la mer monte

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Sélectionné pour le « Prix Orange du livre 2019 »

En deux mots:
En 2042 le monde aura bien changé, d’une part en raison des progrès technologiques, mais aussi en raison des dérèglements climatiques. Lisa nous en raconte le quotidien tandis que sa mère se rattache à ses souvenirs du début des années 2000. Un chassé-croisé fort intéressant.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

2042, odyssée de la planète

Aude Le Corff a trouvé une manière habile de traiter de la question environnementale. Dans «La mer monte», elle confronte le quotidien de Lisa en 2042 aux souvenirs de sa mère Laure.

Nous sommes à Paris, Boulevard des Batignolles. Sortant du métro station Rome, Lisa se hâte de rentrer chez elle pour n’avoir pas à affronter la forte chaleur qui écrase la ville malgré les mesures prises, à savoir «blanchir les toits, les trottoirs, les façades, ventiler, ombrager les différents espaces». Lorsque s’ouvre la porte de son appartement, qui l’a reconnue, elle aura pu apprécier le quai végétalisé, entendre les drones omniprésents, écouter les conseils de créatures virtuelles, admirer les fougères arborescentes, se faire héler par une vendeuse de sandales connectées.
En cette année 2042, son interlocuteur virtuel lui aura résumé les données enregistrées sur sa santé: «Vous avez ri quatre fois, ce qui est bon pour votre santé, et à part trois élévations dues au stress, votre rythme cardiaque est resté stable. Votre tension est normale. Vous n’avez marché que vingt-deux minutes, contre quarante préconisées par le ministère de la Santé, nous vous conseillons demain de sortir à la station Courcelles, et de finir votre trajet à pied afin de ne pas devenir obèse.»
On imagine tout à la fois le bénéfice de ces informations et l’agacement que peut provoquer cette surveillance permanente. Lisa n’a du reste pas envie d’en savoir plus. Pas plus qu’elle n’a envie de rappeler sa mère qui a déjà essayé de la joindre à trois reprises. Elle se fait livrer son repas du soir, et après un passage sous le jet brumisateur, enfile sa tunique d’intérieur avant de s’affaler sur le canapé pour regarder un épisode de sa série préférée en réalité virtuelle avec Topor, son compagnon qu’elle n’appelle plus «robot» depuis bien longtemps.
On imagine le plaisir qu’à pu avoir Aude Le Corff à imaginer notre quotidien dans un peu plus de deux décennies, ne se contentant pas des trouvailles techniques, mais aussi de dresser cette évolution de la société vers davantage d’individualisme, la plupart des appartements étant désormais conçus pour des personnes seules. Le second sujet qui préoccupe la population, ce sont les effets du dérèglement climatique et l’afflux de réfugiés, venant notamment des côtes françaises: «La maison de mon enfance, sur la pointe nord de l’île de Ré, a subi de nombreux dégâts. Le salon a pris l’eau plusieurs fois, elle n’est plus habitable. Un héritage englouti, et tant de souvenirs près du phare des Baleines à présent inaccessible. La plupart des insulaires ont déménagé, la plage sur laquelle je jouais petite n’existe plus, avalée par la mer qui est montée bien plus vite que ne l’avaient prédit les scientifiques. Les digues renforcées n’ont pas résisté longtemps.»
C’est dans cette maison, aujourd’hui rayée de la carte, que sa mère a appris qu’elle ne reverrait pas son fiancé, parti quelques jours plus tôt rendre visite à sa famille en Toscane. Sans davantage d’explications, il déménage en Australie, laissant Laure dévastée.
Un mystère que Lisa va essayer de percer en découvrant les agendas de sa mère, en creusant dans les étapes de sa vie depuis sa naissance durant la canicule de 2003, en passant par les différentes catastrophes naturelles qui ont conduit de «l’ère de la pollution sans conscience à l’ère écologique dure».
Un mystère qui va tenir le lecteur en haleine, qui va illustrer les relations difficiles entre mère et fille, et qui va donner au roman une dimension psychologique supplémentaire. D’autant que l’épilogue est aussi habilement construit que le livre lui-même.
Comme l’ont relevé certains membres du jury du Prix Orange du Livre 2019, il n’est somme toute pas si fréquent que les écrivains s’emparent de problématiques actuelles comme le réchauffement climatique. Aude Le Corff relève le pari haut la main.

La mer monte
Aude Le Corff
Éditions Stock
Roman
248 p., 19,50 €
EAN 9782234087187
Paru le 03/03/2019

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Paris.

Quand?
L’action se situe en 2042, avec des retours en arrière jusqu’en 2003.

Ce qu’en dit l’éditeur
Lisa vit seule à Paris dans un appartement connecté. Dehors, le chant des cigales est aussi accablant que la chaleur, les drones filent entre les immeubles et surveillent les habitants, des créatures virtuelles parlent aux piétons. Nous sommes en 2042. Des catastrophes naturelles ont frappé le monde, forçant les dirigeants à entamer une transition écologique radicale. La jeune femme participe à cette nouvelle société mais aspire à plus de liberté. Quant à Laure, sa mère, elle cherche des remèdes à son anxiété. Depuis l’enfance, Lisa s’interroge. Quel évènement a bouleversé sa mère dans les années 90? Pourquoi un tel silence autour? Le journal de Laure et l’enquête de Lisa en dévoileront peu à peu les clés.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Blog Le boudoir de Nath 
Blog Les livres de K79
Blog Charlie et ses drôles de livres
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Lisa
Le chant des cigales sature l’atmosphère. Du lever au coucher du soleil, leur vacarme résonne jusque dans les couloirs du métro parisien. Station Rome, quelques personnes se dirigent comme moi vers la sortie, fendant la brume rafraîchissante qui plane sur le quai végétalisé. Je marche d’un pas pressé entre les fougères arborescentes sans prêter attention à la femme virtuelle qui vante les mérites de sa paire de sandales connectées. À droite de mon champ visuel, un message clignotant que je supprime aussitôt m’incite à rappeler ma mère. Elle a tenté de me joindre trois fois pendant mon travail. Je sens poindre l’irritation familière.
Dans l’escalator, chacun se prépare à l’éblouissement qui va suivre, c’est comme un flash dont l’effet semble décuplé par le tumulte des insectes. Je cherche mes lunettes de soleil tandis que l’homme devant moi déplie un large chapeau sur la tête de son fils. Un air compact et oppressant pénètre dans le souterrain.
Nous ne sommes qu’en avril, mais il fait particulièrement chaud cette année. Malgré les efforts controversés de la Mairie pour atténuer les effets du climat perturbé, blanchir les toits, les trottoirs, les façades, ventiler, ombrager les différents espaces, notre inconfort dans les rues demeure.
Boulevard des Batignolles, la porte de mon immeuble s’entrouvre à mon approche. Je suis à peine entrée dans l’ascenseur qu’il me propulse au cinquième étage. Une voix masculine s’élève :
– Bonsoir, Lisa, j’espère que votre journée a été agréable. Vous avez ri quatre fois, ce qui est bon pour votre santé, et à part trois élévations dues au stress, votre rythme cardiaque est resté stable. Votre tension est normale. Vous n’avez marché que vingt-deux minutes, contre quarante préconisées par le ministère de la Santé, nous vous conseillons demain de sortir à la station Courcelles, et de finir votre trajet à pied afin de ne pas devenir obèse.
– Obèse?
– Oui, vous pesez sept kilos de trop par rapport à votre poids de forme, contre six la semaine dernière.
– Toujours aussi délicat…
– Respirez profondément lorsque vous sentez la nervosité monter, ceci afin d’épargner à votre cœur un emballement excessif et inutile.
J’ignore son doucereux « au revoir, Lisa » et pousse la porte de mon appartement qui elle aussi m’a identifiée.
L’entrée obscure s’éclaire sur mon passage. L’aspirateur a silencieusement œuvré une partie de la journée entre les pièces, les quelques miettes sur le tapis du salon ont disparu. Je me sers un verre d’eau tandis que la voix, féminine cette fois, me propose sur un ton enjoué de passer une commande pour le dîner. Je soupire puis j’accepte. Mon frigo est vide, et il fait trop chaud pour cuisiner. Je n’ai qu’une envie, me détendre sous le jet brumisateur, enfiler ma tunique d’intérieur et m’affaler sur le canapé.
La voix m’informe que la septième saison de ma série favorite, Crazy Women in the Nineties, est disponible. Mon exclamation joyeuse retentit dans l’appartement et ma douche est remise à plus tard. Je m’installe confortablement et m’apprête à lancer un épisode en réalité virtuelle, lorsqu’une sensation de malaise m’envahit. Ma mère. J’hésite mais la culpabilité me gâcherait la soirée. Je demande sans entrain à écouter ses messages.
Topor vient se pelotonner sur mes genoux et, en ronronnant, diffuse une fraîcheur agréable le long de mes cuisses et contre mon ventre.
Les trois messages disent à peu près la même chose, avec une impatience grandissante.
Lisa, tu ne m’as pas appelée cette semaine, j’ai peur que tu te renfermes sur toi, tu vois des amis? Tu parles plus à ta grand-mère qu’à moi, ça m’exaspère.
Je ne peux m’empêcher de singer son ton inquiet et ses mimiques angoissées. L’entendre fait vibrer au creux de ma poitrine un mélange ancien de terreur irraisonnée, d’affection et de frustration. Mon regard glisse sur l’ameublement minimaliste, une table basse, des étagères garnies de livres et de photos encadrées de Paris au XXe siècle. Peu de fantaisie, pas de jouets. Je prends conscience de ma solitude avec un léger pincement au cœur, mais je me ressaisis. C’est moi qui désire vivre ainsi. »

Extrait
« La maison de mon enfance, sur la pointe nord de l’île de Ré, a subi de nombreux dégâts. Le salon a pris l’eau plusieurs fois, elle n’est plus habitable. Un héritage englouti, et tant de souvenirs près du phare des Baleines à présent inaccessible. La plupart des insulaires ont déménagé, la plage sur laquelle je jouais petite n’existe plus, avalée par la mer qui est montée bien plus vite que ne l’avaient prédit les scientifiques. Les digues renforcées n’ont pas résisté longtemps.
L’île a perdu la moitié de sa surface, les marais salants à l’ouest ont été absorbés par la mer, dessinant des îlots reliés par des routes submersibles ou des cordons dunaires truffés de pieux en béton. Cet archipel est devenu un sanctuaire pour les oiseaux migrateurs ; des grues cendrées, des ibis, des cigognes ou des balbuzards pêcheurs occupent les jardins abandonnés, dans lesquels flottent parfois une vieille planche à voile, une poupée, un ballon négligés par les bandes de pillards qui ont écumé l’île à chaque tempête. »

À propos de l’auteur
Aude Le Corff a travaillé en entreprise puis dans l’accompagnement humain avant de se consacrer à l’écriture. Ses chroniques de blog ont été primées par la rédaction du magazine Elle en 2009. Elle a publié chez Stock Les arbres voyagent la nuit et L’Importun. (Source : Éditions Stock)

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J’ai vu un homme

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J’ai vu un homme
Owen Sheers
Rivages
Roman
traduit de l’anglais par Mathilde Bach
352 p., 21,50 €
ISBN: 9782743633219
Paru en août 2015

Où?
Le roman se déroule principalement à Londres, mais aussi aux Etats-Unis, à New York, et au Pakistan.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Michael laisse planer le doute jusqu’à la dernière page, tel un héros de Hitchcock. Est-il simplement un mari détruit par la mort de sa femme, reporter de guerre tuée au Pakistan ? Ou un personnage manipulateur ? J’ai vu un homme est un formidable page-turner, dans la lignée de Samedi de Ian McEwan. Histoire d’amour, portrait d’un monde globalisé qui a banalisé la violence, récit d’un deuil, ce roman magnifique sera publié dans une douzaine de pays et s’annonce comme un succès international.

Ce que j’en pense
****
En refermant ce livre, une image m’est revenue en mémoire. Terrible. Celle de ce film montrant une bavure de l’armée américaine lors de la guerre en Irak. En juillet 2007, deux journalistes de l’agence Reuters et deux enfants ont notamment été tués «par erreur» par des tirs de l’armée américaine.
C’est une histoire semblable qui sert de point de départ au roman du Gallois Owen Sheers, en s’attachant aux conséquences d’un tel acte, à ce que l’on appelle prudemment les dégâts collatéraux, et qui feront trois victimes supplémentaires. Michael Turner est la première à entrer en scène. En rencontrant Caroline, ce journaliste devenu écrivain, a trouvé non seulement une âme sœur ¬– elle est grand reporter – mais au fil des semaines, elle devient aussi son épouse et la future mère de leurs enfants. Mais le rêve se brise lors d’un reportage au Pakistan. Un drone de l’armée américaine fait exploser son convoi. Michael se retrouve veuf, désemparé et cherche à tromper sa peine en partant s’installer à Londres. En emménageant, il croise son voisin Josh Nelson.
Ce banquier est la seconde victime. En décidant de prendre son voisin sous son aile protectrice, en lui faisant partager sa vie de famille, il ne se doute pas combien des conséquences de sa bonne action. Michael devient si proche de Josh, de Samantha son épouse et des enfants qu’il n’hésite pas à pénétrer dans l’appartement du voisin quand il constate qu’une porte est restée ouverte. Il voulait simplement récupérer un tournevis. Seulement voilà, en le voyant, la fille bascule de l’escalier et se tue. Michael décide de fuir. La suite ne se raconte pas, je vous laisse la découvrir tant elle est bien racontée.
Reste la troisième victime, le commandant McCullen. Il s’agit d’un pilote de drones sur une base près de Las Vegas. C’est lui qui a tué par méprise, Caroline. Et qui ne supporte plus cette mort qu’il a sur la conscience et qui, pour sa hiérarchie, fait partie des «risques du métier». Mc Cullen décide quant à lui de prendre la plume et d’écrire à Michael. Plus pour mettre des mots sur le drame qu’il vit que pour s’excuser. Puis, il prend la route, entend essayer de se reconstruire en vivant une nouvelle vie on the road again
La force de ce roman est de mettre en scène ces trois hommes qui ne sont pas coupable, mais qui tous se sentent responsables de la situation dramatique qu’ils ont contribué à engendrer. Comment peuvent-ils continuer à vivre avec ce poids ? Construit comme une enquête qui rend vite le lecteur addictif (on sent par exemple très bien sur les pas de Michael que quelque chose n’est pas normal dans la maison de son maison), excellent dans l’analyse psychologique, voilà sans aucun doute l’un des romans étrangers les plus réussis de la dernière rentrée littéraire. Ne passez pas à côté, comme j’aurais pu le faire sans le pouvoir de persuasion d’un libraire passionné, dont c’est ici l’occasion de souligner combien ils demeurent indispensables !

Autres critiques
Babelio
L’Express (Marianne Payot)
France Inter (L’humeur vagabonde – Kathleen Evin)
Blog Fragments de lecture (Virginie Neufville)
Blog A l’ombre du noyer
On l’a lu (Interview)
Blog Sur mes brizées
Blog Les chroniques assidues

Extraits
« L’événement qui bouleversa leur existence survint un samedi après-midi de juin, quelques minutes à peine après que Michael Turner, croyant la maison des Nelson déserte, eut franchi le seuil de la porte du jardin. Ce n’était que le début du mois, mais Londres se boursouflait déjà sous la chaleur. Les fenêtres béaient le long de South Hill Drive. Garées des deux côtés de la route, les voitures bouillaient, brûlantes, leurs carrosseries prêtes à craqueler au soleil. La brise du matin s’était retirée, laissant la rangée de platanes parfaitement immobile. Les chênes et les hêtres du parc alentour ne bruissaient pas davantage. La vague de chaleur s’était abattue sur la ville une semaine plus tôt, et cependant les herbes hautes qui s’étendaient hors de l’ombre protectrice des arbres commençaient à jaunir.
Michael avait trouvé la porte du jardin des Nelson entrouverte. Il s’était penché dans l’entrebâillement, l’avant-bras appuyé au cadre de la porte, et avait appelé ses voisins. »

« De la même manière , Michael trouvait un certain soulagement à ce que Caroline soit une inconnue pour Josh et Samantha. Josh croyait bien avoir vu l’un de ses reportages une fois dans un hôtel à Berlin, mais il n’en était pas persuadé. Ce qui était sûr , en revanche, c’est que ni l’un ni l’autre ne l’avaient jamais rencontrée en personne. A leurs yeux, sa mort était juste un événement dans la vie de Michael. Une chose avec laquelle il était arrivé à leur porte, comme avec le reste de son passé, alors qu’avec ses amis d’avant, il se sentait lesté d’une perte. Pour Samantha et Josh, Caroline n’existait qu’à travers ce que Michael racontait. Quand il leur parlait d’elle, il s’entendait raconter sa vie, et non sa mort. Ainsi, pour eux, il n’y avait pas d’ »avant » Caroline, il n’y avait que l’écho d’un être, qui résonnait encore chez cet homme assis à leur table, non pas comme une absence mais comme une partie de lui. » (p. 91)

« Las Vegas fournissait à l’Amérique des versions du monde, afin que l’Amérique n’ait pas besoin de s’y aventurer. D’autres pays, d’autres lieux étaient ainsi simultanément rapprochés et tenus à distance. Exactement comme ils l’étaient sur ces écrans qu’il observait à Creech. »  (p. 260)

A propos de l’auteur
Owen Sheers, né en 1974 aux îles Fidji, a grandi au pays de Galles. Ecrivain, poète et dramaturge, il a remporté de nombreux prix et publié plusieurs romans, dont Résistance traduit en français. (Source : Editions Payot & Rivages)

Site Wikipédia de l’auteur

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