Cela aussi sera réinventé

CARPENTIER_c ela_aussi_sera_reinvente  RL2020

En deux mots:
La guerre fait rage entre l’armée de l’OTAN et les «nomades décontextualisés», sans oublier quelques groupes sauvages essayant eux aussi de survivre sur une planète quasi invivable. Mieux organisés et mieux équipés, les nomades vont prendre le pouvoir, mais leur avenir n’en demeure pas moins très incertain.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Quand la planète sera devenue invivable

Christophe Carpentier a imaginé une dystopie qui imagine que la vie sur terre, après un dérèglement climatique qui n’a cessé de s’amplifier, va devenir de plus en plus difficile. Comment dès lors s’inventer un avenir?

C’est au moment où le maréchal de l’OTAN Von Greimstedt rend les armes à Dacia, la représentante des Nomades Décontextualisés (ND) que s’ouvre cette dystopie. La planète est alors dans un état terrifiant. Imaginez que pour survivre, il est essentiel de se déplacer, car la terre est brûlée et n’est plus cultivable, les vents – en particulier Le Vent Obscurcissant numéro 7 qui est le plus dense et le plus meurtrier – sont chargés de particules toxiques, l’eau doit être filtrée et des groupes sans foi ni loi peuvent vous agresser à tout moment. La mobilité aura donc finalement permis aux ND de survivre, d’agréger de plus en plus de personnes et de prendre le pouvoir. Car ils ont mis au point les outils permettant de faire face à ce climat totalement déréglé, aux cyclones surnuméraires et aux champs magnétiques chamboulés. Après avoir constaté «l’étendue des dégâts, tant au niveau géostratégique que dans le cœur de l’Homme», il va maintenant falloir répondre à la seule question qui se pose désormais: peut-on construire un avenir dans un tel monde?
Dans la seconde partie du livre Claire Kraft va tenter de relever ce défi, refaire l’histoire et imaginer à quoi pourrait ressembler ce monde à construire, tenter de théoriser la vie passée, présente et future sur cette terre. Son mari va d’abord la soutenir dans ses réflexions et son projet, avant de la lâcher et de se désolidariser pour rejoindre la vision que défend son fils Harold.
Christophe Carpentier a choisi d’opposer deux visions que l’on peut appeler pour simplifier, la vision masculine et la vision féminine, car France Stein, l’épouse d’Harold, va se rapprocher de sa belle-mère. Claire et France vont choisir de bâtir «sur les contours d’une vérité ancienne et fragile» et vont s’évertuer de l’améliorer. En modernisant les outils et les moyens, à commencer par le système de production d’énergie nomade, la batterie VN 1, mise au point par Tobias Jetzitzak. Ce dernier va choisir d’accompagner France dans un périple risqué. Il va du reste s’achever tragiquement.
C’est alors au tour d’Harold, qui s’était jusque-là opposé à sa mère, de prendre le relais, et de tenter de ne pas répéter les erreurs commises. Et de ne pas donner raison à sa mère qui le voyait «multiplier les coups d’éclat et instaurer une impression de chaos institutionnel qui sera un leurre, car au final, tout ceci débouchera sur une accentuation de la soumission des citoyens à l’égard de l’État».
Le pari peut-il être gagné? C’est tout l’enjeu de cette dystopie qui creuse une thématique déjà abordée par Louise Browaeys avec La dislocation et Pierre Ducrozet avec Le grand vertige. Des romans qui sont autant de pistes de réflexion sur les enjeux écologiques et environnementaux et dont je prends le pari qu’ils constitueront désormais une veine qui va continuer à être exploitée par les romanciers.

Cela aussi sera réinventé
Christophe Carpentier
Éditions Au Diable Vauvert
Roman
272 p., 18 €
EAN 9791030703627
Paru le 10/09/2020

Où?
Le roman se déroule sur l’ensemble de la planète.

Quand?
L’action se situe dans un futur plus ou moins proche.

Ce qu’en dit l’éditeur
IMAGINER L’AVENIR N’EST PLUS UN PASSE-TEMPS ANODIN. C’EST DEVENU UN JEU RISQUÉ.
«L’Accablement Climatique est devenu un agent mortifère au service de la Décontextualisation Nomade. Il n’y a pas une parcelle de terrain planétaire qui ne porte pas, soit les stigmates géologiques des cataclysmes en cours d’amplification, soit les stigmates psychologiques des populations sinistrées peinant à cohabiter avec le souvenir de leur vie passée.»
Deux siècles après, nés pour réconcilier le biologique et l’éthique, les Nomades Décontextualisés ont transformé le monde en un lieu où les singularités et les affects n’existent plus. Claire Kraft va le découvrir à ses dépens.
Quelque part entre Gibson et Koltès, une magnifique dystopie philosophique et politique ancrée dans l’actualité.

Les critiques
Babelio 
Lecteurs.com
Le littéraire.com (Darren Bryte)
Blog Just a Word (Nicolas Winter)
Blog Quoi de neuf sur ma pile?

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« L’effondrement du maréchal de l’OTAN Kleist Von Greimstedt est palpable à la façon qu’a son regard de superposer sur chaque objet et chaque être une pulsation de rejet de la réalité. Vouloir que tout soit autrement et ne pas voir son vœu exaucé vide de sa substance première son métier de commander, à qui, à quoi ? Parallèlement au contexte géopolitique mondial en plein bouleversement, c’est sa propre individualité d’officier qui est en train de se déliter. Même le respect hiérarchique sonne pour lui comme un folklore ironique. Lorsqu’il parle à ses hommes – de plus en plus rarement –, il redoute d’entendre le claquement des bottes au garde-à-vous, tout comme enfant il redoutait d’entendre la main de son père gifler sa joue.
Le campement de la 4e division d’infanterie situé en périphérie de Tbilissi-la-calcinée tient en équilibre sur les bases vermoulues de la dignité militaire, alors il se peut que la caravane de nomades décontextualisés en approche soit une bénédiction à ne pas gaspiller. Dacia connaît les ordres que ce maréchal accablé a reçus de longue date : ne pas tenter d’enrôler les nomades décontextualisés, laisser passer leur frêle caravane, ne surtout pas entamer un dialogue prétendument constructif avec eux, ne pas les laisser établir leur camp de base à côté du vôtre. Et pourtant, c’est lui qui a demandé à recevoir Dacia dans son bureau, tant il mourait d’envie de la rencontrer au moins une fois.
Lorsqu’elle entre, il ne la salue pas, il reste figé devant la fenêtre à regarder s’abattre des rafales de vent gorgé de sable asiatique.
Dacia. — Depuis combien d’années n’avons-nous pas vu le soleil ? Six, je crois. Lorsque je ferme les yeux, je parviens à le faire apparaître sous forme d’un artefact mélancolique, mais je sais que je ne dois pas me contenter de si peu. Même les oiseaux carnassiers de Stymphale ne tiendraient pas dix secondes dans pareille tempête.
Elle pose son masque filtrant sur le bureau, et sans souci de coquetterie, elle s’époussette les cheveux.
Le maréchal. — Il n’y a que quand elle est invisible et muette que j’arrive à supporter mon armée ou ce qu’il en reste. Le V.O. numéro 7 brouille toutes les transmissions, ça fait une éternité qu’on ne reçoit plus d’ordre de mission. Pour occuper mes hommes, j’en envoie certains en éclaireurs, reliés les uns aux autres par une corde. Certaines cordées reviennent, d’autres pas. Je ne cherche même pas à savoir si elles se sont égarées ou si elles ont déserté, je continue d’en envoyer, comme si mon rôle finalement était de leur laisser le choix de revenir ou pas.
Dacia. — Si tu veux te faire pardonner d’avoir cru trop longtemps à l’ancien système, alors libère-les de leur serment, et fais en sorte qu’ils ne soient pas considérés comme des déserteurs par tes supérieurs.
Ne pouvant supporter l’idée qu’elle se rapproche de lui, il fait trois pas en diagonale vers le coin opposé de la pièce.
Dacia. — Je ne mords pas.
Le maréchal. — On dit que ton verbe est viral et plus contagieux que le typhus.
Dacia. — Et pourtant tu as demandé à me rencontrer.
Le maréchal. — Nomades décontextualisés, c’est plutôt long comme appellation. J’ai essayé de tourner ça en ridicule autrefois, mais sans jamais y parvenir. Sans doute parce que vous avez fait vos preuves niveau ténacité et intégrité.
Dacia. — Pourquoi as-tu demandé à me rencontrer quand tu as appris que notre caravane campait à proximité ? Pour que je t’aide à sauter le pas comme je l’ai fait avec le général Joussovski ?
Le maréchal. — Ainsi ce que dit la rumeur est vrai, le cruel Tatar a déposé les armes et a intégré vos rangs ?
Dacia. — Il s’est rendu avec les miettes de son armée qui pèsent juste un peu plus lourd que tes miettes à toi. Je dis qu’il s’est rendu, mais une armée ne se rend pas à qui ne la combat pas. Nous sommes juste de passage, nous vous frôlons, lentement, très lentement, à en être provocants, je l’avoue, et nous attendons de voir ce que cette proximité déclenchera en chacun de vous, pauvres soldats perdus dans une guerre sans dignité, comme la majorité des guerres d’ailleurs. (Elle fait mine de nettoyer la vitre avec le plat de sa main, comme si ça pouvait changer quoi que ce soit à la purée de pois qui sévit dehors). Notre caravane suit les couloirs idéologiques qui frémissent encore de-ci de-là, et absorbe les âmes égarées promptes à se réinventer. Quant à Joussovski, il est mort il y a quelques jours quand on a été attaqués par des chiens errants affamés. Certains disent avoir vu un grizzli cohabitant avec la meute l’attraper comme une poupée de chiffon et l’emmener dans son antre. En tous les cas on n’a pas retrouvé sa dépouille.
Le silence qui suit vaut pour un hommage posthume.
Le maréchal. — Ce serait une belle mort, tué par un grizzli affamé, aussi perdu que nous tous dans ce merdier sans nom.
Dacia. — Il y a neuf ans, alors que j’approchais de Karlsruhe où je savais qu’un camp de base de nomades me permettrait de me procurer le dernier modèle de cyclo-dynamo VN 17, je marchais au cœur de la Schwarzwald quand un nuage de sauterelles mexicaines a soudain noirci le ciel. Ces saloperies ont mis cinq jours à nettoyer ma zone, dévorant non seulement les feuilles mais les branches les plus tendres de toutes les espèces d’arbres existantes, cinq jours d’un bourdonnement glouton atroce, cinq jours durant lesquels j’ai dû creuser un trou et m’enfouir sous terre pour ne plus entendre leurs mandibules déchiqueter la forêt. Le sable rend fou, mais il le fait en silence et sans véritable voracité. Pour rien au monde je ne souhaiterais recroiser cette colonie qui, dit-on, circule en mode hold-up organisés tout autour de la Terre ; et parfois, oui, je remercie le Vent Obscurcissant numéro 7 d’être assez opaque et inhospitalier pour la repousser loin de moi.
Le maréchal. — Mais au moins des sauterelles bien grassouillettes, ça se mange, le sable non. Car pour dire vrai, ce qui rend ta caravane aussi attrayante, ce sont vos serres portatives qui vous permettent d’éviter les carences métaboliques qui ravagent toutes les armées du monde.
Dacia. — La nourriture est un bon aimant en effet. Chacune de nos tentes recèle à l’abri des rafales de sable des petits potagers sous serre comme il y en avait jadis dans nos campagnes florissantes.
Le maréchal. — On dit aussi que sans cette nourriture, vos convictions primaires ne suffiraient pas à appâter les pauvres hères qui cherchent leur salut dans les ruines.
Dacia secoue la tête d’un air désolé : « Finalement tu es bien moins digne que ton rival tatar. Je te signale que nous ne sommes responsables d’aucune des ruines qui dessinent la figure accablée du monde. Quant à nos convictions, tu les qualifies de primaires, mais as-tu seulement idée du courage qu’il faut pour frapper à la porte d’une maison et demander à ses occupants, non seulement de partager le peu qu’ils ont réussi à sauver du chaos, mais de tout abandonner sous prétexte que tout appartient à tout le monde selon un protocole d’utilisation temporaire et universelle de la réalité ? As-tu jamais tenté pareille expérience ? Depuis combien d’années n’as-tu pas injecté de la nouveauté dans ta grille de valeurs réactionnaires ? »
Le militaire de carrière souhaitait cette discussion, sans quoi il aurait refusé de recevoir Dacia, mais pourtant il l’alimente du bout des lèvres, en se crispant de tout son être.
Le maréchal. — J’avoue ne plus avoir du monde une représentation très claire. Les satellites de l’OTAN ne parviennent plus à percer l’épaisse couche de sable stagnant, et nous mourons littéralement de faim. Le ravitaillement maritime fait défaut depuis plusieurs semaines déjà. Le mois dernier, après avoir attendu en vain un énième hypothétique largage aérien de rations et de jerricans d’eau, j’ai donné l’ordre de reculer autant que possible dans le sens opposé à ce V. O. dans l’idée de regagner notre camp de base de Vintimille, mais devant la puissance des rafales on a dû renoncer et s’enterrer dans des tranchées.
Dacia. — D’après mes coursiers, l’Italie est à feu et à sang, en proie à une pression tellurique qui plie littéralement le talon de la botte en quatre. Plus au nord, la centrale nucléaire française de Marcoule a explosé sous l’impact d’une faille sismique transalpine. Remercie le ciel de n’être pas arrivé là-bas, c’eût été pour mieux y mourir.
Le maréchal. — Tout cela ressemble à une malédiction antique.
Dacia. — Mon pauvre, il s’agit seulement de la conséquence prévisible mais non anticipée de notre violence à l’égard de la planète. L’équation tient à ces deux invariables-là: Excès = Sanctions.
Sachant qu’il ne s’en offusquera pas, elle se comporte comme si elle occupait dans la hiérarchie militaire un rang égal au sien. Ainsi s’assied-elle sur son fauteuil, ainsi fouille-t-elle dans les tiroirs, comme si les jeux étaient faits, comme si en somme la mascarade du rapport de force entre nations et armées était de l’histoire ancienne : «Ce qu’il faut à des soldats en manque de repères idéologiques comme les tiens, c’est un confort aussi élevé qu’à la maison, niveau distractions, or tu es dans l’incapacité de procurer une telle chose à tes hommes. Moi, je peux vous offrir des idées nouvelles, de l’eau et des légumes. Pour ça, il te suffit de leur donner l’ordre de déposer les armes et d’intégrer ma caravane. »
Elle sort d’un des tiroirs du bureau un recueil de poèmes de Goethe. Ne lisant pas l’allemand, elle le repose mais fixe le portrait du maître: «Que te conseillerait de faire cet illustre poète, sachant que l’art n’a jamais empêché l’humanité de sombrer dans la folie?»
Le maréchal. — Il y a longtemps que la poésie ne sert plus qu’à colmater mes fissures intérieures, elle n’est plus l’inspiratrice qu’elle fut jadis. (Il bâille, mais de nervosité.) Dire que c’est votre pacifisme qui va finir par triompher de toutes les armées de la terre. Chapeau bas madame.
Dacia. — Le pacifisme n’a pas besoin de technologies pour gagner ses batailles. Mais, puisqu’il s’agit d’être honnête avec toi, sache que notre pacifisme sans l’aide du climat n’aurait pas pu triompher de vous. Alors bien sûr, on peut élever le débat ou pas concernant l’origine providentielle de ces Vents Obscurcissants, de ces cyclones surnuméraires et de ces champs magnétiques chamboulés qui, unis les uns aux autres, foutent un sacré bordel au cœur de votre génie militaire, mais le mieux à faire est de constater l’étendue des dégâts, tant au niveau géostratégique que dans le cœur de l’Homme.
Le maréchal consent à se rapprocher d’elle, preuve que son choix est fait : « Tu as à peu près mon âge, la cinquantaine ? (Elle acquiesce, dubitative.) On dit que tu n’as jamais connu tes parents, et que tu n’es jamais restée plus d’une semaine au même endroit, on dit aussi que tu n’as jamais connu l’amour, que tu es vierge comme Marie la mère du Christ, que tu vis telle une nonne, on dit que tu refuses d’être considérée comme un leader, on dit que tu es la mère de toutes les filles et la fille de toutes les mères, on dit que tu es le fils de tous les pères et le père de tous les fils, on dit qu’aucune barrière ne te résiste, on dit que toutes les frontières s’ouvrent devant ton verbe, on dit que les matons de sept prisons ont ouvert la porte de ta cellule pour te remettre en liberté, on dit que depuis tes trois ans et demi tu te confesses chaque jour par écrit durant une heure entière. Est-ce que tout ceci est vrai ? »
Dacia. — Tout ceci n’est vrai que parce que c’est transposable, à la lettre de tes mots près et au gramme de mes os près, à mes dizaines de milliers de frères et sœurs nomades disséminés sur ce qu’il reste du globe, mais également à toi et à tes hommes, sans exception. »

Extraits
« Dacia est ainsi la rescapée de trois caravanes dans lesquelles elle s’est embarquée depuis que les villes ont cessé d’être sûres et qu’indépendamment de sa nature théorique la marche est devenue le moyen de survie le plus pertinent. La première caravane l’a emmenée de Chartres à Coblence où une coulée de boue provoquée par une crue phénoménale du Rhin emporta la quasi-totalité de ses compagnons de route; la seconde caravane l’a emmenée de Hambourg à Helsinki où elle fut exterminée par l’assaut d’une communauté de familles cannibalisées dans la plus pure tradition du chaosmos joycien; la troisième caravane l’a emmenée de Riga à la périphérie de Varsovie où ce sont cette fois des réfugiés climatiques japonais qui les ont attaqués et leur ont dérobé leurs équipements de survie.
Elle qui, en refermant il y a trente-cinq ans la grille du camp de base de Janville, rêvait d’atteindre la Muraille de Chine, sait que jamais elle ne parviendra vivante aussi loin, tant il est impossible de tenir un cap personnel lorsque votre tâche de nomade prédicateur est d’accueillir toute personne dont vous entendez au lointain des signes de détresse.
À quoi servirait-il de foncer tout droit sans se soucier des autres dans le but d‘atteindre un point géographique idéalisé? » p. 27-28

Votre mode de vie est obsolète parce qu’il ne tient pas assez compte de votre développement intérieur. Considérez-moi comme un modèle corrigé de celui que vous avez trop longtemps incarné. Il n’y a rien en moi dont mon fils, mon mari ou mes amis pourraient se sentir honteux. Je suis un modèle humain entièrement recyclable dans les rêves des futures générations. Aucune de mes pensées, aucun de mes actes ne polluera la conscience du monde et encore moins son inconscient. je n’ai rien de choquant ni de regrettable, et ne produirai rien de tel aussi longue sera ma vie. Je suis posée sur terre comme sur les contours d’une vérité ancienne et fragile que je m’évertue à faire mienne, sans autre intention que de l’améliorer. » p. 66-67

« (Silence méditatif.) Ta mère dit qu’il est déjà trop tard. Que nos mobilisations pour la justice sociale, contre la xénophobie ou pour la neutralité carbone appartiennent à un passé révolu. Que l’espoir est devenu le principal moteur de l’aggravation des choses. Qu’en proie à l’Accablement Climatique, nous courberons bientôt tous l’échine, et que le sourire à nos lèvres sera totalement inédit.
Harold. – Maman baigne dans un océan de symbolisme qui ne sert que ses intérêts. Toi et moi, nous avons opté pour le vocabulaire de l’implication solidaire, or ce sont là deux langues étrangères l’une à l’autre.
Raphaël. – Ta mère dit que les activistes dans notre genre vont multiplier les coups d’éclat et instaurer une impression de chaos institutionnel qui sera un leurre, car au final, tout ceci débouchera sur une accentuation de la soumission des citoyens à l’égard de l’État.
Harold. – Ta femme dit n’importe quoi, papa.
Raphaël. – Selon elle, la recrudescence de l’activisme militant sera motivée par l’intuition inconsciente que tout est irrémédiablement perdu. Elle dit aussi que cette action dans la désespérance est le propre de l’Accablement Climatique. Elle dit enfin que nous sommes tous des hamsters dans une roue. » p. 92-93

À propos de l’auteur
CARPENTIER-christophe_©RobertoFrankenbergChristophe Carpentier © Photo Roberto Frankenberg

Christophe Carpentier est né en 1968. Il a publié plusieurs romans, dont l’ambitieux Mur de Planck aux éditions P.O.L. Cela aussi sera réinventé est son premier roman au Diable vauvert. (Source: Éditions au Diable vauvert)

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Contagions

GIORDANO_contagions

  RL2020

En deux mots:
Docteur en physique théorique et romancier, Paolo Giordano a su trouver les mots pour raconter ce moment particulier de l’histoire de l’humanité où une pandémie a paralysé la planète. Son essai éclairant ouvre aussi des perspectives pour l’avenir.

Ma chronique:

«Aucun homme n’est une île»

Il ne tient qu’à nous de réaliser le vœu de Paolo Giordano et de passer de la contagion à la réflexion vers ce monde qui reste désormais à construire. Car cet essai salutaire démontre combien les effets de la pandémie s’inscrivent dans la durée.

«Quand vous lirez ces pages, la situation aura changé. Les chiffres seront différents, l’épidémie se sera étendue, elle aura atteint tous les coins civilisés du monde, ou aura été domptée – peu importe. Les réflexions que la contagion suscite maintenant seront encore valables. Car nous n’avons pas affaire à un accident fortuit ou à un fléau. Ce qui arrive n’a rien de nouveau: cela s’est déjà produit et cela se reproduira.» Quand Paolo Giordano s’est décidé à écrire, un samedi 29 février, près de 85000 personnes étaient malades du COVID-19 (dont 80000 en Chine) et le nombre de morts approchait les 3000. L’Italie avait décidé des mesures de confinement et peu après, le monde allait s’arrêter. C’est ce qui rend cet essai aussi saisissant, c’est à la fois le décalage avec le «monde d’avant» et le vertige avec le monde qui vient. Passé l’urgence et le temps de la sidération quand, comme lui, nous avons «échoué dans un espace vide inattendu», il a bien fallu réfléchir aux moyens de s’en sortir, à imaginer quel sens ce nouveau monde pourrait avoir.
Pour le docteur en physique théorique qu’est Paolo Giordano, les mathématiques, la recherche scientifique, mais aussi en sciences humaines sont essentielles pour analyser et tenter de comprendre, aussi bien maintenant, dans ce qu’il appelle la phase des sacrifices autant que demain, durant la «phase la plus difficile, celle de la patience.»
Car c’est sans doute l’un des points essentiels de cette réflexion éclairante. Au moment où les premières mesures de déconfinement sont prises, il serait illusoire de croire que les choses vont redevenir normales. Tant qu’il n’y aura pas de vaccin, il faudra de la patience. Cependant, il ne tient qu’à nous de ne pas désespérer, même si les temps restent terriblement difficiles. De faire un meilleur usage de ce laps de temps, «nous en servir pour méditer ce que la normalité nous empêche de méditer: comment nous en sommes arrivés là, comment nous aimerions reprendre le cours de notre vie. Compter les jours. Appliquer notre cœur à la sagesse. Ne pas permettre que toute cette souffrance passe en vain.»
Aussi paradoxalement que cela puisse sembler avec les mesures barrière en vigueur, il nous faut comprendre que nous sommes membres d’une collectivité, «voir que nous sommes inextricablement reliés les uns aux autres et tenir compte de la présence d’autrui dans nos choix individuels.»
C’est aussi pour cela que je vous invite à acheter cet essai éclairant chez votre libraire – pour le lire si vous n’avez pas pu le faire jusque-là (rappelons que les éditions du Seuil ont choisi de mettre Contagions gratuitement à disposition sur leur site durant la période de confinement) – mais aussi pour conserver ce document qui, à n’en pas douter, sera un marqueur de votre histoire personnelle comme de celle du monde.

Contagions
Paolo Giordano
Éditions du Seuil
Essai
Nel Contagio, traduit de l’italien par Nathalie Bauer
64 p., 9,50 €
EAN 9782021465761
Paru le 29/05/2020
L’auteur s’est engagé à reverser une partie de ses droits d’auteur à la l’urgence sanitaire et la recherche scientifique.

Ce qu’en dit l’éditeur
Alors que le monde, frappé par l’épidémie du coronavirus, traverse une crise sanitaire sans précédent, un écrivain prend la parole. Homme de lettres et de science, mais citoyen avant tout, Paolo Giordano nous offre un témoignage personnel et une réflexion dont la portée va bien au-delà des soubresauts de l’actualité, de l’inquiétude et de l’incertitude immédiates. Ni « accident fortuit » ni « fléau », l’épidémie du COVID-19, nous dit-il avec espoir, vigueur et lucidité, est un miroir dans lequel doit se réfléchir la société, et qui peut ainsi nous conduire à une prise de conscience salutaire : nous appartenons tous à une seule et même collectivité humaine, et nous sommes les hôtes d’une nature que nous avons trop longtemps négligée. À cet égard, la contagion est le « symptôme » d’un désordre écologique auquel nous ne sommes pas étrangers – mais face auquel nous ne sommes pas non plus impuissants.
Un petit livre d’une grande sagesse, pour aujourd’hui et pour demain.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
RTBF (Sophie Creuz)
Usbek & Rica (Fabien Benoit)

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Rester à terre
L’épidémie de coronavirus brigue la première place parmi les urgences sanitaires de notre époque. Ni la première ni la dernière, peut-être pas la plus terrible non plus. Il est probable qu’elle ne produira pas davantage de victimes que beaucoup d’autres, or, trois mois après son apparition, elle a déjà établi un record : le SARS-CoV-2 est le premier nouveau virus à se manifester aussi rapidement à une échelle globale. D’autres, comme son prédécesseur le SARS-CoV, assez semblable, ont été vaincus très vite. D’autres encore, tel le VIH, ont comploté dans l’ombre pendant des années. Le SARS-CoV-2 a été plus audacieux. Son effronterie nous révèle ce que nous savions déjà et que nous avions toutefois du mal à mesurer : la multiplicité des niveaux qui nous relient les uns aux autres, partout, ainsi que la complexité du monde que nous habitons, de ses logiques non seulement sociales, politiques, économiques, mais également interpersonnelles et psychiques.
En ce rare 29 février, un samedi de cette année bissextile, où j’écris, les contagions confirmées dans le monde ont dépassé la barre de quatre-vingt-cinq mille – près de quatre-vingt mille dans la seule Chine – et le nombre de morts approche les trois mille. Cela fait plus d’un mois que cette étrange comptabilité tient lieu d’arrière-fond à mes journées. À cet instant aussi, je regarde la carte interactive de la Johns Hopkins University. Des cercles rouges se détachant sur un fond gris signalent les zones de diffusion : les couleurs de l’alarme, qu’on aurait pu choisir avec plus de sagacité. Mais, c’est bien connu, les virus sont rouges, les urgences sont rouges. Si la Chine et le Sud-Est asiatique ont disparu sous une unique grande tache, le monde entier est grêlé, et le rash s’aggravera inéluctablement.
L’Italie, à la surprise de bon nombre d’observateurs, s’est retrouvée sur le podium de cette compétition anxiogène. Il s’agit cependant d’une circonstance aléatoire. En l’espace de quelques jours, d’autres pays risquent d’être davantage touchés que le nôtre, y compris de manière inopinée. Dans cette crise, l’expression « en Italie » s’affadit, il n’y a plus ni frontières, ni régions, ni quartiers. Ce que nous traversons possède un caractère supra-identitaire et supra-culturel. La contagion est à la mesure du monde d’aujourd’hui, global, interconnecté, inextricable.
Je m’en rends bien compte, et pourtant, en observant le disque rouge sur l’Italie, je ne peux m’empêcher d’être impressionné. Mes rendez-vous des prochains jours ont été annulés en vertu des mesures de confinement, j’en ai moi-même repoussé d’autres. J’ai échoué dans un espace vide inattendu. C’est un présent largement partagé : nous traversons un intervalle de suspension de notre quotidien, une interruption de notre rythme, comme dans certaines chansons, lorsque la batterie cesse et que la musique semble se dilater. Établissements scolaires fermés, de rares avions dans le ciel, des pas solitaires et sonores dans les couloirs des musées, partout plus de silence que d’habitude.
J’ai décidé d’employer ce vide à écrire. Pour tenir à distance les présages et trouver une meilleure façon de réfléchir à tout cela. L’écriture a parfois le pouvoir de se muer en un lest qui ancre au sol. Ce n’est pas tout: je ne veux pas passer à côté de ce que l’épidémie nous dévoile de nous-mêmes. Une fois la peur surmontée, les idées volatiles s’évanouiront en un instant – il en va toujours ainsi avec les maladies.
Quand vous lirez ces pages, la situation aura changé. Les chiffres seront différents, l’épidémie se sera étendue, elle aura atteint tous les coins civilisés du monde, ou aura été domptée – peu importe. Les réflexions que la contagion suscite maintenant seront encore valables. Car nous n’avons pas affaire à un accident fortuit ou à un fléau. Ce qui arrive n’a rien de nouveau: cela s’est déjà produit et cela se reproduira.

Des après-midi de nerd
Je me rappelle certains après-midi, en seconde et en première, passés à simplifier des expressions. Recopier une longue série de symboles contenus dans un livre puis, pas à pas, la réduire à un résultat concis et compréhensible : 0, -½, a2. Derrière la fenêtre la nuit tombait, et le paysage laissait place au reflet de mon visage éclairé par la lampe. C’étaient des après-midi de paix. Des bulles d’ordre à un âge où tout, en moi et hors de moi – surtout en moi –, semblait virer au chaos.
Bien avant l’écriture, les mathématiques m’ont permis de réfréner l’angoisse. Il m’arrive encore, le matin au réveil, d’improviser des calculs et des successions de nombres : c’est en général le signe que quelque chose cloche. Je suppose que cela fait de moi un nerd. Je l’accepte. Et j’assume pour ainsi dire cet embarras. Or, il se trouve qu’en ce moment les mathématiques ne sont pas seulement un passe-temps à l’usage des nerds : elles sont l’instrument indispensable pour comprendre la situation et se débarrasser des suggestions.
Avant d’être des urgences médicales, les épidémies sont des urgences mathématiques. Car les mathématiques ne sont pas vraiment la science des nombres, elles sont la science des relations : elles décrivent les liens et les échanges entre différentes entités en s’efforçant d’oublier de quoi ces entités sont faites, en les rendant abstraites sous forme de lettres, de fonctions, de vecteurs, de points et de surfaces. La contagion est une infection de notre réseau de relations.

La mathématique de la contagion
Elle était visible à l’horizon comme un amoncellement de nuages, mais la Chine est loin, et puis pensez-vous… Quand la contagion a fondu sur nous, elle nous a étourdis.
Pour dissiper mon incrédulité, j’ai cru bon de recourir aux mathématiques à partir du modèle SIR, l’ossature transparente de toute épidémie.
Une distinction importante, d’abord : le SARS-CoV-2 est le virus, le COVID-19 la maladie. Ce sont des noms fastidieux, impersonnels, dont le choix répond peut-être au désir d’en limiter l’impact émotif, mais ils sont plus précis que le populaire « coronavirus ». Je les utiliserai donc. Pour plus de simplicité et pour éviter les confusions avec la contagion de 2003, j’abrégerai désormais SARS-CoV-2 en CoV-2.
Le CoV-2 est la forme de vie la plus élémentaire que nous connaissions. Afin de comprendre son action, nous devons adopter son intelligence limitée, nous voir ainsi qu’il nous voit. Et nous rappeler que le CoV-2 ne s’intéresse guère à nous, à notre âge, à notre sexe, à notre nationalité ou à nos préférences. Pour le virus, l’humanité entière se partage en trois groupes : les Susceptibles, c’est-à-dire tous ceux qu’il pourrait encore contaminer ; les Infectés, c’est-à-dire ceux qu’il a déjà contaminés ; et les Rejetés, ceux qu’il ne peut plus contaminer.
Susceptibles, Infectés, Rejetés : SIR.
D’après la carte de la contagion qui vibre sur mon écran, le nombre des Infectés dans le monde s’élève, à cet instant, à environ quarante mille ; celui des Rejetés, morts ou guéris, est légèrement supérieur.
Mais c’est l’autre groupe qu’il faut surveiller, celui qu’on ne mentionne pas. Les Susceptibles, les êtres humains que le CoV-2 pourrait encore infecter, constituent une population d’un peu moins de sept milliards et demi d’individus. »

À propos de l’auteur
Paolo Giordano, né en 1982 à Turin, est docteur en physique théorique et romancier (La Solitude des nombres premiers, Dévorer le ciel). Il vit entre Rome et Paris. (Source: Éditions du Seuil)

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L’été en poche (12)

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LoveStar

En 2 mots
En imaginant la société LoveStar, Andri Snær Magnason entraîne ses lecteurs dans une réflexion aussi implacable que salvatrice sur l’avenir qui nous attend, si nous cessons d’être vigilants et si nous laissons les graines dépérir. Avec un humour froid et une imagination fertile.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Marianne Payot (L’Express)
« C’est drôle, absurde, fou : les loups se font agneaux, les Mickey, agressifs et méchants, des coureurs font tourner les éoliennes, le maître se fait déborder par l’un de ses sbires. Et le lecteur ne rêve plus que d’aller fouler à son tour ce pays futuriste empli de volcans et de trolls millénaires. »

Vidéo


A l’occasion du Festival Etonnants Voyageurs 2016, rencontre avec Andri Snaer Magnason autour de son ouvrage « LoveStar » © Production Librairie Mollat

LoveStar

LaSolutionEsquimauAW

LoveStar
Andri Snær Magnason
Zulma
Roman
432 p., 21,50 €
ISBN: 9782843047008
Paru en janvier 2015

Où?
Principalement en Islande avec des escales à Paris ou à Chicago.

Quand?
Le roman est situé dans un futur non déterminé.

Ce qu’en dit l’éditeur

« Peu de temps après que les mouches à miel eurent colonisé Chicago, les papillons monarques furent saisis d’un étrange comportement. […] Au lieu d’aller vers le sud rejoindre leurs quartiers d’hiver, ils se dirigèrent vers le nord. » C’est ainsi que s’ouvre le roman, fable imaginative et pourtant étrangement familière, tenant à la fois de Calvino et des Monty Python.
Face à la soudaine déroute de toutes sortes d’espèces volantes, le génial LoveStar, vibrionnant et énigmatique fondateur de l’entreprise du même nom, invente un mode de transmission des données inspiré des ondes des oiseaux, libérant d’un coup l’humanité, pour son plus grand bonheur, de l’universelle emprise de l’électronique. Et développant au passage quelques applications aussi consuméristes que liberticides… Avec des hommes et des femmes ultra connectés payés pour brailler des publicités à des passants ciblés, le système ReGret, qui permet « d’apurer le passé », ou le rembobinage des enfants qui filent un mauvais coton. Autre innovation, et pas des moindres, en faveur du bonheur humain : les âmes sœurs sont désormais identifiées en toute objectivité par simple calcul de leurs ondes respectives.
Quand Indriði et Sigríður, jeunes gens par trop naïfs et sûrs de leur amour, se retrouvent « calculés », ils tombent des nues : leur moitié est ailleurs. Les voilà partis, Roméo et Juliette postmodernes contrariés par la fatalité, pour une série de mésaventures cocasses et pathétiques, jusqu’à ce que leur route croise celle de LoveStar lui-même, en quête de son ultime invention…

Ce que j’en pense
***

Au moins depuis le lancement de la première bombe atomique on sait que le progrès et la science ne sont pas forcément synonymes de bienfait pour l’humanité. Après les attentats terroristes contre Charlie Hebdo, on a pu constater combien l’internet pouvait aussi servir aux criminels de tout poil. Ne vous fiez pas au titre de ce roman d’anticipation islandais, car LoveStar est une société et un personnage qui entend proposer des solutions aux calamités du monde, alors qu’ils ne sont que des apprentis sorcier.
Mais, si j’ose dire, n’anticipons pas et commençons par le début. Face à la soudaine déroute des oiseaux, insectes et autres papillons qui ne savent plus s’orienter en raison de la multiplication de signaux en tous genres, le monde scientifique cherche la parade.
En Islande, on finit pae découvrir comment transmettre des données sans recourir à des lourdes infrastructures électroniques. LoveStar, tel un Steve Jobs de cette nouvelle ère, entrevoit immédiatement les usages possibles de cette découverte et crée une société qui ne va pas tarder à dominer la planète. Car, une fois maîtrisée cette nouvelle connectivité, une multitude d’applications vont pouvoir être envisagées : la publicité ciblée adressée par des « aboyeurs », le ReGret qui permet de réécrire un CV, LoveMort qui entend remplacer les enterrements par des étoiles filantes (les cadavres sont envoyées dans la stratosphère avant de retomber sur terre en se consumant) et une sorte de réseau Meetic infaillible puisqu’il accouple les gens en fonction de la compatibilité de leurs ondes. Sans compter quelques autres idées…
Seulement voilà, Indriði et Sigríður s’aiment et ne veulent pas être séparés par une application, aussi géniale soit-elle…
Avec une sorte de détachement, d’humour froid, Andri Snær Magnason entraîne ses lecteurs dans une réflexion aussi implacable que salvatrice sur l’avenir qui nous attend, si nous cessons d’être vigilants et si nous laissons les graines dépérir. Il n’y a pas que de bons auteurs de polars en Islande, en voici la démonstration éclatante.

Autres critiques
Babelio
L’Express
Chronicart
Café Powell

Citations
« Face à la bêtise de la population, les savants hochaient tristement la tête. Il n’avait jamais été prouvé que les ondes eussent le moindre effet sur la santé, déclaraient les médecins. Quant aux scientifiques sérieux, ils refusaient de se laisser entraîner sur un terrain réservé aux hurluberlus.
Dans un hangar désaffecté de l’aéroport de Reykjavík s’était en revanche réuni un groupe international constitué d’ornithologues, de spécialistes en aérodynamique et en chimie organique qui s’était fixé pour objectif de se pencher d’un peu plus près sur les ondes. Jour et nuit, ils travaillaient à disséquer et analyser des sternes, des
colombes, des frelons, des saumons et des papillons monarques. Animés d’une foi inébranlable, ils avaient la certitude qu’il était possible de découvrir le secret régissant le sens de l’orientation. L’entreprise avait été baptisée LoveStar. C’est
également sous ce nom qu’on connaissait son directeur. Aucune précision ne fut communiquée sur le choix de cette dénomination. »

A propos de l’auteur
Andri Snær Magnason est né à Reykjavík en 1973. Poète, dramaturge, essayiste, nouvelliste remarqué très tôt, il est aussi l’auteur d’un livre pour la jeunesse, les Enfants de la planète bleue (Gallimard, 2003), traduit en vingt-six langues. LoveStar est son premier roman. Il a déjà été publié en Allemagne et aux États-Unis. (Source : Editions Zulma)
Site Wikipédia de l’auteur
Site officiel de l’auteur (en anglais)

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