L’été en poche (3)

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La clef sous la porte

En 2 mots
Ferdinand n’aime ni son épouse ni sa fille, Agnès veut arrêter de soigner sa mère, Auguste aussi veut tout plaquer. Fini de râler. Fuyons!

Ma note
etoileetoile (bon livre. Je ne regrette pas cette lecture)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Corinne Renou-Nativel (La Croix)
«Sur des thèmes qui lui sont chers, la solitude, les liens familiaux qui étouffent, Pascale Gautier relate, entre cruauté et tendresse, des crises. L’occasion de dresser des bilans douloureux, mais aussi de larguer les amarres.»

Vidéo


Pascale Gautier présente « La clef sous la porte ». © Production Librairie Mollat

L’été en poche (2)

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L’île du Point Némo

En 2 mots
Jean-Marie Blas de Roblès nous livre ici un superbe hommage aux romans d’aventure et de suspense qui ont bercé sa jeunesse en nous permettant de repartir pour une expédition qui convoque tous les maîtres du genre. On se régale à suivre un groupe de personnes originaux sur la trace du voleur du plus gros diamant du monde.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières pages du livre


Les premières pages du livre lues par l’auteur © Production Editions Zulma

L’avis de… Marianne Payot (L’Express)
« C’est un festival, une odyssée au coeur de la fiction, à laquelle le lecteur, dans son éternelle jeunesse, ne peut qu’adhérer s’il accepte de se laisser embarquer dans un futur antérieur de belle facture, non dénué de réflexions sur le pouvoir, la littérature, Internet… »

Vidéo

Rencontre avec Jean-Marie Blas de Roblès pour L’Île du Point Némo © Production Transfuge Magazine.

Les larmes noires sur la terre

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Les larmes noires sur la terre
Sandrine Collette
Éditions Denoël, coll. Sueurs froides
Roman
336 p., 19,90 €
EAN : 9782207135570
Paru en février 2017

Où?
Le roman se déroule principalement en France, dans une ville qui n’est pas nommée, mais qui est proche de Clermont-Ferrand. Les histoires et récits des protagonistes relatent des séjours dans une île du Pacifique, en Afghanistan, à Moscou, au Kazakhstan, en Biélorussie, Pologne, Allemagne, puis à Paris ainsi qu’à Bangkok et Ayutthaya en Thaïlande.

Quand?
L’action se situe au XXIe siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
Il a suffi d’une fois. Une seule mauvaise décision, partir, suivre un homme à Paris. Moe n’avait que vingt ans. Six ans après, hagarde, épuisée, avec pour unique trésor un nourrisson qui l’accroche à la vie, elle est amenée de force dans un centre d’accueil pour déshérités, surnommé «la Casse».
La Casse, c’est une ville de miséreux logés dans des carcasses de voitures brisées et posées sur cales, des rues entières bordées d’automobiles embouties. Chaque épave est attribuée à une personne. Pour Moe, ce sera une 306 grise. Plus de sièges arrière, deux couvertures, et voilà leur logement, à elle et au petit. Un désespoir.
Et puis, au milieu de l’effondrement de sa vie, un coup de chance, enfin : dans sa ruelle, cinq femmes s’épaulent pour affronter ensemble la noirceur du quartier. Elles vont adopter Moe et son fils. Il y a là Ada, la vieille, puissante parce qu’elle sait les secrets des herbes, Jaja la guerrière, Poule la survivante, Marie-Thé la douce, et Nini, celle qui veut quand même être jolie et danser.
Leur force, c’est leur cohésion, leur entraide, leur lucidité. Si une seule y croit encore, alors il leur reste à toutes une chance de s’en sortir. Mais à quel prix?
Après le magistral Il reste la poussière, prix Landerneau Polar 2016, Sandrine Collette nous livre un roman bouleversant, planté dans le décor dantesque de la Casse.

Ce que j’en pense
****
Quel choc! L’expression souvent à tort et à travers prend ici tout son sens. Voilà en effet un roman dont on ne sort pas indemne. La noirceur, le désespoir et l’enchaînement des drames qui collent aux basques des femmes que l’on va suivre durant près d’une dizaine d’années ne pourra vous laisser de marbre. Sur son île, Moe croise Rodolphe. L’homme, qui a deux fois son âge, va lui faire miroiter les charmes de la métropole. Que n’a-t-elle pas écouté sa grand-mère qui lui disait de toujours réfléchir avant d’agir? « elle n’a pas réfléchi. Ou alors un peu, mais pas trop, pas si bête, elle savait bien que ça ne serait pas rose tous les jours. N’avait pas envie de se l’avouer avant même que l’histoire se noue, malgré le pincement au fond du ventre qui venait la titiller le soir, après, quand Rodolphe dormait et qu’elle le regardait, ses quarante ans, les rides au coin des yeux et les veinules parce qu’il buvait trop. » Loin des lumières de la Tour Eiffel, elle va découvrir un village où elle est tout sauf bienvenue. Méprisée, insultée, maltraitée, la «colorée» devient la «taipouet», objet des moqueries de Rodolphe et de ses amis de comptoir.
Six ans plus tard, sa joie de vivre a disparu. Elle est battue, vixtime de coups de plus en plus violents. Et songe à fuir cet enfer, surtout pour protéger Côme, ce fils qui vient de naître. Réjane, la fille d’une de ses vieilles clientes, va l’accueillir chez elle le temps de se retourner. Mais comment trouver un emploi avec un nouveau-né dans les bras? De petits boulots en expédients, elle va se retrouver dans la rue, essayer de trouver refuge aux aurgences de l’hôpital, avant de finir dans une sorte de camp où sont regroupés tous les sans-abri, rebuts de la société, délinquants ou filles perdues. Des milliers de personnes qui n’ont pour seul abri, les véhicules destinés à la casse. D’où le nom de cette prison aux règles aussi strictes qu’inhumaines.
Moe et Côme doivent se contenter d’une vieille épave, mais fort heureusement, ses cinq voisines viennent l’aider: Marie-Thé, Nini, Jaja, Poule et Ada.
Construit en trois parties, le roman va désormais nous raconter comment survivre dans ce milieu hostile, comment ne pas se tuer à la tâche, comment ne pas mourir de désespoir en constatant la quasi impossibilité de quitter ce camp de concentration d’âmes perdues. Et, au fil des chapitres, revenir sur l’histoire des femmes qui côtoient Moe, condamnée « à ruminer sur ce qui l’a amenée ici, et les erreurs, et les folies, et les directions manquées».
Poule avait fini par installer sa roulotte dans le camp, après avoir parcouru des milliers de kilomètres avec son cheval et ses poules et avoir usé son corps jusqu’à ce qu’il cède. Doit-elle pour autant se résigner? Gagner l’argent demandé par les gardiens pour sortir du camp, 15000 euros, tient de la mission impossible. Mais Moe veut encore y croire et n’hésite pas à donner son corps pour gagner quelques billets de plus, puis de jouer la mule auprès des trafiquants de drogue. Ce faisant, elle ne se rend pas compte qu’elle s’enfonce dans une terrible spirale, «descendant jusqu’au tréfonds de la terre, dévastée et saccagée»
Ada l’afghane, qui a surmonté l’invasion soviétique et fuira le régime taliban, n’aura guère plus de chance que ses compagnes d’infortune. Après un long calvaire vers l’exil, elle se retrouvera également prise au piège de La Casse. «Son existence entière s’est découpée en longues tranches, vingt ans en Afghanistan, dix ans à Clermont-Ferrand, cinq ans en prison, vingt-cinq ans dans la ville-Casse qu’elle connaît par cœur». Mais ses dons de guérisseuse lui donnent une sorte de statut particulier, d’immunité et une volonté de fer: « Mon histoire n’est pas terminée : un jour je quitterai cet endroit et j’irai vivre libre, au milieu des arbres, pour me consoler de toutes ces années de gris et d’enfermement.»
Marie-Thé, avec son passé d’esclave domestique, et Jaja qui a connu l’univers carcéral thaïlandais veulent aussi y croire. Même si leur espoir tient davantage du vœu pieux que d’un plan bien orchestré. Dès lors, l’issue fatale est davantage prévisible.
C’est dans une encre très noire que Sandrine Collette trempe sa plume. Du coup le lecteur doit, comme les femmes dont on suit l’histoire, avoir le cœur solidement accroché et qui sait, être un peu inconscient, pour imaginer une fin heureuse à ce roman. Il paraît que tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir…

Autres critiques
Babelio 
Blog «Pages noires» de La Croix (Emmanuel Romer)
Blog Domi C lire 

Extrait
« Elle le sait parce que Rodolphe a commencé à lever la main sur elle, sans doute qu’avec l’enfant il s’y est senti autorisé, et elle Moe n’avait rien à dire, Fallait réfléchir avant, elle le chante presque, certains jours, en passant un doigt hésitant sur sa joue bleuie. Quelques gifles ici et là — pas pire que les insultes au fond, si ça en était resté là. Mais quand le poing se ferme, quand ses yeux à elle ne voient plus clair quelques instants à cause des coups. Quand elle marche courbée le lendemain parce que cela fait encore mal. Quand elle croise le regard de Rodolphe sur le berceau. Il suffira d’un verre de trop, mais elle n’arrive plus à les compter. Juste la certitude que le temps presse. »

A propos de l’auteur
Sandrine Collette est née en 1970. Elle partage son temps entre l’écriture et ses chevaux dans le Morvan. Elle est l’auteur de Des nœuds d’acier, Grand Prix de Littérature policière 2013 et best-seller dès sa sortie, de Un vent de cendres, de Six fourmis blanches et de Il reste la poussière, couronné par le prix Landerneau 2016. (Source: éditions Denoël)

Site Wikipédia de l’auteur 
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#sandrinecollette #RL2017 #roman #rentreelitteraire #thriller #editionsdenoel #leslarmesnoiresurlaterre

Retour à Belle Etoile

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Retour à Belle Etoile
Gérard Glatt
Presses de la Cité
Roman
400 p., 21,00 €
ISBN: 9782258133662
Paru en février 2016

Où?
Le roman se déroule principalement à Valliergue, en Auvergne. Sont également évoquées les localités de Martres-de-Veyre, Billom, Saint-Pierre-la-Bourlhonne, Cunlhat, Courpière, Riom, Thiers, Issoire, Marsac, Ambert, Clermont-Ferrand. En Allemagne Bad Orb et Bad Sulza en Thuringe, sans oublier Molsheim près de Strasbourg, étape vers la liberté.

Quand?
L’action se situe de 1934 au milieu des années 50.

Ce qu’en dit l’éditeur
En 1934, un mariage d’amour scelle l’union de Cécile Rochette, fille de propriétaires terriens prospères, et de Jules. En l’épousant, celui-ci hérite d’un vaste domaine agricole qui désormais portera son nom : le domaine Ferrandon. Tout sourit à Jules : sa famille s’agrandit avec la naissance d’une petite Marguerite, ses amis l’épaulent, le travail ne manque pas. Et lorsqu’il découvre sur ses terres, au lieu dit Belle Etoile, une vieille bâtisse abandonnée, Jules en fait alors un projet de vie : la rénover afin de la léguer plus tard au fils que lui donnera un jour Cécile. Car dans ce coin de nature exceptionnel, niché aux abords du Forez, le ciel est bleu, l’horizon infini, les jours pleins de promesses…
Cinq ans plus tard, la guerre éclate…
Un roman bouleversant sur la transmission, l’espérance et l’amour familial.

Ce que j’en pense
***
Il faut peut être remonter jusqu’à Sénèque pour trouver le fil rouge de ce beau roman, rude et âpre comme les terres de ce «coin d’Auvergne serré entre Forez et Livradois» où Gérard Glatt situe son nouveau roman. Le philosophe grec explique qu’ «une des plus belles qualités d’une véritable amitié est de comprendre et d’être compris». Et de fait, la chronique auvergnate qui commence quelques années avant la Seconde Guerre mondiale, est d’abord une histoire d’amitié avant d’être une histoire de famille.
Certes tout commence avec le mariage de Cécile Rochette, fille de grands propriétaires terriens, avec Jules Ferrandon, paysan volontaire bien décidé à faire prospérer les terres dont il hérite à peine un an après son mariage, le 11 mai 1935. «A seulement vingt-cinq ans, malgré un service militaire accompli dans les règles et propre à vous bâtir un homme, c’était là d’un paquetage bien lourd qu’il s’était vu confier la charge.» Pour le seconder, il a bien son épouse «bien ardente au labeur» et la belle-mère Louise, même si sa relation avec son gendre n’est pas des plus tendres. Cependant, pour faire prospérer de si vastes terres, il faut d’autres bras. Jules fait appel à Guilhaume Besse, dit le Guilh. Grâce à lui le domaine prospérerait «Le Guilh, c’était pour Jules la meilleure des choses qui pût leur arriver. Deux bras de plus, apparus dans l’amitié, comme une belle étoile.»
La Belle Etoile, l’autre « personnage » de ce roman, est une propriété située à l’autre extrémité du domaine, difficile d’accès et que Jules envisage d’aménager et d’offrir à son ami. Un beau projet imaginé quelque neuf mois avant la naissance de Marguerite, leur premier enfant, mais qui va se heurter à la folie des hommes. Jules et Le Guilh sont mobilisés et doivent laisser l’exploitation aux femmes, aux enfants – un second enfant vient de naître en avril 1940 – et aux anciens. L’avenir s’écrit alors à l’aune des informations qui parviennent au village par les journaux, la radio et par les courriers contrôlés par la censure militaire. La débâcle et les échos des combats ne semblent pas trop affecter ce coin perdu de France. Pourtant, comme en 14-18, le facteur sera l’émissaire du malheur : Le Guilh est tué, Jules est fait prisonnier. La chronique de l’exode prend l’allure d’une famille désorientée qui vient demander sa route et un bout de pain, les exactions des Allemands et de la Milice font planer des menaces qui prennent un jour la forme de la visite d’un officier se proposant de réquisitionner la ferme. Déjà quelques maquisards choisissent de résister.
Quant à Jules, accompagné d’Etienne le Bourguignon et d’Auguste le Picard, il choisit de s’évader et réussira à rejoindre sa terre natale.
Mais la situation est tendue et il n’est pas question de se faire à nouveau prendre. Il ne pourra vraiment retrouver les siens qu’à l’issue du conflit et envisager à nouveau, au milieu des malheurs et d’un nouveau drame familial au début des années cinquante, de revenir à son rêve. Au lieu de labourer, semer et récolter, il va se lancer dans l’élevage de vaches Salers. Mais qui remplacera Le Guilh ?
Celui qui comprendra son projet, presque sans avoir à échanger une parole…
Une belle leçon de vie et une leçon d’espoir dans un monde troublé.

Autres critiques
Babelio
La Montagne
Blog Encres vagabondes

Les premières lignes du roman
« Le domaine n’était devenu domaine Ferrandon que peu après le mariage de Jules avec Cécile. Auparavant, on parlait du domaine Rochette, Cécile étant la fille unique de Louise et Ferdinand Rochette. C’était même plutôt de l’exploitation agricole Rochette qu’il était question, l’idée de domaine renvoyant davantage à la viticulture. En tout cas, qu’il s’agît d’un domaine ou d’une exploitation, la superficie était là, et bien là ! L’habitude voulait d’ailleurs qu’en montrant du doigt, le bras bien tendu, un enclos trop éloigné pour qu’on s’y rende ou une lande, voire une corne de bois le long d’une sente ou d’une jachère, on les désignât simplement par ces mots, parfois rehaussés de convoitise ou de dépit : «Cette terre que vous voyez là-bas, elle appartient aux Rochette, et cette lande également, dont ils ne tireront plus rien à présent, si abandonnée qu’elle a été…» Parce que le voisinage n’était pas toujours tendre avec eux. La raison en était que certains s’étaient souvent demandé, du vivant du père de Cécile, quelle frénésie avait bien pu le pousser, au fil du temps, à acquérir toutes ces parcelles de terre, ou de bois, ou de rien du tout, vu qu’il avait même acheté des ruines, des toitures écroulées, des murs effondrés, un peu comme on ramasse tout ce qui traîne, y compris les mégots, de crainte que d’autres n’y trouvent un attrait. «Ce n’est pas du raisonnable, tout ça ! concluait-on alors en s’accompagnant d’un haussement d’épaules. Non, c’est pas du raisonnable, que je vous dis…» Il n’empêche, lorsque Jules et Cécile s’étaient unis pour la vie, l’exploitation Rochette était bel et bien la plus vaste et la plus prospère du canton, peut-être même de tous les cantons environnants. Et ce que Jules avait apporté avec lui, en fait pas grand-chose, mais du pas désagréable malgré tout, ces bouts de vigne que les Ferrandon tenaient depuis la création du monde sans plus se souvenir comment ils avaient pu tomber dans leur sacoche, ce rubis rose pâle, baptisé corent, l’un des cinq crus d’appellation côtes d’Auvergne et le seul vrai gris de la région, avait achevé de décontenancer les habitants de Valliergue, le village le plus proche de la ferme. On rejoignait ce village éloigné de trois kilomètres en empruntant le chemin vicinal n° 2 jusqu’à la première intersection, puis en bifurquant sur la droite. Dans l’autre sens, du village vers la ferme, il suffisait de prendre la route qui fait face à la mairie, une départementale, puis de la suivre jusqu’à ce même chemin. On marchait alors sur cinq cents mètres, et bientôt, au cœur d’une clairière, on voyait surgir devant soi des corps de bâtiments, mafflus comme des remparts de citadelle : la ferme. Impossible de se tromper ! » (p. 11-13)

A propos de l’auteur
Gérard Glatt est né en 1944, à Montgeron, quelques semaines avant la Libération.
Pour étrange que ce soit, ses premiers bonheurs, c’est la maladie qui les lui offre, à l’âge de sept ans, quand une mauvaise pleurésie le cloue au lit des mois et des mois. Il découvre la lecture, et cette collection fameuse du Petit Livre d’Or.
Pendant ses études secondaires à Paris, Gérard Glatt a pour professeurs l’écrivain Jean Markale, spécialiste de la littérature celtique, puis René Khawam, orientaliste renommé et traducteur des Mille et Une Nuits. A la même époque, il rencontre Roger Vrigny – l’année où celui-ci reçoit le prix Femina – et Jacques Brenner, alors éditeur chez Julliard. L’un et l’autre, qui connaissent bien « le besoin d’écrire », l’encouragent à poursuivre ses débuts littéraires : il leur a déjà soumis plusieurs textes.
Quelques années plus tard, après de fastidieuses études de droit, il entre dans l’administration des Finances où il fait connaissance de Pierre Silvain, sans doute l’une des plus fines plumes contemporaines. Pierre Silvain le soutient à son tour. En 1977, son premier roman, Holçarté, est publié chez Calmann-Lévy où il retrouve Roger Vrigny, devenu directeur littéraire. En 1981, aux éditions Hachette, sortent les Contes du Pays Basque, puis il collabore à la revue Europe. Il quitte alors l’administration pour prendre la direction d’un cabinet de conseil en commerce extérieur.
Aujourd’hui, Gérard Glatt s’est retiré pour ne plus se consacrer qu’à l’écriture. Il partage son temps entre la région parisienne et la Bretagne. Auteur d’une dizaine d’ouvrages, il publie Retour à Belle Etoile aux Presses de la Cité. (Source : Presses de la Cité)

Site Internet de l’auteur
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Focus Littérature

La clef sous la porte

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La clef sous la porte
Pascale Gautier
Editions Joëlle Losfeld
Roman
192 p., 16,50 €
ISBN: 9782072624827
Paru en août 2015

Où?
Le roman se déroule en France, à Cogolin et Laragne ainsi qu’à Bouffémont « dans la bienheureuse banlieue » et à Montfavet où « le ragot est la spécialité locale », vers Le Trou, vers Gleize comme vers Lagarde ou La Brèche. Un faits divers à Avignon est également mentionné.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
José, retraité solitaire et endurci, vit devant la télé. Ferdinand, dont la vie sonne aussi mal au bureau que dans son univers familial, subit une femme volage et une fille ado, véritable tête à claques qui le déteste. Auguste, la cinquantaine, est pris en tenaille entre une mère tyrannique et un père plutôt faible. Et Agnès, la quarantaine, toujours amoureuse d’hommes mariés, doit se rendre au chevet de sa mère qui agonise. Ses trois frères, des fardeaux qu’elle redoute, la supplient de venir à l’hôpital…
Pascal Gautier exploite l’un de ses thèmes de prédilection, ancien comme l’histoire de l’humanité : la relation parents / enfants, souvent ingérable, mais qui fournit à l’écrivain une source d’inspiration inaltérable, caustique et tendre. Après l’immense succès du roman Les vieilles, La clef sous la porte est, au vu du titre, une suite logique ou plutôt une sorte de retour sur le passé. Les personnages, doués d’une certaine espérance, se débattent afin de ne pas perdre pied. Aussi arriveront-ils, chacun à sa façon, à mettre la clef sous la porte et à choisir la liberté.

Ce que j’en pense
**
Chronique de la vie ordinaire en province, ce roman porte un regard amer sur les vies des petites gens. Loin de grands rêves de gloire, d’ambitions démesurées ou d’un destin fabuleux, le quotidien de José, Ferdinand, Auguste et les autres se limite surtout à se plaindre. Toute la litanie des petits soucis et des grands débats y passe : les impôts, les étrangers, la sécurité, les coût de la vie, la hiérarchie, la vie de couple, l’éducation ou encore la difficulté qu’il y a à communiquer avec les adolescents. Carla, la fille de Ferdinand, en est du reste l’illustration, presque jusqu’à la caricature. Elle est déjà sans illusions et presque sans avenir. C’est du moins l’impression de son géniteur : « C’est toujours facile de critiquer. Il sait qu’elle le prend pour un vieux débris. Depuis des siècles, la majorité des gens râle parce qu’elle n’a pas les mêmes avantages que ceux qu’elle envie. Ce n’est pas par conviction, idéal et tout le bazar. Il n’est quand même pas né de la dernière pluie, Ferdinand ! »
Seulement voilà, il arrive un jour où l’envie de se débarrasser de ses chaînes l’emporte sur la peur de l’avenir. Le jour où on se dit qu’après tout, on n’a plus rien à perdre, que quitte à mourir au moins on aura vécu quelque chose d’intéressant. Faut-il vraiment prendre son ticket dans la salle d’attente ? Faut-il vraiment accourir dès que sa mère annonce qu’elle est à l’article de la mort ? Faut-il continuer à vivre avec une épouse qui vous trompe allègrement ?
En répondant par la négative, l’auteur nous donne à goûter le parfum de l’évasion, (même s’il ne s’agit que d’une escapade au volant d’une camionnette) et nous offre une salutaire bouffée d’air du large. Vivifiant !

Autres critiques
Babelio
La Croix
ELLE
La Vie
Blog Encres vagabondes
Blog Muze
Blog Les petites lectures de Scarlett

Extrait
« Il s’appelle Auguste. Un prénom qui prête à sourire. Pourtant, auguste est celui qui inspire un grand respect, de la vénération, ou qui en est digne. Auguste était le prénom de son grand-père, le père de sa mère. Et le prénom de son arrière-grand-père, le grand-père de sa mère. Et on pouvait remonter comme ça jusqu’au Moyen Âge, une tradition dans la famille. À l’école, qu’est-ce qu’on avait pu se moquer de lui! L’enfance est cruelle. Aujourd’hui, il en sourit. Une de ses collègues s’appelle bien Prune. Il est professeur. Un métier qui a évolué depuis quelques décennies. Il y a du bon, il y a du mauvais. Son grand-père Auguste a fait la guerre, celle de 1914. Il en est sorti vivant et indemne. Un miracle. Un grand-père auguste, qui a ensuite adopté, comme sa propre fille parmi ses propres filles, une enfant juive pendant l’Occupation. Un grand-père juste. Infiniment bon et humain. Dont l’ombre lourde, marmoréenne, pèse. Il n’a rien d’auguste, lui, il le sait bien. Le monde d’hier n’est pas celui d’aujourd’hui. Il affectionne ces répliques frappées au coin du bon sens.
Pas de guerre, pas d’Occupation. Le quotidien. Le boulot. Les vacances. Le métro. Le dodo. L’être humain a rétréci. C’est peut-être ça le progrès. Devenir tout petit petit. Sûr, lui, personne ne se souviendra de lui dans cinquante ans. Mais à quoi ça sert de penser à tout ça ? Dans cinquante ans, c’est pas maintenant. Et avant-hier, c’est pas maintenant non plus.. » (p. 10)

A propos de l’auteur
Pascale Gautier, admiratrice de Raymond Queneau et de Thomas Bernhard, sait manier la narration comique avec brio. Derrière l’humour, il y a toujours quelque chose de profond qui a l’apparence de la légèreté. Directrice littéraire aux Éditions Buchet / Chastel, elle est l’auteur aux Éditions Joëlle Losfeld de Trois grains de beauté, qui a reçu le Grand Prix SGDL du roman, Fol accès de gaîté et Les vieilles. (Source : Editions Joëlle Losfeld)

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L’Île du Point Némo

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L’Île du Point Némo
Jean-Marie Blas de Roblès
Roman
Zulma
464 p., 22,50 €
ISBN: 9782843046971
Paru le 22 août 2014

Où?

L’action se situe un peu partout dans le monde, mais elle emmène le lecteur principalement de France, dans le Périgord en Ecosse, puis à bord du transsibérien, en Australie et enfin vers l’île du Point-Némo.

Quand?
Si on en croit les moyens utilisés, on peut situer l’action dans un futur proche

Ce qu’en dit l’éditeur
Roman d’aventures total, tourbillonnaire, conquérant, véritable machinerie de l’imaginaire où s’entrecroisent et se percutent tous les codes romanesques, la littérature populaire, entre passé historique et projection dans le futur, nos hantises programmées et nos rêves d’échappées irrépressibles.
Martial Canterel, richissime opiomane, se laisse interrompre dans sa reconstitution de la fameuse bataille de Gaugamèles par son vieil ami Holmes (John Shylock…). Un fabuleux diamant, l’Anankè, a été dérobé à Lady MacRae, tandis que trois pieds droits chaussés de baskets de marque Anankè échouaient sur les côtes écossaises, tout près de son château… Voilà donc Holmes, son majordome et l’aristocratique dandy, bientôt flanqués de Lady MacRae et de sa fille Verity, emportés – pour commencer – dans le Transsibérien à la poursuite de l’insaisissable Enjambeur Nô.
Par une mise en abyme jubilatoire, cette intrigue rebondissante vient s’inscrire dans les aléas d’une fabrique de cigares du Périgord noir où, comme aux Caraïbes, se perpétue la tradition de la lecture, à voix haute, des aventures de Jean Valjean ou de Monte-Cristo. Bientôt reprise par Monsieur Wang, voyeur high-tech, et fondateur de B@bil Books, une usine de montage de liseuses électroniques…
Avec une ironie abrasive, ce roman-tsunami emporte toutes les constructions réalistes habituelles et ouvre d’extraordinaires horizons de fiction. Cette folle équipée romanesque est aussi la plus piquante réflexion sur l’art littéraire, doublée d’une critique radicale des idéologies et de la gouvernance anonyme, tentaculaire, qui nous aliène jusque dans notre intimité.

Ce que j’en pense
****

« Si l’on y réfléchit un peu, tout livre est l’anagramme d’un autre. Peut être même de plusieurs. Il n’appartient qu’au lexique d’être celui de tous les autres. C’est ce qui a guidé notre choix. » Voilà un quelque sorte le credo de Jean-Marie Blas de Roblès. Il nous livre ici un superbe hommage aux romans d’aventure et de suspense qui ont bercé sa jeunesse en nous permettant de repartir pour une expédition qui convoque tous les maîtres du genre. On se régale à suivre un groupe aussi disparate que celui du voyage autour du monde sur la trace d’un assassin et de voleur de haut-vol, celui de plus gros diamant du monde.
Tout au long de ce grand Barnum imaginé par l’auteur, on pourra croiser des personnages et des situations qui rappelleront entre autres Conan Doyle, Dumas, Defoe, Melville, Verne ou encore Swift. Comme l’auteur le souligne lui-même, parlant du Conte de Monte-Cristo : « cette conjonction n’a rien à voir avec le hasard ; cet homme est une bibliothèque vivante, un lecteur qui doit à certains livres choisis d’être resté debout. (…) C’est cela le vrai trésor, la source de vie que l’abbé Faria va transmettre à Edmond Dantès, oralement, jour après jour, pendant des années… »
Le plaisir que l’on prend sur les pas de notre groupe hétéroclite jusqu’à cet île du Point-Nemo, « le joli nom donné par les scientifiques au « pôle maritime d’inaccessibilité », l’endroit de l’océan le plus éloigné de toute terre émergée. » n’est pas étranger à ces clins d’œil qui parsèment le récit. Mais il tient aussi au style plein d’inventivité et de brio qui mêle de courts télégrammes qui témoignent de l’absurdité du quotidien à un second récit, sorte de fable de la mondialisation, qui fait du Périgord le lieu de production de liseuses électroniques supposées offrir le meilleur de la littérature …
Voilà un roman à conseiller à tous ceux qui ont envie d’un peu d’évasion en cette période difficile. Même si, au détour d’une phrase, ils songeront peut-être à l’équipe de Charlie Hebdo : « Le jour où vous comprendrez qu’il vaut mieux mourir en essayant de changer le monde, plutôt que de vieillir en le regardant agoniser, vous me rejoindrez ».

Autres critiques
Babelio
L’Express
Le Point
L’Humanité

Citations

« C’est étrange la manière dont l’imagination fonctionne, et comme elle s’apparente au rêve. On prend un bec par ici, une patte par là, un plumage, des écailles luisantes, et une machine en nous les recompose pour en faire une créature nouvelle, un collage monstrueux de bribes, de choses vues, de lectures oubliées, de peurs enfantines, qui reviennent, s’agglomérèrent la nuit pour former des îles, des continents noirs. De l’aléatoire programmé, du factice. Strictement rien qui ne naisse d’un recyclage, d’une laisse de mer sur la grève.
Nous sommes agis par des marées que nous ne maîtrisons pas, mais de temps à autre il en advient un bois flotté dont l’énigme semble avoir la puissance de modifier le monde. »

« — Vingt dieux ! dit-il, fronçant les sourcils. L’Enjambeur Nô !
— Oui, confirma Grimod. C’est sa marque.
— Mais de qui parlez-vous ? demanda Clawdia.
— Du plus sinistre des assassins, fit Holmes avec une voix de basse. Nul n’a jamais aperçu son visage, mais il n’y a pas un crime crapuleux, pas une faillite, pas une escroquerie défrayant la chronique, sans que son nom ne soit prononcé à un moment ou un autre. – Ou plutôt son surnom, reprit Canterel, car on ne connait pas son identité. Les ares fois où il a été aperçu, on l’a vu enjamber sa victime, s’immobiliser au-dessus d’elle dans une pose maniérée, comme un acteur de théâtre nô, puis fourrager son entrejambe pour en arracher les poils pubiens. Il décore de ces trophées affreux les lieux où il séjourne. Dans la seule cache qu’il n’ait pas eu le temps de déménager avant de disparaître, la police a retrouvé aussi des masques confectionnés à partir de visages humains…
— Et, Dieu me pardonne, continua Holmes, un exemplaire du Tarot comme grammaire du monde relié en peau de seins ! »

A propos de l’auteur
Né en 1954, il est l’auteur, chez Zulma, du monumental Là où les tigres sont chez eux (Prix du Roman Fnac, Prix Giono et Prix Médicis 2008). (Source : Editions Zulma)
Site Wikipédia de l’auteur

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