Bazaar

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En deux mots:
Entre Paris, Texas et Bagdad Café, le premier roman de Julien Cabocel nous entraîne dans un coin perdu de Haute-Provence. Entre road-movie et roman initiatique, soyez le bienvenu au Bazaar.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Parenthèse enchantée en Haute-Provence

Parmi les nouvelles voies de cette rentrée, celle de Julien Cabocel résonne par son originalité et sa musicalité. Prenez la route du Sud avec Dominique, de belles rencontres vous attendent.

Cela peut ressembler à un pari fou, un soir de déprime : prendre sa voiture et partir. Laisser tout derrière soi et rouler sans but précis. C’est ce que décide de faire Dominique Chevallier à la sortie d’un spectacle de ballet à l’opéra-Bastille. La grâce et la beauté d’une danseuse lui ont fait comprendre la médiocrité de son existence. Dans son agence de pub, le Parisien vend de l’artificiel et des fausses promesses, à mille lieues des émotions qu’il a ressenties.
Nous voilà entraînés dans un road-movie à la française, direction le sud. Rouler pour se vider la tête, rouler sans savoir où aller, rouler… jusqu’à ce que le réservoir d’essence soit vide.
Quand sa voiture stoppe sur un promontoire au bord d’une rivière, il ne lui reste qu’à attendre le jour pour découvrir un paysage aussi sauvage que magnifique. « Le soleil se levait lentement. Un dégradé halluciné de rose et de mauve se déchirait sur le noir pour se déverser sur mon pare-brise comme un cocktail que la nuit buvait du bout des lèvres. Et c’était beau. C’était même mieux que ça. » Un vieil homme est là, muni d’un appareil photo «qui mange le présent» et disparaît aussitôt.
Mais il n’a pas le temps de se poser trop de questions car son attention est captée par un néon grésillant et quelques lettres qu’il déchiffre derrière une vitre poussiéreuse: BAZAAR.
« Au milieu d’autocollants en lambeaux, j’ai lu un poème improbable Gulf Motor oil Coopérative Butar Bienvenue Gasol France Soir. J’ai poussé la porte de verre mais le battant n’a rien voulu savoir. Derrière la poignée, une barre condamnait la porte depuis l’intérieur. J’ai longé la grande vitre où les lettres rouges chancelaient encore jusqu’à l’angle du bâtiment. »
Le motel que l’on imagine proche du Bagdad Café de Percy Adlon. Sauf qu’ici Brenda est remplacée par la belle et envoûtante Stella : « Certaines femmes sont comme des aimants, on ne peut rien y faire, il faut qu’on les regarde, parce que l’on sent comme intuitivement que si on ne le fait pas, notre vie n’aura pas été tout à fait la même, on aura manqué quelque chose en somme du mystère du monde, on aura insulté Dieu sait qui, quelque divinité peut-être, qui dans des temps reculés, anciens, révolus, avait offert aux hommes la beauté, toute la beauté : les femmes. »
Le jeu de la séduction peut commencer au milieu d’une tribu bigarrée.
Théo qui, outre son mértier de berger, entretient de drôles de machines sur le Causse, Gene qui entend profiter de l’aérodrome abandonné pour s’envoler et réquisitionner Dominique pour conduire le tracteur . Millie la tatoueuse, dont la particularité et d en’être pas tatouée elle-même, sans oublier Barnold, le livreur de panneaux solaires qui va passer quelques jours à installer ces derniers.
Ce petit monde va s’apprivoiser le temps d’une parenthèse enchantée, d’évoquer des souvenirs, de se raconter de blles histoires comme celle d’Ilda et Rilt qui ont inventé l’amour…
Mais les beaux rêves ont tous une fin… que je me garde bien de vous dévoiler ! Je ne peux que vous encourager à prendre la route aux côtés de Julien Cabocel, de sa petite musique douce et quelquefois un peu acidulée. Son court roman sent bon la nostalgie et l’utopie, un peu comme dans le sud de Nino Ferrer
Tant pis pour le Sud
C’était pourtant bien
On aurait pu vivre
Plus d’un million d’années
Et toujours en été.

Bazaar
Julien Cabocel
Éditions L’Iconoclaste
Roman
198 p., 17 €
EAN : 9782378800215
Paru le 22 août 2018

Où?
Le roman se déroule en France, partant de Paris vers le sud de la France en passant par Lyon jusqu’en Haute-Provence. On y évoque aussi les trois K (Kaboul, Katmandou, Kuta) et Goa.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Et si, las de votre vie, vous décidiez de prendre votre voiture et de rouler droit devant, jusqu’à vider votre réservoir d’essence… Dans quel Bazaar atterririez-vous?
Dominique Chevallier travaille dans une agence de pub. Un soir, alors qu’il assiste à un ballet, il est bouleversé par la performance d’une danseuse ; sa grâce absolue, la perfection de son geste. Sa vie lui paraît soudain dénuée de sens. Alors, c’est décidé́, il va partir. Partir avec, pour seule règle, celle de rouler droit devant, jusqu’à̀ ce que son réservoir d’essence soit vide. Et peu importe où il atterrira. Il en est sûr, quelque chose l’attend.

BIENVENUE AU BAZAAR
Il prend la route et, au matin, c’est la panne sèche. Un désert brûlant s’étend sous ses yeux. Mais au loin, il aperçoit un grand pilier de béton sur lequel une lueur, un tremblement, quelques lettres, hésitent à̀ s’écrire dans le soir. Un motel est planté là. Son nom? Le Bazaar. C’est là qu’il pose ses valises. Peu à̀ peu, il s’intègre dans le quotidien du lieu et de ses résidents. Il retrouve Stella, son ancienne amante, Théo, un étrange berger, Millie, une tatoueuse détonante… Le Bazaar est une poupée russe dans laquelle s’emboîtent des vies. Et, plus encore, toutes les vies qui auraient pu être la sienne. Dans lesquelles sommeillent les désirs enfouis, les amours perdues, les occasions manquées.

UNE PUISSANCE D’ÉVOCATION
Ses images sont puissantes, hypnotiques. Son écriture, mature et maîtrisée. Dans ce premier roman, Julien Cabocel parvient à̀ disséquer le désir, l’amour ; la vie elle-même. Il érige un monde de papier qui se déploie au fil des pages. Bazaar est un « Bagdad Café́ existentiel », qui n’est pas sans rappeler l’univers d’Arizona Dream d’Emir Kusturica. Et qui révèle les premiers pas d’un auteur prometteur.

Les critiques
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Zazy – mon blogue de lecture

Les premières pages du livre
« J’ai assez facilement démonté le GPS – j’ai bazardé le tout, l’écran tactile et les câbles, dans le vide-ordures de l’immeuble. En glissant dans le conduit, ils ont résonné étrangement. J’y ai jeté aussi les vieilles cartes routières rouge et jaune que j’avais retrouvées dans le fond de la boîte à gants. Lorsqu’elles sont tombées à leur tour, l’idée m’est venue qu’un type inventerait un jour des GPS pour se repérer dans la vie. Et il ferait fortune : « Au prochain croisement, ne choisissez pas ce job. Dans six semaines, invitez cette fille à boire un verre, elle partagera votre vie pour mille et une nuits. Ensuite, prenez… » J’avais bien fait de tout balancer. Cette idée me glaçait les os. Même si j’étais bien placé pour savoir qu’on s’engageait parfois sur des voies sans issue.
Combien d’années avais-je passées à l’agence avant de me décider ? Dix ? Quinze ? Je ne sais même plus. J’avais pu en tous les cas suivre en direct la « mutation », comme on avait décidé un beau matin d’appeler le bordel généralisé dans lequel nous avions commencé à nous prendre les pieds. « Mutation ». C’était un tel euphémisme que je me suis demandé un moment si ce n’était pas quelqu’un de l’agence qui avait bossé là-dessus. Dominique Chevalier. C’était du Dominique tout craché. Il faut lui reconnaître un certain talent pour ce genre de trouvailles, pour des images et des mots qui n’auraient jamais dû se croiser. Un certain génie même, on peut le reconnaître. Si vous saviez le nombre de slogans improbables qu’on lui doit, vous en seriez malades. Des exemples ? Honnêtement, je n’en ai pas le courage. Plus l’envie. Si ça vous empêche de dormir, allumez vos téléviseurs, longez les murs de vos villes ou les panneaux publicitaires des zones commerciales de leurs périphéries, vous finirez bien par trouver une idée ou une ligne dont il est l’auteur, si on peut appeler cela comme ça. Je crois que si je n’étais pas parti, si j’avais continué à jouer notre petit jeu quotidien, ç’aurait mal fini. Je ne pouvais plus le voir.
Je vous dois une petite précision : je suis Dominique Chevalier.
En silence, j’ai refermé la porte derrière moi. Le bois de l’escalier a craqué comme une étreinte. J’ai fait tomber le trousseau dans la boîte aux lettres où, sur une petite étiquette blanche, était inscrit mon nom. La voiture était garée en face de l’immeuble, devant le salon de coiffure pakistanais. J’ai allumé la radio mais la réception était mauvaise. Rien ne sortait des enceintes qu’un grésillement d’insectes brûlant leurs ailes sur une ampoule. Le bruit du moteur a fait s’envoler un pigeon. J’ai pris à droite la rue Beaurepaire.
Quand le rideau de l’opéra était tombé sur la scène, l’idée m’était apparue comme une évidence. J’allais rouler jusqu’à ce que le réservoir soit vide. J’allais brûler jusqu’à la dernière goutte, l’ultime petite larme de pétrole, jusqu’au dernier embrasement dans la chambre de combustion. Encore un roulement de tambour quelque part dans les entrailles du moteur et je m’arrêterais. Un genre de burn out, à ma façon. Et à l’endroit précis où il ne serait plus possible d’avancer, une réponse m’attendait.
J’étais bien incapable d’expliquer ce qui m’était arrivé ce soir-là. Cette fille dansait sur la scène. Et je pleurais. C’est tout. Son corps était d’une grâce, d’une fragilité, d’une force qui m’émouvaient au plus haut point, qui me réconciliaient avec l’univers tout entier.
Comme si elle me parlait une langue que je ne connaissais plus, que j’avais oubliée depuis des siècles et que pourtant je comprenais parfaitement. Elle dansait sur la scène de l’opéra Bastille. Et moi, au milieu d’une rangée de fauteuils au velours bleu nuit, je pleurais. Je pleurais infiniment.
Le temps d’un bras qui se déplie avec une grâce absolue, l’instant d’un saut suspendu, mes rêves abandonnés avaient repris forme, pareils à ces villes fabuleuses que le vent dessine avec le sable des tempêtes.
J’avais cherché son nom sur le programme et je l’avais attendue à l’arrière du bâtiment circulaire pour la remercier de ce qu’elle avait accompli. Non pas la danse elle-même mais le sens de la vie, de ma vie, qu’elle avait ravivé. Ce pour quoi je me tenais sur ce morceau de terre, perdu au milieu d’océans de plus en plus rancuniers, sous des cieux de moins en moins cléments.
L’idée était venue de là. »

Extraits
« Le soleil se levait lentement. Un dégradé halluciné de rose et de mauve se déchirait sur le noir pour se déverser sur mon pare-brise comme un cocktail que la nuit buvait du bout des lèvres. Et c’était beau. C’était même mieux que ça. Puis peu à peu, la terre est devenue plus claire et les rétroviseurs se sont mis à dessiner d’étranges volutes de poussière, une fumée qui se dissipait lentement dans les couleurs du matin.
Je n’avais pas prévu de m’arrêter mais je n’en étais quand même pas à pisser dans des bouteilles en plastique comme les camionneurs qui balancent ça par la fenêtre – d’une part parce que je n’étais pas vraiment habitué à la chose et que j’avais peur de m’en foutre partout, … »

« Le néon grésillait quelques lettres que je déchiffrai à l’envers sur une grande vitre couverte de poussière : BAZAAR. Au milieu d’autocollants en lambeaux, j’ai lu un poème improbable Gulf Motor oil Coopérative Butar Bienvenue Gasol France Soir. J’ai poussé la porte de verre mais le battant n’a rien voulu savoir. Derrière la poignée, une barre condamnait la porte depuis l’intérieur. J’ai longé la grande vitre où les lettres rouges chancelaient encore jusqu’à l’angle du bâtiment. Je me suis engagé à gauche dans un passage étroit entre deux murs de pierre qui avaient l’air de vouloir se rejoindre dans un éboulement. »

« La nuit se tenait là tout entière. Elle a filé à mon passage et s’est mise à courir sur le causse. »

« Stella était assise dans un canapé de velours déglingué dans un angle du grand espace qui servait de cour intérieure au Bazaar. Elle regardait le ciel étoilé, lovée dans un long gilet marron, trop grand de trois ou quatre tailles, les jambes repliées sous elle, la tête sur un gros coussin de la même couleur ambre que le canapé. Si elle n’a pas semblé faire trop attention à moi, j’ai eu de mon côté le plus grand mal à regarder ailleurs. Certaines femmes sont comme des aimants, on ne peut rien y faire, il faut qu’on les regarde, parce que l’on sent comme intuitivement que si on ne le fait pas, notre vie n’aura pas été tout à fait la même, on aura manqué quelque chose en somme du mystère du monde, on aura insulté Dieu sait qui, quelque divinité peut-être, qui dans des temps reculés, anciens, révolus, avait offert aux hommes la beauté, toute la beauté : les femmes. » p. 45-46

« En me redressant, j’ai jeté un œil vers la chambre de Stella. J’ai fait un pas dans sa direction mais je n’ai pas descendu les lattes de bois de la terrasse. Qu’aurais-je pu ajouter à ce que nos corps s’étaient déjà dit, à cette langue parfaite que nous avions parlée l’autre après-midi et dont les mots nous échappaient dès que nous en saisissions le sens? Que pouvais-je espérer de plus? Sans plus me retourner, j’ai bifurqué en direction du self derrière lequel m’attendait le camion de la Solarem. »

À propos de l’auteur
Julien Cabocel est né en 1970. Après des études de lettres, il se consacre à̀ la chanson en tant qu’auteur, compositeur et interprète. Bazaar est son premier roman. (Source : Éditions L’Iconoclaste)

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K.O.

MATHIS_k_o

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En deux mots:
Sitam n’a pas été gâté par la vie. Pauvre et malade, il essaie de s’accrocher au monde par la musique et la littérature. Avec la môme Capu l’espoir renaît, son nouvel amour, il va tenter de se construire un avenir loin de Paris et son lourd climat. Un premier roman au ton très original, au style inimitable.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Voyage au bout de l’écrit

Hector Mathis. Retenez bien ce nom qui pourrait se révéler comme l’une des révélations de cette rentrée. Sur les pas d’un vagabond, il nous entraîne dans une odyssée dramatique et somptueuse.

Ce qui frappe d’abord à la découverte de ce premier roman, c’est le style, entre gouaille populaire et langue parlée, entre slam et néo-classique. Pour le coup, les libraires œuvrant pour le magazine PAGE m’ont sans doute pas beaucoup débattu avant de sélectionner ce livre pour leur Prix du style qui sera remis le 20 novembre prochain.
Hector Mathis choisit de nous entraîner sur les pas de Sitam, un jeune SDF, à qui il confie le soin de nous livrer sa vision du monde qui, on l’imagine, est loin d’être joyeuse. Aux côtés d’Archibald, toute sa fortune peut se résumer en quelques « conserves poussiéreuses, une bouilloire cabossée, une casserole et un réchaud. À peine de quoi entretenir un mourant. »
Cependant, si ce nouveau Boudu n’est pas sauvé des eaux, il va aussi avoir droit à une rencontre déterminante pour son avenir, celle de la môme Capu avec laquelle il voit pouvoir regarder le ciel virer du gris au rose, partager son amour du jazz et de la littérature…
Mais le bonheur n’est que de courte durée, car un sombre climat s’installe dans la ville. « Voilà que la terreur débarquait au coin de la rue. Que tout son jus se déversait en flots ininterrompus dans les artères de l’arrondissement. Le compteur à cadavres s’affolait de plus en plus. Les chiffres grimpaient sur l’écran. L’anéantissement trouvait sa jauge. Sa ligne graphique. Et nous étions aux premières loges. « Ça me débecte tout ça ! que je lui ai d’abord dit à la môme Capu. Tout est tellement dégueulasse que j’arrive plus à penser. Elle a qu’une envie l’humanité, retourner dans la boucherie. Maintenant qu’elle a bien dansé, elle veut s’amuser comme les parents. De la chair, des nouvelles recettes, saignantes, à point, crues de chez crues ! » Et si l’on tient un peu à la vie, la meilleure des choses est de fuir ce chaos pour essayer de reconstruire quelque chose et oublier les chocs, les traumatismes passés.
Pour Sitam, le voyage vers les Pays-Bas est aussi un retour aux sources. Dans son pays natal, il trouve assez vite un emploi dans un restaurant et de nouvelles perspectives aux côtés de son collègue et ami Benji, amoureux transi de la patronne. Mais une fois encore, dès que le ciel se dégage un nouveau coup de tonnerre vient mettre à néant les efforts consentis. Un coup de tonnerre au goût de sang. « Moi, je me disais juste que la patronne c’était une dégueulasse, qu’elle avait eu ce qu’elle voulait, du drame jusque dans la vie des autres et que comme ça elle était bien heureuse, parce que la mort maintenant c’était pour tout le monde et pas que pour elle… »
On the road again…
Reparti sur les routes pour se sauver de la mort, notre « héros » aussi tenter de se construire un avenir en alignant les mots et les phrases sur le papier, à essayer de transcender son voyage au bout de la nuit : « Je traquais mon roman, ma musique, partout, à travers les routes, dans la grisâtre, seul, avec Benji, sans lui. J’en avais trop. Fallait que j’écrive ! Que je m’y risque ! À jouer un air désagréable pour l’époque. À enfoncer la vingtaine ! À retenter l’enfance, cette infidèle. Ce corbillard d’imaginaire ! Fallait bien de la discipline pour préparer l’encéphale à fabriquer de la chair d’inconnu, des châteaux de boue, des viandes de chimères. »
Entre Céline et le Mars de Fritz Zorn, notamment pour la maladie qui ronge lentement Sita, Hector Mathis a su trouver sa propre voix. Une voix que nous ne sommes pas près d’oublier !

K.O.
Hector Mathis
Éditions Buchet-Chastel
Roman
202 p., 15 €
EAN : 9782283031483
Paru le 16 août 2018

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris puis en banlieue avant un séjour aux Pays-Bas, à Amsterdam.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Sitam, jeune homme fou de jazz et de littérature, tombe amoureux de la môme Capu. Elle a un toit temporaire, prêté par un ami d’ami. Lui est fauché comme les blés. Ils vivent quelques premiers jours merveilleux mais un soir, sirènes, explosions, coups de feu, policiers et militaires envahissent la capitale. La ville devient terrifiante…
Bouleversés, Sitam et Capu décident de déguerpir et montent in extremis dans le dernier train de nuit en partance. Direction la zone – « la grisâtre », le pays natal de Sitam. C’est le début de leur odyssée. Ensemble ils vont traverser la banlieue, l’Europe et la précarité…
Nerveux, incisif, musical, K.O. est un incroyable voyage au bout de la nuit. Ce premier roman, né d’un sentiment d’urgence radical, traite de thèmes tels que la poésie, la maladie, la mort, l’amitié et l’errance. Il s’y côtoie garçons de café, musiciens sans abris et imprimeurs oulipiens. Splendide et fantastique, enfin, y règne le chaos.

Les critiques
Babelio 
Lecteurs.com
Livres Hebdo
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)


Hector Mathis présente K.O. © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre
« Me voilà bien seul, maintenant. Ici le froid dévore tout. Le vent flotte et la lumière s’épuise. Drôle de rempart au désenchantement, le domaine. Peut-il encore lutter ? Avec ses illusions, ses écorces qui se mêlent à la rouille pour faire juter l’imagination. J’aperçois le château au loin, taillé dans la colline, solide, attirant. Pas à pas je m’éloigne du chemin de terre sans le quitter des yeux. Je m’abandonne aux rêvasseries. Je pense à la musique, à la littérature, je n’ai plus que ça dans l’estomac. J’agite une pensée de fortune. Ça sera de plus en plus difficile pour ceux qui voudront se mettre à écrire. Ils se préparent une marelle sur des cendres. Écrire ou baver ! Même pas terminé le premier que je voudrais en entamer d’autres, des bouquins. Affamé que je suis. L’air du château me donne envie d’avaler les pages. Me goinfrer jusqu’à la nausée. Bouffées délirantes. Même malade, un œil sur le carreau, le reste qui menace de foutre le camp, j’en veux encore des paragraphes, caractère cinq, illisibles, à tout remplir, de mauvaise foi, de féeries puis de goudron fumant ! Du mot qui s’étale partout, qui grignote les pavés, les couvertures. Du mot qui coule, qui gueule, qui jouit jusqu’à la douleur. À tordre la fiction jusqu’au monde. Démence ! Les châteaux ça me dérègle complètement. Faut dire que celui-là c’est un surprenant. Dressé dans la nuit comme un pachyderme lithique. Ce que je suis bien, de l’autre côté du miroir… Dommage que je ne puisse pas dormir au château. Peu importe. Aux bordures du petit bois existe une cabane avec de quoi passer la nuit. Il s’y trouve des couvertures, un vieux matelas, et même une petite cheminée bricolée par le garde-chasse. Le tout est poussiéreux, humide mais habitable. Ici les autres n’auront jamais idée de chercher. Leur territoire s’étend jusqu’au moderne, jamais au-delà. Le fantastique leur est étranger. Je vérifie rapidement dans mes poches que j’ai bien la petite boîte. Je ne m’en sépare plus. C’est une petite boîte dont je dépends entièrement. La voilà, bien au fond de ma doublure. Je poursuis alors ma route. En m’approchant de la cabane j’entends grommeler. Une voix étonnamment placée. Tantôt fragile, puis volontaire, déterminée et à nouveau tremblante. Je recule de quelques pas pour mieux distinguer la petite cheminée. De la fumée s’en échappe. Ce n’est sûrement pas le garde-chasse, il joue aux cartes à cette heure-là. Ça fait bien longtemps qu’il ne s’aventure plus jusqu’à la cabane le soir, il n’a plus l’âge des marches nocturnes. Je tends l’oreille. Ça remue, ça grogne, ça tousse à l’intérieur. Ça glaviotte en claudiquant. Attention ! La nuit on croise d’étonnantes créatures. Des monstres hallucinés, bouffis de chagrin ou bien de colère. On n’est jamais assez méfiant avec eux. Même blessés ils restent tout entiers disposés au drame. Silence. Plus rien ne semble s’agiter. J’attends. J’ai peut-être affaire à un attentif. Toujours rien. Ah ! Voilà que j’entends vibrer quelques notes. Un souffle brut qui fait comme une mélodie. Ça ressemble à de la trompette. Ou bien du cornet. Non, c’est plus enroué, plus plaintif. C’est un saxophone, aucun doute. Quelqu’un joue, s’arrête, reprend du début, encore, et s’interrompt pour tousser, avant de recommencer. »

Extraits
« La modernité, quoi ! Les boiteux fascinent les rassasiés parce que ça fait bien de clamer que la vérité se trouve dans la misère, ça fait mieux, ça fait humble. Des croque-poussière il n’y en a bien sûr plus tellement, ils seront bientôt bourgeois comme les autres, grâce à la fin du langage. Les images sont beaucoup plus parlantes, immédiates, pathétiques, catégoriques. Supprimée la nuance ! À feu doux la littérature. Tout doucement carbonisée. Substituée par le discours intérieur, le livre qui ne dit plus rien, ni du monde ni de l’époque. Assis sur la seule chaise d’Archibald, j’observe la pièce. Des conserves poussiéreuses, une bouilloire cabossée, une casserole et un réchaud. À peine de quoi entretenir un mourant. »

« Voilà que la terreur débarquait au coin de la rue. Que tout son jus se déversait en flots ininterrompus dans les artères de l’arrondissement. Le compteur à cadavres s’affolait de plus en plus. Les chiffres grimpaient sur l’écran. L’anéantissement trouvait sa jauge. Sa ligne graphique. Et nous étions aux premières loges. « Ça me débecte tout ça ! que je lui ai d’abord dit à la môme Capu. Tout est tellement dégueulasse que j’arrive plus à penser. Elle a qu’une envie l’humanité, retourner dans la boucherie. Maintenant qu’elle a bien dansé, elle veut s’amuser comme les parents. De la chair, des nouvelles recettes, saignantes, à point, crues de chez crues ! Éteins ça Capu, c’est à se foutre en l’air ! » La télévision se reprenait au jeu du direct. »

« Ça n’avait rien d’un roman, ça relevait plus du soliloque. Je m’en étais fait une idée de mon écriture! Une idée qui avait pris trop de place dans mon imagination. Me sauver de la mort avec ce pauvre torchon que je baladais dans un sac plastique ! Quel fou j’étais devenu. Je ne savais pas tenir une narration plus de deux pages. Je philosophais comme une espadrille et je voulais devenir romain ! Repeindre le ciel ce n’était pas pour moi. La musique c’était pour les autres. Les types du conservatoire. Moi je poussais la chansonnette, à peine. Je fredonnais. « C’est moi l’imposture. » »

À propos de l’auteur
Né en 1993, Hector Mathis grandit aux environs de Paris entre la littérature et les copains de banlieue. Ecrivant sans cesse, s’orientant d’abord vers la chanson, il finit par se consacrer pleinement au roman. Frappé par la maladie à l’âge de vingt-deux ans, il jette aujourd’hui l’ensemble de ses forces dans l’écriture. (Source : Éditions Buchet-Chastel)

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Chanson de la ville silencieuse

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En deux mots:
Une fille part à la recherche de son père, ancienne vedette de la chanson disparu mystérieusement et que des amis ont peut être croisé à Lisbonne. Une quête mélancolique, un cri du cœur.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

À la recherche du père perdu

Olivier Adam nous offre sans doute l’un de ses plus beaux romans en se mettant dans la peau d’une jeune femme partant à la recherche d’un fantôme : son père.

« Je suis la fille dont la disparition mystérieuse du père fait la une des journaux. Celle dont la mort du père attend d’être prononcée. Celle dont la mort du père sera actée par un jugement. Celle dont le corps du père demeure introuvable. Je suis la fille d’un père sans sépulture, sans cendres à disperser. Celle qui croit voir un fantôme sur une photo floue. Celle dans les rues de Lisbonne, sur les pentes de l’Alfama. Qui guette un chanteur errant, une étoile dépouillée d’elle-même, un ermite qui aurait tout laissé derrière lui. Sa maison, son compte en banque, ses amis, sa fille. Sa vie elle-même. Qui se serait défait d’une peau ancienne, réincarné en mendiant, en musicien vagabond. Un homme qui aurait choisi la dernière adresse de son grand amour. Pour lui chanter à elle, partout éparpillés dans l’air, les chansons qu’il lui dédie. Les offrir à quelques uns, au hasard. Des mots comme glissés à l’oreille. Gratuits. Je suis la fille du Bairro Alto. De la Praça das Flores. Celle qui se confie à son pire ennemi. Qui se hâte vers la gare. La fille dans le train pour les bords de mer. »
Cette fille qui erre dans Lisbonne, la narratrice de ce nouveau petit bijou signé Olivier Adam, veut croire que son père n’est pas mort comme la presse et les autorités judiciaires semblent le croire. Elle préfère imaginer que cette photo floue est bien celle d’Antoine Schaeffer l’ancienne vedette de la chanson qui, après une brillante carrière, additionnée de tous les excès qui le sont inhérents, a choisi une autre vie. Après tout, n’avait-il pas lui-même « qu’il mettait un terme à sa carrière, qu’il ne publierait plus aucun disque, qu’il se retirait et souhaitait qu’on le laisse en paix. » Il ne voulait pas être de ceux qui continuent, même s’ils n’ont plus le feu sacré, qui « composent à côté, écrivent à côté. Ils le savent. C’est derrière eux mais ils s’obstinent. »
Après avoir vécu une enfance très particulière et n’avoir pas vraiment connu ce dernier, elle aimerait simplement le connaître.
En déroulant sa biographie, on se rend compte qu’elle n’a pas vraiment souffert de cette «drôle de vie», comme le chantait Véronique Sanson. « C’était juste ma vie. Et j’ignorais qu’il y en avait d’autres. » Entre les tournée de concerts, les périodes de composition et les fêtes avec la troupe, il y a bien eu quelques promenades dans Paris, quelques virées à la mer et puis l’achat de cette grande maison près d’Aubenas confiée à Paul et Irène, le couple de gardiens qui va, au fil des ans, faire partie de la famille.
L’alcool, la drogue et le sexe, les afters qui n’en finissent plus intriguent et excitent peut-être sa copine Clara, mais elle aspire au contraire à la vie rangée de son amie, à des parents classiques. Sa mère qui « ne se levait plus que pour s’allonger dans son bain, une cigarette aux lèvres, un verre posé sur le rebord de la baignoire. » a depuis longtemps coupé les ponts, pris la fuite en Californie où elle essaie de se faire oublier. Reste donc ce père qui aura joué son rôle le jour où il a choisi de l’inscrire à l’université, de l’installer dans un appartement sur la butte Montmartre, de lui ouvrir les portes d’une petite maison d’édition. Mais qui pour le reste est une énigme, un objet de quête : « Je n’ai jamais bien su qui était mon père. Qui il était au fond. Pour le comprendre, il me faudrait dresser l’anthologie des légendes. Y opérer un tri. Même si je ne suis pas certaine d’en être capable. Sa biographie regorge de faits, d’anecdotes que je ne suis plus à même que quiconque de valider ou d’infirmer. Il me faudrait aussi me fier à ce que j’ai vu, ce que j’ai cru saisir – mais là non plus je ne suis sûre de rien. Et tenter d’assembler tout cela comme autant de points éparpillés, qui une fois reliés laisseraient apparaître une image. Qu’obtiendrais-je alors ? Rien sans doute. Des figures entremêlées. Des lignes contradictoires. Un puzzle impossible à reconstituer. »
Les rues de Lisbonne lui permettront-elles au moins de rassembler quelques pièces ? Guillaume, qu’elle croise avec son appareil photo pourra-t-il l’aider ?
Olivier Adam, qui excelle dans ce registre doux amer nous offre une intrigue habilement tricotée, un suspense qui vous tiendra en haleine jusqu’aux dernières pages, et – sans doute par un heureux hasard – à nous livrer une réflexion d’une actualité brûlante sur l’héritage, sur la transmission. Beau, grave, émouvant.

Chanson de la ville silencieuse
Olivier Adam
Éditions Flammarion
Roman
224 p., 19 €
EAN : 9782081422032
Paru le 3 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule principalement au Portugal, à Lisbonne et Cascais, mais aussi en France, à Paris, Lyon et dans le Sud, à Aix-en-Provence, Valence et Aubenas.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Je suis la fille du chanteur. La fille seule au fond des cafés, qui noircit des carnets, note ce qu’elle ressent pour savoir qu’elle ressent. La fille qui se perd dans les rues de Paris au petit matin. La fille qui baisse les yeux. Je suis la fille dont le père est parti dans la nuit. La fille dont le père a garé sa voiture le long du fleuve. La fille dont le père a été déclaré mort. Celle qui prend un avion sur la foi d’un cliché flou. Celle dans les rues de Lisbonne, sur les pentes de l’Alfama. Qui guette un musicien errant, une étoile dépouillée d’elle-même, un ermite qui aurait tout laissé derrière lui. La fille qui traverse les jardins, que les vivants bouleversent, que les mots des autres comblent, la fille qui ne veut pas disparaître. Qui peu à peu se délivre.

Les critiques
Babelio
Télérama (Michel Abescat)
Radio Télé Suisse Culture (Jean-Marie Félix)
Journal de Montréal (Karine Vilder)
Blog Dealer de lignes 
Blog Bibliza
Blog Les lectures d’Antigone


Olivier Adam est l’invité de Vincent Roux dans l’émission À l’affiche © Production France 24

Les premières pages du livre:
« Tout ici succombe à l’inclinaison. Les tuiles orange coulent en cascades, ruissellent des ruelles, se suspendent aux abords des belvédères, puis replongent vers le fleuve. La ville entière semble s’y glisser peu à peu, se couler dans ses eaux bleu nuit, y sombrer sans fin. Sous la surface opaque, j’imagine des quartiers anciens. Des palais délabrés engloutis par les flots. Enlisés dans les sables.
Je claque la porte de la chambre un peu triste, descends trois étages de bois sombre, murs recouverts de papier peint gondolé, se décollant par endroits, percés d’appliques grésillantes. Derrière le comptoir de la réception, une femme vêtue de noir me sourit. Veille sur sa constellation de clés. Je quitte l’hôtel et débouche dans la lumière acide du printemps. Les escaliers s’effondrent en douceur. Je les dévale sans hâte, les yeux brûlés, aspirée par l’océan lointain, à peine entravée par les allées courbes, enserrées par les façades décrépies où s’effrite un nuancier fané d’azulejos.
Un promontoire me retient. De l’asphalte surgissent des arbres mauves, dévorés de ciel. L’estuaire se déploie en contrebas, lacéré de rubans turquoise, virant au gris aluminium à la faveur d’un nuage. Puis de nouveau la ville s’abandonne.
Plus rien ne s’oppose.
Tout consent à la noyade.
Au hasard d’un lacet, une place en triangle. Ici aussi tout décline. Les pavés irréguliers tentent d’épouser la pente. D’arbres en lampadaires courent des guirlandes de fanions, d’ampoules multicolores. Quelques tables branlantes, cernées de chaises instables, sont jetées là comme au hasard. Une devanture écaillée, surmontée d’un bandeau de bois lézardé signale un café. De la salle sombre, étagères chargées de trophées sportifs astiqués du jour, murs constellés de photographies signées, Cristiano Ronaldo cheveux huilés par le gel, s’échappe une chanson languide. À l’ombre des arbres, des types en sandales, bermudas et tee-shirts, cheveux en pagaille et barbe de six jours, sirotent des rhums arrangés en attendant la fin du monde, sans inquiétude apparente. Je prends place et les imite, me laisse bercer par l’alcool. Les lèvres couvertes de sucre et de vanille, me noie dans la douceur de leur langue, dont je ne saisis rien, pas le moindre mot. Je regarde l’heure. Comme hier la nuit sera longue à venir. Rien ne la presse. Aucun agenda, aucune occupation. »

Extraits:
« Cela fait trois jours que je sillonne ainsi la ville, trois jours que je dérive au hasard en attendant qu’à la brune les restaurants se remplissent. Alors j’arpente les rues confites dans la lumière dorée, le trouble orangé des réverbères, me cogne au flot des touristes, des passants éméchés, seulement guidée par des lambeaux de musique dont je cherche la source, traquant leur origine jusqu’à la prochaine terrasse où s’attablent les dîneurs, le bourdon des conversations ne laissant qu’un mince filet de son au musicien qui joue pour eux, enchaîne deux ou trois morceaux avant de tendre sa casquette pour y cueillir quelques pièces, puis disparaît dans les ruelles, sa guitare à la main, en quête d’une autre place, d’un autre bar. Aux serveurs, aux patrons, aux clients, je montre les photos. La plupart haussent les épaules. De temps en temps un type acquiesce, oui, il l’a déjà vu mais pas ce soir, ni ces derniers jours. Personne n’en sait beaucoup plus. Il arrive de nulle part, armé de son instrument et d’une chaise pliante, s’installe et commence à chanter, les yeux fermés. Des vieilleries en anglais. Parfois en italien ou en portugais. Des chansons en français, aussi. Quand il a fini, il adresse un petit signe au patron, aux gens attablés, sourit doucement aux applaudissements et repart sans un mot. Sans même demander d’argent. »

« J’ai soudain l’impression d’entendre mon père. Que nos voix se confondent. Où vont les chansons qu’il compose depuis quinze ans. Que personne n’écoute. À part lui. La dernière fois qu’il s’est exprimé dans la presse, quelques mois après la sortie de son ultime album, , ce fut pour annoncer qu’il mettait un terme à sa carrière, qu’il ne publierait plus aucun disque, qu’il se retirait et souhaitait qu’on le laisse en paix. Quand un journaliste l’a interrogé sur les raisons qui motivaient cette décision il a esquivé. Je n’y arrive plus voilà tout. C’est derrière moi. Ça s’est égaré quelque part. Ça m’a quitté. Certains continuent. Savent qu’ils ont perdu le fil, l’intensité, la nécessité, l’inspiration ou appelez ça comme vous voudrez. Mais continuent.
Ils composent à côté, écrivent à côté. Ils le savent. C’est derrière eux mais ils s’obstinent. Je ne veux pas être de ceux-là. »

« Trois semaines après mon retour à Paris, après ce court séjour auprès d’eux, Paul et Irène m’ont appelée. On avait retrouvé l’Alfa en bordure du Rhône. Dans le coffre, sur la banquette arrière, ses affaires intactes. Vêtements. Livres. Guitare. Papiers d’identité. Carte bancaire. À la place du mort, un cimetière de bouteilles de whisky vidées, de boîtes de médicaments liquidées. Une paire de bottes gisait abandonnée sur la berge. Et dans la boîte à gants, une sorte de poème. Une chanson inachevée. Qui parlait de se laisser emporter par le fleuve. De reposer en son fond. Et de s’y dissoudre lentement. En dépit des recherches qui ont suivi, on a échoué à retrouver son corps. Une enquête a été diligentée. Aucun élément n’est venu contredire la thèse du suicide. Aucun mouvement bancaire. Aucune trace téléphonique. Aucun nom sur aucune liste de passagers. Aucun signalement crédible. Il y a longtemps maintenant que la presse s’est chargée d’entériner son décès. »

« Je n’ai jamais bien su qui était mon père. Qui il était au fond. Pour le comprendre, il me faudrait dresser l’anthologie des légendes. Y opérer un tri. Même si je ne suis pas certaine d’en être capable. Sa biographie regorge de faits, d’anecdotes que je ne suis plus à même que quiconque de valider ou d’infirmer. Il me faudrait aussi me fier à ce que j’ai vu, ce que j’ai cru saisir – mais là non plus je ne suis sûre de rien. Et tenter d’assembler tout cela comme autant de points éparpillés, qui une fois reliés laisseraient apparaître une image. Qu’obtiendrais-je alors ? Rien sans doute. Des figures entremêlées. Des lignes contradictoires. Un puzzle impossible à reconstituer. »

À propos de l’auteur
Originaire de l’Essonne, Olivier Adam – aujourd’hui âgé de 43 ans – est l’un des écrivains les plus prolifiques et populaires de sa génération. Salué entre autres par la bourse Goncourt de la nouvelle pour le recueil Passer l’hiver, il a signé une quinzaine de livres, et plusieurs d’entre eux ont été adaptés au cinéma – Je vais bien ne t’en fais pas par Philippe Lioret, Des vents contraires par Jalil Lespert… Creusant le sillon d’une littérature à la fois sociale et psychologique, Adam s’interroge dans ses fictions sur les inégalités de classe, la famille, le poids de l’enfance, l’ancrage géographique et la perte de repères. Chanson de la ville silencieuse est son treizième roman. (Source : Éditions Flammarion / magazine Lire)

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Celui qui disait non

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En deux mots:
Il faut regarder avec attention la couverture de ce livre, car l’auteur retrace le destin de l’ouvrier qui, en 1936, refuse de faire le salut hitlérien sur un quai de Hambourg. Il s’appelait August Landmesser.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

L’histoire d’un héros ordinaire

Il aura fallu un concours de circonstances assez exceptionnel pour retrouver le nom d’un homme sur une photo et donner ainsi à Adeline Baldacchino le sujet de son premier roman.

Les réseaux sociaux ont indéniablement quelques avantages. Quand, par exemple, une photo est partagée des milliers de fois, et qu’elle finit par intriguer et intéresser. On se souvient d’Isabelle Monnin avec Les Gens dans l’enveloppe, qui était partie à la recherche des personnes figurant sur un jeu de photos achetées dans une brocante et qui avait fini par les trouver.
Cette fois, il s’agit du cliché reproduit en couverture du livre et qui montre des dizaines de personnes faisant le salut nazi, sauf un.
En 2012, Marie Simon a raconté dans L’Express comment, grâce à un message posté au Japon sur Facebook pour illustrer la volonté de dire non – en l’occurrence à une catastrophe nucléaire – le monde entier avait pu faire la connaissance d’Auguste Landmesser. Quelques vingt années auparavant, c’est sa fille Irene qui avait reconnu son père sur la phto publiée par un quotidien allemand. « Depuis quelques années déjà, elle rassemble des documents sur le destin de ses proches. Elle en a même fait un livre, publié en 1996, dans lequel elle raconte l’histoire de sa famille « déchirée par l’Allemagne nazie ».»
C’est ce livre que la narratrice a dans ses bagages, lorsqu’elle débarque à Hambourg en avril 2017, « un long fichier, un seul, qui rassemble l’essentiel de ce que l’on sait d’August et d’Irma, de leurs filles, Ingrid et Irene, de la grand-mère Friederike, du grand-père Arthur et de quelques autres. Des documents d’archives, aussi secs que le sont tous les papiers officiels. Tout est là. Ou presque. Car ce n’est que le squelette de tout. Ce qui est arrivé. Ce qui fut consigné. Les dates, les lieux, les noms : une chronologie. La vérité crue, brutale et nette, sans artifices ni sentiments. Deux cent cinquante pages d’actes et de fac-similés, quelques lettres, un sommaire qui ressemble à celui d’une dissertation d’histoire. » Un document qui doit ressembler au livre que vient de publier Colombe Schneck, Les Guerres de mon père, livrant lui aussi quelques documents bruts qui sont le fruit de ses recherches. Mais le projet d’Adeline Baldacchino n’est pas celui d’une historienne, mais d’une romancière qui entend traquer la chair. « Ce que nous disent les regards, ce que nous dérobent les actes administratifs. La pulpe du réel. C’est elle que je ne retrouverai qu’au prix de l’invention. Tout sera vrai, tout est déjà vrai puisque tout est arrivé. Je sais les tribunaux, les prisons, les camps. Je sais la dernière balle et même le plan détaillé de la chambre à gaz de Bernburg. Je sais qui est devenu quoi, je sais qui a emprunté quelle impasse de l’Histoire. Je sais les dates, les lieux. Je sais le bruit de cymbales du dénouement. Le flot des larmes et les jambes qui flanchent en lisant. Le reste, je le devinerai. Donc, je l’écrirai. »
Un choix juste, un choix vrai. De ceux qui donnent cette indicible épaisseur au récit, qui permet de faire se fusionner les sentiments, les époques, les émotions. Car si la narratrice est à Hambourg, c’est aussi pour essayer de faire le deuil de son père, oarti neuf mois plus tôt. « Je crois que j’écris aussi pour te crier que je t’aime et n’ai jamais su te le dire assez. Je ne connais pas d’autre moyen de te le prouver que d’écrire un livre et d’y glisser ton nom. »
Nous voici donc en octobre 1934, au moment où August rencontre Irma. « C’était l’automne à Hambourg. Des feuilles mortes voletaient dans les rues trop larges pour les âmes solitaires. Elle était allée s’asseoir au jardin botanique, Planten und Blomen, près du petit canal aménagé qui le traversait, sous un saule pleureur dont elle avait fait un ami. (…) Ce jour-là, sa robe était blanc et noir. Elle avait emprunté à sa mère un petit châle de laine. Le livre venait de retomber sur ses genoux. Je crois bien qu’elle s’était assoupie, vaguement ivre dans l’odeur d’écorce et de colchiques. August cherchait un endroit pour faire la sieste. C’était l’automne, certes, mais l’une des dernières belles journées de l’année. Il avait repéré l’arbre et son ombre prometteuse. Il venait de pénétrer sous le rideau protecteur de sa ramure, quand il était tombé en arrêt, n’osant plus ni continuer ni se retirer.
August ne sait rien alors du début de la longue marche des communistes en Chine du Nord. Rien du vol du premier bombardier soviétique à grande vitesse, le Tupolev SB1. Rien de l’appel de Maurice Thorez à fonder le Front populaire en France. Tout cela se passe en octobre 1934. Tout cela, mais encore ce bruissement de feuilles sous un saule au bord du canal, une femme avec un livre ouvert au bout de ses doigts qui attirent la lumière. Elle pourrait lire, mais elle dort. Et c’est parce qu’elle sommeille qu’il peut regarder longtemps les commissures de ses lèvres, l’angle de son nez, la forme de ses sourcils, la blancheur de son front, les racines de sa chevelure noire et souple. Il peut détailler tout cela. Ses paumes ouvertes, abandonnées, il sait qu’il va les saisir et les retenir, qu’elles vont le caresser et l’épouser. Ce jour-là, August, grand bonhomme un peu gauche qui adhère au parti nazi depuis trois ans, a complètement oublié la politique. Il sait que son désir est charnel, mais aussi pur et puissant que la sève du saule. C’est quand il hésite à la réveiller, se demandant s’il doit s’asseoir là, lui aussi, et la contempler sans fin, qu’une rafale un peu brusque expédie une bouffée odorante dans les narines d’Irma. Crocus et camélias, des fleurs aux noms qui claqueraient dans la mémoire. Ou bien la feuille à peine détachée, jaune encore et rougissante, qui lui effleure la pommette. Elle s’éveille, Irma, et il est là. »
Une longue citation pour dire qu’il n’est guère nécessaire d’en dire plus. Vous découvrirez combien ce bel amour va se transformer en un défi fou. Car Irma est juive et que des lois absurdes «pour la protection du sang» interdisent non seulement leur union, mais aussi toute descendance. Sur ce quai de Hambourg, au moment de cette photo désormais célèbre, August disait non à Hitler, mais il disait surtout oui à Irma. Longtemps, il pensera que la force de leur amour aura raison de la stupidité des hommes. Que cet amour protégera aussi les deux filles qui vont naître. Et quand il se rendra compte que le pays est subitement devenu fou, il sera trop tard. En 1937, on peut arrêter un membre du parti nazi pour «souillure raciale» et l’envoyer en camp de travail et à la mort. Et on ne va pas tarder à expérimenter la solution finale sur ses propres ressortissants. Irma sera de l’un des premiers contingents pour Ravensbrück.
Ce premier roman est un hommage, mais aussi un cri. Qui résonne d’autant plus fort en nous qu’il est soutenu par une plume magnifique : «Les écrivains n’ont qu’une passion : ressusciter les morts en les racontant, retenir les vivants en les répertoriant. Ce goût de pâquerette sur les cendres. Quand les mots s’écoulent de l’âme comme du sang frais, c’est bon signe. Et je saigne. »

Celui qui disait non
Adeline Baldacchino
Éditions Fayard
Roman
200 p., 17 €
EAN : 9782213705941
Paru le 10 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule en Allemagne, principalement à Hambourg, mais aussi dans sur les routes allant vers le Danemark et celles conduisant aux camps de la mort de Ravensbrück, Dachau, Bergen-Belsen, Buchenwald et Auschwitz.

Quand?
L’action se situe dans les années 1930-1940 ainsi qu’en 2017.

Ce qu’en dit l’éditeur
Celui qui disait non s’appelle August Landmesser. Le 13 juin 1936, le jeune ouvrier qui fut pourtant brièvement membre du parti nazi refuse de lever le bras pour faire le salut hitlérien sur le quai de Hambourg où le chancelier vient baptiser un navire-école. Ce qu’il ne sait pas alors, c’est qu’il est pris en photo : cette image ne resurgira qu’en 1991 et sera reconnue par ses deux filles survivantes.
Ce livre se présente comme un roman vrai, librement inspiré de faits réels. Il reconstitue le parcours d’un homme ordinaire que rien ne vouait à devenir une icône de l’insoumission. Il raconte surtout l’histoire d’amour avec Irma Eckler qui transforma son destin. Frappé de plein fouet par les lois de Nuremberg qui interdisent en 1935 les mariages mixtes, le couple ne pourra ni s’unir ni s’aimer. Arrêté en 1937 pour « souillure raciale », envoyé en 1938 dans les camps de travail de l’Emsland, finalement enrôlé pour servir de chair à canon sur le front de l’Est en 1944, August connaîtra à peine ses filles.
De son côté, Irma Eckler, déportée de prison en forteresse, de camp en clinique d’euthanasie, fera partie du premier contingent des gazées de Ravensbrück. Leur petite Irene, sans accent et sans espoir, subira les pires sévices lors de la nuit de cristal. Miraculée de l’Histoire, elle traversera la Seconde Guerre mondiale grâce à une improbable conjuration des justes.
La narratrice, elle-même perdue dans les méandres de la mémoire et lancée dans une quête du père trop tôt disparu, part à la poursuite de ces deux amants magnifiques. Pour comprendre comment la politique rattrape toujours ceux qui croyaient pouvoir lui échapper. Pour nier la cendre et raviver la braise. Pour raconter l’irracontable – jusqu’au dernier seuil, celui où les mésanges chantent encore tandis que des femmes nues entrent dans la mort.

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog du petit carré jaune (Sabine Faulmeyer)

Les autres critiques:
Babelio
La Revue civique (Marc Knobel)
Froggy’s Delight (Jean-Louis Zuccolini)
Blog Encres vagabondes (Nadine Dutier)
Blog Les mots de Gwen 


Adeline Baldachino présente Celui qui disait non © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre 
« Avant d’arriver sur ce port, il t’était arrivé quelques bricoles, August. Et d’abord la bricole de ta vie, la seule qui vaille la peine de naître : la bricole du grand amour. Il faut croire que ça rend courageux, et je le crois dur comme fer, comme croix de fer nazie, comme le fer d’un éperon de cavalier de la Wehrmacht – ou serait-ce de l’Apocalypse ? La bricole du grand amour t’avait un peu ouvert les yeux, sinon tu aurais fini comme les autres. Au bord d’une fosse, à fusiller des Juifs.
Oui mais voilà, tu l’avais trop aimée, ton Irma, tu la voulais nue dans les herbes au bord de l’Elbe, tu la voulais épanouie sous tes mains rudes qui soulevaient sa jupe en riant, tu la voulais pleine de tes enfants, tu la voulais comme on veut les fruits qu’on nous interdit, le rouge de ses lèvres couleur de cerise mûre et sa voix qui coulait au creux de ton oreille, tu te gorgeais d’elle, tu te désaltérais dans ses creux, tu n’aurais plus jamais soif, enfin tu le croyais, ça te suffisait de le croire. Et pourtant on voulait t’envoyer là-bas, au bord des fosses, pour tuer des Irma par milliers.
Avant d’arriver sur ce port, il t’était arrivé quelques bricoles, August, rien de très important aux yeux de la grande Histoire, mais c’est dans la petite que se nichent les vraies raisons de vivre ou de mourir, de résister ou de céder, de saluer Hitler ou de ne pas.

16 avril 2017
Prologue, Hafen Hamburg
Le navire à roue à aubes Louisiana Star, tout de blanc et de bleu vêtu, donnerait presque des airs de Mississippi au gros fleuve gris. Une autre embarcation, plus rapide, affiche en lettres d’or sur fond bleu marine le nom d’Aladdin : sans doute une publicité pour quelque comédie musicale. Sur la rive d’en face, j’aperçois des immeubles dont la fonction reste difficile à définir – entrepôts, vastes citernes, un ou deux théâtres. Sous ma fenêtre, c’est un défilé permanent de bus jaunes et rouges des Stadtrundfahrt qui embarquent les visiteurs pressés ou paresseux par douzaines.
Vers la gauche, si l’on tend un peu le cou, se détache sur le fond moiré du ciel la silhouette d’un grand trois-mâts, le Cap San Diego. Hier soir, de la musique brésilienne s’en échappait par toutes les écoutilles. On le visite comme un immense joujou, les jeunes mariés le louent pour le transformer en bercail de luxe et les entreprises pour y organiser des soirées corporate de teambuilding.
Plus loin encore, je distingue le profil de la nouvelle salle de concerts, l’Elbphilharmonie, ses voiles de métal et de verre posées sur un bloc de brique rouge, tout en courbes confondantes qui viennent de révolutionner le paysage portuaire. Quelque chose me dit qu’August et Irma auraient pris peur devant elles comme s’il s’était agi d’un vaisseau spatial tombé d’une lointaine planète.
J’appareille vers le passé en observant le futur. Le temps me joue déjà des tours. Qui demeure sensible aux correspondances et aux coïncidences, aux résonances et aux traces, aux replis de la mémoire et de l’Histoire, ne peut que se perdre en ses labyrinthes. Je voudrais une errance heureuse. Mais il en est des voyages comme des livres : certains sont nés de la joie et d’autres servent à tenter de l’atteindre quand elle vous échappe. Je suis partie pour cesser de fuir. Je ne suis pas partie, je suis allée. Vers August et vers Irma. Vers mon père aussi, sans doute. Parce qu’ils ne sont plus là. Parce que je ne les trouverai pas. Et que, à force de ne pas les trouver, il me faudra bien apprendre à les réinventer.
Si je ferme les yeux, je vois cette photographie. Je ne cesserai plus de la voir. Je la porte, comme une greffe à l’âme, une sorte de fétiche lové dans les replis nébuleux de la mémoire. »

Extraits
« Celui qui disait non se demande ce qui reste quand on a tout perdu. Le formule-t-il ainsi ? Agenouillé derrière un rocher, l’épaule collée contre la pierre, son arme appuyée sur le bras, il fixe le rayon de soleil qui vient de transpercer la couverture nuageuse. Le serpent jaune effleure un buisson, promène sa lumière entre les baies rouges de l’arbuste qu’il semble fouiller.
On aurait presque envie de tendre la main pour l’attraper, pour palper cette promesse de chaleur et de réconfort, mais il sait que ce serait la mort certaine. Les partisans sont à quelques centaines de mètres, dissimulés derrière d’autres éboulis. Un coup de feu éclate à sa droite. En face, ils ripostent. Il se serre un peu plus contre son rocher. Quelque part, une balle ricoche et détache quelques éclats de calcaire d’un bloc tout près de lui. Le souffle l’a fait sursauter.
Sa mémoire est aussi érodée que le lit de la rivière en contrebas. L’odeur de poudre lui chatouille les narines. Il se dit je suis vivant pourtant mais combien d’heures encore, combien de secondes avant que je ressemble à ce caillou, les ronces l’enlacent, et qui m’embrassera, moi, qui me fermera les yeux, qui dira mon nom à mes filles, qui leur racontera l’odeur de la peau d’Irma le jour de ses vingt-trois ans sur la plage de Blankenese, qui se souviendra? »

« Et j’avais vu Dachau, Bergen-Belsen et Buchenwald, vu Auschwitz et pleuré dans la lumière du crépuscule, quand j’essayais encore de comprendre comment il était encore permis d’écrire de la poésie, comment il fallait justement en écrire parce que prier, non, ce n’était plus possible – qui voulez-vous prier : celui qui ne répondit jamais quand on le suppliait dans les chambres à gaz? »

« J’écris, sidérée d’écrire encore, comme si je ne savais pas que l’écriture ne sauvait de rien. J’écris ces lignes, alors que mon père s’est endormi il y a neuf mois tout juste – c’était un 16 juillet. Même s’il est des sommeils dont on ne s’éveille plus. J’écris, dans un semi-brouillard d’automatisme où je confonds les époques et les tendresses. Je me mets à aimer August comme s’il était encore temps de te raconter une histoire avant que tu ne glisses dans la nuit. Regarde, je commence à confondre ceux que j’interpelle. Est-ce à toi, papa, ou à lui, August, que je dis tu? »

« Irma, trempée de la belle sueur des amantes, se souvient. De sa rencontre avec August en octobre 1934. Et je veux me souvenir pour elle. Il n’y a rien de plus difficile à raconter pourtant que la naissance d’un amour.
Ingrid est née le 29 octobre de la même année. Un an tout juste après leur rencontre. »

« Nombre de ses camarades, peut-être des amis d’enfance, en tous cas les adolescents qu’il dut croiser au parti nazi dans les années 1930, rejoindront le service actif, notamment le 101e bataillon de police de réserve allemande, au sujet duquel l’historien Christopher Browning écrirait un jour un livre indispensable pour comprendre comment l’on devient un tueur. En seize mois, moins de cinq cents hommes qui étaient de simples ouvriers, dockers, membres de la classe moyenne de Hambourg, ni particulièrement militants ni fanatiquement racistes au départ, allaient assassiner trente-huit mille Juifs et en transporter quarante-cinq mille autres vers les chambres à gaz. Faire ramper des vieillards vers leur tombe. Tirer sur des bébés lancés en l’air pour déconcentrer la mère qu’un autre assassin visait pendant ce temps. Patauger dans le sang et la cervelle. Fêter des massacres sans nom. Boire plus que de raison pour ne plus comprendre ce qu’ils fêtaient. Tout cela, qui n’a rien de métaphorique ou d’imaginaire. Tout cela, décrit et documenté, implacablement, par les historiens. Tout cela, qu’on croit tellement savoir qu’on finit par en oublier la réalité même. »

« En raison d’une violation particulièrement grave et sérieuse de la loi pour la protection du sang, August Landmesser, 28 ans, était appelé cet après-midi devant la cour criminelle de Hambourg. Pendant des années, Landmesser a eu une relation avec une Juive dont ila eu deux enfants. Leur relation ayant continué après la promulgation des lois de Nuremberg, Landmesser a été arrêté à l’été 1937, mais acquitté après dix mois de détention provisoire pour des raisons subjectives. À cette occasion, il lui a été fermement rappelé que toute relation avec une Juive était interdite et il lui a été clairement exprimé que, en cas de répétition de la faute, il devrait s’attendre à une condamnation à plusieurs années de prison. Néanmoins, Landmesser a recommencé à entretenir des relations avec cette femme […]. Le verdict a été de deux ans et demi de servitude pénale pour souillure de la race. » Extrait d’un journal allemand, mercredi 26 octobre 1938

À propos de l’auteur
Adeline Baldacchino mène une double vie de poète et de magistrat. En plus de nombreux recueils de poésie, elle a notamment publié en 2013 une biographie primée et très remarquée de l’écrivain, journaliste et résistant Max-Pol Fouchet et en 2015 un texte d’analyse critique sur l’ENA. Celui qui disait non est son premier roman. (Source: Éditions Fayard)

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Trio pour un monde égaré

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En deux mots :
À travers trois personnages en quête d’identité et de liberté, Marie Redonnet dessine les contours d’une société à la dérive, d’un avenir qui pourrait être dramatique si on n’y prend pas garde.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Trois personnages en quête de bonheur

Willy Chow, Douglas Marenko et Tate Combo prennent successivement la parole pour raconter leur parcours, leur combat, leurs peurs. Trois errants en quête de liberté.

Marie Redonnet va tisser, chapitre après chapitre, une toile de plus en plus dense, de plus en plus riche en alternant les personnages, sans que l’on sache s’ils sont liés où non. Le premier à entrer en scène est Willy Chow. On l’appellera ainsi faute de mieux, car on comprend d’emblée qu’il n’a pas toujours eu cette identité. Mais désormais, il entend en finir avec sa vie d’avant, essayer de trouver dans son nouveau domaine, une bergerie plantée d’oliviers, une paix qu’il a longtemps combattue. Même si l’auteur nous laisse dans le flou quant à ses faits d’arme, il était un révolutionnaire et doit se protéger ainsi que ses proches.
Le second chapitre met en scène Douglas Marenko. Personnage tout aussi trouble que le premier, il a été arrêté à la frontière d’un pays qui n’est pas nommé. Ayant brulé ses papiers, il ne peut prouver son identité. Mais il est persuadé qu’il n’est pas Douglas Marenko, contrairement à ce qu’affirment ses geoliers. Jusqu’à cette rencontre avec Olga Marenko qui affirme être son épouse. Endosser le rôle du mari lui permettra de sortir de sa prison.
Vient ensuite Tate Combo, une femme qui a aussi pris le chemin de l’exil pour fuir la misère et la possible destruction de son village. Elle va être prise en charge par un photographe qui entend en faire un modèle absolu, une jeune déesse avec l’aide de la chirurgie esthétique. Comme Willy et Douglas, elle va se battre pour retrouver une identité, pour retrouver sa liberté et sa dignité.
Mais leur havre de paix est bien fragile. On sent la violence, la guerre, la dictature, la crise économique…
Des périls qui vont mettre à mal la toile tissée patiemment par l’auteur. Elle ne tient guère qu’à quelques fils bien fragiles, mais synonymes d’espoir dans ce monde égaré.
Si l’approche de ce texte peut vous sembler ardue, commencez par la seonde partie du livre. «Un parcours» éclaire à la fois la biographie de Marie Redonnet et son œuvre. À travers la manière dont elle parle de ses différents livres et éditeurs, on comprend en effet beaucoup plus aisément comment elle a construit ce trio e tcomment elle s’est servie de ce parcours pour structurer son récit.

Trio pour un monde égaré
Marie Redonnet
Éditions Le Tripode
Roman
200 p., 17 €
EAN : 9782370551467
Paru le 4 janvier 2018

Ce qu’en dit l’éditeur
Un roman haletant de l’auteur de La Femme au colt 45 suivi d’une postface autobiographique inédite.
Willy Chow est un ancien rebelle qui vit dans une bergerie entre la mer et les collines. Il tente d’oublier un passé trouble, mais la guerre fait à nouveau rage à la frontière et menace la paix de son domaine…
Le scientifique Douglas Marenko n’est pas Douglas Marenko. Emprisonné dans une cellule d’un nouveau genre après avoir tenté de fuir son pays, on voudrait pour des raisons qu’il ignore lui faire endosser une nouvelle identité. Il résiste jusqu’à ce que ses geoliers lui présentent une femme censée être son épouse, et qu’il sait avoir connue…
Tate Combo a elle aussi quitté son pays, après une prophétie de son père qui prédisait la destruction de son village. Elle vit désormais dans la mégapole Low Fow, où un photographe en vogue a décidé d’en faire, à force d’opérations chirurgicales, l’incarnation d’une déesse qu’il vénère. Le jour où elle décide de rompre cette métamorphose imposée, des avions s’écrasent sur les tours de la ville…
Trois voix embarquées dans les tourments de pays en guerre qui s’entrelacent. Trois personnages qui tentent d’échapper à l’effacement programmé de leur être. Trois destins qui se font écho et font écho à la violence récurrente de leur monde. Marie Redonnet offre ici un récit haletant et magistralement orchestré sur les menaces, intérieures et extérieures, qui visent nos libertés.

Les critiques
Babelio
Diacritik (Marie-Odile André)
En attendant Nadeau (Sébastien Omont)
L’Humanité (Muriel Steinmetz)
France Culture (émission «par les temps qui courent» – Marie Richeux)
Blog Sur la route de Jostein
Blog L’avis textuel de Marie M. 

Les premières pages du livre 
Willy Chow
« C’est écrit sur mon passeport. Nom: Chow. Prénom: Willy. J’ai eu d’autres identités. Willy Chow est la dernière. Mon adresse: domaine d’Olz à Salz. Je ne veux plus en changer. La photo sur mon passeport est ressemblante: visage bien dessiné, cheveux gris frisés coupés ras, yeux verts, regard perçant et inquiet, lèvres épaisses, nez fort et busqué, arcades sourcilières proéminentes, rides profondes sur le front et les joues. Je suis petit de taille, robuste et trapu. Je vis retiré au domaine d’Olz depuis deux ans. Ma vie a été multiple comme mes identités. J’ai résisté aux tentations de rentrer dans le rang à chaque fois qu’elles se sont présentées. J’ai voulu vivre ainsi, insoumis et précaire. S’il y a un fil rouge qui me conduit, il est invisible. Je me fie à mon instinct qui m’a pourtant souvent trompé. L’égarement fait partie de mon chemin. Moi seul sais que je n’ai pas encore réalisé ce que je dois réaliser. Willy Chow, ce sera le nom écrit sur le registre des décès à la mairie de Salz, le jour de ma mort.
J’ai acheté ce domaine à l’abandon il y a dix ans, une centaine d’hectares avec une vue lointaine sur la mer et le désert. La guerre l’avait détruit, les bâtiments étaient délabrés, les propriétaires en fuite. Personne ne s’était porté acquéreur. J’avais juste assez d’argent pour le payer comptant. »

À propos de l’auteur
Depuis son premier roman (Splendid Hôtel, Minuit, 1986) jusqu’à son plus récent (La Femme au colt 45, Le Tripode, 2016), Marie Redonnet poursuit une œuvre fascinante, qui chemine entre la fable et le scalpel. (Source : Éditions Le Tripode)

Postface autobiographique inédite de Marie Redonnet
Site Wikipédia de l’auteur 

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Les sables de l’Amargosa

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Voici cinq bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que Claire Vaye Watkins a été sacrée en 2012 par la National Book Foundation comme l’un des écrivains les plus importants de sa génération et que la revue britannique Granta l’a classée au printemps dernier comme l’un des 20 meilleurs jeunes écrivains américains.

2. Parce qu’elle est la lauréate du Prix Prix littéraire Lucien Barrière

2. Parce que, comme l’écrit Eric Neuhoff dans le Figaro: « Ce roman déborde de lumière et d’invention. On est entre Mad Max et La Route, mélange maîtrisé de science-fiction et de fable philosophique. Des mines de talc ont été transformées en prisons souterraines. Les danses de la pluie semblent bien inutiles. L’apocalypse est là. Cela n’empêche pas les humains de demeurer tels qu’ils étaient, trouillards, mesquins, jaloux. Le paradis n’est pas pour demain. En attendant, Claire Vaye Watkins a l’avenir devant elle. »

4. Parce qu’à travers ce conte philosophique, ce sont tous les problèmes de la Califormie qui émergent, à commencer par ceux qui touchent à l’environnement. La rareté des ressources naturelles et le dérèglement climatique poussent les gens à fuir ce qui devient peu à peu en enfer. Du coup, on voit réapparaître quelques illuminés, dans la lignée de Charles Manson.

5. Pour cette citation qui donne bien le ton du livre: « Leur tête ne savait rien mais leur corps sentait cette incandescence magnétique, la sentait agir comme agit la lune qui réveille le fer dans le sang. Tout ce qu’ils savaient, c’est que leur souffle n’était pas coupé, mais parfaitement synchronisé. »

Les sables de l’Amargosa
Claire Vaye Watkins
Éditions Albin Michel
Roman
traduit de l’anglais (États-Unis) par Sarah Gurcel
416 p., 23,50 €
EAN : 9782226328588
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Une terrible sécheresse a fait de la Californie un paysage d’apocalypse. Fuyant Central Valley devenue stérile, les habitants ont déserté les lieux. Seuls quelques résistants marginaux sont restés, prisonniers de frontières désormais fermées, menacés par l’avancée d’une immense dune de sable mouvante qui broie tout sur son passage.
Parmi eux, Luz, ancien mannequin, et Ray, déserteur « d’une guerre de toujours », ont trouvé refuge dans la maison abandonnée d’une starlette de Los Angeles. Jusqu’à cette étincelle: le regard gris-bleu d’une fillette qui réveille en eux le désir d’un avenir meilleur. Emmenant l’enfant, ils prennent la direction de l’Est où, selon une rumeur persistante, un sourcier visionnaire aurait fondé avec ses disciples une intrigante colonie…
Salué par la presse américaine, Les Sables de l’Amargosa surprend autant par son réalisme, d’une brûlante actualité, que par sa dimension prémonitoire. Portée par une langue d’une beauté brutale, ponctuée de scènes mémorables, cette fable réinvente le roman de l’errance dans la lignée de John Steinbeck et Cormac McCarthy.
« Un roman exaltant, dérangeant, hypnotique et audacieux, qui impose Claire Vaye Watkins comme une voix majeure de la littérature américaine. » Louise Erdrich

Les critiques
Babelio 
Le Figaro (Eric Neuhoff)
Salon littéraire (Ariane Bois)
Blog Encore du Noir! 
Blog Le capharnaüm éclairé 
Fragments de lecture… Les chroniques littéraires de Virginie Neufville


Présentation des Sables de l’Amargosa de Claire Vaye Watkins pour la rentrée littéraire © Production éditions Albin Michel.

Les premières pages du livre
À ce stade, même selon une indulgente auto-estimation, Luz était totalement défoncée. Elle en prit la mesure tandis que le soleil d’entre les soleils plongeait dans le Pacifique et qu’elle se retrouvait pieds nus au centre d’un cercle de percussionnistes, à secouer une boîte de Reebok remplie de décorations de Noël cassées en guise de tambourin, tout en agitant ce qu’elle avait de seins. Luz ne savait pas danser, elle n’avait jamais su. Mais ce rythme-ci était d’une simplicité éléphantine, comme le glouglou des valves du corps — une musique égalitaire. Elle frappait lourdement des pieds le limon sec du canal. L’espace d’un instant, elle s’inquiéta pour Ray, puis laissa tomber. Il devait être parfaitement au courant de son état, comme d’habitude. Sans doute l’observait-il depuis la périphérie du cercle, sirotant la décoction maison à base d’eau salée dont elle s’était enfilé de grandes rasades toute la journée.

Extrait
« Vous partiez en car. Il y avait des camps en Louisiane, en Pennsylvanie, dans le New Jersey. Impossible de savoir où on vous envoyait. De toute façon ça ne changeait rien. C’était temporaire, disaient les autorités. Ce que vous aviez de mieux à faire pour la cause commune. Pas dupe, elle était quand même inscrite, sa valise pleine de romans et de vêtements de marque, la boîte à chapeau lourde de ses économies. Sauf qu’elle détestait les foules, détestait tous les êtres humains à l’exception de celui qui se trouvait à côté d’elle.
Brusquement, farouchement, elle ne voulait plus monter dans un car le lendemain. À la place elle voulait tomber amoureuse. S’effrayant elle-même, elle dit : « Je devais. »
Alors Ray la ramena chez lui, dans la résidence abandonnée de Santa Monica depuis laquelle ses amis organisaient leur petite résistance. Ils firent l’amour dans la buanderie, sur le sac de couchage de Ray. Après quoi il dit : « Il faut que tu me promettes qu’on ne parlera pas de la guerre.
— Et toi qu’on ne parlera pas de l’eau.
— Promis juré. »

À propos de l’auteur
Née en 1984 à Bishop (Californie), Claire Vaye Watkins enseigne aujourd’hui à l’université du Michigan. Distinguée par plusieurs prix littéraires anglo-saxons tels que le Story Prize, le Dylan Thomas Prize et le Young Lions Fiction Award de la New York Public Library, elle a été sacrée en 2012 par la National Book Foundation comme l’un des écrivains les plus importants de sa génération. En 2014, elle a été l’un des lauréats de la Fondation Guggenheim. Enfin, la revue britannique Granta l’a classée au printemps dernier comme l’un des 20 meilleurs jeunes écrivains américains. Cette trentenaire californienne devient ainsi la plus jeune lauréate du Prix Lucien Barrière. (Source : livreshebdo.fr)

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L’été en poche (27)

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N’oublier jamais

En 2 mots
Une jeune fille se jette en haut d’une falaise. Jamal était à quelques mètres : suicide inexpliqué puis meurtres non-élucidés. Une implacable machination.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis paru dans… Le Parisien
« Très complexe, l’intrigue est une équation dont les inconnues s’accumulent au fil des pages. Au point qu’on a parfois l’impression que l’auteur se joue de nous. […] Même ceux qui n’ont pas anticipé l’enquête deviendront accros à cette lecture ultra ludique. »

Vidéo


Michel Bussi parle de «N’oublier jamais» © Production Place des Editeurs

L’été en poche (22)

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Autour du soleil

En 2 mots
L’histoire d’une mère qui s’enfuit au Vietnam, laissant mari et enfant, pour vivre une passion qui lui était jusque là refusée. Une fille qui prend le choc de ce secret de famille en plein cœur et doit essayer de composer avec. Une femme qui ne se résigne pas à rentrer dans le rang et entend laisser vivre ses sentiments et donne rune chance à ses rêves. Aussi beau que dramatique, aussi sombre que lumineux, aussi élégant que dérangeant!

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Fabienne Pascaud (Télérama)
« Autour du soleil reste plein de grâce. Car d’âme en âme, de détresse en victoire intimes, on y goûte le poids et les vertus du silence. De la réconciliation par le silence »

Vidéo


Karine Silla présente son roman «Autour du soleil» © Production librairie Mollat

De la bombe

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En deux mots
Dans un hôtel de luxe d’Istanbul une jeune Française participe à un attentat puis prend la fuite. On la suit durant une cavale riche de rebondissements. On découvre aussi durant cette fuite la parcours qui l’a menée jusqu’à extrémité.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

De la bombe
Clarisse Gorokhoff
Éditions Gallimard
Roman
272 p., 17 €
EAN : 9782072723858
Paru en mai 2017

Où?
Le roman se déroule en Turquie, principalement à Istanbul et environs. On y évoque aussi la France et le lieu-dit La Furetière au fin fond de la Vendée, lieu de villégiature ainsi que Paris. De Turquie, on ensuite sur les routes en direction de la péninsule de Gallipoli en passant par Kilitbahir, Tarabya et Urla puis, en traversant le détroit des Dardanelles jusqu’à Çanakkale. On y évoque aussi Kemer et Sofia, en Bulgarie.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Dans un luxueux hôtel d’Istanbul, Ophélie a posé une bombe. Une bombe, elle rêve aussi d’en être une aux yeux de Sinan, cet amant qui n’a de cesse de la rabaisser. A-t-elle vraiment appuyé sur le détonateur? En tout cas, le monde a tremblé, et la jeune femme doit désormais se cacher.
Mais que fuit-elle vraiment? Sur les routes brûlantes qui longent la mer Égée, Ophélie se laisse emporter par les caprices d’un hasard burlesque. Confrontée au poids des morts et à la violence des vivants, elle a encore bien des rencontres à faire, des pièges à déjouer, des doutes à éclaircir.

Ce que j’en pense
L’hôtel Four Seasons Bosphorus d’Istanbul est sans doute l’un des établissements les plus luxueux de la capitale turque. C’est là qu’Ophélie, la narratrice de cet étonnant premier roman, passe le temps. « Au bord de cette piscine, j’en ai passé de heures, à regarder des nuages devenir des gueules d’animaux tordues avant de disparaître. »
Une oisiveté due au rôle dévolu à la jeune beauté française, rester au service de Sinan, un amant aussi riche que tyrannique. Les journées se passent entre la piscine et la chambre, entre alcool, drogue et sexe. Jusqu’au jour où Derya entre dans leur suite 432. La superbe servante va subjuguer le couple et se confier à Ophélie. Elle est kurde et marquée par une histoire faite d’errements, d’exils et de combats. Sa nouvelle amie a tôt fait de mettre à jour son projet : « Tu as une bombe en tête. Un détonateur dans le cœur. Tu veux venger tes frères et des sœurs kurdes, pas seulement ton aîné que la police torture et qui est peut-être mort sans que tu le saches. Et tu voudrais que je t’aide, mois que tu ne connais même pas. »
Depuis Horace on sait que «l’oisiveté est une dangereuse sirène qu’il faut éviter». Aussi ce parfum d’aventure et d’interdit autant que l’envie de prouver à Derya qu’elle n’est pas insensible à ses malheurs va lui faire accepter le rôle de poseuse de bombe. Munie de son sac à dos et coiffée d’une perruque blonde, elle pénètre dans l’hôtel. Mais la nervosité la gagne : « Moi qui voulait ressembler à Faye Dunaway en Bonnie, ou a B.B. période Gainsbourg – car après tout, toutes deux étaient des bombes –, j’ai plutôt l’air de Zézette qui aurait englouti trop de psychotropes… »
Si les choses ne se passent pas exactement comme prévu, la bombe explose tout de même, alors qu’Ophélie est en chemin vers l’un des appartements de Sinan. C’est ce dernier qui fera les frais de la tension qui est dans l’air. Ophélie tue son amant et se fait du même coup de nombreux amis, ceux qui ont eu à pâtir de cet impitoyable propriétaire d’un immense parc immobilier et sont reconnaissants de cette main vengeresse.
Commence alors une cavale riche en rebondissements, faite de rencontres incongrues et d’alliés de circonstances, Ozan le nouvel amant, Orta la routarde, le tout avec un cadavre qui pourrit dans le véhicule au fil des jours. Après avoir visité Istanbul mieux qu’avec un guide touristique – notamment le quartier de Tarlabaşi – on prend la route vers les Dardanelles. L’occasion pour Ophélie d’expliquer son enfance difficile, abandonnée une première à l’assistante publique, abandonnée une seconde fois dans les Jardins du Luxembourg… « chaque fois que je veux raconter cette histoire, elle m’épuise avant même que j’en rassemble les divers éléments. D’ailleurs c’est ce qui m’est le plus difficile : réunir les ficelles et les accessoires qui la composent, pour lui restituer sa chronologie ou, à défaut, un semblant de cohérence.»
Clarisse Gorokhoff parvient à nous faire aimer cette enfant perdue, pauvre petite fille riche. Et ce n’est pas là le seul tour de force de ce roman. Dans une France toujours en état d’urgence, on se prend, par exemple, à frissonner lorsque l’on comprend qu’il est somme toute très facile de faire un attentat, que ce quart d’heure de gloire n’a même pas besoin d’une solide motivation. Quand je vous disais que ce premier roman était étonnant !

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)

Autres critiques
Babelio
Page des libraires (Marc Rauscher)
Blog Le littéraire (Jean-Paul Gavard-Perret)

Entretien avec l’auteur (Gallimard)

Les premières pages du livre 

Extrait
« En faisant BOUM, la bombe deviendra mon curseur existentiel. Ici et maintenant, proclamera-t elle, commence le premier jour du reste de ta vie, Ophélie. Et je sentirai alors se propagera en moi le sang frais d’un cœur qui jusque-là palpitait à vide. Tout sera neuf, inédit, sans précédent. Le monde sera une donnée inconnue, un horizon frémissant. »

A propos de l’auteur
Jeune écrivain, Clarisse Gorokhoff a vécu plus de cinq années à Istanbul où elle a notamment achevé son master de philosophie puis créé une foire d’art contemporain abordable. Sa démarche d’écriture la pousse à s’intéresser aux paradoxes qui façonnent nos manières d’être – à la fois triviales et bouleversantes – qui forgent la société de nos jours. (Source : huffingtonpost.fr/)

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La chimiste

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La chimiste
Stephenie Meyer
Éditions JC Lattès
Thriller
traduit de l’anglais par Dominique Defert
600 p., 22,00 €
EAN : 9782709659307
Paru en novembre 2016

Où?
Le roman se déroule du Nord au Sud et d’Est en Ouest des États-Unis. On y voyage de Tallahassee en Floride jusqu’au fin fond du Texas, passant par Dallas, Shreveport et la Kisatchie National Forest, Washington, Oklahoma City, Tacoma, Chicago, Little Rock, Baltimore, York en Pennsylvanie, Philadelphie, Alexandria, Denver, Lakewood, et Boulder. Deux missions à l’étranger sont évoquées, à Uludere en Turquie et à Hérat en Afghanistan

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Elle était l’un des secrets les mieux gardés — et des plus obscurs — d’une agence américaine qui ne portait même pas de nom. Son expertise était exceptionnelle et unique. Et puis, du jour au lendemain, il faut l’éliminer au plus vite…
Après quelques années de clandestinité, son ancien responsable lui propose d’effacer la cible dessinée sur son dos. Dernière mission… ou dernière trahison ?
Alors que sa vie ne tient plus qu’à un fil, un homme que tout devrait éloigner d’elle va bouleverser ses certitudes. Comment survivre à une traque impitoyable quand on n’est plus seule ?
Dans ce roman palpitant et original, Stephenie Meyer a imaginé une nouvelle héroïne aussi émouvante que fascinante. Avec La Chimiste, elle révèle encore une fois tout son talent qui la place parmi les auteurs les plus reconnus au monde.

Ce que j’en pense
***
Autant l’avouer, j’avais besoin d’une récréation et j’étais curieux de découvrir à quoi pouvait bien ressembler le style d’un auteur adulé des adolescents pour Twilight, sa série de romans fantastiques et leur adaptation au cinéma. Car le choix de passer au thriller, après un premier roman pour adultes n’était pas sans risque. Mais le pari est gagné, car le suspense est bien mené, l’intrigue joliment construite.
Dès les premières lignes, on entre dans le vif du sujet : celle qui se fait appeler Chris Taylor est en fuite. Elle sillonne les Etats-Unis pour échapper à ceux qui veulent sa mort. Même si elle ne sait pas encore avec certitude la raison de ce contrat, elle a vite compris que le décès de son collègue Barnaby, qui travaillait avec elle dans un laboratoire secret, n’était pas un accident. Aussi, en attendant de comprendre, la chimiste fuit, empruntant les identités les plus diverses et en essayant de ne laisser aucune trace susceptible de remonter jusqu’à elle
« Consulter ses e-mails lui prenait d’ordinaire trois minutes. Après cela, elle aurait quatre heures de route – si elle ne faisait pas de détour – pour rentrer à son camp de base du moment. Il lui faudrait alors rétablir tout son système de sécurité avant de pouvoir dormir. Les jours de relève du courrier étaient toujours de petits marathons.
Même s’il n’existait aucun lien entre sa vie actuelle et cette boîte e-mail – pas d’adresse IP récurrente, ni de références à des lieux ou à des noms –, dès qu’elle avait fini de lire son courrier, et d’y répondre au besoin, elle pliait bagage, quittait la ville, pour mettre le plus de distance possible entre l’ordinateur d’envoi et elle. Au cas où. « Au cas où » était devenu son mantra. Malgré elle. Sa vie était réglée comme du papier à musique, tout était organisé, planifié, mais, comme elle se le répétait souvent, sans préparation, il n’y aurait pas de vie tout court. »
Ce sont notamment des missions en Turquie et en Afghanistan ainsi que de très nombreux interrogatoires – sa spécialité consiste à tirer les vers du nez des plus récalcitrants – qui l’ont aguerrie, l’obligeant à «infliger de la souffrance pour sauver des vies. Comme on coupe un membre gangrené pour sauver le reste du corps.»
C’est du reste pour une mission semblable qu’elle accepte de rempiler. Car les services de renseignements ont appris qu’un terroriste s’apprêtait à lancer une attaque chimique de grande ampleur et qu’il fallait le neutraliser avant que des milliers de personnes ne meurent.
Grâce à ses talents, elle parvient assez rapidement à neutraliser sa cible : Daniel Nebecker Beach, un professeur de lycée. Mais durant l’interrogatoire, elle est mal à l’aise, car elle à l’intuition que sa victime est innocente. Elle n’aura toutefois pas le temps de le vérifier car, malgré toutes précautions prises, elle est attaquée et doit d’abord sauver sa peau.
En découvrant que Kevin, le frère de Daniel, est venu à la rescousse et que ce dernier est aussi un agent secret, elle comprend qu’elle a été manipulée. Après avoir voulu réciproquement se tuer, les deux agents peuvent s’expliquer. « Tu es un problème pour la CIA. Et je suis un problème pour mon service. Ils ont monté un dossier et inventé de toutes pièces un scénario qui pourrait me convaincre de rempiler. »
Du coup, la notice nécrologique de Juliana Fortis – son vrai nom – n’est pas une couverture censée la protéger mais bien un permis de tuer. Voilà Kevin, Daniel et Alex (son nouveau nom) confrontés à une question autrement plus épineuse : pourront-ils échapper à l’un des services de sécurité les plus puissants au monde ? Peut-on se cacher et échapper à tous les contrôles ? Et, au-delà, y-t-il un moyen de faire cesser la menace ?
La cavale qui suit ne sera pas de tout repos, on s’en doute bien. Les rebondissements et l’idylle naissant entre Daniel et Alex («C’était la plus grande surprise de son existence. Ce mélange de contradictions, cette attirance irrépressible qui la rendaient incapable de la moindre analyse.») vont pimenter le récit jusqu’à l’épilogue très inattendu.
Un roman qui vous fera passer un agréable moment, mais que l’on pourra également lire comme une réflexion sur l’état d’urgence, sur les armes qu’un État peut utiliser pour combatte le terrorisme, sur les failles de nos systèmes de sécurité. Bref, un thriller bien dans l’air du temps.

Autres critiques
Babelio 
Le Figaro (Thierry Clermont)
L’indépendant (Michel Litout)
Blog The lovely teacher addictions 
Blog Le chat du Cheshire 
Blog Un polar-collectif 

Les vingt premières pages

Extrait
« Elle l’observa un moment, classant toutes les données dans deux colonnes. Colonne un : Carston était un menteur talentueux, et lui racontait une histoire à dormir debout, une façon de l’attirer dans un piège où ils pourraient en finir pour de bon avec Juliana Fortis. Et il inventait à fur et à mesure, pour jouer sur toutes ses cordes sensibles.
Colonne deux : quelqu’un avait réellement une arme biologique de destruction massive et les moyens de la déployer. Le service ne savait ni où ni quand elle serait utilisée, mais ils avaient repéré quelqu’un qui savait.
La vanité vint peser dans la balance ; elle n’ignorait pas qu’elle était douée. Ils n’avaient sans doute trouvé personne pour la remplacer. »

A propos de l’auteur
Stephenie Meyer a obtenu son diplôme de littérature anglaise à l’Université de Brigham Young dans l’Utah. Twilight, sa saga au succès international, s’est vendu à 155 millions d’exemplaires. En 2008, elle a publié Les Âmes vagabondes, son premier roman pour adultes. Il s’est vendu à plus de 5,3 millions d’exemplaires aux États-Unis et 300 000 exemplaires en France. Il a été porté à l’écran en 2013 par Andrew Niccol. Elle publie en 2016 son deuxième roman pour adultes, le thriller La Chimiste. Elle vit aujourd’hui dans l’Arizona avec son mari et ses trois fils. (Source : Éditions JC Lattès)

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