Les Victorieuses

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En deux mots:
Après un burnout sévère, Solène quitte sa robe d’avocate pour un travail d’intérêt général. Elle s’engage comme écrivain public au Palais de la femme qui accueille les femmes en détresse de tous horizons. On suit en parallèle l’histoire de Blanche Peyron, la fondatrice de cet établissement.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

La fraternité conquérante

Avec «Les Victorieuses» Lætitia Colombani confirme tout à la fois le talent révélé dans «La Tresse» et sa faculté à mettre en lumière des femmes peu ordinaires, à commencer par Blanche Peyron, une sorte d’Abbé Pierre en jupons.

Solène se rêvait en femme moderne, libre et indépendante. Mais la vie a eu tôt fait de lui rappeler que le réel vient souvent briser les rêves de jeune fille. Ainsi avec Jérémy, elle s’imaginait partager la même ambition, oublier la famille pour grimper les échelons de leurs professions respectives. Sauf qu’un jour, Jérémy a décidé de reprendre sa liberté. «L’atterrissage a été violent».
Elle va alors se raccrocher à son métier d’avocate, mais le suicide spectaculaire de son client dans le nouveau Palais de justice de Paris va achever de la déstabiliser. Victime d’un burnout sévère, elle n’a plus envie de lutter, sombre dans la dépression. Un psy lui conseille de reprendre une activité, de faire un travail bénévole afin de sortir de sa spirale infernale, de voir du monde. Elle finit par accepter de consacrer quelques heures en tant qu’écrivain public dans un foyer géré par l’Armée du Salut.
Depuis son premier roman, on savait Lætitia Colombani habile à tresser les histoires, on en trouve ici une nouvelle confirmation en nous proposant en parallèle au parcours de Solène de nous replonger en 1925 dans les pas d’une autre femme, Blanche Peyron. Le lien qui va relier Solène et Blanche, c’est ce Palais de la femme où elle s’installe pour ses heures de bénévolat. Un bâtiment qui, près d’un siècle plus tard, continue à être le refuge imaginé par la cheffe de l’Armée du salut en France et où l’on accueille les femmes réfugiées, perdues, meurtries.
Mais des femmes fières et dignes, des femmes qu’il lui faudra apprivoiser. Comme «la mère de la petite fille aux bonbons» qui aimerait qu’elle écrive une lettre à Khalidou. De fil en aiguille, Solène va découvrir que Khalidou est le fils qu’elle n’a pu emmener avec elle lorsqu’elle a pris le chemin de l’exil pour échapper au mariage forcé, aux violences et aux mutilations sexuelles auxquelles sa fille aurait endurées.
Une histoire parmi d’autres, une histoire qui unit toutefois des femmes d’horizons différents, venues d’Égypte, du Soudan, du Nigéria, du Mali, d’Éthiopie, ou encore de Somalie et qui ont vont apprendre à Solène que la solidarité est une force.
Quand elle s’effondre en pleurs derrière son petit ordinateur portable, elles l’entraînent dans… un cours de Zumba: «Elle s’abandonne à la musique parmi les Tatas, et leur danse, soudain, est comme un grand pied de nez au malheur, un bras d’honneur à la misère. Il n’y a plus de femmes mutilées ici, plus de toxicomanes, plus de prostituées, plus d’anciennes sans-abri, juste des corps en mouvement, qui refusent la fatalité, hurlent leur soif de vivre et de continuer. Solène est là, parmi les femmes du Palais. Elle est là et elle danse, comme jamais elle n’a dansé.»
Comme Blanche qui a consacré sa vie aux autres, Solène découvre la beauté de ce mot gravé aux frontons de nos mairies «fraternité».
Si ce roman est réussi, c’est parce qu’il n’est ni mièvre, ni moralisateur. Lætitia Colombani nous parle du malheur et ne cache rien des difficultés rencontrées par ces femmes. Et si elle choisit l’espoir, si elle fait souffler un vent positif sur ce microcosme, ce n’est pas pour sacrifier à la mode du feel good book, mais bien pour montrer combien la volonté et le courage peuvent déplacer des montagnes.

Les Victorieuses
Lætitia Colombani
Éditions Grasset
Roman
224 p., 18 €
EAN: 9782246821250
Paru le 15/05/2019

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Paris

Quand?
L’action se situe de nos jours. On y évoque aussi le debütierte du XXe siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
À 40 ans, Solène a tout sacrifié à sa carrière d’avocate: ses rêves, ses amis, ses amours. Un jour, elle craque, s’effondre. C’est la dépression, le burnout.
Pour l’aider à reprendre pied, son médecin lui conseille de se tourner vers le bénévolat. Peu convaincue, Solène tombe sur une petite annonce qui éveille sa curiosité : «cherche volontaire pour mission d’écrivain public». Elle décide d’y répondre.
Envoyée dans un foyer pour femmes en difficulté, elle ne tarde pas à déchanter. Dans le vaste Palais de la Femme, elle a du mal à trouver ses marques. Les résidentes se montrent distantes, méfiantes, insaisissables. A la faveur d’une tasse de thé, d’une lettre à la Reine Elizabeth ou d’un cours de zumba, Solène découvre des personnalités singulières, venues du monde entier. Auprès de Binta, Sumeya, Cynthia, Iris, Salma, Viviane, La Renée et les autres, elle va peu à peu gagner sa place, et se révéler étonnamment vivante. Elle va aussi comprendre le sens de sa vocation: l’écriture.
Près d’un siècle plus tôt, Blanche Peyron a un combat. Cheffe de l’Armée du Salut en France, elle rêve d’offrir un toit à toutes les exclues de la société. Elle se lance dans un projet fou: leur construire un Palais.
Le Palais de la Femme existe. Laetitia Colombani nous invite à y entrer pour découvrir ses habitantes, leurs drames et leur misère, mais aussi leurs passions, leur puissance de vie, leur générosité.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Paris-Match (Valérie Trierweiler)
Le Parisien (Adeline Fleury)
Version Femina (Anne Michelet)
Blog Culture 31


Laëtitia Colombani présente son second roman, «Les Victorieuses» dans La Grande Librairie © Production France Télévisions

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Chapitre 1
Paris, aujourd’hui
Tout s’est passé en un éclair. Solène sortait de la salle d’audience avec Arthur Saint-Clair. Elle s’apprêtait à lui dire qu’elle ne comprenait pas la décision du juge à son encontre, ni la sévérité dont il venait de témoigner. Elle n’en a pas eu le temps.
Saint-Clair s’est élancé vers le garde-corps en verre et l’a enjambé.
Il a sauté de la coursive du sixième étage du palais.
Durant quelques instants qui ont duré une éternité, son corps est resté suspendu dans le vide. Puis il est allé s’écraser vingt-cinq mètres plus bas.
La suite, Solène ne s’en souvient pas. Des images lui apparaissent dans le désordre, comme au ralenti. Elle a dû crier, certainement, avant de s’effondrer.
Elle s’est réveillée dans une chambre aux murs blancs.
Le médecin a prononcé ces mots : burnout. Au début, Solène s’est demandé s’il parlait d’elle ou de son client. Et le fil de l’histoire s’est reconstitué.

Elle connaissait depuis longtemps Arthur Saint-Clair, un homme d’affaires influent mis en examen pour fraude fiscale. Elle savait tout de sa vie, les mariages, les divorces, les petites amies, les pensions alimentaires versées à ses ex-femmes et ses enfants, les cadeaux qu’il leur rapportait de ses voyages à l’étranger. Elle avait visité sa villa à Sainte-Maxime, ses somptueux bureaux, son superbe appartement du VIIe arrondissement de Paris. Elle avait reçu ses confidences et ses secrets. Solène avait passé des mois à préparer l’audience, ne laissant rien au hasard, sacrifiant ses soirées, ses vacances, ses jours fériés. Elle était une excellente avocate, travailleuse, perfectionniste, consciencieuse. Ses qualités étaient unanimement appréciées dans le cabinet réputé où elle exerçait. L’aléa judiciaire existe, tout le monde le sait. Pourtant, Solène ne s’attendait pas à une telle sentence. Pour son client, le juge a retenu la prison ferme, des millions d’euros de dommages et intérêts. Une vie entière à payer. Le déshonneur, le désaveu de la société. Saint-Clair ne l’a pas supporté.
Il a préféré se jeter dans le vide, dans le gigantesque puits de lumière du nouveau palais de justice de Paris.
Les architectes ont pensé à tout sauf à ça. Ils ont conçu un bâtiment élégant au design parfait, un « palais de verre et de lumière ». Ils ont choisi des façades hautement résistantes pour parer aux menaces d’attentat, installé des portiques de sécurité, des équipements de contrôle aux entrées, des caméras. Le site est truffé de points de détection d’intrusion, de portes à accès électronique, d’interphones et d’écrans dernier cri. Dans leurs plans, les concepteurs ont simplement oublié que la justice est rendue par des hommes à d’autres hommes parfois désespérés. Les salles d’audience sont réparties sur six étages surplombant un atrium de 5 000 m2. Vingt-huit mètres de hauteur de plafond, l’espace a de quoi donner le vertige. De quoi donner des idées à ceux que la justice vient de condamner.
En prison, on multiplie les filets de sécurité pour prévenir les risques de suicide. Mais pas ici. De simples rambardes bordent les coursives. Saint-Clair n’a eu qu’un pas à faire pour enjamber le garde-corps et sauter.
Cette image hante Solène, elle ne peut l’oublier. Elle revoit le corps de son client, désarticulé, sur les dalles en marbre du palais. Elle songe à sa famille, à ses enfants, à ses amis, à ses employés. Elle est la dernière à lui avoir parlé, à s’être assise à ses côtés. Un sentiment de culpabilité l’accable. Où s’est-elle trompée ? Qu’aurait-elle dû dire ou faire ? Aurait-elle pu anticiper, imaginer le pire ? Elle connaissait la personnalité d’Arthur Saint-Clair, mais son geste demeure un mystère. Solène n’a pas vu en lui le désespoir, l’effondrement, la bombe sur le point d’exploser.
Le choc a provoqué une déflagration dans sa vie. Solène est tombée, elle aussi. Dans la chambre aux murs blancs, elle passe des jours entiers les rideaux fermés, sans pouvoir se lever. La lumière lui est insupportable. Le moindre mouvement lui paraît surhumain. Elle reçoit des fleurs de son cabinet, des messages de soutien de ses collègues, qu’elle ne parvient pas même à lire. Elle est en panne, telle une voiture sans carburant au bord de la chaussée. En panne, l’année de ses quarante ans.
Burnout, en anglais le terme paraît plus léger, plus branché. Il sonne mieux que dépression. Au début, Solène n’y croit pas. Ce n’est pas elle, non, elle n’est pas concernée. Elle ne ressemble en rien à ces personnes fragiles dont les témoignages emplissent les pages des magazines. Elle a toujours été forte, active, en mouvement. Solidement arrimée, du moins le pensait-elle.
Le surmenage professionnel est un mal fréquent, lui dit le psychiatre d’une voix calme et posée. Il prononce des mots savants qu’elle entend sans vraiment les comprendre, sérotonine, dopamine, noradrénaline, et des noms de toutes les couleurs, anxiolytiques, benzodiazépines, antidépresseurs. Il lui prescrit des pilules à prendre le soir pour dormir, le matin pour se lever. Des cachets pour l’aider à vivre.
Tout avait pourtant bien commencé. Née dans une banlieue aisée, Solène est une enfant intelligente, sensible et appliquée, pour laquelle on nourrit de grands projets. Elle grandit entre deux parents professeurs de droit et une petite sœur. Elle mène une scolarité sans heurts, est reçue à vingt-deux ans au barreau de Paris, obtient une place de collaboratrice dans un cabinet réputé. Jusque-là, rien à signaler. Bien sûr, il y a l’accumulation de travail, les week-ends, les nuits, les vacances consacrées aux dossiers, le manque de sommeil, la répétition des audiences, des rendez-vous, des réunions, la vie lancée comme un train à grande vitesse qu’on ne peut arrêter. Bien sûr, il y a Jérémy, celui qu’elle aime plus que les autres. Celui qu’elle n’arrive pas à oublier. Il ne voulait pas d’enfant, pas d’engagement. Il le lui avait dit, et ce choix lui convenait. Solène n’était pas de ces femmes que la maternité fait rêver. Elle ne se projetait pas dans l’image de ces jeunes mamans qu’on croise sur les trottoirs, manœuvrant leur poussette de leurs bras épuisés. Elle laissait ce plaisir à sa sœur, qui semblait épanouie dans son rôle de mère au foyer. Solène tenait trop à sa liberté – du moins, c’est ce qu’elle prétendait. Jérémy et elle vivaient chacun de leur côté. Ils étaient un couple moderne – amoureux mais indépendants.
La rupture, Solène ne l’a pas vue venir. L’atterrissage a été violent.
Au bout de quelques semaines de traitement, elle parvient à quitter la chambre aux murs blancs pour faire un tour dans le parc. Assis sur le banc près d’elle, le psychiatre la félicite de ses progrès comme on flatte un enfant. Elle pourra bientôt regagner son appartement, lui dit-il, à condition de continuer son traitement. Solène accueille la nouvelle sans joie. Elle n’a pas envie de se retrouver seule chez elle, sans but, sans projet.
Certes, elle habite un trois pièces élégant dans un beau quartier, mais l’endroit lui paraît froid, trop grand. Dans ses placards, il y a ce pull en cachemire que Jérémy a oublié et qu’elle met en secret. Il y a ces paquets de chips américaines au goût artificiel dont il raffolait et qu’elle achète toujours, sans savoir pourquoi, au supermarché. Des chips, Solène n’en mange pas. Le bruissement du sachet pendant les films ou les émissions l’agaçait. Aujourd’hui, elle donnerait n’importe quoi pour l’entendre, encore une fois. Le bruit des chips de Jérémy, à ses côtés, sur le canapé.
Elle ne retournera pas au cabinet. Ce n’est pas de la mauvaise volonté. La seule idée de passer les portes du palais de justice lui donne la nausée. Longtemps, elle évitera même le quartier. Elle va démissionner, se faire omettre selon l’expression consacrée – le terme est plus doux, il sous-entend la possibilité d’un retour. De retour, pourtant, il ne peut être question.
Solène avoue au psychiatre qu’elle redoute de quitter la maison de santé. Elle ignore à quoi ressemble une vie sans travail, sans horaires, sans réunions, sans obligations. Sans amarre, elle craint de dériver. Faites quelque chose pour les autres, lui suggère-t-il, pourquoi pas du bénévolat ?… Solène ne s’attendait pas à cela. La crise qu’elle traverse est une crise de sens, poursuit-il. Il faut sortir de soi, se tourner vers les autres, retrouver une raison de se lever le matin. Se sentir utile à quelque chose ou à quelqu’un.
Des comprimés et du bénévolat, voilà tout ce qu’il a à lui proposer ? Onze ans d’études de médecine pour en arriver là ? Solène est déconcertée. Elle n’a rien contre l’action bénévole, mais elle ne se sent pas l’âme d’une mère Teresa. Elle ne voit pas qui elle pourrait aider dans son état, alors qu’elle parvient à peine à sortir de son lit.
Mais il a l’air d’y tenir. Essayez, insiste-t-il, tout en signant le formulaire de sortie.

Chez elle, Solène passe des journées à dormir sur le canapé, à feuilleter des revues qu’elle regrette aussitôt d’avoir achetées. Les appels et visites de sa famille et de ses amis ne parviennent pas à la tirer de sa mélancolie. Elle n’a goût à rien, pas envie de faire la conversation. Tout l’ennuie. Elle erre sans but dans son appartement, de la chambre au salon. De temps en temps, elle descend à l’épicerie du coin et s’arrête à la pharmacie pour renouveler ses cachets, avant de remonter se coucher.
Par une après-midi désœuvrée – elles le sont toutes à présent – elle s’installe à son ordinateur, un MacBook dernier cri offert par ses collègues pour ses quarante ans, juste avant son burnout – il n’a pas beaucoup servi. Du bénévolat… Après tout, pourquoi pas ? Le moteur de recherche l’oriente vers un site de la Mairie de Paris, recensant les annonces postées par les associations. Le nom de domaine la surprend : jemengage.fr. « L’engagement à portée de clic ! » promet la page d’accueil. Une multitude de questions y sont posées : où voulez-vous aider ? Quand ? Comment ? Solène n’en a aucune idée. Un menu déroulant propose des intitulés de mission : atelier d’alphabétisation destiné aux personnes illettrées, visite à domicile de malades d’Alzheimer, cyclo-livreur de dons alimentaires, maraude de nuit pour les sans-abri, accompagnement de ménages surendettés, soutien scolaire en milieu défavorisé, modérateur de débats citoyens, sauveteur d’animaux en détresse, aide aux personnes exilées, parrainage de chômeurs longue durée, distribution de repas, conférencier en maison de retraite, animateur dans des hôpitaux, visiteur de prison, responsable de vestiaire solidaire, tuteur de lycéens handicapés, permanence téléphonique SOS Amitié, formateur aux gestes de premiers secours… Est même proposée une mission d’ange gardien. Solène sourit – elle se demande où est passé le sien. Il a dû voleter un peu trop loin, il s’est perdu en chemin. Elle arrête ses recherches, désemparée par la profusion d’annonces. Toutes ces causes sont nobles et méritent d’être défendues. L’idée de faire un choix la paralyse.
Du temps, voilà ce que demandent les associations. Sans doute ce qu’il y a de plus difficile à donner dans une société où chaque seconde est comptée. Offrir son temps, c’est s’engager vraiment. Du temps, Solène en a, mais l’énergie lui manque cruellement. Elle ne se sent pas prête à sauter le pas. La démarche est trop exigeante, nécessite trop d’investissement. Elle préfère encore donner de l’argent – c’est moins contraignant.
Au fond d’elle-même, elle se sent lâche de renoncer. Elle va refermer le MacBook, retourner sur le canapé. Se rendormir, pour une heure, pour un mois, pour un an. S’abrutir à coups de cachets pour ne plus penser.
C’est à cet instant qu’elle l’aperçoit. Une petite annonce, tout en bas. Quelques mots qu’elle n’avait pas remarqués. »

Extrait
« Elle s’abandonne à la musique parmi les Tatas, et leur danse, soudain, est comme un grand pied de nez au malheur, un bras d’honneur à la misère. Il n’y a plus de femmes mutilées ici, plus de toxicomanes, plus de prostituées, plus d’anciennes sans-abri, juste des corps en mouvement, qui refusent la fatalité, hurlent leur soif de vivre et de continuer. Solène est là, parmi les femmes du Palais. Elle est là et elle danse, comme jamais elle n’a dansé.
La séance s’achève dans une profusion de cris et d’applaudissements. Solène est dans un état second. Elle n’a aucune idée du temps qui s’est écoulé. Une heure ou deux, elle n’en sait rien. »

À propos de l’auteur
Laetitia Colombani est scénariste, réalisatrice et comédienne. Elle a écrit et réalisé deux longs- métrages, « À la folie… pas du tout » et « Mes stars et moi ». Elle écrit aussi pour le théâtre. Son premier roman, La Tresse, paru en mai 2017 aux Éditions Grasset, connaît un incroyable succès. En cours de traduction dans le monde entier, il est également en phase d’adaptation cinématographique. (Source : Éditions Grasset)

Page Wikipédia de l’auteur

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Écorces vives

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En deux mots:
Il aura suffi d’une étincelle, celle qui a mis le feu à une vieille ferme du Cantal, pour que les habitants s’emparent de ce fait divers et montent à l’assaut de ces rôdeurs qui les menacent. L’heure de la vengeance a sonné.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Il suffira d’une étincelle

Pour ses débuts dans le roman Alexandre Lénot a choisi de sonder des âmes meurtries, d’explorer à partir de l’incendie d’une ferme la propagation de la rumeur, l’exacerbation des sentiments. Très noir et très dérangeant.

Dans son premier roman Alexandre Lénot illustre à merveille les observations émises en 1824 par le Genevois Charles-Victor de Bonstetten. Dans son essai «L’homme du midi et l’homme du nord», il nous explique comment le climat influe sur le caractère des habitants et comment la géographie précède l’histoire. Ce préambule pour dire combien la région désertée du massif central où l’auteur situe son récit est bien davantage qu’un paysage, mais un acteur à part entière du drame qui se joue ici. L’écriture épouse du reste la densité des forêts, ses méandres, ses mystères. Touffue, envahissante, enveloppante, il nous prend même quelquefois l’envie de tailler à la serpe pour échapper à l’oppression grandissante.
Tout commence par un geste aussi spectaculaire qu’inexpliqué: Éli, qui «était venu dans le Nord du Cantal, sur ces terres que tout le monde s’évertuait à fuir» vient mettre le feu à une masure qui semble abandonnée, avant de passer son chemin.
Le capitaine Laurentin est fait du même bois, «il avait quitté la ville pour la gendarmerie dans les montagnes, pour les longues marches avec les chiens, pour les silences imposants, pour les nuages qu’on peut voir arriver de loin.»
Aux côtés de ces deux protagonistes, l’un essayant de fuir l’autre, l’auteur choisit de laisser trois autres personnages nous donner leur version des faits, trois femmes: Lison, Louise et Céline.
Lison a perdu son mari et avec lui bien des illusions. Elle doit désormais assumer seule l’éducation de ses deux garçons. Louise est une vieille connaissance d’Éli, c’est elle qui va l’accueillir et recueillir ses confidences. Il lui explique qu’en fait, il voulait acheter la maison qu’il a brûlée. Céline, pour sa part, était venue passer quelques jours de vacances là, avant de revenir pour ne plus repartir. Trois femmes qui, comme dans le chœur des tragédies grecques, vont faire souffler le vent de l’histoire, quitte à brouiller les pistes en relayant les rumeurs qui se propagent, notamment celles de ces rôdeurs qui les menacent.
On l’aura compris, il faut des caractères trempés pour venir se perdre là. Et quand on est installé, on se bat pour son territoire, se méfiant de tout étranger qui représente une menace potentielle.
Alexandre Lénot mêle habilement ces rumeurs aux bribes de biographies, dévoilant petit à petit les raisons qui ont poussé les uns et les autres, revient sur les souffrances endurées, les raisons des rivalités. Loin du polar traditionnel, il nous fait comprendre pourquoi «ici tout le monde poussait de travers, comme les arbres fruitiers qui se contorsionnent pour aller attraper plus de lumière.»

Écorces Vives
Alexandre Lenot
Éditions Actes Sud / actes noirs
Roman
208 p., 18,50 €
EAN 9782330113766
Paru le 03/10/2018

Où?
Le roman se déroule en France, sur les hauteurs du massif central, du côté d’Auriac-l’Église.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
C’est une région de montagnes et de forêts, dans un massif qu’on dit Central mais que les routes nationales semblent éviter. Un homme venu de loin incendie la ferme dans laquelle il espérait un jour voir jouer ses enfants, puis il disparaît dans les bois. La rumeur trouble bientôt l’hiver: un rôdeur hante les lieux et mettrait en péril l’ordre ancien du pays. Les gens du coin passent de la circonspection à la franche hostilité, à l’exception d’une jeune femme nouvellement arrivée, qui le recueille. Mais personne n’est le bienvenu s’il n’est pas né ici.
Écorces vives est construit sur une tension souterraine, un entrelacs de préjugés définitifs et de rancœurs séculaires. De ce roman noir – qui est aussi fable sociale, western rural, hommage aux âmes mélancoliques et révoltées – sourd une menace : il faut se méfier de la terre qui dort…

68 premières fois
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Les autres critiques
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INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Éli
Il aurait voulu avoir de la dynamite. Il n’avait que de l’alcool, dans lequel il tentait de se noyer tout entier. Il avait pris un bus, puis un train, puis un autre train, puis un car, puis il avait volé un vélo qui avait déraillé puis il avait marché. Il s’était éloigné sans même y penser, mû par le simple refus de l’immobilité. Il avait balancé son téléphone par la fenêtre, quelque part après Moulins. L’appareil venait de lui apprendre l’extinction, totale et définitive, du léopard d’Égypte. Il était venu dans le Nord du Cantal, sur ces terres que tout le monde s’évertuait à fuir depuis au moins trois ou quatre générations, et il était aussi seul qu’il avait souhaité l’être, enfoui au bout de la vallée, pris entre des massifs noirs qui ne laissaient pas passer grand-chose.
Seul avec ses épaules voûtées, sa barbe blanchissante, à l’heure de poser sa hache, de s’asseoir enfin. Seul accroupi dans la terre humide et les odeurs d’humus. Seul avec tout ce qu’il portait : la mémoire de ses combats, les douleurs de ses défaites, les cicatrices de leurs rêves. Ses rêves et les siens, à elle qui ne viendrait plus ici. Il avait le sentiment d’être le dernier de sa tribu, le dernier de son espèce, et que plus personne ne viendrait raviver ses feux. Siskiyou partie, personne ne lui dessinerait plus la carte du ciel-qui-tombe, personne ne lui chanterait plus l’or du matin et la pluie du soir, personne ne lui tiendrait plus les mains quand elles tremblent. Personne ne songerait à soigner sa voix brisée. Personne ne lui ferait de parade digne d’un soleil ou d’une comète. Personne ne descendrait jamais de lui, et personne ne l’appellerait vieux père au crépuscule de sa vie. Personne ne lui embrasserait les yeux au soir du grand sommeil et personne n’égrènerait ses poussières à sa mort.
Il avait passé la nuit là, le cul crotté, entre la maison de Siskiyou, une toute petite réserve à grains aux murs épais qu’on avait transformée en habitation, et l’ancien corps de ferme en ruine qui lui faisait face. L’aube n’était plus très loin, le noir se teintait de gris et les étoiles s’éteignaient. Tout était blafard, à cette heure. Il se leva d’un bond, maladroit. Il trouva les clés de la remise, et là le réservoir d’essence de la tondeuse. Il rassembla des bouteilles de verre vides et des chiffons graisseux. Y ajouta du liquide vaisselle et du vinaigre.
À l’impact, le toit prit feu instantanément. Le deuxi謬me cocktail Molotov passa par un grand trou dans la façade de la vieille ruine. Il enflamma le parquet du premier étage. Pour la dernière bouteille, il se retourna et s’approcha au plus près de la maison de Siskiyou, vit par une fenêtre ouverte le canapé élimé, la table ronde couverte d’une toile cirée fleurie et le joli poêle à bois vert foncé. Il ferma les yeux pour ne pas pleurer, et lança son engin, à l’aveugle, de toutes ses forces. La chaleur lui sauta au visage comme une bête affamée.
En quelques minutes, la ruine entière se transforma en torche et hurla. Du métal grinçait, du vieux bois explosait. Les ronces qui grimpaient sur les murs se rabougrirent et prirent feu à leur tour. De l’autre côté, c’était moins spectaculaire, de la fumée surtout, du gris et des bouffées de noir.
Il revint à sa station, accroupi entre les deux maisons, ramena sa capuche sur son visage. Il avait entendu quelques animaux s’aventurer près de lui dans la nuit, une chouette dans un merisier et sans doute quelques biches dans le champ en contrebas, près de la rivière. Lui revinrent à l’esprit ces rituels indiens où on se couvre le visage de cendre en guise de deuil. Ça sentait le feu de bois, et par-dessus la peur, sa propre peur, alors que les flammes fleurissaient, que la végétation tout autour était prise à son tour. Le feu bondissait, joueur ayant perdu la raison, se propageant dans tout le hameau. Le grand peuplier au bord de la rivière s’embrasa d’un coup, les flammes partant de la base et se précipitant à son sommet comme si elles se livraient une course sans merci, et il sursauta, peut-être pas aussi stoïque qu’il espérait l’être. Avait-il crié ? Il refusa de se lever, s’agrippa à l’idée de ne pas bouger, de rester là, advienne que pourra, le visage en plein dans le brasier. C’est qu’il voulait désespérément être courageux, plus courageux qu’il ne l’avait jamais été. Il s’imaginait sans doute qu’alors la chaleur sécherait ses larmes, que le feu l’apaiserait enfin, se disait que sinon il n’avait qu’à se laisser réduire à néant une bonne fois pour toutes.
C’est là qu’il la vit, dans la clarté étrange de ce minuscule matin gris parcouru par le feu, en haut de la butte qui surplombait le hameau, là où le bitume s’arrêtait et où il ne restait plus qu’un petit chemin de terre.
Une silhouette fine, pas bien grande, peut-être une enfant, dont on ne distinguait pas les traits, juste des cheveux roux qui s’échappaient d’une capuche de laine grise. Elle se tenait en silence au début du chemin, pas surprise et pas effrayée, mais pas non plus tranquille, le corps comme ceux des chiens en arrêt, fixe et tendu.
Peut-être voulait-il l’éloigner, ou alors l’attraper: il se mit à courir vers elle. Il jeta un œil sur la maison qui partait en fumée et quand son regard revint vers le chemin, il n’y avait plus personne. »

Extrait
« Le capitaine Laurentin a mal en permanence. Toutes les circonstances de la vie le lui rappellent. Mais il se souvient que cette douleur n’est que résiduelle. Elle n’est pas grand-chose par rapport à sa lointaine cousine, celle qui s’était installée à demeure au temps où des chirurgiens s’acharnaient sur son genou désarticulé pour en refaire quelque chose d’à peu près fonctionnel, et où des infirmières la nuit venue se montraient généreuses en morphine.
Dans les souvenirs de ce temps-là, il y a ceux de Jeanne. Elle avait décidé de ne pas le lâcher. Cette belle femme au front calme et aux joues rosées l’avait agrippé avec douceur et fermeté pour l’empêcher de sombrer. »

À propos de l’auteur
Alexandre Lenot est né en 1976. Il vit à Paris et écrit également pour le cinéma, la radio et la télévision. (Source: Éditions Actes Sud)

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Le Cœur Blanc

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En deux mots:
Rosalinde parcourt la Provence. Bien loin de faire du tourisme, elle survit en offrant sa force de travail comme saisonnière. Un travail rude, un milieu difficile, entre la convoitise des uns et le pouvoir des autres. Un jour elle rencontre Mounia et une autre histoire commence.

Ma note:
★★ (livre intéressant)

Ma chronique:

Femme au bord d’une rivière

Catherine Poulain nous avait éblouis avec Le grand marin. Et si son second roman n’a plus cette magie, il n’en demeure pas moins fort et viril, sur la piste des saisonniers qui donnent leur force de travail pour quelques euros.

Passant de la mer à la terre, Catherine Poulain revient sur un autre de ses métiers, celui de saisonnière agricole. Nous sommes dans le Sud de la France, dans une région où les perspectives d’emploi pour ceux qui n’ont guère de qualification se réduisent comme peau de chagrin. Reste les travaux des champs, la main d’œuvre pour les bien-nommées exploitations agricoles. Car c’est bien d’exploitation dont il est question ici. Quand on trime à longueur de journée pour quelques euros.
En quelque sorte l’illustration de ce qu’affirmait Karl Marx il y a plus d’un siècle déjà et qui reste malheureusement toujours d’actualité: « Un homme qui ne dispose d’aucun loisir, dont la vie tout entière, en dehors des simples interruptions purement physiques pour le sommeil, les repas, etc., est accaparée par son travail pour le capitaliste, est moins qu’une bête de somme. C’est une simple machine à produire la richesse pour autrui, écrasée physiquement et abrutie intellectuellement. Et pourtant, toute l’histoire moderne montre que le capital, si on n’y met pas obstacle, travaille sans égard ni pitié à abaisser toute la classe ouvrière à ce niveau d’extrême dégradation.»
L’héroïne de ce drame social s’appelle Rosalinde, « toute petite, mains douloureuses, une créature aux reins brûlants, le dos courbé vers la terre noire». Après les asperges, il lui faut marcher deux jours jusqu’à la prochaine récolte, celle des melons. Puis viendront peut-être les olives ou les greffons de lavande à préparer, puis les cerises, les abricots avant les vendanges. Au milieu de ces hommes qui, tout comme elle, n’ont guère d’autres préoccupations que de trouver un toit, de quoi manger et avoir encore assez d’argent pour l’alcool ou la drogue, Rosalinde détonne. Femme fragile sous un masque de fermeté, femme convoitée qui peut se donner autant par lassitude que par jeu, elle paie cher sa liberté.
Ils sont plusieurs à vouloir s’attacher la «pute de saisonnière».
Une spirale infernale qui va toutefois se bloquer après la rencontre avec une autre femme. Mounia croise le regard des hommes sur Rosalinde avant de croiser celui de cette «bête ensauvagée» qu’elle a envie d’apprivoiser. Mais comme toujours, les routes vont finir par se séparer.
À l’image de ce feu de forêt, «ce brasier qui sera à la couleur, à la violence de leur fatigue», Catherine Poulain dépeint avec justesse et âpreté ces parcours chaotiques qui laissent quelquefois la place à un rêve d’ailleurs, de meilleur. Quand la lumière au bord d’une rivière prend la teinte de l’espoir.

Le cœur blanc
Catherine Poulain
Éditions de l’olivier
Roman
256 p., 18,50 €
EAN : 9782823613599
Paru le 4 octobre 2018

Où?
Le roman se déroule en France, principalement dans le Sud. On y évoque aussi Hambourg, le Maroc et le Portugal d’où sont originaires certains saisonniers.

Quand?
L’action se situe il y a quelques années.

Ce qu’en dit l’éditeur
«Le chant glacé et mélodieux de la rivière, sa peur, le poids terrible d’une attente folle entre les remparts des montagnes qui la cernent, mais quelle attente cette épée qu’elle pressent toujours, suspendue dans la nuit des arbres qui l’écrase – sur son cœur blanc, sa tête rousse de gibier des bois. Oh que tout éclate enfin pour que tout s’arrête.»
Pour Rosalinde, c’est l’été de tous les dangers. Dans ce village où l’a menée son errance, quelque part en Provence, elle est une saisonnière parmi d’autres.
Travailler dans les champs jusqu’à l’épuisement; résister au désir des hommes, et parfois y céder; répondre à leur violence; s’abrutir d’alcool; tout cela n’est rien à côté de ce qui l’attend. L’amitié – l’amour? – d’une autre femme lui donne un moment le sentiment qu’un apaisement est possible. Mais ce n’est qu’une illusion.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com 
Télérama (Michel Abescat)
Le Parisien (Pierre Vavasseur)
L’Express (Marianne Payot)
L’Humanité (Sophie Joubert)
Grazia (Philippe Azoury)
La Vie (Anne Berthod)
La Dépêche (Jacques Verdier)
Blog Unwalkers 
La Semaine (Béatrice Arvet)


Catherine Poulain présente son second roman Le cœur blanc © Production Librairie Mollat

INCIPIT
(Les premières pages du livre)
« Les champs étaient nus. Ils s’étendaient jusqu’aux sombres limites du ciel. Ahmed rentrait sur sa mobylette, le cou entre les épaules, un bonnet ramené bas sur les yeux, ses lourdes chaussures gorgées d’eau. Le fils du patron, un adolescent aux cils de jeune fille, n’avait pas détourné le jet du karcher quand il avait croisé Ahmed qui nettoyait la calibreuse à asperges. Sans un mot d’excuse, il avait continué, traçant son passage entre les Marocains qui charriaient les caisses. La fille aux cheveux rouges l’avait évité de justesse, si maigre et jeune la fille, ses traits creusés sous le mauvais néon, cet air inquiet, mais qu’est-ce qu’elle foutait là. Ils avaient travaillé encore longtemps dans les courants d’air et le froid du hangar, curé le sol, chargé les caisses enfin sur le camion. « Pouvez y aller. Demain six heures ! » Demain serait dimanche et c’était trop tard pour le pain. Mais allez, on a l’habitude, après huit ans à trimer sur leur terre, dans leurs champs, pour leur fric, pour sa croûte.
La fille, elle, rentrait dans une caravane abritée sous des cyprès. Trop fatiguée, envie de pleurer, bien sûr qu’elle n’était pas de taille parmi ces Marocains silencieux, courbés au-dessus des buttes, qui jamais ne cessaient d’avancer, et elle loin derrière qui tentait de les rattraper. Ça la tourmentait le jour et la nuit. Elle ne tiendrait pas la saison.
Le grand rouquin partait au bar avec son père. Il avait nettoyé tant bien que mal ses ongles incrustés de cambouis. Le père pas. Pour quoi faire? Demain serait là bien assez vite. L’apéro. Puis l’apéro. Et encore l’apéro. Jusqu’à plus soif. Mais pour le père cela n’existait pas, « plus soif ». C’est la vie, il disait. Jusqu’au soir, jusqu’à s’écrouler sur son lit. La nuit la fille rêvait aux asperges qu’elle voyait défiler sur le tapis roulant de la calibreuse, un film qui tournait en boucle. Elles étaient tellement sales, les asperges, on avait beau les laver elles restaient sales, il fallait sans cesse laver et creuser, et creuser encore, et creuser toujours dans l’argile noire. Les hommes sombres avançaient dans les terres, le front obstinément tourné vers le sol, si bien que l’on ne distinguait jamais leur visage. Des hommes de l’ombre. Mais quelle vie, quelle vie… elle murmurait dans une mélopée qui la réveillait. Et déjà c’était le matin et l’heure d’y retourner. Ahmed se levait dans une aube grise. Il avait plu pendant la nuit. Une lueur blanchâtre semblait sourdre de la brume, de l’horizon peut-être mais comment savoir, le ciel et les champs ne faisaient qu’un. À nouveau le sol serait détrempé. La terre collerait à la gouge, aux asperges qu’elle rendrait cassantes, au seau et aux pieds qui pèseraient des tonnes. Ahmed se raclait la gorge, crachait par la fenêtre du préfabriqué qu’il refermait très vite. Le gars déjeunait en allumant sa première gitane. On annonçait à la radio l’arrivée au pouvoir d’un président au Portugal et les fruits tardifs d’une révolution très lointaine. Il s’en foutait le gars. Le père ouvrait un œil vitreux – Grouille, disait le fils, ça va être l’heure. Mal de tronche son vieux, langue épaisse, bouche pâteuse, avec ce goût de viande avariée. Ça leur serait bien égal son haleine aux machines de toute façon, et le fils qui y voyait clair, lui, saurait l’aider. Presque aussi bon que lui aujourd’hui le fils. Ça allait faire un sacré mécano. Comme lui, avant. Et la fille, la rousse, petit casque de feu qui déjà se voyait ployer sous un ciel trop bas – Est-ce que je vais tenir aujourd’hui encore, la terre sera grasse et collante, le patron enverra son fils, garde-chiourme aux paupières de femme, douces et ombrées de très longs cils. Il y aura les aboiements des contremaîtres dans les champs voisins, des « feignants », « enculés » qui s’entendront jusqu’à très loin dans les terres. Et le patron viendra pisser près d’elle lorsqu’elle aura le front baissé sur la butte. Elle aura peur d’être à la traîne encore, de briser une asperge en l’extirpant de l’argile trop compacte. Une fois de plus elle détournera les yeux pour ne pas voir la bite qu’il secouera avec un étrange sourire. Les ouvriers continueront d’avancer en un peloton silencieux et fier, elle derrière à peiner et à cacher ses larmes, les joues barbouillées de terre et de morve.
Des merles chantaient dans les saules. Les asperges, petits pénis pâles, pointaient le long des buttes. Pousser, grandir, voir le jour. Et on les exécuterait bientôt, d’un coup de gouge bref et précis.
Le printemps était proche. Bientôt le sifflement long des hirondelles viendrait ponctuer les heures trop lourdes, sa joie quand la journée finie elle relèverait enfin la tête : elle saurait qu’elle avait tenu bon. Elle écarterait les bras dès qu’elle se sentirait loin des regards, étirerait ce corps trop léger. Elle voudrait courir mais n’en aurait plus la force. C’est ma vie, elle pensa. C’est là et ça va vers une fin. Ce n’est plus le début, et pourtant, le début, c’était, c’est encore presque là. Dehors les arbres tremblent au vent et la fatigue me cloue au sol. Le ciel est immense au-dessus des terres. Moi dessous, toute petite, mains douloureuses, une créature aux reins brûlants. C’est ma vie. Laissez-la-moi encore un peu, gardez-moi quelque temps des marques et de l’usure – c’est ma vie sous le ciel, et nous le front baissé qui nous en détournons toujours, le dos courbé vers la terre noire.
Il s’est avancé, l’a prise contre lui. Le saule tremblait. Elle frissonnait – Tu ressembles à mon fils – étrange étreinte. Il la tenait à peine, liane entre ses bras, nuque fragile, les deux tendons comme les cordes d’une harpe, une mèche rousse égarée dans le sillon clair, jusqu’à la bosse aiguë de la vertèbre. Son fils. Elle en aurait pleuré. Allait pleurer. Son odeur d’homme, chaude et musquée – Les Arabes ne sentent pas pareil, un goût d’épices… de cumin ? elle pensa le temps d’un éclair. L’idée étrange et incongrue l’aurait fait rire en d’autres temps, elle s’y raccrocha pour ne pas sombrer dans un puits obscur et sans fond. Elle voyait le regard noir se rapprocher, la bouche lourde, charnue, l’éclat bref de ses dents, il n’était plus que cela, une bouche, des yeux, un souffle, deux mains sur elle, l’une refermée sur sa nuque, frôlant ses cheveux, l’autre avançant toujours, remontant son flanc. La main s’arrêta sur sa poitrine. D’abord légère, presque hésitante, la pression de ses doigts se fit plus hâtive, rude, jusqu’à écraser son sein en même temps qu’il mordait ses lèvres. Le saule tremblait toujours. Doucement, comme une eau bruissante venue de très loin et qui enflait, elle entendit les peupliers. Ils semblaient s’éveiller, chuchotant le long des roubines, un soupir fluide et languissant qui grandissait jusqu’à la route. L’appel rauque d’un vol d’oies sauvages. Après, elle ne se souvenait plus. N’aurait pas su même le dire. Elle pleurait. Un long sanglot qu’il n’entendait pas, avalé par son souffle à lui. Il embrassait sa bouche, il buvait ses plaintes et sa faim comme si lui-même mourait de soif. Mais était-ce une plainte ce gémissement flûté de bête. Elle ne se souvient plus. Cette déchirure. Il l’emplissait, s’acharnait. Quel bonheur. Il a murmuré trois mots, en arabe, a eu comme un hoquet, un sursaut, un râle étouffé ce gémissement qui vibrait en elle, remontait en un long frisson, la brûlait – depuis ses cuisses, son ventre, sa gorge, jusqu’aux tréfonds. Elle se rappelle qu’elle était allongée, sous elle la terre noire et humide. Il était retombé, il l’étouffait de tout son poids. Le saule. Il bruissait. »

Extraits
« On les paye à la tâche. C’est léger, des fleurs. Longues journées, chaleur sur la peau, les tilleuls bourdonnent des multitudes d’abeilles qui butinent. Les heures défilent, paisibles et lourdes. On ne les sent pas passer en haut de l’échelle, dans les cimes vrombissantes. Elle aperçoit le ciel au-travers des branches. Il se déploie jusqu’aux limites des crêtes que la chaleur trouble d’un halo diffus. Elle se dit, Oh, le ciel… et pousse un soupir de contentement. Jean la regarde. Ils se sourient. Ils s’offrent une cigarette parfois, des caramels achetés à l’épicerie du village, des cerises cueillies dans le verger voisin. La peau ferme et lisse résiste un instant avant de craquer doucement sous les dents. Le jus sucré et tiède emplit la bouche. C’est bon pour la soif. Transparence de l’été – cerises et carambars. Elle voudrait que ces journées passées dans les arbres polissent les angles de toutes choses, de ce qu’elle a connu et ce qu’elle a craint. Au loin un coq ne cesse d’appeler, on entend le premier grillon, le sanglot d’une tourterelle, le son de la source en contrebas… »

« Et t’as raison Moune, faut avancer, elle a repris plus doucement, ne pas suivre interminablement le chemin qu’ont tracé les autres. Il faut être fidèle au monde plutôt qu’à un homme, le beau monde qui nous entoure, l’inconnu qui vous prend le cœur et les tripes. »

À propos de l’auteur
Catherine Poulain est née à Barr, près de Strasbourg, en 1960. A 20 ans elle part à Hong Kong, où elle trouve une place de barmaid, et commence à prendre des notes, avide de découvrir et fixer dans ses carnets «un monde onirique qui se mélange au réel». Après un bref retour en France, elle repart, poussée par ses envies de grands espaces et d’expériences: Colombie britannique, Mexique Guatemala, Etats-Unis… Au gré de ses voyages, elle a été employée dans une conserverie de poissons en Islande et sur les chantiers navals aux U.S.A., ouvrière agricole au Canada, pêcheuse pendant dix ans en Alaska. De retour en France, elle est tour à tour saisonnière, bergère et ouvrière viticole, en Provence et dans les Alpes de Haute-Provence. Elle vit actuellement dans le Médoc.
Le Grand Marin, son premier roman, a accumulé les prix littéraires, rencontré un immense succès aussi bien auprès de la critique que des libraires, été traduit dans une douzaine de pays, et fait l’objet d’une adaptation cinématographique. Son deuxième roman, Le Cœur blanc, affirme qu’elle est un écrivain rare, préférant «l’univers sensible, le ressenti», et capable de transcender le réel en l’exacerbant. (Source : Éditions de l’olivier)

Site Wikipédia de l’auteur 

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L’hôtelière du Gallia-Londres

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En deux mots:
Marie et Inès sont différentes en tout. Pauvre et riche, aimable et méchante, oisive et travailleuse. À travers leurs destins croisés, à travers deux portraits de femmes qui entendent s’émanciper, ce roman nous permet de vivre les bouleversements de la société française de la seconde moitié du XXe siècle.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

L’autre miracle de Lourdes

Bernadette Pécassou retrace dans L’hôtelière du Gallia-Londres l’essor de l’hôtellerie à Lourdes. Un autre miracle, riche en péripéties, qui va accompagner l’évolution de la société.

Si c’est grâce à Bernadette Soubirous que Lourdes va devenir à partir de 1858 l’un des plus importants lieux de pèlerinage en Europe, c’est grâce à une autre Bernadette que nous pouvons découvrir l’impact de ces apparitions de la vierge Marie sur l’économie locale. Dans son nouveau roman, Bernadette Pécassou-Camebrac a choisi deux femmes pour incarner cet essor aussi fulgurant qu’inattendu, Marie et Inès.
La première est fille d’un boulanger et vit dans le quartier populaire en haut de la ville. Ses parents, qui ne comptent pas leurs heures de travail, espèrent que leur dur labeur leur permettra de grimper l’échelle sociale et espèrent offrir à leur fille une vie meilleure. En attendant, et pour répondre aux besoins d’une clientèle de plus en plus nombreuse, Marie est chargée d’assurer les livraisons dans les hôtels et les pensions qui n’ont pas tardé à ouvrir pour accueillir la masse grandissante des pèlerins. Selon leurs moyens, ces derniers choisissent de loger dans une pension, comme celle que tiennent les parents de Josy, sa meilleure amie, ou dans le petit hôtel tenu par les parents de Chantal, une autre amie, voire dans un établissement plus huppé situé au pied du sanctuaire, comme le prestigieux Gallia-Londres tenu par les parents d’Inès.
Inès est certes camarade de classe de Marie, mais pour le reste les deux filles sont à l’opposé l’une de l’autre. Un fossé qui ne va du reste cesser de croître après que Marie ait compris la soif de pouvoir et le plaisir d’humilier d’Inès. Un jeu pervers qui a failli causer la mort de Béatrice, la jeune fille qu’Inès entendait soumettre à ses caprices. Et alors que la ville se transforme, que les premières habitations de fortune en bois cèdent le pas à des structures plus importantes, que les groupes hôteliers tentent de s’installer et que les bénévoles – en particulier les hospitaliers de Lourdes – tentent de se structurer, les deux adolescentes vont trouver un nouveau terrain d’affrontement: les beaux yeux de Paul.
Le beau jeune homme est un espoir du rugby dans une ville qui a fait de ce sport une nouvelle religion et voit le FCL devenir le club le plus titré de France.
Ne dévoilons pas ici laquelle des deux réussira à l’épouser, mais soulignons le talent avec laquelle Bernadette Pécassou a construit son roman. En nous offrant quelques rebondissements qui entretiennent joliment une dramaturgie combinant les rivalités aux éléments d’histoire locale et les ambitions avec les changements profonds de la société, elle mêle l’utile à l’agréable. Sans oublier l’une des mutations les plus spectaculaires de l’époque: la volonté d’émancipation des femmes. Car si le sexe dit faible n’a alors pas le droit d’avoir un compte en banque, il ne va pas pour autant abdiquer. Les combats sont ici édifiants avec quelquefois un coup de main du destin. Mais à Lourdes, comment pourrait-il en aller différemment? Une lecture à ne pas conseiller uniquement à ceux qui partiront en vacances dans les Pyrénées, mais ä tous ceux qui aiment les romans historiques bien troussés.

L’hôtelière du Gallia-Londres
Bernadette Pécassou-Camebrac
Éditions Flammarion
Roman
320 p., 20 €
EAN : 9782081391284
Paru le 6 juin 2018

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Lourdes, mais aussi à Biarritz et au Pays basque.

Quand?
L’action se situe en 1956 et les années suivantes, avec un retour en arrière qui nous mène jusqu’au milieu du XIXe siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
«Inès avait l’air de l’ange qu’elle n’était pas. Marie l’avait compris. Fille unique, elle était la future héritière de l’hôtel le plus prestigieux de Lourdes situé au pied des sanctuaires, là où se pressaient les foules de pèlerins et où vivaient les propriétaires des affaires les plus florissantes, ceux de la haute.»
Sur fond d’intrigues au cœur d’un palace luxueux, dans une ville mystique jusque dans sa pierre de granit et ses brumes hivernales, L’hôtelière du Gallia-Londres brosse le portrait de destins individuels dans une société en pleine mutation. Des années 1950 à nos jours, entre essor de l’hôtellerie moderne et déchirements de la société, la rivalité de Marie et d’Inès est une histoire de pouvoir, de foi et de courage.

Les critiques
Babelio
Le Journal des femmes
La Nouvelle République des Pyrénées (Cyrille Marqué)

Les premières pages du livre:
« Inès avait l’air de l’ange qu’elle n’était pas. Marie l’avait compris. En admiration devant ses cheveux blonds, les autres enfants de l’école Massabielle oubliaient qu’elle cachait dans sa main délicate des griffes acérées dont elle usait sans état d’âme à la moindre contrariété. Ils semblaient ne pas voir son air hautain, ils lui pardonnaient tout. Fille unique, elle était la future héritière du Gallia-Londres, l’hôtel le plus prestigieux de la ville de Lourdes, situé au pied des sanctuaires, là où se pressent les foules de pèlerins et où vivent les propriétaires des affaires les plus florissantes, ceux de «la haute».
Marie avait commencé à déceler la noirceur du démon sous la trompeuse blondeur de l’ange un jour d’hiver et de froid sibérien quand, par le plus grand des hasards, elle avait assisté à une scène qui devait rester gravée au fer rouge dans sa mémoire.
Nous étions au cœur du terrible mois de février 1956.
Une exceptionnelle vague de froid paralysait le pays depuis plus de deux semaines. Les eaux du gave avaient gelé et la neige, tombée en abondance, recouvrait la ville. Le thermomètre était passé au-dessous des moins vingt degrés, la France et l’Europe entière étaient en alerte. La Nouvelle République du 12 février annonçait qu’en Corrèze, le record de froid était de moins trente-cinq degrés et à Nantes, la Loire charriait des glaçons longs de plus d’un mètre. C’était un temps à ne pas mettre le nez dehors ou mieux valait s’emmitoufler jusqu’aux yeux d’épaisses couches de laine, sous peine de sentir la moindre goutte geler dans ses narines. Harnachée de pied en cap, la petite Marie filait à l’épicerie Cazalé faire une course de dernière minute pour le repas du soir quand, passant devant la statue de sainte Bernadette près de l’église paroissiale, elle entendit une voix. Or, elle avait beau tourner la tête en tous sens, elle ne voyait personne. Pas le moindre passant, pas même un chien. Elle s’apprêtait à repartir quand la voix résonna à nouveau, toute proche. Elle s’arrêta, tendit l’oreille.
Cette voix si particulière… c’était celle d’Inès. Ça alors! Que pouvait bien faire cette pimbêche dans ce froid glacial, ce n’était pas son genre d’affronter les frimas, surtout à cette heure tardive? Intriguée, Marie s’était avancée vers le petit square de la statue de sainte Bernadette d’où la voix semblait provenir, et ce qu’elle découvrit la sidéra. Enveloppée d’une chaude pelisse à capuche bordée de renard argenté, gantée et chaussée de confortables bottines fourrées, Inès piétinait le sol et tapait ses mains l’une contre l’autre pour ne pas laisser le froid traverser ses gants et les semelles de crêpe de ses bottines.
— Tu avais dit que tu le ferais, disait-elle d’un ton sentencieux, si tu renonces maintenant ne compte pas sur moi pour rester ton amie. J’ai horreur des lâches et je ferai ta réputation…
(Elle s’adressait à une seconde personne, que Marie ne pouvait voir.) Tu n’auras plus qu’à fréquenter des filles de boulanger ou de pensions minables.
Étant justement fille de boulanger, Marie ne se faisait aucune illusion sur l’opinion qu’Inès pouvait avoir des filles comme elle, mais l’entendre le dire avec un tel mépris la blessa de manière inattendue. »

Extrait
« En cette deuxième moitié du XXe siècle, la famille de Marie Cassagne possédait une boulangerie et les parents de sa meilleure amie, Josy Dulac, une petite pension. Toutes deux étaient aussi liées avec Chantal, la fille des Fourcade, propriétaires d’un hôtel familial modeste mais rentable. Toutes trois vivaient en haut de la ville de Lourdes et rêvaient un jour d’habiter en bas, de l’autre côté du pont qui franchissait le gave, là où se dressaient les prestigieux hôtels trois étoiles, regroupés au plus près des sanctuaires religieux. Là où les foules de pèlerins venus du monde entier priaient la Vierge Marie, «Dame Blanche» apparue à Bernadette Soubirous en l’an 1858.
Avant les apparitions, la ville comptait à peine sept mille habitants. C’était une simple bourgade, incontournable passage vers les montagnes pyrénéennes, alors très à la mode pour les bienfaits de leurs eaux thermales, les mystères de leurs forêts et de leur faune sauvage. La riche société lourdaise vivait rassemblée autour de l’église et de la mairie sur la belle place Marcadal où trônait une fontaine de pierre sculptée de dauphins qui recrachaient l’eau des montagnes. C’était la place des cafés et des auberges où se croisait tout ce qu’une petite ville peut compter de notables, commerçants, hommes de loi, pharmaciens, médecins, journalistes. »

À propos de l’auteur
Bernadette Pécassou a publié de nombreux romans à succès chez Flammarion, dont La Belle Chocolatière (2001), L’Impératrice des roses (2005), La Passagère du France (2009), La dernière Bagnarde (2011), Sous le toit du monde (2013) et tout dernièrement L’hôtelière du Gallia-Londres (2018). Après une carrière de journaliste et réalisatrice pour la télévision, elle se consacre à l’écriture. (Source : Éditions Flammarion)

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Ariane

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En deux mots:
Quand la narratrice rencontre Ariane, elle a 13 ans. Entre la «plouc» et la bourgeoise une relation fusionnelle s’installe. Les années qui vont suivre les marqueront à jamais.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

« On va s’aimer, à toucher le ciel, se séparer, à brûler nos ailes »

Quand la narratrice rencontre la belle Ariane, elle a treize ans et toute la vie devant elle. Pour ses débuts en littérature, Myriam Leroy revisite le roman initiatique.

« Quel est l’intérêt de se replonger dans cette mésaventure vieille de vingt ans, dont les protagonistes se sont pratiquement tous évanouis dans la nature? Possiblement aucun. Mais peut-être que si, comme je le crois, elle a eu des répercussions prégnantes sur ma vie et celle de ceux qui m’ont approchée ensuite, l’explorer pourrait permettre quelque chose de l’ordre de la purgation. Voire de la libération. Thérapie classique par l’écriture. On est loin de la littérature. Peut-être qu’à force de spéléo dans les galeries accidentées de la mémoire apprendrais-je qu’Ariane est la raison pour laquelle j’ai toujours préféré me tenir sur le seuil du grand amour plutôt qu’y entrer de plain-pied. » Au moment de raconter son histoire, la narratrice va se poser de nombreuses questions qui vont courir, comme un fil rouge, tout au long d’un livre incandescent, dérangeant, bouleversant. Comment la raconter? Faut-il utiliser les vrais noms des protagonistes ? Jusqu’où aller ? Faut-il mentir un peu pour mieux dire le vrai ? Les réponses sont sans doute entre les lignes crues et cruelles de cette initiation.
Ce premier roman débute en 1994 dans le Brabant wallon, «une province au sud de Bruxelles située dans l’angle mort de l’analyse sociale et de la production littéraire : elle n’avait jamais inspiré qui que ce soit.» C’est peu dire que la narratrice s’y ennuie, coincée entre une famille désespérante, un père expert-comptable et une mère au foyer, et un physique ingrat : « blafarde, binoclarde et pleine de spasmes donc, mais aussi invraisemblablement habillée. Je portais des pulls de seconde main avec des chats, des cerfs, des faisans. Des pantalons fuseaux boulochés, élastiqués sous le pied, des bottillons en Skaï fourrés. Entre le clown de cirque et la jeune paysanne communiste. » Les seules vacances se passent dans la masure des grands-parents, toute sortie au restaurant est proscrite, ainsi que les cadeaux de Noël.
Mais elle va finir par sortir de son trou, car pour suivre son école secondaire, elle intègre le collège Saint-Sauveur à Braine-l’Alleud où elle va commencer par se sentir totalement ringarde avant de se lier d’amitié avec cette Ariane qui donne son titre à ce premier roman. « Ariane, elle était belle. Dans la classe, je ne voyais qu’elle. C’était une curiosité, une exception dans cette école de blonds, blancs, beiges. Elle avait la peau foncée, elle était indienne : ses parents l’avaient adoptée quand elle avait trois ans. »
Entre les deux jeunes filles, il n’y aura bientôt plus de secrets. Leur amitié indéfectible va les faire se sentir plus fortes, plus courageuses, plus audacieuses. Y compris sur le plan physique. « Je convainquis mes parents de me faire confectionner des lentilles de contact, je laissai pousser mes cheveux (ils prirent une demi-douzaine de centimètres durant les mois d’été, le carré champignon que j’arborais confinait au grotesque mais c’était au moins une coupe de fille) et j’achetai mes premiers habits d’adolescente. Un Levi’s 501, un top blanc en coton côtelé Levi’s et une chemise en jean Levi’s. Mon apprentissage des marques était encore un peu gauche, mais je supposais qu’avec Levi’s je pouvais difficilement me tromper. Aux pieds, j’enfilai des Doc Martens. Et puis j’entrepris de bronzer. »
L’air d’émancipation qui souffle ici va cependant se charger de quelques relents troublants. Quand Ariane raconte les mœurs familiales un peu trop libres, quand elle laisse entrevoir une sexualité débridée alors qu’elle est encore prépubère. Si ce n’est dans les actes, c’est dans les paroles qu’elles laissent libre cours à leurs fantasmes:
« T’es une grosse coinçoss, ma fille. Baise un peu, ça te fera du bien. Un bon gros coup dans la rondelle pour te déstresser. Faut te la faire péter un jour ou l’autre. T’as pas envie de te taper mon frère ? Je peux t’arranger le coup, tu sais. »
Au fur et à mesure que leur pouvoir de séduction s’affirme, les deux jeunes filles vont se sentir «invisibles, invincibles, immortelles», n’hésitant pas à se livrer à de petits jeux ou l’humiliation et la perversité le dispute à un sentiment de supériorité dont garçons et filles vont faire les frais.
Jusqu’au jour où ces jeux vont lézarder leur belle entente, ou l’incompréhension puis la haine vont faire place à l’amitié fusionnelle. Où de coupables, elles vont devenir les victimes, où on ne saura plus qui manipule qui…
On se doute que les choses vont mal à finir, mais on ne s’imagine pas à quel point cette relation va être toxique. Je vous laisse le découvrir à la lecture des dernières pages de ce premier roman parfaitement maîtrisé, habilement construit et troublant jusqu’à l’épilogue. Histoire d’en revenir aux questions initiales.

Ariane
Myriam Leroy
Éditions Don Quichotte
Roman
208 p., 16 €
EAN : 9782359496758
Paru le 4 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule en Belgique, en Brabant wallon, plus précisément à Nivelles, Lesne, Louvain-la-Neuve, Braine-l’Alleud, Waterloo et Bruxelles.

Quand?
L’action se situe de 1995 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Quand j’ai eu douze ans, mes parents m’ont inscrite dans une école de riches. J’y suis restée deux années. C’est là que j’ai rencontré Ariane. Il ne me reste rien d’elle, ou presque. Trois lettres froissées, aucune image. Aucun résultat ne s’affiche lorsqu’on tape son nom sur Google. Ariane a vécu vingt ans et elle n’apparaît nulle part. Quand j’ai voulu en parler, l’autre jour, rien ne m’est venu. J’avais souhaité sa mort et je l’avais accueillie avec soulagement. Elle ne m’avait pas bouleversée, pas torturée, elle ne revient pas me hanter. C’est fini. C’est tout. »
Elles sont collégiennes et s’aiment d’amour dur. L’une vient d’un milieu modeste et collectionne les complexes. L’autre est d’une beauté vénéneuse et mène une existence légère entre sa piscine et son terrain de tennis. L’autre, c’est Ariane, jeune fille incandescente avec qui la narratrice noue une relation furieuse, exclusive, nourrie par les sévices qu’elles infligent aux autres. Mais leur histoire est toxique et porte en elle un poison à effet lent, mais sûr.
Premier roman sur une amitié féroce, faite de codes secrets et de signes de reconnaissance, à la vie à la mort.

68 premières fois
Blog Agathe The Book (Agathe Ruga)

Les critiques
Babelio
Technikart 
7sur7.be
Quatre sans quatre 
La Règle du jeu (Laurent-David Samama)
Blog Le Capharnaüm éclairé
Blog Mon féérique blog littéraire 


Myriam Leroy présente son premier roman Ariane. © Production TV5 Monde

Les premières pages du livre:
« Quand j’ai eu douze ans, mes parents m’ont inscrite dans une école de riches. J’y suis restée deux années. C’est là que j’ai rencontré Ariane. Il ne me reste rien d’elle, ou presque. Trois lettres froissées, aucune image. Elle est morte juste avant l’émergence des réseaux sociaux. Aucun résultat ne s’affiche lorsqu’on tape son nom sur Google. Ariane a vécu vingt ans et elle n’apparaît nulle part. Ma mémoire se purge peu à peu de tous les souvenirs qui la concernent. Quand j’ai voulu en parler, l’autre jour, rien ne m’est venu. J’avais souhaité sa mort et je l’avais accueillie avec soulagement. Elle ne m’avait pas bouleversée, pas torturée, elle ne revient pas me hanter. C’est fini. C’est tout. Je faisais souvent ce rêve étrange et ragaillardissant : mes parents m’annonçaient que j’avais été adoptée. Et soudain, tout prenait sens : l’abîme entre leur tête et la mienne, le décalage entre l’incubateur malgracieux qui m’avait vue grandir et ma belle âme raffinée, nos empoignades dantesques…
Dans cette thèse, tout se tenait. Malheureusement, elle était infirmée par les principaux intéressés qui prétendaient que je ressemblais au paternel si on regardait bien. Voilà qui achevait de me démoraliser tant je trouvais mon père affreux avec son nez plein de couperose et son menton fuyant. Je souhaitais que la note discordante que je jouais dans la symphonie familiale soit sanctifiée par un certificat, un label, une estampille qui dirait que je n’étais pas née de la chair de ces deux êtres ternes et ennuyeux. Ma légende personnelle avait en outre besoin d’être rempaillée par un vrai drame, une tragédie qui pourrait être revendiquée publiquement, susciter le respect, la compassion voire l’admiration de mes semblables. Je jalousais mes camarades de classe orphelins ou battus que je voyais nimbés d’une grâce mystérieuse, auréolés d’une douleur que personne ne s’aviserait de contester. Seulement moi, j’étais tristement banale. Enfant délavée, sans la plus minuscule catastrophe à valoriser. J’ai été élevée dans une ascèse qui aurait pu être qualifiée de luthérienne si mes parents n’avaient été de fervents catholiques. Par conviction pour mon père, qui allait s’engager pour le séminaire au moment où il rencontra ma mère, et par obligation pour cette dernière, que la religion avait à vrai dire toujours emmerdée mais dont elle ne questionnait pas le bien-fondé des prescrits. Elle était catholique parce que c’était ce qu’on était à son époque, dans un milieu qui ne tolérait aucune excentricité. Là-bas, mettre une veste en cuir témoignait déjà d’un douteux processus de marginalisation : ma mère portait des cols Claudine.
À la fin des années soixante-dix, ils se marièrent, achetèrent une maison, se mirent en ménage, eurent des enfants, et se prirent ensuite à espérer que ceux-ci deviennent aussi conventionnels qu’eux, car enfin les conventions n’existaient pas pour rien. Ma mère était une grande femme sèche comme une merluche, noueuse comme un saule, née fâchée, comme en attestait la ride profonde entre ses sourcils. Mon père, de son côté, rasait les murs tel un moine capucin et ne parlait pour ainsi dire jamais, sauf pour donner l’heure à ma mère qui persistait à ne pas porter de montre pour entretenir sa dépendance à son époux. À la maison, nous vivions à moitié dans le noir car c’était ainsi que l’intimait notre culture domestique, tenant d’une certaine esthétique de la prostration et parce que l’électricité coûtait cher. Ma sœur et moi ne manquions de rien, sauf du superflu.

Extraits
« Je voudrais me rappeler avec précision les premières paroles échangées avec Ariane, la manière dont on s’est rapprochées, elle et moi, comment j’ai abandonné mon statut de péquenaude ainsi que Tomas et Lisa, mes deux coreligionnaires de quarantaine, mais je ne me souviens pas. Il y eut pourtant un avant et un après : son personnage éclipsa tous les autres, qui se muèrent en figurants silencieux et flous. J’ai beau me creuser la tête et retourner dans tous les sens mes douze, treize et quatorze ans, avant que les choses tournent à l’aigre entre Ariane et moi, j’y trouve à peine mes parents en version silhouettes et quelques gêneurs, vagues obstacles à notre idylle. »

« Ils périrent dans un accident de voiture au retour de la chorale. Mon père avait pris l’autoroute à contresens phares éteints: ils furent percutés par un quadra bourré qui s’en tira avec une côte froissée. Il ne restait de la petite Opel de mes parents que quelques débris éparpillés des deux côtés du terre-plein centralh qui s’en tira avec une côte froissée. Il ne restait de la petite Opel de mes parents que quelques débris éparpillés des deux côtés du terre-plein central. »

« Arthus passa devant moi sans un regard. Stefano refrénait son hilarité. C’était bien un pari. Fin de l’idylle. Le cœur raviné par de pudiques larmes de désespoir, je me demandai si je pourrais aimer à nouveau, un jour, quand je me serais reconstruite. »

« Maintenant, dans une béatitude toute raëlienne, elle trouvait tout formidable, Élodie « carrément géniale « , et notre trio « dément ». Car il s’agissait bien d’un trio aujourd’hui, peu importait que cela m’agrée ou non, les lignes avaient bougé en mon absence, pendant que j’allais me faire tripoter par ce con à mèche, pardon, vivre une histoire d’amour poignante dans le bois, je n’allais quand même pas imaginer que le monde attendrait que je décolle ma bouche de la sienne pour tourner quand même, si? »

« Je souhaitais à présent être appréhendée comme une jeune femme insaisissable, émouvante et dangereuse à la fois, je voulais qu’on me voie ardente et raffinée, qu’on m’aborde comme une fille dont on espère, à force d’offrandes et de serments, palper le grand secret dans les replis compliqués de l’âme. À cet effet, pour la rentrée, je décidai de m’habiller en noir de pied en cap, ongles et lèvres lie-de-vin, dans une tentative d’occuper un créneau subtil entre la veuve sicilienne et la jeune gothique de cimetière. De mes origines culturellement prolétaires je ne dirais rien, et la découverte de mes racines difficiles par les plus téméraires de mes camarades allait forcer le respect pour l’éternité. »

À propos de l’auteur
Myriam Leroy est journaliste en radio, télévision et presse écrite à Bruxelles. Ariane est son premier roman. (Source : Éditions Don Quichotte)

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Éparse

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En deux mots:
L’un des romans les plus originaux de l’année, sorte de bilan à mi-vie d’une femme, entre les Mythologies de Barthes, le Je me souviens de Perec et la Haute fidélité de Nick Hornby. Un régal !

Ma note:
★★★★★ (coup de cœur, livre indispensable)

Ma chronique:

Lisa rien que toi, moi, nous

Lisa résume sa vie, fait des listes, crée son propre dictionnaire, accompagne le tout d’une jolie playlist et nous offre le roman le plus délicieux de ce début d’année.

Les émotions, l’exaltation, le sourire permanent au coin des lèvres qui accompagne le critique au moment de rendre compte d’un bonheur de lecture sont quelquefois de terribles ennemis. Car se pose alors la question : « comment pourrai-je au mieux rendre compte de l’originalité de ce livre, du plaisir rencontré au fil des pages, de ce lien invisible mais très solide et très exclusif qui s’est créé entre Lisa et moi. D’ailleurs, ai-je vraiement envie de le partager, de rajouter le nous après le toi et moi? Comme l’égoïsme est un vilain défaut, voici les clés de plus original des romans de cette rentrée.
Le résumé le plus court, mais aussi le plus juste, est livré par la romancière elle-même qui se souvient de sa lecture de Haute fidélité de Nick Hornby: «des listes, de la musique et des histoires d’amour ratées. Un bon résumé de ma vie».
On peut donc aussi suivre ce mode d’emploi, cette Vie mode d’emploi, en énumérant les listes que dresse Lisa pour retracer son parcours de fille, de femme, de mère. Au célèbre «Je me souviens… », il convient de rajouter «La dernière fois que… » ou encore, par exemple, «Nous nous habituons… » ou encore «j’ai essayé… » et plus original les « Je t’aime Mathieu Amalric parce que… » qui nous offrent sur des pages l’occasion de partager des souvenirs, des images, des émotions, des remarques. Après la liste des conseils qu’on lui a longtemps dits, comme: «Celui-là, c’était pas le bon / Un de perdu, dix de retrouvés / C’est bien aussi d’être seule… », on ajoutera encore – pour notre plus grand bonheur – des listes d’adjectifs, des listes de verbes «Disséquer, décortiquer, dépecer, démantibuler, détruire… », des listes de courses qui ont garni le réfrigérateur familial et, cela va de soi, l’inventaire de son sac à main au fil des ans ainsi que celui des armoires familiales (ah, le sous-pull en lycra!)
Viendront encore les acteurs et chanteurs, les auteurs qu’elle a lu et dont elle parsème le livre de citations ou encore, pour faire bonne mesure, les émissions de télé qui l’ont accompagné de l’enfance à l’âge adulte.
On réservera une place à part à la musique. Car si la bande originale figure en fin de volume, la bande-son est indissociable de la vie de Lisa, dès sa naissance (c’est parce que ses parents avaient acheté l’album Sad Lisa de Cat Stevens en 1970
Et qu’ils aimaient beaucoup cette chanson qu’elle a été prénommée Lisa).
De Brassens à Dominique A., de The Cure à à Portishead, en passant par Michael Jackson (quelle frayeur en découvrant le clip de Thriller à huit ans) et Madonna, on peut aussi raconter une vie. Surtout si l’on y ajoute les titres qui accompagnent les amours naissantes et ceux qui, par la suite, pansent les plaies des chagrins.
Car après les listes et la musique viennent «les histoires d’amour ratées». Une autre façon de résumer le roman. Cela commence avec la séparation de ses parents en 1977 : « Jeune femme bien sous tous rapports quitte homme bien sous tous rapports. Entre eux, une fillette de trois ans. Derrière, un mariage hâtif d’adolescents trop vite devenus parents. Devant eux, un divorce pas vraiment à l’amiable, pas vraiment à tort. » Ballottée entre père et mère, essayant de trouver un peu de réconfort chez les grands-parents, cherchant aussi bien avec les copines qu’avec les garçons la signification de l’amour, faisant des expériences diverses, couchant avec ne inconnue autant qu’avec son meilleur ami, on la suit jusqu’au moment où elle devient elle-même mère et où ses enfants lui renvoient quelques messages subliminaux, par exemple quand son fils lui lance «J’ai envie de voir tous les films de Mathieu Amalric». En effet, les chiens ne font pas des chats.
Je pourrai m’arrêter là car vous devez avoir sans doute n’avoir qu’une envie, vous précipiter chez votre libraire. Mais il y a encore tant à dire.
Vous mettre l’eau à la bouche avec quelques aphorismes et formules qui, comme le beurre dans les épinards, rajoutent de la saveur au récit. En voici quatre parmi d’autres : « Il m’arrive d’appeler des amies le soir pendant des heures. Cela me semble bien plus efficace qu’une consultation chez le psy. » ; « Tous ces gens qui déclarent : « j’ai l’impression de passer à côté de ma vie. » Je me demande quelle destination ils choisissent à la place » ; « Les amours se suivent. Mais dans l’entre-deux, l’attente peut sembler longue. » ; « Je te quitte, tu reviens. Tu me quittes, je reviens. Personne n’y comprend rien. »
Je n’oublierai pas le tableau hilarant des arguments pour une vie commune et des arguments contre une vie commune et je ne résiste pas à vous livrer ce que je considère comme la preuve la plus tangible de la naissance d’un écrivain : quand le vocabulaire ne suffit pas à rendre exactement un sentiment, un fait marquant, alors le mieux est d’un créer un. Délectez-vous de ce dictionnaire, de ces nouveaux fragments d’un discours amoureux :
Nostalgymnastique (n.f.) : stimulation mnésique de la pensée qui consiste à regretter de façon répétée des sensations, des objets ou des lieux disparus afin de provoquer leur résurgence.
Couplabilité (n.f.) : habilité du sujet à éprouver un sentiment de faute après avoir mis à mal l’avenir de son couple, et par conséquent l’équilibre familial.
Électrolovographie (ELG) : représentation graphique de l’activité amoureuse du cœur, nommée électrolovogramme. Cette activité électrique est liée aux variations de potentialité amoureuse des cellules spécialisées dans la cristallisation (lovocytes) et des cellules spécialisées dans l’automatisme et la conduction des influx nerveux dans le sytème amoureux.
Exemple : On ne peut plus rien pour cette patiente docteur, son ELG ne donne plus signe d’activité.
Rupturlute (n.f) : Rupture brutale, à s’en ôter les mots de la bouche.
Exemple : Ce mec m’a encore fait le coup de la rupturlute. Franchement, c’est dur à avaler.
Désordinaire (adj.) : se dit d’une personne ou d’un fait qui n’est pas conforme à l’ordre établi, qui a pour habitude de rompre avec les habitudes, de façon parfois chaotique.
Archéolovie (n.f.) : Étude approfondie d’histoires d’amour anciennes reposant sur la collecte de leurs traces sensibles et de leurs preuves matérielles.
Phosphène (n.m.) (grec phôs, lumière, et phainein, briller) : sensation devant l’œil d’éclairs lumineux, bleutés ou blancs, mieux visibles la nuit et qui se répètent souvent au même endroit.
Exemple : J’ai des phosphènes plein les yeux, ça fait comme une boule à facettes qui tourne non-stop dans ma tête.
Exclusivisme (n.m.) : droit imaginaire que l’on s’octroie de posséder l’amour exclusif de quelqu’un que l’on aime à l’exclusivité de tout autre.
Mélancollection (n.f.) : ensemble de données tangibles qui, accumulées, constituent le terreau fécond d’une tristesse ressentie de manière régulière et douloureuse.
Indécroissance (n.f.) : aptitude physio-sociologique des enfants à prendre de l’âge bien plus vite que leurs parents et à s’éloigner d’eux alors que ceux-ci ne sont pas du tout préparés à leur départ.
Exemple : Mon fils fait une violente poussée d’indécroissance : si ça continue, il sera adulte avant moi.
Et si après ça, vous n’êtes toujours pas convaincus, j’imagine qu’il ne reste plus qu’à tenter dans me lancer dans une opération du type «satisfait ou remboursé» !

Éparse
Lisa Balavoine
Éditions JC Lattès
Roman
208 p., 18 €
EAN : 9782709659840
Paru le 3 janvier 2018

Ce qu’en dit l’éditeur
À travers une série de fragments, Lisa Balavoine – la quarantaine, divorcée et mère imparfaite de trois enfants – fait le tour de son existence comme on fait le tour du propriétaire, et signe le roman espiègle et nostalgique de toute une génération.
Convoquant la mémoire de chansons, de films, d’événements emblématiques des années 80 à aujourd’hui, entremêlant souvenirs de jeunesse et instantanés de sa vie quotidienne, elle fait de son histoire intime un récit dans lequel chacun peut se reconnaître. Car les questions qu’elle pose (sur l’éternel recommencement de l’amour, sur les héritages et la transmission…) sont les nôtres. Car ses doutes, ses joies, ses peines fugaces ou durables, nous les connaissons. Car les inventaires audacieux qu’elle propose (description à la Perec d’un tiroir de salle de bain, arguments pour ou contre la vie de couple, liste de ses phobies, déclarations d’amour aux acteurs qu’elle a aimés…) nous renvoient à nos propres obsessions.
Telle est la prouesse de ce livre : à mesure que l’auteur rassemble les morceaux de son puzzle personnel et tente l’autopsie de la première moitié de sa vie, c’est le lecteur qui se redécouvre lui-même.

Les critiques
Babelio
Publik’ART (Béatrice de Loriol)
Soul Kitchen (entretien avec l’auteur et Playlist)
Blog Au fil des livres
Blog Bricabook

Les premières pages du livre 
« Enfant, je n’avais pas envisagé de devenir une personne normale.
*
Désormais il convient d’être réaliste. La peau de mon visage se constelle de taches brunes de mois en mois, parfois de jour en jour. Il faudrait que je prenne rendez-vous chez un dermato. Je vieillis. J’ai des rides persistantes autour des yeux. Mon cou s’empâte, mes paupières s’affaissent, mon corps se flétrit. Certains matins, je me réveille trempée de sueur. J’ai parfois mal au dos. Maigre consolation, je n’ai pas de cheveux blancs. En revanche, je crois que j’ai perdu un centimètre. Je laisse faire. Je ne lutte pas. Je n’ai pas les armes.
*
Ma mère écoutait beaucoup de chanteuses tristes qui chantaient tristement des chansons tristes. France Gall rêvait qu’on lui fasse tout bas une déclaration. Véronique Sanson se demandait si cet amour aurait un lendemain. Nicole Croisille criait qu’on lui téléphone pour lui dire qu’on l’aime. Corynne Charby vivait comme une boule de flipper qui roule. Jakie Quartz s’entêtait à faire une mise au point pour toutes les victimes du romantisme. Bibie désirait tout doucement arrêter les minutes supplémentaires qui faisaient de sa vie un enfer. Toutes étaient seules, abandonnées, perdues et le clamaient haut et fort. Leurs mots résonnaient quotidiennement dans l’appartement et déposaient leur lot de larmes amères sur les cils de ma mère. Sur la bande FM de ma jeunesse ne se promenaient que des femmes qui avaient le vague à l’âme.
*
Je voudrais pouvoir décoller les différentes couches de papier peint de ma vie pour retrouver le lé d’origine.
*
Je n’aime pas les transports en commun. Je n’aime pas les multiplexes de cinéma. Je n’aime pas les supermarchés. Je n’aime pas les centres commerciaux. Je n’aime pas les parcs d’attractions. Je n’aime pas les clubs de vacances. Je n’aime pas les meetings politiques. Je n’aime pas les manifestations sportives. Je n’aime pas les chaînes de fast-food. Je n’aime pas les défilés militaires. Je n’aime pas les plages bondées. Je n’aime pas les fêtes de la Saint-Sylvestre. Je n’aime pas les rassemblements familiaux. Je n’aime pas les stations de ski. Je n’aime pas les expressions à la mode. Je crois que je suis un peu snob. »

Extraits
« Nous revenons de loin. Il n’y a plus de première fois ou toutes les premières fois ont un air de déjà-vu. On fait encore les cons, on boit encore trop de bières, on danse encore sur les mêmes chansons. On se sent jeunes, on croit même qu’on l’est plus qu’avant. On aime plus fort, parce qu’on ne sait pas ce qu’il y aura après, on aime même mieux, pour peu qu’on ait de la chance. On a le corps qu’on peut, on a le corps qui va avec notre histoire. On sait ce qui peut lui faire du bien, du mal aussi, on fait les deux, on n’a plus rien à perdre. On s’est vus géants, invincibles, la jeunesse en bandoulière, no future qu’on disait. Nous étions si jeunes. Nous ne savions rien. Nous ne savions pas ce qui viendrait après et qui a tout changé. Nous n’avons plus vingt ans. Nous faisons le bilan. Nous sommes encore vivants. »

« Nous apprenons à faire avec le temps qui passe, le temps qui colmate, ie temps qui guérit. Nous lui sommes reconnaissants de faire durer les heures, les minutes et les secondes, interminables, de nos chagrins. La douleur peut bien nous clouer au sol et nous mettre à genoux, le temps fait son travail. C’est un bon petit soldat. Il parfait l’érosion des peines, il encense les vertus de l’attente. Bien sûr, il nous arrive de le maudire, de lui en vouloir de ne pas s’écouler plus vite, de ne pas nous téléporter ailleurs, à toute berzingue vers une nouvelle histoire et des bras inédits, Nous aimerions bien qu’il se bouge le cul, le temps, le temps, qu’il accélére la machine, qu’il change les décors, les costumes et les acteurs, qu’il réagence la piéce, qu’il remixe Ia bande-son, qu’il redistribue les rôles. Nous lui faisons la gueule, au temps, souvent. Mais il ne nous en veut jamais. Il ne nous laisse pas tomber, en tous cas pas tout de suite, pas sans avoir essayé, pas sans avoir réparé. »

À propos de l’auteur
Lisa Balavoine vit et travaille à Amiens comme professeur-documentaliste.
Eparse est son premier roman, dont des extraits ont été publiés dans la revue Décapage. (Source : Éditions JC Lattès)

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Le courage qu’il faut aux rivières

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Voici trois bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce qu’Emmanuelle Favier explique la genèse de son roman à partir d’une photo dans une exposition sur le genre, au MuCem à Marseille. « Cette photo m’a happée. Les vierges jurées, c’est un sujet très étrange. Il existe d’autres coutumes du même genre dans le monde, pas exactement identiques, mais approchant. Les petites filles que l’on habille en garçons en Afghanistan pour aider à travailler, jusqu’à la puberté. Mais cette tradition des vierges jurées d’abord c’est en Europe, là tout près de chez nous et puis c’est un choix assumé, adulte, et ce sont des gens qui sont complètement intégrés à la société.»

2. Parce que, à partir de cette photo, elle a construit un roman sur la manière dont se construit une identité. « À cette quête d’identité, incarnée dans le roman par une marche à travers le pays, s’ajoute toute une ramification d’autres sujets comme le genre, le désir, comment inventer son propre désir sans rester enfermé dans des catégories. Le roman s’articule autour de trois personnages, chacun étant une variation de cette idée de prendre en main son destin et de dire « Je décide ce que je suis », quitter ses origines, faire une grande boucle pour revenir vers soi-même. Paul Ricoeur dit qu’il faut passer par les autres cultures pour comprendre la sienne, c’est même le propre de l’anthropologie. »

3. Parce qu’il figure dans la sélection des «68 premières fois», une association dont le but est de faire découvrir les premiers romans et les promouvoir par l’intermédiaire d’un collectif de plus de 70 lecteurs.

Le courage qu’il faut aux rivières
Emmanuelle Favier
Éditions Albin Michel
Roman
224 p., 17 €
EAN : 9782226400192
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Elles ont fait le serment de renoncer à leur condition de femme. En contrepartie, elles ont acquis les droits que la tradition réserve depuis toujours aux hommes : travailler, posséder, décider. Manushe est l’une de ces « vierges jurées » : dans le village des Balkans où elle vit, elle est respectée par toute la communauté. Mais l’arrivée d’Adrian, un être au passé énigmatique et au regard fascinant, va brutalement la rappeler à sa féminité et au péril du désir.
Baignant dans un climat aussi concret que poétique, ce premier roman envoûtant et singulier d’Emmanuelle Favier a la force du mythe et l’impalpable ambiguïté du réel.

Les critiques
Babelio
Culturebox (Laurence Houot)
Blog Sur la route de Jostein
Blog Dans la bibliothèque de Noukette


Emmanuelle Favier présente son premier roman Le courage qu’il faut aux rivières © Editions Albin Michel

Les premières pages du livre

Extrait
« Après quelques secondes elle se relève, sa robe flotte autour d’elle, souillée par la terre et la pâte sanglante du masque dont les traces ont coulé jusque sur son ventre. Sa mère entre à son tour dans l’arène, les bras chargés d’un tas sombre qu’elle dépose en tremblant aux pieds de l’adolescente. Celle-ci soulève sa robe, la fait passer par-dessus sa tête. l’onde blanche s’étale sur le sol. Elle n’est plus couverte aux regards que par d’amples caleçons et par la bande de tissu qui enserre déjà la poitrine. Elle commence à revêtir les habits traditionnels, le tirce, la blouse, le gilet, le petit chapeau. » (P. 52)

À propos de l’auteur
Née en 1980, Emmanuelle Favier, correctrice chez Mediapart, est l’auteure d’un recueil de nouvelles, Confessions des genres (Luce Wilquin, 2012), de plusieurs recueils de poèmes et de trois pièces de théâtre, dont l’une, Laissons les cicatrices, a reçu le prix de la Manufacture des Abbesses. Entre 2011 et 2016, elle a animé des ateliers d’écriture et des rencontres littéraires, notamment à la Maison de la poésie.
Le courage qu’il faut aux rivières est son premier roman. (Source : livreshebdo.fr)

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L’été en poche (13)

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Une allure folle

En 2 mots
De la grand-mère Mathilde à sa fille Annie, la mère de l’auteur, ce sont trois portraits qui traversent un siècle et les drames familiaux. Quelquefois les secrets de famille méritent d’être révélés!

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Francine de Martinoir (La Croix)
« À travers les fragments du passé, la voix de la romancière se fait entendre, le récit devient plus ample dans la liberté et la profondeur de la fiction. À la fin de cette course folle, les deux figures, mieux connues, ont gagné en mystère, celui du roman, inséré dans les plis du récit autobiographique. »

Vidéo


A l’occasion de la Foire du Livre de Bruxelles 2016, rencontre avec Isabelle Spaak autour de son ouvrage « Une allure folle ». © Production Librairie Mollat

L’été en poche (7)

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Le grand marin

En 2 mots
Lili décide quitter la Provence pour pêcher en Alaska. A bord du Rebel, elle va découvrir des conditions de travail dantesques, un peu d’amour et le goût de l’absolu. Au-delà du récit d’aventure, cette quête ultime est tout simplement un grand roman.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Jérôme Garcin (BibliObs)
« Cette héritière sauvage de Conrad et Melville, qui écrit «J’aurais voulu être un bateau que l’on rend à la mer», a composé, sous sa yourte provençale, un étourdissant et rugissant premier livre dont la prose évoque l’inquiétant mugissement d’une corne de brume. »

Vidéo


Catherine Poulain présente son ouvrage «Le grand marin» © Production librairie Mollat.

La tresse

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En deux mots
Smita l’indienne, Giulia la sicilienne et Sarah la canadienne se font des cheveux. Trois itinéraires de femmes qui vont se rejoindre pour former une tresse somptueuse. Découvrez LE premier roman de l’année !

Ma note
etoileetoileetoileetoileetoile (coup de cœur, livre indispensable)

La Tresse
Laetitia Colombani
Éditions Grasset
Roman
224 p., 18 €
EAN : 9782246813880
Paru en mai 2017

Où?
Le roman se déroule conjointement en Inde, en Sicile et au Canada.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Trois femmes, trois vies, trois continents. Une même soif de liberté.
Inde. Smita est une Intouchable. Elle rêve de voir sa fille échapper à sa condition misérable et entrer à l’école.
Sicile. Giulia travaille dans l’atelier de son père. Lorsqu’il est victime d’un accident, elle découvre que l’entreprise familiale est ruinée.
Canada. Sarah, avocate réputée, va être promue à la tête de son cabinet quand elle apprend qu’elle est gravement malade.
Liées sans le savoir par ce qu’elles ont de plus intime et de plus singulier, Smita, Giulia et Sarah refusent le sort qui leur est destiné et décident de se battre. Vibrantes d’humanité, leurs histoires tissent une tresse d’espoir et de solidarité.

Ce que j’en pense
Olivier Bourdeaut avait connu l’an passé avec En attendant Bojangles (qui vient de paraître en poche chez Folio) un succès phénoménal, propulsant par la même occasion la maison d’édition bordelaise Finitude sur le devant de la scène. Le hasard veut que ce soit une bordelaise qui lui emboîte le pas. Laetitia Colombani figure d’ores en tête des meilleures ventes et son premier roman est en cours de traduction dans seize langues. Mais au-delà des chiffres, attachons-nous aux lettres. Car elles méritent toute notre attention !
Voilà en effet l’une des œuvres les plus originales de l’année, moderne par son scénario, audacieuse dans sa construction, efficace dans son rythme, et j’ajouterais brillant dans son engagement.
Le scénario nous propose de découvrir successivement trois femmes dans trois continents différents. Trois femmes qui n’ont à priori aucune chance de se rencontrer, car elles vivent non seulement à des milliers de kilomètres l’une de l’autre, mais sont surtout de conditions sociales. On commence par découvrir la condition très difficile de Smita. Faisant partie de la caste des intouchables, elle n’est considérée que comme bonne à nettoyer les excréments des familles plus aisées du village. Si ce n’est l’amour de son mari – chasseur de rats – qui la fait tenir, c’est l’espoir que sa fille pourra aller à l’école et pourra aspirer à une condition meilleure. Mais le jour où son enfant est humiliée par son enseignant, elle comprendra que sa seule issue sera la fuite. Loin du village, loin des injustices, loin des insultes.
Giulia est la seconde femme du roman. Cette jeune sicilienne accompagne son père, gravement malade, durant ses derniers jours. Propriétaire d’un atelier de traitement de cheveux à Palerme, ce dernier laisse derrière lui une entreprise au bord de la faillite. Julia va échafauder un plan pour sauver la société et son personnel avec l’aide de son ami immigré Kamal. Elle va toutefois se heurter à sa famille, très conservatrice.
La troisième femme est une brillante avocate qui ambitionne de prendre la tête du cabinet où elle n’a cessé de grimper les échelons. Sarah a choisi de faire carrière au mépris de sa vie de couple et, après deux divorces, mène de front carrière et éducation des enfants. Jusqu’au jour où elle est victime d’un malaise et que les examens révèlent un cancer. Pour elle, un autre combat commence alors.
On l’aura compris, la construction audacieuse tient dans cette manière de tresser ses trois histoires de telle façon qu’elles puissent se rejoindre, même si les plus perspicaces vont assez rapidement pouvoir deviner ce qui peut rapprocher les trois femmes.
L’efficacité du rythme tient en de courts chapitres qui s’achèvent tous par une nouvelle révélation et qui font que le lecteur ne peut dès lors plus lâcher le livre avant l’ultime rebondissement. Laetitia Colombani donne ici ses lettres de noblesse à ce que les anglo-saxons appellent le «page turner» et que l’on pourra traduire par une addiction à la lecture.
Reste la défense et illustration du rôle de la femme en ce début du XXIe siècle. Bien mieux que des études statistiques, sociologiques ou politiques, l’auteur nous donne à comprendre, à ressentir, à partager les injustices qui perdurent, la discrimination qui persiste, le machisme qui continue à régir les relations. Par-delà le niveau social et par-delà les cultures. La tresse est aussi le roman de la détresse. Ce qui le rend dramatiquement beau et universellement juste.

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Les livres de Joëlle (Joëlle Guinard)
Blog L’ivresse littéraire (Amandine Cirez)
Blog T Livres T Arts
Blog Mes écrits d’un jour (Héliéna Gas)

Autres critiques
Babelio
La Croix (Stéphanie Janicot)
Elle (Olivia de Lamberterie)
Libération (Alexandra Schwartzbrod)
Onlalu (Pascale Frey)
Blog Mille et une frasques 

Les premières pages du livre


Laetitia Colombani lors de son passage dans La Grande Librairie de François Busnel

Extraits
« Smita voudrait tant dire: réjouis-toi, tu n’auras pas ma vie, tu seras en bonne santé, tu ne tousseras pas comme moi, tu vivras mieux, et plus longtemps, tu seras respectée. Tu n’auras pas sur toi cette odeur infâme, ce parfum indélébile et maudit, tu seras digne. Personne ne te jettera des restes comme à un chien. Tu ne baisseras plus jamais la tête, ni les yeux. Smita aimerait tant lui dire tout ça. Mais elle ne sait comment s’exprimer, comment dire à sa fille ses espoirs, ses rêves un peu fous, ce papillon qui bat son ventre. »

« Giulia ne manquerait de rien, assurément. De rien sauf de l’essentiel, répond-elle. Elle refuse de se soumettre, de s’enfermer dans une cage aux barreaux bien lustrés. Elle ne veut pas d’une vie des convenances et d’apparences. »

« Sarah a toujours été maîtresse de ses choix, des orientations de sa vie, elle était une executive woman comme on dit ici, littéralement « une personne jouissant d’une position dominante dans une entreprise ou une compagnie, qui prend des décisions et les fait appliquer ». Dorénavant, elle subit. Elle se sent trahie, comme une femme répudiée qu’on renvoie parce qu’elle n’a pas donné ce qu’on attendait d’elle, parce qu’on la juge inapte, insuffisante, stérile. »

A propos de l’auteur
Laetitia Colombani est scénariste, réalisatrice et comédienne. Elle a écrit et réalisé deux longs-métrages, À la folie… pas du tout et Mes stars et moi. Elle écrit aussi pour le théâtre. La Tresse est son premier roman. (Source : Éditions Grasset)

Site Wikipédia de l’auteur 

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