Ce qu’il faut de nuit

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Sélectionné pour le Prix Stanislas, qui sera remis le 12 septembre au salon le Livre sur la Place de Nancy.

En deux mots:
Après le décès de son épouse, un père se retrouve seul pour élever ses deux fils. Frédéric et Gillou. Au cœur d’une Lorraine sinistrée, ils vont essayer de se tracer un avenir, mener des combats communs. Jusqu’au jour où Frédéric choisit de s’émanciper et part coller des affiches avec des militants d’extrême-droite.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Ses enfants après lui

Premier roman et première révélation de cette rentrée! Laurent Petitmangin inscrit ses pas dans ceux de Nicolas Mathieu et nous offre un roman d’hommes, âpre et douloureux au cœur d’une Lorraine meurtrie.

Après trois années à l’hôpital Bon-Secours et une chimio qui l’affaiblissait de plus en plus, la moman a fini par mourir. Son mari, le narrateur, s’est alors retrouvé seul avec ses deux fils, Frédéric – que tout le monde avait décidé d’appeler Fus comme ça à cause du fussball – et Gillou.
Leur quotidien tourne désormais autour de rituels qui peuvent sembler désuets, mais qui leur permettent de tenir debout, de tenir ensemble. Pour faire bouillir la marmite, le père travaille à la SNCF, à l’entretien des caténaires. Puis il passe des soirées à la Section, le local du parti socialiste où il y a de moins en moins de monde, les grands combats pour le charbon et l’acier ayant disparu avec les fermetures des sites et décourageant les militants les uns après les autres. L’union de la gauche était loin et on ne pouvait guère se réjouir d’être resté à la maison le soir des présidentielles. On n’avait pas voté Macron, pas plus que l’autre. Les jeunes ne rêvent plus de lendemains qui chantent. Ils sont résignés. Seuls une poignée d’entre eux acceptent de suivre les anciens, plutôt par affection que par conviction.
Le trio passe des vacances au camping de Grevenmacher sur les bords de la Moselle, une parenthèse enchantée avant de revenir à la dure réalité.
Fus, après avoir lâché les études, au rythme de l’aggravation de l’état de santé de sa mère, avait fini par décrocher une place dans un IUT et continuait sa carrière de footballeur, sous les yeux de son père qui l’accompagnait au stade tous les dimanches.
Gillou a suivi un parcours scolaire moins cahotique et, sur les conseils de Jeremy, le beau parleur de la section, envisage de faire l’ENA. Mais aura-t-il les moyens de ses ambitions?
Et comment leur belle entente survivra-t-elle à une séparation? Car déjà un gros coup de canif a déchiré leur contrat tacite. On a vu Fus coller des affiches avec l’équipe du FN. «Fus avait vingt-deux ans, ce n‘était plus un gosse. Que fabriquait-il avec ces fachos? Quand je lui avais demandé le soir, il n’en savait rien. Il accompagnait juste des potes, c’était la première fois qu’ils allaient coller, il voulait voir ce que ça faisait. J’avais eu beau penser à cette soirée, ruminer ce que j’allais faire, le gifler, aller à la bagarre avec lui, il n’y eut finalement rien. Rien du tout. Rien de ce que j’avais pu imaginer. Je n’étais plus d’attaque pour me le coltiner. Ce soir-là je m’étais senti infiniment lâche. Très vieux aussi.»
Avec l’incompréhension et la colère rentrée, un modus vivendi s’installe, même si la fêlure est là, doublée de honte et de culpabilité. «Désormais on allait devoir vivre avec ça, c’était ce qui me gênait le plus. Quoi qu’on fasse, quoi qu’on veuille, c‘était fait: mon fils avait fricoté avec des fachos. Et d’après ce que j’en avais compris, il y prenait plaisir. On était dans un sacré chantier.»
Tandis que Gillou prend la direction de Paris avec Jeremy, Fus poursuit ses activités avec ses nouveaux amis. Jusqu’à ce jour funeste où tout va basculer.
Laurent Petitmangin a construit ce roman d’hommes sur le même terreau que celui de Nicolas Mathieu. Ce qu’il faut de nuit aurait du reste aussi pu s’appeler Leurs enfants après eux. L’analyse est la même, la plume tout aussi acérée, peut être trempée dans une encre un peu plus noire chez Laurent Petitmangin. Cette tragédie est construite dans un style sec, dans une langue épurée qui vous prend aux tripes. Le livre de poche et une dizaine pays ont déjà acquis les droits de ce premier roman dont j’imagine que nous n’avons fini d’entendre parler.

Ce qu’il faut de nuit
Laurent Petitmangin
La Manufacture de livres
Roman
192 p., 16,90 €
EAN 9782358876797
Paru le 20/08/2020

Où?
Le roman se déroule en France, principalement en Lorraine, entre Villerupt et Audun-le-Tiche, Longwy, Metz, Thionville, Aubange, Mont-Saint-Martin, Woippy. On y évoque aussi Forbach et Sarreguemines ainsi que des vacances à Grevenmacher et des voyages à Paris

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
C’est l’histoire d’un père qui élève seul ses deux fils. Les années passent et les enfants grandissent. Ils choisissent ce qui a de l’importance à leurs yeux, ceux qu’ils sont en train de devenir. Ils agissent comme des hommes. Et pourtant, ce ne sont encore que des gosses. C’est une histoire de famille et de convictions, de choix et de sentiments ébranlés, une plongée dans le cœur de trois hommes.
Laurent Petitmangin dans ce premier roman fulgurant, dénoue avec une sensibilité et une finesse infinies le fil des destinées d’hommes en devenir.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Livres Hebdo (Alexiane Guchereau)
Actualitté (Victor de Sepausy)
Place des libraires (Catherine, librairie Montbarbon, Bourg-en-Bresse)
Blog Read Look Hear
Blog N’importe où hors du monde
Blog Baz’Art


Pierre Fourniaud présente Ce qu’il faut de nuit © Production La Manufacture de livres

Le premier chapitre du livre
« Fus s’arrache sur le terrain. Il tacle. Il aime tacler. Il le fait bien, sans trop démonter l’adversaire. Suffisamment vicieux quand même pour lui mettre un petit coup. Parfois le gars se rebiffe, mais Fus est grand, et quand il joue il a un air mauvais. Il s’appelle Fus depuis ses trois ans. Fus pour Fußball. À la luxo. Personne ne l’appelle plus autrement. C’est Fus pour ses maîtres, ses copains, pour moi son père. Je le regarde jouer tous les dimanches. Qu’il pleuve, qu’il gèle. Penché sur la main courante, à l’écart des autres. Le terrain est bien éloigné de tout, cadré de peupliers, le parking en contrebas. La petite cahute qui sert aux apéros et à la remise du matériel a été repeinte l’année dernière. La pelouse est belle depuis plusieurs saisons sans qu’on sache pourquoi. Et l’air toujours frais, même en plein été. Pas de bruit, juste l’autoroute au loin, un fin ruissèlement qui nous tient au monde. Un bel endroit. Presque un terrain de riches. Il faut monter quinze kilomètres plus haut, au Luxembourg, pour trouver un terrain encore mieux entretenu. J’ai ma place. Loin des bancs, loin du petit groupe des fidèles. Loin aussi des supporters de l’équipe visiteuse. Vue directe sur la seule publicité du terrain, le kebab qui fait tout, pizza, tacos, l’américain, steak-frites dans une demi-baguette, ou le Stein, saucisse blanche-frites, toujours dans une demi-baguette. Certains, comme le Mohammed, viennent me serrer la main, « inch’Allah on leur met la misère, il est en forme le Fus aujourd’hui ? » et puis repartent. Je ne m’énerve jamais, je ne gueule jamais comme les autres, j’attends juste que le match se termine.

C’est mon dimanche matin. À sept heures, je me lève, je fais le café pour Fus, je l’appelle, il se réveille aussi sec sans jamais râler, même quand il s’est couché tard la veille. Je n’aimerais pas devoir insister, devoir le secouer, mais cela n’est jamais arrivé. Je dis à travers la porte : « Fus, lève-toi, c’est l’heure », et il est dans la cuisine quelques minutes après. On ne parle pas. Si on parle, c’est du match de Metz la veille. On habite le 54, mais on soutient Metz dans la région, pas Nancy. C’est comme ça. On fait attention à notre voiture quand on la gare près du stade. Il y a des cons partout, des abrutis qui s’excitent dès qu’ils voient un « 54 » et qui sont capables de te labourer la voiture. Quand il y a eu match la veille, je lui lis les notes du journaliste. On a nos joueurs préférés, ceux qu’il ne faut pas toucher. Qui finiront par partir. Le club ne sait pas les retenir. On se les fait sucer dès qu’ils brillent un peu. Il nous reste les autres, les besogneux, ceux dont on se dit vingt fois par match, vivement qu’ils dégagent, j’en peux plus de leurs conneries. À tout compter, tant qu’ils mouillent le maillot, même avec des pieds carrés, ils peuvent bien rester. On sait ce qu’on vaut et on sait s’en contenter. Quand je regarde Fus jouer, je me dis qu’il n’y a pas d’autre vie, pas de vie sur cette vie. Il y a ce moment avec les cris des gens, le bruit des crampons qui se collent et se décollent de l’herbe, le coéquipier qui râle, qu’on ne trouve pas assez tôt, pas assez en profondeur, cette rage gueulée à fond de gorge quand ils marquent ou prennent le premier but. Un moment où il n’y a rien à faire pour moi, un des seuls instants qui me restent avec Fus. Un moment que je ne céderais pour rien au monde, que j’attends au loin dans la semaine. Un moment qui ne m’apporte rien d’autre que d’être là, qui ne résout rien, rien du tout. Le match terminé, Fus ne rentre pas tout de suite. Je ne l’attends pas, il arrive qu’on a déjà presque fini de dîner avec son frère. « Gros,
tu me laveras les maillots ?
– Vas-y, et pourquoi je le ferais ?
– T’es mon petit frère, t’inquiète, je te revaudrai ça. »
Il prend son assiette, se sert et va s’installer devant les programmes de l’après-midi. À cinq heures, quand j’ai le courage, je vais à la section. Il y a de moins en moins de monde depuis qu’on n’y sert plus l’apéro. Ça devenait n’importe quoi, les gars ne travaillaient plus et attendaient juste qu’on sorte les bouteilles. On est quatre, cinq, rarement plus. Pas toujours les mêmes. Plus besoin de déplier les tables comme on le faisait vingt ans avant. La plupart ne travaillent pas le lundi. Des retraités, la Lucienne qui vient comme elle venait du temps de son mari, avec un gâteau qu’elle découpe gentiment. Personne ne parle, tant qu’elle n’a pas coupé huit belles parts, bien égales. Un ou deux gars au chômage depuis l’Antiquité. Les sujets sont toujours les mêmes, l’école du village qui ne va pas durer en perdant une classe tous les trois ans, les commerces qui se barrent les uns après les autres, les élections. Ça fait des années qu’on n’en a pas gagné une. Aucun de chez nous n’a voté Macron. Pas plus pour l’autre. Ce dimanche-là, on est tous restés chez nous. Un peu soulagés quand même qu’elle ne soit pas passée. Et encore, je me demande si certains, au fond d’eux-mêmes, n’auraient pas préféré que ça pète un bon coup. On tracte ce qu’il faut. Je ne crois pas que cela serve à grand-chose, mais il y a un jeune qui a le sens de la formule. Qui sait dire en une page la merde qui noie nos mines et nos vies. Jérémy. Pas le Jérémy. Jérémy tout court, car il n’est pas du coin et nous reprend à chaque fois avec notre manie de mettre des « le » ou des « la » partout. Ses parents sont arrivés il y a quinze ans, quand l’usine de carters a monté sa nouvelle ligne de production. Quarante embauches d’un coup. Inespéré. Si on l’a pas inaugurée vingt fois cette ligne, on l’a pas inaugurée. Toute la région, le préfet, le député, toutes les classes d’école sont venus lui faire des zigouigouis. Jusqu’au curé qui est passé plusieurs fois la bénir en douce. La journaliste du Répu n’en finissait pas de faire la route pour les raconter tous devant cette chaîne, symbole qu’on pouvait y croire. « La Lorraine est industrielle et elle le restera. » Une belle blonde qui faisait son métier proprement avec les mots d’espoir qui vont bien. C’est elle qui prenait aussi les photos, alors elle variait les poses, histoire que la page Villerupt – Audun-le-Tiche n’ait pas chaque jour la même gueule. Elle a mis du temps cette chaîne à se lancer, peut-être trop de temps. Le jour où on avait enfin formé les contremaîtres et les opérateurs, le jour où on avait enfin trouvé le moyen de traiter à peu près correctement le foutu solvant, rien du tout, quelques centilitres par jour qui s’échappaient et qui bloquaient l’accréditation, on était à nouveau en pleine crise, celle des banques, celle qui allait achever la ligne et ses résidus en deux coups les gros. L’usine aurait pu cracher des matières radioactives, je ne pense pas mentir en disant que le village n’en avait rien à faire, qu’on aurait préféré boire une eau de chiottes plutôt que de retarder encore le lancement de cette ligne. Il n’y avait pas eu de débat à la section, on n’était pas encore très écolos à l’époque. On ne l’est toujours pas d’ailleurs. Jérémy faisait partie de la classe printemps, comme on l’avait appelée alors. Une vingtaine de gamins qui étaient arrivés en mars-avril avec les parents tout juste embauchés et qui avaient réamorcé une classe supplémentaire de cours élémentaire et une de cours moyen dès la rentrée suivante. Il a vingt-trois ans, Jérémy, un an de moins que Fus. Au début, les deux-là ont été potes. Fus l’aimait bien. Il nous l’a ramené à la maison plusieurs fois. Et pourtant il ne ramenait pas beaucoup de monde chez nous. Je pense qu’il avait un peu honte. De sa mère qui pouvait à peine quitter le lit. De moi peut-être. Quand Jérémy venait, c’était une belle journée pour ma femme. Si elle en avait la force, elle se levait et leur faisait des gaufres ou des beignets. Elle râlait un peu auprès de Fus en disant qu’il aurait dû prévenir, qu’elle aurait fait la pâte plus tôt, la veille, que ç’aurait été bien meilleur, mais elle finissait par les faire ses beignets, croustillants, glacés de sucre. Il y en avait le soir pour le souper et encore un saladier plein pour le lendemain. Jérémy et Fus se sont vus jusqu’au collège. Et puis Fus a commencé à moins bien travailler. À piocher. À ne pas aller en cours. Il avait des excuses toutes trouvées. L’hôpital. Sa mère. La maladie de sa mère. Les rares embellies dont il fallait profiter. Les derniers jours de sa mère. Le deuil de sa mère. Trois ans de merde, sixième-cinquième-quatrième, où il m’a vu totalement impuissant. N’arrivant plus à y croire. Ayant perdu toute foi dans une rémission qui ne viendrait plus. Même pas capable d’arrêter de fumer. Plus capable de m’asseoir à côté de lui, quand il était en larmes sur son lit, plus capable de lui mentir, de lui dire que cela allait bien se passer pour la moman, qu’elle allait revenir. Juste capable de leur faire à manger, à lui et à son frère. Juste capable de me reprocher d’avoir eu ces enfants bien trop tard. On avait déjà trente-quatre ans tous les deux quand notre Gillou est né. En troisième, Fus n’y arrivait plus. Il a largué les derniers copains du bon temps. Le temps où les maîtres des petites classes l’aimaient bien. Ceux au collège ont eu beaucoup moins de patience. Ils ont fait comme si de rien n’était. Comme si le gamin ne passait pas ses dimanches à Bon-Secours. Au début, il prenait ses devoirs à l’hôpital, puis il a fait comme moi, il s’est juste assis près du lit, il a regardé le lit, sa mère dans le lit, mais surtout le lit, les draps, comment ils étaient agencés. Les petits défauts dans la trame à force de les faire bouillir et de les passer à la Javel. Pendant des heures. C’était dur de regarder la moman, elle était devenue laide. Quarante-quatre ans. On lui en aurait donné vingt, trente de plus. Parfois les infirmières la maquillaient un peu, mais elles ne pouvaient pas cacher le jaune ocre qui prenait semaine après semaine son visage mal endormi, et surtout ses bras qui sortaient du drap, déjà en fin de vie. Comme moi, il a dû parfois souhaiter de ne pas y aller à Bon- Secours, qu’il y ait un dimanche normal, ou au contraire quelque chose de bien exceptionnel qui nous aurait empêchés de faire la route, mais ça n’arrivait jamais, on n’avait rien de mieux, rien de plus urgent à faire, alors on allait voir la moman à l’hôpital. Il n’y a que notre Gillou qu’on s’arrangeait de laisser parfois aux voisins pour l’après-midi. Sur le coup des huit heures, après le service du souper, on sortait soulagés d’y être allés. Parfois, l’été, contents d’avoir ouvert la fenêtre. D’avoir profité d’une de ces heures où elle était bien consciente et d’avoir écouté avec elle les bruits de la cour. On lui mentait, on lui disait qu’elle avait meilleure mine et que le professeur, croisé dans le couloir, avait l’air content. J’aurais quand même dû le pousser. Je l’ai regardé dégringoler petit à petit. Ses carnets étaient moins bons, mais qu’est-ce que ça pouvait faire ? Mon peu d’énergie, je l’ai gardé pour continuer à travailler, continuer à faire bonne figure devant les collègues et le chef, garder ce foutu poste. Faire gaffe, crevé comme je l’étais, un peu chlasse parfois, de ne pas faire une connerie. Faire gaffe aux courts-jus. Faire gaffe aux chutes. C’est haut une caténaire. Revenir entier. Car il fallait bien nourrir mes deux zèbres, tenir bon sans boire jusqu’à ce qu’ils se couchent. Et puis me laisser aller. Pas toujours. Souvent quand même. Voilà comment ont filé ces trois ans. Bon-Secours, le dépôt SNCF de Longwy, parfois celui de Montigny, la ligne Aubange – Mont-Saint-Martin, le triage de Woippy, le pavillon, la section et de nouveau Bon-Secours. Et puis les découchés à Sarreguemines et à Forbach, m’organiser avec les voisins pour qu’ils gardent un œil sur le Gillou et Fus. Fus qui devait faire à manger, les boîtes préparées, juste à les réchauffer : « Tu fais attention, tu n’oublies pas le gaz, va pas nous mettre le feu à la maison. Vous couchez pas trop tard, si tu as besoin tu vas voir chez le Jacky, ils savent que vous êtes seuls ce soir. » Fus grand dès ses treize ans. Charge d’homme. Un bon gars, la maison était toujours nickel quand je rentrais le lendemain. Pas une fois, il n’eut à aller voir le Jacky. Même quand la grêle avait explosé la verrière de la cuisine, des cailloux gros comme le poing. Même quand Gillou n’arrivait pas à dormir, qu’il avait peur, qu’il voulait sa mère. Fus s’en était toujours débrouillé. Il faisait ce qu’il fallait. Il parlait à Gillou, le réveillait le lendemain, lui préparait son déjeuner. Et trouvait encore le temps de nettoyer derrière lui. Dans d’autres circonstances, ç’aurait été l’enfant modèle, vingt fois, cent fois, mille fois récompensé. Là, avec ce qui se passait, ça ne m’était jamais venu à l’idée
de lui dire merci. Juste un « ça s’est bien passé, pas de bêtises ? On ira à Bon-Secours dimanche ». La moman, elle, savait s’en occuper, de Fus et de Gillou. Elle allait à toutes les réunions de l’école, insistait pour que je pose un jour de congé et que je vienne aussi. Nous étions toujours les premiers, au premier rang, coincés derrière les petits pupitres des enfants. Attentifs aux conseils de la maîtresse. La moman prenait des notes qu’elle relisait aux enfants le soir. Elle avait inscrit Fus au latin, parce que c’étaient les meilleurs qui faisaient latin, ça servait à bien comprendre la grammaire, c’était de l’organisation, comme les mathématiques. Latin et allemand. Ils auraient le temps de faire de l’anglais en quatrième. Elle avait de l’ambition pour les deux. « Vous serez ingénieurs à la SNCF. C’est des bonnes places. Médecins aussi, mais surtout ingénieurs à la SNCF. » Quand on avait découvert la maladie, elle m’en avait reparlé de l’avenir des enfants, mais c’était au début. Je n’y croyais pas à ce cancer, elle non plus, je crois. Je l’avais laissée dire sans prêter attention, puis elle s’était effondrée assez rapidement dans la souffrance et elle n’était plus revenue dessus. Les dernières semaines, quand elle savait que c’était fini, elle n’avait pas fait le tour de sa vie et s’était abstenue de tout conseil. Elle s’était contentée de nous regarder, le peu de temps où elle était consciente. Juste nous observer, sans même nous sourire. Elle ne m’avait rien fait promettre. Elle nous avait laissés. Elle s’était démenée pendant trois ans avec son cancer. Sans jamais dire qu’elle allait s’en sortir. La moman n’était pas bravache. Une fois, je lui avais dit :
« Tu vas le faire pour les enfants.
– Je vais déjà le faire pour moi », qu’elle m’avait répondu.
Mais je crois qu’elle énervait les médecins, pas assez motivée, pas assez de gueule en tout cas. Ils attendaient qu’elle se rebiffe, qu’elle dise comme les autres, qu’elle allait lui pourrir la vie à ce cancer, le rentrer dans l’œuf. Mais elle ne le disait pas. Un truc de film, un truc pour les autres. Comme les dernières recommandations. Trop pour elle. C’était pas la vraie vie, pas comme ça que sa vie était faite en tout cas. Alors, personne à son enterrement ne m’avait parlé de son courage. Pourtant trois ans d’hôpital, de chimio, trois ans de rayons. Les gens m’avaient parlé de moi, des enfants, de ce qu’on allait faire maintenant, presque pas d’elle. On aurait dit qu’ils lui en voulaient un peu de sa résignation, d’avoir donné une si piètre image. Le professeur avait juste haussé les épaules quand je lui avais demandé comment s’étaient passées les dernières heures. « Comme les jours d’avant, pas plus pas moins. Vous savez, monsieur, votre femme ne s’est jamais réellement révoltée contre sa maladie. Ce n’est pas donné à tout le monde. Je ne vous dis pas d’ailleurs que cela aurait changé quelque chose, nul ne peut savoir à vrai dire. » Voilà l’oraison. Même le curé avait eu du mal. Il ne nous connaissait pas trop. On n’allait pas à la messe, mais la moman voulait un petit quelque chose, enfin j’avais imaginé, on n’en avait guère parlé. Je m’étais dit que ça marquerait le coup de passer à l’église. Pas envie qu’elle parte comme ça, si vite. Pour les enfants aussi, c’était mieux, plus correct. Au sortir du cimetière, un jeune, le fils d’un des gars de la section, m’avait abordé. Il s’était excusé d’être arrivé en retard, mais ça roulait mal depuis la sortie de la nationale.
Il m’avait proposé une cigarette.
Gillou était déjà rentré avec le Jacky. Fus ne m’avait pas lâché de toute la cérémonie, plein de tristesse, pénétré par cette journée. Voyant que nos cigarettes s’enchaînaient, il avait fini par s’asseoir sur le banc de pierre en haut du cimetière. Il regardait les terrassiers s’activer sur la tombe de la moman, pour terminer avant la nuit. Moi, j’étais avec le jeune, au bout du terrain, là où il y avait encore de la place pour trois pleines travées, un coin bien vert, en surplomb de la vallée, un bel endroit, dommage qu’il soit si près de toute cette mort. Nous discutions de tout et de rien. Je savais que les autres m’attendaient au bistro pour le café et les brioches que j’avais commandés la veille. Mais j’avais plaisir à fumer avec ce jeune gars comme si de rien n’était. Soulagé que cette journée soit finie, content qu’il ne se soit rien passé. De quoi avais-je eu peur ? Qu’est-ce qui pouvait bien arriver le jour d’un enterrement ? Soulagé quand même. Parcouru de pensées vides, de questions aussi inutiles qu’indispensables qui allaient rythmer désormais ma vie. Qu’est-ce que j’allais leur faire à manger ce soir ? Qu’est- ce qu’on ferait dimanche ? Où étaient rangées les affaires d’hiver? »

Extraits
« Le Bernard avait simplement continué: «Te bile pas, c’est des conneries de jeunes. Faudrait juste pas qu’il tombe mal. Tu les connais chez nous, il y en a des teigneux qui n’hésiteraient pas à cogner, même sur ton fils.» Et en me donnant une grosse bourrade: «Si c’est pas malheureux de retourner comme ça la tête des gosses», qu’il avait conclu. Fus avait vingt-deux ans, ce n‘était plus un gosse. Que fabriquait-il avec ces fachos?
Quand je lui avais demandé le soir, il n’en savait rien. Il accompagnait juste des potes, c’était la première fois qu’ils allaient coller, il voulait voir ce que ça faisait. J’avais eu beau penser à cette soirée, ruminer ce que j’allais faire, le gifler, aller à la bagarre avec lui, il n’y eut finalement rien. Rien du tout. Rien de ce que j’avais pu imaginer. Je n’étais plus d’attaque pour me le coltiner. Ce soir-là je m’étais senti infiniment lâche. Très vieux aussi. » p. 59

« Est-ce qu’on est toujours responsable de ce qui nous arrive? Je ne me posais pas la question pour lui, mais pour moi. Je ne pensais pas mériter tout ça, mais peut-être que c’était une vue de l’esprit, peut-être que je méritais bel et bien tout ce qui m’arrivait et que je n’avais pas fait ce qu’il fallait. » p. 128

« Putain, il était où le militant facho sûr de son fait? Je ne voyais qu’un pauvre type, comme moi, tout aussi décontenancé. «On est bien rendus, hein, avec leurs conneries», qu’il m’avait dit. Et les conneries, dans sa bouche – je ne crois pas me tromper en le disant –, ce n’étaient pas celles de nos enfants, surtout pas, c’était quelque chose de bien plus haut, de plus insaisissable, qui nous dépassait et dans les grandes largeurs encore. À la limite, c’étaient nos conneries à nous, tout ce qu’on avait fait et peut-être, en premier lieu, tout ce qu’on n’avait pas fait. » p. 170

À propos de l’auteur
PETITMANGIN_Laurent_©DRLaurent Petitmangin © Photo DR

Laurent Petitmangin est né en 1965 en Lorraine au sein d’une famille de cheminots. Il passe ses vingt premières années à Metz, puis quitte sa ville natale pour poursuivre des études supérieures à Lyon. Il rentre chez Air France, société pour laquelle il travaille encore aujourd’hui. Grand lecteur, il écrit depuis une dizaine d’années. Ce qu’il faut de nuit est son premier roman. (Source: La Manufacture de livres)

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Leurs enfants après eux

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En deux mots:
De 1992 à 1998 une bande de jeunes tout juste sortis de l’adolescence vont tenter de prendre leur place dans la société. Anthony, Clem, Steph, Hacine et les autres ne veulent pas finir comme leurs parents, ne veulent pas crever dans leur vallée lorraine que l’industrie a désertée.

Ma note:
★★★★★ (coup de cœur, livre indispensable)

Prix Blù Jean-Marc Roberts – 2018
La Feuille d’or de la ville de Nancy, prix des Médias France Bleu-France 3-L’Est Républicain 2018

Ma chronique:

Lorraine, cœur d’acier… rouillé

Après Aux animaux la guerre, Nicolas Mathieu revient avec un magnifique roman qui, à travers les portraits d’une bande de jeunes dans une Lorraine désindustrialisée, raconte la France des années 90. Fort, juste, dramatiquement vrai.

Balzac, Hugo, ou encore… Karine Tuil. Il y a dans le second roman de Nicolas Mathieu la faconde de l’auteur de La Comédie humaine, la dimension sociale et politique de l’auteur des Misérables et l’art de dépeindre une époque de la romancière de L’Insouciance. Autant dire que je place Leurs enfants après eux dans le carré la plus précieux de ma bibliothèque, celui des livres «indispensables» dont j’imagine qu’ils pourraient devenir des classiques.
Le roman s’ouvre au bord d’une plage, durant l’été 1992. Anthony s’y prélasse avec quelques copains, essayant de tuer le temps. Au sortir de l’adolescence, son horizon n’est guère enthousiasmant. Dans une Lorraine qui a beau comporter de nombreuses localités se terminant par «ange», c’est plutôt le diable qui semble avoir pris le contrôle du territoire. Après la fin du charbon, c’est la fin de la sidérurgie. La désindustrialisation a déjà fait des ravages. Le chômage a frappé les enfants du baby-boom et s’est étendu comme un cancer aux stigmates visibles dans tout le paysage. Comment s’imaginer un avenir au milieu de friches industrielles, d’usines désaffectées, de commerces ayant définitivement tiré leur rideau de fer? « Le paradis était perdu pour de bon, la révolution n’aurait pas lieu; il ne restait plus qu’à faire du bruit. » Le bruit des motos pétaradantes ou celui de groupes tels que Nirvana ou Queen vont du reste accompagner le lecteur tout au long du roman. L’YZ que son père garde au fond de son garage va servir à Anthony à rejoindre la fête donnée dans une villa à quelques kilomètres de chez lui. Avec son cousin, il va essayer de trouver dans l’alcool, la drogue et le sexe de quoi agrémenter son spleen. Sauf qu’au petit matin, le bilan est loin d’être grandiose. Outre une altercation avec Hacine qui tentait de s’incruster dans cette fête, et une bonne gueule de bois, il constate que la moto a été volée.
Il retourne chez lui la peur au ventre, car il n’a pas demandé l’autorisation à son père et sait combien ce dernier tenait à cette moto, même s’il ne s’en servait plus guère. Hélène, sa mère, redoute tout autant la réaction de son mari et décide de se rendre chez le père de Hacine pour récupérer l’YZ, sans succès. Car cette dernière est en train de brûler au milieu de curieux ébahis.
Si l’on peut parler ici d’acte fondateur, c’est parce que cet événement cristallise toutes les rancœurs, toutes les peurs, tous les drames à venir.
Hacine se fait proprement défoncer par son père, l’immigré forcément accusé de tous les maux. Patrick s’en prend à sa femme Hélène et à Anthony, provoquant l’éclatement de la famille. La vengeance va entraîner la déchéance…
Nicolas Mathieu a découpé son roman en quatre périodes, quatre étés de 1992 à 1998 qui nous permettent, outre le passage de l’adolescence à l’âge adulte d’Anthony, de Hacine, de Clem, de Steph et des autres, de suivre l’actualité politique et l’actualité sportive. De la montée du front national à la Coupe du monde de football, l’auteur montre comment ces événements accompagnent le quotidien et marquent les esprits jusqu’à bousculer quelques existences. Car les drames et les réussites servent aussi de révélateur. À l’aune de cette époque floue et instable, entre la chute du mur de Berlin et celle des Twin Towers, la seule issue raisonnable semble devoir être la fuite.
Disons encore quelques mots du style de Nicolas Mathieu. Il a parfaitement su retrouver le ton, les expressions et le ressenti de ses personnages – il est de la même génération – avec cette dose de violence et de fatalisme qui leur colle à la peau et qui vont faire voler en éclats leurs rêves. Retrouvant l’ambiance de son roman noir, Aux animaux la guerre, Nicolas Mathieu nous livre un constat aussi lucide que douloureux. Et qui résonne d’autant plus fort en moi, car je fais partie de ces Lorrains qui ont choisi de s’exiler sous des cieux plus cléments.

Leurs enfants après eux
Nicolas Mathieu
Éditions Actes Sud
Roman
432 p., 21,80 €
EAN : 9782330108717
Paru le 23 août 2018

Où?
Le roman se déroule en France, principalement dans le Grand-Est, dans des villes de Lorraine que l’auteur recompose, entre Metz et le Luxembourg. On y évoque aussi des voyages en voiture jusqu’à Tétouan au Maroc avec des étapes à Orléans, Poitiers, Tours, Gibraltar, Ceuta où via Villeurbanne, Marseille, Tanger.

Quand?
L’action se situe de 1992 à 1998, avec quelques retours en arrière.

Ce qu’en dit l’éditeur
Août 1992. Une vallée perdue quelque part dans l’Est, des hauts-fourneaux qui ne brûlent plus, un lac, un après-midi de canicule. Anthony a quatorze ans, et avec son cousin, pour tuer l’ennui, il décide de voler un canoë et d’aller voir ce qui se passe de l’autre côté, sur la fameuse plage des culs-nus. Au bout, ce sera pour Anthony le premier amour, le premier été, celui qui décide de toute la suite. Ce sera le drame de la vie qui commence.
Avec ce livre, Nicolas Mathieu écrit le roman d’une vallée, d’une époque, de l’adolescence, le récit politique d’une jeunesse qui doit trouver sa voie dans un monde qui meurt. Quatre étés, quatre moments, de Smells Like Teen Spirit à la Coupe du monde 98, pour raconter des vies à toute vitesse dans cette France de l’entre-deux, des villes moyennes et des zones pavillonnaires, de la cambrousse et des ZAC bétonnées. La France du Picon et de Johnny Hallyday, des fêtes foraines et d’Intervilles, des hommes usés au travail et des amoureuses fanées à vingt ans. Un pays loin des comptoirs de la mondialisation, pris entre la nostalgie et le déclin, la décence et la rage.

« AU DÉPART, ON POURRAIT TENTER CETTE HYPOTHÈSE : un roman, ça s’écrit toujours à la croisée des blessures. Ici, j’en verrais trois, disons les miennes.
D’abord, l’adolescence. J’ai été cet enfant qui finit, qui rêve de sortir avec la plus belle fille du bahut, et veut sa part du gâteau. Et puis la plus belle fille ne veut rien savoir, le monde reste insaisissable, le temps passe et c’est encore le pire. Il y aura des étés, des flirts, les poils qui poussent, la voix qui mue. Ce sera le plus beau de la vie, et le plus cruel aussi. Dans une histoire, j’essaierai de mettre des mots là-dessus, la cicatrice à partir de quoi tout commence.
L’autre plaie, ce serait celle du social et des distances. Quand j’étais petit, on m’a raconté un mensonge, que le monde s’offrait à moi tel quel, équitable, transparent, quand on veut on peut. Mais un jour, peut-être grâce aux livres, le voile s’est déchiré et j’ai commencé à comprendre. Cette leçon des écarts, des legs et des signes distinctifs, cette vérité des places et des hiérarchies, ce sera mon carburant.
Enfin, il y a ce départ. Je suis né dans un monde que j’ai voulu fuir à tout prix. Le monde des fêtes foraines et du Picon, de Johnny Hallyday et des pavillons, le monde des gagne-petit, des hommes crevés au turbin et des amoureuses fanées à vingt-cinq ans. Ce monde, je n’en serai plus jamais vraiment, j’ai réussi mon coup. Et pourtant, je ne peux parler que de lui. Alors j’ai écrit ce roman, parce que je suis cet orphelin volontaire. » N. M.

Les critiques
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Lecteurs.com
Télérama (Michel Abescat)
Culturebox (Anne Brigaudeau)
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Nicolas Mathieu parle de son roman Leurs enfants après eux © Production Actes Sud

Les premières pages du livre
« Debout sur la berge, Anthony regardait droit devant lui.
À l’aplomb du soleil, les eaux du lac avaient des lourdeurs de pétrole. Par instants, ce velours se froissait au passage d’une carpe ou d’un brochet. Le garçon renifla. L’air était chargé de cette même odeur de vase, de terre plombée de chaleur. Dans son dos déjà large, juillet avait semé des taches de rousseur. Il ne portait rien à part un vieux short de foot et une paire de fausses Ray-Ban. Il faisait une chaleur à crever, mais ça n’expliquait pas tout.
Anthony venait d’avoir quatorze ans. Au goûter, il s’enfilait toute une baguette avec des Vache qui Rit. La nuit, il lui arrivait parfois d’écrire des chansons, ses écouteurs sur les oreilles. Ses parents étaient des cons. À la rentrée, ce serait la troisième.
Le cousin, lui, ne s’en faisait pas. Étendu sur sa serviette, la belle achetée au marché de Calvi, l’année où ils étaient partis en colo, il somnolait à demi. Même allongé, il faisait grand. Tout le monde lui donnait facile vingt-deux ou vingt-trois ans. Le cousin jouait d’ailleurs de cette présomption pour aller dans des endroits où il n’aurait pas dû se trouver. Des bars, des boîtes, des filles.
Anthony tira une clope du paquet glissé dans son short et demanda son avis au cousin, si des fois lui aussi ne trouvait pas qu’on s’emmerdait comme pas permis.
Le cousin ne broncha pas. Sous sa peau, on pouvait suivre le dessin précis des muscles. Par instants, une mouche venait se poser au pli que faisait son aisselle. Sa peau frémissait alors comme celle d’un cheval incommodé par un taon. Anthony aurait bien voulu être comme ça, fin, le buste compartimenté. Chaque soir, il faisait des pompes et des abdos dans sa piaule. Mais ce n’était pas son genre. Il demeurait carré, massif, un steak. Une fois, au bahut, un pion l’avait emmerdé pour une histoire de ballon de foot crevé. Anthony lui avait donné rendez-vous à la sortie. Le pion n’était jamais venu. En plus, les Ray-Ban du cousin étaient des vraies.
Anthony alluma une clope et soupira. Le cousin avait bien ce qu’il voulait. Anthony le tannait depuis des jours pour aller faire un tour du côté de la plage des culs-nus, qu’on avait d’ailleurs baptisée ainsi par excès d’optimisme, parce qu’on n’y voyait guère que des filles topless, et encore. Quoi qu’il en soit, Anthony était complètement obnubilé.
– Allez, on y va.
– Non, grogna le cousin.
– Allez. S’te plaît.
– Pas maintenant. T’as qu’à te baigner.
¬– T’as raison…
Anthony se mit à fixer la flotte de son drôle de regard penché. Une sorte de paresse tenait sa paupière droite mi-close, faussant son visage, lui donnant un air continuellement maussade. Un de ces trucs qui n’allaient pas. Comme cette chaleur où il se trouvait pris, et ce corps étriqué, mal fichu, cette pointure 43 et tous ces boutons qui lui poussaient sur la figure. Se baigner… Il en avait de bonnes, le cousin. Anthony cracha entre ses dents.
Un an plus tôt, le fils Colin s’était noyé. Un 14 juillet, c’était facile de se rappeler. Cette nuit-là, les gens du coin étaient venus en nombre sur les bords du lac et dans les bois pour assister au feu d’artifice. On avait fait des feux de camp, des barbecues. Comme toujours, une bagarre avait éclaté un peu après minuit. Les permissionnaires de la caserne s’en étaient pris aux Arabes de la ZUP, et puis les grosses têtes de Hennicourt s’en étaient mêlées. Finalement, des habitués du camping, plutôt des jeunes, mais aussi quelques pères de famille, des Belges avec une panse et des coups de soleil, s’y étaient mis à leur tour. Le lendemain. on avait retrouvé des papiers gras, du sang sur des bouts de bois, des bouteilles cassées et même un Optimist du club nautique c0incé dans un arbre; c’était pas banal. En revanche, on n’avait pas retrouvé le fils Colin.
Pourtant, ce dernier avait bien passé la soirée au bord du lac. On en était sûr parce qu’il était venu avec ses potes, qui avaient tous témoigné par la suite. Des mômes sans rien de particulier, qui s’appelaient Arnaud, Alexandre ou Sébastien, tout juste bacheliers et même pas le permis. Ils étaient venus là pour assister à la baston traditionnelle, sans intention d’en découdre personnellement. Sauf qu’à un moment, ils avaient été pris dans la mêlée. La suite baignait dans le flou. Plusieurs témoins avaient bien aperçu un garçon qui semblait blessé. On parlait d’un t-shirt plein de sang, et aussi d’une plaie à la gorge, comme une bouche ouverte sur des profondeurs liquides et noires. Dans la confusion, personne n’avait pris sur soi de lui porter secours. Au matin, le lit du fils Colin était vide.
Les jours suivants, le préfet avait organisé une battue dans les bois environnants. tandis que des plongeurs draguaient le lac. Pendant des heures, les badauds avaient observé les allées et venues du Zodiac orange. Les plongeurs basculaient en arrière dans un plouf lointain et puis il fallait attendre, dans un silence de mort.
On disait que la mère Colin était à l’hôpital, sous tranquillisants. On disait aussi qu’elle s’était pendue. Ou qu’on l’avait vue errer dans la rue en chemise de nuit. Le père Colin travaillait à la police municipale. Comme il était chasseur et que tout le monde pensait naturellement que les Arabes avaient fait le coup, on espérait plus ou moins un règlement de compte. Le père, c’était ce type trapu qui restait dans le bateau des pompiers, son crâne dégarni sous un soleil de plomb. Depuis la rive, les gens l’observaient, son immobilité, ce calme insupportable et son crâne qui mûrissait lentement. Pour tout le monde, cette patience avait quelque chose de révoltant. On aurait voulu qu’il fasse quelque chose, qu’il bouge au moins, mette une casquette.
Ce qui avait beaucoup perturbé la population par la suite, ç’avait été ce portrait publié dans le journal. Sur la photo, le fils Colin avait une bonne tête sans grâce, pâle, qui allait bien à une victime, pour tout dire. Ses cheveux frisaient sur les côtés, les yeux étaient marron et il portait un t-shirt rouge. L’article disait qu’il avait décroché son bac avec une mention très bien. Quand on connaissait sa famille, c’était tout de même une prouesse.
Comme quoi, avait fait le père d’Anthony.
Finalement, le corps était resté introuvable et le père Colin avait repris le chemin du boulot sans faire de vagues. Sa femme ne s’était pas pendue ni rien. Elle s’était contenté de prendre des cachets.
En tout cas, Anthony n’avait aucune envie d’aller nager là-dedans. Son mégot émit un petit sifflement en touchant la surface du lac. Il leva les yeux vers le ciel et, ébloui, fronça les sourcils. Ses paupières, l’espace d’un instant, s’équilibrèrent. Le soleil pointait haut, il devait être 15 heures. La clope lui avait laissé un goût désagréable sur la langue. Décidément, le temps ne passait pas. En même temps, la rentrée arrivait à toute vitesse.
– Putain…
– Le cousin se redressa.
– Tu saoules.
– On s’emmerde, sérieux. Tous les jours à rien foutre.
– Bon allez…
Le cousin passa sa serviette sur ses épaules, enfourcha son VTT, il partait.
– Allez, magne-toi. On y va.
– Où ça?
– Magne-toi je te dis.
Anthony fourra sa serviette dans son vieux sac à dos Chevignon, récupéra sa montre dans une basket et se rhabilla en vitesse. Il venait à peine de redresser son BMX que le cousin disparaissait sur le chemin qui faisait le tour du lac.
– Attends-moi, putain!
Depuis l’enfance, Anthony lui collait aux basques. Quand elles étaient plus jeunes, leurs mères aussi avaient été cul et chemise. Les filles Mougel, comme on disait. Longtemps, elles avaient écumé les bals du canton avant de se caser parce que le grand amour. Hélène, la mère d’Anthony, avait choisi un fils Casati. Irène était plus mal tombée encore. Quoi qu’il en soit, les filles Mougel, leurs mecs, les cousins, la belle-famille, c’était le même monde. Il suffisait pour s’en rendre compte de voir le fonctionnement, dans les mariages, aux enterrements, à Noël. »

Extraits
« Dans chaque ville que portait ce monde désindustrialisé et univoque, dans chaque bled déchu, des mômes sans rêves écoutaient maintenant ce groupe de Seattle qui s’appelait Nirvana. Ils se laissaient pousser les cheveux et ils tâchaient de transformer leur vague à l’âme en colère, leur déprime en décibels. Le paradis était perdu pour de bon, la révolution n’aurait pas lieu; il ne restait plus qu’à faire du bruit. Anthony suivait le rythme avec sa tête. Ils étaient trente comme lui. Il y eut un frisson vers la fin et puis ce fut tout. Chacun pouvait rentrer chez soi. »

« Quand elle avait dix-sept ans, c’était déjà la même histoire. Avec sa frangine, elles aimaient bien danser. Elles se tapaient des mecs, séchaient les cours. Elles s’achetaient des soutifs pointus. Elles écoutaient Âge tendre à la radio. Dans le quartier déjà, on disait les salopes, parce qu’elles refusaient la règle du compte-gouttes, celle qui fixe les étapes, la bonne mesure. Hélène avait le plus beau cul d’Heillange. C’est un pouvoir qui vous échoit par hasard et ne se refuse pas. Les garçons ont alors des yeux de veau, ils deviennent sots, prodigues, vous pouvez les choisir, les échelonner, aller de l’un à l’autre. Vous régnez sur leurs désirs imbéciles et dans cette France de la DS et de Sylvie Vartan, où les filles étaient cantonnées aux fiches cuisine et aux rôles de midinette, c’était presque déjà la révolution.
Le plus beau cul d’Heillange. »

À propos de l’auteur
Nicolas Mathieu est né à Épinal en 1978. Après des études d’histoire et de cinéma, il s’installe à Paris où il exerce toutes sortes d’activités instructives et presque toujours mal payées. En 2014, il publie chez Actes Sud Aux animaux la guerre, adapté pour la télévision par Alain Tasma. Aujourd’hui, il vit à Nancy et partage son temps entre l’écriture et le salariat. (Source : Éditions Actes Sud)

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Les peaux rouges

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Voici trois bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que les anti-héros genre «gros dégueulasse» sont plutôt rare dans la littérature française contemporaine. Avec Amédée nous avons affaire ici à un raciste ordinaire qui dit tout haut ce qu’il pense et ne se soucie guère du qu’en dira-t-on et encore moins du politiquement correct.

2. Parce que, comme l’écrit si bien Virginie Neufville « Les Peaux Rouges est un premier roman original qui dénonce le racisme en utilisant ses mécanismes. Construit comme une fable, le récit ne prétend pas pourtant à une morale quelconque. Le personnage d’Amédée Gourd est succulent malgré la noirceur de son esprit. Parfois, on se retrouve en absurdie. On sent qu’Emmanuel Brault s’est amusé en le construisant, en le faisant parler et user d’expressions erronées. Si sa haine de l’autre ne l’emportait pas, on en viendrait même à le trouver touchant.

3. Parce que le monde qu’imagine Emmanuel Brault semble à la fois si proche de nous et totalement éloigné d’une conception apaisée de la démocratie. Les «rouges» formant le peuple honni par les désormais célèbres «Français de souche». Du coup, cette anticipation sonne comme une mise en garde aussi ironique que salutaire.

Les peaux rouges
Emmanuel Brault
Éditions Grasset
Roman
198 p., 17,50 €
EAN: 9782246813132
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
« Ce matin, je sors, plutôt pressé, et j’ai pas fait trente mètres, que paf… une rouge avec sa marmaille me rentre dedans au coin de la rue. Elle se casse la figure et me gueule dessus. Elle me dit que je l’ai fait exprès, que c’est une agression. En temps normal, on se serait excusés, j’aurais fait mon sourire de faux cul et tout serait rentré dans l’ordre. Mais non, je trouve rien de mieux que de lui cracher: “fais pas chier sale rougeaude” et manque de pot, une passante qui arrive derrière moi a tout entendu. C’était puni par la loi du genre super sévère depuis les événements, à égalité avec viol de gamin ou presque. On était à trente mètres de chez moi, ils m’ont facilement retrouvé. Et là mes amis, mes problèmes ont commencé, et des vrais comme on n’en fait plus. »
Amédée Gourd est raciste. Il pense comme il parle. Mal. La société entreprend de le rééduquer. Grinçant par son sujet, ce roman tendre et loufoque met en scène un antihéros comme on en voit si peu dans les livres, et si souvent dans la vie.
Une histoire d’amours ratées mais de haine réussie. Une fable humaine, trop humaine.

Les critiques
Babelio 
Blog Fragments de lecture… (Virginie Neufville)
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Emmanuel Brault vous présente son ouvrage Les peaux rouges. © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre
« Les rouges. Tout un poème mais à l’envers. Je peux vous en parler, moi. Vous en faire un roman. Je sais pas d’où ils viennent. Leur dieu s’est tapé un délire en les peignant en rouge un soir de beuverie. Ou c’est leur Ève qui a mal tourné, elle a attrapé un truc louche et shplaf deux jumeaux rouges qu’elle a cachés dans la montagne. Et ils se sont reproduits, treize à la douzaine, vu que les mômes ça leur fait pas peur. Enfin, je sais pas trop, tout ce que je sais, c’est qu’ils sont nombreux dans les rues autour, partout, et qu’ils ont pas fini de nous faire chier. Ils sont éboueurs le matin sur les camions-poubelles, balayeurs derrière les stands les jours de marché, ouvriers à saloper le boulot quand je vais à l’entrepôt, je les aperçois dans les cuisines des restos où je vais jamais, ils mettent trois plombes à rendre la monnaie au supermarché, ils nous font chier en mendiant à chaque coin de rue, leurs mômes craignos passent leur temps à fumer sur les bancs publics, et si y a pas un de ces connards qui m’emmerde le soir à la télévision, je me couche content. »

Extrait
« Non, l’erreur bête, c’est l’insulte. Garder ses mauvais sentiments pour soi. Se taire absolument. Je le savais pourtant. C’était puni par la loi du genre supersévère depuis les événements, à égalité avec viol de gamin ou presque. On était à trente mètres de chez moi, ils m’ont facilement retrouvé à cause de cette cafteuse qui habite l’immeuble à côté. Et là mes amis (ou mes ennemis, vous devez être nombreux à pas m’aimer), mes problèmes ont commencé, mais des vrais comme on en fait plus. Car ce qu’ils n’aiment pas dans cette société, c’est le naturel. Chassez le naturel, il s’enfuit au galop ils disent. Chez moi, il est revenu. J’ai toujours été un faible. »

À propos de l’auteur
Emmanuel Brault est né en 1976. Les Peaux rouges est son premier roman. (Source : Éditions Grasset)

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Un personnage de roman

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Voici cinq bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que Philippe Besson s’est imposé durant les dernières années comme l’on des meilleurs prosateurs contemporains et que j’ai bien aimé Arrête avec tes mensonges, son dernier roman autobiographique.

2. Parce que, indépendamment de l’orientation politique de chacun, il faut bien reconnaître que l’ascension à la présidence d’Emmanuel Macron a quelle chose de très improbable, ce qui donne une vraie dimension romanesque au récit.

3. Parce que, si le livre ne contient par essence aucune révélation particulière, il n’en est pas moins – à l’instar des ses prédécesseurs Laurent Binet pour François Hollande et Yasmina Reza pour Nicolas Sarkozy, la relation d’une page de notre histoire politique bien plus plaisante à lire que les ouvrages dits sérieux.

4. Parce que, comme le souligne Philippe Alexandre dans sa chronique du magazine Lire d’octobre 2017, on y découvre le rôle joué par l’épouse du président tout au long de cette année électorale. Du coup, on peut imaginer la place qu’elle prend aujourd’hui dans l’entourage du Président. «Il est très attentif et très attentionné avec elle. L’embrasse souvent, écoute son avis en réunion. En déplacement, il cherche sans cesse son regard. Même devenu président, il garde du temps pour elle. Leur relation est très égalitaire. »

5. Parce que on peut y lire en creux la passion d’Emmanuel Macron pour les écrivains et le littérature, lui qui cite par exemple Stendhal, nomme une éditrice au ministère de la culture et accompagnera cette dernière à la Foire du livre de Francfort qui se tient du 11 au 15 octobre.

Un personnage de roman
Philippe Besson
Éditions Julliard
Roman
216 p., 18 €
EAN : 9782260030072
Paru en septembre 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
« Je connaissais Emmanuel Macron avant qu’il ne se décide à se lancer dans l’aventure d’une campagne présidentielle. Et quand il m’a exprimé son ambition d’accéder à l’Élysée, j’ai fait comme tout le monde : je n’y ai pas cru.
J’ai pensé : ce n’est tout simplement pas possible.
Pourtant, au fil des mois, au plus près de lui, de son épouse Brigitte et de son cercle rapproché, sur les routes de France comme dans l’intimité des tête-à-tête, j’ai vu cet impossible devenir un improbable, l’improbable devenir plausible, le plausible se transformer en une réalité.
C’est cette épopée et cette consécration que je raconte. Parce qu’elles sont éminemment romanesques et parce que rien ne m’intéresse davantage que les personnages qui s’inventent un destin. »

Les critiques
Babelio 
Culturebox
Marie-Claire (Katia Fache-Cadoret)
Libération (Pierre Steinmetz)
Le Point (source : AFP)
L’internaute (Axelle Choffat)
Le Temps (Richard Werly)
Franceinfo:
La Grande parade (Serge Bressan)


Philippe Besson a suivi Emmanuel Macron durant la campagne présidentielle. Il raconte son expérience à François Busnel © La Grande librairie

Les premières pages du livre

Extrait
« Et puisque j’évoque un personnage, il est tentant d’aller débusquer un référent littéraire. Qui serait-il? Frédéric Moreau, le jeune provincial monté à la capitale, décrit par Flaubert dans L’Éducation sentimentale? Comme lui, il est confronté aux révolutions d’un monde qui hésite entre plusieurs régimes politiques, mais à l’inverse de lui, il n’aime pas désirer en vain et ses rêves ne le détournent pas de l’action. Adolphe, inventé par Benjamin Constant? Il en a probablement l’intelligence supérieure et le penchant pour une femme plus âgée mais il n’est pas aussi changeant, pas aussi indécis que lui. Eugène de Rastignac, le jeune loup aux dents longues, imaginé par Balzac ? Banquier, comme lui. Libéral, comme lui. Mais il ne me semble pas être prêt à tout pour parvenir à ses fins, pas avoir son cynisme. Julien Sorel, alors, le jeune héros stendhalien, beau et ambitieux? Il en a la fougue romantique, le goût de la séduction, la volonté du combat. Mourra-t-il aussi dignement sur l’échafaud? Fabrice del Dongo (autre figure de Stendhal), au naturel ardent, indépendant et rêveur, qui brave l’autorité du père, devient guerrier et lutte contre l’ordre ancien? Sauf que j’ai du mal à l’imaginer heureux dans l’emprisonnement. Mais qui sait où se niche le bonheur? »

À propos de l’auteur
Philippe Besson est né le 29 janvier 1967. Depuis En l’absence des hommes, son premier roman, couronné par le Prix Emmanuel-Roblès et vendu, toutes éditions confondues, à 80 000 exemplaires, Philippe Besson construit une œuvre d’une cohérence remarquable, au style à la fois sobre et raffiné devenu sa marque singulière. Auteur, entre autres, de L’Arrière-saison (Grand Prix RTL-Lire), Un garçon d’Italie, et La Maison Atlantique, il est devenu un des écrivains incontournables de sa génération. Ses romans sont traduits dans dix-neuf langues.
Son frère, publié en 2001, a été adapté dans la foulée par le réalisateur Patrice Chéreau. Depuis lors, il multiplie les collaborations avec le milieu du cinéma et de la télévision, s’affirmant peu à peu comme un scénariste original et très personnel. Philippe Besson a, entre autres, écrit le scénario de Mourir d’aimer (2009), interprété par Muriel Robin, La Mauvaise rencontre (2010) avec Jeanne Moreau, du Raspoutine de Josée Dayan en tant que coauteur, interprété par Gérard Depardieu, et de Nos retrouvailles (2012) avec Fanny Ardant et Charles Berling.
Un tango en bord de mer, sa première pièce en tant que dramaturge, est jouée à Paris à l’automne 2014 et publiée parallèlement chez Julliard.
Il a également animé sur Paris Première l’émission Paris Dernière de 2010 à 2013. Il avait précédemment participé à l’émission Ça balance à Paris, en tant que chroniqueur et critique littéraire. En 2014, il réalise le documentaire Homos, la haine, diffusé sur France 2. En 2017 il publie Arrête avec tes mensonges, autofiction qui rencontre un immense succès critique et public (plus de 100 000 exemplaires vendus) et remporte le prix Maison de la presse. Quelques mois plus tard, il signe Un personnage de roman, à la fois récit de campagne présidentielle et portrait personnel d’Emmanuel Macron. (Source: Éditions Julliard)

Page Wikipédia de l’auteur 

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