Trancher

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En deux mots:
Une femme insultée par son mari a décidé de lui pardonner ses écarts de langage. Mais après sept années, le voilà qui recommence. Une violence verbale qui frappe aussi leurs deux enfants. Se pose alors la seule qui vaille: faut-il supporter plus longtemps ces agressions à répétition?

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

La femme parfaite est une connasse

Le premier roman d’Amélie Cordonnier va sonder la psychologie d’une femme qui subit jour après jour les agressions verbales de son mari. Après un premier répit, il reprend ses insultes. Faut-il dès lors Trancher?

« Alors ça sort, sans prévenir. Personne ne s’y attend. Ni toi ni les enfants qui se figent instantanément. Je suis chez moi, quand même, alors ferme ta gueule, une bonne fois pour toutes, connasse, si tu veux pas que je la réduise en miettes. Uppercut. Souffle coupé. Tu baisses la tête sous l’effet du coup. Quand tu la relèves, tu vois, sur la table, les miettes du petit déjeuner que tu n’as pas encore débarrassé. La porte claque aussi fort que sa menace. La honte cuit tes joues. Tu ne sais que dire, alors tu te tais. C’est un silence atterré qui vous accable tout à coup. Dans les yeux horrifiés de Romane, la surprise le dispute à l’effroi. Vadim ronge ses ongles, son frein aussi, tu le vois bien. » Un épisode parmi d’autres. Des dérapages qui s’accumulent. Mais pourquoi Aurélien se laisse-t-il aller? N’avait-il pas demandé pardon, ne s’était-il pas promis d’arrêter? Et pourquoi les vieux démons se réveillent-ils? Après le choc, la sidération vient la phase de honte, de culpabilisation. Qu’a-t-elle à se reprocher? Parce qu’après tout cela ne vient pas forcément de lui. Lui qui suivait des séances chez le psy…
Amélie Cordonnier déroule avec habileté le fil des sentiments et des émotions. Quand l’épouse comprend dans le regard de ses enfants combien elle est victime, quand elle doit faire bonne figure lors des repas de famille, mais surtout comment le poison s’installe insidieusement, transformant le quotidien en un enfer. La peur d’un nouveau dérapage s’ancrant littéralement dans les tripes. Au propre autant qu’au figuré. Un épisode, lors d’un déplacement en voiture, viendra du reste illustrer de manière spectaculaire ce mal insidieux.
Pour s’en sortir, elle va employer plusieurs stratégies. Par exemple minimiser «Allez, c’est bon, maintenant. Arrête de pleurnicher comme ça, ton père n’est pas mort au Bataclan !». Ou alors essayer l’évitement, la fuite. Ou encore essayer de le confronter au drame qu’elle et ses enfants affrontent en lui montrant des films plus ou moins explicites pour le faire réagir comme Une séparation, Le Client d’Asghar Farhadi, L’économie du couple de Joachim Lafosse ou encore Nahid d’Ida Panahandeh. Et, en désespoir de cause, utiliser la méthode Coué «à cause de Proust et de son fichu Temps retrouvé».
Mais les «tirades incendiaires d’Aurélien» reprennent vite le pas sur les promesses de rédemption, sur les jours de rémission, sur les tentatives – maladroites il est vrai – de regagner les faveurs d’une épouse de plus en plus malheureuse.
Et qui réussit à se persuader qu’elle n’est pas «la gourde, la bonne à rien, la fille incapable et médiocre qu’il décrit.»
Vient alors le temps de l’action. De prendre l’air, de se confier à son amie Marie, voire même de s’offrir une séance de sexe à l’impromptu.
Je ne dirai pas une ligne de l’épilogue de ce livre, sinon qu’il vous réserve encore une belle salve d’émotions. Refermant ce roman choc, je me dis que nous serons nombreux à nous précipiter sur son prochain opus.

Trancher
Amélie Cordonnier
Éditions Flammarion
Roman
176 p., 17 €
EAN : 9782081439535
Paru le 29 août 2018

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris et Vincennes ainsi qu’en Normandie, à Cabourg, Trouville et Dives, dans les Alpes, à Vars. On y évoque aussi un voyage en Croatie.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Des pages et des pages de notes. Tu as noirci des centaines de lignes de ses mots à lui. Pour garder une trace, tenter de les désamorcer, avec le pathétique espoir qu’ils aillent s’incruster ailleurs qu’en toi. »
Cela faisait des années qu’elle croyait Aurélien guéri de sa violence, des années que ses paroles lancées comme des couteaux n’avaient plus déchiré leur quotidien. Mais un matin de septembre, devant leurs enfants ahuris, il a rechuté : il l’a de nouveau insultée. Malgré lui, plaide-t-il. Pourra-t-elle encore supporter tout ça ? Elle va avoir quarante ans le 3 janvier. Elle se promet d’avoir décidé pour son anniversaire.
D’une plume alerte et imagée, Amélie Cordonnier met en scène une femme dans la tourmente et nous livre le roman d’un amour ravagé par les mots.

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Les critiques
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Amélie Cordonnier présente son premier roman, Trancher, à la Grande Librairie de François Busnel © Production France Télévisions

Incipit
(les premières pages du livre)
« Prologue
Tu as toujours fait des listes. Petite, tu notais le nom de tes poupées, des copains à inviter, des poneys que tu voulais monter, les mots inconnus à chercher dans le dictionnaire et tous les cadeaux d’anniversaire dont rêvait Anna. Tu griffonnais aussi le titre des Bibliothèque Verte à commander, Alice et les Faux-Monnayeurs, Alice et le Pick-Pocket, Une cavalière pour l’Étalon noir, puis Jonathan Livingston le Goéland ou Le Petit Lord Fauntleroy. La liste des romans à lire en priorité n’a jamais quitté ton sac, mais un jour, il y eut aussi celle des garçons qui te souriaient à la sortie du lycée, puis rencontrés le samedi en boîte de nuit. Quand les enfants sont nés, d’autres listes se sont ajoutées. Celles de la semaine et du week-end, celles des corvées et des réjouissances à venir. Les horaires de biberons, puis ceux de la danse, du tennis et du judo, les légumes à acheter, les purées à préparer, les activités à programmer, les dates de vacances, le menu du dîner avec les plats à réchauffer que tu continues de rédiger chaque matin pour la baby-sitter avant de partir travailler à la médiathèque, les films, les spectacles et les expos à ne pas manquer, les fêtes à ne pas oublier : toutes ces listes-là, tu les as faites. Souvent avec plaisir, parfois en grognant, mais toujours de ton plein gré. Des listes d’insultes, en revanche, ça jamais tu n’en avais fait.
Première partie
C’est revenu sans prévenir. C’était un de ces week-ends de septembre que tu préfères. Vous aviez décidé de le passer tous les quatre à Cabourg, dans la petite maison héritée de Josette, la grand-mère d’Aurélien. L’adorable vieille dame, un peu foutraque, l’avait baptisée « La bicoque ». À sa mort, Aurélien t’avait proposé de repousser les avances des agents immobiliers et de tout refaire. Tu avais dit oui, évidemment. Il y avait du pain sur la planche car la chaumière n’avait jamais été rénovée en quarante ans. Il avait fallu trier et beaucoup jeter. Josette avait engrangé un nombre incalculable de figurines en tous genres, recouvertes de poussière. La collection de bateaux, celle de chats en porcelaine, de cœurs, de canards en bois, de poupées anciennes et de boules de neige. Il a fallu des litres d’huile de coude et près de quatre-vingts sacs-poubelle pour faire place nette. Un vrai crève-cœur de devoir se séparer de tout ça. Tu avais suggéré à Aurélien de garder un exemplaire, mais pas plus, de chacune des collec’ de Josette. Pour la famille des nains de jardin, vous aviez toléré une entorse à la règle. Trois d’entre eux trônent aujourd’hui encore dans la cuisine ouverte sur le salon. C’est sous leur œil goguenard et leur mine renfrognée que tout a éclaté.
Il est 10 heures, ce matin-là. Le soleil darde à travers les larges baies vitrées qui remplacent les fenêtres vétustes de Josette. Le décor n’a rien à envier à celui de la famille Ricoré. À l’exception des carreaux, sales comme jamais. « Dégueu ! » s’exclame Romane, dans un sourire impertinent, en les pointant du doigt, avant d’expliquer à son frère : « Dégueu, on a le droit de le dire, mais pas dégueulasse. » Tu ris. Peu importe la crasse, tu t’es promis de ne pas passer le dimanche à faire le ménage. Ta tasse de thé refroidit devant le jeu des différences. Il en reste trois à trouver et Romane se désespère, tandis que Vadim, installé en face de vous, peine à résumer La Fortune des Rougon. Il y a bien assez de place pour que tout le monde s’étale. Livres cornés, gommes, cahiers, feuilles, fiches, feutres, classeurs, effaceurs et crayons de couleur s’amoncellent sur la longue table de ferme où tu ne t’assois jamais sans une pensée pour Josette qui y enchaînait jadis les grilles de mots croisés, emmitouflée dans son châle rose. C’est le seul meuble que vous avez gardé, avec le lourd banc de chêne sur lequel Vadim s’est souvent cogné, petit. Il règne un calme aussi joyeux que studieux, qui te réjouit. Tu as éteint la musique, une fois les pains au chocolat dévorés, histoire que ton lycéen de quinze ans puisse mieux se concentrer. Il a déjà assez de mal comme ça à tenir en place sans faire trembler sa cuisse ni tourner son Bic comme une toupie. Tu as toujours affectionné ces moments-là, où rien ne s’agite, où chacun cogite dans un silence entrecoupé de soupirs et parfois de râleries. Romane dessine un arbre avec un oiseau, Vadim cherche ses mots en croquant son stylo, toi tu as ouvert ton roman et tu aimes lire comme ça, même si tu n’avances pas. Tu tournes laborieusement la page 100 quand Vadim décrète que la maison de Josette ressemble pas mal à celle où vivent Silvère et sa grand-mère. De guerre lasse, tu refermes ton bouquin. Si tu ne lui donnes pas un coup de main pour sa dissert, on y sera encore demain. C’est à ce moment-là qu’Aurélien déboule dans la cuisine. Tu remarques l’air agacé qu’il affiche ostensiblement. Il allume la baffle et met la musique à fond. « Mais non, t’exclames-tu en baissant le son, on ne peut pas travailler dans ces conditions. » Alors ça sort, sans prévenir. Personne ne s’y attend. Ni toi ni les enfants, qui se figent instantanément. « Je suis chez moi, quand même, alors ferme ta gueule une bonne fois pour toutes, connasse, si tu veux pas que je la réduise en miettes. » Uppercut. Souffle coupé. Tu baisses la tête sous l’effet du coup. Quand tu la relèves, tu vois, sur la table, les miettes du petit déjeuner que tu n’as pas encore débarrassé.
La porte claque aussi fort que sa menace. La honte cuit tes joues. Tu ne sais que dire, alors tu te tais. C’est un silence atterré qui vous accable tout à coup. Dans les yeux horrifiés de Romane, la surprise le dispute à l’effroi. Vadim ronge ses ongles, son frein aussi, tu le vois bien. Après un long moment, le pli qui barre son front finit par disparaître, il relève la tête, te regarde avec une douceur infinie et, tout fier de lui, déclare : « Ça nous fait donc un deuxième point commun avec Silvère puisque son amoureuse s’appelle Miette. » Sa blague vous sauve tous les trois. »

Extrait
« Dans le bus ou le métro, à la médiathèque ou au parc, pendant que Vadim tape dans son ballon de foot avec les copains et que Romane fait le cochon pendu ou joue à la petite marchande sous le toboggan, tu égrènes ses mots partout. Des pages et des pages de notes. Tu as noirci des centaines de lignes de ses mots à lui. Pour garder une trace, tenter de les désamorcer, avec le pathétique espoir qu’ils aillent s’incruster ailleurs qu’en toi. »

À propos de l’auteur
Amélie Cordonnier, 38 ans, est journaliste depuis 2002. Après avoir travaillé pour Europe1, La Tribune ou encore Le journal du dimanche, Amélie Cordonnier est chef de rubrique Culture à Femme Actuelle depuis 2014 ainsi qu’à Prima. Trancher est son premier roman. (Source: Livres Hebdo)

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Le Nord du monde

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En deux mots:
Pour fuir l’homme chien qui la poursuit, la narratrice décide de prendre la route du Nord. On va la suivre jusqu’en Norvège, essayant d’oublier son traumatisme, faisant des rencontres improbables, volant un enfant et cherchant l’apaisement au bout de sa quête.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Le Nord est un point cardinal

Nathalie Yot nous offre une quête étonnante pour ses débuts de romancière. Sa narratrice décide fuir l’homme qui la harcèle, sûre de trouver la paix en marchant vers le Nord. Une quête qui la conduira en Norvège et au bout d’elle-même.

Un rythme, une urgence, un besoin : dès les premières lignes de son court premier roman Nathalie Yot parvient à capter l’attention du lecteur. Avec des phrases courtes comme un halètement, on sent la narratrice cherchant à fuir cet «homme chien» qui la harcèle. Comme une sorte de besoin vital. Sans trop en savoir sur les véritables raisons qui la pousse à prendre la route, on va la suivre sur la route. Et dans sa conviction que la sécurité, la nouvelle vie est au Nord.
Commence alors une étrange quête parsemée de rencontres qui sont autant de points de repère dans l’initiation de cette femme. Monsieur Pierre lui fera faire un bout de chemin jusqu’à Lille et partagera quelques temps sa couche. Mais elle sent bien qu’elle n’est pas au bout du chemin. Laissant un petit mot d’adieu, elle poursuit vers la Belgique et les Pays-Bas.
Aux abords de Meerle, il lui faudra toutefois s’arrêter car l’état de ses pieds est inquiétant. Madame Flaisch viendra à son secours, l’hébergera dans sa ferme et la soignera. Elle va alors pouvoir reprendre son Odyssée, car elle entend «simplement s’installer dans la fuite». Elle arrive à Amsterdam où sa route va croiser celle de trois Polonais, Elan, Vince et Piotr avec lesquels elle se sent bien. Les semaines passent et le traumatisme s’éloigne grâce à ces trois partenaires: « Juste le sexe. La simplicité de la mécanique. Quand l’acte est terminé, on fait ralentir le cœur. On respire les effluves. On scrute notre peau, l’œil collé à l’épiderme, comme avec la Flaisch endormie. On écoute le plaisir qui se dissipe doucement, au rythme de l’avachissement. L’accalmie nous berce. On pourrait découper les secondes, on les sentirait quand même passer. Tous les jours, les mains. Tous les jours, les rires. On ne peut plus s’en passer. J’ai sauvage maintenant. J’ai sauvage. Dans cet échange sans promesse et sans certitude, la peur se retire dans mes flancs. Tout disparait dans le fatras charnel. » Tout irait pour le mieux si un enfant ne venait pas croiser sa route. Elle écrit alors très sobrement: «le 6 juin 1999 je vole un enfant». Désormais, c’est à d’eux qu’ils poursuivent leur rêve et partent en direction de la Norvège.
«Isaac connait ma détermination. Il dit que je cherche un secret. Tant que je n’aurai pas touché le mur du fond du Nord du monde, nous ne serons pas tranquilles.»
Je n’en dirai pas plus, ni sur les étapes qui suivent, ni sur leurs rencontres, ni surtout sur l’épilogue, car il faut bien ménager le suspense. Sachez toutefois que Nathalie Yot, artiste pluridisciplinaire, aime jouer avec les mots, avec les phrases et que la musicalité de son texte vous apparaîtra si vous prenez le temps de lire quelques pages à haute voix. Une musique envoûtante.

Le Nord du monde
Nathalie Yot
Éditions La contre allée
Roman
152 p., 16 €
EAN: 9782376650010
Paru le 22 août 2018

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris puis vers Lille avant de franchir la frontière vers le Nord, passant par Bruxelles, Anvers, Meerle, Amsterdam, Heerenween, Groningue. Passant par l’Allemagne, la route va ensuite au Danemark (Copenhague) en Suède (Göteborg) et en Norvège (Bergen, Trondheim). Le Nord du monde est situé entre Storslett et Straumfjord, du côté d’Elvenland. On y évoque aussi Nîmes.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Elle fuit. Elle fuit l’homme chien. Elle trotte comme un poulain pour qu’il ne la rattrape pas, aussi pour fabriquer la peinture des fresques du dedans. Elle voudrait la folie mais elle ne vient pas. Toucher le mur du fond, le Nord du Monde, se cramer dans la lumière, le jour, la nuit, effacer, crier et ne plus se reconnaître. Sur la route, il y a Monsieur Pierre, il y a la Flaish, il y a les habitants des parcs, il y a Andrée, il y a les Polonais, Elan, Vince et Piotr, et aussi Rommetweit, les Allemands, les Denant. Il y a Isaac, neuf ans environ. Et il y a les limites. »

68 premières fois
Blog Les livres de Joëlle
Le Blog du petit carré jaune
Blog Lire et vous (Audrey Thion)
Blog L’Apostrophée (Julie Vasa)
Blog Delphine Books and more
Blog Les Jardins d’Hélène 
Le Blog de Mimi Pinson 
Blog Un brin de Syboulette 
Blog The Unamed Bookshelf 
Blog L’ivresse littéraire

Les autres critiques
Babelio 
Lecteurs.com
Le Monde (Le feuilleton de Claro)
France Bleu Aquitaine (Jean Paul Brussac, Librairie Olympic à Bordeaux)
Livres Hebdo (Maïa Courtois)

Les premières pages du livre
« C’est courir qu’il faudrait. Avancer vite. Même si c’est vers le Nord. Même s’il fait froid pour tout dans le corps. Le Nord ira bien. Ira mieux. C’est plus sûr d’aller vers le Nord. Il ne pensera pas m’y chercher. Il sait que je n’irais jamais vers le Nord. Je n’ai ni les habits ni l’attirance. Il faut s’habiller pour le froid et être attirée par le Nord pour y aller. L’attirance ça peut venir. Mais je n’irais jamais vers le Nord sans les habits. L’homme le croira parce qu’il ne m’a jamais offert d’habits chauds. Comme un manteau. Il ne m’offrait que des chocolats. Dans le Nord il ne me retrouvera pas. Je vais courir. C’est mieux. Je sais que l’homme est derrière. Pas très loin. Il veut me parler et m’offrir quelque chose pour en finir.
Un cadeau de finissage. Peut-être un manteau. Je cours et l’eau coule de mes yeux. Pour lui. Pour l’homme. Je suis effrayée.
Je cours à mon allure qui est celle d’ un poulain trotteur. Il faut que je tienne longtemps. Je n’ai jamais couru comme ça, de manière aussi élastique. Si j’en avais le temps, je me filmerais, mais ce n’est pas le moment, pas l’endroit, on reporte. Mes chaussures ne sont pas des sabots. Ce ne sont pas non plus des chaussures pour le Nord, mais elles trottent. Elles m’emmènent dans des quartiers que je ne connais pas, déjà sur le périphérique et plus loin encore, après la ville, après les lumières. On dirait la campagne mais ce n’est pas elle. Sur le bas-côté, du gravier, parfois des arbres, des grues haut dans le ciel. Je comprends que ce sont des chantiers. La ville qui s’étire, s’étale, se déverse, vomit peu à peu sur les champs. Elle gagne du terrain, la ville. Autour de moi, ce soir, c’est évident. Elle s’élance. Je n’aurais pas cru ça d’elle.
Au bout de quelques heures, j’arrête le trot, je vais au pas, petits pas, puis c’est l’arrêt complet. Je ne peux plus avancer. Je crache. À chaque inspiration, j’ai l’impression que tout va s’arracher à l’intérieur. Je regarde derrière moi pour la première fois. L’homme n’est pas là. Il a pris du retard, cherche dans la mauvaise direction. L’homme, c’est un chien, pas un poulain. Un homme chien. Il me renifle, m’a toujours reniflée. Mon fumet, il le connait. Je sais qu’il peut me retrouver à l’odeur de mes chairs. L’aigre de ma peau. C’est un chien endurant, un chien qui ne lâche pas. Il avait ça, l’acharnement. Je n’en veux plus maintenant. Mauvais chien, sale bête.
L’homme chien va mettre du temps pour me rejoindre. Je me demande si je dois l’attendre. J’ai cette hésitation. Une hésitation qui fait des tours de manège. En finir ou courir encore. C’est dur les deux. Pour l’homme chien, ce ne doit pas être facile non plus. Il a terminé de m’aimer et veut une fin à sa manière, une fin qui dit qu’il ne m’aime plus mais que je ne dois pas partir dans le Nord. Il croit qu’on ne s’en va pas comme ça, en trottant. Il croit que je ne peux pas être sans lui. Mais il ne sait pas que j’invente. Il est à mes trousses et pense qu’il a raison de vouloir une fin gluante, alors que moi, je préfère aller vers le Nord, en trottant, sans les habits.
L’amour se coupe à la machette, d’un coup sec, alors les bords sont lisses. On dit faire les choses proprement, comme pour un meurtre. Propre, c’est toujours mieux. Faut réfléchir avant et pas regretter après. Quand c’est fait, c’est fait. Même si c’est dommage. Avec l’homme chien, on avait décidé que jamais la machette ne nous tomberait dessus. C’était se croire plus forts.
La nuit tombe sans m’attendre. Je suis avertie de la fin de la journée par le noir immense. Je n’ai plus qu’à l’admettre. Si le ciel ne s’était pas éteint, j’aurais couru encore. Fuir est un bon passe-temps. Le meilleur dans mon cas. J’aperçois quelques maisons éparpillées, qu’on dirait jetées au hasard sur la terre, de grosses lucioles au milieu de terrains vides. Il n’y a rien d’autre. Je cherche désespérément un arbre sous lequel je pourrais dormir, prendre du repos, me figurer un toit et recouvrer des forces pour la suite. Je trouve l’arbre. Je m’allonge. Je suis au sol. C’est presque bien. Le jour, on ne peut pas dormir à vue. On ne peut pas l’envisager. Alors que la nuit, on disparaot, on s’efface. Les yeux se ferment seuls.
Par contre, je pourrais plus facilement me faire agresser, tabasser, violer, couper en morceaux et jeter dans un fossé. Je fais semblant de ne pas y penser. Je vois les fenêtres allumées des maisons avoisinantes, il y en a trois, c’est rassurant. Trois carrés lumineux, cela suffit pour que la trouille se dissipe. »

Extrait
« Parfois, on se tait. Juste le sexe. La simplicité de la mécanique. Quand l’acte est terminé, on fait ralentir le cœur. On respire les effluves. On scrute notre peau, l’œil collé à l’épiderme, comme avec la Flaisch endormie. On écoute le plaisir qui se dissipe doucement, au rythme de l’avachissement. L’accalmie nous berce. On pourrait découper les secondes, on les sentirait quand même passer.
Tous les jours, les mains. Tous les jours, les rires. On ne peut plus s’en passer. J’ai sauvage maintenant. J’ai sauvage. Dans cet échange sans promesse et sans certitude, la peur se retire dans mes flancs. Tout disparait dans le fatras charnel. Je bloque le souvenir de l’exclusivité jusque dans l’irritation de mon col. »

À propos de l’auteur
Nathalie Yot est née à Strasbourg et vit à Montpellier. Artiste pluridisciplinaire, chanteuse, performeuse et auteure, elle a un parcours hétéroclite. Elle est diplômée de l’école d’architecture mais préfère se consacrer à la musique puis à l’écriture poétique. Ses collaborations avec des musiciens, danseurs ou encore plasticiens sont légion. D’abord elle publie deux nouvelles érotiques Au Diable Vauvert (Prix Hémingway 2009 et 2010) sous le pseudonyme de NATYOT. Puis, avec la parution de D.I.R.E (Gros Textes, mai 2011), elle est invitée sur de multiples scènes en France comme à l’étranger pour lire ses textes. Plusieurs textes suivront, toujours chez Gros textes mais aussi chez Maelström pour une collaboration avec Charles Pennequin, ou encore aux éditions du Pédalo Ivre avec HotDog. (Source : Éditions La contre allée)

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Quand Dieu boxait en amateur

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En deux mots:
Un père forgeron, champion de France de boxe et interprète de la passion du Christ. Face à cet homme aux talents multiples, son fils est émerveillé. Jusqu’au jour où l’âge et la maladie viennent mettre à bas cette statue qu’il croyait indéboulonnable. L’incompréhension et la douleur viennent alors se mêler à l’admiration.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Mon père, ce héros

Après Fils du feu, un premier roman choc, Guy Boley rend hommage à son père à travers les épisodes marquants de sa vie. L’occasion aussi de prendre congé d’un monde ouvrier et d’une époque englouties par le «progrès».

Présentant Fils du feu, le premier roman de Guy Boley, j’écrivais: «un livre forgé avec puissance et élégance, avec rage et exaltation. C’est l’enfer la tête dans les étoiles.» Quand Dieu boxait en amateur est dans la droite ligne de cette découverte initiale et nous offre le portrait de René Boley, né le 3 mai 1926 à Besançon à l’hôpital du quartier, «entre les rails et les wagons, les tenders et les tampons, dans les panaches bleutés de leurs lourdes bouzines aux déchirants sifflets», décédé le 8 octobre 1999, «dans ce lieu ferroviaire où le destin la lui avait offerte. (…) Distance entre le lieu de sa naissance et celui de sa mort: trois étages.»
Entre son décès et sa mort, il y a aussi le vibrant hommage d’un fils qui a partagé sa vie de chanteur, d’acrobate et acteur, de forgeron et de boxeur. Et de chercheur de mots. Car le dictionnaire ne l’a jamais quitté: «C‘est son problème, les mots, à cause du père inconnu qui s’est fait écraser paf-entre-deux-wagons-comme-une-crêpe-le-pauvre, la mère contrainte d’aller faire des ménages chez les riches (bourgeois du centre-ville) et lui l’école au rabais, puis l’apprentissage chez le premier patron qu’on a trouvé forgeron-serrurier, on aurait pu tomber sur pire pour, hop, entrer dans la vie active à tout juste quatorze ans, l’âge légal, parce que ça fait un salaire de plus à la maison.» Le travail est dur, pénible, mais il n’est pas pour autant sujet à déprime. Au contraire, on essaie d’avancer, de progresser, de construire. «On ne choisit pas son enfance, on s’acclimate aux pièces du puzzle, on bricole son destin avec les outils qu’on a sous la main» Ainsi, avec sa belle voix pousse René à distraire ses amis les cheminots, à leur offrir des morceaux d’opérette. Mais il n’entend pas s’arrêter là: «La gloire l’attirait comme l’aimant la limaille».
Sa mère et son grand ami Pierre vont lui en donner l’opportunité. La première l’inscrit à la boxe pour l’aguerrir. Le 28 décembre 1952, il sera couronné champion de France et donnera naissance trois jours plus tard à son narrateur de fils. Le second, devenu curé, lui offre de un rôle d’apprenti comédien, «catégorie théâtre d’eau bénite» dans la représentation de la passion du Christ. On imagine bien ce que le garçon de trois ans peut ressentir en voyant son paternel en Jésus-Christ.
Mais cette route vers la gloire va soudain se briser. Car si les difficultés du quartier, l’arrivée des locomotives électriques et la mutation industrielle commencent à faire des dégâts, ce monde qui change n’est rien face à la douleur de perdre un enfant.
Le chagrin, l’incompréhension, la colère sourde s’exprimer alors avec violence.
Le roman a soudain basculé. Le fils découvre un autre père…
Guy Boley a le sens de la formule qui fait mouche. Son style, à nul autre pareil, nous offre un roman superbe, entre épopée et tragédie. Où l’humain à toute sa place, à savoir la première!
« Quand un monde s’écroule, tous ceux qui vivent dedans, au loin ou à côté, s’en retrouvent affectés. Et, s’ils n’en meurent pas, toujours ils perdent pied Vésuve ou Pompéi, chagrins d’amour ou deuils intempestifs, c’est du pareil au même, il ne reste que cendres, vapeur d’eau ou buée, tempêtes de cris et océans de larmes. Des vies en suspens, comme des draps humides qui ne sécheront jamais plus. Aussi ai-je fui au plus vite ce pays endeuillé, et quitté ce cocon qui n’en était plus un. »

Quand Dieu boxait en amateur
Guy Boley
Éditions Grasset
Roman
180 p., 17 €
EAN : 9782246818168
Paru le 29 août 2018

Où?
Le roman se déroule en France, à Besançon

Quand?
L’action se situe de 1926 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Dans une France rurale aujourd’hui oubliée, deux gamins passionnés par les lettres nouent, dans le secret des livres, une amitié solide. Le premier, orphelin de père, travaille comme forgeron depuis ses quatorze ans et vit avec une mère que la littérature effraie et qui, pour cette raison, le met tôt à la boxe. Il sera champion. Le second se tourne vers des écritures plus saintes et devient abbé de la paroisse. Mais jamais les deux anciens gamins ne se quittent. Aussi, lorsque l’abbé propose à son ami d’enfance d’interpréter le rôle de Jésus dans son adaptation de La Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ, celui-ci accepte pour sacrer, sur le ring du théâtre, leur fraternité.
Ce boxeur atypique et forgeron flamboyant était le père du narrateur. Après sa mort, ce dernier décide de prendre la plume pour lui rendre sa couronne de gloire, tressée de lettres et de phrases splendides, en lui écrivant le grand roman qu’il mérite. Un uppercut littéraire.

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Guy Boley présente Quand dieu boxait en amateur © Production Hachette France

Les premières pages du livre
Besançon est une petite ville de l’est de la France qui, sous ses airs de ne pas y toucher, n’en est pas moins capitale de la Franche-Comté et de l’horlogerie, préfecture du Doubs, chef-lieu d’un arrondissement composé de treize cantons et de trois cent onze communes, ville natale de Victor Hugo et des frères Lumière mais aussi, excusez du peu, capitale de l’ancienne Séquanie, connue alors sous le nom latin de Vesontio, cité qui fut, en cette époque barbare, une ville pilote d’envergure puisqu’elle possédait déjà, bien avant l’invention du tourisme, un sens inné de l’hospitalité. Des hordes d’envahisseurs portant la hache, la masse d’arme ou l’espingole en guise de caméscope la visitaient régulièrement et laissaient, dans le gris-bleu de ses pierres, stigmatisés, gravés, burinés ou ciselés, quelques indices de leurs passages qui constituent ce que l’on nomme en une formule quelque peu pompeuse: la longue et douloureuse histoire de la cité.
Plaquée au creux d’une cuvette naturelle comme l’est une pâte feuilletée dans le fond d’un moule à tarte, la ville est close par un couvercle caparaçonné de toits ocre, aux tuiles serrées et aux cheminées hautes que maintiennent et soutiennent des maisons relativement basses habitées par d’honnêtes commerçants, des pharmaciens aisés plus ou moins bovarystes, de respectables docteurs et d’éminents notaires, sans omettre, bien sûr, militaires et curés qui occupaient jadis casernes et églises, leurs bâtisses imposantes obstruant encore, à ce jour, la partie la plus antique et dénommée romaine de la susdite cuvette.
Un fleuve en forme de lyre, le Doubs, sertit comme un bijou ce bouclier de toitures et d’âmes subséquemment nommé centre-ville, où grouillent, jours fériés et chômés, des badauds dont l’activité maîtresse consiste à arpenter les deux ou trois rues commerçantes et à s’extasier devant leurs luxuriantes vitrines, aquariums du désir frustré où des chaussures neuves, poissons de cuir inertes sur fond de velours rouge, se contemplent par paires dans le blanc des œillets.
Quelques ponts, dont les ingénieurs respectant le cahier des charges ont privilégié la robustesse au détriment de l’esthétique, permettent de traverser le fleuve et d’accéder aux quartiers périphériques qui, s’éloignant progressivement de l’épicentre, vont du plus huppé au plus populaire.
C’est précisément dans l’un de ces quartiers d’ultime catégorie que nous nous trouvons actuellement, un peu plus haut que la gare Viotte, entre la cité des Orchamps et la cité des Parcs, à la frontière du quartier des Chaprais et du dépôt, loin des vitrines et des godasses, loin des rupins et des bourgeois, des militaires et des vicaires, en bordure d’une espèce de no man’s land formé par un amas de traverses, de hangars et de rotondes où sont entreposées les locomotives qui ne roulent pas et celles qui ne roulent plus.
Au pied de ces ferrailles aux ronces entrelacées, s’élève un bâtiment trapu et court sur pattes qui fut jadis coquet et que tous appelaient: l’hôpital du quartier. On y faisait de tout, deuil et maternité. C’est là qu’il vit le jour, René Boley, mon père, le 3 mai 1926, entre les rails et les wagons, les tenders et les tampons, dans les panaches bleutés de leurs lourdes bouzines aux déchirants sifflets.
Ce quartier fut toute sa vie, sa seule mappemonde, sa scène de théâtre, son unique opéra. Il y grandit, s’y maria, procréa. Ne l’aurait pas quitté pour toutes les mers du globe et leurs îles enchantées.
Il y passa sa vie, sa vie de forgeron, y aima l’enclume, la boxe et l’opérette. Et le théâtre, par-dessus tout.

Fidèle à ses amours, attaché à sa terre, aux pierres et aux amis, aux fumées qui mouraient et aux rails qui rouillaient, il rendit l’âme, le 8 octobre 1999, dans ce lieu ferroviaire où le destin la lui avait offerte: l’hôpital du quartier. Ce dernier avait beaucoup vieilli ; mon père aussi ; ils étaient quittes.
Toujours est-il, pierres ou chair délabrées, qu’il mourut dans le même bâtiment que celui qui l’avait enfanté et, si l’on en croit les indications inscrites dans le livret d’état civil : presque à la même heure.
Distance entre le lieu de sa naissance et celui de sa mort: trois étages.

Extraits
« C‘est son problème, les mots, à cause du père inconnu qui s’est fait écraser paf-entre-deux-wagons-comme-une-crêpe-le-pauvre, la mère contrainte d’aller faire des ménages chez les riches (bourgeois du centre-ville) et lui l’école au rabais, puis l’apprentissage chez le premier patron qu’on a trouvé forgeron-serrurier, on aurait pu tomber sur pire pour, hop, entrer dans la vie active à tout juste quatorze ans, l’âge légal, parce que ça fait un salaire de plus à la maison. »

« Il y a donc la boxe et le linge qui sèche. Les escaliers cités, le cornet à pistons, le père en uniforme prisonnier dans son cadre. Le dictionnaire, bien sûr, ses mots échevelés dont nul ne sait user. Il y a aussi la forge, ses masses et son enclume, puis les rails du dépôt. Tableaux de son enfance qui serait triste et vide s’il n’existait l’humain pour lui donner une âme.
Et l’humain, pour René, se condense en un seul: Pierrot, l’ami des origines, le copain de toujours. Le frère incontournable. Ils sont tous deux semblables à Oreste et Pylade. Ou Castor et Pollux. Unis du berceau au tombeau. »

« Ils ont remarqué, ça derniers mois, que les locomotives à vapeur n’arrivaient plus ici comme des malades à rétablir mais comme des condamnées, à la queue leu leu, la chaine autour du cou, sans espoir de retour. Le dépôt, jadis brave dame compatissante, ne fait plus fonction d’hôpital, de centre de soins ou maison de repos: c’est devenu un lieu d’équarrissage où la ferraille hurle sous la morsure du chalumeau. C’en sera bientôt fini de ces bouzines asthmatiques, de ces masses de fonte affectueuses, bonnes grosses mères fessues à qui des pelletées de charbon mettaient le feu au cul. La fée électricité promène désormais ses volts au cœur des caténaires, le charbon ne brûle plus, les fumées disparaissent, le ciel est bien trop bleu. »

À propos de l’auteur
Guy Boley est né en 1952. Après avoir fait mille métiers (ouvrier, chanteur des rues, cracheur de feu, directeur de cirque, funambule, chauffeur de bus, dramaturge pour des compagnies de danses et de théâtre) il a publié un premier roman, Fils du feu (Grasset, 2016) lauréat de sept prix littéraires (grand prix SGDL du premier roman, prix Georges Brassens, prix Millepages, prix Alain-Fournier, prix Françoise Sagan, prix (du métro) Goncourt, prix Québec-France Marie-Claire Blais). (Source : Éditions Grasset)

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Le paradoxe d’Anderson

En deux mots:

Une famille comme tant d’autres, le père, la mère, le garçon, la fille. Une vie ordinaire jusqu’au jour où tout bascule, jusqu’au jour où – délocalisation oblige – tous deux perdent leur emploi. Commence alors un combat difficile pour tenir le coup, pour ne pas perdre sa dignité. 

Ma note:
★★★★(j’ai adoré)

Ma chronique:

La trop illégale lutte des classes

Dans un roman qui prend aux tripes, Pascal Manoukian retrace le destin d’une famille ordinaire soudain confrontée au drame de la délocalisation. Aline et Christophe perdent leur emploi. Comment vont-ils pouvoir s’en sortir?

Comme Léa, la fille d’Aline et Christophe, qui s’apprête à passer son bac ES, je n’avais pas entendu parler de ce paradoxe qui donne son titre à ce beau roman. Le paradoxe d’Anderson comme nous l’apprend Wikipédia «est un paradoxe empirique selon lequel l’acquisition par un étudiant d’un diplôme supérieur à celui de son père ne lui assure pas, nécessairement, une position sociale plus élevée. Ce paradoxe a été mis en évidence par le sociologue américain Charles Arnold Anderson (1907-1990) en 1961.» 

Vous l’avez compris, le drame que Pascal Manoukian nous propose ici illustre cette lutte des classes que certains imaginent aujourd’hui dépassée. Car il semble bien que depuis des décennies, le combat n’a rien perdu de son actualité, bien au contraire. La famille a du reste de qui tenir, comme le prouve l’épisode au demeurant fort cocasse du grand-père Léon qui a joué un tour pendable à Lucien Jeunesse, l’animateur du Jeu des mille francssur France Inter. S’emparant du micro, il s’est lancé dans une diatribe que Cambronne aurait sans doute trouvée fort à propos, le tout couronné par une interprétation énergique de L’Internationale. Depuis ce temps où PC signifiait d’abord Parti Communiste et non Personal Computer, on va constater que l’horizon ne s’est pas éclairci. L’ombre de l’extrême-droite s’étend au fur et à mesure que la mondialisation et la désindustrialisation laissent les ouvriers sur le carreau.

Aline qui travaille dans une usine textile et Christophe qui a un emploi dans une fabrique de bouteilles n’imaginaient pas faire partie du lot. Deux enfants, une maison, la voiture et les vacances. Même si tout n’est pas toujours facile, leur petite vie tranquille va soudain exploser. L’effet de souffle a pour nom délocalisation. Et le scénario est bien rodé: «Avant d’acheter, ils se racontent l’histoire, imaginent tout, les coûts de production, les frais de transport, le contexte politique, les risques de grève, la qualité du produit, la docilité de la main-d’œuvre, la souplesse des lois du travail, et ils choisissent le meilleur scénario. Tu imagines qu’ils vont fabriquer nos chaussettes dans un pays où presque tout le monde marche encore pieds nus… »

Au fil des jours, il est de plus en plus difficile de cacher la situation aux enfants, d’autant que la banque n’est pas prête à faire un geste.

Et tandis que Léa théorise sur le paradoxe d’Anderson, ses parents inventent des stratagèmes pour s’en sortir et font le Une du quotidien local en «Bonux et Tide». Mais je vous laisse découvrir ce qui se cache derrière ce titre assez bien trouvé, ma foi.

Ajoutons que Pascal Manoukian a le sens de l’intrigue et l’art de pimenter son récit. En imaginant que dans la belle villa voisine s’installe un couple aisé et que Léa tombe amoureuse de son fils, il fait entrer le loup dans la bergerie. Les pages qui suivent sont d’une intensité dramatique croissante, le tout culminant sur un épilogue qui vous laissera pantois. Parlant des Enfants après eux,un commentateur a écrit que c’était le roman qu’Emmanuel Macron devrait lire toutes affaires cessantes. C’est le même conseil que je donnerai ici. D’abord parce que c’est sans doute bien plus agréable à lire que des statistiques économiques et ensuite parce que ce roman pourrait fort bien être la suite du Prix Goncourt.

Quand? L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur Plus rien n’est acquis. Plus rien ne protège. Pas même les diplômes.

À 17 ans, Léa ne s’en doute pas encore. À 42 ans, ses parents vont le découvrir. La famille habite dans le nord de l’Oise, où la crise malmène le monde ouvrier. Aline, la mère, travaille dans une fabrique de textile, Christophe, le père, dans une manufacture de bouteilles. Cette année-là, en septembre, coup de tonnerre, les deux usines qui les emploient délocalisent. Ironie du sort, leur fille se prépare à passer le bac, section « économique et social ». Pour protéger Léa et son petit frère, Aline et Christophe vont redoubler d’imagination et faire semblant de vivre comme avant, tout en révisant avec Léa ce qui a fait la grandeur du monde ouvrier et ce qui aujourd’hui le détruit. Comme le paradoxe d’Anderson, par exemple. «C’est quoi, le paradoxe d’Anderson?» demande Aline. Léa hésite. «Quelque chose qui ne va pas te plaire», prévient-elle. Léon, dit Staline, le grand-père communiste, les avait pourtant alertés : «Les usines ne poussent qu’une fois et n’engraissent que ceux qui les possèdent.»

Les critiques

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Pascal Manoukian vous présente Le paradoxe d’Anderson© Production Librairie Mollat 

Incipit

(Les premières pages du livre) 

Août

Aline maudit l’alignement désordonné des Caddie serpentant jusqu’aux caisses. On dirait une colonne de chenilles processionnaires dévorant les rayons. Dans ses jambes, elle sent encore les vibrations des tricoteuses.

Même éteintes, les machines continuent à la torturer, une douleur fantôme, des heures supplémentaires après la fermeture, «l’offrande aux patrons», disent les ouvrières.

Un instant elle ferme les yeux et s’imagine que c’est le roulis du ferry pour la Corse. Christophe, son mari, a juré de l’y emmener un jour. Il y fait, lui assure-t‑il, aussi chaud que devant les fours où il transforme le sable en verre. Le soleil remplace alors les néons. Elle peut presque sentir la mer, la vraie, la bleue, pas celle du Tréport.

L’annonce d’une promotion sur le poisson la ramène à terre. Elle a encore choisi la mauvaise file. À l’autre bout du serpentin métallique des chariots, le tapis roulant s’est arrêté, le dos rond, encombré de produits premiers prix. Devant la caisse, telle une baleine échouée, il lui semble reconnaître Sandra, sa petite Lucie ventousée à son gros ventre. Elles ont partagé une machine chez Wooly il y a longtemps.

Les années ont épaissi sa silhouette. Le chômage et les acides gras saturés, sans doute. Aline se rassure aussitôt en cherchant son reflet dans la grande baie vitrée. Pas trop mal pour la quarantaine. Si on oublie quelques vergetures, souvenirs de ses deux grossesses, c’est un bilan à la Georges Marchais de son enfance, plutôt globalement positif. Mais dans l’Oise de Beauvais et des friches industrielles, les communistes ont disparu depuis longtemps, emportant avec eux le travail et les tailles fines.

Désormais, plus on se serre la ceinture et plus on grossit. Magali, la caissière, maudit Sandra et la gamine accrochée à ses bourrelets. C’est la cinquième depuis ce matin à bloquer sa file en recomptant ses pièces jaunes.

Dans la queue, personne ne crâne. Tout le monde a peur, un jour aussi, de ne plus pouvoir y arriver. Le mois dernier, Louis, un vigile, s’est fait renvoyer pour avoir laissé une employée sortir sans avoir payé un paquet de serviettes hygiéniques à 4,40 euros. L’écart de salaire entre ceux qui vendent et ceux qui volent est devenu si ténu qu’il faut surveiller tout le monde.

Aline aussi est inquiète. Cette semaine chez Wooly, trois fois les machines se sont arrêtées, faute de commandes. Ce n’est pas le moment pourtant, cette année Léa, sa grande, passe le bac. Si tout va bien, l’été prochain elle s’inscrit à la fac et dans trois ans elle est licenciée.

C’est drôle, remarque-t‑elle en regardant Sandra additionner les centimes, comme un même mot peut susciter l’espoir et son contraire. Les chenilles piétinent. Elle va être en retard pour faire réviser Léa. Elle fait signe à Lucie. La gamine, étonnée, remonte le convoi des Caddie, un petit poney rose mal coiffé à la main.

– C’est la petite souris qui me l’a amené.

Il lui manque deux dents devant.

– Moi, je voulais une télévision, ajoute-t‑elle, on en a plus.

Aline lui tend 10 euros.

– Tiens, va donner ça à ta maman.

Lucie file retrouver sa baleine. La caissière soupire mais prend l’argent. Sandra remercie Aline d’un regard désespéré et disparaît vers le parking comme elle a déjà depuis longtemps disparu de la vie.

Aline jette un coup d’œil à sa montre. Elle a encore le temps de s’arrêter à la pépinière pour essayer d’apercevoir les chevreuils.

Leur maison au fond du vallon borde une rue étroite.

C’est la dernière du village, ensuite la voie se transforme en un chemin de terre et file entre les haies de frênes et d’églantines jusqu’au lavoir dont elle porte le nom. D’un côté, une prairie grimpe à la lisière d’un bois de chênes; de grosses normandes noir et blanc aux pis rose pâle y broutent du printemps à la fin de l’été. De l’autre s’étire une rivière en pente légère, les berges plates, plantées d’un saule centenaire ébouriffé: l’arbre à Tarzan.»

Extrait

« Mais le fait d’armes de Léon, resté célèbre dans l’histoire du village, il le devait à l’arrivée du Jeu des mille francsà Clergeons, un jour de juin 1973, à l’époque où la radio s’intéressait encore aux campagnes. À 55 ans, Lucien Jeunesse, l’animateur, portait encore bien son nom. Devant le chapiteau de France Interinstallé sur la place de l’Église, une dizaine de candidats se pliaient nerveusement aux épreuves de sélection. Léon l’avait emporté haut la main en donnant coup sur coup le nom de la capitale du Botswana, l’altitude exacte du mont McKinley et, plus surprenant, la date de la première parution du catalogue de la Manufacture de Saint-Étienne. »

Àpropos de l’auteur

Photographe, journaliste, réalisateur, Pascal Manoukian a couvert un grand nombre de conflits. Ancien directeur de l’agence Capa, il se consacre à l’écriture. Il a notamment publié, aux éditions Don Quichotte, Le Diable au creux de la main(2013), Les Échoués(2015) et Ce que tient ta main droite t’appartient(2017). (Source: Éditions du Seuil)

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Le paradoxe d’Anderson

Pascal Manoukian

Éditions du Seuil 

Roman

304 p., 19 €

EAN: 9782021402438

Paru le 16 août 2018

Où? Le roman se déroule en France, principalement côté de Beauvais dans l’Oise, dans des villes appelées Essaimcourt et Clergeons.

Quand? L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur Plus rien n’est acquis. Plus rien ne protège. Pas même les diplômes.

À 17 ans, Léa ne s’en doute pas encore. À 42 ans, ses parents vont le découvrir. La famille habite dans le nord de l’Oise, où la crise malmène le monde ouvrier. Aline, la mère, travaille dans une fabrique de textile, Christophe, le père, dans une manufacture de bouteilles. Cette année-là, en septembre, coup de tonnerre, les deux usines qui les emploient délocalisent. Ironie du sort, leur fille se prépare à passer le bac, section « économique et social ». Pour protéger Léa et son petit frère, Aline et Christophe vont redoubler d’imagination et faire semblant de vivre comme avant, tout en révisant avec Léa ce qui a fait la grandeur du monde ouvrier et ce qui aujourd’hui le détruit. Comme le paradoxe d’Anderson, par exemple. «C’est quoi, le paradoxe d’Anderson?» demande Aline. Léa hésite. «Quelque chose qui ne va pas te plaire», prévient-elle. Léon, dit Staline, le grand-père communiste, les avait pourtant alertés : «Les usines ne poussent qu’une fois et n’engraissent que ceux qui les possèdent.»

Les critiques

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RTBF Culture (Christine Pinchart) – Rencontre avec l’auteur 

Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger) 

Pascal Manoukian vous présente Le paradoxe d’Anderson© Production Librairie Mollat 

Incipit

(Les premières pages du livre) 

Août

Aline maudit l’alignement désordonné des Caddie serpentant jusqu’aux caisses. On dirait une colonne de chenilles processionnaires dévorant les rayons. Dans ses jambes, elle sent encore les vibrations des tricoteuses.

Même éteintes, les machines continuent à la torturer, une douleur fantôme, des heures supplémentaires après la fermeture, «l’offrande aux patrons», disent les ouvrières.

Un instant elle ferme les yeux et s’imagine que c’est le roulis du ferry pour la Corse. Christophe, son mari, a juré de l’y emmener un jour. Il y fait, lui assure-t‑il, aussi chaud que devant les fours où il transforme le sable en verre. Le soleil remplace alors les néons. Elle peut presque sentir la mer, la vraie, la bleue, pas celle du Tréport.

L’annonce d’une promotion sur le poisson la ramène à terre. Elle a encore choisi la mauvaise file. À l’autre bout du serpentin métallique des chariots, le tapis roulant s’est arrêté, le dos rond, encombré de produits premiers prix. Devant la caisse, telle une baleine échouée, il lui semble reconnaître Sandra, sa petite Lucie ventousée à son gros ventre. Elles ont partagé une machine chez Wooly il y a longtemps.

Les années ont épaissi sa silhouette. Le chômage et les acides gras saturés, sans doute. Aline se rassure aussitôt en cherchant son reflet dans la grande baie vitrée. Pas trop mal pour la quarantaine. Si on oublie quelques vergetures, souvenirs de ses deux grossesses, c’est un bilan à la Georges Marchais de son enfance, plutôt globalement positif. Mais dans l’Oise de Beauvais et des friches industrielles, les communistes ont disparu depuis longtemps, emportant avec eux le travail et les tailles fines.

Désormais, plus on se serre la ceinture et plus on grossit. Magali, la caissière, maudit Sandra et la gamine accrochée à ses bourrelets. C’est la cinquième depuis ce matin à bloquer sa file en recomptant ses pièces jaunes.

Dans la queue, personne ne crâne. Tout le monde a peur, un jour aussi, de ne plus pouvoir y arriver. Le mois dernier, Louis, un vigile, s’est fait renvoyer pour avoir laissé une employée sortir sans avoir payé un paquet de serviettes hygiéniques à 4,40 euros. L’écart de salaire entre ceux qui vendent et ceux qui volent est devenu si ténu qu’il faut surveiller tout le monde.

Aline aussi est inquiète. Cette semaine chez Wooly, trois fois les machines se sont arrêtées, faute de commandes. Ce n’est pas le moment pourtant, cette année Léa, sa grande, passe le bac. Si tout va bien, l’été prochain elle s’inscrit à la fac et dans trois ans elle est licenciée.

C’est drôle, remarque-t‑elle en regardant Sandra additionner les centimes, comme un même mot peut susciter l’espoir et son contraire. Les chenilles piétinent. Elle va être en retard pour faire réviser Léa. Elle fait signe à Lucie. La gamine, étonnée, remonte le convoi des Caddie, un petit poney rose mal coiffé à la main.

– C’est la petite souris qui me l’a amené.

Il lui manque deux dents devant.

– Moi, je voulais une télévision, ajoute-t‑elle, on en a plus.

Aline lui tend 10 euros.

– Tiens, va donner ça à ta maman.

Lucie file retrouver sa baleine. La caissière soupire mais prend l’argent. Sandra remercie Aline d’un regard désespéré et disparaît vers le parking comme elle a déjà depuis longtemps disparu de la vie.

Aline jette un coup d’œil à sa montre. Elle a encore le temps de s’arrêter à la pépinière pour essayer d’apercevoir les chevreuils.

Leur maison au fond du vallon borde une rue étroite.

C’est la dernière du village, ensuite la voie se transforme en un chemin de terre et file entre les haies de frênes et d’églantines jusqu’au lavoir dont elle porte le nom. D’un côté, une prairie grimpe à la lisière d’un bois de chênes; de grosses normandes noir et blanc aux pis rose pâle y broutent du printemps à la fin de l’été. De l’autre s’étire une rivière en pente légère, les berges plates, plantées d’un saule centenaire ébouriffé: l’arbre à Tarzan.»

Extrait

« Mais le fait d’armes de Léon, resté célèbre dans l’histoire du village, il le devait à l’arrivée du Jeu des mille francsà Clergeons, un jour de juin 1973, à l’époque où la radio s’intéressait encore aux campagnes. À 55 ans, Lucien Jeunesse, l’animateur, portait encore bien son nom. Devant le chapiteau de France Interinstallé sur la place de l’Église, une dizaine de candidats se pliaient nerveusement aux épreuves de sélection. Léon l’avait emporté haut la main en donnant coup sur coup le nom de la capitale du Botswana, l’altitude exacte du mont McKinley et, plus surprenant, la date de la première parution du catalogue de la Manufacture de Saint-Étienne. »

Àpropos de l’auteur

Photographe, journaliste, réalisateur, Pascal Manoukian a couvert un grand nombre de conflits. Ancien directeur de l’agence Capa, il se consacre à l’écriture. Il a notamment publié, aux éditions Don Quichotte, Le Diable au creux de la main(2013), Les Échoués(2015) et Ce que tient ta main droite t’appartient(2017). (Source: Éditions du Seuil)

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Objet trouvé

JAMBON_PUILLET_Objet-trouve
Logo_68_premieres_fois_2017  Logo_premier_roman

En deux mots:
Une femme habillée de latex est retrouvée morte dans un appartement de Lyon. Dans la pièce attenante, un homme prostré. L’enquête qui commence va nous entraîner dans le milieu BDSM de Lyon, mais aussi nous offrir une réflexion sur la sexualité et la quête de la jouissance, sur le couple et sur… la vie de famille!

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Maîtresse et esclave

Sabrina est retrouvée morte dans son appartement de Lyon. En racontant l’enquête qui suit Matthias Jambon-Puillet nous offre un premier roman qui explore une face cachée de la sexualité. À la fois étonnant, sans tabous, et surprenant.

Attention, livre chaud, livre choc! Cet Objet trouvé n’est pas à mettre entre toutes les mains, même s’il nous dévoile un pan fort intéressant de la sexualité connu sous le sigle BDSM et dont Wikipédia nous apprend qu’il signifie «Bondage, Discipline, Sado-Masochisme» et «désigne une forme d’échange sexuel contractuel utilisant la douleur, la contrainte, l’humiliation ou la mise en scène de divers fantasmes dans un but éro-gène. Au centre des pratiques sadomasochistes et fondé sur un contrat entre deux parties (pôle dominant et pôle dominé)».
Avec l’histoire de Marc, Matthias Jambon-Puillet va nous en offrir une illustration sai-sissante. Marc, c’est cet homme retrouvé par une brigade de pompiers un immeuble de la Croix-Rousse à Lyon. Chargée de vérifier si une jeune femme dont on est sans nouvelles depuis plusieurs jours est toujours en vie, elle va tomber sur le corps sans vie de Sabrina, ligotée dans une tenue de cuir qui ne couvre qu’un minimum de ses attributs généreux et sur cet homme prostré, recroquevillé dans la pièce attenante.
L’enquête commence. Elle va nous permettre, grâce à l’habile construction du roman, de découvrir petit à petit comment on en est arrivé à ce drame. Comment Marc a sou-dain basculé d’une vie à une autre. Comment, le soir de l’enterrement de sa vie de garçon, il a disparu, laissant Nadège, sa fiancée, désemparée. D’autant plus que, quelques mois plus tard, elle donnera naissance à un petit garçon qu’elle appellera Enzo.
L’habile construction du roman, qui fait alterner les points de vue, nous permet de suivre Marc et Sabrina – le dominé et la dominante – ainsi que Nadège et Enzo qui essaient de se construire un avenir avec Antoine. Jusqu’à ce fameux fait divers qui va remettre Marc dans la vie de Nadège. C’est l’heure des questions, des remises en cause, des doutes: «J’espère que je n’étais pas à côté de la plaque; pas pendant toutes ces années avec toi. Je crois que ce serait ça, le pire, que je sois passée à côté de qui tu es vraiment». Mais c’est aussi un formidable jeu de la vérité où les masques vont tomber les uns après les autres.
Évitant tout manichéisme, Matthias Jambon-Puillet nous propose une réflexion aigüe sur les liens qui unissent un homme et une femme, sur la quête de l’harmonie sexuelle, sur les limites du pouvoir que l’on peut avoir sur une personne et sur la pos-sibilité – ou non – de changer après avoir été pris dans un tel engrenage. Un premier roman parfaitement maîtrisé et une jolie performance, car avec un tel sujet les risques de dérapages étaient très nombreux.

Objet trouvé
Matthias Jambon-Puillet
Éditions Anne Carrière
Roman
200 p., 18 €
EAN : 9782843379215
Paru le 31 août 2018

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Lyon et Villeurbanne. On y évoque aussi un voyage jusqu’au Saintes-Maries-de-la-Mer

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Le soir de son enterrement de vie de garçon, Marc disparait, laissant seule sa fiancée, Nadège, enceinte de leur premier enfant. Trois ans plus tard, alors que Nadège a refait sa vie, on retrouve Marc: nu, dans une salle de bain, bras menottés dans le dos. Dans la pièce voisine, quelqu’un est mort – une femme gainée de cuir. Qui était-elle? Que s’est-il passé durant ces années? Et, surtout, quel futur pour Marc et Nadège?
Derrière l’énigme apparente se cache une histoire simple qu’il faut reconstituer, celle de trois personnes qui se cherchent, se frôlent, et doivent choisir comment mener leur vie.
Dans ce roman, Matthias Jambon-Puillet donne à voir un triangle amoureux atypique, qui trouve sa réalisation dans l’exploration des sexualités alternatives. C’est aussi, en filigrane, une réflexion sur la masculinité, l’engagement et la quête de la jouissance.

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Les chroniques de Mandor (Entretien avec l’auteur)
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Les premières pages du livre
« Prologue
Thibaut est l’homme par lequel l’histoire commence. C’est là son rôle. Il n’en avait pas conscience quand il s’est engagé dans les pompiers volontaires. Lui, ce qu’il s’imaginait du métier, c’était surtout sauver des vies, la camaraderie, le feu. Après plu-sieurs années de service, il connaît maintenant l’enjeu véritable. Il a accepté cette nouvelle fonction. Lorsqu’une intervention se déroule sans accroc, lorsqu’il sauve quelqu’un, résout un problème bénin, lui et son équipe ne font que maintenir la situa-tion initiale en place. «Non, vous ne mourrez pas aujourd’hui.» «Non, votre apparte-ment ne partira pas en flammes.» «Non, votre chat n’est pas perdu.» «Je n’ai rien à vous apprendre si ce n’est que vous avez évité le pire, que la vie continuera sans heurt.» Le revers de la médaille du mérite, ce sont toutes les tragédies, les catas-trophes, les arrivées trop tard. Dans ces cas-là, Thibaut constate, consigne et commu-nique l’information. Il est l’étincelle de la réaction en chaîne qui s’apprête à tout dévas-ter.
Il pense à tout ça, Thibaut, pendant que son collègue tape aux portes du petit im-meuble montée de la Grande-Côte, en plein milieu des pentes de la Croix-Rousse. La mission de ce lundi matin consiste à s’assurer qu’une jeune femme, dont on est sans nouvelles depuis plusieurs jours, est toujours en vie. Thibaut n’aime pas intervenir dans le quartier. Foule de complications que cet enchevêtrement de maisons sur ter-rains pentus, tous ces bâtiments de pierre qui se mêlent les uns aux autres, cousus entre eux par d’étroits escaliers en colimaçon. Par exemple, le petit groupe ne peut pas pénétrer dans l’appartement par la fenêtre, comme ils procéderaient s’il s’agissait d’un immeuble récent. Alors, avant d’enfoncer l’épaisse porte d’époque, et en l’absence de gardien, on interroge les voisins. «Quelqu’un a-t-il une clef?» Les col-lègues de Thibaut tambourinent, s’excusent, expliquent. Le cirque dure cinq étages et dix bonnes minutes avant que l’équipée ne s’avoue vaincue. Ils auront essayé. Thi-baut enfile ses lunettes de protection, retrousse ses manches, attrape le pied-de-biche qu’on lui tend.
Le pompier fléchit les jambes, raidit le dos, accélère le pouls. Il fiche d’un coup net la pointe de la barre en métal au niveau de la serrure, entre la porte et son cadre. Thibaut contracte des années de renforcement musculaire. Poignets, avant-bras, biceps, tri-ceps, épaules et pectoraux besognent de concert pour maximiser la pression contre le montant. La peinture s’écaille, le bois plie. La barre vient appuyer contre le verrou. Il ne s’agit dès lors plus que d’une question de force, jusqu’au point de rupture, là où les lois de la physique termineront le travail. Le reste de l’équipe s’écarte.
Le bruit fascine, la chair de bois qui hurle, le métal de la serrure que l’on pousse, c’est une lente agonie. La porte cède dans une gerbe d’échardes. Thibaut, pris de court, titube en arrière, on le rattrape. Ses muscles tremblent de la différence de sollicitation, passés de tout à rien, ses doigts restent crispés autour du métal. On lui reprend le pied-de-biche. La porte achève de s’ouvrir, soulagée parce que vaincue.
– Est-ce qu’il y a quelqu’un? Madame, c’est les pompiers. Est-ce que tout va bien?
Pas de réponse, pas même d’écho, aucun bruit, Thibaut pénètre dans l’appartement. Une entrée avec portemanteau, petit meuble orné de bibelots et courriers ouverts au-tour duquel se prosternent des chaussures alignées avec soin. Le couloir aux murs nus s’enfonce quelques mètres vers l’intérieur, enjambe une petite cuisine séparée pour arriver au salon. Plafond haut, poutres et pierres apparentes, la décoration est froide: meubles de verre et de métal, pas de magazines jetés en vrac sur le canapé. Seule source de chaleur au milieu du minimalisme, plusieurs étagères de livres habil-lent un renfoncement. L’appartement se déploie via une mince marche qui donne sur un second couloir. Thibaut remarque une ligne de démarcation en forme de relief sous le plâtre qui court du sol au plafond au niveau de la marche: il pénètre dans l’im-meuble voisin. Le logement s’étend entre deux bâtisses distinctes. Typique du quar-tier, datant de l’époque où les ateliers textiles ont été convertis en souricières pour la petite classe moyenne. »

Extraits
« – On m’a dit que tu n’obéissais qu’aux infirmières, pas aux médecins ni aux policiers. Tu ne réponds pas à leurs questions. C’est pour ça que tu es encore suspect. À moins que ce ne soit pour ça que tu n’es pas encore coupable. Je ne sais pas qui elle était ni ce qu’elle t’a fait et maintenant elle est morte. Je ne peux pas lui demander. Elle ne peut pas me répondre. Peut-être même qu’elle ne t’a rien fait, peut-être que tu étais toujours comme ça, planqué quelque part au fond. Notre couple n’était pas parfait, je me souviens de chaque engueulade, ces moments où on a bien cru en rester là. Et parce que tu confiais tes doutes et frustrations, je pensais te connaître. J’espère que je n’étais pas à côté de la plaque; pas pendant toutes ces années avec toi. Je crois que ce serait ça, le pire, que je sois passée à côté de qui tu es vraiment. La vérité, c’est que je n’en sais rien. Et sans cette femme, il n’y a que toi qui peux me dire. »

« « Quoi? » demande-t-elle? « Aucune importance en fait », répond-il. Les plans ont chan-gé, il est temps de prendre ses responsabilités. Il compte l’annoncer ce soir: sa fiancée est enceinte. Ce n’était pas prévu. Mais il ne regrette pas, promis. Elle veut le garder et lui veut faire ce qu’il faut, Sabrina ne comprend pas, en quoi l’enfant change tout, qu’est-ce qu’il l’empêche de continuer à étudier? Marc lève les yeux, regarde le ciel. Un enfant, c’est une responsabilité, morale, financière. Il doit se marier, il doit mettre la fac de côté, le temps de se stabiliser. D’ailleurs, ses parents l’y encouragent, feront ce qu’il faut pour les soutenir. Ils en ont beaucoup parlé, ils y tiennent. Son ami Nicolas lui a proposé de prendre une place à son atelier, en menuiserie, au moins les premières années du bébé. Ce ne sera pas si mal. Si le cœur de Sabrina continue à battre, ce n’est plus de désir. »

À propos de l’auteur
Né à Lyon en 1986, Matthias Jambon-Puillet vit à Paris. Il travaille dans le milieu du divertissement et des nouvelles technologies. Objet trouvé est son premier roman. (Source : Éditions Anne Carrière)

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Tenir jusqu’à l’aube

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En deux mots:
Une mère seule avec un petit enfant essaie de s’en sortir. On va la suivre tout au long de son combat quotidien pour mener de front son travail de graphiste et l’éducation de son fils. Une épreuve exténuante, un constat sans appel.

Ma note:
★★★ (beaucoup aimé)

Ma chronique:

Le dur combat d’une mère célibataire

Un nouveau roman percutant signé Carole Fives. Après Une femme au téléphone, elle nous raconte dans Tenir jusqu’à l’aube le quotidien d’une mère célibataire. Dramatiquement juste, formidablement prenant.

Il y a de ces livres qui vous secouent. De ces histoires qui vous remuent. De ces scènes qui vous restent ancrées dans la mémoire. Carole Fives réussit une nouvelle fois à attraper son lecteur dès les premières lignes de ce court et bouleversant roman. Nous sommes à Lyon où nous prenons le pas d’une femme pressée. Après avoir fait manger son fils, l’avoir couché, lui avoir lu une histoire et attendu qu’il s’endorme, elle s’est offert une escapade de quelques minutes. Prendre l’air, croiser des gens, se promener seule: un luxe quasi impossible pour une mère célibataire. Car chaque pas résonne déjà de ce sentiment de culpabilité. Il pourrait arriver quelque chose au bébé. Aussi se dépêche-t-elle de monter les escaliers et n’est vraiment rassurée qu’en constatant que l’enfant dort toujours.
Tout au long du roman, il va en aller de même. Au fil des jours qui passent le poids de sa responsabilité va croître, les moments de liberté se limiter à la portion congrue.
Dans son appartement, qu’elle n’arrive plus à payer, elle doit être attentive chaque minute car son fils a vite fait de transformer la cuisine en champ de bataille, la salle de bain en territoire inondé ou le coin jeu en studio de street art.
Quand elle va à un rendez-vous ou se promène au parc de la Tête d’Or, sa vigilance ne doit pas se relâcher non plus. Il suffit d’un instant d’inattention pour le perdre, pour qu’il s’en prenne à un autre petit garçon ou qu’il chute malencontreusement.
Bien entendu, elle cherche des solutions. Le père de l‘enfant ayant démissionné, elle essaie de trouver une place de crèche. Mais pour l’obtenir elle aurait dû s’inscrire dès la conception de l’enfant. Son grand-père l’accueille quelquefois, mais s’énerve du manque d’éducation de son petit-fils et s’étonne du laisser-faire de sa fille.
Ajoutons encore à ce tableau les rendez-vous avec l’administration qui va briller par son incompétence à régler les problèmes ou, sorte de sommet de l’humiliation, à sa visite chez le pédiatre. Une scène que je vous laisse découvrir par vous-mêmes.
On l’aura compris, le tableau dressé par Carole Fives ressemble à un long chemin de croix, une épreuve qui apparaît de plus en plus insoluble au fil des jours.
Le temps pour se consacrer à son métier de graphiste se réduit comme peau de chagrin, les dettes s’accumulent, pas plus le père que le grand-père n’apportent leur soutien.
Avec beaucoup d’à-propos, Carole Fives choisit d’agrémenter son récit en publiant d’une part des échanges menés sur internet avec des femmes rencontrant les mêmes problèmes et d’autre part des extraits de La chèvre de Monsieur Seguin, l’histoire qu’elle lit à son bout de chou et qui résonne très fort en elle.
L’épilogue de ce drame est aussi subtil que surprenant. Il nous prouve combien Carole Fives s’installe livre après livre, comme une voix originale de la littérature française contemporaine.

Tenir jusqu’à l’aube
Carole Fives
Éditions l’arbalète – Gallimard
Roman
192 p., 17 €
EAN : 9782072797392
Paru le 16 août 2018

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Lyon. On y évoque aussi des voyages à Paris.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
«Et l’enfant?
Il dort, il dort.
Que peut-il faire d’autre?»
Une jeune mère célibataire s’occupe de son fils de deux ans. Du matin au soir, sans crèche, sans famille à proximité, sans budget pour une baby-sitter, ils vivent une relation fusionnelle. Pour échapper à l’étouffement, la mère s’autorise à fuguer certaines nuits. À quelques mètres de l’appartement d’abord, puis toujours un peu plus loin, toujours un peu plus tard, à la poursuite d’un semblant de légèreté.
Comme la chèvre de Monsieur Seguin, elle tire sur la corde, mais pour combien de temps encore?
On retrouve, dans ce nouveau livre, l’écriture vive et le regard aiguisé de Carole Fives, fine portraitiste de la famille contemporaine.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Télérama (Christine Ferniot)
Slate.fr (Thomas Messias)
Lyon capitale (Kevin Muscat)
Blog Les chroniques de Koryfée (Karine Fléjo)
Blog Lecturissime 
Blog Les livres de Joëlle 
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Loupbouquin 


Carole Fives présente Tenir jusqu’à l’aube. © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre
« Avec quelle confiance l’enfant a avalé ses pâtes, ses légumes. Il a même terminé le yaourt aux fraises, son biberon de lait tiède. Avec ça, il devrait être calé.
Elle lui a lu une histoire, est restée près de lui jusqu’à ce que les petits poings se desserrent et relâchent enfin sa main.
Elle a encore patienté quelques minutes, l’obscurité de la pièce à peine perturbée par le stroboscope de la veilleuse lapin.
La porte d’entrée qu’elle referme avec mille précautions derrière elle.
Dans le hall, l’éclairage automatique se déclenche.
Il y a encore tant de monde dehors.
Un grand vent frais.
Marcher, juste, marcher. À peine le tour du pâté de maisons.
De la musique sort des fenêtres ouvertes d’un appartement, des rythmes de salsa. Elle perçoit des silhouettes. Des voix reprennent en espagnol un refrain qu’elle ne connaît pas. Quelqu’un se penche à la fenêtre, elle accélère.
Elle stoppe net devant la vitrine d’une agence immobilière. Les annonces s’illuminent sur les écrans LCD. Dernier étage avec terrasse, 1100 euros. Triplex ensoleillé, 850. La campagne à la ville, maison+ jardinet, 1200. Idéalement placé, traversant est-ouest, 850. Joli canut, pentes de la Croix-Rousse, 880.
Plus loin un autre appartement, une autre fête. Un son plus rock, plus puissant. Un livreur à scooter l’évite de justesse sur le trottoir, elle bondit et s’excuserait presque.
Une petite bande éméchée traverse la rue, il est vraiment! Il est vraiment phénoménal.
Mais son smartphone vibre déjà dans sa poche. Elle ralentit, savoure ses derniers pas. Le badge sur l’interphone, les escaliers quatre à quatre.
Sixième étage droite.
Elle rouvre la porte, essoufflée.
À l’intérieur, rien n’a bougé.
Dans la petite chambre, le ronflement régulier de l’enfant. Il est encore enrhumé, demain, elle lui fera un lavage de nez, même s’il déteste ça.
C’est bon pour ce soir.
Désormais elle tient ce trésor, elle pourra recommencer. »

Extrait
« Elle tapa avec son poing sur son fax, et lui sortit la liste des pièces à réunir pour monter le dossier. Et il n’y avait pas de temps à perdre, les délais étaient de minimum six mois avant d’envisager une audience devant un juge. Elle lui tapota l’épaule en la poussant vers la sortie, et lui assura que dans cette bataille qui commençait, elle n’était plus seule. En attendant, elle était priée de lui verser un acompte de cinq cents euros, à l’ordre du cabinet. »

À propos de l’auteur
Carole Fives est née le 12 novembre 1971 dans le Pas-de-Calais. Après une licence de philosophie et une maîtrise d’arts plastiques, Carole Fives entre à l’école des beaux-arts de Paris où elle obtient le diplôme national supérieur d’expression plastique (DNSEP). Artiste plasticienne et vidéaste, elle écrit d’abord dans le cadre de performances sonores. Un premier recueil de nouvelles est publié en 2010, Quand nous serons heureux, qui est récompensé par le prix Technikart, présidé cette année-là par Alain Mabanckou. Elle est aussi auteur d’albums et de romans jeunesse notamment à l’École des Loisirs (Zarra, Modèle vivant… ) et chez Hélium. Elle travaille régulièrement avec les dessinatrices Dorothée de Monfreid et Séverine Assous. Après avoir vécu à Lille, elle s’est installée récemment à Lyon. (Source: Wikipédia)

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La vraie vie

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En deux mots:
La narratrice grandit au sein d’une famille dirigée par un père violent. Avec son petit frère Gilles, ils essaient de l’éviter autant que faire se peut. Mais un accident violent traumatise Gilles et va pousser sa sœur à tenter de trouver une solution pour lui redonner le goût de vivre.

Ma note:
★★★★★ (coup de cœur, livre indispensable)

Ma chronique:

La nuit du chasseur

Adeline Dieudonné marquera cette rentrée littéraire 2018. Car outre le succès public et les nombreux prix venus couronner La vraie vie, elle prend d’emblée place parmi les plumes qui comptent dans la littérature francophone contemporaine.

L’inventaire est impressionnant. Il n’y a quasiment pas un média – télévision, radio et presse écrite – qui ne se soit penché sur le premier roman d’Adeline Dieudonné pour en souligner les qualités. J’en viens du reste à me demander s’il est bien utile pour le modeste blogueur que je suis de poursuivre la série d’éloges, car j’ai moi aussi succombé aux charmes de «La vraie vie» et à cette histoire digne du Stephen King de «Misery».
Du coup, ma chronique sera un collage qui rendra par la même occasion hommage aux plumes qui ont analysé ce formidable suspense. Comme l’écrit Jérôme Garcin dans L’Obs, le livre s’ouvre «par le spectacle mortifère d’une faune empaillée dont le totem est une défense d’éléphant: félins, cerfs, daguets, sangliers, gnous, oryx, impalas, hyènes, tous tués par le père, un viandard éthylique en tenue militaire, qui les expose comme autant de trophées dans une pièce muséale de son pavillon d’une sinistre banlieue belge.» Un père violent et prédateur, «un homme immense, avec des épaules larges, une carrure d’équarrisseur. Des mains de géant. Des mains qui auraient pu décapiter un poussin comme on décapsule une bouteille de Coca.»
En face de lui, une ombre comme le dit Laurence Houot sur Culturebox: «Une femme maigre, avec des long cheveux mous (…) La famille redoute ses accès de colère froide, qui finissent toujours par s’abattre sur la mère.»
Reste la narratrice, 11 ans, et son petit frère Gilles. Ils tentent de s’en sortir, se livrant à leurs jeux dans la casse auto, en rendant visite à une voisine conteuse, en attendant le marchand de glace. Jusqu’au jour où ce dernier est victime d’un grave accident, la bombe de crème chantilly lui explosant au visage.
C’est Frédérique Roussel qui nous livre la suite dans Libération: «Des images cauchemardesques ont envahi les jeunes têtes. Le frère de 8 ans a une réaction de repli autistique et se délecte désormais de torture animale. Elle, elle est déterminée à le sauver du monstre qui l’a investi, jusqu’à imaginer construire une machine à voyager dans le temps pour revenir juste avant la scène du glacier.»
La narratrice se souvient de «Retour vers le futur», mais pour reproduire ce bond dans le passé, elle a besoin d’en savoir plus. Les cours du professeur Pavlović vont l’aider à progresser et à devenir une championne de la physique quantique.
Mais Gilles s’est rapproché de son père pendant ce temps, s’est inscrit au club de tir et a pris ses distances avec sa sœur qui, comme sa mère va devenir une proie lors d’une partie de chasse mémorable.
Pascal Blondiau dans «Le carnet et les instants», résume parfaitement combien «cette histoire de révolte, de résilience, de rage à vivre la vraie vie» nous est servie «dans un registre narratif pur, extrêmement visuel et sensible, d’une clarté et d’une efficacité absolue, soutenue par des métaphores cinglantes». Et laissons la conclusion à Alexandre Fillon dans Sud-Ouest Dimanche : Une chose est certaine, Adeline Dieudonné arrive parfaitement à prendre son lecteur en otage et à le surprendre du début à la fin. Il y a quelque chose de Joyce Carol Oates chez elle. L’avenir lui appartient.»

La vraie vie
Adeline Dieudonné
Éditions L’Iconoclaste
Roman
270 p., 17 €
EAN : 9782378800239
Paru le 29 août 2018

Où?
Le roman se déroule dans un endroit qui n’est pas précisé.

Quand?
L’action se situe à notre époque.

Ce qu’en dit l’éditeur
Un roman initiatique drôle et acide. Le manuel de survie d’une guerrière en milieu hostile. La fureur de vivre.
Chez eux, il y a quatre chambres. Celle du frère, la sienne, celle des parents. Et celle des cadavres. Le père est chasseur de gros gibier. Un prédateur en puissance. La mère est transparente, amibe craintive, soumise à ses humeurs.
Avec son frère, Gilles, elle tente de déjouer ce quotidien saumâtre. Ils jouent dans les carcasses des voitures de la casse en attendant la petite musique qui annoncera l’arrivée du marchand de glaces. Mais un jour, un violent accident vient faire bégayer le présent. Et rien ne sera plus jamais comme avant.
LA POÉTIQUE DU CAUCHEMAR
La Vraie Vie est un roman initiatique détonant où le réel vacille. De la plume drôle, acide et sans concession d’Adeline Dieudonné jaillissent des fulgurances. Elle campe des personnages sauvages, entiers. Un univers à la fois sombre et sensuel dont on ne sort pas indemne.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Libération (Frédérique Roussel)
BibliObs (Jérôme Garcin)
La Croix (Jeanne Ferney)
Télérama (Christiane Ferniot)
Culturebox (Laurence Houot)
Actualitté (Béatrice Courau)
Le carnet et les instants (Pascal Blondiau)
Blog Les chroniques de Koryfée (Karine Fléjo)
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Enfin livre! (Nicole Volle)


Adeline Dieudonné présente La vraie vie à La Grande Librairie © Production France Télévisions

Les premières pages du livre
« À la maison, il y avait quatre chambres. La mienne, celle de mon petit frère Gilles, celle de mes parents et celle des cadavres.
Des daguets, des sangliers, des cerfs. Et puis des têtes d’antilopes, de toutes les sortes et de toutes les tailles, springboks, impalas, gnous, oryx, kobus… Quelques zèbres amputés du corps. Sur une estrade, un lion entier, les crocs serrés autour du cou d’une petite gazelle.
Et dans un coin, il y avait la hyène.
Tout empaillée qu’elle était, elle vivait, j’en étais certaine, et elle se délectait de l’effroi qu’elle provoquait dans chaque regard qui rencontrait le sien. Aux murs, dans des cadres, mon père posait, fier, son fusil à la main, sur des animaux morts. Il avait toujours la même pose, un pied sur la bête, un poing sur la hanche et l’autre main qui brandissait l’arme en signe de victoire, ce qui le faisait davantage ressembler à un milicien rebelle shooté à l’adrénaline du génocide qu’à un père de famille.
La pièce maîtresse de sa collection, sa plus grande fierté, c’était une défense d’éléphant. Un soir, je l’avais entendu raconter à ma mère que ce qui avait été le plus difficile, ça n’avait pas été de tuer l’éléphant. Non. Tuer la bête était aussi simple que d’abattre une vache dans un couloir de métro. La vraie difficulté avait consisté à entrer en contact avec les braconniers et à échapper à la surveillance des gardes-chasse. Et puis prélever les défenses sur la carcasse encore chaude. C’était une sacrée boucherie. Tout ça lui avait coûté une petite fortune. Je crois que c’est pour ça qu’il était si fier de son trophée. C’était tellement cher de tuer un éléphant qu’il avait dû partager les frais avec un autre type. Ils étaient repartis chacun avec une défense.
Moi, j’aimais bien caresser l’ivoire. C’était doux et grand. Mais je devais le faire en cachette de mon père. Il nous interdisait d’entrer dans la chambre des cadavres.
C’était un homme immense, avec des épaules larges, une carrure d’équarrisseur. Des mains de géant. Des mains qui auraient pu décapiter un poussin comme on décapsule une bouteille de Coca. En dehors de la chasse, mon père avait deux passions dans la vie : la télé et le whisky. Et quand il n’était pas en train de chercher des animaux à tuer aux quatre coins de la planète, il branchait la télé sur des enceintes qui avaient coûté le prix d’une petite voiture, une bouteille de Glenfiddich à la main. Il faisait celui qui parlait à ma mère, mais, en réalité, on aurait pu la remplacer par un ficus, il n’aurait pas vu la différence.
Ma mère, elle avait peur de mon père.
Et je crois que, si on exclut son obsession pour le jardinage et pour les chèvres miniatures, c’est à peu près tout ce que je peux dire à son sujet. C’était une femme maigre, avec de longs cheveux mous. Je ne sais pas si elle existait avant de le rencontrer. J’imagine que oui. Elle devait ressembler à une forme de vie primitive, unicellulaire, vaguement translucide. Une amibe. Un ectoplasme, un endoplasme, un noyau et une vacuole digestive. Et avec les années au contact de mon père, ce pas-grand-chose s’était peu à peu rempli de crainte. »

Extraits
« Il y a vachement, vachement longtemps, pas très loin d’ici, sur une montagne disparue, vivait un couple de dragons gigantesques. Ces deux-là s’aimaient si fort que la nuit ils chantaient des chants étranges et très jolis, comme seuls les dragons peuvent le faire. Mais ça faisait peur aux hommes de la plaine. Et ils n’arrivaient plus à dormir. Une nuit, alors que les deux amoureux s’étaient assoupis, rassasiés de leurs chants, ils étaient venus, ces crétins d’hommes, avec des torches et des fourches, sur la pointe des pieds, et ils avaient tué la femelle. Le mâle, fou de chagrin, avait carbonisé la plaine peuplée d’hommes, de femmes et d’enfants. Tout le monde était mort. Puis, il avait donné de grands coups de griffe dans la terre. Et ça avait creusé des vallées. Depuis, la végétation a repoussé, des hommes sont revenus, mais les traces de griffes sont restées. »
Les bois et les champs alentour étaient parsemés de cicatrices, plus ou moins profondes.
Cette histoire faisait peur à Gilles.
Le soir, il venait parfois se blottir dans mon lit parce qu’il croyait entendre le chant du dragon. Je lui expliquais que c’était juste une histoire, que les dragons n’existaient pas. Que Monica racontait ça parce qu’elle aimait bien les légendes, mais que tout n’était pas vrai. Au fond de moi-même, il y avait quand même un léger doute qui se baladait. Et j’appréhendais toujours de voir mon père rentrer d’une de ses chasses avec un trophée de dragon femelle. Mais, pour rassurer Gilles, je faisais la grande et je chuchotais : « Les histoires, elles servent à mettre dedans tout ce qui nous fait peur, comme ça on est sûr que ça n’arrive pas dans la vraie vie. » p. 16-17

« Le vieux s’est penché pour faire un joli tourbillon de crème sur ma glace. Ses yeux bleus grand ouverts, bien concentrés sur la spirale nuageuse, le siphon contre sa joue, le geste gracieux, précis. Sa main si proche de son visage. Au moment où il est arrivé au sommet de la petite montagne de crème, au moment où le doigt s’apprêtait à relâcher sa pression, au moment où le vieux se préparait à se redresser, le siphon a explosé. Boum.
Je me souviens du bruit. C’est le bruit qui m’a terrifiée en tout premier. Il a percuté chaque mur du Démo. Mon cœur a manqué deux battements. Ça a dû s’entendre jusqu’au fond du bois des Petits Pendus, jusqu’à la maison de Monica.
Puis j’ai vu le visage du vieux monsieur gentil. Le siphon était rentré dedans, comme une voiture dans la façade d’une maison. Il en manquait la moitié. Son crâne chauve est resté intact. Son visage, c’était un mélange de viande et d’os. Avec juste un œil dans son orbite. Je l’ai bien vu. J’ai eu le temps. Il a eu l’air surpris, l’œil. Le vieux est resté debout deux secondes, comme si son corps avait eu besoin de ce temps pour réaliser qu’il était maintenant surmonté d’un visage en viande. Puis il s’est effondré.
Ça ressemblait à une blague. J’ai même pu entendre un rire. Ça n’était pas un rire réel, ça ne venait pas de moi non plus. Je crois que c’était la mort. Ou le destin. Ou quelque chose comme ça, un truc bien plus grand que moi. Une force surnaturelle, qui décide de tout et qui se sentait d’humeur taquine ce jour-là. Elle avait décidé de rire un peu avec le visage du vieux.
Après, je ne me souviens plus très bien. J’ai crié. Des gens sont arrivés. Ils ont crié. Mon père est arrivé. Gilles ne bougeait plus. Ses grands yeux écarquillés, sa petite bouche ouverte, sa main crispée sur son cornet de glace vanille-fraise. Un homme a vomi du melon avec du jambon de Parme. L’ambulance est arrivée, puis le corbillard. » p. 34-35-36

« Je me suis souvenue d’un film que j’avais vu un jour, dans lequel un scientifique un peu fou inventait une machine à remonter le temps. Il utilisait une voiture toute bricolée avec plein de fils partout, il fallait rouler très vite, mais il y parvenait. Alors j’ai décidé que moi aussi j’allais inventer une machine et que je voyagerais dans le temps et que je remettrais de l’ordre dans tout ça.
À partir de ce moment-là, ma vie ne m’est plus apparue que comme une branche ratée de la réalité, un brouillon destiné à être réécrit, et tout m’a semblé plus supportable. » p. 50

« Quand toute sa rage a eu fini de se déverser sur le type, il a regardé son poing plein de sang, l’air perplexe, se demandant si c’était le sien. Le type était incrusté dans son divan, comme un lapin dans l’asphalte d’une route de campagne. Du sang coulait de sa bouche pour aller se mélanger aux autres taches sur son tee-shirt. Dans les yeux de Gilles, j’ai vu la vermine exulter devant ce spectacle. Elle s’est remise à copuler, coloniser, dévaster le peu de terres encore fertiles et vivantes dans la tête de mon petit frère. » p. 84

« Il a dit « bon les enfants vous avez votre matériel? »
On a tous répondu « Oui ! »
« Ce soir, vous allez participer à votre première traque. La traque c’est… »
On aurait dit qu’il évoquait le souvenir d’une histoire d’amour.
C’est le moment où le lien se tisse entre vous et la bête. Un lien unique. Vous verrez que c’est la bête qui décide. À un moment, elle s’offre à vous parce que vous avez été le plus fort. Elle capitule. Et c’est là que vous tirez. Ça demande de la patience. Il faut harceler votre proie jusqu’à ce qu’elle décide qu’elle préfère la mort. Vous allez comprendre que ce qui vous guide vers cotre proie, ce ne sont pas vos yeux ni vos oreilles. C’est votre instinct de chasseur. Votre âme entre en communion avec celle de la bête et vous n’avez plus qu’à laisser vos pas vous mener à elle, calmement, sans vous presser. Si vous êtes de vrais tueurs, ça devrait être facile.
Cette nuit, il n’y aura pas de mise à mort. Juste la traque. Et la proie sera … » p.179

À propos de l’auteur
Adeline Dieudonné est née en 1982. Elle habite Bruxelles. Dramaturge et nouvelliste, elle a remporté grâce à sa première nouvelle, Amarula, le Grand Prix du concours de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Elle a publié une nouvelle, Seule dans le noir aux éditions Lamiroy, et une pièce de théâtre, Bonobo Moussaka, en 2017. La Vraie Vie est son premier roman. (Source : Éditions de l’Iconoclaste)

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La dérobée

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En deux mots:
Quand Claire retrouve Antoine, son amour de jeunesse, c’est bien plus que son passé qui lui revient en mémoire. Ces retrouvailles vont bousculer sa famille, ses certitudes et rouvrir l’enquête d’un fait divers sordide.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Antoine ne voit plus Claire

Sophie de Baere nous offre un roman d’initiation à l’envers. Lorsque Claire retrouve Antoine, son amour de jeunesse, l’introspection est douloureuse. Le passé vient fracasser son présent.

Claire a fait sa vie. Lorsqu’elle fait le bilan, à quarante ans passés, elle n’a pas à se plaindre. Certes, il n’y a rien de très exaltant à se retrouver responsable de caisse sur une aire d’autoroute, à partager son quotidien avec François, un mari qui n’est guère attentionné – l’usure du couple a fait son travail – et une fille qui, de jour en jour, s’éloigne davantage d’elle. Reste l’assurance de couler des jours tranquilles au soleil de Nice. Jusqu’au jour où son passé lui revient en pleine figure.
Antoine, son amour de jeunesse, a choisi de s’installer dans l’appartement vacant de son immeuble en compagnie de Paola, son épouse. Dans la boîte à souvenirs, les premiers émois, l’amour éternel que l’on se jure, les plans sur la comète…
«Le 7 juillet 1987, Antoine Riedman est entré en moi calmement, sans tumulte. Comme s’il ne faisait que se conformer à notre destin. Et cet instant limpide est resté à jamais inscrit dans ma mémoire de midinette comme celui d’une promesse éternelle.»
Mais le temps des rêves prend fin le jour où elle fait la connaissance du père d’Antoine. L’avocat la rejette en trois phrases glaçantes. Puis, en autant de gestes équivoques, la réduit à un objet de plaisir et rien d’autre. La belle histoire de la fille ordinaire qui s’éprend d’un jeune d’une classe sociale plus élevée s’achève brutalement. Antoine disparaît du jour au lendemain, ne répond plus aux lettres, s’efface de sa vie. Ne reste que la tristesse, la douleur et un sentiment de trahison, d’abandon.
Il n’en reste pas moins que ce retour ravive les plaies, mais aussi la belle histoire. Claire peut-elle croire Jacques Brel lorsqu’il affirme qu’«on a vu souvent rejaillir le feu d’un ancien volcan qu’on croyait trop vieux»? En tout cas elle a envie d’y croire à nouveau, de pimenter sa vie trop terne à son goût. «Presque trente ans plus tard, je redeviens sa chose.»
Ce qui peut ressembler à un banal adultère prend bien vite une autre tournure. Le passé de Claire et d’Antoine est aussi marqué par un fait divers sordide, l’assassinat d’une jeune fille de dix-sept ans tout près de l’endroit où ils se retrouvaient pour s’aimer.
Sophie de Baere, avec un sens aigu de la construction, nous livre peu à peu les indices qui vont permettre de reconstruire le scénario de ce drame. Suivant Claire dans ses réflexions, on partage le tumultueux maelstrom de ses pensées, tour à tour exaltées, tour à tour désespérées. Jusqu’à un épilogue digne d’un thriller.
Voilà ce que j’appelle des débuts de romancière réussis !

La dérobée
Sophie de Baere
Éditions Anne Carrière
Roman
250 p., 18 €
EAN : 9782843379062
Paru le 13 avril 2018

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Nice et environs. On y évoque aussi Paris.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Alors que Claire mène une existence morne mais tranquille avec son mari, elle tombe sur Antoine, son grand amour de jeunesse. Jeune grand-mère d’une petite Léonie, Claire travaille comme responsable de caisse sur une aire de l’autoroute A8 et croit n’avoir plus grand-chose à partager avec Antoine, photographe reconnu et marié à une fille de diplomate.
Mais l’irruption inattendue d’Antoine qui va user de tous les stratagèmes pour rétablir une relation avec elle, oblige Claire à interroger son existence du moment et à fouiller les drames du passé… À travers les évènements dramatiques de sa vie, Claire saisit peu à peu qui elle est et ce qu’elle souhaite vraiment.
Habilement mené, ce roman aux airs de quête initiatique nous entraîne sur des chemins insoupçonnés. On se laisse d’abord prendre par le charme d’une écriture, puis très vite le lecteur est happé par l’histoire, le destin de l’héroïne et les nombreux rebondissements savamment dosés.

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Extraits
« Je trimballe avec moi un ventre plein de larmes. Paris est glacial et la fumée noirâtre des pots d’échappement fouille mes narines et mon cou. Je croise des visages tour à tour placides et hostiles. Des manteaux de laine pressés me frôlent sans me voir. Un givre mou s’est déposé sur les branches brunes des arbres émaciés et mes bottes frottent leurs semelles de mousse au goudron glissant des trottoirs bondés. Adossée contre la vitre taguée d’un Abribus, j’essaie de réchauffer mes doigts blanchis et durcis par le froid. Mes doigts de porcelaine, presque inertes.
Lorsque j’introduis dans la grosse serrure dorée la clef qu’Antoine m’a confiée, j’ignore encore ce que je m’apprête à faire. Mon esprit flotte entre deux territoires. J’ai l’impression que ma colonne vertébrale s’effrite et que la masse informe et flasque que je suis en train de devenir va bientôt se répandre sur le tapis du salon puis disparaître. Je suis un ver de terre. »

« Je suis de ces filles qui n’osent pas et se taisent. Je ne monte pas sur les tables en chantant et je danse dans un coin sombre de la salle de bal. Je suis de celles qui, la soirée entière, sirotent un kir framboise en hochant la tête avec un sourire inoffensif. (…)
Pas assez jolie. Pas assez intelligente. Pas assez efficace. Pas assez drôle. Je suis l’incarnation du manque. Du presque vide. Et s’il m’arrive quelque chose de bien, ce ne peut être qu’un hasard ou un incident. L’amour de François est un incident. Même la naissance de mes enfants est un incident. Quand je vois leurs jolis minois, je ne peux m’empêcher de penser que Dieu a dû faire une erreur d’aiguillage. »

« On ne peut pas dire que mon existence soit un écrin de béatitudes, mais elle ne m’apparait pas non plus comme un lourd fardeau. C’est plutôt un bain moussant qui tiédit et qu’on hésite à quitter car on s’y est trop alangui. Malgré la peau qui fripe. Malgré la mousse qui s’étiole et nous signifie qu’il faut sortir. »

À propos de l’auteur
Après avoir étudié la philosophie, Sophie de Baere vit et enseigne à Nice. La Dérobée est son premier roman. (Source : Éditions Anne Carrière)

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Einstein le sexe et moi

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En deux mots:
Olivier a participé à la finale de Questions pour un super-champion en 2012. Il nous raconte le jeu télévisé dans le détail avec ses coulisses et son suspense, mais nous offre surtout des digressions sur son parcours, son érudition, ses amours. Drôle, enlevé, précieux.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Le super-champion se pose des questions

Pour son second roman Olivier Liron revient sur un événement fort de sa vie, sa participation à la finale de Questions pour un super-champion en 2012. Bien plus que le récit d’un jeu télévisé, c’est une leçon de vie.

Olivier Liron met les choses au point dès l’incipit de cet étonnant roman: « Je suis autiste Asperger. Ce n’est pas une maladie, je vous rassure. C’est une différence. Je préfère réaliser des activités seul plutôt qu’avec d’autres personnes. (…) Je me souviens des dates de naissance des gens. J’ai publié un premier roman chez Alma éditeur en 2016. Je vais vous raconter une histoire. Cette histoire est la mienne. J’ai participé au jeu télévisé Questions pour un champion et cela a été très important pour moi. J’ai passé plusieurs journées avec Julien Lepers. Pour m’endormir, je fais parfois le produit de 247856 fois 91.»
En 200 pages, il va nous conter cet événement qui l’a fortement marqué, la finale 2012 de Questions pour un super-champion, l’émission qui met aux prises les vainqueurs du jeu télévisé et à laquelle il a failli être éliminé avant même qu’elle ne commence pour une panne de réveil. Arrivé avec une demi-heure de retard sur l’horaire, il sera d’autant plus vite repêché que la production a décalé les enregistrements en fin d’après-midi.
Pour ceux qui suivent le jeu, la trame du roman ne réservera pas de grandes surprises, Olivier Liron ayant découpé son récit en quatre parties, elles qui structurent le jeu: le Neuf points gagnants, le Quatre à la suite, le Face-à-face puis le Super-champion. L’intérêt de cette construction est triple. Tout d’abord, il nous permet de jouer et de tester notre érudition en suivant le défilé des questions, ensuite il nous plonge dans la psychologie des candidats – et notamment celle d’Olivier – qui s’est préparé comme un athlète de haut-niveau à cette confrontation. Enfin, et c’est sans doute le plus passionnant, l’auteur nous offre des digressions sur son parcours, ses pensées, sa vie affective. On passe ainsi de Diên Biên Phu aux mésanges, d’un atlante à Caroline, des souvenirs de vacances aux Pensées de Pascal ou encore de la Place de l’opéra à Canet-en-Roussillon, d’Einstein au sexe.
On passe de l’histoire familiale aux grandes étapes de sa vie: « Ma mère vient d’une famille d’ouvriers, il fallait absolument être bon à l’école, et elle m’a transmis ça. C’était le seul moyen de s’en sortir. Je suis fier de ça, de cet héritage qu’elle m’a légué, et même si l’école n’est plus tout à fait l’ascenseur social qu’elle était pour ma mère, j’ai tout fait pour suivre les études les plus longues possibles. J’ai eu un parcours d’élève modèle. Baccalauréat à 17 ans, classe préparatoire littéraire à 18 ans, entrée à l’École normale supérieure à 20 ans. Agrégé à 23 ans. Enseignant à la Sorbonne à 24 ans. Julien Lepers à 25 ans. Dépucelage à 26 ans. Dépression à 27 ans. Mais c’est une autre histoire. »
On passe de la confiance au doute, de l’émoi amoureux à la difficulté de communiquer – qui n’est en l’occurrence pas seulement l’apanage des Asperger: «J’aurais voulu lui dire qu’avec elle tout changeait. J’aurais voulu lui dire qu’avec elle le désir m’avait emporté comme la marée haute. Qu’un autre monde s’ouvrait à moi et que je m’imaginais dans ses bras. Je suis avec toi, Barbara. (…) Sauf que voilà. Je me suis tu. Et maintenant je devais répondre à une question de Julien Lepers sur un roman de Dostoïevski. »
Et à propos de Dostoïevski, je ne peux résister à citer encore ce passage qui fait l’éloge de la littérature et qui mériterait de figurer au fronton des lycées et des bibliothèques ou qui devrait, encore plus prosaïquement, vous précipiter chez votre libraire: « À l’adolescence, après le baccalauréat surtout, il y a eu la poésie et la découverte de la poésie. J’ai découvert Victor Hugo et Walt Whitman. Emily Dickinson et Sylvia Plath. Je crois vraiment que sans la poésie je serais mort. J’avais des fantasmes secrets pour l’extase de la chair, et il y avait la poésie pour la masturbation de l’âme. Je crois vraiment que s’il n’y avait pas eu ça je me serais foutu en l’air. »

Einstein, le sexe et moi
Olivier Liron
Alma éditeur
Roman
200 p., 18 €
EAN: 9782362792878
Paru le 6 septembre 2018

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Paris et à la Plaine Saint-Denis.

Quand?
L’action se situe en 2012 et les années qui suivent.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Je suis autiste Asperger. Ce n’est pas une maladie, je vous rassure. C’est une différence. Je vais vous raconter une histoire. Cette histoire est la mienne. J’ai joué au jeu télévisé Questions pour un champion et cela a été très important pour moi. »
Nous voici donc en 2012 sur le plateau de France 3 avec notre candidat préféré. Olivier Liron lui-même est fort occupé à gagner; tout autant à nous expliquer ce qui lui est arrivé. En réunissant ici les ingrédients de la confession et ceux du thriller, il manifeste une nouvelle fois avec l’humour qui est sa marque de fabrique, sa très subtile connaissance des émotions humaines.

68 premières fois
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Olivia de Lamberterie présente Einstein le sexe et moi sur Télématin © Production France Télévisions

Les premières pages du livre
« 1. Bienvenue dans mon monde
Je suis autiste Asperger. Ce n’est pas une maladie, je vous rassure. C’est une différence. Je préfère réaliser des activités seul plutôt qu’avec d’autres personnes. J’aime faire les choses de la même manière. Je prépare toujours les croque-monsieur avec le même Leerdammer. Je suis fréquemment si absorbé par une chose que je perds tout le reste de vue. Mon attention est souvent attirée par des bruits discrets que les autres ne perçoivent pas. Je suis attentif aux numéros de plaques d’immatriculation ou à tous types d’informations de ce genre. On m’a souvent fait remarquer que ce que je disais était impoli, même quand je pense que c’était poli. Quand je lis une histoire, j’ai du mal à imaginer à quoi les personnages pourraient ressembler. Je suis fasciné par les dates.
Au sein d’un groupe, il m’est difficile de suivre les conversations de plusieurs personnes à la fois. Quand je parle, il n’est pas toujours facile de placer un mot. Je n’aime pas particulièrement lire des romans. Je trouve qu’il est compliqué de se faire de nouveaux amis. Je repère sans cesse les mêmes schémas dans les choses qui m’entourent. Je préfère aller au musée qu’au théâtre. Cela me dérange quand mes habitudes quotidiennes sont perturbées. J’aime beaucoup les calembours comme «J’ai mal occu, j’ai mal occu, j’ai mal occupé ma jeunesse.» Parfois je ne sais pas comment entretenir une conversation. Je trouve qu’il est difficile de lire entre les lignes lorsque quelqu’un me parle. Je note les petits changements dans l’apparence de quelqu’un. Je ne me rends pas toujours compte que mon interlocuteur s’ennuie. Il m’est extrêmement difficile de faire plus d’une chose à la fois.
Parfois, au téléphone, je ne sais pas quand c’est mon tour de parler. J’ai du mal à comprendre le sarcasme ou l’ironie. Je trouve qu’il est compliqué de décoder ce que les autres ressentent en regardant leur visage. Le contact physique avec un autre être humain peut me remplir d’un profond dégoût, même s’il s’agit d’une personne que je désire. Si je suis interrompu, j’ai du mal à revenir à ce que j’étais en train de faire.
Dans une situation de stress avec un interlocuteur, j’essaie de le regarder dans les yeux. On me dit que je répète les mêmes choses. Quand j’étais enfant, je n’aimais pas jouer à des jeux de rôle. Je trouve qu’il est difficile de s’imaginer dans la peau d’un autre. Les nouvelles situations et surtout les lieux que je ne connais pas me rendent anxieux. J’ai le même âge que Novak Djokovic et un an de moins que Rafael Nadal. Quand je regarde un film où un personnage fait des cupcakes, je passe tout le reste du film à me demander combien de cupcakes ont été cuisinés exactement. Je ne supporte pas de porter des jeans trop serrés. Une exposition à une source de lumière trop vive me plonge dans un état de panique. Toutes mes émotions sont extraordinairement fortes et on m’a souvent dit que la façon dont je réagissais était exagérée.
Je me souviens des dates de naissance des gens. J’ai publié un premier roman chez Alma éditeur en 2016. Je vais vous raconter une histoire. Cette histoire est la mienne. J’ai participé au jeu télévisé Questions pour un champion et cela a été très important pour moi. J’ai passé plusieurs journées avec Julien Lepers. Pour m’endormir, je fais parfois le produit de 247856 fois 91. Il suffit qu’une femme ou qu’un homme me prenne dans ses bras pour que je frissonne violemment et que je songe sérieusement à l’épouser. Je n’ai jamais su faire de la corde à sauter. Le résultat du produit de 247856 fois 91 est 22554896. Il suffit de faire 247856 fois 9. Je commence par les gros chiffres. 1800000. 2160000. 2223000. 2230200. 2230704. Puis de multiplier par 10: 22307040. Et d’ajouter 247856: 22554896. J’aime beaucoup les lasagnes, le chocolat à l’orange, la Patagonie et les chansons de Leonard Cohen. Bienvenue dans mon monde. »

Extraits
« Le jour où j’ai joué à Questions pour un super champion, je ne me suis pas réveillé. C’est Paul de Senancour qui m’a réveillé. Paul de Senancour venait de perdre sa grand-mère. Il est sorti boire des coups pour noyer sa tristesse. Je lui ai laissé un double des clés. Quand il est rentré ivre à trois heures du matin, il a tout tenté pour faire le moins de bruit possible. Paul a le cœur sur la main. Il veut qu’on l’appelle Paul, mais en réalité son prénom c’est Paul-Étienne. Il marchait lentement sur le parquet qui craquait horriblement. Dans mon lit en mezzanine, je n’arrivais pas à m’endormir. Mon cœur battait à tout rompre. Le lendemain, je serais avec Julien Lepers. J’allais enregistrer les émissions de Questions pour un super champion, celles du dimanche où s’affrontent les vainqueurs de l’émission quotidienne. J’ai gagné trois fois la quotidienne au printemps ; j’ai perdu à la quatrième, heureusement, on m’a appelé pour participer aux prestigieuses Questions pour un super champion. On était le 15 août, jour de l’Assomption de la Vierge.» p. 17

« Thor, Erik, Bengt, Knut, Torstein et Herman sont arrivés un peu plus de cent jours plus tard sur un atoll des Tuamotu, en Polynésie française. Leur hypothèse du peuplement de la Polynésie par des gens venant d’Amérique du Sud est validée. Huit mille kilomètres sur un radeau confectionné avec du bois pourri et des lianes. Ils ont survécu en jouant de la guitare et en bouffant des poissons volants. Thor Heyerdahl a même filmé la traversée, et il a réalisé un documentaire qui nous permet de savoir tout ça.
J’aime bien l’histoire de Thor Heyerdahl parce qu’on pourrait croire que c’est un film hollywoodien ; mais non, c’est une histoire qui s’est passée dans la vraie vie, et la vraie vie est toujours plus romanesque que les films. Et puis c’est une aventure qui nous dit qu’il faut toujours croire en ses rêves, même quand on a Julien Lepers en face de soi et qu’il s’agit de détrôner Michel à Questions pour un super champion.
En tout cas ça m’a solidement installé dans le match. S’il n’y avait que des questions sur des scientifiques fous comme Thor Heyerdahl, il ne pouvait rien m’arriver.
Après le Kon-Tiki, la mer était tranquille. J’étais confortablement installé à l’avant de la première manche. Je contrôlais le navire. Cap sur la seconde manche. » p. 53-54

« J’aurais voulu lui dire à quel point notre rencontre avait été si importante, inouïe pour moi. J’aurais voulu lui dire que jusqu’à ce que je la rencontre, je m’étais résigné en toute sérénité à mourir puceau, sans amour, sans chaleur, rien d’autre que la verticalité solitaire de la présence sacrée des choses.
J’aurais voulu lui dire qu’avec elle tout changeait. J’aurais voulu lui dire qu’avec elle le désir m’avait emporté comme la marée haute. Qu’un autre monde s’ouvrait à moi et que je m’imaginais dans ses bras. Je suis avec toi, Barbara. (…) Sauf que voilà. Je me suis tu.
Et maintenant je devais répondre à une question de Julien Lepers sur un roman de Dostoïevski. » p. 110

À propos de l’auteur
Olivier Liron est né en 1987. Normalien, il étudie la littérature et l’histoire de l’art à Madrid et à Paris avant de se consacrer à la scène et à l’écriture. Il se forme en parallèle comme comédien à l’Ecole du Jeu, au cours Cochet et lors de nombreux workshops. Il a également une formation de pianiste en conservatoire.
Au théâtre il écrit quatre pièces courtes qui s’accompagnent de performances, Ice Tea (2008), Entrepôt de confections (2010), Douze douleurs douces (2012), Paysage avec koalas (2013). Il réalise aussi de nombreuses lectures (Cendrars, Pessoa, Michaux, Boris Vian, textes des indiens d’Amérique du Nord). En 2015, il crée la performance Banana spleen à l’École Suisse Internationale. En 2016, il fonde le collectif Animal Miroir actuellement en résidence au Théâtre de Vanves.
En tant que scénariste pour le cinéma, il a reçu l’aide à la réécriture du CNC pour le long métrage de fiction Nora avec Alissa Wenz et l’aide à l’écriture de la région Île-de-France pour le développement du long métrage Un cœur en banlieue.
Il publie des nouvelles dans les revues Décapage et Créatures. Son premier roman Danse d’atomes d’or est publié chez Alma Éditeur. (Source : Alma éditeur)

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Arcadie

BAYAMACK-TAM_arcadie

En deux mots:
Farah débarque à Liberty House avec sa famille. Au sein de cette communauté, on tente de se préserver des technologies modernes, des ondes néfastes et de la consommation en privilégiant la nature et l’amour libre. Farah va tenter d’y trouver sa place.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Arcadie, utopie et… robinetterie

Dans son nouveau roman Emmanuelle Bayamack-Tam continue à explorer l’adolescence. Cette fois, elle nous raconte Farah à la Recherche cherchant son identité sexuelle au sein d’une communauté.

C’est un peu comme le paradis sur terre, cette grande propriété entourée de forêts et d’un grand jardin. Farah y débarque à 14 ans avec ses parents et sa grand-mère pour intégrer la communauté libertaire qui a choisi de tourner le dos à la technologie, en particulier aux écrans et aux ondes, pour se consacrer à la nature, à la littérature et à l’amour.
L’adolescente arrive dans cette période où son corps change, où elle devient femme. Sauf que pour elle la chose est loin d’être évidente. Au lieu de seins, ce sont des pectoraux qui se développent et une analyse plus poussée permettent de découvrir qu’elle est atteinte du syndrome de Rokitanski, soit l’absence totale ou partielle d’utérus et de vagin. Voilà qui peut perturber une jeune fille. Mais pour Farah, cette robinetterie défaillante va être l’occasion de mener l’enquête sur le genre, d’essayer de comprendre ce qu’est une femme, ce qu’est un homme.
Emmanuelle Bayamack-Tam, en choisissant une communauté libertaire comme terrain d’observation, nous offre une joyeuse – mais fort intéressante – exploration en offrant à chacun des protagonistes approchés par Farah de donner leur définition, à commencer par Arcady, le «gourou» toujours avide de nouvelles expériences.
À Liberty House, Farah peut quasiment exiger qu’il la déflore. Elle attendra pour cela sa majorité sexuelle, mais aura droit à une initiation qui la rassurera et lui ouvrira de nouveaux horizons.
Et c’est au moment où elle semble goûter pleinement à la seule règle de la communauté, «Omnia vincit amor» ou «L’amour triomphe de tout», qu’elle va en découvrir les limites avec l’arrivée d’un migrant. Le groupe va alors se scinder en deux, entre ceux qui veulent l’accueillir parmi eux et ceux qui jugent sa présence contraire aux exigences de la communauté.
Un épisode qui poussera Farah à prendre ses distances. Et sans dévoiler l’issue du roman, on dira que cette décision s’avèrera des plus sages.
Après Une fille du feu et Je viens qui nous proposaient déjà des portraits de jeunes filles partant à la conquête de leur liberté, on trouvera avec Arcadie une nouvelle variante, allègre et satirique.
En guise de conclusion, disons un mot du style très particulier de cette romancière qui mélange avec bonheur les références classiques et le langage très cru. Une sorte de récit biblique agrémenté de San-Antonio. Là encore, on saluera cette belle liberté.

Arcadie
Emmanuelle Bayamack-Tam
Éditions P.O.L
Roman
448 p., 19 €
EAN : 9782818046005
Paru le 22 août 2018

Où?
Le roman se déroule dans un endroit du Sud de la France qui n’est pas précisé.

Quand?
L’action se situe à notre époque.

Ce qu’en dit l’éditeur
La jeune Farah, qui pense être une fille, découvre qu’elle n’a pas tous les attributs attendus, et que son corps tend à se viriliser insensiblement. Syndrome pathologique? Mutation ou métamorphose fantastique? Elle se lance dans une grande enquête troublante et hilarante: qu’est-ce qu’être une femme? Un homme? Et découvre que personne n’en sait trop rien. Elle et ses parents ont trouvé refuge dans une communauté libertaire qui rassemble des gens fragiles, inadaptés au nouveau monde, celui des nouvelles technologies et des réseaux sociaux. Et Farah grandit dans ce drôle de paradis avec comme terrain de jeu les hectares de prairies et forêts qu’elle partage avec les animaux et les enfants de la communauté qui observent les adultes mettre tant bien que mal en pratique leurs beaux principes: décroissance, anti-spécisme, naturisme, amour libre et pour tous, y compris pour les disgraciés, les vieux, les malades. Emmanuelle Bayamack-Tam livre un grand roman à la fois doux et cruel, comique, et surtout décapant, sur l’innocence et le monde contemporain. Farah, sa jeune héroïne, découvre l’amour avec Arcady, le chef spirituel et enchanteur de ce familistère. Elle apprend non seulement la part trouble de notre identité et de notre sexualité, mais également, à l’occasion d’une rencontre avec un migrant, la lâcheté, la trahison. Ce qui se joue dans son phalanstère, c’est ce qui se joue en France à plus grande échelle. Arcady et ses ouailles ont beau prêcher l’amour, ils referment les portes du paradis au nez des migrants. Pour Farah c’est inadmissible: sa jeunesse intransigeante est une pierre de touche pour mettre à l’épreuve les beaux principes de sa communauté. Comme toutes nos peurs et illusions sur l’amour, le genre et le sexe.

Les critiques
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Emmanuelle Bayamack-Tam présente Arcadie © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre
1. Il y eut un soir et il y eut un matin: premier jour
Nous arrivons dans la nuit, après un voyage éprouvant dans la Toyota hybride de ma grand-mère: il a quand même fallu traverser la moitié de la France en évitant lignes à haute tension et antennes-relais, tout en endurant les cris de ma mère, pourtant emmaillotée de tissus blindés. De l’accueil reçu le soir même et de mes premières impressions quant aux lieux, je ne me rappelle pas grand-chose. Il est tard, il fait noir, et je dois partager le lit de mes parents parce qu’on ne m’a pas encore prévu de chambre – en revanche, je n’ai rien oublié de mon premier matin à Liberty House, de ce moment où l’aube a pointé entre les rideaux empesés sans vraiment me tirer du sommeil.
Allongés sur le dos, les mains mollement nouées dans leur giron, un masque de satin sur leurs visages de cire, mes parents me flanquent comme deux gisants paisibles. Cette paix, je ne l’ai jamais connue avec eux. De jour comme de nuit, il a fallu que je fasse avec les souffrances de ma mère et les soucis torturants de mon père, leur agitation permanente et stérile, leurs visages convulsés et leurs discours anxieux. Du coup, bien que je sois impatiente à l’idée de me lever et de découvrir mon nouveau foyer, je reste là, à écouter leur souffle, à me faire petite pour mieux jouir de leur chaleur et partager voluptueusement leurs draps.
Du dehors, des trilles guillerets me parviennent comme si des nichées de passereaux invisibles s’associaient à ma joie d’être en vie. C’est le premier matin et je suis neuve aussi. Je finis par me lever et m’habiller sans bruit pour descendre l’escalier de marbre, notant au passage l’usure des marches en leur milieu, comme si la pierre avait fondu. Je m’agrippe respectueusement à la rampe de chêne,
elle-même assombrie et polie par les milliers de mains moites qui l’ont empaumée, sans compter les milliers de cuisses juvéniles qui l’ont triomphalement enfourchée pour une propulsion express jusque dans le hall d’entrée. Au moment même où j’effleure le bois verni, je suis assaillie de visions suggestives: Mädchen in Uniform, kilts retroussés sur des jambes gainées de laine opaque, chevelures nattées, rires aigus des filles entre elles. Il y a là quelque chose qui tient aux lieux eux-mêmes, à leur imprégnation par un siècle d’hystérie pubertaire et d’amitiés saphiques – mais je n’en comprendrai la raison que plus tard, quand j’aurai connaissance de la destination première de la bâtisse où je viens tout juste d’emménager. Pour l’heure, je me contente de descendre l’escalier à petits pas et de humer comme une odeur de religion dans le grand hall au dallage bicolore. Oui, ça sent l’encaustique, le parchemin, la cire fondue et la dévotion, mais je m’en fous complètement : ouste, à moi la liberté, l’air vivifiant du dehors, l’évaporation de la rosée, le petit
matin rien que pour moi. Arcady me surprend sur le perron majestueux et surmonté de sa marquise à la ferronnerie compliquée, immobile, interdite face à tant de beauté: la pinède en pente douce, les plants de myrtilliers, le soleil que les arbres filtrent en faisceaux poudreux, l’appel voilé d’un coucou, le détalement furtif d’un écureuil sur un lit de mousses et de feuilles.
– Ça te plaît ?
– Oui ! C’est trop bien !
– Prends, c’est à toi.
Je ne me le fais pas dire deux fois, et je détale moi aussi sous les grands arbres, en direction du poudroiement magique de la lumière, à la recherche de cet oiseau invisible dont les roucoulements rencontrent si bien ma propre émotion. Moyennant
quoi, je ne tarde pas à tomber sur ma grand-mère, plongée dans la contemplation perplexe d’un gros tumulus de terre meuble au pied d’un pin. Elle jette à peine un regard dans ma direction:
– C’est quoi, tu crois? Une tombe? On dirait que quelqu’un a creusé récemment. Ça ne me dit rien qui vaille, moi, ce truc, cette maison, cet Arcady… »

Extrait
« je n’en veux pas, moi, de ce programme : ça ne m’a jamais fait envie, l’attirail masculin, la panoplie complète, les attributs génitaux pourpres et fripés, les tambours battants, la sonnerie au clairon, les efforts incessants et sans cesse ruinés pour être à la hauteur, toute une vie d’inquiétude, non merci! Je préfère la conque close sur ses triomphes, la victoire sans chanter, les grappes de ma vigne : le château de ma mère, ce royaume bien administré, plutôt que la gloire de mon père, toujours fragile et menacé. »

À propos de l’auteur
Emmanuelle Bayamack-Tam est née en 1966 à Marseille. Vit à Villejuif. Est membre fondateur de l’association interdisciplinaire Autres et pareils. (Source : Éditions P.O.L)

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