Chicago

RICHEZ_chicago

 RL2020

En deux mots:
Ramona a choisi de s’expatrier pour apprendre le français aux universitaires de Chicago. Avide de découvertes, elle va faire la connaissance d’un garagiste et d’une esthéticienne et passer avec eux une année très particulière.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Mon année à Chicago

À la suite d’un séjour à Chicago en 2009 Marion Richez a écrit son premier roman. Il paraît aujourd’hui et raconte une belle histoire d’amitié entre une prof de français, un garagiste et une esthéticienne.

Les hasards de l’édition nous offrent en cette rentrée littéraire deux romans qui ont pour cadre Chicago. Après La femme révélée de Gaëlle Nohant qui nous offre de visiter la ville dans les années 1950-1970, voici en quelque sorte la suite de la balade dans le Chicago d’aujourd’hui. Il met en scène Ramona, une prof de français, qui part enseigner une année dans la plus grande ville du Midwest. Un prénom qui dissimule le côté autobiographique du séjour qui aura permis à Marion Richez de faire ses premiers pas de romancière.
En effet, dans un entretien accordé au journal Le Populaire du centre (la famille de Marion Richez s’est installée dans la Creuse) en septembre 2014, au moment où sortait son premier roman L’Odeur du minotaure, elle expliquait qu’elle rêvait de devenir écrivain ou journaliste, avant d’ajouter «J’ai écrit mon premier roman en 2009 à Chicago lors d’un échange universitaire. J’avais besoin pour écrire de cette distance avec l’Europe. Ici, on est écrasé. Ce texte n’a pas été publié mais il m’a permis d’être remarquée par Sabine Wespieser». Achevé en janvier 2012, le voici retravaillé et publié.
Pour une française qui débarque dans la troisième ville des États-Unis, l’adaptation n’est pas facile, même quand on a l’esprit ouvert et qu’on est prête à s’adapter à l’American Way of Life. Il s’agit d’abord d’appréhender la géographie, l’espace, les dimensions, oublier qu’il n’existe pas comme en France une topographie basée sur un centre-ville autour duquel on peut s’orienter, mais plutôt quelques points de repère, le campus, le centre historique, le lac Michigan, les gratte-ciel de Downtown, le Loop. Et si on imagine à première vue qu’un plan en damiers est aisé à appréhender, il faut pouvoir relier distance et durée pour évaluer qu’entre la 10e et la 20e rue il faut compter une bonne demi-heure. Passés les premiers jours, Ramona s’enhardit et découvre aussi bien les faces sombres, les gamins noirs appréhendés par la police, placés en ligne les mains dans le dos, que la richesse culturelle et cette superbe représentation du Faust à l’opéra lyrique. Au fil des semaines, elle va se confronter au blizzard, se jurer que cet hiver sera le dernier qu’elle aura à affronter, avant de découvrir le soleil du Wisconsin qui fait oublier le froid. Mais elle va surtout faire une rencontre capitale. Jonathan, ce grand jeune homme qui est tout autant passionné qu’elle par la musique, va partager ses émotions avec Ramona, lui présenter son amie Suzanne. Très vite, leurs affinités électives vont en faire un trio de plus en plus proche. «Tous les trois attendant de se revoir, le samedi suivant ; et le souvenir des deux autres, la semaine, ressemble au printemps logé secrètement dans l’hiver.»
Une belle histoire d’amitié qui transforme ce séjour et qui rend difficile l’idée de partir. Quand Ramona rejoint son père à Londres pour les fêtes, c’est une déchirure. À son retour Suzanne et Jonathan «lui offrent cette ivresse d’un présent brut, vécu à plein, sans rien sacrifier aux regrets, aux remords, sans non plus se consumer en projets d’avenir.» Car ils savent que désormais le temps est compté, que le départ est programmé.
Marion Richez fait de cette parenthèse américaine un récit sensible, qui balance entre le bonheur d’une expérience enrichissante et la nostalgie d’une rencontre lumineuse, enrichissante.

Chicago
Marion Richez
Sabine Wespieser éditeur
Roman
136 p., 15 €
EAN 9782848053424
Paru le 6/02/2020

Où?
Le roman se déroule principalement aux États-Unis, à Chicago et environs. On y évoque un voyage à Londres et la France.

Quand?
L’action se situe il y a une dizaine d’années.

Ce qu’en dit l’éditeur
Un soir d’automne, Ramona débarque à Chicago avec sa lourde valise et s’installe chez sa logeuse, à quelques blocks du campus. Arrivée d’Europe, elle vient enseigner le français pendant un an. Le lac, l’éclat scintillant de la ville, l’obsession de la performance qu’affichent ses étudiants, de même que leur zèle à se couler dans le moule américain – toute cette efficacité de façade trouble la jeune femme, surtout curieuse de l’envers du décor. Convaincue que «Chicago n’est pas une page blanche d’où surgissent les gratte-ciels», elle part en quête de son cœur battant. Au concert, à l’opéra, elle ne cesse de croiser un étrange jeune homme dégingandé qui semble partout un intrus, mais comme elle entièrement absorbé par l’émotion du spectacle. Quand, dans un club de blues, elle les rejoint, lui et l’amie plus âgée qui l’accompagne, c’en est fait de sa solitude.
Ces trois-là ne vont plus se quitter. En visite de fin d’année chez son père à Londres, Ramona se garde bien de lui révéler qu’elle occupe tout son temps libre à explorer la face cachée de Chicago avec un garagiste et une esthéticienne.
Dans ce beau conte moderne sur une amitié qui se passe de mots, de confidences et d’explications, Marion Richez plonge au-delà des apparences pour toucher au mystère des êtres, et comprendre une part de celui de la ville, indéniablement le quatrième personnage de son roman.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Le Populaire du Centre (Robert Guinot)


Marion Richez présente Chicago © Production Librairie Mollat

INCIPIT (Les premières pages du livre)
Dans l’inconnu des profondeurs un monstre est coi depuis l’origine. On pourrait croire qu’il n’y a seulement là qu’un immense rocher. Les bêtes depuis toujours en connaissent les contours.
Soudain, dans les ténèbres de ces eaux que nulle lumière n’a jamais percées, un craquement terrible retentit; du sol émerge une forme gigantesque. Vase et rocailles se dispersent sous les sillons lumineux que font ses naseaux. Le grand corps bientôt fouit le sol, déployant sa mâchoire de saurien pour engloutir ce qui vient, se donnant la force de chasser des proies plus grandes. Alors il quitte les ténèbres pour s’élever vers la surface, en une lente spirale, aimanté par la clarté des eaux où pénètre la lumière.
Sur son passage flotte le reste déchiré d’une pieuvre géante; il secoue furieusement le corps crémeux d’un calamar, s’en détourne en une volte lente; la méduse phosphorescente au poison protecteur elle aussi disparaît dans sa gueule.
Les requins blancs le sentent et fuient à son approche. Dauphins et baleines donnent l’alarme dans toutes les mers. Bientôt l’océan tout entier sait qu’il est ranimé. Le Léviathan, au cœur comme la pierre des volcans sous-marins, fraie de nouveau dans les eaux du monde.
En sortant du taxi, la première chose qu’elle sent, c’est la moiteur de l’air sur sa peau. La première chose qu’elle entend, c’est le sifflement continu des insectes, cachés dans les branches, qui n’en finissent pas d’expirer leur stupeur d’avoir si chaud. Ramona a soif, déshydratée par ces heures d’avion où l’on n’offre pas d’eau comme en Europe. Le chauffeur réclame cent dollars.
Tout le long du trajet, Ramona avait tantôt étudié le reflet renfrogné de cet homme dans le rétroviseur, tantôt admiré la skyline qui défilait à sa droite, élévation soudaine des tours sur la terre étale du Midwest. Sur sa gauche, le grand lac Michigan n’en finissait pas. Elle règle d’un billet, et le taxi la laisse seule sur le trottoir de Greenwood Avenue. Ramona regarde le cab s’éloigner, sa carrosserie trempée de lumière comme le goudron tout autour. Puis elle cherche des yeux la maison; la vieille femme est déjà sur le perron, sans un sourire. Elle a dû guetter, à travers les rideaux au crochet, l’arrivée de l’étrangère qu’elle logera avec d’autres pour boucler ses fins de mois, et ne pas laisser inoccupées les chambres de l’étage à présent qu’elle est seule.
Marche après marche, Ramona hisse sa valise trop lourde pour elle. Elle découvre le style vieux scandinave du séjour où l’attend son pot d’accueil : une minuscule bouteille d’eau, dont le compte est réglé en trois gorgées. La logeuse souligne avec complaisance cette attention qu’elle a eue: les long-courriers donnent si soif.
Puis elle fait visiter, explique les règles du réfrigérateur, soigneusement compartimenté. Elle indique comment se rendre demain matin au supermarket.
Ramona écoute cette voix prise dans l’accent nasal et traînant de la ville, son anglais de Londres croisant le fer avec cette incarnation nouvelle d’une même langue, qui la rend tout autre.
La vieille femme la conduit péniblement à l’étage: au moins Ramona sait qu’elle n’y sera pas dérangée. Il y a trois chambres ; la plus grande, jaune poussin, est déjà occupée par une Éthiopienne en surpoids qui lui sourit gentiment avant de refermer sa porte. Une autre, encore vide, au bout du couloir près de la buanderie, plus petite et grise, ressemble à un grenier, un nid froid. Ramona choisit celle du milieu, aux murs et au lit blanc crème, l’or du couchant passant par ses fenêtres.
La femme prend congé après avoir bien insisté: les visites ne sont pas autorisées, les hébergements d’amis et autres sont interdits. »
Restée seule, Ramona s’approche d’une des fenêtres, écarte les voilages pour voir le jardinet. Au sol, une mangeoire à oiseaux fixée sur un poteau porte une sorte de collerette, sans doute pour éviter aux rongeurs d’accéder aux graines. C’est bientôt la fin du jour. Le décalage horaire a placé son corps au seuil du vertige. Ses repères sont dissous. Elle se déshabille et tire la couverture sur elle. Elle s’endort comme on
s’éteint. »

Extrait
« Elle raconte Londres et elle sent à leur regard qu’elle transporte encore sur elle la précieuse poudre de l’ailleurs. En retour, ils lui offrent cette ivresse d’un présent brut, vécu à plein, sans rien sacrifier aux regrets, aux remords, sans non plus se consumer en projets d’avenir. » p. 104

À propos de l’auteur
Née dans le Nord en 1983, Marion Richez grandit à Paris puis dans la Creuse ; elle y prend goût au théâtre par la Scène nationale d’Aubusson. Reçue à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, agrégée de philosophie, elle a soutenu un doctorat à Paris-Sorbonne IV sur la conscience corporelle. Ses recherches universitaires s’inscrivent dans une quête générale du mystère du corps et de l’incarnation, qui l’ont amenée à devenir l’élève de la comédienne Nita Klein. Elle a plusieurs fois collaboré à l’émission «Philosophie», diffusée sur Arte, sur les thèmes du corps et de la joie. En 2013, elle a également participé au long métrage documentaire consacré à Albert Camus, Quand Sisyphe se révolte. Elle vit aujourd’hui au Mans, où elle enseigne la philosophie. Sabine Wespieser éditeur avait publié son premier roman, L’Odeur du Minotaure, à la rentrée 2014. Son second roman, Chicago, achevé en janvier 2012, est paru en février 2020. (Source: Sabine Wespieser éditeur)

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Pleurer des rivières

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En deux mots:
Franck et Mériem forment un joli couple, mais ils ont de la peine à subvenir aux besoins de leurs sept enfants. Julien et Séverine forment aussi un joli couple, mais même leur fortune ne leur permet pas d’avoir un enfant. Le jour où Mériem tombe à nouveau enceinte s’esquisse une solution qui pourrait aider les deux couples…

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

La mère, l’enfant et la loi

En racontant l’histoire d’un couple de gitans qui échange son enfant contre un camion, Alain Jaspard relate bien plus qu’un fait divers. Il explore la famille, la filiation, les liens du sang et du cœur. Vertigineux!

C’est lors du pèlerinage aux Saintes-Maries-de-la-Mer que Franck rencontre Mériem. Les deux adolescents découvrent l’amour à la plage, la force du désir et le plaisir sous les caresses du soleil, le chant des oiseaux et ceux de leur grande famille, celle des gitans rassemblés autour du feu au milieu des caravanes. Sans autre forme de procès, le jour de ses quinze ans Mériem épouse Franck, qui n’est guère plus âgé, dans une petite église de Marseille. Quelques semaines plus tard, elle met au monde son premier enfant.
Le jeune couple reprend la route et rejoint la banlieue parisienne où Franck travaille dans le bâtiment, se faisant embaucher sur les chantiers, même s’il préfère récupérer la ferraille avec ses amis. Ce n’est pas de tout repos, mais cela permet de nourrir la famille qui ne cesse de s’agrandir. Car si Franck est un chaud lapin, Mériem n’est pas en reste. N’ayant recours à aucun moyen de contraception et ne voulant pas entendre parler d’IVG, elle va mettre au monde sept enfants.
« Nourrir toutes ces bouches était devenu harassant, Franck s’épuisait au boulot, sans râler, du courage à revendre, quand fallait y aller il y allait, avec Sammy ou sans Sammy, le campement le trouvait aussi vaillant au plumard qu’au boulot, on le respectait. Quant à Mériem, elle se serait bien passée de toutes ces grossesses, ces vergetures, ces hanches en cruche, ce ventre flasque, mais elle aimait ses mômes, louve en furie pour qui lèverait une main sur eux… »
Aussi, et même si c’est à contrecœur, il accepte de suivre Sammy qui lui propose un «coup sûr», voler plusieurs tonnes de cuivre sous la forme de câbles servant à alimenter le plateau de tournage d’un film. L’opération va être un fiasco et ils vont se retrouver en prison.
C’est là que Franck va croiser la route de Julien, avocat commis d’office. Ce dernier va réussir à obtenir la relaxe de Franck et à faire condamner ses acolytes en sursis à des peines mineures. Leur relation pourrait s’arrêter là. Sauf que Séverine, l’épouse de Julien, n’arrive pas à avoir d’enfant. Ils ont pourtant tout essayé. Mériem, quant à elle, est plutôt gênée d’annoncer qu’elle est à nouveau enceinte…
Et si Mériem donnait son fils à Séverine, cela arrangerait tout le monde.
Alain Jaspard construit très subtilement son roman, faisant de cette proposition une sorte d’évidence qui va finir à s’imposer à tous. Séverine et Mériem se lient d’amitié, Julien ôtera une grande épine du pied à Franck en lui offrant un nouveau camion, le scénario de l’échange se construit un peu comme les livres pour enfants que dessine Séverine, avec l’idée de rendre sympathiques les animaux qui ne le sont pas à priori.
Mériem tente de cacher son ventre qui grossit tandis que Séverine fait grossir artificiellement le sien. Tous les protagonistes étant d’accord sur les termes de l’échange, il n’y a aucun souci à se faire. Sauf que…
L’épilogue de ce premier roman, qui ferait sans doute un excellent film, vous réserve encore quelques rebondissements. Mais il va surtout vous plonger dans des abîmes de réflexion sur ce qui fait une famille, combien sont intangibles les liens du sang ou encore sur le destin offert aux enfants «bien nés» par rapport à ceux dont les parents sont marginaux. L’auteur laisse à chacun d’entre nous la liberté de s’indigner ou de se féliciter. C’est aussi en cela qu’il est grand.

Pleurer des rivières
Alain Jaspard
Éditions Héloïse d’Ormesson
Roman
192 p., 17 €
EAN : 9782350874746
Paru le 23 août 2018

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Paris et dans la région parisienne, à Colombes, Bagneux, Argenteuil, Pontoise, Nanterre, Sainte-Geneviève-des-Bois, Fleury-Mérogis ou encore Montreuil. On y évoque aussi le sud de la France, d’Aix-en-Provence à Manosque, en passant par Quinson, Saint-Martin-de-Brômes ou Riez-la-Romaine ainsi que les Saintes-Maries-de-la-Mer et Marseille.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Enfreindre la loi peut se révéler fatal. Julien, brillant avocat, le sait mieux que personne. Pourtant, lorsqu’il parvient à obtenir la relaxe de son client, Franck, un Gitan d’Argenteuil, il n’imagine pas que leurs épouses respectives vont les entraîner dans une folle aventure. Pour les deux jeunes femmes, complices inattendues, une seule question se pose: quand on fait le bien, où est le mal?
Pleurer des rivières donne voix et chair à ceux que l’on n’entend plus, remisés à l’écart des consciences. Sans misérabilisme, ce roman rythmé, incisif, explore les clivages qui défigurent la société. Loin de s’engouffrer dans une dénonciation au vitriol, Alain Jaspard éclaire les multiples visages de la détresse et porte sur les êtres un regard plein d’indulgence.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Livres Hebdo (Léopoldine Leblanc)
Actualitté (Clémence Holstein)
Page des libraires (Françoise Gaucher, Librairie Le coin des livres, Davézieux)
Blog Agoravox (Jean-François Chalot)


Héloïse d’Ormesson et Alain Jaspard présentent Pleurer des rivières © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre
« Il la couvrait de baisers, arrachait son fichu, dénouait sa natte, une cascade de boucles fauves dégringolait en ribambelles sur son dos, le vent s’en mêlait, chaleureux. Il l’allongea sur un lit de sable et d’herbes du printemps, il releva sa longue jupe orangée, découvrit ses seins, deux minuscules tétons roses, son ventre, ses cuisses, c’était la première fois qu’il voyait tant de beauté. Elle souleva ses reins, il enleva sa culotte, parcourut de ses lèvres sa peau blanche, elle souriait, elle attendait. Quand il la pénétra avec une tendresse maladroite elle eut mal, elle poussa un cri. Il se figea mais ce fut elle qui appuya sur ses fesses pour qu’il continue son va-et-vient, petit à petit elle sentit son corps s’emplir de douceur, elle fut submergée, comme noyée de plaisir, son souffle se mua en gémissements. Il jouit vite, trop vite, dans un long râle. Pas elle.
Il se laissa rouler sur le dos, elle l’embrassa. Ils restèrent immobiles et muets un long moment, des bouffées de guitare parvenaient du campement, des oiseaux sifflaient dans le marais, le soleil se faufilait au travers du bouquet de tamaris faisant danser des taches claires sur leur peau. Elle toucha son sexe humide, visqueux, sa main était rouge de sang.
Toute sa vie elle s’en souviendrait: il ramassa sa culotte blanche et se dirigea vers le marais, elle le regardait marcher les fesses à l’air, elle riait. Il rinça sa bite dans l’eau saumâtre puis trempa la culotte, revint vers elle et s’en servant de linge lava son ventre, son cul, sa chatte. Et il lécha son ventre, salé, frais.
Ils rêvèrent un moment. Très loin, des Gitans venus d’Andalousie chantaient de courtes phrases musicales implorantes qu’ils appellent des saetas, flèches décochées vers une madone de plâtre peint surgie des flots de la Méditerranée – ce «chant profond» déchirant de mysticisme, mélange de cultures de réprouvés Berbères, Juifs, Nègres des négriers de Cadix, ravalés par la rapacité populaire au rang de nomades voleurs de poules et diseuses de bonne aventure, qui fit passer un tremblement de désir dans le dos de Mériem.
C’est elle qui recommença. Elle voulait connaître ce sexe dur de l’homme qui l’avait déflorée, elle se pencha sur lui, contempla cette drôle de chose toute molle, s’en amusa, la caressa, la prit dans sa bouche, l’amour ça s’apprend vite, la chose molle au goût salé devint vite très dure, elle rit encore, fière de son pouvoir. Il voulut voir son cul, elle se mit sur le ventre, il submergea cette croupe laiteuse de baisers, le cœur battant la chamade, il la prit comme ça, à quatre pattes, sa joue dans le sable, les mains crispées sur des touffes d’herbe, dans le tintamarre d’une multitude multicolore de colliers, de boucles, de bracelets de pacotille. Haletants, gémissants. Là elle jouit.
La fête dura deux semaines, le temps du pèlerinage. Chaque jour ils retrouvaient leur bouquet de tamaris, leur lit de sable, ils l’avaient attendri en le couvrant de brassées d’herbe sèche. C’était encore des enfants, leurs jouets c’était leur corps, leurs jeux étaient érotiques, il y avait le soleil, le marais, les oiseaux, les guitares, les chants. Ce serait les plus beaux jours de leur vie.
On les maria le jour de ses quinze ans, lui n’en avait guère plus, à la va-vite, dans une petite église de Marseille. Quelques semaines plus tard, elle mit au monde son premier enfant. »

Extrait
« Il y a au moins trois ou quatre mille euros à se faire.
Franck n’est pas chaud. Des petits larcins bien sûr, de temps en temps ça lui arrive, mais là, c’est trop gros, trop dangereux. C’est re-niet.
Le malheur avec Franck, c’est son sens de l’amitié, dire non à un pote, il a du mal. Il faut bien dire aussi qu’il n’a pas les moyens de faire travailler Sammy. Sammy qui a fini par dégotter un moteur pour le Mercedes, un bon moteur, une super affaire, chez un casseur sérieux de Vitry. Mais pas donné. Avec l’argent du cuivre, il pourrait se le payer et retourner à la ferraille.
Franck, tout ça, ça le perturbe, ça l’empêche de dormir, ça le tourneboule.
Sammy le sent bien, qui remet ça, un coup en or, aucun risque, pour venir en aide à un ami, un vrai pote.
Et c’est ainsi qu’un beau matin les voilà tapis sur une petite butte à surveiller à la jumelle un château où fourmillent des comédiens, des techniciens, par un beau soleil du printemps. »

À propos de l’auteur
Né en 1940, Alain Jaspard est réalisateur. Il a signé plusieurs adaptations de livres jeunesse en séries animées, notamment Tom-Tom et Nana de Jacqueline Cohen et Bernadette Després, Le Proverbe de Marcel Aymé, ainsi que Les Contes de la rue Broca de Pierre Gripari. Pleurer des rivières est son premier roman. (Source : Éditions Héloïse d’Ormesson)

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