Ma reine

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5 raisons de lire ce livre :
1. Parce que ce premier roman fait déjà beaucoup parler de lui. Outre son bel accueil en librairie, ila déjà été préempté par Folio pour une édition en poche et les droit sont déjà été vendus pour des traductions en Allemagne, Italie, Grèce et Roumanie.

2. Parce que depuis Marcel Pagnol, je sais ce que le monde vu par les yeux d’un enfant peut receler de mystère et de poésie, à l’image de cet extrait: « J’ai voulu la pluie. Je l’ai tant voulue que quand elle est venue, je ne savais plus comment l’arrêter. C’était une grosse pluie rose, vert, bleu, elle prenait la couleur d’un rien. Elle assommait les oiseaux. Il a plu comme ça pendant je ne sais pas combien de temps. Les vieux disaient qu’ils n’avaient jamais vu ça. Ils parlaient de leurs ancêtres et de Dieu et du ciel et de tout sauf de la raison de la pluie: moi. »

3. Parce qu’il figure dans la sélection des 68 premières fois toujours très pertinente.

4. Parce que Archibald Ploom ne tarit pas d’éloges sur ce roman sur Culture Chronique: «Jean-Baptiste Andréa réalise une incroyable performance littéraire en nous proposant un premier roman remarquablement abouti qui sonne comme une ode à la liberté et à la fidélité à nos rêves d’enfant. »

5. Parce que l’auteur a su trouver les mots pour donner envie de lire son livre « Nous perdons par habitude, ou par paresse, notre capacité d’enchantement. Je ne dis pas que nous sommes incapables d’émerveillement, au contraire. Un paysage peut nous exalter, quelques notes de musiques, une relation… Tout le monde en fait l’expérience. Mais nous avons du mal à « retenir » ces moments. Ils ne nous rendent pas meilleurs et ne changent pas nos vies. Bien vite, le quotidien reprend ses droits. Je voulais donc raconter l’histoire d’un enfant qui lui, retient tous les bonheurs qu’il rencontre – certains sont pourtant bien minces. J’espère que les lecteurs, une fois le livre refermé, auront un peu de ce héros en eux. Qu’il rajeunira leurs yeux comme il a rajeuni les miens. »

Ma Reine
Jean-Baptiste Andrea
Éditions L’Iconoclaste
Roman
240 p., 17 €
EAN : 9791095438403
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Un conte initiatique où tout est vrai, tout est rêve, tout est roman.
Shell n’est pas un enfant comme les autres. Il vit seul avec ses parents dans une station-service. Après avoir manqué mettre le feu à la garrigue, ses parents décident de le placer dans un institut. Mais Shell préfère partir faire la guerre, pour leur prouver qu’il n’est plus un enfant. Il monte le chemin en Z derrière la station. Arrivé sur le plateau derrière chez lui, la guerre n’est pas là. Seuls se déploient le silence et les odeurs de maquis. Et une fille, comme un souffle, qui apparaît devant lui. Avec elle, tout s’invente et l’impossible devient vrai.
Jean-Baptiste Andrea livre ici son premier roman. Ode à la liberté, à l’imaginaire, et à la différence, Ma reine est un texte à hauteur d’enfants. L’auteur y campe des personnages cabossés, ou plutôt des êtres en parfaite harmonie avec un monde où les valeurs sont inversées et signe récit pictural aux images justes et fulgurantes qui nous immerge en Provence, un été 1965.

Les critiques
Babelio 
livreshebdo.fr (Léopoldine Leblanc)
Culturebox (Laurence Houot)
ActuaLitté (Béatrice Courau)
culture-chronique.com
Blog Books’njoy


Jean-Baptiste Andrea présente «Ma reine» © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre :
« Je tombais, je tombais et j’avais oublié pourquoi. C’était comme si j’étais toujours tombé. Des étoiles passaient au-dessus de ma tête, sous mes pieds, autour de moi, je moulinais pour m’y raccrocher mais je n’attrapais que du vide. Je tourbillonnais dans un grand souffle d’air mouillé.
Je brûlais de vitesse, le vent hurlait entre mes doigts, j’ai repensé à l’époque où on courait le cent mètres à l’école, les seules fois où les autres ne se moquaient jamais de moi. Avec mes grandes jambes, je les battais tous. Sauf que là, mes jambes ne servaient à rien. Elles tombaient elles aussi comme des imbéciles.
Quelqu’un a crié, loin. Il fallait que je me rappelle pourquoi j’étais là, c’était forcément important. On ne tombe pas comme ça sans une bonne raison. J’ai regardé derrière moi, mais derrière ça ne voulait plus rien dire. Tout changeait tout le temps, tellement vite que j’avais envie de pleurer.
À coup sûr, j’avais fait une énorme bêtise. J’allais me faire gronder ou pire, même si je ne voyais pas ce qu’il y avait de pire que d’être grondé. Je me suis roulé en boule comme quand Macret me tabassait, c’était un truc connu[…] »

Extraits
« J’ai voulu la pluie. Je l’ai tant voulue que quand elle est venue, je ne savais plus comment l’arrêter. C’était une grosse pluie rose, vert, bleu, elle prenait la couleur d’un rien. Elle assommait les oiseaux. Il a plu comme ça pendant je ne sais pas combien de temps. Les vieux disaient qu’ils n’avaient jamais vu ça. Ils parlaient de leurs ancêtres et de Dieu et du ciel et de tout sauf de la raison de la pluie: moi. »

« Il ne manquait plus qu’une chose à mon paquetage, la plus importante : une arme. Les parents dormaient – mon père ronflait sur le canapé-lit du salon et ma mère dans leur chambre. Je suis passé devant le canapé pour ouvrir la belle armoire en Formica et prendre le 22 paternel, celui avec lequel il tirait les lapins, et les quelques balles qui restaient dans une boîte. Je les ai mises dans ma poche. Des balles, ils avaient intérêt à m’en donner d’autres à la guerre parce que je ne risquais pas de tuer beaucoup d’ennemis avec celles que j’avais. Ils allaient aussi devoir me montrer comment on se servait du fusil. Ici, j’avais interdiction de le toucher et je savais, en le prenant, que rien ne serait plus jamais comme avant. »

À propos de l’auteur
Jean-Baptiste Andrea est né en 1971. Il est réalisateur et scénariste. Ma reine est son premier roman. (Source : Éditions L’Iconoclaste)

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La ferme du bout du monde

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En deux mots:
Au soir de sa vie, il est temps de solder quelques comptes. Dans la ferme familiale des Cornouailles un secret de famille vieux de quelque soixante-dix ans va resurgir, forçant tous les protagonistes à se pencher sur leur passé. Émotions garanties.

Ma note
★★★★ (j’ai adoré)

La ferme du bout du monde
Sarah Vaughan
Éditions Préludes
Roman
traduit de l’anglais par Alice Delarbre
448 p., 16,90 €
EAN : 9782253107866
Paru en avril 2017

Où?
Le roman se déroule en Grande-Bretagne, principalement en Cornouailles, du côté de Skylark, Trecothan, Bathpool, Slipperhill, Rilla Mill, Upton Cross mais aussi en partie à Londres. Des voyages à Istanbul, Barcelone, Reykjavik et Paris sont aussi évoqués.

Quand?
L’action se situe sur deux périodes, dans les années quarante, durant la Seconde Guerre mondiale et en 2014.

Ce qu’en dit l’éditeur
Cornouailles, une ferme isolée au sommet d’une falaise. Battus par les vents de la lande et les embruns, ses murs abritent depuis trois générations une famille… et ses secrets.1939. Will et Alice trouvent refuge auprès de Maggie, la fille du fermier. Ils vivent une enfance protégée des ravages de la guerre. Jusqu’à cet été 1943 qui bouleverse leur destin. Été 2014. La jeune Lucy, trompée par son mari, rejoint la ferme de sa grand-mère Maggie. Mais rien ne l’a préparée à ce qu’elle y découvrira. Deux étés, séparés par un drame inavouable. Peut-on tout réparer soixante-dix ans plus tard ? Après le succès de La Meilleure d’entre nous, Sarah Vaughan revient avec un roman vibrant. Destinées prises dans les tourments de la Seconde Guerre mondiale, enfant disparu, paysages envoûtants de la Cornouailles, La Ferme du bout du monde a tout pour séduire les lecteurs de L’Île des oubliés, d’Une vie entre deux océans et de La Mémoire des embruns.

Ce que j’en pense
Une ferme au bord d’une falaise en Cornouailles. L’endroit a beau être au «bout du monde», il n’en est pas moins le point d’ancrage de la famille Petherick, le lieu où chaque génération a grandi, découvert le monde, amassé ses premiers souvenirs, avant de s’en éloigner au fil des ans. En 2014, l’année choisie par Sarah Vaughan pour situer ce roman, la situation de l’exploitation n’est guère florissante. Aux mauvaises récoltes viennent s’ajouter un matériel vieillissant que l’aménagement d’un gîte pour touristes ne vient pas compenser. Pour Maggie il n’est cependant pas question de suivre le conseil de son fils qui imagine de transformer l’endroit en complexe touristique e ne conserver qu’un corps de ferme pour la famille. Sa petite-fille Lucy, qui est partie pour Londres est du même avis, même si elle se rend compte que d’un point de vue financier, l’affaire pourrait être bien plus intéressante que de se battre pour la survie de l’activité agricole. C’est que pour les deux femmes, l’aspect sentimental prime sur l’aspect financier. Lucy vient se réfugier du côté de Skylark, car vient de découvrir que son mari la trompe et a besoin de faire le point. Maggie est pour sa part férocement attachée à cet endroit, car elle y espère toujours une visite. Celle d’un enfant qu’on lui a arraché des bras.
Avec le sens de la construction dramatique qui avait déjà fait merveille dans La meilleure d’entre nous, Sarah Vaughan va alors alterner les épisodes de 2014 et ceux de 1943. Alors que la Seconde guerre mondiale a posé sa chape de plomb sur l’Angleterre, ce coin de Cornouailles semble préservé, même si les bombardiers survolent régulièrement le ciel. Will et Alice trouvent refuge dans la ferme. Il est beau et tombe immédiatement sous le charme de Maggie. Les jeunes gens, chaperonnés par Alice, vont comprendre qu’ils sont faits l’un pour l’autre. Avec la fougue et l’insouciance de leur jeunesse, ils vont vivre leur passion en profitant de chaque minute d’intimité, car Will doit rejoindre les troupes combattantes et part pour Londres. Mais à ce déchirement vient s’ajouter un terrible drame. Maggie est enceinte et son enfant est tout sauf bienvenu. À sa naissance, sa mère lui arrache la bébé des mains pour le confier au vétérinaire, avec mission de lui trouver une famille d’accueil. Maggie va alors tenter de joindre Will, de retrouver leur enfant.
La quête va durer soixante-dix ans. Maggie, qui sent qu’elle n’a plus longtemps à vivre, va finir par confier son secret. Alice et Lucy vont tenter de reconstituer le destin de ce garçon. Mais par quel miracle pourraient-elles réussir là où Maggie n’a pas réussi malgré des décennies de recherches et d’efforts ? C’est tout l’enjeu de ce roman superbement bien mené, aux personnages bien campés et qui vous fera passer par de fortes émotions.

Autres critiques
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Blog Caro–book–ine
Blog Les petites lectures de Scarlett
Blog Histoires du soir
Blog Carnet parisien
La Dory qui lit
Blog Bibliza

Les premières pages du livre

Extrait
« Deux heures plus tard, Lucy troquait la sécurité de l’hôpital où elle travaillait depuis cinq ans contre l’anonymat d’une rue fréquentée de Londres : plus de badge ni de blouse, ses compétences d’infirmière remises en cause, suspendues au verdict d’un médecin du travail. La chaleur de la fin juin, redoublée par les gaz d’échappement, l’étouffait et elle s’est sentie débordée. Elle n’avait plus de métier. Plus de mari. Qui était-elle… et que faisait-elle ici ? »

À propos de l’auteur
Après des études d’anglais à Oxford, Sarah Vaughan s’est consacrée au journalisme. Elle a travaillé pendant onze ans au Guardian avant de publier La Meilleure d’entre nous, son premier roman. Elle vit près de Cambridge avec son époux et leurs deux jeunes enfants. (Source : Éditions Préludes)

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L’été en poche (34)

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Boussole

En 2 mots
Le musicologue Franz Ritter part en quête de cet orient qu’il a tant aimé et de la belle Sarah qui l’incarne. Suivez-le dans ce voyage érudit et découvrez la richesse de la Syrie et de l’Iran en cette période si troublée.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Si vous voulez en savoir plus…

Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Christophe Ono-dit-Biot (Le Point)
« Dans un texte plein de méandres, proche de l’inventaire ivre et scintillant, bodybuildé aux références littéraires, scientifiques, géographiques, qui serait le frère oriental de Zone, le flux de conscience de Franz s’épanche, voyage, regrette, espère. »

 

Vidéo


Mathias Enard présente son roman «Boussole», Prix Goncourt 2016. » © Production Actes Sud

Marguerite

DURAND_Marguerite

En deux mots
Marguerite se marie en août 1939 et se retrouve très vite seule. En attendant le retour de son aimé, elle va devoir gérer le foyer. La guerre va la transformer.

Ma note
etoileetoileetoile(beaucoup aimé)

Marguerite
Jacky Durand
Éditions Carnets Nord
Roman
240 p., 17 €
EAN : 9782355362330
Paru en janvier 2017

Où?
L’action se situe principalement dans une petite ville de France, non loin de la ligne de démarcation. Un voyage vers la frontière de l’Est y est retracé, ainsi que les nouvelles qui parviennent de la région de Mulhouse, Belfort, Colmar, Strasbourg, puis d’Allemagne, sans davantage de précisions.

Quand?
Le roman se déroule de 1939 à 1945.

Ce qu’en dit l’éditeur
Août 1939. Qui peut se douter de ce qui va se déchaîner, dévaster tant de vies? Marguerite est à son bonheur, son mariage avec Pierre, son amour de jeunesse. Un mois de lune de miel dans leur petite maison de l’est de la France. Puis Pierre est mobilisé. La France est occupée. Marguerite va devoir affronter la solitude, la dureté d’un monde de plus en plus hostile, mais aussi découvrir sa propre force, l’amitié, les émotions qui l’agitent. Au contact de Raymonde, la postière libérée des contraintes sociales, d’André, le jeune Gitan qu’elle protège, ou encore de Franz, un soldat allemand plein d’humanité, elle devient peu à peu maîtresse de sa vie, de son corps et de ses sentiments.
Un roman d’une grande sensibilité sur la révélation à soi d’une femme seule pendant la guerre, sur l’affirmation de sa liberté aux heures les plus sombres de son siècle.

Ce que j’en pense
Août 1944. Une grande partie de la France est libérée, mais au milieu de la liesse populaire se déroulent des scènes dramatiques, car il s’agit aussi de faire payer ceux qui ont pactisé avec l’ennemi, de se venger, voire de se dédouaner à bon compte. Quelques jours après la libération de la ville, trois gars attendent Marguerite à la sortie de l’usine pour la conduire sur la place de l’hôtel de ville où elle sera tondue, enduite de trois croix gammées au goudron sur son front et ses joues et affublée d’un carton portant l’inscription «collaboratrice horizontale».
Après cette scène inaugurale violente, Jacky Durand reprend le récit dans sa chronologie. Il retrace les cinq années qui ont précédé, depuis cette année 1939 qui a vu la célébration de son mariage avec Pierre et l’emménagement dans leur nouveau foyer. Un bonheur qui ne durera que quatre semaines, jusqu’à la mobilisation générale et le départ du jeune mari vers le front de l’Est. La période qui suit va être difficile à supporter pour la jeune fille, confrontée à une brutale solitude.
« Marguerite s’effraie et enrage de ce manque trop grand pour la seule absence d’un vivant, de son impuissance à la maîtriser, à le supporter. » Il lui faut certes gérer les affaires courantes, constituer des réserves pour l’hiver, mais le temps s’est comme arrêté dans l’attente d’informations venues de la ligne Maginot.
Et quand un cheminot arrive, porteur d’un message de son mari, les quelques lignes griffonnées pour rassurer son épouse sont décevantes.
Ce n’est qu’à l’approche de Noël qu’une vraie lueur d’espoir arrive : « Mon amour, retrouve-moi à la gare de A., le 24 vers midi, nous passerons Noël tous les deux, je te le jure. »
Un voyage périlleux qui a fallu ne jamais avoir lieu. Fort heureusement l’épouse d’un officier a offert son aide à Marguerite et elle a pu partager quelques heures d’intimité avec Pierre. Sans se douter que cette rencontre sera la dernière avant la fin de la guerre, Marguerite «sent déjà le froid de sa cuisine quand elle ouvrira la porte.»
Quelques heures de ménage chez Raymonde, la receveuse des Postes, vont permettre à Marguerite d’améliorer son ordinaire. Mais aussi de se rendre compte qu’une femme n’est pas forcément sous les ordres d’un mari, fidèle servante d’un ordre établi. Le jour où elle découvrira que Raymonde s’est engagée dans la résistance, qu’elle fait passer la ligne de démarcation à des personnes recherchées, elle gagnera en assurance. Quand elle est embauchée à l’usine, elle tiendra tête au contremaître qui semble tenir pour acquis son droit de cuissage sur les ouvrières.
Une autre rencontre va la transformer bien davantage, celle du jeune André qui vit avec sa mère et ses frères et sœurs dans une roulotte. Elle offrira au garçon de la nourriture et des vêtements, il coupera du bois pour elle. Mais surtout, il se liera d’amitié avec Franz, un Allemand qui le prendra son son aile protectrice et évitera à la famille d’être raflée par la Gestapo.
Si Marguerite est plus que méfiante face à cet ennemi, il lui faudra bien vite convenir que ce soldat est «plus courageux que la plupart de ses voisins. Elle veut savoir pourquoi il agit ainsi, à prendre des risques qui pourraient le mener au peloton d’exécution. »
Avec beaucoup de finesse, l’auteur décrit ce lent et imperceptible mouvement, l’évolution de la psychologie de Marguerite, la mutation de l’attente «en un espoir immobile», ce «drôle de sentiment, mélange d’amertume, de résignation mais aussi de soulagement.» L’émancipation d’une femme qui choisit de ne plus subir, mais de décider de son destin, de chercher le vrai derrière les apparences, de ne pas cacher ses sentiments. Quitte à déplaire au point d’en arriver à la scène traumatisante qui ouvre le livre.
Car l’un des points forts de ce livre tient justement à sa construction. Le lecteur va finir par comprendre pourquoi et comment Marguerite a été tondue. Mais il sera ensuite invité, en guise de conclusion, à suivre Marguerite durant l’été 1945. L’été où tout devient possible.

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Le blog d’eirenamg 
Blog DOMI C LIRE 

Autres critiques
Babelio
Libération (Claire Devarrieux)

Les premières pages du livre 

Extrait
« Marguerite descend de l’estrade par une petite échelle de bois, sa main droite serrant le haut de sa robe sous son menton. De profil, elle ressemble à l’un de ces grands oiseaux charognards qui ont le cou et la tête déplumés.
Pour la photo, on la fait mettre à genoux à l’avant d’une rangée d’hommes, plutôt jeunes, dont certains portent cartouchières et fusils. Ils sourient, insouciants comme des conscrits avant les classes. Un morceau de carton passe de main en main provoquant l’hilarité. On le place bien en vue devant les deux femmes afin qu’on puisse y lire les mots de « collaboratrices horizontales » peints en blanc. » (p. 12-13)

A propos de l’auteur
Jacky Durand est journaliste au service Société de Libération la semaine et chroniqueur gourmand le week-end. Après la rubrique Foodingues du jeudi (reprise dans Cuisiner un sentiment), il a poursuivi sa chronique culinaire avec Tu mitonnes!, à partir de janvier 2011, deux pages hebdomadaires sur sa passion: la cuisine et les histoires qui tournent autour.
Jacky Durand aura 50 ans le 21 décembre. Il aime le bleu de Gex, le poivre de Kampot sur une tranche de Morbier, les cerises cueillies sur l’arbre et mordre dans un Paris-Brest les jours de pluie. Il lit Georges Simenon, Maxime Gorki, Maupassant, Flaubert, René Fallet et Antoine Blondin. Il écoute Camille ou Beat Assaillant au réveil ; Led Zeppelin, Miles Davis ou HF Thiéfaine le soir. Quand il ne travaille pas, il suit les conversations de bistrot, flâne en ville ou à la campagne, et pratique la maraude. Marguerite est son premier roman. (Source : Éditions Carnets Nord)

Compte Twitter de l’auteur 

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Merci à Lecteurs.com pour l’envoi de ce livre
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Écoutez nos défaites

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Écoutez nos défaites
Laurent Gaudé
Actes Sud
Roman
288 p., 20 €
EAN : 9782330066499
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule sur plusieurs théâtres d’opération, à la suite d’Hannibal vers Rome depuis Sagonte, après le franchissement du détroit de Gibraltar, la traversée de Pyrénées puis des Alpes, à travers la Toscane puis vers Rome, Capoue, Cannes et le retour à Carthage. Aux États-Unis, de New York aux États du Sud, passant notamment par Charleston, West Point, Molina del Rey, Chapultepec, Shiloh. En Afghanistan et Pakistan, Irak, Syrie et Lybie, avec Abbottabad, Kawergosk, Bagdad, Erbil, Syrte, Misrata, Falloujah, Tripoli, Palmyre, Hatra, Nimroud. Un autre épisode se déroule en Éthiopie, à Addis Abeba, Adoua, Walwal, Maichew. Enfin les étapes contemporaines passent par Paris, Zurich et Genève, Le Caire, Alexandrie, Jérusalem, Vienne. Khartoum, Beyrouth et Bath sont d’autres étapes dans ce roman qui évoque aussi Mycènes et Troie.

Quand?
De la guerre de Troie aux exactions de l’Etat islamique, le roman couvre de grandes périodes de notre histoire jusqu’à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Un agent des services de renseignements français gagné par une grande lassitude est chargé de retrouver à Beyrouth un ancien membre des commandos d’élite américains soupçonné de divers trafics. Il croise le chemin d’une archéologue irakienne qui tente de sauver les trésors des musées des villes bombardées. Les lointaines épopées de héros du passé scandent leurs parcours – le général Grant écrasant les Confédérés, Hannibal marchant sur Rome, Hailé Sélassié se dressant contre l’envahisseur fasciste… Un roman inquiet et mélancolique qui constate l’inanité de toute conquête et proclame que seules l’humanité et la beauté valent la peine qu’on meure pour elles.

«Écoutez nos défaites est un livre sur le temps. Celui des quatre époques qui s’entremêlent et construisent le récit : la guerre entre Hannibal et Rome, la guerre de Sécession, la deuxième guerre italo-éthiopienne et enfin l’époque contemporaine. Mais c’est aussi un livre qui essaie de saisir ce continuum qui nous traverse, nous lie aux époques précédentes, dans une sorte de mystérieuse verticalité. Un peu comme le font ces objets archéologiques qui traversent les siècles, surgissent parfois à nos yeux, au gré d’une fouille, nous regardent avec le silence profond des âges et disparaissent à nouveau, vendus, détruits ou engloutis pour quelques siècles encore.
Dans Écoutez nos défaites, chacun espère la victoire. Les généraux réfléchissent, construisent des stratégies, s’agitent, envoient leurs hommes à l’assaut, connaissent des revers, des débâcles, se reprennent et parviennent parfois à vaincre. Mais qu’est-ce que vaincre ? Battre son ennemi ou lui survivre ? Est-ce qu’au fond Hannibal n’a pas vaincu Scipion ? N’est-ce pas lui qui est devenu mythe ? Qu’est-ce que vaincre lorsque la partie ne se joue pas uniquement sur le champ de bataille ? Hannibal, Grant et Hailé Sélassié ne meurent pas au milieu de leurs troupes. Ils survivent à la guerre, traversent cette épreuve et vieillissent. Et avec le temps, l’écho lointain des batailles, si terrifiant au moment où ils les vécurent, devient peut-être le bruit de leur gloire passée ou en tout cas le souvenir d’instants où ils furent vivants comme jamais. Car ce qui vient après la bataille, que l’on ait gagné ou perdu, c’est l’abdication intime, cette défaite que nous connaissons tous, face au temps.
Et si, dès lors, la défaite n’avait rien à voir avec l’échec ? Et s’il ne s’agissait pas de réussir ou de rater sa vie mais d’apprendre à perdre, d’accepter cette fatalité ? Nous tomberons tous. Le pari n’est pas d’échapper à cette chute mais plutôt de la vivre pleinement, librement.
Les deux personnages principaux d’Écoutez nos défaites, Assem, l’agent des services français, et Mariam, l’archéologue irakienne, sont dans cette quête. Ils sont aux endroits où le monde se convulse. Et si la défaite ne peut être évitée, du moins son approche est-elle l’occasion pour eux de s’affranchir. Quitter l’obéissance et remettre des mots sur le monde. Assumer la liberté de vivre dans la sensualité et le combat. C’est cet affranchissement commun qui rend leur rencontre possible et va les unir dans cette traversée d’un monde en feu, où ils seront peut-être défaits mais sans jamais cesser d’être souverains.» L. G.

Ce que j’en pense
****
Après L’insouciance de Karine Tuil qui déjà nous offrait une réflexion sur les conflits actuels et sur le choc que peut représenter pour un combattant le passage du champ de bataille au luxe insolent étalé dans les grandes métropoles occidentales, voilà un roman tout aussi fort, éblouissant et déstabilisant sur cette amnésie coupable qui semble nous habiter encore aujourd’hui.
Comment croire au progrès, comment comprendre qu’au fil des ans l’homme n’a rien appris des conflits passés, comment peut-on commettre aujourd’hui encore des actes aussi barbares que ceux perpétrés par l’armée islamique, s’attaquant non seulement aux populations, mais aussi aux monuments historiques, aux vestiges culturels millénaires.
En ouvrant son roman sur la rencontre à Zurich dans un grand hôtel entre un baroudeur et une archéologue, Laurent Gaudé livre la clé de son propos. L’amour éphémère, la liaison qui sera sans lendemain entre Assem et Mariam est symbolique des combats qu’ils livrent chacun à leur manière et qui ne finiront jamais.
Après l’Afghanistan, la Lybie, Assem doit partir à Beyrouth sur les traces d’un Américain, tête brûlée qui se livre à des trafics variés. Mariam, après Alexandrie et Bagdad où elle a œuvré pour la restitution des objets volés et la réouverture du musée, prend la direction de la Syrie afin de tenter de sauver ce qui peut l’être de la folie destructrice de daesh. Mais leur combat n’est-il pas perdu d’avance ?
C’est pour répondre à cette interrogation que l’auteur convoque quelques combats emblématiques de notre Histoire. Celui d’Hannibal contre Rome, celui d’Ulysse Grant durant la Guerre de Sécession, celui de Hailé Sélassié contre le colonisateur italien. Durant tout le roman, le lecteur est invité à les suivre sur le terrain et à partager ce déferlement de violence. Jusqu’à ce point qui donne raison à Gertrude Stein quand elle explique que «La guerre n’est jamais fatale, mais elle est toujours perdue.»
Avec maestria, l’auteur fait s’entrecroiser les récits, parvient à les mettre en résonnance et nous démontre – sans jamais porter de jugement – qu’on ne sort jamais indemne de telles campagnes. Car au conflit ouvert succède le conflit intérieur. À la justification morale d’un engagement succède l’horreur et la barbarie. En nous montrant que personne, à aucun moment, ne peut sortir indemne d’un tel déferlement de violence, que le temps ne fait rien à l’affaire, l’auteur de La Mort du Roi Tsongor et du Soleil des Scorta nous place en témoins privilégiés des tourments du monde. En empilant les strates de ses différents récits, il parvient aisément à nous éclairer sur l’erreur de jugement majeure que nous faisons en retraçant ces «épopées». Il suffit de changer de point de vue, d’écouter les défaites, pour comprendre la lucidité d’un Jean Jaurès. Non, «on ne fait pas la guerre pour se débarrasser de la guerre.»
Ce roman est un viatique pour notre début de XXIe siècle.

Autres critiques
Babelio 
L’Express (Interview de Laurent Gaudé)
RFI (Tirthankar Chanda)
Blog Quatre sans quatre
Blog Passion littéraire

Extrait
« Alors, Ferruccio, le fou de la place des Tilleuls, rit de moi car lui seul a compris que quelque chose était né qui m’emmènerait bien au-delà des terres où la France m’envoie depuis dix ans, tuant ou protégeant des hommes sans que j’aie jamais pu dire si nous gagnions ou perdions car il faut toujours recommencer, il y a toujours de nouveaux terrains d’action et de nouveaux ennemis à abattre, toujours de nouvelles zones d’influence à maintenir ou de nouveaux points stratégiques à contrôler, t Ferruccio rit parce qu’il sait, lui, que lorsque l’obscurité tombe, lorsque le dernier adversaire est battu, le pire commence, car c’est le moment où il faut accepter de retourner à ses propres tics et à ses tourments. » (p. 18-19)

À propos de l’auteur
Romancier, nouvelliste et dramaturge né en 1972, Laurent Gaudé a reçu en 2003 le prix Goncourt pour son roman Le Soleil des Scorta. Son œuvre, traduite dans le monde entier, est publiée par Actes Sud. (Source : Éditions Actes Sud)

Site Wikipédia de l’auteur
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Les Romanov 1613-1918

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Les Romanov 1613 – 1918
Simon Sebag Montefiore
Éditions Calmann-Lévy
Récit historique
traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Tilman Chazal, Prune Le Bourdon-Brécourt et Caroline Lee
660 p., 27,90 €
EAN : 9782702157091
Paru en octobre 2016

Ce qu’en dit l’éditeur
Voici l’histoire de la dynastie des Romanov, avec ses tsars et tsarines, personnages tonitruants, autocrates-nés touchés par le génie ou la folie.
Cette captivante épopée, foisonnante d’anecdotes, raconte comment les Romanov ont construit leur empire de manière impitoyable, au gré de conspirations, de rivalités familiales et d’extravagances sexuelles. De Pierre le Grand, fêtard despotique, bâtisseur de l’autocratie russe qui exigeait l’ivresse permanente de sa cour, à Nicolas II, dernier empereur de Russie au destin tragique, dépeint comme un tsar réactionnaire et médiocre ayant précipité la chute de l’Empire, en passant par Catherine II, la plus grande des tsarines, qui multiplia les amants, ce livre dévoile leur monde secret et leur destinée hors du commun.
La plume vivante et inimitable de Simon Sebag Montefiore entremêle petite et grande histoire, et nous fait revivre avec une intensité remarquable les grands moments qui ont ponctué la légende des Romanov, pour qui gouverner la Russie fut à la fois une mission sacrée et un cadeau empoisonné.

Ce que j’en pense
****
Sur mon blog, il m’arrive très rarement de parler d’autres livres que des romans. Si je fais aujourd’hui une exception, c’est pour deux – bonnes – raisons. D’une part parce que Les Romanov se lit comme un roman, tant l’histoire mouvementée de cette famille est riche de rebondissements et les personnages hauts-en-couleur et d’autre part parce que ce gros volume servira également de guide pratique à tous ceux qui s’intéressent à la littérature russe. Ajoutons-y le fait que 2017 marquera les 100 ans de la fin des Romanov ou au choix de l’avènement de la Révolution et on aura une raison supplémentaire de se plonger dans ce fort volume.
La dynastie des Romanov prend naissance en 1613 avec Michel I et prend fin en 1762 avec la mort de Elisabeth I la Clémente. Si Simon Sebag Montefiore, comme de nombreux historiens, choisit de poursuivre jusqu’en 1917, c’est parce que la branche de Holstein-Gottorp qui prend la relève de 1762 à 1917 a choisi de perpétuer le nom de Romanov. Une branche qui par parenthèse n’est pas éteinte de nos jours, laissant deux prétendants au trône, Dimitri Romanov et la grande-duchesse Maria de Russie.
Mais revenons à Michel I. Le premier tsar à accéder au trône n’est guère représentatif de la dynastie. Il est plutôt effacé, vit au couvent dans les jupes de sa mère et sait à peine lire et écrire quand on vient le chercher pour le couronner. De fait, il va laisser le pouvoir au conseil qui l’a désigné, puis à son père de retour de captivité en Pologne et s’intéresser davantage à l’horlogerie ou à trouver une épouse qu’à régler des conflits nombreux qui minent le pays, notamment avec la Suède et la Pologne.
Son fils Alexis I, dit Le Paisible, ne fera guère mieux, ajoutant aux conflits internes une révolte intérieure qui faillit lui coûter sa place, les émeutiers étant parvenus à envahir le Kremlin. À sa suite viendront Fédor III puis Ivan V et Pierre Ier qui seront nommés conjointement, avant que le dernier nommé ne dirige seul pour devenir Pierre le Grand.
Voici venu le temps de l’âge d’or. Après l’ascension et avant le déclin, voici l’apogée. Une période qui n’en est pas moins que les autres marquée par des rivalités, du sang, des larmes et les principes autocratiques qui ne seront jamais battus en brèche. Entre le génie des uns et la folie des autres, la limite est ténue. Pierre fera indubitablement partie des génies, lui qui sera un grand bâtisseur, mettra fin à quelques conflits avant d’ouvrir son pays à l’Europe et de «construire» Saint-Pétersbourg. Comme nombre de ses prédécesseurs et successeurs, il n’en conservera pas moins un côté sombre, comme lorsqu’il n’hésite pas à torturer son fils, par exemple. Il faudra toutefois attendre très longtemps avant de retrouver une telle figure de proue avec Catherine II qui arrive en 1762 au pouvoir en renversant son mari. Digne représentante du siècle des Lumières, protectrice des arts et de la culture, elle va aussi défrayer la chronique par son appétit sexuel.
Si l’ouvrage de Simon Sebag Montefiore est aussi vivant, c’est qu’il regorge d’anecdotes et nous prouve une fois de plus que la petite histoire est souvent le moteur de la grande Histoire, que certaines alliances se sont nouées sur l’oreiller, que certaines décisions stratégiques sont plus le résultat de jalousies ou de désir de vengeance envers un cousin plus que de la haute stratégie, quitte à ce que des centaines de soldats soient sacrifiés sur le front de cette politique des émotions.
On en trouvera un bel exemple avec Alexandre II. Si le «Libérateur» a affranchi les serfs, il aura aussi joué un jeu dangereux avec Napoléon III, Bismarck ou Victoria. Après avoir échappé à plusieurs attentats, il finira assassiné, comme du reste la plupart de ses successeurs jusqu’à Nicolas II.
De la romance, on bascule alors dans le drame. Des maîtresses que l’on installe dans les appartements qui jouxtent ceux de son épouse, on en arrive aux conseillers occultes et aux intrigues de Palais, admirablement détaillées par un spécialiste de la Russie. Grâce à ses bonnes relations avec le Prince Charles, l’auteur a notamment eu accès à quelques documents inédits, comme des correspondances qui éclairent avec davantage de netteté, voire de cruauté, quelques (mes)alliances.
C’est passionnant de bout en bout !

Autres critiques
Babelio
L’Express (Benoît Yvert)
Noblesse & Royautés
Libération (D.K.)

Les premières pages du livre (comprenant l’arbre généalogique)

Extrait
« Les courtisans se déployèrent dans le royaume pour sélectionner des vierges adolescentes, principalement issues de familles de la petite noblesse, qui étaient ensuite envoyées à Moscou pour y vivre avec des membres de leur famille ou dans un manoir aménagé à cet effet. Au terme d’un long processus qui pouvait impliquer jusqu’à cinq cents candidates, six filles pomponnées et apprêtées par leurs familles étaient retenues.
Toutes les concurrentes paraissaient d’abord devant un jury de courtisans et de médecins qui éliminaient les plus faibles. L’on faisait ensuite parvenir au tsar et à ses conseillers des descriptions détaillant la beauté et la santé mais surtout les liens éventuels avec les clans du Kremlin. Pendant qu’elles attendaient nerveusement, leurs arbres généalogiques étaient abondamment épluchés.
Cette ancienne tradition suscitait la fascination des visiteurs étrangers, pour lesquels il s’agissait de la coutume moscovite la plus exotique. Expression d’une majesté mystérieuse, elle était en réalité surtout la réponse pratique à la difficulté que rencontraient les tsars pour attirer des femmes d’autres pays dans leur cour isolée et lointaine. »

A propos de l’auteur
Né en Angleterre en 1965, Simon Sebag Montefiore est diplômé d’histoire de l’université de Cambridge. Spécialiste de l’Histoire de la Russie, romancier et présentateur de télévision, il est membre de la Royal Society of Literature.
Il a reçu le prix Bruno Kreisky du livre politique, le Costa Biography Award et le prix de la Biographie du Los Angeles Times pour Le Jeune Staline (Calmann-Lévy, 2008). Ses ouvrages sont traduits dans plus de quarante langues. (Source : Éditions Calmann-Lévy)

Site internet de l’auteur (en anglais)

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L’insouciance

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mrl2016

L’insouciance
Karine Tuil
Éditions Gallimard
Roman
528 p., 22 €
EAN : 9782070146192
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule principalement à Paris, mais aussi à Clichy-sous-Bois, dans la Vallée de Chevreuse, dans les Alpes, à Paphos, sur l’île de Chypre, à New-York, à Southampton, en Israël, en Afghanistan, en Irak.

Quand?
L’action se situe de 2001 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
De retour d’Afghanistan où il a perdu plusieurs de ses hommes, le lieutenant Romain Roller est dévasté. Au cours du séjour de décompression organisé par l’armée à Chypre, il a une liaison avec la jeune journaliste et écrivain Marion Decker. Dès le lendemain, il apprend qu’elle est mariée à François Vély, un charismatique entrepreneur franco-américain, fils d’un ancien ministre et résistant juif. En France, Marion et Romain se revoient et vivent en secret une grande passion amoureuse. Mais François est accusé de racisme après avoir posé pour un magazine, assis sur une œuvre d’art représentant une femme noire. À la veille d’une importante fusion avec une société américaine, son empire est menacé. Un ami d’enfance de Romain, Osman Diboula, fils d’immigrés ivoiriens devenu au lendemain des émeutes de 2005 une personnalité politique montante, prend alors publiquement la défense de l’homme d’affaires, entraînant malgré lui tous les protagonistes dans une épopée puissante qui révèle la violence du monde.

Ce que j’en pense
Parmi les ouvrages favoris des Prix littéraires, Karine Tuil figure en bonne place. Un choix parfaitement justifié tant l’auteur parvient à tenir son lecteur en haleine tout au long des 528 pages de L’Insouciance, faisant de cet ambitieux roman un «page-turner» formidablement efficace.
Les premiers chapitres nous présentent les personnages qui vont se croiser au fil du déroulement de ce récit, à commencer par le baroudeur Romain Roller qui revient d’Afghanistan, après avoir déjà traîné sa bosse dans d’autres points chauds de la planète. Avec ce qu’il reste de sa troupe, il se retrouve dans un hôtel de Chypre, afin de décompresser et se préparer à retrouver la «vie normale». Un programme dont les vertus ne sont pas évidentes, faisant côtoyer de grands traumatisés avec de riches touristes.
Le second personnage a 51 ans. Il s’appelle François Vély. On pourrait y reconnaître un Vincent Bolloré, un Bernard Arnault ou encore un Patrick Drahi, bref un tycoon qui est à la tête d’un groupe de téléphonie mobile qui s’est développé à partir du minitel rose et dont les marottes sont les médias (il vient de racheter un grand quotidien) et l’art contemporain (il aime parcourir les salles de vente).
Vient ensuite Osman Diboula. À l’opposé de François Vély, ce fils d’immigrés ivoiriens a grandi dans la banlieue parisienne la plus difficile. Toutefois, grâce à son engagement – il avait créé un collectif, «avait imaginé des sorties de crise, présenté les quartiers en difficulté sous un autre jour» et était devenu porte-parole des familles lors des émeutes de Clichy-sur-Bois. Du coup les politiques s’intéressent à lui et lui va s’intéresser à la politique. Il gravit les échelons jusqu’à se retrouver dans les cabinets ministériels. Mais n’est-il pas simplement le black de service, chargé de mettre un peu de diversité au sein du gouvernement ? À ses côtés une femme tout aussi ambitieuse ne va pas tarder à le dépasser dans les allées du pouvoir.
Puis vient Marion Decker, envoyée spéciale sur les zones de guerre. Jeune et jolie, «il y avait de la violence en elle, un goût pour la marginalité qui s’était dessiné pendant l’enfance et l’adolescence quand, placée de famille d’accueil en famille d’accueil, elle avait dû s’adapter à l’instabilité maternelle, une période qu’elle avait évoquée dans un premier roman remarqué, Revenir intact, un texte âpre, qui lui avait permis de transformer une vie dure en matière littéraire». Ce caractère trempé fascine François Vély qui n’hésite pas à délaisser son épouse pour partir à la conquête de la journaliste. Il l’invitera pour quelques jours à Chypre.
Dès lors le roman peut se déployer, jouer sur tous les registres du drame et de la comédie, et ce faisant, dresser un état des lieux de ce XXIe siècle commençant.
Le lieutenant Romain Roller craint de retrouver sa femme Agnès, sa famille et ses amis. Pris dans un stress post-traumatique, il essaie vainement d’oublier son cauchemar. Quand il croise Marion, c’est pour lui comme une bouée de sauvetage. Dans ses bras, il oublie ses plaies et sa culpabilité, ayant survécu à l’embuscade mortelle dont son bataillon a été victime et dont le récit-choc ouvre le roman. Il fait l’amour avec la rage du désespoir et se sent perdu dès qu’elle le quitte pour sa «vraie vie».
Car ce n’est vraiment pas le moment de quitter François Vély. Le capitaine d’industrie est pris dans une sale affaire, après la publication d’un entretien illustré par une photo le montrant assis sur une chaise représentant une femme noire «soumise et offerte». Lui dont la famille a voulu, par souci d’intégration, changer son nom de Lévy en Vély, se retrouve accusé de racisme et d’antisémitisme. Le scandale dont les réseaux sociaux font leurs choux gras ne tarde pas à prendre de l’ampleur et la société est salie. Confronté à un fils qui entend renouer avec ses racines et partir en Israël rejoindre un groupe fondamentaliste, il doit aussi surmonter le suicide de sa femme qui s’est jetée sans explication d’un immeuble.
«Il croyait vraiment qu’un couple peut survivre à un drame sans en être atteint, déchiré, peut-être même détruit ? L’amour n’est pas fait pour l’épreuve. Il est fait pour la légèreté, la douceur de vivre, une forme d’exclusivité, une affectivité totale. L’amour est un animal social impitoyable, un mondain qui aime rire et se distraire – le deuil le consume, la maladie atteint une part de lui-même, celle qui exalte le désir sexuel, les conflits finissent par le lasser, il se détourne.»
En courts chapitres, qui donnent un rythme haletant au récit, on va voir s’entremêler les ambitions des uns, la douleur des autres. Le tout sans oublier quelques rebondissements qui font tout le sel d’une intrigue que l’on n’a pas envie de lâcher. François, qui a eu vent de son infortune, aura-t-il la peau de Roller ? Rejouera-t-il l’histoire du Roi David et de Bethsabée ? Osman Diboula parviendra-t-il à éteindre l’incendie qui met en péril l’empire de son ami ? Retrouvera-t-il les grâces d’un Président de la République qui semble l’avoir mis sur une voie de garage ? Romain quittera-t-il sa femme pour Marion ? À 29 ans, cette dernière quittera-t-elle son confort matériel pour une aventure incertaine ?
Partez à la découverte de ce grand roman, même au risque de perdre cette insouciance qui lui donne son titre : «quelque chose en nous était perdu, non pas l’innocence – car il y avait longtemps que nous n’y croyions plus – mais l’insouciance…»

Autres critiques
Babelio
France Inter (Le mag de l’été – Leila Kaddour-Boudadi, fichier audio 46′)
20 minutes.fr (Laurent Bainier)
Les Echos (Thierry Gandillot)
Toute la culture (Melissa Chemam – avec interview de l’auteur)
Atlantico (Serge Bressan)
La règle du jeu (Christine Bini)
Le blog de Gilles Pudlowski
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Sophie lit (Sophie Andriansen)
Blog Envies de lire (RTL.be – Christine Calmot)
Blog Cultur’elle  (Caroline Doudet)

Extrait
« Romain Roller avait l’habitude, la peur, il avait fini par l’apprivoiser, il avait été formé pour ça, et à l’âge où ses amis vivaient de petits boulots, devenaient vigiles, chauffeurs, entraîneurs sportifs, à l’âge où, de l’autre côté du périphérique, des ambitieux préparaient leur avenir professionnel comme une capitalisation à long terme, Romain Roller avait rejoint l’armée, le groupement des commandos de montagne affilié à un bataillon de chasseurs alpins pour finir par obtenir le grade de lieutenant, et tout ça pour se retrouver où ? Au Kosovo, à Mitrovica, où il avait vu des victimes brûlées, s’échappant de leurs maisons incendiées par l’explosion de cocktails Molotov, se jetant par les fenêtres, tentant de survivre par tous les moyens car personne ne veut mourir, c’est tout ce qu’il avait appris à la guerre, rien d’autre… En Côte d’Ivoire, à Bouaké, où un campement de soldats français en mission pacifique avait été bombardé par un avion de l’armée du président ivoirien, causant la mort de neuf soldats français et d’un Américain…
En Centrafrique, où des cadavres gisaient, putréfiés, dépecés à coups de machettes, des mouches grosses comme des olives voltigeant autour dans un bourdonnement de scie électrique, des familles entières – hommes, femmes, enfants – victimes de guerres ethniques, et après ça, vous pensez être blindé, vous êtes encore capable de vous endormir sans somnifère, sans alcool, sans être réveillé en pleine nuit par des images de charniers, vous avez des envies, du désir, vous sortez, vous parlez, oui mais jusqu’à quand, jusqu’à quand ? Car vous aurez beau tâter toute la misère du monde, tant que vous n’avez pas connu l’Afghanistan, vous n’avez rien vu… »

A propos de l’auteur
Karine Tuil est née le 3 mai 1972 à Paris. Diplômée de l’Université Paris II-Assas (DEA de droit de la communication/Sciences de l’information), elle prépare une thèse de doctorat portant sur la réglementation des campagnes électorales dans les médias en écrivant parallèlement des romans. En 1998, elle participe à un concours sur manuscrit organisé par la fondation Simone et Cino Del Duca. Son roman Pour le Pire y est remarqué par Jean-Marie Rouart, alors directeur du Figaro littéraire. Quelques mois plus tard, son texte est accepté par les éditions Plon qui inaugurent une collection « jeunes auteurs ». Pour le pire, qui relate la lente décomposition d’un couple paraît en septembre 2000 et est plébiscité par les libraires mais c’est son second roman, Interdit, (Plon 2001) – récit burlesque de la crise identitaire d’un vieux juif – qui connaît un succès critique et public. Sélectionné pour plusieurs prix dont le prix Goncourt, Interdit obtient le prix Wizo et est traduit en plusieurs langues. Le sens de l’ironie et de la tragi-comédie, l’humour juif se retrouvent encore dans Du sexe féminin en 2002 – une comédie acerbe sur les relations mère-fille, ce troisième roman concluant sa trilogie sur la famille juive.
En 2003, Karine Tuil rejoint les Editions Grasset où elle publie Tout sur mon frère qui explore les effets pervers de l’autofiction (nommé pour les Prix des libraires et finaliste du prix France Télévision).
En 2005, Karine Tuil renoue avec la veine tragi-comique en publiant Quand j’étais drôle qui raconte les déboires d’un comique français à New-York. Hommage aux grands humoristes, Quand j’étais drôle est en cours d’adaptation pour le cinéma et obtient le prix TPS Star du meilleur roman adaptable au cinéma.
En 2007, Karine Tuil quitte le burlesque pour la gravité en signant Douce France, un roman qui dévoile le fonctionnement des centres de rétention administrative (en cours d’adaptation au cinéma par Raoul Peck).
Karine Tuil a aussi écrit des nouvelles pour Le Monde 2, l’Express, l’Unicef et collaboré à divers magazines parmi lesquels L’Officiel, Elle, Transfuge, Le Monde 2, Livres Hebdo. Elle écrit actuellement des portraits de personnalités du monde économique pour Enjeux les Echos.
Son septième roman, La domination, pour lequel elle a reçu la Bourse Stendhal du ministère des Affaires étrangères a été publié chez Grasset en septembre 2008 (sélection prix Goncourt, prix de Flore). Il paraît en livre de poche en août 2010.
Son huitième roman Six mois, six jours, paraît en 2010 chez Grasset . A l’occasion de la rentrée littéraire 2010, Grasset réédite son deuxième roman Interdit (prix Wizo 2001, sélection prix Goncourt). Six mois, six jours a été sélectionné pour le prix Goncourt, Goncourt des lycéens et Interallié. Il a obtenu en 2011, le prix littéraire du roman news organisé par le magazine styletto et le Drugstore Publicis.
Son neuvième roman intitulé L’invention de nos vies est paru en septembre 2013 à l’occasion de la rentrée littéraire aux éditions Grasset pour lequel elle a été parmi les 4 finalistes du prix Goncourt. Il est actuellement traduit en Hollande, en Allemagne, en Grèce, en Chine et en Italie. Il a connu un succès international et a été publié aux Etats-Unis et au Royaume-Uni sous le titre The Age of Reinvention chez Simon & Schuster. Il est en cours d’adaptation pour le cinéma. L’insouciance est son dixième roman. (Source : karinetuil.com)

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Boussole

ENARD_Boussole

Boussole
Mathias Enard
Actes Sud
Roman
380 p., 21,80 €
ISBN: 9782330053123
Paru en août 2015

Où?
Le roman retrace des voyages effectués en Turquie, Syrie et Iran, passant notamment à Istanbul, Damas, Alep, Palmyre, Téhéran, Bandar Abbas mais traverse également l’Autriche (le narrateur est Viennois) ainsi que l’Allemagne, notamment à Tübingen, Stuttgart, Nuremberg et la France, à Paris et en Touraine. Sarawak, le Nord de l’île de Bornéo est également fréquemment évoquée.

Quand?
L’action se situe de nos jours, avec des récits de voyages en Syrie et en Iran il y a une trentaine d’années et l’évocation de siècles d’histoire qui ont forgé le Proche et Moyen-Orient et leurs relations avec l’Occident.

Ce qu’en dit l’éditeur
La nuit descend sur Vienne et sur l’appartement où Franz Ritter, musicologue épris d’Orient, cherche en vain le sommeil, dérivant entre songes et souvenirs, mélancolie et fièvre, revisitant sa vie, ses emballements, ses rencontres et ses nombreux séjours loin de l’Autriche – Istanbul, Alep, Damas, Palmyre, Téhéran… –, mais aussi questionnant son amour impossible avec l’idéale et insaisissable Sarah, spécialiste de l’attraction fatale de ce Grand Est sur les aventuriers, les savants, les artistes, les voyageurs occidentaux.
Ainsi se déploie un monde d’explorateurs des arts et de leur histoire, orientalistes modernes animés d’un désir pur de mélanges et de découvertes que l’actualité contemporaine vient gifler. Et le tragique écho de ce fiévreux élan brisé résonne dans l’âme blessée des personnages comme il traverse le livre.
Roman nocturne, enveloppant et musical, tout en érudition généreuse et humour doux-amer, Boussole est un voyage et une déclaration d’admiration, une quête de l’autre en soi et une main tendue – comme un pont jeté entre l’Occident et l’Orient, entre hier et demain, bâti sur l’inventaire amoureux de siècles de fascination, d’influences et de traces sensibles et tenaces, pour tenter d’apaiser les feux du présent.

Ce qu’en dit l’auteur
Interroger la frontière. Essayer de la comprendre, dans ses flux, ses reflux, sa mobilité. La suivre du doigt. Plonger la main dans le courant de la rivière ou la saignée du détroit. La parcourir avec ceux qui l’ont explorée, voyageurs, poètes, musiciens, scientifiques. En relever les traces, les cicatrices anciennes ou les interactions nouvelles. Entrevoir tour à tour sa violence et sa beauté. Exhumer des passions oubliées et des échanges enfouis, reprendre des dialogues parfois interrompus. Tenter humblement de recenser les marques de cette passion, de ce qui se joue entre soi et l’autre, entre Les Mille et Une Nuits et À la Recherche du temps perdu, entre L’Origine du monde et un pasha ottoman, entre le chant du muezzin et des lieder de Szymanowski.
J’ai été ce qu’on appelait autrefois un orientaliste. J’ai étudié l’arabe et le persan à l’Institut des langues orientales. Comme mes personnages, j’ai parcouru l’Égypte, la Syrie ou l’Iran. J’ai essayé de reconstruire cette longue histoire, celle de l’amour de l’Orient, de la passion de l’Orient, et des couples d’amoureux qui la représentent le mieux : Majnoun et Leyla, Vis et Ramin, Tristan et Iseult. Sans oublier ce qu’il peut y avoir de violent et de tragique dans ces récits, de rapports de force, d’intrigues politiques et d’échecs désespérés.
Ce long voyage commence à Vienne et nous amène jusqu’aux rivages de la mer de Chine ; à travers les rêveries de Franz et les errances de Sarah, j’ai souhaité rendre hommage à tous ceux qui, vers le levant ou le ponant, ont été à tel point épris de la différence qu’ils se sont immergés dans les langues, les cultures ou les musiques qu’ils découvraient, parfois jusqu’à s’y perdre corps et âme. M. E.

Ce que j’en pense
****
En voyant les images d’Alep se vidant de ses habitants, contraints à l’exil sous le poids des bombes qui s’abattent sur la ville, j’ai repensé à mon voyage en Syrie et aux fortes émotions de ce voyage au Proche-Orient. J’ai alors recherché dans le livre de Mathias Enard ce passage où il parle de cette superbe cité qui est en train d’être rasée : «Nous sommes rentrés à l’hôtel par le chemin des écoliers, dans la pénombre des ruelles et des bazars fermés – aujourd’hui tous ces lieux sont en proie à la guerre, brûlent ou ont été brulés, les rideaux de fer des boutiques déformés par la chaleur de l’incendie, la petite place de l’Évêché maronite envahie d’immeubles effondrés, son étonnante église latine à double clocher de tuiles rouges dévastée par les explosions : est-ce qu’Alep retrouvera jamais sa splendeur, peut-être, on n’en sait rien, mais aujourd’hui notre séjour est doublement un rêve, à la fois perdu dans le temps et rattrapé par la destruction. Un rêve avec Annemarie Schwarzenbach, T. E. Lawrence et tous les clients de l’hôtel Baron, les morts célèbres et les oubliés …»
Si la lecture de ce roman couronné du Prix Goncourt 2015 résonne aussi fort en moi, c’est d’abord pour les souvenirs qu’il évoque et que doivent partager tous ceux qui ont arpenté le site de Palmyre, les ruelles d’Alep ou le souk à Damas. Cette impression d’un drame absolu, né de la folie d’hommes qui ont oublié d’où ils venaient, combien leur culture, leur art, leur science et même leur religion était riche.
Avec une époustouflante érudition – je vous l’accorde, il faut quelquefois s’accrocher pour suivre le récit – Mathias Enard en témoigne. En nous entraînant sur les pas de Franz Ritter, musicologue installé à Vienne, il jette sans cesse des ponts entre les occidentaux avides de connaître cet orient au-delà des fantasmes. A moins que ce ne soit à cause de ces fantasmes qui ont nourri leur œuvre de musicien, de poète, d’écrivain.
Entre colloques universitaires et récits de voyages, entre découvertes archéologiques et conversations autour d’un verre ou d’un feu de camp, on découvre la richesse de l’orientalisme inventé par Napoléon Bonaparte «c’est lui qui entraîne derrière son armée la science en Egypte, et fait entrer l’Europe pour la première fois en Orient au-delà des Balkans. Le savoir s’engouffre derrière les militaires et les marchands, en Egype, en Inde, en Chine.»
Derrière lui, les écrivains et les musiciens seront nombreux à raconter leur vision de cet orient. De Victor Hugo avec «Les Orientales» à Chateaubriand, de T. E. Lawrence à Agatha Christie, de Klaus Mann à Isabelle Eberhardt, sans oublier les poètes comme Rimbaud, Nerval, Byron.
Pour le musicologue, il y a tout autant à raconter, tant les influences orientales parsèment les œuvres de Schubert, Beethoven, Mendelssohn, Schumann, Strauss, Schönberg. Il semble que l’occident tout entier ait eu cette soif d’Orient. «Les Allemands, dans l’ensemble, avaient des songes bibliques et archéologiques ; les Espagnols, des chimères ibériques, d’Andalousie musulmane et de Gitans célestes ; les Hollandais, des visions d’épice, de poivriers, de camphriers et de navires dans la tempête, au large du Cap de Bonne-Espérance.» Quant à Sarah et aux Français, ils se passionnent non seulement pour les poètes persans, mais aussi pour ceux que l’Orient en général avaient inspirés.
Voilà justement le moment de dire quelques mots de cette Sarah que Franz rencontre lors d’un voyage et qui va servir de fil rouge au romancier. Tout au long du roman, on suit en effet la quête de Franz, amoureux transi. La belle rousse, spécialiste de cet Orient qui le fascine tant, avec qui il va pouvoir partager ses découvertes. Même si cette femme ne possède rien («Ses livres et ses images sont dans sa tête ; dans sa tête, dans ses innombrables carnets»), il s’imagine, depuis une nuit à la belle étoile passée au pied de la forteresse d’Alep, ne plus jamais la quitter.
Mais c’est elle qui s’envolera pour enterrer son frère, traumatisme dont elle ne se remettra pas et que l’entraînera à «l’orient de l’orient».
Des années plus tard, il va pourtant la croiser à nouveau en Autriche : «L’avenir était aussi radieux que le Bosphore un beau jour d’automne, s’annonçait sous des auspices aussi brillants que cette soirée à Graz seul avec Sarah dans les années 1990, premier dîner en tête à tête…»
Sauf que «la vie est une symphonie de Mahler, elle ne revient jamais en arrière, ne retombe jamais sur ses pieds. Dans ce sentiment du temps qui est la définition de la mélancolie, la conscience de la finitude, pas de refuge à part l’opium et l’oubli».
Mathias Enard dit avec élégance la souffrance du manque. Au soir de sa vie, il a beau ressortir «la boussole qui pointe vers l’orient, la boussole de l’illumination, l’artefact sohrawardien. Un bâton de sourcier mystique», il compris que le monde qu’il a rêvé n’est plus, que seuls les récits témoignent de la beauté et de l’amour. Que le paradis est artificiel.
«Une bouffée d’opium iranien, une bouffée de mémoire, c’est un genre d’oubli de la nuit qui avance, de la maladie qui gagne, de la cécité qui nous envahit.»

Autres critiques
Babelio
Le Point (Christophe Ono-dit-Biot)
Télérama (Gilles Heuré)
BibliObs (Grégoire Leménager)
LaLibre.be (Guy Duplat)
La République des livres (Pierre Assouline)
Libération (Philippe Lançon)
Paris-Match (Gilles Martin-Chauffier)
Le Temps (Eléonore Sulser)
La Croix (Antoine Perraud)
Blog L’or des livres (Emmanuelle Caminade)
Blog Les heures perdues (Célian Faure)

Extrait
« Sarah avait soudain l’air abattue, j’ai remarqué qu’elle flottait dans son tailleur gris ; ses formes avaient été avalées par l’Académie, son corps portait les traces de l’effort fourni au cours des semaines et des mois précédents : les quatre années antérieures avaient tendu vers cet instant, n’avaient eu de sens que pour cet instant, et maintenant que le champagne coulait elle affichait un doux sourire rendu de parturiente – ses yeux étaient cernés, j’imaginais qu’elle avait passé la nuit à revoir son exposé, trop excitée pour trouver le sommeil. Gilbert de Morgan, son directeur de thèse, était là bien sûr ; je l’avais déjà croisé à Damas. Il ne cachait pas sa passion pour sa protégée, il la couvait d’un œil paternel qui louchait doucement vers l’inceste au gré du champagne : à la troisième coupe, le regard allumé et les joues rouges, accoudé seul à une table haute, je surpris ses yeux errer des chevilles jusqu’à la ceinture de Sarah, de bas en haut puis de haut en bas – il lâcha aussitôt un petit rot mélancolique et vida son quatrième verre. Il remarqua que je l’observais, me roula des yeux furibards avant de me reconnaître et de me sourire, nous nous sommes déjà rencontrés, non ? Je lui ai rafraîchi la mémoire, oui, je suis Franz Ritter, nous nous sommes vus à Damas avec Sarah – ah bien sûr, le musicien, et j’étais déjà tellement habitué à cette méprise que je répondis par un sourire un peu niaiseux. Je n’avais pas encore échangé plus de deux mots avec la récipiendaire, sollicitée par tous ses amis et parents que j’étais déjà coincé en compagnie de ce grand savant que tout le monde, en dehors d’une salle de classe ou d’un conseil de département, souhaitait ardemment éviter. Il me posait des questions de circonstance sur ma propre carrière universitaire, des questions auxquelles je ne savais pas répondre et que je préférais même ne pas me poser ; il était néanmoins plutôt en forme, gaillard, comme disent les Français, pour ne pas dire paillard ou égrillard, et j’étais loin de m’imaginer que je le retrouverais quelques mois plus tard
à Téhéran, dans des circonstances et un état bien différents, toujours en compagnie de Sarah qui, pour l’heure, était en grande conversation avec Nadim – il venait d’arriver, elle devait lui expliquer les tenants et aboutissants de la soutenance, pourquoi n’y avait-il pas assisté, je l’ignore ; lui aussi était très élégant, dans une belle chemise blanche à col rond qui éclairait son teint mat, sa courte barbe noire ; Sarah lui tenait les deux mains comme s’ils allaient se mettre à danser. Je me suis excusé auprès du professeur et suis allé à leur rencontre ; Nadim m’a aussitôt donné une accolade fraternelle qui m’a ramené en un instant à Damas, à Alep, au luth de Nadim dans la nuit, enivrant les étoiles» (p. 14-15)

A propos de l’auteur
Né en 1972, Mathias Enard a étudié le persan et l’arabe et fait de longs séjours au Moyen-Orient. Il vit à Barcelone.
Il est notamment l’auteur de six romans parus aux éditions Actes Sud : La perfection du tir (2003, prix des Cinq Continents de la francophonie ; Babel n° 903), Remonter l’Orénoque (2005), Zone (2008, prix Décembre, prix du Livre Inter ; Babel n° 1020), Parle-leur de batailles, de rois et d’éléphants (2010, prix Goncourt des Lycéens, prix du Livre en Poitou-Charentes 2011), Rue des Voleurs (2012) et Boussole (2015).
Ainsi que Bréviaire des artificiers (Verticales, 2007) et L’alcool et la nostalgie (Inculte, 2011 ; Babel n° 1111). (Source : Editions Actes Sud)

Site Wikipédia de l’auteur

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Focus Littérature

Trompe-la-mort

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Trompe-la-mort
Jean-Michel Guenassia
Albin Michel
Roman
396 p., 22 €
ISBN: 9782226312464
Paru en janvier 2015

Où?
En Inde, à New Delhi pour les premiers chapitres du livre, puis en Grande-Bretagne, notamment à Londres, Greenwich et Lympstone, ainsi que dans quelques points chauds de la planète tels que l’Irlande, l’Irak ou l’Afghanistan. Retour en Inde pour la troisième partie, notamment à Delhi, à l’ashram de Manjoor dans le Kerala et à Poojapura, la prison de Trivandrum.

Quand?

L’action se situe principalement de 1969, date de l’arrivée du père du narrateur à New Delhi, à nos jours, en passant par le 5 février 2004 à 7 h 35 du matin et le 19 décembre 2013 à 7 h 43.

Ce qu’en dit l’éditeur
Tom Larch est-il vraiment immortel ? Aucun être humain n’aurait pu survivre aux accidents dont il s’est tiré. A-t-il un secret qui le protège des coups du sort ? Ou un ange gardien qui veille sur lui ? Est-ce le hasard ou son instinct de vie qui lui permet de s’en sortir à chaque fois ? Obligé de quitter New Delhi pour Londres à huit ans, Tom est depuis toujours écartelé entre ses deux cultures. Celle de sa mère, indienne, et celle de son père, ingénieur anglais. A dix-huit ans, il s’engage dans les Royal Marines, et devient un héros, malgré lui. Rendu à la vie civile, il devra affronter ses propres démons quand l’un des hommes les plus riches du monde lui demandera d’aller en Inde à la recherche de son fils, que Tom est le seul à pouvoir retrouver.
Formidable conteur, Jean-Michel Guenassia nous entraîne à la suite de Tom Larch dont le destin se mêle aux tumultes de l’Histoire. Comme dans Le Club des incorrigibles optimistes, il convoque avec maestria dans ce roman magistral tout ce qui fait notre XXIe siècle.

Ce que j’en pense
****

Tommy, le narrateur de cet excellent roman, est le fils d’un Anglais et d’une Indienne. Informaticien, son père commence une carrière prometteuse d’informaticien à New Delhi. C’est là qu’il va rencontrer une collègue, qui passe encore davantage de temps que lui devant son ordinateur. Unis dans un même projet professionnel, le couple décide de se marier. Malgré l’hostilité de la famille qui avait déjà arrangé une union avec un jeune homme de la même caste, comme il est de tradition en Inde.
Après avoir bravé l’interdit, le couple se retrouve très vite sans famille. Après la naissance de Tommy, ils vont bien essayer de renouer des liens, mais sans le moindre succès. Si bien que la famille décide de quitter le pays pour retourner en Angleterre.
Pour l’enfant, le choc est rude : « En Inde, les gens étaient colorés, de toutes les nuances, ici ils étaient blanchâtres, comme des coquilles d’œuf, ou ils étaient gris, comme les murs et les imperméables, le gazon et le ciel, et je ne sentais que l’odeur du saindoux des fish and chips. Même leur thé était fade. Le pire, c’était le silence, on n’entendait pas la pluie tomber, une pluie sournoise qui s’infiltrait dans les os. »
Pour quelques temps, il trouve refuge auprès d’amis immigrés, pratique le cricket et tombe amoureux d’une Indienne qui va se voir confronter aux mêmes règles et conventions que ses parents. C’est l’époque où commence une série d’accidents auxquels il va réchapper : il passe à travers une verrière, est coincé dans sa chambre alors que sa maison brûle, reste enseveli dans une avalanche à Kitzbühel. Mais il ne devra son surnom de Trompe-la-mort que plus tard, après avoir choisi de s’engager dans l’armée et d’avoir été victime d’un attentat dont il sera le seul survivant. Une journaliste, Helen McGunis, s’intéresse à son cas et réalise un documentaire qui va le propulser au rang de vedette. S’il n’aime pas trop la façon dont elle s’est appropriée son histoire, il se consolera dans ses bras.
Le couple emménage dans un appartement trop petit pour deux. Il se révélera aussi trop petit pour trois et causera leur séparation.
La vie ordinaire du père divorcé va pourtant basculer une fois de plus, quand l’une des plus grosses fortunes du pays engage Tom pour retrouver son fils en Inde, pays qu’il avait juré de ne plus revoir. Sur les terres de son enfance, Trompe-la-mort va enfin réussir à boucler la boucle, mais au bout d’un étonnant périple.
Une bonne dose d’exotisme, la confrontation de deux cultures, une quête du père, sans oublier une pincée piquante de culte du héros au temps de la télé-réalité : voilà les ingrédients qui font de ce roman une excellente chronique des relations du dernier demi-siècle entre l’Inde et l’Angleterre. Mais c’est aussi grâce à ce chassé-croisé que l’on ne s’ennuie pas une seconde et qu’on suit avec plaisir le narrateur dans ses pérégrinations.

Autres critiques
Babelio
L’Express
Télérama
Les Echos
L’Opinion
Toute La Culture
Entre les lignes (émission Radio Espace 2)

Extrait
« La vie est une maladie incurable, Tommy. On n’arrive jamais à s’en remettre. On voudrait qu’elle soit conforme à nos rêves, on se bat pour l’apprivoiser et la dominer mais nous ne faisons qu’obéir, contraints et forcés, comme des esclaves désobéissants. Nous sommes obsédés par la mort alors que nous ne devrions penser qu’à la vie. A chaque jour qui nous est donné. Parce que c’est la seule chose dont nous soyons absolument certains. La seule vérité sur cette terre, c’est que nous sommes là, toi et moi, et que nous nous aimons. Tout le reste n’est qu’illusion. »

A propos de l’auteur
Jean-Michel Guenassia est aussi l’auteur de deux best-sellers, Le club des incorrigibles optimistes, le roman phénomène – tant critique que public ¬– de la rentrée littéraire 2009, récompensé par le Goncourt des lycéens et La vie rêvée d’Ernesto G. en 2012. (Source : Editions Albin Michel)

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