L’Amérique entre nous

SEIGNE_lamerique_entre_nous RL_Hiver_2022

En deux mots
De New York à Boston en faisant tout le tour des États-Unis, Aude Seigne nous propose un road-trip durant lequel elle s’intéresse à la culture cinématographique et s’interroge sur l’amour qu’elle éprouve conjointement pour deux hommes.

Ma note
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique

Road-trip amoureux en Amérique

C’est dans un nouveau voyage que nous entraîne Aude Seigne dans ce roman qui s’interroge aussi sur la possibilité d’un amour pour deux hommes en même temps. Le cœur ne serait-il pas un chasseur solitaire?

Quand la narratrice débarque à New York avec Emeric, son compagnon, le couple est déjà riche d’une belle expérience, la traversée de l’Atlantique en paquebot, étape préparatoire à leur grande traversée des Etats-Unis. Journaliste dans un magazine suisse de cinéma, le Star, elle a obtenu un congé sans solde de trois mois mais aussi un mandat pour rassembler du matériel qui servira à une numéro spécial sur le cinéma américain. Ainsi, tout en suivant Emeric, photographe animalier, elle profite du voyage pour rencontrer acteurs et réalisateurs, visiter des lieux emblématiques, réécrire l’histoire du septième art.
Mais dès les premiers pas dans la Grande pomme, elle se heurte à une réalité nourrie par la fiction. La ville qu’elle parcourt est-elle celle que son imaginaire a construit à partir des films et des séries ou bien faut-il tenter de se débarrasser de ces images pour découvrir le «vrai» New York? Une interrogation qui va servir en quelque sorte de fil rouge tout au long des étapes du voyage, des Appalaches à la Californie, en passant par les grands parcs nationaux, Chicago et le Nouveau-Mexique. Chaque étape, y compris les motels où l’on s’arrête pour une nuit ou encore le match de baseball auquel on ne comprend rien des règles, confronte fiction et réalité, images fantasmées et réalité intrinsèque.
La belle idée d’Aude Seigne consiste à doubler ce questionnement d’une seconde quête, introspective. Comme ces paysages, elle cherche constamment à savoir qui elle est vraiment, qu’elle image elle donne aux autres. Depuis la rencontre avec Emeric jusqu’à celle avec Henry, depuis leur premier voyage jusqu’à cette escapade américaine. Jusqu’où elle peut être elle-même. Car il y a Emeric, qu’elle aime depuis sept ans, mais il y a aussi Henry, le collègue qui la comprend si bien et dont le femme attend un enfant. Henry qui, avant Emeric, aura appris qu’elle avait choisi de ne pas garder l’enfant qu’elle portait, Henry qui la comprend si bien, même sans parler. Alors peut-être fait-il dire à Emeric ce qu’il en est vraiment, qu’elle les aime tous les deux, qu’elle n’a pas envie de choisir. Mais un tel aveu ne va-t-il pas faire voler en éclats leur relation? Et comment réagirait-elle s’il décidait de s’octroyer la même liberté?
Si, au fil du récit, le voyage intérieur prend davantage de place que la découverte, il ne cesse d’être rattrapé par la réalité. Comme l’écrivait Umberto Eco en parlant du roman «les références au monde réel s’y mêlent si bien. Cela donne alors lieu à certains phénomènes bien connus. Le premier consiste à projeter le monde fictionnel sur le réalité, autrement dit à croire en l’existence réelle de personnages et d’événements fictifs». Aude Seigne en apporte ici une belle illustration, y ajoutant même une dimension supplémentaire en ajoutant une longue playlist qui accompagnera la lecture d’un fond sonore qui est aussi un guide musical.

La Playlist du livre (merci à Julie Vasa !)

L’Amérique entre nous
Aude Seigne
Éditions Zoé
Roman
240 p., 17 €
EAN 9782889279814
Paru le 6/01/2022

Où?
Le roman est principalement situé aux États-Unis. Il nous emmène de Boston à Boston en effectuant un tour complet du pays.

Quand?
L’action se déroule de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Pendant trois mois, un couple parcourt les États-Unis en voiture. Ciels, villes, animaux, tout les émerveille. Ils en profitent pour vérifier les clichés européens sur l’Amérique. Elle interviewe les stars et tente de distinguer le vrai de la fiction; lui photographie les geais bleus et les loups. Elle assiste à un mauvais match de baseball, ils traversent des incendies. La narratrice a pourtant un objectif plus important: elle aime deux hommes à la fois mais ne cesse de retarder le moment d’en parler à son compagnon.
Dans ce roman sur l’Amérique et l’amour libre, la narratrice procède à une enquête passionnée. Un va-et-vient vertigineux entre exaltation et blessures, doutes et ténacité, qu’accompagne une playlist accordée à la tonalité de chaque partie.

Les critiques
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Lecteurs.com
goodbook.fr
RTS (Nicolas Julliard)
Roaditude
Blog Joellebooks
viceversa littérature (Sarah Benninghoff)
Livrescapades
Blog L’Apostrophée (Julie Vasa)


Aude Seigne présente son nouveau roman, L’Amérique entre nous © Production éditions Zoé

Les premières pages du livre
« 1
L’Amérique ressemble d’abord à une ligne. Une discontinuité de points jaunes dans l’obscurité. Je songe à ces petites tourelles lumineuses qui indiquent les ondes sonores sur les appareils électroniques et qu’on appelle sonagrammes. L’Amérique est un sonagramme qui approche, dressé sur une première langue de terre noire qui déchire l’horizon. Je me penche vers Emeric. Ses boucles blondes agitées par le vent tiède chatouillent mes paupières et ma tempe. Je crie pour que ma voix couvre le vrombissement des machines : « On arrive en Amérique. » Il me corrige en souriant : «Aux États-Unis.»
Des centaines de réveils ont sonné simultanément, vers 4 h du matin, dans la succession de petites cabines voguant sur les eaux sombres. Quand nous sommes sortis sur le pont, l’air s’était modifié. Il n’était plus piquant et rageur comme pendant la traversée, mais tiède et sucré, chargé d’un bruissement presque tropical. J’ai eu tellement de peine à me lever que je me suis demandé si quelque chose n’allait pas. J’ai touché mon ventre, bombé et douloureux depuis quelques mois. Mais ça n’était pas pire qu’un autre jour.
Depuis le pont 12, à 50 mètres au-dessus de l’océan, nous regardons défiler le sonagramme – Long Island – que nous remontons à vitesse de tortue. Quarante minutes s’écoulent pour atteindre le pont Verrazano-Narrows, petite guirlande dorée qui marque l’entrée de la baie, puis trois heures encore pour s’amarrer au quai de Brooklyn. Dans la même durée, un avion aurait traversé la moitié de l’Atlantique, et le pont, le paquebot luminescent, la ville naissante, ne seraient qu’un feu d’artifice éphémère pour les yeux volatils.
À côté de nous, un quinquagénaire croit reconnaître la statue de la Liberté, s’exclame «There she is» en pointant du doigt. Il comprend sa méprise à mesure que le paysage grandit, désigne une autre trace lumineuse dans l’aube – «Oh no, there she is» – répète l’erreur et le geste, une vingtaine de fois. Je m’amuse de sa confusion, ignorant que moi aussi je chercherai bientôt un sens dans cet amas de pixels, perdue entre la verticalité et l’horizontalité complémentaires. Accoudé au bastingage, Emeric est quasiment immobile, sa silhouette de géant sourit d’un air serein. Il est beau. Je le lui dis et le photographie. Nous sommes euphoriques et fatigués.
Le ciel crépite, devient bordeaux puis mauve, dépêche des palettes de couleurs que je croyais impossibles sans Photoshop. Une craquelure fait surface. La baie de New York se déploie devant nous, l’arceau du pont en délimite l’accès comme un portique sacré. Hier, un officier en second a annoncé que la manœuvre serait délicate, puisqu’il n’y a que trois mètres entre le sommet des cheminées du paquebot et le tablier du pont. Je ne peux m’empêcher de serrer les dents, d’imaginer le fracas de carbone et d’acier, le bruit de la catastrophe.
Mais Hollywood est à l’autre bout de cette nouvelle terre et rien ne se produit. Le bateau glisse souplement sous le pont, un passage, une invitation. À cet instant, un camion klaxonne à tout va. Le mastodonte lumineux voguant à quelques mètres sous ses roues doit lui sembler étrange et magnifique. Son salut sonne comme un Welcome in America.

2
L’énormité du navire ne nous apparaît qu’au moment de le quitter. Les clients des suites ont la priorité, ainsi que ceux qui ont payé un supplément pour débarquer au plus vite. Il faut compter une journée de manœuvres pour évider notre petite ville flottante, déposer à terre ses 2 700 passagers, membres d’équipage, voitures, colis, instruments de musique et marchandises réfrigérées dans leurs contenants spécifiques. Pendant toutes ces heures, nous patientons dans notre chambre, sortons nus sur le balcon ouvert sur Manhattan. On pourrait peut-être nous voir, aux jumelles, depuis les gratte-ciels sud, mais comme on nous verrait de l’autre côté de l’univers, avec un décalage temporel qui annulerait l’impudeur. Une vedette aux initiales de la NYPD file devant la statue de la Liberté que nous avons finalement dépassée. L’île et le pays qu’elle amorce paraissent si proches que nous pourrions les toucher. Au premier plan, les canots de sauvetage en suspension devant les gratte-ciels semblent désormais de trop.
Nous profitons de l’attente pour utiliser le wifi gratuit du bureau d’immigration, qui rayonne jusque dans notre chambre après une semaine de déconnexion. Je cherche l’adresse de notre logement dans l’est de Brooklyn, le réseau me propose un trajet d’une heure à pied que nous décidons de suivre. Pendant que mes pouces s’activent, je laisse les notifications s’empiler en haut de l’écran. Parmi les noms familiers, je lis celui de Henry. Je survole son message pour y revenir plus tard, pour ne pas être trop imprégnée de la joie qu’il me procure.
Nous débarquons dans un hall sans fenêtre, où des caméras noires pendues à des tiges nous observent. Je m’attends à un interrogatoire serré, mais tout va vite, donner ses empreintes, bredouiller plus qu’on acquiesce, le bruit mat du tampon dans le passeport. La sortie du hangar est un tunnel qui débouche sur une lumière aveuglante, Emeric et moi le franchissons presque en courant, extatiques. Puis nous sommes dehors. Le soleil blanc de New York en juillet inonde le bitume. Nous contournons les taxis entassés sur le quai, nous éloignons à pied dans la chaleur vrombissante. L’aura de luxe suranné du paquebot se dissout rapidement derrière nous.
Nous marchons en direction de l’est, soulagés de suivre des lignes, un quadrillage qui contredit l’immensité marine. Mais le sac pèse, des mauvaises herbes poussent entre les dalles blanchies des docks. La zone industrielle que nous traversons est vide, sale, les regards que nous y croisons titubent. Il ne faut pas marcher beaucoup pour comprendre que nous sommes entrés dans New York par la banlieue, que nous sommes très loin de Downtown Manhattan, des brassées de dollars numériques de Wall Street, du clinquant de Broadway. Il me vient que je ne connais aucune ville qui exporte autant d’images d’elle-même, alors que nous sommes ici depuis trente minutes et que l’image me semble déjà incomplète. Nous nous faisons dépasser par les taxis qui emportent les voyageurs du paquebot, d’un confort à l’autre.
Nous perdons et retrouvons notre chemin à plusieurs reprises, sortons discrètement nos téléphones pour consulter la carte. Les rues ont beau être parallèles, elles débouchent sur des terrains vagues, là où devraient se tenir des parcs, des infrastructures sportives. Ou alors notre progression est barrée par une soudaine autoroute, qu’une petite passerelle de métal rouillé surmonte. Au bout de 45 minutes, il commence à pleuvoir, nous sommes rincés d’une averse d’été épaisse, gluante. Puis le soleil au zénith dissipe tout malentendu, brûle à nouveau les trottoirs en assassin.
Le propriétaire de l’appartement nous a fourni le code de la première porte, qu’il a recommandé de bien fermer derrière soi en s’assurant de ne pas avoir été suivis. Nous nous exécutons, restons bloqués derrière la seconde porte, à laquelle personne ne répond. Nous patientons la journée avec des allers-retours au café, à l’épicerie, au parc, où un groupe d’hommes assis sur des marches nous hèle : «Hey, white people, what are you doing here ?» En guise de réponse, nous leur sourions. Ils ont raison, nous n’avons pas la moindre idée de ce que nous faisons ici.
Lorsque le propriétaire arrive, il parle de la sécurité, surtout le soir. La station de métro n’est qu’à une centaine de mètres, et ce que je comprends, c’est qu’il faudra atteindre cette station comme un refuge. Nous mesurons le poids de l’expression « sortir de sa zone de confort», la vedette de la police new-yorkaise semble ne jamais avoir existé maintenant que nous consultons le site gouvernemental qui répertorie les crimes récents. Dans notre rue, deux meurtres cette semaine. Le quartier est classé en orange foncé, la dernière couleur avant le rouge qui recense les plus hauts taux de criminalité.
Il reste encore plusieurs heures de lumière, mais, allongés sur ce lit qui était l’objectif de la journée, nous nous décourageons. Je répète que c’est normal, qu’on se demande toujours un peu ce qu’on fait là, les premiers jours, les premières heures d’un voyage. Nous évoquons Séoul, où nous avions erré dans l’aube printanière à la recherche de caractères latins, n’avions trouvé qu’un night-club encore ouvert qui nous avait servi des chips. Pour éviter de parler du présent, nous enchaînons sur Ljubljana, la petite chambre blanche près du canal paisible où nous faisions souvent l’amour. Entre nous, le sexe est presque un rituel d’emménagement. Nos corps épuisés par un vol ou un train de nuit se déposent sur le lit avec l’intention de faire une sieste, mais le sommeil lourd dans les draps frais nous rapproche. En voyage, nos corps sont plus présents, leurs désirs plus impérieux, comme si nous nous observions mieux hors de notre milieu naturel.
Mais cette fois aucun de nous ne touche l’autre. En évoquant Ljubljana, Emeric dit qu’on ne compare pas une capitale de 200 000 habitants avec New York, et le débat s’envenime, est-ce que c’est 200 000 ou 300 000, et qu’est-ce que ça change, si on ne se sent pas en sécurité ici ? Emeric s’installe dans un coin de la chambre avec son ordinateur pour retoucher des photos, je reste muette sur le lit à regarder le plafond. Le ciel orageux est un bâillon qui nous étouffe, à moins que ce ne soit la déception. Je sais qu’il faut aimer New York, tout le monde me l’a dit. Ou alors la détester pour de bonnes raisons. Le sol tangue encore sous mes pas. J’ai le mal de terre. Emeric fait une brève recherche. Combien ça coûte, un vol New York – Ljubljana ? Je dis qu’il ne faut rien décider quand on est fatigué.

3
Six mois plus tôt, dans le bureau de ma cheffe. Elle porte un blazer fluo trop grand pour elle, cadeau d’une soirée de réseautage la semaine passée. Elle m’invite à m’asseoir, m’adresse un bref sourire qui compense ses gestes secs. Pendant qu’elle s’éloigne pour refermer la porte dans mon dos, j’observe les dernières couvertures du magazine affichées contre le mur. STAR janvier, STAR février, qui s’apprête à sortir en kiosque. Je regarde la place qu’il reste sur le crépi. J’espère ne pas être ici pour voir les éditions de juillet à octobre s’y déployer. J’espère que Daisy me convoque pour me donner une réponse au sujet de mon congé sabbatique, ces trois mois que je lui ai demandés pour réaliser mon rêve de road-trip américain.
Daisy claque la porte et se rassied en faisant le vide devant elle. …

Extrait
« Je l’attends souvent au même café, à la même table, nous nous enlaçons pour nous saluer. Il me parle de sa famille, de sa femme, des autres filles qu’il a aimées, il parle des voyages qu’il aimerait faire et des choses qu’il ne fait pas, juste pour les préserver. Il dit qu’il n’a pas toujours été fidèle, sans préciser davantage, il parle des relations qui n’entrent pas dans les cases, des amitiés folles et des tentatives d’amour – il prononce aussi le mot polyamour. Je prends ses paroles pour des aveux, une reconnaissance claire de ce que nous pourrions être. Ses mots, sa simple présence physique, m’apaisent.
Il parle de nous comme d’une évidence. Il dit que le temps passe trop vite quand nous sommes ensemble, que nous sommes à moitié pareils et à moitié différents, et que c’est l’équilibre parfait pour faire un couple. J’ai envie de lui dire qu’il provoque, qu’il feint l’innocence, qu’il tente de me séduire avec des banalités, mais tous les clichés semblent justes quand c’est lui qui les prononce. Il dit qu’il y a toutes sortes de manières d’aimer quelqu’un, et que le couple n’en est qu’une.
Il dit qu’on se permet souvent avec lui une sorte de rudesse parce qu’il a l’air fort, mais que ça n’est pas toujours le cas. Je l’écoute avec une attention infinie, tant je veux comprendre qui il est, être un réceptacle pour tout ce qu’il ne peut pas être. Même les défauts et les complexes que je pressens me touchent, je me vois en prendre soin, naviguer chaque jour autour de ses impossibilités. Parfois j’ai l’impression qu’il se découvre en me parlant et j’aime ça – le regarder se construire. Parfois mes yeux s’égarent sur son visage, je me demande à quoi ressemblent ses taches de rousseur quand on s’y attarde, le disque fragmenté de son iris quand on s’y noie. Je me demande comment ce serait, si j’avais le droit, d’être tout près de lui. »

À propos de l’auteur
SEIGNE_Aude_Yvonne_BoehlerAude Seigne © Photo Yvonne Böhler

Aude Seigne est née en 1985 à Genève. À 15 ans, un camp itinérant en Grèce lui révèle ce qui sera sa passion et son objet d’écriture privilégié pendant les dix années qui suivront: le voyage. En parallèle de ses études gymnasiales, elle commence donc à voyager pendant l’été: Grèce, Australie, Canada, La Réunion. Le lycée terminé, elle découvre le temps d’une année sabbatique l’Europe du Nord, de l’Est, et le Burkina Faso. Elle effectue ensuite un bachelor puis un master en lettres – littérature françaises et civilisations mésopotamiennes – de l’Université de Genève qu’elle a préparé lors d’un séjour à Damas en 2008, voyage qu’elle décide de raconter sous la forme de chroniques poétiques. Parues en 2011 aux éditions Paulette, ces Chroniques de l’Occident nomade seront récompensées par le Prix Nicolas Bouvier au festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo, et sélectionnées pour le Roman des Romands 2011. La même année, le livre est réédité aux éditions Zoé. Elle continue d’écrire et de voyager autant que possible: Italie, Inde, Turquie. Tous ces voyages, ainsi que la rêverie sur le quotidien, font l’objet de carnets de notes, de poèmes et de brefs récits. En 2015 paraît Les Neiges de Damas, suivi en 2017, d’Une toile large comme le monde. Parallèlement, Aude Seigne travaille, avec Bruno Pellegrino et Daniel Vuataz, à la série littéraire Stand-by, dont les deux saisons sont publiées respectivement en 2018 et 2019. En 2022, elle publiera avec ses deux compères un roman intitulé Terre-des-Fins (Source: Éditions Zoé)

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Pas ce soir

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En deux mots
Marié depuis 23 ans à Isabelle, le narrateur ne voit pas la détresse de son épouse, déprimée après le départ de ses enfants et l’arrivée de la ménopause. Ils ne font plus guère l’amour, elle décide de s’installer dans la chambre de sa fille. Peut-il la reconquérir?

Ma note
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique

Chronique de la misère sexuelle

Avec cette capacité à humer l’air du temps, Amélie Cordonnier aborde la question de la lassitude sexuelle au sein du couple en se mettant dans la peau de l’homme délaissé. Un roman qui dérange, mais qui sonne très juste.

Amélie Cordonnier a cette faculté de nous proposer des romans qui éclairent les évolutions de notre société. Après les violences conjugales dans Trancher, elle avait posé quelques questions essentielles sur la filiation, l’amour maternel, la transmission et le racisme dans Un loup quelque part où un bébé avait la peau qui noircissait jour après jour. Avec Pas ce soir, elle s’attaque à la question des relations sexuelles au sein du couple. Et pour pimenter la chose, prend la place de l’homme.
Difficile de dire comment et même quand cela a commencé. Peut-être que la fameuse usure du couple aura eu raison de leur amour? Même si au sein du couple qu’il forme depuis 23 ans avec Isabelle rien ne semble avoir changé, c’est un cataclysme qui s’est abattu sur le narrateur. Après avoir constaté que la fréquence de leurs rapports sexuels diminuait petit à petit, Isa vient de lui asséner le coup de grâce. Elle a décidé de s’installer dans la chambre de leur fille Roxane, partie à Boston. Elle a beau répéter que ce sera mieux ainsi, qu’elle ne subira plus ses ronflements, il comprend que leur relation vient de prendre un tour funeste. À 50 ans passés, son désir est pourtant toujours là, sa femme toujours aussi belle. Alors, il tente de la reconquérir, multiplie les attentions, mais sans succès. Pour l’anniversaire de leur rencontre, il va proposer un week-end à Étretat, là où ils s’étaient déjà donné rendez-vous des décennies auparavant. À sa grande surprise, Isa le félicite pour cette initiative. Il est vrai qu’on a déjà fait rejaillir le feu d’un volcan qu’on croyait éteint. Mais à vouloir en faire un peu trop. Isa est malade et s’effondre dans le lit de leur chambre d’hôtel à Honfleur.
De retour de cette escapade qui se voulait amoureuse, le constat est amer. Voilà déjà plus de huit mois qu’ils n’ont pas fait l’amour. Et quand Isa entreprend de réaménager la chambre de leur fille, le drame est consommé. «C’est comme si en retirant le tapis, la table de nuit, ses livres et tous ses habits, Isabelle avait fait sauter une digue, comme si plus rien ne retenait sa souffrance longtemps diluée dans la nonchalance de la routine et qu’elle s’écoulait maintenant dans un torrent déchaîné. La douleur irradie en lui, se propage à une vitesse fulgurante dans tout son corps. Ce qui le crible à ce moment-là, ce n’est ni la désolation ni le manque, mais le sentiment abyssal de la perte. (…) Il prend tout à coup conscience qu’une partie de lui a disparu en même temps que tous les gestes qu’Isabelle ne fait plus. En s’éteignant, le sexe a tué bien plus de choses entre eux qu’il ne l’avait imaginé, et sûrement bien plus encore qu’il n’accepte de l’admettre. Son histoire avec Isa hoquette, leur vie à deux crève sans bruit. Et cette agonie l’anéantit.»
En déroulant la chronique de la misère sexuelle au sein du couple, Amélie Cordonnier réussit un double exploit. D’abord celui de se mettre à la place de ce quinquagénaire en mal d’amour sans que jamais la crédibilité ne soit prise en défaut et ensuite parce que, bien mieux qu’une étude sociologique, elle explore la frustration et tous les succédanés inventés pour tenter d’y remédier, le porno, les sextoys, les sites de rencontre.
Une écriture d’une belle inventivité est mise au service de cette histoire d’aujourd’hui qui mêle les slogans d’une société de consommation qui impose ses diktats jusque dans l’intime, des paroles de chansons et quelques punchlines bien senties. Quand on a que l’amour à s’offrir en partage…

Pas ce soir
Amélie Cordonnier
Éditions Flammarion
Roman
240 p., 19 €
EAN 9782080256416
Paru le 12/01/2022

Où?
Le roman est situé en France, principalement à Paris.

Quand?
L’action se déroule de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
«Un homme et une femme. Chacun de leur côté. Un homme qui ne dort pas et une femme qui s’assomme. Un homme sur sa tablette et une femme dans son bouquin. Un homme qui désire et une femme qui soupire. Un homme qui se désole, une femme qui s’enferme, les heures qui s’étirent. Et plus rien. Rien de rien.» Huit mois, deux semaines et quatre jours qu’il n’a pas fait l’amour avec Isa. Et ce soir, elle lui annonce qu’elle s’installe dans la chambre de Roxane, leur fille cadette qui vient de quitter la maison. Pourquoi le désir s’est-il fait la malle? Comment a-t-il pu s’éteindre après de si belles années? Le départ des enfants a-t-il été fatal? Est-ce que tout doit s’arrêter à cinquante ans? Lui refuse de s’y résoudre puisqu’Isa semble l’aimer encore. Amélie Cordonnier ausculte l’histoire d’un couple à travers le regard d’un homme blessé.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
goodbook.fr
Marianne (Jean-Paul Brighelli)

Les premières pages du livre
« Désolée, ne m’en veux pas, mais je dormirai tellement mieux là-bas. Elle a dit là-bas pour désigner la chambre de Roxane, et leur quatre pièces a beau mesurer moins de quatre-vingts mètres carrés, il lui a semblé que c’était loin. Très loin. Très très loin. Le bout du monde. Et peut-être aussi la fin d’un monde. Ah, bah d’accord. Ils en sont donc arrivés là… Des mois qu’ils se couchent en décalé, des mois qu’il la trouve systématiquement endormie quand il la rejoint. Des semaines qu’il se demandait comment elle faisait pour trouver si vite le sommeil avant de tomber sur la boîte de Donormyl. C’était déjà pathétique. La triste petite misère de la conjugalité. Mais alors là… Là, c’est encore autre chose. Un sale palier franchi. Un échelon supplémentaire gravi sur l’échelle de la désespérance. Lui qui adore la montagne se représente parfaitement la mauvaise pente, bien raide, sur laquelle ils se trouvent désormais. Et il a beau n’avoir jamais eu le vertige de sa vie, son obliquité l’effraie. Allongé, les yeux ouverts dans le noir, il a l’impression que des milliers de kilomètres les séparent. Qu’il l’a perdue. Que quelque chose entre eux s’est brisé. Net. Qu’il ne saura pas recoller. Si encore elle était partie à un stage de yoga au fin fond de la France, quand bien même il s’imaginerait, comme chaque fois qu’elle s’en va, les participants qui lui tournent autour, les tas de gars qui la félicitent chaleureusement pour sa souplesse et son lâcher-prise, lui sourient pendant le dîner, l’invitent à boire une dernière tisane et plus si affinités. Il préférerait la savoir à Lille ou Marseille, il préférerait se faire des films, se figurer les enfoirés qui la draguent et la raccompagnent jusqu’à sa chambre. Tous les scénarios pourris vaudraient mieux que celui-là. Eux deux sous le même toit, séparés par trois murs et un couloir. Il ne s’y attendait tellement pas. Mais pourquoi décider ça, comme ça, ce soir, après ce dîner chez les Berthon ? C’était pourtant ce qu’on appelle une bonne soirée. Le genre de soirée entre copains qui vous flingue la semaine à peine commencée. Dont il faut au moins deux jours pour se remettre. Ils ont beaucoup parlé, sacrément ri, énormément picolé et finalement terminé bien trop tard pour un mardi. Petits plats dans les grands, champagne et deux bouteilles de vin à quatre. Isa a eu mal au cœur à peine montée dans le taxi. A-t elle pris sa décision pendant qu’elle respirait tant bien que mal par la fenêtre ouverte sur la nuit froide de novembre ou est-ce en se démaquillant qu’elle a eu l’idée de dormir à côté ? C’est idiot, cela ne change rien au problème, mais il ne peut s’empêcher de se poser la question. Et la question tourne, tourne en boucle dans sa tête. Jamais la chambre ne lui a semblé aussi grande. C’est à croire que la solitude pousse les cloisons. Perdu, déchu. Détrôné dans ce king size. Le roi n’est à la hauteur de rien, ce soir. Il faudrait s’en moquer, réussir à ne pas dramatiser. Isa dort dans la chambre de Roxane. Point barre. Isa dort à côté parce qu’elle est fatiguée, qu’elle a besoin de récupérer. Pas de quoi en faire toute une histoire. Et puis ça va, il a compris qu’il ronflait comme un cochon. L’image d’un porc fangeux lui vient, qu’il chasse aussitôt. Celle de la locomotive l’agresse moins. Il ne voulait pas y croire, mais sait à quel point ses vrombissements sont affreux depuis ce dimanche midi où il s’était assoupi après le déjeuner. C’était il y a quelques mois, début juin, juste avant que Roxane ne parte pour les États-Unis. Les filles s’étaient amusées à le filmer pendant sa sieste et lui avaient fait écouter leur enregistrement à son réveil. Mortifié ! Il ne savait plus où se mettre. Ce soir la colère chasse la honte, qui gonfle et monte, monte en lui comme une sale bête.

Huit mois.

Huit mois deux semaines et quatre jours.

Huit mois deux semaines et quatre jours qu’il n’a pas touché Isa.

Quand le réveil sonne, il lui faut de longues minutes avant de réussir à se lever. Il émerge laborieusement. Mal à la tête. Et tête dans le cul, à moins que cela ne soit l’inverse. Besoin d’un Doliprane et d’un café. Assise au bar de la cuisine, Isabelle termine sa tartine. Grand sourire au-dessus de sa tasse de thé. Chemisier blanc, minijupe noire sur collants opaques. Elle a l’air d’une jeune fille. En fleur, malgré la corolle de cernes qui assombrit ses yeux. Bien dormi. Ce n’est pas une question, mais une information, qu’elle délivre sur un ton réjoui. Dormi comme un bébé même, prétend-elle en dépit du teint blême qui la contredit. Il remarque qu’elle prend des pincettes. Assez grosses, les pincettes. Il sent bien qu’elle surjoue, qu’il y a quelque chose d’un peu forcé dans cette gaîté matinale. Que c’est sa façon à elle de ménager sa susceptibilité, de s’excuser d’avoir déserté le lit conjugal. Il lui en est reconnaissant. Se félicite qu’elle fasse comme si de rien n’était. Comme si entre eux tout était normal. Il se promet de ne pas boire ce soir, histoire de ne pas ronfler. De toute façon, ces derniers temps il picole trop. Impossible de se souvenir à quand remonte sa dernière journée sans alcool. La bouteille qu’il débouche en rentrant du bureau y passe chaque fois ou presque. Une petite détox ne lui fera pas de mal.
Sa bonne résolution se dilue à mesure que s’écoule la journée. À midi il n’en reste plus que quelques gouttes qui finissent par s’évaporer. À 19 h 30, il commande une Tsing Tao bien méritée au Jap’ chez qui il passe en sortant du métro et la sirote en détaillant longuement le menu qu’il connaît pourtant par cœur. Il se décide finalement pour un SP5, ajoute des sushis, prend aussi des makis et des california rolls dont raffole Isa. Puis il s’arrête à la pharmacie juste en bas de chez eux. Déjà occupée avec une cliente, Charlotte s’interrompt gentiment, carte Vitale à la main, pour lui préciser qu’Olivier vient de partir. Aujourd’hui il a son fils. Ah oui, c’est vrai, on est mercredi. Contrarié. Il hésite puis, très vite, se décide : il repassera demain. Aucune envie de parler de ses problèmes à n’importe qui. En rentrant, il découvre sur la table de la cuisine le mot qu’a dû griffonner Isabelle ce matin avant de filer. Ne m’attends pas ce soir, je dîne avec Béné. Il avait complètement zappé. Il vit avec une éclipse. C’est à croire qu’elle fait tout pour passer le moins de soirées possible en sa compagnie. Il n’est plus pour elle qu’un intermittent. S’il avait su, il ne se serait pas tant dépêché, aurait accepté la proposition d’Éric et bu un verre avec lui en sortant du bureau. Tant pis. Il range les california rolls au frigo, se prépare un plateau et s’installe dans le salon. Les fenêtres donnent sur les voisins. C’est l’heure de la famille réunie autour de la table, l’heure de la télé allumée, des couples blottis dans le canapé, des gratouilles et des baisers. L’heure de tout ce à quoi il n’a plus le droit. Il finit par troquer son portable contre sa tablette. Tout le monde dit le plus grand bien de Marriage Story, alors allons-y. Adam Driver et Scarlett Johansson ne baisent plus, eux non plus, et s’écharpent à merveille. C’est vrai qu’ils sont bouleversants dans le rôle de ces parents en plein divorce, prêts à tout pour récupérer la garde de leur gosse. Il ne voit pas le temps passer. Cliquetis de clés. Déjà ? Bonsoir. Ah, tiens, te voilà ! Il met sur pause pour accueillir Isa et force son sourire. C’est un rictus de joker assorti d’un salut glacial et d’un Bonne soirée ? qui pue le dépit, mais ne refroidit pas Isa. Elle a visiblement envie de discuter. Ça va, t’as dîné ? Moi, je suis épuisée. Tu m’étonnes, ma vieille, après deux sorties d’affilée. Il se mord la langue juste à temps pour ne pas l’agresser et prétexte qu’il lui reste juste quatorze minutes de film pour esquiver leur conversation. Pas de souci, Isa retire son manteau, s’assoit face à lui pour se déchausser et annonce qu’elle va se démaquiller. Ce n’est que lorsqu’il éteint sa tablette, à la fin du générique, qu’il réalise qu’elle n’a pas retraversé le salon. Il la trouve endormie dans le lit de Roxane et comprend que, cette nuit encore, il la passera sans elle.
La peau rouge à force de s’embrasser, les bleus sur les genoux, les coudes brûlés par les va-et-vient frénétiques sur la moquette, les fringues disséminées dans l’appart, le soutien-gorge qu’on cherche partout avant de finir par le retrouver coincé dans l’interstice du canapé, au moins ils auront connu ça. Ensemble. Affaire classée. Mémoire bien rangée mais gros regrets. Et putain de nostalgie. C’est pas croyable comme ça peut faire mal, les souvenirs. Et comme ça jaillit sans prévenir. Impossible de se concentrer sur ce dossier. Il peine à avancer, s’agace chaque fois qu’un collègue l’interrompt, n’a toujours pas bouclé l’appel d’offres qu’il doit rendre après-demain. Une vraie cata. C’est bête à admettre, mais la perspective de passer une nouvelle nuit sans Isa l’angoisse et l’englue. Au point où il en est, autant rentrer. À 18 h 45, il plie, éteint son ordi, s’engouffre dans le métro. Puisque jamais deux sans trois, Isabelle va sûrement lui refaire le coup ce soir. Mais si jamais elle décidait de faire mentir le proverbe et de revenir dormir avec lui… Les Filles du Calvaire le convainquent d’envoyer un SMS à Olivier pour le prévenir qu’il va passer. Est-ce qu’il peut l’attendre avant de fermer ? La réponse s’affiche sans tarder : Bien sûr ! Le rideau de fer est déjà baissé à moitié. Fais gaffe à pas te cogner, le prévient son pote agenouillé devant le présentoir des brosses à dents. Un tube de Fluocaril ? blague-t il. Non, ce n’est pas ça le problème. Alors dis-moi, qu’est-ce qui t’amène ? Et de lui raconter ses ronflements qui dérangent sa femme. T’imagines la honte ? Mais non, la honte de rien du tout. T’es pas le seul, qu’est-ce que tu crois. Sept Français sur dix sont dans ta situation. Des chercheurs ont mesuré que les plus gros ronfleurs atteignent cent décibels, ce qui représente tout de même le bruit d’une moto… Alors tu vois, t’es vraiment pas le cas le plus désespéré. OK, donc on fait quoi ? Il y a l’opération, mais pour l’ablation du voile du palais, ce soir ça risque d’être un peu juste. Non, sans rire. Pour commencer se moucher avant le coucher et se laver le nez avec un spray à l’eau de mer. Ensuite plusieurs options. Il lui aurait bien conseillé de la lavande ou de la menthe poivrée mais puisque les huiles essentielles c’est pas son truc, autant qu’il prenne une boîte de bandelettes nasales. Non, mais fais pas cette tête ! Elles sont transparentes et flexibles. Le principe ? Très simple. Les bandes écartent délicatement les ailes du nez afin d’améliorer le flux de l’air ainsi que le confort respiratoire et elles favorisent une respiration nasale plutôt que buccale, beaucoup moins bruyante. À 15,50 euros la boîte de vingt-quatre, t’as rien à perdre. Et t’es presque tranquille pour un mois. Allez OK, adjugé ! Et vendu. Il sort de la pharmacie avec son sachet. Gêné… Presque autant que la première fois où il a acheté des capotes au supermarché. Rouge aux joues et profil bas, les yeux fixés sur le tapis roulant, il avait tout fait pour cacher son érubescence et éviter le regard de la caissière. Il s’en souvient comme si c’était hier, ce qui ne le rajeunit pas.
Il y a vingt ans, Isa se serait damnée plutôt que de louper leur sacro-saint ciné du jeudi soir. Elle avait toujours un plan B, C et même D au cas où la baby-sitter les plantait. Fini tout ça. Disparu un peu avant les bonnes vieilles soirées télé, Magnum et Häagen-Dazs, vautrés ensemble sur le canapé. Aujourd’hui, quand Isabelle n’est pas plongée dans un des bouquins qu’elle rapporte chaque soir de la librairie, elle est scotchée sur son portable. Inatteignable. C’est à devenir dingue. Qu’elle lui manque alors qu’elle est là, devant lui, ça le rend fou. Jamais elle n’a été si lointaine à son gré. Ce soir, elle n’a strictement rien mangé. Nourritures digitales. C’est économique, tu me diras. Il la regarde, absorbée, engloutie dans les abîmes d’Instagram. Le signal émet faiblement depuis les profondeurs où elle navigue, mais le son passe encore à peu près puisqu’elle lui répond. Avec un léger décalage toutefois et sans lever les yeux. Elle scrolle, scrolle, comme disent les filles qui n’en ratent pas une pour le provoquer et se moquent de lui quand il fait la guerre aux mots anglais. Si on lui offrait la possibilité de se réincarner, là, tout de suite, maintenant, il choisirait en écran. Oui, sans hésiter. En écran tactile. Au moins, elle le toucherait. Du bout des doigts. Peut-être même seulement de l’index, mais ce serait déjà ça. Ça lui suffirait. Il s’en contenterait tout à fait. C’est à en crever, tous ces gestes qu’Isa ne fait plus. La main dans la rue, même ça, ça a disparu. Alors tu penses, s’il avait su, il n’aurait pas fait rire les potes en leur exposant ses pauvres théories sur les ravages du sexe à la papa et l’amour pantouflard avec ou sans charentaises. Ce n’était pas la peine de se la péter, de préférer les grosses chaussettes aux chaussons et les cachemires aux pyjamas pilou. Isa et lui ont feinté, mais foiré. Entre eux, tout s’est érodé. Pas seulement le désir. La curiosité, la conversation aussi, et ça c’est le pire. Y a qu’à voir : qu’est-ce qu’ils se sont dit pendant ce semblant de dîner ? Qu’ils étaient claqués, que la journée avait été pluvieuse, compliquée, trop de cartons à déballer et de clients impolis pour elle, trop de réunions à rallonge et le métro blindé pour lui. Des fadaises. Des foutaises. La rengaine ! C’est fou comme on se croit toujours plus fort que tout le monde. Faudrait leur dire, aux filles, de faire gaffe, de vraiment se méfier, que l’amour finit par se pépériser et qu’on n’y peut rien, pauvres prisonniers de draps communs. Non, vaut mieux pas. Autant le garder pour soi. La petite baise hebdomadaire, vite fait pas toujours bien fait, une fois les enfants couchés, le dîner débarrassé et l’éponge passée sur le plan de travail, juste avant d’attraper la télécommande, il n’aurait pas cru que ça leur tomberait si vite sur la gueule. Ça l’a longtemps déprimé. Mais maintenant il le sait, c’est mieux que rien.

Il ne pense qu’à ça. Ça veut dire quoi ? Que tout le porte à frémir. Que tout le porte au désir. Qu’il a toujours les idées mal placées. Placées au même endroit en tout cas. Ça veut dire qu’au premier confinement, quand Isa revenait des courses en disant Il y a la queue partout, il devait se faire violence pour ne pas répondre Il y en a aussi une chez toi, tu sais ? Ça veut dire que s’il croise une jupe à vélo, il la laisse passer, histoire de reluquer ses jambes et d’avoir une chance d’apercevoir sa culotte. Ça veut dire qu’il suffit qu’une cliente lui serre la main pour qu’il se figure la sienne sur ses seins. Ça veut dire que s’il monte dans un taxi et que c’est une femme qui conduit, il fantasme tout ce qu’il pourrait lui faire sur la banquette arrière. Ça veut dire qu’en ce moment même, malgré les manteaux, les doudounes, les écharpes et les bonnets, malgré les cols roulés et autres pulls dissuasifs, malgré toutes les pelures empilées, il ne peut s’empêcher de déshabiller mentalement toutes les femmes qu’il mate dans le métro, de les imaginer à poil, de se représenter la forme de leurs seins et de parier sur la couleur de leur chatte. Ça veut dire qu’il bande depuis que cette brune s’est collée contre lui, bien obligée, wagon bondé. Charmante, tatouée et percée, reproduction parfaite de Lisbeth Salander. Elle a sûrement aussi un piercing sur les tétons. Et sans doute même sur le clitoris. Délice. Il s’imagine en titiller la bille de sa langue, de droite à gauche, de gauche à droite, la glisser entre ses dents et mordiller les lèvres de son sexe un peu trop vivement. La voit se pâmer, sur le point de jouir, l’entend gémir, s’enivre déjà de ses soupirs. Quand tout à coup, à mieux observer son visage, il découvre une gamine planquée sous le maquillage. Quel âge ? Quinze ? Seize ? Pas majeure en tout cas. Oublie ! Obsédé sexuel peut-être, maso, malade même, mais pas Matzneff. Ah, par chance, elle réussit à se décaler. Voilà facilement dix minutes qu’ils sont bloqués. La ligne 13 ne fonctionnera donc jamais. Encore plus bondée depuis que le tribunal de Clichy est terminé. Il finit par trouver une place assise à Gaîté, et à Plaisance, ça ne loupe pas, la machine à souvenirs s’enclenche. Temps retrouvé. D’un coup il revoit Isa pour la première fois. Toute menue. Pardessus beige, ceinture dénouée, foulard orange autour du cou. Peu maquillée. La moue irrésistible de sa bouche, le grain de beauté à droite de son nez. Son air mutin. Le claquement de ses talons quand elle monte dans le wagon. Les longues jambes qu’elle croise en s’asseyant sans le calculer, sans s’apercevoir un seul instant qu’il ne cesse de la dévisager depuis son siège. Ses yeux de biche baissés sur le bouquin qu’elle sort de sa besace. Sa concentration à elle et ses contorsions insensées à lui pour tenter d’apercevoir le titre du roman qui la lui vole, déjà. Couverture blanche bordée de bleu. Éditions de Minuit. Une apostrophe et un mot. Qu’il finit par déchiffrer. L’Amant. Il la fixe tout le temps que dure son court trajet. La voit se lever, sidéré. Il faudrait s’approcher d’elle, trouver un prétexte, n’importe lequel, quelque chose à lui dire pour la retenir, attirer son attention. Mais non. Crétin collé au strapontin. Happé par la fiction. Les portes se referment. Une détresse à peine ressentie se produit tout à coup, une fatigue, la lumière sur le quai, qui se ternit mais à peine. Une surdité très légère aussi, un brouillard, partout. Le voici condamné à la laisser s’éloigner, à la regarder marcher vers la sortie. Fugitive beauté. Ne la verra t il plus que dans l’éternité ? Non, pas perdue, pas possible. Le tunnel ne l’a pas encore engloutie qu’il se promet de la retrouver. À peine rentré chez lui, il s’y met. Un papier, un crayon. Et le plus dur à trouver : l’inspiration. Une, deux, trois, quatre, cinq, six, dix feuilles peut-être atterrissent en boule dans la corbeille. Peu importe. Il balbutie par écrit. Calme son impatience. Se hâte lentement, sans perdre courage. Hésite, se lance, rature, recommence. Non, ne pas avouer qu’il a jalousé cet Amant durant tout le trajet, trop direct. Lui confier qu’il aurait voulu être une ligne pour danser sous ses yeux ? Top mielleux. Il se gratte la tête, mordille son capuchon. Grosse concentration, yeux au plafond. Écrit, barre, recommence encore. Encore. Et encore. Ça va venir. Ça vient. Doucement mais sûrement. Il n’est plus très loin, il le sent. Et puis oui, ça y est, il tient sa formulation. « Jeudi 20 novembre, 8 h 20, métro Plaisance. Ce n’est pas le bac, mais c’est tout comme. Ni limousine noire, ni chapeau d’homme. Juste vous, plongée dans votre livre, et moi, intimidé, de vous, déjà ivre. Fuite à Varenne. Vous reverrai-je ? » S’il peut aujourd’hui encore réciter mot pour mot, sans se tromper, le message qu’il a glissé dans une enveloppe libellée à l’adresse de Libé, service des petites annonces, Transports amoureux, c’est parce qu’Isa l’a toujours gardé et qu’ils l’ont encadré puis accroché dans le couloir dès l’emménagement dans leur premier appartement. Il avait bien sûr noté au verso son numéro. Téléphone fixe. Pas encore l’époque du 06. Et le miracle s’était produit : Isa l’avait appelé. Oh, pas tout de suite, pas le matin de la parution de l’annonce dans Libération. Mais quand même assez vite, dans l’après-midi. Elle avait un peu hésité, le lui avait confié dans le bistro où ils s’étaient retrouvés peu après son appel. Il n’en revenait pas. Dès que la sonnerie avait retenti, il l’avait senti. Qui d’autre si ce n’est elle ? Sa voix dans le combiné. Assez assurée. Il ne sait pas, pas encore, qu’elle n’en mène pas large. Heureusement, elle ne peut pas voir qu’il tremble comme une feuille. Morte de trouille et de trac. Pas de simagrée. D’emblée tout est très simple entre eux. Il n’en croit pas ses yeux. Ni ses oreilles. Elle dit qu’elle lit Libé, souvent même les petites annonces en premier. Elle dit qu’elle l’avait repéré aussi. Et qu’elle avoue ça le scie. Il l’écoute, incapable d’articuler quoi que ce soit. Tout juste un oui quand elle lui propose de la retrouver au Rostand. À 18 h 30. S’il est libre, bien sûr. Bien sûr ! Sûr de rien en fait. Fait comme si. Comme si même pas peur, comme s’il allait de soi de s’installer en terrasse face au Luxembourg avec la femme qui, la veille, lisait en face de vous. Ne pas s’enfuir, ne pas s’en faire. Se laisser porter par la conversation qui se fait on ne sait comment, avec un naturel déconcertant. En crever de la séduire. Mais tout s’interdire. Mordre l’envie de l’embrasser. Déjà ? Non, mais calme-toi. La folie de rester sage. Lui sourire. Et silencieusement dire merci au métro Plaisance. La ligne 13 lui a-t elle vraiment porté chance ? Vingt ans plus tard il se pose la question. Elle est drôlement difficile. Pourtant à l’époque, cette fille qui aimait Marguerite Duras et devant qui il était tout chose, pas question de la laisser passer. Mais pas pressé. Il avait pris tout son temps. Ne l’avait pas brusquée. Et d’ailleurs cela avait fait la différence, il l’avait compris, bien plus tard, au détour d’une confidence. Des garçons qui vous sautent dessus, ça court les rues. Alors que lui ne la brusque pas, qu’il passe la chercher à la librairie, lui parle de poésie, qu’il ait étudié les lettres avant de bifurquer vers le graphisme, qu’il aime Baudelaire autant que Rimbaud, marche des heures avec elle sans rien tenter, qu’il lui fasse la conversation entre deux clients et la raccompagne chez elle sans chercher à monter, ça lui avait plu. Il ne s’était rien passé pendant des semaines. Deux mois même. Puis tout, d’un coup. Premier baiser, première nuit, lit une place partagé, plus quittés. Et si c’était à refaire ? Eh ben, il recommencerait. Il ne changerait rien. Rien de rien. Même annonce dans Libération, et tant pis pour le chagrin, la frustration et le dépit. C’est peut-être con, mais c’est comme ça.
Il a bien compris qu’Isabelle n’en peut plus. D’ailleurs elle ne s’en cache pas. Elle se félicite d’avoir dit à la librairie de trouver quelqu’un pour la remplacer le samedi parce qu’elle est crevée. Quand elle dit ça, en soufflant sur sa tasse de thé, d’un coup il repense au jeu du Mille Bornes qu’adoraient les filles, voit le pneu explosé et leur bagnole kaput au bord de la route, le capot défoncé. C’est rare qu’Isa se plaigne. Ça n’arrive même jamais. Pas le genre de fille à geindre. Donc si elle se lamente, c’est qu’elle est au bout du rouleau. Tout au bout. Et ça l’effraie. Il n’a pas toutes les cartes en main, pas de botte ni de roue de secours, mais il est là. Pour elle. Et elle peut compter sur lui. C’est ce qu’il veut lui dire en caressant son bras, mais elle le retire vivement. Alors il joint paroles et promesses à ce pauvre geste avorté, s’engage à la décharger au maximum ce week-end. Elle n’a qu’à préparer la liste de courses, il ira à Carrefour tout à l’heure. Et au marché demain matin, comme ça elle pourra faire la grasse mat’. Il se jure aussi de faire des efforts pour arrêter de ne penser qu’à ça. Mais ça, évidemment, il ne lui dit pas, il le garde pour lui. De toute façon ce n’est pas gagné. Rien n’est fait pour l’aider. Il tombe dessus partout. Nez à nez. Nez à fesses, nez à reins, nez à seins. Dans la rue, sur le cul des bus, au bistro, au bureau, sous terre, dans les parkings, le métro, au ciné. Et même sans sortir de chez lui, sur le Web, à la télé, la radio, dans les journaux. Jamais jusqu’alors il ne s’était rendu compte que le sexe avait envahi la ville. Il aura fallu qu’il s’éloigne du sexe, ou plutôt que le sexe s’éloigne de lui, pour qu’il apprenne à le voir, et qu’il le voie partout. Il aura fallu qu’il disparaisse de sa vie pour qu’il s’aperçoive de son omniprésence, découvre à quel point il sature l’espace. Fessiers au galbe parfait, décolletés plongeants, poitrines opulentes, petits seins de Bakélite qui s’agitent dans de minirobes dévoilant d’interminables gambettes, strings, shortys et autres tangas qui font la fête et la leçon en voici en voilà, exhortant, c’est selon, d’attiser les ardeurs, feindre l’indifférence ou énerver la concurrence. Ces corps de femmes parfaitement épilées, sans un pet de gras, trop bien gaulées pour être honnêtes, affichées en quatre par trois, tout le monde les voit. Tout le monde peut les reluquer : les minus de la maternelle, les gamins rigolards du primaire, les collégiens prépubères, les célibataires, les bons pères, les pépés et tous les frustrés du monde entier dont il fait partie. Il trouve que tout ça manque cruellement de décence, que ce gavage frise l’outrage. Rabat-joie ? Peut-être. Et alors ? Le sexe l’écœure soudain, qui s’incruste dans toutes les bouches, s’immisce dans les conversations familiales, amicales et même professionnelles. Il a longtemps été le premier à rire aux histoires salaces des copains. Mais ce soir, il n’y arrive pas. La faute à Isa qui ne lui a pas adressé la parole de la journée, a passé tout le samedi enfermée dans la chambre de Roxane quand elle n’était pas prostrée en pyjama dans le fauteuil du salon. C’est comme si sa fatigue avait déteint sur lui. Rincé depuis le début de la soirée. Il ne se sent pas de taille face à la bande. Les potes, eux, sont particulièrement en forme. Et en verve. Le troquet ne va pas tarder à fermer, mais Seb s’en fout. Il vient de commander une dernière bouteille pour la route qu’il ne fera pas puisqu’il habite à deux pas. Voilà facilement trois quarts d’heure qu’il décrit les prouesses de son nouveau plan cul. Même Philippe, toujours avide de détails, finit par se lasser et lancer une blague de sa spécialité. Enfin, ce n’est pas tout à fait la sienne, il l’a entendue dans le taxi, sur Rire et chansons, juste avant d’arriver. Vous connaissez le MMS, les gars ? Les trois autres piaffent, s’interrogent, déjà hilares avant même que Philippe n’ait commencé. Quoi, les M&M’s ? Lui s’attend au pire. Fixe son assiette où traîne un morceau de gras. Non, le MMS ! Sourire jusqu’aux oreilles, oreilles tout ouïe. Dans un couple, le sexe c’est toujours MMS. Au tout début, c’est Matin Midi et Soir, puis Mardi Mercredi Samedi, ensuite Mars Mai Septembre, et enfin Mes Meilleurs Souvenirs. Des applaudissements saluent cette chute. Philippe se lève, époussette sa veste et fait mine de s’incliner pour recevoir les compliments de ses compères éméchés. Nico se refait l’histoire en se marrant à gorge déployée et Seb n’en finit pas de se bidonner. Mais Olivier, comme lui, se tait. Il le remarque tandis que fusent les commentaires graveleux. Non, mais ça ne va pas, Dieu nous préserve de tout ça ! Une fois par semaine, déjà c’est quand même pas une aubaine. Et lui de calculer silencieusement, et les chiffres de s’afficher très lentement dans son esprit aviné : 1 mois = 4 semaines, donc 9 mois font 4 × 9 = 36 semaines. Et les nombres de tournoyer dans sa tête et sa tête de tourner dans un tournis généralisé. Et lui de s’entêter à recalculer le nombre de rapports sexuels qu’il a ratés, à raison d’un coït tous les sept jours, oui c’est bien ça : 36. Très loin, ses meilleurs souvenirs. La vexation le vrille soudain et une tristesse inavouée mais infinie s’abat sur lui, le terrasse comme un haut-le-cœur. Désemparé, il enfile son manteau, salue les copains, Désolé, je vais y aller. Seb râle, fait son vexé en lui tendant son verre : T’as même pas fini ton vin ! Alors il s’exécute, boit tout d’un trait et s’en va, mi-fugue mi-raison, sans se retourner. Sans réaliser qu’il laisse tomber son cœur en sortant. Dans le froid, sur le boulevard. Bouleversé.

Un bail que ce n’est pas le moment, qu’Isabelle a mal à la tête ou pas la tête à ça. Un bail qu’elle porte en collier la pancarte Prière de ne pas déranger. Des lustres de libido à zéro et puis Waterloo, un couple en déroute. Un gâchis immense. Inimaginable. Et minable. C’est le mot gâchis maintenant qui se répète et cogne de plus en plus fort dans sa tête, à mesure que se consume sa cigarette. Pas envie de rentrer. Encore envie du froid et de la nuit. Toute la nuit du monde s’engouffre dans son esprit. Il a beau fixer obstinément le trottoir, impossible d’empêcher ses yeux de venir s’accrocher à la façade en pierre de leur immeuble et de se suspendre au balcon de la deuxième fenêtre du troisième étage où dort Isa. Elle n’en peut vraiment plus de lui pour s’infliger ça, à cinquante balais, le pauvre petit lit une place de Roxane, les posters de midinette, le miroir en forme de cœur et le papier peint turquoise qui après toutes ces années a fini par se décoller par endroits. Il la dégoûte à ce point ? Est-ce que tout ça n’est pas du cinéma ? Un homme et une femme. Chacun de leur côté. Un homme qui ne dort pas et une femme qui s’assomme. Un homme sur sa tablette et une femme dans son bouquin. Un homme qui désire et une femme qui soupire. Un homme qui se désole, une femme qui s’enferme, les heures qui s’étirent et leur amour qui s’étiole. Et une fois de plus rien. Rien de rien. Rien n’endimanche ce week-end qui n’en finit pas. Rien ne rompt leur pauvre échappée en solitaire. Elle a bon dos, cette fatigue qui prend toute la place dans leur vie. Il veut bien croire qu’Isabelle est crevée. Mais il pense surtout qu’elle se fait chier comme un rat avec lui. Et la longue queue traînante du rongeur qu’il voit galoper dans l’appartement, la moustache aux aguets, avec son museau rose et pointu l’écœure, lui donne envie de gerber. Tout ce temps passé, perdu, à vivoter en espérant que la dernière fois qu’il l’a tenue nue dans ses bras ne soit pas la toute dernière… Il n’a jamais imaginé, pas même une seconde, qu’il ne ferait plus l’amour avec Isa. Parce que c’est tout bonnement impensable. Comment aurait il pu se figurer que plus jamais il ne la toucherait ? Si encore elle l’avait prévenu… Comme les filles qu’ils allaient voir au parc, dix minutes avant de partir, histoire qu’elles puissent se préparer psychologiquement : On va bientôt rentrer ! Ou bien quand elles regardaient un dessin animé : Dans cinq minutes, on éteint. Mais Isa n’a pas sonné le glas de leurs ébats. Ni tocsin ni carton. Aucune annonce et zéro lettre avec ou sans accusé de réception. Il ne saurait dire comment cela s’est fait. Comment ils se sont éloignés. C’est comme si la distance s’était immiscée entre eux à leur insu. Imperceptiblement. Dans un lent, très lent, un interminable travelling. Difficile de déceler un glissement lorsqu’il se fait si progressivement. Quand la fréquence de leurs rapports sexuels s’est ralentie, il ne s’est pas alarmé. Il a d’abord mis ça sur le compte de l’épuisement, du stress, de l’anxiété. Et puis il est arrivé plusieurs fois que son désir s’étiole. À la naissance des filles par exemple, il n’a pas compté combien de temps ça a duré, mais il y a eu plusieurs mois sans sexe. C’était frustrant, bien sûr, mais pas si désolant. Leur nouveau rôle de parent les accaparait l’un et l’autre. Il avait su se montrer patient et Isabelle compensait. À l’époque elle l’embrassait sans compter et lorsqu’il n’en pouvait plus, elle se déshabillait devant lui et acceptait qu’il se masturbe en matant ses seins, son ventre, son sexe. Et même s’il ne la touchait pas, c’était lui faire l’amour quand même. Ses yeux sur sa queue valaient toutes les caresses. Souvent il la massait et ses mains à lui sur sa peau à elle leur faisaient du bien à tous les deux. Les sens d’Isabelle se désengourdissaient peu à peu, puis l’envie finissait par revenir. Alors quoi, il ne la touchera plus, plus jamais ? Non, impossible. Cette idée lui est insupportable. »

Extrait
« C’est comme si en retirant le tapis, la table de nuit, ses livres et tous ses habits, Isabelle avait fait sauter une digue, comme si plus rien ne retenait sa souffrance longtemps diluée dans la nonchalance de la routine et qu’elle s’écoulait maintenant dans un torrent déchaîné. La douleur irradie en lui, se propage à une vitesse fulgurante dans tout son corps. Ce qui le crible à ce moment-là, ce n’est ni la désolation ni le manque, mais le sentiment abyssal de la perte. Une perte abominable, dont il n’est pas sûr de pouvoir se remettre. Ni même de le vouloir. Peut-être qu’elle finira par avoir sa peau et alors il mourra, comme ça. La bouche bêtement ouverte et la main sur la poitrine. Tranquille enfin. Il prend tout à coup conscience qu’une partie de lui a disparu en même temps que tous les gestes qu’Isabelle ne fait plus. En s’éteignant, le sexe a tué bien plus de choses entre eux qu’il ne l’avait imaginé, et sûrement bien plus encore qu’il n’accepte de l’admettre. Son histoire avec Isa hoquette, leur vie à deux crève sans bruit. Et cette agonie l’anéantit. » p. 99-100

À propos de l’auteur
CORDONNIER_Amelie_©Astrid_di_CrollalanzaAmélie Cordonnier © Photo Astrid di Crollalanza

Amélie Cordonnier est journaliste littéraire et l’autrice de Trancher et d’Un loup quelque part (Flammarion, 2018 et 2020), traduits dans plusieurs langues. Pas ce soir est son troisième roman. (Source: Éditions Flammarion)

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BARRE_le_corps_dorigine  RL_hiver_2021

En deux mots
À 58 ans, Guillaume Roussel a franchi allègrement toutes les étapes du pouvoir. Il vient de démissionner de son poste de Premier ministre pour se présenter à la Présidence de la République. Mais le favori des sondages doit faire face à un scandale. Après l’assassinat d’un escort-boy marocain, son nom est cité dans une liste laissée par la victime. Pour le représentant des conservateurs et des valeurs familiales, le coup est rude.

Ma note
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique

Quand tous les coups sont permis

Jean-Luc Barré, dans un roman de politique-fiction, raconte la campagne présidentielle d’un candidat de droite confronté à des accusations déstabilisantes. À un an des présidentielles, ce récit fort bien construit nous appelle à la vigilance.

Le parcours politique de Guillaume Roussel ne peut que laisser admiratif. Parti de rien, ou presque, il s’est hissé en quelques années, après Sciences-Po et l’ENA, de député à ministre de l’Intérieur, puis de ministre à Premier ministre. Et, à 58 ans, il est en tête des sondages pour succéder à Louis Moulins-Duthilleul, le Président de la République vieillissant, qui ne se représentera pas.
En rassemblant derrière lui les tenants d’une droite dure, il fédère le courant conservateur, majoritaire dans son pays. Au moins jusqu’à présent, son image d’homme public a parfaitement coïncidé avec le portrait qu’il souhaite donner de lui, soucieux des valeurs d’ honnêteté et d’intégrité, de la famille traditionnelle.
Alors que la campagne a pris son envol, il est informé de rumeurs qui enflent à son propos et qui risquent de lui causer beaucoup de torts. Des rumeurs qui vont se concrétiser avec la parution d’un article le mettant en cause suite au décès d’un jeune homosexuel marocain qui aurait laissé son nom sur une lettre listant ses relations.
Accompagné de son journaliste d’investigation, Norbert Pablo, le responsable de cet organe de presse vient du reste l’avertir qu’il dispose d’un cliché les montrant tous deux à une même table, avec d’autres convives. Secoué mais pas abattu, Gaëtan cherche tout à la fois d’où vient la fuite et comment il pourrait éteindre au mieux l’incendie qui couve. Sur les conseils de Sybille Royer, sa responsable de communication, il va choisir le présentateur-vedette du journal du soir pour démentir toutes les allégations, annoncer qu’il porte plainte pour dénonciation calomnieuse et qu’il poursuivra sa campagne sans rien changer au programme. Afin de pousser les contre-feux, il va aussi demander à son épouse, avec laquelle il a passé une sorte de Gentleman agreement, d’apparaître à ses côtés, et rassembler tous ses soutiens. Même le Président de la République, dont il soupçonnait qu’il puisse être à l’origine de la fuite, se fend d’un communiqué en sa faveur. Autant dire que cet épisode est désormais à ranger au rang des péripéties.
Alors qu’il s’apprête à rejoindre sa femme Héloïse en Touraine, Édouard Lessner, son avocat et ami l’informe cependant que de nouvelles attaques sont déclenchées. Les médias évoquent l’éventualité d’une double vie: «Vos liens aussi avec un personnage trouble comme Antoine Jelloul dont la présence à vos côtés, sur la photo, suffit à faire douter de votre morale… disons financière. Le sexe et l’argent, les ingrédients habituels des scandales politiques.» Pour Gaëtan, le jeu devient plus difficile et la double-vie qu’il s’était évertué à parfaitement cloisonner risque désormais de lui exploser en pleine figure. Comme lui a dit un jour le Président «la différence entre un héros et un salaud est parfois ténue. Ça dépend du dénouement.»
Jean-Luc Barré va pour sa part parfaitement réussir celui de son roman, en ajoutant quelques nouveaux épisodes de cette bataille où désormais on ne joue plus à fleurets mouchetés. Devant ce tableau cruel et sans fards du milieu politique, on pourrait sortir horrifié, imaginant l’auteur accréditer l’air de «tous pourris» qui gangrène régulièrement le cercle des élites. On pourrait aussi s’amuser à chercher derrière les protagonistes les visages de François Fillon, d’Edwy Plenel, d’Anne Méaux, de Bernadette Chirac ou encore de Ziad Takieddine. Mais j’y vois pour ma part bien davantage une sorte d’appel à la vigilance. À un an de la prochaine présidentielle, il va falloir trier le bon grain de l’ivraie, ne pas avaler tous les discours sans prendre un peu de recul, ne pas se laisser happer par une rumeur qui se révélera sans fondement quelques semaines plus tard. Si cette promenade dans les arcanes du pouvoir est aussi divertissante que glaçante, elle sert aussi à aiguiser notre regard de citoyen.

Le corps d’origine
Jean-Luc Barré
Éditions Grasset
Roman
256 p., 20 €
EAN 9782246818557
Paru le 14/04/2021

Où?
Le roman est situé en France, principalement à Paris. On y évoque aussi Lucé et la Touraine, Souzy-la-Briche dans l’Essonne et la côte amalfitaine.

Quand?
L’action se déroule de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Depuis le début de sa carrière politique, Guillaume Roussel a triché sur presque tout: l’argent, le sexe, les idées. Tout est usurpé dans son image publique, à commencer par la rigueur des principes et la fidélité aux valeurs dont il se réclame. Leader d’une droite qui se veut dure et sans concession, Guillaume Roussel s’est doté, au fil du temps, du profil adéquat: défenseur de l’ordre et de la tradition, gestionnaire sourcilleux, époux vertueux, chef de famille exemplaire, catholique de stricte obédience. C’est ainsi qu’il a réussi, porté par une ambition débridée, à accéder aux plus hautes charges de l’État. Élu député à trente-cinq ans, devenu ministre de l’Intérieur à cinquante ans, avant de s’emparer de Matignon quatre ans plus tard. Ce qu’on appelle un parcours sans faute…
A cinquante-huit ans, tout destine Guillaume Roussel à remporter la prochaine élection présidentielle quand il est mis en cause dans l’assassinat d’un prostitué marocain. Son nom est cité, parmi d’autres familiers du jeune homme, dans une lettre révélée après sa mort par un site d’investigation réputé pour ses enquêtes sulfureuses. Toute une partie de sa vie éclate au grand jour. On découvre, outre une bisexualité dont sa femme a toujours feint de ne pas s’apercevoir, sa connivence avec un des pourvoyeurs de fonds des milieux politiques et ses véritables origines idéologiques qu’il a reniées par opportunisme, pour prendre la tête d’un parti de droite, bien qu’issu de la gauche.
Piégé par son cynisme, ses mensonges et ses contradictions, Roussel devient l’homme à abattre pour tous ceux, le président sortant en tête, qui avaient détecté son double jeu. Convaincu de la protection que lui confèrent son « corps d’origine », l’ENA, et le fait de détenir sur les autres des secrets équivalents, il est cerné peu à peu par les révélations sur ses mœurs et ses mauvaises fréquentations. Il crie au coup monté, soupçonne très vite l’Élysée d’en être l’instigateur, mais sans parvenir à conjurer le scandale qui en résulte. Il perd une partie de ses soutiens, sa cote de popularité s’effondre. Impuissant à se défendre contre la calomnie, discrédité par les révélations qui s’accumulent, pris dans un engrenage apparemment sans issue, il se trouve de plus en plus isolé et à la merci de menaces judiciaires qui achèveraient de ruiner sa réputation et ses chances d’accéder à la fonction suprême. Seul un coup de théâtre pourrait lui permettre de se sortir d’affaire…

Les critiques
Babelio 
Lecteurs.com 
France inter (Ilana Moryoussef)
France Info (Patricia Loison)


Jean-Luc Barré s’entretient avec Julien Rousset à propos de son nouveau roman © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre
« Le soupçon
Ni vu ni connu, Guillaume Roussel a pris l’habitude de tricher sur presque tout depuis le début de sa carrière: l’argent, le sexe, les idées. Il n’en éprouve ni remords ni satisfaction. Tout au plus une certaine hantise, parfois, d’être démasqué. Mais il se rassure vite, conscient de n’être pas un cas isolé dans un univers comme le sien. Il considère même ce double jeu comme une particularité de son époque et l’un des travers de sa caste.
«Nous vivons dans un monde de faussaires», s’est-il exclamé, provocateur comme souvent, lors du dernier dîner de sa promotion, sans qu’aucun de ses voisins de table ne croie bon de se récrier ou de le contredire. On était entre soi et personne n’a semblé se demander à qui il faisait expressément allusion. Les mêmes qui se sont tus ce soir-là, par crainte ou approbation, s’empresseront quelques mois plus tard de voir dans cette formule de connivence un aveu qui n’engageait que lui.
Roussel sait qu’il partage avec nombre de ses condisciples le même « vice de fabrication » : des failles inavouables, des secrets indicibles qui pourraient se révéler compromettants s’ils ne scellaient entre eux, solidarité de corps oblige, une entente d’initiés. Un pacte d’entraide et de silence qui n’a fait que conforter Guillaume Roussel dans le sentiment de sa propre immunité.
Tout est usurpé dans son image publique, à commencer par la rigueur des principes et la fidélité aux valeurs dont il se réclame. Leader d’une droite qui se veut dure et intransigeante, Guillaume Roussel s’est doté, au fil du temps, d’un profil politique poussé jusqu’au stéréotype, allié à un physique adéquat : défenseur de l’ordre et de la tradition, gestionnaire sourcilleux, époux vertueux, chef de famille exemplaire, catholique de stricte obédience, sous l’aspect d’un homme d’allure policée, silhouette élancée, taille mince, visage aux traits virils et réguliers, cheveux bruns coupés court, sourire au charme étudié, voix ferme aux inflexions martiales, l’air d’être tout entier sous contrôle. Rien, si ce n’est le regard toujours un peu de biais, embusqué derrière des lunettes à fines montures, ne manque à cette panoplie sans tache reproduite à profusion sur ses affiches électorales et dans ses promesses de campagne.
Guillaume Roussel a forgé son autorité et sa réputation sur ce personnage d’emprunt, une façon d’être et de penser distincte de sa vraie vie. C’est ainsi qu’il a réussi, porté par une ambition débridée, à accéder aux plus hautes charges de l’État. Énarque, député de Saône-et-Loire à trente-cinq ans, ministre de l’Intérieur à cinquante, chef du gouvernement quatre ans plus tard. Ascension qualifiée d’irrésistible, à défaut d’autre explication, par des médias comme pris de court devant une telle facilité à se jouer des obstacles, une aptitude à séduire et s’imposer par une force de persuasion dont personne n’a jamais paru mettre en doute la sincérité ni soupçonner les faux-semblants. Ce qu’on appelle un parcours sans faute.
Le chef de l’État, Louis Moulins-Duthilleul, ayant dû renoncer, à près de quatre-vingts ans, à briguer un second mandat, on voit en Guillaume Roussel une sorte d’héritier naturel. Nul ne semble mieux placé, en tout cas, pour lui succéder. Roussel a quitté ses fonctions six mois avant l’échéance pour préparer la future campagne présidentielle. À cinquante-huit ans, faute de rival crédible et fort d’un bilan à Matignon jugé satisfaisant dans les sondages d’opinion, il a toutes chances de remporter l’élection. D’autant que sa désignation comme candidat, obtenue à la quasi-unanimité, a pris des allures de sacre lors du congrès de la Droite populaire. Une puissante machine de guerre électorale aussitôt mise en ordre de marche.
L’Élysée lui semble donc tout acquis quand au cours de la première quinzaine de février, à quelques semaines du premier tour fixé au 20 avril, une mauvaise rumeur s’est mise à circuler dans divers milieux parisiens.
À l’origine, un fait divers passé quasi inaperçu dans un premier temps : le meurtre un mois auparavant d’un jeune Marocain nommé Fouad Layannah. Son corps a été retrouvé poignardé au petit matin dans un square proche du boulevard Suchet, un des quartiers résidentiels les mieux préservés de la capitale. Cet assassinat focalise l’attention des médias depuis qu’un site d’information indépendant, baptisé Free Investigation, a révélé, dans les derniers jours de janvier, à la fois l’identité de la victime et les activités qui lui ont valu d’être fiché par les services de police.
Dans cette enquête, publiée à grand fracas, Fouad Layannah est présenté comme un escort-boy « très prisé des dignitaires de Rabat », qui aurait aussi entretenu des relations tarifées avec « certaines personnalités françaises ». Selon des sources officieuses, il aurait été éliminé pour avoir tenté de faire chanter des « clients haut placés ». Les mobiles du crime ne seraient pas seulement liés à la prostitution. D’autres pistes sont envisagées : trafic de drogue, escroquerie, règlement de comptes politique.
C’est un des proches de Guillaume Roussel, l’homme d’affaires franco-libanais Antoine Jelloul, qui l’a alerté le premier, peu avant la parution de l’article. Jelloul lui a téléphoné expressément à ce sujet, un soir vers minuit, depuis Tanger, une de ses escales favorites entre Dakar, Beyrouth et Paris. Il sortait d’un dîner où avait été évoqué, à mots couverts, un scandale sur le point d’éclater. « Diverses célébrités » y seraient impliquées, dont un ancien Premier ministre français. Jelloul, d’ordinaire très bien informé, n’en savait pas davantage sur l’homme politique en question, assurant que son nom n’avait pas été dévoilé. Mais au ton de sa voix, Roussel l’a senti inhabituellement prudent, évasif, comme s’il était tenu au secret. Jelloul et lui sont convenus d’en reparler dès leur prochaine rencontre à Paris.
Les choses se précisent peu après. Guillaume Roussel n’est pas attaqué ouvertement, son nom reste encore cité parmi d’autres sous le manteau. Mais les bruits qu’on lui rapporte de propos tenus en privé par certains de ses « amis » sont sans équivoque. C’est bien lui qui est directement visé. Il lui faut peu de temps pour s’en convaincre : au bout de quelques jours, comme déjà cerné par une meute invisible, il lui semble être pisté, épié, à la merci de regards où il ne lit que méfiance et soupçon. Chaque contact, même fortuit, ravive cette impression diffuse qui ne le quitte plus et pèse sur lui comme une ombre.
Au sein de son équipe rapprochée, personne n’ose aborder le problème. Un silence gêné qui a tout l’air d’une dérobade. L’attitude la plus surprenante est celle de son chef de cabinet, Pierre Servier. Également chargé de la direction de sa campagne, Servier, qui passe pour son homme de confiance, est devenu étrangement muet et absent. Le regard furtif, l’air embarrassé dès que Roussel s’efforce d’engager avec lui un début de conversation. Servier détient-il des renseignements inquiétants qu’il craindrait de lui livrer ? Estime-t-il les chances de son candidat déjà si compromises qu’il s’interroge sur la conduite à tenir ?
Pour tenter d’y voir clair, Roussel l’invite à déjeuner en tête à tête dans le salon privé d’un grand restaurant de Montparnasse, dont ils sont tous les deux familiers. Une pièce capitonnée de velours rouge, protégée par un rideau grenat à l’abri duquel ils ont fomenté, au cours des dernières années, alliances et complots en tous genres.
Ils commandent chacun une sole sèche et une bouteille d’eau minérale. Leur conversation, passé les banalités d’usage, a du mal à s’enclencher, entrecoupée de longs silences, comme s’ils avaient déjà perdu l’habitude de se parler. Roussel, qui mange vite, est près de finir son plat quand Servier, la mastication plus lente, semble s’ingénier à ne jamais terminer le sien. L’échange, entre deux bouchées, se limite à des questions d’intendance. Le candidat les évacue d’un geste de la main sans même feindre de s’y intéresser, alors que Servier s’attache à ne lui épargner aucun détail.
Roussel attend l’issue du repas pour aborder son seul sujet de préoccupation, après avoir espéré en vain que son directeur de cabinet prenne les devants :
— Dites-moi, Servier, vous qui êtes toujours au courant de tout… Savez-vous qui est le «grand homme politique» dont on parle dans les dîners en ville et certaines salles de rédaction? Un «leader en vue qui serait mêlé à cette affaire sordide du boulevard Suchet… On fait allusion à un ancien Premier ministre, mais sans le nommer… Croyez-vous que je sois visé?
Servier, qu’il appelle par son seul patronyme et voussoie comme tous ses collaborateurs, lui a proposé ses services dès qu’il l’a vu se lancer en politique avec l’ambition affichée d’être un jour le premier. Il l’a efficacement secondé dans sa conquête d’un parti alors exsangue, ressuscité sous le nom de Droite populaire, dont Roussel, après s’être débarrassé de ses vieux caciques, a pris la présidence sans lésiner sur les moyens de s’imposer. Décrit comme son « âme damnée », Servier se montre alors indispensable dans le contrôle d’un appareil totalement inféodé à son nouveau chef. Et c’est tout naturellement qu’il a accompagné ce dernier, au titre de « conseiller spécial », dans ses fonctions ministérielles place Beauvau, puis à Matignon où son bureau jouxtait le sien. Stratège, organisateur, éminence grise et porte-parole, homme des grandes et petites tâches, Pierre Servier remplit tous les rôles qui lui sont confiés avec autant de zèle que d’efficacité.
Ce haut fonctionnaire aguerri porte sur son visage un flegme, une raideur qui font qu’aucune réaction de surprise ou d’émoi ne s’y manifeste jamais. Sur ses traits, un frémissement de joie se distingue à peine d’un tremblement de colère. Tout se tient et rien ne filtre. D’humeur égale, Servier accueille les pires nouvelles comme les bonnes avec le même détachement. Long et sec, la voix impeccablement posée, le regard d’une froideur d’acier, la tenue d’une neutralité sans faille, costume gris cintré, chemise blanche amidonnée, cravate couleur anthracite, tout chez lui paraît obéir à une maîtrise imparable.
En l’observant de près, Roussel perçoit dans le comportement de Servier une gêne qui ne lui ressemble pas. Une sorte de trouble ou de malaise dans la subite tension qui s’est emparée de ses traits, la manière de se redresser sur son siège, puis de se caler de biais, comme pour trouver la position appropriée.
— Que savez-vous, Servier? Vous avez l’air bien embarrassé, lui fait-il remarquer, la tête penchée vers lui comme pour mieux l’aider à se délivrer d’un aveu encombrant.
— Personne n’ose vous le dire, finit par lui déclarer son second, le ton de nouveau assuré, le buste droit, les mains plaquées sur les accoudoirs du fauteuil. Mais cet homme dont on parle, c’est vous.
La phrase est tombée tel un verdict. Nette et tranchante, comme si la culpabilité de Roussel ne faisait déjà plus aucun doute dans l’esprit de son principal conseiller. Roussel n’est pas vraiment surpris par une annonce qui vient confirmer ce qu’il a appris par ailleurs. Mais il a décelé dans les yeux de Servier une lueur de défiance qui suffisait à trahir ses arrière-pensées. Ce qui l’étonne surtout, c’est d’avoir eu besoin de le pousser dans ses retranchements pour qu’il lui dise enfin la vérité. Servier ne l’a pas prévenu dès qu’il a eu connaissance de la personne ciblée. Il a attendu pour le faire d’y être contraint. Probablement parce qu’il n’a pas cru d’emblée à l’innocence de son patron. Comme s’il était devenu trop proche de lui pour l’imaginer au-dessus de tout soupçon.
Guillaume Roussel a pourtant veillé, de longue date, à instaurer entre eux une stricte séparation des genres. Une ligne qu’il a tout fait pour rendre infranchissable. En vingt ans de collaboration étroite et quasi permanente, il n’a rien laissé voir à Servier du reste de son existence. Il ne l’a pas reçu une seule fois à son domicile, ni convié à l’un de ses anniversaires ou à une fête de famille. Il ne lui a fait aucune confidence sur ses goûts, ses passions, ses amitiés les plus intimes. Ni rien dit de ses nécessités financières, avec ce qu’elles entraînent pour lui d’arrangements parfois risqués. Encore moins des secrets de sa vie amoureuse et des multiples détours qu’ils lui imposent.
Sauf à avoir mené sa propre enquête, ce que Roussel, encore convaincu de sa loyauté, se refuse à envisager, Servier ne peut connaître de sa personnalité et de ses habitudes que leur versant en quelque sorte officiel. Il semble s’en être toujours satisfait, tant son dévouement et sa discrétion lui ont valu en retour une influence aussi enviée que redoutée. Dès lors, quelle raison aurait-il, sous l’effet d’une simple rumeur, de mettre en doute l’intégrité d’un homme aux mœurs et fréquentations qu’il jugeait « irréprochables » ?
— Vous avez compris, j’imagine, qu’il s’agit d’une affaire fabriquée de toutes pièces dans le seul but de m’empêcher d’être candidat, reprend Roussel comme s’il estimait maintenant utile de plaider sa cause ou de se justifier. Je n’ai jamais rencontré ni même entendu parler de ce gigolo marocain assassiné. C’est ignoble de mêler mon nom à tout ça ! Une monstruosité !
Servier opine de la tête en signe d’approbation, mais face à lui Roussel se sent très seul tout à coup. Quelque chose semble s’être subitement rompu dans leur relation, jusque-là si solide qu’elle a surmonté tous les aléas d’un combat politique acharné dont ils ont partagé les succès comme les avantages.
Roussel veut croire à une méprise facile à dissiper, et c’est avec une sorte de soulagement, comme si rien entre eux n’avait changé, qu’il entend son complice des bons et mauvais jours lui recommander d’une voix ferme :
— Vous devez riposter sans tarder!
Dans un premier temps, Roussel a interprété ce conseil comme une incitation à tenir bon, une marque de soutien qui allait de soi. Mais au silence qui suit et à la façon dont Servier se contente de le pousser à se battre sans lui proposer son aide, il comprend qu’une distance réelle s’est établie entre eux. Un éloignement peut-être irréversible dont il lui faut tirer les conséquences au plus vite.
À la fin du déjeuner, Guillaume Roussel, qui se sait désormais en danger, décide de convoquer son état-major de campagne. Il en informe Servier, chargé de le réunir dans l’heure qui suit. Ils conviennent de se retrouver sur place, chacun partant dans son véhicule comme ils sont arrivés.
Roussel, le visage fermé, annonce dès le début de la séance que Servier sera secondé à dater de ce jour par le jeune député-maire d’Ambérieu-en-Bugey, Ludovic Jussieu, en qui il déclare avoir « toute confiance ». La réunion se tient à son QG de la rue de la Convention, dans une salle en sous-sol, aux murs placardés des affiches officielles du candidat. Un silence sans émoi accueille la nouvelle. Autour de la table, personne ne cherche à connaître les motifs de cette brusque révision des rôles. On s’en remet aux ordres du chef qui ne se prêtent à aucune discussion. Assis tout près de lui, Servier, muré dans sa placidité habituelle, se borne à juger ce changement « tout à fait opportun ». Ce n’est pas son genre d’en dire plus. Le même laconisme prévaut chez lui en toutes circonstances. Mais les mots, dont Servier est aussi économe que de ses sentiments, n’ont chez lui jamais rien d’anodin.
Guillaume Roussel a perçu d’instinct la signification de ce simple commentaire, fait pour passer inaperçu. Si Pierre Servier a pris acte de sa mise à l’écart sans manifester la moindre contrariété, c’est qu’il n’ignore rien du cataclysme qui se prépare et dont il entend se prémunir.
Comme si la rupture, de son côté, était aussi consommée, l’ex-Premier ministre lève la séance sans un regard pour son voisin le plus proche. À aucun moment il n’a adressé la parole à Servier ni murmuré un mot à son oreille, la main en cornet, la tête légèrement penchée vers la sienne en signe de connivence. Roussel se retire aussitôt après, prétextant un rendez-vous urgent pour rentrer chez lui, avenue de la Bourdonnais, avec son chauffeur, accompagné par ses gardes du corps dans une voiture suiveuse.
À son arrivée, une fois vérifié qu’aucun photographe ne stationne à proximité, il descend très vite de son véhicule, salue les policiers en faction devant l’entrée de l’immeuble et s’engouffre dans le hall, après avoir demandé à sa protection rapprochée de le laisser seul. Son appartement est situé au dernier étage, en surplomb de l’École militaire et du Champ-de-Mars. Roussel s’étonne presque, sitôt entré, de n’y trouver personne, alors que le maître d’hôtel affecté à son service est en congé pour la semaine et que son épouse a déserté les lieux depuis longtemps.
Héloïse ne réside plus à Paris que de façon épisodique, par devoir vis-à-vis de son mari, les jours où sa présence s’impose à ses côtés. Elle préfère vivre dans leur propriété de Touraine où il la rejoint de rares week-ends. Une situation dont Roussel s’est accommodé jusque-là comme du meilleur compromis pour préserver leur relation conjugale, mais qui lui renvoie à présent l’image d’une existence désordonnée, livrée à tous les vents. La sienne depuis vingt-cinq ans et ses débuts en politique.
Guillaume Roussel a beau s’estimer innocent, ne rien comprendre au rôle qu’on lui attribue dans une affaire de mœurs qui menace de virer au scandale d’État, le mal est fait, d’une certaine manière. Sinon pourquoi, attaqué sur ce terrain, se sentirait-il désarmé par avance ? À la merci de révélations qui, même fausses et diffamatoires, ne manqueront pas de l’atteindre…
Ses ennemis ne s’y sont pas trompés. L’un d’entre eux en particulier, l’initiateur secret de cette campagne encore souterraine. Guillaume Roussel, bien que réduit pour l’heure à des hypothèses ou de simples présomptions, a quelques noms en tête et même une idée assez précise du personnage haut placé qui a le plus intérêt à l’abattre.

Extraits
« Antoine Jelloul à la réputation, dans les cercles très privés où il évolue, d’un homme d’affaires «coopératif et d’une diligence à toute épreuve», capable du pire, dit-on, quand la situation l’exige. Il opère au cœur d’une nébuleuse d’intérêts politiques et financiers si difficiles à démêler que personne ne s’y est vraiment risqué. Fils d’un banquier de Beyrouth, il a fait fortune dans l’exploitation des minerais africains, pour laquelle il a fondé et dirige une société basée à Dakar. Il est aussi administrateur de la discrète mais toute-puissante Banque française intercontinentale, la BIC, chargée de la gestion des avoirs pétroliers entre la France et l’Afrique. Un établissement qui faciliterait surtout, dit-on, le blanchiment d’argent destiné à alimenter les circuits de financement politique. » p. 47

« L’éventualité d’une double vie… Vos liens aussi avec un personnage trouble comme Antoine Jelloul dont la présence à vos côtés, sur la photo, suffit à faire douter de votre morale… disons financière. Le sexe et l’argent, les ingrédients habituels des scandales politiques. » p. 121

« Héloïse de Chauvel représentait à cet égard le parti idéal. Fille d’un général de cavalerie dont elle était l’unique héritière, richement dotée du côté de sa mère de propriétés dans le Périgord et d’un manoir en Touraine, élevée dans les écoles religieuses les plus prisées, elle offrait tous les gages d’un parfait statut social. Guillaume n’avait pas eu à chercher loin pour la rencontrer: Héloïse assurait à l’Assemblée le secrétariat du groupe des députés de droite lorsqu’il avait remarqué cette grande jeune fille timide à la physionomie un peu austère. Les cheveux coupés court, un visage émacié aux pommettes hautes, un sourire désarmant de crainte ou d’ingénuité, elle parlait du bout des lèvres quand elle consentait, comme malgré elle, à sortir de son silence, On l’entendait à peine et elle semblait n’avoir qu’une hâte, se faire oublier pour retourner à des activités qu’elle menait avec une discrétion de fer. » p. 131

À propos de l’auteur
BARRE_jean-Luc_ ©Jean-Francois_PagaJean-Luc Barré © Photo Jean-François Paga

Écrivain, historien et directeur des Éditions Bouquins, Jean-Luc Barré est l’auteur de plusieurs biographies, dont celle de François Mauriac, d’un récit politique, Ici, c’est Chirac (Fayard, 2019), tiré de ses expériences de mémorialiste auprès de l’ancien président, et d’un premier roman, Pervers, publié chez Grasset en 2018, plongée vertigineuse dans les abîmes de la création littéraire. (Source: Éditions Grasset)

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La Séparation

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En deux mots:
Sophia rencontre Adrien. Et même s’il est conservateur et elle hypermoderne, ils s’aiment intensément. Mais les histoires d’amour… on connaît la suite qui nous est ici racontée avec humour et ironie, férocement et parfois crûment. La Séparation est le journal de cette folie amoureuse désormais passée.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Fragments d’un discours amoureux

L’amour, un thème qui parfait pour la Saint-Valentin. Et même s’il est surtout question de rupture dans ce premier roman signé Sophia de Séguin, c’est bien l’amour sous toutes ses facettes qui est analysé ici.

Dans L’histoire de ma vie, Casanova écrivait que «rien n’est plus amer que la séparation lorsque l’amour n’a pas diminué de force, et la peine semble bien plus grande que le plaisir qui n’existe plus et dont l’impression est effacée.» Plus de deux siècles plus tard, Sophia de Séguin nous prouve combien cette situation reste actuelle. Dans son journal, dont son éditeur affirme qu’il lui a été révélé par accident, elle cherche à comprendre pourquoi on aime, comment on aime mais aussi pourquoi on aime moins et puis plus du tout. Toutes les variantes de ce curieux sentiment passées à la moulinette dans ce qui est bien davantage un savoureux mélanges de réflexions et d’émotions ressenties qu’un vrai journal. C’est souvent très drôle, même si l’humour s’accompagne de cynisme, à moins que ce ne soit de l’ironie.
Mais s’agissant de la chronique d’un amour, on peut tout au long de ce recueil de pensées, ajouter un tombereau plein d’adjectifs censés définir ce rapport amoureux. Cette analyse est superbe, lucide, folle, absolue, triste, déprimante, désespérée ou au contraire joyeuse, décomplexée, motivante. Tout l’éventail y passe…
Tout commence lorsque Sophia rencontre Adrien. Ouvrons à ce propos une parenthèse pour souligner que les algorithmes des sites de rencontre auraient exclu cette possibilité puisque leurs profils ne correspondaient pas à priori: «Adrien est un type conservateur, type XIXe siècle, intéressé par la Représentation, l’Histoire, la Transmission – des majuscules. Moi je suis bien une fille de mon époque: hypermoderne, fascinée par le langage, les raisons de mon existence, muette, folle, prisonnière d’images.»
Ils vont apprendre à se connaître, se flairer, se toucher, se caresser, s’aimer, ils vont partager leur vie, se voir grandir dans le regard de l’autre. Jusqu’à ce qu’une sorte de fatigue, de lassitude s’installe. Alors Sophia s’interroge, alors Sophia culpabilise. Et croit découvrir que son éducation et en particulier sa mère portait une lourde responsabilité dans cet échec: «Je devinais aisément que ma solitude et mon refus du monde avaient à voir avec elle. Je ne pouvais pas ignorer qu’elle était la raison principale de mon incapacité à aimer. Elle était aussi, j’en étais certaine, responsable pour la duplicité de mon âme, qui me condamnait à me voir toujours faire, à observer le monde sans y être nulle part.» Mais cet épisode, comme bien d’autres dans ce livre, va se conclure par une sentence tout aussi contradictoire que définitive: «Et je suis désormais convaincue que c’est elle, ma glorieuse mère, qui m’a faite géniale.»
Ne vous offusquez pas, amis lecteurs, si les réflexions rassemblées ici partent dans plusieurs directions, souvent opposées. C’est ce qui fait tout le sel du livre et nous confirment qu’il n’y a rien de plus merveilleux et de plus féroce que l’amour. Qu’il n’y a rien de plus compliqué que de vouloir l’expliquer et le comprendre.
Entre le rire et les larmes, entre la fusion et la séparation, il n’y a qu’un espace infime. Et entre la fidélité et l’éternité, que pensez-vous que Sophia de Séguin nous propose?

La séparation
Sophia de Séguin
Éditions Le Tripode
Premier roman
192 p., 16 €
EAN 9782370552204
Paru le 2/01/2020

Ce qu’en dit l’éditeur
La Séparation est le récit, tragique et drôle, d’une vie au bord de la rupture.
Après une séparation amoureuse, une femme tient le journal intime de ce qui lui arrive, sans souci de tomber.
Ce texte, qui est la première œuvre publiée de Sophia de Séguin, est extrait d’un journal commencé il y a neuf ans à la suite d’une rupture amoureuse. Son existence ne nous a été révélée que par accident ; l’humour tragique de certaines pages, la beauté crue d’autres nous ont fait espérer qu’elles soient publiées. L’auteur y a consenti, précisant toutefois que ces pensées étaient partiales et, désormais, d’un autre monde.

Les critiques
Babelio 
Lecteurs.com
En attendant Nadeau (Cécile Dutheil)
Livres Hebdo (Alexiane Guchereau)
Toute la culture (Marine Stisi)
Untitled Magazine (Mathilde Ciulla)
À voir À lire (Elise Turkovicz)
AOC (Sophie Bernard)
Blog froggy’s Delight (Jean-Louis Zuccolini)
Blog La Viduité

Extraits
« Adrien est un type conservateur, type XIXe siècle, intéressé par la Représentation, l’Histoire, la Transmission – des majuscules. Moi je suis bien une fille de mon époque: hypermoderne, fascinée par le langage, les raisons de mon existence, muette, folle, prisonnière d’images.
J’accorde, sûrement pour m’excuser d’avoir une si mauvaise mémoire, et tellement de paresse, beaucoup trop d’importance à l’oubli, à la faculté d’ignorance après avoir beaucoup lu ou appris. Un genre de résilience. La seule façon d’inventer quelque chose, d’avoir l’âme neuve et pure. » p. 13

« Je savais, et depuis longtemps, que, par sa faute, j’étais timide, silencieuse, et réservée jusqu’à l’autisme. Je devinais aisément que ma solitude et mon refus du monde avaient à voir avec elle. Je ne pouvais pas ignorer qu’elle était la raison principale de mon incapacité à aimer. Elle était aussi, j’en étais certaine, responsable pour la duplicité de mon âme, qui me condamnait à me voir toujours faire, à observer le monde sans y être nulle part. J’avais bien compris pourquoi j’avais tous ces désirs furieux, inarrêtables, de ventre ou de cervelle. Il me fallait bien reconnaitre que mon désir de tout expliquer, de tout comprendre, qui confinait à la folie, venait de cette éducation. Et je suis désormais convaincue que c’est elle, ma glorieuse mère, qui m’a faite géniale. » p. 35

« Joaquim me disait qu’il «était lui-même» avec moi; c’était parce que j’étais éperdument amoureuse, silencieuse, sa petite chatte dévouée; il ne se méfiait de rien, n’en avait rien à faire, était tout à son aise. J’aimais tant Joaquim parce que je n’attendais pas son amour en retour, rien de lui, seulement qu’il accepte le mien, et qu’il me fasse jouir, c’était un contrat, un contrat d’amour univoque, bien établi dès le départ. J’étais, aussi, étrangement confiante avec lui. Les choses étaient bien claires, d’une certitude absolue. Il y avait quelquefois des larmes et de la violence, c’était pour en jouir mieux, lorsque la honte d’être méprisée dépassait quelquefois –c’était rare – le plaisir orgueilleux de demeurer avec ma passion dévorante, cette passion inconnue de lui, dont je lui offrais le spectacle. » p. 89

À propos de l’auteur
Née en 1986, Sophia de Séguin a fait des études de lettres puis appris la programmation informatique à l’école 42, dont elle est désormais l’une des ambassadrices. La Séparation est son premier texte publié. Elle est responsable du volet technique de L’Ovni. (Source: Éditions Le Tripode)

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Une année folle

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 En deux mots:
Charles et Antoine, qui ont soutenu Napoléon lors des Cent jours, sont arrêtés et traduits en justice. Deux destins, deux vies qui illustrent non seulement cette année folle de 1815 mais aussi l’honneur, la fidélité et… la trahison.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Fusillé pour l’exemple

Après Mousseline la Sérieuse, Sylvie Yvert fait un bond de quelques années pour nous conter Une année folle, celle de1815 à travers le destin de Charles, qui sera fusillé et d’Antoine qui va réussir une évasion spectaculaire.

Imaginez un roman qui raconterait les soubresauts politiques d’un pays qui en un an verrait passer trois régimes différents, enregistrerait l’une des plus humiliantes défaite militaire de son histoire, verrait un roi remplacé par un ex-Empereur, puis ce même roi revenir au pouvoir sans vraiment avoir pour autant l’adhésion de son peuple. Peut-être vous direz-vous alors que l’imagination doit avoir des limites et que le vraisemblable doit toujours présider le romanesque.
Seulement voilà Sylvie Yvert apporte la preuve qu’une fois de plus la réalité dépasse la fiction. Même si la formule peut paraître éculée, elle est tout ce qu’il y a de plus juste. Quand, le premier mars 1815 Napoléon débarque à Golfe-Juan, la France est dirigée par Louis XVIII. Un Monarque qui entend faire respecter son pouvoir et, en apprenant la nouvelle, envoie le Maréchal Ney qui s’était rallié à lui, arrêter ce petit caporal fauteur de troubles. Mais on sait aussi que le retournement de veste va devenir une habitude, non seulement pour lui mais pour de nombreux militaires et politiques. Parmi ceux qui rejoignent Napoléon, on trouve notamment Charles Angélique François Huchet de La Bédoyère et Antoine Marie Chamans de Lavalette.
La belle idée de Sylvie Yvert est de nous raconter cette année si particulière à travers le destin de ces deux hommes qui, s’ils n’ont pas joué les premiers rôles, symbolisent à la fois le tragique et le romanesque de la situation.
Lorsque s’ouvre le roman, la fête est finie. Nous sommes à l’heure du procès de ces aristocrates qui ont accueilli l’ex-empereur à bras ouverts. Charles dirigeait alors un régiment à Grenoble et fera allégeance à l’Empereur lorsque ce dernier croisera son chemin en remontant vers Paris.
Antoine se distingue quant à lui par son rôle d’agent double, en aidant notamment les fidèles à Napoléon à gagner l’étranger, en signant de faux passeports. Ont-ils été des fidèle sou des traîtres. Les chefs d’accusation de conspiration contre l’état et d’usurpation de fonctions sont-ils légitimes?
La suite de l’histoire a beau être connue, elle n’en demeure pas moins passionnante à lire. On y voit deux destinées, deux hommes bien nés se mettant au service de l’État et se retrouvant condamnés à mort pour cela. Des Cent-Jours à Waterloo, du retour de Louis XVIII avec La Seconde Restauration à l’exil à Saint-Hélène, des compromis aux compromissions, il y a dans cette année des rebondissements extraordinaires, des drames déchirants, de la comédie la plus désopilante. On y voit Chateaubriand, Benjamin Constant ou encore le grand Hugo commenter la tempête et avec eux la presse se déchaîner dans un sens puis dans l’autre.
Nous voilà finalement en résonnance avec l’actualité. Car l’autre grande vertu de ce roman est de nous apprendre à la prudence et à la modération plutôt qu’aux emballements trop intempestifs. 1815 nous apprend aussi à être un peu plus lucides face au tourbillon médiatique. Ce n’est pas là la moindre de ses vertus.

Une année folle
Sylvie Yvert
Éditions Héloïse d’Ormesson
Roman
336 p., 19 €
EAN : 978xxx
Paru le 14 février 2019

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Paris, mais aussi en Bourgogne, en Savoie, à Chambéry et surtout Grenoble. On y évoque des voyages en Suisse, à Genève, en Égypte, au Caire

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Entrez dans la danse : une des plus sidérantes années de l’histoire de France commence. Fraîchement débarqué de l’île d’Elbe, Napoléon déloge Louis XVIII pour remonter sur son trône. « Son » trône? Après Waterloo, le voilà à son tour bouté hors des Tuileries. Le roi et l’Empereur se disputent un fauteuil pour deux, chacun jurant incarner la liberté, la paix et la légitimité.
Sur la scène de ce théâtre méconnu des Cent-Jours, deux fidèles de « l’Aigle » sont dans la tourmente. Deux héros oubliés liés par un sens de l’honneur et une loyauté hors du commun qu’ils vont payer cher…
Au bal du pouvoir la valse des courtisans bat la mesure face à un peuple médusé. Chorégraphe d’une tragi-comédie en cinq actes, Sylvie Yvert tisse avec une savoureuse habileté ces destins contrariés. Une fable intemporelle, enjouée et amorale.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Wukali (Émile Cougut)

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« La parole est à l’accusé.
« Messieurs », commence Charles avec résolution.
Son regard droit et ardent s’adresse, tout comme sa voix, aux jurés qui l’écoutent avec sévérité, visages fermés, sourcils froncés.
« Si dans cette journée importante ma vie seule était en cause, j’espère avec raison que celui qui, quelquefois, a su conduire de braves gens à la mort saura s’y conduire lui-même en brave homme. Je ne vous retiendrai pas longtemps… Mais ce n’est point devant vous, messieurs, que je dois appuyer sur le sentiment. Elle passera dans vos cœurs, messieurs, cette conviction intérieure que j’ai, que je proclame hautement, dans ma pensée, dans mon action : l’honneur est intact. »
Ses yeux clairs et francs se perdent maintenant vers les murs de cette salle comble, dont le grain se floute. Puis fixent de nouveau avec gravité ceux qui lui font face, assis sur une estrade semi-circulaire : « Je n’ai ni l’intention, ni la possibilité de nier des faits publics et notoires ; mais je proteste que je n’ai trempé dans aucun complot qui ait précédé le retour de Bonaparte ; je suis même convaincu qu’il n’a point existé de conspiration pour ramener Bonaparte de l’île d’Elbe. »
L’infortuné jeune homme de vingt-neuf ans, à la tournure élégante, est doté d’une physionomie fine et agréable. À peine plus pâle qu’à l’accoutumée, il est vêtu d’une longue redingote verte, conforme à sa haute taille, celle qu’il portait le jour de son arrestation. Belle allure, cheveux blonds implantés à la Chateaubriand, favoris, front haut, petite bouche finement ourlée, nez long et fin, yeux bleus, teint clair, il apparaît dépouillé de ses décorations puisqu’on vient de lui retirer sa Légion d’honneur. Celui qui déclamait naguère sur scène des vers avec fougue veut cette fois donner avec le calme de l’honnêteté les raisons qui ont déterminé sa conduite. Mais à peine a-t-il commencé son plaidoyer qu’il se voit déjà interrompu par un juré redoutant, à juste titre, une défense propre – qui sait ? – à prétendre le sauver. Voici donc ce colonel (ou bien est-il général ?) traduit au conseil de guerre. Il s’est rendu coupable, dit-on, de rébellion et de trahison, après avoir succombé à des sentiments mal éteints. Comprenant qu’il est condamné par avance, Charles ignore les feuillets volants qu’il tient à la main pour passer aux dernières lignes de son exposé, sans se départir de son attitude mêlant douceur et fermeté : « Une grande erreur que je reconnais, que j’avoue avec douleur, a été commise par l’ignorance des intentions du roi ; aujourd’hui les promesses royales sont exécutées, un peuple, se pressant à l’envi autour de son souverain, reconnaît que lui seul est digne de régner et peut faire son bonheur… Peut-être ne suis-je pas appelé à jouir de ce spectacle, ajoute-t-il avec noblesse, mais j’ai versé mon sang pour la patrie, et j’aime à me persuader que ma mort, précédée de l’abjuration de mes erreurs, sera de quelque utilité. »
Sa réparation tardive à l’endroit du monarque impressionne l’assemblée. Ne vient-il pas de nommer l’ex-empereur « Bonaparte », et non Napoléon, comme ces royalistes sincères pour qui Louis XVIII règne depuis la mort du jeune Louis XVII ? Sa sincérité ne fait aucun doute, mais le jury a décidé de faire d’un être d’exception, modeste et droit, un ambitieux vil et déloyal. Qu’on ne s’y trompe pas : malgré les apparences, cet officier voué au service de la France n’a rien d’un courtisan. Il serait aujourd’hui un impeccable serviteur de l’État dans une haute administration en principe apolitique. Rejeton d’une vieille famille de la noblesse bretonne, il appartient à un milieu dont il ne partage pas les idées. Et répond aussi, malgré lui, à cette caractéristique si française qui, depuis la Révolution, regarde tomber les régimes sans jamais éprouver de satisfaction durable. Mais comme son cœur ressemble à son esprit, purs l’un et l’autre, sa destinée ne peut se calquer sur la trajectoire d’un Talleyrand, girouette aux serments successifs, insubmersible Phénix.
L’avocat, qui déclare n’avoir trouvé que grandeur et noblesse dans l’âme de son client, a préféré le laisser parler et demande à ses juges d’offrir à l’accusé la liberté de lire l’entièreté de sa défense. Essuyant un refus, Charles reprend une dernière fois la parole : « Je puis prouver que les faits dont on m’accuse ne sont pas de nature à me faire perdre l’honneur, et du moment où vous m’empêchez de me défendre, je suis exposé à perdre à la fois la vie et l’honneur. »

Extraits
« Baptisé à l’église Saint-Sulpice, Charles est né trois ans avant la Révolution. Ce Breton fier de ses ancêtres venus d’Irlande quatre siècles plus tôt tient-il d’eux son sang bouillonnant? En tout cas, la devise de sa famille lui va comme un gant: Honneur et bienfaisance. Son père était capitaine des dragons auprès de Monsieur, frère de Louis XVI et futur Louis XVIII. Le jeune Charles est élevé entre la rue de la Planche à Paris, le château de Nogent-l ’Artaud dans l’Aisne et le château de Raray dans le Valois, posé près de Senlis, où sera tourné La Belle et la Bête de Cocteau. Ses balustrades offrent de spectaculaires sculptures cynégétiques du XVIIe siècle, uniques au monde, évoquant la chasse au cerf par le truchement de quarante-quatre chiens représentés dans des positions différentes. Souffrant, son père renonce à émigrer mais quitte Raray pour se retrancher à Nogent, château fort sécurisant malgré sa vétusté. De solides principes sont inculqués à l’enfant, dont l’apparente froideur cache mal une vive sensibilité, presque farouche, encore exaltée par ses lectures sur Rome ou la Grèce antique dans lesquelles il puise son culte des héros et le goût de la gloire. Ses auteurs favoris ? Boileau et surtout Racine. Comment ce caractère né entier ne pourrait-il vibrer avec Achille qui accepte la mort par sacrifice pour la patrie dans Iphigénie ?
Charles n’a que six ans lorsque Louis XVI est décapité et ne se souvient pas, adulte, du « jour affreux de sa mort ». Il ajoute cependant qu’il n’a pas éprouvé d’envie de vengeance, que le joug de Robespierre n’a pas pesé sur lui – sa jeunesse l’ayant tenu ignorant « pendant longtemps des crimes de la France ». »

« S’il y a eu un soleil à Austerlitz, c’est aussi parce que, en rentrant de l’expédition d’Égypte, Antoine a aidé Bonaparte à devenir Napoléon. Peu après son mariage de raison, il a quitté provisoirement Émilie pour rejoindre son maître au Caire. La ville poussiéreuse aux étroites ruelles encombrées de chameaux surchargés de ballots, la lumière dorée et la chaleur étouffante le surprennent, comme tout voyageur plongé dans ce mirage oriental qui inspire les poètes. Du bas des pyramides, il contemple ces quarante siècles qui ont précédé le nouvel Alexandre. Sa faveur naissante se confirme lorsque ce dernier lui offre le sabre recourbé du chef ennemi – Mourad Bey – qui vient d’être défait. Antoine se révèle bientôt un compagnon plein de franchise, de gaieté, lyrique à ses heures. C’est ainsi qu’il devient un intime du jeune prodige, tantôt pour suppléer son secrétaire – sa plume et sa subtilité ont été remarquées en sus de ses talents militaires –, tantôt, quand il cesse de parler politique, pour lui faire la lecture, privilégiant les histoires de fantômes dont il est paraît-il friand : « Voyons, monsieur l’enthousiaste, lisez-moi cette fameuse lettre de Lameillerie », demande Bonaparte abrité sous une mousseline pour se protéger des insectes. »

À propos de l’auteur
Née à Paris, Sylvie Yvert a été chargée de mission au Quai d’Orsay puis au ministère de l’Intérieur avant de se consacrer à la photographie. En 2008, elle publie Ceci n’est pas de la littérature, recueil de critiques littéraires, aux éditions du Rocher. Son premier roman, Mousseline la Sérieuse, paru en 2016 aux Éditions Héloïse d’Ormesson, a reçu le prix littéraire des Princes et le prix d’Histoire du Cercle de l’Union interalliée. (Source : Éditions Héloïse d’Ormesson)

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