Les nuits d’Ava

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En deux mots:
Alors qu’elle tourne à Rome, Ava Gardner s’offre une nuit un peu folle en compagnie d’un chef opérateur à qui elle va proposer un petit jeu: refaire en photo quelques toiles de nus célèbres. Des décennies plus tard, un passionné de la star hollywoodienne va tenter de retrouver les clichés. Une enquête exaltante, entre cinéma et beaux-arts.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

De l’origine à la fin du monde

Ce qui rend le nouveau roman de Thierry Froger aussi passionnant, c’est le savoureux mélange des genres qu’il nous propose, entre biographie romancée d’Ava Gardner, enquête menée comme un thriller et besoin pour le narrateur de retrouver l’affection et la considération de sa fille.

Et si le roman de Thierry Froger était plus proche de la réalité que les biographies – officielles ou non – d’Ava Gardner? En refermant ce délicieux roman, je ne suis pas loin de répondre par l’affirmative, parce que la magie de l’écriture nous fait prendre place aux côtés de la belle brune dans ses déambulations romaines, partager ses coups de folie et, à l’image du narrateur, nous rendre tous un peu amoureux.
Nous sommes à Rome en 1958. La MGM a choisi de quitter ses studios pour tourner La Maja nue dans une réalisation d’Henry Koster. Il s’agit du dernier film dû par l’actrice au studio et qui ne laissera pas de souvenir impérissable dans la carrière de l’actrice. Dans ses Mémoires, Ava écrira du reste que «La Maja nue, meilleur titre que bon film, n’a pas été ma contribution la plus mémorable à l’art du cinéma. Il s’agit d’une biographie assez insipide du grand peintre espagnol Francisco Goya. Je jouais la duchesse d’Albe, le modèle favori de Goya». Avant d’ajouter que ce film lui a permis de faire la connaissance de Giuseppe Rotunno «dont les couleurs superbes illuminent le film de bout en bout».

GARDNER_The-naked-Maja_AfficheThierry Froger imagine alors que, lassée de partager ses nuits avec Anthony Franciosa – qui interprétait le rôle de Goya – Ava décide une escapade avec le chef opérateur. Poursuivis par les paparazzis, leur virée nocturne va se terminer au petit matin par un petit jeu: Rotunno est chargé de reproduire quelques grandes toiles de nus célèbres, de «de rejouer la peinture en photographie». Tâche peu aisée pour les problèmes de cadrage qu’elle posait, mais ô combien stimulante pour «les attraits qu’elle proposait à ses yeux d’homme.» Voici donc les rouleaux de pellicule imprégnés des mises en scène de GOYA_la_maja_desnuda

La Maja desnuda de Goya,

TITIEN_La_venus_durbinode La Vénus d’Urbino du Titien,

VELASQUEZ_La_Venus_au_miroirde La Vénus au miroir de Vélasquez et de …

COURBET_la_naissance_du_mondeLa naissance du monde de Gustave Courbet!
Si l’alcool a désinhibé le photographe et son modèle, tous deux se rendent vite compte au réveil combien ces clichés sont explosifs. Ava fait promettre à Rotunno de les détruire, ce qu’il fera après avoir réalisé un tirage qu’il confiera à son modèle et avoir oublié un négatif dans sa chambre noire.
Jacques Pierre, le narrateur, délaisse alors ses travaux d’historien pour enquêter sur le sort des quatre clichés produits cette nuit-là. Il va alors nous entraîner d’un bout à l’autre de la planète, «de la MGM à Hughes, de Sinatra à Hoover, d’Hemingway à Castro» et constater «avec inquiétude le pouvoir vénéneux de ces images» car les convoitises qu’elles suscitent vont jusqu’à laisser quelques cadavres ici et là. Un thriller haletant qui va se doubler d’un rapprochement inattendu avec sa fille Rose. Car sa progéniture, qui vit à Rome avec un homme beaucoup plus âgé qu’elle, accepte de l’aider dans sa quête. L’occasion aussi de constater que les errances du cœur ne sont pas réservées aux stars d’Hollywood.
Avec maestria l’auteur nous fait découvrir quelques épisodes fort intéressants de l’histoire de l’art, notamment la genèse de la toile la plus célèbre de Gustave Courbet, avant de raconter la vie rêvée d’Ava – je suis persuadé que vous adorerez l’épisode de sa rencontre avec Marylin Monroe – sans oublier de nous éclairer sur les motivations de cet enquêteur passionné qui deviendra «une sorte de spécialiste d’Ava Gardner, de sa vie et de ses légendes».
C’est enlevé, drôle, documenté et follement exaltant. Il n’y a effectivement «pas de plus belle quête que celle du chasseur sans proie, traquant l’ombre d’un doute, si ridiculement suspendue soit-elle aux petites lèvres d’Ava Gardner et aux forêts obscures comme des images.»

Les nuits d’Ava
Thierry Froger
Éditions Actes Sud
Roman
304 p., 20 €
EAN: 9782330108632
Paru le 22 août 2018

Où?
Le roman se déroule d’une part sur les traces d’Ava Gardner en Italie, à Rome et Naples, mais également à Madrid, Londres, Los Angeles, la Floride, Haïti ou encore à La Havane et d’autre part dans les pas du narrateur en France, à Arcis-sur-Aube, Paris, mais aussi à Nantes et Chalonnes-sur-Loire près d’Angers ou encore à Prondines dans le Massif central et à l’étranger, notamment à Charlotte, Raleigh et Smithfield en Caroline du Nord et à Punta Raisi et Palerme en Sicile.

Quand?
L’action se situe de 1958 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Rome, août 1958. Ava Gardner s’ennuie sur un tournage. Hors champ, elle invente la dolce vita avant Fellini. Par une nuit arrosée, la star entraîne son chef opérateur, le timide Giuseppe Rotunno, dans une séance photo inspirée des grands nus de l’histoire de l’art. Dont un scandaleux tableau de Courbet… peint d’après photographie.
Les Nuits d’Ava raconte ce moment de bascule où Ava Gardner affronte l’érosion de sa propre image en s’adonnant à toutes les dérives. Et l’obsession parfois distraite d’un certain Jacques Pierre, historien fantasque, qui s’improvise détective sur les traces des quatre clichés produits cette nuit-là.
Avec une aisance joueuse et impertinente, Thierry Froger circule des cimes du glamour hollywoodien aux questionnements de l’adolescence provinciale, des vertiges de la gloire aux gouffres de la solitude, et slalome gracieusement entre les débats idéologiques agitant deux générations françaises et les coulisses crapuleuses du pouvoir américain des années 1950 à 1970.
Roman-tourbillon, enquête et rêverie, Les Nuits d’Ava orchestre une réflexion amusée et mélancolique sur notre rapport à l’image et aux icônes. On y explore les aléas de la construction et de la déconstruction de soi, l’invention de l’histoire et de notre modernité. Le tout dans la légère sensation d’ivresse des amitiés naissantes.

« Je crois aimer les images par-dessus tout, qu’elles soient peintures, photographies, projections tremblantes sur un drap blanc. Je les aime minuscules ou grandes, vives ou fatiguées. Je les aime quand, cherchant à mieux les voir, j’ai l’impression qu’elles me regardent un bref instant avant de s’évanouir.
Car me ravissent plus que toute autre les images fantômes : celles entrevues en songe, celles des films non tournés ou brûlés, les tableaux volés ou bien voilés, les dessins effacés à la gomme, les chefs-d’œuvre inconnus, invisibles, les photographies perdues.
Je pense souvent à cette phrase de Pascal Quignard : “L’homme est celui à qui une image manque” et il me semble que Les Nuits d’Ava raconte cette histoire : un homme se met à la recherche d’une image manquante qu’il désire et qui l’effraie.
Embarqué dans cette quête des origines qu’il mène comme une enquête moins policière que rêveuse, le narrateur navigue à vue. Il est vite ballotté entre les époques et les continents, entre sa petite histoire et celle des grands de ce monde, entre ses souvenirs et ses fantasmes, en premier lieu desquels sa vieille obsession pour Ava Gardner. Celle-ci – ou plutôt l’image impossible de celle-ci – traverse tout le livre au fil des naufrages et des épiphanies. Elle nous interroge sur ce que nous voyons, croyons voir, ou voulons voir, puisque juste en-deçà et au-delà de l’image, il y a l’imaginaire – c’est-à-dire ce bref instant où Ava Gardner nous regarde avant de s’évanouir comme une apparition. » T. F

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Télérama (Jacques Morice)
France Culture (Le réveil culturel – Tewfik Hakem)
Libération (Virginie Bloch-Lainé – entretien avec l’auteur)
En attendant Nadeau (Norbert Czarny)
Le Temps (Jean-Bernard Vuillème)
Blog Loupbouquin
Blog Shangols 
Blog Les mots de la fin 
Blog Baz’Art 


Thierry Froger présente Les Nuits d’Ava © Production Actes Sud

INCIPIT
(Les premières pages du livre)
« Je crois avoir vu comme dans un songe cette voiture qui filait dans les rues désertes de Rome, vers quatre heures vingt du matin, poursuivie par les éclairs d’un cyclope. La Facel-Vega (ou la Ford Thunderbird) semblait rouler à l’aveugle et zigzaguait sur les pavés tièdes, éclairée par le gros œil circulaire et intermittent du flash Braun de deux paparazzi. Leur décapotable répétait le trajet erratique de la première voiture que conduisait Ava Gardner avec la grâce et l’inconscience des merveilleux pochards. À ses côtés, tout aussi ivre et néanmoins apeuré, l’acteur Anthony Franciosa bégayait mollement des lambeaux de prières qu’Ava Gardner ne pouvait entendre, hurlant et riant à chaque coup de volant qui faisait crisser le caoutchouc sur le basalte noir, les ailes de la voiture frôlant les murs comme on caresse et comme on griffe. Franciosa se cramponnait à son siège, tétanisé par l’alcool, la peur et les jurons d’Ava. Voyant dans le rétroviseur que les poursuivants ne perdaient pas de terrain, l’actrice a eu soudain l’intuition stratégique de les retarder en lançant par la fenêtre tout ce qui lui tombait sous la main, léchant imprudemment le volant et tirant de son sac des objets vite projetés en direction de la décapotable. Celle-ci a finalement ralenti, sans que ces pauvres projectiles en soient la cause, les deux photographes s’avisant de la plus grande vélocité de la Facel-Vega (ou de la Ford Thunderbird) ainsi que de la mauvaise tournure que pourrait prendre cette course poursuite nocturne où chacun semblait manquer de sang-froid et de lucidité dans la conduite des événements comme des véhicules. La voiture des paparazzi a fait un demi-tour soyeux sur une petite place au puits couvert et a parcouru le chemin inverse, non sans quelques haltes pour récupérer ici ou là les tendres dédicaces – ou ce qu’il en restait – que leur avait adressées Ava Gardner.
Le lendemain, le samedi 16 août 1958, l’actrice s’est réveillée avec un goût d’orange confite et d’oignon dans la bouche. Elle est sortie sur la terrasse de son appartement vers midi, vêtue d’un peignoir blanc, un verre de gin à la main pour réparer sa gueule de bois et la mauvaise conscience volatile qu’elle avait parfois. Elle a regardé un instant les adolescentes qui, en contrebas de son balcon, se faisaient photographier sur les marches qui montaient de la piazza di Spagna vers Trinità dei Monti: la plupart de ces jeunes filles imaginaient avec force et foi qu’elles ressemblaient à Audrey Hepburn dans Vacances romaines, imitant comme elles pouvaient son sourire espiègle et gracieux, agrandissant démesurément les yeux en prenant la pose. Rentrée dans l’appartement pour fuir la chaleur du milieu de journée, Ava Gardner a mis un disque de Frank Sinatra sur l’électrophone et a fait couler un bain d’eau froide pour réveiller son corps effacé. Cela faisait des mois qu’elle s’étourdissait . Rome avec le bonheur suffisant de croire qu’après ce tournage elle serait libre. On dit que la voix de Sinatra est de velours. »

Extraits
« Rotunno la regardait sans réussir à bien appréhender la folle étrangeté – et c’est probablement ce qui nous arrive à tous, deux ou trois fois peut-être au cours de notre vie misérable, quand nous sommes incapables de reconnaître l’inouï au moment où il surgit, condamnés ensuite à le traquer vainement dans la mémoire défaillante et complaisante, ce qui nous permet de tout inventer, y compris les possibilités de rêver et regretter sans fin ce qui s’est passé ou non. Il est difficile d’imaginer ce que pouvait penser Rotunno à quatre heures du matin, ivre et seul avec le plus bel animal du monde dont la peau nue débordait outrageusement d’une grande chemise blanche mal boutonnée. En ces circonstances et à sa place, sans doute aurais-je souhaité que cette nuit n’ait jamais existé – mais surtout qu’elle ne finisse pour rien au monde. » (p. 50-51)

« Devenu malgré moi une sorte de spécialiste d’Ava Gardner, de sa vie et de ses légendes, je commençais à être bien placé pour savoir qu’on racontait en général n’importe quoi sur son compte. Soucieux de ne pas trop m’égarer, j’essayais d’appliquer à mon enquête les méthodes rigoureuses de l’investigation scientifique… » (p. 109)

« Après six mois de recherches désordonnées que je qualifiais pompeusement d’enquête, j’avais désormais quelques certitudes. Hormis la grande Origine dérobée chez Rotunno et la petite Vénus au miroir dont je n’avais pas retrouvé la trace, il semblait que les images scandaleuses d’Ava Gardner avaient ricoché d’un bout à l’autre de la planète, changeant plusieurs fois de main, de la MGM à Hughes, de Sinatra à Hoover, d’Hemingway à Castro, et charriant dans leur sillage de nombreuses morts sans qu’aucun rapport de causalité ne puisse être formellement établi. Certains signes apparaissaient troublants cependant et il m’arrivait de considérer avec inquiétude le pouvoir vénéneux de ces images dont j’étais, à ma manière consentante, également la victime en y consacrant tout mon temps et une partie de l’héritage maternel. Je n’arrivais pas à démêler la cause de la conséquence, la conséquence du fortuit, le vrai du probable et le probable du fictif, tant je me méfiais de mon goût des rapprochements douteux qui me conduisaient à tirer une pelote par les cheveux comme on crible de balles ou d’aiguilles la gueule d’une belette dans une meule de foin. » (p. 241)

À propos de l’auteur
Thierry Froger, né en 1973, enseigne les arts plastiques. Son travail questionne les transports de l’image, ses fragilités et ses fantômes (réels ou imaginaires, cinématographiques ou historiques). En 2013, il publie un recueil de poèmes, Retards légendaires de la photographie, (Flammarion, prix Henri-Mondor de l’Académie française en 2014). Sauve qui peut (la révolution) est son premier roman, pour lequel il a reçu le Prix Envoyé par la Poste. (Source : Éditions Actes Sud)

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Les Prix d’excellence

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En deux mots:
Mathilde quitte sa famille d’industriels du textile pour les beaux yeux d’un cheminot, George, petit vietnamien adopté par un couple d’épiciers va faire de brillantes études. Et si chacun suit un parcours sentimental et professionnel bien différent, ils vont finir par se rencontrer et nouer une relation très particulière.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Le film de la vie de Mathilde et George

Pour ses débuts dans la roman, le cinéaste Régis Wargnier imagine la rencontre entre une scénariste et un scientifique aux parcours très différents, mais tout aussi passionnants.

Pour ses débuts dans le roman, on ne pourra pas reprocher à Régis Wargnier d’avoir exploré toute la palette des possibles dans son roman, toutes ces choses qu’un cinéaste ne peut pas faire faute de budget ou de temps. C’est ainsi qu’il nous fait quasiment parcourir toute la planète, sautant d’un continent à l’autre et qu’il n’hésite a raconter des parcours de vie courant sur plusieurs décennies. Il faut de reste resté bien concentré pour ne pas perdre le fil, même si deux personnages émergent aux biographies totalement différentes. Aussi faudra-t-il une succession de hasards – mais le hasard n’a-t-il pas bon dos ? – pour que Mathilde rencontre George.
Il retrace la rencontre de George, bébé rescapé de la guerre du Vietnam adopté en France et de Mathilde, raconteuse d’histoires : « Ils créent ensemble un lien indéfinissable, entre amitié et amour
Mathilde nait dans le Nord de la France au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. Son père a fait fortune dans l’industrie textile en important notamment des tissus d’Afrique. S’il se rend souvent au Ghana, c’est toutefois aussi pour un motif qu’il va essayer de garder secret: il mène une double vie et a construit une sorte de double vie familiale puisque sa maîtresse ghanéenne lui a donné trois enfants. Et si Mathilde ne se doute pas de la chose, elle sent bien la distance s’élargir et leurs relations se distendre. Ce malaise diffus va la pousser à vouloir très vite s’émanciper et partager la vie d’un photographe. Mais ce dernier va se lasser d’elle. Par dépit sans doute, elle se dit que le parcours que lui offrent ses parents en vaut bien un autre. Mais alors que les préparatifs du mariage sont déjà très avancés, elle croise Stanislas Tchitchenko, un cheminot qu’elle chosira de suivre, consommant ainsi la rupture avec ses parents, mais aussi avec la fratrie qui n’a pas non plus digéré le scandale. Il faudra que beaucoup d’eau s’écoule sous les ponts pour qu’elle finisse par les retrouver.
Mais n’anticipons pas et venons-en à George, l’autre figure de proue de cette épopée.
Lui nait bien des années plus tard au Vietnam, fruit d’un amour «interdit» entre un G.I. et une vietnamienne. Après avoir frôlé la mort, il se retrouve chez un couple d’épiciers parisiens qui lui offrent leur amour et l’encouragent à suivre des études. Élève brillant, il sera poussé par un professeur a postuler pour l’Humanity School of Excellence installée à Suisse «sur une colline qui dominait le lac de Thoune, près de la bourgade de Niederstocken». En tant que représentant du peuple, il y côtoiera des fils de familles aisées venus du monde entier et notamment le très secret et très surveillé nord-coréen Hwang. C’est avec ce dernier qu’il entretiendra une relation amoureuse, faite de rendez-vous nocturnes durant lesquelles presque aucune parole ne sera échangée. Et c’est aussi là que Régis Wargnier situe la rencontre avec Mathilde, invitée à parler de propriété intellectuelle. Car entre temps elle a découvert le cinéma, d’abord en suivant un tournage, puis comme scénariste. Une carrière rapide qui n’aura rien à envier à l’ascension de Stanislas, qui pour n’avoir pas une acuité visuelle suffisante a dû oublier son rêve de conduire un TGV pour intégrer le service des ressources humaines de la SNCF. Un choix qui va le conduire jusqu’au sommet de l’entreprise.
Le couple aura trois enfants et va commencer à susciter l’intérêt de la presse. Et alors que la Festival de Cannes déroule son tapis rouge pour Mathilde, une histoire d’argent va ternir le conte de fées. Entre temps, on aura vu George vivre en direct la chute du mur de Berlin puis s’exiler aux Etats-Unis pour y poursuivre une brillante carrière scientifique qui bénéficiera aussi d’un coup de pouce de son ami Hwang.
On l’aura compris, Régis Wargnier s’est régalé dans les méandres de ces histoires ppur faire émerger des lieux et des thèmes qui lui sont chers, mettant sans dout eun peu de lui dans plusieurs des personnages nés sous sa plume. C’es tc equi fait toute la richesse d’un roman auquel on décernera sans hésitation Les prix d’excellence.

Les Prix d’excellence
Régis Wargnier
Éditions Grasset
Roman
432 p., 22 €
EAN: 9782246813781
Paru le 31 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule principalement en France, dans le Nord puis à Paris et sa banlieue, en passant par Tarbes ou encore Cannes et son festival, mais il nous entraîne également dans le monde entier, du Ghana à la Corée du Nord en passant par Berlin ou encore New York.

Quand?
L’action se situe des années soixante à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Les prix d’excellence, ce sont Mathilde et George, vingt ans d’écart: elle, une fille de la bonne bourgeoisie textile du nord de la France; lui, le fils d’un G.I. et d’une Vietnamienne, adopté par de petits épiciers parisiens. Dans les années 80, Mathilde, passionnée de cinema, rompt avec sa famille, fait sa vie avec un cheminot, devient scénariste  ; George suit de brillantes études en Suisse, puis part pour les Etats-Unis où il se spécialise dans la biologie. Lorsqu’ils se rencontrent, en 1989, leur entente est immédiate, évidente. Ils ne deviennent pas amants, car chacun aime intensément de son côté (Mathilde, son mari; George, un Nord-coréen), mais ils se savent unis par la passion. Ils s’écrivent, ils s’admirent. Le succès vient, et l’espoir: Mathilde est primée pour un film à Cannes, George fait des découvertes scientifiques de première importance. Mais le vieux monde, celui de la convention et de l’envie, n’en veut pas: une cabale se monte. Mathilde et George recevront-ils le prix d’excellence de la vie?
Une histoire d’amour romanesque et trépidante, avec, en arrière-plan, les bruissements du monde de mai 68 à nos jours.

Les critiques
Babelio
Madame Figaro (Isabelle Potel)
Europe 1 (L’invité culture de la matinale)
Ouest-France (Pascale Monnier)
Franceinfo (émission «Mise à jour» de Jean-Mathier Pernin)
Livreshebdo (Prix Cazes de la brasserie Lipp 2018)
Page des libraires (Jocelyne Rémy, Librairie L’Écritoire, Sémur-en-Auxois)
L’avenir.net (Michel Paquot – entretien avec l’auteur)

Les premières pages du livre:
« Mathilde
Quand elle eut dix-sept ans, Mathilde était toujours vierge.
Obsédées par la protection et la défense de leur hymen, mais taraudées par un désir fiévreux, les jeunes filles des années soixante de la bonne société avaient acquis une très bonne pratique des préliminaires, qu’elles nommaient entre elles « flirts poussés» : des attouchements sexuels, pour commencer, puis la masturbation du petit ami si celui-ci leur plaisait un peu, ou la fellation quand elles voulaient garder un mec qui faisait envie à leurs copines.
Les plus enhardies avaient été jusqu’à tester la sodomie, mais là c’étaient les garçons qui n’avaient pas été à la hauteur.
Et quand se profilait celui qui pouvait à la fois plaire à leurs familles et faire crever de jalousie leurs meilleures amies, en quelque sorte le fiancé idéal, elles faisaient marche arrière toute: elles se montraient ardentes et maladroites dans les premiers baisers, et affichaient un air surpris et bouleversé quand les prétendants avaient l’audace de glisser les mains sous leurs robes.
Après la célébration des fiançailles, elles ôtaient d’un air timide la jolie bague sertie de diamants qui risquerait de blesser le gland de leur promis quand elles le masturbaient. Et une fois les faire-part de mariage imprimés et postés, se sentant en totale sécurité, elles entraînaient leurs chéris vers le premier rapport complet et l’extase tant attendue.
Parmi celles qui avaient transgressé les règles et perdu leur virginité, quelques-unes s’inscrivirent dans des clubs d’équitation, fortes des témoignages de championnes de saut d’obstacles qui avaient confié avoir déchiré leur hymen en franchissant des triples haies. Elles auraient une explication à fournir en cas de litige.
On les voyait rarement sur les terrains, mais, le dimanche, elles allaient faire le marché en tenue de cavalière.
Pour les grands frères de Mathilde, il y avait deux sortes de filles, et ce classement avait été établi par l’autorité parentale, celles qu’on respecte, et celles qu’on peut ne pas respecter : les domestiques, les Anglaises, les Suédoises, les filles rencontrées sur les plages en vacances ou dans les boîtes de nuit et, dans certains cas, les femmes mariées.
Jérôme et Étienne avaient établi leur domination sur la petite dernière.
Fille et benjamine, ils ne lui laissaient aucune chance, trop jeune pour les suivre dans leurs jeux et leurs expéditions, et trop proche d’eux pour qu’ils n’aient pas d’instinct posé un droit de regard sur tout ce qu’elle faisait, ou voulait entreprendre.
Mathilde subit sans s’insurger cette situation, et elle en tira un grand profit, par l’observation de ses frères, de la prime adolescence à la jeunesse: elle apprit l’orgueil des hommes, leur vanité parfois, les limites de leur courage, leur manque de confiance, souvent déguisé sous une autorité maladroite, leur gentillesse aussi, refoulée pour qu’on ne les croie pas faibles.
Elle avait compté sur la complicité et la solidarité de sa mère, Colette, pour tenir tête aux hommes de leur famille.
Elle s’attendait toujours, lorsqu’elle déposait un baiser sur la joue de celle-ci, le matin au lever, et au moment d’aller se coucher, à un signe, ou un geste, qui aurait trahi la simple bienséance de leurs rapports, et qui les aurait subitement rapprochées.
Ça n’arriva jamais. Mathilde se demandait si cette froideur, et cette distance maintenue avec ostentation, n’avaient pas pour origine leur dissemblance.
Personne, en les croisant le dimanche à la sortie de la messe, n’aurait pu affirmer qu’elles étaient mère et fille.
Colette avait un joli minois, des traits fins, tout à fait le genre de visage que les photographes exposaient dans un cadre de couleur argentée, bien au milieu de leur vitrine, gage de la qualité de leur clientèle.
Mathilde dépassait sa mère d’une tête, et son allure évoquait spontanément la souplesse et l’aisance des danseuses et des athlètes.
Elle ne faisait rien pour plaire ou être remarquée, et ses vêtements simples et droits lui dessinaient une silhouette androgyne. Mais ceux qui l’observaient décelaient vite, dans ses mouvements, sa poitrine haute et ferme, sa taille fine soulignée par un bassin généreux.
Le professeur de dessin de la classe de première avait insisté pour faire son portrait, en lui disant : « Vous avez cette distinction particulière des hommes trop beaux, aux traits symétriques, et pourtant votre féminité est incontestable. Vous auriez dû vivre dans la Grèce antique, ils vous auraient couronnée. »
Dans le petit monde qui gravitait autour de leur famille, il y avait, pour Mathilde, une bonne dizaine de maris possibles, parmi les amis de Jérôme ou les copains d’Étienne.
L’adolescente représentait, au sein de la moyenne bourgeoisie du Nord, un bon parti, en considération de la petite fortune conquise par son père dans l’industrie textile.
La réussite de Lucien Maupertuis tenait en un mot, le batik. Les enfants, auxquels on demandait souvent quelle était la profession de leur père, avaient appris par cœur cette définition : le batik est une technique d’impression des étoffes, originaire de l’île de Java, qui permet de décorer les tissus à l’aide de cire et de teinture. »

Extrait
« Rien n’était laissé de côté : son parcours programmé comme mineur de fond, le virage obligé vers un autre métier, l’engagement à la Société nationale comme cheminot, le rêve du train à grande vitesse, brisé par la minuscule perte d’acuité visuelle, l’entrée au ressources humaines, et s’ensuivait le récit exhaustif des postes successifs qu’il avait occupés. Un grand nombre de photographies illustrait le texte : le petit Tchitchenko avec son père et sa mère, devant leur maisonnette des corons, un dimanche à la foire de Bully-les-Mines, les premières vacances au Tréport, dans la baie de Somme, une photo de classe au lycée de Lens, une partie de football sur le terrain de sport… »

À propos de l’auteur
Régis Wargnier est cinéaste. Il a notamment réalisé Indochine (1991), avec Catherine Deneuve, qui a obtenu succès mondial, remportant un Oscar et cinq Césars. Les Prix d’excellence est son premier roman. (Source : Éditions Grasset)

Page Wikipédia de l’auteur 

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La Femme de dos

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En deux mots:
Une directrice de casting part à la recherche de l’interprète d’un film intitulé La Femme de dos. Elle finira par la trouver du côté de Toulon. Une quête qui aura remué bien des souvenirs et éclairé quelques zones d’ombre.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Le casting était presque parfait

Quand une chef monteuse décide de raconter l’histoire d’une responsable de casting, cela nous donne un roman sensible qui montre comment un tournage peut impressionner une jeune fille, combien il est difficile de produire un film et… comment la relation mère-fille peut être compliquée…

Faisant sien le principe qui veut que l’on ne parle bien que de ce que l’on connaît bien, Alice Moine – qui est chef monteuse – a choisi le milieu du cinéma pour son premier roman qui fait suite à un récit intitulé Faits d’hiver paru chez Kero en 2015. C’est à la fois par la construction et par l’angle choisi qu’elle fait preuve d’une belle originalité. Comme dans un film, une première scène brève montre un goéland fondre sur une jeune fille inanimée sur un rocher, avec une plaie ouverte à la jambe.
On n’en saura guère plus pour l’instant, car la scène suivante nous conduit sous la canopée du forum des Halles à Paris où une jeune femme, quittant son bureau pour s’aérer, entraîne son instinct. « Depuis toujours, elle avait la faculté de projeter sur un visage les potentiels d’un passé ou les prémisses d’un avenir. Quand l’un d’entre eux sortait du lot, elle s’efforçait de balayer tous les accessoires et particulièrement l’habit, traîtresse enveloppe. On ne se sape pas comme on respire, encore faut-il savoir ce que l’on dégage et à qui l’on s’adresse. Celle qu’un jour un célèbre producteur avait surnommé l’Œil analysait les dérapages et regardait au travers. Voilà donc à quoi Jane H. passait son temps à l’heure du déjeuner, joignant l’utile à l’agréable puisque cette fantaisie lui avait déjà permis de dénicher une bonne cinquantaine de rôles en vingt ans de pratique. Rendement faible si l’on se rapporte au temps passé, mais que diriez-vous d’un champion sportif qui décrocherait ses médailles entre midi et deux?»
Cette directrice de casting originale est à la recherche de l’interprète principale d’un film intitulé «La femme de dos». Elle va toutefois et contre son gré cesser son repérage car Magda, sa mère, est tombée dans le coma. Elle prend le train en direction du Sud et de la maison de son enfance où l’attend Souad Chad, la fidèle employée. Elle s’imaginait faire un aller-retour, le temps que sa mère, qui es tune guerrière, rouvre les yeux et poursuive sa vie trépidante. Mais elle va devoir très vite déchanter, les médecins n’imaginant pas qu’elle puisse se réveiller ou alors dans un état désespéré. Pour la stimuler, on lui conseille de lui parler…
Ne sachant trop quoi lui dire, elle lui fait la lecture, passant d’une biographie de Gertrude Bell au courrier, avant de tomber sur de vieilles lettres de Tristan, son ex petit ami. C’est ainsi que petit à petit on découvre la jeunesse de Jane, ses débuts dans le cinéma – sa maison a été choisie par André Téchiné pour y tourner Les Innocents – et sa rencontre avec le photographe de plateau qui lui vaudra ses premiers émois et son premier chagrin. Mais son séjour forcé ne la fait pas dévier de son objectif et c’est au péage de l’autoroute qu’elle croise Charline, une employée qu’elle s’imagine pouvoir être La Femme de dos. Sauf que cette fois, le rêve de gloire et l’acceptation enthousiaste qu’elle obtient d’habitude lorsqu’elle propose un rôle va se transformer en un refus cinglant.
Jane n’étant pas du genre à baisser les bras, elle va entreprendre une manœuvre de séduction-persuasion, car elle est persuadée tenir la candidate idéale.
Jouant avec son lecteur, Alice Moine mène dès lors trois récits en parrallèle, celui qui plonge dans sa jeunesse et dans ces épisodes qui l’ont construite – peut-être en l’éloignant de cette mère qui lutte pour la vie sur son lit d’hôpital – celui de sa tentative d’apprivoiser Charline et celui de la production de ce film qui résonne d’une façon très particulière en elle. Ne serait-elle pas au bout du compte cette Femme de dos si mystérieuse? À l’image d’un tricot, les différentes pelotes vont passer par des mailles expertes et finir par nous livrer un joli résultat. Un premier roman riche de promesses.

La Femme de dos
Alice Moine
Serge Safran éditeur
Roman
352 p., 19,90 €
EAN : 9791097594046
Paru le 15 février 2018

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris et dans le sud de la France, notamment en Provence, à Toulon et dans les environs.

Quand?
L’action se situe des années 80 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Surnommée l’Œil, Jane est directrice de casting à Paris. Un été, un producteur célèbre lui confie la recherche d’une « perle rare » pour le film La Femme de dos de Telo Ruedigger, un artiste dont les œuvres défraient la chronique. Au même moment, Jane est appelée dans le sud de la France au chevet de sa mère dans le coma.
Vingt-huit ans auparavant, Les Vignettes, maison d’enfance de Jane, servait de décor au film Les Innocents d’André Téchiné. Jane découvrait le monde du cinéma et l’amour avec Tristan, photographe de plateau, disparu en ne laissant comme trace qu’une photo d’elle marchant de dos sur une digue. La similitude avec le style de Telo Ruedigger la trouble.
Lors d’un repérage près de Toulon, elle croit reconnaître en Charline, jeune employée de péage d’autoroute, la «perle rare»…

Les critiques
Babelio
Blog ZAZY
Radio B (émission Café littéraire)

Les premières pages du livre
« Il faut toujours se méfier du Goéland leucophée. C’est un oiseau féroce prêt à tout pour arracher les restes d’une charogne. De son bec jaune tacheté de rouge, il se nourrit d’œufs et de jeunes puffins allant jusqu’à dévorer les proies qu’il n’a pas chassées en s’adjugeant les meilleurs territoires. Déchetterie, lagune, cap isolé, tout y passe.
Un soleil de plomb inondait la pointe. Le goéland tournoyait au-dessus des rochers à la recherche de son déjeuner. De son œil perçant, il avisa quelque chose qui émergeait du maquis et piqua droit dessus. Avant d’attaquer, il hésita pourtant. La forme était humaine, et Dieu sait s’il se méfiait dc ces créatures-là. Il se posa non loin sur une zone pelée. Des vêtements déchirés jaillissait un bout de chair. L’odeur du sang séché affola ses sens. Oubliant ses principes, le goéland s’approcha si près qu’il n’eut plus qu’à tendre le cou pour plonger son bec dans la plaie. L’attaque fut brève, trois coups plantés dans la jambe aussi raide qu’un tronc. Le goût du sang l’enivra et il récidiva jusqu’à ce que la jeune fille se redresse enfin, menaçant d’une pierre son manteau argenté. Dans un cri terrifiant, l’oiseau prit son envol loin de la furie, cheveux courts, teint livide et membres ensanglantés, à qui sans le savoir il venait de redonner vie. »

Extraits
« À l’orée du gigantesque escalator, Jane recherchait le monde entier. De son visage impassible qui ne souriait jamais, elle suivait des yeux quelques-uns des huit cent mille voyageurs qui convergeaient ici chaque jour, et imaginait leurs histoires. Ici-même, elle s’oubliait. Elle passait sa main dans les mèches blondes décolorées de sa coupe à la garçonne, ses doigts frôlant les racines brunes savamment maîtrisées. Ici, ses angoisses lui foutaient la paix. Elle se sentait rassurée par le mouvement de la foule, ne pensant à rien ni personne, du moins le croyait-elle. »

« Si Jane n’avait aucune idée de ce que pouvaient contenir ces lettres, elle savait que les mots couchés là étaient ceux du jeune homme dont elle s’était amouraché vingt-huit ans plus tôt. Et tandis que le poème électro-pop incantatoire répétait en boucle Chercher le garçon / Trouver son nom, Jane se mit à décrypter la lettre comme on voyage dans le temps. »

 

À propos de l’auteur
Alice Moine est chef monteuse pour la publicité et le cinéma. Née à Toulon en 1971, elle se dirige vers le montage pour le plaisir de raconter des histoires. Elle a publié un recueil, Faits d’hiver, chez Kero, en 2015. La femme de dos est son premier roman. (Source: Serge Safran éditeur)

Site internet de l’auteur 

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Made in China

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Voici trois bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce ce que Jean-Philippe Toussaint fait partie de ces auteurs que j’aime suivre, à la fois pour son éclectisme et pour son écriture. Avec Made in China, il vient une nouvelle fois prouver combien ses romans sont à nuls autres pareils en y racontant les coulisses d’un tournage, en dressant le portrait de son éditeur chinois et en nous proposant une réflexion sur la littérature.

2. Parce que, comme l’explique Philippe Malherbe qui connaît fort bien l’auteur, on retrouve le narrateur au fil des pages « à la fois ballotté par les menus évènements qui sont la marque de chaque séjour, de chaque voyage, dans une culture étrangère, en proie aux quiproquos que sa faible connaissance de la langue chinoise induit inévitablement, parfois dépassé par l’enchaînement des séquences presque muettes qui agitent l’entourage de son producteur et ami, mais sans que, finalement, son flegme bon enfant n’en subisse le contrecoup. »

3. Pour cette citation éclairante: «Je continuais de marcher lentement dans la nuit, et, même si la vie, autour de moi, présentait toujours son caractère tranquille et indéniable, j’avais le sentiment d’évoluer dans un paysage de fiction, comme si j’avais été le personnage d’un roman que j’aurais été en train d’écrire».

 

Made in China
Jean-Philippe Toussaint
Éditions de Minuit
Roman
192 p., 15 €
EAN : 9782707343796
Paru en septembre 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Depuis le début des années 2000, j’ai fait de nombreux voyages en Chine, je me suis rendu à Pékin, à Shanghai, à Guangzhou, à Changsha, à Nankin, à Kunming, à Lijiang. Rien n’aurait été possible sans Chen Tong, mon éditeur chinois. La première fois que j’ai rencontré Chen Tong, en 1999, à Bruxelles, je ne savais encore quasiment rien de lui et de ses activités multiples, à la fois éditeur, libraire, artiste, commissaire d’exposition et professeur aux Beaux-Arts. Ce livre est l’évocation de notre amitié et du tournage de mon film The Honey Dress au cœur de la Chine d’aujourd’hui. Mais, même si c’est le réel que je romance, il est indéniable que je romance. J.-P.T.

Les critiques
Babelio 
L’Express (Baptiste Liger et Éric Libiot)
BibliObs (Jérôme Garcin)
Le Carnet et les instants (Pierre Malherbe)
L’Humanité (Jean-Claude Lebrun)
Libération (Philippe Lançon)
Le Monde (Eric Loret)
Diacritik (Patrick Varetz)
Le Littéraire (Jean-Paul Gavard-Perret)

Les premières pages du livre
« Cher Jean-Philippe, est-ce que tu peux me transférer l’horaire de ton vol ? Il faut que je m’organise » m’écrivait Chen Tong quelques jours avant mon arrivée en Chine. Je suis arrivé à Guangzhou le 21 novembre 2014 dans la soirée, et Chen Tong m’attendait à l’aéroport. Je l’aperçus à distance vêtu d’une de ses éternelles chemisettes grises à manches courtes. Il se tenait immobile, les mains derrière le dos, le regard attentif, il se dégageait de sa personnalité un sentiment d’assurance et de calme. Il esquissa un sourire, à peine un sourire, l’encoignure de ses lèvres se souleva, tandis que ses yeux brillaient de complicité contenue. Mais rien de plus, son corps n’avait pas bougé, son visage était resté impassible, grave, placide. Je fis les derniers mètres pour le rejoindre, et on se donna l’accolade, avec précaution, mimant l’accolade plutôt que la donnant vraiment, il me tapa deux ou trois fois doucement dans le dos pour souligner nos retrouvailles. Il s’empara de ma valise et on passa les portes de l’aéroport, et aussitôt je fus assailli par l’odeur de la Chine, cette odeur d’humidité et de poussière, de légumes bouillis et de légère transpiration qui imprègne l’air chaud de la nuit. Nous ne disions rien sous les vastes auvents de verre incurvés de l’aéroport, et nous attendions la voiture qui devait venir nous chercher. »

Extrait
« La mère de Chen Tong était institutrice à la campagne, et Chen Tong la suivait à chaque fois dans les écoles ou collèges où elle enseignait. Le père de Chen Tong était peintre et calligraphe. Dans les années 1950, il travaillait comme photographe dans un journal de Ning Xiang, dans le Hunan, il se servait d’un appareil Dual, un 6 ´ 6, format 120. Une des photos qu’il a prises de la « commune du peuple » de son village a même été reprise par un journal japonais. La Révolution culturelle a ensuite fait zigzaguer le parcours de son père, qui « fut abaissé » jusqu’à ouvrier de laquage, selon l’expression de Chen Tong, puis qui a travaillé comme agent d’achat d’une usine de sprays pour l’agriculture, et enfin au Bureau de l’industrie, où il a pris sa retraite. Pour occuper ses vieux jours, il a loué un atelier pour fabriquer des enseignes et des panneaux publicitaires, qu’il a fini par confier à son disciple, avant de venir habiter chez Chen Tong, à Guangzhou, à l’âge de soixante-dix ans. Il est mort début 2014, le premier jour du Nouvel An chinois, un ou deux mois à peine après mon propre père (nous nous sommes annoncé mutuellement la mort de nos pères par mail dans les premiers mois de 2014). »

À propos de l’auteur
Jean-Philippe Toussaint est né à Bruxelles en 1957. Prix Médicis 2005 pour Fuir. Prix Décembre 2009 pour La Vérité sur Marie. Il a publié une quinzaine de romans et collaboré à quatre longs métrages. (Source : Éditions de Minuit)

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Les vacances

WOLKENSTEIN_Les_Vacances

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Voici trois bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que le sujet abordé, la recherche du premier film resté inachevé d’Éric Rohmer, tourné en 1952, permet tout à la fois de rendre hommage au cinéaste, de sillonner la Normandie et de construire un suspense qui va tenir le lecteur en haleine jusqu’à l’épilogue.

2. Parce que la traque de ce film, une adaptation du roman de la comtesse de Ségur, Les Petites Filles modèles est menée par Paul et Sophie, le premier étant un spécialiste des films disparus et la seconde, une spécialiste de l’œuvre de la Comtesse de Ségur.

3. Parce que Florence Bouchy dans Le Monde a trouvé les arguments pour nous faire lire ce roman: « Les Vacances est un roman diablement vivant, qui épouse la spontanéité des échanges aussi bien qu’il sait jouer des temps de délibérations intérieures, d’hésitations ou de scrupules, sans jamais paraître inutilement bavard. C’est aussi un roman joyeux, bienveillant sans naïveté et moins -léger qu’il n’y paraît d’abord, qui n’ignore pas que toute recherche scientifique est aussi et parfois avant tout une enquête sur soi-même. »

Les vacances
Julie Wolkenstein
Éditions P.O.L.
Roman
368 p., 18,90 €
EAN : 9782818042663
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Automne 1952 : dans un château délabré de l’Eure, Éric Rohmer tourne Les Petites Filles modèles. C’est son premier long-métrage. Presque achevé, jamais sorti au cinéma, il a disparu. Ceci est avéré et vérifié. Nul ne sait ce qu’est devenu ce film. A-t-il été perdu, volé, détruit par Rohmer qui n’en aurait pas été satisfait ?
Printemps 2016 : Sophie, une prof d’université à la retraite spécialiste de la comtesse de Ségur, et Paul, un jeune homme qui consacre sa thèse à des films introuvables, traversent ensemble la Normandie à la recherche de traces, de témoins, d’explications : par exemple, Joseph Kéké, l’étudiant béninois qui a produit le film, a-t-il vraiment cassé une dent à une strip-teaseuse poétesse ? À quoi servent les châteaux en ruines ? Quel rapport entre la comtesse de Ségur, Éric Rohmer et le cinéma érotique des années 1970 ?
Ce roman ébouriffant et drôle multiplie les pistes et les péripéties. De nouveaux personnages réels ou fictifs surgissent à chaque détour de page et nourrissent une enquête qui mêle vertigineusement réalité avérée et vérifiée à la fiction la plus débridée.
Chemin faisant, et c’est ce qui donne aussi à cette histoire une profondeur inattendue tant le ton en est plaisant, désinvolte et spirituel, c’est avant tout sur eux-mêmes que Paul et Sophie enquêtent sans s’en rendre compte.

Les critiques
Babelio 
La Croix (Christine de Martinoir)
BibliObs (Jérôme Garcin)
Diacritik (Christine Marcandier)
Libération (Claire Devarrieux)
La semaine.fr (Béatrice Arvet)
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)

Les premières pages du livre
« – Mon vrai prénom est Sophie.
– Je sais. Moi, c’est Paul.
¬– Vous vous foutez de ma gueule ?
Il tombe une pluie fine sur la banlieue de Caen, et les deux fumeurs que nous sommes – les seuls, apparemment, parmi la poignée de chercheurs restés au sec dans l’abbatiale – nous abritons comme nous pouvons sous le porche. Le vent a forci et rabat l’averse dans notre direction, mais nous ne nous laissons pas décourager et tirons sur nos cigarettes humides.
Sophie et Paul. Comme les personnages les plus célèbres de la littérature pour enfants. Comme dans la comtesse de Ségur. D’accord. Une coïncidence de plus. La semaine dernière, quand je l’ai rencontré pour la première fois au Starbucks de la gare Saint-Lazare, il s’appelait Gaspard et moi Pauline, mais nous l’avions fait exprès. Moi, en tout cas, je l’avais fait exprès.

Extrait
« J’ai remonté le train pour trouver un wagon tranquille. Le premier, tout au bout du quai, était presque vide, je me suis assis et j’ai sorti de mon sac à dos l’exemplaire des Petites Filles modèles que je venais d’acheter à la Fnac, en face de la gare. Je sais, ce n’est pas très professionnel, mais je n’avais pas encore eu le temps de le lire. Paris-Caen, une heure cinquante si tout va bien, je m’étais dit que ce serait suffisant.
De toute façon, ce qui comptait, c’était ce qui m’attendait là-bas, dans les réserves sacrées de l’IMEC, l’Institut Mémoires de l’édition contemporaine : les archives d’Eric Rohmer, le scénario manuscrit de son premier film, adapté des Petites Filles modèles de la comtesse de Ségur, premier film tourné à l’automne 1952, presque achevé, et jamais sorti.
Disparu. Comme tous les films auxquels j’ai décidé de consacrer ma thèse. Des images que je ne verrai jamais. Et que, dans le cas de Rohmer, presque personne, à l’époque, n’a vues. »

À propos de l’auteur
Julie Wolkenstein, née en 1968, enseigne la littérature comparée à l’Université de Caen. Les Vacances (2017) est son huitième roman. Elle a publié, toujours aux Éditions de Minuit: Le mystère du tapis d’Ardabil (2015) ; Adèle et moi (2013) ; L’Excuse (2008) ; Happy End (2005) ; Colloque sentimental (2001) ; L’Heure anglaise (2000) et Juliette ou la Paresseuse (1999). (Source : Éditions de Minuit)

Page Wikipédia de l’auteur 

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