Le Sorcier Blanc

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En deux mots
Seul dans les rues de Ouagadougou, un jeune mendiant essaie d’échapper aux coups en en donnant dans un ballon. Il devient gardien de but dans une équipe hétéroclite et ne tarde pas à se faire remarquer. Alors l’espoir de sortir de la misère et de la guerre le pousse à suivre un recruteur.

Ma note
★★★ (bien aimé)

Ma chronique

L’angoisse du gardien de but

Dans ce court et percutant roman, Mathieu Vivion raconte le quotidien d’un mendiant de Ouagadougou bien décidé à sortir de la misère grâce au football. Un rêve un peu fou dans un pays miné par la guerre civile.

Au Burkina-Faso, un jeune garçon assiste à un match de foot dans une rue de Ouagadougou. Lui qui erre dans les rues, constamment violenté, voit dans ce jeu l’occasion d’un répit. Mais encore faut-il se faire accepter par le groupe principalement constitué d’étrangers. Pour ce faire, il choisit le défi face à l’Espagnol qui semble être le leader du groupe: «Je veux que tu choisisses un côté et que tu frappes de toutes tes forces. Si je l’arrête, je joue. Si tu marques, je m’en vais. Et je te regarderai tirer dans le but vide si c’est ce que tu appelles football.» Malgré la force du coup de pied, il réussit à détourner la balle. Désormais il fait partie de l’équipe.
Les jours, puis les semaines qui suivent sont pour lui l’occasion de parfaire son jeu et de cultiver son amitié avec l’Espagnol. Ils rêvent de voir leur talent reconnu, leur chemin se parer de roses. Eux qui ont tant souffert. Qui frappaient pour oublier qu’ils étaient frappés.
Sur les bords du terrain improvisé, un détecteur de talents les repère. Ce sorcier blanc veut leur offrir une chance de poursuivre leur carrière dans de meilleures conditions. Il veut aussi faire de l’argent et pour ça, tous les moyens sont bons. Pour le Burkinabé sans papiers – et même sans prénom –, la chance de réussir est infime. Car les places sont chères et il n’y aura que peu d’élus. Mais la seule chose qui continue à le tenir debout, à le faire vivre, c’est l’espoir.
Et il lui faut sacrément en avoir dans un pays où la pauvreté se dispute avec la guerre civile, où les armes automatiques parlent pour une broutille, un regard mal placé. Alors les «cris de joie laissent place à des gémissements de douleur. (…) Aucun témoin pour les entendre. La guerre laisse ceux de la rue mourir dans la rue. Elle les exécute sommairement comme des arbres qu’on abat sans remords. La sève gicle. Le sang coule. Et le sol absorbe tout. Il absorbe tout jusqu’à ce que poussent d’autres arbres qui dissimuleront d’autres corps qui nourriront à leur tour la terre maudite.»
On l’aura compris, Mathieu Vivion ne raconte pas une nouvelle histoire de footballeur devenu star planétaire. Il dresse plutôt un réquisitoire amer face à ce business comme un autre qui souvent s’affranchit des règles et fait payer aux jeunes talents le prix des espoirs qu’ils suscitent. La belle épopée vire alors au drame et les «agents de joueurs» n’ont plus rien à envier aux passeurs de migrants. Un premier roman-choc qui explore les côtés sombres d’un trafic qui n’est sans doute pas prêt d’être endigué. Une FIFA digne de ce nom s’emparerait d’un tel dossier, mais elle préfère les millions du Qatar…

Le sorcier blanc
Mathieu Vivion
Les Éditions du Panseur
Premier roman
128 p., 14,50 €
EAN 9782490834129
Paru le 12/01/2023

Où?
Le roman est situé principalement au Burkina-Faso, principalement à Ouagadougou.

Quand?
L’action se déroule de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Il arrive que les plus grandes tragédies se jouent sur un bout de rue maquillé à la craie…
Des ruelles poussiéreuses de Ouagadougou aux pelouses des terrains de football européens, il n’y a qu’un pas, celui de l’espoir. Mais l’espoir peut rapporter gros à celui qui sait y faire: il suffit d’un peu de magie pour enfermer dans le creux de ses mains une armée de gamins qui rêvent d’étoiles brodées d’or.
Par dizaines, le Sorcier Blanc les tient sous sa semelle, monnayant leurs espérances comme leur vie. Jusqu’au jour où un jeune gardien de but abandonne tout désir de gloire pour faire équipe, et ose se dresser face à l’emprise du Sorcier Blanc.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com

Les premières pages du livre
« Il frappait lui aussi.
Il frappait les murs des maisons qu’il ne possédait pas.
Il frappait les vitres en évitant d’y croiser son reflet.
Il frappait le sol pour le couvrir de son sang, et ceux allongés dessus pour que s’y mêle le leur, croyant qu’un peu de leur richesse volée le rendrait noble.
Il frappait par choix, comme si c’était commun, puisque mendier n’en était pas un.
Il mendiait.
Il se rappelait tendre les doigts dans les rues de la grande ville, et ployer les genoux pour se faire plus petit. Il était persuadé qu’en relevant soudainement la tête, il marquerait les gens par sa taille et sa révolte, que c’était ce genre de surprise dont ils étaient friands. Qu’ils le récompenseraient d’avoir été tant épatés, et qu’une main, peut-être se sentant plus utile que la sienne tant crispée vers le ciel de Ouagadougou, le saisirait par le corps et l’arracherait des pavés.
Et pour cela, il était frappé.
Il était battu parce qu’il ne possédait rien.
Les autres frappaient ses yeux boursouflés, surpris qu’il puisse encore les ouvrir, et confus d’y trouver tout ce à quoi ils ne voulaient pas ressembler. Ils allongeaient simplement son corps sur le sol et se contentaient de l’assommer. Du sang inondait sa bouche à cet instant. Ce n’était pas le leur. Ils auraient été trop honteux de le mêler au sien, de lui faire goûter l’hérédité précieuse: ici, les pauvres et les riches ne prennent ô grand jamais le risque de donner naissance à un bâtard.
Puis ils l’achevaient en lui jetant une pièce sur la joue, froide sensation signant à la fois leur œuvre et la fin du massacre.
Ne restait que ses mains tremblantes. Inertes. Incapables. Que pouvait-il en faire? On lui avait dit, répété à outrance comme une malédiction qui s’acharne de corps en corps, qu’il n’en ferait rien. Qu’il n’y avait rien à espérer.
Il espérait.
Il croyait à des rêves insensés et en des façons folles de les réaliser. Le football tissait le lien étroit qui pouvait exister entre la pauvreté qu’il vivait et les acrobaties fines qu’il lui fallait effectuer afin de s’en dépêtrer.
*
C’était le soir et c’était le matin, c’était même toutes les minutes d’un après-midi quelconque et sans fin. C’était la route qu’il empruntait et qui, sans la moindre surprise, ne le mènerait nulle part.
C’était surtout d’autres enfants qui jouaient, là, sur un bout de rue maquillé à la craie.
Ceux-là, il leur suffisait souvent d’un ballon crevé et d’un t-shirt troué posé sur une bouteille en plastique pour s’imaginer des forteresses imprenables. Et lui prenait alors l’habitude, le plaisir, le temps de voir les gamins s’animer en starlettes rapiécées d’un quartier trop avide de blasons à décorer.
Si quelques heures passées à observer le monde sont une richesse en soi, se disait-il, alors je suis riche de ce temps-là. Car, au fond, le trésor posé à même le sol, et qu’il avait l’impression de toucher du bout des yeux, était probablement celui-ci: à tant crier leur joie commune, ces gamins portaient, là, la voix de son innocence perdue.
Tous affichaient les tuniques populaires des clubs dont ils se voyaient être les idoles futures, autant d’étoiles sur leur maillot qu’ils croyaient brodées d’or et sur lesquelles se reflétaient le soleil puis la lune. Tant de noms célèbres floqués à même leur dos, parfois le leur, pour ceux espérant gagner l’admiration bruyante des riverains. Et ils y tenaient, cela se voyait à la façon qu’ils avaient d’essuyer la moindre poussière qui s’y apposait.
Tous reproduisaient ce qu’ils avaient aperçu au travers d’une télévision saturée, petit écran posté en haut de l’étagère brinquebalante du café le plus proche, mimant les joueurs jusque dans leurs stéréotypes les plus tenaces, Ils savaient cela par cœur.
L’Espagnol, technique, dribblait l’Italien truqueur, fulminant ses mimiques et les faux cris de douleur. Le Français, travailleur, faisait guerre à l’Allemand, et tous deux, à l’honneur, tâchaient de déterminer lequel serait le plus athlétique. Ils maudissaient l’Anglais et son rire moqueur, lui qui jonglait dans son coin, se pensant poétique, et qui n’accourait que lorsque l’action lui plaisait.
Tous n’avaient en réalité pour pays que la sensation du polyester rêche sur leurs peaux irritées, comme s’il valait mieux afficher la fierté de promouvoir l’ailleurs que celle d’être né ici. Et en martelant leur sol et leur terre du bout de leurs chaussures aux crampons aiguisés, peut-être lui faisaient-ils savoir qu’ils seraient prochainement tentés de la renier.
Il fallait alors voir l’unique Burkinabé, un peu timide aux premières heures à l’idée de croiser leur regard, pensant n’appartenir ni au matin ni bien au soir, ni même à aucun de ces coins de rue. Puis il fallait le voir hurler après les allers-retours, à la ville en secret, à la rue sans recours, malgré sa gueule cassée, suppliciée du centre jusqu’aux pourtours, malgré la peur typique à se lier d’amitié. Il fallait le voir encourager ces stars faisant vivre le quartier comme si lui-même ne venait pas d’ici. Comme si lui-même avait compris que cette terre pouvait être le berceau des génies de demain, et qu’il n’y avait pas besoin de s’en éloigner pour en admirer l’unicité.

Extrait
« La guerre avait ôté son maillot couleur ciel, troqué contre cet uniforme boueux aux flocages absents et aux étoiles souillées. Elle avait mis dans ses mains l’arme qui lui avait permis de défaire l’existence. Elle avait mis face à lui celle qui enleva la sienne. Le Burkinabé regarda furtivement les doigts toujours serrés sur la gâchette. Il était pris par la crainte de trop s’attarder, de hurler un ami disparu; ces après-midis quelconques à regarder jouer une vie, et qui risquaient de s’éteindre lentement, les cris de joie laissant place à des gémissements de douleur. Personne. Aucun témoin pour les entendre. La guerre laisse ceux de la rue mourir dans la rue. Elle les exécute sommairement comme des arbres qu’on abat sans remords. La sève gicle. Le sang coule. Et le sol absorbe tout. Il absorbe tout jusqu’à ce que poussent d’autres arbres qui dissimuleront d’autres corps qui nourriront à leur tour la terre maudite. » p. 87

À propos de l’auteur
VIVION_MathieuMathieu Vivion © Photo DR

Franco-Algérien né en 1991, Mathieu Vivion découvre son appétit pour l’écriture sur les bancs de l’école Supérieure de Journalisme de Paris.

Par sa rencontre avec les œuvres de Jean-Luc Lagarce, Kae Tempest ou encore Wajdi Mouawad, nait le goût de dire et de disséquer avec précision et un peu d’absurdité les dérives de notre société.

Oscillant sur plusieurs fils tissés par la littérature, le théâtre et la scène alternative, Mathieu Vivion cherche le raffinement autant que la percussion, équilibre complexe mais, comme il le dit : s’il tombe, ce sera pour mieux retourner le monde.

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Un printemps 76

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Un printemps 76
Vincent Duluc
Stock
Roman
216 p., 18 €
ISBN: 9782234079687
Paru en janvier 2016

Où?
Le roman se déroule principalement à Saint-Etienne, mais également à Bourg-en-Bresse d’où est originaire le narrateur, à Mézériat, à Autun, ou encore le temps d’une escapade à Etaules en Charente-Maritime. Lyon, l’éternelle rivale de Saint-Etienne, ne pouvait manquer à cette histoire, pas plus que les villes européennes où l’équipe de foot à joué comme Split en Croatie, Kiev en Ukraine, Eindhoven aux Pays-Bas et Glasgow en Écosse, sans oublier les destinations plus exotiques telles que Lahti en Finlande, Pitesti en Roumanie, Stömsgodset en Norvége et Zabrze en Pologne.

Quand?
L’action se situe dans les années 70, avec en point d’orgue la finale de la coupe d’Europe perdue en mai 1976.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Grandir dans ma province avec Saint-Étienne juste à côté, en 1976, c’était habiter Naples au pied du Vésuve, c’était savoir que le cœur de l’univers avait soudain été déplacé, qu’il se rapprochait de nous mais sans nous inclure, et c’est pour cela que l’on se levait, pour voyager, franchir la frontière et ressentir l’appartenance au monde.
Là-bas, juste à côté, Saint-Étienne avait les Verts, la ville avait cette fièvre, un pays venu prendre son pouls, et sous ses yeux la classe ouvrière mourait en chantant “Qui c’est les plus forts ?”».

Ce que j’en pense
***
Il y a des livres que vous rêvez de lire et que vous appréhendez d’ouvrir le jour où ils paraissent. Pour tous ceux qui, comme l’auteur, on vibré durant leur jeunesse aux exploits de l’équipe de foot de Saint-Etienne, il semblait évident que l’épopée des verts méritait d’être contée. Mais l’entreprise est périlleuse, car chacun des acteurs – et surtout des spectateurs – construit son propre mythe, sa propre histoire et entend ne pas être trahi.
Vincent Duluc a su fort adroitement éviter cet écueil en nous offrant le témoignage d’un jeune garçon de Bourg-en-Bresse dont la vie a sans doute basculé un jour à cause ou plutôt grâce à onze garçons à peine plus vieux que lui qui lui ont prouvé que le rêve était à portée de main. « Sans cette grande affaire, sans ce feuilleton haletant aux épisodes espacés qui apprenaient le désir par la rareté et la frustration, la thématique d’une éducation judéo-chrétienne dans les années 70, il ne serait resté que l’envie de passer à la suite le plus vite possible, de tenir dans l’heure les promesses de plus tard, de vérifier chaque matin devant la glace que l’on était en train de grandir er que l’évasion serait pour bientôt.»
La première vertu de ce court roman qui se lit très agréablement, est d’avoir fort bien su restituer le football de cette époque. On est alors bien loin de la manière actuelle de pratiquer la discipline, mais aussi bien loin des énormes enjeux qui entourent la discipline sportive la plus populaire du monde. Dans les années 70, un monde sans portable et sans internet, la vie en province se résumait pour beaucoup à quelques sorties, histoire de varier le plaisir qu’on pouvait alors avoir devant Champs Elysées, quand Michel Drucker accueillait Michèle Torr, Julien Clerc ou encore Nicoletta.
Pour les Français moyens, « la vie réelle avait besoin d’une allégorie qui donne un sens à leurs douleurs, et c’est ainsi qu’ils scrutaient les Verts, quêtant le labeur, suspectant une indolence. Les joueurs aux pieds carrés et aux maillots trop propres, la foule les envoyait à la mine. » À l’époque, le football était surtout l’affaires des «populaires», comme on appelait alors la grande tribune du stade.
Ou encore plus précisément pour les ouvriers Stéphanois qui descendaient à la mine ou travaillaient pour Manufrance, il fallait «passer le dimache après-midi au stade pour oublier que l’on est exploité et que l’on mourra fatigué.»
Ceux qui s’attandent à trouver un résumé circonstancié des grandes joutes sportives en seront pour leur frais. Le récit se fait ici à hauteur d’hommes. Plutôt que la grande équipe, ce sont les destins individuels qui se rassemblent ici pour former une aventure humaine hors du commun. Les petits secrets des Janvion , Piazza, Revelli, Santini, Bathenay, Curkovic, Larqué sont révélés, sans oublier ceux du très discret « Cht’i » Christian Synaeghel – que beaucoup ont sans doute oublié – ni du très médiatique ange vert Dominique Rocheteau qui doit sans doute à sa confiance aveugle en son kiné et ami Gérard Florissier d’avoir pu être sur la pelouse de Glasgow le 12 mai 1976.
Dans cette galerie de portraits, on n’oubliera ni l’entraineur Robert Herbin, ni le président Roger Rocher qui sont, chacun à leur place, deux autres incarnations de l’ascenseur social.
Enfin, et pour boucler la boucle, on retrouve les médias. À une époque où les journalistes sportifs passaient vraiment leur vie «aux côtés de ceux qui vivent leurs plus beaux jours (…) et s’ils ne s’en doutent pas il ne faut rien leur dire, l’ignorance leur est une nécessaire innocence.»
Si on peut être un peu nostalgique de cette époque, c’est sans doute d’abord pour cela : la fin de l’innocence. Oui, l’été 76 est bien loin. Trop loin !

Autres critiques
Babelio
Libération (Christophe Alix)
Télérama (Laurent Rigoulet)
Un livre, un jour (Olivier Barrot)
Blog A l’ombre du noyer
Blog Miscellanées balades littéraires

Extrait
Les premières pages du livre

A propos de l’auteur
Vincent Duluc est l’auteur, chez Stock, d’un premier roman très remarqué et salué par la presse : George Best, le cinquième Beatles. Il est le leader de la rubrique football de L’Équipe et intervient régulièrement en tant que consultant sur L’Équipe 21, RTL et i-Télé. (Source : Editions Stock)

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