Personne n’a peur des gens qui sourient

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Sélectionné pour le « Prix Orange du livre 2019 »

En deux mots:
Gloria récupère ses deux filles qui sont à l’école sur la Côte d’Azur et prend la route, direction l’Alsace. Quelle urgence la contraint à fuir? Quelle menace? Lorsqu’elle arrive à Kayserheim, le mystère reste entier. C’est en creusant le passé que la vérité va petit à petit apparaître.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Maman, louve protectrice

Si l’on en croit Véronique Ovaldé, «Personne n’a peur des gens qui sourient». Un joli titre pour un roman qui cultive le mystère autour de la fuite d’une mère et ses deux filles de Provence en Alsace.

Véronique Ovaldé n’a pas son pareil pour instiller un petit goût de mystère dans ses romans. Après, Soyez imprudents les enfants voici donc Personne n’a peur des gens qui sourient et une première confirmation: voilà une romancière qui sait trouver de jolis titres!
Cette fois, c’est un sentiment d’urgence, une fuite précipitée qui aiguise l’attention du lecteur. Dans les premières pages du livre Gloria, une jeune femme, va chercher ses deux filles, Loulou et Stella dans leur classes respectives pour prendre la route. Elle ne les a averties ni de ce qui la pousse à agir ainsi ni de leur destination. On saura juste que dans les bagages, elle n’a pas oublié le Beretta qu’elle avait caché.
Le trio va parcourir près d’un millier de kilomètres entre Vallenargues sur la Côte d’Azur et Kayserheim en Alsace où se trouve la maison où elle a passé quelques étés étant enfant.
Au fil des pages la tension croît. À l’image de ses filles qui se demandent combien de temps elles vont rester dans cette demeure entre lac et forêt, loin de leurs amies, le lecteur reste avec ses interrogations. Il doit se rattacher aux bribes de biographie pour commencer à rassembler les pièces du puzzle. Comprendre d’abord que Gloria a dû surmonter un premier traumatisme, la mort de son père alors qu’elle était encore adolescente.
L’orpheline qui ne s’intéressait déjà plus beaucoup aux études se voit alors offrir un boulot de serveuse à La Trainée, le cabanon tenu par son oncle Giovannangeli, dit tonton Gio. C’est là qu’elle va rencontrer son futur mari: « ce que Samuel vit en premier quand il entra dans le bar, ce fut cette fille si petite et si souple que vous aviez envie de la plier méthodiquement afin de la mettre au fond de votre poche et de l’emporter au bout du monde, la garder toujours auprès de vous, comme une mascotte, une merveilleuse mascotte aux cheveux noirs… »
Samuel fournit l’oncle Gio en boîtes à musique. Et s’il est déjà à la tête d’une belle collection, c’est qu’il n’est pas très regardant sur la provenance des pièces qu’on lui propose. Et il aura beau mettre en garde sa nièce sur les activités troubles du jeune homme, Gloria va tomber amoureuse, va vouloir vivre sa vie avec ce beau ténébreux, va vouloir construire la famille qu’elle n’a plus.
Et elle s’accroche à cette idée, a envie de croire qu’avec leur deux filles ils auront droit à ce bonheur qui leur échappe. Elle irait même jusqu’à pardonner quelques incartades. À Kayserheim, les jours passent, paisibles. Du coup, le danger s’estompe. Faut-il creuser du côté de Gio? Plutôt de celui de l’avocat en charge de l’héritage? À moins que ce ne soit Samuel qui ait laissé une quelconque ardoise avant de mourir dans l’incendie de son entrepôt? Et si finalement, la peur n’était pas justifiée? Et si tout ce vent de panique n’était finalement que le fruit de l’imagination de Gloria?
On n’en dira pas davantage, de peur de déflorer une fin qui réserve bien des surprises, mais on soulignera l’habileté de la construction de ce roman. Pour reprendre l’image du puzzle, ce n’est en effet qu’en posant le dernier élément que l’on découvrira l’image d’ensemble. Effrayante mais aussi évidente!

Personne n’a peur des gens qui sourient
Véronique Ovaldé
Éditions Flammarion
Roman
270 p., 19 €
EAN 9782081445925
Paru le 06/02/2019

Où?
Le roman se déroule en France, principalement dans des localités imaginaires situées en Provence, à Vallenargues et en Alsace, à Kayserheim.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Gloria a choisi ce jour de juin pour partir. Elle file récupérer ses filles à l’école et les embarque sans préavis pour un long voyage. Toutes trois quittent les rives de la Méditerranée en direction du Nord, la maison alsacienne dans la forêt de Kayserheim où Gloria, enfant, passait ses vacances. Pourquoi cette désertion soudaine? Quelle menace fuit-elle? Pour le savoir, il faudra revenir en arrière, dans les eaux troubles du passé, rencontrer Giovannangeli, qui l’a prise sous son aile à la disparition de son père, lever le voile sur la mort de Samuel, le père de ses enfants – où était Gloria ce soir-là? –, et comprendre enfin quel rôle l’avocat Santini a pu jouer dans toute cette histoire.
Jusqu’où peut-on protéger ses enfants? Dans ce roman tendu à l’extrême, Véronique Ovaldé met en scène un fascinant personnage de mère dont l’inquiétude face au monde se mue en un implacable sang-froid pour l’affronter.

Les critiques
Babelio 
Lecteurs.com
Télérama (Christine Ferniot)
Culture-Tops
Journal de Montréal (Karine Vilder)
Blog Les livres de Joëlle
Blog Encres vagabondes
Blog de Virginie Neufville
Blog T Livres T Arts 
Blog Clara et les mots 


Bande-annonce de Personne n’a peur des gens qui sourient de Véronique Ovaldé © Production Éditions Flammarion

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Gloria était prête depuis tellement longtemps que lorsqu’elle a pris sa décision elle a eu besoin d’à peine une heure pour tout emporter, attraper les passeports, les carnets de santé, le Beretta de son grand amour, choisir deux livres pour Stella dans la pile des livres à lire, deux peluches de Loulou ainsi que sa peau de mouton préférée, retrouver le Master Mind au milieu du foutoir de la chambre de Stella, emballer une paire de chaussures pour chacune d’entre elles, brosses à dents, doliprane, thermomètre, peigne à poux et habits chauds. Il ferait froid là où elles allaient et les petites n’avaient jamais eu froid de leur vie.
Elle a fermé les volets côté sud comme elle le faisait toujours dans la journée – elle se doutait qu’il passait régulièrement devant l’immeuble. Elle voulait que tout ait l’air absolument normal. Ça leur laisserait quelques heures d’avance.
Ce matin-là elle avait déposé Loulou devant son école et Stella était partie en bus avec ses copines et il n’avait pas fallu qu’elle pense à ce qu’elle allait leur imposer dans la journée et dorénavant. Il n’avait pas fallu qu’elle pense que c’était la dernière fois que Stella voyait ses copines alors que celles-ci avaient pris toute la place dans sa vie et qu’elle passait son temps à les raccompagner chez elles puis à être raccompagnée par elles. Dès la porte de l’appartement franchie, elle commençait à échanger avec ses amies sur son téléphone portable (c’est toi qui raccroches, non c’est toi, raccroche, non non c’est toi qui raccroches, on raccroche à 3, et après on s’écrit), considérant de plus en plus que ce qui se déroulait dans cette maison ne la concernait en aucune façon.
Gloria a appelé l’école de la petite et le collège de la grande. Elle a dit qu’un incident familial était survenu et qu’elle devait récupérer les filles dans la demi-heure. On la connaissait. On savait que la vie des filles n’était pas toujours facile. On a autorisé.
Puis Gloria a déposé son téléphone portable allumé sur le comptoir entre la cuisine et le salon, elle a regardé autour d’elle, sac sur le dos, valise à roulettes à ses pieds, valise si énorme qu’elle était comme un cargo disproportionné dans ce petit appartement. Malgré la situation elle s’est aperçue qu’elle appréciait cette sensation de « jamais plus », ça donnait un goût spécial au moment qu’elle vivait là, c’était comme une chance que l’on s’accordait, tout ce fantasme de deuxième vie, qui n’en a pas rêvé, elle a tourné sur elle-même, pendule, dessins au mur, magnets sur le frigo, CD, monstre phosphorescent au-dessus de la télé, et la vaisselle sur l’égouttoir qui finirait par se fossiliser, Pompéi, voilà ça lui faisait penser à Pompéi, tout ce qui avait constitué leur vie depuis si longtemps allait rester immobilisé, tout allait devenir si poussiéreux, si moisi, si duveteux que ce serait comme une fourrure qui recouvrirait les choses.
Elle est descendue et elle est passée par la porte latérale de l’immeuble, celle par laquelle on sort les poubelles, elle a laissé la valise dans le local à poussettes. Elle est allée chercher la voiture qu’elle avait garée deux rues plus loin, et non pas dans le parking souterrain comme d’habitude, elle s’est arrêtée devant la porte, elle a récupéré la valise en vitesse, activé le téléphone portable à carte qu’elle avait acheté la veille. Et elle est partie récupérer les filles.
Elle a commencé par Loulou. C’était plus simple. Il était dix heures et demie. Une heure avant la cantine. Loulou aurait faim mais elle serait de toute façon plus aimable – plus compréhensive ? plus clémente ? plus confiante ? – que Stella. Loulou était en effet montée dans la voiture en racontant ses histoires de petite fille de six ans, comme si sa mère avait coutume de venir la prendre en pleine matinée à l’école et que ce genre d’événement ne risquait pas d’interrompre son discours incessant. Elle a parlé d’une soirée pyjama prévue pour la semaine suivante, de Sirine qui l’avait poussée dans la cour, et puis de ses deux dents du haut (il y en avait possiblement une troisième) qui allaient tomber et de sa peur de les avaler si le décrochage se produisait pendant son sommeil. Elle a informé sa mère qu’elle préférait les nombres pairs parce que, dans les nombres impairs, il y en a toujours un qui reste tout seul. Elle a continué de babiller, attachée à l’arrière sur son rehausseur, regardant par la fenêtre le bord de mer et les palmiers.
« On va chercher ta sœur », a dit Gloria. Et Loulou a encore une fois eu l’air de trouver cela absolument normal.
Stella, comme sa mère le craignait, n’était pas du tout dans le même état d’esprit. Elle a mis du temps à sortir de cours. Gloria faisait le pied de grue devant la guérite du gardien du collège, elle savait ce que le jeune gardien pensait d’elle, il avait les yeux vrillés sur son décolleté, c’était à cause du 95 E, il en voyait pourtant des jolies filles qui s’ébattaient à moitié nues dans ce collège, c’était difficile à imaginer qu’il puisse trouver du charme à quelqu’un comme elle, une femme qui avait déjà fait un sacré bout de chemin, une femme d’expérience, c’était difficile à concevoir à cause de la proximité et de l’effervescence des hormones toutes nouvelles qui bouillonnaient derrière les murs du collège, ces hormones qui envoyaient des messages d’urgence à qui voulait bien les capter, « Sortez-moi vite d’ici, arrachez-moi à cette vie, je suis prête à vous suivre de l’autre côté de la Terre. » Difficile à concevoir mais pas impossible.
Stella est finalement arrivée, elle a traversé la cour jusqu’à la grille, sublime et fatigante, traînant les pieds le plus lentement possible, déjà voluptueuse, acné sur les tempes, nuque dégagée par un chignon à l’emporte-pièce, chevelure bicolore (elle avait été une enfant blonde et elle devenait brune), chevelure si longue qu’elle constituait un élément à part de sa personnalité quand elle la lâchait. Tee-shirt noir, pantalon noir et baskets blanches gribouillées au feutre. Gloria s’est dit, Il faut que j’arrête de dire les petites, Stella n’a plus rien d’une petite, et elle remarque une nouvelle fois combien sa fille semble encombrée par ce corps qui se métamorphose sans lui demander son avis.
Cependant, à cet instant précis, Gloria a surtout envie de la secouer.
« On est pressées », dit-elle, la mâchoire contractée.
Stella, de derrière sa frange, avec son sac d’école recouvert de messages au Tipp-Ex balancé sur l’épaule la plus basse (quelle étrangeté ces épaules qui forment presque une ligne diagonale à elles deux), ce sac d’école qui n’allait plus lui servir à grand-chose dans les mois à venir et qui deviendrait lui aussi une sorte de mini-Pompéi, mais bien entendu elle n’en avait pas la moindre idée à ce moment-là, comment aurait-elle pu savoir, Stella a dit :
« C’est quoi encore, ce bordel ?
– Ta sœur nous attend », comme si ça pouvait être une réponse.
Stella a suivi sa mère jusqu’à la voiture et elle a voulu monter à l’avant mais il y avait l’énorme sac à dos de Gloria à cette place-là.
« Assieds-toi plutôt derrière avec ta sœur.
– Mais tu peux pas le mettre dans le coffre ?
– Va avec ta sœur. On a de la route. Elle pourra se reposer contre toi. »
Stella est montée à l’arrière en soupirant. C’était sa nouvelle façon de communiquer, soupirs et haussements d’épaules. Loulou lui a proposé des chips. Stella a refusé d’un signe de tête.
Gloria s’est installée au volant, elle a tendu la main par-dessus son épaule :
« Ton téléphone. »
Stella a froncé les sourcils mais elle était assez perspicace pour comprendre que lui arracher son téléphone n’était pas un caprice de sa mère. Elle a eu l’air inquiète tout à coup. Elle l’a donné à Gloria. »

Extrait
« Elle avait logiquement pensé à s’affamer, mais travailler à La Traînée avait suffi à la transformer en une jeune personne mince et musclée mais toujours avec de gros seins et une stature ridiculement hors norme. Et ce que Samuel vit en premier quand il entra dans le bar, ce fut cette fille si petite et si souple que vous aviez envie de la plier méthodiquement afin de la mettre au fond de votre poche et de l’emporter au bout du monde, la garder toujours auprès de vous, comme une mascotte, une merveilleuse mascotte aux cheveux noirs… »

À propos de l’auteur
Véronique Ovaldé a publié neuf romans dont Et mon coeur transparent (prix France Culture-Télérama), Ce que je sais de Vera Candida (prix Renaudot des lycéens 2009, prix France Télévisions et Grand Prix des lectrices de Elle), Des vies d’oiseaux, La Grâce des brigands (L’Olivier, 2008, 2009, 2011, 2013) et, plus récemment, Soyez imprudents les enfants (Flammarion, 2016).
Elle a également publié des livres illustrés, parmi lesquels La Très Petite Zébuline (Bourse Goncourt du livre jeunesse, Actes Sud Junior, 2006), Paloma et le vaste monde (Pépite du meilleur album, Actes Sud Junior, 2015), La Science des cauchemars (Thierry Magnier, 2016) et À cause de la vie, en collaboration avec Joann Sfar (Flammarion, 2017). (Source : Éditions Flammarion)

Site Wikipédia de l’auteur 

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Faire mouche

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En deux mots:
Laurent retourne à saint-Fourneau où il a grandi, à l’occasion du mariage de sa cousine. Un voyage à contrecœur, car les liens se sont distendus et les secrets de famille sont lourds. Tellement lourds qu’ils vont finir par éclater.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Le retour du fils indigne

Laurent Malèvre n’a pas envie de revenir dans son village d’enfance où il n’a pas de très bons souvenirs. Mais pour le mariage de sa cousine, il prend la direction de Saint-Fourneau avec son amie Claire. Dès son arrivée, la tension ne va cesser de croître jusqu’à l’explosion finale.

Il y a tout du thriller familial dans ce court roman. La tension psychologique, l’envie des différents protagonistes de ne pas en dire trop, voire de dissimuler une réalité que l’on pressent difficile. Et pourtant, il n’y a à priori rien de plus banal que le voyage qu’entreprend Laurent. Le narrateur va retrouver Saint-Fourneau, son village d’enfance, où sa cousine Lucie va épouser Pierre, le garagiste. Le malaise ne va pourtant pas tarder à s’installer. D’abord parce que Constance, l’épouse enceinte qui l’accompagne, n’est pas Constance mais Claire. Ce qui n’est pas clair! « A bien y réfléchir, c’était exactement ainsi que j’avais espéré passer ces quelques jours avec Constance. Sa pensée ne me quittait pas. En revanche, et ceci n’avait pas été prémédité, Claire, par sa seule présence, atténuait ce manque en lui donnant une forme matérielle sensible qui finissait par apaiser mon esprit et adoucir la réalité, comme si la copie parvenait, peu à peu, à supplanter l’original. »
Ensuite parce que sa mère a épousé en secondes noces Roland, le frère de son mari, autrement dit l’oncle de Laurent. On imagine là encore que tout n’est pas très net dans cette union. Et l’on comprend les réticences du fils à retisser des liens qu’il avait pris soin de distendre. Car il se méfie de cette génitrice qui ne lui voulait pas que du bien. Il semblerait en effet que la décision de ses grands-parents de l’éloigner et de l’emmener vivre chez eux fasse suite une tentative de faire ingurgiter de l’eau de javel à son enfant. Une histoire que sa cousine n’a pas oubliée, au grand dam de Laurent: « J’aurais préféré qu’elle ne pose pas sur moi ce regard compatissant. Je savais qu’elle pensait à ma mère et aux rumeurs d’empoisonnement qui avaient couru à la mort de mon père. »
Dans ce jeu de dupes, difficile de dire lequel des protagonistes est le plus étrange, le plus taiseux, le plus pervers. Entre souvenirs d’enfance, secrets de famille et goût prononcé pour la manipulation, ce court roman est un jeu de massacre qui ne va laisser personne indemne.
Au milieu des préparatifs du mariage, et alors que chacun veut faire bonne figure, l’atmosphère s’électrise de plus en plus. Pourquoi Luc, le frère de Constance, essaie-t-il de joindre sa sœur alors qu’il est censé savoir qu’elle n’est plus avec Laurent? Pourquoi Lucie avait-elle décidé de protéger son cousin? Pourquoi les rumeurs ne cessaient d’enfler à chaque fois qu’il revenait au village? Autant de questions qui vont conduire à un épilogue aussi terrifiant qu’inattendu… sauf peut-être pour ceux qui ont lu les deux précédents romans de Vincent Almendros, Ma chère Lise (paru en 2011) et surtout Un été (paru en 2015) et qui savent combien les petits détails parsemés ici et là ont leur importance et combien les dernières pages de ses romans sont percutantes, surprenantes, déstabilisantes.
Et le lecteur, lui, se régale!

Faire mouche
Vincent Almendros
Éditions de Minuit
Roman
128 p., 11,50 €
EAN : 9782707344212
Paru en janvier 2018

Où?
Le roman se déroule en province, dans le village de Saint-Fourneau, que l’on pourrait situer en Lozère. On y évoque également Grisac, Clermont-Ferrand

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
À défaut de pouvoir se détériorer, mes rapports s’étaient considérablement distendus avec ma famille. Or, cet été-là, ma cousine se mariait. J’allais donc revenir à Saint-Fourneau. Et les revoir. Tous. Enfin, ceux qui restaient.
Mais soyons honnête, le problème n’était pas là.

Les critiques
Babelio
Télérama (Marine Landrot)
Culturebox (Laurence Houot)
BibliObs (Jérôme Garcin)
Le Temps (Julien Burri)
Culture Tops (Valérie de Menou)
Blog Moka – Au milieu des livres

Blog Lire au lit
Blog L’Or des livres 


Vincent Almendros présente Faire mouche. © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre
« J’avais été, jusque-là, un homme sans histoire. Peut-être parce que j’étais né dans un village isolé, au milieu de rien. Car c’était ça, Saint-Fourneau, un trou perdu. Y revenir m’avait toujours paru compliqué. Il faut dire que ma mère, elle, y vivait encore.
Nous venions, Claire et moi, de quitter l’A75. Le soir était tombé. Les phares de la
Nissan éclairaient maintenant la départementale en lacets. Depuis plusieurs kilomètres, nous ne croisions plus aucune voiture. Le paysage était devenu escarpé et montagneux, composé d’à-pics ou de reliefs rocheux boursouflés de végétation. Il se vallonna de nouveau, et les premiers panneaux indiquant Saint-Fourneau apparurent.
Lorsque, dans la nuit, je distinguai en contrebas de la route le champ de la Métairie, je ralentis, enclenchai le clignotant et bifurquai sur la droite pour descendre la pente goudronnée qui menait au hameau. La voie se rétrécit.
Les roues de la voiture écrasèrent des gravillons. À faible allure, j’allai me garer devant un abri, où, sous une bâche, s’entassait du bois. J’éteignis le moteur.
Mon cou était raide. Je me massai la nuque. J’étais fatigué par le voyage, mais tout s’était déroulé sans encombre. Je me tournai vers Claire, qui, à côté de moi, ne bougeait pas.
Elle avait incliné le dossier de son siège vers l’arrière. Je ne voulus pas la réveiller tout de suite.
Je pris le temps de regarder le hameau, la silhouette de la maison et l’obscurité autour. J’attendis encore un peu, profitant de cet instant où il ne se passait rien, où il ne pouvait rien se passer, puis je finis par poser ma main sur l’épaule de Claire. On est arrivé, dis-je.»

Extraits
« A bien y réfléchir, c’était exactement ainsi que j’avais espéré passer ces quelques jours avec Constance. Sa pensée ne me quittait pas. En revanche, et ceci n’avait pas été prémédité, Claire, par sa seule présence, atténuait ce manque en lui donnant une forme matérielle sensible qui finissait par apaiser mon esprit et adoucir la réalité, comme si la copie parvenait, peu à peu, à supplanter l’original. »

« J’aurais préféré qu’elle ne pose pas sur moi ce regard compatissant. Je savais qu’elle pensait à ma mère et aux rumeurs d’empoisonnement qui avaient couru à la mort de mon père. »

« Lorsque j’avais entendu Claire vomir dans la salle de bains, je m’étais demandé ce qui se passait. Lucie dut sentir une faille, qu’elle transforma en brèche en s’y engouffrant. Son un ton plus méchant, qui me rappela la brutalité dont ma mère était capable, elle voulut savoir pourquoi j’avais toujours cherché à la protéger. »

À propos de l’auteur
Né à Avignon en 1978, Vincent Almendros fait des études de lettres à la faculté d’Avignon avant de commencer à écrire de la poésie et de la littérature en prose. Il envoie, pour conseils, son premier roman achevé, Ma chère Lise, à Jean-Philippe Toussaint qui, l’appréciant, l’introduit auprès d’Irène Lindon aboutissant à sa publication en 2011. En 2015, son deuxième roman Un été, très apprécié par la critique reçoit le prix Françoise-Sagan en juin 2015. En 2018, il publie Faire mouche. (Source : Babelio.com)

Site Wikipédia de l’auteur 

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Celui-là est mon frère

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Celui-là est mon frère
Marie Barthelet
Éditions Buchet-Chastel
Roman
176 p., 14 €
EAN : 9782283029749
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule dans un endroit d’Orient, proche d’un désert, qui n’est pas nommé.

Quand?
L’action n’est pas située dans le temps. Disons que les armes mentionnées font plutôt référence à l’arsenal utilisé de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« En te voyant, j’ai pensé que tu étais revenu pour moi, puis que tu avais vieilli. Je me trompais. Déjà tu souhaitais repartir. Et ce n’était pas tant que tu avais vieilli, tu étais transformé – défiguré, allais-je dire, par la brûlure d’une foi neuve. J’ai aussi cru que je délirais. Mais ton nom susurré par tous ceux qui étaient présents a craquelé le silence. J’ai compris que je n’étais pas le seul à te voir. Que c’était vrai. Que c’était toi. »
Un jeune chef d’état reçoit la visite de son frère tant aimé, disparu dix ans plus tôt. La brève joie des retrouvailles cède très vite la place à l’amertume et à l’indignation : celui qui est revenu a changé. Il est désormais l’Ennemi. À cause de lui, le pays va s’embourber dans une crise sans précédent.
Celui-là est mon frère, premier roman de Marie Barthelet, est un véritable conte qui déroule, avec sensibilité, le récit envoûtant d’une affection mortelle.

Ce que j’en pense
***
Depuis Montesquieu et Voltaire la tradition du conte philosophique oriental avait disparu de nos lettres. Grâce à la plume de Marie Barthelet qui signe ici un premier roman aussi court que savoureux, ce tort est réparé. Il met aux prises deux frères, les fils du souverain d’un État oriental dont on comprend vite qu’il est régi d’une main de fer depuis des générations par cette famille régnante.
Après avoir donné naissance à un héritier, le souverain – comprenant que son épouse ne pourrait plus enfanter – a décidé d’adopter un second fils afin qu’il ne grandisse pas seul. Choix judicieux puisque les deux frères vont tout partager jusqu’au jour où «l’adopté» s’enfuit, provoquant le désarroi de la famille et de son frère : «En partant tu m’amputais de toi. Il y avait la vie d’avant et d’après ce départ. La vie avec et sans toi. Un âge d’or, une ère de plomb.»
On imagine la joie au moment de l’annonce du retour, après dix ans d’exil, de ce fils prodigue. Sauf que, à l’image des combats de serpents, les retrouvailles vont vite se transformer en confrontation. «J’ai songé : le «nous» d’hier, c’était toi et moi ; aujourd’hui, c’est toi et eux seuls. Eux. La triste minorité de mon pays.»
L’oiseau de mauvais augure qui promet le soulèvement du peuple opprimé – de cette triste minorité – déstabilise le pouvoir. Bien vite, ses menaces vont se traduire dans les faits. Une «vague pourpre» empoisonne le fleuve et le réseau d’eau causant de nombreux décès dans la population, notamment parmi les plus démunis. La lèpre fait également des ravages. Un peu comme les sept plaies d’Egypte.
Les vieilles recettes ne semblent plus fonctionner. Les promesses, les visites aux malades pour les assurer du soutien du gouvernement ne font que retarder la révolte qui grande. Mais les beaux discours finissent par sonner creux :«L’Histoire s’écrit mal à cause de littérateurs comme toi qui ne savent pas la grammaire des hommes.»
Le Palais finit par être envahi et l’heure des règlements de compte sanglants a sonné. «Tu peux museler les médias, assommer les consciences à coups de bêtes slogans et de publicités mensongères, comme les empereurs d’autrefois gaber les panses de pain, organiser des fêtes et des courses à l’hippodrome, en bref jeter de la poudre aux yeux, tu le peux bien sûr, tu peux tout. Mais voici la vérité : tu es l’assassin de ton peuple.»
L’acte final de cette tragédie entre en résonnance avec bien des événements et nous propose une réflexion sur l’aveuglement du pouvoir, sur la justesse des causes défendues, sur la frontière tenue qui existe entre l’ordre et la liberté, entre un asservissement qui assure une certaine stabilité et une liberté, d’autres diront un chaos, qui ouvre la voie à bien des excès.
Marie Barthelet, en ne donnant ni références historiques, ni géographiques, ni même religieuses, livre au lecteur toutes les nuances du possible. S’agit-il d’une cause juste ou d’un combat d’intégristes ? Chacun se fera son opinion…

68 premières fois
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Autres critiques
Babelio 
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Extrait
« Ta mémoire à toi, tes registres personnels, nous n’y avions pas pensé. Tu es devenu instable, refusais de manger, de dormir, de parler d’autre chose que du pouls de cet homme s’affolant sous ta poigne, de sa salive dégoulinant sur tes phalanges. Mille fois par jour tu te lavais les mains. Tu regardais au-dessus de mon épaule, dans le vide. Tu répétais: « Non et non, il ne faut pas, il ne faut pas…
Un matin, tu es parti. Personne ne t’a vu quitter le palais. Tu n’as rien dit, rien emporté, pas même ton chien, pas même moi. Dieu sait que tu m’emmenais toujours avec toi, dans toutes tes errances. Tu es parti pour ne jamais revenir.
Jamais. » (p. 32-33)

A propos de l’auteur
Marie Barthelet a 27 ans. Elle est animatrice du patrimoine et responsable du musée de la Charité-sur-Loire. Celui-là est mon frère est son premier roman. (Source : Éditions Buchet-Chastel)

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