L’archipel du chien

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En deux mots:
Trois corps échoués sur la plage d’une île qui entend se développer grâce au tourisme, cela fait un peu désordre. D’où l’idée de dissimuler les cadavres. Mais ce lourd secret hante certaines consciences…

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

L’île aux noyés

C’est avec une fable très sombre que Philippe Claudel choisit de parler des migrants. L’occasion aussi de poursuivre son exploration de la nature humaine.

Dès les premières lignes de ce roman aussi sombre que superbe Philippe Claudel nous avertit: « L’histoire qu’on va lire est aussi réelle que vous pouvez l’être. Elle se passe ici, comme elle aurait pu se dérouler là. Il serait trop aisé de penser qu’elle a eu lieu ailleurs. Les noms des êtres qui la peuplent ont peu d’importance. On pourrait les changer. Mettre à leur place les vôtres. Vous vous ressemblez tant, sortis du même inaltérable moule. »
Nous voici donc sur une île comme il existe beaucoup. Sans grandes perspectives économiques si ce n’est une économie de survivance. « Il y a des vignes, des oliveraies, des vergers de câpriers. Chaque arpent cultivé témoigne de l’opiniâtreté d’ancêtres qui l’ont arraché au volcan avec patience. Ici on est paysan ou pêcheur. Il n’y a pas d’autre choix. Souvent les jeunes gens ne veulent ni l’un ni l’autre. Ils partent. Les départs ne sont jamais suivis de retours. » Mais le maire caresse l’idée de construire un grand centre thermal pour revivifier ce coin de terre hostile.
Inutile dans ce contexte de souligner que la découverte de trois cadavres de noirs venus s’échouer sur la plage tombe mal. Pour lui comme pour le curé, le docteur et l’instituteur qui sont dépêchés sur place, la solution consiste à nier ce drame, à faire comme s’il n’avait pas eu lieu. Après tout cette île n’était pas leur destination. « Ils ne la connaissaient sans doute même pas. Elle est devenue leur cimetière. Si j’avertissais la police et un juge, que se passerait-il? Nous verrions débarquer ici non seulement ces beaux messieurs qui nous regardent toujours de haut comme si nous étions des crottes de rats, mais aussi derrière eux quantité de journalistes, avec leurs micros et leurs caméras. Notre île du jour au lendemain deviendrait l’île aux noyés. Vous savez que ces chacals sont forts pour les formules. »
Décision est donc prise de transporter les cadavres jusqu’aux failles rocheuses et de les jeter au fond sans plus de procès. Mais très vite, l’instituteur a des scrupules. Sans rompre sa parole, il se met à étudier les courants, à tenter de comprendre comment les trois hommes ont pu dévier de leur route. Une occupation qui ne plaît pas du tout au maire persuadé « que si le monde tournait si mal, c’était la faute aux hommes comme l’Instituteur, empêtrés d’idéaux et de bonté, qui cherchent jusqu’à l’obsession l’explication du pourquoi du comment, qui se persuadent de connaître le juste et l’injuste, le bien et le mal, et croient que les frontières entre les deux versants ressemblent au tranchant d’un couteau, alors que l’expérience et le bon sens enseignent que ces frontières n’existent pas, qu’elles ne sont qu’une convention, une invention des hommes, une façon de simplifier ce qui est complexe et de trouver le sommeil. » Sans oublier que l’instituteur n’était pas né sur l’île.
Et alors que l’instituteur se persuade que «les morts allaient faire payer aux vivants leur indifférence» – une phrase qui aurait pu être tirée de L’arbre du pays Toraja – et allaient les punir, le maire doit chercher une parade. Le commissaire qui vient de débarquer pourrait même lui apporter son concours. À moins que son cynisme ne cache une volonté farouche de mettre à jour les âmes noires qui hantent l’île, des « négriers, des marchands de corps, des trafiquants de rêve, des voleurs d’espoir, des meurtriers ».
La plume de Philippe Claudel, on le sait, fait merveille dans ce registre tragique, lorsqu’il s’agit d’explorer la nature humaine, notamment quand elle est inhumaine. Attendez-vous donc à un final en apothéose. De ceux qui marquent durablement par leur implacable férocité.

L’archipel du chien
Philippe Claudel
Éditions Stock
Roman
288 p., 19,50 €
EAN : 9782234085954
Paru le 14 mars 2018

Où?
Le roman se déroule sur une île de l’archipel du chien, mais elle pourrait – malheureusement – tout aussi bien se dérouler n’importe où.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Le dimanche qui suivit, différents signes annoncèrent que quelque chose allait se produire.
Ce fut déjà et cela dès l’aube une chaleur oppressante, sans brise aucune. L’air semblait s’être solidifié autour de l’île, dans une transparence compacte et gélatineuse qui déformait çà et là l’horizon quand il ne l’effaçait pas : l’île flottait au milieu de nulle part. Le Brau luisait de reflets de meringue. Les laves noires à nu en haut des vignes et des vergers frémissaient comme si soudain elles redevenaient liquides. Les maisons très vite se trouvèrent gorgées d’une haleine éreintante qui épuisa les corps comme les esprits.
On ne pouvait y jouir d’aucune fraîcheur.
Puis il y eut une odeur, presque imperceptible au début, à propos de laquelle on aurait pu se dire qu’on l’avait rêvée, ou qu’elle émanait des êtres, de leur peau, de leur bouche, de leurs vêtements ou de leurs intérieurs. Mais d’heure en heure l’odeur s’affirma. Elle s’installa d’une façon discrète, pour tout dire clandestine. »

Les critiques
Babelio
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Lettres it be

Les premières pages du livre
« Vous convoitez l’or et répandez la cendre.
Vous souillez la beauté, flétrissez l’innocence.
Partout vous laissez s’écouler de grands torrents de boue. La haine est votre nourriture, l’indifférence votre boussole. Vous êtes créatures du sommeil, endormies toujours, même quand vous vous pensez éveillés. Vous êtes les fruits d’une époque assoupie. Vos émois sont éphémères, papillons vite éclos, aussitôt calcinés par la lumière des jours. Vos mains pétrissent votre vie dans une glaise aride et fade. Vous êtes dévorés par votre solitude. Votre égoïsme vous engraisse. Vous tournez le dos à vos frères et vous perdez votre âme. Votre nature se fermente d’oubli.
Comment les siècles futurs jugeront-ils votre temps?
L’histoire qu’on va lire est aussi réelle que vous pouvez l’être. Elle se passe ici, comme elle aurait pu se dérouler là. Il serait trop aisé de penser qu’elle a eu lieu ailleurs. Les noms des êtres qui la peuplent ont peu d’importance. On pourrait les changer. Mettre à leur place les vôtres. Vous vous ressemblez tant, sortis du même inaltérable moule.
Je suis certain que vous vous poserez tôt ou tard une question légitime: a-t-il été le témoin de ce qu’il nous raconte ? Je vous réponds: oui, j’en ai été le témoin. Comme vous l’avez été mais vous n’avez pas voulu voir. Vous ne voulez jamais voir. Je suis celui qui vous le rappelle. Je suis le gêneur. Je suis celui à qui rien n’échappe. Je vois tout. Je sais tout. Mais je ne suis rien et j’entends bien le rester. Ni homme ni femme. Je suis la voix, simplement. C’est de l’ombre que je vous dirai l’histoire.
Les faits que je vais raconter ont eu lieu hier. Il y a quelques jours. Il y a un an ou deux. Pas davantage. J’écris « hier » mais il me semble que je devrais dire « aujourd’hui ». Les hommes n’aiment pas l’hier. Les hommes vivent au présent et rêvent de lendemains.
L’histoire se passe sur une île. Une île quelconque. Ni grande ni belle. Guère éloignée du pays dont elle dépend mais qui en est oubliée, et proche d’un autre continent que celui auquel elle appartient, mais qu’elle ignore.
Une île de l’Archipel du Chien.
Quand on observe cet archipel sur les cartes, on ne peut de prime abord remarquer le Chien. Il se cache. Les enfants peinent à le distinguer. La maîtresse qu’on surnommait déjà la Vieille s’amusait de leurs efforts, puis de leur surprise lorsqu’avec le bout de sa baguette, elle dessinait les contours de sa gueule. Le Chien surgissait soudain. Ils en étaient effrayés. Il en va de lui comme de certains êtres dont on ne devine pas la vraie nature quand on commence à les fréquenter, et qui un jour vous sautent à la gorge.
Le Chien est là, dessiné sur le fin papier. Gueule ouverte, crocs sortis. S’apprêtant à déchiqueter une longue et pâle immensité cobalt que la carte constelle de chiffres indiquant les profondeurs et de flèches qui tracent les courants. Ses mâchoires sont deux îles courbées, sa langue aussi, une île, et ses dents aussi, certaines pointues, d’autres massives, carrées, d’autres encore effilées comme des dagues. Ses dents, des îles donc. Dont celle où se déroule l’histoire, la seule habitée, tout au bout de la mâchoire inférieure. Tout au bord de l’immense proie bleue qui ne sait pas qu’elle est convoitée.
La vie sur l’île vient du volcan qui la domine et qui pendant des millénaires a vomi sa lave et ses scories fertiles. On l’appelle le Brau. Le nom sonne barbare. Il faisait peur aux petits jadis, quand l’île s’enchantait des cris et des rires des enfants. Désormais le Brau digère, après sa dernière colère. Son cratère est enfoui le plus souvent dans un édredon de brumes. Il se livre à une très longue sieste. Quelques rots de temps à autre. Des bruits sourds. Des énervements d’endormi, qui frissonne et se retourne dans son sommeil.
Le reste du squelette du Chien est une multitude de petites îles, la plupart minuscules comme des miettes de pain oubliées sur la nappe à la fin d’un repas. Désertes. Tout au contraire, celle qu’on va découvrir s’est martelée du battement du sang des hommes. Elle demeure, comme un bout de monde tombé dans l’azur. Sans doute à l’origine y eut-il un peuplement de pêcheurs, au temps des Phéniciens, descendants des pirates et voleurs échoués là en cabotant, ou se cachant pour compter leur butin.
Il y a des vignes, des oliveraies, des vergers de câpriers. Chaque arpent cultivé témoigne de l’opiniâtreté d’ancêtres qui l’ont arraché au volcan avec patience. Ici on est paysan ou pêcheur. Il n’y a pas d’autres choix. Souvent les jeunes gens ne veulent ni l’un ni l’autre. Ils partent. Les départs ne sont jamais suivis de retours. C’est ainsi et c’est depuis toujours.
Le Chien crache des saisons inhumaines. L’été assèche les hommes et les terrasse. L’hiver les transit. Vent aigre et pluie froide. Des mois de langueur grelottante. Leurs maisons ont fait le tour du monde. En photographie. Dans les magazines. Des architectes, des ethnologues, des historiens ont décidé sans rien leur demander qu’elles appartenaient au patrimoine de l’humanité. Cela les a fait rire, avant de les contrarier. Ils ne peuvent ni les détruire ni les transformer.
Ceux qui n’y vivent pas les leur envient. Les sots. En pierre de lave mal jointoyée, elles ressemblent à des huttes massives bâties par un peuple de nains. Elles sont dures avec eux. Inconfortables. Sombres et rugueuses. On y étouffe ou on y gèle. Elles les encerclent et les oppressent. Ils ont fini par leur ressembler.
Le vin de l’île est un rouge lourd et sucré né d’un cépage qui ne pousse qu’ici, le muroula. Les baies de ses grappes ressemblent à des yeux de pie : petites, noires, brillantes, dénuées de pruine. Vendangé vers la mi-septembre, le raisin est disposé ensuite sur les murets des vignes et des vergers de câpriers, protégé des oiseaux par de fins filets. Il y sèche durant deux semaines avant d’être pressé, puis on laisse fermenter le jus dans la pénombre de caves étroites et longues, creusées sur les flancs du Brau.
Quand plus tard le vin est mis en bouteille, il a pris la couleur d’un sang de taureau. On ne peut voir la lumière à travers lui. Il est fils des ténèbres et du ventre de la terre. Il est le vin des Dieux. Quand on y trempe les lèvres, c’est le soleil et le miel qui viennent dans la bouche et coulent dans la gorge, et aussi le gouffre sans fond de l’envers du monde. Les vieux avaient coutume de dire en le buvant qu’ils tétaient en même temps le sein d’Aphrodite et celui d’Hadès. »

Extraits:
« Sur l’île, on enterre les morts debout. La terre est rare. Elle est le bien le plus précieux. Les hommes ont compris très tôt qu’elle devait appartenir aux vivants, qu’elle était là pour les nourrir, et que les morts devaient y prendre le moins de place possible. Qu’elle ne leur servait plus à rien. (…) Ici, on vit ensemble mais on voyage seul dans la mort: le cimetière n’abrite aucune sépulture commune ni familiale, mais des tombes célibataires dans lesquelles le mort se tient droit comme il s’est tenu droit dans la vie. » (p. 53-54)

« Le temps a passé sur l’île mais n’a rien arrangé. Ce n’est pas son rôle. Ovide a écrit que le temps détruit les choses, mais il s’est trompé. Seuls les hommes détruisent les choses, et détruisent les hommes, et détruisent le monde des hommes. Le temps les regarde faire et défaire. Il coule indifférent, comme la lave a coulé du cratère du Brau un soir de mars, pour napper de noir l’île et en chasser les derniers vivants. Comme autrefois on appliquait un brassard sombre sur un être en deuil, la terre porte désormais la couleur des morts, et celle des funérailles. Cela pour des millénaires. »


Philippe Claudel présente L’archipel du chien © Production Éditions Stock

À propos de l’auteur
Écrivain traduit dans le monde entier, Philippe Claudel est aussi cinéaste et dramaturge. Il a notamment publié aux éditions Stock Les Âmes grises, La Petite Fille de Monsieur Linh, Le Rapport de Brodeck et L’Arbre du pays Toraja. Membre de l’académie Goncourt, il réside en Lorraine où il est né en 1962. (Source: Éditions Stock)

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L’été en poche (45)

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Les nuits de la Saint-Jean

En 2 mots
La disparition d’une fillette sur île de Sandhamn dans l’archipel de Stockholm va nous entraîner dans une nouvelle enquête de Thomas Andreasson et Nora Linde, mais aussi faire ressurgir un passé terrifiant.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Jacques Teissier (Médiapart)
« Pour les lecteurs français, le contraste avec la mentalité des personnages de certains polars méditerranéens – même si la violence n’en est pas absente – est fort, et il nous offre un dépaysement garanti qui ajoute encore au plaisir de la lecture. Surtout quand le talent est au rendez-vous… et Viveca Sten n’en est pas dépourvue ! »

Vidéo


Coup de cœur du libraire Gérard Collard © Production Griffenoiretv Gérard Collard

Ressentiments distingués

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En deux mots
Un corbeau jette son dévolu sur les habitants d’une petite île. Une lettre anonyme après l’autre sème l’émoi dans la population et entraîne une enquête mêlée de suspicion généralisée et de révélations gênantes. Fini la quiétude, bonjour l’angoisse!

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Ressentiments distingués
Christophe Carlier
Éditions Phébus
Roman
176 p., 16 €
EAN : 9782752910837
Paru en janvier 2017
Sélectionné pour le Prix Charles Exbrayat 2017 et pour le Prix Orange du livre 2017

Où?
Le roman se déroule sur une île qui n’est pas précisément située.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Sur l’île, le facteur ne distribue plus de lettres d’amour. Mais des missives anonymes et malveillantes qui salissent les boîtes aux lettres.
Un corbeau avive les susceptibilités, fait grincer les armoires où l’on cache les secrets. Serait-ce Tommy, le benêt ? Irène, la solitaire ? Ou bien Adèle qui goûte tant les querelles ? Ou encore Émilie, Marie-Lucie ou Félicien ? Bien vite, les soupçons alimentent toutes les conversations. Et l’inquiétude s’accroît. Jusqu’où ira cet oiseau maléfique ?
Avec L’assassin à la pomme verte, Christophe Carlier avait séduit les amateurs de polars sophistiqués. Il nous offre ici une réjouissante histoire de rancœurs, pleine de sel et vent.

Ce que j’en pense
Après L’assassin à la pomme verte, revoici Christophe Carlier dans lancé dans une nouvelle intrigue qui met cette fois aux prises les habitants d’une petite île et un corbeau qui a décidé de troubler leur quotidien à coup de lettres anonymes. Si la première missive choque, elle est pourtant prise pour une mauvaise plaisanterie.
Mais au fil des jours et avec l’arrivée d’autres courriers énigmatiques, c’est tout le microcosme qui s’excite. Au bar de La Marine, on laisse tomber les avis de tempête et les niveaux de marée pour cette affaire autrement plus sérieuse : « L’existence d’un corbeau était un fruit autrement plus savoureux. On mordit dedans avec appétit. »
Gabriel, Valérie, René et les autres vont très vite devenir des obsédés du scénario noir, des hypothèses de plus en plus tordues, de conjectures dans lesquelles ils vont se perdre. Car si sur le continent, à force d’avancer, on aboutit parfois, sur une île on ne peut guère que tourner en rond : « On s’envoie des cartes par désœuvrement, par lassitude, pour débusquer l’inavouable. Chacun songe aux secrets de familles, aux liaisons douces et maudites, aux penchants inavoués, que le temps finit parfois par mettre au jour. »
L’auteur sait, chapitre après chapitre, comment faire monter la tension, emmener le lecteur sur des chemins de traverse et distiller de petits indices. Il a aussi l’art d’accommoder son scénario de quelques trouvailles assez savoureuses, à l’image de cette initiative d’Émilie qui choisit la technique du contre-feu. Face au vilain corbeau, elle décide «de devenir la bonne corneille. Vous verrez que dans quelques temps, on parlera beaucoup plus de moi que de lui.» Ou encore cette lettre de vœux somme toute banale, mais qui sème toutefois la peur, car elle est signée: «Il s’agissait de Carole, une jeune femme qui était née sur l’île, qui y avait grandi et qui s’était noyée deux ans plus tôt. »
Le ton devient du coup plus dramatique. Un enquêteur est dépêché sur place pour faire la lumière sur cette sombre histoire. À La Marine, les visages s’allongent, les mines se crispent. « Depuis que la première carte a été envoyée, l’île a changé. Les falaises se sont acérées, les flots sont plus violents, le vent se plaint, la nuit, avec des sanglots humains. »
Jusqu’au dénouement, on suivra cette métamorphose avec attention. Si les amateurs d’enquête policière et d’énigmes savamment construites resteront sur leur faim, il en ira bien différemment de ceux qui aiment sonder la psychologie des personnages. La semeuse de scrupules, la tourmenteuse de consciences, la moraliste perverse enveloppe toute l’île… « Son manteau s’étend d’une falaise à l’autre, fluide, cape d’encre aux noirs replis. »
Une belle réussite !

Autres critiques
Babelio 
Traversées (Nadine Doyen)
Page des libraires (Charlyne Drouhard)
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Domi C Lire 
Blog Encres Vagabondes (Brigitte Aubonnet)
Blog Lire au lit
Blog Bob Polar express 
Blog Booquin 


Présentation du livre par l’auteur – Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre

Extrait
« La première enveloppe arriva le 13 octobre, qui ne tombait pas un vendredi. Elle ne constitua un événement que pour Théodore, qui vivait seul et ne recevait jamais de courrier. Imaginant qu’elle contenait une bonne nouvelle, il l’ouvrit avec curiosité et en tira une carte postale au dos de laquelle figuraient deux phrases.
Les ayant parcourues, il déchira ce courrier malencontreux, de sorte qu’aucun de ses proches n’en soupçonna l’existence. On ne parle pas de ce genre d’envoi. Interrogé, Théodore aurait nié l’avoir reçu, mais il passa des heures à se demander qui en était l’auteur. »

A propos de l’auteur
Christophe Carlier a reçu, entre autres, pour L’Assassin à la pomme verte le prix du premier roman 2012. Il a publié en 2013 un livre sur les dessins de Sempé, en forme d’hommage (Happé par Sempé, Serge Safran éditeur). Son second roman, L’Euphorie des places de marché (Serge Safran éditeur), est paru en 2014. Après avoir travaillé dix ans à l’Académie française, il a consacré un livre aux lettres que les candidats ont adressées à l’institution pendant plus de quatre siècles (Lettres à l’Académie française, Les Arènes, 2010). (Source : Éditions Phébus)

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Les nuits de la Saint-Jean

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Les nuits de la Saint-Jean
Viveca Sten
Albin Michel
Thriller
Traduit du suédois par Rémi Casseigne
368 p., 20,90 €
ISBN: 9782226317148
Paru en mai 2015

Version poche parue en mai 2016.

Où?
Le roman se déroule toujours sur une île de l’archipel de Stockholm, Sandhamn, avec ses paisibles villégiatures, sa beauté sauvage, ses voiliers et la plage de Trouville. On y évoque aussi les localités proches, telles que Harö, Korsö, Runmarö, Saltsjöbaden à l’entrée du chenal ou Möja sur une île plus éloignée, ainsi que les routes qui mènent à l’île depuis Bromma, Vasastan, Nacka et Stockholm, en passant par Stavsnäs d’où partent les ferries. Enfin des villes plus lointaines, d’où sont originaires certains protagonistes, sont également mentionnées : Uppsala, Härnösand, Göteborg.

Quand?
L’action se situe de novembre 2006 à mars 2007. Toutefois le récit se double d’une seconde histoire qui débute en 1899 et se poursuivra jusqu’en 1962.

Ce qu’en dit l’éditeur
L’angoisse monte à Sandhamn : une jeune fille a disparu au cours de la nuit. Sous une pluie battante d’automne, l’inspecteur Thomas Andreasson et ses collègues ratissent l’île, en vain : Lina Rosén reste introuvable et l’enquête conclut à une noyade accidentelle.
Quelques mois plus tard, Nora Linde décide de prendre quelques jours de vacances au cœur de l’hiver à Sandhamn avec ses deux petits garçons. Son mari la trompe et elle a besoin du calme de l’île pour réfléchir. Mais, en jouant dans la forêt, Adam et Simon font une macabre découverte : des restes humains enfouis dans un sac sous la neige. Est-il possible que ce soit le cadavre de Lina ? Et quelle est cette ombre, tapie dans la nuit, sous les fenêtres des Rosén ? Pourquoi ?
Malgré l’absence de pistes, Thomas et son amie Nora ont un étrange pressentiment : l’assassin de Lina rôde encore et n’en a pas fini avec sa sinistre mission.
C’est avec cette nouvelle enquête de l’inspecteur Thomas Andreasson et de Nora Linde que Viveca Sten s’est imposée comme la Nº1 des ventes en Suède.

Ce que j’en pense
****
Après La Reine de la Baltique (2013) et Du sang sur la Baltique (2014), voici la troisième traduction française des cinq tomes déjà parus mettant en scène met en scène l’inspecteur Andreasson et l’avocate Nora Linde. On peut rassurer d’emblée les inconditionnels de Viveca Sten, Les Nuits de la Saint-Jean est aussi bon que les précédents. On peut aussi rassurer tous ceux qui ne sont – pas encore – familiers de l’œuvre de la romancière suédoise : ils peuvent découvrir son univers avec ce roman qui peut se lire indépendamment des autres.
C’est avec l’émission de télévision «Avis de recherche», qui fait appel aux téléspectateurs pour essayer de trouver des indices dans des enquêtes irrésolues, que s’ouvre cet épisode. Le présentateur y explique que « Lina Rosén a disparu par une sombre nuit de tempête sur la petite île de Sandhamn, aux confins de l’archipel, qui abrite à peine cent vingt habitants, mais accueille cent mille visiteurs chaque année.»
Une fois posé le décor, il ajoute «La dernière fois que les parents de Lina ont vu leur fille en vie, c’est le vendredi 3 novembre dernier. Elle se rendait chez une amie au sud-est de l’île. Elle serait repartie à vélo pour rentrer chez elle vers dix heures du soir. Après elle disparaît sans laisser de traces. Malgré les recherches de la police, elle n’a jamais été retrouvée.»
En fait, comme souvent dans ce type d’enquête, il faudra attendre une découverte inopinée pour qu’enfin les choses bougent : des enfants, dont ceux de Nora, mettent au jour un morceau du corps de la fillette lors partie de cache-cache.
L’enquête, qui était en sommeil jusque là, peut reprendre. La police scientifique, le légiste et l’équipe de Thomas Andreasson prennent la direction de l’archipel et interrogent les enfants, les voisins et les membres de la famille. Petit à petit de nouveaux éléments se font jour.
Viveca Sten a toutefois choisi de construire son thriller en deux parties. Parallèlement à cette enquête, elle nous raconte l’histoire d’un enfant martyr, rudoyé par son père et qui a même failli mourir de ses mauvais traitements. Gottwald devra s’enfuir de l’île et abandonner Karolina, la jeune fille aux longues nattes brunes qu’il aime ardemment, pour échapper à la folie de son géniteur.
Bien entendu, le deux récits vont finir par se rejoindre. On découvre alors comment la géographie et le climat agissent sur les habitants, combien le poids de la religion luthérienne peut entraîner de dérives, combien la solitude, surtout lorsqu’elle s’accompagne de conditions de travail très difficiles, peut forger des caractères intransigeants et hostiles.
Une histoire comme il ne peut en arriver que dans ces pays du Nord en quelque sorte. Mais une histoire qui vous fera sans aucun doute frissonner de plaisir lorsque vous la lirez.

Autres critiques
Babelio
Blog Mediapart
Blog Action-Suspense
Blog En terre scandinave (avec interview de l’auteur)

Extrait
« Elle regarda à nouveau sa montre. Huit heures moins trois. Elle n’y tenait plus. Elle composa le numéro.
« Allô ? » Une voix endormie répondit à la troisième sonnerie. C’était Hanna.
Marianne s’en voulut aussitôt. Elle l’avait réveillée inutilement.
« Bonjour, c’est Marianne. Désolée de te déranger. Je voulais juste savoir si Lina était chez vous. Elle n’est pas rentrée hier soir et n’a bien sûr pas appelé. Je sais que c’est ridicule, mais je voulais juste vérifier que tout allait bien. »
Silence au bout du fil.
Juste une seconde, mais une seconde de trop.
À nouveau, elle respirait difficilement.
« Lina ? Elle n’est pas ici. Elle est partie vers dix heures hier soir. Elle n’est pas rentrée ? » La voix de Hanna trahissait son étonnement. « Ne quitte pas, je vais vérifier.
– Oui, chuchota Marianne. S’il te plaît. »
Hanna reposa le téléphone et disparut. Marianne serra le combiné si fort que ses doigts lui faisaient mal.
Puis Hanna revint.
« Désolée, dit-elle. C’est bien ce que je pensais. Elle n’est pas là. Louise dit qu’elle est rentrée à vélo après le film. Tu es sûre qu’elle n’est pas dans son lit ?
„Marianne n’arriva pas à répondre. Elle essayait de former des mots, mais sa langue ne lui obéissait pas. Sa vue se brouilla.
Où était sa fille ? » (p. 11-12)

A propos de l’auteur
Viveca Sten vit près de Stockholm avec son mari et leurs trois enfants. Après une brillante carrière juridique, elle s’est lancée dans l’écriture. Sa série, qui met en scène l’inspecteur Andreasson et l’avocate Nora Linde sur l’île de Sandhamn, compte déjà 5 tomes. Succès phénoménal en Suède et dans le monde, la série est publiée dans une quinzaine de pays et vient d’être adaptée en série pour la télévision suédoise.
Comme ses héros, l’auteur possède une vieille maison familiale sur l’île de Sandhamn et y a passé tous les étés de sa jeunesse. (Source : Editions Albin Michel)

Site Wikipédia de l’auteur

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Focus Littérature

Terminus Belz

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Terminus Belz
Emmanuel Grand
Liana Levi
Roman
Littérature française
ISBN: 9782867467066
Paru en janvier 2014
Version poche (coll. Points)
ISBN: 2757842811
Paru en janvier 2015

Où?
L’action se déroule en Ukraine, Roumanie, Paris et banlieue, Marseille et principalement sur l’île bretonne de Belz.

Quand?
Le roman est situé de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur

Il s’appelle Marko Voronine. Il est en danger. La mafia le poursuit. Il croit trouver refuge sur Belz, une petite île bretonne au large de Lorient coupée de tout sauf du vent. Mais quand le jeune Ukrainien débarque du ferry, l’accueil est plutôt rude. Le métier du grand large en a pris un coup, l’embauche est rare sur les chalutiers et les marins rechignent à céder la place à un étranger. Et puis de curieuses histoires agitent en secret ce port de carte postale que les locaux appellent «l’île des fous». Les hommes d’ici redoutent par-dessus tout les signes de l’Ankou, l’ange de la mort, et pour Marko, les vieilles légendes peuvent se montrer aussi redoutables que les flingues de quelques tueurs roumains.
Tricotant avec brio un huis clos inquiétant et une course-poursuite haletante, Emmanuel Grand mène son thriller d’est en ouest à un train d’enfer.

Ce que j’en pense
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Un univers à la Conrad qui rencontrerait le meilleur des thrillers, voilà qui fait de ce premier roman une excellente surprise. Vous auriez tort de passer à côté! Tout commence en Ukraine où la pègre règne ses différends avec d’autant plus de violence qu’elle se sait quasiment en impunité. Marko, qui en a été la victime, tente de fuir ce pays gangrené avec plusieurs compatriotes. Mais leur voyage vers l’occident tourne mal et ils se retrouvent avec un tueur à leurs trousses.
Les hasards conduisent alors Marko sur l’île de Belz où l’on recherche un marin pêcheur. Un dur métier l’attend, mais aussi une communauté fermée qui l’accueille avec méfiance. Quand un cadavre est retrouvé sur la plage affreusement mutilé, il n’imagine pas d’autre solution que la fuite. Mais déjà tous les contrôles sont en place.
Avec l’aide de son patron, un libraire, une institutrice, le prêtre et un marginal il va pourtant réussir à échapper à la traque des policiers. Mais d’autres périls le guettent, d’autant que le tueur a déjà Réussi à retrouver et à abattre ses compagnons d’infortune. Et puis, il y a ces légendes bretonnes qui ont la vie tellement dure qu’elles ne peuvent pas être simplement des histoires à raconter à la veillée pour faire peur aux enfants. Pour un premier roman Emmanuel Grand réussit le tour de force d’entraîner son lecteur dans un roman construit diaboliquement grâce à la mise en parrallèle de l’histoire de Marko et de ses compagnons d’infortune, de celle de son chasseur et de celle de l’inspecteur de police chargé d’élucider le crime de l’île de Belz. Si vous commencez ce livre, je parie que vous n’aurez qu’une envie: Vouloir en connaître l’épilogue.

Autres critiques
Babelio
Telerama
Encore du noir
Blog L’Express
RTL (Laissez-vous tenter)

Citations

« L’île de Belz était donc sa nouvelle destination. Il fallait une bonne dose de culot pour aller se réfugier sur une île et c’était précisément ce qui lui plaisait. Avec le souk qu’ils avaient mis sur l’autoroute, ses compagnons et lui auraient rapidement toute la mafia roumaine aux fesses. Et s’ils les retrouvaient, il y avait peu de chance qu’ils aient droit à un bouquet de fleurs. Il avait retourné le problème dans tous les sens et était bien obligé de constater qu’il était pris dans une nasse, qui, un jour ou l’autre, remonterait à la surface. Il n’y avait qu’une seule issue : se faire tout petit, tout mince, et, le jour venu, il pourrait peut-être passer à travers les mailles. »

A propos de l’auteur
Emmanuel Grand, né à Versailles en 1966, a passé son enfance en Vendée, à vingt kilomètres de la côte atlantique. Aujourd’hui, il vit en région parisienne, à Colombes. Il est responsable du design du site web d’un grand opérateur téléphonique. Terminus Belz est son premier roman. Il a été cédé à l’étranger avant même sa parution en France. [Source: Editions Liana Levi]
Site personnel:

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