Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon

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Le magazine LiRE a choisi ce roman pour son avant-première et publié un extrait dans son édition de juillet-août 2019.
Roman sélectionné pour le Prix littéraire du Monde 2019.

En deux mots:
Paul Hansen est incarcéré à Montréal, où il purge une peine de deux ans d’emprisonnement en compagnie de Patrick Horton, un Hells Angel condamné pour homicide. Entre les quatre murs de cette cellule, il a le temps de retracer sa vie, de Toulouse au Canada, jusqu’à l’altercation qui l’a menée là.

Ma note:
★★★★★ (coup de cœur, livre indispensable)

Ma chronique:

Paul et Patrick sont en prison

Jean-Paul Dubois est de retour avec le roman au titre le plus long de cette rentrée. En nous démontrant que «Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon», il nous offre un chef d’œuvre!

Jean-Paul Dubois prend son temps pour construire un œuvre en tout point remarquable. On l’avait laissé avec en 2016 avec La Succession qui retraçait la vie de Paul Katrakilis, un jour de pelote exilé à Miami, revenu en France pour les funérailles de son père. Avec Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon, il nous propose en quelque sorte le chemin inverse, en remontant la vie de Paul Hansen, «né à Toulouse, le 20 février 1955, aux alentours de 22 heures, à la clinique des Teinturiers» et que l’on retrouve dès les premières lignes dans une petite cellule de la prison de Bordeaux à Montréal. Qu’a-t-il fait pour mériter ce châtiment? C’est tout l’enjeu du livre. Mais n’anticipons pas et revenons à Toulouse où Paul grandit entouré d’Anna, sa mère, qui a pris les rênes du Spargo, une salle de cinéma «Art et essai» après la mort accidentelle de ses parents et de Johanes, son père, pasteur originaire de Skagen, au Danemark. Deux professions à fort potentiel d’incompatibilité et qui, après mai 68 et la diffusion de Gorges profondes vont provoquer l’éclatement du couple.
Johanes choisit alors de s’envoler pour une nouvelle mission, à la Methodist Church de Thetford Mines, au Québec où, contre toute attente, Paul va décider de le suivre.
Après avoir ferré son lecteur – qui se demande ce qui peut avoir conduit Paul en prison – l’auteur construit son roman en alternant le récit des jours qui s’écoulent dans une cellule infecte, où pourtant l’humanité et la fraternité entre les codétenus gagnent chaque jour du terrain, et l’autobiographie de cet homme pour lequel le lecteur éprouve d’emblée de l’empathie. Un lecteur qui ne va pas être déçu!
Je pourrais ici multiplier les citations, détailler le parcours de Paul, ses différents emplois jusqu’à celui de régisseur d’immeuble à Montréal, raconter comment il rencontré son épouse et comment avec leur chien Nouk, ils ont vécu heureux, mais je préfère vous laisser découvrir par vous-mêmes ce scénario aussi habile dans sa construction que limpide dans son style.
J’ai, en revanche, envie de m’attarder sur les trois raisons qui, à mon sens, font de ce roman un chef d’œuvre. Tout d’abord, parce que la phrase est d’une précision quasi-chirurgicale. Ici, point de fioritures, mais des précisions qui «font vrai», que l’on parle d’un voyage en NSU, de l’extraction de l’amiante, de la fiabilité d’un Hydravion De Havilland ou encore de l’entretien d’une piscine. Ensuite, de la propension de l’auteur à laisser le récit parler pour lui. Ici, il n’est jamais question de démontrer ou de donner des leçons, mais de relater des faits. Au lecteur d’en faire son miel, de donner sa propre définition de la fraternité ou de la justice. Et enfin, ce que j’appelle le «principe de frustration». C’est, au moment de refermer un livre, lorsque l’on éprouve la furieuse envie d’y revenir, d’en savoir plus ou d’attendre déjà avec impatience le prochain roman. Et comme il faudra vraisemblablement attendre jusqu’en 2022, je vous conseille, dans l’attente, de découvrir ses précédents romans. Car chez Jean-Paul Dubois tout est bon!

Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon
Jean-Paul Dubois
Éditions de l’Olivier
Roman
256 p., 19 €
EAN 9782823615166
Paru le 21/08/2019

Où?
Le roman se déroule en France, à Toulouse, puis au Canada, à Thetford Mines, puis à Montréal, Sherbrooke et Trois-Rivières et enfin au Danemark, à Skagen dans le Jutland. On y évoque aussi Naurouze, «lieu de partage des eaux du canal du Midi», des étapes d’un voyage en voiture de Toulouse à Skagen et en avion de Montréal à Skagen, via Genève.

Quand?
L’action se situe de 1955 au début des années 2000.

Ce qu’en dit l’éditeur
Cela fait deux ans que Paul Hansen purge sa peine dans la prison provinciale de Montréal. Il y partage une cellule avec Horton, un Hells Angel incarcéré pour meurtre.
Retour en arrière: Hansen est superintendant a L’Excelsior, une résidence où il déploie ses talents de concierge, de gardien, de factotum, et – plus encore – de réparateur des âmes et consolateur des affligés. Lorsqu’il n’est pas occupé à venir en aide aux habitants de L’Excelsior ou à entretenir les bâtiments, il rejoint Winona, sa compagne. Aux commandes de son aéroplane, elle l’emmène en plein ciel, au-dessus des nuages. Mais bientôt tout change. Un nouveau gérant arrive à L’Excelsior, des conflits éclatent. Et l’inévitable se produit.
Une église ensablée dans les dunes d’une plage, une mine d’amiante à ciel ouvert, les méandres d’un fleuve couleur argent, les ondes sonores d’un orgue composent les paysages variés où se déroule ce roman.
Histoire d’une vie, Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon est l’un des plus beaux livres de Jean-Paul Dubois. On y découvre un écrivain qu’animent le sens aigu de la fraternité et un sentiment de révolte à l’égard de toutes les formes d’injustice.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
BibliObs (Grégoire Leménager)
Les Échos (Thierry Gandillot)
France-Amérique
La Dépêche (Jean-Marc Le Scouarnec)
Blog D’une berge à l’autre

INCIPIT (Les premières pages du livre)

Extrait
« Je suis né à Toulouse, le 20 février 1955, aux alentours de 22 heures, à la clinique des Teinturiers. Dans la chambre que l’on m’a attribuée, deux personnes que je n’ai encore jamais vues me regardent dormir. La jeune femme allongée à mes côtés, qui semble revenir d’une soirée, renversante de beauté, souriante, détendue malgré l’épreuve de l’accouchement, c’est Anna Margerit, ma mère. Elle a vingt-cinq ans. L’homme assis près d’elle, essayant de ne pas trop peser sur le rebord du lit, et que l’on devine de grande stature, avec des cheveux blonds et un regard bleu transparent empreint de bienveillance et de douceur, c’est Johanes Hansen, mon père. Il est âgé de trente ans. Tous deux semblent satisfaits du produit fini, initié dans des circonstances dont ils n’avaient peut-être pas, à l’époque, mesuré toutes les conséquences. En tout cas, mes parents ont depuis longtemps choisi mes prénoms. Je serai donc Paul Christian Frederic Hansen. Il est difficile de faire plus danois. Droit du sol, du sang, de tout ce que vous voulez et surtout du hasard, je serai pourtant titulaire de la nationalité française. » p. 27

À propos de l’auteur
Jean-Paul Dubois est né en 1950 à Toulouse où il vit actuellement. Journaliste, il commence par écrire des chroniques sportives dans Sud-Ouest. Après la justice et le cinéma au Matin de Paris, il devient grand reporter en 1984 pour Le Nouvel Observateur. Il examine au scalpel les États-Unis et livre des chroniques qui seront publiées en deux volumes aux Éditions de l’Olivier : L’Amérique m’inquiète (1996) et Jusque-là tout allait bien en Amérique (2002). Écrivain , Jean-Paul Dubois a publié de nombreux romans (Je pense à autre chose, Si ce livre pouvait me rapprocher de toi). Il a obtenu le prix France Télévisions pour Kennedy et moi (Le Seuil, 1996), le prix Femina et le prix du roman Fnac pour Une vie française (Éditions de l’Olivier, 2004). (Source : Éditions de l’Olivier)

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L’une et l’autre

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En deux mots:
Marc et Mélinda partent en voyage à Travers l’Europe pour réaliser un documentaire sur les lieux qui ont inspiré auteurs et réalisateurs. L’occasion de se remémorer quelques grandes œuvres et de redonner une nouvelle jeunesse à Mélinda.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

La femme aux deux visages

Aimeriez-vous partager votre vie avec le sosie de Jane Fonda dans Les Félins? C’est ce bonheur qui est donné à Marc, médecin fou de cinéma.

François Cérésa nous attrappe dès les premières pages de ce roman qui se lit d’une traite avec une scène d’ouverture qui comporte tous les ingrédients du grand voyage qu’il va nous proposer à travers l’Europe et à travers le cinéma. Un long travelling nous permet d’entrer dans le Courtepaille de Cussy-les-Forges sur les pas de Marc, jeune médecin passionné de cinéma. La caméra suit alors Mélinda, la belle serveuse au moment où un client lui fait un croche-pied et qu’elle s’étale avec son plat.
La suite est un remake de L’homme qui tua Liberty Valance. Marc envoie son poing dans la figure du malotru et gagne les faveurs de la serveuse qui ressemble à Jane Fonda.
Depuis quelque 35 années se sont écoulées, Mélinda et Marc sont mariés et victimes de l’usure de leur vie de couple et de leur libido. Sauf qu’un soir de réveillon Marc a la surprise de re-découvrir sa femme: « Mélinda n’est plus Mélinda. C’est Mélinda jeune. Celle de la photo. Le sosie de Jane Fonda. Je me frotte les yeux. Un miracle ? Elle me dévisage en souriant. Ses yeux azur, sa peau lisse, son nez légèrement retroussé, ses dents aussi bien rangées que des perles. Elle a retrouvé l’éclat d’avant. » Et comme les enfants ont décidé de prendre leur envol, Marc d’inviter cette nouvelle Mélinda à la suivre dans son voyage à travers l’Europe. Car un producteur a accepté l’idée du documentaire qu’il lui a proposé sur les lieux qui ont inspiré écrivains et cinéastes.
Nous voilà donc partis sur les traces de Modiano à Annecy et Évian, découvrant qu’il n’y a pas de pension «Villa triste», mais bien une maison rococo en bord de lac qui aurait pu iinspirer l’écrivain. Voici du reste l’un des points forts de ce roman, à savoir sa filmographie. Tout au long des étapes proposées ici, les cinéphiles vont se régaler de nouveaux détails sur certains auteurs et réalisateurs. Outre cet homme qui tua Liberty Valance dont je vous ai déjà parlé, on y évoque aussi Les Félins, Le Parfum d’Yvonne, Le Genou de Claire, Vieille Canaille, Le Plus Beau Métier du Monde, Le Mépris, Portier de Nuit, Le Vice et la Vertu, Gilda, Et Dieu créa la femme, Franz, Un amour de Swann, Le Jour le plus long. L’occasion pour Marc de faire quelques rencontres mémorables et de retrouver quelquefois la «jeune» Mélinda.
Swi on sent un brin de nostalgie durant ce périple, «de joyeux fantômes nous frôlent et s’amusent à nos dépens. Ils questionnent le passé, le temps perdu. », c’est surtout l’humour de l’auteur que l’on apprécie au fil des pages, avec cette propension à retrouver une actrice ou un acteur derrière le visage d’une personne croisée dans un palace, au bord d’une piscine ou dans un restaurant. Et à propos de restaurant, les menus détaillés ici vous mettront l’eau à la bouche, car on passe de la bonne chair à la bonne chère en un tournemain.
Ajoutons que François Cérésa a trouvé une chute magistrale à son scénario, digne d’un thriller, histoire de vous convaincre à vous jeter sur le dernier opus de l’auteur de La femme aux cheveux rouges.

L’une et l’autre
François Cérésa
Éditions du Rocher
Roman
224 p., 17 €
EAN : 9782268096681
Paru le 7 février 2018

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris, à Cabourg, à Cussy-les-Forges, à Lyon, à Évian, à Annecy, à Val d’Isère, à l’île de Ré, à Saint-Clément-des-Baleines et à travers l’Europe, notamment à Naples et Capri, à Bruxelles, à Tabernas et à Vienne.

Quand?
L’action se situe de 1981 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Sexagénaire fringuant, Marc est marié à Mélinda, à peine plus jeune que lui. Le couple, hier flamboyant et amoureux, semble aujourd’hui avoir du plomb dans l’aile. Le désir s’est émoussé, le plaisir n’est plus une idée neuve. Mélinda a perdu de sa superbe, et Marc fait preuve en toute occasion d’un cynisme grinçant.
L’histoire d’amour touche-t-elle à sa fin ?
Soudain, un 31 décembre au soir, on sonne à la porte et, ô miracle, Mélinda apparaît telle qu’elle était à trente ans : le portrait de Jane Fonda dans Les Félins !

Les critiques
Babelio 
Paris-Match (Gilles Martin-Chauffier)
Putsch (Emmanuelle de Boysson – entretien avec l’auteur)
Le littéraire.com (Agathe de Lastyns)
Salon littéraire (Jacques Aboucaya)
Le blog de Gilles Pudlowski 
La Grande parade (Serge Bressan)
Le blog d’Isabelle Kévorkian 
Les chroniques d’Alfred Eibel 

Les premières pages du livre
« Cette année, on n’a pas fêté Noël le 25. Cela fait plus de trente ans qu’on fête Noël et que Noël ne nous fête pas. Je me comprends. De toute façon, Mélinda a décidé de fêter Noël le 31. Quand Mélinda a décidé quelque chose, on n’y revient pas. C’est comme ça et pas autrement. Et cela ne va pas en s’améliorant.
J’ai connu Mélinda en 1981. C’était au Courtepaille de Cussy-les-Forges, tout près d’Avallon, le deuxième restaurant Courtepaille créé après celui de Rouvray.
Je m’étais arrêté par hasard. Je me rendais à Lyon à un congrès de médecine, et j’avais décidé d’emprunter la Nationale 6 pour faire un arrêt à Saulieu, chez un chef dont on parlait beaucoup: Bernard Loiseau. En fait de Saulieu, je m’étais arrêté à Cussy-les-Forges. Si j’avais su, je n’aurais jamais joué le rôle de John Wayne dans L’homme qui ma Liberty Valance. Je m’explique.
C’était au mois de juillet. Mélinda avait trouvé un boulot de serveuse pour payer ses vacances en Croatie. La fille de gauche vivait en fonction de ses idées. Quand Melinda m’avait apporté une entrecôte, un indélicat lui avait fait un croche-pied. En la voyant s’étaler, il était parti d’un grand éclat de rire. Il n’était pas Liberty Valance, je ne suis pas l’homme qui tua Liberty Valance, mais comme John Wayne, j’avais dit: «C’était mon steak.»
Le type avait cessé de rire. Quand je lui ai mis mon poing dans la figure, une grosse partie du chemin était accomplie. Je veux dire la conquête de Melinda. C’était presque celle de l’Ouest, sauf que Mélinda est originaire du Sud, non loin d’Antibes. Le gérant avait rappliqué en courant, des clients étaient intervenus en ma faveur. J’avais aidé Mélinda à se relever et elle m’avait dit: «je vous remercie. Comment vous vous appelez? Marc.»
Elle avait hoché la tête. Le soir même, elle était dans mon lit à l’hôtel de la Poste. »

À propos de l’auteur
Journaliste et écrivain, François Cérésa dirige le mensuel Service littéraire après avoir été de longues années rédacteur en chef du Nouvel Observateur. Il a publié une trentaine de romans aussi bien historiques qu’intimistes, dont La Vénus aux fleurs (prix Paul-Léautaud), La femme aux cheveux rouges (prix Jean-Freustié) et Les amis de Céleste (prix Joseph Delteil). Il a reçu les prix Cabourg, Paul-Léautaud, Jean-Freustié, de la Littérature policière et Joseph-Delteil. Son dernier récit, Poupe, paru au Rocher en 2016, sélectionné pour le prix Essai Renaudot, a reçu le prix Louis Barthou de l’Académie française et le prix des Romancières. (Source : Éditions du Rocher)

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Jupe et pantalon

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Jupe et Pantalon
Julie Moulin
Alma éditeur
Roman
300 p., 18 €
EAN : 9782362791703
Paru en février 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en France, à Paris mais aussi en Moselle, avec des voyages vers des destinations plus lointaines telles que Bruxelles, Milan ou New York.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Avec l’alacrité d’un Almodóvar et le réalisme magique d’un Boulgakov, voici le récit d’une jeune femme moderne au bord de la crise de nerfs.
Où va-t-on ? Telle est la grande question que se posent Marguerite et Mirabelle. Voici trente ans que ces deux jambes portent A., jeune cadre pressée d’en faire toujours plus. Mais plus de quoi ? Travail, enfants, amour ? Marguerite et Mirabelle débattent de leur grande affaire – le destin d’A. – en compagnie des autres parties du corps : Camille le cerveau, Babette la paire de fesses, Boris et Brice les bras.
A. chute dans un aéroport, le mari s’en va, la cacophonie guette. Au bord de la crise de nerfs, la jeune femme découvre que son corps en sait plus qu’elle et décide de l’écouter.

Ce que j’en pense
***
Il faut certes un peu de temps pour s’habituer à ces personnages qui n’en sont pas, à Marguerite, Boris, Babette et les autres… Mais une fois enregistré le fait que les prénoms désignent les parties du corps de A., alors on s’amuse beaucoup avec ce concept. Voici donc Marguerite et Mirabelle (les jambes), Brice et Boris (les bras), Babette (les fesses) et Camille (le cerveau) qui s’invectivent, échangent des informations, tentent de se coordonner quand il ne se livrent pas des luttes de pouvoir. Ce qui nous vaut des interpellations du genre : «Camille, je t’en supplie, passe-moi Brice et Boris.»
Mais peut-être serait-il temps d’en venir à la «propriétaire» de ce corps. A., l’héroïne de ce livre, est une trentenaire au bord de la crise de nerfs. Cadre – très – dynamique, elle est toujours pressée, veut en faire en faire encore plus : «carrière brillante, mère accomplie ! Il y a tout de même un tablier qu’elle a rendu, celui de femme.» Encore quelques symptômes physiques, des poussées dépressives et un complexe de culpabilité plus loin et A. devient Agathe.
Nous voilà arrivés à ce moment de la vie où il faut rebondir pour ne pas s’enfoncer irrémédiablement, où il faut prendre conscience que Camille ne peut tout régenter et que sans le soutien de Marguerite et Mirabelle, de Brise et Boris et même de Babette, il devient impossible d’avancer.
Julie Moulin a trouvé une manière très originale de nous faire comprendre qu’il est essentiel de prendre conscience du corps avec lequel on vit et qu’il ne faut pas oublier de dialoguer avec lui, d’écouter ce qu’il nous dit. On peut aussi y lire une critique implicite des codes qui ont cours dans nombre d’entreprises, à commencer par les plus grandes, et qui imposent aux femmes bien davantage de règles et de diktats qu’à leurs collègues masculins. Dans ce milieu, il faut être parfaite faute de n’être rien du tout.
On est cependant plus dans la fable joyeuse que dans le réquisitoire et du coup, on prend un plaisir certain à suivre Agathe. Comme on prendra, j’en suis persuadé, le même plaisir en suivant le prochain roman de Julie Moulin. Une belle plume comme ça a sûrement plus d’un tour dans son sac !

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog L’Insatiable (Charlotte Milandri – Interview avec l’auteur)
Blog Le chat qui lit
Blog Les lecteurs de Martine
Le blog du petit carré jaune
Blog Les livres de Joëlle
Blog Domi C Lire
Blog Dans la bibliothèque de Noukette
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Les carnets d’Eimelle 
Blog d’Emilia & Jean 
Blog Fragments de lecture (Virginie Neufville)
Blog Anita et son bookclub
Blog Les battements de mon cœur (Albertine Proust)
Blog Laurie lit 
Blog Les lectures de Martine 
Blog Les jardins d’Hélène
Blog Les lectures de Lailai

Autres critiques
Babelio
Tribune de Genève (Marie Prieur)

Extrait
« A. se presse, comme d’habitude. Elle se moque bien de mes interrogations. Pas question d’arriver en retard. Elle revient de congé maternité ; il y a tout à prouver, encore. Babette se plaint : la valeur économique de sa contribution à l’effort nationale n’est pas reconnue. A. doit travailler au centuple et même se faire pardonner. Depuis deux mois, nous sommes tous en ordre de bataille derrière Camille, deux mois déjà que nous battons le pavé, de la maison au bureau, du bureau à la crèche, de la crèche à la maison… Et tout au pas de course! À peine une affaire résolue, Camille nous assigne une nouvelle tâche. Interdiction de flancher. Seulement, moi, j’en ai assez, je suis déjà sur les rotules. »

A propos de l’auteur
Julie Moulin est née en 1979 à Paris. Elle a beaucoup voyagé pour son travail et pour sa curiosité. De longs séjours professionnels à Moscou lui ont permis de se plonger dans la culture russe dont elle était éprise depuis ses études à Sciences Po. Après avoir aussi travaillé à New York et Genève, elle quitte le monde de la finance pour s’établir avec son mari et ses trois enfants dans le pays de Gex (Ain) où elle exerce des responsabilités politiques. Jupe et pantalon est son premier roman. (Source : Livres Hebdo)

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