Mon père est une femme comme les autres

Point cardinal

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En deux mots: Laurent est marié, père de deux enfants. Mais Laurent se sent «femme». Après le travestissement en «Mathilda», il entend assumer son choix et devenir Lauren. Sa famille, et en particulier son épouse, ainsi qui ses collègues vont se voir confrontés à cette nouvelle réalité aussi déstabilisante qu’essentielle. Avec ce superbe roman, Léonor de Récondo s’attaque à un sujet délicat et le traite avec délicatesse.

Ma note: ★★★★★ (coup de cœur, livre indispensable)

Ma chronique :

Mon père est une femme comme les autres

Après le superbe Amours, Léonor de Récondo change totalement d’époque et d’univers pour nous offrir une superbe réflexion sur la question du genre, sur le sexe et sur l’amour. C’est vertigineux et c’est pourtant si simple, c’est dramatique et c’est pourtant si beau.

Fidèle à sa marque de fabrique, elle commence par un chapitre-choc. On y voit Mathilda prendre une lingette démaquillante. Elle « se frotte doucement les yeux, puis commence à retirer ses faux cils. Son visage se déshabille. Lorsque les cils sont rangés dans leur boîte, Mathilda a presque disparu sous les restes de crayon noir, de couleurs brouillées, de mascara étalé jusqu’aux pommettes. » En quelques lignes, on comprend que cette Mathilda est un homme qui se travestit. Que pour l’état-civil, il s’appelle Laurent et qu’il s’apprête à retrouver sa famille.
Bien sous tous rapports, Laurent est heureux en ménage. Il a épousé Solange qui a mis au monde une fille et un garçon désormais adolescents. La famille vit à l’aise, car Laurent peut se targuer d’une belle réussite professionnelle. Comme pour de nombreux couples autour de la quarantaine, l’affection réciproque a pris le pas sur la passion. Et s’il leur arrive de faire l’amour, ils s’endormir enlacés. « Dans ces moments-là, Laurent ne pense pas à Mathilda. En se mariant avec Solange, il a choisi un chemin qu’il ne regrette pas, qu’il revendique comme celui de la stabilité, de la paternité. Il aime le corps de Solange, en connaît les courbes et les creux. Il s’est laissé guider par ses mains et aujourd’hui, après Vingt ans de Vie commune, il éprouve une tendresse profonde pour elle. Solange lui a permis d’accomplir ce qu’il souhaitait le plus ardemment: avoir une famille aimante. »
Seulement voilà, sous couvert de séances au club de sport, Laurent se transforme en femme et part régulièrement rencontrer son amie Cynthia, les trans et travestis au Zanzi, ressentant comme un besoin cette transformation physique. Au petit jeu de la transgression, il va finir par provoquer la révélation de son secret. Au retour de trois jours d’absence avec les enfants, Solange découvre à côté de leur lit une pince avec des cheveux blonds et suit discrètement son mari afin de découvrir sa maîtresse.
On imagine le choc qu’elle ressent en découvrant Mathilda! Mais pour elle, il n’est pas question de baisser les bras, bien au contraire. Cette «déviance» doit être soignée, cette «maladie» éradiquée. « Solange s’est trouvé une mission: le rendre à lui-même. Elle y arrivera. Il se verra tel qu’il est. Impossible qu’elle se soit méprise tant d’années. Et le vertige la prend quand elle l’imagine vivre dans la mauvaise peau, le mauvais corps, le mauvais sexe. »
Sauf que Léonor de Récondo continue à jouer sa partition mezzo-voce, pianissimo. Autour de la table familiale, il suffira qu’un débat s’engage pour savoir si sa fille peut s’épiler les sourcils pour que le secret soit éventé, pour que Laurent devienne Lauren, pour que le «il» se transforme en «elle».
À mille lieues d’une thèse scientifique ou d’un brûlot politique, c’est une histoire simple qu’il nous est donné de suivre. Celle d’un homme qui entend vivre avec la sexe qui lui convient le mieux, sans pour autant heurter ses proches ni même ses collègues. Bien entendu, il lui faudra se heurter à l’incompréhension des uns, au rejet des autres. De ce point de vue, la scène durant laquelle sa fille appelle une chaîne de radio pour exposer son problème est particulièrement éclairante, tout comme celle qui voit Lauren se présenter sur son lieu de travail.
Le temps du positionnement est venu. Ou, en d’autre mots, nous voici au point cardinal. Son fils choisit de quitter le domicile familial, sa fille choisit de la soutenir. Solange ne veut pas le perdre. Avec maestria, la romancière en vient aux questions essentielles: « Combien de temps faut-il pour être soi-même? Et je voudrais demander cela à tous ceux qui n’ont pas à changer de sexe. Combien d’années, de décennies, pour être en adéquation? Adéquation de corps, adéquation de rêves, adéquation de pensées, avec ce que nous sommes profondément, cette matière brute dont il reste quelques traces avant qu’elle ne soit façonnée, lissée, rapiécée par la société, les autres et leurs regards, nos illusions et nos blessures. »
Dans un style d’un beau classicisme, dans une langue qui préfère la fluidité aux fioritures, Léonor de Récondo nous offre un roman fort et essentiel, en adéquation à cette réflexion d’Emma Watson qui concluera parfaitement cette chronique: «Les hommes et les femmes devraient avoir tous deux le droit d’être sensibles. Les hommes et les femmes devraient avoir tous deux le droit d’être forts. Il est temps de considérer le genre comme un spectre et non plus comme deux idéaux opposés.»

Point cardinal
Léonor de Récondo
Sabine Wespieser Editeur
Roman
232 p., 20 €
EAN : 9782848052267
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris, avec l’évocation de vacances au bord de la mer.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Sur le parking d’un supermarché, dans une petite ville de province, une femme se démaquille. Enlever sa perruque, sa robe de soie, rouler ses bas sur ses chevilles : ses gestes ressemblent à un arrachement. Bientôt, celle qui, à peine une heure auparavant, dansait à corps perdu sera devenue méconnaissable.
Laurent, en tenue de sport, a remis de l’ordre dans sa voiture. Il s’apprête à rejoindre femme et enfants pour le dîner. Avec Solange, rencontrée au lycée, la complicité a été immédiate. Laurent s’est longtemps abandonné à leur bonheur calme. Sa vie bascule quand, à la faveur de trois jours solitaires, il se travestit pour la première fois dans le foyer qu’ils ont bâti ensemble. À son retour, Solange trouve un cheveu blond…
Léonor de Récondo va alors suivre ses personnages sur le chemin d’une transformation radicale. Car la découverte de Solange conforte Laurent dans sa certitude: il est une femme. Reste à convaincre ceux qu’il aime de l’accepter.
La détermination de Laurent, le désarroi de Solange, les réactions contrastées des enfants – Claire a treize ans, Thomas seize –, l’incrédulité des collègues de travail : l’écrivain accompagne au plus près de leurs émotions ceux dont la vie est bouleversée. Avec des phrases limpides et d’une poignante justesse, elle trace le difficile parcours d’un être dont toute l’énergie est tendue vers la lumière.
Par-delà le sujet singulier du changement de sexe, Léonor de Récondo écrit un grand roman sur le courage d’être soi.

Les critiques
Babelio
Télérama (Marine Landrot)
ELLE (Jeanne de Ménibus)
Marie Claire (Gilles Chenaille)
Blog Bricabook 
Blog Entre les lignes (Bénédicte Junger)
Blog Sur la route de Jostein 

Les premières pages du livre
MATHILDA CONDUIT JUSQU’AU ROND-POINT, puis se gare sur le parking du supermarché. Presque personne à cette heure-ci. Elle choisit une place loin de l’entrée, éteint le moteur, insère le disque dans la fente du tableau de bord. À l’ombre de la grande enseigne, la musique surgit, le volume à son maximum. Oh Lord who will comfort me? Mathilda cale un miroir sur le volant, se regarde, se trouve belle et triste à la fois, observe son menton, son nez, ses lèvres. C’est le moment du dépouillement, le pire de tous. Elle sort de la voiture, ouvre le coffre. Sous la moquette, la roue de secours a disparu pour abriter une mallette. Elle la saisit en tremblant. Combien de temps encore? Mathilda se rassoit, la mallette en aluminium lui glace les cuisses. Elle actionne les petits clapets, qui se soulèvent avec un bruit sec. Elle prend une lingette démaquillante, se frotte doucement les yeux, puis commence à retirer ses faux cils. Son visage se déshabille. Lorsque les cils sont rangés dans leur boîte, Mathilda a presque disparu sous les restes de crayon noir, de couleurs brouillées, de mascara étalé jusqu’aux pommettes.

Extrait
« L’entraînement à la salle de sport, c’est l’excuse de Laurent. Tout a commencé à cause de ses douleurs et d’une furieuse envie de maigrir. Pendant plusieurs mois, à l’extérieur et en salle, il a pédalé sans relâche. Il reprenait son corps en main, les effets étaient grisants. Muscles affinés, peau tendue et surtout jambes épilées.
Quand Solange l’avait vu sortir de la salle de bains les jambes rasées, elle l’avait regardé, éberluée. Il avait justifié son geste par la prise au vent ¢ oui, même en salle, avait-il ajouté, et la transpiration se répartit mieux, tu sais. C’est comme ça, dans la famille des cyclistes. Elle s’était gentiment moquée de lui, il n’y avait prêté aucune attention.
Maintenant, il ne se rase plus, il s’épile à la cire. Ses mollets luisants et lisses lui procurent, quand il se caresse, une sensation de plaisir indéfinissable, une vague chaude qui le plonge au plus profond de son enfance, quand tout lui semblait encore possible. »

À propos de l’auteur
Léonor de Récondo, née en 1976, débute le violon à l’âge de cinq ans. Son talent précoce est rapidement remarqué, et France Télévisions lui consacre une émission alors qu’elle est adolescente. À l’âge de dix-huit ans, elle obtient du gouvernement français la bourse Lavoisier qui lui permet de partir étudier au New England Conservatory of Music (Boston/U.S.A.). Elle devient, pendant ses études, le violon solo du N.E.C. Symphony Orchestra de Boston. Trois ans plus tard, elle reçoit l’Undergraduate Diploma et rentre en France. Elle fonde alors le quatuor à cordes Arezzo et, grâce au soutien de l’association ProQuartet, se perfectionne auprès des plus grands maîtres du genre (Quatuor Amadeus, Quatuor Alban Berg). Sa curiosité la pousse ensuite à s’intéresser au baroque. Elle étudie pendant trois ans ce nouveau répertoire auprès de Sigiswald Kuijken au Conservatoire de Bruxelles. Depuis, elle a travaillé avec les plus prestigieux ensembles baroques (Les Talens Lyriques, Le Concert d’Astrée, Les Musiciens du Louvre, Le Concert Spirituel). De 2005 à 2009, elle fait partie des musiciens permanents des Folies Françoises, un ensemble avec lequel elle explore, entre autres, le répertoire du quatuor à cordes classique. En février 2009, elle dirige l’opéra de Purcell Didon et Enée mis en scène par Jean-Paul Scarpitta à l’Opéra national de Montpellier. Cette production fait l’objet d’une tournée. En avril 2010, et en collaboration avec la chanteuse Emily Loizeau, elle crée un spectacle mêlant musique baroque et musique actuelle.
Léonor de Récondo a été premier violon sous la direction de Vincent Dumestre (Le Poème Harmonique), Patrick Cohën-Akenine (Les Folies Françoises), Enrico Gatti, Ryo Terakado, Sigiswald Kuijken. Elle est lauréate du concours international de musique baroque Van Wassenaer (Hollande) en 2004.
Elle fonde en 2005 avec Cyril Auvity (ténor) L’Yriade, un ensemble de musique de chambre baroque qui se spécialise dans le répertoire oublié des cantates. Un premier disque de l’ensemble paraît chez Zig-Zag Territoires autour du mythe d’Orphée (plusieurs fois récompensé par la presse), un deuxième de cantates de Giovanni Bononcini en juillet 2010 chez Ramée.
Léonor de Récondo a enregistré une quinzaine de disques (Deutsche Grammophon, Virgin, K617, Alpha, Zig-Zag Territoires) et a participé à plusieurs DVD (Musica Lucida).
En octobre 2010, paraît son premier roman, La Grâce du cyprès blanc, aux éditions Le temps qu’il fait.
Depuis 2012, elle publie chez Sabine Wespieser éditeur : en 2012, Rêves oubliés, roman de l’exil familial au moment de la guerre d’Espagne. En 2013, Pietra viva, plongée dans la vie et l’œuvre de Michel Ange, rencontre une très bonne réception critique et commerciale. Amours, paru en janvier 2015, a remporté le prix des Libraires et le prix RTL/Lire. Point cardinal est paru en août 2017. (Source : Sabine Wespieser éditeur)

Site Wikipédia de l’auteur 

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Sur les routes, après la catastrophe

FLAHAUT_Ostwald

Logo_68_premieres_fois_2017  Logo_premier_roman

Ostwald
Thomas Flahaut
Éditions de l’Olivier
Roman
176 p., 17 €
EAN : 9782823611656
Paru en août 2017

En deux mots:
À la violence économique qui frappe le Territoire de Belfort vient s’ajouter la catastrophe écologique: un grave incident est enregistré à la centrale nucléaire de Fessenheim. L’heure de l’exode a sonné, notamment pour Noël et Félix qui partent à la recherche de leur père qui vit dans la banlieue de Strasbourg.

Ma note:
★★ (bon livre. Je ne regrette pas cette lecture)

Où?
Le roman se déroule en France, notamment à Belfort et en Alsace, à Strasbourg et dans sa banlieue, à Ostwald, ainsi qu’à Fessenheim.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ma chronique

Sur les routes, après la catastrophe

Le premier roman de Thomas Flahaut s’ouvre sur une image forte, de celles qui marquent un jeune homme. Nous sommes en automne 2016, à Belfort. Des milliers de personnes sont rassemblées au pied du lion de Bartholdi, sous les frondaisons de la citadelle qui domine la ville.

Une gigantesque banderole recouvre la pelouse en-deça du fauve qui ne rugit plus depuis longtemps et proclame son «soutien aux Alsthommes». Car l’annonce de la fermeture prochaine de l’usine Alstom, emblématique du Territoire, sonne comme le tocsin. Elle annonce la mort. Car tout le monde a malheureusement déjà fait l’expérience de ce type d’événement, du déclin industriel qui entraîne le déclin des sous-traitants, des commerçants et des services publics. La journée «ville morte» pourrait bien être une anticipation du destin redouté par la population.
Noël et son frère Félix savent qu’ils devront partir pour se construire un avenir. Mais ils n’imaginaient pas l’éclatement brutal de la famille. Leur père part s’installer à Ostwald, dans la banlieue de Strasbourg. Leur mère ne veut pas croire à l’inéluctable déclin.
C’est dans ce contexte déjà très anxiogène que, quelques temps plus tard, la nouvelle d’un incident grave survenu à la centrale nucléaire de Fessenheim, où les plus anciens réacteurs sont encore en service. D’abord incrédule, la population va très vite ressentir le besoin de prendre le large, même si les autorités ne veulent pas l’affoler.
« Des cercles colorés se déploient comme des ondes autour de la centrale, à travers les forêts noires recouvrant les ballons vosgiens, les champs et les zones urbaines, plus claires. Un journaliste décode la signification des couleurs. Rouge: déjà évacué. Orange: à Paris, on y réfléchit. Jaune, couleur qui recouvre le territoire de Belfort: il n’y a théoriquement rien à craindre. La prise régulière de pastilles d’iode est tout de même nécessaire. La télévision et le monde bégaient. Et nous, nous les écoutons, nous les regardons bégayer. Tout le pays doit être comme nous. Les yeux vides, la bouche ouverte et les idées engourdies, figé dans l’atmosphère de peur diffuse d’avant les grandes paniques. Fixant silencieusement les lumières de la télévision qui colorent le brouillard des événements. Regardant, anxieux, si l’endroit où l’on vit est plongé dans le rouge, l’orange ou le jaune et soupirant, soulagé, si on se trouve assez loin du rouge. Après le jaune, c’est le vert des forêts. S’il y a un danger là, il est invisible, et c’est au moins une consolation.
Maman avait reçu des pastilles d’iode, trois plaquettes, une par personne sans doute. Toutes sont périmées. »
Noël et Félix décident de rejoindre leur père à Ostwald. Plus facile à dire qu’à faire. Ils sont d’abord retenus dans un camp improvisé où les nerfs sont à vif, où la loi du plus fort semble primer, où les exactions se multiplient. Par chance, ils parviennent à s’échapper. Commence alors une errance dans la zone contaminée, dans une Alsace vidée de ses habitants ou presque. Des signes de vie apparaissent du côté du Haut-Koenigsbourg, mais ils sont plus inquiétants que rassurants. Ce n’est qu’à Strasbourg, sur les bords du Parlement européen, qu’un semblant de communauté s’est installée. Après la jungle de Calais, voici celle de la capitale européenne:
« Près du feu, deux jeunes garçons dorment, enlacés. À côté d’eux, un troisième réduit en poudre des pilules blanches dans un bol, à l’aide d’un canif. C’est un bivouac. Et le Parlement est devenu une jungle. Les beats technos retentissent, lointains, comme les cris nocturnes de bêtes tropicales.
– C’est drôle, hein?
Marie s’assoit près du garçon qui verse la poudre à l’intérieur d’une des flasques posées à ses pieds, dans un gros carton. Elles contiennent un liquide jaune, parsemé d’éclats toxiques.
– C’est quoi?
– Un Pripiat.
– Quoi?
– C’est la ville près de Tchernobyl.
– Je sais ça; Félix.
– C’est un cocktail. De la vodka, des pastilles d’iode et du valium, c’est moi qui l’ai inventé.
– Et la couleur?
– C’est un secret.
– T’en veux? »
Quand les situations deviennent extrêmes, les règles ne s’appliquent plus de la même manière. C’est le cas lorsque la violence économique frappe un bassin de population, c’est aussi le cas lorsque l’équilibre naturel est fortement perturbé. Thomas Flahaut nous met en garde. Et même s’il prend de grandes libertés avec le réalisme de son errance, il a le mérite de nous rappeler à la vigilance.

Ce qu’en dit l’éditeur
« La secousse que j’ai ressentie la nuit dernière était un tremblement de terre. Les animations commentées par le présentateur du journal le montrent. Un point rose palpite sous la terre. De ce point partent des ondes roses qui font vaciller un cube gris posé à la surface, désigné par une flèche, et légendé.
Centrale nucléaire de Fessenheim. »
Évacués avec le reste de la population, Noël et son frère, Félix, se retrouvent dans un camp improvisé en pleine forêt, la forêt où ils se promenaient, enfants, avec leur père. C’était avant la fermeture de l’usine où celui-ci travaillait, avant le divorce des parents, et l’éclatement de la famille.
Cette catastrophe marque, pour eux, le début d’une errance dans un paysage dévasté. Ils traversent l’Alsace déserte dans laquelle subsistent de rares présences, des clochards égarés, une horde de singes échappés d’un zoo, un homme qui délire…
Ostwald est le récit de leur voyage, mais aussi du délitement des liens sociaux, et peut-être d’une certaine culture ouvrière. C’est la fin d’un modèle qui n’ayant plus de raison d’être ne peut être transmis : confrontés aux fantômes du passé, les deux frères doivent s’inventer un avenir. Peut-être est-ce la morale de ce roman en forme de fable.

Les critiques
Babelio 
livreshebdo.fr (Léopoldine Leblanc)
Télérama (Aurélien Ferenczi)
L’Humanité (Sophie Joubert)
L’Alsace (Olivier Brégeard)
RTS (émission «Versus-lire»)
Blog Danactu-résistance

Les premières lignes…
« Comment ça meurt une ville ?
Quand nous sortons de chez nous, maman enfile un casque marqué du logo bleu de son entreprise, Alstom. Ce casque, elle ne l’a sans doute jamais porté. Elle ne le portera plus jamais, elle l’espère. Papa, lui, a revêtu le blouson de cuir du dimanche, râpé par les années, couvert de sillons gris et de craquelures, plus beau que ses costumes de semaine, bleus, unis et lisses. L’élastique du blouson enserre sa taille et simule dans le pli du cuir une bedaine qu’il n’a pas. Sur les photos de l’époque, je le vois amaigri. Je m’en souviens, comme je me souviens de ce journal roulé qui sort de sa poche. De son titre, de sa une, le souvenir imprécis des mots mais celui, bien clair, du vertige qu’ils avaient provoqué en moi.
Une usine ferme. La ville qu’elle faisait vivre agonise. La ville meurt.
Et l’idée de la voir s’effondrer, cette ville, avec toutes ses pierres, ses voitures et ses habitants, l’idée du vide qui viendrait après sa mort, du néant replié sur toutes ses rues et ses existences, alors, me hante.
Belfort. Un mois de novembre. J’ai onze ans. Papa a garé sa Golf devant le parking de l’Arsenal. La bise fait tourbillonner les feuilles mortes entre les premiers manifestants qui attendent. Bientôt, le goudron défoncé est noir de monde. La foule gonfle de minute en minute. Les policiers sont repoussés contre les remparts. Au-dessus de nous le lion de grès, gigantesque, regarde à l’horizon les collines boisées en lisière des Vosges se fondre dans le ciel noir. Sous ses pattes, une banderole est tendue. Lettres larges et rouges, éclatantes. »

Extrait
« Tous les yeux sont dirigés vers l’écran plat accroché au mur, entouré des logos de marques de bière tricotés en tubes néons aux couleurs acides. La secousse que j’ai ressentie la nuit dernière était un tremblement de terre. Les animations commentées par le présentateur du journal le montrent. Un point rose palpite sous la terre. De ce point partent des ondes roses qui font vaciller un cube gris posé à la surface, désigné par une flèche, et légendé.
Centrale nucléaire de Fessenheim.
Puis ce sont des cortèges de bus et de camions militaires, des pompiers au visage couvert d’un masque à gaz, des dizaines d’hommes vêtus de combinaisons jaunes. Sous leurs silhouettes identiques, à la démarche comique, défile en boucle le même message. Lettres blanches sur un bandeau rouge.
Grave incident la nuit dernière à la centrale de Fessenheim.
Le barman pointe la télécommande en direction de la télévision et change de chaîne. C’est un geste de bravoure. Les chevaux enchaînent de nouveau, et comme tous les jours depuis la création du monde, les tours d’hippodrome.
Eh ben voilà. »

À propos de l’auteur
Né en 1991 à Montbéliard (Doubs), Thomas Flahaut fait partie de la jeune génération qui compose la rentrée littéraire. Après avoir étudié le théâtre à Strasbourg, il rejoint la Suisse pour suivre un cursus en écriture littéraire. Diplômé de la Haute école des arts de Bienne, il vit et travaille à Lausanne, où il a cofondé le collectif littéraire franco-suisse Hétérotrophes. Ostwald est son premier roman. (Source : livreshebdo.fr / Editions de l’Olivier)

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Mon père, ma mère et Sheila

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Voici cinq bonnes 5 raisons de lire ce livre:
1. Parce que le magazine ELLE nous enjoint de le faire: «il faut lire le premier livre d’Eric Romand»

2. Parce que le résumé qu’en fait l’auteur m’a donné envie d’en savoir plus : « L’histoire de ce garçon, je la relate ici à travers une succession de souvenirs. De ces moments gravés qui, sans prévenir, nous reviennent en mémoire, comme s’ils avaient quelque chose à nous dévoiler. Les plus doux, qui réchauffent, les plus absurdes, qui font rire, d’autres que l’on ponctue de “c’est comme ça !”, les inavouables, qu’on transforme, et les plus graves qu’on garde pour soi. »

3. Parce que la nostalgie demeure un excellent moteur. Comme l’écrit Pierre Darracq « Tous ceux qui ont vécu les années 60/70 retrouveront son parfum avec le distributeur de cacahuètes et sa coupelle qui trônaient sur les bars ou sa télévision surmontée d’un napperon en crochet et dans laquelle Guy Lux et Sophie Darel annonçaient extasiés des chanteurs à minet(te)s et que l’on regardait moulés dans des sous-pull en acrylique. »

4. Parce que ce court roman est écrit en courtes séquences, telle que celle-ci : « Sitôt levés, nous étions tous douchés, habillés, les lits étaient faits. Après chaque repas, la table était aussitôt débarrassée, la vaisselle lavée, essuyée, rangée. Le passage d’un torchon sec sur l’évier et les chromes des robinets clôturait le rituel quotidien de ma mère. Elle prouvait ainsi aux visiteurs, même impromptus, que tout allait bien. »

5. Pour l’enthousiasme de Samantha Fleury, libraire, qui a « été emportée par ce roman, lu en un temps record et d’un seul trait. Un roman nostalgique, doux avec de l’humour et beaucoup de tendresse. Chacun retrouvera une partie de sa jeunesse dans ce roman… à lire et à partager. »

Mon père, ma mère et Sheila
Éric Romand
Éditions Stock
Roman
112 p., 14,50 €
EAN : 9782234083578
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
C’est l’album d’une famille, issue d’un milieu populaire, avec ses codes, ses tabous, ses complexes, son ignorance, ses contentieux, dans les années 70 et 80. Le narrateur y raconte son enfance solitaire au milieu des turbulences. Pour son entourage, il a des goûts bizarres, des attitudes gênantes, des manières qui provoquent la colère de son père et la désolation de sa mère. Il dessine des robes et coiffe les poupées de sa sœur. Il fait son possible pour ne pas ajouter au malaise. Pour s’échapper, il colle son oreille à son mange-disque. Regarde les émissions de variétés scintillantes… Et admire une célèbre chanteuse dont il aime les robes à paillettes, les refrains joyeux. Il voudrait être elle. Il voudrait être ailleurs. Un premier roman tout en sensibilité sur fond de nostalgie douce amère et d’humour salutaire.

Les critiques
Babelio 
Livres Hebdo (Léopoldine Leblanc)
ELLE 

Blog Café Powell (Emily Costecalde)
Blog Lire par Elora
Blog Sans connivence 
Blog Le boudoir de Nath 


Eric Romand présente Mon père, ma mère et Sheila © Production Hachette

Les premières pages du livre
« Londres, 1er janvier 2012. Je suis heureux. J’ai bien l’intention de jouir de ce premier voyage avec toi. De retour à l’hôtel après une longue balade, nous faisons l’amour et nous endormons l’un contre l’autre. Je me réveille en criant. Tu sursautes.
« Ça va ?
– Oui, oui, ça va. »
Tu replonges dans un sommeil paisible que
je t’envie souvent.
Ma mère aime à répéter que j’étais un nourrisson difficile: un gueulard. Le médecin lui conseillait d’agrémenter mes biberons de Gardenal.
Les sièges de la Renault 12 de mes parents étaient en nylon vieil or. Le contact de mes ongles avec le tissu me faisait frissonner. En été, l’arrière transpirant de mes cuisses collait à l’assise. Lors de nos trajets, mes parents se disputaient souvent, à voix basse, jusqu’à ce que mon père appuie sur l’accélérateur et ma mère hausse le ton: « Quand tes gosses seront au cimetière… » Ma sœur et moi nous cramponnions aux accoudoirs des portières. « On est bientôt arrivés « , disait ma mère pour nous rassurer. »

Extrait
« Il arrivait que l’on parle musique dans ma famille.
Mon cousin Jean-Jacques préférait Sylvie Vartan . Sheila parce qu’elle avait un plus
beau cul. Ma mère avait le béguin pour Julio Iglesias et Sacha Distel. En revanche, elle ne supportait pas Mireille Mathieu, maniérée et mal fagotée. Mon père aimait bien Gilbert Bécaud. À chacune de ses apparitions télévisuelles, il répétait : « Il a toujours sa cravate à pois !  » ou alors : « Tiens, c’est rare de le voir sans sa cravate à pois!  »
Ma grand-mère détestait Johnny Hallyday: « Il ne chante pas, il gueule !  » Mon grand-père, lui, ne comprenait pas cette génération de chanteurs « tous infoutus de passer à la télé sans qu’une ribambelle de nègres se dandine autour d’eux « . »

À propos de l’auteur
Eric Romand a fait carrière dans la coiffure, où il travaille au côté de personnalités du monde du théâtre et du cinéma. Le primo-romancier est entré en écriture par le théâtre avec les pièces – toutes deux co-écrites avec Bénédicte Fossey –, Mange ! (Avant que ça ne refroidisse), jouée en 2016, et Comme à la maison, créée en 2017 au Théâtre de Paris (Source : Livres Hebdo)

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Drame personnel et mémoire collective

CHALANDON_Le_jour_davant

coup_de_coeur

Le jour d’avant
Sorj Chalandon
Éditions Grasset
Roman
336 p., 20,90 €
EAN: 9782246813804
Paru en août 2017

En deux mots:
Un formidable roman, fort, émouvant et diablement bien construit. Tout commence
avec le coup de grisou qui fait 42 morts à Liévin le 27 décembre 1974,plongeant tout une région dans la douleur. Jojo est grièvement blessé et ne survivra pas à ses blessures. Son frère Michel se sent alors investi d’une mission: venger les gueules noires. C’est la raison que le conduit, bien des années plus tard, à retourner dans le Nord.

Ma note
★★★★★ (coup de cœur, livre indispensable)

Ma chronique

Drame personnel et mémoire collective

Sorj Chalendon est un écrivain bien trop subtil pour se limiter à un hommage aux victimes de la catastrophe de Liévin qui le 27 décembre 1974 a fait 42 victimes. Si son roman retrace bien le coup de grisou au fond d’une galerie de la fosse de Saint-Amé et nous en détaille les conséquences, il est d’abord et avant tout le roman de la culpabilité.

Sans en dire davantage, de peur de dévoiler l’épilogue de cette histoire beaucoup plus machiavélique qu’il n’y paraît, disons que le lecteur est d’emblée happé par ce drame et sa dimension sociale. Ayant moi-même grandi à quelques encablures des puits de mine du bassin houiller lorrain, je sais ce que représentaient alors les gueules noires, le respect qu’ils imposaient tout comme les luttes qu’ils menaient pour de meilleures conditions de travail et de sécurité. Et je me souviens de l’émotion suscitée par la mort des 22 mineurs restés au fond du puits Simon à Forbach le 25 février 1985. Je vous laisse imaginer la colère qui couvait alors en constatant que les leçons du drame de Liévin n’avaient pas été tirées.
Je n’ai par conséquent eu aucune peine à mettre mes pas dans ceux de Michel, le narrateur, dont le frère Jojo meurt quelques jours après ses compagnons d’infortune, n’ayant pas survécu à ses blessures. En quelques jours sa vie va basculer, lui qui imaginait encore suivre son frère au fond malgré les injonctions paternelles. Car Jojo n’a en effet pas été la seule victime que la famille à eu à déplorer. C’est simplement que «comme tous les gars d’ici, la mine a fini par le dévorer.»
S’il n’est plus question de devenir une gueule noire, il n’est plus question non plus de continuer à vivre sur cette terre si cruelle. Michel, qui a appris la mécanique, va partir en région parisienne et devenir chauffeur routier. Mais bien sûr, il n’oubliera pas. Il n’oubliera surtout pas ce mot écrit par son père: « Venge-nous de la mine». Et cette promesse faite à l’heure de sa mort : « J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, mort en paysan. Venger ma mère, morte en esseulée. J’allais tous nous venger de la mine. Nous laver des Houillères, des crapules qui n’avaient jamais payé leurs crimes. J’allais rendre leur dignité aux sacrifiés de la fosse 3bis. Faire honneur aux martyrs de Courrières, aux assassinés de Blanzy, aux calcinés de Forbach, aux lacérés de Merlebach, aux déchiquetés d’Avion, aux gazés de Saint-Florent, aux brûlés de Roche-la-Molière. Aux huit de La Mûre, qu’une galerie du puits du Villeret avait ensevelis. J’allais rendre vérité aux grévistes de 1948, aux familles expulsées des corons, aux blessés, aux silicosés, à tous les hommes morts du charbon sans blessures apparentes. Rendre justice aux veuves humiliées, condamnées à rembourser les habits de travail que leurs maris avaient abîmés en mourant. » Comment ne pas s’engager avec lui sur ce chemin? Comment ne pas hurler à l’injustice quand on apprend que sur le salaire de décembre 1974, les Houillères avaient enlevé trois jours de paie aux victimes parce qu’elles étaient décédées le 27. « Au bas de la fiche de salaire, en plus des trois jours dérobés, la direction avait retenu le prix du bleu de travail et des bottes que l’ouvrier mort avait endommagé». Comment ne pas être solidaire de ce combat après le soi-disant procès qui vit, le 5 juin 1975 le juge Pascal inculper le chef du siège 19 de Lens pour «homicide et blessures involontaires» avant d’être dessaisi du dossier pour «fautes de procédure»? Patiemment, et alors que sa femme est en train de mourir, il assemble les pièces du puzzle, les coupures de journaux, les témoignages. Il cherche et recoupe les informations. Après bien des années, il est prêt. Sa conviction est faite: « J’allais étouffer Dravelle. Le priver d’air à jamais. Lui faire payer la vie d’hommes morts la gueule ouverte. Ces gars qui lui avaient fait confiance, qui étaient descendus le cœur léger après cinq jours de repos. Qui avaient fêté la Saint-Etienne. Qui avaient trinqué à Sainte-Barbe, leur verre d’alcool de cerise à la main. Ces garçons qui pensaient que la fosse avait été arrosée, que la poussière mortelle n’était plus qu’un mélange d’eau et de rien, que le grisou avait été neutralisé. Qu’il n’y avait aucune raison pour un ouvrier de mourir au travail. »
Sauf que, quand il retrouve le Nord et se met à la recherche de ce contremaître chargé de la sécurité, il rencontre un vieil homme silicosé qui lui ouvre sa porte et lui raconte ce sentiment de culpabilité qui l’habite. Mais Michel n’entend pas flancher et veut la peau de ce meurtrier par négligence. Son agression lui vaudra un procès qui est aussi une tribune. Une nouvelle occasion d’évoquer ce monde aujourd’hui disparu, de dire à quoi ressemblait la mine. « J’ai raconté la fraternité, les hommes qui frottaient le dos des autres hommes; la solidarité des forçats du puits. J’ai raconté le 27 décembre 1974. Les sirènes au-dessus de la ville. Le petit jour maudit. Les femmes devant leur porte, attendant d‘être veuves. Les enfants perdus, au milieu de la foule inquiète. Cette ville grise, marchant lentement vers Saint-Amé devenu sépulture. Les policiers qui ont empêché notre colère, Jojo vivant et puis Presque mort. J’ai raconté l’hôpital. Le combat de mon frère pour la vie. Vingt-six jours d’agonie avant de rejoindre ses 42 copains. La ville l’avait oublié. La mine aussi. »
Secondé par une avocate qui a aussi une histoire familiale liée à la mine, on sent qu’il touche au but. Que son œuvre de réhabilitation va triompher. Que toutes les peines, toutes les douleurs, toutes les vies brisées qui tiennent dans cette phrase terrible, «Ce n’est pas parce qu’un mineur remonte qu’il est encore vivant», seront reconnues.
Sauf que Sorj Chalendon sait jouer avec son lecteur. Ce splendide roman, à mon sens le meilleur qu’il m’a été donné de lire jusque-là parmi ceux de la rentrée 2017, vous réserve encore quelques surprises, mêlant les âmes noires aux gueules noires.

Ce qu’en dit l’éditeur
«Venge-nous de la mine», avait écrit mon père. Ses derniers mots. Et je le lui ai promis, poings levés au ciel après sa disparition brutale. J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, parti en paysan. Venger ma mère, esseulée à jamais. J’allais punir les Houillères, et tous ces salauds qui n’avaient jamais payé pour leurs crimes.

Autres critiques
Babelio
Culturebox (Laurence Houot)
La cause littéraire (Pierrette Epsztein)
Le Temps (Alexandre Demidoff – suivi d’un entretien avec Sorj Chalandon)
Blog Bricabook
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Lis-moi si tu veux

Les premières pages du livre
« Joseph, serré tout contre moi. Lui sur le porte-bagages, jambes écartées par les sacoches comme un cow-boy de rodéo. Moi penché sur le guidon, main droite agaçant la poignée d’accélération. Il était bras en l’air. Il chantait fort. Des chansons à lui, sans paroles ni musique, des mots de travers que la bière lui soufflait.
Les hurlements de notre moteur réveillaient la ville endormie.
Mon frère a crié.
— C’est comme ça la vie !
Jamais je n’avais été aussi fier.

J’avais conduit la mobylette de Jojo une seule fois avant cette nuit-là. En rond dans notre cour de ferme, comme un cheval de manège empêché par sa longe. Il avait acheté cette Motobécane pour remplacer la vieille Renault qu’il n’utilisait plus. Il ne réparait pas sa voiture, il la ranimait. Et la laissait vieillir le long du trottoir.
— On s’en servira le dimanche.
À vingt-sept ans, mon frère avait aussi abandonné son vieux vélo pour le cyclomoteur.
— La Rolls des gens honnêtes, disait-il aussi.
Contre une pièce de monnaie, je frottais les chromes, j’enlevais la boue qui piquetait les fourches, j’essuyais les phares, je graissais le pédalier. J’avais le droit de ranger les outils sous la selle. Tout le monde l’appelait « la Bleue ». Mon frère l’avait baptisée la Gulf, comme la Porsche 917 conduite par Steve McQueen dans Le Mans, un film que Jojo m’avait emmené voir en français au Majestic.
Steve McQueen jouait le pilote automobile Michael Delaney.
— Chez nous, Michael Delaney se dit Michel Delanet, m’avait expliqué mon frère.
J’étais sidéré. Delanet et moi avions le même prénom. »

Extrait
« il fallait que je quitte le bassin. Je ne voulais pas d’un horizon de terrils. De l’air âcre des cheminées. Je ne pouvais plus passer devant les grilles de la mine, croiser les gars sur leurs mobylettes. Baisser les yeux face aux survivants. Entendre le souffle des chevalements que seul mon Jojo avait le droit d’imiter. J’étais épuisé des hommes à gueules de charbon. Je ne supportais plus de voir leurs mains balafrées, entaillées, leurs peaux criblées à vie d’échardes noires. Les regards harassés me faisaient de la peine. Même le dimanche, même nettoyés dix fois, les cous, les fronts, les oreilles racontaient la poussière de la fosse.
Et mon frère disparu. »

À propos de l’auteur
Après trente-quatre ans à Libération, Sorj Chalandon est aujourd’hui journaliste au Canard enchaîné. Ancien grand reporter, prix Albert-Londres (1988), il est aussi l’auteur de sept romans, tous parus chez Grasset. Le Petit Bonzi (2005), Une promesse (2006 – prix Médicis), Mon traître (2008), La Légende de nos pères (2009), Retour à Killybegs (2011 – Grand Prix du roman de l’Académie française), Le Quatrième Mur (2013 – prix Goncourt des lycéens) et Profession du père (2015). (Source : Éditions Grasset)

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RLN2017

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Ma reine

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5 raisons de lire ce livre :
1. Parce que ce premier roman fait déjà beaucoup parler de lui. Outre son bel accueil en librairie, ila déjà été préempté par Folio pour une édition en poche et les droit sont déjà été vendus pour des traductions en Allemagne, Italie, Grèce et Roumanie.

2. Parce que depuis Marcel Pagnol, je sais ce que le monde vu par les yeux d’un enfant peut receler de mystère et de poésie, à l’image de cet extrait: « J’ai voulu la pluie. Je l’ai tant voulue que quand elle est venue, je ne savais plus comment l’arrêter. C’était une grosse pluie rose, vert, bleu, elle prenait la couleur d’un rien. Elle assommait les oiseaux. Il a plu comme ça pendant je ne sais pas combien de temps. Les vieux disaient qu’ils n’avaient jamais vu ça. Ils parlaient de leurs ancêtres et de Dieu et du ciel et de tout sauf de la raison de la pluie: moi. »

3. Parce qu’il figure dans la sélection des 68 premières fois toujours très pertinente.

4. Parce que Archibald Ploom ne tarit pas d’éloges sur ce roman sur Culture Chronique: «Jean-Baptiste Andréa réalise une incroyable performance littéraire en nous proposant un premier roman remarquablement abouti qui sonne comme une ode à la liberté et à la fidélité à nos rêves d’enfant. »

5. Parce que l’auteur a su trouver les mots pour donner envie de lire son livre « Nous perdons par habitude, ou par paresse, notre capacité d’enchantement. Je ne dis pas que nous sommes incapables d’émerveillement, au contraire. Un paysage peut nous exalter, quelques notes de musiques, une relation… Tout le monde en fait l’expérience. Mais nous avons du mal à « retenir » ces moments. Ils ne nous rendent pas meilleurs et ne changent pas nos vies. Bien vite, le quotidien reprend ses droits. Je voulais donc raconter l’histoire d’un enfant qui lui, retient tous les bonheurs qu’il rencontre – certains sont pourtant bien minces. J’espère que les lecteurs, une fois le livre refermé, auront un peu de ce héros en eux. Qu’il rajeunira leurs yeux comme il a rajeuni les miens. »

Ma Reine
Jean-Baptiste Andrea
Éditions L’Iconoclaste
Roman
240 p., 17 €
EAN : 9791095438403
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Un conte initiatique où tout est vrai, tout est rêve, tout est roman.
Shell n’est pas un enfant comme les autres. Il vit seul avec ses parents dans une station-service. Après avoir manqué mettre le feu à la garrigue, ses parents décident de le placer dans un institut. Mais Shell préfère partir faire la guerre, pour leur prouver qu’il n’est plus un enfant. Il monte le chemin en Z derrière la station. Arrivé sur le plateau derrière chez lui, la guerre n’est pas là. Seuls se déploient le silence et les odeurs de maquis. Et une fille, comme un souffle, qui apparaît devant lui. Avec elle, tout s’invente et l’impossible devient vrai.
Jean-Baptiste Andrea livre ici son premier roman. Ode à la liberté, à l’imaginaire, et à la différence, Ma reine est un texte à hauteur d’enfants. L’auteur y campe des personnages cabossés, ou plutôt des êtres en parfaite harmonie avec un monde où les valeurs sont inversées et signe récit pictural aux images justes et fulgurantes qui nous immerge en Provence, un été 1965.

Les critiques
Babelio 
livreshebdo.fr (Léopoldine Leblanc)
Culturebox (Laurence Houot)
ActuaLitté (Béatrice Courau)
culture-chronique.com
Blog Books’njoy


Jean-Baptiste Andrea présente «Ma reine» © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre :
« Je tombais, je tombais et j’avais oublié pourquoi. C’était comme si j’étais toujours tombé. Des étoiles passaient au-dessus de ma tête, sous mes pieds, autour de moi, je moulinais pour m’y raccrocher mais je n’attrapais que du vide. Je tourbillonnais dans un grand souffle d’air mouillé.
Je brûlais de vitesse, le vent hurlait entre mes doigts, j’ai repensé à l’époque où on courait le cent mètres à l’école, les seules fois où les autres ne se moquaient jamais de moi. Avec mes grandes jambes, je les battais tous. Sauf que là, mes jambes ne servaient à rien. Elles tombaient elles aussi comme des imbéciles.
Quelqu’un a crié, loin. Il fallait que je me rappelle pourquoi j’étais là, c’était forcément important. On ne tombe pas comme ça sans une bonne raison. J’ai regardé derrière moi, mais derrière ça ne voulait plus rien dire. Tout changeait tout le temps, tellement vite que j’avais envie de pleurer.
À coup sûr, j’avais fait une énorme bêtise. J’allais me faire gronder ou pire, même si je ne voyais pas ce qu’il y avait de pire que d’être grondé. Je me suis roulé en boule comme quand Macret me tabassait, c’était un truc connu[…] »

Extraits
« J’ai voulu la pluie. Je l’ai tant voulue que quand elle est venue, je ne savais plus comment l’arrêter. C’était une grosse pluie rose, vert, bleu, elle prenait la couleur d’un rien. Elle assommait les oiseaux. Il a plu comme ça pendant je ne sais pas combien de temps. Les vieux disaient qu’ils n’avaient jamais vu ça. Ils parlaient de leurs ancêtres et de Dieu et du ciel et de tout sauf de la raison de la pluie: moi. »

« Il ne manquait plus qu’une chose à mon paquetage, la plus importante : une arme. Les parents dormaient – mon père ronflait sur le canapé-lit du salon et ma mère dans leur chambre. Je suis passé devant le canapé pour ouvrir la belle armoire en Formica et prendre le 22 paternel, celui avec lequel il tirait les lapins, et les quelques balles qui restaient dans une boîte. Je les ai mises dans ma poche. Des balles, ils avaient intérêt à m’en donner d’autres à la guerre parce que je ne risquais pas de tuer beaucoup d’ennemis avec celles que j’avais. Ils allaient aussi devoir me montrer comment on se servait du fusil. Ici, j’avais interdiction de le toucher et je savais, en le prenant, que rien ne serait plus jamais comme avant. »

À propos de l’auteur
Jean-Baptiste Andrea est né en 1971. Il est réalisateur et scénariste. Ma reine est son premier roman. (Source : Éditions L’Iconoclaste)

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Underground Railroad

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Voici cinq bonnes 5 raisons de lire ce livre:
1. Parce que Colson Whitehead a non seulement été couronné par le prix Pulitzer de littérature 2017 pour Underground Railroad, mais aussi par ce que son roman a été désigné «roman de l’année 2016» par la presse américaine (42 journaux et magazines) et qu’il s’est d’ores et déjà vendu à plus de 750 000 exemplaires hors France.

2. Parce que, comme le souligne Livres Hebdo, Colson Whitehead dispose d’un exceptionnel talent «à inventer des machines romanesques hautement séduisantes, irriguées en profondeur par une méditation sur les mythologies américaines telles que les a véhiculées la culture populaire, mais aussi par une réflexion très politique sur la question raciale, la place de l’homme noir dans la société, son invisibilité.»

3. Parce que le roman, outre le fait qu’il s’attache à la vérité historique de ce que fût l’esclavage, loin des clichés hollywoodiens, nous raconte ce chemin de fer clandestin Underground Railroad qui permit à près de 100000 esclaves de se réfugier au-delà de la ligne Mason-Dixon et trouver ainsi le chemin vers la liberté. Le réseau de routes clandestines fut formé au début du XIXe siècle et connut son apogée entre 1850 et 1860. Colson Whitehead à l’idée d’en faire un vrai chemin de fer.

4. Parce que ce roman est un coup de poing. Finis les gentils blancs, finie aussi la solidarité de classe. Ceux qui aident les noirs à s’enfuir ne sont pas tous habités de bonnes intentions. Quant aux esclaves eux-mêmes, ils ne dorment pas tous du sommeil du juste. Colson Whitehead a l’art de peindre les nuances, allant jusqu’à faire de Cora, son héroïne en fuite vers le Nord, un caractère bien trempé aux aspérités tranchantes.

5. Parce que cette œuvre est en résonnance directe avec l’actualité. Comme le raconte l’auteur lui-même: «Je pensais écrire sur le Harlem des années 1950, mais l’élection de Trump m’a fait changer d’époque: au final, je m’attaque au racisme et à la gouvernance politique dans la Floride des années 1960, proches de ce que nous connaissons à l’heure actuelle. »

Underground Railroad
Colson Whitehead
Éditions Albin Michel
Roman
traduit de l’anglais (États-Unis) par Serge Chauvin
416 p., 22,90 €
EAN : 9782226393197
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Cora, seize ans, est esclave sur une plantation de coton dans la Géorgie d’avant la guerre de Sécession. Abandonnée par sa mère lorsqu’elle était enfant, elle survit tant bien que mal à la violence de sa condition. Lorsque Caesar, un esclave récemment arrivé de Virginie, lui propose de s’enfuir, elle accepte et tente, au péril de sa vie, de gagner avec lui les États libres du Nord.
De la Caroline du Sud à l’Indiana en passant par le Tennessee, Cora va vivre une incroyable odyssée. Traquée comme une bête par un impitoyable chasseur d’esclaves qui l’oblige à fuir, sans cesse, le « misérable cœur palpitant » des villes, elle fera tout pour conquérir sa liberté.
L’une des prouesses de Colson Whitehead est de matérialiser l’« Underground Railroad », le célèbre réseau clandestin d’aide aux esclaves en fuite qui devient ici une véritable voie ferrée souterraine, pour explorer, avec une originalité et une maîtrise époustouflantes, les fondements et la mécanique du racisme.
À la fois récit d’un combat poignant et réflexion saisissante sur la lecture de l’Histoire, ce roman, couronné par le prix Pulitzer, est une œuvre politique aujourd’hui plus que jamais nécessaire.
« Un roman puissant et presque hallucinatoire. Une histoire essentielle pour comprendre les Américains d’hier et d’aujourd’hui. » The New York Times

Les critiques
Babelio
Le Figaro (Bruno Corty)
ActuaLitté (Cécile Pellerin)
L’Express (Hubert Artus)
Les Echos (Philippe Chevilley)
Le Journal de Montréal (Karine Vilder)
Blog Tombée du ciel 
Blog A sauts et à gambades

Colson Whitehead présente «Underground Railroad» © Production Les Editions Albin Michel

Les premières pages du livre

Extrait
« Après la disparition de Mabel, Cora ne fut plus qu’une enfant perdue. Onze ans, dix ans, dans ces eaux-là – il n’y avait plus personne pour le savoir précisément. Sous l’effet du choc, elle vit le monde s’assécher autour d’elle, réduit à des impressions grises. La première couleur qui revint fut le rouge-brun bouillonnant de la terre du lopin familial. Il la réveilla aux choses et aux êtres, et elle décida de se cramponner à son domaine, quoique jeune, frêle et sans personne pour s’occuper d’elle. Mabel était trop discrète et têtue pour être populaire, mais les gens avaient toujours respecté Ajarry. Son ombre avait été protectrice. La plupart des premiers esclaves de Randall étaient six pieds sous terre ou revendus, disparus d’une façon ou d’une autre. Restait-il encore une âme loyale envers sa grand-mère ? Cora sonda le village : pas une seule. Ils étaient tous morts. »

À propos de l’auteur
Né à New York, en 1969, Colson Whitehead est l’un des auteurs américains les plus passionnants de sa génération, découvert en France par la traduction de son premier roman virtuose, L’Intuitionniste (Gallimard, 2003). Ont suivi notamment, toujours chez Gallimard, Ballade pour John Henry (2005), Le Colosse de New York et Apex ou le cache-blessure (2008), plus récemment le futuriste Zone 1 et Sag Harbor (2014), roman d’essence autobiographique. (Source : livreshebdo.fr)

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Ostwald

FLAHAUT_Ostwald

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Voici cinq bonnes 5 raisons de lire ce livre:
1. Parce que ce roman figure dans la liste des 10 «incontournables» de la rentrée de C-News, «dix ouvrages qui procureront une lecture de qualité ou, à défaut, feront parler d’eux.»

2. Parce que le sujet abordé me touche de près, habitant à quelques kilomètres de la centrale de Fessenheim. Les plus vieux réacteurs nucléaires en service en France sont un peu comme une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes. Elle est dite sûre, mais située en zone sismique… alors le scénario imaginé par Thomas Flahaut a quelque chose de glaçant.

3. Parce qu’il figure dans la sélection des 68 premières fois toujours très pertinente.

4. Parce que, comme l’écrit Aurélien Ferenczi dans Télérama «la réussite du livre tient à ce parasitage du roman classique par le « genre » fantastique, sans déperdition littéraire — le dénouement ultra ouvert passerait mal en collection SF.»

5. Parce que j’aurais grand plaisir à rencontrer l’auteur Vendredi 15 septembre à 20h à la librairie 47° nord à Mulhouse (8 rue du Moulin). Il sera aussi le jeudi 28 septembre à la librairie Page 50 à Strasbourg (6 rue du Renard-Prêchant) et samedi 25 novembre au salon du livre de Colmar.

Ostwald
Thomas Flahaut
Éditions de l’Olivier
Roman
176 p., 17 €
EAN : 9782823611656
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
« La secousse que j’ai ressentie la nuit dernière était un tremblement de terre. Les animations commentées par le présentateur du journal le montrent. Un point rose palpite sous la terre. De ce point partent des ondes roses qui font vaciller un cube gris posé à la surface, désigné par une flèche, et légendé.
Centrale nucléaire de Fessenheim. »
Évacués avec le reste de la population, Noël et son frère, Félix, se retrouvent dans un camp improvisé en pleine forêt, la forêt où ils se promenaient, enfants, avec leur père. C’était avant la fermeture de l’usine où celui-ci travaillait, avant le divorce des parents, et l’éclatement de la famille.
Cette catastrophe marque, pour eux, le début d’une errance dans un paysage dévasté. Ils traversent l’Alsace déserte dans laquelle subsistent de rares présences, des clochards égarés, une horde de singes échappés d’un zoo, un homme qui délire…
Ostwald est le récit de leur voyage, mais aussi du délitement des liens sociaux, et peut-être d’une certaine culture ouvrière. C’est la fin d’un modèle qui n’ayant plus de raison d’être ne peut être transmis : confrontés aux fantômes du passé, les deux frères doivent s’inventer un avenir. Peut-être est-ce la morale de ce roman en forme de fable.

Les critiques
Babelio 
livreshebdo.fr (Léopoldine Leblanc)
Télérama (Aurélien Ferenczi)
L’Humanité (Sophie Joubert)
L’Alsace (Olivier Brégeard)
RTS (émission «Versus-lire»)
Blog Danactu-résistance

Les premières lignes…
« Comment ça meurt une ville ?
Quand nous sortons de chez nous, maman enfile un casque marqué du logo bleu de son entreprise, Alstom. Ce casque, elle ne l’a sans doute jamais porté. Elle ne le portera plus jamais, elle l’espère. Papa, lui, a revêtu le blouson de cuir du dimanche, râpé par les années, couvert de sillons gris et de craquelures, plus beau que ses costumes de semaine, bleus, unis et lisses. L’élastique du blouson enserre sa taille et simule dans le pli du cuir une bedaine qu’il n’a pas. Sur les photos de l’époque, je le vois amaigri. Je m’en souviens, comme je me souviens de ce journal roulé qui sort de sa poche. De son titre, de sa une, le souvenir imprécis des mots mais celui, bien clair, du vertige qu’ils avaient provoqué en moi.
Une usine ferme. La ville qu’elle faisait vivre agonise. La ville meurt.
Et l’idée de la voir s’effondrer, cette ville, avec toutes ses pierres, ses voitures et ses habitants, l’idée du vide qui viendrait après sa mort, du néant replié sur toutes ses rues et ses existences, alors, me hante.
Belfort. Un mois de novembre. J’ai onze ans. Papa a garé sa Golf devant le parking de l’Arsenal. La bise fait tourbillonner les feuilles mortes entre les premiers manifestants qui attendent. Bientôt, le goudron défoncé est noir de monde. La foule gonfle de minute en minute. Les policiers sont repoussés contre les remparts. Au-dessus de nous le lion de grès, gigantesque, regarde à l’horizon les collines boisées en lisière des Vosges se fondre dans le ciel noir. Sous ses pattes, une banderole est tendue. Lettres larges et rouges, éclatantes. »

Extrait
« Tous les yeux sont dirigés vers l’écran plat accroché au mur, entouré des logos de marques de bière tricotés en tubes néons aux couleurs acides. La secousse que j’ai ressentie la nuit dernière était un tremblement de terre. Les animations commentées par le présentateur du journal le montrent. Un point rose palpite sous la terre. De ce point partent des ondes roses qui font vaciller un cube gris posé à la surface, désigné par une flèche, et légendé.
Centrale nucléaire de Fessenheim.
Puis ce sont des cortèges de bus et de camions militaires, des pompiers au visage couvert d’un masque à gaz, des dizaines d’hommes vêtus de combinaisons jaunes. Sous leurs silhouettes identiques, à la démarche comique, défile en boucle le même message. Lettres blanches sur un bandeau rouge.
Grave incident la nuit dernière à la centrale de Fessenheim.
Le barman pointe la télécommande en direction de la télévision et change de chaîne. C’est un geste de bravoure. Les chevaux enchaînent de nouveau, et comme tous les jours depuis la création du monde, les tours d’hippodrome.
Eh ben voilà. »

À propos de l’auteur
Né en 1991 à Montbéliard (Doubs), Thomas Flahaut fait partie de la jeune génération qui compose la rentrée littéraire. Après avoir étudié le théâtre à Strasbourg, il rejoint la Suisse pour suivre un cursus en écriture littéraire. Diplômé de la Haute école des arts de Bienne, il vit et travaille à Lausanne, où il a cofondé le collectif littéraire franco-suisse Hétérotrophes. Ostwald est son premier roman. (Source : livreshebdo.fr / Editions de l’Olivier)

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Point cardinal

Point cardinal

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Voici 5 bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que j’avais eu un gros coup de cœur pour Amours, le précédent roman de Léonor de Récondo qui raconte avec beaucoup de finesse un triangle amoureux peu conventionnel au début du XXe siècle et dépeignait par la même occasion une société en pleine mutation.

2. Parce que l’audace doit toujours être récompensée. Ici, on saluera celle qui préside au choix de cette histoire singulière, celle d’un homme qui petit à petit se transforme en femme, de Laurent devenant Lauren et doit assumer cette nouvelle identité aux yeux de son épouse, de ses enfants et de son entourage.

3. Pour cette question essentielle que pointe le titre et que Gilles Chenaille pose dans Marie Claire: « la personne se définit-elle par son genre, et sa sexualité, par son identité sexuelle? En d’autres termes: un époux et père de famille peut-il se travestir en secret, certaines nuits, sur un parking, pour aller danser chez les transsexuels, puis se démaquiller et se rhabiller en homme pour reprendre sa place dans le foyer? Et, à la fin, changer carrément de sexe mais sans qu’au fond rien ne change? »

4. Parce qu’il figure dans les finalistes du Prix du Roman Fnac 2017 qui sera dévoilé le jeudi 14 septembre en compagnie de quatre autres excellents livres: Ma Reine de Jean-Baptiste Andrea, Bakhita de Véronique Olmi, Femme à la mobylette de Jean-Luc Seigle et Ces rêves qu’on piétine de Sébastien Spitzer.

5. Parce que Léonor de Récondo sera l’invitée de La Grande Librairie (France 5) ce jeudi 7 septembre pour le démarrage de la saison 10 et que je partage très souvent les choix de François Busnel.

Point cardinal
Léonor de Récondo
Sabine Wespieser Editeur
Roman
232 p., 20 €
EAN : 9782848052267
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Sur le parking d’un supermarché, dans une petite ville de province, une femme se démaquille. Enlever sa perruque, sa robe de soie, rouler ses bas sur ses chevilles : ses gestes ressemblent à un arrachement. Bientôt, celle qui, à peine une heure auparavant, dansait à corps perdu sera devenue méconnaissable.
Laurent, en tenue de sport, a remis de l’ordre dans sa voiture. Il s’apprête à rejoindre femme et enfants pour le dîner. Avec Solange, rencontrée au lycée, la complicité a été immédiate. Laurent s’est longtemps abandonné à leur bonheur calme. Sa vie bascule quand, à la faveur de trois jours solitaires, il se travestit pour la première fois dans le foyer qu’ils ont bâti ensemble. À son retour, Solange trouve un cheveu blond…
Léonor de Récondo va alors suivre ses personnages sur le chemin d’une transformation radicale. Car la découverte de Solange conforte Laurent dans sa certitude: il est une femme. Reste à convaincre ceux qu’il aime de l’accepter.
La détermination de Laurent, le désarroi de Solange, les réactions contrastées des enfants – Claire a treize ans, Thomas seize –, l’incrédulité des collègues de travail : l’écrivain accompagne au plus près de leurs émotions ceux dont la vie est bouleversée. Avec des phrases limpides et d’une poignante justesse, elle trace le difficile parcours d’un être dont toute l’énergie est tendue vers la lumière.
Par-delà le sujet singulier du changement de sexe, Léonor de Récondo écrit un grand roman sur le courage d’être soi.

Les critiques
Babelio
Télérama (Marine Landrot)
ELLE (Jeanne de Ménibus)
Marie Claire (Gilles Chenaille)
Blog Bricabook 
Blog Entre les lignes (Bénédicte Junger)
Blog Sur la route de Jostein 

Les premières pages du livre
MATHILDA CONDUIT JUSQU’AU ROND-POINT, puis se gare sur le parking du supermarché. Presque personne à cette heure-ci. Elle choisit une place loin de l’entrée, éteint le moteur, insère le disque dans la fente du tableau de bord. À l’ombre de la grande enseigne, la musique surgit, le volume à son maximum. Oh Lord who will comfort me? Mathilda cale un miroir sur le volant, se regarde, se trouve belle et triste à la fois, observe son menton, son nez, ses lèvres. C’est le moment du dépouillement, le pire de tous. Elle sort de la voiture, ouvre le coffre. Sous la moquette, la roue de secours a disparu pour abriter une mallette. Elle la saisit en tremblant. Combien de temps encore? Mathilda se rassoit, la mallette en aluminium lui glace les cuisses. Elle actionne les petits clapets, qui se soulèvent avec un bruit sec. Elle prend une lingette démaquillante, se frotte doucement les yeux, puis commence à retirer ses faux cils. Son visage se déshabille. Lorsque les cils sont rangés dans leur boîte, Mathilda a presque disparu sous les restes de crayon noir, de couleurs brouillées, de mascara étalé jusqu’aux pommettes.

Extrait
« L’entraînement à la salle de sport, c’est l’excuse de Laurent. Tout a commencé à cause de ses douleurs et d’une furieuse envie de maigrir. Pendant plusieurs mois, à l’extérieur et en salle, il a pédalé sans relâche. Il reprenait son corps en main, les effets étaient grisants. Muscles affinés, peau tendue et surtout jambes épilées.
Quand Solange l’avait vu sortir de la salle de bains les jambes rasées, elle l’avait regardé, éberluée. Il avait justifié son geste par la prise au vent ¢ oui, même en salle, avait-il ajouté, et la transpiration se répartit mieux, tu sais. C’est comme ça, dans la famille des cyclistes. Elle s’était gentiment moquée de lui, il n’y avait prêté aucune attention.
Maintenant, il ne se rase plus, il s’épile à la cire. Ses mollets luisants et lisses lui procurent, quand il se caresse, une sensation de plaisir indéfinissable, une vague chaude qui le plonge au plus profond de son enfance, quand tout lui semblait encore possible. »

À propos de l’auteur
Léonor de Récondo, née en 1976, débute le violon à l’âge de cinq ans. Son talent précoce est rapidement remarqué, et France Télévisions lui consacre une émission alors qu’elle est adolescente. À l’âge de dix-huit ans, elle obtient du gouvernement français la bourse Lavoisier qui lui permet de partir étudier au New England Conservatory of Music (Boston/U.S.A.). Elle devient, pendant ses études, le violon solo du N.E.C. Symphony Orchestra de Boston. Trois ans plus tard, elle reçoit l’Undergraduate Diploma et rentre en France. Elle fonde alors le quatuor à cordes Arezzo et, grâce au soutien de l’association ProQuartet, se perfectionne auprès des plus grands maîtres du genre (Quatuor Amadeus, Quatuor Alban Berg). Sa curiosité la pousse ensuite à s’intéresser au baroque. Elle étudie pendant trois ans ce nouveau répertoire auprès de Sigiswald Kuijken au Conservatoire de Bruxelles. Depuis, elle a travaillé avec les plus prestigieux ensembles baroques (Les Talens Lyriques, Le Concert d’Astrée, Les Musiciens du Louvre, Le Concert Spirituel). De 2005 à 2009, elle fait partie des musiciens permanents des Folies Françoises, un ensemble avec lequel elle explore, entre autres, le répertoire du quatuor à cordes classique. En février 2009, elle dirige l’opéra de Purcell Didon et Enée mis en scène par Jean-Paul Scarpitta à l’Opéra national de Montpellier. Cette production fait l’objet d’une tournée. En avril 2010, et en collaboration avec la chanteuse Emily Loizeau, elle crée un spectacle mêlant musique baroque et musique actuelle.
Léonor de Récondo a été premier violon sous la direction de Vincent Dumestre (Le Poème Harmonique), Patrick Cohën-Akenine (Les Folies Françoises), Enrico Gatti, Ryo Terakado, Sigiswald Kuijken. Elle est lauréate du concours international de musique baroque Van Wassenaer (Hollande) en 2004.
Elle fonde en 2005 avec Cyril Auvity (ténor) L’Yriade, un ensemble de musique de chambre baroque qui se spécialise dans le répertoire oublié des cantates. Un premier disque de l’ensemble paraît chez Zig-Zag Territoires autour du mythe d’Orphée (plusieurs fois récompensé par la presse), un deuxième de cantates de Giovanni Bononcini en juillet 2010 chez Ramée.
Léonor de Récondo a enregistré une quinzaine de disques (Deutsche Grammophon, Virgin, K617, Alpha, Zig-Zag Territoires) et a participé à plusieurs DVD (Musica Lucida).
En octobre 2010, paraît son premier roman, La Grâce du cyprès blanc, aux éditions Le temps qu’il fait.
Depuis 2012, elle publie chez Sabine Wespieser éditeur : en 2012, Rêves oubliés, roman de l’exil familial au moment de la guerre d’Espagne. En 2013, Pietra viva, plongée dans la vie et l’œuvre de Michel Ange, rencontre une très bonne réception critique et commerciale. Amours, paru en janvier 2015, a remporté le prix des Libraires et le prix RTL/Lire. Point cardinal est paru en août 2017. (Source : Sabine Wespieser éditeur)

Site Wikipédia de l’auteur 

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Ils vont tuer Robert Kennedy

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Voici 5 raisons de lire ce livre :
1. Parce que chacun des livres de Marc Dugain est un petit événement. Depuis 1998 et La Chambre des officiers, sur les gueules cassées de 14-18, il a cumulé les succès et les prix. Après sa trilogie politique L’Emprise, Quinquennat et Ultime partie le voici de retour sur un terrain qu’il affectionne, les Etats-Unis.

2. Parce que depuis La Malédiction d’Edgar qui retrace la période durant laquelle John Edgar Hoover était à la tête du FBI, on sait que Marc Dugain avait encore bien des choses à dire sur l’élection de John Kennedy à la Maison-Blanche et son assassinat en 1963.

3. Parce que sa façon de travailler, de se documenter et de raconter les événements historiques mettant en scène des personnages réels force l’admiration.

4. Parce que la thèse proposée par le narrateur du livre permet de revisiter cette époque troublée: « Je suis persuadé que Bobby, quand il se décide à se présenter à la présidentielle de 1968, sait qu’il va mourir, qu’il n’a aucune chance de monter la dernière marche. Et pourtant il y va. Voilà un homme qui est le chef d’une tribu irlandaise, marié, père de onze enfants, dont le frère a été assassiné cinq ans plus tôt et qui vient d’assister au meurtre de Martin Luther King. Je veux démontrer qu’il savait qu’il allait être assassiné et que malgré cela il a décidé de s’engager dans les primaires. »

5. Parce que, si l’on en croit Thierry Gandillot, la construction proche du thriller et notamment la fin méritent le détour, avec un «coup de théâtre final où Marc Dugain confirme qu’il est un as de la manipulation».

Ils vont tuer Robert Kennedy
Marc Dugain
Éditions Gallimard
Roman
400 p., 22,50 €
EAN : 9782072697104
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Un professeur d’histoire contemporaine de l’université de Colombie-Britannique est persuadé que la mort successive de ses deux parents en 1967 et 1968 est liée à l’assassinat de Robert Kennedy. Le roman déroule en parallèle l’enquête sur son père, psychiatre renommé, spécialiste de l’hypnose, qui a quitté précipitamment la France avec sa mère à la fin des années quarante pour rejoindre le Canada et le parcours de Robert Kennedy. Celui-ci s’enfonce dans la dépression après l’assassinat de son frère John, avant de se décider à reprendre le flambeau familial pour l’élection présidentielle de 1968, sachant que cela le conduit à une mort inévitable. Ces deux histoires intimement liées sont prétexte à revisiter l’histoire des États-Unis des années soixante. Contre-culture et violence politique dominent cette période pourtant porteuse d’espoir pour une génération dont on comprend comment et par qui elle a été sacrifiée. Après La malédiction d’Edgar et Avenue des Géants, Marc Dugain revient avec ce roman ambitieux à ses sujets de prédilection où se côtoient psychose paranoïaque et besoin irrépressible de vérité.

Autres critiques
Babelio 
Les Échos (Thierry Gandillot)
France Inter – émission Boomerang d’Augustin Trapenard
Fragments de lecture… Les chroniques littéraires de Virginie Neufville

Les premières pages du livre
« Avant que notre relation amoureuse ne débute, Lorna avait une façon inquiétante de me fixer pendant les cours. Je ne comprenais pas ce qui suscitait l’intérêt de cette beauté pour un sexagénaire abîmé. Quelque chose ne collait pas entre cette grande femme blonde aux traits délicats et un homme comme moi. Au début, j’ai pris son inclination pour le jeu de séduction d’une étudiante envers son professeur. Ensuite je l’ai suspectée de travailler pour la CIA et je dois vous confesser qu’il m’arrive encore de le penser, même si c’est me donner une importance exagérée. J’ai aussi imaginé qu’elle cherchait un père de substitution, que je lui paraissais adapté pour ce rôle. Désirer un homme tellement plus âgé révèle chez une femme un rapport particulier à son père, comme si elle voulait le garder auprès d’elle. Il m’est arrivé de lui reprocher cette attraction pour moi et de lui dire qu’elle dénotait dans sa psychologie des failles inquiétantes dont je me blâme de profiter. Parfois, cette relation aux limites de l’indécence me semble presque incestueuse. Je crains de m’afficher en public avec elle, le regard scrutateur des autres me blesse. Je suis incapable de justifier notre relation autrement que par le fait que je ne sais pas y renoncer. »

Extrait
« L’Irlande, un des plus petits pays du monde, avait produit plusieurs millions de migrants, phénomène accentué par la grande famine du xixe siècle. Aucun d’entre eux n’était parvenu si haut dans la hiérarchie humaine. Cet Irlandais-là était devenu le premier homme de la première des nations. Et on venait de l’abattre depuis un dépôt de livres, à Dallas, d’une balle dans la tête. Mais pour ma mère, Kennedy n’était pas seulement le premier des Irlandais, il avait ouvert la première période de modernité d’après guerre en laissant sur place les conservateurs protestants rances qui avaient fait l’histoire du siècle jusque-là. À Dallas Texas, chez les plus conservateurs des Américains, on avait tiré sur sa génération. Mon père avait appris la nouvelle à la radio en revenant à la maison. Comme ma grand-mère, il n’aimait pas particulièrement Kennedy, mais il mesurait l’onde de choc qu’allait provoquer ce drame. »

À propos de l’auteur
Marc Dugain est né au Sénégal où son père était coopérant. Il est revenu en France à l’âge de sept ans et durant son enfance, il accompagnait son grand-père à La maison des Gueules cassées de Moussy-le-Vieux, château qui avait accueilli les soldats de la Première Guerre mondiale mutilés du visage.
Il obtient ensuite son diplôme de l’Institut d’études politiques de Grenoble et travaille dans la finance avant de devenir entrepreneur florissant dans l’aéronautique.
Avant son premier roman, Marc Dugain n’avait jamais écrit, excepté un bon millier de lettres à son amie d’enfance et quasi-sœur, l’écrivain Fred Vargas.
A trente-cinq ans, il commence une carrière littéraire en racontant le destin de son grand-père maternel, gueule cassée de la guerre de 14-18: ce sera La Chambre des officiers, publié en 1999 et qui le fera connaître. Il n’obtiendra pas moins de 20 prix littéraires dont le prix des libraires, le prix des Deux-Magots et le prix Roger-Nimier.
Il s’intéresse ensuite à la vie de John Edgar Hoover, chef trouble du FBI pendant quarante-huit ans dans La Malédiction d’Edgar (2005), à la Russie et la catastrophe du sous-marin Koursk sous Vladimir Poutine dans Une exécution ordinaire (2007), ou encore au destin du tueur en série américain Edmund Kemper dans Avenue des géants. De 2014 à 2016, il publie une trilogie politique qui explore les arcanes de la politique française: L’Emprise, Quinquennat et Ultime partie. Il est également chroniqueur, essayiste, réalisateur et scénariste. Il a réalisé plusieurs grandes enquêtes notamment sur le naufrage du sous-marin Koursk et sur le crash du MH 370. (Source : babelio.com / Gallimard).

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Le jour d’avant

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Voici 5 bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que les derniers romans de Sorj Chalandon ont tous été bien accueillis, voire couronnés, notamment les trois derniers : Retour à Killybegs (2011 – Grand Prix du roman de l’Académie française), Le Quatrième Mur (2013 – prix Goncourt des lycéens) et Profession du père (2015).

2. Parce que le sujet abordé me touche particulièrement, moi qui suis né à quelques encablures des puits de mine du bassin houiller de Lorraine, ai été en classe avec des fils de mineurs, ai côtoyé de nombreuses gueules noires et ai entendu à de nombreuses reprises l’histoire des 22 qui sont restés au fond du puits Simon à Forbach le 25 février 1985. Ce drame restera la dernière grande catastrophe minière en France.

3. Parce que ce livre figure dans la sélection du Prix littéraire du Monde 2017 qui sera remis le 8 septembre et le Prix du roman FNAC décerné le 14 septembre. Des listes de ces deux Prix je ne retrancherai aucun des ouvrages sélectionnés.

4. Pour cette phrase de conclusion d’Alexandre Demidoff dans sa chronique du journal Le Temps: «Ce récit est une ode aux terrassés des corons, le tombeau d’une fraternité pas tout à fait désespérée. Une formidable machinerie romanesque aussi. »

5. Pour la réponse de Sorj Chalandon à la question Pour quelle raison faut-il lire ce livre?: « Méfiez-vous des histoires trop belles. Méfiez-vous des choses trop simples. Ce n’est pas un livre sur la vengeance que vous aurez entre les mains mais un roman sur la culpabilité. J’aime Michel. Il me touche profondément car je lui ai légué ma colère. Mais c’est une âme noire, pas une gueule noire. »

Le jour d’avant
Sorj Chalandon
Éditions Grasset
Roman
336 p., 20,90 €
EAN: 9782246813804
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
«Venge-nous de la mine», avait écrit mon père. Ses derniers mots. Et je le lui ai promis, poings levés au ciel après sa disparition brutale. J’allais venger mon frère, mort en ouvrier. Venger mon père, parti en paysan. Venger ma mère, esseulée à jamais. J’allais punir les Houillères, et tous ces salauds qui n’avaient jamais payé pour leurs crimes.

Autres critiques
Babelio 
Culturebox (Laurence Houot)
La cause littéraire (Pierrette Epsztein)
Le Temps (Alexandre Demidoff – suivi d’un entretien avec Sorj Chalandon)
Blog Bricabook
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Lis-moi si tu veux 


Sorj Chalandon présente «Le Jour d’avant» © Production Hachette France

Les premières pages du livre

Extrait
« il fallait que je quitte le bassin. Je ne voulais pas d’un horizon de terrils. De l’air âcre des cheminées. Je ne pouvais plus passer devant les grilles de la mine, croiser les gars sur leurs mobylettes. Baisser les yeux face aux survivants. Entendre le souffle des chevalements que seul mon Jojo avait le droit d’imiter. J’étais épuisé des hommes à gueules de charbon. Je ne supportais plus de voir leurs mains balafrées, entaillées, leurs peaux criblées à vie d’échardes noires. Les regards harassés me faisaient de la peine. Même le dimanche, même nettoyés dix fois, les cous, les fronts, les oreilles racontaient la poussière de la fosse.
Et mon frère disparu. »

À propos de l’auteur
Après trente-quatre ans à Libération, Sorj Chalandon est aujourd’hui journaliste au Canard enchaîné. Ancien grand reporter, prix Albert-Londres (1988), il est aussi l’auteur de sept romans, tous parus chez Grasset. Le Petit Bonzi (2005), Une promesse (2006 – prix Médicis), Mon traître (2008), La Légende de nos pères (2009), Retour à Killybegs (2011 – Grand Prix du roman de l’Académie française), Le Quatrième Mur (2013 – prix Goncourt des lycéens) et Profession du père (2015). (Source : Éditions Grasset)

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