Une vie sans fin

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En deux mots:
Entendant tenir la promesse faite à sa fille de ne pas mourir, Frédéric Beigbeder va enquêter dans les laboratoires de recherche à travers le monde et tester quelques méthodes novatrices. Un placement de père de famille?

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

La mort de la mort

Enquêtant sur les recherches menées pour prolonger la vie, Frédéric Beigbeder nous livre par la même occasion les recettes pour prolonger le roman. Vertigineux!

Quatre ans après Oona & Salinger, voici Frédéric Beigbeder de retour avec Une vie sans fin. Un roman qui n’a pas de fin non plus, mais plusieurs débuts. Il y a d’abord une question de sa fille Romy et la promesse, un poil présomptueuse, qu’il va falloir essayer de tenir :
« — Papa, si je comprends bien, tout le monde meurt? Il va y avoir grand-père et grand-mère, puis ce sera maman, toi, moi, les animaux, les arbres et les fleurs?
— T’inquiète pas chérie, lui ai-je répondu, à partir de maintenant, plus personne ne meurt. »
Il y a ensuite la carrière d’animateur de l’auteur, organisant une émission autour de «La mort de la mort» avec des sommités telles que Laurent Alexandre, Stylianos Antonarakis, Luc Ferry, Dimitri Itskov, Mathieu Terence et Sergueï Brin de chez Google et qui va donner envie d’approfondir le sujet. Il y a enfin l’histoire familiale, qui ne peut laisser indifférent : « Cette année, ma mère a fait un infarctus et mon père est tombé dans un hall d’hôtel. J’ai commencé à devenir un habitué des hôpitaux parisiens. J’ai ainsi appris ce qu’était un stent vasculaire et découvert l’existence des prothèses du genou en titane. J’ai commencé à détester la vieillesse: l’antichambre du cercueil. »
Curiosité intellectuelle, peur de la mort qui s’intensifie après la cinquantaine, mais surtout volonté de relever un défi vont donc pousser le narrateur de ce livre, Frédéric Beigbeder, à enquêter, à voyager, à confronter les opinions et à trouver des réponses. Il nous explique qu’en démarrant cette enquête sur l’immortalité de l’homme, jamais il n’aurait imaginé où elle le mènerait.
Disons d’emblée qu’il en va de même pour nous, lecteurs, et c’est bien ce qui rend l’ouvrage passionnant. Si l’on ne ressort pas immortel de cette lecture, on aura pour le moins appris des tas de choses sur les manipulations génétiques, sur le séquençage du génome, sur la vie augmentée, aidés non seulement par le talent de vulgarisateur de l’auteur, mais aussi par le rôle de cobaye qu’il n’hésite pas à endosser. Quand, par exemple, il part en Autriche régénérer son sang en intraveineuses guidées par laser ou quand il décide de conserver ses cellules souche. Chapitre après chapitre, il va finir pas nous convaincre qu’effectivement les limites sont «repoussables» et que la science avance à grands pas.
On y voit aussi un homme décidé à tirer un trait sur les excès passés. Aux nuits parisiennes, il préfère l’air vivifiant de la Côte Basque où il est désormais installé. Il a démissionné de Canal+ et de la direction du magazine Lui. Sans dévoiler la fin, on pourra dire qu’il débouche sur une nouvelle vie avec une troisième épouse et deux filles.
Encore deux remarques en guise de conclusion. La construction de ce roman répond aussi à un souci d’explorer de nouvelles voies avec le souci d’augmenter là aussi les dimensions du livre, au propre comme au figuré. Comme dans les guides pratiques, on y trouve aussi des listes, des citations ou encore des compte-rendu médicaux. Cela pourra dérouter les puristes, mais cela donne à mon sens un attrait supplémentaire à cette course contre une fin qui n’est plus aussi sûre.

Une vie sans fin
Frédéric Beigbeder
Éditions Grasset
Roman
360 p., 22 €
EAN : 9782246812616
Paru le 3 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris et nous entraîne également en Suisse, en Autriche, aux Etats-Unis ou encore en Israël.

Quand?
L’action se situe de 2015 à 2017.

Ce qu’en dit l’éditeur
« La vie est une hécatombe. 59 millions de morts par an. 1,9 par seconde. 158 857 par jour. Depuis que vous lisez ce paragraphe, une vingtaine de personnes sont décédées dans le monde – davantage si vous lisez lentement. L’humanité est décimée dans l’indifférence générale.
Pourquoi tolérons-nous ce carnage quotidien sous prétexte que c’est un processus naturel? Avant je pensais à la mort une fois par jour. Depuis que j’ai franchi le cap du demi-siècle, j’y pense toutes les minutes.
Ce livre raconte comment je m’y suis pris pour cesser de trépasser bêtement comme tout le monde. Il était hors de question de décéder sans réagir. » F. B.
Contrairement aux apparences, ceci n’est pas un roman de science-fiction.

Les critiques
Babelio
GQ 
Marie Claire (Gilles Chenaille – entretien avec l’auteur)
Actualitte.com (Nicolas Gary)
Libération (Luc Le Vaillant – Portrait)
France Dimanche (Laurence Paris)

Les premières pages du livre
PETITE PRÉCISION AYANT SON IMPORTANCE
« La différence entre la fiction et la réalité, c’est que la fiction doit être crédible», dit Mark Twain. Mais que faire quand la réalité ne l’est plus ? La fiction est aujourd’hui moins folle que la science. Voici un ouvrage de « science non-fiction » ; un roman dont tous les développements scientifiques ont été publiés dans Science ou Nature. Les entretiens avec des médecins, chercheurs, biologistes et généticiens réels y sont retranscrits tels qu’ils ont été enregistrés au cours des années 2015 à 2017. Tous les noms de personnes ou d’entreprises, adresses, découvertes, start-ups, machines, médicaments et établissements cliniques mentionnés existent bel et bien. J’ai seulement changé les noms de mes proches pour ne pas les embarrasser.
En démarrant cette enquête sur l’immortalité de l’homme, jamais je n’aurais imaginé où elle me mènerait.
L’auteur décline toute responsabilité quant aux conséquences de ce livre sur l’espèce humaine (en général) et la durée de vie de son lecteur (en particulier). F.B.

1. MOURIR N’EST PAS UNE OPTION
« La mort, c’est stupide. » Francis Bacon à Francis Giacobetti (septembre 1991)
Si le ciel est dégagé, on peut voir la mort toutes les nuits. Il suffit de lever les yeux. La lumière des astres défunts a traversé la galaxie. Des étoiles lointaines, disparues depuis des millénaires, persistent à nous envoyer un souvenir dans le firmament. Il m’arrive de téléphoner à quelqu’un que l’on vient d’enterrer, et d’entendre sa voix, intacte, sur sa boîte vocale. Cette situation provoque un sentiment paradoxal. Au bout de combien de temps la luminosité diminue-t-elle quand l’étoile n’existe plus ? Combien de semaines met une compagnie téléphonique à effacer le répondeur d’un cadavre ? Il existe un délai entre le décès et l’extinction : les étoiles sont la preuve qu’on peut continuer de briller après la mort. Passé ce light gap, arrive forcément le moment où l’éclat d’un soleil révolu vacille comme la flamme d’une bougie sur le point de s’éteindre. La lueur hésite, l’étoile se fatigue, le répondeur se tait, le feu tremble. Si l’on observe la mort attentivement, on voit que les astres absents scintillent légèrement moins que les soleils vivants. Leur halo faiblit, leur chatoiement s’estompe. L’étoile morte se met à clignoter, comme si elle nous adressait un message de détresse… Elle s’accroche.

Frédéric Beigbeder présente son nouveau roman Une vie sans fin © Production Europe 1

À propos de l’auteur
Frédéric Beigbeder est né le 21 septembre 1965 à Neuilly-sur-Seine. Il s’est d’abord fait connaître en fondant le Caca’s Club avant de travailler de nombreuses années dans la publicité. En 1990, il publie son premier roman Mémoires d’un jeune homme dérangé, à La Table Ronde. Les suivants seront tous édités chez Grasset. Comme L’amour dure trois ans et 99 francs – rebaptisé deux ans plus tard 14,99 euros! Ces deux livres ont ensuite été portés à l’écran. Il a reçu le prix Interallié en 2003 pour Windows on the World et le prix Renaudot, en 2009, pour Un roman français – distinction dont il est cette année le président du jury. Après avoir été chroniqueur à Lire, il collabore désormais à la rubrique «Livres» du Figaro Magazine ainsi qu’à la Matinale de France Inter. (Source : magazine Lire).

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L’été en poche (9)

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Golem

En 2 mots
Un champion d’échecs se rend compte qu’il a été manipulé par son ami neurologue et que son cerveau à été «augmenté» à son insu. Au moment où sa femme est victime d’un accident mystérieux, il choisit la fuite pour tenter de comprendre l’enchaînement des faits. Il va alors partir en Europe centrale, sur les traces de son double, le Golem.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Ariane Bois (Le Salon littéraire)
« Pierre Assouline n’est jamais là où on l’attend, c’est là une de ses forces, alliée à une imagination débridée et à un style inimitable : pour son dixième roman, l’auteur de Sigmaringen a eu envie de raconter une histoire policière d’un genre un peu particulier. On y croise des hackers, une lanceuse d’alerte, des techno-prophètes, Primo Lévi, Paul Celan et la Kabbale. Assouline explore toutes les pistes, s’amuse, virevolte, met en garde aussi contre les possibilités infinies que pourraient offrir les nouvelles technologies si elles s’allient un jour à une science débridée et sans conscience. Serons-nous tous demain des hommes augmentés, c’est-à-dire munis d’un néo-cortex artificiel directement branché sur le Web ? »

Vidéo


Pierre Assouline présente « Golem ». © Production librairie Mollat

Golem

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Golem
Pierre Assouline
Gallimard
Roman
252 p., 19 €
ISBN: 9782070146185
Paru en janvier 2016

Où?
La première partie du roman se déroule à Paris. On y évoque également le Cap Ferret et Saint-Quay-Portrieux. La seconde partie va entraîner le lecteur à Londres et Oxford, puis en Europe centrale, principalement à Prague mais également en Pologne, à Cracovie, Lodz, Wroclaw, en passant par Vienne, Budapest, Kaunas, Bucarest ou encore Kiev et Iasi.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Soupçonné du meurtre de son ex-femme, décédée dans un mystérieux accident de voiture, Gustave Meyer, grand maître international d’échecs, voit soudain sa vie basculer. En un instant, ce solitaire devient un fugitif partout recherché.
Dissimulé sous une autre identité, isolé des siens, il est rattrapé par ses failles : l’étrange opération chirurgicale qu’il a subie à son insu et qui l’a «golémisé» en décuplant ses facultés mentales ; la relation ambiguë qu’il entretient avec l’ami qui l’a opéré ; le sentiment diffus de ne plus s’appartenir et de devenir un monstre au regard de la société.
Une clé lui manque, qu’il part chercher en errant au cœur de la vieille Europe, deux femmes à ses trousses : Emma, sa propre fille, qui essaie de l’aider, et Nina, chargée de l’enquête policière.
Meyer y parviendra-t-il à temps? Sera-t-il assez solide pour faire face à la vérité qu’il va découvrir?

Ce que j’en pense
***
Comme l’explique l’auteur dans un entretien fort éclairant, «la légende du Golem — en hébreu, cela signifie « masse informe » — est tirée de la Kabbale, qui raconte la création, au XVIe siècle, d’un être artificiel par un rabbin de Prague.» Pierre Assouline s’est emparé de cette vieille légende pour en faire «une histoire très contemporaine, un peu futuriste même, où se mêlent des préoccupations médicales, éthiques, philosophiques, liées à l’humanisme, au post-humanisme et aux théories avant-gardistes du trans-humanisme».
Après avoir été l’objet de nombreux ouvrages et adaptations, ce nouveau «golem» prend les traits d’un maître des échecs, Gustave Meyer, qui souffre de maux de tête. En consultant son ami, le neurochirurgien Robert Klapman, il se dit que l’opération qu’il a subie pour le guérir de ses crises d’épilepsie n’a peut-être pas été le succès qu’on veut lui faire croire. En décidant de mettre la main sur son dossier médical, il va comprendre qu’il a servi de cobaye, qu’on lui a implanté sans le lui dire une électrode dans le cerveau qui décuple ses capacités de mémoire, qu’il a été «golemisé». Car c’est de cette façon qu’il a acquis une mémoire phénoménale. Si on lui montre une position qui a posé problème sur l’échiquier, «non seulement il l’a dénouera dans l’instant mais il dira qui l’a jouée pour la première fois et en quelle année.»
Une découverte qui est concomitante à l’accident de voiture fatal à son épouse et dont les circonstances restent mystérieuses. À tel point que la police, après l’avoir interrogé, décide de faire du mari son principal suspect. Pour Gustave, la seule solution consiste à prendre la fuite afin de disposer de temps pour comprendre quel type de monstre il est devenu.
Dans sa quête, il va être aidé par sa fille Emma. Si elle est persuadée de l’innocence de son père, elle mène son enquête parallèle. «Elle seule devinait que son père craignait moins le jugement d’un tribunal que le reflet d’un miroir. Possédant l’essentiel, ne lui maquait que le superflu».
On le retrouve d’abord à Londres, où il est parti admirer les œuvres de Mark Rothko, – un peintre qui le fascine – puis dans un colloque scientifique où il comprend que pour doper la mémoire, les chercheurs envisageaient bien «des interventions chirurgicales lourdes, délicates, irréversibles sur des sujets sains.».
Mais la police, en la personne part de Nina, est déjà sur sa trace. On comprend bien vite que cette femme «universellement redoutée, jalousée, flattée, critiquée, admirée à la PJ» finira par l’intercepter.
Grâce à de faux papiers, Gustave prend alors la direction de l’Europe centrale, berceau du Golem. À la fois pour se mettre à l’abri, mais aussi pour approfondir l’histoire et le mythe. Sur sa route, il croisera des spécialistes qui lui permettront de détailler les légendes et les versions du golem. Mais cette plongée dans la kabbale, les racines juives, lui livrera-t-elle les clés lui permettant tout à la fois de se libérer de son mal et de s’innocenter ?
Le choix d’une sorte de thriller ésotérique, qui n’est pas sans rappeler Le nom de la rose d’Umberto Eco, offre une lecteur une très agréable manière de revisiter le mythe. Si l’enquête finit, dans la seconde partie, par laisser place aux réflexions sur l’évolution des golems à travers le temps et sur le trans-humanisme, on est saisi par les perspectives scientifiques de l’homme «augmenté». On comprend alors qu’entre Frankenstein et Superman, deux autres personnages inspirés du golem, la frontière est ténue.

Autres critiques
Babelio
Salon littéraire (Ariane Bois)
Blog Parfums de livres
LemaineLivres Le blog de Frédérique Bréhaut
Blog Ça va mieux en l’écrivant
Blog Bigmammy en ligne

Extrait
« Raconter, mais quoi ? Lui expliquer qu’il vivait dans une oscillation. Lui avouer qu’il se sentait l’esprit surchargé de détails. Lui dire que sa tête lui pesait. Mais qu’est-ce qu’un neurochirurgien peut pour un homme qui se sent l’âme floconneuse ?
Tout ce qui nous assaille dans ces moments-là, et que l’on a eu largement le temps de ruminer dans la salle d’attente, ne se raconte pas sans appréhension : une certaine difficulté à faire cohabiter en soi tous les âges que l’on a vécus, le sentiment de se trouver enserré dans une forêt obscure, l’étrange impression d’être comme un animal malade, tu vois à peu près, mon vieux Robert ?
Les médecins comprendront-ils jamais que rien n’est aussi difficile que de nommer ce qui ronge sourdement, que de mettre des mots sur l’innommable. Trop flou, trop confus. Ils réclament de la précision. » (p. 20-21)

À propos de l’auteur
Écrivain, membre de l’Académie Goncourt, Prix Méditerranée (2011). (Source : Editions Gallimard)

Site Wikipédia de l’auteur
La République des livres, blog de Pierre Assouline

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