Le souffle des feuilles et des promesses

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En deux mots
La sudiste Hallie Erminie rêve d’une carrière d’écrivain. Soutenue par Post Wheeler, elle va réussir à s’imposer sur la scène littéraire. Un triomphe éditorial qui va toutefois s’accompagner d’une frustration sur le plan sentimental. Jusqu’où peut-on être une femme libre en cette fin de XIXe siècle? La réponse dans cette biographie romancée.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Le souffle des feuilles et des promesses
Sarah McCoy
Éditions Michel Lafon
Roman
traduit de l’anglais (États-Unis) par Anath Riveline
333 p., 21,95 €
EAN : 9782749932644
Paru en juin 2017

Où?
Le roman se déroule principalement aux Etats-Unis, au Kentucky, à Post Oak, Hopkinsville, LaFayette, Louisville, Cincinnati, New York, Atlantic City, Washington, San Francisco, Seattle ou encore à St. Michael, Independence City, Dawson City et Eldorado, Alaska. Des voyages en Europe y sont également évoqués, à Liverpool, Londres, Beaulieu-sur-Mer

Quand?
L’action se situe au tournant des XIXe et XXe siècles.

Ce qu’en dit l’éditeur
Une magnifique histoire d’amour qui traverse le temps et les continents.
Hallie Erminie, issue d’une famille de planteurs du Kentucky, est une jeune femme de caractère qui adore écrire. À New York, où elle s’est mis en tête de trouver un éditeur qui publierait son premier roman, elle fait la connaissance de Post Wheeler, un journaliste célibataire et fier de l’être. Tous deux discutent à bâtons rompus de la vie culturelle new-yorkaise, bouillonnante en cette fin de XIXe siècle, et s’attachent l’un à l’autre sans oser se l’avouer. Malheureusement, quand Post part pour l’Alaska du jour au lendemain, la possibilité d’une histoire d’amour s’évanouit.
Commence alors un chassé-croisé qui durera une dizaine d’années, des États-Unis à l’Italie en passant par l’Angleterre ou la France. Tandis que Hallie Erminie rencontre le succès grâce à ses livres, Post Wheeler se destine finalement à une carrière politique. À chacune de leurs rencontres, les sentiments des deux jeunes gens grandissent mais le destin semble peu enclin à les réunir. Oseront-ils s’avouer leur amour?

Ce que j’en pense
Après Un goût de cannelle et d’espoir et Un parfum d’encre et de liberté, voici le troisième roman de Sarah McCoy à paraître en France. Le souffle des feuilles et des promesses devrait connaître le même succès que les deux premiers, quand bien même la thématique et l’époque n’ont rien de commun. En revanche la plume de l’auteur, en particulier son habileté à dépeindre une atmosphère, continue à faire merveille.
Nous sommes cette fois au Kentucky à la fin du XIXe siècle, c’est-à-dire au moment où les sudistes tentent de se remettre du douloureux et fratricide épisode de la Guerre de sécession. Dans la famille Rives, le conflit a aussi laissé des traces, puisque le chef de famille – issu d’une grande famille de Virginie – était du côté des Confédérés et a passé près de deux ans dans un camp de prisonniers. Ce qui explique sans doute la méfiance de sa fille Hallie Erminie pour les Yankees et sera aussi une source d’inspiration pour son œuvre romanesque.
Car si sa famille voit la jeune fille au centre de ce livre occuper un poste administratif au sein de sa compagnie de tabac, elle rêve à une carrière d’écrivain. Comme sa cousine Amélie, filleule du général Robert E. Lee, qui connaît un joli succès en tant que poétesse et romancière.
Sarah McCoy remonte jusqu’à sa prime enfance pour démonter les ressorts de sa vocation et va nous offrir de la suivre au fil des années, parallèlement à sa vie amoureuse. Car l’une et l’autre sont intimement liées.
Mais avant d’aller plus loin, il convient de dévoiler ici que ce roman est en fait une biographie romancée de Hallie Erminie Rives et de Post Wheeler. Leurs parcours respectifs sont si riches de péripéties que l’auteur n’aura quasiment pas eu à romancer le récit pour lui donner du souffle.

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Post Wheeler et Hallie Erminie Rives © Library of Congress

On voit d’un côté la jeune fille partant pour New York avec son manuscrit sous le bras et faisant la tournée des éditeurs, sûre de son talent. Après avoir essuyé plusieurs refus et étant sur le point de renoncer, elle réussit pourtant à être publiée, même si son premier roman lui vaut un scandale… bienvenu. Car si la presse s’empare de son livre, cela fait grimper les ventes. L’éditeur se frotte les mains, la jeune fille ose à peine rentrer chez elle. Mais une fois la tempête passée, elle va s’atteler à un nouveau livre et pourra compter sur l’aide de Post Wheeler et son réseau. Elle le rencontre à New York et tombe sous son charme, même si son côté donneur de leçons l’exaspère. Du reste ce Yankee a publié une sorte de guide du célibataire et entend bien continuer à profiter de sa liberté, même si la jeune femme le trouble sans doute autant qu’elle est troublée.
Commence alors un jeu subtil, chassé-croisé amoureux durant lequel chacun des deux n’osera franchement dire ce qu’il a sur le cœur. Quiproquo, maladresse, non-dit : toute la gamme y passe, y compris une longue séparation, Hallie Erminie partant pour l’Europe tandis que Post part chercher de l’or en Alaska. Ne gâchons pas votre plaisir, cher lecteur, à dévoiler les épisodes qui suivent. Contentons-nous de cette citation qui décrit bien l’état d’esprit de l’écrivain qui court de succès en succès: « J’avais vingt-huit ans et je n’en pouvais plus de décrire des passions sans jamais y avoir goûté. J’étais un imposteur, impatiente que l’on me prenne mon honneur. »
Pour le reste, vous pouvez faire confiance à Sarah McCoy et au pouvoir envoûtant de son écriture!

Autres critiques
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Blog Figures de style

Extrait
« Après des années d’absence, il débarque chez moi, dans le Kentucky. Il m’assure qu’il m’a trouvé une maison d’édition et disparaît aussitôt. Il traverse l’Atlantique pour me voir et me cloue sur place avec ses provocations. Je lui remets mon dernier roman et il s’agace de ma vitesse à lui rendre le travail qu’il a lui-même réclamé ! »

A propos de l’auteur
Sarah McCoy vit au Texas, où elle donne des cours d’écriture à l’université, tout en se consacrant à ses romans. Après Un goût de cannelle et d’espoir, best-seller international, et Un parfum d’encre et de liberté, Le Souffle des feuilles et des promesses est son troisième ouvrage publié en France. (Source : Éditions Michel Lafon)

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La tresse

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En deux mots
Smita l’indienne, Giulia la sicilienne et Sarah la canadienne se font des cheveux. Trois itinéraires de femmes qui vont se rejoindre pour former une tresse somptueuse. Découvrez LE premier roman de l’année !

Ma note
etoileetoileetoileetoileetoile (coup de cœur, livre indispensable)

La Tresse
Laetitia Colombani
Éditions Grasset
Roman
224 p., 18 €
EAN : 9782246813880
Paru en mai 2017

Où?
Le roman se déroule conjointement en Inde, en Sicile et au Canada.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté.
Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école.
Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée.
Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade.
Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est destiné et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.

Ce que j’en pense
Olivier Bourdeaut avait connu l’an passé avec En attendant Bojangles (qui vient de paraître en poche chez Folio) un succès phénoménal, propulsant par la même occasion la maison d’édition bordelaise Finitude sur le devant de la scène. Le hasard veut que ce soit une bordelaise qui lui emboîte le pas. Laetitia Colombani figure d’ores en tête des meilleures ventes et son premier roman est en cours de traduction dans seize langues. Mais au-delà des chiffres, attachons-nous aux lettres. Car elles méritent toute notre attention !
Voilà en effet l’une des œuvres les plus originales de l’année, moderne par son scénario, audacieuse dans sa construction, efficace dans son rythme, et j’ajouterais brillant dans son engagement.
Le scénario nous propose de découvrir successivement trois femmes dans trois continents différents. Trois femmes qui n’ont à priori aucune chance de se rencontrer, car elles vivent non seulement à des milliers de kilomètres l’une de l’autre, mais sont surtout de conditions sociales. On commence par découvrir la condition très difficile de Smita. Faisant partie de la caste des intouchables, elle n’est considérée que comme bonne à nettoyer les excréments des familles plus aisées du village. Si ce n’est l’amour de son mari – chasseur de rats – qui la fait tenir, c’est l’espoir que sa fille pourra aller à l’école et pourra aspirer à une condition meilleure. Mais le jour où son enfant est humiliée par son enseignant, elle comprendra que sa seule issue sera la fuite. Loin du village, loin des injustices, loin des insultes.
Giulia est la seconde femme du roman. Cette jeune sicilienne accompagne son père, gravement malade, durant ses derniers jours. Propriétaire d’un atelier de traitement de cheveux à Palerme, ce dernier laisse derrière lui une entreprise au bord de la faillite. Julia va échafauder un plan pour sauver la société et son personnel avec l’aide de son ami immigré Kamal. Elle va toutefois se heurter à sa famille, très conservatrice.
La troisième femme est une brillante avocate qui ambitionne de prendre la tête du cabinet où elle n’a cessé de grimper les échelons. Sarah a choisi de faire carrière au mépris de sa vie de couple et, après deux divorces, mène de front carrière et éducation des enfants. Jusqu’au jour où elle est victime d’un malaise et que les examens révèlent un cancer. Pour elle, un autre combat commence alors.
On l’aura compris, la construction audacieuse tient dans cette manière de tresser ses trois histoires de telle façon qu’elles puissent se rejoindre, même si les plus perspicaces vont assez rapidement pouvoir deviner ce qui peut rapprocher les trois femmes.
L’efficacité du rythme tient en de courts chapitres qui s’achèvent tous par une nouvelle révélation et qui font que le lecteur ne peut dès lors plus lâcher le livre avant l’ultime rebondissement. Laetitia Colombani donne ici ses lettres de noblesse à ce que les anglo-saxons appellent le «page turner» et que l’on pourra traduire par une addiction à la lecture.
Reste la défense et illustration du rôle de la femme en ce début du XXIe siècle. Bien mieux que des études statistiques, sociologiques ou politiques, l’auteur nous donne à comprendre, à ressentir, à partager les injustices qui perdurent, la discrimination qui persiste, le machisme qui continue à régir les relations. Par-delà le niveau social et par-delà les cultures. La tresse est aussi le roman de la détresse. Ce qui le rend dramatiquement beau et universellement juste.

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Les livres de Joëlle (Joëlle Guinard)
Blog L’ivresse littéraire (Amandine Cirez)
Blog T Livres T Arts
Blog Mes écrits d’un jour (Héliéna Gas)

Autres critiques
Babelio
La Croix (Stéphanie Janicot)
Elle (Olivia de Lamberterie)
Libération (Alexandra Schwartzbrod)
Onlalu (Pascale Frey)
Blog Mille et une frasques 

Les premières pages du livre


Laetitia Colombani lors de son passage dans La Grande Librairie de François Busnel

Extraits
« Smita voudrait tant dire: réjouis-toi, tu n’auras pas ma vie, tu seras en bonne santé, tu ne tousseras pas comme moi, tu vivras mieux, et plus longtemps, tu seras respectée. Tu n’auras pas sur toi cette odeur infâme, ce parfum indélébile et maudit, tu seras digne. Personne ne te jettera des restes comme à un chien. Tu ne baisseras plus jamais la tête, ni les yeux. Smita aimerait tant lui dire tout ça. Mais elle ne sait comment s’exprimer, comment dire à sa fille ses espoirs, ses rêves un peu fous, ce papillon qui bat son ventre. »

« Giulia ne manquerait de rien, assurément. De rien sauf de l’essentiel, répond-elle. Elle refuse de se soumettre, de s’enfermer dans une cage aux barreaux bien lustrés. Elle ne veut pas d’une vie des convenances et d’apparences. »

« Sarah a toujours été maîtresse de ses choix, des orientations de sa vie, elle était une executive woman comme on dit ici, littéralement « une personne jouissant d’une position dominante dans une entreprise ou une compagnie, qui prend des décisions et les fait appliquer ». Dorénavant, elle subit. Elle se sent trahie, comme une femme répudiée qu’on renvoie parce qu’elle n’a pas donné ce qu’on attendait d’elle, parce qu’on la juge inapte, insuffisante, stérile. »

A propos de l’auteur
Laetitia Colombani est scénariste, réalisatrice et comédienne. Elle a écrit et réalisé deux longs-métrages, À la folie… pas du tout et Mes stars et moi. Elle écrit aussi pour le théâtre. La Tresse est son premier roman. (Source : Éditions Grasset)

Site Wikipédia de l’auteur 

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La sonate oubliée

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En deux mots
À trois siècles de distance, deux musiciennes vont se retrouver. Lionella, jeune Belge d’origine italienne va jouer la sonate écrite par Ada, orpheline vénitienne, élève de Vivaldi. Leurs âmes vibrent avec la même passion et la même soif de liberté.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

La sonate oubliée
Christiana Moreau
Éditions Préludes
Roman
256 p., 15,60 €
EAN: 9782253107811
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman est composé autour de deux centres névralgiques, l’un en Belgique, à Seraing et l’autre en Italie, à Venise.

Quand?
Si le roman est situé de nos jours, il revient souvent au XVIIIe siècle, époque où se déroulent les événements consignés dans un journal intime découvert dans une brocante.

Ce qu’en dit l’éditeur
À 17 ans, Lionella, d’origine italienne, ne vit que pour le violoncelle, ce qui la distingue des autres adolescents de Seraing, la ville où elle habite en Belgique. Elle peine toutefois à trouver le morceau qui la démarquerait au prochain grand concours Arpèges. Jusqu’au jour où son meilleur ami lui apporte un coffret en métal, déniché dans une brocante. Lionella y découvre un journal intime, une médaille coupée et… une partition pour violoncelle qui ressemble étrangement à une sonate de Vivaldi. Elle plonge alors dans le destin d’Ada, jeune orpheline du XVIIIe siècle, pensionnaire de l’Ospedale della Pietà, à Venise, dans lequel « le prêtre roux », Antonio Vivaldi, enseignait la musique à des âmes dévouées.
Entremêlant les époques avec brio, ce premier roman vibrant nous fait voyager à travers la Sérénissime, rencontrer l’un des plus grands compositeurs de musique baroque, et rend un hommage poignant à ces orphelines musiciennes, virtuoses et très réputées au XVIIIe siècle, enfermées pour toujours dans l’anonymat.

Ce que j’en pense
Christiana Moreau a choisi de nous offrir deux romans en un pour ses débuts en littérature. Elle va d’une part nous raconter le parcours de Lionella qui vit à Seraing, cité industrielle belge en reconversion et d’autre part nous plonger dans le quotidien d’Ada qui vivait à Venise au XVIIIe siècle.
La technique du document ancien retrouvé par hasard n’est certes pas nouvelle – on se souviendra par exemple de la carte au trésor de Rackham Le Rouge cachée dans le mât d’une maquette de la Licorne, également découverte par Tintin dans une brocante en Belgique – mais elle est crédible. Comme on le découvrira au fil du récit, les relations entre Venise et le Nord de l’Europe étaient alors intenses et ce type de manuscrit a très bien pu faire partie des bagages d’émissaires ou de commerçants reliant la Sérénissime à l’actuelle Belgique.
Lionella fait partie d’une famille d’origine italienne venue chercher dans ce pays de charbon et d’acier un avenir plus prospère. Enfant de la seconde, voire de la troisième génération d’immigrés, elle assiste à la transformation de la ville, après la fermeture des hauts-fourneaux. Comme nous l’apprend le quotidien La libre Belgique dans un joli jargon technocratique il s’agit désormais de « procéder à une requalification urbaine et à une rénovation, de manière notamment à créer des espaces tampons entre les zones d’activités économiques reconquises et l’habitat, aujourd’hui entremêlés. L’idée est aussi de détourner certaines voiries longeant la Meuse pour permettre un accès direct des entreprises au fleuve. » Mais bien entendu, entre le projet et les réalisations, entre les métiers d’avant et ceux de demain, l’ambiance est davantage à la crainte – mêlée d’un brin de nostalgie – plutôt qu’à l’optimisme.
Lionella a pour sa part choisi la musique pour s’en sortir. À en croire son professeur de violoncelle, une belle carrière s’ouvre à elle et le concours télévisé des jeunes talents doit lui permettre d’accélérer sa carrière. C’est Kevin, son ami et amoureux transi, qui va lui offrir le moyen d’épater le jury en dénichant une partition en italien parmi les vieilleries du marché aux puces. Il a, sans le savoir, mis la main sur une sonate oubliée et un journal intime.
En déchiffrant le précieux manuscrit Lionella découvre qu’il est l’œuvre d’Ada, une pensionnaire de l’ospedale della Pieta à Venise qui va aussi trouver dans la musique le moyen de s’évader. Au fil des chapitres, on va pouvoir suivre leurs deux histoires en parallèle. Ada va très vite assimiler les cours de son Maître, Vivaldi en personne, et se lancer dans la composition d’une sonate. Un engagement qui va aussi lui permettre de sortir de son couvent, puisqu’elle se voit confier les achats de fournitures auprès d’un prestigieux luthier. Elle va en profiter pour nous faire découvrir Venise et tomber dans les bras d’un jeune et noble admirateur. Parviendra-t-elle à s’enfuir avec lui ?
De son côté Lionella a franchi les présélections du concours Arpèges et décide de jouer la sonate d’Ada pour la finale. Mais cette œuvre oubliée sera-t-elle du goût du jury ?
Jouant avec les contrastes, mais aussi avec les liens entre les deux époques, Christiana Moreau parvient à maintenir la tension dramatique jusqu’à l’épilogue des deux histoires, à rapprocher au-delà des siècles les deux jeunes filles, éprises de musique et de liberté. Ainsi, ce qu’écrit Ada en 1723 aurait pu être tout aussi bien écrit par Lionella des centaines d’années plus tard : «La sensualité de la musique m’habite comme une fièvre nouvelle. Vivre la musique empêche de mourir. J’ai goûté cette évidence en cette année 1723. Quand j’ai glissé l’archet sur les cordes, une myriade de notes se sont mises à vibrer dans la salle d’étude. L’émotion était si forte que les yeux me piquaient, m’obligeant à fermer les paupières pour retenir mes larmes…
C’était comme si mon âme avait trouvé la clé qui ouvre sur l’enchantement. Mon âme et l’âme du violoncelle réunies. »

68 premières fois
Blog Les livres de Joëlle
Blog T Livres T Arts 
Blog Mes écrits d’un jour (Héliéna Gas)
Blog Les lectures de Martine 
Blog de lecture (Nathalie Cez)
Blog Livres de Malice (Alice Théaudière)

Autres critiques
Babelio
Le Carnet et les instants (Anne-Lise Remacle)
Blog Cultur’Elle (Caroline Doudet)

Les premières pages du livre

Extrait
« Seul Kevin concevait sa passion. Il enviait cet engouement, fût-ce pour un instrument. Il adorait l’écouter jouer et pouvait rester assis des heures sans bouger dans un coin de la chambre tandis qu’elle exécutait sa partition. Lionella aimait le savoir là, admirateur silencieux. Kevin demeurait après toutes ces années son seul véritable ami. Familier et commode, bienveillant bien qu’un peu rustique, c’était un bon camarade sur lequel elle pouvait compter. »

A propos de l’auteur
Christiana Moreau est une artiste autodidacte belge, peintre et sculptrice. Elle vit à Seraing, dans la province de Liège. La Sonate oubliée est son premier roman. (Source : Éditions Préludes)

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Marguerite

DURAND_Marguerite

En deux mots
Marguerite se marie en août 1939 et se retrouve très vite seule. En attendant le retour de son aimé, elle va devoir gérer le foyer. La guerre va la transformer.

Ma note
etoileetoileetoile(beaucoup aimé)

Marguerite
Jacky Durand
Éditions Carnets Nord
Roman
240 p., 17 €
EAN : 9782355362330
Paru en janvier 2017

Où?
L’action se situe principalement dans une petite ville de France, non loin de la ligne de démarcation. Un voyage vers la frontière de l’Est y est retracé, ainsi que les nouvelles qui parviennent de la région de Mulhouse, Belfort, Colmar, Strasbourg, puis d’Allemagne, sans davantage de précisions.

Quand?
Le roman se déroule de 1939 à 1945.

Ce qu’en dit l’éditeur
Août 1939. Qui peut se douter de ce qui va se déchaîner, dévaster tant de vies? Marguerite est à son bonheur, son mariage avec Pierre, son amour de jeunesse. Un mois de lune de miel dans leur petite maison de l’est de la France. Puis Pierre est mobilisé. La France est occupée. Marguerite va devoir affronter la solitude, la dureté d’un monde de plus en plus hostile, mais aussi découvrir sa propre force, l’amitié, les émotions qui l’agitent. Au contact de Raymonde, la postière libérée des contraintes sociales, d’André, le jeune Gitan qu’elle protège, ou encore de Franz, un soldat allemand plein d’humanité, elle devient peu à peu maîtresse de sa vie, de son corps et de ses sentiments.
Un roman d’une grande sensibilité sur la révélation à soi d’une femme seule pendant la guerre, sur l’affirmation de sa liberté aux heures les plus sombres de son siècle.

Ce que j’en pense
Août 1944. Une grande partie de la France est libérée, mais au milieu de la liesse populaire se déroulent des scènes dramatiques, car il s’agit aussi de faire payer ceux qui ont pactisé avec l’ennemi, de se venger, voire de se dédouaner à bon compte. Quelques jours après la libération de la ville, trois gars attendent Marguerite à la sortie de l’usine pour la conduire sur la place de l’hôtel de ville où elle sera tondue, enduite de trois croix gammées au goudron sur son front et ses joues et affublée d’un carton portant l’inscription «collaboratrice horizontale».
Après cette scène inaugurale violente, Jacky Durand reprend le récit dans sa chronologie. Il retrace les cinq années qui ont précédé, depuis cette année 1939 qui a vu la célébration de son mariage avec Pierre et l’emménagement dans leur nouveau foyer. Un bonheur qui ne durera que quatre semaines, jusqu’à la mobilisation générale et le départ du jeune mari vers le front de l’Est. La période qui suit va être difficile à supporter pour la jeune fille, confrontée à une brutale solitude.
« Marguerite s’effraie et enrage de ce manque trop grand pour la seule absence d’un vivant, de son impuissance à la maîtriser, à le supporter. » Il lui faut certes gérer les affaires courantes, constituer des réserves pour l’hiver, mais le temps s’est comme arrêté dans l’attente d’informations venues de la ligne Maginot.
Et quand un cheminot arrive, porteur d’un message de son mari, les quelques lignes griffonnées pour rassurer son épouse sont décevantes.
Ce n’est qu’à l’approche de Noël qu’une vraie lueur d’espoir arrive : « Mon amour, retrouve-moi à la gare de A., le 24 vers midi, nous passerons Noël tous les deux, je te le jure. »
Un voyage périlleux qui a fallu ne jamais avoir lieu. Fort heureusement l’épouse d’un officier a offert son aide à Marguerite et elle a pu partager quelques heures d’intimité avec Pierre. Sans se douter que cette rencontre sera la dernière avant la fin de la guerre, Marguerite «sent déjà le froid de sa cuisine quand elle ouvrira la porte.»
Quelques heures de ménage chez Raymonde, la receveuse des Postes, vont permettre à Marguerite d’améliorer son ordinaire. Mais aussi de se rendre compte qu’une femme n’est pas forcément sous les ordres d’un mari, fidèle servante d’un ordre établi. Le jour où elle découvrira que Raymonde s’est engagée dans la résistance, qu’elle fait passer la ligne de démarcation à des personnes recherchées, elle gagnera en assurance. Quand elle est embauchée à l’usine, elle tiendra tête au contremaître qui semble tenir pour acquis son droit de cuissage sur les ouvrières.
Une autre rencontre va la transformer bien davantage, celle du jeune André qui vit avec sa mère et ses frères et sœurs dans une roulotte. Elle offrira au garçon de la nourriture et des vêtements, il coupera du bois pour elle. Mais surtout, il se liera d’amitié avec Franz, un Allemand qui le prendra son son aile protectrice et évitera à la famille d’être raflée par la Gestapo.
Si Marguerite est plus que méfiante face à cet ennemi, il lui faudra bien vite convenir que ce soldat est «plus courageux que la plupart de ses voisins. Elle veut savoir pourquoi il agit ainsi, à prendre des risques qui pourraient le mener au peloton d’exécution. »
Avec beaucoup de finesse, l’auteur décrit ce lent et imperceptible mouvement, l’évolution de la psychologie de Marguerite, la mutation de l’attente «en un espoir immobile», ce «drôle de sentiment, mélange d’amertume, de résignation mais aussi de soulagement.» L’émancipation d’une femme qui choisit de ne plus subir, mais de décider de son destin, de chercher le vrai derrière les apparences, de ne pas cacher ses sentiments. Quitte à déplaire au point d’en arriver à la scène traumatisante qui ouvre le livre.
Car l’un des points forts de ce livre tient justement à sa construction. Le lecteur va finir par comprendre pourquoi et comment Marguerite a été tondue. Mais il sera ensuite invité, en guise de conclusion, à suivre Marguerite durant l’été 1945. L’été où tout devient possible.

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Le blog d’eirenamg 
Blog DOMI C LIRE 

Autres critiques
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Libération (Claire Devarrieux)

Les premières pages du livre 

Extrait
« Marguerite descend de l’estrade par une petite échelle de bois, sa main droite serrant le haut de sa robe sous son menton. De profil, elle ressemble à l’un de ces grands oiseaux charognards qui ont le cou et la tête déplumés.
Pour la photo, on la fait mettre à genoux à l’avant d’une rangée d’hommes, plutôt jeunes, dont certains portent cartouchières et fusils. Ils sourient, insouciants comme des conscrits avant les classes. Un morceau de carton passe de main en main provoquant l’hilarité. On le place bien en vue devant les deux femmes afin qu’on puisse y lire les mots de « collaboratrices horizontales » peints en blanc. » (p. 12-13)

A propos de l’auteur
Jacky Durand est journaliste au service Société de Libération la semaine et chroniqueur gourmand le week-end. Après la rubrique Foodingues du jeudi (reprise dans Cuisiner un sentiment), il a poursuivi sa chronique culinaire avec Tu mitonnes!, à partir de janvier 2011, deux pages hebdomadaires sur sa passion: la cuisine et les histoires qui tournent autour.
Jacky Durand aura 50 ans le 21 décembre. Il aime le bleu de Gex, le poivre de Kampot sur une tranche de Morbier, les cerises cueillies sur l’arbre et mordre dans un Paris-Brest les jours de pluie. Il lit Georges Simenon, Maxime Gorki, Maupassant, Flaubert, René Fallet et Antoine Blondin. Il écoute Camille ou Beat Assaillant au réveil ; Led Zeppelin, Miles Davis ou HF Thiéfaine le soir. Quand il ne travaille pas, il suit les conversations de bistrot, flâne en ville ou à la campagne, et pratique la maraude. Marguerite est son premier roman. (Source : Éditions Carnets Nord)

Compte Twitter de l’auteur 

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Merci à Lecteurs.com pour l’envoi de ce livre
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L’Amie prodigieuse I, II, III

coup_de_coeur

Celle qui fuit et celle qui reste est une superbe réussite et peut très bien se lire sans avoir mis le nez dans les deux premiers tomes, d’autant que l’auteur nous offre la galerie des personnages dès le début du récit. 

L’Amie prodigieuse
Elena Ferrante
Éditions Gallimard
Roman
traduit de l’italien par Elsa Damien
400 p., 23,50 €
EAN : 9782070138623
Paru en octobre 2014

Le nouveau nom – L’Amie prodigieuse II
Elena Ferrante
Éditions Gallimard
Roman
traduit de l’italien par Elsa Damien
560 p., 26,50 €
EAN : 9782070145461
Paru en janvier 2016

Celle qui fuit et celle qui reste – L’Amie prodigieuse III
Elena Ferrante
Éditions Gallimard
Roman
traduit de l’italien par Elsa Damien
480 p., 23 €
EAN : 9782070145461
Paru en janvier 2017

L’enfant perdue – L’Amie prodigieuse IV
Elena Ferrante
Éditions Gallimard
à paraître en septembre 2017

Où?
Cette tétralogie se déroule principalement à Naples, mais nous fait aussi voyager à Ischia, à Pise, à Rome, à Florence.

Quand?
L’action se situe dans les années 1950, puis durant les décennies suivantes.

Ce qu’en dit l’éditeur
Après L’amie prodigieuse et Le nouveau nom, Celle qui fuit et celle qui reste est la suite de la formidable saga dans laquelle Elena Ferrante raconte cinquante ans d’histoire italienne et d’amitié entre ses deux héroïnes, Elena et Lila.
Pour Elena, comme pour l’Italie, une période de grands bouleversements s’ouvre. Nous sommes à la fin des années soixante, les événements de 1968 s’annoncent, les mouvements féministes et protestataires s’organisent, et Elena, diplômée de l’École normale de Pise et entourée d’universitaires, est au premier rang. Même si les choix de Lila sont radicalement différents, les deux jeunes femmes sont toujours aussi proches, une relation faite d’amour et de haine, telles deux sœurs qui se ressembleraient trop. Et, une nouvelle fois, les circonstances vont les rapprocher, puis les éloigner, au cours de cette tumultueuse traversée des années soixante-dix.
Celle qui fuit et celle qui reste n’a rien à envier à ses deux prédécesseurs. À la dimension historique et intime s’ajoute même un volet politique, puisque les dix années que couvre le roman sont cruciales pour l’Italie, un pays en transformation, en marche vers la modernité.

Ce que j’en pense
*****
Je connais un excellent remède contre la déprime hivernale. Il a pour nom L’Amie prodigieuse et vous guérira sans aucun effet secondaire. En revanche, il faudra vous préparer à un marathon de lecture, surtout si vous décidez de commencer la saga par le tome I (Avec la parution du troisième volume, les deux premiers sont désormais disponibles en poche chez Folio).
Rien ne vous empêche toutefois de commencer avec le volume II, voire avec le volume III car Elena Ferrante est comme le bon vin, elle se bonifie au fur à et mesure.
Partant de ce principe, la rédaction du magazine Lire va devoir se préparer à décerner pour la seconde année consécutive son prix du meilleur roman de l’année à l’auteur qui veut rester anonyme puisque Le Nouveau nom a été couronné en 2016 et qu’à mon sens Celle qui fuit et celle qui reste est jusqu’à présent le meilleur des trois… en attendant le quatrième et dernier tome !
Mais commençons par le commencement et L’amie prodigieuse qui nous entraîne dans le Naples des années 50. C’est là que va naître une indéfectible amitié – même si elle va subir de nombreux accrocs – entre Elena Greco, dite Lenù ou Lenuccia, la narratrice, et Rafaella Cerullo, dite Lina ou Lila. Deux gamines qui vivent dans un quartier pauvre de la ville et que nous verrons grandir jusqu’à l’adolescence.
Grâce au choix de deux filles au passé, à la famille et à la psychologie bien différente, le classique roman de formation prend une dimension sociale, voire politique. Lina la petite rebelle aime bien provoquer et prendre des initiatives, mais aussi profiter de son statut d’élève surdouée pour vouloir tout régenter. Lenù la timide semble se complaire dans le rôle de suivante, même si – aiguillonnée par son amie – elle va également réussir sa scolarité. Alors que Lina se transforme en femme fatale et va davantage s’intéresser aux garçons qu’à ses études, Elena tente de cacher ses rondeurs et son acné derrière des lunettes d’intellectuelle.
Voici venu le moment de dire que de nombreux personnages, pas si secondaires que cela puisqu’on va en retrouver beaucoup dans les volumes suivants, viennent enrichir le roman et le rendre quelquefois aussi un peu difficile à suivre.
Choisissons-en quelques-uns dans la famille de Lila pour commencer. La jeune fille rêve de sortir de la misère en imaginant que son père cordonnier pourrait ouvrir une boutique de chaussures de luxe que son frère Rino aurait créées.
Sa mère, dont le rôle le plus joyeux semble être de surveiller sa progéniture avec extrême rigueur. Le père de Lenù est appariteur à la mairie de Naples, sa mère peut être apparentée à une sorcière. Ajoutons-y Don Achille, à qui on confiera le rôle de l’ogre, Mme Oliviero l’institutrice qui sera la bonne fée, Donato Sarratore dont le métier ne cheminot ne va pas enpêcher de taquiner la muse, Pasquale le maçon communiste, Antonio le mécanicien courageux et Stefano le charcutier-épicier qui va jeter son dévolu sur Lina et finir par l’épouser.
La noce qui clôture ce premier tome restera sans doute longtemps dans votre mémoire, notamment en raison de la présence de deux frères qui vont s’inviter à la fête.

* * * * * * * *

Avec Le Nouveau nom nous avons basculé dans les années soixante. Lina semble devoir être la reine du quartier, mais on comprend assez vite que sa nouvelle vie de couple n’est pas précisément ce à quoi elle aspirait : «Si rien ne pouvait nous sauver, ni l’argent, ni le corps d’un homme, ni même les études, autant tout détruire immédiatement. »
Voilà Lina jalouse de Lenù qui continue à suivre ses études et n’a pourtant pas non plus une vie facile. Si le parcours des deux amies semblent les éloigner l’une de l’autre, elles vont finir par se retrouver pour des vacances communes à Ischia. C’est là, dans un décor idyllique au bord de la mer, qu’Elena Ferrante a choisi de nous offrir l’épisode choc de ce second tome. On y verra la grandeur et surtout la décadence de la belle Lila et la chrysalide Lenù se transformer en papillon et entamer la danse de la séduction, empruntant par la même occasion les habits de la Fée bleue. Cette histoire, imaginée par Lila et saluée par Mme Oliviero, est le symbole de leurs parcours croisés. Lila aurait dû être écrivain, mais c’est Lenù qui endosse le rôle et va chercher à devenir une intellectuelle reconnue, une bourgeoise établie, même si elle promène aussi un sentiment de culpabilité vis à vis de cette amie-ennemie. Car on le sait bien, qui aime bien châtie bien.
Il n’est par conséquent pas étonnant de voir ce second tome se clore sur une double naissance: celui d’un fils pour Lila, celui d’un livre pour Elena.

* * * * * * * *

Comme je l’ai souligné en introduction de cette chronique qui présente les trois tomes de cette saga, Celle qui fuit et celle qui reste est une superbe réussite et peut très bien se lire sans avoir mis le nez dans les deux premiers tomes, d’autant que l’auteur nous offre un résumé et la galerie des personnages dès le début du récit. Nous sommes désormais au seuil des années 1970, au moment où il semble bien que l’amitié entre Elena et Lila a volé en éclats. Éloignées géographiquement et sentimentalement, les deux femmes ont désormais des trajectoires diamétralement opposées, même si leur aspiration à la liberté reste toujours aussi forte et aussi difficile. Après la parution de son roman, Elena va rejoindre son fiancé Pietro à Florence, tandis que Lila, qui a réussi à se séparer de son mari violent, doit subvenir à ses besoins et à ceux de son fils Gennaro en travaillant dans une usine de charcuterie non loin de chez elle, en banlieue napolitaine. Alors que l’une tente d erefaire sa vie avec Enzo, l’autre essaie d’oublier le beau Nino. Autour d’elles, l’Italie est aussi en train de basculer dans la violence, les révoltes étudiantes et les années de plomb.
La grand talent d’Elena Ferrante – et c’est sans doute ce qui rend son roman aussi addictif – est justement de parvenir à faire de petits détails biographiques un matériel historique qui nous permet de littéralement «vivre» la période traversée. L’influence de la camorra dans les quartiers populaires de Naples, les tensions entre groupuscules fascistes et révolutionnaires d’extrême-gauche sont ici incarnées, tout comme le machisme que l’on dépeint trop souvent comme ordinaire et qui aliène pourtant la presque totalité des femmes, y compris lorsqu’elles ont un statut social plus élevé.
Rendez-vous à la rentrée littéraire de septembre pour découvrir L’Enfant perdue, le dernier volet de cette tétralogie.

Autres critiques
Babelio 
BibliObs (Didier Jacob – avec extraits d’un recueil d’entretiens à paraître en 2018)
Le Figaro (Elena Scappaticci)
Le JDD (Marie-Laure Delorme)
La Croix (Francine de Martinoir)
Le Temps (Eléonore Sulser)
Télérama (Fabienne Pascaud)

Les premières pages du troisième volume

Extrait
« Bref, année après année, la situation me semblait empirer. Lors de cette période pluvieuse, la ville s’était fissurée et un immeuble entier s’était affaissé sur le côté – comme si quelqu’un s’était appuyé sur le bras vermoulu d’un vieux fauteuil et que ce bras avait cédé. Des morts, des blessés. Et puis des cris, des coups et de petites bombes artisanales. On aurait dit que la ville couvait en son sein une furie qui n’arrivait pas à sortir et qui du coup la rongeait, sauf lorsqu’elle surgissait comme une éruption de pustules gonflées de venin qui s’en prenaient à tout le monde : enfants, adultes, vieillards, gens des autres villes, Américains de l’OTAN, touristes de toutes nationalités et Napolitains eux-mêmes. Comment résister, dans ces lieux de désordre et de danger, dans les périphéries, dans le centre, sur les collines ou au pied du Vésuve ? »

A propos de l’auteur
Probablement née à Naples en 1943, ville présente dans ses romans, Elena Ferrante (un pseudonyme) vivrait selon certains en Grèce. Selon d’autres, elle serait retournée s’installer à Turin.
L’auteur dont quasiment rien n’est connu avec certitude, refuse d’être un personnage public et ne s’est pas présentée à la remise des prix, à savoir le Prix Oplonti et le Prix Procida Elsa Morante, que son premier roman « L’Amour harcelant » (L’amore molesto, 1992) avait obtenu. Elle n’accorde aucune interview, à l’exception de celle parue dans le journal « L’Unitá » en 2002. Son deuxième roman « Les jours de mon abandon » (I giorni dell’ abbandono) est sorti en 2002.
Ferrante a également publié « La Frantumaglia » (2003), un recueil de lettres à son éditeur, de textes et de réponses à ses lecteurs où l’auteure parle d’elle-même, de son travail et de son observation du monde. Elle tente de faire comprendre ses raisons de demeurer dans l’ombre, parle d’un désir d’auto-préservation de sa vie privée, d’un souci quelque peu névrotique d’inaccessibilité, de son souci de maintenir entre elle et son lectorat une certaine distance et de ne pas se prêter aux jeux des apparences où risquent de l’entraîner les contacts avec la presse. Elle est fermement convaincue que ses livres n’ont pas besoin d’une 4ème de couverture reproduisant sa photographie et entend qu’ils soient perçus comme des organismes auto-suffisants auxquels la présence de l’auteure ne pourrait rien ajouter de décisif.
« L’Amore Molesto » a été porté à l’écran en 1995 par Mario Martone, avec Anna Bonaiuto dans le rôle de Delia, la fille. Roberto Faenza a adapté « I Giorni dell’Abbandono » en 2005.
En 2011 a été publié le premier volume du cycle « L’amie prodigieuse » (L’Amica geniale) suivi en 2012 du second volume « Le nouveau nom » (Storia del nove cognome). En 2013 paraît « Storia di chi fugge e di chi resta », suivi en 2014 du quatrième et dernier volume, « Storia della bambina perduta ». La tétralogie a notamment connu un énorme succès au Royaume Uni et aux États-Unis.
En 2015, Roberto Saviano propose la candidature de son roman « L’amica geniale » au prix Strega, ce que l’auteur accepte.
Fin septembre 2016, dans différents médias européens, le journaliste Claudio Gatti évoque le nom d’Anita Raja, éditrice et traductrice de Christa Wolf en particulier, épouse de Domenico Starnone (1943), écrivain et journaliste. Ni Anita Raja, ni les éditions E/O, qui publie Ferrante, n’ont cependant confirmé cette hypothèse. (Sources : Babelio, Evène, Wikipedia)

Site Wikipédia de l’auteur 

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Les corps inutiles

BERTHOLON_Les_corps_inutiles

Les corps inutiles
Delphine Bertholon
Jean Claude Lattès
Roman
300 p., 19 €
ISBN: 9782709646611
Paru en février 2015

Où?
Le roman se déroule principalement dans le Sud de la France (Rivesaltes, Salon-de-Provence, Perpignan, Marseille) ainsi qu’à Paris. Des séjours au Japon et à rio sont également évoqués.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Clémence vient d’avoir quinze ans, de terminer le collège. Un nouveau cycle s’ouvre à elle, lorsqu’elle est agressée, en plein jour et en pleine rue, par un inconnu armé d’un couteau. Ce traumatisme inaugural – même si elle n’en a pas encore conscience – va contaminer toute son existence. En effet, l’adolescente réalise qu’elle perd progressivement le sens du toucher…
À trente ans, Clémence, toujours insensible, est une célibataire endurcie, solitaire et sauvage. Après avoir été maquilleuse de cinéma, la jeune femme se retrouve employée de la « Clinique », une usine d’un genre particulier. En effet, la Clinique fabrique des poupées… mais des poupées grandeur nature, hyper-réalistes, destinées au plaisir – ou au salut – d’hommes esseulés.
Le roman déroule en alternance l’histoire de Clémence adolescente, hantée par cette agression dont elle n’a jamais osé parler à sa famille, et le récit de Clémence adulte, assumant tant bien que mal les conséquences, physiques et psychologiques, de son passé.
Mais la vie, comme toujours, est pleine de surprises.

Ce que j’en pense
***
La première réussite de ce roman tient à sa scène d’ouverture, à cet acte fondateur qui va conditionner tout le récit. La jeune Clémence, quinze ans, se rend chez ses amis pour fêter la fin de l’année scolaire. En chemin, un homme se jette sur elle et la menace d’un couteau. Agressée sexuellement, elle parviendra cependant à éviter le viol et à s’enfuir. Mais le mal est fait. Plus psychologique que physique, le traumatisme est d’autant plus grand qu’il ne peut être partagé. Que personne ne pourra la comprendre: « avouer l’agression, dans cette famille-là, ce serait se condamner à perpétuité. (…) Ce serait crever d’ennui et la minijupe éternellement bannie – j’étais en jean, bordel ! –, ce serait le père hagard s’abreuvant de pilules et la famille nombreuse tout entière au courant, sans exception. (…) À tout jamais victime, à tout jamais coupable, à tout jamais salie.»
Elle survit plus qu’elle ne vit. Elle ne comprend plus son corps. Ne ressent plus rien : «Cette fille rousse dans la glace, ce n’était pas Clémence Blisson, quinze ans ; c’était quelqu’un d’autre. Quelque chose d’autre, pensa-t-elle subitement. L’idée la fit frémir.»
La solution viendra-t-elle de l’éloignement, d’une autre vie loin de cette ville, loin de ces amis qui ne la comprennent plus, loin de ces parents qui n’ont toujours rien compris ?
« À l’aube du XXIe siècle, j’avais donc signé un prêt à taux exorbitant, bouclé mes valises, fait hurler ma mère, enrager mon père, pleureur ma sœur, et je m’étais retrouvée élève de l‘ITM – l’Institut technique du maquillage. J’y passai deux années très enrichissantes, qui me formèrent surtout à une habileté quasi miraculeuse pour une fille dans ma condition – je réussis même à décrocher le permis de conduire. J’habitais une chambre de bonne de neuf mètres carrés près de la Contrescarpe, dont je payais le loyer grâce à un mi-temps dans la boutique Yves rocher de la rue de Rivoli – un enfer plein de peaux mortes, d’épilations anales et de pieds d’athlète.»
Douée, Clémence va réussir ses études et trouver un travail de maquilleuse pour le cinéma. Mais ne va pas guérir pour autant : «Je m’envoyais en l’air, n’importe où, n’importe quand, n’importe comment, avec n’importe qui. À l’époque déjà, je ne donnais jamais suite, mais je n’avais pas encore instauré  » la règle du 29 « ».
La règle du 29 est une sorte de rituel. À la date anniversaire de son agression, elle s’habille de façon provocante et offre son corps à tous. Car, comme le souligne le titre du roman, il lui est inutile. Le sexe comme punition. Mais il reste l’espoir qu’un jour, «il y en aurait un – un différent des autres – qui lèverait l’anathème comme dans les contes de fées. Un jour j’aurais mal pour la première fois, ma peau ressusciterait et je serais sauvée.»
Après l’épisode raté avec Tristan, scénariste du deuxième long-métrage sur lequel elle a travaillé, et qui fut à l’origine de la règle du 29, elle va chercher à briser le mauvais sort en fuyant à nouveau.
Elle retourne dans le Sud, est engagée comme dessinatrice-maquilleuse dans une usine de poupées gonflables, et voit un jour débarquer Damien Coperey, un policier qui n’a pas perdu l’espoir de mettre la main sur son agresseur. Son «premier sauveur» va lui permettre do sortir la tête de l’eau. De comprendre que «la certitude d’être une abomination» n’a rien d’irrémédiable.
Delphine Bertholon va même parvenir à renverser complètement les choses. Le seconde réussite de ce roman tient en effet dans sa conclusion. Résilience, volonté de s’en sortir, combat pour la liberté. Peu importe comment on appellera l’évolution de Clémence, on ressortira ragaillardi de ce roman.

Autres critiques
Babelio
Unidivers.fr
Blog L’ivre de lire (Lionel Clément – une belle déclaration d’amour)
Blog L’insatiable (Charlotte)
Blog Cultur’Elle (Caroline Doudet)
Blog Les carnets d’Eimelle
Blog Clara et les mots
Blog Blablabla Mia

Extrait
« Elle ferma la porte derrière elle, à clé cette fois-ci. Lentement, elle se déshabilla. Les sandales, le jean, la blouse, le soutien-gorge, la culotte. Son corps lui faisait l’effet d’une fumée de cigarette, à la fois lourd et volatile, présent et absent, délicieux et immonde. Elle n’avait jamais ressenti cela, auparavant. Ne s’était jamais posé la question de son corps, en réalité. Le corps servait à rire, à courir, à danser. À manger, à nager, à vivre. Mais le corps maintenant avait un poids, bien différent de celui qu’affichait la balance. Le corps, une fois souillé, encombrait. Malgré elle, des idées en pagaille, pointues comme des armes, s’agitaient sous son crâne.» (p. 38)

A propos de l’auteur
Delphine Bertholon est l’auteur de Twist, L’Effet Larsen, du très remarqué Grâce et, plus récemment, du Soleil à mes pieds, tous parus chez Lattès. (Source : Editions Lattès)

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Les Prépondérants

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Les Prépondérants
Hédi Kaddour
Gallimard
Roman
464 p., 21 €
ISBN: 9782070149919
Paru en août 2015

Où?
Le roman se déroule principalement à Nahbès, ville imaginaire du Maghreb, vraisemblablement en Tunisie. L’équipe de tournage venue de Hollywood retrace des épisodes de Californie, New York, Los Angeles, San Francisco, Atlanta, Boston. Le grand voyage mènera l’équipe en France et en Allemagne avec des étapes à Marseille, Paris, Strasbourg, Cernay et le Vieil-Armand, Ribeauvillé, Mayenburg, Duisbourg, Dortmund, Berlin. Enfin une seconde équipe américaine arrivera via Southampton, Le Havre et Paris

Quand?
L’action se situe au début des années 1920.

Ce qu’en dit l’éditeur
Au printemps 1922, des Américains d’Hollywood viennent tourner un film à Nahbès, une petite ville du Maghreb. Ce choc de modernité avive les conflits entre notables traditionnels, colons français et jeunes nationalistes épris d’indépendance.
Raouf, Rania, Kathryn, Neil, Gabrielle, David, Ganthier et d’autres se trouvent alors pris dans les tourbillons d’un univers à plusieurs langues, plusieurs cultures, plusieurs pouvoirs. Certains d’entre eux font aussi le voyage vers Paris et Berlin, vers de vieux pays qui recommencent à se déchirer sous leurs yeux. Ils tentent tous d’inventer leur vie, s’adaptent ou se révoltent. Il leur arrive de s’aimer.
De la Californie à l’Europe en passant par l’Afrique du Nord, Les Prépondérants nous entraînent dans la grande agitation des années 1920. Les mondes entrent en collision, les êtres s’affrontent, se désirent, se pourchassent, changent. L’écriture alerte et précise d’Hédi Kaddour serre au plus près ces vies et ces destins.

Ce que j’en pense
***
La lecture des Prépondérants m’a beaucoup fait penser aux pâtisseries orientales qu’un ami tunisien nous offrait régulièrement. Parfumées, sucrées et si bonnes que nous en mangions jusqu’à l’indigestion. Le roman est de cette veine, à la fois très riche et très addictif, à condition de ne pas avoir peur de l’indigestion. Car le récit fourmille d’histoires centrées sur une tranche bien particulière de l’histoire. Nous sommes au sortir de la Grande Guerre, au moment où se redessine la carte du monde et où s’annoncent d’une part les mouvements de libération et d’autre part les nouveaux cataclysmes.
Ce roman-monde, comme le définit l’auteur, est découpé en trois parties. La première, intitulée «Le choc», est située au début des années 1920. Puis vient «Le grand voyage», qui se déroule de l’hiver 1922 au printemps 1923, et la troisième, titrée «Un an après», nous conduit en juin 1924.
Le choc dont il est question au début du livre, c’est celui que provoque l’arrivée d’une équipe de tournage américaine à Nahbès, cette ville imaginaire d’Afrique du Nord. Jusque là les rôles semblaient bien définis entre les «gentils colonisateurs» venus apporter prospérité et développement, civilisation et sécurité et les «gentils autochtones» prêts à accepter l’aide de ces blancs et à travailler pour eux, voire avec eux. C’est du moins l’opinion dominante au club des «Prépondérants», qui rassemble les plus aisés des colons et les autochtones. Seulement voilà, Hollywood-sur-Nahbès, c’est un peu le chien fou dans le jeu de quilles. Les belles règles établies jusque là vont voler en éclats. Les dollars et les «les rires et les cris trop libres de ces femmes d’outre-Atlantique» vont déstabiliser les Français avant de contaminer les Nord-Africains.
Les grands thèmes que sont le colonialisme et le droit à l’autodétermination, la place de la femme dans la société et notamment dans la société arabe, la montée des périls et la notion de progrès, y compris sur le plan politique son tici incarnés par une galerie de personnages particulièrement bien campés.
La première à entrer en scène est Rania, fille de Si Mabrouk, un grand bourgeois de la capitale. Cultivée, grande lectrice et curieuse de tout, elle entend s’émanciper des traditions séculaires. « Rania s’intéressait beaucoup à ce que faisait Kathryn, elle demandait à Gabrielle s’il était vrai que les Américaines avaient autant d’amants que leurs maris avaient de maîtresses. »
Face à elle, il y a Raouf, également fils de notable, qui va se chercher un avenir dans un nationalisme qui donnerait sa chance à tous. Même si cet engagement est avant tout rhétorique, car il lui faut d’abord conquérir le cœur de la belle actrice Kathryn Bishop. Du côté des progressistes on ajoutera Ganthier, un ancien officier, qui imagine un empire colonial de cent millions d’habitants, mais où chacun aurait les mêmes droits.
Une position qui hérisse la majorité des Prépondérants qui voient d’un très mauvais œil ce souffle de liberté, attachés qu’ils sont au respect des traditions et des valeurs : « Pagnon, Doly, Laganier, une demi-douzaine d’officiers, autant de fonctionnaires, beaucoup de colons, ainsi que des commerçants et artisans. »
La belle idée de l’auteur est de confronter à l’occasion d’un grand voyage – la seconde partie de l’ouvrage – quelques idées développées à Nahbès avec la réalité du terrain. Quand, par exemple, le groupe se rend en Allemagne en passant par l’Alsace et découvre à quoi peut ressembler un territoire dont l’occupant s’est retiré. Mais aussi combien le sentiment de revanche peut se développer auprès d’un peuple qui vit dans la misère et doit s’acquitter de réparations exorbitantes. Une époque charnière qui va annoncer les grands bouleversements à venir.
Rendons enfin à Hédi Kaddour une autre grande qualité, celle d’enrober ses pâtisseries d’un sucre fin, d’observations et d’anecdotes qui viennent enrichir la récit. L’histoire du stock d’huile ou de la chamelle en chaleur ou encore l’anecdote de la machine à écrire sans accents récupérée par l’administration française pour n’en citer que quelques vous amuseront autant que la description des tournages. Un régal !

Autres critiques
Babelio
Jeune Afrique (Jean-Sébastien Josset)
Libération (Frédérique Roussel)
Télérama (Gilles Heuré)
BibliObs (Grégoire Leménager)
L’Express (Alexandre Fillon)
Tribune de Genève (Marianne Grosjean)
Blog Tant qu’il y aura des livres (Ariane)
Site Wikipédia du roman

Extrait
« L’oncle n’avait pas été dupe, elle connaissait ce qu’elle tenait en main, la Lettre sur l’unicité, de Mohammed ‘Abduh, qui passait pour un athée… Il eut un vertige. Il fi t ouvrir les malles de sa nièce, il y trouva des romans égyptiens parlant de libération de la femme… la collection Hachette des grands écrivains, Rousseau, Hugo… et même un Cours de philosophie positive ! Sa nièce voulait en savoir plus que les hommes, ce n’était bon ni pour elle ni pour la famille. Il osa téléphoner à son frère. « C’est trop tard, lui dit Si Mabrouk, tu veux que je l’empêche de lire ? que je la batte ? que je l’enferme ? J’ai voulu avoir une petite fi lle merveilleuse, elle a grandi… Comment va ta femme ? » La conversation avait été longue, elle s’était conclue dans la froideur. L’oncle avait annoncé à sa femme que Rania faisait ses bagages, elle repartait dans la capitale. La tante n’avait rien dit, une femme ça se soumet. Mais son regard avait suffi à désarçonner son mari : le voile de la mort. On ne peut rien contre ce que la mort fait passer dans les yeux des femmes. On les en a toujours menacées, et depuis elle est là, agitant ses plis derrière le moindre de leurs actes de soumission. » (p. 14)

A propos de l’auteur
Hédi Kaddour est un poète et romancier français né à Tunis en 1945.Il est traducteur de l’anglais, l’allemand et l’arabe. Il a enseigné la littérature française et la dramaturgie à l’École normale supérieure de Lyon et l’écriture journalistique au Centre de formation des journalistes (CFJ) puis au Centre de formation des métiers de la presse (CFD).
En 2005 paraît son gros roman d’aventure, Waltenberg (Gallimard), 720 pages, qui plonge dans l’histoire passionnante des hommes et des lettres du XXe siècle.
Ce livre, qui mêle aventure et espionnage, abrite également une trame sentimentale teintée de mélancolie. Il a reçu le Goncourt du premier roman et a été classé «Meilleur roman français de l’année 2005» par le magazine Lire. (Source : Wikipédia)

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Je meurs de ce qui vous fait vivre

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Je meurs de ce qui vous fait vivre
Paul Couturiau
Presses de la cité, coll. Terres de France
Roman
400 p., 20 €
ISBN: 9782258117549
Paru en septembre 2015

Où?
Le roman se déroule principalement à Paris et Neuilly et Versailles et Saint-Maur-des-Fossés et Créteil, mais également au Puy, à Saint-Etienne ainsi qu’à Bruxelles, Robert-Espagne en Lorraine, à Londres et en Italie, entre Trente et Vérone.

Quand?
L’action se situe de 1855, année de naissance de l’héroïne à 1887, l’année où elle quitte ses fonctions à la tête du Cri du peuple.

Ce qu’en dit l’éditeur
De la jeune fille éprise de liberté à la brillante plume engagée, de la « petite graine d’aristo » à l’égérie d’écrivain… Amante, femme, journaliste, collaboratrice et amie de Jules Vallès…
En sept années décisives, le roman d’une émancipation, le roman de Séverine, femme d’exception.
Quand le garde du jardin des Tuileries lui lançait : « Où tu vas ? », la petite Line répondait : « Sais pas… tout droit. » Devenue adulte, elle choisit la défense de la vérité et, pour la faire éclater, elle apprit, auprès de l’écrivain Jules Vallès, l’art de mêler l’acide à l’encre. Parce que ses parents lui interdisaient de devenir journaliste, elle choisit de mourir. Mais le geste désespéré fut acte fondateur. La petite Line céda la place à Séverine. Séverine allait devenir l’une des figures féminines les plus libres de son temps, une voix au service du peuple. Une femme qui savait où elle allait : tout droit !
De 1881 à 1888, en sept années décisives, le portrait d’une femme de passion et d’exception.

Ce que j’en pense
***
Grâce à beaucoup de ténacité et aussi un peu de chance – la découverte dans des cartons des papiers laissés par Séverine – Paul Couturiau nous offre une biographie romancée de la première femme dirigeant un journal, après avoir été sans doute aussi l’une des premières journalistes.
Séverine est née Caroline Rémy en 1855. Durant ses premières années elle voit son père, inspecteur des nourrices, se battre contre ce qui alors semblait une fatalité : le décès de nombreux nouveaux-nés, faute d’hygiène ou de soins. Un combat inégal, car souvent il se fait sans soutien de sa hiérarchie. Une expérience qui va marquer durablement la jeune fille et la pousser à s’engager pour les plus démunis, même si c’est la rencontre avec Jules Vallès qui va décider de son existence.
Lors d’un séjour à Bruxelles, elle croise l’homme dont elle admire les idées et le parcours. Il va l’encourager à travailler à ses côtés.
Mais ses parents ne l’entendent pas de cette oreille. Aussi courageuse qu’entêtée, elle décide alors de mettre fin à ses jours. Une tentative de suicide manquée, mais une liberté gagnée. Ses parents ne s’opposent plus à ce qu’elle soit journaliste, mieux son second mari, Adrien Guebhard, va mettre une partie de sa fortune dans la création du quotidien Le Cri du peuple.
Qu’il me soit ici permis de passer sur l’épisode pourtant très traumatisant de son premier mariage avec Antoine-Henri Montrobert et du désir de vengeance qui l’avait habitée alors pour en venir au vrai thème du livre, la passion dévorante de Séverine pour son métier. Un engagement qui se fera aux dépens de sa famille : « Caroline s’intéresserait à ses fils quand ceux-ci seraient en âge de raisonner. Adrien l’avait bien compris. Peut-être serait-il trop tard. Peut-être serait-ce leur tout de la tenir à distance. Il lui reviendrait, alors, de leur faire comprendre qu’elle les avait toujours aimés – à sa manière, comme ses parents l’avaient aimée à la leur. »
Les pages qui racontent les débuts du quotidien, la chasse aux informations et les rencontres avec les Zola, Richepin, Pissarro, Manet, Cézanne, celles qui décrivent les durs combats à mener aussi bien contre les autorités en tout genre que celles menées en interne pour faire admettre la ligne ouverte à tous les socialismes du journal sont passionnantes et débouchent sur ce qu’aujourd’hui on appellerait un scoop : le reportage que Séverine entreprend après l’incendie du théâtre de l’Opéra-Comique et qui conduira à un procès retentissant.
On retrouve ici l’esprit de La Part des flammes de Gaëlle Nohant et cet engagement total qui finit par user et détruire. Sans oublier les préjugés liés à son sexe et qui font qu’ « une femme doit toujours en faire plus pour être reconnue à sa valeur. »
Quelle vie ! Quelle épopée ! Quel combat !

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Extrait
« Rencontré à Bruxelles, où il endurait son exil, retrouvé à Paris, où il s’était empressé de rentrer au lendemain de la promulgation de la loi d’amnistie, l’ancien Communard était devenu un familier. Son œil sagace avait vite perçu que la graine d’aristo cultivée par les Rémy s’épanouirait en une formidable fleur de barricade. Les mots confiés au papier avaient été répétés à voix haute :
« Il faut travailler, ma petite.
— Mais, monsieur Vallès, où ça ? Comment ?
— Avec moi, voulez-vous ? »
Caroline n’en demandait pas plus. Pour commencer, elle avait recopié les manuscrits du « patron ». Elle avait appris les subtilités du style et de l’écriture ; elle avait découvert l’art de mêler l’acide à l’encre. L’eau au vin, aussi, car Vallès n’avait pas menti : il était un maître exigeant. Tyrannique. Capricieux.
Nul n’avait trouvé à redire à cette collaboration contre nature. Les Rémy s’étaient presque félicités que leur fille ait, enfin, trouvé le moyen de canaliser son insoumission.
Malheureusement, Caroline ne connaissait pas la retenue. Voilà que sa nouvelle distraction avait tourné à la passion. Et ce diable de Vallès n’aidait pas à calmer le jeu – plus Caroline donnait, plus il exigeait d’elle.
Quand la jeune femme avait annoncé son désir de se lancer dans le journalisme avec son mentor, la famille s’était indignée. Il y avait des limites, tout de même ! Un journal avec Vallès aux commandes ? Il était facile de deviner à quoi ressemblerait son contenu ! Pour Joseph Onésime Rémy, son père, plus que la honte, c’était le ban d’infamie qui leur était promis ! Elle avait été sommée de renoncer et de rentrer dans le droit chemin. » (p. 12-13)

A propos de l’auteur
Paul Couturiau fut successivement traducteur, conseiller littéraire, directeur des Editions Claude Lefrancq (Bruxelles) et directeur du département Traditions aux Editions du Rocher. Il se consacre aujourd’hui exclusivement à l’écriture. Paul Couturiau s’est longtemps essayé – et avec succès – au genre policier. Lauréat du Grand Prix de littérature policière en 1993 pour son premier roman, Boulevard des ombres (Editions du Rocher, 1992), il n’a depuis cette date jamais cessé d’écrire. Il a publié aux Presses de la Cité un grand roman d’aventures dans l’Empire chinois du XVIIIe siècle, Le Paravent de soie rouge et Le Paravent déchiré (Presses de la Cité, 2003). Dans la collection Terres de France, il est l’auteur d’En passant par la Lorraine (2003), L’Abbaye aux loups (2010) et Les Silences de Margaret (2011), dont l’intrigue se déroule en Lorraine. (Source : Presses de la Cité)

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La clef sous la porte

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La clef sous la porte
Pascale Gautier
Editions Joëlle Losfeld
Roman
192 p., 16,50 €
ISBN: 9782072624827
Paru en août 2015

Où?
Le roman se déroule en France, à Cogolin et Laragne ainsi qu’à Bouffémont « dans la bienheureuse banlieue » et à Montfavet où « le ragot est la spécialité locale », vers Le Trou, vers Gleize comme vers Lagarde ou La Brèche. Un faits divers à Avignon est également mentionné.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
José, retraité solitaire et endurci, vit devant la télé. Ferdinand, dont la vie sonne aussi mal au bureau que dans son univers familial, subit une femme volage et une fille ado, véritable tête à claques qui le déteste. Auguste, la cinquantaine, est pris en tenaille entre une mère tyrannique et un père plutôt faible. Et Agnès, la quarantaine, toujours amoureuse d’hommes mariés, doit se rendre au chevet de sa mère qui agonise. Ses trois frères, des fardeaux qu’elle redoute, la supplient de venir à l’hôpital…
Pascal Gautier exploite l’un de ses thèmes de prédilection, ancien comme l’histoire de l’humanité : la relation parents / enfants, souvent ingérable, mais qui fournit à l’écrivain une source d’inspiration inaltérable, caustique et tendre. Après l’immense succès du roman Les vieilles, La clef sous la porte est, au vu du titre, une suite logique ou plutôt une sorte de retour sur le passé. Les personnages, doués d’une certaine espérance, se débattent afin de ne pas perdre pied. Aussi arriveront-ils, chacun à sa façon, à mettre la clef sous la porte et à choisir la liberté.

Ce que j’en pense
**
Chronique de la vie ordinaire en province, ce roman porte un regard amer sur les vies des petites gens. Loin de grands rêves de gloire, d’ambitions démesurées ou d’un destin fabuleux, le quotidien de José, Ferdinand, Auguste et les autres se limite surtout à se plaindre. Toute la litanie des petits soucis et des grands débats y passe : les impôts, les étrangers, la sécurité, les coût de la vie, la hiérarchie, la vie de couple, l’éducation ou encore la difficulté qu’il y a à communiquer avec les adolescents. Carla, la fille de Ferdinand, en est du reste l’illustration, presque jusqu’à la caricature. Elle est déjà sans illusions et presque sans avenir. C’est du moins l’impression de son géniteur : « C’est toujours facile de critiquer. Il sait qu’elle le prend pour un vieux débris. Depuis des siècles, la majorité des gens râle parce qu’elle n’a pas les mêmes avantages que ceux qu’elle envie. Ce n’est pas par conviction, idéal et tout le bazar. Il n’est quand même pas né de la dernière pluie, Ferdinand ! »
Seulement voilà, il arrive un jour où l’envie de se débarrasser de ses chaînes l’emporte sur la peur de l’avenir. Le jour où on se dit qu’après tout, on n’a plus rien à perdre, que quitte à mourir au moins on aura vécu quelque chose d’intéressant. Faut-il vraiment prendre son ticket dans la salle d’attente ? Faut-il vraiment accourir dès que sa mère annonce qu’elle est à l’article de la mort ? Faut-il continuer à vivre avec une épouse qui vous trompe allègrement ?
En répondant par la négative, l’auteur nous donne à goûter le parfum de l’évasion, (même s’il ne s’agit que d’une escapade au volant d’une camionnette) et nous offre une salutaire bouffée d’air du large. Vivifiant !

Autres critiques
Babelio
La Croix
ELLE
La Vie
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Extrait
« Il s’appelle Auguste. Un prénom qui prête à sourire. Pourtant, auguste est celui qui inspire un grand respect, de la vénération, ou qui en est digne. Auguste était le prénom de son grand-père, le père de sa mère. Et le prénom de son arrière-grand-père, le grand-père de sa mère. Et on pouvait remonter comme ça jusqu’au Moyen Âge, une tradition dans la famille. À l’école, qu’est-ce qu’on avait pu se moquer de lui! L’enfance est cruelle. Aujourd’hui, il en sourit. Une de ses collègues s’appelle bien Prune. Il est professeur. Un métier qui a évolué depuis quelques décennies. Il y a du bon, il y a du mauvais. Son grand-père Auguste a fait la guerre, celle de 1914. Il en est sorti vivant et indemne. Un miracle. Un grand-père auguste, qui a ensuite adopté, comme sa propre fille parmi ses propres filles, une enfant juive pendant l’Occupation. Un grand-père juste. Infiniment bon et humain. Dont l’ombre lourde, marmoréenne, pèse. Il n’a rien d’auguste, lui, il le sait bien. Le monde d’hier n’est pas celui d’aujourd’hui. Il affectionne ces répliques frappées au coin du bon sens.
Pas de guerre, pas d’Occupation. Le quotidien. Le boulot. Les vacances. Le métro. Le dodo. L’être humain a rétréci. C’est peut-être ça le progrès. Devenir tout petit petit. Sûr, lui, personne ne se souviendra de lui dans cinquante ans. Mais à quoi ça sert de penser à tout ça ? Dans cinquante ans, c’est pas maintenant. Et avant-hier, c’est pas maintenant non plus.. » (p. 10)

A propos de l’auteur
Pascale Gautier, admiratrice de Raymond Queneau et de Thomas Bernhard, sait manier la narration comique avec brio. Derrière l’humour, il y a toujours quelque chose de profond qui a l’apparence de la légèreté. Directrice littéraire aux Éditions Buchet / Chastel, elle est l’auteur aux Éditions Joëlle Losfeld de Trois grains de beauté, qui a reçu le Grand Prix SGDL du roman, Fol accès de gaîté et Les vieilles. (Source : Editions Joëlle Losfeld)

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La Part des flammes

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La part des flammes
Gaëlle Nohant
Editeur
Roman Thriller
496 p., 22 €
ISBN: 9782350873107
Paru en mars 2015

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Paris, à Neuilly et dans les proches environs, sans oublier les cures thermales à Méran au pied des Dolomites dans le sud du Tyrol et les pélerinages à Lourdes ou La Salette et l’évocation de Boston.

Quand?
L’action se situe en 1897.

Ce qu’en dit l’éditeur
Mai 1897. Pendant trois jours, le Tout-Paris se presse rue Jean-Goujon à la plus mondaine des ventes de charité. Les regards convergent vers le comptoir n° 4, tenu par la charismatique duchesse d’Alençon. Au mépris du qu’en-dira-t-on, la princesse de Bavière a accordé le privilège de l’assister à Violaine de Raezal, ravissante veuve à la réputation sulfureuse, et à Constance d’Estingel, qui vient de rompre brutalement ses fiançailles. Dans un monde d’une politesse exquise qui vous assassine sur l’autel des convenances, la bonté de Sophie d’Alençon leur permettra-t-elle d’échapper au scandale ? Mues par un même désir de rédemption, ces trois rebelles verront leurs destins scellés lors de l’incendie du Bazar de la Charité.
Enlèvement, duel, dévotion, La Part des flammes nous plonge dans le Paris de la fin du xixe au cœur d’une histoire follement romanesque qui allie avec subtilité émotion et gravité.

Ce que j’en pense
****

Solidement documenté et romanesque à souhait, ce roman est bien davantage que la relation d’un fait divers : l’incendie du bazar de la charité à Paris le 4 mai 1897.
C’est avant tout un excellent roman-feuilleton, dont chaque chapitre vous pousse vers le suivant, et qui contient à chaque fois son lot de surprises et de rebondissements.
C’est ensuite le portrait de trois femmes qui, à un degré ou un autre, vont tenter de s’émanciper. C’est à dire de refuser leur condition, le rôle qu’on leur assigne, pour se construire un autre destin.
Il y a d’abord la duchesse Sophie d’Alençon, sœur de l’impératrice Sissi , très impliquée dans les œuvres caritatives et qui perdra la vie dans l’incendie. Un personnage ayant vraiment existé et qui vient donner le récit toute sa force et sa crédibilité.
Violaine de Raezal, jeune veuve à la réputation sulfureuse, vient en quelque sorte aider la duchesse pour assurer sa rédemption.
Quant à Constance d’Estingel, c’est surtout pour échapper à ses parents qu’elle se rend au Bazar de la Charité. Cette fillette sauvage que sa mère « ne pouvait présenter sans appréhension à ses amies, bavardant avec la cuisinière et les gouvernantes mais butée et taciturne quand on l’invitait au salon.» entend bien mener sa vie et surtout ne pas épouser le bon parti qui lui est désigné. En rompant ses fiançailles, elle croit choisir la liberté, alors qu’elle va se retrouver cloîtrée.
Mais n’allons pas trop vite en besogne. Les préparatifs, les premières heures puis l’incendie qui éclate font eux aussi partie intégrante du projet romanesque, à l’image du jeune journaliste chargé de rendre compte du drame et d’enquêter.
Car ce drame, comme beaucoup de faits divers, cristallise bien l’état de la société. Au fil des pages, tout à tour, empreintes d’émotion, de colère ou de gravité, Gaëlle Nohant entraîne le lecteur sur les pas de ses personnages. Comment auraient-ils réagi ? Quel jugement portent-ils ? Partageraient-ils l’idée exprimée par Violaine de Raezal « que s’il était un bonheur possible sur cette terre, on ne pouvait y accéder qu’en laissant mourir certaines choses en soi. Toutes ces choses lourdes, encombrantes qui étaient un grenier plein d’objets cassés et poussiéreux que l’on n’osait mettre au rebut, mais qui arrêtaient la lumière. »
Si ce livre est une vraie réussite, c’est parce que l’énorme documentation que l’auteur a ressemblée ne vient jamais entraver le récit, mais vient au contraire donner plus de vraisemblance aux caractères, affiner leur propos, souligner leurs traits de caractère. On en redemande !

Autres critiques

Babelio
L’Express
Le Point (avec interview de l’auteur)
France Info (Le livre du jour – Philippe Vallet)
Blog d’eirenamg
Blog Des livres, des livres

Extrait
« Louis Gaugnard releva une douzaine de victimes avant d’être forcé de reculer car c’était maintenant des femmes en feu qui s’extrayaient des portes à tambour, formes folles et incandescentes se jetant sur la chaussée et s’y roulant frénétiquement pour éteindre les flammes qui leur dévoraient le corps. À l’intérieur, la poussée était telle qu’une dizaine de victimes tombèrent avant d’atteindre la porte, basculèrent sur ces trois marches maudites qu’il fallait descendre pour sortir, tombèrent de nouveau à un mètre de leur salut, piétinées par ceux dont elles bloquaient la progression, leurs corps enchevêtrés. De là où il était, le régisseur des écuries Rothschild distinguait ce tas de moribondes horriblement mêlées, tapis de chair hurlant et vulnérable qu’on pouvait déchiqueter à coups de talons et de chaussures pointues avant que la mort ne les saisisse ; il voyait la foule prise de la folie de survivre, foulant vifs ces corps sur lesquels il fallait passer pour atteindre la rue. » (p. 101)

A propos de l’auteur

Née à Paris en 1973, Gaëlle Nohant vit aujourd’hui à Lyon. La Part des flammes est son deuxième roman après L’Ancre des rêves, 2007 chez Robert Laffont, récompensé par le prix Encre Marine. Elle est également l’auteur d’un document sur le Rugby et d’un recueil de nouvelles, L’homme dérouté. (Source: Site officiel de Gaëlle Nohant)
Site officiel de l’auteur


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