La romancière, l’éditrice et le lecteur

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En deux mots:
Evelyne Pisier meurt en février 2017, après avoir commencé à travailler sur le manuscrit remis à son éditrice. Cette dernière tiendra sa promesse et «terminera son livre». À la biographie de deux femmes en voie d’émancipation viendra s’ajouter le roman du roman. Étincelant, émouvant, époustouflant!

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

La romancière, l’éditrice et le lecteur

Si Tania de Montaigne a bien raison de dire que «lire un bon livre, c’est faire une rencontre», l’émouvant roman à quatre mains d’Evelyne Pisier et Caroline Laurent vient nous rappeler que la première rencontre est celle de l’auteur et de son éditeur. Une rencontre qui nous vaut un petit miracle.

Et soudain, la liberté n’est pas un livre comme les autres. Il est né de la promesse faite par Caroline Laurent, l’éditrice, à Evelyne Pisier, la romancière, de terminer son livre. Car cette dernière est condamnée et ne verra pas son œuvre paraître. Elle est décédée le 9 février 2017.
Mais faisons tout d’abord un retour en arrière jusqu’à cette journée du 16 septembre 2016, au moment où les deux femmes se rencontrent. Entre la vieille dame et l’éditrice qui pourrait être sa fille, le courant passe immédiatement. Caroline a senti le potentiel du manuscrit d’Evelyne. Mais elle entend le remanier, car elle fait partie des « éditeurs garagistes, heureux de plonger leurs mains dans le ventre des moteurs, de les sortir tachées d’huile et de cambouis, d’y retourner voir avec la caisse à outils. » Evelyne lui accorde d’emblée sa confiance et le duo s’attaque à cette riche biographie, en décidant d’en faire un roman, forme littéraire la plus à même de rendre compte des péripéties et du parcours exceptionnel mis sur le papier.
Le lecteur est dès lors convié à suivre en parallèle une fresque historique et militante et le travail de l’éditrice sur le manuscrit, retraçant pas à pas la gestation du livre.
Un choix audacieux, mais très réussi. Car le «roman du roman» est tout aussi passionnant que l’hommage qu’entend rendre Evelyne à sa mère en racontant sa marche vers l’émancipation.
Nous voici revenus au temps des colonies, au sein de la famille d’un haut-fonctionnaire pétainiste et maurrassien, qui tentera jusqu’au bout de croire à la suprématie des colonisateurs sur les indigènes. Un entêtement qui vaudra à son épouse et à sa fille, Mona et Claire dans le roman, d’être internées après l’invasion japonaise. Outre les privations et les exactions, elles doivent endurer l’absence d’informations. Fort heureusement, elles retrouveront la liberté, leur père et mari, et pourront quitter un pays à feu et à sang qui ne tardera pas à gagner son indépendance.
Si « l’arrivée en France plongea la famille dans un confort irréel, après des mois de privation », il ne sera que de courte durée. Au lieu du poste en Afrique qu’il convoitait, André est nommé en Nouvelle-Calédonie. C’est donc au bord du Pacifique sud que la petite fille et sa mère vont franchir une étape décisive. Lucie entend échapper à la mainmise des religieuses auxquelles elle est confiée, Mona veut son indépendance vis à vis d’un mari tyrannique. Deux rencontres vont alors être décisives. Pour Claire, ce sera Rosalie, la nounou qui succède à Tibaï l’indochinoise, et va «éduquer» la fillette. Pour Mona, ce sera Marthe, une bibliothécaire qui va faire découvrir Le deuxième sexe de Simone de Beauvoir. Au fil des pages la quête de liberté se fait plus concrète. Aux escapades vont se succéder des rendez-vous secrets. Du club d’équitation on passe à l’auto-école afin de poursuivre disposer d’une voiture. Et si André s’oppose à ce projet, il ne fait qu’attiser ainsi l’envie de divorcer de son épouse. Qui finira par se concrétiser.
Avec à la clé un retour en France via l’île Maurice. Le bouillonnement des années soixante, ponctué par mai 68, marquera sans doute l’apogée de leur quête.
Aux combats pour les droits des femmes menés par la mère répond celui de la révolution cubaine pour la fille qui se retrouve soudain avec un groupe d’étudiants aux pieds de la tribune de Santiago pour y écouter le discours enflammé de Fidel Castro et partageant «l’extase d’un peuple qui voulait y croire». S’en suit le plus incroyable des épisodes: la liaison que va entretenir le Lider maximo avec la jeune française. Claire sera même à deux doigts de suivre le président cubain, mais renoncera au dernier moment.
Sa mère n’aura pas ce courage. Elle retombera dans les filets d’André, allant même jusqu’à se remarier. « Ce remariage aux conséquences terribles, est à mon sens un élément qui permet d’éclairer la figure de Mona. Il dit bien toute l’importance du désir dans sa vie, quitte à se doubler d’une mise en danger – d’un comportement suicidaire. » Voilà qui va nous conduire à l’épilogue qui, comme dans tout bon roman, nous réserve son lot de surprises.
Mais, une fois n’est pas coutume, je laisserai à Caroline Laurent le soin de conclure mon propos, car je ne saurai mieux dire qu’elle pourquoi il faut, toutes affaires cessantes, se plonger dans ce livre: « Que peut la littérature face à l’absolu du vide ? Quel est ce plein dont elle prétend nous combler ? J’ai beau travailler dans les mots, autour des mots, entre les mots, je n’ai pas la réponse. Vivre une autre vie, donner du rêve, faire rire et pleurer, laisser une trace, peindre le monde, poser des questions, ressusciter les morts, voilà le rôle des livres, dit-on. Offrir la consolation de la beauté. C’est peu; c’est immense.»

Et soudain la liberté
Evelyne Pisier – Caroline Laurent
Éditions Les Escales
Roman
448 p., 19,90 €
EAN: 9782365693073
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule en Indochine, à Saigon, puis à Nouméa et Dumbéa en Nouvelle-Calédonie, à Cuba, notamment à Santiago et La Havane, et en France, à Pézenas, Paris, Nice, Sanary et en Suisse, à Genève

Quand?
L’action se situe des années 1950 siècle à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Mona Desforêt a pour elle la grâce et la jeunesse des fées. En Indochine, elle attire tous les regards. Mais entre les camps japonais, les infamies, la montée du Viet Minh, le pays brûle. Avec sa fille Lucie et son haut-fonctionnaire de mari, un maurrassien marqué par son engagement pétainiste, elle fuit en Nouvelle-Calédonie.
À Nouméa, les journées sont rythmées par la monotonie, le racisme ordinaire et les baignades dans le lagon. Lucie grandit ; Mona bovaryse. Jusqu’au jour où elle lit Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir. C’est la naissance d’une conscience, le début de la liberté.
De retour en France, divorcée et indépendante, Mona entraîne sa fille dans ses combats féministes : droit à l’avortement et à la libération sexuelle, égalité entre les hommes et les femmes. À cela s’ajoute la lutte pour la libération nationale des peuples. Dès lors, Lucie n’a qu’un rêve : partir à Cuba. Elle ne sait pas encore qu’elle y fera la rencontre d’un certain Fidel Castro…
Et soudain, la liberté, c’est aussi l’histoire d’un roman qui s’écrit dans le silence, tâtonne parfois, affronte le vide. Le portrait d’une rencontre entre Evelyne Pisier et son éditrice, Caroline Laurent – un coup de foudre amical, plus fou que la fiction. Tout aurait pu s’arrêter en février 2017, au décès d’Evelyne. Rien ne s’arrêtera : par-delà la mort, une promesse les unit.

68 premières fois
Blog motspourmots.frBlog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
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Blog Les livres de Joëlle

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Les premières pages du livre

Extrait
« Les derniers mots d’Évelyne, qu’Olivier m’avait confiés comme un trésor, brûlaient en moi. « S’il m’arrive quoi que ce soit, promets-moi de terminer le livre avec Caroline. » Elle m’avait tout donné avant Noël : la trame, les informations manquantes, les anecdotes, les épisodes clés. Il ne restait qu’à mettre en forme cette matière. Nous l’aurions fait ensemble. Il y aurait eu des rires, du vin blanc tiédi, des questions à n’en plus finir. Faut-il raconter cette scène ? Ce détail présente-t il le moindre intérêt ? Tu crois que ça va intéresser les gens ? Il y aurait eu des tendresses folles et des folies tendres. On projetait une grande fête pour l’été.
Dans la nuit qui commençait à envelopper Paris, j’ai vu ses yeux bleus, son sourire et sa main se tendre vers moi. « À ton tour » semblait-elle me dire. Je lui ai fait un clin d’oeil. J’étais son éditrice. Son amie de vingt-huit ans. Elle était mon histoire la plus folle. J’ai promis.
Je terminerai le livre. »

À propos de l’auteur
Caroline Laurent est née en 1988. Éditrice et amie d’Evelyne Pisier, elle terminera pour elle son dernier roman. (Source : Éditions Les Escales)

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Au nom des nuits profondes

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En deux mots:
La drôle de vie d’une «babyboomeuse», d’abord soumise puis se voulant femme libérée, sous l’œil vengeur de sa fille qui s’est sentie deux fois abandonnée.

Ma note
★★ (bon livre. Je ne regrette pas cette lecture)

Au nom des nuits profondes
Dorothée Werner
Éditions Fayard
Roman
180 p., 17 €
EAN : 9782213704814
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule en France, sans oublier l’évocation de séjours en Angleterre et à New York

Quand?
L’action se situe des années cinquante à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Au début, tout était à sa place. Comme dans les bonnes familles, en parfaite baby-boomeuse, sa mère était passée de fille à papa à femme au foyer. D’abord fière de sa grossesse, et puis désemparée par la maternité. Convaincue de l’infériorité intrinsèque de son sexe, absente à elle-même comme aux autres, elle passait son temps à se plaindre d’un quotidien qui ne valait pas le mal qu’elle se donnait pour le vivre.
Et puis tout a volé en éclats. Quelques années ont suffi pour faire basculer l’époque dans l’égalitarisme. Des femmes en tailleur pantalon deviennent cadres supérieurs, adieu victimes geignant au-dessus des casseroles, le mot « émancipation » est sur toutes les lèvres. Alors sa mère veut, comme tant d’autres, rattraper le temps perdu. Envers, contre tout et dans le désordre.
L’enfant n’a rien compris, mais elle a tout vu, tout entendu. Et un beau jour, une nuit, elle raconte sa version de l’histoire : ce destin de femme ensorcelée par l’appel de la liberté, à ses risques et périls. Une ode poétique et rageuse, un genre de fable, un roman d’amour trempé dans chaque époque traversée.

Ce que j’en pense
«Ton histoire lui a entaillé le cœur dès l’instant où elle est née.»
Selon l’adage, la vengeance est un plat qui se mange froid. Dorothée Werner nous en apporte une belle démonstration à travers cette diatribe adressée à sa mère, loin de toute complaisance, oubliant l’amour éternel qu’elle est censée devoir à sa génitrice, elle est tout à sa rage. «Alors on verra ce qu’on verra».
Et on ne tarde pas à voir. Déversant son fiel, lâchant sa colère en une adresse à la seconde personne du singulier, nous voilà emporté dans un monde pas si lointain où les jeunes filles, puis les femmes n’avaient pas le droit à la parole, où seules comptaient les apparences. Il suffisait « d’échafauder n’importe quoi pourvu que l’ensemble paraisse tenir debout: trahir. Trahir tout et tout le monde, trahir même un salaud, la vérité et aussi le mensonge. Trahir sans foi ni loi, puisque seuls les garçons faisaient leur droit ou leur médecine. On mariait les filles au plus tôt, le mieux possible, il fallait tenir son rang, et puis bon débarras. »
Un traitement jugé naturel qui semblait accepté par cette jeune fille qui passe de boîtes privées en boîtes à bac avec son incontournable jupe bleu marine. Après avoir essuyé les bancs des différents établissements scolaires, elle est envoyée en Angleterre comme jeune fille au pair « larbin chez les autres en attendant le mariage (…) Récurer les enfants des autres avant de se coltiner les vôtres, se faire la main domestique chez les Rosbifs, c’était la norme pour les cuisses de grenouille. »
Victime consentante, elle passe de «de fille à papa à femme au foyer». Et ne tard epas à mettre au monde un premier enfant. «Sentais-tu venir le gouffre qui te tendait les bras?»
Mais c’est alors que le roman bascule. La «parfaite babyboomeuse, absente à elle-même comme aux autres, convaincue de l’infériorité intrinsèque de son sexe» va se rebeller et faire voler en éclats toutes les belles conventions. Le féminisme sera sa nouvelle vocation, l’émancipation, les manifestations, le planning familial… Quitte à un oublier sa progéniture.
« Quelques années ont suffi pour faire basculer l’époque dans l’égalitarisme. Des femmes en tailleur pantalon devenaient cadres supérieurs, adieu victimes geignant au-dessus de leurs casseroles, le mot « émancipation » était sur toutes les lèvres.
Alors elle a voulu rattraper le temps perdu, envers, contre tout, et dans le désordre.
Son enfant n’a rien compris mais a tout vu, tout entendu. Et il fallait bien qu’un jour elle raconte sa version hallucinée de l’histoire: le destin d’une femme ensorcelée, comme tant d’autres de sa génération, par l’appel de la liberté. À ses risques et périls. »
On sent Dorothée Werner meurtrie pour ne pas dire déboussolée face à ce revirement. Mais existe-t-il ce chemin médian qu’elle semble appeler de ses vœux, celui qui voudrait qu’une mère ne soit pas forcément aliénée, celui qui ferait de la working girl une femme affranchie… La narratrice de ce court mais virulent roman devrait méditer ce conseil de Lena Dunham : « Une grande part du combat féministe est de donner aux autres femmes la liberté de faire des choix que l’on n’aurait pas forcément fait pour soi. »

Autres critiques
Babelio 
ELLE (entretien avec l’auteur)
Blog Culur’Elles (Caroline Doudet)

Les premières pages du livre
« Tu as tout oublié.
Avec tes camarades, tu te jetais sur le grand portail noir chaque samedi, les poumons emplis d’un fol espoir, le cœur soulevé par l’éblouissante rumeur d’une épiphanie, prête à tout casser. Midi. Sac sur l’épaule, cheveux lâchés et tempes bouillantes, tu guettais la voiture qui, l’adulte qui, les bras qui, loin d’ici, te soulèveraient le temps d’un week-end, ailleurs vers d’autres plaines, au bord d’autres lacs. L’oubli en rafale détruirait les souvenirs. Tu guettais le moindre souffle, tu guettais la force et le baume. Réfectoire, hauts murs de prison, dortoirs javellisés, solitude claquemurée, les cauchemars valseront, qu’on n’en parle plus. Un vol de moineaux : les voitures freinaient. Fenêtres baissées, « Ma chérie », baisers vifs, « Viens mon Paulo », brèves étreintes. Les portières claquaient, « Ta sœur t’attend », clac, « Mon cher petit vieux », clac, pique-nique au programme, cinoche pour les plus chanceux, clac clac, ça redémarrait dans le chaos. Chacun s’évaporait, et puis toi rien. La suie blanche du silence retombait sur la scène soudain glacée. Aujourd’hui encore tu es sur ce trottoir à attendre, avec tes joues rondes de l’enfance éternelle et ton bon cœur qui n’en démord pas. D’où vient ce mystère que l’espoir ne t’a pas quittée ? Tu courais te cacher sous le grand escalier de pierre, à l’entrée de l’institution. Souffle suspendu, tu fouillais encore le murmure de la rue. Un signe, quelque part ? Les gravillons blanchissaient ta jupe bleu marine. Ils piquaient de points rouges tes paumes qui les broyaient. Pour toi personne ne viendrait jamais vraiment. Mais renoncer à croire, plutôt crever. L’œil mauvais, tu t’obstinais. Crispée sur le moindre embryon de bruit, une comptine montait en toi comme une menace, tu fredonnais salement La P’tite Hirondelle. « Qu’est-ce qu’elle a donc fait », soudain la rumeur d’une autre voiture s’approche et te voilà à nouveau aux aguets. Un coup de vent dans les branches de l’arbre, « trois p’tits sacs de blé », l’engin passait son chemin. « Trois p’tits coups de bâton », mâchoires serrées, goût de cendre sous la dent, tu laissais tomber les paroles, la chanson devenait muette. Comme tous les enfants qui toujours viendront, l’enfant à venir sera comme toi à jamais : entièrement tendue vers l’espoir jamais réalisé, vers l’amour qui ne vient jamais par où on l’attend, certaine pourtant, certaine en dépit du bon sens, qu’il était là quelque part, mais où bon sang ? La cloche sonnait et tout continuait. Ou plutôt rien, rien ni personne. Le réel s’obstinait. Tu n’avais pas d’existence, tu n’étais que ce qu’on en pensait. Comme tous les samedis à la même heure, un caillou blanc. Une bonne sœur grasse trottinait vers toi en te houspillant, une oie épaisse empêtrée dans sa robe sombre, des miettes encore collées au coin de la bouche : « Ah te voilà, toi. On t’a déjà dit de ne pas sortir sans autorisation. Rentre ici. Tu te crois où ? »

Extrait
« Comme un siècle auparavant, comme dans des centaines d’années, le vent agite en tous sens l’or sombre des genêts. Vous buvez à la santé du monde, vous trinquez à la grâce et au grand n’importe quoi des Hommes, aux blessures s’évanouissant dans les rafales.
Sous tes doigts, tu sens la pulpe ridée de ta peau. Tu as huit ans, tu as cent ans. Tu sais que le passé n’est qu’une fable, une fantaisie amère. Que la vérité, comme le sens de nos vies, est un torrent de montagne qui toujours se dérobe, coulant entre les cailloux de lave, se diluant dans la nuit. Que seul existe, d’ici on le voit à mille lieues à la ronde, un monde où ce qui brûle l’horizon court aussi dans les veines du moindre bouton d’or. Qu’un reste de l’amour blessé et blessant des mères demeure à jamais dans les lames de lumière poignardant les nuages.
Tu sais aussi maintenant, après « Papa », Dieu et les autres, comment tombe un très vieil arbre au terme de plusieurs siècles d’une vie flamboyante. Sa chute fait un bruit de craquement terrifiant. Un long silence sidéré fige la forêt. Il renvoie au sol une immense quantité de matière vivante, qui le nourrira pour des siècles et des siècles. Pour la première fois, le vide béant laissé par l’arbre permettra au jour de pénétrer le sous-bois. Une clarté inédite déboulera alors par flots continus, donnant à des milliers de formes de vies nouvelles la possibilité d’éclore. Comment ton enfant avait-elle pu grandir en trouvant, dans les recoins de son propre corps, tes sensations les plus intimes ? Pouvait-elle raisonnablement traverser en ton nom la colère, la rage et la haine dont tu n’avais jamais voulu, ô mère, ô toi la Femme et l’Enfance, tes colères et tes chagrins innommés, tes regrets et tes bouquets de violette, toi qui étais sa sœur et sa fille en même temps que sa mère, et qui se sera débattue comme toutes les sœurs et les filles en même temps que les mères? Elle avait écrit en vain. Elle avait trahi en vain. Ton mystère est intact. Un jour, la mort transformera ta vie en un destin français, mais c’est encore trop tôt : pour l’heure tu fumes dans le grand vent, ton vieux cœur tout content, et une petite cantate monte vers toi. Obsédante et maladroite, si mi la ré, si mi la ré, si sol do fa. Une petite prière, mais sans un signe de croix. »

À propos de l’auteur
Née en 1969, Dorothée Werner vit à Paris. Elle est grand reporter au magazine Elle.
Après avoir publié A la santé du feu, un premier récit d’une grande force, elle a récidivé en 2015 avec Kouri et en 2017 avec Au nom des nuits profondes. (Source : Babelio)

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Et soudain, la liberté

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Voici 5 bonnes raisons de lire ce livre :
1. Parce qu’il y a il y a le roman et le «roman du roman» dans cette histoire. D’une part nous suivons le parcours d’une femme hors du commun, Evelyne Pisier. D’autre part, on découvre la genèse de ce livre écrit à quatre mains, achevé après le décès brutal d’Evelyne par Caroline, son éditrice.

2. Parce que ce roman nous entraîne à la fois dans une fresque historique et militante, celle du temps des colonies, notamment en Indochine et en Nouvelle-Calédonie, celle de l’utopie cubaine avec l’arrivée de Fidel Castro et la «Révolution» de Mai 68, et les combats pour l’égalité homme-femme, la libéralisation sexuelle, le doit à l’avortement.

3. Parce que ce roman a été sélectionné par le Comité de Lecture Cultura comme l’un des Talents Romans de la Rentrée littéraire 2017 et s’est vu décerner le prix Première plume du Furet du Nord à l’unanimité du jury. « Un roman passionnant, bouleversant, émouvant… juste sublime! », a expliqué la présidente, libraire à Roubaix.

4. Parce que la Blogosphère s’enflamme déjà pour ce roman, les superlatifs venant s’accumuler pour dire le bonheur de la lecture et les émotions qu’il procure. À l’exemple d’Emma qui vous conseille de «ne pas faire l’impasse sur ce magnifique livre solaire sur les femmes, la liberté, la transmission entre femmes et qui est aussi un très beau livre sur l’amour maternel.»

5. Parce qu’il a été sélectionné par les «68 premières fois» avec cet argument-massue: «On pourrait vous recopier des pages de citations tant ce roman sensible et délicat regorge de mots superbes, de phrases tellement belles, déposée au creux de l’oreille par le talent de Caroline Laurent. Coup de cœur des 68 premières fois! »

Et soudain la liberté
Evelyne Pisier – Caroline Laurent
Éditions Les Escales
Roman
448 p., 19,90 €
EAN: 9782365693073
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Mona Desforêt a pour elle la grâce et la jeunesse des fées. En Indochine, elle attire tous les regards. Mais entre les camps japonais, les infamies, la montée du Viet Minh, le pays brûle. Avec sa fille Lucie et son haut-fonctionnaire de mari, un maurrassien marqué par son engagement pétainiste, elle fuit en Nouvelle-Calédonie.
À Nouméa, les journées sont rythmées par la monotonie, le racisme ordinaire et les baignades dans le lagon. Lucie grandit ; Mona bovaryse. Jusqu’au jour où elle lit Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir. C’est la naissance d’une conscience, le début de la liberté.
De retour en France, divorcée et indépendante, Mona entraîne sa fille dans ses combats féministes : droit à l’avortement et à la libération sexuelle, égalité entre les hommes et les femmes. À cela s’ajoute la lutte pour la libération nationale des peuples. Dès lors, Lucie n’a qu’un rêve : partir à Cuba. Elle ne sait pas encore qu’elle y fera la rencontre d’un certain Fidel Castro…
Et soudain, la liberté, c’est aussi l’histoire d’un roman qui s’écrit dans le silence, tâtonne parfois, affronte le vide. Le portrait d’une rencontre entre Evelyne Pisier et son éditrice, Caroline Laurent – un coup de foudre amical, plus fou que la fiction. Tout aurait pu s’arrêter en février 2017, au décès d’Evelyne. Rien ne s’arrêtera : par-delà la mort, une promesse les unit.

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Les premières pages du livre

Extrait
« Les derniers mots d’Évelyne, qu’Olivier m’avait confiés comme un trésor, brûlaient en moi. « S’il m’arrive quoi que ce soit, promets-moi de terminer le livre avec Caroline. » Elle m’avait tout donné avant Noël : la trame, les informations manquantes, les anecdotes, les épisodes clés. Il ne restait qu’à mettre en forme cette matière. Nous l’aurions fait ensemble. Il y aurait eu des rires, du vin blanc tiédi, des questions à n’en plus finir. Faut-il raconter cette scène ? Ce détail présente-t il le moindre intérêt ? Tu crois que ça va intéresser les gens ? Il y aurait eu des tendresses folles et des folies tendres. On projetait une grande fête pour l’été.
Dans la nuit qui commençait à envelopper Paris, j’ai vu ses yeux bleus, son sourire et sa main se tendre vers moi. « À ton tour » semblait-elle me dire. Je lui ai fait un clin d’oeil. J’étais son éditrice. Son amie de vingt-huit ans. Elle était mon histoire la plus folle. J’ai promis.
Je terminerai le livre. »

À propos de l’auteur
Caroline Laurent est née en 1988. Éditrice et amie d’Evelyne Pisier, elle terminera pour elle son dernier roman. (Source : Éditions Les Escales)

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L’été en poche (46)

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La part des flammes

En 2 mots
Comment l’incendie du Bazar de la charité en 1897 va cristalliser l’état d’une société, bouleverser la vie de quelques personnages et sauver une jeune fille. Un beau roman historique, un grand roman de formation.

Ma note
etoileetoileetoileetoileetoile (coup de cœur, livre indispensable)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Marie Rogatien (Le Figaro Magazine)
« Petites trahisons entre amis, jeux de l’amour et du hasard, duels et enlèvements : cette histoire parfaitement maîtrisée et menée tambour battant embarque le lecteur dans un tourbillon d’intrigues diaboliques. Oscillant entre réalité historique, cabales et cavales romanesques, Gaëlle Nohant dresse le portrait à la loupe de la société française de la fin du XIXe: Downton Abbey à Paris. »

Vidéo


Gaëlle Nohant présente «La part des flammes». © Production Librairie Mollat

L’été en poche (33)

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Entre mes mains le bonheur se faufile

En 2 mots
Iris s’ennuie dans sa province et cherche à s’émanciper de sa routine habituelle. Sans avertir personne, elle part pour Paris vivre une vie passionnante. Si vous vous demandez quoi lire cet été, ne cherchez plus!

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Valérie Trierweiler (Paris-Match)
« Comme chacun d’entre nous peut, un jour, remettre en cause son destin ou ses propres choix, Iris démontre qu’il y a toujours la possibilité d’un ailleurs. L’héroïne fait surtout preuve d’une belle force de caractère. »

Vidéo


Agnès Martin-Lugand présente «Entre mes mains le bonheur se faufile». © Production Michel Lafon

L’été en poche (3)

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La clef sous la porte

En 2 mots
Ferdinand n’aime ni son épouse ni sa fille, Agnès veut arrêter de soigner sa mère, Auguste aussi veut tout plaquer. Fini de râler. Fuyons!

Ma note
etoileetoile (bon livre. Je ne regrette pas cette lecture)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Corinne Renou-Nativel (La Croix)
«Sur des thèmes qui lui sont chers, la solitude, les liens familiaux qui étouffent, Pascale Gautier relate, entre cruauté et tendresse, des crises. L’occasion de dresser des bilans douloureux, mais aussi de larguer les amarres.»

Vidéo


Pascale Gautier présente « La clef sous la porte ». © Production Librairie Mollat

Le souffle des feuilles et des promesses

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En deux mots
La sudiste Hallie Erminie rêve d’une carrière d’écrivain. Soutenue par Post Wheeler, elle va réussir à s’imposer sur la scène littéraire. Un triomphe éditorial qui va toutefois s’accompagner d’une frustration sur le plan sentimental. Jusqu’où peut-on être une femme libre en cette fin de XIXe siècle? La réponse dans cette biographie romancée.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Le souffle des feuilles et des promesses
Sarah McCoy
Éditions Michel Lafon
Roman
traduit de l’anglais (États-Unis) par Anath Riveline
333 p., 21,95 €
EAN : 9782749932644
Paru en juin 2017

Où?
Le roman se déroule principalement aux Etats-Unis, au Kentucky, à Post Oak, Hopkinsville, LaFayette, Louisville, Cincinnati, New York, Atlantic City, Washington, San Francisco, Seattle ou encore à St. Michael, Independence City, Dawson City et Eldorado, Alaska. Des voyages en Europe y sont également évoqués, à Liverpool, Londres, Beaulieu-sur-Mer

Quand?
L’action se situe au tournant des XIXe et XXe siècles.

Ce qu’en dit l’éditeur
Une magnifique histoire d’amour qui traverse le temps et les continents.
Hallie Erminie, issue d’une famille de planteurs du Kentucky, est une jeune femme de caractère qui adore écrire. À New York, où elle s’est mis en tête de trouver un éditeur qui publierait son premier roman, elle fait la connaissance de Post Wheeler, un journaliste célibataire et fier de l’être. Tous deux discutent à bâtons rompus de la vie culturelle new-yorkaise, bouillonnante en cette fin de XIXe siècle, et s’attachent l’un à l’autre sans oser se l’avouer. Malheureusement, quand Post part pour l’Alaska du jour au lendemain, la possibilité d’une histoire d’amour s’évanouit.
Commence alors un chassé-croisé qui durera une dizaine d’années, des États-Unis à l’Italie en passant par l’Angleterre ou la France. Tandis que Hallie Erminie rencontre le succès grâce à ses livres, Post Wheeler se destine finalement à une carrière politique. À chacune de leurs rencontres, les sentiments des deux jeunes gens grandissent mais le destin semble peu enclin à les réunir. Oseront-ils s’avouer leur amour?

Ce que j’en pense
Après Un goût de cannelle et d’espoir et Un parfum d’encre et de liberté, voici le troisième roman de Sarah McCoy à paraître en France. Le souffle des feuilles et des promesses devrait connaître le même succès que les deux premiers, quand bien même la thématique et l’époque n’ont rien de commun. En revanche la plume de l’auteur, en particulier son habileté à dépeindre une atmosphère, continue à faire merveille.
Nous sommes cette fois au Kentucky à la fin du XIXe siècle, c’est-à-dire au moment où les sudistes tentent de se remettre du douloureux et fratricide épisode de la Guerre de sécession. Dans la famille Rives, le conflit a aussi laissé des traces, puisque le chef de famille – issu d’une grande famille de Virginie – était du côté des Confédérés et a passé près de deux ans dans un camp de prisonniers. Ce qui explique sans doute la méfiance de sa fille Hallie Erminie pour les Yankees et sera aussi une source d’inspiration pour son œuvre romanesque.
Car si sa famille voit la jeune fille au centre de ce livre occuper un poste administratif au sein de sa compagnie de tabac, elle rêve à une carrière d’écrivain. Comme sa cousine Amélie, filleule du général Robert E. Lee, qui connaît un joli succès en tant que poétesse et romancière.
Sarah McCoy remonte jusqu’à sa prime enfance pour démonter les ressorts de sa vocation et va nous offrir de la suivre au fil des années, parallèlement à sa vie amoureuse. Car l’une et l’autre sont intimement liées.
Mais avant d’aller plus loin, il convient de dévoiler ici que ce roman est en fait une biographie romancée de Hallie Erminie Rives et de Post Wheeler. Leurs parcours respectifs sont si riches de péripéties que l’auteur n’aura quasiment pas eu à romancer le récit pour lui donner du souffle.

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Post Wheeler et Hallie Erminie Rives © Library of Congress

On voit d’un côté la jeune fille partant pour New York avec son manuscrit sous le bras et faisant la tournée des éditeurs, sûre de son talent. Après avoir essuyé plusieurs refus et étant sur le point de renoncer, elle réussit pourtant à être publiée, même si son premier roman lui vaut un scandale… bienvenu. Car si la presse s’empare de son livre, cela fait grimper les ventes. L’éditeur se frotte les mains, la jeune fille ose à peine rentrer chez elle. Mais une fois la tempête passée, elle va s’atteler à un nouveau livre et pourra compter sur l’aide de Post Wheeler et son réseau. Elle le rencontre à New York et tombe sous son charme, même si son côté donneur de leçons l’exaspère. Du reste ce Yankee a publié une sorte de guide du célibataire et entend bien continuer à profiter de sa liberté, même si la jeune femme le trouble sans doute autant qu’elle est troublée.
Commence alors un jeu subtil, chassé-croisé amoureux durant lequel chacun des deux n’osera franchement dire ce qu’il a sur le cœur. Quiproquo, maladresse, non-dit : toute la gamme y passe, y compris une longue séparation, Hallie Erminie partant pour l’Europe tandis que Post part chercher de l’or en Alaska. Ne gâchons pas votre plaisir, cher lecteur, à dévoiler les épisodes qui suivent. Contentons-nous de cette citation qui décrit bien l’état d’esprit de l’écrivain qui court de succès en succès: « J’avais vingt-huit ans et je n’en pouvais plus de décrire des passions sans jamais y avoir goûté. J’étais un imposteur, impatiente que l’on me prenne mon honneur. »
Pour le reste, vous pouvez faire confiance à Sarah McCoy et au pouvoir envoûtant de son écriture!

Autres critiques
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Blog Figures de style

Extrait
« Après des années d’absence, il débarque chez moi, dans le Kentucky. Il m’assure qu’il m’a trouvé une maison d’édition et disparaît aussitôt. Il traverse l’Atlantique pour me voir et me cloue sur place avec ses provocations. Je lui remets mon dernier roman et il s’agace de ma vitesse à lui rendre le travail qu’il a lui-même réclamé ! »

A propos de l’auteur
Sarah McCoy vit au Texas, où elle donne des cours d’écriture à l’université, tout en se consacrant à ses romans. Après Un goût de cannelle et d’espoir, best-seller international, et Un parfum d’encre et de liberté, Le Souffle des feuilles et des promesses est son troisième ouvrage publié en France. (Source : Éditions Michel Lafon)

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La tresse

COLOMBANI_La_tresse

En deux mots
Smita l’indienne, Giulia la sicilienne et Sarah la canadienne se font des cheveux. Trois itinéraires de femmes qui vont se rejoindre pour former une tresse somptueuse. Découvrez LE premier roman de l’année !

Ma note
etoileetoileetoileetoileetoile (coup de cœur, livre indispensable)

La Tresse
Laetitia Colombani
Éditions Grasset
Roman
224 p., 18 €
EAN : 9782246813880
Paru en mai 2017

Où?
Le roman se déroule conjointement en Inde, en Sicile et au Canada.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté.
Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école.
Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée.
Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade.
Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est destiné et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.

Ce que j’en pense
Olivier Bourdeaut avait connu l’an passé avec En attendant Bojangles (qui vient de paraître en poche chez Folio) un succès phénoménal, propulsant par la même occasion la maison d’édition bordelaise Finitude sur le devant de la scène. Le hasard veut que ce soit une bordelaise qui lui emboîte le pas. Laetitia Colombani figure d’ores en tête des meilleures ventes et son premier roman est en cours de traduction dans seize langues. Mais au-delà des chiffres, attachons-nous aux lettres. Car elles méritent toute notre attention !
Voilà en effet l’une des œuvres les plus originales de l’année, moderne par son scénario, audacieuse dans sa construction, efficace dans son rythme, et j’ajouterais brillant dans son engagement.
Le scénario nous propose de découvrir successivement trois femmes dans trois continents différents. Trois femmes qui n’ont à priori aucune chance de se rencontrer, car elles vivent non seulement à des milliers de kilomètres l’une de l’autre, mais sont surtout de conditions sociales. On commence par découvrir la condition très difficile de Smita. Faisant partie de la caste des intouchables, elle n’est considérée que comme bonne à nettoyer les excréments des familles plus aisées du village. Si ce n’est l’amour de son mari – chasseur de rats – qui la fait tenir, c’est l’espoir que sa fille pourra aller à l’école et pourra aspirer à une condition meilleure. Mais le jour où son enfant est humiliée par son enseignant, elle comprendra que sa seule issue sera la fuite. Loin du village, loin des injustices, loin des insultes.
Giulia est la seconde femme du roman. Cette jeune sicilienne accompagne son père, gravement malade, durant ses derniers jours. Propriétaire d’un atelier de traitement de cheveux à Palerme, ce dernier laisse derrière lui une entreprise au bord de la faillite. Julia va échafauder un plan pour sauver la société et son personnel avec l’aide de son ami immigré Kamal. Elle va toutefois se heurter à sa famille, très conservatrice.
La troisième femme est une brillante avocate qui ambitionne de prendre la tête du cabinet où elle n’a cessé de grimper les échelons. Sarah a choisi de faire carrière au mépris de sa vie de couple et, après deux divorces, mène de front carrière et éducation des enfants. Jusqu’au jour où elle est victime d’un malaise et que les examens révèlent un cancer. Pour elle, un autre combat commence alors.
On l’aura compris, la construction audacieuse tient dans cette manière de tresser ses trois histoires de telle façon qu’elles puissent se rejoindre, même si les plus perspicaces vont assez rapidement pouvoir deviner ce qui peut rapprocher les trois femmes.
L’efficacité du rythme tient en de courts chapitres qui s’achèvent tous par une nouvelle révélation et qui font que le lecteur ne peut dès lors plus lâcher le livre avant l’ultime rebondissement. Laetitia Colombani donne ici ses lettres de noblesse à ce que les anglo-saxons appellent le «page turner» et que l’on pourra traduire par une addiction à la lecture.
Reste la défense et illustration du rôle de la femme en ce début du XXIe siècle. Bien mieux que des études statistiques, sociologiques ou politiques, l’auteur nous donne à comprendre, à ressentir, à partager les injustices qui perdurent, la discrimination qui persiste, le machisme qui continue à régir les relations. Par-delà le niveau social et par-delà les cultures. La tresse est aussi le roman de la détresse. Ce qui le rend dramatiquement beau et universellement juste.

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
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Blog L’ivresse littéraire (Amandine Cirez)
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Autres critiques
Babelio
La Croix (Stéphanie Janicot)
Elle (Olivia de Lamberterie)
Libération (Alexandra Schwartzbrod)
Onlalu (Pascale Frey)
Blog Mille et une frasques 

Les premières pages du livre


Laetitia Colombani lors de son passage dans La Grande Librairie de François Busnel

Extraits
« Smita voudrait tant dire: réjouis-toi, tu n’auras pas ma vie, tu seras en bonne santé, tu ne tousseras pas comme moi, tu vivras mieux, et plus longtemps, tu seras respectée. Tu n’auras pas sur toi cette odeur infâme, ce parfum indélébile et maudit, tu seras digne. Personne ne te jettera des restes comme à un chien. Tu ne baisseras plus jamais la tête, ni les yeux. Smita aimerait tant lui dire tout ça. Mais elle ne sait comment s’exprimer, comment dire à sa fille ses espoirs, ses rêves un peu fous, ce papillon qui bat son ventre. »

« Giulia ne manquerait de rien, assurément. De rien sauf de l’essentiel, répond-elle. Elle refuse de se soumettre, de s’enfermer dans une cage aux barreaux bien lustrés. Elle ne veut pas d’une vie des convenances et d’apparences. »

« Sarah a toujours été maîtresse de ses choix, des orientations de sa vie, elle était une executive woman comme on dit ici, littéralement « une personne jouissant d’une position dominante dans une entreprise ou une compagnie, qui prend des décisions et les fait appliquer ». Dorénavant, elle subit. Elle se sent trahie, comme une femme répudiée qu’on renvoie parce qu’elle n’a pas donné ce qu’on attendait d’elle, parce qu’on la juge inapte, insuffisante, stérile. »

A propos de l’auteur
Laetitia Colombani est scénariste, réalisatrice et comédienne. Elle a écrit et réalisé deux longs-métrages, À la folie… pas du tout et Mes stars et moi. Elle écrit aussi pour le théâtre. La Tresse est son premier roman. (Source : Éditions Grasset)

Site Wikipédia de l’auteur 

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La sonate oubliée

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En deux mots
À trois siècles de distance, deux musiciennes vont se retrouver. Lionella, jeune Belge d’origine italienne va jouer la sonate écrite par Ada, orpheline vénitienne, élève de Vivaldi. Leurs âmes vibrent avec la même passion et la même soif de liberté.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

La sonate oubliée
Christiana Moreau
Éditions Préludes
Roman
256 p., 15,60 €
EAN: 9782253107811
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman est composé autour de deux centres névralgiques, l’un en Belgique, à Seraing et l’autre en Italie, à Venise.

Quand?
Si le roman est situé de nos jours, il revient souvent au XVIIIe siècle, époque où se déroulent les événements consignés dans un journal intime découvert dans une brocante.

Ce qu’en dit l’éditeur
À 17 ans, Lionella, d’origine italienne, ne vit que pour le violoncelle, ce qui la distingue des autres adolescents de Seraing, la ville où elle habite en Belgique. Elle peine toutefois à trouver le morceau qui la démarquerait au prochain grand concours Arpèges. Jusqu’au jour où son meilleur ami lui apporte un coffret en métal, déniché dans une brocante. Lionella y découvre un journal intime, une médaille coupée et… une partition pour violoncelle qui ressemble étrangement à une sonate de Vivaldi. Elle plonge alors dans le destin d’Ada, jeune orpheline du XVIIIe siècle, pensionnaire de l’Ospedale della Pietà, à Venise, dans lequel « le prêtre roux », Antonio Vivaldi, enseignait la musique à des âmes dévouées.
Entremêlant les époques avec brio, ce premier roman vibrant nous fait voyager à travers la Sérénissime, rencontrer l’un des plus grands compositeurs de musique baroque, et rend un hommage poignant à ces orphelines musiciennes, virtuoses et très réputées au XVIIIe siècle, enfermées pour toujours dans l’anonymat.

Ce que j’en pense
Christiana Moreau a choisi de nous offrir deux romans en un pour ses débuts en littérature. Elle va d’une part nous raconter le parcours de Lionella qui vit à Seraing, cité industrielle belge en reconversion et d’autre part nous plonger dans le quotidien d’Ada qui vivait à Venise au XVIIIe siècle.
La technique du document ancien retrouvé par hasard n’est certes pas nouvelle – on se souviendra par exemple de la carte au trésor de Rackham Le Rouge cachée dans le mât d’une maquette de la Licorne, également découverte par Tintin dans une brocante en Belgique – mais elle est crédible. Comme on le découvrira au fil du récit, les relations entre Venise et le Nord de l’Europe étaient alors intenses et ce type de manuscrit a très bien pu faire partie des bagages d’émissaires ou de commerçants reliant la Sérénissime à l’actuelle Belgique.
Lionella fait partie d’une famille d’origine italienne venue chercher dans ce pays de charbon et d’acier un avenir plus prospère. Enfant de la seconde, voire de la troisième génération d’immigrés, elle assiste à la transformation de la ville, après la fermeture des hauts-fourneaux. Comme nous l’apprend le quotidien La libre Belgique dans un joli jargon technocratique il s’agit désormais de « procéder à une requalification urbaine et à une rénovation, de manière notamment à créer des espaces tampons entre les zones d’activités économiques reconquises et l’habitat, aujourd’hui entremêlés. L’idée est aussi de détourner certaines voiries longeant la Meuse pour permettre un accès direct des entreprises au fleuve. » Mais bien entendu, entre le projet et les réalisations, entre les métiers d’avant et ceux de demain, l’ambiance est davantage à la crainte – mêlée d’un brin de nostalgie – plutôt qu’à l’optimisme.
Lionella a pour sa part choisi la musique pour s’en sortir. À en croire son professeur de violoncelle, une belle carrière s’ouvre à elle et le concours télévisé des jeunes talents doit lui permettre d’accélérer sa carrière. C’est Kevin, son ami et amoureux transi, qui va lui offrir le moyen d’épater le jury en dénichant une partition en italien parmi les vieilleries du marché aux puces. Il a, sans le savoir, mis la main sur une sonate oubliée et un journal intime.
En déchiffrant le précieux manuscrit Lionella découvre qu’il est l’œuvre d’Ada, une pensionnaire de l’ospedale della Pieta à Venise qui va aussi trouver dans la musique le moyen de s’évader. Au fil des chapitres, on va pouvoir suivre leurs deux histoires en parallèle. Ada va très vite assimiler les cours de son Maître, Vivaldi en personne, et se lancer dans la composition d’une sonate. Un engagement qui va aussi lui permettre de sortir de son couvent, puisqu’elle se voit confier les achats de fournitures auprès d’un prestigieux luthier. Elle va en profiter pour nous faire découvrir Venise et tomber dans les bras d’un jeune et noble admirateur. Parviendra-t-elle à s’enfuir avec lui ?
De son côté Lionella a franchi les présélections du concours Arpèges et décide de jouer la sonate d’Ada pour la finale. Mais cette œuvre oubliée sera-t-elle du goût du jury ?
Jouant avec les contrastes, mais aussi avec les liens entre les deux époques, Christiana Moreau parvient à maintenir la tension dramatique jusqu’à l’épilogue des deux histoires, à rapprocher au-delà des siècles les deux jeunes filles, éprises de musique et de liberté. Ainsi, ce qu’écrit Ada en 1723 aurait pu être tout aussi bien écrit par Lionella des centaines d’années plus tard : «La sensualité de la musique m’habite comme une fièvre nouvelle. Vivre la musique empêche de mourir. J’ai goûté cette évidence en cette année 1723. Quand j’ai glissé l’archet sur les cordes, une myriade de notes se sont mises à vibrer dans la salle d’étude. L’émotion était si forte que les yeux me piquaient, m’obligeant à fermer les paupières pour retenir mes larmes…
C’était comme si mon âme avait trouvé la clé qui ouvre sur l’enchantement. Mon âme et l’âme du violoncelle réunies. »

68 premières fois
Blog Les livres de Joëlle
Blog T Livres T Arts 
Blog Mes écrits d’un jour (Héliéna Gas)
Blog Les lectures de Martine 
Blog de lecture (Nathalie Cez)
Blog Livres de Malice (Alice Théaudière)

Autres critiques
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Le Carnet et les instants (Anne-Lise Remacle)
Blog Cultur’Elle (Caroline Doudet)

Les premières pages du livre

Extrait
« Seul Kevin concevait sa passion. Il enviait cet engouement, fût-ce pour un instrument. Il adorait l’écouter jouer et pouvait rester assis des heures sans bouger dans un coin de la chambre tandis qu’elle exécutait sa partition. Lionella aimait le savoir là, admirateur silencieux. Kevin demeurait après toutes ces années son seul véritable ami. Familier et commode, bienveillant bien qu’un peu rustique, c’était un bon camarade sur lequel elle pouvait compter. »

A propos de l’auteur
Christiana Moreau est une artiste autodidacte belge, peintre et sculptrice. Elle vit à Seraing, dans la province de Liège. La Sonate oubliée est son premier roman. (Source : Éditions Préludes)

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Marguerite

DURAND_Marguerite

En deux mots
Marguerite se marie en août 1939 et se retrouve très vite seule. En attendant le retour de son aimé, elle va devoir gérer le foyer. La guerre va la transformer.

Ma note
etoileetoileetoile(beaucoup aimé)

Marguerite
Jacky Durand
Éditions Carnets Nord
Roman
240 p., 17 €
EAN : 9782355362330
Paru en janvier 2017

Où?
L’action se situe principalement dans une petite ville de France, non loin de la ligne de démarcation. Un voyage vers la frontière de l’Est y est retracé, ainsi que les nouvelles qui parviennent de la région de Mulhouse, Belfort, Colmar, Strasbourg, puis d’Allemagne, sans davantage de précisions.

Quand?
Le roman se déroule de 1939 à 1945.

Ce qu’en dit l’éditeur
Août 1939. Qui peut se douter de ce qui va se déchaîner, dévaster tant de vies? Marguerite est à son bonheur, son mariage avec Pierre, son amour de jeunesse. Un mois de lune de miel dans leur petite maison de l’est de la France. Puis Pierre est mobilisé. La France est occupée. Marguerite va devoir affronter la solitude, la dureté d’un monde de plus en plus hostile, mais aussi découvrir sa propre force, l’amitié, les émotions qui l’agitent. Au contact de Raymonde, la postière libérée des contraintes sociales, d’André, le jeune Gitan qu’elle protège, ou encore de Franz, un soldat allemand plein d’humanité, elle devient peu à peu maîtresse de sa vie, de son corps et de ses sentiments.
Un roman d’une grande sensibilité sur la révélation à soi d’une femme seule pendant la guerre, sur l’affirmation de sa liberté aux heures les plus sombres de son siècle.

Ce que j’en pense
Août 1944. Une grande partie de la France est libérée, mais au milieu de la liesse populaire se déroulent des scènes dramatiques, car il s’agit aussi de faire payer ceux qui ont pactisé avec l’ennemi, de se venger, voire de se dédouaner à bon compte. Quelques jours après la libération de la ville, trois gars attendent Marguerite à la sortie de l’usine pour la conduire sur la place de l’hôtel de ville où elle sera tondue, enduite de trois croix gammées au goudron sur son front et ses joues et affublée d’un carton portant l’inscription «collaboratrice horizontale».
Après cette scène inaugurale violente, Jacky Durand reprend le récit dans sa chronologie. Il retrace les cinq années qui ont précédé, depuis cette année 1939 qui a vu la célébration de son mariage avec Pierre et l’emménagement dans leur nouveau foyer. Un bonheur qui ne durera que quatre semaines, jusqu’à la mobilisation générale et le départ du jeune mari vers le front de l’Est. La période qui suit va être difficile à supporter pour la jeune fille, confrontée à une brutale solitude.
« Marguerite s’effraie et enrage de ce manque trop grand pour la seule absence d’un vivant, de son impuissance à la maîtriser, à le supporter. » Il lui faut certes gérer les affaires courantes, constituer des réserves pour l’hiver, mais le temps s’est comme arrêté dans l’attente d’informations venues de la ligne Maginot.
Et quand un cheminot arrive, porteur d’un message de son mari, les quelques lignes griffonnées pour rassurer son épouse sont décevantes.
Ce n’est qu’à l’approche de Noël qu’une vraie lueur d’espoir arrive : « Mon amour, retrouve-moi à la gare de A., le 24 vers midi, nous passerons Noël tous les deux, je te le jure. »
Un voyage périlleux qui a fallu ne jamais avoir lieu. Fort heureusement l’épouse d’un officier a offert son aide à Marguerite et elle a pu partager quelques heures d’intimité avec Pierre. Sans se douter que cette rencontre sera la dernière avant la fin de la guerre, Marguerite «sent déjà le froid de sa cuisine quand elle ouvrira la porte.»
Quelques heures de ménage chez Raymonde, la receveuse des Postes, vont permettre à Marguerite d’améliorer son ordinaire. Mais aussi de se rendre compte qu’une femme n’est pas forcément sous les ordres d’un mari, fidèle servante d’un ordre établi. Le jour où elle découvrira que Raymonde s’est engagée dans la résistance, qu’elle fait passer la ligne de démarcation à des personnes recherchées, elle gagnera en assurance. Quand elle est embauchée à l’usine, elle tiendra tête au contremaître qui semble tenir pour acquis son droit de cuissage sur les ouvrières.
Une autre rencontre va la transformer bien davantage, celle du jeune André qui vit avec sa mère et ses frères et sœurs dans une roulotte. Elle offrira au garçon de la nourriture et des vêtements, il coupera du bois pour elle. Mais surtout, il se liera d’amitié avec Franz, un Allemand qui le prendra son son aile protectrice et évitera à la famille d’être raflée par la Gestapo.
Si Marguerite est plus que méfiante face à cet ennemi, il lui faudra bien vite convenir que ce soldat est «plus courageux que la plupart de ses voisins. Elle veut savoir pourquoi il agit ainsi, à prendre des risques qui pourraient le mener au peloton d’exécution. »
Avec beaucoup de finesse, l’auteur décrit ce lent et imperceptible mouvement, l’évolution de la psychologie de Marguerite, la mutation de l’attente «en un espoir immobile», ce «drôle de sentiment, mélange d’amertume, de résignation mais aussi de soulagement.» L’émancipation d’une femme qui choisit de ne plus subir, mais de décider de son destin, de chercher le vrai derrière les apparences, de ne pas cacher ses sentiments. Quitte à déplaire au point d’en arriver à la scène traumatisante qui ouvre le livre.
Car l’un des points forts de ce livre tient justement à sa construction. Le lecteur va finir par comprendre pourquoi et comment Marguerite a été tondue. Mais il sera ensuite invité, en guise de conclusion, à suivre Marguerite durant l’été 1945. L’été où tout devient possible.

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Le blog d’eirenamg 
Blog DOMI C LIRE 

Autres critiques
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Libération (Claire Devarrieux)

Les premières pages du livre 

Extrait
« Marguerite descend de l’estrade par une petite échelle de bois, sa main droite serrant le haut de sa robe sous son menton. De profil, elle ressemble à l’un de ces grands oiseaux charognards qui ont le cou et la tête déplumés.
Pour la photo, on la fait mettre à genoux à l’avant d’une rangée d’hommes, plutôt jeunes, dont certains portent cartouchières et fusils. Ils sourient, insouciants comme des conscrits avant les classes. Un morceau de carton passe de main en main provoquant l’hilarité. On le place bien en vue devant les deux femmes afin qu’on puisse y lire les mots de « collaboratrices horizontales » peints en blanc. » (p. 12-13)

A propos de l’auteur
Jacky Durand est journaliste au service Société de Libération la semaine et chroniqueur gourmand le week-end. Après la rubrique Foodingues du jeudi (reprise dans Cuisiner un sentiment), il a poursuivi sa chronique culinaire avec Tu mitonnes!, à partir de janvier 2011, deux pages hebdomadaires sur sa passion: la cuisine et les histoires qui tournent autour.
Jacky Durand aura 50 ans le 21 décembre. Il aime le bleu de Gex, le poivre de Kampot sur une tranche de Morbier, les cerises cueillies sur l’arbre et mordre dans un Paris-Brest les jours de pluie. Il lit Georges Simenon, Maxime Gorki, Maupassant, Flaubert, René Fallet et Antoine Blondin. Il écoute Camille ou Beat Assaillant au réveil ; Led Zeppelin, Miles Davis ou HF Thiéfaine le soir. Quand il ne travaille pas, il suit les conversations de bistrot, flâne en ville ou à la campagne, et pratique la maraude. Marguerite est son premier roman. (Source : Éditions Carnets Nord)

Compte Twitter de l’auteur 

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Merci à Lecteurs.com pour l’envoi de ce livre
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