Lynx

GENOUX_Lynx

En deux mots:
Le père de Lynx vient de mourir, écrasé par un tronc d’arbre. Un événement qui déclencher chez le fils une phase d’introspection et de remise en cause. Avec lui, on retourne en enfance avant de le suivre dans sa douloureuse phase de reconstruction.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

La maison de l’enfance

Dans son nouveau livre Claire Genoux mêle le végétal et le minéral, l’enfance et la mort, les liens familiaux et l’envie d’ailleurs. Un drame plein de poésie.

Au-delà de l’anecdote, ce qu’il faut d’abord retenir de ce beau roman, c’est l’ambiance dans laquelle il baigne. La grande forêt et ses mystères, la météo caniculaire qui incite à la retenue et limite les déplacements, la maison d’enfance – isolée et remplie de souvenirs douloureux – qui devrait être un refuge, mais rappelle plutôt des heures sombres, qui porte encore les stigmates des malheurs passés. Sans oublier ce silence qui, comme à la manière d’une brume envahissante, semble pousser Lynx à le respecter, à économiser ses mots. La mort de son père, qu’il vient de retrouver écrasé par un arbre n’y changera rien, bien au contraire. L’expérience lui ayant appris que ce silence peut aussi être un allié :
« Parler c’était pas la peine. Dans l’enfance, après le départ de maman, les mots n’ont plus été utilisés. Seuls le silence et les coups ont été gardés comme moyen d’information. Quand Père rentre du bois avec les machines et les haches, les épaules retirées sous le pull, quelque chose monte qui empêche de respirer jusqu’au fond. Le bol de soupe et le pain sont jetés sur la table. Lynx ne lève pas la tête, se protège les yeux. C’est maman à la maison qui parlait, qui écrivait des billets, des listes, disait des histoires et des drôleries. Père n’aimait pas qu’elle s’enferme seule au premier pour faire de l’écriture et des poèmes dans des carnets tout sombres, qu’elle ait comme ça sur elle cette vue, depuis l’intérieur, cet espace pour s’installer. Père, ça le porte à l’agressivité, ça lui donne les nerfs ces moments de pause qu’elle s’accorde, qui sont pris sur le temps du ménage et du maintien de la maison. Il refuse de lire ce qu’elle voudrait lui montrer. Les yeux de Père sont noirs, de la couleur du feu. Sur la maison, sur cette chose-là de leur vie commune, sur ce qui va et qui vient, il ne veut rien savoir. »
Lynx va-t-il pouvoir sortir de ce traumatisme? Trouvera-t-il dans la compagnie de ses proches la force de se construire un avenir? C’est tout l’enjeu des pages qui suivent…
Sauf que Claire Genoux s’amuse à brouiller les pistes, à instiller le soupçon. Pourquoi ce malaise persistant? Lynx aurait-il quelque chose à voir avec la mort de son père? L’été et la saison touristique arrive avec son lot de touristes et de promeneurs qui peuvent se restaurer. Lilia vient lui prêter main-forte. Avec son fils, elle a aussi envie de trouver dans la maison d’enfance un refuge, un endroit pour écrire.
Verba volant, scripta manent
Lynx pressent que si les paroles s’envolent, les écrits restent et que leur force est colossale. « Lynx ne sait pas comment on capte les histoires, comment on s’y prend avec la viande des mots ou comment on coupe à l’intérieur pour faire des poèmes. Comment ça fusionne, comment c’est rassemblé après dans le livre. Mais il peut bien s’imaginer que quelque chose tombe en obscurité comme quand il s’avance dans les branches, quand il se rapproche des bêtes qui soufflent. Il peut se l’imaginer et qu’ensuite quelque chose doit être accompli, qu’il faut frapper aux mots comme lui, Lynx, il frappe aux troncs et qu’il faut venir tout près pour sentir dessous ce qui se passe. Alors seulement on mérite sa place contre la nuit. »
La romancière nous en donne du reste la plus belle des démonstrations. Son écriture est de celle qui envoûtent et qui emportent les lecteurs.

Lynx
Claire Genoux
Éditions José Corti
Roman
206 p., 167 €
EAN : 9782714312111
Paru le 30 août 2018

Où?
Le roman se déroule dans un endroit qui n’est pas cité, proche d’une grande ville, en bordure d’un lac et d’une grande forêt. On y évoque aussi le Canada et le Vietnam, les îles du Pacifique Sud et les montagnes de l’Atlas.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Une forêt, un fleuve, une maison d’enfance: c’est le monde de Lynx, dont le père vient brutalement de mourir, écrasé par un tronc. Destin, accident, suicide? Quitter la buvette où il travaille, fuir à moto vers les terres amples et dures du Maroc serait une solution pour éviter de se confronter au drame, au souvenir d’une enfance faite de confusion et de solitudes.
Quelque chose pourtant retient Lynx. Est-ce l’arrivée de Lilia et de son petit qui viennent aider pour la saison?
Au cours de cet été sec et enflammé, le plus chaud du siècle dira-t-on, une menace pèse, inexplicable.
La forêt est un lieu puissant de rencontres et de cris sourds. Elle se fait, dans ce beau roman, l’expression d’une quête qui ne cherche pas à aboutir, mais questionne sans cesse le rapport à l’autre dans une écriture qui va au plus profond des êtres et des choses, à la fois âpre et d’une grande sensualité.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Le Courrier de Genève (Anne Pitteloud)
Le blog de Francis Richard

Les premières pages du livre
« Le corps de Père avait disparu tout entier dans des trous de vieilles ronces, seul le visage éclairait. Le terrain n’est plat que par endroits et difficile d’accès dans cette partie de la forêt qui surplombe le fleuve. Il était parti avec la tronçonneuse. On ne l’a retrouvé que tard dans l’après-midi après des heures de recherche et déjà la lumière avait baissé. C’est Lynx qui a donné l’alerte. Il a entendu l’arbre tomber, ensuite plus aucun bruit. Il a été chercher les pompiers et ils ont mal retrouvé l’endroit à cause du brouillard qui s’était épaissi. Le visage était comme détaché du corps, la bouche donnait des mots dans le désordre. Ils ont conclu à l’accident. Dans un premier temps ils ont laissé Lynx tranquille. Père était malade et les gens de la ville savent qu’il ne faut pas toucher aux forêts, aux fleuves et aux lacs d’ici : des morts étranges s’y produisent, des noyades qui ne s’expliquent pas. Les bêtes se traînent, pourrissent dans des trous. Personne n’a dans l’idée de vouloir expliquer ça, de comment la terre et l’eau se nourrissent.
À l’hôpital le corps de Père flotte sous le drap. Les médecins disent qu’il ne souffre pas, même s’il est secoué de convulsions et que ses lèvres semblent chercher l’air. Trop de vaisseaux et d’artères ont sauté pendant l’amputation, trop de tissus dénoués, le sang s’est répandu jusqu’au haut de l’abdomen. Il fait si doux que Lynx entrouvre la fenêtre, offre son visage à la forêt qui est à peine visible derrière les immeubles de la ville. Il respire le parfum des tulipes plantées dans les jardinières sur le rebord de la fenêtre. Il a besoin de ça, d’air frais et de silence. Les fleurs sont interdites à l’intérieur des chambres.
Là-bas dans la grange, la moto de Lynx est prête, il n’y a qu’à tourner la clé et démarrer, suivre le ruban vert et brun de la route où le soleil brille tout blanc.
Et oublier l’enfance, ce bloc de solitude.
Lynx ne viendra qu’une fois visiter Père à l’hôpital. Il a d’autres choses à s’occuper dans la forêt avec les bêtes. De quoi auraient-ils parlé de toute façon, Père et lui. Père n’a jamais réchauffé le corps pendant l’enfance. Sur la table il posait la masse des nourritures froides et se taisait, laissait les lits sentir, les armoires se remplir de mites. Il disparaissait dans la forêt avec ses tronçonneuses et ses haches, tournait le dos quand Lynx à la cuisine crayonnait des devoirs.
L’enfance a été faite avec Père seulement, avec les longues heures d’attente dans la forêt et la lumière jaune des arbres. Avec le fleuve, avec l’étang qui était beaucoup plus marécageux qu’aujourd’hui, et ça ne pourra pas être transformé. Lynx s’en ira, il oubliera tout de la maison d’enfance, s’arrachera aux hivers. Il vivra et durera loin d’ici. Une autre vie viendra avec le voyage à moto, la tête sera débarrassée et toujours il conservera une bonne place dans sa bouche pour la cigarette, qui sent la terre et enivre jusqu’au poumon.
De la forêt, des bruits de la nuit et des bêtes, il ne s’occupera plus, il fumera lentement les yeux fermés sans penser à rien. »

Extraits

« Sans les voyages il ne tiendrait pas ici entre la forêt et le fleuve. Père le savait qui aurait voulu garder Lynx au plus près de la maison d’enfance, l’attacher à l’herbe froide des hivers.»

« Il ne peut rester dans la forêt avec ce tas de cicatrices cousues et les restes d’une enfance trop lourde à manœuvrer. Et il y a tant d’éléments qui lui sont impossibles à nommer, il ne saurait pas par où commencer.
Il a besoin de vent haut, de marées régulières, surtout il doit apprendre à vivre.»

« Les arbres forment un auvent au-dessus de la clairière, les flammes claquent, le vent dépose sa dent dure sur la tête des vivants. La forêt est pleine, elle renferme des colères mal éteintes. Ce serait de cet inachèvement que l’histoire tirerait sa force. Aucun autre événement ne se produirait dans le livre que la solitude de Lynx. Aucune autre musique que celle du feu. L’écriture seule resterait, une écriture basse, des phrases incomplètes. Elle s’installerait dans l’intimité des pages et plus rien des arbres ni du fleuve ne serait perçu. Le travail serait d’aller à cet extrême du silence donné par le feu, celui qui a détruit l’enfance, celui qui a condamné au secret. » p. 50

« On rend visite une fois par semaine, puis les visites s’espacent. Lily-Anne reste assise sur le banc devant l’entrée de l’hospice, récite des noms de fleurs. On a parlé du monde rude de la forêt, de l’isolement, des odeurs boueuses du fleuve, mais on n’a pas inspecté dans les coutures de la terre, on n’est pas allé regarder dans la doublure des choses. Comment Père traitait, comment il partait aux outils sous le ciel vide. On ne quitterait pas ce monde. On tiendrait sans parler. Le soleil du matin sèche la table devant le cerisier, on ne peut pas poser de mots sur ce qui est au dedans. Lilia oui elle essaie, il lui pousse une langue au bout du stylo-plume. Elle retrouve ce qu’il faut dans le fond des armoires et sous les lits, le porte au jour avec un talent sûr. » p. 189

À propos de l’auteur
Claire Genoux vit à Lausanne en Suisse où elle est née en 1971. Elle obtient une licence ès Lettres en 1997, l’année où paraît son premier recueil de poèmes “Soleil ovale” aux Editions Empreintes. En 1999, “Saisons du corps” est couronné par le Prix Ramuz de poésie. En 2000 paraissent les nouvelles “Poitrine d’écorce” (Bernard Campiche) et elle reçoit une bourse à l’écriture de la Fondation Leenaards. Suivent des poèmes et des nouvelles. En 2014 Claire Genoux publie un premier roman “La Barrière des peaux” (Bernard Campiche) qui est suivi en 2016 par les poèmes d’Orpheline qui reçoivent une bourse de Pro Helvetia, fondation suisse pour la culture, ainsi que le prix Alpes-Jura.
Parallèlement à ses activités d’écrivain, Claire Genoux enseigne à l’Institut littéraire suisse à Bienne. (Source : Éditions José Corti)

Page Wikipédia de l’auteur

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Pour Sensi

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En deux mots:
Le narrateur a le spleen. Après la parution de son dernier roman sa maîtresse le quitte lui laissant une immense sensation de vide. Va-t-il pouvoir écrire ce roman sur les Allobroges pour lequel il a rassemblé notes et documents ou sombrer dans la mélancolie?

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Le roman de l’écrivain mélancolique

Avec «Pour Sensi», Serge Bramly nous livre sans doute son roman le plus personnel en nous contant le vide existentiel de l’écrivain qui voit sa maîtresse le quitter, en même temps que sa dernière œuvre.

On a beaucoup glosé sur le rapport de l’écrivain à son œuvre. Depuis le fameux «Madame Bovary c’est moi» de Flaubert jusqu’à l’autofiction, le roman aura été beaucoup ausculté, analysé, expliqué. Mais jamais peut être le rapport de l’auteur à son œuvre n’aura été si joliment mis en abîme que dans ce roman jubilatoire – pour le lecteur bien davantage que pour le narrateur – qui parcourt les chemins tortueux de l’inspiration littéraire.
Nous voilà prévenus dès les premières lignes, le livre que nous sommes en train de lire est une «possibilité de roman» parmi d’autres : «Six débuts possibles. Des phrases sortent d’entre les autres, et je pourrais commencer ainsi: Nous marchions en direction de la place de la République lorsque Rivka m’a annoncé qu’elle mettait fin à notre liaison. Elle ne voulait plus continuer comme ça.»
Cela faisait pourtant dix-neuf mois qu’il entretenait une liaison avec l’épouse du frère de sa copine et que leurs rendez-vous clandestins semblaient les satisfaire autant que les réjouir. C’est du moins l’avis de l’auteur qui ne comprend pas cette soudaine rupture. «C’est un début. J’ignore si c’est le bon. Parce qu’il faudrait préciser alors, et cela m’entraînerait dans une autre direction, impliquant un tout autre commencement, que j’étais d’ores et déjà déprimé, très, avant que Rivka m’annonce sa volonté de rompre.»
Car comme on parle du «Baby blues», il existe pour le romancier une sorte de «Parution blues» quand le livre trouve le chemin des librairies et qu’il échappe à son auteur. En combinant le vide amoureux avec le vide de l’écriture, Serge Bramly a trouvé une manière élégante de dire son désarroi, son incompréhension face à cette double trahison. Son livre, tout comme Rivka, lui échappe : « J’entre en jachère, en hibernation tel le loir dont la neige ensevelit le territoire. Entretenus par des bourrasques de pensées désagréables, torpeur et désarroi vont durer de trois à six mois, je le sais; quelquefois davantage: le temps qu’un nouveau livre se mette en place, qu’il m’échauffe, m’emplisse, gonfle la baudruche de mon esprit et m’occupe en entier. »
Il y aurait bien ce projet de livre sur les Allobroges, ce peuple des guerriers gaulois établis sur ce qui deviendra plus tard la Savoie et pour lequel il s’est déjà bien documenté, mais en attendant de trouver le bon angle d’attaque, l’inspiration créatrice qui lancera la rédaction de l’ouvrage, il aimerait bien que Rivka revienne.
Et c’est là que Serge Bramly est grand. Il utilise toutes les ficelles du romancier pour emberlificoter son lecteur, le roman dans le roman, le retour en arrière dans une biographie qui, depuis sa Tunisie natale jusqu’aux tournées de promotion de ses précédents ouvrages, va tenter de comprendre l’origine de ses pannes. Il va même convoquer un sorcier mexicain pour sortir de son mal-être. Avant de nous révéler qui est cette Sensi du titre et qu’il pourrait bien être ce «figurant fictif d’une fiction» qui nous a enchanté tout en nous menant en bateau. Du grand art !

Pour Sensi
Serge Bramly
Éditions JC Lattès
Roman
256 p., 20 €
EAN : 9782709650595
Paru le 29 août 2018

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris avec l’évocation de la Tunisie natale, du côté de Bizerte et de voyages à Bruxelles et au Maroc.

Quand?
L’action se situe de nos jours, avec quelques retours en arrière.

Ce qu’en dit l’éditeur
Quiconque s’obstine à pleurer la disparition d’un être cher au-delà des trente jours et des onze mois prescrits, disent les Écritures, c’est une autre disparition qu’il pleure.
Au moment où commence cette histoire, Serge Bramly voit se terminer simultanément deux aventures, l’une amoureuse, l’autre littéraire. Rivka, la jeune femme avec qui il a entretenu une liaison adultère durant dix-neuf mois, vient de le quitter. Quant à son grand roman sur la conjuration de Catilina, la rédaction en est au point mort. Il semble alors à l’auteur qu’il ne sera plus jamais capable ni d’aimer ni d’écrire: devant lui, le monde se referme.
Cette sensation de vide l’oblige à tourner pour la première fois son regard vers l’arrière et à arpenter le dédale de causes et d’effets qu’est sa vie, dans l’espoir de comprendre.
Méditation sur un amour défunt, Pour Sensi nous emmène des oliviers de la Tunisie natale jusqu’aux contreforts de l’Himalaya et aux cérémonies vaudou des Tropiques. Car il faut saisir la magie pour goûter au pouvoir salvateur de la littérature.

Les critiques
Babelio 
Lecteurs.com
Putsch (Emmanuelle de Boysson)
Blog Cultur’elle (Caroline Doudet)
Blog Chasseur de livres 

Les premières pages du livre
« Six débuts possibles.
Des phrases sortent d’entre les autres, et je pourrais commencer ainsi :
Nous marchions en direction de la place de la République lorsque Rivka m’a annoncé qu’elle mettait fin à notre liaison. Elle ne voulait plus continuer comme ça. « Ce n’est pas ma vie », a-t-elle déclaré. Et elle a répété la sentence en l’accompagnant d’un geste circulaire assez véhément pour englober la rue du Faubourg-du-Temple, les platanes jaunissants du canal, Paris, le ciel qui s’assombrissait.
« Ce n’est pas ma vie. »
Décision réfléchie, je le percevais au son de sa voix, brusque, un peu forcée comme si les syllabes s’étaient frayé un long chemin avant de jaillir. Jugement sans appel. Sauf extraordinaire, les femmes ne reviennent pas sur un reniement quand l’idée a mûri. On dirait même qu’elles mettent un point d’honneur à s’y tenir. Voyez avec quelle ardeur certaines abjurent les produits lactés ou deviennent végétariennes. Elles ont brisé un lien, une sensation de délivrance les comble. Conviction héroïque : cassure irréparable.
Je m’y attendais vaguement depuis la rentrée. Depuis qu’elle était revenue d’Espagne où elle avait passé en famille des «vacances de rêve» (elle ne m’avait envoyé de là-bas qu’une seule carte postale, la mer, un rocher, et le rocher barrait l’accès à la mer), Rivka espaçait nos rencontres. Elle jouait la défensive, m’opposait des accès d’agressivité injustifiés, s’en voulait et m’en voulait de lui être devenu un problème. On ne mène pas impunément une double vie. L’amour adultère rend l’existence difficile autant qu’il la fait excitante : du violon sur les nerfs. Trop de dissimulations, pour ne pas dire de mensonges. La culpabilité mine. Bientôt les montées d’adrénaline épuisent. Ça pèse. À force, on se sent écartelé.
Je voyais Rivka prendre ses distances et me préparais au pire, oui, mais sans y croire. Il y avait eu des précédents dénués de suite. Dans mon esprit des promesses implicites nous liaient, sur lesquelles il était inenvisageable qu’on revînt jamais. Comment imaginer que notre histoire se terminerait de cette façon, sur un bout de trottoir, entre un McDo et une solderie, à la va-vite ?
Le jugement à peine rendu (la corvée expédiée ?), Rivka filait à son cours de fitness.
Elle devait se moquer quelque temps plus tard, dans un café de la Bastille (elle refusait désormais de monter chez moi, de même qu’elle éludait le jeudi, qui avait été notre jour) : « Qu’est-ce que tu voulais ? Qu’on pleure ensemble ? » Oui, oui, sûrement. Qu’on parle, qu’on s’explique, un procès en règle. Pour moi, pensais-je, les choses seraient moins douloureuses peut-être.
Elle avait choisi une table éloignée de la porte, dans un renfoncement qu’un pilier dissimulait en partie. «Ce serait idiot, a-t-elle dit, de se faire choper maintenant qu’on ne…» Si l’idée l’amusait, elle outrait le sourire. Je la sentais gênée, divisée. Elle ignorait quelle attitude adopter à mon égard, comment se positionner à présent qu’elle avait balisé notre relation de garde-fous, et son embarras, pour ce qu’il laissait présager, m’emplissait de tristesse.
Nos cocktails avaient le goût chimique d’un succédané de citron. Pop-corn en papier mâché. Tout paraissait factice dans ce café qui se voulait branché, les suspensions d’usine, les affiches, les photos pendues à touche-touche, duplicata nostalgiques d’images de célébrités, les parois de briques pour faire américain, la pénombre intentionnelle, la musique même, niaiserie débitée au mètre. Réduisant le langage des apparences à un argot suffisant, notre époque se complaît chaque jour davantage dans la réplique, le trompe-l’œil, l’approximatif, le toc, sans en mesurer les effets délétères.
«Il faut que je te raconte…» J’ouvrais grand l’oreille. J’espérais. Rivka s’en tenait à des anecdotes neutres, qui nous cantonnaient en terrain neutre, neutralisant par avance toute possibilité d’épanchement. Son enjouement ne paraissait pas moins artificiel que le décor. Plus d’escapade. Les barrières interdisaient le hors-piste. En était-ce fini aussi de nos discussions, de la franchise, de l’authenticité d’autrefois ?
Elle et moi nous retrouvions toujours par intervalles, nous ne pouvions faire autrement, ne serait-ce que parce que le mari de Rivka était le frère de ma copine (de ma girlfriend, de ma compagne ; «fiancée» serait exagéré – disons : de la jeune femme que je fréquentais alors); et que nous étions amis avant d’être amants ; et qu’un membre amputé survit un moment, paraît-il, à l’état de fantôme. Mais Rivka se comportait à présent comme s’il ne s’était rien passé entre nous. Presque rien, rien de sérieux, des « simulacres anodins » (la formule vient de Paludes, d’André Gide, que je lui avais fait découvrir et dont la lecture l’avait enchantée), des broutilles : inutile de s’étendre. Ou alors comme si nos amours s’étaient déroulées dans un espace-temps si reculé qu’une prescription extinctive la dégageait de toute responsabilité. Et je lui en voulais presque autant de refouler nos souvenirs secrets dans une nébuleuse lointaine, où ils s’estomperaient vite, rêve de pacotille, que de me bannir du cercle de ses désirs.
Je revoyais sa hâte à me laisser sur un bout de trottoir, au bas de la rue du Faubourg-du-Temple. Son baiser claque en l’air, son regard vole ailleurs, son «salut» me parvient quand elle est déjà partie…
Que Rivka file à son cours de gym, me disais-je, que nous nous quittions à la sauvette entre un McDo et une solderie, que je rejoigne ensuite ma copine chez elle l’air de rien, j’en avais pris l’habitude. Seulement Rivka fuyait à toutes jambes cette fois, soulagée de fuir, je ne pouvais me défaire de cette image. Et n’apercevais plus que cela : sa façon de claquer la porte, l’unilatéralité de la décision, la lâcheté du procédé.
Elle baissait souvent les yeux vers la gauche. Ne pas comprendre (ne plus la comprendre) me mettait au supplice. Qu’est-ce qui avait déclenché ce revirement ? Je me rebiffais. Insistais. Pourquoi ne se justifiait-elle pas ? Je réclamais de faire le point, de « dresser un inventaire », expression maladroite, qui a eu le don de la hérisser. Pourquoi ne m’exposait-elle pas les raisons de son…
«Pour te protéger», a-t-elle marmonné.
Me protéger de quoi ?
«De quoi?» ai-je insisté, sans obtenir d’autre réponse qu’une moue opaque. Et je me suis demandé alors: que cache-t-elle que je ne dois pas savoir?
Avait-elle rencontré quelqu’un?
Était-ce le beau gosse de son bureau, dont elle m’avait dit peu auparavant qu’il l’avait invitée à boire un verre?
«Tu crois que ça a été facile pour moi? a-t-elle murmuré à la rencontre suivante. Que ça ne me coûte pas, à moi aussi…?» Je ne le pensais pas, non. Le serpent de la jalousie inoculait son poison. Il y a forcément quelque chose, me disais-je, donc quelqu’un. Que faisait Rivka de ses heures de loisirs si elle en profitait sans moi ? Et si elle en profitait sans moi, brûlais-je de découvrir, qui en profitait avec elle ?
C’est un début. J’ignore si c’est le bon. Parce qu’il faudrait préciser alors, et cela m’entraînerait dans une autre direction, impliquant un tout autre commencement, que j’étais d’ores et déjà déprimé, très, avant que Rivka m’annonce sa volonté de rompre. »

Extraits
« J’entre en jachère, en hibernation tel le loir dont la neige ensevelit le territoire. Entretenus par des bourrasques de pensées désagréables, torpeur et désarroi vont durer de trois à six mois, je le sais ; quelquefois davantage: le temps qu’un nouveau livre se mette en place, qu’il m’échauffe, m’emplisse, gonfle la baudruche de mon esprit et m’occupe en entier. »

« La conviction de vivre en propre m’a longtemps fait défaut. Autrefois j’avais l’impression d’appartenir plutôt à l’espèce des «fausses gens» (ces gens qui n’ont que l’apparence de gens) que Carlos Castaneda prétend avoir appris à identifier grâce à l’enseignement d’un sorcier mexicain, don Juan Matus, un Indien Yaqui dont aucun anthropologue sérieux ne pense aujourd’hui qu’il a vraiment existé. Figurant fictif d’une fiction, c’est ainsi que je me vivais. Sans m’alarmer outre mesure. Savoir ce que l’on est ou que l’on n’est pas ne modifie guère le cours des événements. J’habitais une fable cohérente, dont je n’avais pas conscience d’être l’auteur, et m’en accommodais : elle semblait la réalité même. »

À propos de l’auteur
Né en 1949 à Tunis, Serge Bramly est l’auteur de romans érudits qui tournent autour du thème de l’irréalité, de la tromperie, de la mystification : L’itinéraire du fou (prix Del Duca), Ragots. Il est en outre l’auteur de nombreux essais sur la Chine (Le voyage de Shanghai), sur l’art (Léonard de Vinci, prix Vasari) et la photographie. Il vient d’obtenir le Prix Interallié avec Le Premier principe, Le second principe. (Source : Éditions JC Lattès)

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K.O.

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En deux mots:
Sitam n’a pas été gâté par la vie. Pauvre et malade, il essaie de s’accrocher au monde par la musique et la littérature. Avec la môme Capu l’espoir renaît, son nouvel amour, il va tenter de se construire un avenir loin de Paris et son lourd climat. Un premier roman au ton très original, au style inimitable.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Voyage au bout de l’écrit

Hector Mathis. Retenez bien ce nom qui pourrait se révéler comme l’une des révélations de cette rentrée. Sur les pas d’un vagabond, il nous entraîne dans une odyssée dramatique et somptueuse.

Ce qui frappe d’abord à la découverte de ce premier roman, c’est le style, entre gouaille populaire et langue parlée, entre slam et néo-classique. Pour le coup, les libraires œuvrant pour le magazine PAGE m’ont sans doute pas beaucoup débattu avant de sélectionner ce livre pour leur Prix du style qui sera remis le 20 novembre prochain.
Hector Mathis choisit de nous entraîner sur les pas de Sitam, un jeune SDF, à qui il confie le soin de nous livrer sa vision du monde qui, on l’imagine, est loin d’être joyeuse. Aux côtés d’Archibald, toute sa fortune peut se résumer en quelques « conserves poussiéreuses, une bouilloire cabossée, une casserole et un réchaud. À peine de quoi entretenir un mourant. »
Cependant, si ce nouveau Boudu n’est pas sauvé des eaux, il va aussi avoir droit à une rencontre déterminante pour son avenir, celle de la môme Capu avec laquelle il voit pouvoir regarder le ciel virer du gris au rose, partager son amour du jazz et de la littérature…
Mais le bonheur n’est que de courte durée, car un sombre climat s’installe dans la ville. « Voilà que la terreur débarquait au coin de la rue. Que tout son jus se déversait en flots ininterrompus dans les artères de l’arrondissement. Le compteur à cadavres s’affolait de plus en plus. Les chiffres grimpaient sur l’écran. L’anéantissement trouvait sa jauge. Sa ligne graphique. Et nous étions aux premières loges. « Ça me débecte tout ça ! que je lui ai d’abord dit à la môme Capu. Tout est tellement dégueulasse que j’arrive plus à penser. Elle a qu’une envie l’humanité, retourner dans la boucherie. Maintenant qu’elle a bien dansé, elle veut s’amuser comme les parents. De la chair, des nouvelles recettes, saignantes, à point, crues de chez crues ! » Et si l’on tient un peu à la vie, la meilleure des choses est de fuir ce chaos pour essayer de reconstruire quelque chose et oublier les chocs, les traumatismes passés.
Pour Sitam, le voyage vers les Pays-Bas est aussi un retour aux sources. Dans son pays natal, il trouve assez vite un emploi dans un restaurant et de nouvelles perspectives aux côtés de son collègue et ami Benji, amoureux transi de la patronne. Mais une fois encore, dès que le ciel se dégage un nouveau coup de tonnerre vient mettre à néant les efforts consentis. Un coup de tonnerre au goût de sang. « Moi, je me disais juste que la patronne c’était une dégueulasse, qu’elle avait eu ce qu’elle voulait, du drame jusque dans la vie des autres et que comme ça elle était bien heureuse, parce que la mort maintenant c’était pour tout le monde et pas que pour elle… »
On the road again…
Reparti sur les routes pour se sauver de la mort, notre « héros » aussi tenter de se construire un avenir en alignant les mots et les phrases sur le papier, à essayer de transcender son voyage au bout de la nuit : « Je traquais mon roman, ma musique, partout, à travers les routes, dans la grisâtre, seul, avec Benji, sans lui. J’en avais trop. Fallait que j’écrive ! Que je m’y risque ! À jouer un air désagréable pour l’époque. À enfoncer la vingtaine ! À retenter l’enfance, cette infidèle. Ce corbillard d’imaginaire ! Fallait bien de la discipline pour préparer l’encéphale à fabriquer de la chair d’inconnu, des châteaux de boue, des viandes de chimères. »
Entre Céline et le Mars de Fritz Zorn, notamment pour la maladie qui ronge lentement Sita, Hector Mathis a su trouver sa propre voix. Une voix que nous ne sommes pas près d’oublier !

K.O.
Hector Mathis
Éditions Buchet-Chastel
Roman
202 p., 15 €
EAN : 9782283031483
Paru le 16 août 2018

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris puis en banlieue avant un séjour aux Pays-Bas, à Amsterdam.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Sitam, jeune homme fou de jazz et de littérature, tombe amoureux de la môme Capu. Elle a un toit temporaire, prêté par un ami d’ami. Lui est fauché comme les blés. Ils vivent quelques premiers jours merveilleux mais un soir, sirènes, explosions, coups de feu, policiers et militaires envahissent la capitale. La ville devient terrifiante…
Bouleversés, Sitam et Capu décident de déguerpir et montent in extremis dans le dernier train de nuit en partance. Direction la zone – « la grisâtre », le pays natal de Sitam. C’est le début de leur odyssée. Ensemble ils vont traverser la banlieue, l’Europe et la précarité…
Nerveux, incisif, musical, K.O. est un incroyable voyage au bout de la nuit. Ce premier roman, né d’un sentiment d’urgence radical, traite de thèmes tels que la poésie, la maladie, la mort, l’amitié et l’errance. Il s’y côtoie garçons de café, musiciens sans abris et imprimeurs oulipiens. Splendide et fantastique, enfin, y règne le chaos.

Les critiques
Babelio 
Lecteurs.com
Livres Hebdo
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)


Hector Mathis présente K.O. © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre
« Me voilà bien seul, maintenant. Ici le froid dévore tout. Le vent flotte et la lumière s’épuise. Drôle de rempart au désenchantement, le domaine. Peut-il encore lutter ? Avec ses illusions, ses écorces qui se mêlent à la rouille pour faire juter l’imagination. J’aperçois le château au loin, taillé dans la colline, solide, attirant. Pas à pas je m’éloigne du chemin de terre sans le quitter des yeux. Je m’abandonne aux rêvasseries. Je pense à la musique, à la littérature, je n’ai plus que ça dans l’estomac. J’agite une pensée de fortune. Ça sera de plus en plus difficile pour ceux qui voudront se mettre à écrire. Ils se préparent une marelle sur des cendres. Écrire ou baver ! Même pas terminé le premier que je voudrais en entamer d’autres, des bouquins. Affamé que je suis. L’air du château me donne envie d’avaler les pages. Me goinfrer jusqu’à la nausée. Bouffées délirantes. Même malade, un œil sur le carreau, le reste qui menace de foutre le camp, j’en veux encore des paragraphes, caractère cinq, illisibles, à tout remplir, de mauvaise foi, de féeries puis de goudron fumant ! Du mot qui s’étale partout, qui grignote les pavés, les couvertures. Du mot qui coule, qui gueule, qui jouit jusqu’à la douleur. À tordre la fiction jusqu’au monde. Démence ! Les châteaux ça me dérègle complètement. Faut dire que celui-là c’est un surprenant. Dressé dans la nuit comme un pachyderme lithique. Ce que je suis bien, de l’autre côté du miroir… Dommage que je ne puisse pas dormir au château. Peu importe. Aux bordures du petit bois existe une cabane avec de quoi passer la nuit. Il s’y trouve des couvertures, un vieux matelas, et même une petite cheminée bricolée par le garde-chasse. Le tout est poussiéreux, humide mais habitable. Ici les autres n’auront jamais idée de chercher. Leur territoire s’étend jusqu’au moderne, jamais au-delà. Le fantastique leur est étranger. Je vérifie rapidement dans mes poches que j’ai bien la petite boîte. Je ne m’en sépare plus. C’est une petite boîte dont je dépends entièrement. La voilà, bien au fond de ma doublure. Je poursuis alors ma route. En m’approchant de la cabane j’entends grommeler. Une voix étonnamment placée. Tantôt fragile, puis volontaire, déterminée et à nouveau tremblante. Je recule de quelques pas pour mieux distinguer la petite cheminée. De la fumée s’en échappe. Ce n’est sûrement pas le garde-chasse, il joue aux cartes à cette heure-là. Ça fait bien longtemps qu’il ne s’aventure plus jusqu’à la cabane le soir, il n’a plus l’âge des marches nocturnes. Je tends l’oreille. Ça remue, ça grogne, ça tousse à l’intérieur. Ça glaviotte en claudiquant. Attention ! La nuit on croise d’étonnantes créatures. Des monstres hallucinés, bouffis de chagrin ou bien de colère. On n’est jamais assez méfiant avec eux. Même blessés ils restent tout entiers disposés au drame. Silence. Plus rien ne semble s’agiter. J’attends. J’ai peut-être affaire à un attentif. Toujours rien. Ah ! Voilà que j’entends vibrer quelques notes. Un souffle brut qui fait comme une mélodie. Ça ressemble à de la trompette. Ou bien du cornet. Non, c’est plus enroué, plus plaintif. C’est un saxophone, aucun doute. Quelqu’un joue, s’arrête, reprend du début, encore, et s’interrompt pour tousser, avant de recommencer. »

Extraits
« La modernité, quoi ! Les boiteux fascinent les rassasiés parce que ça fait bien de clamer que la vérité se trouve dans la misère, ça fait mieux, ça fait humble. Des croque-poussière il n’y en a bien sûr plus tellement, ils seront bientôt bourgeois comme les autres, grâce à la fin du langage. Les images sont beaucoup plus parlantes, immédiates, pathétiques, catégoriques. Supprimée la nuance ! À feu doux la littérature. Tout doucement carbonisée. Substituée par le discours intérieur, le livre qui ne dit plus rien, ni du monde ni de l’époque. Assis sur la seule chaise d’Archibald, j’observe la pièce. Des conserves poussiéreuses, une bouilloire cabossée, une casserole et un réchaud. À peine de quoi entretenir un mourant. »

« Voilà que la terreur débarquait au coin de la rue. Que tout son jus se déversait en flots ininterrompus dans les artères de l’arrondissement. Le compteur à cadavres s’affolait de plus en plus. Les chiffres grimpaient sur l’écran. L’anéantissement trouvait sa jauge. Sa ligne graphique. Et nous étions aux premières loges. « Ça me débecte tout ça ! que je lui ai d’abord dit à la môme Capu. Tout est tellement dégueulasse que j’arrive plus à penser. Elle a qu’une envie l’humanité, retourner dans la boucherie. Maintenant qu’elle a bien dansé, elle veut s’amuser comme les parents. De la chair, des nouvelles recettes, saignantes, à point, crues de chez crues ! Éteins ça Capu, c’est à se foutre en l’air ! » La télévision se reprenait au jeu du direct. »

« Ça n’avait rien d’un roman, ça relevait plus du soliloque. Je m’en étais fait une idée de mon écriture! Une idée qui avait pris trop de place dans mon imagination. Me sauver de la mort avec ce pauvre torchon que je baladais dans un sac plastique ! Quel fou j’étais devenu. Je ne savais pas tenir une narration plus de deux pages. Je philosophais comme une espadrille et je voulais devenir romain ! Repeindre le ciel ce n’était pas pour moi. La musique c’était pour les autres. Les types du conservatoire. Moi je poussais la chansonnette, à peine. Je fredonnais. « C’est moi l’imposture. » »

À propos de l’auteur
Né en 1993, Hector Mathis grandit aux environs de Paris entre la littérature et les copains de banlieue. Ecrivant sans cesse, s’orientant d’abord vers la chanson, il finit par se consacrer pleinement au roman. Frappé par la maladie à l’âge de vingt-deux ans, il jette aujourd’hui l’ensemble de ses forces dans l’écriture. (Source : Éditions Buchet-Chastel)

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BettieBook

CIRIEZ_bettiebook

En deux mots:
Stéphane Sorge est critique littéraire, Betty Leroy est booktubeuse. Leur rencontre va être l’occasion de confronter deux univers et de réfléchir à leurs rôles respectifs dans une ambiance d’amour-haine.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Choc des cultures dans le monde littéraire

En confrontant une booktubeuse et un critique littéraire du Monde des livres, Frédéric Ciriez nous offre un truculent jeu de massacre. Avec quelques arrière-pensées?

Deux personnages, deux parcours diamétralment opposés et deux manières de concevoir leur rôle de médiateur. Les écrivains et les cinéastes ont compris le potentiel de romans et de scénarios qui confrontent des acteurs qui n’ont à priori rien à faire ensemble. Parmi les derniers exemples en date, on peut citer Pactum Salis d’Olivier Bourdeaut et Abdel et la comtesse d’Isabelle Doval.
Frédéric Ciriez a choisi de Confronter Stéphane van Hamme et Betty Leroy. Stéphane étudie les lettres et écrit ses premiers articles pour le Pélican lettré, une revue lilloise. Il choisit alors le pseudonyme de Stéphane Sorge. « Son patronyme se réfère discrètement au Très-Haut, roman où Maurice Blanchot met en scène un certain Henri Sorge – « souci » en allemand. En 1948, année de publication du Très-Haut, la philosophie heideggérienne dominait en France et trouvait des échos chez quelques écrivains préoccupés par le  » souci de l’être ». Henri Sorge porte le nom d’une inquiétude. Stéphane Sorge devient le nom d’un critique littéraire de vingt et un ans. » Au fil des ans, il va parvenir à se faire une place dans le milieu parisien. Il est pigiste pour le magazine Books et pour le Monde des livres, chroniqueur sur Paris Première et livre également sous un autre pseudonyme des articles à Télé 2 semaines. Mais, à l’image de la presse écrite, sa situation n’en demeure pas moins précaire. La part consacrée à la culture et plus particulièrement aux livres à tendance à se restreindre, tout comme ses lecteurs qui sont en majorité des lectrices. « Il se dit parfois avec une pointe d’amusement qu’il mène une activité professionnelle de femme, à destination des femmes. La seule issue serait de changer de sexe, ou de devenir trans-critique. »
Betty a pour sa part eu envie de partager ses lectures, principalement les dystopies (récit dépeignant une société imaginaire organisée de telle façon qu’elle empêche ses membres d’atteindre le bonheur et entend mettre en garde le lecteur en montrant les conséquences néfastes d’une idéologie) et la littérature young adult. La jeune fille a choisi internet et la vidéo comme média et créé sa chaîne intitulée «BettieBook». Un passe-temps qu’elle pratique à côté de son emploi dans un centre de bronzage à Melun, ce qui ne l’empêche nullement de réussir, car ses vidéos sont suivies par quelque 30000 abonnés. Il faut dire qu’elle a su trouvé le ton juste et a su s’approprier les codes qui correspondent à son public. Sur sa page d’accueil, elle a imaginé une souris en train de grignoter un livre et un slogan approprié « Lectrice et petite souris qui voit tout, tout, tout, suis-moi dans la maison des livres. »
Quand Stéphane Sorge, qui est chargé d’enquêter sur ce nouveau phénomène, la contacte, elle est ravie de l’acueillir, car tout est bon pour accroître encore sa notoriété. Le critique littéraire, quant à lui, s’imagine déjà manger tout cru cette petite souris. Sauf que cette fois, la souris a du répondant : « Nous, on parle directement à nos abonnés, ce sont nos égaux. Ce qui nous intéresse, c’est le partage. On n’est pas comme les critiques littéraires classiques qui ne connaissent pas leurs lecteurs. » Sans oublier que notre érudit est soupçonné d’avoir parlé d’un livre sans l’avoir lu. De quoi régaler tous ceux qui souhaitent prendre sa place!
On sent que Frédéric Ciriez s’est beaucoup amusé à décrire les deux milieux, à alimenter de ses propres expériences cette satire des milieux littéraires, à conjuguer des auteurs réels avec des situations fictives. À moins que… Si ce livre n’est pas un roman à clé, il n’en dépeint pas moins parfaitement les usages, les rivalités, les mesquineries et autres coups bas ou renvois d’ascenseur espérés.
J’imagine que le plaisir que j’ai pris à le lire tient sans doute au fait que j’ai été d’abord l’un – critique littéraire durant plus de dix ans au sein d’un hebdomadaire – puis l’autre avec la création de mon blog littéraire et que je peux dire jusqu’où la réalité dépasse la fiction.
Mais la plume de Frédéric Ciriez ravira aussi les lecteurs qui ne sont pas du sérail, car elle mordante, inventive et joyeusement impertinente. Je vous laisse par exemple imaginer la tempête dans le crâne de Stéphane quand il se retrouve dans le lit de Betty. Tout le reste est littérature!

BettieBook
Frédéric Ciriez
Éditions Verticales
Roman
192 p., 18,50 €
EAN : 9782072762932
Paru le 4 janvier 2018

Ce qu’en dit l’éditeur
Quel obscur désir anime Stéphane Sorge, un critique littéraire respecté, alors qu’il enquête sur une jeune booktubeuse, consacrant ses coups de cœur vidéo à des dystopies grand public?
Au gré d’une intrigue hypnotique, le bref thriller de Frédéric Ciriez se fait tour à tour drôle, érotique et assassin. Il incarne avec une cruauté loufoque les enjeux actuels de l’industrie culturelle, ses splendeurs déchues, ses leurres en vogue et ses lueurs insoupçonnées.

Les critiques
Babelio
Libération (Philippe Lançon)
Le Temps (Isabelle Rüf)
RTS (émission Versus/lire sur Espace 2, par Linn Lévy)
DIACRITIK (Christine Marcandier)
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)

Les premières pages du livre
« C’est le jour des funérailles de Norman, suivies en direct dans le monde francophone, à la télévision et sur le web, à l’égal de celles des plus grands chefs d’État. La vidéo funéraire, manière de web-testament ou de manifeste artistique posthume, tourne en boucle sur sa propre chaîne YouTube, atteignant les 120 millions de vues en quelques heures. C’est le jour des funérailles de Norman et le peuple numérique de France se réunit autour de son incinération vidéo, près de cent quarante ans après les obsèques nationales de Victor Hugo, qu’avait suivies en un long et extatique cortège le peuple de Paris, aux trois quarts analphabète. C’est le jour des « Funérailles de Norman », son sketch le plus abouti, avant que son visage soudain recomposé par un océan de pixels ne reprenne les couleurs de la vie, souriant, si lointain, si proche, avant que les lèvres du jeune homme ne s’ouvrent et disent : « Bonjour les gens, je suis ressuscité d’entre les morts, on a bien ri tous ensemble, à bientôt pour une nouvelle vidéo. »

Extrait
« La libido politique se paye de mots pour caresser le peuple, presque toujours sous forme de promesses, parfois sous forme de… livres (rires dans le public). On ne rit pas (rires dans le public) ! Leurs artisans de l’ombre, souvent recrutés parmi la fine fleur de l’élite intellectuelle française, sont de drôles de nègres, qui non seulement préparent les discours enflammés que tout le monde doit acclamer, mais aussi écrivent ces autobiographies-programmes que personne ne lit jamais (rires dans le public). J’ai rencontré ces écrivains de seconde main spécialement pour vous… et c’est bien évidemment l’un d’entre eux qui a écrit cette remarquable chronique (rires dans le public). »

À propos de l’auteur
Frédéric Ciriez est né en Bretagne en 1971. Il a suivi des études de lettres et de linguistique à l’université Rennes-2. Après plusieurs collaborations littéraires et un emploi chez fnac.com, il publie son premier roman, Des néons sous la mer (Verticales, 2008; Folio, 2010), qui fut un beau succès médiatique et commercial. Une novella a paru dans la NRF, Femmes fumigènes (avril 2010). Il publie ensuite un deuxième roman Mélo (Verticales 2013; prix Franz Hessel; Folio 2016), beau succès critique, traduit en allemand (éd. Tiamat, Berlin), et mis en scène par David Bobée (Lyon, Rouen…), puis un troisième, Je suis capable de tout (Verticales, 2016). BettieBook est son cinquième livre publié aux éditions Verticales.
En 2015, il a bénéficié d’une résidence d’auteur de la région Ile-de-France à l’université de Paris X-Nanterre, où il s’est interrogé sur la critique littéraire comme écriture de création à part entière. Avec le réalisateur Antonin Peretjatko, il a également co-scénarisé le film La Loi de la jungle (2016). (Source : Éditions Verticales)

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Une âme d’enfant

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Illustration © http://disneyandmore.blogspot.fr

Logo_68_premieres_fois_2017  Logo_premier_roman

En deux mots:
En route vers Neverland, ce monde imaginaire inventé par J.M. Barrie, le créateur de Peter Pan, le narrateur va essayer de retrouver son enfance. Entre souvenirs et sensations, ce roman est d’une rare poésie, un hymne à un âge magique.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique

Une âme d’enfant

Ce «premier livre pour les adultes», signé Timothée de Fombelle, un auteur jeunesse reconnu, explore ce moment singulier où l’enfance s’en va.

« Aujourd’hui, je suis incapable de dater ce grand passage. Il me semble seulement qu’un matin on se réveille adulte dans le regard des autres. On hésite un instant. On ne se sent ni préparé ni volontaire pour le voyage. Mais il y a ce regard, en face, qui nous considère, et puis cette aspiration lointaine, le vent de la plaine que l’on sent pour la première fois sous sa chemise et un petit tas de noyaux de cerises au fond de nous, qui fait un peu mal.
Ce qui nous attend est déjà là, en pièces détachées. Alors on fait semblant. Cela commence toujours ainsi. On fait semblant d’être grand. Et, dans le meilleur des cas, je crois, on fera semblant toute sa vie. » Il est des moments dans une vie où tout bascule, où l’on se rend bien compte que plus rien ne sera comme avant, même si l’envie nous prend de revenir en arrière. Peut-être même de chercher à effacer ce que l’on pressent, à savoir que désormais l’enfance est un domaine qui nous est interdit. Tous les subterfuges semblent alors autorisés pour garder cette âme d’enfant. On se réfugie dans les souvenirs ou on en crée de nouveaux : «L’enfant est une île. Il ne sait ni ne possède rien. Il devine des forces immenses sous les bandelettes qui serrent son corps. Pour lui, le lendemain n’existe pas. Le passé a déjà disparu. L’enfant commence par être cet instant suspendu, désarmé, qui jaillit comme un bouchon au milieu de la mer et regarde autour de lui. Et quand il sera ivre d’avoir senti, quand il aura l’intérieur tapissé de ce qui l’entoure, il se mettra à imaginer. (…) Il inventera. Il complétera de l’intérieur ce qu’il voit dehors. Il finira le monde. Il fera des histoires. » Et si son imagination doit se tarir, il saura où assouvir sa soif. En se réfugiant dans les livres. C’est dans les romans que l’on peut à nouveau naviguer aux côtés du capitaine Crochet, plonger avec le Capitaine Nemo, s’évader avec Monte-Cristo… Même si le merveilleux voyage doit aussi s’arrêter, il est à nul autre semblable : « Il me fallait toujours du temps pour me retrouver. Quand j’avais fini le livre, on m’appelait dehors, je restais étourdi sur le lit. Alors je me levais, un peu à l’étroit dans cette peau et ce monde. Je faisais un pas, je m’étirais. Mon enveloppe se fendillait. Mon équilibre avait changé. En descendant l’escalier, je ne voyais pas qu’avaient poussé deux ailes en papier dans mon dos. »
Timothée de Fombelle réussit le tour de force, dans ce premier roman, de raconter son exploration dans ce monde avec les sensations, la poésie, le lyrisme propre à cette enfance perdue.
Cette époque où «le temps et la nuit sont un trésor qu’on ne compte pas, qu’on ne découpe pas en heures et en minutes», où «l’été durait des vies entières. Une explosion de liberté. Un grand feu dans lequel on jetait les autres saisons pour voir ce qu’il en resterait. Et tout se consumait. »
Il y a presque à chaque page de ces merveilleuses formules que l’on aimerait toutes recopier tant elles disent ce sentiment à la fois terrifiant de la perte et de l’oubli de cet âge insouciant et innocent et exaltant dans l’analyse désormais possible. Oui, c’était bien parce qu’alors tout était possible.
Il y a pour certains le sentiment diffus que désormais ils sont responsables, ils sont adultes. Pour d’autres un événement très fort marque cette rupture. Pour le narrateur de ce court et intense roman, la rupture est sans doute arrivée le jour où son grand-père qui «avait le génie des mots vibrants, était orateur, clown à l’occasion, romantique ou prédicateur selon les jours» lui demande de prendre le relais, lorsqu’il lui confie la rédaction d’une lettre pour coco, son ami d’enfance. Cette simple phrase «Je voudrais, s’il te plaît, que tu écrives pour moi quelques lignes à Coco» résonne comme un joli défi, mais aussi comme la reconnaissance que désormais son petit-fils était passé «de l’autre côté». Que ce soit avec cette mission rend la chose encore plus vive, encore plus inéluctable. Et pourtant…
Pourtant le narrateur ne peut se résoudre à vivre sans cette partie de lui. Il repart en direction de Neverland « Je suis parti un matin en chasse de l’enfance. Je ne l’ai dit à personne. J’avais décidé de la capturer entière et vivante. Je voulais la mettre en lumière, la regarder, pouvoir en faire le tour. Je l’avais toujours sentie battre en moi, elle ne m’avait jamais quitté. » À votre tour de chausser vos bottes de sept lieues et d’aller battre la campagne. Un monde magique vous attend au bout de la route !

Neverland
Timothée de Fombelle
Éditions L’Iconoclaste
Roman
128 p., 15 €
EAN : 9791095438397
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Neverland est l’histoire d’un voyage au pays perdu de l’enfance, celui que nous portons tous en nous. À la fois livre d’aventure et livre-mémoire, il ressuscite nos souvenirs enfouis.
Après son immense succès en littérature jeunesse (Tobie Lolness, Vango, Le livre de Perle), Timothée de Fombelle signe son premier livre pour adultes.
« Je suis parti un matin en chasse de l’enfance. Je ne l’ai dit à personne. J’avais décidé de la capturer entière et vivante. Je voulais la mettre en lumière, la regarder, pouvoir en faire le tour. Je l’avais toujours sentie battre en moi, elle ne m’avait jamais quitté. »

68 premières fois
Blog Livres et vous (Anne-Marie Gabriel)
Blog entre les lignes (Bénédicte Junger)
Blog PatiVore
Le blog du petit carré jaune (Sabine Faulmeyer)

Autres critiques
Babelio
Télérama (Michel Abescat)
Le Figaro (Françoise Dargent)
Livres hebdo (Léopoldine Leblanc)
Blog Cannibales lecteurs
Libération (Virginie Bloch-Lainé)
Blog La voix du livre 
Blog Bricabook


Timothée de Fombelle présente «Neverland» © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre
« Il y a dans les hauts territoires de l’enfance, derrière les torrents, les ronces, les forêts, après les granges brûlantes et les longs couloirs de parquet, certains chemins qui s’aventurent plus loin vers le bord du royaume, longent les falaises ou le grillage et laissent voir une plaine tout en bas, c’est le pays des lendemains : le pays adulte.
Les enfants qui vont près de cette lisière, au milieu des herbes plus hautes que leurs épaules, surprennent parfois en dessous d’eux, dans le fond de la plaine, la mort ou des amoureux, par accident. Ces apparitions ressemblent à des éclats de verre au soleil. Elles éblouissent et disparaissent aussitôt, cachées par des nuages bas.
En retournant vers la forêt profonde avec leurs arcs et leurs flèches, les enfants croient oublier cette vision. Mais elle a semé en eux un noyau de cerise qui grandit déjà à l’intérieur.
J’ai eu ma poignée de noyaux. Je crois même que ce sont eux qui nous font pousser. Et je me souviens, quand on les avalait, les yeux écarquillés, le plaisir dangereux de ces corps étrangers prêts à éclater. On regardait tout autour. Est-ce que quelqu’un nous avait vus ? C’était comme si on avait volé quelque chose. On attendait un peu pour sentir au fond de nous ce qui allait se passer, le voyage du noyau dans un monde invisible. »

À propos de l’auteur
Timothée de Fombelle a 44 ans. Il est dramaturge et l’un des plus importants romanciers contemporains pour la jeunesse. Ses romans Tobie Lolness, Vango et Le Livre de Perle sont tous des best-sellers vendus dans le monde entier. Avec Neverland il réalise son premier pas en littérature adulte. (Source : Éditions L’Iconoclaste)

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La voix de Cabo

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Voici trois bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que Catherine Baldisserri, qui a travaillé chez Flammarion ou Albin Michel, d’abord en tant que lectrice de manuscrits étrangers puis comme traductrice littéraire, anime aujourd’hui un atelier littéraire à Pornic où, un peu comme dans son premier roman, elle transmet le goût de la chose écrite.

2. Parce que le roman prouve, une fois encore, combien la lecture peut changer une vie. Nous sommes cette fois en Uruguay au bord de la mer, dans un village de pêcheurs. Damaso est gardien de phare, Teresa apprend à lire aux enfants. L’un d‘entre eux, nourri par les enseignements, mais surtout par ses lectures, va refuser le destin qui semble décidé pour tous les jeunes, à savoir embrasser la même carrière que leur père.

3. Parce qu’il figure dans la sélection des «68 premières fois», une association dont le but est de faire découvrir les premiers romans et les promouvoir par l’intermédiaire d’un collectif de plus de 70 lecteurs, ainsi que dans la première sélection des Prix Révélation 2017 de la Société des Gens de Lettres.

 

La voix de Cabo
Catherine Baldisserri
Éditions Intervalles
Roman
176 p., 16 €
EAN : 9782369560579
Paru en septembre 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
« Uruguay, années 1970.
À vingt ans, Teresa Monti fuit Montevideo et la brasserie familiale pour l’amour de Damaso, un télégraphiste avec lequel elle emménage dans un phare du bout du monde.
Des années plus tard, dans l’étroite cuisine du phare de Cabo Polonio où Teresa fait la classe aux enfants des pêcheurs, Machado, un chasseur de loups de mer analphabète, fait son apparition. Sur les bateaux qui naviguent entre les îles, il a entendu parler de la maîtresse de Cabo, et pressent que son salut dépend de cette femme engagée, ardente, insoumise.
Pendant ce temps-là, à travers le pays, les Tupamaros organisent leur mouvement révolutionnaire.
Cinq années plus tard, c’est une femme brisée que l’on retrouve derrière le bar de la brasserie de son enfance à Montevideo. Tandis qu’un dramaturge américain de passage tente de redonner à Teresa goût à la vie, une seule question hante la maîtresse de Cabo : Machado a-t-il tenu la promesse qu’il lui a faite lors de leurs adieux? »

Les critiques
Babelio 
Paris-ci la culture (Stéphanie Joly)
Le Blog de YV
Blog Voleuse de rêves 
Blog Online Postap Mag (Yann Perreau)
Blog Fattorius 

Les premières lignes du livre
« Quand Machado mit pied à terre après une chevauchée de plusieurs jours à travers les forêts d’ombús, les palmeraies puis les hautes dunes blanches qui se dérobaient sous la force harassante du vent de l’Atlantique, il fut accueilli par une gifle magistrale. Elle était plus cinglante que les vents qu’il avait endurés durant son expédition. Plus cuisante aussi. Teresa, dans la fulgurance de son geste, avait libéré toute la rancœur accumulée depuis son départ. »

À propos de l’auteur
Catherine Baldisserri partage son temps entre Pornic et Paris. Elle enseigne les langues étrangères et anime des ateliers d’écriture. La Voix de Cabo est son premier roman. (Source : Éditions Intervalles)

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L’été en poche (32)

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En attendant demain

En 2 mots
Anita et se rencontrent, s’aiment, s’installent dans le Sud-Ouest. Puis ils rencontrent Adèle la mauricienne. La tragédie est en marche. Si elle ne nous sera détaillée que dans les dernières pages, tout au long du roman sourd cette sorte d’inéluctabilité du malheur.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Marine Landrot (Télérama)
« Superbe histoire d’emprise, En attendant demain s’inscrit dans un quotidien matériel très précis, tout en lévitant hors du temps, par la grâce d’une écriture affûtée, au plus près des terreurs enfouies. »

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Présentation du roman et de l’œuvre par Philippe Chauveau. © WebTVculture

L’été en poche (14)

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En attendant demain

En 2 mots
Anita et se rencontrent, s’aiment, s’installent dans le Sud-Ouest. Puis ils rencontrent Adèle la mauricienne. La tragédie est en marche. Si elle ne nous sera détaillée que dans les dernières pages, tout au long du roman sourd cette sorte d’inéluctabilité du malheur.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Marine Landrot (Télérama)
« Superbe histoire d’emprise, En attendant demain s’inscrit dans un quotidien matériel très précis, tout en lévitant hors du temps, par la grâce d’une écriture affûtée, au plus près des terreurs enfouies. »

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Présentation du roman et de l’œuvre par Philippe Chauveau. © WebTVculture

La Soledad

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La Soledad
Natalio Grueso
Presses de la Cité
Roman
Traduit de l’espagnol par Santiago Artozqui
320 p., 19 €
EAN : 9788408127833
Paru en septembre 2016

Ce qu’en dit l’éditeur
Une aventure débordant d’imagination où se rejoignent le désir, la gratitude, la justice et les rêves.
Bruno Labastide est venu s’installer à Venise, dans le quartier de Dorsoduro, au terme d’une vie bien remplie durant laquelle il n’a cessé de voyager. Cela fait bien un an qu’il y réside lorsque, un jour, il voit une jeune Japonaise d’une beauté stupéfiante passer devant le café où il a ses habitudes. C’est le coup de foudre. Mais cette dernière, Keiko, ne lui concédera une nuit d’amour que s’il parvient à l’émouvoir avec un poème ou une histoire… Mais par laquelle commencer ?
Natalio Grueso signe un superbe roman mosaïque aux récits enchâssés et nous entraîne avec poésie aux quatre coins du monde.
« Un roman subtil, délicat et émouvant, qui m’a profondément touché. » Paolo Coelho
« C’est un livre qui se lit avec plaisir, et dont chaque page surprend le lecteur un peu plus que la précédente. » Mario Vargas Llosa

Ce que j’en pense
Ce roman figure dans ma sélection des ouvrages de la rentrée littéraire 2016 à lire. Si je ne l’ai pas encore lu, j’ai apprécié la présentation qui en a été faite ainsi que le thème abordé. C’est pourquoi, je me propose dans un premier temps de publier sur mon blog les informations qui ont déterminé ce choix ainsi que ma revue de presse. Bien entendu, après avoir lu le livre, je vous proposerai ma chronique.

Autres critiques
Babelio 
Booquin
Blog Livrogne.com
Blog Les lectures de Mylène
Blog Les carnets d’Eimelle 
Blog Doc Bird

Les vingt premières pages du livre 

Extrait
« Le jour de son anniversaire, on offrit à Lucas, quatre cents mots. Il dépensa les deux premiers pour remercier sa mère et, avec les quatorze suivants, il écrivit deux vers qu’il dédicaça à la fille dont il était amoureux. Cela faisait déjà quelques mois que la multinationale Pinkerton avait racheté les droits d’utilisation de toutes les langues, de tous les langages parlés et écrits dans le monde, de tous les mots jamais inventés. Depuis, quiconque voulait utiliser une langue, était tenu de verser des droits à M. Pinkerton. C’est pourquoi on parlait de moins en moins. A présent, seuls les riches pouvaient se permettre de dilapider leurs mots en bavardages au cours de fêtes creuses, d’écrire des messages ridicules ou de se servir de la langue pour agresser leurs ennemis. Les poètes écrivaient pour eux, dans la clandestinité, incapables qu’ils étaient de payer le prix des magnifiques adjectifs qu’ils couchaient sur le papier. »

A propos de l’auteur
Ancien administrateur des théâtres municipaux de Madrid, l’Espagnol Natalio Grueso a décidé de se consacrer pleinement à l’écriture après la parution de La Soledad, son premier roman. (Source : Presses de la Cité)

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Rien que des mots

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Rien que des mots
Adeline Fleury
Éditions François Bourin
Roman
184 p., 20 €
EAN : 9791025201602
Paru en janvier 2016

Où?
Le roman se déroule dans un endroit situé «face à la mer» qui n’est pas nommé ainsi qu’à Paris, Fontenay-aux-Roses ou Cachan.

Quand?
L’action se situe dans un futur proche.

Ce qu’en dit l’éditeur
Dans un avenir qui ressemble à notre futur proche, Adèle a décidé de tenir son fils Nino éloigné de la lecture. Privée dans son enfance de la tendresse d’un père écrivain accaparé par son œuvre, elle fera tout pour éviter un tel sort à son fils. Pour qu’il reste dans la vraie vie, pour l’empêcher d’être tenté par la grande aventure de l’écriture, elle proscrira autour de lui la présence des livres. Elle les brûlera, elle va jusqu’à nier leur existence.
Mais l’enfance est têtue et tous les silences ne peuvent rien contre sa curiosité. Nino, après une longue quête, finira par trouver sa voie en assumant d’une manière inattendue cet héritage de mots et de papier.
Dans cette fable initiatique, Adeline Fleury nous donne à lire un conte cruel où les angoisses les plus archaïques se ravivent au contact des réalisations de notre hypermodernité. L’ambivalence de notre rapport au livre, livre sacré ou interdit, se trouve interrogée dans ces pages où se projettent comme des ombres expressionnistes nos tabous les plus enfouis. Avec Rien que des mots, c’est une magnifique déclaration d’amour qu’Adeline Fleury adresse au livre, à tous les livres.

Ce que j’en pense
***
Rendre hommage à la littérature en écrivant un roman qui met en scène une jeune femme qui ne supporte plus les livres, l’écriture et les écrivains, voilà un joli défi relevé avec brio par Adeline Fleury.
Voici donc Adèle, fille d’un écrivain autodidacte, qui consacre toute son énergie à sa passion : « Il voyait peu le jour, et c’est une tornade de nerfs qui remontait pour partager le dîner familial. Peu de mots échangés, normal, toute la journée les mots l’avaient vidé. » Au lieu de profiter des siens, il veut écrire un maximum de livres. Une première expérience traumatisante qui ne va toutefois pas l’empêcher de s’engager dans une carrière de journaliste. Et constater combien ce métier, notamment au sein de la rédaction qui l’emploie, ne correspond pas à l’image qu’elle s’en faisait. « Toute une carrière basée sur le nombrilisme au lieu de l’altruisme. Qui a dit que le journalisme était ouvert aux autres ? Foutaise ! Le journaliste ne se soucie guère que de lui-même. Le journaliste veut briller, épater, que l’on parle de lui, rien que de lui, de ses infos. Rien que de ses mots. » Seconde expérience traumatisante.
Puis vient l’heure du mariage, celle de fonder une famille. L’heure aussi des remises en question, d’affronter le père «qui lui a injecté le venin des mots dans les veines» et qui ne comprend pas son aversion soudaine pour la chose écrite : « Ah puis merde, elle va être mère et rentrer dans le rang. Comment ai-je pu engendrer une petite-bourgeoise pareille : trente ans, boulot stable, congés payés, mariage bien comme il faut, bébé bien comme il faut, balades canards au square tous les dimanches bien peinards…» Troisième expérience traumatisante.
L’heure de se pencher sur le berceau de Nino, l’enfant qu’Adèle entend préserver de cet univers anxiogène en l’éloignant le plus possible des livres. Une tâche qui va être facilitée par l’évolution de la société qui aime bien bruler (au sens propre) ce qu’elle a adoré et s’imagine un avenir radieux grâce à des petits bijoux technologiques.
Mais bon sang ne saurait mentir et voilà le garçon attiré par l’interdit autant que par l’histoire familiale. L’excitation de découvrir ce qu’on veut lui cache, l’exploration de ces curieux objets imprimés vont vite tourner à l’obsession. Nino devient collectionneur puis sauveur de livres. « Il sait maintenant qu’il est le fruit de l’amour fusionnel de deux êtres passionnés de littérature et qu’il a bien failli naître sur un parterre de livres déchiquetés. Tout ça c’est son histoire, tout ça l’a poussé vers une humanité marginale. Plus que l’amour, il a les mots en héritage. Il n’écrit pas, il restaure le passé. »
Quant aux amoureux des livres que nous sommes, nous remercions Adeline Fleury pour cette déclaration d’amour et cette mise en garde. Rien que des mots… essentiels.

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Fragments de lecture (Virginie Neufville)
Le blog d’Eirenamg
Blog DesLireEtDesMots (Blandita Henique)
Blog Anita et son Bookclub (Anita Millot)
Blog Les livres de Joëlle 
Blog PatiVore 
Blog Les lectures de Martine 
Blog TlivresTarts 
Blog Les jardins d’Hélène (Laure Alberge)

Autres critiques
Babelio
Blog Sur la route de Jostein 
Blog Adepte du livre 

Extrait
« Pourquoi ce désir fou de m’écarter des livres ? Pourquoi cette volonté de ne pas m’inclure dans cette belle dynastie d’amoureux des mots. Ce n’est pas une malédiction, maman, c’est un don de Dieu que de pouvoir écrire. Quoi de plus efficace que les mots pour faire tourner le monde ? Moi je suis fier de cet héritage. Un grand-père qui transmet l’Histoire aux générations nouvelles, un père qui raconte des histoires, une mère qui décortique les évolutions de la société. Quels legs magnifiques ! Alors, pourquoi m’as-tu privé du droit de la création ? Moi aussi j’ai mon mot à dire, ma part d’histoire à écrire. Désormais, maman, je serai le seul narrateur du roman de ma vie. »

A propos de l’auteur
Adeline Fleury est journaliste. Elle a publié un livre remarqué, Petit éloge de la jouissance féminine (Editions François Bourin, 2015). (Source : Éditions François Bourin)

Compte Twitter de l’auteur 

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