Ronce-Rose

CHEVILLARD_Ronce-Rose

En deux mots
Le monde vu par Ronce-Rose ne manque pas d’originalité. La petite fille est pourtant entourée de truands, d’une sorcière et du d’un unijambiste. Mais par naïveté ou par espièglerie, elle va choisir d’affronter les problèmes avec optimisme. Joyeux, inventif, irrésistible !

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Ronce-Rose
Éric Chevillard
Éditions de Minuit
Roman
144 p., 13,80 €
EAN : 9782707343161
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule en france, dans un endroit qui n’est pas cité.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Si Ronce-Rose prend soin de cadenasser son carnet secret, ce n’est évidemment pas pour étaler au dos tout ce qu’il contient. D’après ce que nous croyons savoir, elle y raconte sa vie heureuse avec Mâchefer jusqu’au jour où, suite à des circonstances impliquant un voisin unijambiste, une sorcière, quatre mésanges et un poisson d’or, ce récit devient le journal d’une quête éperdue.

Ce que j’en pense
Le 39e livre d’Éric Chevillard est dans les librairies et nous offre à nouveau de plonger dans cette littérature du rien qui est aussi celle du tout, celle où le langage prévaut sur l’histoire, celle où la recherche du mot juste peut dynamiter le récit.
Après les les réflexions post-mortem d’Albert Moindre, spécialiste des ponts transbordeurs dans Juste Ciel, voici celles d’une petite fille baptisée Ronce-Rose. Si l’auteur n’a pas dû aller chercher très loin l’inspiration pour son héroïne, étant lui-même père de deux filles de six et huit ans, il a en revanche construit un scénario entre le roman d’initiation, le polar et le conte philosophique. Belle gageure relevée haut la main, notamment par le choix de laisser la parole à Ronce-Rose et à son journal intime. Car ainsi les trouvailles littéraires, la vision naïve – ou poétique – des choses peuvent éclore en toute liberté. C’est ce qu’il a expliqué à François Caviglioli dans l’Obs, dévoilant par la même occasion son projet: « Beaucoup de gens ne disent rien d’intéressant après huit ans, dit Chevillard. Ils ont eu ce génie, ces trouvailles un peu maladroites, mais l’ont oublié avec la maîtrise. L’écrivain est celui qui ne s’arrête pas à la panoplie des mots suffisants pour traverser la vie tranquillement. Il amène une contre-proposition. Je ne vois pas l’intérêt d’écrire un livre pour répéter ce que tout le monde dit déjà. »
Voici donc ce monde de Ronce-Rose – piquant comme la ronce, beau comme la rose – qui est à la fois le nôtre et, à travers le regard de la petite fille, une sorte de royaume de tous les possibles. À l’exemple de la profession de Mâchefer et de son ami Bruce, qu’elle détaille ainsi : « Quand Bruce vient dîner, ensuite habituellement ils partent sur un coup avec Mâchefer, c’est leur métier. Ils travaillent avec les banques, les bijouteries, les stations-service. Ne me demandez pas exactement ce qu’ils font, mais ils sont responsables d’un large secteur et ils couvrent une large zone géographique, si bien qu’ils restent parfois absents deux ou trois jours. Ils partent avec leur voiture de fonction qui change tout le temps et je ferme à clé derrière eux. Je ne dois ouvrir à personne. Le monde est plein de brutes, dit Bruce. J’ai des provisions. De quoi tenir une semaine, mais il ne leur est jamais arrivé de partir si longtemps et il reste toujours plein de charcuterie quand ils rentrent. Tout est bon dans le cochon, c’est la seule parole d’évangile que j’aie jamais entendue sortir de la bouche de Bruce et elle y entre plus volontiers mais au moins il vit en accord avec sa foi. Il le dévore entier et il ne laisse pas d’orphelins. »
Très libre et beaucoup plus fûtée qu’on peut le croire de prime abord, Ronce-Rose est une autodidacte curieuse qui se destine à une prefession qu’elle a elle-même inventée: Ornithologue étymologiste.
C’est qu’elle aime beaucoup les expressions et les mésanges: « Toutes les expressions que je connais, c’est Mâchefer qui me les a apprises. Les autres choses aussi, parce que nous avons jugé préférable que je n’aille pas à l’école, voyez-vous. Mâchefer trouve que ce n’est pas un endroit pour les enfants. »
Avec une telle éducation, le lecteurs va se retrouver confronté à quelques mystères qui ne vont toutefois pas l’empêcher de comprendre qu’une sortie nocturne a mal tourné. Ronce-Rose découvre dans la vitrine d’un vendeur d’électro-ménager un sosie de Mâchefer sur tous les écrans de télévision avec ce titre «fin de cavale sanglante».
Dès lors quel sort est réservé à la petite fille ? Sa voisine, Scorbella la sorcière, va bien tenter de se transformer en bonne fée, mais cela ne suffira pas à ramener Mâchefer. Voilà donc notre héroïne partant à la recherche de l’homme de sa vie et de ces réponses si difficiles à trouver.
« Les questions les plus intéressantes, on n’a pas le droit de les poser. Mâchefer dit que les réponses me blesseraient, que ‘en serais meurtrie comme une pêche dans un panier de coings et qu’il vaut mieux quelquefois ne rien savoir. Mais quand je tâte mon front, c’est dur, plus un coing qu’une pêche, mon pouce ne s’enfonce pas. Je l’ai dit à Mâchefer, que je préférais quand même connaître les réponses. Il m’a expliqué qu’il ne les avait pas toutes, que beaucoup de choses restaient mystérieuses. »
Lire Chevillard est à chaque fois s’offrir une belle récréation. Évadez-vous !

Autres critiques
Babelio
En attendant Nadeau (Maurice Mourier)
La Croix (Patrick Kéchichian)
Causeur.fr (Marie Céhère)
BibliObs (David Caviglioli)
Le Magazine littéraire (Pierre-Édouard Peillon)
Philosophie Magazine (Philippe Garnier)
La Vie (Anne Berthod)
Le Littéraire (Jean-Paul Gavard-Perret)
Le Temps (Isabelle Rüf)
Le Populaire du Centre (Muriel Mingau)
Page des libraires (Hugo Latreille)

Les premières pages du livre (.pdf)

Extrait
« Et donc, je vais raconter un peu comment ça se passe. D’abord, je me réveille. Avant, bien sûr, je m’étais couchée mais je préfère raconter ça à la fin, sinon à force de remonter en arrière dans le temps je tomberai en pleine paléontologie. On les rencontre parfois, ces hommes préhistoriques, ils sont accroupis entre des ficelles tendues, ils creusent dans la boue. Nos mœurs ont bien changé. Je me réveille et Mâchefer me demande de quoi j’ai rêvé. Il veut savoir si j’ai rêvé de lui, en fait, mais comme je ne m’en souviens jamais j’invente. Les rêves aussi sont inventés, alors ça paraît vrai. J’aime bien mettre un crocodile pour que ça paraisse même terriblement
vrai et ça fait plaisir à Mâchefer parce qu’il me sauve la vie à chaque fois. Je le roule dans la farine du moulin à paroles. En fait, j’en donne quand même un peu. »

A propos de l’auteur
Éric Chevillard est né à la Roche-sur-Yon (Vendée) en 1964. Il est l’auteur de plus de vingt romans. (Source : Editions de Minuit)

Site Wikipédia de l’auteur 
eric-chevillard.net (Site réalisé par Even Doulain consacré à l’œuvre d’Éric Chevillard)
Blog d’Éric Chevillard (L’autofictif)
Page Facebook administrée par deux lecteurs assidus d’Éric Chevillard, Dimitry et Clément (L’auteur n’y est pas affilié)

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Marguerite

DURAND_Marguerite

En deux mots
Marguerite se marie en août 1939 et se retrouve très vite seule. En attendant le retour de son aimé, elle va devoir gérer le foyer. La guerre va la transformer.

Ma note
etoileetoileetoile(beaucoup aimé)

Marguerite
Jacky Durand
Éditions Carnets Nord
Roman
240 p., 17 €
EAN : 9782355362330
Paru en janvier 2017

Où?
L’action se situe principalement dans une petite ville de France, non loin de la ligne de démarcation. Un voyage vers la frontière de l’Est y est retracé, ainsi que les nouvelles qui parviennent de la région de Mulhouse, Belfort, Colmar, Strasbourg, puis d’Allemagne, sans davantage de précisions.

Quand?
Le roman se déroule de 1939 à 1945.

Ce qu’en dit l’éditeur
Août 1939. Qui peut se douter de ce qui va se déchaîner, dévaster tant de vies? Marguerite est à son bonheur, son mariage avec Pierre, son amour de jeunesse. Un mois de lune de miel dans leur petite maison de l’est de la France. Puis Pierre est mobilisé. La France est occupée. Marguerite va devoir affronter la solitude, la dureté d’un monde de plus en plus hostile, mais aussi découvrir sa propre force, l’amitié, les émotions qui l’agitent. Au contact de Raymonde, la postière libérée des contraintes sociales, d’André, le jeune Gitan qu’elle protège, ou encore de Franz, un soldat allemand plein d’humanité, elle devient peu à peu maîtresse de sa vie, de son corps et de ses sentiments.
Un roman d’une grande sensibilité sur la révélation à soi d’une femme seule pendant la guerre, sur l’affirmation de sa liberté aux heures les plus sombres de son siècle.

Ce que j’en pense
Août 1944. Une grande partie de la France est libérée, mais au milieu de la liesse populaire se déroulent des scènes dramatiques, car il s’agit aussi de faire payer ceux qui ont pactisé avec l’ennemi, de se venger, voire de se dédouaner à bon compte. Quelques jours après la libération de la ville, trois gars attendent Marguerite à la sortie de l’usine pour la conduire sur la place de l’hôtel de ville où elle sera tondue, enduite de trois croix gammées au goudron sur son front et ses joues et affublée d’un carton portant l’inscription «collaboratrice horizontale».
Après cette scène inaugurale violente, Jacky Durand reprend le récit dans sa chronologie. Il retrace les cinq années qui ont précédé, depuis cette année 1939 qui a vu la célébration de son mariage avec Pierre et l’emménagement dans leur nouveau foyer. Un bonheur qui ne durera que quatre semaines, jusqu’à la mobilisation générale et le départ du jeune mari vers le front de l’Est. La période qui suit va être difficile à supporter pour la jeune fille, confrontée à une brutale solitude.
« Marguerite s’effraie et enrage de ce manque trop grand pour la seule absence d’un vivant, de son impuissance à la maîtriser, à le supporter. » Il lui faut certes gérer les affaires courantes, constituer des réserves pour l’hiver, mais le temps s’est comme arrêté dans l’attente d’informations venues de la ligne Maginot.
Et quand un cheminot arrive, porteur d’un message de son mari, les quelques lignes griffonnées pour rassurer son épouse sont décevantes.
Ce n’est qu’à l’approche de Noël qu’une vraie lueur d’espoir arrive : « Mon amour, retrouve-moi à la gare de A., le 24 vers midi, nous passerons Noël tous les deux, je te le jure. »
Un voyage périlleux qui a fallu ne jamais avoir lieu. Fort heureusement l’épouse d’un officier a offert son aide à Marguerite et elle a pu partager quelques heures d’intimité avec Pierre. Sans se douter que cette rencontre sera la dernière avant la fin de la guerre, Marguerite «sent déjà le froid de sa cuisine quand elle ouvrira la porte.»
Quelques heures de ménage chez Raymonde, la receveuse des Postes, vont permettre à Marguerite d’améliorer son ordinaire. Mais aussi de se rendre compte qu’une femme n’est pas forcément sous les ordres d’un mari, fidèle servante d’un ordre établi. Le jour où elle découvrira que Raymonde s’est engagée dans la résistance, qu’elle fait passer la ligne de démarcation à des personnes recherchées, elle gagnera en assurance. Quand elle est embauchée à l’usine, elle tiendra tête au contremaître qui semble tenir pour acquis son droit de cuissage sur les ouvrières.
Une autre rencontre va la transformer bien davantage, celle du jeune André qui vit avec sa mère et ses frères et sœurs dans une roulotte. Elle offrira au garçon de la nourriture et des vêtements, il coupera du bois pour elle. Mais surtout, il se liera d’amitié avec Franz, un Allemand qui le prendra son son aile protectrice et évitera à la famille d’être raflée par la Gestapo.
Si Marguerite est plus que méfiante face à cet ennemi, il lui faudra bien vite convenir que ce soldat est «plus courageux que la plupart de ses voisins. Elle veut savoir pourquoi il agit ainsi, à prendre des risques qui pourraient le mener au peloton d’exécution. »
Avec beaucoup de finesse, l’auteur décrit ce lent et imperceptible mouvement, l’évolution de la psychologie de Marguerite, la mutation de l’attente «en un espoir immobile», ce «drôle de sentiment, mélange d’amertume, de résignation mais aussi de soulagement.» L’émancipation d’une femme qui choisit de ne plus subir, mais de décider de son destin, de chercher le vrai derrière les apparences, de ne pas cacher ses sentiments. Quitte à déplaire au point d’en arriver à la scène traumatisante qui ouvre le livre.
Car l’un des points forts de ce livre tient justement à sa construction. Le lecteur va finir par comprendre pourquoi et comment Marguerite a été tondue. Mais il sera ensuite invité, en guise de conclusion, à suivre Marguerite durant l’été 1945. L’été où tout devient possible.

68 premières fois
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Le blog d’eirenamg 
Blog DOMI C LIRE 

Autres critiques
Babelio
Libération (Claire Devarrieux)

Les premières pages du livre 

Extrait
« Marguerite descend de l’estrade par une petite échelle de bois, sa main droite serrant le haut de sa robe sous son menton. De profil, elle ressemble à l’un de ces grands oiseaux charognards qui ont le cou et la tête déplumés.
Pour la photo, on la fait mettre à genoux à l’avant d’une rangée d’hommes, plutôt jeunes, dont certains portent cartouchières et fusils. Ils sourient, insouciants comme des conscrits avant les classes. Un morceau de carton passe de main en main provoquant l’hilarité. On le place bien en vue devant les deux femmes afin qu’on puisse y lire les mots de « collaboratrices horizontales » peints en blanc. » (p. 12-13)

A propos de l’auteur
Jacky Durand est journaliste au service Société de Libération la semaine et chroniqueur gourmand le week-end. Après la rubrique Foodingues du jeudi (reprise dans Cuisiner un sentiment), il a poursuivi sa chronique culinaire avec Tu mitonnes!, à partir de janvier 2011, deux pages hebdomadaires sur sa passion: la cuisine et les histoires qui tournent autour.
Jacky Durand aura 50 ans le 21 décembre. Il aime le bleu de Gex, le poivre de Kampot sur une tranche de Morbier, les cerises cueillies sur l’arbre et mordre dans un Paris-Brest les jours de pluie. Il lit Georges Simenon, Maxime Gorki, Maupassant, Flaubert, René Fallet et Antoine Blondin. Il écoute Camille ou Beat Assaillant au réveil ; Led Zeppelin, Miles Davis ou HF Thiéfaine le soir. Quand il ne travaille pas, il suit les conversations de bistrot, flâne en ville ou à la campagne, et pratique la maraude. Marguerite est son premier roman. (Source : Éditions Carnets Nord)

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Ne parle pas aux inconnus

REINFLET_Ne_parle_pas_aux_inconnus

En deux mots
À 17 ans, Camille rêve de fuir sa famille, de vivre le grand amour avec Eva. Mais cette dernière disparaît subitement. Un choc qui va entraîner la jeune fille sur les routes d’Europe, direction Cracovie.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Ne parle pas aux inconnus
Sandra Reinflet
Éditions JC Lattès
Roman
380 p., 19 €
EAN : 9782709659376
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule principalement à Thionville, en Moselle, puis sur les routes d’Europe jusqu’à Cracovie, passant notamment par Munich, Graz, Maribor, Ptuij, Zagreb, Kutina, Novi Sad, Szeged, Budapest. Porto, Bruxelles et Strasbourg y sont également évoqués.

Quand?
L’action se situe durant les dernières années.

Ce qu’en dit l’éditeur
Ce devait être une fête, une libération, la fin du lycée et des « ne pas ». Mais Eva ne répond plus et Camille ne répond plus de rien. Depuis que sa Polonaise a disparu, la jeune femme se cogne au silence comme un papillon à une ampoule. Elle décide de prendre la route pour la chercher. Un voyage au cours duquel elle croisera ces étrangers dont ses parents lui disaient de se méfier et qui tous, à leur manière, l’aideront à trouver ce qu’elle ne cherchait pas : elle-même.
Les secrets les mieux gardés ne sont-ils pas les plus en vue ? Les inconnus, parfois, sont ceux dont on croit tout connaître.

Ce que j’en pense
Ce roman d’initiation commence avec ce qu’il est convenu d’appeler un «rite de passage» : l’examen du baccalauréat et la fête qui va tirer un trait sur la scolarité autant que sur l’adolescence. Camille a dix-sept ans et vit à Thionville dans une famille modeste, ses parents travaillent tous deux à Carrefour. Pour essayer d’oublier son triste quotidien cette fête est la bienvenue, même si son amie Eva n’a pas eu sa chance et doit se présenter au rattrapage. Sauf que l’alcool, la drogue et la musique à fond vont faire déraper la soirée. « Le puzzle de la nuit se reforme malgré moi. L’alcool qui diffuse sa chaleur dans les tempes, toi, les murs qui palpitent, ton saut dans le vide, la traversée de la masse, lourde, toi encore, les paumes moites qui me touchent, une salive étrangère dans la bouche, le vertige, puis le noir. » Sans en avoir vraiment conscience, Camille est salie, violée et abandonnée. « Je crois que j’ai voulu ce final. Seule et sale au milieu de cons. Belle illustration de mes années lycée. »
Si elle se résigne à accompagner ses parents au supermarché pour un job d’été, ‘est qu’elle sait pouvoir compter sur son amie polonaise Eva Lisowski «La seule à valoir le coup» et pour laquelle Camille a d’emblée eu le coup de foudre, parce qu’elle ne ressemblait pas aux autres et donnait l’impression de s’en foutre. Sauf qu’Eva disparaît du jour au lendemain.
C’est alors que le roman bascule. Une lettre déposée sur la table de la cuisine commence avec ces mots : « Papa, Maman, je suis désolée. Je ne peux pas travailler cet été ici. Il faut que je parte, c’est une urgence. » Camille a décidé, ans avoir de nouvelles de son amie, d’aller la rejoindre à Cracovie où elle imagine qu’elle s’est rendue. On va la suivre durant sa traversée de l’Europe, au hasard des rencontres, entre inconscience et espoir : « Eva, même si le voyage s’étire, même si je zigzague, que je galère, que je me trompe de chemin ou le rallonge, on se rejoindra, et j’aurai une ascension dans les jambes pour mériter nos retrouvailles. »
C’est dans les Balkans, dans une galère noire, que ses yeux vont se dessiller. L’accueil des chauffeur-routier, de sa famille, les heures passées à chercher sa route, la nuit dans un squat vont l’obliger à reconsidérer sa place, à réviser son jugement un peu trop manichéen sur sa condition. Grâce à Buca, Lasha, Axel et Baz, elle va constater que « la famille c’est l’essentiel. Ils naissant ensemble, ils meurent ensemble, et entre-temps, ils se serrent les coudes. »
Après ces étapes à haut-risque, la voici à Cracovie où une nouvelle déconvenue l’attend : Eva a pris la direction opposée et se trouve au Portugal ! Toutefois, les jours difficiles qu’elle vient de passer l’on aguerrie et elle va trouver auprès de Melike une nouvelle alliée. Elle remplit son cahier orange de dessins, rencontre un éditeur, se projette dans une carrière artistique, imagine l’émotion de ses retrouvailles avec Camille. Quand un nouveau coup de tonnerre vient balayer cet optimisme. Sa mère vient de se faire renverser et se retrouve entre la vie et la mort à l’hôpital. L’urgence dicte son retour.
La nouvelle Camille, plus mûre et plus réaliste, que nous dépeint alors Sandra Reinflet n’est toutefois pas au bout de ses surprises. Elle va découvrir des carnets rédigés par sa mère et va pouvoir réécrire l’histoire familiale. Si cette accumulation de coups de théâtre peut sembler peu crédible à certains, peu importe. Pour un premier roman, l’auteur réussit très bien à ferrer son lecteur, à l’entraîner dans ce road movie chargé d’émotions. Saluons à ce propos le courage de la primo-romancière qui n’a pas hésité à prendre son sac à dos pour partir à la rencontre des autres. Des milliers de kilomètres plus tard, elle va découvrir sa mère et se découvrir elle-même. « Et il a fallu aller loin pour qu’on se rencontre enfin. »

68 premières fois
Le blog du petit carré jaune (Sabine Faulmeyer)
Blog Les livres de Joëlle
Blog Les jardins d’Hélène 
Blog T Livres ? T Arts ? 
La Bibliothèque de Delphine-olympe 

Autres critiques
Babelio 
Marie-Claire (Portrait vidéo de l’auteur)
Aufeminin.com 
Blog La World coolture 
Blog Livresse des mots
Blog Les lectures de Mylène 
Blog Echappées de Saxaoul 

Les premières pages du livre 

Extrait
Lecture musicale (Vidéo)
« J’entends ta basse. Son rythme en moi. Le concert continue.
Un liquide chaud m’emplit la gorge. Je tousse et recrache. J’en ai plein les mains. Soudain, quelque chose me pénètre. D’un coup. Crac. Un doigt ou un sexe à l’intérieur. Je sens mais n’ai pas mal. Laisser faire, lâcher prise. Flotter, m’abandonner à qui veut.
J’espère que tu me vois et que t’es jalouse à crever.
Ils sont combien autour de moi ? Deux ? Dix ? N’importe. Je ferme les yeux. Mon heure de gloire est arrivée. Regarde bien ça, ma Polonaise. Moi aussi je suis populaire. »

A propos de l’auteur
Née en 1981, Sandra Reinflet est inventeuse d’histoires vraies. Après trois ouvrages photos-texte, Ne parle pas aux inconnus est son premier roman. (Source : Éditions JC Lattès)

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Le vent se lève

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Le vent se lève
Sophie Avon
Éditions du Mercure de France
Roman
176 p., 16,80 €
EAN : 9782715244184
Paru en août 2016

En deux mots
Lili est dans un bateau. Avec son frère Paul, elle va quitter Bordeaux pour le Sénégal puis pour le Brésil. Un périple fait de rencontres et d’introspection, un voyage qui va lui permettre de se découvrir elle-même.

Ma note
etoile etoile etoile (beaucoup aimé)

Où?
Le roman se déroule d’abord en France, notamment dans le Verdon, puis à La Rochelle et à Bordeaux, avant de prendre le large jusqu’à la Corogne en passant par San Vicente de la Barquera, Las Palmas, Puerto Rico, le Sénégal (Dakar, Saint-Louis, Kayar) d’où on met le cap vers le Brésil : Recife, Salvador de Bahia, Rio, Vitória, Ilha Dos Pacotes. La dernière étape ira vers la Guyane et Cayenne, tandis que la narratrice rejoint la France par avion, via Madrid. Des vacances en Italie, à Florence, Sienne, San Gimignano sont aussi évoquées, ainsi que l’Algérie.

Quand?
L’action se situe au début des années quatre-vingt.

Ce qu’en dit l’éditeur
Être entouré d’absence produit des sensations d’un autre ordre. Pas une coque à l’horizon, rien que notre embarcation, en plein cœur de l’océan, à des milles et des milles de la côte, nous trois flottant obstinément au milieu de nulle part – mais ce n’est pas nulle part, c’est à nos yeux l’endroit le plus vivant du monde. C’est le noyau pur de nos jeunes vies.
Lili a 20 ans, au début des années quatre-vingt, quand elle embarque avec son frère Paul sur le voilier «Horus». Paul est un marin passionné, mais traverser un océan n’est pas une mince affaire ! De port en port, au gré des escales, dans des conditions parfois rudes, frère et sœur progressent vers les tropiques. Après le golfe de Gascogne, Madère, Les Canaries, le Sénégal, enfin, c’est la traversée de l’Atlantique, puis l’arrivée au Brésil. Là, ils se laissent envahir par un sentiment de plénitude où se mêlent la satisfaction d’être allés au bout d’eux-mêmes et l’excitation de la découverte : Recife, Salvador de Bahia, Rio… Plus au sud, ils jettent l’ancre dans un véritable paradis. Mais le temps est venu pour Lili de rentrer. Elle ignore qu’un autre voyage commence.

Ce que j’en pense
Le proverbe qui nous dit que «les voyages forment la jeunesse» trouve ici une belle illustration. Lili vient d’avoir vingt ans et décide d’accompagner son frère Paul sur son voilier pour une traversée de l’Atlantique. Depuis sa jeunesse, le garçon rêve de ce jour où il pourra concrétiser son rêve. Après avoir dessiné des bateaux et appris à naviguer aux Glénans, il a pu s’acheter un premier voilier, puis un autre, jusqu’au Dufour 34 d’occasion avec lequel il entend rallier l’autre continent.
« C’est un quillard de 1974. Une dizaine de mètres, soixante mètres carrés de voilure, une cabine avant, six couchages, une hauteur sous barrots permettant de se tenir debout et tout ce qui à nos yeux suffit à vivre sous les tropiques.»
Après un faux départ en août et un retour à Bordeaux pour y réparer une avarie, le 5 septembre marque le vrai départ, direction La Corogne, le cap Finisterre puis l’île de Madère.
Pour Lili, ce voyage tient à la fois de la concrétisation d’un grand rêve et d’un déchirement, car elle laisse à terre Vincent: « Il venait d’être nommé professeur dans une grande école et il avait un rendez-vous de première importance concernant sa rentrée. C’est pourquoi il ne faisait pas partie de l’aventure – mais nous étions résolus à nous attendre, lui et moi, nous venions de tomber amoureux. »
La première partie du voyage se fera en compagnie de son amie Faustine, qui choisira de continuer avec un autre équipage au Sénégal. Car, ce sont surtout les rencontres avec les autres navigateurs qui vont rythmer les différentes étapes.
Le couple Lars et Marisa tout d’abord. Alors que le scandinave optimiste est toujours prêt à donner un coup de main, l ne se rend pas compte que le mal de mer de sa compagne risque de l’emporter. Après quelques jours, la panique finit par gagner l’équipage, qui parviendra toutefois à arriver à bon port, non sans avoir testé une recette originale de réhydratation.
«Et puis le Le 27 octobre, à 18 heures, c’est le grand départ.» Benjamin, l’ami de Paul depuis le lycée, a pu négocier cinq semaines de congé pour être de l’aventure.
Le voyage se passe sans encombres, entre la navigation, les repas, la lecture.
« La durée n’est plus la même, elle s’étale de façon inédite. Être entouré d’absence produit des sensations d’un autre ordre. Pas une coque à l’horizon, rien que notre embarcation, en plein cœur de l’océan, à des milles et des milles de la côte, nous trois flottant obstinément au milieu de nulle part – mais ce n’est pas nulle part, c’est à nos yeux l’endroit le plus vivant du monde. C’est le noyau pur de nos jeunes vies.»
Arrivés au Brésil, de Récife à Rio, ce sont de nouvelles rencontres, Christiane et
Gilles puis Pierre, Antoine, Pt’Louis et Katia, qui veulent aller jusqu’au Cap Horn, puis Hector et Geovanna, un couple de Brésiliens qui enseignent le français dans un lycée de Vitória et rêvent d’ailleurs, qui rêvent d’Horus. (Horus est le nom du bateau, «du dieu faucon qui règne sur les airs, dont les yeux sont le soleil et la lune et dont le patronyme signifie  » le Lointain  » ».
Lili croit pour sa part en avoir fini avec l’ailleurs et rentre en France rejoindre Vincent. Même si elle ne sait pas trop dans quel état d’esprit il sera, elle imagine que leur histoire d’amour pourra alors vraiment commencer. Elle retrouve Bordeaux, sa famille, décide de s’installer dans un nouvel appartement avec Vincent, va chercher du travail. Mais un sentiment bizarre, celui de ne pas vraiment être ici à sa place, ne la quitte pas.
Sophie Avon va réussir dans ce court roman, qui se lit facilement, à nous faire ressentir combien ce voyage tient du rite initiatique. À l’image de sa narratrice qui commence plusieurs romans, elle cherche sa voie et finit par la trouver.

Autres critiques
Babelio 
La Croix (Arnaud Schwartz)
Benzinemag.net (Delphine Blanchard)
Sud-Ouest (Olivier Mony)
France 2 (Dans quelle éta-gère)
Blog Booquin 
Blog Les mots de la fin
Blog Un bouquin sinon rien 

Les premières pages du livre 

Extrait
« Jamais pourtant, je n’ai imaginé de ne pas suivre mon frère. Je songe que si nous nous aimons vraiment, Vincent et moi, aucune distance, pas plus que les mois écoulés, ne viendront à bout de nos sentiments. Au fond, j’envisage notre séparation comme une parenthèse. Je n’ai aucune idée de ce qui se joue ni de la façon dont ce périple éclairera ma vie et mes origines. À cette époque, tout me paraissait léger. » (p. 19)

À propos de l’auteur
Sophie Avon est critique de cinéma au journal Sud-Ouest ainsi qu’à l’émission « Le masque et la plume ». Elle est l’auteur de plusieurs romans, notamment Les Amoureux et Dire adieu. (Source : Éditions du Mercure de France)

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Un dangereux plaisir

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Un dangereux plaisir
François Vallejo
Éditions Viviane Hamy
Roman
320 p., 19 €
EAN : 9782878583137
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule à Paris. Les parents du narrateur le quittent pour la Normandie.

Quand?
L’action n’est pas située dans le temps.

Ce qu’en dit l’éditeur
À l’origine d’un roman, il y a toujours pour moi un croisement secret entre quelques détails de ma vie la plus intime, le goût du mythe le plus universel et la traversée du temps historique. Pour Un dangereux plaisir, où l’on mange et cuisine à tout va, l’affaire personnelle touche à l’enfance : j’ai été un de ces enfants pour qui la nourriture a longtemps été problématique ; une tarte aux fraises surgie dans la main d’une inconnue me révèle le plaisir de dévorer : la scène fondatrice se retrouve dans le livre, elle est vraie. Plus tard, une tante m’initie à l’art du fumet de poisson et fait de moi un amateur de préparations culinaires à la fois ordonnées et fantaisistes. François Vallejo
En dépit de la nourriture que ses parents lui imposent et qu’il rejette avec constance, Élie Élian s’attarde à l’arrière du restaurant qui s’est ouvert dans son quartier. Les gestes qu’il observe, les effluves dont il se délecte sont une révélation : il sera chef-cuisinier. Son passage dans l’établissement de la veuve Maudor sera déterminant. Elle l’initie à l’amour fou et lui offre d’exercer son incroyable génie culinaire. Puis ses errances dans un Paris en proie aux émeutes le mèneront jusqu’au Trapèze, le restaurant où son destin de magicien des sens, des goûts et des saveurs s’accomplira.
Après Ouest – finaliste du Goncourt 2006, et lauréat du prix du Livre Inter 2007 –, Métamorphoses et Fleur et Sang, l’écrivain continue, comme son personnage, à attraper la vie qui passe, « mais avec délicatesse », et à se réinventer en toute originalité.

Ce que j’en pense
***
S’il y a pléthore d’émissions de télévision sur la cuisine, si la gastronomie française est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO et si les fêtes de fin d’année donnent traditionnellement l’occasion aux éditeurs de proposer toute une série de livres de cuisine, il est en revanche assez étonnant que la littérature ne se soit pas davantage emparée de ce thème pourtant très riche. On saluera donc l’initiative de François Vallejo qui, au-delà de l’ascension d’un chef-cuisinier, nous propose un livre sur le désir et le plaisir, sur la passion et le pouvoir, sur l’envie et les dérives qu’elle peut engendrer.
Mais avant qu’Élie Élian ne trouve sa voie, il aura un bien curieux parcours. Chez lui la nourriture n’est pas bonne, les mets sont «insipides, incolores, inodores, comme tous les plats gorgés de flotte ». Aussi n’est-il pas très étonnant que le jeune garçon décide de fuir la table familiale et de devenir un extrémiste de la faim : « Il s’est résigné à manger le peu nécessaire à sa survie, pour ne plus inquiéter sa famille, en même temps qu’il développe une passion secrète pour les cuisiniers du voisinage, de plus en plus nombreux dans son quartier. »
Il aime assister au ballet des fournisseurs, voir les produits se transformer, sentir les odeurs. C’est décidé, il sera cuisinier ! Sauf que chez lui, on ne comprend vraiment pas cette décision : « des études pour la cuisine, cela n’a aucun sens. Un enfant qui a serré les dents pendant des années pour ne pas avaler ses repas, devenir gâte-sauce, cela n’a aucun sens. » Mais ses parents vont finir par céder à la condition que leur nom ne soit pas entaché par ce choix.
Élie Élian va alors devenir Audierne et s’introduire dans les cuisines du restaurant Maudor en s’invitant à la table de l’établissement, alors qu’il n’a pas d’argent. Sauf qu’il est trop honnête pour s’enfuir comme son acolyte et offre sa force de travail en échange du prix du repas.
Une tactique qui va lui permettre, petit à petit, de prendre le contrôle de la cuisine avec l’accord au moins passif de la patronne qui est en train de se tuer à la tâche : « La mère tient tous les rôles dans son modeste établissement sans employé, prévisions, commandes, achats, préparation, cuisine, dressage des assiettes, gestion. » Audierne va tester son savoir-faire, essayer de nouveaux accords et empiéter sur le domaine de Jeanne Maudor. Mais comme cela marche plutôt bien, que des partisans de cette nouvelle cuisine se déclarent, elle laisse faire. Mieux même, elle va accepter les assauts de son fougueux cuisinier. Qui, en sauvant la vie de quelques clients mal prix lors d’une manifestation, va pouvoir poursuivre son ascension. Il entre au «Trapèze» pour y parfaire sa formation sous l’aile de Monsieur Rambur, un solitaire « qui a fait de lui un imbécile instruit, l’a conseillé sur la meilleure façon de mener son affaire, de présenter ses menus, de parler aux clients aussi. » Et en faire l’héritier de son établissement à sa mort.
Tout semble lui sourire. Mais, il n’est pas encore débarrassé de son passé, de ses anciens «amis» et d’Agathe, la fille de Jeanne. Quant à ses livres de recettes, ils ne se remplissent plus avec le même élan qu’à ses débuts. Surmontera-t-il sa «plus grande crise d’invention culinaire» ?
Ce sera ‘un des enjeux de ce roman qui vous fera venir l’eau à la bouche tout en décrivant parfaitement un univers à nul autre pareil. Avec force détails, François Vallejo va parvenir à éveiller nos sens et à nous prouver, comme le titre de son roman nous le suggère du reste, qu’il n’est pas sans danger de se laisser guider par le plaisir. N’hésitez toutefois pas à passer à table !

Autres critiques
Babelio
BibliObs (Claire Julliard)
La Croix (Jean-Claude Raspiengeas)
L’Humanité (Alain Nicolas)
Blog Bricabook
Blog Sur la route de Jostein
Blog À vos livres 

A propos de l’auteur
François Vallejo sait de mieux en mieux d’où il vient et cherche de moins en moins à savoir où il va. Géographiquement, et, comme son nom l’indique, il est à la croisée de voyageurs du sud et de stationnaires de l’ouest. La seule voie qu’il persiste à suivre est celle du roman, et c’est pour lui un chemin de traverse. Il a exploré une dizaine d’itinéraires singuliers, depuis Vacarme dans la salle de bal, en 1998.
Madame Angeloso et Groom ont constitué quelques étapes, suivies d’un Voyage des grands hommes qui l’a emmené vers l’Italie du 18e siècle, avant de retrouver l’Ouest du 19e en 2006, puis le 20e avec les Sœurs Brelan.
Ces déviations historiques l’ont aidé à trouver sa voie dans le 21e siècle, dont il a essayé d’éclairer quelques Métamorphoses en 2012. Il les pousse plus loin avec Fleur et sang, en 2014, où deux époques s’entrecroisent, deux histoires se confrontent, des hommes et des femmes s’entrelacent à travers le temps.
Il considère que, sur ces routes secrètes de la vie et des romans qu’il découvre comme elles viennent, le plaisir d’aller dépasse le bonheur d’arriver. (Source : Éditions Viviane Hamy)

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Focus Littérature

Treize

BEGUE_Treize

Treize
Aurore Bègue
Éditions Rue Fromentin
Roman
250 p., 16 €
ISBN: 9782919547487
Paru en avril 2016

Où?
Le roman se déroule principalement sur les bords de la Côte d’Azur.

Quand?
L’action se situe dans les années 1990.

Ce qu’en dit l’éditeur
Alice, treize ans, part en vacances en famille sur la côte méditerranéenne.
Durant cet été, elle observe sa sœur aînée, Marie et son comportement face aux hommes. Les trois ans qui les séparent lui semblent être désormais un fossé infranchissable.
Elle porte aussi un regard lucide sur sa mère fragile psychologiquement et son père qui surjoue la normalité pour rassurer ses filles.
A treize ans, on est parfois plus réaliste que les autres. Alice sent avant tout le monde le drame qui se noue pendant ces vacances et va bouleverser toute son existence.
Un premier roman à l’atmosphère tendue et envoûtante. Un texte poignant et juste sur la collision entre les attentes de l’adolescence et les lâchetés du monde adulte.

Ce que j’en pense
****
Une famille part en vacances. Il y a là le père, «optimiste acharné» et amoureux de la vie, la mère, fragile, souvent triste ou en colère, Marie la fille aînée et Alice, treize ans, la narratrice. Ce qui ressemble de prime abord à une chronique familiale durant laquelle les petites – ou plus grandes – névroses de chacun vont pouvoir se dévoiler, va se transformer au fil des pages en un drame bouleversant.
Pour ses débuts en littérature Aurore Bègue fait preuve d’un vrai sens du suspense. Si elle distille ici et là quelques indices, elle mène ce récit avec beaucoup de maestria jusqu’au dénouement.
Le choix de confier la narration à Alice est tout aussi pertinent. La fille arrive à cette période de l’adolescence où son corps se transforme, où elle devient femme sans bien comprendre ce que cela implique, ou elle va tenter de grandir en calquant un peu son mode de vie sur celui de sa sœur.
Bien entendu, l’amour occupe une grande place dans ce scénario. Si les copains de Marie vont un peu s’intéresser à elle et réciproquement, elle va avoir les yeux de Chimène pour Paul, l’ami de la famille.
«Que l’on m’explique Tout ça, que m’arrivait-il au juste ? L’amour, la mort, le sexe, tous ces mystères sur lesquels je n’avais aucune prise, oui, j’avais ce désir impérieux de savoir pourquoi nous étions là, pourquoi nous allions mourir un jour, et quel sens avait cette scène-là, nous tous, notre famille et Paul autour de la table en teck de la terrasse, un jour brûlant du mois de juillet 1992.»

Ce beau et tragique roman d’initiation va marquer Alice et sa famille autant que le lecteur. Entre les cris de la mère, la vanité de la sœur, les absences du père et les pulsions de l’ami Paul, la jeune fille va prendre place dans la galerie des héroïnes tragiques. De celles dont le destin hantent le lecteur bien longtemps après avoir refermé le livre.

68 premières fois
Blog Les livres de Joëlle
Blog Le chat qui lit (Nathalie Cez)
Blog Les battements de mon cœur (Albertine Proust)
Blog Les lectures de Martine
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Blablabla Mia

Autres critiques
Babelio 
Blog Les mots de la fin 
Blog Meelly lit 

Extrait
« Nous étions, ma sœur et moi, pressées que ces vacances arrivent enfin. Mais Marie paraissait encore plus impatiente et enthousiaste à cette idée, comme si elles allaient lui apporter quelque chose d’inédit, de nouveau et d’excitant, là où je ne voyais qu’un été parmi les autres, rempli de baignades, de glaces à l’eau, et de longs dîners avec nos parents et leurs amis parfois ivres.
Ce printemps-là, donc, assise en tailleur sur mon lit, Marie adorait me parler des histoires d’amour naissantes qu’elle avait vécues et vivrait, en vernissant ses ongles qu’elle transformait en de petits coquillages rosés ou dorés. Elle ressemblait à une caricature de grande sœur, un cliché, si jolie mais si agaçante, celle qui en sait toujours plus que vous, celle qui est toujours un petit peu plus que vous, ou bien vous, mais en mieux.
Elle tenait ses mains et ses doigts précautionneusement écartés devant elle pour ne pas abîmer le vernis couleur rose bonbon qu’elle venait d’y poser et elle souriait de cette nouvelle manière si mystérieuse de grande sœur, la tête légèrement penchée sur la droite.»

A propos de l’auteur
Aurore Bègue a 37 ans et vit à Paris. Treize est son premier roman. (Source : Éditions Rue Fromentin)

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Focus Littérature

La Jeune Épouse

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La Jeune Épouse
Alessandro Baricco
Gallimard – Du monde entier
Roman
traduit de l’italien par Vincent Raynaud
224 p., 19,50 €
ISBN: 9782070178919
Paru en avril 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en Italie, dans une ville qui n’est pas nommée. On y évoque toutefois la plage de Marina di Massa, l’Argentine, l’Angleterre, un voyage en France, à Paris, ainsi qu’un couvent des environs de Bâle.

Quand?
L’action se situe au début du siècle passé.

Ce qu’en dit l’éditeur
Italie, début du XXe siècle. Un beau jour, la Jeune Épouse fait son apparition devant la Famille. Elle a dix-huit ans et débarque d’Argentine car elle doit épouser le Fils. En attendant qu’il rentre d’Angleterre, elle est accueillie par la Famille. La Jeune Épouse vit alors une authentique initiation sexuelle : la Fille la séduit et fait son éducation, dûment complétée par la Mère, et le Père la conduit dans un bordel de luxe où elle écoutera un récit édifiant, qui lui dévoilera les mystères de cette famille aux rituels aussi sophistiqués qu’incompréhensibles. Mais le Fils ne revient toujours pas, il se contente d’expédier toutes sortes d’objets étranges, qui semblent d’abord annoncer son retour puis signifient au contraire sa disparition. Quand la Famille part en villégiature d’été, la Jeune Épouse décide de l’attendre seule, une attente qui sera pleine de surprises.
Avec délicatesse et virtuosité, l’auteur de Soie et de Novecento pianiste ne se contente pas de recréer un monde envoûtant, au bord de la chute, qui n’est pas sans rappeler celui que Tomasi di Lampedusa dépeint dans Le guépard. Il nous livre aussi, l’air de rien, une formidable réflexion sur le métier d’écrire.

Ce que j’en pense
****
Roman d’initiation, roman historique et roman sur les arcanes de la création littéraire, le nouvel opus signé Alessandro Baricco ne décevra pas ses adeptes, de plus en plus nombreux.
Nous sommes cette fois en Italie au début du siècle passé. Deux familles, l’une de riches propriétaires terriens, l’autre d’industriels décident d’unir leur destinée en mariant leurs enfants. Le fils de l’une épousera la fille de l’autre à ses dix-huit ans. En attendant de sceller cette union, le père de la jeune fille décide d’émigrer en Argentine, tandis que le père du jeune homme décide d’envoyer son fils en Angleterre pour y étudier les secrets de l’industrie textile et rapporter ce qui servirait au mieux la prospérité familiale. «Nul ne s’attendait à ce qu’il revînt au bout de quelques semaines, puis nul ne remarqua qu’au bout de quelques mois il n’était pas encore rentré.»
La Jeune Épouse, débarquée d’Argentine, l’attendra chez ses futurs beaux-parents. « Elle n’aura besoin d’aucune chambre des invités, annonça paisiblement la Fille. Elle dormira avec moi. (…) Elle devint donc un membre de la Maison et, là où elle avait imaginé entrer comme épouse, elle se retrouva sœur, fille, invitée, présence appréciée et objet décoratif. »
Pour combler l’attente, elle découvre cette famille aux mœurs un peu particulières où le serviteur ne parle pas, mais a développé un système de « communication laryngé », où le petit-déjeuner est pris jusqu’à trois heures de l’après-midi, où lorsque l’on part en villégiature dans les montagnes françaises, il faut vider la maison pour la laisser respirer et où on se méfie du sommeil, car il semble que tous les membres de la famille soient morts durant la nuit. La Fille a par exemple une manière particulière d’ « entrer dans la nuit » qu’elle va apprendre à son invitée, intriguée par les gémissements qu’elle entend. « La Jeune Épouse nota qu’en parlant la Fille avait légèrement écarté les jambes, puis qu’elle les avait refermées après avoir glissé une main entre elles. Cette main, elle la conservait à présent entre ses cuisses et le remuait lentement. »
Des colis arrivent régulièrement d’Angleterre, annonçant que le Fils poursuivait son voyage d’étude et l’initiation de sa future femme se poursuit. Après la Fille, au tour de la Mère d’éclairer sa bru sur les mystères de l’existence. Si elle a beau avoir des raisonnements plutôt sibyllins, elle sera très claire dans ses conseils : « prends soin de la femme que tu es dans tes yeux et dans ta bouche. Jette tout, mais conserve les yeux et la bouche : tu en auras besoin un jour. » Une nuit lui suffira aussi pour lui démontrer comment elle devra procéder.
La jeune Épouse doit « à cette femme la certitude que le sexe triste est le seul gâchis qui nous rende pires que nous sommes. » et va pouvoir le vérifier une nouvelle fois en accompagnant le Père dans l’une de ses visites au bordel. Cette nouvelle étape son initiation va également lui permettre d’apprendre de la bouche de son futur beau-père le suicide de son père en Argentine ainsi que les dispositions testamentaires qu’il a prises. Et le futur mari qui n’arrive toujours pas…
Il y a du Désert des Tartares dans ce roman là ! Mais il y a aussi toute la finesse du style de l’auteur, une élégance classique, baroque, qui donne à des faits ordinaires, voire triviaux, une poésie et un raffinement merveilleux. Après Trois fois dès l’aube, l’écrivain nous en apporte ici une nouvelle fois la démonstration. Sans oublier toutefois de jouer avec son lecteur en changeant brusquement de narrateur, faisant ainsi écho à la manière dont il conduit son récit, voire comment l’histoire et les personnages le conduisent lui. Baricco est un virtuose, jusque dans l’introspection narrative.

Autres critiques
Babelio
RTL (Les livres ont la parole – Bernard Lehut)
Elle (Jeanne de Menibus)
Culturebox (Laurence Houot)
La Croix (Francine de Martinoir)
La cause littéraire (Sylvie Ferrando)
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Dans la bibliothèque de Noukette

Extrait
« Père annonça de façon solennelle que le mariage entre la richesse agraire et la finance industrielle était, pour les entrepreneurs du Nord, une étape naturelle de leur développement, ouvrant par là même une voie de transformation idéale pour tout le pays. Il en déduisait en outre la nécessité de dépasser des schémas sociaux qui appartenaient désormais à un autre temps. Dans la mesure où il formula la chose en ces termes exacts et assaisonna son propos d’une paire de jurons artistement placés, tous jugèrent satisfaisante son argumentation, qui mêlait une imparable rationalité et un solide instinct. Nous décidâmes seulement d’attendre que la Jeune Épouse fût devenue un peu moins jeune : en eff et, il s’agissait d’éviter de possibles comparaisons entre un mariage si bien pesé et certaines unions paysannes, hâtives et vaguement animales. En plus d’être assurément confortable, cette attente nous parut consacrer une authentique supériorité morale. Oubliant les jurons, le clergé local ne tarda guère à donner sa bénédiction.
Ils se marieraient donc. » (p. 20)

A propos de l’auteur
Alessandro Baricco est un écrivain, musicologue et homme de théâtre italien.
Après des études de philosophie et de musique, Alessandro Baricco s’oriente vers le monde des médias en devenant tout d’abord rédacteur dans une agence de publicité, puis journaliste et critique pour des magazines italiens.
En 1991, il publie, à 33 ans, son premier roman Châteaux de la colère, pour lequel il obtient, en France, le Prix Médicis étranger en 1995. Il a également écrit un ouvrage sur l’art de la fugue chez Gioacchino Rossini et un essai, L’Âme de Hegel et les Vaches du Wisconsin où il fustige l’anti-modernité de la musique atonale.
En 1993, il obtient le prix Viareggio pour son roman Océan mer. En 1994, avec quelques amis, il fonde et dirige à Turin une école de narration, la Scuola Holden – ainsi nommée en hommage à un personnage de J. D. Salinger – une école sur les techniques de la narration.
Passionné et diplômé en musique, Alessandro Baricco invente un style qui mélange la littérature, la déconstruction narrative et une présence musicale qui rythme le texte comme une partition.
Désireux de mêler ses textes à la musique pour les enrichir (puisqu’il les construit dans cet esprit), il demande au groupe musical français Air de composer une musique pour City (2001).
Il a également présenté des émissions à la télévision italienne (RAI) sur l’art lyrique et la littérature. Il est un des collaborateurs du journal La Repubblica où il a publié en 2006 un feuilleton, intitulé Les Barbares.
En 2008, il écrit et réalise son premier film, Lezione 21. En février 2014, il révèle qu’il aurait décliné une proposition de devenir ministre de la Culture. Alessandro Baricco vit actuellement à Rome avec sa femme et ses deux fils. (Source : Babelio)

Site Wikipédia de l’auteur

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Focus Littérature

L’amour à trois

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L’amour à trois
Olivier Poivre d’Arvor
Grasset
Roman
256 p., 18 €
ISBN: 9782246855699
Paru en août 2015.

Où?
Le roman se déroule principalement en Guyane française, Cayenne et à Maripasoula où se rend le narrateur. Il évoque aussi son enfance à Rouen, Andé et à Louviers ainsi et sa vie professionnelle dans les ambassades de Séoul, Rome, Canton, Budapest, puis à Paris et à La Courneuve.

Quand?
L’action se situe de nos jours, avec l’évocation de souvenirs remontant jusqu’à la fin des années 60.

Ce qu’en dit l’éditeur
C’est en Guyane, de Cayenne à Maripasoula – au pays des orpailleurs et des indiens Wayanas – que Léo entreprend de retrouver la trace de son ami d’adolescence, Frédéric.
Il veut lui annoncer la mort du grand amour qu’ils ont partagé, Hélène, qui fut il y a trente ans leur professeur de philosophie et leur initiatrice érotique.
A la surface de sa brumeuse mémoire ressurgit la géographie dangereuse, belle et imprécise du désir de trois jeunes gens dans les années soixante-dix.
Que s’est-il vraiment passé entre eux trois à l’époque ?
En remontant le cours du fleuve Maroni et celui du temps, Léo caresse la nostalgie de cet âge d’or, ce rêve perdu de la jeunesse baigné de refrains musicaux : fragile, blessé, amnésique, il s’obstine à retrouver la trace de l’homme qui pourra, peut-être, résoudre l’énigme de sa propre existence.

Ce que j’en pense
***
Dans «La femme de trente ans» Honoré de Balzac affirme qu’« un premier amour ne se remplace jamais ». Olivier Poivre d’Arvor va en faire une nouvelle démonstration dans son nouvel opus qui tient à la fois du classique roman d’initiation, du récit de voyage et de mémoires incomplètes. Car le narrateur en fait l’aveu dès la première page : il est victime d’amnésie antérograde. Une maladie qui « a cela de bon qu’elle économise bien des tracas. Du jour de l’accident qui l’a provoquée, on ne fabrique plus aucun souvenir. Arrivé a un certain moment de la vie, c’est parfois préférable. »
En prenant l’avion pour la Guyane française, Léo Socrates va pourtant essayer de se souvenir et de comprendre comment il en est arrivé là, tout en étant incapable de faire le lien entre l’enveloppe et la réalité matérielle d’un être. «Comme si le passé était irrévocablement remisé, sans être relié à un quotidien qui semblait s’effacer à mesure qu’il s’écrivait.»
S’il entreprend ce voyage périlleux, c‘est qu’il lui offre sans doute une dernière chance de retrouver son ami Frédéric, perdu de vue depuis de longues années.
Car Léo a choisi une carrière diplomatique durant laquelle il aura beaucoup voyagé avant de terminer sa carrière en tant que responsable des archives diplomatiques sur le site de La Courneuve. C’est à ce titre qu’il est invité par ses collègues ultramarins. Une occasion presque inespérée, même s’il ne sait pas vraiment où s’est installé son ami.
Après les obligations professionnelles, il part dans la forêt amazonienne pour annoncer à Frédéric la mort d’Hélène Sudre, sa prof de philo. Mais surtout son premier amour, leur premier amour. L’annonce de décès parue dans Le Monde «avait tout déclenché, rendu l’atmosphère irrespirable à la maison», même si son épouse Judith avait entendu pour la première parler d’Hélène à ce moment.
Il aurait fallu lui expliquer ce qui s’était passé en juillet 1974, alors que Léo venait d’avoir son bac avec un 19,5/20 en philo. Qu’il le devait en grande partie à sa prof, qu’elle avait accepté de fêter ce succès avec lui et que l’histoire s’était poursuivie dans son lit. L’époque post-soixante-huitarde, l’amour libre et cet air de liberté qui flottait dans l’air.
Hélène couche avec son jeune élève, mais aussi avec un collègue, le fameux Alban Mettel, grand spécialiste de Proust. Elle accepte aussi d’héberger Frédéric avant qu’il ne puisse réaliser son grand rêve et partir à l’autre bout du monde.
On sent presque inéluctable la liaison avec cet autre jeune homme, cet amour à trois. Seulement l’insouciance de ces jours heureux va disparaître quand Hélène annonce qu’elle est enceinte. Mais les jeunes hommes sont-ils prêts à la gravité ? Quel chemin va dès lors prendre leur existence ? Grâce à la construction choisie par Olivier Poivre d’Arvor, on s’engage dans un vrai suspense…
Terminons cette chronique comme nous l’avons commencée, par une citation. Dans «Les caractères» La Bruyère nous rappelle qu’ « on n’aime bien qu’une seule fois, c’est la première ; les amours qui suivent sont moins involontaires. »

Autres critiques
Babelio
Marianne
Paris-Normandie (avec l’évocation des « vrais » souvenirs d’enfance)
La Dépêche (avec interview de l’auteur)
Blog Cultur’elle (Caroline Doudet)
Lady’s Blog

Extrait
« Les mots, quand je me laisse faire, sont comme des miroirs que je pose sur la table, et qu’importe que je les façonne ou qu’ils m’échappent, ils finissent par me renvoyer, sinon une ou des images, à tout le moins des fragments de vérité, des morceaux reflétés dans ce verre épais, sans transparence, sans tain non plus, de cette glace dans laquelle je ne finirai jamais de me regarder. En formulant le mot «contracter», en ayant voulu un instant revenir dessus, pour le remplacer par «nouer», s’agissant des amitiés avec des hommes, un mot qui manifestait pourtant trop en quoi ce nœud était intime et contraignant, je m’aperçois combien le sentiment que j’ai porté à des garçons était fort, depuis ma rencontre avec Frédéric, d’une autre nature certes que celui que j’ai adressé aux femmes de ma vie, mais non moins engageant. »

A propos de l’auteur
Olivier Poivre-D’Arvor, est né à Reims (Marne) le 13 juillet 1958. Titulaire d’un DEA de philosophie, consacré à la « Contemporanéité du temps », il occupe diverses fonctions dans l’édition (conseiller littéraire chez Albin Michel au début des années 1980) et dans la presse (pigiste au Matin de Paris et rédacteur en chef de la revue Tel). Passionné de théâtre, il fonde en 1987 avec Jean-Christophe Barbaud, la compagnie du théâtre du Lion, puis s’engage durant plusieurs années dans diverses missions de diplomatie culturelle. Nommé en 1988 directeur du Centre culturel français d’Alexandrie (Égypte), il est ensuite nommé directeur de l’Institut français de Prague de 1990 à 1994, puis conseiller culturel à l’Ambassade de France à Londres (1994-1998), et devient en 1999, le directeur de l’AFAA (Association française d’action artistique), rebaptisé Cultures France en 2006. Romancier et essayiste, Olivier Poivre d’Arvor est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages publiés principalement aux éditions Gallimard, Grasset et Albin Michel. Membre du conseil d’administration du Théâtre de la Ville à Paris, Olivier Poivre d’Arvor est directeur de France Culture depuis 2010 et commissaire en charge de la programmation culturelle de la Maison de Radio France. (Source : Radio France)

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Focus Littérature

Un parfum d’herbe coupée

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Un parfum d’herbe coupée
Nicolas Delesalle
Préludes
Roman 288 p., 13,60 €
ISBN: 9782253191117
Paru en janvier 2015

Où?
L’action se situe dans plusieurs lieux en France, notamment Paris, Orléans

Quand?
Le roman retrace l’enfance du narrateur dans les années 70-80 et se poursuit sur 14600 journées, soit une quarantaine d’années.

Ce qu’en dit l’éditeur
Le jour où mon père a débarqué avec son sourire conquérant et la Renault GTS, j’ai fait la gueule. Mais j’ai ravalé ma grimace comme on cache à ses parents l’odeur de sa première clope. J’ai dit « ouais », j’ai dit « super », la mort dans l’âme, même si j’avais compris que la GTS pour la GTX, c’était déjà le sixième grand renoncement, après la petite souris, les cloches de Pâques, le Père Noël, Mathilde, la p lus jolie fille de la maternelle, et ma carrière de footballeur professionnel. » Par petites touches qui sont autant d’instantanés de vie, Kolia revient sur sa jeunesse et ces moments où l’innocence s’envole peu à peu. Il convoque les figures, les mots, le s paysages qui ont compté : la route des vacances, les filles, Totor le paysan aux cèpes et la maison de famille, des livres, quelques sauterelles, un berger allemand prénommé Raspoutine… Des petits riens qui seront tout. Un premier roman remarquable, plein d’émotion, d’humour, de poésie, de profondeur, où la petite musique singulière de l’enfance ouvre sur une partition universelle.

Ce que j’en pense
****

Alors que la rentrée littéraire de l’automne occupe le devant de la scène médiatique, revenons vers une pépite de la rentrée de janvier. Il serait en effet cruel de laisser ce joli roman tomber dans l’oubli. Disons d’emblée qu’Un parfum d’herbe coupée fait partie de mes coups de cœur de 2015.
Avec un vrai sens de la formule, Nicolas Delesalle retrace le parcours d’un enfant, puis d’un adolescent dans la France des années 80 et nous prouve une fois encore que la nostalgie à e beaux jours devant elle, surtout quand elle s’accompagne des bruits et des odeurs qui marque une époque. Plonger dans ce livre, c’est comme plonger la main dans une boîte à gâteaux, un paquet de confiseries, «les Car-en-sac et Mintho caramels à un franc et les Mistral gagnants» comme le chantait Renaud ou retrouver dans un grenier une boîte à souvenirs, comme celle du fabuleux destin d’Amélie Poulain, et revivre les épisodes qui ont marqué une vie.
Si « Personne n a jamais réussi a photographier cet instant magique et maudit qui fait d’une jeune fille une femme, d’un jeune homme un homme et d’une enfance, un souvenir », il reste « quelques bribes, des instants cristallisés, des secondes, une petite poignée de sable dans la main. »
A suivre Kolia dans sa découverte du monde, on fait son miel de ses instants cristallisés, sur les personnes qui l’ont marqué, sur les livres qu’il a lus (« Ces livres labourèrent la terre dure de mon esprit vide, mais rien n’était encore semé sur les champs désolés balayés par le souffle de l’aventure », les professeurs qui l’ont accompagné (« on ne rend pas assez hommage à eux qui donnent. Monsieur Gayret, un jour de février, me donna un conseil que je n’allais jamais oublier : « Prenez des notes. Si vous lisez sans prendre de notes, vous ne lisez pas ». »), les événements qui l’ont construit, qui l’ont conduit à embrasser la carrière de journaliste et lui ont permis de faire de nouvelles rencontres tout aussi enrichissantes.
Une vie somme toute banale, mais qui devient sous la plume de Nicolas Delesalle une épopée, une aventure exceptionnelle.
Quant au lecteur, entraîné dans le flot de ses propres souvenirs par la grâce de cette plume alerte, il ne peut que souscrire à l’analyse lucide faite ici : « Les adultes font souvent mine de s’étonner du désespoir baroque des adolescents, mais cet étonnement est un leurre, ils n’y croient pas eux-mêmes ; au fond, ils savent très bien à quel point c’est compliqué de se relever quand on tombe de son enfance. »
c’est compliqué, mais c’est si bon !

Autres critiques
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Blog Sur la route de Jostein
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Blog Meelly lit

Extrait
« Le Politburo acceptait le principe d’un retrait des troupes russes d’Afghanistan. Laurent Ruquier commençait sa carrière sur une radio locale au Havre. Jean-Marie Bigard lançait ses premières saillies dans La Classe sur FR3. David Pujadas entrait au Centre de formation des journalistes. Pierre Desproges n’était pas mort. Et moi, je voulais devenir astronaute.
Amadeus se composait un succès sur grand écran, Chris Evert-Lloyd et Navratilova se crêpaient le chignon sur le Central de Roland-Garros. Nicolas Sarkozy avait trente et un ans, Chirac une mémoire, Nadine Morano était déléguée des jeunes RPR en Meurthe-et-Moselle. Et moi, je voulais devenir astronaute.
Les otages enracinaient leur désespoir au Liban. Philippe de Dieuleveult s’était évaporé dans le fleuve Zaïre, le Titanic venait d’être retrouvé 4000 mètres au fond de l’Atlantique Nord, Daniel Balavoine s’était éteint dans les dunes du Sahara, Coluche inventait les Restos du cœur. Et moi, je voulais vraiment devenir astronaute. »

A propos de l’auteur
Né en 1972, grand reporter à Télérama et directeur de l’ouvrage Télérama 60 ans (tome 1 et 2) publié aux Arènes, Nicolas Delesalle est auteur de nouvelles qui lui ont valu le Prix des Lecteurs du livre numérique en 2013. Un parfum d’herbe coupée est son premier roman. (Source : Editions Préludes)

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Fantaisie-sarabande

MARIENSKE_Fantaisie_sarabande

 

 

 

 

 

 

Fantaisie-sarabande
Héléna Marienské
Flammarion
Roman
297 p., 19 €
ISBN: 9782081314160
Paru en janvier 2014

Où?
Le roman est situé principalement en France, à Paris, mais aussi à Metz et sa banlieue, à Cannes, à Millau, avec des escales à Clermont-Ferrand, à Neussargues, à Bazeuges, à Nissan-lez-Ensérune, à Bazeuges-sur-Cirq avec quelques escales exotiques en Amérique latine et en Asie.

Quand?
L’action se déroule de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Peut-on supporter d’un mari avare et volage qu’il vous empoisonne la vie ? Non : on le tue. Peut-on, lorsqu’on est belle à se damner, supporter de vivre au sein d’une famille de nazillons misérable et malodorante dans les friches de la Lorraine ? Non: on profite de sa beauté pour s’en sortir. Angèle la meurtrière, Annabelle la prostituée de luxe ont dit non. Elles se rencontrent : coup de foudre. Elles disent alors oui, oui à l’amour, la déraison, la passion. Oui, la femme est clairement l’avenir de la femme. Si ce n’est qu’un flic enquête sur le meurtre du mari d’Angèle. Une comédie réjouissante qui mêle fantaisie policière, romance et pornographie débridée.

Ce que j’en pense
***

Parmi les livres que j’ai sélectionné l’an passé figurait ce roman que j’ai failli oublier. J’aurais eu tort!
Cela pourrait ressembler à un polar, à moins que ce ne soit un roman d’initiation ou encore un manifeste féministe. A moins que ce ne soit tout simplement une plongée dans la France d’aujourd’hui. En fait cette fantaisie est un peu tout cela, qui fait se confronter le destin de deux femmes et nous entraîne dans cette sarabande endiablée.
Il y a d’un côté Angèle, l’épouse délaissée d’un pianiste de renom, qui ne supporte plus les humiliations à répétition. Pour régler son problème, elle débite son mari en morceaux et va en composter les morceaux du côté de Millau. De l’autre côté, la jeune Annabelle qui, sur le chemin du collège, préfère l’auto-stop au bus de ramassage et en profite pour arrondir ses fins de mois tout en s’initiant au plaisir tarifé. Elle entrevoit alors une issue à la misère sociale : devenir pute de luxe.
Si les deux femmes se croisent, c’est d’abord à cause d’un cliché dans un magazine people où l’on voit «La jet-setteuse Annabelle Mansuy batifoler avec le pianiste Louis Guillomettaz». Si vous imaginez la femme trompée se venger en s’attaquant à la maîtresse, c’est que vous connaissez mal Héléna Marienské. Depuis Rhésus (de l’influence des bonobos sur le comportement sexuel des pensionnaires d’une maison de retraite), elle nous avait habitué à ce type de rebondissements : Angèle va enfin trouver l’amour avec Annabelle. Cet amour qui se partage comme une offrande, mais laisse à chacun vivre sa vie. Celle de la veuve joyeuse d’une part, entretenant une relation particulière avec le policier chargé de faire la lumière sur la disparition de son mari et celle de l’escort girl de luxe, partant satisfaire les fantasmes des riches aux quatre coins de la planète, tout en n’oubliant pas sa première amie.
C’est gai, quelquefois très cru, mais c’est sans doute une excellente définition du plaisir. Que demander de plus ?

Autres critiques
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Elle
L’Express
Les Echos
On l’a lu (Sylvie Tanette)

Extrait
« Elle chasse Juno dehors, pose à plat dans l’entrée trois sacs-poubelles de cent litres qui forment un éphémère tapis gris de deux mètres carrés, ouvre la valise, sort les avant-bras, la cuisse droite, le côté droit puis le côté gauche du torse parsemé de poils pâlis et strié de coups de fouet, le pied droit, et voici la tête salement amochée, sang craché, grand front studieux cabossé, yeux bleus exorbités qui sans regard la regardent, joues tuméfiées presque arrachées, rire macabre des lèvres ouvertes sur une dentition lacunaire, langue violacée sortie de la bouche. La fossette du menton, si jolie, a disparu, remplie de glaires virides. Puis les deux mains, importantes les mains, car Angèle a l’idée qu’elles peuvent toujours faire de l’usage. L’index droit, notons nous, est malpropre, comme gainé d’une épaisse poussière.
On continue, la cuisse gauche, les deux bras, les mollets et merde, il manque un pied.
Elle retourne la valise dans tous les sens.
Rien.
Elle pousse un cri rauque, qu’elle étouffe de ses deux mains. Pourpre, elle tente de ne pas s’égarer, d’agir méthodiquement ; descend dans la salle de bains où elle gobe trois Tranxène de vingt milligrammes, remonte examiner le mystère. Ignore la puanteur cruelle, fouille, jure, envoie valser de droite et de gauche demi-membres,
tête et mains, et finit par trouver, sous le torse gauche, un peu enfoncé dans l’abdomen et ses entrailles, le pied farceur. » (p. 26-27)

« Pourquoi lui est-il devenu insupportable à ce point? Elle hausse les épaules, sourit dans le vague. Les voyages en Smart, et les huit heures de train pour rentrer à Millau, et le viaduc multihaubané visible depuis la terrasse, et la misère de l’hiver qui dure et qui s’installe et s’insinue partout, et la solitude qu’elle supporte de moins en moins, et l’Inspiration en berne, congelée dans la cuvette de Millau, et les frasques du vieux qui fait le joli cœur, et le tintouin avec ses donzelles, et sa radinerie qui tournait à la folie, plus il vieillissait plus il était pingre, tout le cirque de la déconsommation, parlez lui de la déconsommation, et les salades de pissenlit et les plâtrées de tofu, et le panier désolant de l’Amap… Et les toilettes sans chasse d’eau, DEHORS! Les toilettes à litière bio maîtrisée dans le jardin où l’on meurt de froid l’hiver et de chaud l’été, ne parlons pas des mouches. (…) Et l’impression d’être faite comme un rat, alors qu’elle est encore jeune, merde! Quel cauchemar… Tout cela est terminé ou peu s’en faut. » (p. 57-58)

A propos de l’auteur
Héléna Marienské est l’auteur de Rhésus (2006), premier roman couronné par de nombreux prix, d’un recueil de pastiches, Le Degré suprême de la tendresse aux Editions Héloïse d’Ormesson et du roman Fantaisie-sarabande chez Flammarion. Agrégée de lettres, elle a enseigné le Français et se consacre désormais à l’écriture. Elle vit entre Paris et l’Auvergne. (Source : Editions Héloïse d’Ormesson, Editions Flammarion)

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