Les Grandes Occasion

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Première chronique pour un premier roman et pour saluer une nouvelle maison d’édition. Bonne et heureuse année 2021 à toutes et à tous!

En deux mots:
Autour de Reza, leur père, Carole, Vanessa, Alexandre et Bruno entourent le lit sur lequel est allongée Esther, leur mère qui toute sa vie a combattu pour ces retrouvailles familiales. À l’heure du bilan, il est temps de revenir sur les faits qui les ont séparés.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Les fils distendus du tapis persan

Pour son premier roman Alexandra Matine a choisi de sonder les liens familiaux et plus particulièrement les raisons qui les font se distendre. Les émotions sont à fleur de peau dans ce drame intimiste.

Tout commence par une scène saisissante. Toute une famille réunie autour d’une femme allongée sur un lit d’hôpital. Les médecins viennent d’annoncer la mort cérébrale et laissent la famille prendre la décision quant aux suites du traitement. Les enfants se tournent vers Reza, leur père. Mais tous sont unanimes. Une unanimité qui aurait fait plaisir à Esther. Car à cette occasion, on voit «se resserrer les fils qu’elle a si patiemment noués et que la vie, injuste et acharnée, a distendus, effilochés, cassés.»
Retour en arrière. Durant ses études d’infirmière à Besançon Esther rencontre Reza. Il va devenir médecin, elle va tomber enceinte. Ils s’installent à Paris où, après avoir effectué des remplacements, Reza installe son cabinet. Même si quelques fissures apparaissent au sein du couple, Esther va donner naissance à quatre enfants. C’est l’histoire de Vanessa, la «petite dernière», qui nous est d’abord racontée. Pour ne pas qu’elle s’éloigne trop, sa mère a l’idée d’engager un jeune australien pour lui donner des cours d’anglais et de math. Mais quand Vanessa décroche son bac, elle annonce à sa mère qu’elle aime Tim et qu’elle va le suivre en Australie. Esther aura bien du mal à se remettre de cette trahison. Même si Vanessa, qui s’est séparée de Tim, revient en France après quelques années, à l’occasion du mariage de son frère Bruno.
Sur la photo réalisée à l’occasion, aux côtés du marié et de Catherine, son épouse, on voit ses parents, Vanessa, sa sœur Carole et son frère Alexandre. Témoignage trompeur d’une famille unie. Car lorsque Vanessa, qui a rencontré un homme à la noce, annonce qu’elle revient vivre chez eux, son père refuse. Il a déjà fait «assez de sacrifices». Si Esther approuve le choix de son mari, elle va continuer à vouloir rassembler les fils distendus. Tâche ardue.
Car Alexandre, l’ainé, a aussi pris ses distances. Déjà traumatisé par l’injonction paternelle lui interdisant de jouer du piano alors qu’il s’était patiemment entrainé, il a choisi une épouse, Pénélope, qui a fait de leur cercle de famille sa priorité. Et il n’a pas voulu suivre les plans de son père qui le voyait devenir médecin. Bruno, quant à lui, sera négligé et devra aussi quitter brutalement le domicile familial. Carole, qui elle est devenue médecin, aura-t-elle plus de chance? Pas vraiment.
Esther imagine alors une grande maison au bord de la mer où elle pourrait accueillir enfants et petits-enfants. Mais s’ils acceptent de venir passer quelques jours, ils évitent soigneusement de se retrouver tous ensemble. Les cicatrices sont trop profondes. Et la tâche d’Esther devient de plus en plus difficile…
Alexandra Matine sait parfaitement décrire ce mal qui a détruit la famille. À l’intransigeance d’un père encore traumatisé par sa propre histoire familiale et le poids de l’exil vient s’ajouter une incommunicabilité de plus en plus forte. Personne ne veut reconnaître ses torts, chacun se mûre dans ses certitudes et son silence.
Depuis ce repas qui devait tous les rassembler et qui a tourné au fiasco, jamais les fils n’auront pu être rattachés, jamais le tapis n’aura retrouvé sa splendeur et sa douceur. Si la primo-romancière nous touche au cœur, c’est que chacun d’entre nous a connu des histoires semblables, des brouilles familiales, des incompréhensions qui virent parfois à un éloignement définitif. Entre frères et sœurs, entre parents et enfants. C’est violent et fort. Et en filigrane, c’est aussi un appel à ne pas attendre qu’il soit trop tard pour renouer les liens. Une bonne résolution à prendre en ce début d’année?

Les grandes occasions
Alexandra Matine
Éditions Les Avrils
Premier roman
256 p., 19 €
EAN 9782491521042
Paru le 6/01/2021

Où?
Le roman est situé en France, principalement à Paris. On y évoque aussi Téhéran et Besançon.

Quand?
L’action se déroule de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Sur la terrasse, la table est dressée. Esther attend ses enfants pour le déjeuner. Depuis quelques années, ça n’arrive plus. Mais aujourd’hui, elle va réussir: ils seront tous réunis. La chaleur de juillet est écrasante et l’heure tourne. Certains sont en retard, d’autres ne viendront pas. Alors, Esther comble les silences, fait revivre mille histoires. Celles de sa famille. Son œuvre inachevable.

Les autres critiques
Babelio
Lecteurs.com
Blog Chez Canel
Blog La bibliothèque de Marjorie 


Alexandra Matine présente son premier roman, Les Grandes Occasions © Production Les Avrils

Les premières pages du livre
« Aujourd’hui, Esther va mourir. Ou demain. Ou dans quelques jours. On ne sait pas.
Il y a eu des conversations avec les médecins, qui disent que les organes fonctionnent, qu’il n’y a pas d’activité cérébrale, qu’à part ça elle est en bonne santé. Ils disent « à part ça ». Ils disent qu’ils peuvent la maintenir en vie. Qu’ils peuvent continuer à la maintenir en vie. Ils demandent à la famille si elle le souhaite, malgré ça. Quand les médecins quittent la chambre, c’est le silence. C’est à la famille de décider.
La famille est debout, comme posée autour du lit. Autour du corps d’Esther, légèrement redressé sur le lit incliné comme si elle allait se lever. Son crâne est enroulé dans la gaze et les bandages, des tubes fins et des plus gros s’accrochent à sa poitrine, à ses poignets, à ses tempes et ailleurs, sous les draps. Une mèche blonde sort de ses bandages parce que Carole a voulu revoir ses cheveux. Ses yeux sont paisibles sous les paupières mauves. Elle a les lèvres sèches et pâles.
Il y a le silence, qui couvre le bruit des machines, qu’ils n’entendent plus. Il y a le parfum cuivré d’Esther qu’eux seuls devinent encore sous l’odeur piquante et glacée de l’hôpital. Il y a un unique bouquet de fleurs, dont on ne sait qui l’a offert, qu’on a foutu dans un vase, toujours emballé dans son plastique. Dans le coin, près de la porte, il y a une valise avec des vêtements pour quand Esther sortira. Personne ne l’a ouverte.
C’est à la famille de décider. Tous les yeux sont tournés vers Reza. Parce que c’est le mari, parce qu’il est médecin, parce que c’est ce qu’Esther aurait fait. Alors, les yeux rouges et gonflés, ses quatre enfants le scrutent. S’ils ne sont pas d’accord avec la décision, ils le diront. Mais inutile de le contredire par avance. Reza observe le visage d’Esther en lissant ses cheveux blancs vers l’arrière. Les quatre enfants se rassurent à coups de larmes, de mains qui serrent des épaules, de mouchoirs qui se tendent, de longs regards qui cherchent une réponse dans les regards des autres. Personne ne parle pour ne pas dire une phrase irréversible. Reza lisse ses cheveux une dernière fois, d’un geste lent qui voudrait durer une éternité.
Reza a décidé. Il arrête de pleurer. Ses enfants sont d’accord. C’est à la famille de décider, et pour la première fois depuis des années, ils sont tous d’accord.
Vanessa, la cadette, a voulu demander : « On peut attendre encore un peu ? » Mais à la place elle a dit dans un souffle : « C’est si soudain. »
Longtemps, Esther avait rêvé de revoir sa famille réunie. Devant elle, à présent, sans qu’elle puisse le voir, prend forme le tableau rêvé ; la tapisserie secrète devant laquelle elle avait agenouillé sa vie, et dont, du matin au soir, année après année, elle avait tissé les fils de soie colorés. Sa famille, c’était son œuvre inachevable ; elle les avait noués les uns aux autres, les fils avec les belles-filles, les femmes et leur beau-père, les petits-enfants et leurs oncles et leurs tantes, autant de fils fragiles entre lesquels, avec amour et patience, elle avait laissé ses doigts s’emmêler. Des milliers de petits nœuds délicats dont parfois un, malgré elle, se brisait avec un bruit sec, presque imperceptible, tic, comme une fourmi qu’on écrase.

1
Esther regarde dehors. La fenêtre ouverte sur la terrasse est un rectangle de lumière blanche et chaude. Normalement, quand on ouvre les fenêtres, on entend le bruit de la rue. Pas aujourd’hui. Il n’y a personne dehors. Il faut du courage pour rentrer dans cette chaleur-là. Pour marcher sous cette chaleur-là. Surtout à Paris avec la pollution qui se colle à la sueur, entre les crottes de chien qui sèchent sur les trottoirs noirs et les caniveaux à l’haleine acide.
Depuis quelques jours, elle les voit du haut de la terrasse, les gens qui sortent sous le soleil le corps résigné, écrasés par la lumière. Ils émergent au coin des rues, s’extraient des magasins, des cafés. Ils font quelques pas englués et glissent dans la bouche de métro, s’enfouissent dans l’ombre fraîche où le soleil ne pénètre pas. Personne ne flâne, tout le monde est seul, intimidé par le projecteur immense du soleil et sa poursuite implacable.
Elle attend ses enfants. Elle se penche un peu par-dessus la balustrade pour les voir arriver. Personne. La chaleur fait onduler l’air au-dessus des trottoirs. Elle se retourne vers la terrasse. La table est prête. Cela fait des années qu’ils n’ont pas mangé dehors, même juste tous les deux avec Reza.
Comme la table de jardin n’est pas assez grande, elle a aussi sorti celle de la cuisine. Ce sera la table des enfants. Des chaises de la salle à manger également et des tabourets en plastique pour que tout le monde puisse s’asseoir. Elle a mis une grande nappe d’un blanc éclatant. Elle a cueilli quelques fleurs dans les jardinières pour en faire trois petits bouquets qu’elle a disposés à intervalles réguliers sur la table. À cause de la température les fleurs ramollies pendent, évanouies, au bout de leur tige. Sur la table des enfants, elle a disséminé quelques pétales comme des confettis, qui ont grillé au soleil.

Elle sait qu’ils vont se plaindre de la chaleur, qu’ils vont vouloir tout rapatrier à l’intérieur. Mais elle veut manger dehors. C’est pour ça qu’elle s’est donné tant de mal. Derrière elle, Reza, rouge et transpirant, souffle, ses mains accrochées au manche du parasol qu’il essaie de fixer dans son pied en fonte. Il y aura de l’ombre.
Elle a rejoué mille fois dans sa tête le jour où, à nouveau, la famille serait réunie. Et c’était toujours un déjeuner sur la terrasse, devant une grande nappe blanche ; les corps des adultes alourdis font plier les chaises de jardin, les corps blancs des enfants, qui se sont déshabillés, jouent, allongés sur le ventre, à compter les fourmis autour des jardinières. En engourdissant les corps, la chaleur apaise les tensions, et Esther, derrière son métier à tisser, resserre un à un les liens distendus. Elle s’accroche à cette image. Elle a peur que tout bascule. Si elle change la moindre chose, tout peut basculer. C’est une superstition qu’elle a. Mais si tout est exactement comme elle l’imagine, alors ça ira.

Aujourd’hui elle a réussi. C’est la première fois. Ça fait des années. Des années qu’ils n’ont pas été rassemblés ici. Bientôt toute la famille sera là. C’est rien du tout. Ils sont presque déjà là. Esther rentre dans l’appartement. Vide. Noir. À peine plus frais que le dehors. Elle se dit, avant c’était le quotidien. Ils étaient là tout le temps. Les enfants du moins. À un moment, ils vivaient là avec moi. Tous ensemble. Elle se dit, maintenant c’est un événement exceptionnel. Une grande occasion.
Avant c’était normal, elle les avait sous la main. Elle décidait de ce qu’ils portaient, de ce qu’ils mangeaient, de qui ils voyaient. Ils voulaient s’en aller toujours, et elle passait son temps à les retenir, mais ils n’avaient pas le choix, ils habitaient là, pour partir il fallait qu’ils demandent la permission. Pour sortir de table aussi. Pour tout. Maintenant ils ont grandi et c’est à elle de demander la permission. C’est un changement, après avoir passé des années à donner des ordres et à se faire obéir. Maintenant ils viennent moins souvent. Elle savait que ça arriverait. Qu’à un moment les rôles seraient inversés. Qu’il faudrait négocier pour les voir. Leur donner de bonnes raisons de venir. Elle le savait mais elle avait enfoui cette vérité. C’est arrivé pourtant. Malgré elle. Inévitable. Elle n’a pas pu les retenir.
Quand elle en parle à Reza, il hausse les épaules. Il hausse beaucoup les épaules quand on parle des enfants. Ou quand elle parle d’elle. Enfin quand on ne parle pas de lui. D’ailleurs il s’entoure de plus en plus de gens qui ne lui parlent que de lui. Là où d’autres, en vieillissant, préféreraient des conversations intimes avec des amis, il invite ses patients à dîner et les écoute chanter ses louanges. Ses proches ne l’intéressent plus. Il préfère collectionner les admirateurs.
Esther en voit défiler des patients, qui se tordent les mains en entrant dans l’appartement et jettent autour d’eux des regards peureux ; les femmes ont mis du rouge à lèvres et du parfum, les hommes ont leur cravate serrée et les cheveux aplatis. Ils se sont habillés pour ne pas être des patients, pour être des amis. Mais ils serrent les mains d’Esther et celles de Reza en s’inclinant un peu, et ça rend Esther malade, et plus malade encore de croiser l’air satisfait de Reza.
Pendant le dîner, ils racontent ce que Reza a fait pour eux. Ils racontent que Reza a guéri leur père ou soulagé leur mère dans ses derniers jours, il a soigné leur angine chronique, il a accepté de leur prescrire du Xanax quand plus aucun médecin ne le voulait. «Sans vous, docteur…» Certains narrent des cas exceptionnels comme le grain de beauté suspect qu’il a détecté et fait soigner et qui aurait pu être un cancer. «Docteur, vous m’avez sauvé la vie.» Ils l’admirent, ils le louent, ils l’adulent et se tournent vers Esther, les yeux brillants: « Vous avez tellement de chance. Tellement de chance d’avoir un mari comme ça. » Esther sourit : «Vous voulez encore un peu de café ?» Et Reza sourit, et les patients rient aussi et acceptent un peu de café. Tout le monde est flatté, tout le monde est content.
Il faut parler de lui. Ça, ça l’intéresse. Il veut entendre qu’il sauve des vies. Il veut qu’on le lui rappelle. Elle l’a fait au début. Elle y croyait. Elle trouvait elle aussi du plaisir à l’entendre. « Mon mari sauve des vies. » Mais elle s’est épuisée à le faire. Elle a perdu l’envie. Elle n’est plus sûre d’y croire. Elle aimerait bien aussi parfois parler d’elle, ou parler des enfants. Mais quand elle parle des enfants, c’est comme si Reza disparaissait. Il se soustrait. Elle parle seule et sa voix ne trouve pas d’écho. Quand les enfants viennent, il reste dans son coin, il attend qu’on lui pose des questions. Il trouve toujours qu’ils ne lui demandent pas suffisamment comment il va ou ce qu’il fait. S’il se met à raconter une histoire et qu’il est interrompu, il cesse de parler et il faut le supplier pour qu’il reprenne. Mais les enfants connaissent déjà ses histoires et ils ont leurs histoires à eux et ils n’ont plus envie de supplier.
Quand les enfants s’en vont, il dit à Esther : « Ils ne s’intéressent pas à leur père. » Il ajoute : « Alors que, quand même, je ne suis pas n’importe qui. »

Esther aussi connaît ses histoires. Celles qui se terminent par : « Il a eu de la chance de tomber sur moi », par : « Tu en connais beaucoup des médecins comme ça ? » Mais elle continue d’écouter. Elle n’interrompt pas, pour ne pas avoir ensuite à le supplier de continuer.
Quand il a fini de parler de lui, elle peut enfin parler elle aussi. Quand elle en a le courage. Quand elle n’a pas peur qu’il se moque. Elle parle. Il n’écoute pas. Elle continue. Elle voit les haussements d’épaules et les froncements de sourcils. Les mains aussi qui s’impatientent. Tous ces gestes d’irritation qui pourraient faire qu’elle arrête, qui en arrêteraient d’autres, et devant lesquels d’autres soupireraient « à quoi bon ». Et pourtant elle poursuit. Elle n’a pas besoin qu’il la comprenne. Elle a besoin de dire. Les autres non plus ne comprennent pas.

Les autres voient ça et déclarent « c’est une femme faible ». D’autres murmurent qu’elle veut maintenir les apparences. Les enfants aussi, leurs enfants. Leurs enfants ne comprennent pas. Ils aimeraient lui en parler. Ils n’osent pas. Ils essaient de lui faire comprendre. Pas avec des mots. De lui montrer ce qui ne va pas. Avec des haussements de sourcils, et des soupirs, des yeux qui roulent, des mains qui s’impatientent. Comme lui. Et elle qui s’entête quand même. Ils ne sauraient pas quoi dire s’il fallait des mots. Entre eux parfois, c’est arrivé, ils se le sont dit. « Maman pourrait se remarier. On est grands maintenant. Pourquoi est-ce qu’elle reste ? » Et Esther restait.
Alors les enfants concluaient : elle est aveugle ; aveuglée même. Ils pensaient qu’elle ne se rendait pas compte. Ils pensaient aussi, souvent, qu’elle avait peur. Et ils avaient peur à leur tour de devoir embrasser cette peur. De devoir embrasser la mère et sa peur et cette vie. Et peut-être même de devoir s’occuper d’elle. Alors ils se taisaient. Ils montraient qu’ils savaient. Ils se détachaient du père. C’était leur seule rébellion. Leur seule façon d’agir. Agir sans agir.
Mais si ses enfants lui avaient demandé, s’ils lui avaient parlé, elle leur aurait dit « je sais ». Elle aurait dit « je sais mais vous ne pouvez pas comprendre et je ne peux pas vous l’expliquer ». Elle voulait Reza, ses enfants et se réunir le dimanche. Elle pouvait tout supporter pour ça. Elle avait tant supporté pour ça.
Pour les autres elle était perdante, et oui, souvent, elle avait perdu. Mais bizarrement elle se sentait victorieuse. Elle avait planté son drapeau sur cette terre hostile et aride. Et de cette terre elle avait juré de faire naître et grandir sa famille. Elle avait gagné parce qu’elle avait continué, malgré les brimades et l’indifférence, à tisser chaque jour, patiemment, sa famille. Tant qu’ils continuaient à se voir. Tant que les enfants continuaient à venir, elle avait vraiment gagné. C’était aussi simple que ça.

Derrière elle, il y a toujours le souffle de Reza. Toujours en train d’essayer de monter ce parasol. Il a pris son bain juste avant. Il est bon pour en reprendre un. Elle sent sa sueur. Un soupçon d’odeur de vieillard. Celle des hôpitaux, des appartements que l’on n’aère plus, des chambres que l’on ne quitte plus.
Esther remarque ses mains qui tremblent en soulevant le parasol. La peau est fine sur les veines bleues, mouchetée de taches brunes. Elle regarde les siennes qui tiennent la rambarde. Un peu plus pâles, un peu plus fines, mais les mêmes taches brunes sur les mêmes veines bleues. Les articulations commencent à se tordre. Des mains de vieux tous les deux.
La terrasse est brûlante. La table qu’elle a dressée ondule sous la chaleur. Chaque verre et chaque assiette et chaque couvert est un petit soleil brûlant. Les fleurs sur la table courbent la tête vers le sol, comme des marcheurs dans le désert.
À nouveau, elle penche la tête et le buste par-dessus la rambarde pour voir le plus loin possible. Il n’y a personne. Elle attend tout le monde pour 12 h 45. Ils ont encore le temps d’arriver.
Elle pense souvent à une image d’elle. Une vieille image. Elle est toujours là, ensorcelante. Elle marche dans Paris. C’est une image d’avant qu’il soit trop tard, d’avant le changement. C’est une image très différente de l’Esther actuelle qui attend, le corps penché par-dessus son balcon.

Sur cette image, elle marche dans Paris. Elle a quitté ses parents. Elle a quitté la campagne. Ses cheveux blonds sont cachés sous un béret de laine bleu marine ; les boucles blondes s’échappent à l’arrière et tombent sur sa nuque. Le béret est placé sur le haut du crâne et accentue la grandeur de son front lisse et pâle. Elle a ses yeux bleus. Les mêmes yeux bleus que des années plus tard derrière les paupières fermées dans la chambre d’hôpital. Les yeux, ça ne change pas. Autour oui. Autour il y aura des rides, sur le front, et sur le coin gauche de son sourire. Et autour des yeux aussi.
Sur cette image d’elle, elle ne sait plus où elle va. Ce n’est pas important. Ce qui est important, c’est qu’elle avance. C’est la caresse des boucles blondes sur son cou, et son souffle dans l’air de Paris. Elle ne porte pas de manteau, ça doit être le printemps. Elle avance et chacun de ses pas existe. Elle avance et pourtant ne va nulle part. Elle ne fuit pas. Elle ne court pas. Personne ne l’attend. Et c’est cela qu’elle voit dans cette image. C’est elle qui marche et personne ne sait où elle va. Pas même elle. C’est cette liberté avant tout. Elle se dit, personne ne sait où je suis, où je vais. Je pourrais partir, disparaître. Ou bien m’arrêter.
Et cette marche est comme de la musique. Esther ne peut que l’absorber, la sentir, la prendre quand elle arrive, la laisser passer à travers elle. Chaque pas est une note qui la saisit et la surprend. Rien n’est prévu. Rien n’est imaginé. Rien n’est à faire.

C’est important pour elle, cette possibilité. Ce chemin qui aurait été possible. Elle, toujours en train de marcher. Suspendue entre deux pas. C’est important de savoir que cette image aussi, c’est elle. Même si aujourd’hui elle attend, le buste penché dans le vide, le corps immobile pour ne pas tomber, le cou tendu, les doigts agrippés à la rambarde. Même si aujourd’hui son corps entier est raide et dur et pétrifié, il y a cette image. Cette image d’elle libre et fluide et suspendue. Et c’est aussi elle.
Il faudrait la voir. Il faudrait que les gens la voient, cette image. Pour l’instant, il n’y a qu’elle. Elle qui la voit sans la voir, juste le balancement merveilleux de ses pas, comme une phrase musicale qui monte et s’arrête et monte à nouveau, et nous surprend et nous revient, et nous ramène à la phrase du début que l’on connaissait, et qui devient immédiatement alors une nostalgie.

Cette image, c’est elle qui arrive à Paris. C’est elle qui court contre Paris. C’est elle qui fuit le petit appartement où Reza attend. Car Reza est là aussi. Dans l’arrière-plan. Il est le contexte. Esther est seule. Et dans cette solitude elle sait qu’il y a Reza chez eux qui l’attend. Dans le minuscule appartement en sous-sol où la lumière ne vient jamais. Une seule pièce. Un seul vasistas en haut d’un mur pour laisser passer le soleil. Paris se heurte contre le verre poussiéreux du vasistas. Entre les immeubles d’en face, entre les jambes des passants, parfois un rai de lumière maladif se faufile, vainc la poussière de la vitre et vient toucher de son doigt débile le pied du lit, vivote là un moment, trop faible pour chauffer, et cède enfin à l’obscurité qui dévore la pièce où Reza attend.
Il attend comme Esther attend aujourd’hui. Le corps recroquevillé sur le lit, les doigts noués. Il attend près du téléphone qu’on l’appelle. Il dit «j’attends qu’un confrère m’appelle». Il fait des remplacements. Il attend que d’autres médecins partent en vacances et acceptent de lui confier ses patients pour deux semaines, trois semaines. Il attend qu’on lui fasse confiance.
À cette époque-là, Reza a encore un accent prononcé. Un accent qu’il essaie de gommer. Un accent qu’Esther n’entend plus. Mais les autres l’entendent. Les confrères ont peur de laisser leurs patients à un étranger. Au médecin qui vient d’Iran, ou du Maroc ou de Turquie, enfin, de là-bas. Parfois il y arrive. Ils lui font confiance. Il est médecin, vraiment, pendant quelques semaines. Alors il doit faire face aux malades. Aux regards en coin face au médecin avec un accent. Aux doutes de ceux qui disent : « Vous avez appris la médecine où ? » À ceux qui, quand ils le voient, quittent la salle d’attente. À ceux qui croient qu’il est l’homme de ménage. Il les soigne. Malgré la méfiance. Il essaie de gommer son accent. Il essaie de les rassurer. Il leur dit qu’il va bientôt ouvrir un cabinet dans le quartier. Qu’ils pourront venir le voir. Le remplacement dure deux semaines, trois semaines au maximum. Et il est de nouveau près du téléphone. À attendre que ça sonne. À rappeler des confrères. Mais les remplacements restent rares.

Et pendant qu’il attend, Esther est suspendue dans Paris. Esther court sans savoir où. Court partout. Elle est infirmière. Quand elle n’est pas dans le métro, elle marche, court, et Paris claque autour d’elle, la gifle au visage en bourrasques. Et comme après une journée de mer, elle revient chez eux, le soir, dans leur petite chambre sombre, les joues rouges, fraîches, et les cheveux en bataille. Elle rapporte un peu de son image d’elle. Elle aimerait y inclure Reza. Mais Reza a sa propre image. Celle de lui dans un cabinet. Lui dans un cabinet et sans accent. Et Esther à la maison.
Dans l’image d’Esther, elle court dans les rues de Paris. Reza est chez eux dans le noir. Et ils sont pauvres. Ils sont de plus en plus pauvres. C’est un enfoncement progressif. Esther le sent. Elle travaille encore plus dur. Lui, il ne peut rien faire d’autre. Elle réussit à remplir ses journées de rendez-vous. Elle est partout dans Paris. Que fait-il de sa journée ? Esther ne le sait pas. Elle ne veut pas demander. Elle a peur de demander. Elle n’ose pas. Elle travaille pour lutter contre l’engloutissement.
Quand elle rentre le soir, Reza baisse les yeux. Elle regarde dans le vide et reste concentrée sur l’image d’elle dans Paris sous le ciel blanc immobile qui avale les ombres et aplatit toute chose. Dans Paris et les matins glacés qui peignent en jaune pâle les façades blanches. Paris au printemps, et les arbres verts et la Seine qui change de couleur et ressemble à la mer. Paris et ses milliers de fenêtres et de portes, et la vie des gens derrière. Jamais elle n’avait vu autant de monde. Les gens coincés dans les autobus, les gens bien rangés dans leurs voitures, les gens écrasés contre les portes du métro, collés les uns aux autres et qui perdent leurs yeux le plus loin possible dans le wagon pour oublier le corps inconnu pressé contre le leur. Les gens qui marchent autour d’elle dans les couloirs du métro, dans les allées du marché, dans les rues, les avenues, les boulevards. Les gens qui s’arrêtent pour regarder une vitrine, les gens qui ralentissent, le journal sous le bras, pour s’asseoir sur un banc, les gens qui la dépassent parce qu’elle regarde les gens.

Ça se résoudra petit à petit. La pauvreté. L’engloutissement. Ils vont s’en sortir. Il va les en sortir. Reza sait que c’est lui qui le fera. Les en sortir et les installer dans l’appartement avec la terrasse. La terrasse sur laquelle Esther attend.
Ce qui va se passer, c’est que Reza va devenir le médecin des pauvres. Le médecin des étrangers, des immigrés. Le médecin de ceux qui ont aussi des accents. Il va d’abord faire des visites, puis il ouvrira un cabinet. Ça va prendre du temps évidemment. Ça ne se fera pas tout de suite. Mais ça viendra. Dès qu’il le pourra, il demandera à Esther de ne plus travailler. Il lui demandera de s’occuper des enfants. Il n’y aura pas d’effondrement. Assez vite, il n’y aura plus de restrictions. Ils pourront changer d’appartement. Laisser derrière eux la petite pièce toute noire et son unique fenêtre. Ils vivront dans un grand appartement clair qui laisse entrer la lumière. Il va les sauver de l’engloutissement.
Évidemment, Esther sera heureuse quand elle aura le grand appartement. Il lui dira « tu es heureuse de ne plus travailler ». Elle dira oui. Elle ne dira pas qu’elle regrette de ne plus courir dans Paris. Qu’elle aimait marcher au son des klaxons et à la lumière des cafés. Elle gardera l’image pour elle.

Regardez-la encore. Regardez-la une dernière fois. Il n’y a pas d’autre image. Elle se laisse emporter par le flot. Elle s’imprègne des odeurs de la ville, de sa pluie froide, de ses bancs poussiéreux, de ses trottoirs glissants. Elle marche jusqu’à ce que la nuit tombe pour voir les fenêtres des immeubles s’éclairer. Elle aime passer devant les vitrines orange des cafés, voir les réverbères frétiller d’impatience au soleil couchant, croiser le sillage d’un couple parfumé qui s’engouffre dans un taxi. À l’abri de la nuit, elle disparaît. C’est la liberté de cette image. Elle peut disparaître.
Elle pense aujourd’hui que peut-être Reza lui en a voulu. Avant, elle n’y pensait pas. Mais maintenant ça lui paraît possible. Possible qu’il lui en ait voulu. Possible qu’il lui en veuille encore, même aujourd’hui. Même après qu’elle a abandonné cette image. Pas abandonné. Caché. Que ça ne soit plus qu’une image.

Il y avait eu un soir. Un soir où on l’avait reconnue marchant dans les rues. La nuit. Devant les terrasses de cafés orange. Quelqu’un d’autre avait vu cette image. Elsa. Esther lui fait des piqûres trois fois par semaine. Esther et Elsa ont un secret. Elsa ne veut dire à personne qu’elle est malade. Elle dit à Esther « vous êtes la seule à savoir ». Elsa a un grand front. Un front d’homme. Un front rassurant. Des sourcils fins qui vous fouillent l’âme, qui vous questionnent, qui vous interrogent sans jamais rien dire. Et en dessous, un regard bienveillant. Il y a un sourire aussi. Le sourire d’Elsa un peu en coin. Un peu inquisiteur, un peu moqueur. Comme si elle savait quelque chose sur vous. Et pourtant c’est Esther qui sait quelque chose sur elle.
Quand Elsa appelle Esther depuis la terrasse, ça la surprend. Forcément. Esther sait son secret. Elles ne doivent pas être vues ensemble. C’est sa relation adultère. C’est une autre vie. C’est l’image d’Esther qui n’est qu’à elle, aussi. Ça l’étonne qu’on la reconnaisse dans cette image. Ça la flatte aussi. Bien sûr.
Quand Esther voit Elsa agiter la main à la terrasse du café, elle ne sait pas si elle doit la rejoindre. Ou la saluer. Ou l’ignorer. Elsa est avec deux amis : une petite blonde insignifiante au front bombé et aux yeux noirs et un grand homme avec un accent et des taches de rousseur, qui trempe son doigt dans son verre vide puis le suçote avec délice. Il y a beaucoup de verres sur la table et beaucoup de mégots dans le cendrier. Il fait bon dehors. Les réverbères sont des oranges brillantes qui dansent contre le fond noir de la ville.
Elsa agite la main. Elle sourit vraiment. En coin toujours. Mais sans moquerie. Esther s’assied avec eux. Ils parlent de poésie. Il y a des prénoms étrangers. Il y a des choses qu’elle ne connaît pas. Ils parlent de films. Le monde est orange. La fumée des cigarettes, orange aussi. Esther a posé son image avec eux. Et l’image devient réelle. Ce n’est plus une image qui court. C’est Esther, assise, au milieu des autres. Esther quelque part où elle n’a jamais été avant. On pourrait penser qu’elle serait gênée avec cet homme à côté qui continue à suçoter son doigt. Ou par le bruit. La lumière. Les phares des voitures qui les éblouissent parfois. Mais l’image est là, définitive. Esther s’entend parler. Elle s’entend rire. Elle ne sait pas de quoi. Elle ne sait plus. Elle est purement dans ce moment. Ce moment qu’elle sent lui être dû.

Et puis Elsa demande à la blonde aux yeux ronds d’échanger sa place avec Esther. Elsa dit qu’elle la veut à côté d’elle. La blonde rougit, parce que ça l’énerve. Esther ne rougit pas. Elle trouve ça normal. C’est elle qu’Elsa a appelée. Elle prend la place de la blonde, dont les gros yeux noirs roulent dans leurs orbites. Elsa se penche vers elle. Elsa rit. Elle lui raconte des choses qu’Esther n’entend pas, à cause du bruit. À cause de tout ce qu’il y a d’autre à écouter autour.
Plus tard dans la soirée, Elsa prend la main d’Esther. Elle lui lit les lignes de la main. L’homme avec un accent se penche aussi. Ils discutent par-dessus la main d’Esther comme deux généraux devant un plan de bataille. Il y a des doigts qui caressent sa paume. Elle ne sait plus si ce sont ceux d’Elsa ou de l’homme. Ils disent des choses. Elle les oublie. Ils sont tous les trois dans leur monde orange. Le bruit diminue. Elle entend mieux leur voix. L’homme a un accent du Nord. Hollandais. Belge. Un accent dur.
Puis il y a de moins en moins de phares. De moins en moins de voitures qui attendent au feu rouge. Et la nuit est plus noire. Elle rentre tard. Ils la déposent en taxi. Elle n’a pas vraiment bu parce qu’elle n’aime pas ça. Mais la peau de ses joues brûle. Peut-être que c’est aussi à cause de la main de l’homme à l’accent mystérieux qui coule le long de son bras, jusqu’à sa cuisse, jusqu’au pli de son genou où il fait glisser son doigt. Le même doigt qu’il suçotait plus tôt. Ils lui proposent de les suivre ailleurs. Chez Elsa. Ou chez lui. Ça n’a pas d’importance. Elle dit non. Elle dit « mon mari m’attend ». Elle quitte le taxi en laissant traîner encore un peu sa jambe contre la main de l’homme. Puis des portes claquent, celle du taxi, celle de l’immeuble, celle de l’appartement. Chez elle, chez eux, le noir et le silence et personne qui l’attend.

Après cette soirée, il se passe six mois pendant lesquels cette image est encore réelle. Où elle court vraiment dans Paris. Où elle sait vraiment où elle va. Où elle sent qu’elle peut s’arrêter et devenir cette image. Il n’y a pas encore d’enfant. C’est sûr, ce sont les enfants qui vont y mettre un terme.
L’enfant et Reza dans son cabinet. Les deux choses arrivent presque en même temps. Les deux choses gonflent en même temps. La patientèle de Reza et le ventre d’Esther. C’est plus difficile de courir dans Paris. L’image est distordue. Ce n’est plus une liberté. Où va-t-elle ? À cette époque, elle a besoin de savoir où elle va. Elle a cette responsabilité. Elle ne peut plus errer dans les rues comme avant. Elle ne peut plus courir contre les gens, contre Paris. S’engouffrer, se perdre, se retrouver, se cogner. Ce n’est plus possible. À l’image de liberté se substitue une autre image. Celle de Reza. Celle que Reza a construite patient après patient, jusqu’à l’appartement et la terrasse. C’est une image qui lui laisse moins de place. Moins d’air pour respirer ou pour courir. L’image de Reza enfle et pousse son image à elle. Elle devient réalité. Il faut s’y résigner. C’est comme ça qu’elle le voit. C’est son image à lui qui a gagné. Jaunie, les coins émoussés et les pliures profondes, l’image de sa liberté n’existe plus qu’en elle.
C’est l’image de Reza qui restera. Pour les autres, pour tout le monde, c’est cette image. Pendant un temps elle accepte. Elle ne bouge pas. Elle se tient immobile dans le coin de l’image. Le ventre qui gonfle, puis un enfant dans les bras. Devant elle, Reza prend toute la place. Il ne la regarde pas. Dans cette image, il lui tourne le dos. Elle ne sait plus quoi faire, elle ne sait plus quoi dire pour exister dans cette image. Elle essaie de se projeter, de bouger, de trouver une place. Mais ses mouvements sont empêchés, il y a cet enfant, et il y en aura d’autres, et elle est dans un coin, un petit coin en bas de l’image, assise et entourée d’enfants, à peine la place pour étendre ses jambes.
Et c’est là, dans ce coin d’image, dans ce coin exigu, qu’elle commence sa tapisserie. C’est là qu’elle noue les premiers petits nœuds. Elle a tout juste la place de remuer ses doigts et de tisser les fils les uns avec les autres. Et ses doigts suspendus courent sur la tapisserie, comme elle avait couru après son rêve dans Paris.
Derrière elle, Reza s’est assis sur le rebord d’une jardinière. Il reprend son souffle.
Elle regarde sa montre. Ils ne devraient pas tarder. Elle regarde la table vide. Et toutes les chaises autour. Aujourd’hui il n’y aura pas de chaise vide, se dit-elle. Ils seront tous là. Dans quelques minutes ils seront là. Ils viendront peupler le silence et le vide. Ajouter leur chaleur à la chaleur de l’air. Et pendant qu’ils parleront, Esther verra se resserrer les fils qu’elle a si patiemment noués et que la vie, injuste et acharnée, a distendus, effilochés, cassés. »

À propos de l’auteur

MATINE_Alexandra©_Chloé_Vollmer-LoAlexandra Matine © Photo Chloé Vollmer-Lo

Née à Paris en 1984 et diplômée de Sciences-Po, Alexandra Matine commence une carrière de journaliste à Londres avant de rejoindre Amsterdam, en 2014. Lorsqu’elle perd sa grand-mère, elle prend brutalement conscience de la fragilité des liens familiaux et des pièges du non-dit. Comme en apnée, elle compose Les Grandes Occasions. (Source: Éditions Les Avrils)

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Nos rendez-vous

ABECASSIS_nos_rendez-vous
  RL2020

 

En deux mots:
Amélie rencontre Vincent à Paris et rêvent d’une vie à deux. Mais leur premier rendez-vous est manqué. Dès lors, ils vont se livrer à une course-poursuite au fil du temps pour réussir à se construire un avenir commun, même si leurs routes vont vite diverger.

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Ma chronique:

Le fabuleux destin d’Amélie… et de Vincent

Avec élégance Éliette Abécassis a écrit le roman des rendez-vous manqués, faisant d’Amélie et de Vincent le symbole de toutes ces histoires qui auraient pu être écrites différemment.

Ceux qui suivent Éliette Abécassis se souviendront sans doute qu’en 2014 elle avait publié pour les trente ans du magazine Femme actuelle une nouvelle intitulée «Le rendez-vous», l’histoire d’Agathe et de Frédéric qui se cherchent et se retrouvent trente ans après. Il n’est guère besoin d’aller chercher plus loin l’idée de ce court roman qui retrace cette fois l’histoire d’Amélie et de Vincent (deux personnages qui dans une première version s’appelaient Charlotte et Stéphane).
On les découvre au début de leur parcours universitaire, au moment où ils ont tout l’avenir devant eux. «Elle, issue d’une famille de la région normande, était en Lettres et se destinait à l’enseignement. Brune, les yeux cernés, ouverts sur le monde, comme étonnés d’en découvrir la couleur, le corps chétif, mince, le sourire timide, elle était enfant encore, à peine femme. Elle se demanda s’il allait lui donner son numéro de téléphone, s’il désirait l’appeler, si elle lui plaisait comme il lui plaisait.»
Lui «était poli et bien éduqué, un peu distant mais sympathique. Un zeste de fantaisie, comme une folie douce. On le sentait parfois ailleurs, dilettante, rêveur. Il faisait de la musique, du piano, c’était ce qu’il aimait par-dessus tout.»
Ils font connaissance en marchant dans Paris, comme des touristes. Parlent de leurs aspirations et de leurs craintes pendant des heures, ne voyant pas le temps passer. Constatant finalement qu’ils sont bien ensemble, ils se donnent rendez-vous au café de la Sorbonne. Ils se doutent tous deux que ce jour marquera le début d’une belle histoire.
Frédéric est ponctuel, tandis qu’Agathe n’est pas encore décidée quant au choix de ses vêtements et quand elle arrive enfin, il est parti. Ce rendez-vous manqué – ils ne le savent pas encore – n’est que le premier jalon d’une histoire qui va se poursuivre au fil des ans. L’incompréhension, le refus ou la peur de dire vraiment ce qu’ils ressentent, la difficulté de communiquer autant que leurs parcours professionnels respectifs vont les éloigner, avant de les rapprocher à nouveau.
Jusqu’à ce soir de réveillon à la veille de l’an 2000, ils auront parcouru la planète et auront entamé une carrière professionnelle. Amélie est désormais prof de lettres dans un lycée parisien, Frédéric est cadre dans un groupe de consulting, victime en quelque sorte de la pression familiale qui ne le voyait pas réussir dans la musique, sa vraie passion. Une pression sociale qui l’a également poussé à se marier et à fonder une famille, même s’il n’a pas oublié Amélie. Qui va aussi de son côté tenter de construire une histoire. Mais elle va passer d’un partenaire à l’autre sans vraiment trouver le bon.
Par l’intermédiaire des réseaux sociaux, ils vont pouvoir échanger et même se croiser à nouveau sans pouvoir s’avouer un amour qui n’est compatible avec leurs vies respectives.
Éliette Abécassis réussit là une très belle variation sur le thème de la vérité en amour, sur le poids des non-dits et sur la difficulté de dire les sentiments. Et comme chacun de nous a au moins eu l’impression de passer à côté d’une histoire, on ne peut que s’identifier à cet homme, à cette femme et partager leur frustration. Que ce serait-il passé si j’avais fait ceci, si je n’avais pas fait cela…
Du coup, le fabuleux destin d’Amélie et de Frédéric devient un peu le nôtre, avec les mêmes emportements et les mêmes frustrations, mais aussi avec les mêmes impondérables et les mêmes errements. Ce roman construit sur les «si» est si juste et si dramatique, si bouleversant et si fataliste.

Nos rendez-vous
Éliette Abécassis
Éditions Grasset
Roman
162 p., 15 €
EAN 9782246817376
Paru le 2/01/2020

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Paris et Bernay, mais on y évoque des voyages effectués dans le monde entier, en Suisse, en Italie (notamment à Venise, à Vérone et à Rome, ainsi qu’en Sardaigne), en Grèce, en Égypte, au Brésil, en Afrique du sud, au Vietnam, au Japon, en Australie, aux États-Unis, en Inde, à Hong Kong, sans oublier la tournée des capitales européennes, de Luxembourg à Londres, d’Athènes à Oslo.

Quand?
L’action se situe de la fin des années 80 à nos jours, sur une trentaine d’années.

Ce qu’en dit l’éditeur
Ce roman d’une passion d’amour contrariée est aussi le roman d’une époque. Amélie et Vincent se rencontrent, jeunes, à la Sorbonne à la fin des années 80. Chacun ressent un coup de foudre sans oser l’avouer à l’autre: aucun des deux ne se sent «à la hauteur», aucun ne fait le premier pas, aucun n’a la maturité de saisir son bonheur…
Ils se donnent rendez-vous, la jeune femme est en retard: A quelques minutes près, ce jour-là, ce n’est pas un simple rendez-vous qu’elle rate, c’est sa vie.
Puis la vie prend le dessus, les emporte malgré eux vers des destins qu’ils ne maîtrisent plus, leur fait prendre des bifurcations comme on emprunte des portes, puis des couloirs, de dix ans, de vingt ans, de trente ans… On suit en parallèle la trajectoire intime et professionnelle d’Amélie et de Vincent, et chaque fois que les hasards de l’existence les remettent en présence, ce n’est pas «le bon moment». «Trente ans que nous nous connaissons… Des mariages, des divorces, des deuils, des enfants, des centaines de voyages, parfois au bout du monde, des succès, des échecs, des espérances déçues, des rêves d’enfance perdus, des enfances déchues…Trente ans de rêves et de désir».

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com
Blog Vagabondage autour de soi 
Blog Lili au fil des pages 


Éliette Abécassis présente Nos Rendez-vous © Production Éditions Grasset

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Ce fut un long couloir, à Paris, à l’université de la Sorbonne, un échange de regards. Ils étaient là, simplement, dans la même file d’attente, devant le secrétariat. Deux personnes qui discutent ensemble, de tout, de rien, comme cela se produit des milliers de fois dans une vie.
Vêtue de couleurs sombres, avec une frange, des lunettes et du khôl sous les yeux, elle sortait tout droit de l’adolescence et d’un escalier qui montait du rez-de-chaussée, avec sa meilleure amie, Clara, en rouge et noir, à moitié dissimulée par un chapeau plus grand qu’elle, et trois autres compagnons, tous étudiants à la Sorbonne. Ils partageaient la même vision de la vie et un grand appartement avec d’autres colocataires, dont un jeune homme qui parlait une langue indéfinissable, grec, croate ou suisse allemand, et qui vivait avec eux depuis des mois, sans que personne sache vraiment d’où il venait ni ce qu’il faisait là. En plein cœur du Quartier latin, c’était une sorte de squat où ils donnaient des fêtes sagement alcoolisées, et où traînaient le soir des cadavres de poulet et des restes de bouteilles, à moins que ce ne soit l’inverse. Ils s’étaient rencontrés, tous les cinq, en militant à SOS-Racisme. Ils avaient défilé pour Malik Oussekine, martyr des manifestations contre la loi Devaquet, et ils se retrouvaient, le soir, à distribuer des tracts et à lutter, ils ne savaient pas très bien pourquoi, sinon pour étancher leur soif d’engagement.
Lui, arrivé de Saint-Germain, avec son gilet sur sa chemise blanche, ses lunettes rondes et ses cheveux bouclés, un rien dandy, un rien parisien, s’inscrivait en licence d’économie. Il était poli, timide et socialiste, ayant accueilli l’élection de Mitterrand avec une grande joie. Son ami Charles l’accompagnait : il venait de Corse, avait l’air sombre, les sourcils froncés et un sourire complice. Ils s’étaient rencontrés sur les bancs de la fac, et ils militaient ensemble contre l’extrême droite.
Après l’inscription, la troupe d’étudiants se rendit place de la Sorbonne, pour prendre un café. Ils poursuivirent leur conversation, sur tout et rien, ce qu’ils faisaient, et ce qu’ils rêvaient d’accomplir. Ils finirent par se présenter. Elle s’appelait Amélie, et lui Vincent. Elle, issue d’une famille de la région normande, était en Lettres et se destinait à l’enseignement. Brune, les yeux cernés, ouverts sur le monde, comme étonnés d’en découvrir la couleur, le corps chétif, mince, le sourire timide, elle était enfant encore, à peine femme. Elle se demanda s’il allait lui donner son numéro de téléphone, s’il désirait l’appeler, si elle lui plaisait comme il lui plaisait. S’il valait mieux le montrer ou le cacher, le taire tout à fait. Si elle était assez belle, ou s’il y avait un défaut rédhibitoire, quelque chose en elle qui ne lui conviendrait pas, son nez trop grand, ses pommettes trop hautes, ses cheveux mal coupés, son allure pas trop féminine. Elle fut impressionnée par sa façon de parler, sa mèche sur les yeux, son assurance, la beauté de son visage, l’intensité de son regard, sa voix chaude, profonde et pourtant fine, subtile. Un caractère affirmé mais doux, il était poli et bien éduqué, un peu distant mais sympathique. Un zeste de fantaisie, comme une folie douce. On le sentait parfois ailleurs, dilettante, rêveur. Il faisait de la musique, du piano, c’était ce qu’il aimait par-dessus tout.
Puis ils ont marché dans Paris, comme des touristes. Ils ont traversé le pont, se sont rendus sur l’île Saint-Louis, ont admiré la Seine sous un soleil couchant, se sont assis sur les quais, et se sont raconté leur vie. Vincent, au milieu du groupe, était impressionné. De la voir ainsi, devant lui, si étrange, timide et captivante. Elle, un air innocent et malicieux à la fois. Il se dit qu’il avait rencontré quelqu’un d’intéressant, de profond, de cultivé, et qui semblait le comprendre, avec qui il pourrait parler. Elle était charmante et bizarre, un peu triste, comme perdue dans la ville. Était-il possible qu’elle s’intéressât à quelqu’un comme lui ? Elle semblait inabordable. Et pourtant elle était là, à côté de lui, et ils parlaient.
Elle, avec ses vêtements sombres, mal dans sa peau, quoi qu’elle porte, quoi qu’elle fasse, quoi qu’elle dise, s’exprimait souvent dans une confusion due à sa timidité et la mauvaise image qu’elle avait d’elle-même. Sa mère lui avait dit : « Quand on a ton physique, ma fille, il vaut mieux compenser par l’intellect. » Peut-être l’intriguait-elle ? Elle n’osait y croire. Il était séduisant, avec sa balafre sur la joue gauche, qui faisait penser à Robert Hossein dans Angélique, marquise des anges, nimbé de parfum, entouré de filles ce type-là ! Un air hiératique, et une façon de regarder qui la clouait sur place. Un charme émanait de son regard, et de sa voix profonde, presque caressante, il lui demanda ce qu’elle faisait. Elle se mit à bégayer, elle étudiait, et pour gagner sa vie, elle donnait des cours, elle écrivait à ses heures perdues, elle aimait l’art, la peinture, la sculpture, elle courait au jardin du Luxembourg, avec un walkman. Et lui, était-il parisien ? Montmartre, la colline et ses vignes, un grand appartement, des parents commerçants, ils ne comprenaient rien à ce qu’il voulait, ce qu’il aimait, la musique. Il avait eu un professeur dans sa jeunesse, un voisin qui enseignait au conservatoire dans le 17e à Paris et lui avait transmis la passion du piano.
Elle, élevée dans le rigorisme d’une éducation provinciale, menait une vie rangée. Son père, directeur d’école, ne la laissait pas sortir. Adolescente, elle n’avait pas le droit de se rendre dans les bars, ni dans des boums – que ses parents appelaient « surboums », mot issu de la période yé-yé qu’ils n’avaient pourtant pas vraiment connue –, ni de recevoir des amis du sexe opposé. Née en 1968 pourtant, il semblait que la libération de la femme n’avait pas eu lieu chez elle, ni même effleuré le foyer parental, de près ou de loin. Lectrice de Simone de Beauvoir, qui était devenue son modèle, son idéal, elle s’était juré qu’un jour elle existerait à part entière. Elle se réfugiait dans les livres, pour s’y retrouver dans un miroir et fuir le réel.
Or, ce soir-là, il faisait beau sur la ville déjà envahie par la torpeur estivale. Les gens marchaient d’un pas nonchalant sur les quais, devant les cafés. Des vieux, des jeunes, des enfants, des femmes, des hommes, des amoureux. Des couples, assis sur des bancs. Des rues qui menaient jusque dans le Marais, où boulangeries et restaurants vendaient des falafels et des shawarmas, à même le trottoir, dans un joyeux brouhaha.
Puis lorsque les autres décidèrent de rentrer chez eux, il lui proposa de prendre un café. Pourquoi pas. Ils avaient le temps. Ils restèrent à discuter, sur le pont, se promenèrent encore, s’arrêtèrent chez un bouquiniste, devant un étal sur les quais de Seine. On y trouvait, pour trois francs six sous, des livres d’amour, des thrillers, des romans de gare, à l’eau de rose, à tiroirs, haletants, nouveaux, anciens, futuristes, des manuels, des essais, des livres de psychologie ou de philosophie, d’Histoire ou d’histoires, et même des recueils de poésie.
C’était le temps où les gens lisaient, dans les métros, les rues, les plages et les lits, les salles de bains et les cuisines, les gens apportaient des livres dans les parcs, les jardins, les piscines, les salles d’attente, les bus, les trains, les avions, ils lisaient dans les fauteuils, les canapés, les salons, les hôtels, les cafés et les bars, les villes et les villages, l’été comme l’hiver, le soir ou le matin, en mangeant, en se couchant, en se levant, avec une tasse de thé ou un verre de vin, au coin du feu, lorsque le jour déclinait : les gens lisaient partout, à chaque moment de leur journée, à chaque heure de la vie, pour se raconter une autre histoire, pour fuir le réel ou le vivre plus intensément, pour comprendre les hommes ou pour les détester, ou simplement pour passer le temps. Tous les vendredis soir, Amélie regardait l’émission «Apostrophes», où Bernard Pivot interrogeait les auteurs avec une passion réelle, Roland Barthes ou Françoise Sagan, Albert Cohen, Truffaut, Jankélévitch, Le Roy Ladurie ou Duby, tous avec la cravate, sauf BHL. Vincent préférait Michel Polac qui, au milieu d’un nuage de fumée, alimentait les débats autour de Charlie Hebdo, de Minute et de Harakiri, et Serge Gainsbourg disait «merde» avec ses lunettes noires et Pierre Desproges dissertait sur l’intelligence des sportifs devant Guy Drut. »

À propos de l’auteur
Écrivain, réalisatrice, scénariste, Éliette Abecassis est  l’auteur de plus de vingt ouvrages dont on peut rappeler notamment Qumran (200.000 ex en France seulement), La répudiée (100.000 ex), Un heureux événement (150.000 ex), Sépharade ou encore Le maître du Talmud (Albin Michel, 2018). Après Une question de temps elle publie Nos rendez-vous, toujours chez Grasset. (Source : Éditions Grasset)

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«Les loyautés» – revue de presse


Bel entretien avec Delphine de Vigan à propos des Loyautés «le souffle qu’elle a trouvé pour écrire ce nouveau roman extrêmement nerveux à la construction narrative imparable et son souci d’être toujours dans le vrai, de tendre un miroir à la société.»

 
Voici, pour ceux qui auraient envie d’en savoir davantage sur l’auteur et le roman, une revue de presse qui prouve combien ce roman a réussi, en ce début d’année, à amener la lumière vers lui.
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Les autres critiques:
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Les Echos (Thierry Gandillot)
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Bonus


Delphine de Vigan lit un extrait de Les Loyautés © Production Hachette France

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Les loyautés

de_VIGAN_Les_loyautes

rentree-2018

En deux mots:
Hélène est enseignante. Elle va va remarquer que Théo, l’un de ses élèves de 5e, ne va pas bien et va tenter de l’aider. Ce dernier entraîne son camarade Mathis sur un terrain dangeureux alors que leurs parents respectifs démissionnent. Qui aura le dernier mot?

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré))

Ma chronique:
Ivresse et autres bizarreries

Au-delà de l’enfance maltraitée, le nouveau roman de Delphine de Vigan explore un mal du siècle, la difficulté de plus en plus grande de communiquer, de dire les choses.

Alors que l’adaptation cinématographique par Roman Polanski de D’après une histoire vraie est sur les écrans, Delphine de Vigan nous offre un nouveau roman percutant qui explore «les lois de l’enfance qui sommeillent à l’intérieur de nos corps, les valeurs au nom desquelles nous nous tenons droits, les fondements qui nous permettent de résister, les principes illisibles qui nous rongent et nous enferment. Nos ailes et nos carcans.»
Donnant, chapitre après chapitre, la parole aux protagonistes, la romancière construit un récit qu’il est difficile de lâcher tant la tension croît au fil du récit. Hélène ouvre le livre. Prof de SVT au collège, elle a l’intuition que Théo, son élève de 5e, cache un secret. Même si aucune trace de coups n’est visible, elle sait par expérience que tous les coups ne laissent pas forcément de marques, du moins physiques. Car Hélène a enduré les jeux pervers de son père, inventeur d’un principe d’éducation particulier, sorte «roue de la fortune»: à chaque mauvaise réponse aux questions diverses et variées qu’il posait, une gifle.
On serait tenté d’écrire que fort heureusement pour elle, un cancer va emporter son bourreau. Elle a alors 17 ans et se promet de devenir enseignante et de de venir au secours des enfants maltraités.
On suit alors le parcours de Théo qui navigue entre sa mère et son père. Des parents qui préfèrent ne pas voir le malaise de leur fils pour se concentrer sur leurs propres déboires engendrés par la faillite du couple et se satisfont de leur stratégie d’évitement que l’enfant a bien intégré : « Très vite, Théo a appris à jouer le rôle qu’on attendait de lui. Mots délivrés au compte-gouttes, expression neutre, regard blasé. Ne pas donner prise. Des deux côtés de la frontière, le silence s’est imposé comme la meilleure posture, la moins périlleuse. »
Le goût de la liberté aura pour lui celui de la vodka ou du rhum. Entraînant Mathis, son camarade classe, il va trouver une cachette dans l’établissement scolaire où ils pourront ingurgiter des doses de plus en plus fortes d’alcool.
Cécile, la mère de Mathis, s’alarme à son tour. Mais son fils cache son jeu, balaie ses doutes…
Comme l’écrit fort justement Bernard Pivot dans le JDD, le roman « est une plongée passionnante dans les relations compliquées d’un inévitable trio: parents, adolescents, enseignants. » La démission des uns et la duplicité des autres de même que le pouvoir que peuvent exercer les uns sur les autres font que la peur s’immisce dans les relations et brouille les messages. La déloyauté l’emporte sur la loyauté, même si au bout du compte personne n’est vraiment dupe: « C’est étrange, d’ailleurs, cette sensation d’apaisement lorsqu’enfin émerge ce que l’on refusait de voir mais que l’on savait là, enseveli pas très loin, cette sensation de soulagement quand se confirme le pire. »
Comme dans Les heures souterraines les personnes que la vie n’a pas épargnées sont au centre de ce court roman, coupant comme une lame de rasoir et dont je gage que vous serez très impatients de connaître l’issue.

Les Loyautés
Delphine de Vigan
Éditions JC Lattès
Roman
208 p., 17 €
EAN : 9782709661584
Paru le 3 janvier 2018

Ce qu’en dit l’éditeur
« J’ai pensé que le gamin était maltraité, j’y ai pensé très vite, peut-être pas les premiers jours mais pas longtemps après la rentrée, c’était quelque chose dans sa façon se tenir, de se soustraire au regard, je connais ça, je connais ça par cœur, une manière de se fondre dans le décor, de se laisser traverser par la lumière. Sauf qu’avec moi, ça ne marche pas.»
Théo, enfant du divorce, entraîne son ami Mathis sur des terrains dangereux. Hélène, professeur de collège à l’enfance violentée, s’inquiète pour Théo : serait-il en danger dans sa famille ?
Quant à Cécile, la mère de Mathis, elle voit son équilibre familial vaciller, au moment où elle aurait besoin de soutien pour protéger son fils.
Les loyautés sont autant de liens invisibles qui relient et enchaînent ces quatre personnages.

Les critiques
Babelio
ELLE 
Blog Carobookine 
Blog My pretty Books 


Delphine de Vigan lit un extrait de Les Loyautés © Production Hachette France

Les premières pages du livre 
« Ce sont des liens invisibles qui nous attachent aux autres – aux morts comme aux vivants –, ce sont des promesses que nous avons murmurées et dont nous ignorons l’écho, des fidélités silencieuses, ce sont des contrats passés le plus souvent avec nous-mêmes, des mots d’ordre admis sans les avoir entendus, des dettes que nous abritons dans les replis de nos mémoires.
Ce sont les lois de l’enfance qui sommeillent à l’intérieur de nos corps, les valeurs au nom desquelles nous nous tenons droits, les fondements qui nous permettent de résister, les principes illisibles qui nous rongent et nous enferment. Nos ailes et nos carcans.
Ce sont les tremplins sur lesquels nos forces se déploient et les tranchées dans lesquelles nous enterrons nos rêves. »

HÉLÈNE
J’ai pensé que le gamin était maltraité, j’y ai pensé très vite, peut-être pas les premiers jours mais pas longtemps après la rentrée, c’était quelque chose dans sa façon de se tenir, de se soustraire au regard, je connais ça, je connais ça par cœur, une manière de se fondre dans le décor, de se laisser traverser par la lumière. Sauf qu’avec moi, ça ne marche pas. Les coups je les ai reçus quand j’étais gosse et les marques je les ai cachées jusqu’au bout, alors à moi, on ne me la fait pas. Je dis le gamin parce que franchement il faut les voir, les garçons, à cet âge-là, avec leurs cheveux fins comme ceux des filles, leur voix de petit poucet, et cette incertitude qui colle à leurs mouvements, il faut les voir s’étonner grands yeux écarquillés, ou se faire engueuler, mains nouées derrière le dos, la lèvre tremblotante, on leur donnerait le bon Dieu sans confession. Pourtant, il n’y a aucun doute, c’est à cet âge-là que ça commence, les vraies conneries. »

À propos de l’auteur
Née en 1966 à Boulogne-Billancourt, Delphine de Vigan se lance à 21 ans dans la vie active, après une formation au Celsa. En 2002, elle est directrice d’études dans un institut de sondage quand elle publie sous pseudonyme (Lou Delvig) son premier livre, Jours sans faim. Des nouvelles et trois romans plus tard – dont No et moi et Les Heures souterraines – l’écrivaine créé l’événement avec Rien ne s’oppose à la nuit, portrait de sa mère bipolaire, suicidée en 2008.
Plus d’un million d’exemplaires vendus. Le succès, fulgurant, fragilise son auteure: qu’écrire après? Comment revenir au roman d’imagination? Ce séisme donnera naissance à D’après une histoire vraie, salué par le prix Renaudot 2015. Les Loyautés confirme que, pour Delphine de Vigan, rien ne s’oppose à la fiction. (Source : Magazine Lire)

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Ce qui nous sépare

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Ce qui nous sépare
Anne Collongues
Actes Sud
Roman
176 p., 18,50 €
ISBN: 9782330060541
Paru en mars 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en banlieue parisienne, le long d’un parcours du RER dont les stations ne sont jamais nommées. Les parcours des différents passagers permettent d’évoquer leurs origines ou leurs voyages, des souvenirs ou des destinations rêvées : Montélimar, Donville, Saint-Nazaire, Le Havre, Belém, Sdérot et Tel-Aviv, la Thaïlande.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Un soir d’hiver, dans un RER qui traverse la capitale et file vers une lointaine banlieue au nord-ouest de Paris. Réunis dans une voiture, sept passagers sont plongés dans leurs rêveries, leurs souvenirs ou leurs préoccupations. Marie s’est jetée dans le train comme on fuit le chagrin ; Alain, qui vient de s’installer à Paris, va retrouver quelqu’un qui lui est cher ; Cigarette est revenue aider ses parents à la caisse du bar-PMU de son enfance ; Chérif rentre dans sa cité après sa journée de travail ; Laura se dirige comme tous les mardis vers une clinique ; Liad arrive d’Israël ; Frank rejoint son pavillon de banlieue.
Attentive et bienveillante, Anne Collongues fait tourner la lanterne magique de l’existence et livre un texte subtil, aussi juste dans l’analyse psychologique de ses personnages qu’émouvant dans la représentation de leur beauté banale. Ce qui les sépare, c’est finalement ce qui les rapproche : cette humanité qui fait de chacun d’eux un petit monde accomplissant sa modeste révolution, traçant une destinée minuscule qui, au fil de ce trajet dans la nuit des cités-dortoirs, va connaître sa modification.

Ce que j’en pense
***
Je me souviens… avoir lu il y a bien des années La vie mode d’emploi de Georges Perec, l’histoire d’un immeuble parisien qui, à la manière d’une maison de poupée, se laissait découvrir appartement par appartement.
Je me souviens des films de Claude Sautet durant lesquels on retrouvait souvent les protagonistes autour d’une table, pour un mariage ou en enterrement, après avoir découvert un bout du parcours de chacun.
Je me souviens aussi de la collection de livres reliés dans la bibliothèque de mon oncle. Les 27 volumes des «Hommes de bonne volonté» de Jules Romains, dont la lecture m’apparaissait alors comme une entreprise impossible.
Je me souviens aussi de Marie et Laura, de Cigarette, de Liad, Frank, Chérif, et Alain, les sept voyageurs qui, par un soir d’hiver se retrouvent dans cette rame du RER qui va d’une banlieue parisienne à l’autre.
Je m’en souviens d’autant mieux que cela fait plus de trente ans maintenant que je prends le train pour me rendre au travail et pour en revenir le soir et que fort souvent je me suis pris au jeu d’imaginer la vie de ces personnes que je croise occasionnellement ou plus régulièrement. J’ai même griffonné un soir une idée de roman, dans lequel le narrateur décidait de confronter ses déductions avec les vrais voyageurs.
Autant dire que le premier roman d’Anne Collongues a résonné en moi dès les premières lignes.
Dès que Marie, après avoir hésité jusqu’à la dernière seconde, décide de monter dans le RER. Parce que pour elle, ce voyage a une signification toute particulière. En fait, Marie s’enfuit parce qu’elle ne supporte plus sa petite vie, entre un mari qui ne l’aime plus et une fille qui pleure. Marie, «jean informe, sac de collégienne, aux pieds de vieilles Converse, et le caban rouge bon marché» fait pourtant envie à Laura. Si elle partage son compartiment, c’est qu’elle est partie plus tôt du bureau et qu’elle veut, elle aussi goûter à un moment de liberté.
Et que dire de Liad qui se promenait la veille encore à Sdérot en Israël. Après ses trois ans de service militaire au sein de Tsahal, il a décidé de partir pour Paris plutôt que d’aller en Thaïlande. Dans ce RER, il a le temps de ruminer sa décision. En voyant les tristes paysages, il commence à se demander s’il a bien fait. Mais il a l’avenir devant lui.
Ce n’est plus vraiment le cas de Cigarette qui rêvait d’évasion et qui a déjà manqué un cargo vers le Brésil. En regagnant le ce café où elle travaille, on suit aussi ses espoirs déçus et sa frustration.
L’histoire de Chérif est aussi particulière. Osera-t-il vraiment rentrer chez lui ? Céline et son corps si sensuel l’attendent. Mais également Sofian et peut-être toute une bande qui voudra laver un terrible affront.
Franck n’est pas beaucoup plus joyeux. Il rentre dans son pavillon de banlieue et aspire à la tranquillité qui se refusera à lui. Il le pressent.
Alain a aussi été durement frappé par le destin. Un incendie, la mort d’un enfant, l’éclatement du couple… Il essaie de se reconstruire.
Sept existences que le lecteur va suivre tout au long de ce trajet, sept destins qui vont coexister avant de former un tableau d’une société bien malade.
S’il est quelquefois difficile de bien suivre chacun des parcours, c’est parce que l’auteur a aussi tenté, en construisant son livre avec des morceaux d’histoire, de trouver «une manière de les rapprocher sans utiliser un événement extérieur, de les rassembler, d’aller, en s’approchant de la fin, vers un seul chant à plusieurs voix.»
Mission accomplie. Même si ce chant à plusieurs voix n’a rien d’un chant d’espérance, si on croise des vies brisées et des drames douloureux, on sent en filigrane des hommes de bonne volonté. Je m’en souviens…

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog L’insatiable (Charlotte Milandri)
Blog Echappées (Françoise Leroux)

Autres critiques
Babelio
Culturebox
Toute la culture (TLC)
Blog Clara et les mots
Blog La marche aux pages (suivi d’un entretien avec l’auteur)

Extrait
« La main de Chérif tourne et retourne dans sa poche nerveusement son briquet, les phrases dans la tête se bousculent, il n’y a plus rien qu’il puisse faire, pas même être désolé, c’est trop tard. Il ne peut plus rien empêcher. C’est avant qu’il aurait fallu penser aux conséquences de geste, sa main se posant sur la cuisse de Céline. A quoi pensait-il ? A rien. A rien d’autre qu’à elle. De toute sa vie, il n’avait pas ressenti de moment plus intense que celui-là, cette seconde avant de l’embrasser, et il va le payer. Cher. »

A propos de l’auteur
Née en 1985, Anne Collongues est devenue photographe après cinq années d’études aux beaux-arts ponctuées de voyages. Elle a passé trois ans à Tel Aviv et vit désormais à Paris. Ce qui nous sépare est son premier roman. (Source : Editions Actes Sud)

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