Au pays du p’tit

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Au pays du p’tit
Nicolas Fargues
P.O.L
Roman
240 p., 16 €
ISBN: 9782818037270
Paru en septembre 2015

Où?
Le roman se déroule principalement à Paris et en Russie, à Moscou et Saint-Pétersbourg, puis à Iowa City, avec un épisode se déroulant à l’école internationale de Medan

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Le héros et narrateur de ce roman a 44 ans et il enseigne la sociologie à l’université. Il vient de publier un essai violemment anti-français (La France… Ses Pfff, ses Chhht, ses Rhôlâlââ… Ses On va pas s’emmerder, ses Y’en a qui dorment, ses Ça va comme un lundi et ses Avec ceci… Les lunettes de ses Jacques François et les barbichettes de ses Cyril Lignac… L’odeur de pieds de ses piscines municipales et de pisse des toilettes de ses cafés… Ses cadenas d’amour, ses belles paroles et ses beaux salauds). Cela lui vaut d’être invité à l’étranger pour exposer ses thèses et lui donne l’occasion de mener à peu près tranquillement une carrière de Don Juan sur le presque retour. Car il est arrivé à cet âge, à ce moment, où certains, comme lui, se foutent de tout. Sauf, peut-être, des femmes et des voyages. Encore que… s’agissant des femmes, est-ce les aimer que de jouer avec leurs sentiments à des fi ns exclusivement prédatrices ? Quant aux voyages, si c’est par haine de son propre pays qu’il s’y livre…

Ce que j’en pense
**

Il y a au moins deux lectures possibles de ce nouvel opus de Nicolas Fargues. La première, très premier degré, en fera le récit très sombre d’un intellectuel déçu de sa carrière, de sa vie et de son pays et qui ne cesse de ruminer cette crise existentielle. La seconde, beaucoup plus jouissive, se lit entre les lignes. Dans les réflexions du sociologue sur ce qu’il aurait pu ou dû faire, sur l’autre regard qu’il pourrait porter sur le presque demi-siècle qui vient de s’écouler, car «rien ne sert d’essayer de devancer le temps, qui a son rythme propre. Il finit toujours par nous rattraper.»
Des digressions proposées par le narrateur, Romain Ruyssen, sociologue et maître de conférences à l’université qui vient de publier Au pays du p’tit, un essai philosophico-politique qui dépeint une France en dépression et taille en pièces ce pays d’assistés, d’incultes, d’indisciplinés, de laxistes. Un ouvrage qui va jusqu’à être qualifié de «pamphlet poujadiste», mais qui va permettre à son auteur de gagner une certaine notoriété et d’être invité à débattre en Russie et aux Etats-Unis.
Le ministère des affaires étrangères l’envoie à Moscou pour un colloque à la Maison centrale des écrivains. A 44 ans, il va pouvoir développer ses plus belles diatribes et expliquer que pour un Français « être agacé par les autres et se considérer soi-même supérieur au reste de l’humanité est davantage qu’un folklore national : c’est un mode de vie, une fierté, une conviction, un code génétique, bref, une culture. » On pourra multiplier les qualificatifs pour dépeindre cet aigri de 44 ans – cynique, calculateur, ironique, mordant, désagréable, capricieux, insatisfait, infréquentable, blasé, glaçant ¬–¬ et pourtant on va finir par s’y attacher, à l’image de cette slovaque de 25 ans à la poitrine volumineuse qu’il a repéré dans l’auditoire.
Janka Kučová n’est toutefois pas une proie facile. Aussi faudra-t-il que notre homme déploie tout son entregent et sorte son portefeuille pour réussir à mettre l’étudiante dans son lit. Mais même dans la séduction, chassez le naturel et il revient au galop : « J’avais pris un plaisir sadique à lui signifier par cette seule réponse que rien de ce que j’entreprendrais avec elle ne serait pour moi une première fois. Si elle avait été plus douce, moins dominatrice et moins cruelle, pensai-je, je lui aurais menti, par charité. Je me serais privé de faire le malin pour ne pas lui gâcher la certitude que c’est peut-être avec elle que j’allais étrenner ceci : faire l’amour dans un hammam, comme au cinéma. Pour l’assurer que, malgré son jeune âge et toutes les vies que je traînais derrière moi, elle avait la possibilité de me faire encore découvrir quelque chose. » Son périple aux Etats-Unis sera du même tonneau.
L’ analyse froide – d’autres diront lucide – du sociologue n’est pourtant que le miroir de son mal-être. Il finit par tout filtrer à l’aune de son vécu. Encore un effort et ce collègue de David Lodge qui aurait égaré ses antidépresseurs nous livrerait un traité d’optimisme à l’issue de sa promenade sur le campus de l’université d’Iowa : « On se met à respecter les règles et à respecter les autres, on apprend à devenir responsable, à patienter, à remplacer la mauvaise humeur et les frustrations par du dynamisme, et l’on finit par se rendre compte que cela donne du sens à la vie, cela rend la vie plus intense et plus stimulante…» Jubilatoire !

Autres critiques
Babelio
L’Express
Télérama
France culture
Blog Le Littéraire
Blog Livrogne.com

Extrait
« Après l’intervention de l’économiste, c’est vers moi que le modérateur se tourna : « Alors vous, Romain Ruyssen, dit-il en consultant consciencieusement ses notes, vous êtes français et sociologue. Votre dernier essai a pour titre Au pays du p’tit. Il est paru en France le mois dernier et, avec neuf autres ouvrages sélectionnés en prévision de ce salon, il a bénéficié d’une opération spéciale et sort aujourd’hui, quasi simultanément, dans sa traduction russe. » Dans mon casque, l’interprète, qui avait elle aussi préparé ses notes pour la séance, avait prononcé p’tit avec une application désopilante. « Je cite l’une des phrases de votre introduction, poursuivit le modérateur en plongeant le nez dans la version traduite de mon livre : “Avec les Trente Glorieuses, le surmoi révolutionnaire des Français a progressivement cédé la place au Moi-Je pépère fonctionnaire.” Est-ce que cela signifie, Monsieur
Ruyssen, qu’aujourd’hui vous considérez usurpée la réputation de nation insoumise de votre pays ? »
« Je me demande surtout, répondis-je sur un ton folâtre, comment mon interprète vient de vous traduire des mots tels que “Trente Glorieuses” et “pépère” : la langue russe possède-t-elle vraiment un équivalent de ces notions très françaises ? »
Je marquai une pause, attendant en vain la réaction de quelqu’un dans la salle. Au-delà de votre question, repris-je, c’est de l’esprit français contemporain tel que je le perçois que j’ai envie de vous parler. Et je peux le faire sans forcément me référer à mon livre, rien qu’à partir de quelques éléments que j’ai observés ici, dans cette salle, au cours de l’heure qui vient de s’écouler. » (p. 18-19)

A propos de l’auteur
Nicolas Fargues est né en 1972. Enfance au Cameroun, au Liban puis en Corse. Études de lettres à la Sorbonne. Mémoire de DEA portant sur la vie et l’œuvre de l’écrivain égyptien Georges Henein. Deux ans de coopération en Indonésie, retour à Paris, petits boulots, publication en 2000 du Tour du propriétaire. De 2002 à 2006, dirige l’Alliance Française de Diégo-Suarez, à Madagascar. Il vit actuellement à Yaoundé. (Source : Editions P.O.L)

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Sorbet d’abysses

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Sorbet d’abysses
Véronique Emmenegger
Luce Wilquin
Roman
269 p., 21 €
ISBN: 9782882535030
Paru en avril 2015

Où?
L’action se situe, pour la jeunesse de Shirley, l’une des protagonistes, dans le Somerset puis à Londres. Toutefois, le lieu principal n’est pas défini.

Quand?
L’action est située de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Lorsque la famille du brillant philosophe Egault Lévy apprend qu’il est atteint d’une maladie de démence, le monde manque de s’écrouler. Shirley, sa femme soumise, ainsi que ses trois enfants sortent alors de leurs retranchements. Subir ou ne pas subir ? Accepter ou se révolter ? Chacun va être invité à modifier sa façon de voir la vie face à cette descente dans les entrailles de la mémoire et du langage. La maladie cache dans ses souffrances des portes de sortie étonnantes.
Scènes cocasses, éclats de bonheur, de rire… Une remise en question salutaire face à la débandade du langage et de la mémoire.

Ce que j’en pense
***

On pourrait résumer ce livre en disant qu’il raconte le parcours d’un homme atteint d’une maladie dégénérative de type Alzheimer, mais voilà qui serait bien trop réducteur. Car Véronique Emmenegger est bien trop subtile pour ne pas s’arrêter à cette seule dimension. Elle choisit certes de nous livrer la chronique d’une déchéance annoncée, mais décide d’emblée de confronter tous ses personnages à une réalité qui est loin d’être manichéenne. Comme nous l’annonce le titre: « Loin de Shirley, l’espoir de trouver une oreille pour entendre sa voix, elle aussi boitillante. Il faut déguster ce sorbet d’abysses avec une cuillère en argent, qui laisse sur la langue le goût des mauvais jours.»
Voici donc Shirley, l’épouse soumise qui n’avait que dix huit quand le professeur Égault Lévy l’a remarquée dans les couloirs de l’Université londonienne avant de lui proposer de devenir sa traductrice. « Dans la foulée, il lui proposa de l’épouser, ce serait plus simple.»
Son mari occupe la place centrale du récit. C’est du reste devenu une habitude pour l’intellectuel qui voyage de conférences en séminaires : il est partout la vedette. C’est du reste ce qui va donner à ce roman toute sa force tragique. Car Égault refuse d’admettre son «problème». Il va même dans un premier temps, faire comme si de rien n’était, avant de devoir petit à petit abdiquer.
La galerie de personnages ne serait pas complète sans les trois enfants du couple : Sixtine, Donatien et Olga.
Sixtine, la «Japonaise», est admirative de son père et mettra elle aussi longtemps à admettre sa maladie. Donatien est assez effacé. Il regarde les femmes agir et suit le mouvement, y compris dans leur formidable initiative finale, qu’il serait dommage de dévoiler ici. Olga, la petite dernière que son frère et sa sœur ont surnommé « la punkette», déteste cette étiquette qui remonte à ses treize ans, période de sa « révolte XXL, les vêtements teints en noir dans la machine familiale, les ongles mal vernis, les cheveux courts d’un côté et plus longs de l’autre, un vrai poème gothique.» C’est avant tout la force vive. Son énergie va être bien utile à tous, surtout depuis que Shirley a abdiqué et pris la fuite : « Quand le leader devient fardeau, rien ne sert d’attendre ou de maudire, il faut agir. Fuir la combustion ramassée de la rancœur pour prendre la tangente. Là se trouvent les fleurs ressuscitées. Il n’y a pas de prescription, il faut les cueillir toutes. »
La force de ce livre tient, on l’aura compris, non pas à la maladie, mais aux remises en question qu’elle peut entraîner. Pour chacun des protagonistes, mais bien entendu aussi pour le lecteur qui, par ricochet, se pose les mêmes questions que Shirley, Sixtine, Donatien et Olga.
Certains critiques aiment utiliser la formule « lisez et vous n’en sortirez pas indemnes ». Je crois qu’elle ne s’est jamais mieux appliquée qu’ici.


Autres critiques

Babelio

Extrait
« Il a été convenu par téléphone de commencer le Grand Mensonge. Impossible de traîner Monsieur Lévy chez un docteur en hallucinations afin de gober toute une série de pastilles aussi joliment colorées que les poissons. Il faut lui prescrire des banalités pour simples trous de mémoire. Le Professeur prévient qu’il faudra revenir dans un mois, car le dosage est approximatif. Il y a tout de même trois sortes de médicaments et Égault se demande bien pourquoi, avec tout l’argent qu’on met dans la recherche, ces fantômes en blouse blanche n’ont toujours pas réussi à trouve run modèle unique.
L’ordonnance griffonnée, quelqu’un frappe à la porte. Il s’agit du psychiatre du département de psycho-gériatrie adjacent, lequel passait par là. Il propose à Égault de discuter un moment, invitation refusée tout net. Monsieur Lévy lui rappelle qu’il n’est pas égrotant et qu’il a assez fait mumuse pour aujourd’hui. Il a toute sa tête ! » (p.53)

A propos de l’auteur
Véronique Emmenegger est née à Paris en 1963 d’un père agent de voyages suisse-allemand et d’une mère secrétaire française. Durant sa petite enfance, elle a beaucoup voyagé en Europe (Grèce, Espagne, Italie, Iles Canaries) et a été en partie élevée par ses grands-parents à Paris.
Revenue en Suisse, sa scolarité obligatoire se passe au collège de Morges et au gymnase à Lausanne.
Attirée par des études de médecine, la vie en a décidé autrement. Par le biais d’un concours lancé par l’Hebdo, lequel recherche des jeunes reporters, elle fait partie des douze jeunes sélectionnés. L’Hebdo offre à chacun une petite somme d’argent et la possibilité d’un reportage. Véronique part à Londres et réalise sa première double page sur les punks. C’est en terre britannique qu’elle écrit son premier roman «Mademoiselle Faust», ville de tous les départs. Elle obtiendra son RP en free-lance quelques années plus tard.
En 1987, «Mademoiselle Faust» paraît à Paris aux éditions Sillages dirigées par Noël Blandin. Suivront «Les Bouches» en 1992 toujours chez le même éditeur. «Richesse Invisible», une commande des éditions d’En Bas, lui offre la possibilité de collaborer avec Pierre-Antoine Grisoni, photographe de l’agence Strates. Suivront «Fringales» en 2011, un recueil de 52 nouvelles sur le thème du vêtement. Et «Cœurs d’assaut» en 2013, un roman sur l’abandon et la survie en milieu hostile. (Source : Site internet de l’auteur)
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