Avant que tout se brise

ABBOTT_Avant-que-tout-se-brise

En deux mots
Megan n’est encore qu’une enfant lorsque qu’elle décide d’intégrer l’équipe américaine de gymnastique. Entraînant toute sa famille dans son sillage, on va la suivre au fil des années, Avant que tout se brise.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Avant que tout se brise
Megan Abbott
Éditions du Masque
Thriller
traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean Esch
334 p., 20,90 €
EAN : 9782702446447
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule dans une petite ville des États-Unis.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Elle a les épaules élancées, les hanches étroites et des yeux sombres qui transpirent une détermination presque glaçante. À quinze ans, Devon est le jeune espoir du club de gymnastique Belstars, l’étoile montante sur qui se posent tous les regards, celle qui suscite tour à tour l’admiration et l’envie. Quand on est les parents d’une enfant hors norme, impossible de glisser sur les rails d’une vie ordinaire. C’est du moins ce que pense Katie, la mère de Devon, qui se dévoue corps et âme à la réussite de sa fille, même si cela demande des sacrifices.
Lorsqu’un incident tragique au sein de leur communauté réveille les pires rumeurs et jalousies, Katie flaire le danger s’approcher de sa fille et sort les griffes. Rien ni personne ne doit déconcentrer sa fille ou entraver la route toute tracée pour elle. Mais les rumeurs ne sont pas toujours infondées… et les enfants rarement conscients des montagnes qu’on déplace pour eux. Reste à déterminer quel prix Katie est prête à payer pour voir Devon atteindre le sommet.

Ce que j’en pense
Le monde du sport de haut-niveau n’est guère l’objet de romans. Encore moins de polars, si l’on excepte la série de Harlan Coben qui met en scène l’agent sportif Simon Bolivar. Aussi convient-il de saluer Megan Abbott qui semble creuser ce filon avec autant de talent que d’érudition. Après nous avoir fait découvrir les cheerleaders dans Vilaines Filles, les hockeyeuses sur gazon dans La Fin de l’innocence, puis les hockeyeuses sur glace dans Fièvre, nous voici au sein d’une famille américaine qui va tout sacrifier à la réussite de la carrière leur fille Devon, l’une des meilleures gymnastes du club de BelStars.
Pour avoir vécu l’expérience du sport de haut-niveau et découvert l’importance attribuée à la pratique sportive au sein du système scolaire américain, de l’école à l’université, je crois pouvoir affirmer que le parcours décrit ici tient davantage du reportage, de l’expérience vécue, que d’une fiction. Les notations sur le matériel, sur les entraînements ainsi que sur les atteintes physiques : tout sonne vrai.
Devon est victime d’un accident qui la prive d’une partie de ses orteils. Pour sa rééducation, le médecin l’encourage à pratiquer la gymnastique. À cinq ans à peine, elle met le pied – c’est le cas de le dire ici – dans un univers qui va non seulement la transformer, mais aussi bouleverser la vie de toute sa famille. « Et donc la gymnastique devint le centre, la puissante épine dorsale de toute leur vie. Devon eut cinq, six, sept ans : des milliers d’heures de travail entre la maison et le gymnase pour participer aux compétitions, une demi-douzaine de visites aux urgences pour un orteil cassé, une entorse au genou, un coude déboîté, ou sept points de suture quand elle s’était mordu la langue en tombant des barres asymétriques. Et l’argent dépensé. Les inscriptions à la salle de gym, aux compétitions, l’équipement, les voyages, les adhésions au club de supporters. Eric et Katie avaient cessé de compter, s’habituant peu à peu à l’inflation des relevés de carte de crédit. »
Pour son coach, la «superstar des agrès» peut viser la sélection nationale, voire les Jeux Olympiques. Du coup, son père va tout mettre en œuvre pour atteindre ce but, y compris aménager un trampoline chez lui, pousser les dirigeants du club à transformer le gymnase et offrir les meilleures conditions à «l’élastique humain».
C’est lors des travaux d’aménagement d’une nouvelle fosse de réception que le récit de l’ascension de la jeune gymnaste va prendre un tout tragique. Pour pallier à la défaillance d’un ouvrier tombé malade, le coach va le remplacer par son garçon de piscine, Ryan Beck.
Ce dernier va vite devenir l’attraction des gymnastes, mais aussi de leurs parents, venant tous jeter un œil dans la fosse où le jeune homme fait travailler les muscles de ses longs bras bronzés et donne l’impression de couler des tonnes de béton avec une facilité déconcertante. Alors lorsque l’on apprend que le beau jeune est mort, fauché par une voiture, c’est la consternation. D’autant plus que la police enquête afin de retrouver le chauffard et ne tarde pas à s’intéresser aux relations du jeune homme. Très choqué, le coach cesse d’entraîner. Eric ne comprend pas comment, au moment le plus crucial, sa fille ne bénéficie pas d’un soutien total. Katie cherche quant à elle à comprendre le rôle de Devon dans cette sombre affaire.
Très vite l’ambiance devient irrespirable, car cette crise exacerbe les sentiments, pousse les rancœurs, fait grimper le taux d’adrénaline. Entre les ambitions des uns et les jalousies des autres. Sans oublier les mutations liées à l’adolescence. « Ça fait bizarre, n’est-ce pas, le jour où vous découvrez que vous n’avez pas la moindre idée de ce qui se passe dans la tête de votre enfant ? Un matin, vous vous réveillez et il y a un inconnu dans votre maison. Il ressemble à votre enfant, mais ce n’est pas votre enfant. C’est autre chose, que vous ne connaissez pas. Et il continue à changer. Il n’arrête pas de changer devant vous. »
En fine connaisseuse de l’âme humaine, Megan Abbott fait monter la mayonnaise et nous offre un épilogue aussi violent que noir. Les gymnastes diront qu’il convient de terminer un aussi beau programme par une ultime pirouette…

Autres critiques
Babelio
Télérama (Michel Abescat)
Le JDD
Libération (Sabrina Champenois)
Blog Lettres exprès
Blog Un polar-collectif
Tête de lecture – Webzine littéraire
Le blog du polar
Blog Nyctalopes
Blog Les petits livres by Smallthings
Blog Léa Touch Book

Les premières pages du livre

Extrait
« Ce fut d’abord un travail constant, éreintant, plus de séances d’entraînement de cinq heures, plus de déplacements, d’innombrables doigts tordus, des paumes entaillées, et deux vieilles voitures fatiguées, avec des hernies sur les pneus et des portières enfoncées, les relevés de carte bancaire qui s’allongeaient, un abonnement au gymnase qui coûtait presque aussi cher qu’un de leurs deux crédits hypothécaires.
Mais ça arriva. Au printemps, Devon atteignit le Niveau 10. Parmi quatre-vingt-seize autres seulement dans tout l’État.
« Impossible de prédire jusqu’où nous pouvons aller maintenant », dit Coach T. en regardant Devon exécuter sauts et pirouettes.
Quelques mois plus tard, sous le soleil torride d’Orlando, après avoir terminé sixième à la poutre et aux barres lors des championnats nationaux du Niveau 10 Junior, elle fut classée première de tous les Niveau 10 de leur État.
« Le plus beau jour de notre vie », dit Devon, et tout le monde rit de ce « nous », sauf que c’était la vérité, non ?
« Une étoile est née », annonça Coach T. en se balançant sur ses talons, rayonnant et brandissant cette photo éblouissante de Devon parue dans le journal local : stoïque et majestueuse dans son justaucorps blanc comme neige, avec ses yeux sombres, les yeux d’Eric. À côté, il y avait cette super interview de Coach T., et le lendemain BelStars fut envahi de nouvelles recrues, les caisses débordaient. »

A propos de l’auteur
Megan Abbott est l’auteur de huit romans, parmi lesquels Fièvre (2015), Vilaines filles (2013) et La Fin de l’innocence (2012), et elle a obtenu plusieurs récompenses dont le prestigieux prix Edgar Allan Poe. Elle est docteur en littératures anglaise et américaine de l’université de New York et a également écrit pour des nombreuses publications telles que le New York Times, le Wall Street Journal, et le Guardian. Megan Abbott vit à New York. (Source : Éditions du Masque)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags :
#meganabbott #RL2016 #thriller #rentreelitteraire #avantquetoutsebrise #editionsdumasque

La chimiste

meyer_la_chimiste

La chimiste
Stephenie Meyer
Éditions JC Lattès
Thriller
traduit de l’anglais par Dominique Defert
600 p., 22,00 €
EAN : 9782709659307
Paru en novembre 2016

Où?
Le roman se déroule du Nord au Sud et d’Est en Ouest des États-Unis. On y voyage de Tallahassee en Floride jusqu’au fin fond du Texas, passant par Dallas, Shreveport et la Kisatchie National Forest, Washington, Oklahoma City, Tacoma, Chicago, Little Rock, Baltimore, York en Pennsylvanie, Philadelphie, Alexandria, Denver, Lakewood, et Boulder. Deux missions à l’étranger sont évoquées, à Uludere en Turquie et à Hérat en Afghanistan

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Elle était l’un des secrets les mieux gardés — et des plus obscurs — d’une agence américaine qui ne portait même pas de nom. Son expertise était exceptionnelle et unique. Et puis, du jour au lendemain, il faut l’éliminer au plus vite…
Après quelques années de clandestinité, son ancien responsable lui propose d’effacer la cible dessinée sur son dos. Dernière mission… ou dernière trahison ?
Alors que sa vie ne tient plus qu’à un fil, un homme que tout devrait éloigner d’elle va bouleverser ses certitudes. Comment survivre à une traque impitoyable quand on n’est plus seule ?
Dans ce roman palpitant et original, Stephenie Meyer a imaginé une nouvelle héroïne aussi émouvante que fascinante. Avec La Chimiste, elle révèle encore une fois tout son talent qui la place parmi les auteurs les plus reconnus au monde.

Ce que j’en pense
***
Autant l’avouer, j’avais besoin d’une récréation et j’étais curieux de découvrir à quoi pouvait bien ressembler le style d’un auteur adulé des adolescents pour Twilight, sa série de romans fantastiques et leur adaptation au cinéma. Car le choix de passer au thriller, après un premier roman pour adultes n’était pas sans risque. Mais le pari est gagné, car le suspense est bien mené, l’intrigue joliment construite.
Dès les premières lignes, on entre dans le vif du sujet : celle qui se fait appeler Chris Taylor est en fuite. Elle sillonne les Etats-Unis pour échapper à ceux qui veulent sa mort. Même si elle ne sait pas encore avec certitude la raison de ce contrat, elle a vite compris que le décès de son collègue Barnaby, qui travaillait avec elle dans un laboratoire secret, n’était pas un accident. Aussi, en attendant de comprendre, la chimiste fuit, empruntant les identités les plus diverses et en essayant de ne laisser aucune trace susceptible de remonter jusqu’à elle
« Consulter ses e-mails lui prenait d’ordinaire trois minutes. Après cela, elle aurait quatre heures de route – si elle ne faisait pas de détour – pour rentrer à son camp de base du moment. Il lui faudrait alors rétablir tout son système de sécurité avant de pouvoir dormir. Les jours de relève du courrier étaient toujours de petits marathons.
Même s’il n’existait aucun lien entre sa vie actuelle et cette boîte e-mail – pas d’adresse IP récurrente, ni de références à des lieux ou à des noms –, dès qu’elle avait fini de lire son courrier, et d’y répondre au besoin, elle pliait bagage, quittait la ville, pour mettre le plus de distance possible entre l’ordinateur d’envoi et elle. Au cas où. « Au cas où » était devenu son mantra. Malgré elle. Sa vie était réglée comme du papier à musique, tout était organisé, planifié, mais, comme elle se le répétait souvent, sans préparation, il n’y aurait pas de vie tout court. »
Ce sont notamment des missions en Turquie et en Afghanistan ainsi que de très nombreux interrogatoires – sa spécialité consiste à tirer les vers du nez des plus récalcitrants – qui l’ont aguerrie, l’obligeant à «infliger de la souffrance pour sauver des vies. Comme on coupe un membre gangrené pour sauver le reste du corps.»
C’est du reste pour une mission semblable qu’elle accepte de rempiler. Car les services de renseignements ont appris qu’un terroriste s’apprêtait à lancer une attaque chimique de grande ampleur et qu’il fallait le neutraliser avant que des milliers de personnes ne meurent.
Grâce à ses talents, elle parvient assez rapidement à neutraliser sa cible : Daniel Nebecker Beach, un professeur de lycée. Mais durant l’interrogatoire, elle est mal à l’aise, car elle à l’intuition que sa victime est innocente. Elle n’aura toutefois pas le temps de le vérifier car, malgré toutes précautions prises, elle est attaquée et doit d’abord sauver sa peau.
En découvrant que Kevin, le frère de Daniel, est venu à la rescousse et que ce dernier est aussi un agent secret, elle comprend qu’elle a été manipulée. Après avoir voulu réciproquement se tuer, les deux agents peuvent s’expliquer. « Tu es un problème pour la CIA. Et je suis un problème pour mon service. Ils ont monté un dossier et inventé de toutes pièces un scénario qui pourrait me convaincre de rempiler. »
Du coup, la notice nécrologique de Juliana Fortis – son vrai nom – n’est pas une couverture censée la protéger mais bien un permis de tuer. Voilà Kevin, Daniel et Alex (son nouveau nom) confrontés à une question autrement plus épineuse : pourront-ils échapper à l’un des services de sécurité les plus puissants au monde ? Peut-on se cacher et échapper à tous les contrôles ? Et, au-delà, y-t-il un moyen de faire cesser la menace ?
La cavale qui suit ne sera pas de tout repos, on s’en doute bien. Les rebondissements et l’idylle naissant entre Daniel et Alex («C’était la plus grande surprise de son existence. Ce mélange de contradictions, cette attirance irrépressible qui la rendaient incapable de la moindre analyse.») vont pimenter le récit jusqu’à l’épilogue très inattendu.
Un roman qui vous fera passer un agréable moment, mais que l’on pourra également lire comme une réflexion sur l’état d’urgence, sur les armes qu’un État peut utiliser pour combatte le terrorisme, sur les failles de nos systèmes de sécurité. Bref, un thriller bien dans l’air du temps.

Autres critiques
Babelio 
Le Figaro (Thierry Clermont)
L’indépendant (Michel Litout)
Blog The lovely teacher addictions 
Blog Le chat du Cheshire 
Blog Un polar-collectif 

Les vingt premières pages

Extrait
« Elle l’observa un moment, classant toutes les données dans deux colonnes. Colonne un : Carston était un menteur talentueux, et lui racontait une histoire à dormir debout, une façon de l’attirer dans un piège où ils pourraient en finir pour de bon avec Juliana Fortis. Et il inventait à fur et à mesure, pour jouer sur toutes ses cordes sensibles.
Colonne deux : quelqu’un avait réellement une arme biologique de destruction massive et les moyens de la déployer. Le service ne savait ni où ni quand elle serait utilisée, mais ils avaient repéré quelqu’un qui savait.
La vanité vint peser dans la balance ; elle n’ignorait pas qu’elle était douée. Ils n’avaient sans doute trouvé personne pour la remplacer. »

A propos de l’auteur
Stephenie Meyer a obtenu son diplôme de littérature anglaise à l’Université de Brigham Young dans l’Utah. Twilight, sa saga au succès international, s’est vendu à 155 millions d’exemplaires. En 2008, elle a publié Les Âmes vagabondes, son premier roman pour adultes. Il s’est vendu à plus de 5,3 millions d’exemplaires aux États-Unis et 300 000 exemplaires en France. Il a été porté à l’écran en 2013 par Andrew Niccol. Elle publie en 2016 son deuxième roman pour adultes, le thriller La Chimiste. Elle vit aujourd’hui dans l’Arizona avec son mari et ses trois fils. (Source : Éditions JC Lattès)

Site internet de l’auteur (en anglais)

Commandez le livre en ligne sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel
Tags :
#stepheniemeyer #RL2016 #thriller #rentreelitteraire #editionsjclattes #JCLattes #lachimiste

Garde-corps

martin_garde_corps68_premieres_fois_Logo

Garde-corps
Virginie Martin
Lemieux éditeur
Roman
176 p., 15 €
EAN : 9782373440737
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule principalement à Paris, avec des épisodes situés dans le Vaucluse, à Carnavat ainsi qu’en montagne, à Villons-sur-Alpes et sur la Côte d’azur, à Cannes et Saint-Tropez, sans oublier le Nord, à Beaume-lès-Douai. On croisera aussi des connaissances à San Francisco, Venice Beach, Los Angeles, New York, Genève, Oxford.

Quand?
L’action se situe de 1976 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Carnavet, début des années 1980.
Gabrielle Clair, à peine entrée dans l’adolescence, est violée par un élève de son collège. Dès lors, elle se forge un masque de fer pour transcender ce drame, et se jure de quitter cette province devenue trop étouffante.
Paris, fin des années 2000.
Gabrielle Clair, ministre, mène sa carrière avec talent. Brillante, elle passe sous les fourches caudines du pouvoir, affrontant la ¬condescendance et le machisme ordinaire. Jusqu’au jour où son chemin recroise celui de son violeur…
Des pierres sèches du Vaucluse aux ors des palais de la République, on suit le parcours de ce personnage ambigu, dans un récit mêlant sexisme et politique. Qui domine ? Qui est dominé ? Tout ¬n’est que rapport de force, et la morale n’est pas toujours au rendez-vous.

Ce que j’en pense
****
« Je suis dans ma berline de ministre… J’adore dire et redire cette phrase… Je suis dans ma berline de ministre et je vais rejoindre le Conseil des ministres. Dorures, ors, fastes, protocole, journalistes, ça monte à la tête même quand on ne le veut pas ; c’est mieux que la cocaïne, mieux que l’ecstasy ; c’est comme réussie à l’ENA tous les jours, ou son bac, ou son permis de conduire. » Quand on suit un peu les joutes politiques, on imagine très bien ce que peut ressentir une personne qui vient d’atteindre ce sommet. L’engagement, les renoncements mais aussi les trahisons, les couleuvres qu’il aura fallu avaler, les compromissions et autres petits arrangements afférents à cette conquête du pouvoir.
Si Gabrielle Clair n’échappe pas à la règle, c’est qu’elle a fait du chemin depuis sa jeunesse dans le Vaucluse. Jeune fille brillante à l’école, sprinteuse qui s’entraîne pour le 4 x 100 mètres, elle va vivre un épisode traumatisant, un viol raconté aussi crûment qu’il s’est déroulé. Un crime qui sera sanctionné d’une double peine pour la victime, puisqu’elle ne peut au yeux de beaucoup de ses camarades d’école, qu’avoir été consentante. C’est du reste inscrit au marqueur noir sur le mur du fond de son collège : «Gabrielle la pute». Quant aux parents, cela fait bien longtemps qu’ils ne se préoccupent plus d’elle. Qu’ils l’ont quasiment reléguée au rang de potiche, préférant se critiquer l’un l’autre. D’un côté le rustre «made in Vaucluse» qui n’a de passion que pour son vin, de l’autre une bourgeoise bohème qui entend jouir en toute liberté. « Je les regarde et je me demande pourquoi je suis arrivée dans leur vie. »
Elle va donc choisir elle même sa voie. Au lycée, elle élaborera un plan «pour se casser de ce bled pourri » non s’être au préalable un peu distraite en choisissant de rendre dingo vingt-quatre beaux gosses, en les séduisant puis en les oubliant tout aussi vite. Avec Purple, une amie bien déjantée, elle va partager l’avancée de son projet. Sans états d’âme et avec une méticulosité d’un cynisme glaçant. Ce faisant, elle se prépare sans doute mieux qu’avec sa formation Sciences Po puis à l’ENA, aux dures lois de la politique. Au sein des Palais de la République, elle ne va pas tarder à comprendre qu’elle est utilisée, que son travail est d’autant plus apprécié qu’il ne vient pas faire de l’ombre aux ambitions de ses supérieurs ou collègues. Et que dans ce panier de crabes, c’est bien à celui qui écartera tous les prétendants de sa route que viendra l’honneur d’accéder aux plus hautes fonctions.
La nouvelle ministre du travail excelle et le sait. C’est tout juste si tique un peu en reconnaissant le chauffeur qui lui a été octroyé, venu du Vaucluse comme elle : Patrick, son agresseur. « Ce chauffeur-violeur-de-petite-fille. Je sais que j’ai réussi mes combats en partie grâce à des monstres comme lui. C’est toute l’ironie de l’histoire. Moi, je suis en train d’y rentrer dans l’Histoire. »
Vous n’aurez sans doute aucune peine à découvrir ce qu’il adviendra de Patrick et comment le roman va basculer dans un sombre polar, car l’envie de suivre la carrière de Gabrielle ne vous quittera pas de sitôt. Ce roman est dur mais aussi parfaitement lucide, à la fois sur la place et le rôle des femmes en politique. Un roman auquel vous penserez forcément en suivant la bataille pour l’élection présidentielle en France. Un roman dont la vertu première est de vous ouvrir les yeux sur un univers vraiment aussi impitoyable qu’on l’imagine, loin des clichés. Et tant pis si les âmes sensibles se sentent mal à l’aise avec cette violence.

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Les livres de Joëlle 
Blog T Livres T Arts 
Blog Les lectures de Martine

Autres critiques
Babelio 
Wukali (Émile Cougut)
Blog Reading love time 

Extrait
« Mon école se fissure de l’intérieur. La traversée de la cour semble durer des heures…disparaître, me cacher, m’envoler, m’éclipser, retrouver mon école et l’odeur des devoirs à la maison, danser sur les lignes des romans que je dévore et rêver à une vie à moi. Les fissures sont insupportables, mon petit univers d’enfant m’échappe, je ne pleure pas, je suis un peu ailleurs.
Seul le bunker version toilettes semble résister. Je me réfugie dans cette pissotière sans âme nichée au fond de la cour : du béton grisâtre, des portes sommaires, des odeurs souvent intenables. Me réfugier dans ces toilettes, là où j’ai tiré une fois sur une cigarette, une menthol qui m’a fait sacrément tousser, là où les grands crament un paquet par jour en essayant de dissiper la fumée.
Il est 7h56 et je rentre enfin dans un endroit sans regard, sans ces yeux sur moi. Il est 7h56 et mon école s’est soudainement résumée à ces chiottes douteuses. Il est 7h56 et sur le mur du fond, inscrit au marqueur noir, je lis: « Gabrielle la pute ». » (p. 10-10)

A propos de l’auteur
Connue pour ses travaux sur le féminisme et ses analyses sur la montée des extrêmes, Virginie Martin est politologue, essayiste et chercheure. Elle est notamment l’auteure de Ce monde gui nous échappe (éditions de FAube, 2015). Elle livre ici son premier roman. (Source : Lemieux éditeur)

Compte Twitter de l’auteur 
Compte Facebook de l’auteur 

Commandez le livre en ligne (il suffit de cliquer sur la couverture)

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Tags:
#RL2016 #virginiemartin #lemieuxediteur #garde-corps #gardecorps #rentreelitteraire #premierroman #68premieresfois

Je sais pas

abel_je_sais_pas

Je sais pas
Barbara Abel
Éditions Belfond
Thriller
304 p., 19,90 €
EAN : 9782714470874
Paru en octobre 2016

Où?
Le roman se déroule principalement dans une petite ville de province qui n’est pas nommée.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
À cinq ans, on est innocent, dans tous les sens du terme…
Une belle journée de sortie des classes qui vire au cauchemar.
Une enfant de cinq ans a disparu.
Que s’est-il passé dans la forêt ?
À cinq ans, on est innocent, dans tous les sens du terme.
Pourtant, ne dit-on pas qu’une figure d’ange peut cacher un cœur de démon ?

Ce que j’en pense
****
Une famille sans histoires ou presque. Le professeur Patrick Verdier, son épouse Camille et leur fille Emma, cinq ans. Jusqu’ici, elle a suivi « le chemin bucolique d’une vie sans histoires. » Seulement voilà, Camille aimerait ne pas mourir d’ennui. Aussi, pour pimenter ce quotidien trop lisse, cette femme discrète et raisonnable «dont la beauté, plastique comme intérieure, n’a pas encore révélé toute la mesure de sa puissance» va tromper son mari avec Étienne. Employé dans un restaurant, homme de caractère à la beauté virile, ce dernier jouit de davantage de liberté. Il n’a plus de femme et sa fille Mylène a déjà trouvé un débouché professionnel. Elle est institutrice et, comme souvent dans des petites villes, le hasard veut qu’elle s’occupe d’Emma.
Le destin de l’une et de l’autre va basculer lors d’une sortie scolaire. Après une altercation – Emma ne veut pas construire de cabane avec les autres élèves en présence de Mylène – la petite fille disparaît. Au moment de reprendre le bus pour rentrer, c’est le branle-bas de combat. Il faut essayer de retrouver Emma au plus vite, car la nuit va tomber. Les premières recherches restant vaines, il faut prévenir la police et les parents. Ce sera finalement Mylène qui découvrira la petite fille dans un trou, où elle finira par glisser également en voulant porter secours.
Désormais prisonnière dans ce piège, l’institutrice va parvenir à éjecter son élève hors de l’anfractuosité afin qu’elle puisse appeler de l’aide. Quand Emma rejoint ceux qui sont partis à sa recherche, c’est le soulagement général, même si Patrick menace de ne pas en rester là et de porter plainte contre la négligence coupable de l’établissement scolaire. Pour le capitaine Dupuis, l’affaire est classée. Il peut lever le camp avec ses hommes. Personne ne s’est encore rendu compte que Mylène manque à l’appel.
Étienne va s’inquiéter de l’absence inhabituelle de sa fille et demander à Dupuis de l’aide, même s’il ne porte pas vraiment les forces de l’ordre dans son cœur. Comme Emma, qui s’est blessée en tombant dans son trou, porte le foulard de Mylène comme pansement autour de son bras, on la presse de questions. Encore traumatisée, elle répond systématiquement «Je sais pas».
Et même si le policier, Étienne et Camille se doutent que la fille cache quelque chose, personne ne réussira à lui faire dire davantage que ces trois mots qui sonnent comme le coup de grâce pour Mylène. Car l’institutrice est diabétique et doit être secourue rapidement.
Mais le temps passe, les tensions s’exacerbent. Étienne fait désormais pression sur Camille pour que sa fille parle, sur la police qui devant tant de véhémence finit par fouiller dans le passé du cuisinier pour découvrir qu’il a déjà eu affaire à la justice. Le malaise croît de page en page, car Barbara Abel a construit son thriller avec beaucoup de finesse, notamment en donnant à chaque fois au lecteur un coup d’avance.
On suit Mylène dans son trou, essayant de se sortir de son mauvais pas puis, en parallèle, l’enquête de la police, les efforts quasi désespérés d’Étienne pour tenter de retrouver son enfant (« Qu’importe l’âge de nos enfants, le monde s’écroule autour de nous lorsqu’ils sont dans la tourmente.») et ceux de Camille qui craint aussi que cette histoire ne fasse exploser son couple, que sa liaison ne finisse par éclater au grand jour. Dans ce maelstrom de sentiments et d’émotions, on en viendrait presque à oublier l’«innocente» fillette et la lourde chape de mystère qui l’entoure.
Comme on peut s’y attendre de la part d’un auteur aussi talentueux que Barbara Abel, l’épilogue va être riche de rebondissements.
Je sais que cela fait un peu cliché d’écrire qu’il est difficile de ne pas lâcher le livre avant la fin, mais c’est pourtant le cas. Je vous suggère d’essayer à votre tour…

Autres critiques
Babelio
Blog Quatre sans quatre
Emotions – blog littéraire et musical
Blog Léa Touch Book
Blog La petite chronique de Lilli
Blog Carnet de lectures
Blog Zonelivre.fr
Blog La rousse bouquine
Blog L’écume des livres
Blog Passion thrillers (Sandra B.)

Les premières pages du livre

Extrait
« Une fois le dernier élève embarqué, la directrice reprend la caisse en carton dans laquelle ne restent que quelques brassards, tandis que Bruno grimpe à son tour, suivi de Sandrine, une des surveillantes de garderie. À l’intérieur du véhicule, Éliane et Mylène, les deux institutrices, aidées de Véronique, la bibliothécaire, achèvent de placer les enfants, gérer les caprices de chacun, veiller à ce que ceux qui ont le mal des transports soient installés à l’avant, consoler l’un ou l’autre petit que toute cette agitation impressionne.
Enfin, le car est prêt à partir. Le nez collé aux vitres, les enfants agitent joyeusement les mains en direction du trottoir opposé, signes d’au revoir auxquels les parents répondent avec chaleur. Le véhicule se met en branle et s’éloigne enfin, au grand soulagement du concierge, qui émet cette fois un grognement de contentement. Si elle éprouve la même satisfaction, Mireille Cerise n’en montre rien et salue courtoisement les parents qui, enfin, se décident à quitter les lieux.
— Ils ont de la chance, avec le temps ! fait remarquer un jeune papa en passant à sa hauteur.
— En effet ! convient-elle en levant les yeux vers le ciel. Ils ont annoncé des orages, mais seulement en début de soirée. C’est une merveilleuse journée qui les attend ! »

A propos de l’auteur
Née en 1969 en Belgique, Barbara Abel est férue de théâtre et de littérature. Après avoir été élève à l’école du Passage à Paris, elle exerce quelque temps le métier de comédienne et joue dans des spectacles de rue. À 23 ans, elle écrit sa première pièce de théâtre L’esquimau qui jardinait. En 2002, son premier roman, L’Instinct maternel, lui vaut de recevoir le Prix Cognac avant d’être sélectionnée par le jury du Prix du Roman d’Aventure pour Un bel âge pour mourir, tout récemment adapté à la télévision avec Emilie Dequenne et Marie-France Pisier dans les rôles principaux. S’ensuivent Duelle en 2005, La Mort en écho en 2006, Illustre Inconnu en 2007, Le Bonheur sur ordonnance en 2009, La Brûlure du chocolat en 2010 et Derrière la haine en 2012. Aujourd’hui, ses romans sont traduits en allemand, en espagnol et en russe. (Source : Fleuve Éditions)

Site Wikipédia de l’auteur

Commandez le livre sur Amazon (il suffit de cliquer sur la couverture).

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel

Tags :
#RL2016 #thriller #polar #barbaraabel #jesaispas #rentreelitteraire #editionsbelfond #automnelitteraire

Bonneville

saulnier_bonneville68_premieres_fois_Logo

Bonneville
Laurent Saulnier
Le Dilettante
Roman
220 p., 17 €
EAN : 9782842638610
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule en France, dans une localité de campagne qui n’est pas nommée, à côté de la ville imaginaire de Crésilly-sur-Pêtre.

Quand?
Le narrateur retrace sa vie en 2014 et revient sur sa jeunesse.

Ce qu’en dit l’éditeur
C’est l’histoire d’un mec dans une auto avec des idées noires et un fort pétage de fusibles. Pourtant, au départ, rien que du paisible : une maman poule plutôt revêche qui pèse son poids d’amour étouffant sur ses deux poussins qu’elle gave de poulet, un père bientôt décédé, tout en rêve et qui se lance dans la grande aventure : acheter sans rien dire à personne une belle américaine, une vraie, une grande, une Pontiac Bonneville, trois cents chevaux et huit cylindres en V majuscule qui devient l’icône, le totem et l’emblème de la famille. Une danseuse tout en acier fin et pur nickel qu’il faut néanmoins gaver de pétrole « autant qu’un char Sherman » et bichonner à mort. Trop belle pour nous ! Si belle qu’on finit par l’admirer plus que la piloter, cette maîtresse coûteuse et défaillante. Mais peu à peu, depuis la pompe où il gagne petit, le fils de la maison, un drôle à problèmes, long comme un devis de chauffagiste, se sent pousser des ailes de chrome : à nous deux la route et la vie inimitable. Pourquoi pas moi. Et voilà notre héros lancé on the road, se rêvant le Clyde de cette Bonnie sur coussin d’air. L’aventure, hélas, va donner dans le saumâtre. Pour son premier roman, Laurent Saulnier a verrouillé les portières et bloqué les freins, on respire à peine et le mur se rapproche, ce qui ne l’empêche pas de siffloter sur le fil d’un rasoir romanesque tranchant et fatal. Vous êtes prévenus !

Ce que j’en pense
***
« Bonneville a fêté ses quarante cinq ans cette année. Modèle quatre portes sorti des chaînes en 1969, huit cylindres en V et plus de trois cent chevaux sous son long capot crème jadis aussi brillant qu’un miroir impeccablement astiqué, au moins les jours de soleil. » Si cette voiture, totalement incongrue dans cette campagne française, joue un si grand rôle dans la vie du narrateur, c’est qu’il n’a quasiment plus qu’elle pour s’imaginer un avenir radieux. Son père, qui a fait la folie d’acheter ce véhicule consommant un maximum et qui n’a jamais vraiment fonctionné, est décédé. Sa mère n’a d’intérêt que pour ses poules et sa sœur s’active à changer d’amant presque comme de chemise.
Après une scolarité difficile, passée par un lycée technique où seul l’ami Albéric, qui s’amusait à trancher la tête des animaux qui croisaient sa route, le distrayait un peu, il a fini par trouver un emploi à la station-service de l’autoroute. Là il imagine la destination des clients qu’il croise et rêve de les rejoindre au volant de sa belle américaine. Mais pour cela, il faudrait réparer Bonneville et avoir davantage d’argent.
C’est à partir de ce constat que les choses vont commencer à se gâcher. Il pense avoir trouvé la solution en crochetant des voitures en stationnement et en dérobant leur contenu. Facile à dire, moins facile à faire. Le premier larcin est un… petit cercueil accompagné d’une menace de mort. Par un jeu de circonstances aussi cocasses que dramatiques, ce vol va l’entraîner à commettre un meurtre, puis un autre… Un engrenage dont il ne va pas pouvoir se sortir.
Laurent Saulnier réussit à nous faire aimer ce jeune homme à tel point qu’on lui pardonnerait même ses méfaits. Plus comédie dramatique déjantée que chronique de la misère sociale, son roman est une sorte de road-movie à la française. Sauf que la voiture ne fait que sortir du garage, que la grande évasion se limite à une virée chez le boucher de la ville voisine et que le grand amour n’est qu’un fantasme, une charmante jeune fille à la poitrine généreuse qui poserait ses pieds nus sur le tableau de bord et qui s’appellerait Julia.
Au fil des pages, on se dit que le pire est de plus en plus sûr. Ce qui ne nous empêche nullement de nous régaler à suivre les pérégrinations de cet assassin malgré lui. Un petit bijou loin du politiquement correct. Un vrai régal !

Autres critiques
Babelio
Wukali.com (Émile Cougut)
Benzine Mag. (Denis Billamboz)
Blog Mes impressions de lecture

Extrait
« C’est alors que tout a basculé. Je n’ai rien vu venir, juste ce type entre deux âges qui se promenait là, je n’aurais jamais pu me douter du danger qu’il représentait pour Bonneville et moi, pour ma vie tout court. Un malheureux concours de circonstances, au fond, mais j’étais sur le point de commettre un meurtre. »

A propos de l’auteur
Né à Cherbourg, Laurent Saulnier n’a qu’un seul point commun avec Clint Eastwood: il vit le jour un 31 mai. Bonneville est son premier roman. (Source : Éditions Le Dilettante)

Commandez le livre en ligne
Amazon

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Moro-sphinx

ESTEVE_Moro-sphinx

68_premieres_fois_Logo

Moro-sphinx
Julie Estève
Stock
Roman
184 p., 18 €
ISBN: 9782234080959
Paru en avril 2016

Où?
À l’exception d’une escapade dans les Cyclades (Santorin, Milos, Adamas), le roman se déroule à Paris, dans le XIVe près du Parc Montsouris, et banlieue, par exemple à Saint-Germain-en-Laye ou Pantin.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Lola est une trentenaire parisienne, comme les autres. Enfin pas tout à fait. Jamais la phrase dite par Charles Denner dans L’homme qui aimait les femmes de François Truffaut n’a été si bien appliquée : les jambes des femmes sont des compas qui arpentent le monde en tous sens. Lola arpente la ville, amazone, chaque fois que son envie devient plus forte que la raison, l’homme succombe, chasseur devenant proie, même le plus repoussant. À la fin de l’acte, clac, elle lui coupe un ongle. Lola, c’est M la maudite, aux pulsions guerrières. Elle semble sortie d’un manga, bouche rouge et grands yeux. Jusqu’à ce que Lola tombe amoureuse. Mais est-elle vraiment faite pour l’amour ? Et si la passion, c’était la fin du rêve ?

Ce que j’en pense
****
Voilà un roman qui commence très fort, par un homicide à l’aide de couteaux de cuisine en céramique (voir extrait ci-dessous). L’occasion, si je puis dire, de mettre le lecteur en appétit. On sait d’emblée de quoi Lola est capable et on s’imagine le traumatisme qu’elle a dû subir pour en arriver à de telles extrémités.
Pour un premier roman, Julie Estève fait montre d’un beau savoir-écrire et parvient à ménager le suspense, à nous livrer chapitre après chapitre les bribes d’une vie qui se dissout dans une sorte d’ordinaire peu ordinaire.
Car Lola a trouvé dans l’alcool et plus encore dans le sexe, on moyen d’oublier sa solitude. Elle aligne les amants comme un collier de perles, entre les habituels tels que le cordonnier et sa cave aménagée et les occasionnels qui ne la reverront plus. Son rituel consistant à leur arracher à tous un ongle, avec l’idée de remplir tout un bocal de ces bouts de corne. Et ma foi, les beaux ongles manucurés se mélangeant aux crasseux, le petit tas va croître jour après jour.
« Il faut qu’elle trouve de la peau, qu’on la prenne, qu’elle sente en elle un corps et que son corps se gorge d’amnésie. » Parce que Lola a perdu sa mère à huit ans «en morceaux sous les roues d’une voiture. On n’en revient pas.» D’autant que son père va quant à lui trouver dans l’alcool de quoi oublier…
On suit la Princesse dans ses pérégrinations, de bar en fête foraine, des rayons de magasins en simple regard croisé dans la rue. « Elle avait remarqué les ongles blancs manucurés du type. Tout de suite, elle avait eu envie d’eux dans sa collection. Elle avait eu envie de ça comme un caprice distrait la douleur. »
Sauf que la douleur ne part pas. Que le mal s’installe. Qu’il ne la quitte plus. Qu’il l’épuise. « Elle pourrait retourner au supermarché, acheter des lames de rasoir, fondre sous le jet chaud de la douche et se taillader les veines. Ça coûte rien de crever. Trois euros. Trois petits euros pour mettre en pièces les cris de son corps et faire que tout s’arrête, les minutes, les mois, les années. Gagner l’autre rive, l’oubli durable. Trois petits euros pour affranchir l’esclave et achever la solitude. »
À moins que l’amour, le vrai, ne vienne mettre un terme à cette dérive. Mais Lola est-elle prête pour cela ? Et son compagnon se doute-t-il du drame intérieur qui ronge Lola ? Ne s’agit-il pas plutôt d’un « piège à cons dans lequel on se jette en sachant très bien que ça coupe, que ça blesse. »
Sous couvert d’un drame qui couve, Julie Estève nous livre une fable cruelle sur l’amour et ses illusions, sur les clichés qui n’ont pas la vie si dure que cela, sur les choses à dire et à ne pas dire et sur la durée de vie d’une relation, surtout au regard de son intensité. Avec beaucoup de justesse et sans tabous. Ce qui donne à ce conte froid une vraie justesse que les amateurs d’histoire à l’eau de rose éviteront soigneusement !

68 premières fois
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Les livres de Joëlle
Blog Anita & son Bookclub (Anita Millot)
Blog Les carnets d’Eimelle (Eimelle Laure)
Le blog d’Eirenamg (Nathalie Germinal)
Blog Le chat qui lit (Nathalie Cez)
Blog Les battements de mon cœur (Albertine Proust)
Blog Les jardins d’Hélène (Laure Alberge)

Autres critiques
Babelio
France Info (Info culture – Thierry Fiorile)
L’Express (Marianne Payot)

Extrait
« Elle n’en peut plus de ces ronflements. Ça devient exaspérant, à la longue, ce ramdam. Son père aussi bourdonnait, comme si un essaim de frelons s’était logé au fond de sa gorge. Elle pourrait le secouer gentiment, siffler quelques notes mais ça ne réglerait pas le problème. Sans parler du reste des choses à redire, c’est inépuisable. Tiens, l’autre soir, il s’est endormi sans une caresse à son endroit. Ça commence par un rien et ça finit dans une longue traînée d’amertume. Elle a le trac car bientôt il l’aimera dans la normalité ou pire, par habitude. Et c’est insupportable. Elle met la main devant la bouche pour étouffer un cri et elle marche vers la cuisine. Quatre couteaux en céramique sont campés en rang d’oignons, du plus petit au plus grand, comme les Dalton et c’est idiot, dans un bloc noir sur l’étagère à poivre, sel, vinaigre, fines herbes et condiments. Elle extrait la lame longue. « Sandoku » est gravé en italique sur le manche. Elle tient la chose, fort dans la main droite. Elle le voit dans le bâillement de la porte, elle entend les raclements de nez, irréguliers et inégaux. Elle se dirige vers lui, se met à genoux au pied du lit. Il est plein de plis et de draps. Elle lui sourit, c’est très tendre et elle lui plante le Sandoku en plein dans le cœur. » (p. 8-9)

A propos de l’auteur
Julie Estève a 36 ans. Moro-sphinx est son premier roman. (Source : Editions Stock)

Commandez le livre en ligne
Amazon

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Maestra

HILTON_maestra

Maestra
L. S. Hilton
Robert Laffont, collection La bête noire
Thriller
Traduit par Laure Manceau
384 p., 18,90 €
ISBN: 9782221191170
Paru en mars 2016

Où?
Le roman se déroule principalement à Londres, mais aussi dans quelques lieux de villégiature, à Cannes , Antibes, Saint-Paul de Vence puis à Gaète, une ville côtière au Sud de Rome ainsi qu’à Côme et Bellagio. Milan, Rome, Venise, Courchevel et Paris seront d’autre étapes du périple de Judith.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Le thriller le plus scandaleusement original que vous lirez cette année.
Le jour, Judith Rashleigh est assistante dans un hôtel de ventes aux enchères londonien qui l’exploite malgré ses diplômes et son talent. La nuit, elle officie dans un bar à hôtesses ou elle séduit sans effort.
Judith sait qu’elle doit jouer le jeu. Pour faire carrière et pour charmer les hommes, elle a appris à être une gentille fille… Jusqu’à ce qu’elle découvre une gigantesque escroquerie autour d’une fausse toile de maître. Licenciée avant d’avoir pu faire éclater le scandale, Judith décide de fuir avec un riche client sur la Côte d’Azur. Là-bas, un monde décadent et corrompu les attend. Là-bas, elle goûtera à la vengeance. La gentille fille deviendra femme fatale.
Traduit dans 40 pays et déjà en cours d’adaptation par la productrice de Millénium et la scénariste de La fille du train, Maestra est le premier volet d’une trilogie noire et érotique.

Ce que j’en pense
***
Difficile de faire l’impasse sur l’opération marketing qui a présidé à la sortie mondiale de ce livre. Maestra paraît simultanément dans 40 pays. Les droits ont d’ores et déjà été achetés pour une adaptation cinématographique et l’auteur a déjà touché plusieurs millions de dollars pour ce qui est vendu comme un thriller érotique surpassant Cinquante nuances de Grey. Les Éditions Robert Laffont ont remporté les enchères françaises et nous assurent à grand renfort de publicité «le thriller le plus scandaleusement original que vous lirez cette année, avant de renouveler l’opération avec le lancement des tomes deux et trois.
Avant de faire la connaissance de la belle et sulfureuse Judith Rashleigh, j’ajouterai que j’ai apprécié ce livre, car tous les ingrédients sont fort bien agencés. Un peu comme si un cuisinier amateur avait suivi les conseils d’un grand chef pour réussir son plat principal.
Judith travaille à Londres pour le compte d’une maison de ventes aux enchères d’œuvres d’art. Elle a beau être diplômée, on la relègue à des tâches subalternes. Pour soigner sa frustration, elle va suivre une amie dans les chaudes soirées de la capitale et ne va pas tarder à arrondir ses fins de mois en tant qu’escort girl de luxe avec des «quinquas, qui, l’espace de quelques heures, voulaient se faire croire qu’ils avaient un vrai rencard, avec une vraie fille, jolie, bien habillée, avec de bonnes manières, une fille qui avait envie de bavarder avec eux.» Ce mal nécessaire va lui permettre de croiser quelques personnalités et de profiter de leurs largesses, notamment de voyages et de cadeaux. Autant elle est respectée au Club, autant elle est déconsidérée dans son travail, même lorsqu’elle découvre une escroquerie potentielle, un tableau attribué à un grand maître ne serait qu’une copie.
Son destin va basculer lorsque, sur la Côte d’Azur, une partie de jambes en l’air se termine mal et que son amant meurt.
Avec l’amie qui l’accompagne, elle décide prendre la fuite vers l’Italie. Entre yachts de luxe et luxure, elle ne va pas oublier le monde de l’art. Et va trouver un moyen de se venger de son patron indélicat. C’est qu’au fil du temps, elle se construit une carapace rose à l’extérieur et noire à l’intérieur. Que les scènes érotiques très crues voisinent avec l’étude du marché de l’art et le roman noir. Judith devient petit à petit familière avec la souffrance et n’hésite pas à éliminer les gêneurs : « Je pouvais encaisser des choses trop dures à encaisser pour d’autres, et ça voulait dire que je pouvais les commettre, aussi. J’avais agi ainsi, et en avais tiré un soulagement intense. »
Si le style est nettement plus travaillé que dans les nuances de Grey – écrit à la hache –, c’est avant tout par la mise en scène d’une femme volontaire qui mène les débats et agit dans son propre intérêt que Maestra est une réussite. La maîtresse femme fatale va parvenir à échapper à la police, réussir une opération très lucrative, et nous donne rendez-vous pour la suite de ses aventures avec… maestria.

Autres critiques
Babelio
L’Express (Delphine Peras)
Terrafemina
Blog Au bordel culturel
Blog Quatre sans quatre
Blog Les lectures de Mylène
Blog Que lire?

Les 20 premières pages

Extraits
-16
« J’ai continué ce petit jeu un moment, mais je n’avais aucun moyen de savoir s’il était excité ou non ; son visage était cramoisi depuis qu’on avait déjeuné au soleil. Je l’ai fait rouler sur le dos, j’ai délacé mon caraco pour qu’il voie mes seins et j’ai manœuvré jusqu’à ce que mon visage se retrouve au-dessus de son entrejambe, le cul en l’air positionné de façon qu’il voie ma chatte par la fente de la petite culotte. Sa queue était minuscule, un petit bout de chair de cinq centimètres qui dépassait d’un épais coussin poilu. J’avais mis une capote dans ma sandale, mais je ne voyais pas comment j’allais la lui enfiler, ni comment lui pourrait m’enfiler – Dieu merci, mais bon, il allait bien falloir qu’il prenne son pied quand même.
— Est-ce que tu mérites de jouir, vilain garçon ?
— Oui, s’il vous plaît !
Clac.
— S’il vous plaît qui ?
— S’il vous plaît, maîtresse !
— Et qu’est-ce que tu veux ?
Il a encore fait cette moue, puis s’est mis à zozoter, encore plus dégoûtant. »

«Allongée là, le souffle profond, une jambe tombée par terre, je sentais mon clitoris humide qui palpitait encore. C’est ça, le vrai pied, pour moi. Pas seulement le plaisir de la chair, mais le sentiment de liberté et d’invulnérabilité que je retirais à me faire écarter les cuisses et baiser par un parfait inconnu…»

A propos de l’auteur
L.S. Hilton a grandi en Angleterre et a vécu à Key West, New York, Paris et Milan. Après avoir obtenu son diplôme à Oxford, elle a étudié l’histoire de l’art à Paris et à Florence. Elle a été journaliste, critique d’art et présentatrice. Elle vit actuellement à Londres. (Source : Éditions Robert Laffont)

Commandez le livre en ligne
Amazon

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel

Une allure folle

SPAAK_Une_allure_folle

Une allure folle
Isabelle Spaak
Éditions des Équateurs
Roman
220 p., 17 €
ISBN: 9782849904336
Paru en février 2016

Où?
Si le roman se déroule principalement en Belgique, et plus particulièrement à Bruxelles, deux autres pays y jouent un rôle important l’Italie et la France. Les villes traversées par les personnages au court du récit sont Cannes, Rome, Gênes, Piacenza, Muralto, Venise, Trieste, Fiume (Rijeka), Paris, Nice, Anvers, Knokke-le-Zoute, Rochefort, Ciney, Bourg-Léopold, Hasselt, Bilzen. Londres fait aussi partie des voyages évoqués.

Quand?
L’action se situe du début du vingtième siècle à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Une femme part sur les traces de sa grand-mère, Mathilde, et de sa mère, Annie, deux personnages à l’allure folle et à la joie de vivre épatante, qui furent mises à l’index de la société.
À l’aide de photos et de lettres, la narratrice mène une enquête édifiante. Derrière les mauvaises réputations, les hommes, les fêtes et les scandales, elle découvre de vraies héroïnes. Entre réalité et fiction, faux-semblants, mensonges et vrais sentiments, les retournements de situation se succèdent. Ils nous emportent au galop entre la Belgique, la France et l’Italie.
Une histoire de femmes libres où la comédie tient le bras à la tragédie jusqu’à un point inconcevable.

Ce que j’en pense
***
Comment écrire l’histoire de sa famille ? C’est à cette question qu’Isabelle Spaak tentait de donner une première réponse avec son premier roman, Ça ne se fait pas (2004), dans lequel elle racontait la fin tragique de ses parents en 1981. On retrouve du reste la scène de l’assassinat de son père, le diplomate Fernand Spaak, par sa mère puis de son suicide par électrocution dans ce nouveau livre.
Car la petite-fille du grand Européen Paul-Henri Spaak n’en a pas fini avec sa généalogie. Découvrant papiers, documents, lettres et photographies, elle s’attaque cette fois aux femmes de la famille. À commencer par sa grand-mère Mathilde dont on comprend très vite que le portrait «officiel» ne rend pas compte de toutes les facettes de cette femme étonnante à bien des égards. «Une femme futile, uniquement préoccupée d’elle-même. C’est le portrait de Mathilde vue par maman.» Un portrait que la vieille dame semble prendre un malin plaisir à alimenter en adressant des cartes de vœux depuis la Côte d’Azur où elle semble passer une retraite paisible après une vie pour le moins mouvementée.
Elle a rencontré Armando, un riche Italien, dans les années 20 à Bruxelles. De ce couple illégitime naîtra une fille, Annie – la mère de l’auteur – qui prendra le nom de son père de manière illicite. L’étranger numéro 703152 «a passé sa vie à solliciter des visas d’entrée dans son pays d’adoption, contrée de brumes, de landes, de ports, de forêts giboyeuses. Une terre où il se sent appelé par les souvenirs et le cœur.» Mais sa situation conjugale mêlée au fracas des armes rendront la chose impossible. Il mettra toutefois un point d’honneur à assurer l’indépendance financière de Mathilde et de sa fille et organisera les meilleurs soins à Paris lorsqu’elles seront toutes deux victimes d’un grave accident de voiture.
La Seconde Guerre Mondiale servira aussi de révélateur en ce qui concerne Annie qui a épousé Guillaume et se rêve une vie loin des turpitudes de ses parents. «Maman toujours si droite, si pure, elle qui voulait tellement que sa vie soit parfaite. À la fin de la guerre, quand le contact avait été renoué avec Armando toujours coincé en Italie, Guillaume utilisait le terme de ménage exemplaire pour décrire son bonheur conjugal. Trois bambins adorables, une excellente maman, un home à la campagne. Nous nous suffisons à nous-mêmes, n’est-ce pas la preuve de l’accord parfait ? hasardait Guillaume comme s’il voulait s’en persuader.»
Mais dans la Belgique de l’après-guerre les choses bougent vite. Entre épuration et question royale, entre promotion pour Guillaume le Résistant et troubles politiques, Annie – que l’on découvrira tout autant, sinon encore davantage Résistante – choisit de quitter son foyer, d’épouser son amant et d’assumer le qu’en dira-t-on : «Je ne dis pas que maman a eu raison de quitter Guillaume et leurs trois enfants pour vivre sa passion avec mon père, tout recommencer, donner naissance à trois autres enfants, construire une autre famille, la mienne. Et à nouveau tout ficher par terre. Mais qu’elle aurait été sa vie si elle était restée ?»
Si l’auteur n’en a pas fini avec les questions, elle nous offre une réflexion lucide et passionnée sur les rouages qui construisent et détruisent les couples, sur la façon d’«inventer» les histoires familiales et de les transmettre, sur la manière d’explorer les drames et les secrets et de sans cesse réécrire le roman de sa vie, avec une allure folle !

Autres critiques
Babelio
Le JDD (Marie-Laure Delorme)
La Croix (Francine de Martinoir)
Télérama
France Info (Le livre du jour – Philippe Vallet)
ActuaLitté (Cécile Pellerin)
Le Carnet et les Instants (Laurence Ghigny)
Blog Ma toute petite culture

Extrait
«Mathilde, la moquée, Mathilde, la disputée, Mathilde, la déjantée, Mathilde et ses frasques, ses amants, ses caprices, son inconstance, Mathilde la mise de côté à laquelle maman ne voulait surtout pas rassembler, Mathilde disparaissait et, avec elle, contre toute attente, la colonne vertébrale de ma mère. C’est cela que j’aurais dû comprendre. » (p. 81)

A propos de l’auteur
Isabelle Spaak est journaliste et écrivain. Elle est notamment l’auteur de Ça ne se fait pas (Prix Rossel). (Source : Éditions des Équateurs)

Site Wikipédia de l’auteur

Commandez le livre en ligne
Amazon

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

L’envers de l’espoir

BORRMANN_Lenvers_de_lespoir

L’envers de l’espoir
Mechtild Borrmann
Le Masque
Thriller
traduit de l’allemand par Sylvie Roussel
288 p., 19 €
ISBN: 9782702442456
Paru en avril 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en Allemagne et en Ukraine, à Düsseldorf, Kranenburg, Zyfflich situé à quelques kilomètres de la frontière néerlandaise et de la ville de Nimègue et à Kiev, Pripiat, Tchernobyl et aux environs.

Quand?
L’action se situe en 2010 et les mois suivants avec en parallèle la rédaction d’un journal qui retrace l’époque qui a précédé et suivi l’accident à la centrale nucléaire de Tchernobyl en 1986.

Ce qu’en dit l’éditeur
Valentina vit dans la zone interdite de Tchernobyl.Les seuls habitants de cet endroit maudit sont ceux qui n’ont pas d’autre choix ou qui cherchent à se cacher. Cette femme usée par la vie attend désespérément le retour de sa fille dont elle n’a plus de nouvelles depuis des mois. Elle semble avoir disparu, comme beaucoup d’autres étudiantes parties pour l’Allemagne avec une bourse en 2009. Pour combler le vide et garder l’espoir de la retrouver, Valentina consigne dans un cahier, à la lumière de la bougie et dans le froid glacé de l’hiver, l’histoire de sa vie, avant et après la catastrophe.
Dans le même temps, en Allemagne, Matthias Lessmann cache une jeune ukrainienne qu’il a recueillie un matin d’hiver alors qu’elle tentait d’échapper à de mystérieux hommes en 4 X 4 noir. En lui venant ainsi en aide, Lessmann est loin d’imaginer à quel point sa vie va basculer…

Ce que j’en pense
****
J’ai découvert Mechtild Bormann avec ce livre et ai vite compris pourquoi cette romancière a été couronnée pour ses précédents ouvrages par le Prix du meilleur roman policier allemand et le Grand Prix des Lectrices Elle 2015 dans la catégorie polars : elle sait indéniablement attraper son lecteur et le tenir en haleine avec une histoire formidablement bien ancrée dans le réel.
Cette fois, il s’agit de la catastrophe nucléaire de Tchernobyl et de ses conséquences, de la difficile situation géopolitique de l’Ukraine et des espoirs suscités par le changement de régime ainsi que des mafias et des filières de prostitution. Le fait que la plupart des situations évoquées ici soient totalement crédibles, voire authentiques, ne rend le récit que plus intéressant et plus effrayant.
Tout commence en Allemagne, avec l’errance d’une jeune fille court vêtue, alors que l’hiver s’est abattu sur le pays. Paniquée, elle cherche refuge dans l’exploitation agricole de Matthias Lessmann. Le vieil homme se rend vite compte que secourir cette inconnue ne lui apportera que des ennuis, mais son instinct est plus fort que sa raison. S’il se rend très vite compte que des tueurs sont au trousse de la jeune fille et qu’il va falloir se défendre, il ne peut éviter la tentative de suicide de la désespérée. Il se débarrasser de l’un des malfrats – ce qui le liera au destin de sa protégée – réussira à la sauver et à la cacher. À partir de là, Matthias va pouvoir essayer de reconstituer le parcours de Nadia (qui s’appelle en fait Olena). Avec une amie, elle était censée venir en Allemagne pour suivre un semestre à l’université. Mais au lieu de cela, elle s’est retrouvée sous le joug de souteneurs qui les retenaient dans une maison close avant leur transfert aux Pays-Bas.
Pendant ce temps, sa mère essaie d’avoir des nouvelles. Elle continue d’habiter la zone de contamination délimitée à la suite de l’accident nucléaire de Tchernobyl en 1986, lutte contre les taux élevés de radiation, le froid de l’hiver, le manque de moyens et les mensonges de l’administration.
Aussi, en attendant un signe venu d’Allemagne, décide-t-elle de coucher sur le papier la «vraie histoire», de témoigner de ce qui s’est vraiment passé et comment la population a littéralement été sacrifiée. Le lecteur va alors suivre en parallèle les deux récits qui finiront par se rejoindre pour l’épilogue.
D’un côté, Matthias Lessmann va essayer de retrouver Katerina, la compagne de Nadia en visitant les bordels de Nimègue. De l’autre côté Leonid, membre de la milice ukrainienne, mène sa propre enquête et découvre bien vite qu’il serait plus sage de ne pas poser trop de questions. Entre corruption et manque d’organisation, il va vite se retrouver seul et se rendre compte qu’une taupe œuvre au sein de la police. Mais sa soif de comprendre et la promesse qu’il a faite de retrouver les jeunes filles vont le pousser à continuer, quitte à agir sans l’aval de sa hiérarchie, jusqu’à se rendre en Allemagne avec une poignée d’euros.
Des personnages bien campés, autant du côté du bien que du mal, un scénario très travaillé, une construction audacieuse mais dans laquelle on ne se perd à aucun moment font de ce livre l’un des meilleurs polars de l’année. Une fois refermé, je suis persuadé que, comme moi, vous aurez envie de vous précipiter sur les deux autres livres de Mechtild Bormann déjà disponibles Rompre le silence et Le Violonniste.

Autres critiques
Babelio
Blog Lettres Exprès
Blog Appuyez sur la touche lecture

Extrait
« Il s’assit et dit :
– Va dormir.
– Elle se leva et alla lui chercher une bière :
– Si Bülent vient…
Il la coupa :
– On avisera.
Elle s’appuya contre le réfrigérateur, il but la bière et, quand il la regarda, il prit conscience qu’ils étaient dorénavant liés l’un à l’autre. Non pas alliés, comme ils l’étaient, Vera et lui, mais liés par des chaînes, et il croyait déjà les sentir. Des semaines plus tard, en repensant à ce jour-là, il nota que pas une seule fois il n’avait envisagé d’appeler la police. »

A propos de l’auteur
Mechtild Borrmann est née en 1960. Elle vit à Bielefeld, dans le Rhin inférieur. Après une formation en thérapie par la danse et le théâtre, elle s’est lancée dans la restauration. Elle se consacre désormais à l’écriture. Ses cinq livres publiés en Allemagne ont été salués par la critique. Rompre le silence, son premier roman traduit en français paru aux Éditions du Masque en 2013, a obtenu le prix du meilleur roman policier en Allemagne (Deutscher Krimipreis, 2012). Le Violoniste (Masque, 2014) a reçu le Prix des lectrices de Elle en 2015. (Source : Editions JC Lattès)

Commandez le livre en ligne
Amazon

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel

Sur une majeure partie de la France

COURTES_Sur_une_majeure_partie

Sur une majeure partie de la France
Franck Courtès
Jean-Claude Lattès
Roman
270 p., 19,00 €
ISBN: 9782709650588
Paru en janvier 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en Seine et Marne, près de Meaux et Chelles, dans de slieux qui ont pour nom Mortcerf, Gisvres, Tancreux, Évril-en-Multien ou Fuvières. Paris est également évoquée.

Quand?
L’action se situe de nos jours, avec l’évocation de souvenirs de l’enfance du narrateur jusqu’à la période contemporaine, sur à peu près trente années.

Ce qu’en dit l’éditeur
Comment raconter cette impression de dépossession quand je retourne à la campagne ? Une campagne où je n’ai pas grandi mais où j’ai fait grandir en moi, lors des weekends et des vacances, la certitude que la beauté était en péril ?
Inspiré par mes souvenirs, j’ai voulu dérouler les destins parallèles de deux enfants, Quentin et Gary, sur une période de trente années, dans un village situé à moins de 80 kilomètres de Paris, passé du paradis à l’enfer.
Enfant sensible, Quentin aime profondément la nature ; Gary, lui, inquiète déjà par sa sauvagerie et son agressivité. En grandissant, Quentin s’éprend d’une jeune fille nommée Anne ; ils échangent leurs premières étreintes tandis que Gary s’entoure d’un gang, vole, fume et se met à écouler de la drogue fournie par les Marocains de la cité voisine, allant jusqu’à embringuer le jeune frère de Quentin.

Ce que j’en pense
****
Ce roman pourrait être le récit d’un fait divers sordide, l’un de ceux qui font régulièrement la manchette des quotidiens régionaux. Il s’agit en l’occurrence d’un homicide. Emporté par sa soif de violence et de vengeance, un jeune homme tue l’une de ses connaissances, presque un ami.
Mais au-delà de ce règlement de compte, Franck Courtès nous offre une chronique de cette France dite profonde. Une France qui a énormément changé et dont le narrateur, parti vivre à Paris, à la nostalgie.
Au moment où commence le livre, il prend la direction de «sa» campagne avec son épouse et ses enfants. Il a envie de retrouver ce coin de terre où il a passé son enfance et où la nature avait beaucoup à lui offrir : «Ma passion pour cette terre, cette liberté, cette beauté attachait pour toujours mon être au paysage. Car le paysage donne lieu à l’amour.»
Un paysage qui va se modifier à la fois par les bouleversements de l’agriculture et l’usage intensif de pesticides et par la pression démographique qui voit la création de cités à quelques encablures des champs. «Enfant toujours je devinais qu’on voulait en finir avec la campagne. J’en profitais jusqu’à l’épuisement. Chaque action humaine la détruisait un peu plus.»
À ses côtés, il y a Quentin, le fils de Geneviève et Tikiti. Lui aussi aime cette nature, aime faire des découvertes, apprend quasi instinctivement la faune et la flore qui s’y épanouissent.
Une période durant laquelle il partage les jeux avec les enfants du village, mais qui va prendre fin dès que d’autres centres d’intérêt prennent le relais… «À l’adolescence, les bals, les filles et les cafés en ville les attiraient davantage que les chemins ou le marais. J’y ai goûté un peu, aux filles et à l’alcool surtout, avant de me retrancher sur mes terres, c’est-à-dire celle des autres. Les jeunes filles étaient compliquées à aborder pour un garçon immature comme moi. Elles me donnaient l’impression d’avoir une épargne à protéger ; un trésor qu’elles négociaient longuement jusqu’à me rendre malade les fois où j’étais vraiment amoureux.»
Quentin s’amourache d’Anne et finira par la mettre enceinte. Gary, quant à lui, va filer un bien mauvais coton, car «Dans les terres dévitalisées de l’Île-de-France, les graines de violence prenaient bien.»
Après plusieurs renvois de l’école, il avait trouvé comment s’en sortir: «Chaque jour, un garçon d’origine marocaine de la petite cité de Fuvières lui fournissait un haschich bon marché venu du Maroc (…) qui n’en avait presque plus que le nom, tant il était coupé de terre, de henné, de colle, de paraffine, d’acide de batterie, d’huile de moteur, de benzène, de phénols, le tout s’attaquant au foie, aux reins, bouchant les artères, décimant les neurones.» Déjà, on sent le drame sous-jacent. Car si chacun entend faire l’expérience de cette drogue, nombreux sont aussi ceux pour qui l’argent facile est paré de vertus que ne peut avoir la dure vie dans les exploitations agricoles. Par exemple pour Benoît, le jeune frère de Quentin. Aveuglé par des promesses fallacieuses, il va vouloir se lancer dans le trafic et oublier les conseils de son aîné. D’autant que ce dernier est également confronté à un autre problème : son amie Anne est enceinte et entend garder leur enfant.
Avec un vrai sens de la construction, Franck Courtès relève, chapitre après chapitre, l’intensité dramatique. À l’image de ce shit qui circule beaucoup dans la région, histoire de semer l’envie pour récolter le besoin, l’auteur pose un à un les jalons qui vont conduire au drame annoncé.
Un roman dur et âpre, une belle réussite avec une pointe de nostalgie. À moins qu’il ne s’agisse d’une mise en garde contre une société qui perd ses valeurs.

Autres critiques
Babelio
Blog A bride abattue
Blog L’Homme qui lit
Blog de Michel Collart

Extrait
« Autour, à l’horizon, c’était l’agriculture, les champs de blé, de maïs, les prés à vaches noires à motifs blancs. Et puis encore des forêts ; la campagne française.
Une campagne féerique six semaines par an. Une semaine l’hiver, quand le silence faisant ses premiers pas, la neige dessinait en noir et blanc des paysages immaculés, à l’allure médiévale, dans lesquels les chiens en courant traçaient des lignes sombres.
Et environ cinq au début de l’été, quand la terre frémissait, lorsque surgissait des recoins, du fond des jardins, des bords de route, une végétation foisonnante et menaçante, plongeant les chemins dans la pénombre, les bouchant comme un mauvais cholestérol. Car ici, c’était le règne de l’ortie, de la ronce, des mauvaises herbes en tout genre, fraîches comme des salades, en couronnes, en cascades, en explosions. Une sauvagerie verte qui semblait un mystère tant elle renaissait de rien, comme installée en quelques nuits par un jardinier ivre. Les liserons blancs paraient d’une robe princière la plus vulgaire des broussailles. Dans la plaine et dans le vent, derrière la forêt, des blés verts accrochaient le soleil.
Les mois restants, la campagne n’était que brume et boue, des temps de craie, un soleil pâle, roulé dans la farine, une humidité à vous glacer le cou, à vous faire rentrer la tête dans les épaules, les poings dans les poches, les angines à répétition. À l’horizon, les dents des grandes roues de tracteurs mordaient la terre chocolat de l’automne. »

A propos de l’auteur
Franck Courtès fut photographe pendant vingt ans. Vingt années de voyages autour du monde, de rencontres (des Daft Punk à Michel Legrand, de Franck Ribery à Patrick Modiano) dans lesquelles il puise pour raconter. Il est l’auteur d’un recueil de nouvelles très remarqué, Autorisation de pratiquer la course à pied (Prix de la Société des Gens de Lettres 2013), et d’un roman, Toute ressemblance avec le père (2014). (Source : Editions JC Lattès)

Commandez le livre en ligne
Amazon

Mes livres sur Babelio.com


Focus Littérature

Badge Lecteur professionnel