Marguerite

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En deux mots
Marguerite se marie en août 1939 et se retrouve très vite seule. En attendant le retour de son aimé, elle va devoir gérer le foyer. La guerre va la transformer.

Ma note
etoileetoileetoile(beaucoup aimé)

Marguerite
Jacky Durand
Éditions Carnets Nord
Roman
240 p., 17 €
EAN : 9782355362330
Paru en janvier 2017

Où?
L’action se situe principalement dans une petite ville de France, non loin de la ligne de démarcation. Un voyage vers la frontière de l’Est y est retracé, ainsi que les nouvelles qui parviennent de la région de Mulhouse, Belfort, Colmar, Strasbourg, puis d’Allemagne, sans davantage de précisions.

Quand?
Le roman se déroule de 1939 à 1945.

Ce qu’en dit l’éditeur
Août 1939. Qui peut se douter de ce qui va se déchaîner, dévaster tant de vies? Marguerite est à son bonheur, son mariage avec Pierre, son amour de jeunesse. Un mois de lune de miel dans leur petite maison de l’est de la France. Puis Pierre est mobilisé. La France est occupée. Marguerite va devoir affronter la solitude, la dureté d’un monde de plus en plus hostile, mais aussi découvrir sa propre force, l’amitié, les émotions qui l’agitent. Au contact de Raymonde, la postière libérée des contraintes sociales, d’André, le jeune Gitan qu’elle protège, ou encore de Franz, un soldat allemand plein d’humanité, elle devient peu à peu maîtresse de sa vie, de son corps et de ses sentiments.
Un roman d’une grande sensibilité sur la révélation à soi d’une femme seule pendant la guerre, sur l’affirmation de sa liberté aux heures les plus sombres de son siècle.

Ce que j’en pense
Août 1944. Une grande partie de la France est libérée, mais au milieu de la liesse populaire se déroulent des scènes dramatiques, car il s’agit aussi de faire payer ceux qui ont pactisé avec l’ennemi, de se venger, voire de se dédouaner à bon compte. Quelques jours après la libération de la ville, trois gars attendent Marguerite à la sortie de l’usine pour la conduire sur la place de l’hôtel de ville où elle sera tondue, enduite de trois croix gammées au goudron sur son front et ses joues et affublée d’un carton portant l’inscription «collaboratrice horizontale».
Après cette scène inaugurale violente, Jacky Durand reprend le récit dans sa chronologie. Il retrace les cinq années qui ont précédé, depuis cette année 1939 qui a vu la célébration de son mariage avec Pierre et l’emménagement dans leur nouveau foyer. Un bonheur qui ne durera que quatre semaines, jusqu’à la mobilisation générale et le départ du jeune mari vers le front de l’Est. La période qui suit va être difficile à supporter pour la jeune fille, confrontée à une brutale solitude.
« Marguerite s’effraie et enrage de ce manque trop grand pour la seule absence d’un vivant, de son impuissance à la maîtriser, à le supporter. » Il lui faut certes gérer les affaires courantes, constituer des réserves pour l’hiver, mais le temps s’est comme arrêté dans l’attente d’informations venues de la ligne Maginot.
Et quand un cheminot arrive, porteur d’un message de son mari, les quelques lignes griffonnées pour rassurer son épouse sont décevantes.
Ce n’est qu’à l’approche de Noël qu’une vraie lueur d’espoir arrive : « Mon amour, retrouve-moi à la gare de A., le 24 vers midi, nous passerons Noël tous les deux, je te le jure. »
Un voyage périlleux qui a fallu ne jamais avoir lieu. Fort heureusement l’épouse d’un officier a offert son aide à Marguerite et elle a pu partager quelques heures d’intimité avec Pierre. Sans se douter que cette rencontre sera la dernière avant la fin de la guerre, Marguerite «sent déjà le froid de sa cuisine quand elle ouvrira la porte.»
Quelques heures de ménage chez Raymonde, la receveuse des Postes, vont permettre à Marguerite d’améliorer son ordinaire. Mais aussi de se rendre compte qu’une femme n’est pas forcément sous les ordres d’un mari, fidèle servante d’un ordre établi. Le jour où elle découvrira que Raymonde s’est engagée dans la résistance, qu’elle fait passer la ligne de démarcation à des personnes recherchées, elle gagnera en assurance. Quand elle est embauchée à l’usine, elle tiendra tête au contremaître qui semble tenir pour acquis son droit de cuissage sur les ouvrières.
Une autre rencontre va la transformer bien davantage, celle du jeune André qui vit avec sa mère et ses frères et sœurs dans une roulotte. Elle offrira au garçon de la nourriture et des vêtements, il coupera du bois pour elle. Mais surtout, il se liera d’amitié avec Franz, un Allemand qui le prendra son son aile protectrice et évitera à la famille d’être raflée par la Gestapo.
Si Marguerite est plus que méfiante face à cet ennemi, il lui faudra bien vite convenir que ce soldat est «plus courageux que la plupart de ses voisins. Elle veut savoir pourquoi il agit ainsi, à prendre des risques qui pourraient le mener au peloton d’exécution. »
Avec beaucoup de finesse, l’auteur décrit ce lent et imperceptible mouvement, l’évolution de la psychologie de Marguerite, la mutation de l’attente «en un espoir immobile», ce «drôle de sentiment, mélange d’amertume, de résignation mais aussi de soulagement.» L’émancipation d’une femme qui choisit de ne plus subir, mais de décider de son destin, de chercher le vrai derrière les apparences, de ne pas cacher ses sentiments. Quitte à déplaire au point d’en arriver à la scène traumatisante qui ouvre le livre.
Car l’un des points forts de ce livre tient justement à sa construction. Le lecteur va finir par comprendre pourquoi et comment Marguerite a été tondue. Mais il sera ensuite invité, en guise de conclusion, à suivre Marguerite durant l’été 1945. L’été où tout devient possible.

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
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Autres critiques
Babelio
Libération (Claire Devarrieux)

Les premières pages du livre 

Extrait
« Marguerite descend de l’estrade par une petite échelle de bois, sa main droite serrant le haut de sa robe sous son menton. De profil, elle ressemble à l’un de ces grands oiseaux charognards qui ont le cou et la tête déplumés.
Pour la photo, on la fait mettre à genoux à l’avant d’une rangée d’hommes, plutôt jeunes, dont certains portent cartouchières et fusils. Ils sourient, insouciants comme des conscrits avant les classes. Un morceau de carton passe de main en main provoquant l’hilarité. On le place bien en vue devant les deux femmes afin qu’on puisse y lire les mots de « collaboratrices horizontales » peints en blanc. » (p. 12-13)

A propos de l’auteur
Jacky Durand est journaliste au service Société de Libération la semaine et chroniqueur gourmand le week-end. Après la rubrique Foodingues du jeudi (reprise dans Cuisiner un sentiment), il a poursuivi sa chronique culinaire avec Tu mitonnes!, à partir de janvier 2011, deux pages hebdomadaires sur sa passion: la cuisine et les histoires qui tournent autour.
Jacky Durand aura 50 ans le 21 décembre. Il aime le bleu de Gex, le poivre de Kampot sur une tranche de Morbier, les cerises cueillies sur l’arbre et mordre dans un Paris-Brest les jours de pluie. Il lit Georges Simenon, Maxime Gorki, Maupassant, Flaubert, René Fallet et Antoine Blondin. Il écoute Camille ou Beat Assaillant au réveil ; Led Zeppelin, Miles Davis ou HF Thiéfaine le soir. Quand il ne travaille pas, il suit les conversations de bistrot, flâne en ville ou à la campagne, et pratique la maraude. Marguerite est son premier roman. (Source : Éditions Carnets Nord)

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Les larmes noires sur la terre

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Les larmes noires sur la terre
Sandrine Collette
Éditions Denoël, coll. Sueurs froides
Roman
336 p., 19,90 €
EAN : 9782207135570
Paru en février 2017

Où?
Le roman se déroule principalement en France, dans une ville qui n’est pas nommée, mais qui est proche de Clermont-Ferrand. Les histoires et récits des protagonistes relatent des séjours dans une île du Pacifique, en Afghanistan, à Moscou, au Kazakhstan, en Biélorussie, Pologne, Allemagne, puis à Paris ainsi qu’à Bangkok et Ayutthaya en Thaïlande.

Quand?
L’action se situe au XXIe siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
Il a suffi d’une fois. Une seule mauvaise décision, partir, suivre un homme à Paris. Moe n’avait que vingt ans. Six ans après, hagarde, épuisée, avec pour unique trésor un nourrisson qui l’accroche à la vie, elle est amenée de force dans un centre d’accueil pour déshérités, surnommé «la Casse».
La Casse, c’est une ville de miséreux logés dans des carcasses de voitures brisées et posées sur cales, des rues entières bordées d’automobiles embouties. Chaque épave est attribuée à une personne. Pour Moe, ce sera une 306 grise. Plus de sièges arrière, deux couvertures, et voilà leur logement, à elle et au petit. Un désespoir.
Et puis, au milieu de l’effondrement de sa vie, un coup de chance, enfin : dans sa ruelle, cinq femmes s’épaulent pour affronter ensemble la noirceur du quartier. Elles vont adopter Moe et son fils. Il y a là Ada, la vieille, puissante parce qu’elle sait les secrets des herbes, Jaja la guerrière, Poule la survivante, Marie-Thé la douce, et Nini, celle qui veut quand même être jolie et danser.
Leur force, c’est leur cohésion, leur entraide, leur lucidité. Si une seule y croit encore, alors il leur reste à toutes une chance de s’en sortir. Mais à quel prix?
Après le magistral Il reste la poussière, prix Landerneau Polar 2016, Sandrine Collette nous livre un roman bouleversant, planté dans le décor dantesque de la Casse.

Ce que j’en pense
****
Quel choc! L’expression souvent à tort et à travers prend ici tout son sens. Voilà en effet un roman dont on ne sort pas indemne. La noirceur, le désespoir et l’enchaînement des drames qui collent aux basques des femmes que l’on va suivre durant près d’une dizaine d’années ne pourra vous laisser de marbre. Sur son île, Moe croise Rodolphe. L’homme, qui a deux fois son âge, va lui faire miroiter les charmes de la métropole. Que n’a-t-elle pas écouté sa grand-mère qui lui disait de toujours réfléchir avant d’agir? « elle n’a pas réfléchi. Ou alors un peu, mais pas trop, pas si bête, elle savait bien que ça ne serait pas rose tous les jours. N’avait pas envie de se l’avouer avant même que l’histoire se noue, malgré le pincement au fond du ventre qui venait la titiller le soir, après, quand Rodolphe dormait et qu’elle le regardait, ses quarante ans, les rides au coin des yeux et les veinules parce qu’il buvait trop. » Loin des lumières de la Tour Eiffel, elle va découvrir un village où elle est tout sauf bienvenue. Méprisée, insultée, maltraitée, la «colorée» devient la «taipouet», objet des moqueries de Rodolphe et de ses amis de comptoir.
Six ans plus tard, sa joie de vivre a disparu. Elle est battue, vixtime de coups de plus en plus violents. Et songe à fuir cet enfer, surtout pour protéger Côme, ce fils qui vient de naître. Réjane, la fille d’une de ses vieilles clientes, va l’accueillir chez elle le temps de se retourner. Mais comment trouver un emploi avec un nouveau-né dans les bras? De petits boulots en expédients, elle va se retrouver dans la rue, essayer de trouver refuge aux aurgences de l’hôpital, avant de finir dans une sorte de camp où sont regroupés tous les sans-abri, rebuts de la société, délinquants ou filles perdues. Des milliers de personnes qui n’ont pour seul abri, les véhicules destinés à la casse. D’où le nom de cette prison aux règles aussi strictes qu’inhumaines.
Moe et Côme doivent se contenter d’une vieille épave, mais fort heureusement, ses cinq voisines viennent l’aider: Marie-Thé, Nini, Jaja, Poule et Ada.
Construit en trois parties, le roman va désormais nous raconter comment survivre dans ce milieu hostile, comment ne pas se tuer à la tâche, comment ne pas mourir de désespoir en constatant la quasi impossibilité de quitter ce camp de concentration d’âmes perdues. Et, au fil des chapitres, revenir sur l’histoire des femmes qui côtoient Moe, condamnée « à ruminer sur ce qui l’a amenée ici, et les erreurs, et les folies, et les directions manquées».
Poule avait fini par installer sa roulotte dans le camp, après avoir parcouru des milliers de kilomètres avec son cheval et ses poules et avoir usé son corps jusqu’à ce qu’il cède. Doit-elle pour autant se résigner? Gagner l’argent demandé par les gardiens pour sortir du camp, 15000 euros, tient de la mission impossible. Mais Moe veut encore y croire et n’hésite pas à donner son corps pour gagner quelques billets de plus, puis de jouer la mule auprès des trafiquants de drogue. Ce faisant, elle ne se rend pas compte qu’elle s’enfonce dans une terrible spirale, «descendant jusqu’au tréfonds de la terre, dévastée et saccagée»
Ada l’afghane, qui a surmonté l’invasion soviétique et fuira le régime taliban, n’aura guère plus de chance que ses compagnes d’infortune. Après un long calvaire vers l’exil, elle se retrouvera également prise au piège de La Casse. «Son existence entière s’est découpée en longues tranches, vingt ans en Afghanistan, dix ans à Clermont-Ferrand, cinq ans en prison, vingt-cinq ans dans la ville-Casse qu’elle connaît par cœur». Mais ses dons de guérisseuse lui donnent une sorte de statut particulier, d’immunité et une volonté de fer: « Mon histoire n’est pas terminée : un jour je quitterai cet endroit et j’irai vivre libre, au milieu des arbres, pour me consoler de toutes ces années de gris et d’enfermement.»
Marie-Thé, avec son passé d’esclave domestique, et Jaja qui a connu l’univers carcéral thaïlandais veulent aussi y croire. Même si leur espoir tient davantage du vœu pieux que d’un plan bien orchestré. Dès lors, l’issue fatale est davantage prévisible.
C’est dans une encre très noire que Sandrine Collette trempe sa plume. Du coup le lecteur doit, comme les femmes dont on suit l’histoire, avoir le cœur solidement accroché et qui sait, être un peu inconscient, pour imaginer une fin heureuse à ce roman. Il paraît que tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir…

Autres critiques
Babelio 
Blog «Pages noires» de La Croix (Emmanuel Romer)
Blog Domi C lire 

Extrait
« Elle le sait parce que Rodolphe a commencé à lever la main sur elle, sans doute qu’avec l’enfant il s’y est senti autorisé, et elle Moe n’avait rien à dire, Fallait réfléchir avant, elle le chante presque, certains jours, en passant un doigt hésitant sur sa joue bleuie. Quelques gifles ici et là — pas pire que les insultes au fond, si ça en était resté là. Mais quand le poing se ferme, quand ses yeux à elle ne voient plus clair quelques instants à cause des coups. Quand elle marche courbée le lendemain parce que cela fait encore mal. Quand elle croise le regard de Rodolphe sur le berceau. Il suffira d’un verre de trop, mais elle n’arrive plus à les compter. Juste la certitude que le temps presse. »

A propos de l’auteur
Sandrine Collette est née en 1970. Elle partage son temps entre l’écriture et ses chevaux dans le Morvan. Elle est l’auteur de Des nœuds d’acier, Grand Prix de Littérature policière 2013 et best-seller dès sa sortie, de Un vent de cendres, de Six fourmis blanches et de Il reste la poussière, couronné par le prix Landerneau 2016. (Source: éditions Denoël)

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Garde-corps

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Garde-corps
Virginie Martin
Lemieux éditeur
Roman
176 p., 15 €
EAN : 9782373440737
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule principalement à Paris, avec des épisodes situés dans le Vaucluse, à Carnavat ainsi qu’en montagne, à Villons-sur-Alpes et sur la Côte d’azur, à Cannes et Saint-Tropez, sans oublier le Nord, à Beaume-lès-Douai. On croisera aussi des connaissances à San Francisco, Venice Beach, Los Angeles, New York, Genève, Oxford.

Quand?
L’action se situe de 1976 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Carnavet, début des années 1980.
Gabrielle Clair, à peine entrée dans l’adolescence, est violée par un élève de son collège. Dès lors, elle se forge un masque de fer pour transcender ce drame, et se jure de quitter cette province devenue trop étouffante.
Paris, fin des années 2000.
Gabrielle Clair, ministre, mène sa carrière avec talent. Brillante, elle passe sous les fourches caudines du pouvoir, affrontant la ¬condescendance et le machisme ordinaire. Jusqu’au jour où son chemin recroise celui de son violeur…
Des pierres sèches du Vaucluse aux ors des palais de la République, on suit le parcours de ce personnage ambigu, dans un récit mêlant sexisme et politique. Qui domine ? Qui est dominé ? Tout ¬n’est que rapport de force, et la morale n’est pas toujours au rendez-vous.

Ce que j’en pense
****
« Je suis dans ma berline de ministre… J’adore dire et redire cette phrase… Je suis dans ma berline de ministre et je vais rejoindre le Conseil des ministres. Dorures, ors, fastes, protocole, journalistes, ça monte à la tête même quand on ne le veut pas ; c’est mieux que la cocaïne, mieux que l’ecstasy ; c’est comme réussie à l’ENA tous les jours, ou son bac, ou son permis de conduire. » Quand on suit un peu les joutes politiques, on imagine très bien ce que peut ressentir une personne qui vient d’atteindre ce sommet. L’engagement, les renoncements mais aussi les trahisons, les couleuvres qu’il aura fallu avaler, les compromissions et autres petits arrangements afférents à cette conquête du pouvoir.
Si Gabrielle Clair n’échappe pas à la règle, c’est qu’elle a fait du chemin depuis sa jeunesse dans le Vaucluse. Jeune fille brillante à l’école, sprinteuse qui s’entraîne pour le 4 x 100 mètres, elle va vivre un épisode traumatisant, un viol raconté aussi crûment qu’il s’est déroulé. Un crime qui sera sanctionné d’une double peine pour la victime, puisqu’elle ne peut au yeux de beaucoup de ses camarades d’école, qu’avoir été consentante. C’est du reste inscrit au marqueur noir sur le mur du fond de son collège : «Gabrielle la pute». Quant aux parents, cela fait bien longtemps qu’ils ne se préoccupent plus d’elle. Qu’ils l’ont quasiment reléguée au rang de potiche, préférant se critiquer l’un l’autre. D’un côté le rustre «made in Vaucluse» qui n’a de passion que pour son vin, de l’autre une bourgeoise bohème qui entend jouir en toute liberté. « Je les regarde et je me demande pourquoi je suis arrivée dans leur vie. »
Elle va donc choisir elle même sa voie. Au lycée, elle élaborera un plan «pour se casser de ce bled pourri » non s’être au préalable un peu distraite en choisissant de rendre dingo vingt-quatre beaux gosses, en les séduisant puis en les oubliant tout aussi vite. Avec Purple, une amie bien déjantée, elle va partager l’avancée de son projet. Sans états d’âme et avec une méticulosité d’un cynisme glaçant. Ce faisant, elle se prépare sans doute mieux qu’avec sa formation Sciences Po puis à l’ENA, aux dures lois de la politique. Au sein des Palais de la République, elle ne va pas tarder à comprendre qu’elle est utilisée, que son travail est d’autant plus apprécié qu’il ne vient pas faire de l’ombre aux ambitions de ses supérieurs ou collègues. Et que dans ce panier de crabes, c’est bien à celui qui écartera tous les prétendants de sa route que viendra l’honneur d’accéder aux plus hautes fonctions.
La nouvelle ministre du travail excelle et le sait. C’est tout juste si tique un peu en reconnaissant le chauffeur qui lui a été octroyé, venu du Vaucluse comme elle : Patrick, son agresseur. « Ce chauffeur-violeur-de-petite-fille. Je sais que j’ai réussi mes combats en partie grâce à des monstres comme lui. C’est toute l’ironie de l’histoire. Moi, je suis en train d’y rentrer dans l’Histoire. »
Vous n’aurez sans doute aucune peine à découvrir ce qu’il adviendra de Patrick et comment le roman va basculer dans un sombre polar, car l’envie de suivre la carrière de Gabrielle ne vous quittera pas de sitôt. Ce roman est dur mais aussi parfaitement lucide, à la fois sur la place et le rôle des femmes en politique. Un roman auquel vous penserez forcément en suivant la bataille pour l’élection présidentielle en France. Un roman dont la vertu première est de vous ouvrir les yeux sur un univers vraiment aussi impitoyable qu’on l’imagine, loin des clichés. Et tant pis si les âmes sensibles se sentent mal à l’aise avec cette violence.

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Autres critiques
Babelio 
Wukali (Émile Cougut)
Blog Reading love time 

Extrait
« Mon école se fissure de l’intérieur. La traversée de la cour semble durer des heures…disparaître, me cacher, m’envoler, m’éclipser, retrouver mon école et l’odeur des devoirs à la maison, danser sur les lignes des romans que je dévore et rêver à une vie à moi. Les fissures sont insupportables, mon petit univers d’enfant m’échappe, je ne pleure pas, je suis un peu ailleurs.
Seul le bunker version toilettes semble résister. Je me réfugie dans cette pissotière sans âme nichée au fond de la cour : du béton grisâtre, des portes sommaires, des odeurs souvent intenables. Me réfugier dans ces toilettes, là où j’ai tiré une fois sur une cigarette, une menthol qui m’a fait sacrément tousser, là où les grands crament un paquet par jour en essayant de dissiper la fumée.
Il est 7h56 et je rentre enfin dans un endroit sans regard, sans ces yeux sur moi. Il est 7h56 et mon école s’est soudainement résumée à ces chiottes douteuses. Il est 7h56 et sur le mur du fond, inscrit au marqueur noir, je lis: « Gabrielle la pute ». » (p. 10-10)

A propos de l’auteur
Connue pour ses travaux sur le féminisme et ses analyses sur la montée des extrêmes, Virginie Martin est politologue, essayiste et chercheure. Elle est notamment l’auteure de Ce monde gui nous échappe (éditions de FAube, 2015). Elle livre ici son premier roman. (Source : Lemieux éditeur)

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Rien que des mots

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Rien que des mots
Adeline Fleury
Éditions François Bourin
Roman
184 p., 20 €
EAN : 9791025201602
Paru en janvier 2016

Où?
Le roman se déroule dans un endroit situé «face à la mer» qui n’est pas nommé ainsi qu’à Paris, Fontenay-aux-Roses ou Cachan.

Quand?
L’action se situe dans un futur proche.

Ce qu’en dit l’éditeur
Dans un avenir qui ressemble à notre futur proche, Adèle a décidé de tenir son fils Nino éloigné de la lecture. Privée dans son enfance de la tendresse d’un père écrivain accaparé par son œuvre, elle fera tout pour éviter un tel sort à son fils. Pour qu’il reste dans la vraie vie, pour l’empêcher d’être tenté par la grande aventure de l’écriture, elle proscrira autour de lui la présence des livres. Elle les brûlera, elle va jusqu’à nier leur existence.
Mais l’enfance est têtue et tous les silences ne peuvent rien contre sa curiosité. Nino, après une longue quête, finira par trouver sa voie en assumant d’une manière inattendue cet héritage de mots et de papier.
Dans cette fable initiatique, Adeline Fleury nous donne à lire un conte cruel où les angoisses les plus archaïques se ravivent au contact des réalisations de notre hypermodernité. L’ambivalence de notre rapport au livre, livre sacré ou interdit, se trouve interrogée dans ces pages où se projettent comme des ombres expressionnistes nos tabous les plus enfouis. Avec Rien que des mots, c’est une magnifique déclaration d’amour qu’Adeline Fleury adresse au livre, à tous les livres.

Ce que j’en pense
***
Rendre hommage à la littérature en écrivant un roman qui met en scène une jeune femme qui ne supporte plus les livres, l’écriture et les écrivains, voilà un joli défi relevé avec brio par Adeline Fleury.
Voici donc Adèle, fille d’un écrivain autodidacte, qui consacre toute son énergie à sa passion : « Il voyait peu le jour, et c’est une tornade de nerfs qui remontait pour partager le dîner familial. Peu de mots échangés, normal, toute la journée les mots l’avaient vidé. » Au lieu de profiter des siens, il veut écrire un maximum de livres. Une première expérience traumatisante qui ne va toutefois pas l’empêcher de s’engager dans une carrière de journaliste. Et constater combien ce métier, notamment au sein de la rédaction qui l’emploie, ne correspond pas à l’image qu’elle s’en faisait. « Toute une carrière basée sur le nombrilisme au lieu de l’altruisme. Qui a dit que le journalisme était ouvert aux autres ? Foutaise ! Le journaliste ne se soucie guère que de lui-même. Le journaliste veut briller, épater, que l’on parle de lui, rien que de lui, de ses infos. Rien que de ses mots. » Seconde expérience traumatisante.
Puis vient l’heure du mariage, celle de fonder une famille. L’heure aussi des remises en question, d’affronter le père «qui lui a injecté le venin des mots dans les veines» et qui ne comprend pas son aversion soudaine pour la chose écrite : « Ah puis merde, elle va être mère et rentrer dans le rang. Comment ai-je pu engendrer une petite-bourgeoise pareille : trente ans, boulot stable, congés payés, mariage bien comme il faut, bébé bien comme il faut, balades canards au square tous les dimanches bien peinards…» Troisième expérience traumatisante.
L’heure de se pencher sur le berceau de Nino, l’enfant qu’Adèle entend préserver de cet univers anxiogène en l’éloignant le plus possible des livres. Une tâche qui va être facilitée par l’évolution de la société qui aime bien bruler (au sens propre) ce qu’elle a adoré et s’imagine un avenir radieux grâce à des petits bijoux technologiques.
Mais bon sang ne saurait mentir et voilà le garçon attiré par l’interdit autant que par l’histoire familiale. L’excitation de découvrir ce qu’on veut lui cache, l’exploration de ces curieux objets imprimés vont vite tourner à l’obsession. Nino devient collectionneur puis sauveur de livres. « Il sait maintenant qu’il est le fruit de l’amour fusionnel de deux êtres passionnés de littérature et qu’il a bien failli naître sur un parterre de livres déchiquetés. Tout ça c’est son histoire, tout ça l’a poussé vers une humanité marginale. Plus que l’amour, il a les mots en héritage. Il n’écrit pas, il restaure le passé. »
Quant aux amoureux des livres que nous sommes, nous remercions Adeline Fleury pour cette déclaration d’amour et cette mise en garde. Rien que des mots… essentiels.

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Fragments de lecture (Virginie Neufville)
Le blog d’Eirenamg
Blog DesLireEtDesMots (Blandita Henique)
Blog Anita et son Bookclub (Anita Millot)
Blog Les livres de Joëlle 
Blog PatiVore 
Blog Les lectures de Martine 
Blog TlivresTarts 
Blog Les jardins d’Hélène (Laure Alberge)

Autres critiques
Babelio
Blog Sur la route de Jostein 
Blog Adepte du livre 

Extrait
« Pourquoi ce désir fou de m’écarter des livres ? Pourquoi cette volonté de ne pas m’inclure dans cette belle dynastie d’amoureux des mots. Ce n’est pas une malédiction, maman, c’est un don de Dieu que de pouvoir écrire. Quoi de plus efficace que les mots pour faire tourner le monde ? Moi je suis fier de cet héritage. Un grand-père qui transmet l’Histoire aux générations nouvelles, un père qui raconte des histoires, une mère qui décortique les évolutions de la société. Quels legs magnifiques ! Alors, pourquoi m’as-tu privé du droit de la création ? Moi aussi j’ai mon mot à dire, ma part d’histoire à écrire. Désormais, maman, je serai le seul narrateur du roman de ma vie. »

A propos de l’auteur
Adeline Fleury est journaliste. Elle a publié un livre remarqué, Petit éloge de la jouissance féminine (Editions François Bourin, 2015). (Source : Éditions François Bourin)

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Jupe et pantalon

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Jupe et Pantalon
Julie Moulin
Alma éditeur
Roman
300 p., 18 €
EAN : 9782362791703
Paru en février 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en France, à Paris mais aussi en Moselle, avec des voyages vers des destinations plus lointaines telles que Bruxelles, Milan ou New York.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Avec l’alacrité d’un Almodóvar et le réalisme magique d’un Boulgakov, voici le récit d’une jeune femme moderne au bord de la crise de nerfs.
Où va-t-on ? Telle est la grande question que se posent Marguerite et Mirabelle. Voici trente ans que ces deux jambes portent A., jeune cadre pressée d’en faire toujours plus. Mais plus de quoi ? Travail, enfants, amour ? Marguerite et Mirabelle débattent de leur grande affaire – le destin d’A. – en compagnie des autres parties du corps : Camille le cerveau, Babette la paire de fesses, Boris et Brice les bras.
A. chute dans un aéroport, le mari s’en va, la cacophonie guette. Au bord de la crise de nerfs, la jeune femme découvre que son corps en sait plus qu’elle et décide de l’écouter.

Ce que j’en pense
***
Il faut certes un peu de temps pour s’habituer à ces personnages qui n’en sont pas, à Marguerite, Boris, Babette et les autres… Mais une fois enregistré le fait que les prénoms désignent les parties du corps de A., alors on s’amuse beaucoup avec ce concept. Voici donc Marguerite et Mirabelle (les jambes), Brice et Boris (les bras), Babette (les fesses) et Camille (le cerveau) qui s’invectivent, échangent des informations, tentent de se coordonner quand il ne se livrent pas des luttes de pouvoir. Ce qui nous vaut des interpellations du genre : «Camille, je t’en supplie, passe-moi Brice et Boris.»
Mais peut-être serait-il temps d’en venir à la «propriétaire» de ce corps. A., l’héroïne de ce livre, est une trentenaire au bord de la crise de nerfs. Cadre – très – dynamique, elle est toujours pressée, veut en faire en faire encore plus : «carrière brillante, mère accomplie ! Il y a tout de même un tablier qu’elle a rendu, celui de femme.» Encore quelques symptômes physiques, des poussées dépressives et un complexe de culpabilité plus loin et A. devient Agathe.
Nous voilà arrivés à ce moment de la vie où il faut rebondir pour ne pas s’enfoncer irrémédiablement, où il faut prendre conscience que Camille ne peut tout régenter et que sans le soutien de Marguerite et Mirabelle, de Brise et Boris et même de Babette, il devient impossible d’avancer.
Julie Moulin a trouvé une manière très originale de nous faire comprendre qu’il est essentiel de prendre conscience du corps avec lequel on vit et qu’il ne faut pas oublier de dialoguer avec lui, d’écouter ce qu’il nous dit. On peut aussi y lire une critique implicite des codes qui ont cours dans nombre d’entreprises, à commencer par les plus grandes, et qui imposent aux femmes bien davantage de règles et de diktats qu’à leurs collègues masculins. Dans ce milieu, il faut être parfaite faute de n’être rien du tout.
On est cependant plus dans la fable joyeuse que dans le réquisitoire et du coup, on prend un plaisir certain à suivre Agathe. Comme on prendra, j’en suis persuadé, le même plaisir en suivant le prochain roman de Julie Moulin. Une belle plume comme ça a sûrement plus d’un tour dans son sac !

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Autres critiques
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Tribune de Genève (Marie Prieur)

Extrait
« A. se presse, comme d’habitude. Elle se moque bien de mes interrogations. Pas question d’arriver en retard. Elle revient de congé maternité ; il y a tout à prouver, encore. Babette se plaint : la valeur économique de sa contribution à l’effort nationale n’est pas reconnue. A. doit travailler au centuple et même se faire pardonner. Depuis deux mois, nous sommes tous en ordre de bataille derrière Camille, deux mois déjà que nous battons le pavé, de la maison au bureau, du bureau à la crèche, de la crèche à la maison… Et tout au pas de course! À peine une affaire résolue, Camille nous assigne une nouvelle tâche. Interdiction de flancher. Seulement, moi, j’en ai assez, je suis déjà sur les rotules. »

A propos de l’auteur
Julie Moulin est née en 1979 à Paris. Elle a beaucoup voyagé pour son travail et pour sa curiosité. De longs séjours professionnels à Moscou lui ont permis de se plonger dans la culture russe dont elle était éprise depuis ses études à Sciences Po. Après avoir aussi travaillé à New York et Genève, elle quitte le monde de la finance pour s’établir avec son mari et ses trois enfants dans le pays de Gex (Ain) où elle exerce des responsabilités politiques. Jupe et pantalon est son premier roman. (Source : Livres Hebdo)

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Focus Littérature

 

Celle que vous croyez

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Celle que vous croyez
Camille Laurens
Gallimard
Roman
192 p., 17,50 €
ISBN: 9782070143870
Paru en janvier 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en France, à Paris, Lacanau, Rouen, Rodez, Blois, Sevran. Goa en Inde et le Portugal sont également évoqués.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Vous vous appelez Claire, vous avez quarante-huit ans, vous êtes professeur, divorcée. Pour surveiller Jo, votre amant volage, vous créez un faux profil Facebook : vous devenez une jeune femme brune de vingt-quatre ans, célibataire, et cette photo où vous êtes si belle n’est pas la vôtre, hélas. C’est pourtant de ce double fictif que Christophe – pseudo KissChris – va tomber amoureux.
En un vertigineux jeu de miroirs entre réel et virtuel, Camille Laurens raconte les dangereuses liaisons d’une femme qui ne veut pas renoncer au désir.

Ce que j’en pense
****
Avec ce nouveau roman, Camille Laurens frappe fort, à la fois par le thème choisi et par la construction. Un extrait de déposition auprès de la gendarmerie, un entretien avec un psychiatre suivi de l’audition de ce dernier par ses confrères, un extrait de roman dans le roman, suivi d’une lettre d’un auteur à son éditeur et enfin une consultation dans le cabinet d’un avocat sont les différentes pièces qui composent Celle que vous croyez. Une façon très habile de modifier les points de vue et de donner une nouvelle direction au récit.
La déposition à la gendarmerie, en guise de prologue, va donner le ton. Celui de la colère et de l’indignation face au sort réservé aux femmes après un certain âge, à l’image de ce terrifiant « marché aux femmes » dont la presse a rendu compte : «Les femmes de plus de 50 ans ne sont pas commercialisées, étant impropres à l’usage que veulent en faire les acheteurs. De plus leur prix ne justifierait pas leur nourriture et le coût du transport pour les acheminer du lieu de capture au marché. Les plus chanceuses se sont converties à l’islam, les autres, la majorité, ont été égorgées.»
Le psychiatre qui reçoit Claire Millecam, 47 ans, Maître de conférences à l’université, va recueillir le douloureux témoignage d’une femme qui ne veut pas vieillir ou de moins qui n’entend pas accepter ce diktat. Si le fait que son mari la délaisse la laisse plutôt indifférente, c’est parce qu’elle peut se consoler dans les bras de Jo, son amant. Mais leurs rencontres épisodiques ne satisfont pas Claire, d’autant qu’elle craint d’être évincée. Aussi a-t-elle l’idée de créer un nouveau compte Facebook, celui de Claire Antunès – parce que c’est un nom étranger et aussi celui d’un grand écrivain portugais. Elle pensait ainsi pouvoir surveiller les incartades de Jo. En fait, elle va converser avec l’un de ses amis : « Ça a donc commencé comme ça, doucement. On s’écrivait des messages tous les deux jours ou trois jours, Chris et moi, on se découvrait. Enfin, moi je le découvrais. Lui découvrait Claire Antunès, une fille de vingt-quatre ans en CDD, assez timide, pratiquant peu Facebook (j’avais une trentaine d’amis seulement), aimant surtout la photographie, la bonne chanson française et les voyages. »
Le petit jeu va bien vite se transformer en une vraie-fausse relation, jusqu’au moment où il devient nécessaire d’avouer sa petite machination… « Je n’ai pas osé la vérité, la catastrophe est venue de là. Au lieu de me moquer de cette injustice, au lieu de la défier, je l’ai intériorisée, je m’y suis soumise plus que n’importe quel homme. C’est trop tard maintenant. »
Car le monde virtuel peut provoquer des drames bien réels. Après avoir décidé de rompre plutôt que de dévoiler le pot aux roses, Claire n’aura plus de nouvelles de Chris. Jusqu’à ce jour où, par hasard, elle retrouve Jo qui lui révèle que Chris s’est suicidé «à cause d’une pétasse qui l’a fait marcher pendant des mois. Marcher, que dis-je ? Courir. Galoper.» Quel traumatisme ! Que Claire entend surmonter en couchant sur le papier une autre version, à l’égide La Rochefoucauld «Dans l’amitié comme dans l’amour, on est souvent plus heureux par les choses qu’on ignore que par celles que l’on sait.»
Camille Laurens parvient à embrouiller le lecteur – qui en redemande – avec la version du psy et celle de Jo. Du coup, il n’est plus question de roman, d’autofiction ou même de réalité, mais de la maestria d’une plume libre, scintillante. Amis lecteurs, réjouissez-vous des surprises qui vous attendent encore et méditez cette belle déclaration : « Nous sommes tous, dans les fictions continues de nos vies, dans nos mensonges, dans nos accommodements avec la réalité, dans notre désir de possession, de domination, de maîtrise de l’autre, nous sommes tous des romanciers en puissance. Nous inventons tous notre vie. La différence, c’est que moi, cette vie que j’invente, je la vis. Et que, comme toute créature, elle échappe à son créateur. »

Autres critiques
Babelio
Télérama (Fabienne Pascaud)
Libération (Claire Devarrieux)
Revue Diacritik
Blog Cultur’Elle (Caroline Doudet)
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Sans connivence (Pierre Darracq)

Extrait
« Lors d’une de nos longues ruptures, donc, ne supportant pas de ne plus savoir où était Jo, ce qu’il faisait – car il disparaissait, vraiment il disparaissait –, j’ai créé un faux profil Facebook. Jusque-là, je m’en servais très peu, j’avais une page à mon vrai nom, Claire Millecam, c’était professionnel, j’y échangeais quelques informations avec des collègues étrangers ou d’anciens étudiants, de loin en loin, sans grand intérêt. Puis je suis tombée dans le panneau. Pour les gens comme moi, qui ne tolèrent pas l’absence – c’est ce qui est écrit là, non : intolérance à l’absence ? Un peu comme une allergie alimentaire, en somme : trop d’absence et je fais un œdème de Quincke, j’étouffe, je crève – pour les gens comme moi, Internet est à la fois le naufrage et le radeau : on se noie dans la traque, dans l’attente, on ne peut pas faire son deuil d’une histoire pourtant morte, et en même temps on surnage dans le virtuel, on s’accroche aux présences factices qui hantent la Toile, au lieu de se déliter on se relie. Ne serait-ce que la petite lumière verte qui indique que l’autre est en ligne ! Ah ! La petite lumière verte, quel réconfort, je me souviens ! Même si l’autre vous ignore, vous savez où il est: il est là, sur votre écran, il est en quelque sorte fixé dans l’espace, arrêté dans le temps. Surtout si à côté du petit point vert est écrit Web : vous pouvez alors l’imaginer chez lui, devant son ordinateur, vous avez un repère dans le délire des possibles. Ce qui angoisse davantage, c’est quand la lumière verte indique Mobile. Mobile, vous vous rendez compte ?! Mobile, c’est-à-dire nomade, vagabond, libre ! Par définition, plus difficile à localiser. Il peut être n’importe où avec son téléphone. Malgré tout, vous savez à quoi il est occupé, en tout cas vous en avez la sensation – une sorte de proximité qui vous calme. Vous supposez que si ce qu’il est en train de faire lui plaisait, il ne serait pas connecté toutes les dix minutes. Peut-être qu’il regarde ce que vous faites, lui aussi, caché derrière le mur ? Des enfants qui s’espionnent. Vous écoutez les mêmes chansons que lui, presque en temps réel, vous cohabitez dans la musique, vous dansez même sur l’air qui lui fait battre la mesure. Et quand il n’y est pas, vous le suivez grâce à l’indication horaire de sa dernière connexion. Vous savez à quelle heure il s’est réveillé, par exemple, puisque regarder son mur est de toute évidence son premier geste. À quel moment de la journée ses yeux se sont posés sur telle photo qu’il a commentée. S’il a eu une insomnie au milieu de la nuit. Il n’a même pas besoin de le dire. Enfin, vous êtes un rhapsode : vous brodez du lien sur les trous, vous reprisez. Ce n’est pas pour rien que ça s’appelle la Toile. Tantôt on est l’araignée, tantôt le moucheron. Mais on existe l’un pour l’autre, l’un par l’autre, on est reliés par la religion commune. À défaut de communier, ça communique. » (p. 22-23)

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Focus Littérature

Le grand marin

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Le grand marin
Catherine Poulain
Éditions de L’Olivier
Roman
384 p., 19 €
ISBN: 9782823608632
Paru en février 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en Alaska où la narratrice se rend, quittant Manosque-les-Plateaux, Manosque-les-Couteaux, en passant par New York, le Wyoming, le Nevada, Las Vegas, Seattle avant d’atterrir à Anchorage. Les ports de pêche de Kodiak, Seward et Dutch Harbour sont ses escales suivantes, rêvant d’atteindre Point Barrow.

Quand?
L’action se situe il y a quelques années.

Ce qu’en dit l’éditeur
Une femme rêvait de partir.
De prendre le large.
Après un long voyage, elle arrive à Kodiak (Alaska). Tout de suite, elle sait : à bord d’un de ces bateaux qui s’en vont pêcher la morue noire, le crabe et le flétan, il y a une place pour elle. Dormir à même le sol, supporter l’humidité permanente et le sel qui ronge la peau, la fatigue, la peur, les blessures…
C’est la découverte d’une existence âpre et rude, un apprentissage effrayant qui se doit de passer par le sang. Et puis, il y a les hommes. À terre, elle partage leur vie, en camarade.
Traîne dans les bars.
En attendant de rembarquer.
C’est alors qu’elle rencontre le Grand Marin.

Ce que j’en pense
****
Déjà couronné par de nombreuses distinctions, Le prix Mac Orlan, le prix Joseph Kessel, le Prix Henri-Queffélec, deux Prix Gens de mer et le Prix Ouest-France Etonnants voyageurs, ce premier roman est étonnant à plus d’un titre.
D’abord parce que Catherine Poulain est sans aucun doute l’un des plus étonnants voyageurs de notre littérature. Sur les raisons qui la poussent à quitter la Provence, elle restera très discrète, comme si un beau jour cela était devenu une évidence de vouloir partir en Alaska, de vouloir atteindre « The Last Frontier »… Elle laisse tout pour se marier avec l’océan. Un avion pour New York, un car Gryhound pour rejoindre d’Est en Ouest Seattle et la voilà à Anchorage.
Ensuite parce que rien ne semble devoir arrêter ce bout de femme. Dans une contrée des plus hostiles, dans un milieu presque uniquement masculin, sur un bateau offrant des conditions de vie plus que rudimentaires et des conditions de travail dantesques, elle va finir par se faire accepter.
Parce qu’elle ne laisse pas la souffrance prendre le dessus, parce qu’elle ne concède pas le moindre terrain à la faim, à la fatigue, au froid. Parce qu’à aucun moment elle ne remet son choix en question.
Mieux même. Quand ses compagnons d’infortune lui racontent leurs misères, les blessures, les naufrages, elle les envie presque. Comme eux, elle veut aller au-delà des limites. Son but – qu’elle n’atteindra pas – serait d’atteindre cette dernière frontière, à Point Barrow, au bout du bout.
En attendant, elle vit sa première expérience à bord : «Nous appâtons, des heures et des heures jusqu’à la nuit très sombre, traçant notre route d’écume, sillage éphémère qui déchire les flots et disparaît presque aussitôt, laissant le grand océan vierge et bleu, puis noir.» Le poisson se fait rare, la tempête menace.
«On tombe sur le banc de morues noires la troisième nuit. La mer ne s’est pas calmée. Simon et moi continuons de perdre l’équilibre, au gros de l’effort, et d’aller nous écraser contre les angles des casiers sous le regard excédé des hommes. On se relève sans un mot, comme pris en faute. Mais ce soir-là on n’en aura pas le temps. La première palangre arrive à bord et c’est une déferlante de poissons qui jaillit à nous en un flot presque ininterrompu. Les hommes hurlent de joie.
Mais Lili ne peut partager cette allégresse. Une vilaine blessure à la main l’oblige à quitter le bateau. Sans vraiment savoir quand elle pourra reprendre la mer, elle cherche à s’occuper, travaille sur le port, repeint les bateaux, répare les outils. L’oisiveté serait la mère des vices, même si elle n’hésite pas à accompagner les marins qui vont peindre la ville en rouge. A-t-on vraiment besoin de lui expliquer que «Ça veut dire aller se cuiter», tant les distractions sont peu nombreuses. La bière et le whisky sont les meilleurs compagnons des marins, quelques uns ont une femme et une maison, d’autres se contentent d’une visite dans un cabaret, voire d’un peu de drogue.
Lili entend rêve de remonter à bord, d’affronter la mer et les flétans. De regarder la mort en face. Malgré les mises en garde. Malgré les témoignages effrayants : «Embarquer, c’est comme épouser le bateau le temps que tu vas bosser pour lui. T’as plus de vie, t’as plus rien à toi. (…) Je ne sais pas ce qui fait que l’on veuille tant souffrir, pour rien au fond. Manquer de tout, de sommeil, de chaleur, d’amour aussi, il ajoute à mi-voix, jusqu’à n’en plus pouvoir, jusqu’à haïr le métier, et que malgré tout on en redemande, parce que le reste du monde vous semble fade, vous ennuie à en devenir fou. Qu’on finit par ne plus pouvoir se passer de ça, de cette ivresse, de ce danger, de cette folie oui ! »
Avec Joey, Simon, Dave, Jesse, Jude et les autres, elle va se battre de toutes ses forces. «La mer nous malmène. Nos pieds sont gelés. Debout sur le pont arrière, nous travaillons sans un mot, le cou rentré dans les épaules, les bras plaqués contre le corps. Nos gestes sont mécaniques. Les reins vont et viennent au rythme de la gîte. Le son rauque, lent et répété de la vague…»
Quant au fruit de leurs efforts, il sera en partie ruiné par la perte d’une partie du matériel qu’il faudra rembourser à l’armateur et par une amende salée pour n’avoir pas respecté les quotas. Ce n’est pas encore cette fois qu’elle repartira cousue d’or…
La maigre consolation de cette difficile campagne s’appelle Jude. C’est lui «le grand marin» qui donne le titre à ce roman et qui partagera, le temps de brèves étreintes, la couche de Lili. Jude qui va s’en aller pour les mers du Sud, Jude qui va attendre Lili. Mais cette dernière ne lâche pas son idée fixe, pas plus qu’elle ne veut rendre les armes face à l’adversité. Elle a encore des choses à prouver. Elle veut remonter à bord du Rebel pour ne nouvelle campagne de pêche.
Catherine Poulain réussit le tour de force d’entraîner le lecteur dans ce qui peut sembler une folie. Après l’effroi, c’est une sorte de fascination qui le gagne. Une addiction. A tel point que quand le roman se termine, on éprouve une sorte de manque et on attend avec impatience la suite du périple de Lili.

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
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Blog Café Littéraire Gourmand (Nadine Jolu)
Blog Les livres de Joëlle
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Autres critiques
Babelio
BibliObs (Jérôme Garcin)
France Inter (L’humeur vagabonde – Kathleen Evin)
Tribune de Genève (Pascale Frey – rencontre avec l’auteur)
20 minutes (Annabelle Laurent)
Magazine NLTO
Blog Sagweste in Librio
Bibliosurf (La revue du web littéraire)

Extrait
« – Mais moi, c’est le Rebel que j’attends. C’est avec ceux qui sont à bord que je veux continuer la pêche.
– La saison finie, ils partiront de toute façon.
– C’est vrai. Alors j’irai à Point Barrow.
– Qu’est-ce tu veux foutre à Point Barrow ?
– C’est le bout. Après y a plus rien. Seulement la mer polaire et la banquise. Le soleil de minuit aussi. Je voudrais bien y aller. M’asseoir au bout, tout en haut du monde. J’imagine toujours que je laisserai pendre mes jambes dans le vide… Je mangerai une glace ou du pop-corn. Je fumerai une cigarette. Je regarderai. Je saurai bien que je ne peux pas aller plus loin parce que la Terre est finie.
– Et après ?
– Après je sauterai. Ou peut-être que je redescendrai pêcher. »

A propos de l’auteur
Catherine Poulain commence à voyager très jeune. Elle a été, au gré de ses voyages, employée dans une conserverie de poissons en Islande et sur les chantiers navals aux U.S.A., travailleuse agricole au Canada, barmaid à Hong-Kong, et a pêché pendant dix ans en Alaska. Elle vit aujourd’hui entre les Alpes de Haute-Provence et le Médoc, où elle est respectivement bergère et ouvrière viticole. Le Grand Marin est son premier roman. (Source: Éditions de L’Olivier)

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Focus Littérature

Une allure folle

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Une allure folle
Isabelle Spaak
Éditions des Équateurs
Roman
220 p., 17 €
ISBN: 9782849904336
Paru en février 2016

Où?
Si le roman se déroule principalement en Belgique, et plus particulièrement à Bruxelles, deux autres pays y jouent un rôle important l’Italie et la France. Les villes traversées par les personnages au court du récit sont Cannes, Rome, Gênes, Piacenza, Muralto, Venise, Trieste, Fiume (Rijeka), Paris, Nice, Anvers, Knokke-le-Zoute, Rochefort, Ciney, Bourg-Léopold, Hasselt, Bilzen. Londres fait aussi partie des voyages évoqués.

Quand?
L’action se situe du début du vingtième siècle à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Une femme part sur les traces de sa grand-mère, Mathilde, et de sa mère, Annie, deux personnages à l’allure folle et à la joie de vivre épatante, qui furent mises à l’index de la société.
À l’aide de photos et de lettres, la narratrice mène une enquête édifiante. Derrière les mauvaises réputations, les hommes, les fêtes et les scandales, elle découvre de vraies héroïnes. Entre réalité et fiction, faux-semblants, mensonges et vrais sentiments, les retournements de situation se succèdent. Ils nous emportent au galop entre la Belgique, la France et l’Italie.
Une histoire de femmes libres où la comédie tient le bras à la tragédie jusqu’à un point inconcevable.

Ce que j’en pense
***
Comment écrire l’histoire de sa famille ? C’est à cette question qu’Isabelle Spaak tentait de donner une première réponse avec son premier roman, Ça ne se fait pas (2004), dans lequel elle racontait la fin tragique de ses parents en 1981. On retrouve du reste la scène de l’assassinat de son père, le diplomate Fernand Spaak, par sa mère puis de son suicide par électrocution dans ce nouveau livre.
Car la petite-fille du grand Européen Paul-Henri Spaak n’en a pas fini avec sa généalogie. Découvrant papiers, documents, lettres et photographies, elle s’attaque cette fois aux femmes de la famille. À commencer par sa grand-mère Mathilde dont on comprend très vite que le portrait «officiel» ne rend pas compte de toutes les facettes de cette femme étonnante à bien des égards. «Une femme futile, uniquement préoccupée d’elle-même. C’est le portrait de Mathilde vue par maman.» Un portrait que la vieille dame semble prendre un malin plaisir à alimenter en adressant des cartes de vœux depuis la Côte d’Azur où elle semble passer une retraite paisible après une vie pour le moins mouvementée.
Elle a rencontré Armando, un riche Italien, dans les années 20 à Bruxelles. De ce couple illégitime naîtra une fille, Annie – la mère de l’auteur – qui prendra le nom de son père de manière illicite. L’étranger numéro 703152 «a passé sa vie à solliciter des visas d’entrée dans son pays d’adoption, contrée de brumes, de landes, de ports, de forêts giboyeuses. Une terre où il se sent appelé par les souvenirs et le cœur.» Mais sa situation conjugale mêlée au fracas des armes rendront la chose impossible. Il mettra toutefois un point d’honneur à assurer l’indépendance financière de Mathilde et de sa fille et organisera les meilleurs soins à Paris lorsqu’elles seront toutes deux victimes d’un grave accident de voiture.
La Seconde Guerre Mondiale servira aussi de révélateur en ce qui concerne Annie qui a épousé Guillaume et se rêve une vie loin des turpitudes de ses parents. «Maman toujours si droite, si pure, elle qui voulait tellement que sa vie soit parfaite. À la fin de la guerre, quand le contact avait été renoué avec Armando toujours coincé en Italie, Guillaume utilisait le terme de ménage exemplaire pour décrire son bonheur conjugal. Trois bambins adorables, une excellente maman, un home à la campagne. Nous nous suffisons à nous-mêmes, n’est-ce pas la preuve de l’accord parfait ? hasardait Guillaume comme s’il voulait s’en persuader.»
Mais dans la Belgique de l’après-guerre les choses bougent vite. Entre épuration et question royale, entre promotion pour Guillaume le Résistant et troubles politiques, Annie – que l’on découvrira tout autant, sinon encore davantage Résistante – choisit de quitter son foyer, d’épouser son amant et d’assumer le qu’en dira-t-on : «Je ne dis pas que maman a eu raison de quitter Guillaume et leurs trois enfants pour vivre sa passion avec mon père, tout recommencer, donner naissance à trois autres enfants, construire une autre famille, la mienne. Et à nouveau tout ficher par terre. Mais qu’elle aurait été sa vie si elle était restée ?»
Si l’auteur n’en a pas fini avec les questions, elle nous offre une réflexion lucide et passionnée sur les rouages qui construisent et détruisent les couples, sur la façon d’«inventer» les histoires familiales et de les transmettre, sur la manière d’explorer les drames et les secrets et de sans cesse réécrire le roman de sa vie, avec une allure folle !

Autres critiques
Babelio
Le JDD (Marie-Laure Delorme)
La Croix (Francine de Martinoir)
Télérama
France Info (Le livre du jour – Philippe Vallet)
ActuaLitté (Cécile Pellerin)
Le Carnet et les Instants (Laurence Ghigny)
Blog Ma toute petite culture

Extrait
«Mathilde, la moquée, Mathilde, la disputée, Mathilde, la déjantée, Mathilde et ses frasques, ses amants, ses caprices, son inconstance, Mathilde la mise de côté à laquelle maman ne voulait surtout pas rassembler, Mathilde disparaissait et, avec elle, contre toute attente, la colonne vertébrale de ma mère. C’est cela que j’aurais dû comprendre. » (p. 81)

A propos de l’auteur
Isabelle Spaak est journaliste et écrivain. Elle est notamment l’auteur de Ça ne se fait pas (Prix Rossel). (Source : Éditions des Équateurs)

Site Wikipédia de l’auteur

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Focus Littérature

L’odeur du minotaure

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L’odeur du minotaure
Marion Richez
Sabine Wespieser
Roman
128 p., 14 €
ISBN: 9782848051666
Paru en août 2014

Où?
Les lieux ne sont pas clairement définis, à part Paris où la narratrice suit des études, puis travaille dans un ministère.

Quand?

L’action se déroule de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
De la blessure que lui firent les fils de fer barbelés, alors qu’elle s’élançait, confiante, dans un champ où broutaient des vaches, la petite fille n’a gardé qu’une trace sur le bras. Elle qui ne voulait pas grandir a réussi un parcours sans faute. Son enfance terne, sa première histoire d’amour avec un jeune homme aussi rangé qu’elle, elle les a remisées bien loin. Marjorie, après de brillantes études, est devenue la « plume » d’un ministre. Caparaçonnée dans ses certitudes, belle et conquérante, elle se joue des hommes et de son passé.
Mais le numéro qui s’affiche sur l’écran de son téléphone portable tandis qu’elle s’apprête à rejoindre son ministère, elle le reconnaîtrait entre mille, bien qu’elle ne l’ait plus composé depuis longtemps : sa mère l’appelle au chevet de son père mourant. Quand, au volant de sa puissante voiture, elle quitte l’autoroute qui la conduisait chez ses parents, pensant prendre un raccourci, un choc violent la fait s’arrêter net. Elle vient de heurter un animal. Bouleversée, tremblante dans la nuit de la forêt, elle recueille le dernier souffle du grand cerf qu’elle a tué. Et c’est à ce moment que sa vie bascule.
L’Odeur du Minotaure, comme les contes initiatiques auxquels il s’apparente par l’extrême concision de sa langue et la simplicité de sa structure, est un beau roman de la métamorphose.

Ce que j’en pense
***

Un court roman, mais qui se compose de superbes tableaux qui impressionnent le lecteur comme du papier photographique lorsque la lumière paraît. Il y a d’abord l’enfance et l’adolescence. A dix-sept ans, Marjorie rencontre Thomas et, illusion d’un premier amour, s’imagine partager une nouvelle liberté alors qu’elle n’est que soumise aux désirs du mâle dominant. Le couple s’installe à Paris où, il l’a décidé, elle s’inscrit à Sciences Po. Au fil des semaines ses yeux se dessillent et la rupture sera à la hauteur de la frustration accumulée : brutale et violente.
A ce choc vient s’ajouter celui de l’annonce soudaine que son père va mourir. Aussi, c’est presque dans un état second qu’elle prend la route pour retrouver la maison familiale. Le troisième choc arrive en pleine nuit : sa voiture heurte un grand cerf, encore un mâle dominant. Tout comme l’est le ministre qui viendra compléter le tableau suivant.
Marion Richez parvient avec délicatesse à nous entraîner dans la descente aux enfers de cette jeune fille partie pour réussir, s’émanciper et s’installer dans la meilleure société. « Ils avaient vu partir une battante, ils retrouvaient une loque » dit-elle en parlant de l’accueil de ses collègues du ministère. S’en sortira-t-elle ? Tout est l’enjeu de ce roman qui se prend comme un coup de poing.

Autres critiques

Babelio
Page des libraires
Remue.net
Encres vagabondes

Citations
« Moi j’apprends à ne pas répondre à mes voix. C’est dur. Elles disent que j’ai tué, que je ne vaux rien. Que le mieux est d’en finir. Je serre les draps dans mes poings. J’appelle le grand cerf, J’appelle mon père. J’appelle Dieu. Enfin, j’appelle l’infirmière, et elle me donne un calmant qui me terrasse. Les voix sont bien obligées de disparaître avec moi. » (p. 86)

A propos de l’auteur
Née dans le Nord en 1983, Marion Richez grandit à Paris puis dans la Creuse ; elle y prend goût au théâtre par la Scène nationale d’Aubusson. Reçue à l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, agrégée de philosophie, elle prépare un doctorat à Paris-Sorbonne IV sur la conscience corporelle. Ses recherches universitaires s’inscrivent dans une quête générale du mystère du corps et de l’incarnation, qui l’ont amenée à devenir l’élève de la comédienne Nita Klein. Elle a plusieurs fois collaboré à l’émission « Philosophie », diffusée sur Arte, sur les thèmes du corps et de la joie. En 2013, elle a également participé au long métrage documentaire consacré à Albert Camus, Quand Sisyphe se révolte.
En août 2014, paraît son premier roman, L’Odeur du Minotaure, chez Sabine Wespieser éditeur. (Source : Sabine Wespieser Editeur)
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