et Matthias dans Tous les jours sont des nuits, voici une nouvelle version du thème de prédilection de l’auteur, cette relation particulière que forme les couples. Et contrairement à ce que l’on peut imaginer, l’amour y tient aussi cette fois, un rôle majeur.

Autres critiques
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Télérama (Marine Landrot)
BibliObs (Didier Jacob)
Libération (Frédérique Fanchette)
Philomag (Philippe Garnier)
Le Temps (Julien Burri)
En attendant Nadeau (Norbert Czarny)
Les Échos (Ph. C.)
La Croix (Patrick Kéchichian)
Blog Le Nez dans les livres

Extrait
« Thomas se leva et s’engagea sur le petit chemin de gravier qui longeait la maison. Arrivé à l’angle du mur, il hésita un instant avant de se diriger vers le portail du jardin avec un sourire étonné qu’il percevait plus qu’il ne le ressentait. Il souleva le portail en l’ouvrant pour qu’il ne grince pas, comme il le faisait adolescent, quand il rentrait tard d’une fête et ne voulait pas réveiller ses parents. Il avait beau être parfaitement sobre, il avait l’impression d’avancer comme un homme ivre, lentement, vérifiant bien à chaque fois où il posait le pied. Il descendit la rue, passa devant les maisons des voisins qui lui paraissaient de moins en moins familières à mesure qu’il s’éloignait. » (p. 14)

Les premières lignes du livre


Présentation du livre par l’auteur © Production Libraire Mollat

À propos de l’auteur
Peter Stamm est né en 1963 en Suisse. Après des études de commerce, il a étudié l’anglais, la psychologie, la psychopathologie et l’informatique comptable. Il a longuement séjourné à Paris, New York et en Scandinavie. Depuis 1990 il est écrivain, après avoir aussi été journaliste. Il a rédigé une pièce pour la radio, plusieurs pièces pour le théâtre et a collaboré à de nombreux ouvrages. Il a été rédacteur en chef du magazine Entwürfe für Literatur. Il a obtenu en 1998 le Rauriser Literaturpreis pour son premier roman, Agnès. Originaire de Thurgovie, il vit actuellement à Winterthur. (Source : Editions Christian Bourgois / Peter Stamm)

Page Wikipédia de l’auteur 
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