« Ni victime, ni coupable, ni sainte… » 

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En deux mots:
Vous croyez lire la reconstitution de l’affaire Patricia Hearst, vous suivez la trace d’une enseignante à l’université et de son assistante et vous découvrez un roman sur les choix qui nous guident, sur les rencontres qui nous construisent.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

« Ni victime, ni coupable, ni sainte… » 

 

S’appuyant sur l’affaire Patricia Hearst qui a tenu l’Amérique du milieu des années 70 en haleine, Lola Lafon nous offre une profonde réflexion sur le libre-arbitre et sur ces rencontres qui transforment une vie.

Refermant Mercy, Mary, Patty, on se sait trop s’il faut d’abord admirer la virtuosité narrative, la mise en perspective d’un fait divers ô combien exemplaire ou l’astucieuse construction de ce roman qui nous permet de confronter des opinions sans que jamais une version ne s’impose à nous. Ce qui est en revanche certain, c’est que le cas Patricia Hearst est tout aussi passionnant que le cas Nadia Comaneci mis en perspective dans La Petite Communiste qui ne souriait jamais.
Petit rappel historique : Patricia est la petite-fille de William Randolph Hearst, le magnat le plus emblématique de la presse (c’est lui qui inspirera Orson Welles pour Citizen Kane). Le 4 février 1974 elle est enlevée sur le campus de Berkeley par un groupe de jeunes révolutionnaires réunis sous la bannière de l’armée de libération symbionaise (ALS). En guise de rançon, ils réclament le versement de nourriture pour un montant de 70 dollars à tous les pauvres de la côte Est.
Mais ce qui donnera à ce kidnapping une aura retentissante, c’est que quinze jours plus tard Patricia prendra fait et cause pour ses ravisseurs, déclare désormais s’appeler Tania et ira même jusqu’à perpétrer un hold-up avec ses ex-geôliers. Elle sera arrêtée deux mois plus tard, jugée et condamnée à sept ans de prison, avant d’être grâciée par le président Jimmy Carter. Au terme de deux années d’incarcération, elle épousera son gardien de prison et se lancera dans une carrière cinématographique.
Mais Lola Lafon prend ses distances avec cette histoire, à la fois en laissant le temps s’écouler et en centrant son récit non sur les témoins de l’affaire, mais sur des personnes chargées d’apporter leur concours à la justice.
En 1975, en vue du procès, on demande à Gene Neveva, une universitaire installée dans le Sud-Ouest de la France, d’éclairer la Cour sur le profil de l’accusée, car elle est spécialiste de la psychologie des captives. Pour la seconder, elle va réclamer le concours d’une étudiante dont le mandat sera tout sauf simple : « Vous avez quinze jours pour trouver dans le carton débordant de photocopies de quoi rédiger une expertise qui innocentera cette gamine autour de laquelle la presse américaine s’affole à l’approche de son procès. Quinze jours pour trancher, qui est la vraie Patricia, une marxiste terroriste, une étudiante paumée, une authentique révolutionnaire, une pauvre petite fille riche, héritière à la dérive, une personnalité banale et vide qui a embrassé une cause au hasard, un zombie manipulé, une jeune fille en colère qui tient l’Amérique dans le viseur. » Parmi les prétendantes, elle optera pour Violaine, la plus sage et la plus effacée.
C’est à une narratrice partie aux Etats-Unis sur les pas de cette professeur d’université que l’auteur va confier le récit écrit à la seconde personne du pluriel : « Je vous suppose entre vos lignes, dans Mercy Mary Patty je cherche celle que Violaine m’a dépeinte. » Une forme qui permet de confronter les opinions, de changer d’angle du vue, voire de contrebalancer les arguments. Si la famille Hearst entend «sauver» Patricia en engageant une personne qui démontrera qu’elle n’avait plus son libre-arbitre, qu’elle avait subi une sorte de lavage de cerveau, Violaine n’a d’autre mandat que d’analyser et de rédiger des fiches. Mais sa rencontre avec Gene autant que celle qu’elle fera par procuration avec Patricia vont la pousser dans une direction opposée. Et si ce qu’écrit Patricia était vrai ? Et s’il fallait donner du crédit à cette version que fait de l’héritière une captive dans sa famille trouvant sa liberté avec ses ravisseurs?
On pourra voir, comme dans une dissertation de philosophie, la thèse développée par Gene, l’antithèse confiée à Violaine et la synthèse confiée à la narratrice.
Loin d’être une biographie d’une fille riche ou un roman sur l’affaire Patricia Hearst, c’est à une vraie réflexion sur la liberté que Lola Lafon nous invite. Quel est le poids du milieu social dans nos choix, y-a-t-il une autre voie possible? Ne sommes-nous pas d’abord le fruit de nos rencontres ? Notre conscience politique, notre conscience critique ne se développe-t-elle pas avec les expériences que nous vivons? L’auteur nous laissera juges en proclamant dans le préambule du livre que Gene publiera sous le titre Mercy Mary Patty : « On ne trouvera dans ces pages ni victime, ni coupable, ni sainte, martyre ou héroïne révolutionnaire. » À moins que…

Mercy, Mary, Patty
Lola Lafon
Éditions Actes Sud
Roman
240 p., 19,80 €
EAN : 9782330081782
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule aux Etats-Unis et en France, dans un village des Landes.

Quand?
L’action se situe de 1974 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
En février 1974, Patricia Hearst, petite-fille du célèbre magnat de la presse William Randolph Hearst, est enlevée contre rançon par un groupuscule révolutionnaire dont elle ne tarde pas à épouser la cause, à la stupéfaction générale de l’establishment qui s’empresse de conclure au lavage de cerveau.
Professeure invitée pour un an dans une petite ville des Landes, l’Américaine Gene Neveva se voit chargée de rédiger un rapport pour l’avocat de Patricia Hearst, dont le procès doit bientôt s’ouvrir à San Francisco. Un volumineux dossier sur l’affaire a été confié à Gene. Pour le dépouiller, elle s’assure la collaboration d’une étudiante, la timide Violaine, qui a exactement le même âge que l’accusée et pressent que Patricia n’est pas vraiment la victime manipulée que décrivent ses avocats…
Avec ce roman incandescent sur la rencontre décisive de trois femmes “kidnappées” par la résonance d’un événement mémorable, Lola Lafon s’empare d’une icône paradoxale de la “story” américaine pour tenter de saisir ce point de chavirement où l’on tourne le dos à ses origines. Servi par une écriture incisive, Mercy, Mary, Patty s’attache à l’instant du choix radical et aux procès au parfum d’exorcisme qu’on fait subir à celles qui désertent la route pour la rocaille.

« Faire un pas de côté et laisser à l’actualité ses conclusions, s’en remettre à la fiction, aux lignes droites préférer le motif du pointillé, ces traces laissées par Mercy Short, Mary Jamison et Patricia Hearst que je découvre lors d’une résidence à Smith College, Massachusetts.
Elles ont dix-sept ans en 1690, quinze ans en 1753 et dix-neuf ans en 1974. Leur point commun : elles choisissent de fausser compagnie au futur étroit qu’on leur concoctait et désertent leur identité pour en embrasser une nouvelle, celle des «ennemis de la civilisation» de leur époque, les Natifs américains pour les deux premières, un groupuscule révolutionnaire pour la troisième.
La rencontre est au centre de Mercy, Mary, Patty, la mienne et celle de mes personnages, Violaine et Gene Neveva, avec celle qui, en 1975, tourna brièvement le dos au capitalisme pour se rallier à la cause de ses ravisseurs marxistes: Patricia Hearst.
Sa voix rythme le récit, défait les territoires idéologiques et dévoile l’envers de l’Amérique, elle porte en elle une question qui se transmet de personnage en personnage, question-virus qui se transforme en fonction du corps qui l’accueille: que menacent-elles, ces converties, pour qu’on leur envoie polices, armées, prêtres et psychiatres, quelle contagion craint-on?
Patricia Hearst met à mal toute possibilité de narration omnisciente, à son épopée ne conviennent que des narrations multiples.
Si mon précédent roman interrogeait la façon dont les systèmes politiques s’affairent autour des corps de jeunes filles, Mercy, Mary, Patty s’attache à l’instant du chavirement, du choix radical et aux procès qu’on fait subir à celles qui désertent la route pour la rocaille, des procès similaires sur trois siècles, au parfum d’exorcisme. Mercy, Mary, Patty est semé du sable des Landes où se déroule le récit, ses grains minuscules enrayent la fiction d’un monde «civilisé» auquel on se devrait de prêter allégeance. » L. L.

Autres critiques
Babelio
20 Minutes (2 minutes pour choisir)
France Culture (émission «Par les temps qui courent» – Marie Richeux)

Les premières lignes:
« Vous écrivez les jeunes filles qui disparaissent. Vous écrivez ces absentes qui prennent le large et l’embrassent sans en trier le contenu, élusives, leur esprit fermé aux adultes. Vous interrogez notre désir brutal de les ramener à notre raison. Vous écrivez la rage de celles qui, le soir, depuis leur chambre d’enfant, rêvent aux échappées victorieuses, elles monteront à bord d’autocars brinquebalants, de trains et de voitures d’inconnus, elles fuiront la route pour la rocaille.
Mercy Mary Patty, votre ouvrage publié en 1977 aux Etats-Unis, leur est dédié, qui vient d’être réédité, augmenté d’une préface signée par vous et d’une courte note de l’éditeur. Il n’est pas encore traduit en France. Il se termine par des remerciements ainsi que votre biographie, depuis l’obtention de vos diplômes en littérature américaine, histoire et sociologie jusqu’aux postes que vous avez occupés: Chicago University 1973, collège des Dunes, France, 1974-75, lectrice à l’université de Bologne en 1982 et enfin Smith College, Northampton Massachussets. Des articles parus ces derniers mois dans la presse universitaires soulignent l’importance de vos recherches, les magazines s’interrogent sur ce qu’ils appellent votre « retour en grâce ». Le New Yorker vous consacre deux colonnes : « Une théorie controversée : Gene Neveva et ses jeunes filles chavirées, de Mercy Short en 1690 à Patricia Hearst en 1974. »
Le libraire de Northampton glisse votre livre dans une pochette de papier brun, il se montre curieux de mon choix, l’affaire Hearst est de l’histoire ancienne, vous venez d’Europe n’est-ce-pas, vous avez votre lot de jeunes filles toxiques en ce moment, celles-là qui affichent leur allégeance à un Dieu comme on s’amourache d’un acteur, Marx, Dieu, question d’époque… Vous êtes étudiante à Smith College je parie, continue-t-il, si vous cherchez à rencontrer l’auteure, son numéro de téléphone est dans l’annuaire des professeurs.
Mais je ne vous cherche pas. Votre bureau est au premier étage du bâtiment devant lequel je passe chaque matin mais ça n’a pas d’importance car je ne vous cherche pas, je vous suppose. Au librairie j’explique la raison de ma présence ici, je prononce votre nom, je raconte, je dis Mme Neveva comme si vous étiez à nos côtés et que vous m’en imposiez, je dis Neveva à la façon de vos élèves françaises qui vous vénéraient et dont je n’ai pas été, Neveva Gene arrivée dans une petite ville du Sud-Ouest au mois de janvier 1974, jeune enseignante qui à l’automne 1975 punaise à la hâte une feuille de papier dans les deux boulangeries de la ville, cherche étudiante très bon niveau d’anglais oral et écrit, job temps plein d’une durée de quinze jours. Adultes s’abstenir. URGENT.»

À propos de l’auteur
Née en 1974 dans le Nord de la France, Lola Lafon a grandi en Bulgarie, puis dans la Roumanie de Ceausescu que ses parents choisissent de fuir à la fin des années 1980. Outre des études d’anglais, elle se passionne pour la danse, le théâtre et la musique. Elle fonde d’ailleurs un groupe en 2000, Leva, avec lequel elle enregistrera un album très remarqué. En 2003, Lola Lafon se distingue avec la parution de son premier roman, Une fièvre impossible à négocier (Babel n°1405). Cette militante féministe, qui fréquenta un temps les squats, signe d’autres ouvrages parmi lesquels Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce (Babel n°1248) et La petite communiste qui ne souriait jamais (Babel n°1319). Cette évocation romanesque de la vie de la gymnaste Nadia Comaneci lui vaudra un grand succès en librairie, de nombreuses traductions et une flopée de récompenses.
Dans le domaine musical, Lola Lafon compte deux albums à son actif : Grandir à l’envers de rien (Label Bleu / Harmonia Mundi, 2006) et Une vie de voleuse (Harmonia Mundi, 2011). (Source : Éditions Actes Sud / Lire)
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La Maison des Turner

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Voici trois bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que l’on retrouve avec ce roman les belles sagas populaires, avec le portrait d’une famille de treize enfants tout au long du dernier demi-siècle qui vient de s’écouler jusqu’à la dernière grave crise économique de la fin des années 2000.

2. Parce que, comme l’écrit «MadameOurse», « c’est un récit de fratrie, d’amour, d’amitié, de condition sociale, d’héritage. Les relations dans cette grande fratrie sont complètement différentes de ce qui peut exister dans une famille traditionnelle avec moins d’enfants car il y a énormément d’interactions à gérer et c’est ça qui fait la touche spéciale du roman. »

3. Parce que nous sommes loin de l’eau de rose. Tout au contraire l’auteur aborde tous les sujets – difficiles – sans tabou : l’alcoolisme, la drogue, la dépendance au jeu, sans oublier pour une famille afro-américaine les tensions entre la communauté et la police, les problèmes économiques ainsi que le rapport à la religion.

La maison des Turner
Angela Flournoy
Éditions Les Escales
Roman
traduit de l’anglais (États-Unis) par Anne-Laure Tissut
352 p., 21,90 €
EAN : 9782365692014
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Cela fait plus de cinquante ans que la famille Turner habite Yarrow Street, rue paisible d’un quartier pauvre de Detroit. La maison a vu la naissance des treize enfants et d’une foule de petits-enfants, mais aussi la déchéance de la ville et la mort du père.
Quand Viola, la matriarche, tombe malade, les enfants Turner reviennent pour décider du sort de la maison qui n’a désormais plus aucune valeur, la crise des subprimes étant passée par là.
Garder la maison pour ne pas oublier le passé ou la vendre et aller de l’avant ? Face à ce choix, tous les Turner, de Cha-Cha, le grand frère et désormais chef de famille, à Lelah, la petite dernière, se réunissent. Et s’il fallait chercher dans les secrets et la mythologie familiale pour trouver la clef de l’avenir des Turner et de leur maison ?

Les critiques
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Jeune Afrique (Nelly Fualdes)
Blog La rousse bouquine
Blog Café Powell 
Blog Carobookine
Blog A Domi mots 
Blog Totalybrune 
Blog Dans ma liseuse hyperfertile 
Blog Voyages au fil des pages

Les premières pages du livre

Extrait
« La lumière du jour qui inondait le salon l’arrêta sur le palier du rez-de-chaussée. Lelah savait que presque tout le mobilier de la maison avait été partagé, à l’exception du vieux lit et de la commode, dont personne n’avait voulu. Elle n’avait jamais songé que les murs eux aussi seraient dépouillés. Des dizaines de silhouettes marron – ovales et rectangulaires – indiquaient sur le papier peint jaune l’emplacement de photos encadrées. Il n’y avait pas si longtemps, chaque descendant de Francis et de Viola Turner vous souriait depuis les murs du salon. Quatre générations, presque une centaine de visages. Certains coiffés afro, d’autres Jehri curl, quelques chauves, davantage de dégarnis. Toques de fac, blouses d’infirmières, ventres replets et robes de mariée. »

À propos de l’auteur
Diplômée de Iowa Writers’ Workshop et de l’Université de Californie du Sud, Angela Flournoy a enseigné à l’Université de l’Iowa, à la The New School et à l’Université Columbia. La maison des Turner (The Turner House, 2015), son premier roman, a obtenu le First Novelist Award. (Source : Éditions Les Escales)

Site internet de l’auteur (en anglais)
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Le sympathisant

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Voici trois bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que ce roman arrive sur le marché français avec une solide réputation. Il a déjà été couronné par le Prix Pulitzer 2016, le Prix Edgar du Meilleur Premier Roman 2016 et a été finaliste du prix PEN/Faulkner.

2. Parce que, comme l’a expliqué Viet Thanh Nguyen a Sophie Joubert, le livre est basé sur une très solide documentation: « Je lis sur la guerre du Vietnam depuis que je suis très jeune et mes recherches universitaires portent aussi là-dessus. Quand j’ai commencé le roman, j’avais l’essentiel de la documentation. J’ai seulement eu besoin de compléments sur les sujets que je connaissais mal, la chute de Saïgon, le tournage d’ « Apocalypse Now », les opérations de la police secrète et les actes de torture. Souvent, les détails étaient bien plus forts que tout ce qu’on aurait pu imaginer. »

3. Parce que le Washington Post en donne un saisissant résumé: « Nguyen, qui est né au Vietnam et a grandi aux États-Unis, fait de l’histoire désespérée d’un expatrié un thriller cérébral, qui s’attaque aux dilemmes existentiels de notre époque. D’abord instructive et dangereusement candide, la narration prend la forme d’une confession, écrite et sans cesse réécrite, dans une cellule d’isolement. Le capitaine emprisonné se remémore sa fuite auprès du général sud-vietnamien et son intrusion dans la communauté de réfugiés installée près de Los Angeles. De là, il continue d’espionner les infatigables soldats qui s’évertuent à bâtir un plan chimérique pour libérer leur pays natal des communistes. »

Le sympathisant
Viet Thanh Nguyen
Éditions Belfond
Roman
traduit de l’anglais (États-Unis) par Clément Baude
504 p., 23,50 €
EAN: 9782714475657
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
À la fois fresque épique, reconstitution historique et oeuvre politique, un premier roman à l’ampleur exceptionnelle, qui nous mène du Saigon de 1975 en plein chaos au Los Angeles des années 1980. Saisissant de réalisme et souvent profondément drôle, porté par une prose électrique, un véritable chef-d’œuvre psychologique. La révélation littéraire de l’année.
Je suis un espion, une taupe, un agent secret, un homme au visage double.
Ainsi commence l’hallucinante confession de cet homme qui ne dit jamais son nom. Un homme sans racines, bâtard né en Indochine coloniale d’un père français et d’une mère vietnamienne, élevé à Saigon mais parti faire ses études aux États-Unis. Un capitaine au service d’un général de l’armée du Sud Vietnam, un aide de camp précieux et réputé d’une loyauté à toute épreuve.
Et, en secret, un agent double au service des communistes. Un homme déchiré, en lutte pour ne pas dévoiler sa véritable identité, au prix de décisions aux conséquences dramatiques. Un homme en exil dans un petit Vietnam reconstitué sous le soleil de L.A., qui transmet des informations brûlantes dans des lettres codées à ses camarades restés au pays. Un homme seul, que même l’amour d’une femme ne saurait détourner de son idéal politique…
SYMPATHISANT n. m. : personne qui approuve les idées et les actions d’un parti sans y adhérer.

Les critiques
Babelio 
L’Humanité (Sophie Joubert – entretien avec l’auteur)
BibliObs (Doan Bui – entretien avec l’auteur)
En attendant Nadeau (Steven Sampson – entretien avec l’auteur)
Les lettres françaises (Jean-Oierre Han)
La Grande parade (Serge Bressan)
Blog Ça va mieux en l’écrivant
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Première partie de l’entretien avec Viet Thanh Nguyen pour la sortie de son livre Le sympathisant © Production La fringale culturelle


Seconde partie de l’entretien avec Viet Thanh Nguyen pour la sortie de son livre Le sympathisant © Production La fringale culturelle

Les premières pages du livre
« Je suis un espion, une taupe…un homme à l’esprit double…le mois dont je parle c’est le mois d’avril, le plus cruel de tous…un avril qui changea tout pour les habitants de notre petite partie du monde et rien pour la plupart des habitants du reste du monde ». Ces quelques lignes extraites de la première page plongent le lecteur dans le chaos de Saïgon à la fin avril 1975, quelques heures avant la prise de la ville par les communistes. L’introduction est magistrale, la suite est à l’avenant; de la constitution de la liste des 92 élus qui vont pouvoir s’échapper (« chaque nom que je rayais me faisait l’effet d’une condamnation à mort ») jusqu’à l’embarquement final, quatre ans plus tard, parmi les « boat people » en passant par Hollywood, Le Sympathisant nous entraine avec ses amis, sa famille, ses collègues militaires vietnamiens et américains, ses victimes et ses bourreaux à partager son parcours dans « cette expérience qu’ils appellent sans rire la Guerre Froide. »

Extrait
« Nous sommes tous présumés coupables, comme l’ont démontré les Américains eux-mêmes. Sinon pourquoi soupçonneraient-ils tout le monde d’appartenir au Vietcong ? Pourquoi tireraient-ils d’abord et poseraient-ils des questions après ? Parce que, pour eux, tous les Jaunes sont présumés coupables. Les Américains sont un peuple déboussolé parce qu’ils ne peuvent pas admettre cette contradiction. Ils croient en un univers où règne la justice divine, où l’espèce humaine est coupable de péché, mais ils croient aussi en une justice séculière dans laquelle les êtres humains sont présumés innocents. Or on ne peut pas avoir les deux à la fois. Et vous savez comment les Américains se débrouillent avec ça ? Ils font mine d’âtre éternellement innocents, peu importe le nombre de fois où ils perdent leur innocence. Le problème, c’est que ceux qui protestent de leur innocence pensent que tout ce qu’ils font est juste. Nous, au moins, qui croyons à notre propre culpabilité, nous savons de quels méfaits nous sommes capables. »

À propos de l’auteur
Viet Thanh Nguyen est né au Vietnam en 1971. Après la chute de Saigon, il fuit le pays avec toute sa famille et rejoint les États-Unis en cargo, comme des milliers de boat people. D’abord réfugiés dans un camp en Pennsylvanie, les Nguyen s’établissent en Californie.
Étudiant diplômé de Berkeley, Viet Thanh Nguyen devient professeur à l’université South California et entame en parallèle l’écriture de son premier roman, Le Sympathisant, qui s’impose dès sa sortie comme un immense succès critique et commercial. Finaliste des plus grands prix littéraires, dont le PEN/Faulkner, et consacré par le prix Pulitzer en 2016, traduit dans vingt-cinq langues, il lui vaut et qui lui vaut d’être comparé aussi bien à John Le Carré qu’à Saul Bellow. Viet Thanh Nguyen est également l’auteur d’un essai finaliste du National Book Award, Nothing Ever Dies, sur la guerre du Vietnam dans la mémoire collective, américaine et asiatique, ainsi que d’un recueil de nouvelles, The Refugees. Ces deux livres sont à paraître chez Belfond. Il vit à Los Angeles, avec son épouse et leur fils. (Source : Éditions Belfond)

Page Wikipédia de l’auteur 

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Les talons rouges

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Voici trois bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que, pour ses débuts dans le roman, l’historien et essayiste Antoine de Baecque ne craint pas de s’engager sur les chemins du fantastique en mettant en scène une famille de vampires pris dans les tourmentes de la Révolution française.

2. Parce que la galerie de personnages qu’il nus propose au sein de la famille Villemort lui permet de brosser une vaste fresque historique très documentée et ne se limitant pas aux événements français grâce à William, l’oncle d’Amérique qui s’engage pour la fin de l’esclavage.

3. Parce que, comme l’écrit Nicolas Azéma, le libraire de Millau, ce roman est une allégorie « de la noblesse et du sang pur, ce phénomène permet d’explorer plus profondément les enjeux de la perte des privilèges. En gravissant les marches du pouvoir naissant, ils vont se faire un nom et une réputation afin de retrouver une place parmi les hommes. Ils doivent renoncer au luxe confortable mais décadent de leur aïeul Henry de Villemort ».

Les talons rouges
Antoine de Baecque
Éditions Stock
Roman
312 p., 20 €
EAN: 9782234078871
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Juin 1789, l’Ancien Monde bascule. Les Villemort forment une longue lignée d’aristocrates, un clan soudé par l’idée ancestrale de leur sang pur, un sang dont précisément cette famille se délecte. Les Villemort, ces « talons rouges », sont aussi des vampires. Deux d’entre eux veulent renoncer au sang de la race pour se fondre dans la communauté des égaux. Ils sont les héros de ce roman oscillant entre le fantastique et le réel des journées révolutionnaires. Voici William, l’oncle revenu d’Amérique, qui a pris là-bas le goût de la liberté et épouse la cause des esclaves affranchis, s’entourant d’une garde couleur ébène. Voici Louis, le neveu exalté, beau, précipité dans l’action révolutionnaire, épris de Marie de Méricourt jusqu’à lui donner la vie éternelle. Comment échapper à la malédiction venue du fond des âges?

Les critiques
Babelio
Livres Hebdo (Léopoldine Leblanc)
Café Powell (Emily Costecalde)
Toute la culture (Marine Stisi)
Page des libraires (Nicolas Azéma)


Antoine de Baecque présente Les Talons rouges © Production Hachette France

Les premières pages du livre
« Les pierres de taille de l’hôtel de Villemort viennent de loin. On les dit aussi vieilles que le quartier parisien, à l’angle de la rue de la Couture-Sainte-Catherine et de la rue des Francs-Bourgeois, ce Marais aux multiples demeures aristocratiques. Elles ont été arrachées au calcaire du Luberon dans la carrière de la Roche d’Espeil, acheminées par de robustes charolais médiévaux. La bâtisse n’a pas la finesse de ses voisines ; elle est austère, monumentale, traditionnelle, campée là pour des siècles, peu éclairée, et sa porte en bois barrée d’une lourde plinthe de fer forgé demeure depuis toujours peu accueillante. Devant cet imposant hôtel particulier, dans le crépuscule du début de l’été, la rue est vide et calme.
À l’intérieur, dans un salon de réception aux vastes proportions, règne au contraire une certaine effervescence. On y parvient par un escalier de quelques marches de marbre blanc, entrée théâtrale découvrant un décor habillé de boiseries et sculptures dorées, de miroirs aux ferronneries travaillées et de lustres en cristal. Au fond, la pièce se boucle par une cheminée de marbre rose encadrée par sa tapisserie d’Aubusson. Une série de tentures écarlates obstrue les fenêtres. Pendu au plafond central brille un grand lustre en verre de Murano aux couleurs miroitantes. Un peuple de domestiques en livrée gris pâle s’agite. Une table d’une cinquantaine de couverts a été dressée pour un dîner de famille. Les verres et les coupes, en cristal de Hongrie et en porcelaine fine sertie de diamants, portent sur leur pied les armes de la maison, une salamandre levée surmontée de deux crocs de loup.
Rituellement, le 7 juin, tous les dix ans, les Villemort se regroupent à Paris. La date de ces cérémonies de retrouvailles a été arrêtée à la naissance du fondateur de la lignée, l’ancêtre Henry de Villemort, le 7 juin 1569. Le rite s’est reproduit une vingtaine de fois, chaque décennie, sans que personne ait l’idée de remettre en cause le moindre détail d’un déroulement réglé. »

À propos de l’auteur
Historien, spécialiste de la culture des Lumières et de la Révolution française, Antoine de Baecque est l’auteur d’une trilogie composée des titres Le Corps de l’histoire (Calmann-Lévy, 1993), La Gloire et l’effroi (Grasset, 1996) et Les Éclats du rire (Calmann-Lévy, 2000). Egalement critique et historien du cinéma, il a été rédacteur en chef des Cahiers du cinéma de 1996 à 1998, puis des pages culturelles de Libération entre 2001 et 2006. Parmi ses écrits figurent les biographies de François Truffaut, Jean-Luc Godard et Éric Rohmer. (Source : http://www.livreshebdo.fr)

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Par le vent pleuré

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Voici cinq bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que l’auteur mérite le détour. Ron Rash, pour ceux qui ne le connaîtraient pas encore, est un écrivain qui possède une très large palette allant de la poésie au roman noir, en passant par les nouvelles et même le livre pour enfants. Et comme l’écrit Philippe Chevilley « Les romans de Rash sont tous différents mais ont le même souffle. Commencer avec Par le vent pleuré me semble une bonne entrée en matière. »

2. Parce que son précédent roman Une terre d’ombre (disponible en poche) était déjà une belle réussite et comportait bien des ingrédients de ce nouvel opus, à commencer par l’arrivée d’un étranger qui vient bouleverser le quotidien des habitants et le « recyclage » d’un conte, ici un joueur de flûte comme celui de Hamelin.

3. Parce que la construction de Par le vent pleuré, à partir de la découverte d’ossements au bord de la rivière, nous permet de remonter le temps et de plonger dans les années soixante et notamment en 1967, l’année du fameux Summer of love.

4. Parce qu’autour de Ligeia, la jeune fille retrouvée morte, c’est le mythe de Caïn et Abel qui se rejoue. Les frères Bill et Eugène étaient jusqu’alors solidement tenus par leur grand-père. Mais avec l’arrivée de la belle étrangère tout va changer pour eux.

5. Pour cette critique élogieuse du Washington Post: « Rash est un conteur envoûtant, qui fait monter avec brio la tension entre le passé et le présent de l’histoire. Une histoire fondée sur le contrôle, le Mal et la nature même du pouvoir, celui de sauver comme celui de tuer. »

Par le vent pleuré
Ron Rash
Éditions du Seuil
Roman
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Isabelle Reinharez
208p., 19,50 €
EAN : 9782021338553
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Dans une petite ville paisible au cœur des Appalaches, la rivière vient de déposer sur la grève une poignée d’ossements, ayant appartenu à une jeune femme. Elle s’appelait Ligeia, et personne n’avait plus entendu parler d’elle depuis un demi-siècle.
1967: le summer of love. Ligeia débarque de Floride avec l’insouciance et la sensualité de sa jeunesse, avide de plaisirs et de liberté. C’est l’époque des communautés hippies, du Vietnam, de la drogue, du sexe et du Grateful Dead. Deux frères, Bill et Eugene, qui vivent bien loin de ces révolutions, sous la coupe d’un grand-père tyrannique et conservateur, vont se laisser séduire par Ligeia la sirène et emporter dans le tourbillon des tentations. Le temps d’une saison, la jeune fille bouleversera de fond en comble leur relation, leur vision du monde, et scellera à jamais leur destin – avant de disparaître aussi subitement qu’elle était apparue.
À son macabre retour, les deux frères vont devoir rendre des comptes au fantôme de leur passé, et à leur propre conscience, rejouant sur fond de paysages grandioses l’éternelle confrontation d’Abel et de Caïn.

Les critiques
Babelio
Journal de Montréal (Karine Vilder)
Blog Nyctalopes 
Culturebox (Laurence Houot)
Page des libraires (Sarah Gastel)
Les Echos (Philippe Chevilley)
Lecteurs.com
Blog Action-suspense
Blog La rousse bouquine
Blog Encore du noir
Blog Bettie Rose Books
Blog Courrier international (Jean-François Schwab)


Ron Rash présente Par le vent pleuré © Production éditions du Seuil

Les premières pages du livre

Extrait
« Notre grand-père m’encourageait toujours à envisager une carrière médicale, mais sans grande conviction. De temps à autre, j’allais à son cabinet et je le suivais dans ses visites à domicile. S’il montrait quelque chose à Bill au microscope, ou lui expliquait un diagnostic, il lui arrivait de s’adresser aussi à moi, peut-être avec l’idée que je pouvais encore être au nombre des élus. Ou peut-être était-ce une façon de minimiser l’influence de ma mère. Mais une fois Bill entré à Wake Forest en année préparatoire aux études médicales, mon grand-père n’a plus jamais évoqué pour moi un avenir dans la médecine.»

À propos de l’auteur
Ron Rash, né à Chester en Caroline du Sud en 1953, a grandi à Boiling Springs et obtenu son doctorat de littérature anglaise à l’université de Clemson. Il a écrit à ce jour quatre recueils de poèmes, six recueils de nouvelles – dont Incandescences (Seuil, 2015), lauréat du prestigieux Frank O’Connor Award, et cinq autres romans, récompensés par divers prix littéraires : Sherwood Anderson Prize, O. Henry Prize, James Still Award. Une terre d’ombre (Seuil, 2014) a reçu le Grand Prix de Littérature policière. Ron Rash vit en Caroline du Nord et enseigne la littérature à la Western Carolina University. (Source : Éditions du Seuil)

Site Wikipédia de l’auteur 

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Mercy, Mary, Patty

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Voici 5 bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce qu’avec La Petite Communiste qui ne souriait jamais, Lola Lafon a montré qu’elle pouvait se saisir d’un sujet original – la vie et l’œuvre de la gymnaste Nadia Comaneci – pour nous livrer une réflexion originale sur la place du sport et du corps des jeunes filles dans la politique et la société.

2. Parce qu’à l’instar de The Girls d’Emma Cline qui recréait la secte autour de Charles Manson et son expédition meurtrière qui a notamment coûté la vie à Sharon Tate, elle choisit un fait divers qui a secoué l’Amérique pour raconter une époque, pour creuser les failles d’une société en proie au doute. L’Affaire Patricia Hearst, enlevée en 1974 par des «révolutionnaires» dont elle ne tarde pas à épouser la cause, n’a pas fini de faire des vagues!

3. Parce que la fiction permet de questionner la version officielle et ce fameux «syndrome de Stockholm» qui contraindrait les otages à adopter le point de vue des ravisseurs et aurait entraîné Patricia Hearst sur la mauvaise pente. Les parcours de Mercy Short et Mary Jamison viennent étayer cette conviction.

4. Parce que les deux femmes imaginées par Lola Lafon, Gene Neveva et Violaine, sont de générations différentes et nous offrent un regard croisé sur les événements.

5. Pour cette promesse signée Véronique Rossignol dans Livres Hebdo : «Ce beau personnage ambigu de passeuse de flambeau bouscule, dérange, provoque, encourage à penser large. »

Lola Lafon sera présent aux manifestations suivantes :
Le Livre sur la Place à Nancy du 08 au 10 septembre 2017
Forum Fnac Livres du 15 au 17 septembre 2017 à Paris

Mercy, Mary, Patty
Lola Lafon
Éditions Actes Sud
Roman
240 p., 19,80 €
EAN : 9782330081782
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
En février 1974, Patricia Hearst, petite-fille du célèbre magnat de la presse William Randolph Hearst, est enlevée contre rançon par un groupuscule révolutionnaire dont elle ne tarde pas à épouser la cause, à la stupéfaction générale de l’establishment qui s’empresse de conclure au lavage de cerveau.
Professeure invitée pour un an dans une petite ville des Landes, l’Américaine Gene Neveva se voit chargée de rédiger un rapport pour l’avocat de Patricia Hearst, dont le procès doit bientôt s’ouvrir à San Francisco. Un volumineux dossier sur l’affaire a été confié à Gene. Pour le dépouiller, elle s’assure la collaboration d’une étudiante, la timide Violaine, qui a exactement le même âge que l’accusée et pressent que Patricia n’est pas vraiment la victime manipulée que décrivent ses avocats…
Avec ce roman incandescent sur la rencontre décisive de trois femmes “kidnappées” par la résonance d’un événement mémorable, Lola Lafon s’empare d’une icône paradoxale de la “story” américaine pour tenter de saisir ce point de chavirement où l’on tourne le dos à ses origines. Servi par une écriture incisive, Mercy, Mary, Patty s’attache à l’instant du choix radical et aux procès au parfum d’exorcisme qu’on fait subir à celles qui désertent la route pour la rocaille.

« Faire un pas de côté et laisser à l’actualité ses conclusions, s’en remettre à la fiction, aux lignes droites préférer le motif du pointillé, ces traces laissées par Mercy Short, Mary Jamison et Patricia Hearst que je découvre lors d’une résidence à Smith College, Massachusetts.
Elles ont dix-sept ans en 1690, quinze ans en 1753 et dix-neuf ans en 1974. Leur point commun : elles choisissent de fausser compagnie au futur étroit qu’on leur concoctait et désertent leur identité pour en embrasser une nouvelle, celle des «ennemis de la civilisation» de leur époque, les Natifs américains pour les deux premières, un groupuscule révolutionnaire pour la troisième.
La rencontre est au centre de Mercy, Mary, Patty, la mienne et celle de mes personnages, Violaine et Gene Neveva, avec celle qui, en 1975, tourna brièvement le dos au capitalisme pour se rallier à la cause de ses ravisseurs marxistes: Patricia Hearst.
Sa voix rythme le récit, défait les territoires idéologiques et dévoile l’envers de l’Amérique, elle porte en elle une question qui se transmet de personnage en personnage, question-virus qui se transforme en fonction du corps qui l’accueille: que menacent-elles, ces converties, pour qu’on leur envoie polices, armées, prêtres et psychiatres, quelle contagion craint-on?
Patricia Hearst met à mal toute possibilité de narration omnisciente, à son épopée ne conviennent que des narrations multiples.
Si mon précédent roman interrogeait la façon dont les systèmes politiques s’affairent autour des corps de jeunes filles, Mercy, Mary, Patty s’attache à l’instant du chavirement, du choix radical et aux procès qu’on fait subir à celles qui désertent la route pour la rocaille, des procès similaires sur trois siècles, au parfum d’exorcisme. Mercy, Mary, Patty est semé du sable des Landes où se déroule le récit, ses grains minuscules enrayent la fiction d’un monde «civilisé» auquel on se devrait de prêter allégeance. » L. L.

Autres critiques
Babelio
20 Minutes (2 minutes pour choisir)
France Culture (émission «Par les temps qui courent» – Marie Richeux)

Les premières lignes:
« Vous écrivez les jeunes filles qui disparaissent. Vous écrivez ces absentes qui prennent le large et l’embrassent sans en trier le contenu, élusives, leur esprit fermé aux adultes. Vous interrogez notre désir brutal de les ramener à notre raison. Vous écrivez la rage de celles qui, le soir, depuis leur chambre d’enfant, rêvent aux échappées victorieuses, elles monteront à bord d’autocars brinquebalants, de trains et de voitures d’inconnus, elles fuiront la route pour la rocaille.
Mercy Mary Patty, votre ouvrage publié en 1977 aux Etats-Unis, leur est dédié, qui vient d’être réédité, augmenté d’une préface signée par vous et d’une courte note de l’éditeur. Il n’est pas encore traduit en France. Il se termine par des remerciements ainsi que votre biographie, depuis l’obtention de vos diplômes en littérature américaine, histoire et sociologie jusqu’aux postes que vous avez occupés: Chicago University 1973, collège des Dunes, France, 1974-75, lectrice à l’université de Bologne en 1982 et enfin Smith College, Northampton Massachussets. Des articles parus ces derniers mois dans la presse universitaires soulignent l’importance de vos recherches, les magazines s’interrogent sur ce qu’ils appellent votre « retour en grâce ». Le New Yorker vous consacre deux colonnes : « Une théorie controversée : Gene Neveva et ses jeunes filles chavirées, de Mercy Short en 1690 à Patricia Hearst en 1974. »
Le libraire de Northampton glisse votre livre dans une pochette de papier brun, il se montre curieux de mon choix, l’affaire Hearst est de l’histoire ancienne, vous venez d’Europe n’est-ce-pas, vous avez votre lot de jeunes filles toxiques en ce moment, celles-là qui affichent leur allégeance à un Dieu comme on s’amourache d’un acteur, Marx, Dieu, question d’époque… Vous êtes étudiante à Smith College je parie, continue-t-il, si vous cherchez à rencontrer l’auteure, son numéro de téléphone est dans l’annuaire des professeurs.
Mais je ne vous cherche pas. Votre bureau est au premier étage du bâtiment devant lequel je passe chaque matin mais ça n’a pas d’importance car je ne vous cherche pas, je vous suppose. Au librairie j’explique la raison de ma présence ici, je prononce votre nom, je raconte, je dis Mme Neveva comme si vous étiez à nos côtés et que vous m’en imposiez, je dis Neveva à la façon de vos élèves françaises qui vous vénéraient et dont je n’ai pas été, Neveva Gene arrivée dans une petite ville du Sud-Ouest au mois de janvier 1974, jeune enseignante qui à l’automne 1975 punaise à la hâte une feuille de papier dans les deux boulangeries de la ville, cherche étudiante très bon niveau d’anglais oral et écrit, job temps plein d’une durée de quinze jours. Adultes s’abstenir. URGENT.»

À propos de l’auteur
Née en 1974 dans le Nord de la France, Lola Lafon a grandi en Bulgarie, puis dans la Roumanie de Ceausescu que ses parents choisissent de fuir à la fin des années 1980. Outre des études d’anglais, elle se passionne pour la danse, le théâtre et la musique. Elle fonde d’ailleurs un groupe en 2000, Leva, avec lequel elle enregistrera un album très remarqué. En 2003, Lola Lafon se distingue avec la parution de son premier roman, Une fièvre impossible à négocier (Babel n°1405). Cette militante féministe, qui fréquenta un temps les squats, signe d’autres ouvrages parmi lesquels Nous sommes les oiseaux de la tempête qui s’annonce (Babel n°1248) et La petite communiste qui ne souriait jamais (Babel n°1319). Cette évocation romanesque de la vie de la gymnaste Nadia Comaneci lui vaudra un grand succès en librairie, de nombreuses traductions et une flopée de récompenses.
Dans le domaine musical, Lola Lafon compte deux albums à son actif : Grandir à l’envers de rien (Label Bleu / Harmonia Mundi, 2006) et Une vie de voleuse (Harmonia Mundi, 2011). (Source : Éditions Actes Sud / Lire)
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Ils vont tuer Robert Kennedy

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Voici 5 raisons de lire ce livre :
1. Parce que chacun des livres de Marc Dugain est un petit événement. Depuis 1998 et La Chambre des officiers, sur les gueules cassées de 14-18, il a cumulé les succès et les prix. Après sa trilogie politique L’Emprise, Quinquennat et Ultime partie le voici de retour sur un terrain qu’il affectionne, les Etats-Unis.

2. Parce que depuis La Malédiction d’Edgar qui retrace la période durant laquelle John Edgar Hoover était à la tête du FBI, on sait que Marc Dugain avait encore bien des choses à dire sur l’élection de John Kennedy à la Maison-Blanche et son assassinat en 1963.

3. Parce que sa façon de travailler, de se documenter et de raconter les événements historiques mettant en scène des personnages réels force l’admiration.

4. Parce que la thèse proposée par le narrateur du livre permet de revisiter cette époque troublée: « Je suis persuadé que Bobby, quand il se décide à se présenter à la présidentielle de 1968, sait qu’il va mourir, qu’il n’a aucune chance de monter la dernière marche. Et pourtant il y va. Voilà un homme qui est le chef d’une tribu irlandaise, marié, père de onze enfants, dont le frère a été assassiné cinq ans plus tôt et qui vient d’assister au meurtre de Martin Luther King. Je veux démontrer qu’il savait qu’il allait être assassiné et que malgré cela il a décidé de s’engager dans les primaires. »

5. Parce que, si l’on en croit Thierry Gandillot, la construction proche du thriller et notamment la fin méritent le détour, avec un «coup de théâtre final où Marc Dugain confirme qu’il est un as de la manipulation».

Ils vont tuer Robert Kennedy
Marc Dugain
Éditions Gallimard
Roman
400 p., 22,50 €
EAN : 9782072697104
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Un professeur d’histoire contemporaine de l’université de Colombie-Britannique est persuadé que la mort successive de ses deux parents en 1967 et 1968 est liée à l’assassinat de Robert Kennedy. Le roman déroule en parallèle l’enquête sur son père, psychiatre renommé, spécialiste de l’hypnose, qui a quitté précipitamment la France avec sa mère à la fin des années quarante pour rejoindre le Canada et le parcours de Robert Kennedy. Celui-ci s’enfonce dans la dépression après l’assassinat de son frère John, avant de se décider à reprendre le flambeau familial pour l’élection présidentielle de 1968, sachant que cela le conduit à une mort inévitable. Ces deux histoires intimement liées sont prétexte à revisiter l’histoire des États-Unis des années soixante. Contre-culture et violence politique dominent cette période pourtant porteuse d’espoir pour une génération dont on comprend comment et par qui elle a été sacrifiée. Après La malédiction d’Edgar et Avenue des Géants, Marc Dugain revient avec ce roman ambitieux à ses sujets de prédilection où se côtoient psychose paranoïaque et besoin irrépressible de vérité.

Autres critiques
Babelio 
Les Échos (Thierry Gandillot)
France Inter – émission Boomerang d’Augustin Trapenard
Fragments de lecture… Les chroniques littéraires de Virginie Neufville

Les premières pages du livre
« Avant que notre relation amoureuse ne débute, Lorna avait une façon inquiétante de me fixer pendant les cours. Je ne comprenais pas ce qui suscitait l’intérêt de cette beauté pour un sexagénaire abîmé. Quelque chose ne collait pas entre cette grande femme blonde aux traits délicats et un homme comme moi. Au début, j’ai pris son inclination pour le jeu de séduction d’une étudiante envers son professeur. Ensuite je l’ai suspectée de travailler pour la CIA et je dois vous confesser qu’il m’arrive encore de le penser, même si c’est me donner une importance exagérée. J’ai aussi imaginé qu’elle cherchait un père de substitution, que je lui paraissais adapté pour ce rôle. Désirer un homme tellement plus âgé révèle chez une femme un rapport particulier à son père, comme si elle voulait le garder auprès d’elle. Il m’est arrivé de lui reprocher cette attraction pour moi et de lui dire qu’elle dénotait dans sa psychologie des failles inquiétantes dont je me blâme de profiter. Parfois, cette relation aux limites de l’indécence me semble presque incestueuse. Je crains de m’afficher en public avec elle, le regard scrutateur des autres me blesse. Je suis incapable de justifier notre relation autrement que par le fait que je ne sais pas y renoncer. »

Extrait
« L’Irlande, un des plus petits pays du monde, avait produit plusieurs millions de migrants, phénomène accentué par la grande famine du xixe siècle. Aucun d’entre eux n’était parvenu si haut dans la hiérarchie humaine. Cet Irlandais-là était devenu le premier homme de la première des nations. Et on venait de l’abattre depuis un dépôt de livres, à Dallas, d’une balle dans la tête. Mais pour ma mère, Kennedy n’était pas seulement le premier des Irlandais, il avait ouvert la première période de modernité d’après guerre en laissant sur place les conservateurs protestants rances qui avaient fait l’histoire du siècle jusque-là. À Dallas Texas, chez les plus conservateurs des Américains, on avait tiré sur sa génération. Mon père avait appris la nouvelle à la radio en revenant à la maison. Comme ma grand-mère, il n’aimait pas particulièrement Kennedy, mais il mesurait l’onde de choc qu’allait provoquer ce drame. »

À propos de l’auteur
Marc Dugain est né au Sénégal où son père était coopérant. Il est revenu en France à l’âge de sept ans et durant son enfance, il accompagnait son grand-père à La maison des Gueules cassées de Moussy-le-Vieux, château qui avait accueilli les soldats de la Première Guerre mondiale mutilés du visage.
Il obtient ensuite son diplôme de l’Institut d’études politiques de Grenoble et travaille dans la finance avant de devenir entrepreneur florissant dans l’aéronautique.
Avant son premier roman, Marc Dugain n’avait jamais écrit, excepté un bon millier de lettres à son amie d’enfance et quasi-sœur, l’écrivain Fred Vargas.
A trente-cinq ans, il commence une carrière littéraire en racontant le destin de son grand-père maternel, gueule cassée de la guerre de 14-18: ce sera La Chambre des officiers, publié en 1999 et qui le fera connaître. Il n’obtiendra pas moins de 20 prix littéraires dont le prix des libraires, le prix des Deux-Magots et le prix Roger-Nimier.
Il s’intéresse ensuite à la vie de John Edgar Hoover, chef trouble du FBI pendant quarante-huit ans dans La Malédiction d’Edgar (2005), à la Russie et la catastrophe du sous-marin Koursk sous Vladimir Poutine dans Une exécution ordinaire (2007), ou encore au destin du tueur en série américain Edmund Kemper dans Avenue des géants. De 2014 à 2016, il publie une trilogie politique qui explore les arcanes de la politique française: L’Emprise, Quinquennat et Ultime partie. Il est également chroniqueur, essayiste, réalisateur et scénariste. Il a réalisé plusieurs grandes enquêtes notamment sur le naufrage du sous-marin Koursk et sur le crash du MH 370. (Source : babelio.com / Gallimard).

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L’été en poche (59)

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La Chute des Princes

En 2 mots
Sexe, drogue et pas de rock-n-roll. Grandeur et décadence d’un trader, portrait du capitalisme sauvage où rien n’a changé depuis la crise.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Olivia de Lamberterie (ELLE)
« Ce manuel de grandeur et de décadence ne serait que cendres si Goolrick, dans la lignée de sa magnifique œuvre autobiographique, « Féroces », n’arrivait à y trouver une certaine beauté. La rencontre avec Holly, prénommée comme l’héroïne de « Breakfast at Tiffany’s », le déjeuner final avec Carmela donnent à ce roman une élégance morale qui est la marque des princes. Demain sera peut-être un autre jour. »

Vidéo


Robert Goolrick vous présente «La chute des princes» Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie de Prémonville. © Production Librairie Mollat

L’été en poche (55)

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Ciel d’acier

En 2 mots
La saga des Mohawks, constructeurs de gratte-ciel, est formidablement mise en scène, du 11 septembre à aujourd’hui. Un roman vertigineux.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Le Parisien magazine
« La réputation des ironworkers (« monteurs d’acier ») vient de là. Ils se risquent sur des poutres suspendues dans le vide pour poser leurs rivets à grands coups de marteau. Leurs aventures sont peuplées de drames sanglants, de bagarres terribles, d’amours impossibles… Michel Moutot nous les restitue avec toute l’authenticité qu’autorise le travail d’un romancier animé par la flamboyance de ces hommes d’exception. On sort de cette lecture pantelant, mais ébloui.»

Vidéo


Michel Moutot présente «Ciel d’acier». © Production Librairie Mollat.

L’été en poche (51)

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Parce que je t’aime

En 2 mots
L’histoire de ce couple dont la fille a disparu est habilement menée. Le mari ne se remet pas de cette perte au point de quitter son existence aisée pour sombrer dans une sorte d’errance cathartique, l’épouse cherche à compenser le vide en se jetant à corps perdu dans la musique.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis du… Figaro Magazine
« La mécanique Musso est d’une implacable efficacité. (…) Les personnages sont dotés d’une fragilité extrêmement touchante et d’une humanité qui nous ficelle viscéralement à eux. Chez Musso, l’émotion a des accents majeurs. Et c’est là son plus bel atout. »

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Guillaume Musso parle de «Parce que je t’aime». © Production minnyfee