Les amers remarquables

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Sélectionné par les « 68 premières fois »

En deux mots:
Gabrielle est une mère fantasque qui n’hésite pas à disparaître, laissant son mari et ses enfants gérer le quotidien. De Berlin à Arcachon, sa fille raconte ses fugues et l’angoisse de ne pas la voir revenir, avant qu’avec l’âge, elle ne devienne sa «fuyarde chérie».

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Le roman de Gabrielle

Emmanuelle Grangé nous revient avec un roman sensible, portrait d’une mère fantasque qui prend l’habitude de fuir sa famille avant de finalement retrouver le domicile conjugal. De la révolte à l’amour.

Dans son premier roman, Son absence, Emmanuelle Grangé confrontait une famille à la disparition de l’un de ses membres qui n’avait plus donné trace de vie depuis vingt ans. Il est aussi beaucoup question d’’absences dans ce second opus, même si elles sont plus épisodiques. Nous sommes à Berlin dans les années 1960, alors que la narratrice n’est encore qu’une petite fille. Gabrielle a suivi son mari diplomate dans la capitale allemande où elle passe son temps dans les mondanités. Quand elle n’est pas confiée à la fille au pair, la narratrice est envoyée chez les grands-parents à Malakoff. Quant à Pierre, son mari, il aurait pu, au hasard des réceptions où son épouse est chargée de tenir son rang, apprendre ce proverbe allemand qui dit que «l’oisiveté dévore le corps comme la rouille dévore le fer» et comprendre combien sa femme éprouvait le besoin de changer d’air, d’espace, de liberté, de bords de mer.
Cela lui aurait sans doute aussi évité le désarroi de ne plus la trouver au domicile conjugal et de devoir la supplier de revenir vers lui et sa famille.
Même la naissance d’un petit frère ne viendra pas contrecarrer ce qui va bientôt devenir une habitude. Après les brouilles conjugales, Gabrielle prend la fuite jusqu’à ce jour où il n’est plus possible de la joindre. «Nous sommes restés ballots, passifs, impuissants. Nous avons attendu le pire, l’annonce de l’hospitalisation, voire la mort de Gabrielle. Nous nous sommes habitués à vivre dans l’angoisse, puis dans la résignation. Gabrielle nous avait quittés pour de bon, je lui en ai voulu un peu, beaucoup… »
En déroulant l’histoire de cette famille, Emmanuelle Grangé se rend compte combien ces drames à répétition ont aussi un caractère formateur pour la jeune fille et la femme qu’elle devient et finalement, combien elle doit son caractère et sa liberté à ces épreuves. Bouclant la boucle quand elle devient une mère pour sa mère lorsque la vieillesse et la maladie vont avoir raison de ses escapades, elle rend un magnifique hommage à celle qui lui en a tant fait voir!
Car, au fil des chapitres – qui commencent tous par un extrait de Jane Eyre, le roman de Charlotte Brontë qui les rassemble aussi – le style gagne lui aussi en intensité et en gravité, suivant en quelque sorte la courbe de la vie de Gabrielle. Tout en pudeur et en retenue, mais de plus en plus proche de l’essentiel. C’est beau, fort, prenant.

Les amers remarquables
Emmanuelle Grangé
Éditions Arléa
Roman
176 p., 17 €
EAN 9782363081919
Paru en mai 2019

Où?
Le roman se déroule en Allemagne, à Berlin, Büsum, Helmstedt-Marienborn, Tübingen avant de parcourir la France, de Paris et sa banlieue, Malakoff, Vanves et Meudon, en Bretagne, à Châteauneuf-du-Faou, puis en Loire-Atlantique et en Alsace, à Strasbourg, dans la Sud, à Avignon, à Nice, Èze, Vallauris et Biot et enfin dans le Sud-Ouest, au bassin d’Arcachon, au Cap Ferret et à Saint-Palais. On y évoque aussi Ouistreham et Genève.

Quand?
L’action se situe des années soixante à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
De son enfance, l’auteur garde le souvenir d’un grand appartement à Berlin, où son père est fonctionnaire international, la naissance d’un frère qui va bouleverser son quotidien de petite fille, des séjours en France pendant les vacances chez des grands-parents aimants, l’accent germanique des nurses qui se succèdent. Pourtant, dans toute cette banalité quelque chose détonne. La mère, fantasque, magnifique, amoureuse des rivages qui lui manquent tant, trop à l’étroit dans son rôle d’épouse de diplomate, ne peut s’empêcher de fuguer. Elle part, fuit l’appartement familial, laissant ses enfants et son mari. Elle revient cependant, jusqu’au jour où…
Comment se construire, grandir, trouver des repères lorsque rien n’est jamais sûr, quand la peur de l’abandon plane sur l’impression de sécurité et de normalité.
C’est ce portrait d’une mère à part qu’Emmanuelle Grangé esquisse aujourd’hui dans ce deuxième livre. On y retrouve ses thèmes de prédilection, la famille, le secret, la force silencieuse des non-dits. Mais aussi le travail du temps qui passe, qui vous entraîne dans sa course, faisant un jour de vous, le parent de ses parents. Aucun jugement, aucune rancœur, dans ce texte plein d’amour et de lucidité. Simplement le roman d’une famille, la sienne.

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Les autres critiques
Babelio 
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Extraits
« Mon père trouve sa femme remarquable, si belle, unique dans ses vieux escarpins comme neufs car rehaussés de cabochons, il apprécie sa cuisine inventive. Il n’a pas pu venir le jour où elle lui annonce dans une lettre qu’elle ne rentre pas à la maison. »

« Nous sommes restés ballots, passifs, impuissants. Nous avons attendu le pire, l’annonce de l’hospitalisation, voire la mort de Gabrielle. Nous nous sommes habitués à vivre dans l’angoisse, puis dans la résignation. Gabrielle nous avait quittés pour de bon, je lui en ai voulu un peu, beaucoup… J’entendais ses injonctions: Ne dépends dans ta vie que de toi-même; quand un homme t’invite au restaurant, au cinéma, paye ton écot! Je lui en ai moins voulu. J’ai fini par l’imaginer travailleuse, gagnant son pain, son gîte, peut-être relectrice dans une maison d’édition, n’ayant rien d’autre à prouver que sa capacité d’être une femme libre. Elle vivait. Je le savais. » p. 65

À propos de l’auteur
Emmanuelle Grangé est comédienne. Elle vit à Paris. Elle a publié chez Arléa, Son absence, son premier roman, en 2017. (Source : Éditions Arléa)

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Souvenirs dormants

MODIANO_Souvenirs_dormants

En deux mots:
Quelques noms, quelques lieux, quelques souvenirs jetés sur un bout de papier. Dans les méandres de la mémoire, le romancier cherche les situations, l’ambiance, les bruits, les sons et les odeurs et revisite le Paris de sa jeunesse. Modianesque à souhait.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Rencontre capitale

Dans un court roman, Patrick Modiano part à la rencontre de personnes croisées dans les rues de Paris. Et nous donne par la même occasion une belle leçon de littérature.

Souvenirs dormants aurait aussi pu s’appeler Fugues et Rencontres. Car c’est bien à partir d’escapades et de noms, d’un visage que «notre» Prix Nobel a construit ce roman et, au-delà, une grande partie de son œuvre. Au détour d’un paragraphe apparaît son discours de la méthode : « Je tente de mettre de l’ordre dans mes souvenirs. Chacun d’eux est une pièce de puzzle, mais il en manque beaucoup, de sorte que la plupart restent isolées. Parfois, je parviens à en rassembler trois ou quatre, mais pas plus. Alors, je note des bribes qui me reviennent dans le désordre, listes de noms ou de phrases très brèves. Je souhaite que ces noms comme des aimants en attirent de nouveaux à la surface et que ces bouts de phrases finissent par former des paragraphes et des chapitres qui s’enchaînent. En attendant, je passe mes journées dans l’un de ces grands hangars qui ressemblent aux garages d’autrefois, à la poursuite de personnes et d’objets perdus. »
Nous voici une fois de plus sur le terrain de jeu préféré de l’auteur de Place de l’Étoile, les rues de Paris. Des rues qu’il arpente avec bonheur, mais aussi avec nostalgie, se concentrant sur quelques points forts. À l’image de ces points lumineux qui s’affichaient sur les cartes de métro quand le voyageur appuyait sur le bouton de sa destination, il s’accroche à ces repères pour établir un itinéraire, construire une histoire. Et met en scène le principe découvert en lisant un livre d’ésotérisme, L’Éternel retour du même. « À chaque page, je me disais: si l’on pouvait revivre aux mêmes heures, aux mêmes endroits et dans les mêmes circonstances ce qu’on avait déjà vécu, mais le vivre beaucoup mieux que la première fois, sans les erreurs, les accrocs et les temps morts… ce serait comme de recopier au propre un manuscrit couvert de ratures… » Par la magie de la littérature, la faculté de faire naître de nouvelles images, de nouveaux souvenirs auprès de chacun des lecteurs, même quand ces derniers n’ont pas vécu dans les lieux, ni même l’époque décrite, on déguste cette madeleine (proustienne, cela va de soi) avec gourmandise.
Comme avec son opus précédent, Pour que tu ne te perdes pas dans le quartier, ce qui compte, c’est bien la musique qui se dégage de ces pages, symphonie toujours inachevée, mais que l’on conserve longtemps en tête après avoir refermé le livre.

Souvenirs dormants
Patrick Modiano
Éditions Gallimard
Roman
112 p., 14,50 €
EAN : 9782072746314
Paru en octobre 2017

Où?
Le roman se déroule en France, presqu’exclusivement à Paris et en proche banlieue.

Quand?
L’action se situe de nos jours avec des reminiscences aux années de jeunesse de l’auteur, il y a quelques cinquante ans.

Ce qu’en dit l’éditeur
« »Vous en avez de la mémoire… »
Oui, beaucoup… Mais j’ai aussi la mémoire de détails de ma vie, de personnes que je me suis efforcé d’oublier. Je croyais y être parvenu et sans que je m’y attende, après des dizaines d’années, ils remontent à la surface, comme des noyés, au détour d’une rue, à certaines heures de la journée.»

Les critiques
Babelio 
Le Journal du dimanche 
Blog Le réseau Modiano 

Les premières pages du livre
« Un jour, sur les quais, le titre d’un livre a retenu mon attention, Le Temps des rencontres. Pour moi aussi, il y a eu un temps des rencontres, dans un passé lointain. À cette époque, j’avais souvent peur du vide. Je n’éprouvais pas ce vertige quand j’étais seul, mais avec certaines personnes dont justement je venais de faire la rencontre. Je me disais pour me rassurer : il se présentera bien une occasion de leur fausser compagnie. Quelques-unes de ces personnes, vous ne saviez pas jusqu’où elles risquaient de vous entraîner. La pente était glissante.
Je pourrais d’abord évoquer les dimanches soir. Ils me causaient de l’appréhension, comme à tous ceux qui ont connu les retours au pensionnat, l’hiver, en fin d’après-midi, à l’heure où le jour tombe. Ensuite, cela les poursuit dans leurs rêves, parfois pendant toute leur vie. Le dimanche soir, quelques personnes se réunissaient dans l’appartement de Martine Hayward, et moi je me trouvais parmi ces gens-là. J’avais vingt ans et je ne me sentais pas tout à fait à ma place. Un sentiment de culpabilité me reprenait, comme si j’étais encore un collégien : au lieu de rentrer au pensionnat, j’avais fait une fugue.»

Extraits
« Au cours de cette période de ma vie, et depuis l’âge de onze ans, les fugues ont joué un grand rôle. Fugues des pensionnats, fuite de Paris par un train de nuit le jour où je devais me présenter à la caserne de Reuilly pour mon service militaire, rendez-vous auxquels je ne me rendais pas, ou phrases rituelles pour m’esquiver: « Attendez, je vais chercher des cigarettes… », et cette promesse que j’ai dû faire des dizaines et des dizaines de fois, sans jamais la tenir: « Je reviens tout de suite.  » Aujourd’hui, j’en éprouve du remords. Bien que je ne sois pas très doué pour l’introspection, je voudrais comprendre pourquoi la fugue était, en quelque sorte, mon mode de vie. Et cela a duré assez longtemps, je dirais jusqu’à vingt-deux ans. Etait-ce comparable à ces maladies de l’enfance qui ont de drôles de noms: coqueluche, varicelle, scarlatine? All-delà de mon cas personnel, j’ai toujours rêvé d’écrire un traité de la fugue à la manière de ces moralistes et ces mémorialistes français dont j’admire tant le talent. »

« J’écrivais dans la marge d’un des journaux les noms de ces gens dont je me souvenais pour avoir assisté à leurs « soirées » du dimanche soir, là où je l’avais rencontrée, elle. Et aujourd’hui, cinquante ans après, je ne peux m’empêcher, de nouveau, d’écrire sur cette feuille blanche quelques-uns de ces noms. Martine et Philippe Hayward, Jean Tenail, Andrée Kanté, Guy Lavigne, Roger Favart et sa femme aux taches de rousseur et aux yeux gris… d’autres…
Aucun d’eux ne m’a donné de ses nouvelles, ces cinquante dernières années. Je devais être invisible pour eux, à cette époque. Ou bien, tout simplement. vivons-nous à la merci de certains silences. »

« À la même époque, derrière la porte entrouverte de son bureau, mon père parlait au téléphone. Quelques mots de lui m’avaient intrigué : « la bande des Russes du marché noir ». Près de quarante ans plus tard, je suis tombé sur une liste de noms russes, ceux de gros trafiquants de marché noir à Paris pendant l’occupation allemande. Schaposchnikoff, Kourilo, Stamoglou, baron Wolf, Metchersky, Djaparidzé… Stioppa se trouvait-il parmi eux ? Et mon père, sous une fausse identité russe ? Je me suis posé une dernière fois ces questions avant qu’elles ne se perdent sans réponses dans la nuit des temps. »

À propos de l’auteur
Patrick Modiano, né en 1945, est l’un des plus talentueux écrivains de sa génération. Explorateur du passé, il sait ressusciter avec une précision extrême l’atmosphère et les détails de lieux et d’époques révolues, comme le Paris de l’occupation, dans son premier roman, «La Place de l’étoile», paru en 1968. Avec «Catherine Certitude», il nous fait pénétrer dans l’univers tendre d’une petite fille au nom étrange, dont l’enfance se déroule dans le quartier de la gare du Nord, à Paris, au cours des années 1960.
Il est le quinzième écrivain français à recevoir la prestigieuse récompense, le Prix Nobel de littérature, le 9 octobre 2014. Il s’est en outre vu décerner, entre autres distinctions, le Grand prix de la Fondation Prince Pierre de Monaco (1984), le Grand prix de Littérature Paul-Morand de l’Académie française (2000) et le Prix mondial de la Fondation Simone et Cino del Duca (2010). (Source : Éditions Gallimard)

Site Wikipédia de l’auteur 

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C’est Shell que j’aime

ANDREA_Vallee_de_lasse
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En deux mots
Le petit garçon de la station-service de la Vallée de l’Asse ne veut pas aller en pension. Aussi décide-t-il de partir pour la guerre. Une fugue qui va lui apprendre un tas de choses, y compris sur lui-même.

Ma note
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique

C’est Shell que j’aime

Un premier roman délicat et tendre qui explore le monde avec les yeux d’un petit garçon. Tout ceux qui ont gardé quelque chose de l’enfance en eux vont adorer!

Une station-service dans la vallée de l’Asse. C’est là que vit un petit garçon entouré de ses parents. Si on l’appelle Shell, c’est sans doute parce qu’il a appris à donner un coup de main à son père, qu’il se fait un peu de pourboire en aidant les clients et qu’il arbore un blouson à l’emblème de la société pétrolière.
Shell vit paisiblement, fait quelques bêtises de temps et temps. Et s’il n’a pas d’amis, c’est qu’il semble un peu attardé. « Le Dr Bardet avait utilisé plein de mots compliqués, et comme mes parents n’avaient pas l’air de comprendre non plus, il leur avait expliqué que ma tête avait arrêté de grandir. Ça m’avait fait rigoler en douce, parce que c’était comme s’il ne parlait pas de moi. Ma tête, au contraire, elle était grande, bien plus grande que celle des autres. C’était le monde qui était petit, et je ne voyais pas comment on pouvait faire rentrer quelque chose de grand dans quelque chose de petit. »
Un soir, comme dans le conte du petit poucet, Shell entend ses parents parler de la placer dans un établissement spécialisé et prend peur. Il décide de fuir, de partir pour la guerre. Il prépare un sac à dos, cherche le fusil de son père – même s’il n’a aucune idée de la manière dont il faut s’en servir – et prend la direction du plateau:
« J’avais un plan. À la guerre, je me battrais, on me donnerait des médailles, je reviendrais, et là, tout le monde serait bien forcé d’admettre que j’étais un adulte, ou tout comme. »
Jean-Baptiste Andrea a le sens de la formule et la nostalgie d’une époque où tout semblait possible. Comme dans le Pagnol de La Gloire de mon père, il réussit le tour de force de nous entraîner sur les pas de son narrateur, désarmant de sincérité et de naïveté. Après s’être rendu compte qu’il avait oublié son sac à dos, il doit bien avouer qu’il n’avait aucune idée de l’endroit où on faisait la guerre. Très vite, il est obligé d’abdiquer : « Autant le dire tout de suite parce que de toute façon tout le monde le sait: la guerre, je n’y suis jamais arrivé. »
Mais il n’est pas question pour autant de rentrer, même si la faim commence à la tenailler, même si son lit douillet lui manque. Car dans ses errements, il croise la route de Viviane. La belle jeune fille va lui venir en aide et partager quelques secrets avec lui. Il va lui expliquer son plan. Après lui avoir expliqué que la guerre, c’était loin, beaucoup plus loin que ce qu’il s’imaginait, «le genre de loin où on ne peut pas aller à pied», elle va lui révéler qu’elle est une reine aux pouvoirs magiques.
Il n’en fallait pas davantage pour subjuguer Shell, déjà ravi de ne plus être seul dans la montagne. Ensemble, ils vont éviter les gendarmes partis à leur recherche, elle va régulièrement le ravitailler, lui faire découvrir une grotte comme celle de Lascaux (le plus merveilleux des cadeaux d’anniversaire), lui indiquer un refuge avant de devoir retourner dans son château.
« Je l’ai regardée disparaître, j’avais tellement envie de la retenir que j’ai imaginé sa silhouette longtemps après son départ. Puis la nuit est tombée et m’a forcé à rentrer. J’ai trouvé un vieux tas de paille dans un coin, je l’ai étalée par terre et je me suis allongé dessus, les mains derrière la tête. Je me suis rendu compte que j’avais complètement oublié mon histoire de guerre, mes médailles, mon retour héroïque. J’ai eu un peu honte. Je ne voulais pas passer pour un lâche quand je rentrerais. Mais j’avais une reine, je savais déjà que je ferais tout pour elle, pas parce que j’avais juré mais parce que j’en avais envie, et j’ai pensé que c’était peut-être ça, être un héros: faire des choses qu’on n’est pas obligé de faire. »
À l’émerveillement suit le coup de blues. Mais fort heureusement Shell croise la route de Matti, un berger qui lui propose de l’accompagner et à qui il peut confier ses bleus à l’âme. « Le soir Matti m’a dit de ne pas m’en faire, enfin il l’a dit à sa façon avec le minimum de mots.» Parce que Matti sait où habite la petite parisienne qui avait «emporté nos jeux, nos rires, ses mensonges formidables et ceux que j’aimais moins comme quand elle avait dit qu’elle resterait pour toujours avec moi»
C’est à ce moment que le roman devient vraiment initiatique, dans le sens où Shell comprend qu’à côté de sa reine – à laquelle il aimerait tant vouloir continuer de croire – il y a une réalité un peu moins rose. Que s’il avait pu lire la lettre que Viviane lui avait laissé, il n’aurait peut-être pas été autant en colère contre lui et tous ses problèmes, contre son père, contre sa mère, contre les fourmis ou encore «contre le grille-pain qui brûle les tartines même sur la position 1».
Il va dès lors devoir oublier la boîte de GI Joe posée sur le rebord de la fenêtre, ne plus endosser le costume de Zorro, mais tout simplement retrouver une place parmi les siens. Et nous lecteurs, grâce à la plume poétique et magique de Jean-Baptiste Andrea, auront retrouvé les émotions de notre enfance. Qui, comme chacun le sait, n’ont pas de prix.

Ma Reine
Jean-Baptiste Andrea
Éditions L’Iconoclaste
Roman
240 p., 17 €
EAN : 9791095438403
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Un conte initiatique où tout est vrai, tout est rêve, tout est roman.
Shell n’est pas un enfant comme les autres. Il vit seul avec ses parents dans une station-service. Après avoir manqué mettre le feu à la garrigue, ses parents décident de le placer dans un institut. Mais Shell préfère partir faire la guerre, pour leur prouver qu’il n’est plus un enfant. Il monte le chemin en Z derrière la station. Arrivé sur le plateau derrière chez lui, la guerre n’est pas là. Seuls se déploient le silence et les odeurs de maquis. Et une fille, comme un souffle, qui apparaît devant lui. Avec elle, tout s’invente et l’impossible devient vrai.
Jean-Baptiste Andrea livre ici son premier roman. Ode à la liberté, à l’imaginaire, et à la différence, Ma reine est un texte à hauteur d’enfants. L’auteur y campe des personnages cabossés, ou plutôt des êtres en parfaite harmonie avec un monde où les valeurs sont inversées et signe récit pictural aux images justes et fulgurantes qui nous immerge en Provence, un été 1965.

68 premières fois
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Jean-Baptiste Andrea présente «Ma reine» © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre :
« Je tombais, je tombais et j’avais oublié pourquoi. C’était comme si j’étais toujours tombé. Des étoiles passaient au-dessus de ma tête, sous mes pieds, autour de moi, je moulinais pour m’y raccrocher mais je n’attrapais que du vide. Je tourbillonnais dans un grand souffle d’air mouillé.
Je brûlais de vitesse, le vent hurlait entre mes doigts, j’ai repensé à l’époque où on courait le cent mètres à l’école, les seules fois où les autres ne se moquaient jamais de moi. Avec mes grandes jambes, je les battais tous. Sauf que là, mes jambes ne servaient à rien. Elles tombaient elles aussi comme des imbéciles.
Quelqu’un a crié, loin. Il fallait que je me rappelle pourquoi j’étais là, c’était forcément important. On ne tombe pas comme ça sans une bonne raison. J’ai regardé derrière moi, mais derrière ça ne voulait plus rien dire. Tout changeait tout le temps, tellement vite que j’avais envie de pleurer.
À coup sûr, j’avais fait une énorme bêtise. J’allais me faire gronder ou pire, même si je ne voyais pas ce qu’il y avait de pire que d’être grondé. Je me suis roulé en boule comme quand Macret me tabassait, c’était un truc connu[…] »

Extraits
« J’ai voulu la pluie. Je l’ai tant voulue que quand elle est venue, je ne savais plus comment l’arrêter. C’était une grosse pluie rose, vert, bleu, elle prenait la couleur d’un rien. Elle assommait les oiseaux. Il a plu comme ça pendant je ne sais pas combien de temps. Les vieux disaient qu’ils n’avaient jamais vu ça. Ils parlaient de leurs ancêtres et de Dieu et du ciel et de tout sauf de la raison de la pluie: moi. »

« Il ne manquait plus qu’une chose à mon paquetage, la plus importante : une arme. Les parents dormaient – mon père ronflait sur le canapé-lit du salon et ma mère dans leur chambre. Je suis passé devant le canapé pour ouvrir la belle armoire en Formica et prendre le 22 paternel, celui avec lequel il tirait les lapins, et les quelques balles qui restaient dans une boîte. Je les ai mises dans ma poche. Des balles, ils avaient intérêt à m’en donner d’autres à la guerre parce que je ne risquais pas de tuer beaucoup d’ennemis avec celles que j’avais. Ils allaient aussi devoir me montrer comment on se servait du fusil. Ici, j’avais interdiction de le toucher et je savais, en le prenant, que rien ne serait plus jamais comme avant. »

À propos de l’auteur
Jean-Baptiste Andrea est né en 1971. Il est réalisateur et scénariste. Ma reine est son premier roman. (Source : Éditions L’Iconoclaste)

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Ma reine

ANDREA_Ma_reine

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5 raisons de lire ce livre :
1. Parce que ce premier roman fait déjà beaucoup parler de lui. Outre son bel accueil en librairie, ila déjà été préempté par Folio pour une édition en poche et les droit sont déjà été vendus pour des traductions en Allemagne, Italie, Grèce et Roumanie.

2. Parce que depuis Marcel Pagnol, je sais ce que le monde vu par les yeux d’un enfant peut receler de mystère et de poésie, à l’image de cet extrait: « J’ai voulu la pluie. Je l’ai tant voulue que quand elle est venue, je ne savais plus comment l’arrêter. C’était une grosse pluie rose, vert, bleu, elle prenait la couleur d’un rien. Elle assommait les oiseaux. Il a plu comme ça pendant je ne sais pas combien de temps. Les vieux disaient qu’ils n’avaient jamais vu ça. Ils parlaient de leurs ancêtres et de Dieu et du ciel et de tout sauf de la raison de la pluie: moi. »

3. Parce qu’il figure dans la sélection des 68 premières fois toujours très pertinente.

4. Parce que Archibald Ploom ne tarit pas d’éloges sur ce roman sur Culture Chronique: «Jean-Baptiste Andréa réalise une incroyable performance littéraire en nous proposant un premier roman remarquablement abouti qui sonne comme une ode à la liberté et à la fidélité à nos rêves d’enfant. »

5. Parce que l’auteur a su trouver les mots pour donner envie de lire son livre « Nous perdons par habitude, ou par paresse, notre capacité d’enchantement. Je ne dis pas que nous sommes incapables d’émerveillement, au contraire. Un paysage peut nous exalter, quelques notes de musiques, une relation… Tout le monde en fait l’expérience. Mais nous avons du mal à « retenir » ces moments. Ils ne nous rendent pas meilleurs et ne changent pas nos vies. Bien vite, le quotidien reprend ses droits. Je voulais donc raconter l’histoire d’un enfant qui lui, retient tous les bonheurs qu’il rencontre – certains sont pourtant bien minces. J’espère que les lecteurs, une fois le livre refermé, auront un peu de ce héros en eux. Qu’il rajeunira leurs yeux comme il a rajeuni les miens. »

Ma Reine
Jean-Baptiste Andrea
Éditions L’Iconoclaste
Roman
240 p., 17 €
EAN : 9791095438403
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Un conte initiatique où tout est vrai, tout est rêve, tout est roman.
Shell n’est pas un enfant comme les autres. Il vit seul avec ses parents dans une station-service. Après avoir manqué mettre le feu à la garrigue, ses parents décident de le placer dans un institut. Mais Shell préfère partir faire la guerre, pour leur prouver qu’il n’est plus un enfant. Il monte le chemin en Z derrière la station. Arrivé sur le plateau derrière chez lui, la guerre n’est pas là. Seuls se déploient le silence et les odeurs de maquis. Et une fille, comme un souffle, qui apparaît devant lui. Avec elle, tout s’invente et l’impossible devient vrai.
Jean-Baptiste Andrea livre ici son premier roman. Ode à la liberté, à l’imaginaire, et à la différence, Ma reine est un texte à hauteur d’enfants. L’auteur y campe des personnages cabossés, ou plutôt des êtres en parfaite harmonie avec un monde où les valeurs sont inversées et signe récit pictural aux images justes et fulgurantes qui nous immerge en Provence, un été 1965.

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Jean-Baptiste Andrea présente «Ma reine» © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre :
« Je tombais, je tombais et j’avais oublié pourquoi. C’était comme si j’étais toujours tombé. Des étoiles passaient au-dessus de ma tête, sous mes pieds, autour de moi, je moulinais pour m’y raccrocher mais je n’attrapais que du vide. Je tourbillonnais dans un grand souffle d’air mouillé.
Je brûlais de vitesse, le vent hurlait entre mes doigts, j’ai repensé à l’époque où on courait le cent mètres à l’école, les seules fois où les autres ne se moquaient jamais de moi. Avec mes grandes jambes, je les battais tous. Sauf que là, mes jambes ne servaient à rien. Elles tombaient elles aussi comme des imbéciles.
Quelqu’un a crié, loin. Il fallait que je me rappelle pourquoi j’étais là, c’était forcément important. On ne tombe pas comme ça sans une bonne raison. J’ai regardé derrière moi, mais derrière ça ne voulait plus rien dire. Tout changeait tout le temps, tellement vite que j’avais envie de pleurer.
À coup sûr, j’avais fait une énorme bêtise. J’allais me faire gronder ou pire, même si je ne voyais pas ce qu’il y avait de pire que d’être grondé. Je me suis roulé en boule comme quand Macret me tabassait, c’était un truc connu[…] »

Extraits
« J’ai voulu la pluie. Je l’ai tant voulue que quand elle est venue, je ne savais plus comment l’arrêter. C’était une grosse pluie rose, vert, bleu, elle prenait la couleur d’un rien. Elle assommait les oiseaux. Il a plu comme ça pendant je ne sais pas combien de temps. Les vieux disaient qu’ils n’avaient jamais vu ça. Ils parlaient de leurs ancêtres et de Dieu et du ciel et de tout sauf de la raison de la pluie: moi. »

« Il ne manquait plus qu’une chose à mon paquetage, la plus importante : une arme. Les parents dormaient – mon père ronflait sur le canapé-lit du salon et ma mère dans leur chambre. Je suis passé devant le canapé pour ouvrir la belle armoire en Formica et prendre le 22 paternel, celui avec lequel il tirait les lapins, et les quelques balles qui restaient dans une boîte. Je les ai mises dans ma poche. Des balles, ils avaient intérêt à m’en donner d’autres à la guerre parce que je ne risquais pas de tuer beaucoup d’ennemis avec celles que j’avais. Ils allaient aussi devoir me montrer comment on se servait du fusil. Ici, j’avais interdiction de le toucher et je savais, en le prenant, que rien ne serait plus jamais comme avant. »

À propos de l’auteur
Jean-Baptiste Andrea est né en 1971. Il est réalisateur et scénariste. Ma reine est son premier roman. (Source : Éditions L’Iconoclaste)

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L’un l’autre

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En deux mots
Une famille zurichoise rentre de vacances. Tandis que la mère vaque aux occupations ménagères, le père décide de s’en aller. Une fugue qui va se transformer en quête existentielle, en réflexion sur le couple.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

L’un l’autre
Peter Stamm
Christian Bourgois éditeur
Roman
traduit de l’allemand par Pierre Deshusses
176 p., 17 €
ISBN: 9782267029864
Paru en janvier 2017

Où?
Le récit est situé en Suisse, d’abord dans la région zurichoise puis le long d’une randonnée qui va jusqu’à la Muotathal, en passant par Winterthour, Lachen, Frauenfeld. Des vacances en Espagne et Barcelone y sont évoquées ainsi que des séjours en France, Irlandie, Italie et Allemagne.

Quand?
L’action se déroule de nos jours

Ce qu’en dit l’éditeur
C’est la fin de l’été dans une petite bourgade suisse. Une famille rentre de vacances, elle s’apprête à reprendre le cours d’une existence paisible : Astrid est une mère dévouée, Thomas est un père aimant, Ella et Konrad, élèves de collège, semblent épanouis. Rien ne semble présager la situation à laquelle ils vont se trouver confrontés. Lorsque Astrid se réveille le matin suivant, Thomas est parti. Commence alors une longue errance à travers les montagnes, vers une nouvelle vie.
Le roman de Peter Stamm, qui s’ouvre sur une vie de famille et un retour au quotidien décrit à l’unisson, alterne progressivement les points de vue de Thomas et d’Astrid, comme pour trouver un sens au départ, à la disparition thème majeur de l’œuvre de l’auteur ce, jusqu’à la chute de Thomas dans une crevasse. À la vie à la maison, avec les enfants peu compatissants et un irrépressible désir de revenir en arrière, s’oppose la vie sur les routes, la nature et la volonté de se confronter à son hostilité.
Avec un style dépouillé et sobre, sans jugement de valeur ou de résolution définitive, l’écrivain suisse s’interroge encore une fois sur la notion de couple et de solitude propre à chaque être humain. Qu’est-ce qui lie deux personnes entre elles et jusqu’à quel point ? Quelles sont les limites de notre compréhension de l’autre ?
« Une lecture attentive permet de voir tout le raffinement de la langue. […] Il y a chez Stamm un véritable suspense – et quelque chose qu’il est en même temps impossible d’expliquer par le simple réalisme. » Die Welt
« La façon dont Stamm sait rendre plausible l’insaisissable et décrire les univers affectifs de ses personnages, c’est de la grande littérature. » Buchmarkt

Ce que j’en pense
Il faut se méfier des habitudes, des rituels du quotidien. Ce nouveau roman de l’un des plus brillants défricheurs de l’âme humaine, l’auteur Suisse alémanique Peter Stamm, vient en faire la brillante démonstration. Quand la vie semble aussi bien réglée qu’une montre helvète, il se peut fort bien qu’elle devienne oppressante. Au point de vouloir à tout prix changer les choses. Au retour de leurs vacances en Espagne, Thomas, Astrid et leurs enfants Ella et Konrad retrouvent leur pavillon de la banlieue zurichoise. Pendant que la nuit tombe, on prend un dernier verre autour de la table du jardin en lisant la presse dominicale. Astrid s’occupe de coucher les enfants puis de défaire les valises. Elle va lancer une première machine de linge, rejoindre quelques minutes son mari avant d’aller se coucher à son tour.
À son réveil le lendemain matin, les deux verres sont encore sur la table, l’un est encore à moitié plein. Mais Thomas n’est plus là.
En attendant son retour, on vaque au quotidien. Les enfants vont à l’école, Astrid va faire quelques longueurs à la piscine. Les heures s’écoulent jusqu’au moment où l’inquiétude commence à prendre le dessus, car Thomas ne donne plus de nouvelles.
Le chef de famille a pris la clé des champs. Au lieu de rejoindre sa femme, il a ouvert le portail et cheminé dans les rues, sans autre but que de s’éloigner. Le lecteur va le suivre dans son errance au fil des jours. Une randonnée qui va le conduire bien au-delà du pays, pour reprendre le titre original du livre Weit über das Land.
Car outre le côté introspectif pour l’un et l’autre – sans doute l’aspect essentiel du livre – la fugue de Thomas nous permet de découvrir une partie de la Suisse allant du canton de Zurich à celui du Tessin, en passant notamment par la Suisse centrale et notamment le canton de Schwytz. Outre les vaches et les croix en tout genre, le marcheur sera témoin de l’urbanisation croissante du pays. Il lui faudra aussi lutter avec une météo assez médiocre, la pluie et le froid venant le surprendre.
C’est du reste en obligeant Thomas à se concentrer sur les aspects vitaux de son parcours – où passer la nuit ? Où trouver à manger ? Comment éviter les rencontres désagréables – que Peter Stamm pousse son lecteur à chercher par lui-même quelles peuvent être ses motivations profondes.
Pour Astrid les choses sont à la fois plus simples et plus difficiles. Après quelques jours, elle est contrainte de signaler la disparation de son mari à la police, même si elle préférerait que cela ne se sache pas trop. Comme chaque personne adulte est libre de circuler dans le pays comme elle l’entend, il n’est du reste pas question de lancer une chasse à l’homme. Mais la consultation de son relevé bancaire peut livrer des indices. Du côté de Frauenfeld, il s’est équipé de tout le matériel nécessaire à la randonnée et a retiré de l’argent liquide. Astrid va en avoir confirmation en se rendant sur place, mais ne pourra cependant localiser son mari dont les traces vont se perdre. Avec ses enfants, elle va devoir apprendre à vivre avec l’absence. « Mais soudain elle sut que Thomas ne serait pas là non plus pour le dîner, et demain non plus. Cette idée lui coupa la respiration, il ne s’agissait pas d’inquiétude, elle était prise d’une peur qui la paralysait, comme si elle savait déjà ce qui allait arriver. »
La plume de Peter Stamm est d’abord descriptive, faite de choses vues, de notes prises sur le vif, elle retrace les emplois du temps mais ne porte jamais de jugement. Tout juste s’autorise-t-elle à rendre compte des interrogations, des hypothèses émises par l’un et l’autre. C’est ce style à la fois dépouillé et très précis qui donne toute sa force à cette quête. Après l’histoire de Gillian et Matthias dans Tous les jours sont des nuits, voici une nouvelle version du thème de prédilection de l’auteur, cette relation particulière que forme les couples. Et contrairement à ce que l’on peut imaginer, l’amour y tient aussi cette fois, un rôle majeur.

Autres critiques
Babelio 
Télérama (Marine Landrot)
BibliObs (Didier Jacob)
Libération (Frédérique Fanchette)
Philomag (Philippe Garnier)
Le Temps (Julien Burri)
En attendant Nadeau (Norbert Czarny)
Les Échos (Ph. C.)
La Croix (Patrick Kéchichian)
Blog Le Nez dans les livres

Extrait
« Thomas se leva et s’engagea sur le petit chemin de gravier qui longeait la maison. Arrivé à l’angle du mur, il hésita un instant avant de se diriger vers le portail du jardin avec un sourire étonné qu’il percevait plus qu’il ne le ressentait. Il souleva le portail en l’ouvrant pour qu’il ne grince pas, comme il le faisait adolescent, quand il rentrait tard d’une fête et ne voulait pas réveiller ses parents. Il avait beau être parfaitement sobre, il avait l’impression d’avancer comme un homme ivre, lentement, vérifiant bien à chaque fois où il posait le pied. Il descendit la rue, passa devant les maisons des voisins qui lui paraissaient de moins en moins familières à mesure qu’il s’éloignait. » (p. 14)

Les premières lignes du livre


Présentation du livre par l’auteur © Production Libraire Mollat

À propos de l’auteur
Peter Stamm est né en 1963 en Suisse. Après des études de commerce, il a étudié l’anglais, la psychologie, la psychopathologie et l’informatique comptable. Il a longuement séjourné à Paris, New York et en Scandinavie. Depuis 1990 il est écrivain, après avoir aussi été journaliste. Il a rédigé une pièce pour la radio, plusieurs pièces pour le théâtre et a collaboré à de nombreux ouvrages. Il a été rédacteur en chef du magazine Entwürfe für Literatur. Il a obtenu en 1998 le Rauriser Literaturpreis pour son premier roman, Agnès. Originaire de Thurgovie, il vit actuellement à Winterthur. (Source : Editions Christian Bourgois / Peter Stamm)

Page Wikipédia de l’auteur 
Site internet de l’auteur (en allemand)

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