Water knife

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En deux mots
L’eau est devenue une denrée si précieuse le long du Colorado qu’elle donne lieu à un combat sans merci entre États et mafias. Un mercenaire, une journaliste, une réfugiée vont se retrouver au cœur de l’affrontement à Phoenix pour un thriller implacable qui met en lumière l’un des problèmes écologiques majeurs des prochaines années.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Water knife
Paolo Bacigalupi
Éditions Au Diable vauvert
Roman SF
traduit de l’anglais (États-Unis) par Sara Doke
490 p., 23 €
EAN : 9791030700688
Paru en octobre 2016

Où?
Le roman se déroule aux États-Unis, principalement dans le Sud du Nevada, l’Arizona et la Californie, entre Las Vegas, Carver City et Phoenix.

Quand?
L’action se situe dans un avenir (peut-être) pas très lointain.

Ce qu’en dit l’éditeur
La guerre de l’or bleu fait rage autour du fleuve Colorado. Détective, assassin et espion, Angel Velasquez coupe l’eau pour la Direction du Sud Nevada qui assure la survie de Las Vegas. Lorsque remonte à la surface la rumeur d’une nouvelle source, Angel gagne la ville dévastée de Phoenix avec une journaliste endurcie et une jeune migrante texane…
Quand l’eau est plus précieuse que l’or, une seule vérité régit le désert: un homme doit saigner pour qu’un homme boive.

Ce que j’en pense
Un point d’histoire et de géographie est peut-être nécessaire avant de se plonger dans ce thriller noir. Le fleuve Colorado irrigue l’Arizona, la Californie, le Colorado, le Nevada, le Nouveau-Mexique, le Wyoming et l’Utah. En 1922, les représentants de ces territoires se sont partagé les eaux du fleuve. Le Nevada, par exemple, comptait alors 77000 habitants et si vit attribuer 2% du total. Le problème, c’est qu’aujourd’hui 1,8 million de personnes vivent dans la seule agglomération de Las Vegas. Du coup, il est facile de comprendre pourquoi l’eau est un sujet brûlant, surtout quand on choisit de mettre les thèmes écologiques au cœur de son œuvre.
Water Knife nous plonge dans un scénario à la Mad Max, sauf que cette fois les bandes rivales ne luttent plus pour le pétrole, mais bien pour l’eau, dont on a compris qu’elle représente le bien le plus précieux de cette région désertique des Etats-Unis, qu’il s’agisse du liquide lui-même ou des «Droits à l’eau» dont la valeur grimpe au fur et à mesure que les ressources diminuent.
Le roman s’ouvre sur une scène d’apocalypse : un commando mené par Angel Velasquez prend d’assaut le complexe de traitement d’eau de Carver City et n’hésite pas à le détruire, après avoir expliqué au personnel qu’il disposait d’une décision de justice reconnaissant l’illégalité de cette exploitation au détriment de l’État du Nevada. Au fil de récit, on va comprendre l’enjeu vital de cette nouvelle guerre pour la Californie, le Nevada et l’Arizona et principalement pour Las Vegas et Phoenix. Située en aval de sa rivale du Nevada, cette dernière ne peut laisser la ville des casinos pomper toute la ressource disponible

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Aux mercenaires à la solde des gouvernements s’opposent des mafias solidement installées. Au milieu de leur affrontement, les populations sont prises en otage, essayant de trouver elles aussi de quoi étancher leur soif.
Plongé au cœur de la bataille, le lecteur va suivre la lutte sanglante pour les fameux Droits à l’eau, la lutte pour leur survie des femmes et des hommes qui passent leur journée à rechercher le précieux liquide et qui, dès qu’ils en trouvent en quantité, essaient de le monnayer aux plus offrants.
Angel, qui travaille pour Catherine Case, responsable du service des eaux de Las Vegas, va lui aussi se trouver au cœur de la mêlée du côté de Phoenix où – semble-t-il – une nouvelle source va pouvoir être exploitée. C’est là qu’il va croiser Lucy, une journaliste qui sent le Scoop comme le sourcier un bon filon. Sauf que leur curiosité va irriter au plus au point tous ceux qui se battent pour assurer un avenir à Phoenix où la température monte aussi vite que la tension. La criminalité explose et les plus pauvres, notamment les réfugiés comme Maria, n’ont guère d’autre choix que de faire profil bas face à l’organisation implacable du «Vet» qui a la mainmise sur la ville. Elle va essayer de rassembler assez de moyens pour fuir, même si elle sent bien que la lutte est inégale. À moins qu’elle ne trouve quelqu’un qui croit en ses rêves.
Paolo Bacigalupi réussit à maintenir le suspense jusqu’à l’épilogue, nous donnant par la même occasion, l’envie de découvrir son premier roman La Fille automate, paru en 2012 et disponible en poche chez J’ai lu.

Autres critiques
Babelio
Blog Just a Word
Blog o livre 
Blog Le fictionaute
Blog La prophétie des ânes 

Les premières pages du livre 

Extrait
« Vous avez passé un accord avec la Californie et on ne m’a rien dit ? Ils sont propriétaires de votre eau et je n’ai pas été prévenu ? Parce que, de mon point de vue, vous pompez grâce à des droits de pacotille que vous avez achetés en seconde main à un fermier du Colorado occidental et vous n’avez plus une seule carte en main. Cette eau aurait dû nous revenir depuis longtemps. C’est écrit sur les papiers que je viens de vous donner.
Yu lui décocha un regard maussade.
— Allez, Yu, reprit Angel avec légèreté en lui donnant une petite claque sur l’épaule. Ne faites pas cette tête. Nous connaissons tous les deux les règles depuis assez longtemps pour savoir quand on a perdu. La Loi du Fleuve dit que les droits plus anciens gagnent le jackpot. Les plus récents ? (Angel haussa les épaules.) Pas grand-chose.
— Quelle patte avez-vous graissée ? demanda Yu. Stevens ? Arroyo ?
— Ça a de l’importance ?
— C’est la vie de cent mille personnes !
— Ils n’auraient pas dû parier sur d’aussi mauvais chevaux alors, commenta Gupta depuis l’autre côté de la salle de contrôle où elle vérifiait les moniteurs de pompage.
Angel cacha un sourire satisfait tandis que Yu se tournait vers la jeune femme d’un air méchant.
— La soldate a raison, Yu. Vous avez votre notification. Nous vous offrons vingt-cinq minutes supplémentaires pour sortir. Après cela, je vais lâcher mes Hades et mes Hellfire. Vous feriez mieux de vous tirer avant le feu d’artifice.. »

À propos de l’auteur
Paolo Bacigalupi est devenu en quelques années la star mondiale de la SF. Son premier roman, La Fille automate, a été un choc mondial et est lauréat aux USA en 2010 des prix Nébula, Hugo, Locus et Campbell, et en France des prix des Bloggeurs, Bob Morane, Une autre terre et du Grand Prix de l’Imaginaire 2013. Auteur de formidables romans d’aventures pour les ados, il a également publié Ferrailleurs des mers, finaliste du National Book Award et lauréat du prix Michael Printz, Les Cités englouties, Zombie Ball et L’Alchimiste de Khaim. Il reçoit à nouveau en mai le Grand Prix de l’Imaginaire 2015 pour le recueil de ses nouvelles primées aux États-Unis, La Fille-flûte, un chef-d’œuvre. Tous ses livres sont parus en France au Diable vauvert. (Source : Éditions Au diable vauvert)

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La porte du ciel

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En deux mots
La fille d’un médecin de Louisiane se voit offrir une esclave en cadeau. Eleanor et Ève vont grandir ensemble et partager l’expérience de la Guerre de Sécession. Deux destins croisés, deux combats vers l’émancipation.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

La porte du ciel
Dominique Fortier
Éditions Les Escales
Roman
256 p., 19,90 €
EAN : 9782365692915
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule au cœur de l’Amérique ségrégationniste entre Louisiane et Alabama, notamment du côté de Gee’s Bend et Mobile.

Quand?
L’action se situe au XIXe siècle, plus particulièrement dans les années 1860.

Ce qu’en dit l’éditeur
Alors que la Guerre de Sécession fait rage, deux fillettes que tout oppose, deux destins, vont se croiser.
Au cœur de la Louisiane et de ses plantations de coton, deux fillettes grandissent ensemble. Tout les oppose. Eleanor est blanche, fille de médecin; Eve est mulâtre, fille d’esclave. Elles sont l’ombre l’une de l’autre, soumises à un destin qu’aucune des deux n’a choisi. Dans leur vie, il y aura des murmures, des désirs interdits, des chemins de traverse. Tout près, surtout, il y aura la clameur d’une guerre où des hommes affrontent leurs frères sous deux bannières étoilées.
Plus loin, dans l’Alabama, des femmes passent leur vie à coudre. Elles assemblent des bouts de tissu, Pénélopes modernes qui attendent le retour des maris, des pères, des fils partis combattre. Leurs courtepointes sont à l’image des Etats-Unis : un ensemble de morceaux tenus par un fil – celui de la couture, celui de l’écriture.
Entre rêve et histoire, Dominique Fortier dépeint une Amérique de légende qui se déchire pour mieux s’inventer et pose avec force la question de la liberté.

Ce que j’en pense

C’est avec son troisième roman que je découvre la canadienne Dominique Fortier. Et autant l’avouer d’emblée, en refermant La Porte du ciel, j’ai bien envie de découvrir les deux précédents tant son style est envoûtant, tant sa façon de relater les événements est particulière, cherchant une symbolique, voire une poésie dans un monde d’abord régi par la violence et l’arbitraire.
Nous sommes au Sud des Etats-Unis au tournant des années 1860. Le commerce des esclaves bat son plein. Parmi la «marchandise» qui est échangée ce jour figure une jeune diablesse mulâtre dont plus personne ne veut et qui finit par échouer chez un médecin, parce qu’il imagine qu’elle sera un joli cadeau pour sa fille Eleanor. Une fois lavée, débarrassée de ses lentes et habillée, la jeune fille va finir par trouver sa place dans cette famille plutôt conciliante dans cette Louisiane ségrégationniste. Eleanor choisit de l’appeler Guenièvre, comme la princesse du livre qu’elle est en train de découvrir. Un prénom qui va vite être simplifié en Èvre puis, en Ève.
Le lecteur est invité à suivre les années qu’elles vont passer ensemble. Un peu comme les deux faces d’une même médaille, on les voit grandir dans un monde qui leur est hostile. Car le destin d’Eleanor, s’il est plus enviable que celui de son esclave, n’est guère plus libre. D’autant que, depuis la bataille du Fort Sumter en avril 1861, une guerre fratricide s’est engagée avec son lot de drames. C’est dans ce contexte que Michael, fils du propriétaire d’une grande plantation, demande la main de la jeune fille. « Nous avons été mariés le 15 mai 1864, trois semaines après mon dix-huitième anniversaire, alors que les magnolias embaumaient l’air dans le salon de la maison où j’avais grandi et que je laisserais moins d’une heure plus tard. J’avais du chagrin à l’idée de quitter la seule demeure que j’eusse jamais connue, mais on m’avait promis que je pourrais amener Ève avec moi, et que ma nouvelle maison serait plus grande et plus belle encore.»
Après quelques années plutôt paisibles, on bascule alors dans une période troublée : « La guerre avant de s’apaiser s’était démultipliée en luttes sans nombre. Partout le territoire était traversé de frontières où s’affrontaient le Nord et le Sud, larges déchirures dans le paysage où venaient s’engouffrer par dizaines de milliers des hommes dont certains étaient à peine sortis de l’enfance. »
Eleanor et Ève sont en quelque sorte des témoins privilégiés de ce monde qui bascule. On sent la première envieuse de s’émanciper, de goûter à d’autres émotions, on voit la seconde se risquer dans l’inconnu en prenant un matin la route vers son destin. Tout comme d’autres jeunes esclaves désormais affranchis. « Ce mot de « liberté » et ses frères – « égalité », « émancipation », « union » – étaient des osselets qu’on secoue dans sa main avant de les jeter par terre, où ils forment des amoncellements précaires. La bouche qui y mordait n’était point rassasiée; ils ne protégeaient ni de la pluie, ni du soleil, ni à plus forte raison du fouet ou de la guerre. »
Dominique Fortier fait davantage un travail de romancière et de sociologue que d’historienne en choisissant notamment d’agrémenter son récit de descriptions de courtepointes, ces quilts réalisés notamment à Gee’s Bend, qui racontent aussi à leur manière ce que furent ces années : « Ce n’était pas un pays en guerre, ni même deux pays dont l’un cherchait à se détacher de l’autre : c’étaient trente pays tenant ensemble par des liens plus ou moins lâches, qui tantôt se défaisaient et tantôt se renouaient, comme si les pièces d’une courtepointe tout à coup prenaient vie et s’avisaient de changer de place et de couleur, arrachant les coutures au passage, traînant derrière elles des bouts de fils inutiles. » Entre les prêtres qui défendent l’esclavagisme et l’arrivée du Ku Klux Klan, on se rend aussi compte que les mentalités ne vont pas changer aussi vite que peuvent le laisser croire la paix revenue. L’actualité venant du reste montrer combien les Noirs sont toujours en lutte. L’auteur pose du reste avec beaucoup d’à-propos la question suivante : «puisque nul traité de paix n’est venu marquer la fin de cette étrange guerre fratricide, comment prétendez-vous savoir qu’elle est bien finie ?»

Autres critiques
Babelio 
Jeune Afrique (Julie Gonnet)
Le Devoir (Danielle Laurin)
La Presse (Josée Lapointe)
Voir.ca (Venise Landry)
Blog Brèves littéraires 
Blog L’ourse bibliophile
Blog Un jour, un livre 
Blog BettieRose Books 


TV5 Monde – Entretien avec Caroline Laurent – Directrice littéraire aux éditions Les Escales

Extrait
« « Johnson, le docteur McCoy souhaite savoir combien il en coûterait pour cette petite sauvagesse que vous n’en finissez pas de pourchasser. »
L’homme dévisage le médecin, enlève son chapeau, se gratte le front où coulent de fines gouttelettes de sueur. Il a les yeux de la couleur de l’acier.
« Sauf votre respect, docteur, pourquoi vous encombrer de cette petite bonne à rien ? dit-il. Elle n’est pas assez forte pour travailler aux champs, et elle est trop jeune pour être utile à la cuisine. Ce n’est qu’une bouche à nourrir. Si vous cherchez de l’aide à la maison, vous devriez plutôt vous adresser à Mr. Allen. J’ai entendu dire qu’il attendait bientôt une demi-douzaine de nouveaux esclaves. » »

A propos de l’auteur
Dominique Fortier est née à Québec et vit aujourd’hui à Outremont (Montréal). Après un doctorat en littérature française à l’Université McGill, elle exerce notamment le métier de traductrice. Son premier roman, Du bon usage des étoiles (2008), a remporté le prix Gens de mer du festival Étonnants voyageurs de Saint-Malo. Elle a depuis publié Les Larmes de saint Laurent et, en compagnie de Nicolas Dickner, Révolutions. La Porte du ciel est son troisième roman. (Source : Éditions Les Escales)

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Le souffle des feuilles et des promesses

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En deux mots
La sudiste Hallie Erminie rêve d’une carrière d’écrivain. Soutenue par Post Wheeler, elle va réussir à s’imposer sur la scène littéraire. Un triomphe éditorial qui va toutefois s’accompagner d’une frustration sur le plan sentimental. Jusqu’où peut-on être une femme libre en cette fin de XIXe siècle? La réponse dans cette biographie romancée.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Le souffle des feuilles et des promesses
Sarah McCoy
Éditions Michel Lafon
Roman
traduit de l’anglais (États-Unis) par Anath Riveline
333 p., 21,95 €
EAN : 9782749932644
Paru en juin 2017

Où?
Le roman se déroule principalement aux Etats-Unis, au Kentucky, à Post Oak, Hopkinsville, LaFayette, Louisville, Cincinnati, New York, Atlantic City, Washington, San Francisco, Seattle ou encore à St. Michael, Independence City, Dawson City et Eldorado, Alaska. Des voyages en Europe y sont également évoqués, à Liverpool, Londres, Beaulieu-sur-Mer

Quand?
L’action se situe au tournant des XIXe et XXe siècles.

Ce qu’en dit l’éditeur
Une magnifique histoire d’amour qui traverse le temps et les continents.
Hallie Erminie, issue d’une famille de planteurs du Kentucky, est une jeune femme de caractère qui adore écrire. À New York, où elle s’est mis en tête de trouver un éditeur qui publierait son premier roman, elle fait la connaissance de Post Wheeler, un journaliste célibataire et fier de l’être. Tous deux discutent à bâtons rompus de la vie culturelle new-yorkaise, bouillonnante en cette fin de XIXe siècle, et s’attachent l’un à l’autre sans oser se l’avouer. Malheureusement, quand Post part pour l’Alaska du jour au lendemain, la possibilité d’une histoire d’amour s’évanouit.
Commence alors un chassé-croisé qui durera une dizaine d’années, des États-Unis à l’Italie en passant par l’Angleterre ou la France. Tandis que Hallie Erminie rencontre le succès grâce à ses livres, Post Wheeler se destine finalement à une carrière politique. À chacune de leurs rencontres, les sentiments des deux jeunes gens grandissent mais le destin semble peu enclin à les réunir. Oseront-ils s’avouer leur amour?

Ce que j’en pense
Après Un goût de cannelle et d’espoir et Un parfum d’encre et de liberté, voici le troisième roman de Sarah McCoy à paraître en France. Le souffle des feuilles et des promesses devrait connaître le même succès que les deux premiers, quand bien même la thématique et l’époque n’ont rien de commun. En revanche la plume de l’auteur, en particulier son habileté à dépeindre une atmosphère, continue à faire merveille.
Nous sommes cette fois au Kentucky à la fin du XIXe siècle, c’est-à-dire au moment où les sudistes tentent de se remettre du douloureux et fratricide épisode de la Guerre de sécession. Dans la famille Rives, le conflit a aussi laissé des traces, puisque le chef de famille – issu d’une grande famille de Virginie – était du côté des Confédérés et a passé près de deux ans dans un camp de prisonniers. Ce qui explique sans doute la méfiance de sa fille Hallie Erminie pour les Yankees et sera aussi une source d’inspiration pour son œuvre romanesque.
Car si sa famille voit la jeune fille au centre de ce livre occuper un poste administratif au sein de sa compagnie de tabac, elle rêve à une carrière d’écrivain. Comme sa cousine Amélie, filleule du général Robert E. Lee, qui connaît un joli succès en tant que poétesse et romancière.
Sarah McCoy remonte jusqu’à sa prime enfance pour démonter les ressorts de sa vocation et va nous offrir de la suivre au fil des années, parallèlement à sa vie amoureuse. Car l’une et l’autre sont intimement liées.
Mais avant d’aller plus loin, il convient de dévoiler ici que ce roman est en fait une biographie romancée de Hallie Erminie Rives et de Post Wheeler. Leurs parcours respectifs sont si riches de péripéties que l’auteur n’aura quasiment pas eu à romancer le récit pour lui donner du souffle.

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Post Wheeler et Hallie Erminie Rives © Library of Congress

On voit d’un côté la jeune fille partant pour New York avec son manuscrit sous le bras et faisant la tournée des éditeurs, sûre de son talent. Après avoir essuyé plusieurs refus et étant sur le point de renoncer, elle réussit pourtant à être publiée, même si son premier roman lui vaut un scandale… bienvenu. Car si la presse s’empare de son livre, cela fait grimper les ventes. L’éditeur se frotte les mains, la jeune fille ose à peine rentrer chez elle. Mais une fois la tempête passée, elle va s’atteler à un nouveau livre et pourra compter sur l’aide de Post Wheeler et son réseau. Elle le rencontre à New York et tombe sous son charme, même si son côté donneur de leçons l’exaspère. Du reste ce Yankee a publié une sorte de guide du célibataire et entend bien continuer à profiter de sa liberté, même si la jeune femme le trouble sans doute autant qu’elle est troublée.
Commence alors un jeu subtil, chassé-croisé amoureux durant lequel chacun des deux n’osera franchement dire ce qu’il a sur le cœur. Quiproquo, maladresse, non-dit : toute la gamme y passe, y compris une longue séparation, Hallie Erminie partant pour l’Europe tandis que Post part chercher de l’or en Alaska. Ne gâchons pas votre plaisir, cher lecteur, à dévoiler les épisodes qui suivent. Contentons-nous de cette citation qui décrit bien l’état d’esprit de l’écrivain qui court de succès en succès: « J’avais vingt-huit ans et je n’en pouvais plus de décrire des passions sans jamais y avoir goûté. J’étais un imposteur, impatiente que l’on me prenne mon honneur. »
Pour le reste, vous pouvez faire confiance à Sarah McCoy et au pouvoir envoûtant de son écriture!

Autres critiques
Babelio 
Blog Figures de style

Extrait
« Après des années d’absence, il débarque chez moi, dans le Kentucky. Il m’assure qu’il m’a trouvé une maison d’édition et disparaît aussitôt. Il traverse l’Atlantique pour me voir et me cloue sur place avec ses provocations. Je lui remets mon dernier roman et il s’agace de ma vitesse à lui rendre le travail qu’il a lui-même réclamé ! »

A propos de l’auteur
Sarah McCoy vit au Texas, où elle donne des cours d’écriture à l’université, tout en se consacrant à ses romans. Après Un goût de cannelle et d’espoir, best-seller international, et Un parfum d’encre et de liberté, Le Souffle des feuilles et des promesses est son troisième ouvrage publié en France. (Source : Éditions Michel Lafon)

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Les furies

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En deux mots
C’est l’histoire de Lancelot et de Mathilde, racontée tour à tour par Lancelot, puis par Mathilde. Deux histoires d’un couple qui ne se ressemblent vraiment pas!

Ma note
etoileetoileetoileetoile(j’ai adoré)

Les furies
Lauren Groff
Éditions de l’Olivier
Roman
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Carine Chichereau
432 p., 23,50 €
EAN : 9782823609455
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule aux Etats-Unis, notamment en Floride, à New York, dans le Maine, à Poughkeepsie et Albany, État de New York où se trouve le Vassar College, à Boston dans le Massachusetts, dans le New Jersey ou encore à San Francisco, en Californie. Une période se déroule également en France, notamment à Nantes et à La Chapelle-de-l’Estuaire, à Paris et en Bretagne. Enfin, des voyages à Montréal, à Osaka, en Suisse et en Thaïlande, ainsi qu’à Londres y sont aussi évoqués.

Quand?
L’action se situe de la fin des années 1960 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Le mariage est un tissu de mensonges. Gentils, pour la plupart. D’omissions. Si tu devais exprimer ce que tu penses au quotidien de ton conjoint, tu réduirais tout en miettes. Elle n’a jamais menti. Elle s’est contentée de ne pas en parler. »
Ils se rencontrent à l’université. Ils se marient très vite. Nous sommes en 1991. À vingt-deux ans, Lotto et Mathilde
sont beaux, séduisants, follement amoureux, et semblent promis à un avenir radieux. Dix ans plus tard, Lotto est devenu
un dramaturge au succès planétaire, et Mathilde, dans l’ombre, l’a toujours soutenu. Le couple qu’ils forment est l’image-type d’un partenariat réussi.
Mais les histoires d’amour parfaites cachent souvent des secrets qu’il vaudrait mieux taire. Au terme de ce roman, la véritable raison d’être de ce couple sans accrocs réserve bien des surprises.

Ce que j’en pense
Si Les Furies est le troisième roman de Lauren Groff, c’est le premier que je lis de cette Américaine de 39 ans. Mais il donne furieusement envie de découvrir les autres. Car l’originalité de sa construction le dispute à la brillance du style.
Il nous plonge dans l’intimité d’un couple, celui que forment Lancelot, dit Lotto, et Mathilde Satterwhite, dont on découvrira plus tard qu’elle s’appelle en fait Aurélie et que sa mère était poissonnière sur les marchés à Nantes.
La première partie est vue du point de vue de Lancelot, la seconde avec les yeux de Mathilde. Ce qui nous donne deux versions totalement différentes et met tout à la fois le ressenti que l’on peut avoir d’un même événement et le mensonge sous toutes ses formes au cœur d’un livre que l’auteur souhaitait au départ publier en deux volumes, baptisés Destins et Furies.
Tout commence merveilleusement bien pour le jeune couple. C’est la période de la lune de miel, celle de tous les possibles. Lancelot connaît ses premiers succès de comédien. Il rêve de gloire, soutenu par Mathilde. Et même si sa riche famille ne semble pas voir son union d’un bon œil, il croit en sa chance. D’autant que jusqu’à présent tout lui a souri, baigné dans cette atmosphère joyeuse de la fin des années 60. Aux premiers succès sur les planches, s’ajoutent ceux auprès des filles : « Lotto fut baptisé « Maître Queue ». Il serait faux de dire qu’il baisait tout ce qui passait, en réalité il voyait dans chaque fille le meilleur de ce qu’elle avait. »
Mais quand il rencontre Mathilde, il sent que les choses deviennent plus sérieuses, que sa vie prend un tournant. D’autant que sa femme devient bien plus qu’une compagne très agréable, une collaboratrice, une protectrice, une gestionnaire de carrière, apparemment pleine d’abnégation.
Et si les amis s’éloignent peu à peu, peu importe. Car Lotto choisit de se lancer dans une carrière de dramaturge, entend revisiter la mythologie et réussir en tant qu’auteur plutôt qu’en tant qu’acteur. De premiers succès font du bien à son égo, mais l’installent aussi dans une sorte de confort proche de la cécité. Car il ne voit plus la vie qu’à travers le prisme de cette œuvre qui se construit « Quelque chose se passait tout au fond de lui. Un haut-fourneau qui le carboniserait s’il s’ouvrait. Un secret si profondément enseveli que même Mathilde l’ignorait. »
Imperceptiblement, il s’éloigne de sa femme. À l’image de l’opéra sur lequel il travaille avec Leo, on sent le drame couver, on imagine l’issue tragique. Et si l’on voit bien le dessein de l’auteur qui entend souligner cette descente aux enfers avec les extraits des œuvres de Lancelot, il faut aussi reconnaître qu’elles rendent la lecture moins fluide… Jusqu’au moment où la version de Mathilde prend le relais.
Ici, les secrets ont un poids autrement plus lourd. Sur les circonstances qui ont conduit cette fille unique de France aux Etats-Unis, sur la relation qu’elle entretient avec son «protecteur», sur la manière dont elle partira à la recherche d’un bon parti. Le mariage n’est plus alors une belle histoire d’amour, mais le fruit d’un calcul qui tient davantage de Machiavel que de Cupidon.
Au fil des révélations, le récit devient stupéfiant, fascinant. Très troublant. Entre le personnage lisse et bien-né de Lotto et les failles et la complexité du personnage de Mathilde, Lauren Groff dissèque bien davantage qu’un mariage. Elle fait voler en éclat la légende de l’amour qui serait la «fusion avec l’autre», brise la version trop fleur bleue du rêve américain et radiographie une société qui se cherche des valeurs, une vision. On comprend, en refermant ce livre, que Barack Obama a pris beaucoup de plaisir à le lire. À votre tour…

Autres critiques
Babelio
Télérama (Marine Landrot)
Le JDD (Marie-Laure Delorme)
Tribune de Genève (Boris Senff)
Culturebox (Laurence Houot)
Le Devoir (Chistian Desmeules)
Le Temps (André Clavel)
Blog Dingue de livres
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Les mots de la fin
Blog Journal d’une lectrice
Blog Nyctalopes 

Les premières pages du livre http://www.youscribe.com/catalogue/documents/litterature/romans-et-nouvelles/les-furies-2793708

Extrait
« Ils s’appelaient Lotto et Mathilde. L’espace d’une minute, ils contemplèrent une mare remplie de créatures pleines d’épines qui, en se cachant, soulevaient des tourbillons de sable. Il prit son visage entre ses mains et embrassa ses lèvres pâles. Il aurait pu mourir de bonheur en cet instant. Il eut une vision, il vit la mer enfler pour les ravir, emporter leur chair et rouler leurs os sur ses molaires de corail dans les profondeurs. Si elle était à ses côtés, pensa-t-il, il flotterait en chantant. Certes, il était jeune, vingt-deux ans, et ils s’étaient mariés le matin même en secret. En ces circonstances, toute extravagance peut être pardonnée. »

A propos de l’auteur
Lauren Groff est né en 1978 à Cooperstown, NY, et a grandi à une rue du Baseball Hall of Fame. Elle est diplômée de Amherst College et a une maîtrise dans la fiction de l’Université de Wisconsin-Madison. Ses nouvelles ont été publiées ou sont à venir dans un certain nombre de journaux, dont The Atlantic Monthly, Ploughshares, Glimmer Train et dans les anthologies telles que Best American Short Stories 2007. Elle a reçu la bourse Axton dans la fiction à l’Université de Louisville, et a eu des résidences et des bourses à Yaddo et le Centre du Vermont Studio.
Le premier roman de Lauren, Les Monstres de Templeton, publié en Février 2008, figurait sur la liste des best-sellers du New York Times et Booksense. Son deuxième livre est un recueil de nouvelles. Elle vit à Gainesville, en Floride avec son mari, fils de Clay Beckett, et le chien Cooper. (Source : Babelio.com)

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Cet été-là

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Cet été là
Lee Martin
Sonatine
Roman
traduit de l’anglais par Fabrice Pointeau
320 p., 21 €
EAN : 9782355845581
Paru en février 2017

Où?
Le roman se déroule aux Etats-Unis, principalement dans l’Indiana. On y traverse des endroits appelés Gooseneck, Honeywell, Tower Hill, Georgetown, Jasper, Brazil ou encore Martinsville.

Quand?
Le narrateur se situe de nos jours pour raconter des faits qui se sont déroulés trente ans auparavant (voir extrait ci-dessous).

Ce qu’en dit l’éditeur
Un thriller poignant, sélectionné pour le prix Pulitzer du meilleur roman.
Tout ce qu’on a su de cette soirée-là, c’est que Katie Mackey, 9 ans, était partie à la bibliothèque pour rendre des livres et qu’elle n’était pas rentrée chez elle. Puis peu à peu cette disparition a bouleversé la vie bien tranquille de cette petite ville de l’Indiana, elle a fait la une des journaux nationaux, la police a mené l’enquête, recueilli des dizaines de témoignages, mais personne n’a jamais su ce qui était arrivé à Kathy.
Que s’est-il réellement passé cet été là ?
Trente ans après, quelques-uns des protagonistes se souviennent.
Le frère de Katie, son professeur, la veuve d’un homme soupçonné du kidnapping, quelques voisins, tous prennent la parole, évoquent leurs souvenirs. Des secrets émergent, les langues se délient.
Qui a dit la vérité, qui a menti, et aujourd’hui encore, qui manipule qui ?
Avec ce magnifique roman polyphonique, littéralement habité par le désir et la perte, Lee Martin nous entraîne dans la résolution d’un crime à travers une exploration profonde et déchirante de la nature humaine.

Ce que j’en pense
***
« J’avais pris trop de came, deux fois plus que d’habitude, et maintenant, la vérité, c’est que je me souviens de rien. Croyez-moi, mon frère, j’ai essayé. Tout a disparu. C’est comme si c’était jamais arrivé.
Il étaient dans une impasse. Que faites-vous, se demanda M. Dees, quand votre fille a disparu depuis quatre jours, que vous avez un revolver pointé sur la tête de l’homme que vous savez responsable, mais que celui-ci ne peut pas – ou ne veut pas – vous dire ce que vous voulez savoir ? Vous revenez en arrière. Voilà ce que pensa M. Dees. C’est ce qu’il disait à ses élèves. Décomposez le problème en ses parties, focalisez-vous sur un calcul plus simple et apprenez-le. Remontez jusqu’à avoir appris tout ce que vous avez besoin de savoir pour trouver la réponse que vous croyiez hors de portée. »
M. Dees ne pouvait pas mieux résumer ce thriller, ni mieux expliquer comment il va tenter d’expliquer au lecteur ce qui s’est passé chez les Mackey ce soir-là, quand Katie a disparu : en décomposant le problème, en retraçant morceau par morceau le fait divers qui a secoué toute la communauté, que l’on imaginait sans histoires, de Gooseneck. Dans un tel endroit, où chacun connaît son voisin, où la plupart des habitants travaillent à la verrerie – même si cette dernière est sur le déclin – et où tout étranger est repéré dès qu’il entre en ville, la vie est paisible. La famille Mackey peut même être le symbole de ce petit bonheur tranquille. C’est du reste ce que pense Henry Dees, qui observe les faits et gestes des Mackey à la manière d’un entomologiste. Engagé pour donner des leçons de mathématiques à Katie, il est littéralement fasciné par cette élève si belle et si gentille.
Il profite de ses loisirs pour humer les mêmes pétales de fleurs que la jeune fille, pour lui soustraire une mèche de cheveux, pour prendre des photos de la maison et même pour s’introduire dans la maison. Poussé par une irrépressible envie, il ira même jusqu’à embrasser son élève sur la joue.
Un geste qui va énormément le perturber et qui pourrait même l’anéantir s’il savait que Raymond R., son voisin, l’épie à son tour. Pourtant lorsque Katie prend son vélo pur ramener des livres à la bibliothèque et qu’elle ne rentre pas, ni l’un ni l’autre ne sera en mesure d’expliquer cette disparation.
Contrairement aux thrillers qui mettent les enquêteurs au premier plan, la trame tourne ici autour de ce curieux microcosme, de cette communauté et des relations que les uns entretiennent avec les autres. La bonne idée de l’auteur étant de donner successivement à chacun la parole.
Outre Henry et Raymond, Junior et Gilley, les père et frère de Katie et Clare, l’épouse de Raymond vont nous livrer «leur» vérité dans une ambiance de plus en plus lourde au fur et à mesure que la disparition de Katie prend un caractère définitif.
Entre omissions et témoignages partiels, voire partiaux, on va découvrir que chacun cache des choses, des déviances, des obsessions.
Cependant, à force de déconstruire et de reconstruire, d’assembler des bribes, la vérité va finir par éclater…
Le premier roman – pour moi, il ne s’agit pas à proprement parler d’un thriller – de Lee Martin traduit en français nous permet de découvrir une plume incisive et une œuvre que l’on ne manquera pas de suivre.

Autres critiques
Babelio 
Blog Les pages de Sam
Blog Croqueuse-Livres
Blog L’écran à la page 

Extrait
« Je n’ai jusqu’à présent jamais réussi à relater cette histoire et le rôle que j’y ai tenu, mais écoutez, je la raconterai en toute honnêteté : un homme ne peut vivre qu’un temps avec une telle chose sans la partager. Mon nom est Henry Dees et j’étais alors enseignant – professeur de mathématiques et tuteur pendant l’été auprès d’enfants tels que Katie qui en avaient besoin. Je suis désormais un vieil homme, et même si plus de trente années se sont écoulées, je me rappelle encore cet été et ses secrets, la chaleur et la manière qu’avait la lumière de se prolonger le soir comme si elle n’allait jamais partir. Si vous voulez écouter, vous allez devoir me faire confiance. Sinon, refermez ce livre et retournez à votre vie. Je vous préviens : cette histoire est aussi dure à entendre qu’elle l’est pour moi à raconter. »

A propos de l’auteur
Lee Martin vit à Colombus, dans l’Ohio, ou il enseigne la littérature. Cet été-là est son premier roman traduit en français. (Source : Éditions Sonatine)

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No Home

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No Home
Yaa Gyasi
Éditions Calmann-Lévy
Roman
traduit de l’anglais (États-Unis) par Anne Damour
450 p., 21,90 €
EAN : 9782702159637
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule d’une part en Afrique, en Côte de l’Or (l’actuel Ghana) : Cape Coast, Accra et d’autre part aux États-Unis, de l’Alabama à la Californie, en passant par Baltimore, New York, Birmingham et les mines de Pratt City.

Quand?
L’action se situe du XVIIIe siècle à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Un voyage époustouflant dans trois siècles d’histoire du peuple africain.
Maama, esclave Ashanti, s’enfuit de la maison de ses maîtres Fantis durant un incendie, laissant derrière elle son bébé, Effia. Plus tard, elle épouse un Ashanti, et donne naissance à une autre fille, Esi. Ainsi commence l’histoire de ces deux demi-sœurs, Effia et Esi, nées dans deux villages du Ghana à l’époque du commerce triangulaire au XVIIIe siècle. Effia épouse un Anglais et mène une existence confortable dans le fort de Cape Coast, sans savoir que Esi, qu’elle n’a jamais connue, est emprisonnée dans les cachots du fort, vendue avec des centaines d’autres victimes d’un commerce d’esclaves florissant avant d’être expédiée en Amérique où ses enfants et petits-enfants seront eux aussi esclaves. Grâce à un collier transmis de génération en génération, l’histoire se tisse d’un chapitre à l’autre : un fil suit les descendants d’Effia au Ghana à travers les siècles, l’autre suit Esi et ses enfants en Amérique.
En Afrique comme en Amérique, No Home saisit et traduit, avec une étonnante immédiateté, combien la mémoire de la captivité est restée inscrite dans l’âme d’une nation. Navigant avec talent entre histoire et fiction, nuit et lumière, avec une plume qui varie d’un continent à l’autre, d’une société à une autre, d’une génération à la suivante, Yaa Gyasi écrit le destin de l’individu pris dans les mouvements destructeurs du temps, offrant une galerie de personnages aux fortes personnalités dont les vies ont été façonnées par la loi du destin.

Ce que j’en pense
****
La clé de ce roman nous est livrée avant même qu’il ne commence, par l’arbre généalogique imprimé en ouverture du livre et auquel on pourra toujours se référer si, de chapitre en chapitre, on perd le fil du récit. Maame, esclave Ashanti, donnera naissance à deux demi-sœurs Effia et Esi. Deux sœurs qui ne se connaîtront jamais et qui formeront chacune une lignée de cet arbre, l’une ghanéenne et l’autre américaine.
Nous sommes au milieu du XVIIIe siècle, au moment où la traite des esclaves n’est plus seulement l’affaire des colonisateurs britanniques, mais participe aussi du jeu de pouvoir entre les tribus qui peuplent La Côte de l’Or (qui deviendra le Ghana). Les Ashanti étendent leur domination et font payer leur expansion territoriale en esclaves. Car ils ont compris, après les Fanti, que de cette façon ils s’attireront les bonnes grâces des Anglais. Voilà le premier choc de ce roman qui va balayer plus de deux siècles d’Histoire : les Noirs ont activement participé à la traite de leurs semblables et n’avaient rien à envier aux colonisateurs quant à la cruauté de leurs pratiques. Esi va pouvoir le constater après sa capture, durant son séjour dans les geôles de Cape Coast, au bord du Golfe de Guinée, et la traversée vers le Sud des Etats-Unis.
Sa demi-sœur Effia aurait pu la croiser, puisqu’elle demeure dans la même ville. Remarquée par James Collins, le nouveau gouverneur britannique, elle est achetée pour 30 livres et amenée dans son hôtel particulier à Cape Coast.
Les chapitres vont alors alterner, suivant tour à tour le parcours de l’une et de l’autre, le mariage d’Effia avec un Anglais et la naissance de leurs enfants d’une part, la vie dans le sud de l’Amérique d’autre part. Le chapitre intitulé Kojo retrace la peur des esclaves qui avaient réussi à fuir. En vertu de la loi statuant sur les modalités de leur capture et leur renvoi à leur propriétaire, le fils d’Esi – qui comme nombre de ses congénères s’appelle désormais Freeman – ne vit que dans la hantise d’être capturé. Une épée de Damoclès qui est aussi accrochée au-dessus de tous les membres de sa famille. Il se verra aussi confronté aux lois de ségrégation qui ont officiellement pris la suite de l’esclavage. Rappelons que les lois dites Jim Crow, nouveau choc, resteront en vigueur jusqu’en 1964 !
Génération après génération, jusqu’au «pèlerinage» au Ghana de la narratrice, on va découvrir que les enfants d’Effia n’auront pas une vie plus enviable que ceux d’Esi. Car les métisses sont rejetés par les Blancs autant que par les Noirs. C’est le cas du fils d’Effia qui ne pourra revendiquer ni la blancheur de son père, ni la noirceur de sa mère. Ni l’Angleterre ni la Côte d’or. Ajoutons que son homosexualité ne va pas arranger les choses.
Côté américain les enfants de ces Noirs qui ont émigré par milliers pour fuir les lois Jim Crow, se retrouvent dans des ghettos, comme ce quartier de Harlem à New York.
No Home s’inscrit dans la lignée de Racines d’Alex Haley, d’Amistad, le film de Steven Spielberg ou encore de Beloved de Toni Morrison en y ajoutant le rôle joué par les Africains eux-mêmes dans l’asservissement de leurs compatriotes. Le fruit de recherches menées à la fois au Ghana et dans son pays permet en effet à Yaa Gyasi (qui a immigré aux États-Unis avec sa famille à l’âge de 2 ans) de briser bien des tabous et de rebattre les cartes du bien et du mal. Oui, il y avait des Anglais et des Américains progressistes, oui, il y avait des Noirs qui ont su, avec cynisme et sans aucune morale, profiter d’un trafic qui malheureusement perdure sous une autre forme aujourd’hui. Mais, comme en d’autres temps, la question de l’allégeance aux troupes occupantes reste posée. Face aux fusils et à la puissance, y compris du point de vue technologique, le choix de la résistance valait sans doute à un suicide.
On saluera donc la performance de Yaa Gyasi qui, a 26 ans, réussit le tour de force de construire un roman formidablement bien documenté sans jamais tomber dans le jugement de valeur et à nous proposer une galerie de personnages que nous ne sommes pas prêts d’oublier !

Autres critiques
Babelio 
Afrolivresque.com (présentation vidéo par l’auteur)
Blog La croisée des plumes
Blog Café Powell 

Extrait
« Depuis leur premier jour au fort, James n’avait jamais reparlé à Effia des esclaves qu’ils gardaient dans la prison, mais il lui parlait souvent d’animaux. Ils formaient l’essentiel du trafic des Ashantis. Des animaux. Des singes et des chimpanzés, voire quelques léopards. Des oiseaux, des oiseaux de paradis et des perroquets comme ceux que Fiifi et elle tentaient d’attraper quand ils étaient enfants, parcourant la forêt à la recherche de l’oiseau unique, l’oiseau qui avait des plumes si belles qu’on ne pouvait le confondre avec les autres. Ils passaient des heures à chercher cet oiseau-là, et la plupart du temps n’en trouvaient aucun.
Elle se demanda ce que pouvait valoir un tel oiseau, car au fort tous les animaux avaient un prix. Elle avait vu James examiner un oiseau de paradis apporté par l’un de leurs commerçants ashantis et déclarer qu’il valait quatre livres. Et s’agissant de l’animal humain ? Combien pouvait-il valoir ? Effia savait, bien sûr, qu’il y avait des gens dans les cachots. Des gens qui ne parlaient pas le même dialecte qu’elle, des gens qui avaient été faits prisonniers au cours de guerres tribales, et même qui avaient été volés, mais elle ne s’était jamais demandé où ils allaient ensuite. Elle n’avait jamais réfléchi à ce que James pouvait penser chaque fois qu’il les voyait. S’il allait dans les cachots et voyait des femmes qui lui faisaient penser à elle, qui lui ressemblaient et avaient la même odeur qu’elle. S’il revenait hanté par ce qu’il avait vu. »

A propos de l’auteur
Yaa Gyasi est née à Mampong, au Ghana. Elle a émigré aux États-Unis à l’âge de deux ans, pour suivre son père, alors étudiant en français à l’université d’État de l’Ohio. Lectrice précoce, elle dévore Charles Dickens et Charlotte Brontë comme Lurlene McDaniel et Toni Morrison. Diplômée d’un Bachelor of Arts en anglais de l’université de Stanford et d’un Master of Fine Arts obtenu aux prestigieux Iowa Writers Workshop, où elle a décroché une bourse d’études, elle vit désormais à Berkeley, en Californie. Elle s’est lancée dans l’écriture de son premier roman, No Home, après un voyage au Ghana. (Source : Éditions Calmann-Lévy)

Site Wikipédia de l’auteur 

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La chimiste

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La chimiste
Stephenie Meyer
Éditions JC Lattès
Thriller
traduit de l’anglais par Dominique Defert
600 p., 22,00 €
EAN : 9782709659307
Paru en novembre 2016

Où?
Le roman se déroule du Nord au Sud et d’Est en Ouest des États-Unis. On y voyage de Tallahassee en Floride jusqu’au fin fond du Texas, passant par Dallas, Shreveport et la Kisatchie National Forest, Washington, Oklahoma City, Tacoma, Chicago, Little Rock, Baltimore, York en Pennsylvanie, Philadelphie, Alexandria, Denver, Lakewood, et Boulder. Deux missions à l’étranger sont évoquées, à Uludere en Turquie et à Hérat en Afghanistan

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Elle était l’un des secrets les mieux gardés — et des plus obscurs — d’une agence américaine qui ne portait même pas de nom. Son expertise était exceptionnelle et unique. Et puis, du jour au lendemain, il faut l’éliminer au plus vite…
Après quelques années de clandestinité, son ancien responsable lui propose d’effacer la cible dessinée sur son dos. Dernière mission… ou dernière trahison ?
Alors que sa vie ne tient plus qu’à un fil, un homme que tout devrait éloigner d’elle va bouleverser ses certitudes. Comment survivre à une traque impitoyable quand on n’est plus seule ?
Dans ce roman palpitant et original, Stephenie Meyer a imaginé une nouvelle héroïne aussi émouvante que fascinante. Avec La Chimiste, elle révèle encore une fois tout son talent qui la place parmi les auteurs les plus reconnus au monde.

Ce que j’en pense
***
Autant l’avouer, j’avais besoin d’une récréation et j’étais curieux de découvrir à quoi pouvait bien ressembler le style d’un auteur adulé des adolescents pour Twilight, sa série de romans fantastiques et leur adaptation au cinéma. Car le choix de passer au thriller, après un premier roman pour adultes n’était pas sans risque. Mais le pari est gagné, car le suspense est bien mené, l’intrigue joliment construite.
Dès les premières lignes, on entre dans le vif du sujet : celle qui se fait appeler Chris Taylor est en fuite. Elle sillonne les Etats-Unis pour échapper à ceux qui veulent sa mort. Même si elle ne sait pas encore avec certitude la raison de ce contrat, elle a vite compris que le décès de son collègue Barnaby, qui travaillait avec elle dans un laboratoire secret, n’était pas un accident. Aussi, en attendant de comprendre, la chimiste fuit, empruntant les identités les plus diverses et en essayant de ne laisser aucune trace susceptible de remonter jusqu’à elle
« Consulter ses e-mails lui prenait d’ordinaire trois minutes. Après cela, elle aurait quatre heures de route – si elle ne faisait pas de détour – pour rentrer à son camp de base du moment. Il lui faudrait alors rétablir tout son système de sécurité avant de pouvoir dormir. Les jours de relève du courrier étaient toujours de petits marathons.
Même s’il n’existait aucun lien entre sa vie actuelle et cette boîte e-mail – pas d’adresse IP récurrente, ni de références à des lieux ou à des noms –, dès qu’elle avait fini de lire son courrier, et d’y répondre au besoin, elle pliait bagage, quittait la ville, pour mettre le plus de distance possible entre l’ordinateur d’envoi et elle. Au cas où. « Au cas où » était devenu son mantra. Malgré elle. Sa vie était réglée comme du papier à musique, tout était organisé, planifié, mais, comme elle se le répétait souvent, sans préparation, il n’y aurait pas de vie tout court. »
Ce sont notamment des missions en Turquie et en Afghanistan ainsi que de très nombreux interrogatoires – sa spécialité consiste à tirer les vers du nez des plus récalcitrants – qui l’ont aguerrie, l’obligeant à «infliger de la souffrance pour sauver des vies. Comme on coupe un membre gangrené pour sauver le reste du corps.»
C’est du reste pour une mission semblable qu’elle accepte de rempiler. Car les services de renseignements ont appris qu’un terroriste s’apprêtait à lancer une attaque chimique de grande ampleur et qu’il fallait le neutraliser avant que des milliers de personnes ne meurent.
Grâce à ses talents, elle parvient assez rapidement à neutraliser sa cible : Daniel Nebecker Beach, un professeur de lycée. Mais durant l’interrogatoire, elle est mal à l’aise, car elle à l’intuition que sa victime est innocente. Elle n’aura toutefois pas le temps de le vérifier car, malgré toutes précautions prises, elle est attaquée et doit d’abord sauver sa peau.
En découvrant que Kevin, le frère de Daniel, est venu à la rescousse et que ce dernier est aussi un agent secret, elle comprend qu’elle a été manipulée. Après avoir voulu réciproquement se tuer, les deux agents peuvent s’expliquer. « Tu es un problème pour la CIA. Et je suis un problème pour mon service. Ils ont monté un dossier et inventé de toutes pièces un scénario qui pourrait me convaincre de rempiler. »
Du coup, la notice nécrologique de Juliana Fortis – son vrai nom – n’est pas une couverture censée la protéger mais bien un permis de tuer. Voilà Kevin, Daniel et Alex (son nouveau nom) confrontés à une question autrement plus épineuse : pourront-ils échapper à l’un des services de sécurité les plus puissants au monde ? Peut-on se cacher et échapper à tous les contrôles ? Et, au-delà, y-t-il un moyen de faire cesser la menace ?
La cavale qui suit ne sera pas de tout repos, on s’en doute bien. Les rebondissements et l’idylle naissant entre Daniel et Alex («C’était la plus grande surprise de son existence. Ce mélange de contradictions, cette attirance irrépressible qui la rendaient incapable de la moindre analyse.») vont pimenter le récit jusqu’à l’épilogue très inattendu.
Un roman qui vous fera passer un agréable moment, mais que l’on pourra également lire comme une réflexion sur l’état d’urgence, sur les armes qu’un État peut utiliser pour combatte le terrorisme, sur les failles de nos systèmes de sécurité. Bref, un thriller bien dans l’air du temps.

Autres critiques
Babelio 
Le Figaro (Thierry Clermont)
L’indépendant (Michel Litout)
Blog The lovely teacher addictions 
Blog Le chat du Cheshire 
Blog Un polar-collectif 

Les vingt premières pages

Extrait
« Elle l’observa un moment, classant toutes les données dans deux colonnes. Colonne un : Carston était un menteur talentueux, et lui racontait une histoire à dormir debout, une façon de l’attirer dans un piège où ils pourraient en finir pour de bon avec Juliana Fortis. Et il inventait à fur et à mesure, pour jouer sur toutes ses cordes sensibles.
Colonne deux : quelqu’un avait réellement une arme biologique de destruction massive et les moyens de la déployer. Le service ne savait ni où ni quand elle serait utilisée, mais ils avaient repéré quelqu’un qui savait.
La vanité vint peser dans la balance ; elle n’ignorait pas qu’elle était douée. Ils n’avaient sans doute trouvé personne pour la remplacer. »

A propos de l’auteur
Stephenie Meyer a obtenu son diplôme de littérature anglaise à l’Université de Brigham Young dans l’Utah. Twilight, sa saga au succès international, s’est vendu à 155 millions d’exemplaires. En 2008, elle a publié Les Âmes vagabondes, son premier roman pour adultes. Il s’est vendu à plus de 5,3 millions d’exemplaires aux États-Unis et 300 000 exemplaires en France. Il a été porté à l’écran en 2013 par Andrew Niccol. Elle publie en 2016 son deuxième roman pour adultes, le thriller La Chimiste. Elle vit aujourd’hui dans l’Arizona avec son mari et ses trois fils. (Source : Éditions JC Lattès)

Site internet de l’auteur (en anglais)

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Une comédie des erreurs

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Une comédie des erreurs
Nell Zink
Éditions du Seuil
Roman
traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Charles Recoursé
300 p., 20,50 €
EAN : 9782021220438
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en Virginie, dans le Sud profond des Etats-Unis, à Port Royal, Stillwater, Fredericksburg, Woolworth, Fairfax, Manassas, Reston, Falls Crurch, Richmond, et s’étend jusqu’à Bristol dans le Tennessee, bifurque à Little Washington puis Woodberry, en passant par Norfolk et New York. On y évoque aussi Centerville, Yorktown, Poquoson et Georgetown.

Quand?
L’action se situe dans les années soixante et la décennie suivante.

Ce qu’en dit l’éditeur
Dans une petite université de la Virginie, une jeune lesbienne idéaliste tombe amoureuse de son professeur de poésie, réputé pour ses frasques homosexuelles. Improbable mais pas impossible ? nous sommes au milieu des années 1960. S’ensuivent quelques nuits d’amour torrides, une grossesse inattendue, un mariage à la va-vite, un deuxième enfant, et un ressentiment qui tourne à la haine mutuelle.
Alors Peggy plaque mari et fils pour disparaître avec sa fille de trois ans dans une cambrousse du sud des États-Unis. Elles squattent une bicoque délabrée et vivotent sous les identités usurpées d’une femme noire et de sa fille. La petite Karen est pâle et blonde, et alors ? À cette époque-là et dans ces régions-là, une goutte de sang noir dans un arbre généalogique suffit à justifier d’une appartenance à la race considérée jusque peu comme inférieure. Ce qui arrange Peggy, car c’est la planque idéale.
Mais échappe-t-on jamais à ses origines? Les hasards du destin rapprocheront les membres de cette famille ô combien dysfonctionnelle, pour le meilleur et pour le pire.

« Nell Zink est un écrivain aux talents et aux capacités extraordinaires. Son œuvre soulève sans cesse la possibilité d’un monde plus vaste et plus étrange qu’on ne le pense. Vous n’êtes peut-être pas prêts à le croire, mais son style et ses histoires sont d’une force telle que vous n’aurez pas le choix.» Jonathan Franzen

Ce que j’en pense
****
Parmi les découvertes de la rentrée 2016, le premier roman traduit en français de Nell Zink occupe une place à part. Une comédie des erreurs (titre original : Mislaid) est le second roman de cette femme qui a grandi en Virginie (elle y situe l’action du roman au milieu des années soixante) avant de se lancer dans la musique et l’écriture en publiant «Animal Review». Ce fanzine tomba entre les mains d’un musicologue israélien qu’elle épousera et accompagnera à Tel Aviv où elle continuera à écrire ses petites histoires. Activité qu’elle poursuivra en Allemagne où elle vit aujourd’hui. Encouragée par Jonathan Franzen, avec lequel a entretient une correspondance régulière, elle publiera un premier roman, The Wallcreeper, qui se déroule dans la mouvance écologiste allemande et qui sera salué par la critique, la plaçant d’emblée au rang d’un John Irving.
Si ces compliments méritent encore confirmation, il est vrai que l’on retrouve dans Une comédie des erreurs des situations et une manière très imagée de retracer les événements qui nous rapproche du monde selon Garp et plus encore de L’œuvre de Dieu, la part du diable.
Peggy Vaillaincourt est le personnage principal de cette histoire qui nous replonge dans l’Amérique profonde. Après une enfance et une adolescence peu propice aux excentricités – son père est prêtre épiscopalien et aumônier dans un pensionnat de jeunes filles, sa mère fait office de psychologue pour les brebis égarées – elle choisit de poursuivre des études à l’université de Stillwater. Dans ce «repaire de lesbiennes», elle va parfaire sa formation auprès de Lee Fleming, un professeur de poésie homosexuel.
Cette liaison improbable ne va pas tarder à porter ses fruits : « C’était la première fois que Peggy voyait un gynéco et cela ne lui plut pas. Il était censé lui poser un diaphragme. Au lieu de ça il jeta un coup d’œil à son col de l’utérus et dit : « Mademoiselle Vaillaincourt, vous êtes enceinte et je dirais que vous en êtes à un stade où vous devriez saisir la première occasion pour vous marier. » Elle dit qu’elle ne voulait pas d’un bébé, et il répéta sa sentence mot pour mot sur un ton parfaitement identique, telle une machine. »
S’il répond à un souci de respectabilité, surtout à cette époque, le mariage ne résout pas les problèmes. Et si un second enfant naîtra après leur union, la conception qu’ils ont de leurs rôles respectifs va faire voler en éclat le couple. Peggy n‘entend pas jouer les mères au foyer et entend s’engager dans une carrière littéraire, Lee veut conserver sa liberté, quitte à faire interner son épouse récalcitrante et par trop fantasque.
C’est le moment que choisit Peggy pour prendre la poudre d’escampette et se réfugier avec sa fille Mireille dans une bâtisse laissée à l’abandon dans une zone de marécages. Afin d’effacer toute trace de son identité, elle prennent le nom d’une famille noire: Meg et Karen Brown. Ce subterfuge va parfaitement fonctionner, ne suscitant guère d’interrogations parmi le voisinage. Mieux même, il crédibilise les conditions de vie précaires imposées par cette fuite. Dans cette Amérique qui se bat pour les droits civiques, il est normal que les noirs soient pauvres.
Du roman de formation, on passe insensiblement à une étude sur les droits des femmes, puis à une réflexion sur le racisme et les droits civiques pour finir sur une réflexion désenchantée sur les principes d’éducation et le rôle de la famille.
Lee va effet essayer de retrouver sa femme pendant bien des années avec son fils à ses côtés. Peggy va elle tenter de s’extirper des marais qui l’entourent avec, cette fois sa fille à ses côtés. Nell Zink se place en narratrice omnisciente qui observe cette mêlée et sonde les contradictions et l’égocentrisme des uns et les autres. Avec beaucoup de subtilité, elle nous livres– quelquefois sur la même page – les arguments des uns et des autres. C’est ce que donne aussi au récit tout son sel. La comédie prend des accents joyeux et les erreurs se révèlent quelquefois des choix très lucides. Auteur à suivre !

Autres critiques
Babelio 
Libération (Simon Blin)
Blog Les carnets du Dr. Platypus
Blog Journal d’une lectrice 
Blog Léa Touch Book 
Les vingt-cinq premières pages 

Extrait
« Peggy Vaillaincourt, née en 1948 à Port Royal, au nord de Richmond, était fille unique. Ses parents avaient des moyens mais menaient une vie modeste et dévouée à leur paroisse. Son père était prêtre épiscopalien et aumônier dans un pensionnat de jeunes filles. Sa mère était la femme de son père – un sacerdoce à plein temps. L’ère des psychologues et des thérapeutes n’était pas encore advenue, ainsi lorsqu’une fille perdait l’appétit ou qu’une femme se sentait coupable après un curetage, elle allait voir Mme Vaillaincourt, ce qui donnait à celle- ci un sentiment d’importance. Le révérend Vaillaincourt, lui, se sentait important tout le temps, car il descendait d’une famille qui avait caché John Wilkes Booth, l’assassin de Lincoln.. » (p. 13)

À propos de l’auteur
Née en Californie en 1964, Nell Zink a grandi en Virginie et vit aujourd’hui près de Berlin. Elle a travaillé, entre autres, dans la construction (ouvrier maçon), dans les produits de beauté (secrétaire chez Colgate-Palmolive), dans la musique (rédactrice en chef d’un fanzine post-punk animalier), dans le milieu académique (doctorante à l’université de Tübingen), avant de se tourner vers l’écriture. Une comédie des erreurs est son premier roman à paraître en France. (Source : Éditions du Seuil)

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La voix des vagues

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La voix des vagues
Jackie Copleton
Éditions Les Escales
Roman
traduit de l’anglais par Freddy Michalski
360 p., 21,90 €
EAN : 236569165X
Paru en octobre 2016

Où?
Le roman se déroule au Japon, à Nagasaki notamment ainsi qu’aux États-Unis.

Quand?
L’action se situe en 1945 et durant les années qui ont suivi.

Ce qu’en dit l’éditeur
Lorsqu’un homme complètement défiguré frappe à sa porte et lui annonce qu’il est son petit-fils disparu depuis des années, Amaterasu Takahashi est bouleversée. Mais peut-elle le croire ?
Sa vie a basculé le 9 août 1945, le jour où les Américains ont bombardé Nagasaki. Pendant des semaines, elle a cherché les siens dans la ville en ruine. En vain.
Avec l’arrivée de cet homme, s’ouvre une boîte de Pandore d’où s’échappent les souvenirs. Amaterasu qui a quitté le Japon pour les Etats-Unis se remémore ce qu’elle a cherché à oublier : son pays, sa fille qu’elle a tant voulu protéger, l’histoire d’amour qui les a séparées et le secret qu’elle a enfoui au plus profond d’elle-même.

Ce que j’en pense
***
Un matin, un homme sonne à la porte d’une vieille dame et lui annonce qu’il est son petit-fils. La surprise d’Amaterasu Takahashi est d’autant plus forte que Hideo fait partie des victimes du bombardement de Nagasaki le 9 août 1945 et qu’elle a fui le Japon pour s’installer aux Etats-Unis. Que l’enfant ait pu survivre tient du miracle, qu’il ait pu retrouver la trace de sa grand-mère en serait un second. Du coup, c’est avec la plus grande méfiance, pour ne pas dire l’incrédulité, que ce «survivant» recouvert de cicatrices est accueilli. D’autant qu’il fait resurgir un traumatisme qui, malgré les années, est resté très vivace.
En ce jour funeste, elle a perdu de nombreux amis, connaissances et membres de sa famille, à commencer par sa fille Yuko.
L’auteur, qui a enseigné l’anglais à Nagasaki, alterne les époques au fil des chapitres. Elle revient sur la genèse du conflit durant les années 30 et 40, le récit du bombardement et ses conséquences immédiates, l’exil d’Amaterasu en 1946 et sa vie aux Etats-Unis, le dilemme de cet homme qui aimerait avoir des réponses à ses questions, mais ne veut pas pour autant faire souffrir ses interlocuteurs. Un choix très judicieux qui rend la lecture particulièrement agréable tout en confrontant les questions d’aujourd’hui au drame de l’époque. Car c’est également dans la forme que nous sommes invités à reconstituer ce puzzle. Journal intime, récit quasi journalistique, dialogue, extraits de correspondance permettent d’éclairer de différentes manières ce drame. Sans oublier la touche japonisante qui arrive ici fort à propos : les chapitres s’accompagnent d’expressions ou de mots japonais avec leur signification particulière au pays du soleil levant.
En s’appuyant sur des faits et sur la douloureuse réalité Jackie Copleton évite l’écueil de la stigmatisation. Mieux encore, elle nous fait comprendre à travers les témoignages, que les victimes souffrent d’un complexe de culpabilité, ne comprenant pas pourquoi le malheur s’est abattu sur les innocents et qu’il les a épargnées. On se rend alors compte de la force morale qu’il aura fallu déployer pour simplement survivre. Que le silence était une arme et non une volonté de dissimulation. Car les secrets, petits et grands, qui se cachent dans chaque famille et derrière chacun de ses membres finissent par apparaître au grand jour, comme c’est le cas lorsque l’on découvre un journal intime.
Avec beaucoup d’habileté, le récit vient alors confronter l’Histoire avec les histoires, démontrer que des ressorts tels que la trahison, l’ambition, le besoin d’émancipation ou l’offense sont dans les deux cas des moteurs, mais aussi les déclencheurs de drames qui emportent les familles et les peuples et qu’il convient de traduire afin de pouvoir les supporter.
La traduction littérale du titre original de ce premier roman «a dictionary of mutual understanding» (un dictionnaire de compréhension mutuelle) est à ce titre plus éclairante que La Voix des vagues. Mais la poésie du titre français, secondée par une superbe couverture, est bien l’autre clé de cette superbe évocation.

Autres critiques
Babelio 
Blog Les mots de Junko 
Blog Lire le Japon comme si vous y étiez
Blog Arthémiss 
Blog Que lire ? 
Blog Le Puy des livres 
Blog Cousines de lecture 

Extrait
« À Amaterasu Takahashi,
Tout d’abord, je dois vous présenter mes excuses pour le choc de cette révélation. L’homme que vous avez sans doute rencontré est votre petit-fils, Hideo Watanabe. Je peux vous le confirmer. Il est bien possible que vous n’ayez guère de raisons de me croire mais je peux seulement dire que je ne mens pas. Hideo n’est pas mort ce jour-là, il a survécu. N’est-ce pas une chose merveilleuse à savoir ? Mais ainsi que vous l’aurez constaté de vos yeux, il a été très grièvement blessé lors de Pikadon.
Si gravement en fait que les autorités ont été dans l’incapacité de l’identifier. Un an après la fin de la guerre, on l’a envoyé dans un orphelinat pour enfants victimes à l’extérieur de la ville. C’est là que mon mari l’a trouvé et c’est là que nous avons découvert par la suite qui il était. À ce moment-là, vous deviez déjà être partie en
Amérique. Il nous a fallu bien des années pour vous retrouver. La chance a voulu qu’une de vos anciennes employées, Mme Goto, ait lu un article sur notre organisation pacifiste qui mentionnait le nom de naissance de Hideo. Elle m’a contactée et fourni une adresse vous concernant, vous et votre mari, une ancienne adresse, ainsi qu’il s’est avéré. Au moment même où je vous écris, nous essayons toujours de localiser votre lieu d’existence actuel. Acceptez mes excuses pour ce retard. Je ne peux qu’imaginer la confusion dans laquelle cette nouvelle vous plonge. » (p. 21-22)

A propos de l’auteur
Jackie Copleton est diplômée d’Anglais à l’Université de Cambridge. En 1993, elle part pour Japon où elle enseigne l’anglais à Nagasaki et à Sapporo. Elle retourne au Royaume-Uni en 1996 pour suivre des études en journalisme. Elle a travaillé comme journaliste et a collaboré à plusieurs journaux. La Voix des vagues (A Dictionary of Mutual Understanding, 2015) est son premier roman. Elle vit avec son mari à Newcastle. (Source : Babelio)

Site internet de l’auteur (en anglais)

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The girls

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The girls
Emma Cline
Éditions de la Table Ronde
Roman
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean Esch
336 p., 21 €
EAN : 9782710376569
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en Californie, entre Los Angeles, Venice Beach, Pacific Heights, Berkeley, Petaluna, Monterey, Palo Alto, Mendocino, Hot Springs Canyon ainsi qu’à Bakersfield et Seattle.

Quand?
L’action se situe d’une part en 1969 et d’autre part quelque trente années plus tard.

Ce qu’en dit l’éditeur
Nord de la Californie, fin des années 1960. Evie Boyd, quatorze ans, vit seule avec sa mère. Fille unique et mal dans sa peau, elle n’a que Connie, son amie d’enfance. Lorsqu’une dispute les sépare au début de l’été, Evie se tourne vers un groupe de filles dont la liberté, les tenues débraillées et l’atmosphère d’abandon qui les entoure la fascinent. Elle tombe sous la coupe de Suzanne, l’aînée de cette bande, et se laisse entraîner dans le cercle d’une secte et de son leader charismatique, Russell. Caché dans les collines, leur ranch est aussi étrange que délabré, mais, aux yeux de l’adolescente, il est exotique, électrique, et elle veut à tout prix s’y faire accepter. Tandis qu’elle passe de moins en moins de temps chez sa mère et que son obsession pour Suzanne va grandissant, Evie ne s’aperçoit pas qu’elle s’approche inéluctablement d’une violence impensable.
Dense et rythmé, le premier roman d’Emma Cline est saisissant de perspicacité psychologique. Raconté par une Evie adulte mais toujours cabossée, il est un portrait remarquable des filles comme des femmes qu’elles deviennent.

Ce que j’en pense
****
Après California Girls de Simon Liberati, l’actualité de cette rentrée littéraire nous permet de découvrir un second roman inspiré de l’un des fait divers les plus spectaculaires de l’histoire américaine. Avec The Girls, l’Américaine Emma Cline – qui avait 25 ans lorsqu’elle a écrit ce premier roman – bénéficie toutefois d’une aura bien différente de celle de l’écrivain français. Les droits internationaux du roman se sont en effet arrachés dans quelque 34 pays et un producteur de cinéma s’est déjà réservé l’adaptation du livre.
En France, ce sont donc les éditions de la Table Ronde qui ont fait le pari de miser sur cette nouvelle étoile montante aujourd’hui installée à New York. L’avenir dira si le jeu en valait la chandelle, mais il faut bien reconnaître que le récit de l’errance d’Evie mérite le détour.
À 14 ans, le personnage principal vit un moment clé de son existence. Celui où son corps change, celui où on commence à s’imaginer un avenir. Mais plus qu’un roman de formation, nous avons droit à une plongée dans cette période historique qui a durablement changé l’Amérique, voire le monde. Avec ce point culminant que constitue le massacre sanglant perpétré par un petit groupe de partisans de Charles Manson – principalement des jeunes filles – et dont sera notamment victime Sharon Tate, l’épouse de Roman Polanski, alors enceinte. Mais plutôt que de se livrer à une reconstitution historique des faits, Emma Cline a choisi de nous raconter comment on en est arrivé à cette extrémité.
Mais revenons à Evie. La jeune fille n’a qu’une piètre opinion d’elle-même : « Mes parents, bien qu’absorbés l’un et l’autre par leur monde, se disaient déçus, peinés par mes médiocres résultats. J’étais une fille moyenne, et c’était là leur plus grande déception : il n’y avait aucun éclat de grandeur en moi. Je n’étais pas assez jolie pour justifier de tels résultats, la balance ne penchait pas assez franchement du côté de la beauté ou de l’intelligence. Il m’arrivait d’être remplie de bonnes intentions, de vouloir m’améliorer, de m’appliquer, mais évidemment, rien ne changeait. D’autres forces mystérieuses semblaient s’exercer. »
Le divorce qui suit ne va pas arranger les choses. Du coup, elle passe beaucoup de temps avec sa meilleure amie Connie, s’intéresse aussi un peu au frère de cette dernière et tente, notamment en feuilletant la collection des revues de son père, de faire son éducation sexuelle.
Tout bascule quand Connie décide de prendre ses distances. Comme sa mère ne s’intéresse en premier lieu qu’à sa propre personne, elle cherche refuge auprès d’un groupe constitué autour d’un chanteur charismatique du nom Russell.
Mais davantage que le musicien toujours à la recherche d’une reconnaissance, c’est Suzanne qui attire Evie. La jeune femme de 19 ans l’entraîne vers sa première expérience sexuelle en compagnie du musicien.
Dans le ranch où la communauté séjourne, les journées défilent. Entre les expéditions pour trouver de la nourriture, la consommation de drogue et d’alcool et une oisiveté qui semble être le but suprême, il y a de la place pour quelques leçons dispensées par le «gourou», mais aussi pour fomenter quelques mauvais coups. Après avoir trouvé de l’argent dans la famille, dans celle des copains et visité la maison de voisins, Evie est confiée aux bons soins de son père et de sa belle-mère. Mais, après quelques jours, elle s’enfuit pour retrouver Suzanne.
Lorsqu’elle rejoint le groupe, elle n’imagine pas ce qui se trame. Pas plus qu’elle ne comprendra pourquoi elle n’a pas participé à cette sortie, ni même comment la police a mis tant de temps à découvrir la vérité.
Avec le recul nécessaire pour comprendre le jeu de domination, la dynamique de groupe des Girls et la machinerie infernale qui s’est alors mise en marche, l’auteur prend ses distances avec l’adolescente qu’elle était alors. Une époque qu’elle a traversé sans vraiment comprendre pourquoi et comment, un peu paumée.
Les style rend du reste admirablement ce décalage. Le monde que nous décrit Evie balance entre l’innocence de l’enfance, les aspirations de l’adolescente et la recherche d’un sens à la vie, toujours sur le fil du rasoir.
C’est sans doute cette fragilité qui fait de ce roman une œuvre étincelante et magnétique.

Autres critiques
Babelio 
Libération (Elisabeth Franck-Dumas)
Paris Match (François Lestavel)
Libération (Elisabeth Franck-Dumas)
ELLE (Marguerite Baux)
L’Express (Marianne Payot)
Cheek Magazine (Faustine Kopiejwski – rencontre avec l’auteur)
Onirik.net (Valérie)
Blog Les petits livres
Blog Lily lit 
Blog Plaisirs à cultiver 

Extrait
« Ma mère disait que je ressemblais à ma grand-mère, mais cela me paraissait louche, un mensonge qui prenait ses désirs pour la réalité, destiné à donner un faux espoir. Je connaissais l’histoire de ma grand-mère, je la répétais machinalement comme une prière. Harriet, la fille du cultivateur de dattes, arrachée à l’anonymat confit d’Indio et conduite à Los Angeles. Sa mâchoire fuyante et ses yeux humides. Des petites dents, droites et légèrement pointues, comme un chat étrange et beau. Gâtée par le système des studios, se nourrissant de lait battu avec des œufs, ou de foie grillé et de cinq carottes, repas que j’avais vu ma grand-mère manger chaque soir de mon enfance. La famille terrée dans le vaste ranch de Petaluma après qu’elle avait pris sa retraite, cultivant des roses de concours à partir de boutures Luther Burbank et élevant des chevaux.
À la mort de ma grand-mère, nous étions comme un pays indépendant dans ces collines, vivant de son argent, même si je me rendais en ville à vélo. La distance était surtout psychologique. Adulte, je n’en reviendrais pas de notre isolement. »

A propos de l’auteur
Emma Cline est née en Californie en 1989. Elle est titulaire d’un MFA de l’Université Columbia à New York et vit à Brooklyn. The Girls (2016) est son premier roman. (Source : Babelio)

Site internet de l’auteur (en anglais)

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140 signes :
À 14 ans, Evie s’attache à un groupe de hippies