Je t’aime

ABEl_Je-taime

En deux mots:
Un accident mortel provoqué sous l’emprise du cannabis va faire basculer la vie d’Alice, la petite amie du conducteur et, par un effet de domino, celle de toute sa famille. Quand l’amour est proche de la haine, personne ne s’en sort indemne!

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Je t’aime… je te hais

Dans «Je t’aime» Barbara Abel explore ces liens étranges qui unissent parents et enfants lorsqu’ils sont confrontés à une crise majeure. Quand la tension est extrême, l’amour est alors proche de la haine.

On appelle cela un fait divers, autrement dit un événement à ranger dans la catégorie de ceux qui arrivent presque quotidiennement et qui ne méritent pas que l’on ne s’y attarde outre-mesure. En l’occurrence, il s’agit d’un accident de la circulation. La voiture conduite par un jeune homme s’est encastrée dans un bus de transport scolaire, causant la mort du chauffeur, dont la voiture a dévié de sa trajectoire, et celle d’un petit garçon de sept ans.
Mais sous la plume de Barbara Abel, on saisit immédiatement la dimension dramatique et les implications de cet accident. Bruno, le conducteur de la voiture, était un jeune homme bien, qui vivait sa première histoire d’amour, et qui rentrait chez lui après avoir ramené la belle Alice chez elle. Certes, il était un peu énervé, parce que sa mère les avait surpris dans sa chambre et avait exigé que la jeune fille rentre chez elle. Mais surtout, ils avaient tous les deux passé l’après-midi à s’aimer et à fumer quelques joints. Les résultats des analyses ne laissent aucun doute.
Ce qui laissent pantois à la fois la mère de Bruno, greffière au tribunal, qui n’aurait pu imaginer que son fils se droguait et le père d’Alice, chirurgien, qui «n’a rien vu venir».
Il en va tout différemment de Maude, la belle-mère d’Alice qui a surpris la fille de son nouveau compagnon quelques mois plus tôt en train de tirer sur un joint. Elle lui a promis de ne rien dire à son père si elle promettait d’arrêter. En fait, elle entretenait l’espoir que ce secret puisse les rapprocher, car depuis qu’elle avait recomposé sa famille en emménageant avec ses deux enfants chez Simon et Alice, les tensions étaient permanentes. Et comme on le sait, «une famille recomposée, c’est comme une greffe: on ne sait jamais si ça va prendre.»
Et si on imagine bien combien la perte de son amoureux peut affecter Alice, on va découvrir au fur et à mesure combien chacun des membres de la famille va être affecté par ce drame. À la peine et au mutisme d’Alice vient en effet s’ajouter une enquête de police, car les mères des deux enfants décédés, Nicole et Solange, veulent que l’on fasse toute la lumière sur cette affaire. Depuis combien de temps se droguaient-ils? Qui a fourni la drogue? Qui sont les trafiquants? Après un premier interrogatoire qui n’a pas permis de lever le voile une perquisition est ordonnée. Elle va permettre de découvrir des plants de cannabis dans la cave du domicile et entraîner la garde à vue d’Alice.
Simon qui «nourrit pour sa fille une adoration indissociable des angoisses ordinaires afférentes à la fonction paternelle» ne veut pas croire à cette culpabilité pourtant si évidente. Maude est bouleversée, mais veut croire que tout va s’arranger. «L’amour est le moteur de ses actes, il légitime ses choix, il est la matière première de ses pensées. Elle aime fort, avec bonheur et sans répit. Elle aime sa vie, son boulot, ses enfants… »
Après Je sais pas, Barbara Abel poursuit son exploration des liens familiaux et de la psychologie des enfants. L’épilogue qu’elle va nous proposer va vous laisser pantois. En nous prouvant que «rien n’est plus proche de l’amour que la haine», elle réussit une nouvelle fois un roman fort et prenant que vous n’aurez pas envie de lâcher avant le dernier coup de théâtre!

Je t’aime
Barbara Abel
Éditions Belfond
Thriller
464 p., 19,50 €
EAN : 9782714476333
Paru en janvier 2018

Ce qu’en dit l’éditeur
Après un divorce difficile, Maude rencontre le grand amour en la personne de Simon. Un homme dont la fille, Alice, lui mène hélas une guerre au quotidien. Lorsque Maude découvre l’adolescente en train de fumer du cannabis dans sa chambre, celle-ci la supplie de ne rien dire à son père et jure de ne jamais recommencer. Maude hésite, mais voit là l’occasion de tisser un lien avec elle et d’apaiser les tensions au sein de sa famille recomposée.
Six mois plus tard, Alice fume toujours en cachette et son addiction provoque un accident mortel. Maude devient malgré elle sa complice et fait en sorte que Simon n’apprenne pas qu’elle était au courant. Mais toute à sa crainte de le décevoir, elle est loin d’imaginer les effets destructeurs de son petit mensonge par omission…
Ceci n’est pas exactement une histoire d’amour, même si l’influence qu’il va exercer sur les héros de ce roman est capitale. Autant d’hommes et de femmes dont les routes vont se croiser au gré de leur façon d’aimer parfois, de haïr souvent.
Parce que dans les livres de Barbara Abel, comme dans la vie, rien n’est plus proche de l’amour que la haine…

Les critiques
Babelio 
Le Carnet et les instants (Nausicaa Dewez)
Les lectures de l’oncle Paul 
Zonelivre.fr 
Blog Carobookine
Blog Collectif Polar 
Emotions – blog littéraire et musical
Rubrique Un livre en cinq questions 


Barbara Abel présente Je t’aime © Production Marie-Claire Belgique

Les premières pages du livre:
« La première fois que Maude a dit « Je t’aime » à quelqu’un, c’était par écrit. Elle avait dix-sept ans, l’été commençait à peine et, avec lui, les vacances scolaires s’étalaient à perte de vue jusqu’à une rentrée lointaine et négligeable. Septembre ressemblait à un concept. Elle venait de tomber amoureuse d’un garçon de trois ans son aîné, jeune étudiant en médecine, rencontré à l’anniversaire d’une amie commune.
Louis.
Ils ont roucoulé une semaine durant, avant de partir chacun de leur côté pour des vacances prévues de longue date.
En 1998, si les téléphones mobiles se banalisaient, les communications coûtaient un bras. Les mails nécessitaient la possession d’un ordinateur, les portables et autres laptops étaient encore rares, raison pour laquelle la lettre restait le moyen de communication le plus répandu.
Perdue au fin fond de l’Espagne en compagnie de ses parents, Maude a attendu un mot doux de Louis pendant deux interminables semaines, guettant chaque jour l’arrivée du facteur. Elle avait envoyé une missive au début de son séjour, révélant entre les lignes la force de son amour et la folie de ses attentes. La distance idéalisait la romance, l’absence de l’aimé en aiguisait le désir. Sans nouvelles de Louis, son cœur jouait aux montagnes russes, passant en un éclair des sommets exaltés de l’espoir aux creux dépressifs du doute. Le dix-septième jour, enfin, au retour d’une balade, une lettre est apparue parmi le courrier, le miracle qu’elle n’attendait plus. Fébrilc, elle a décacheté l’enveloppe et découvert un court feuillet gribouillé d’une écriture à peine lisible : le jeune homme, dont la graphie ressemblait déjà à celle du médecin qu’il était appelé à devenir, avait couché sur le papier ses émois, qu’elle a eu un mal de chien à décrypter. Les quelques phrases manuscrites semblaient receler tout le mystère de ses sentiments. Au bas de la page, pourtant, quelques mots effaçaient tout doute quant à l’adoration du jeune homme: « À vite, mon amour. »
Transportée par cette déclaration qu’elle n’espérait plus, Maude s’est empressée de lui répondre. Tremblante, elle a achevé son billet par ces mots d’une folle audace, concédant à leur relation une intimité qui lui faisait tourner la tête: « Je t’aime. »
Au moment d’écrire ces sept lettres, son cœur s’est répandu dans sa poitrine. Il l’a inondée d’une chaleur épicée, une flamme à la fois distincte et diffuse, un truc bizarre qui encombrait son corps et son esprit tout ensemble. Elle y a mis tout ce qu’elle possédait, tout ce qu’elle était. Sa chair et son âme.
Les vacances se sont achevées sans autre nouvelle de Louis. À son retour, Maude s’est empressée de lui donner rendez-vous, consumée par un feu que le fantasme avait nourri sans relâche. Arrivée un quart d’heure à l’avance, elle a utilisé ce temps pour magnifier un lien qu’elle avait déjà largement célébré dans ses rêves les plus fous.

Soyons clairs, les retrouvailles ont été un échec cuisant, un naufrage qui a englouti jusqu’aux tisons oubliés. »

Extrait
« Dans la rue, cinq silhouettes accompagnées d’un chien s’approchent de la maison alors que l’aube n’est encore qu’un vague projet. L’obscurité s’attarde au-dehors comme à l’intérieur, elle manipule les ombres à sa guise et se gausse du faisceau lumineux que l’éclairage public étire jusque dans le salon.
Dans la cuisine, l’horloge indique cinq heures cinquante-huit. À l’extérieur, quatre des hommes, ainsi que le chien, rejoignent la porte d’entrée tandis que le cinquième fait le tour par l’arrière et se poste devant la porte du jardin. Ils se déplacent sans bruit, avec une économie de moyens dont la synchronie n’a d’égale que l’efficacité. »

À propos de l’auteur
Barbara Abel vit à Bruxelles où elle se consacre à l’écriture. Prix Cognac avec L’Instinct maternel (Éditions du Masque, 2002), puis sélectionnée par le prix du Roman d’Aventures pour Un bel âge pour mourir (Éditions du Masque, 2003), elle voit aujourd’hui son œuvre adaptée à la télévision et traduite en plusieurs langues. Marquant son grand retour au roman noir, Derrière la haine (Fleuve Éditions, 2012) – Prix des lycéens de littérature belge 2015 –, sort sur les grands écrans en 2018. Après la fin (2013) est son dernier roman publié chez Fleuve Éditions. Après L’Innocence des bourreaux (Belfond, 2015) et Je sais pas (Belfond, 2016), Je t’aime (Belfond, 2018) est son douzième roman. Tous ces titres sont repris chez Pocket. (Source : Éditions Belfond)

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La chimiste

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La chimiste
Stephenie Meyer
Éditions JC Lattès
Thriller
traduit de l’anglais par Dominique Defert
600 p., 22,00 €
EAN : 9782709659307
Paru en novembre 2016

Où?
Le roman se déroule du Nord au Sud et d’Est en Ouest des États-Unis. On y voyage de Tallahassee en Floride jusqu’au fin fond du Texas, passant par Dallas, Shreveport et la Kisatchie National Forest, Washington, Oklahoma City, Tacoma, Chicago, Little Rock, Baltimore, York en Pennsylvanie, Philadelphie, Alexandria, Denver, Lakewood, et Boulder. Deux missions à l’étranger sont évoquées, à Uludere en Turquie et à Hérat en Afghanistan

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Elle était l’un des secrets les mieux gardés — et des plus obscurs — d’une agence américaine qui ne portait même pas de nom. Son expertise était exceptionnelle et unique. Et puis, du jour au lendemain, il faut l’éliminer au plus vite…
Après quelques années de clandestinité, son ancien responsable lui propose d’effacer la cible dessinée sur son dos. Dernière mission… ou dernière trahison ?
Alors que sa vie ne tient plus qu’à un fil, un homme que tout devrait éloigner d’elle va bouleverser ses certitudes. Comment survivre à une traque impitoyable quand on n’est plus seule ?
Dans ce roman palpitant et original, Stephenie Meyer a imaginé une nouvelle héroïne aussi émouvante que fascinante. Avec La Chimiste, elle révèle encore une fois tout son talent qui la place parmi les auteurs les plus reconnus au monde.

Ce que j’en pense
***
Autant l’avouer, j’avais besoin d’une récréation et j’étais curieux de découvrir à quoi pouvait bien ressembler le style d’un auteur adulé des adolescents pour Twilight, sa série de romans fantastiques et leur adaptation au cinéma. Car le choix de passer au thriller, après un premier roman pour adultes n’était pas sans risque. Mais le pari est gagné, car le suspense est bien mené, l’intrigue joliment construite.
Dès les premières lignes, on entre dans le vif du sujet : celle qui se fait appeler Chris Taylor est en fuite. Elle sillonne les Etats-Unis pour échapper à ceux qui veulent sa mort. Même si elle ne sait pas encore avec certitude la raison de ce contrat, elle a vite compris que le décès de son collègue Barnaby, qui travaillait avec elle dans un laboratoire secret, n’était pas un accident. Aussi, en attendant de comprendre, la chimiste fuit, empruntant les identités les plus diverses et en essayant de ne laisser aucune trace susceptible de remonter jusqu’à elle
« Consulter ses e-mails lui prenait d’ordinaire trois minutes. Après cela, elle aurait quatre heures de route – si elle ne faisait pas de détour – pour rentrer à son camp de base du moment. Il lui faudrait alors rétablir tout son système de sécurité avant de pouvoir dormir. Les jours de relève du courrier étaient toujours de petits marathons.
Même s’il n’existait aucun lien entre sa vie actuelle et cette boîte e-mail – pas d’adresse IP récurrente, ni de références à des lieux ou à des noms –, dès qu’elle avait fini de lire son courrier, et d’y répondre au besoin, elle pliait bagage, quittait la ville, pour mettre le plus de distance possible entre l’ordinateur d’envoi et elle. Au cas où. « Au cas où » était devenu son mantra. Malgré elle. Sa vie était réglée comme du papier à musique, tout était organisé, planifié, mais, comme elle se le répétait souvent, sans préparation, il n’y aurait pas de vie tout court. »
Ce sont notamment des missions en Turquie et en Afghanistan ainsi que de très nombreux interrogatoires – sa spécialité consiste à tirer les vers du nez des plus récalcitrants – qui l’ont aguerrie, l’obligeant à «infliger de la souffrance pour sauver des vies. Comme on coupe un membre gangrené pour sauver le reste du corps.»
C’est du reste pour une mission semblable qu’elle accepte de rempiler. Car les services de renseignements ont appris qu’un terroriste s’apprêtait à lancer une attaque chimique de grande ampleur et qu’il fallait le neutraliser avant que des milliers de personnes ne meurent.
Grâce à ses talents, elle parvient assez rapidement à neutraliser sa cible : Daniel Nebecker Beach, un professeur de lycée. Mais durant l’interrogatoire, elle est mal à l’aise, car elle à l’intuition que sa victime est innocente. Elle n’aura toutefois pas le temps de le vérifier car, malgré toutes précautions prises, elle est attaquée et doit d’abord sauver sa peau.
En découvrant que Kevin, le frère de Daniel, est venu à la rescousse et que ce dernier est aussi un agent secret, elle comprend qu’elle a été manipulée. Après avoir voulu réciproquement se tuer, les deux agents peuvent s’expliquer. « Tu es un problème pour la CIA. Et je suis un problème pour mon service. Ils ont monté un dossier et inventé de toutes pièces un scénario qui pourrait me convaincre de rempiler. »
Du coup, la notice nécrologique de Juliana Fortis – son vrai nom – n’est pas une couverture censée la protéger mais bien un permis de tuer. Voilà Kevin, Daniel et Alex (son nouveau nom) confrontés à une question autrement plus épineuse : pourront-ils échapper à l’un des services de sécurité les plus puissants au monde ? Peut-on se cacher et échapper à tous les contrôles ? Et, au-delà, y-t-il un moyen de faire cesser la menace ?
La cavale qui suit ne sera pas de tout repos, on s’en doute bien. Les rebondissements et l’idylle naissant entre Daniel et Alex («C’était la plus grande surprise de son existence. Ce mélange de contradictions, cette attirance irrépressible qui la rendaient incapable de la moindre analyse.») vont pimenter le récit jusqu’à l’épilogue très inattendu.
Un roman qui vous fera passer un agréable moment, mais que l’on pourra également lire comme une réflexion sur l’état d’urgence, sur les armes qu’un État peut utiliser pour combatte le terrorisme, sur les failles de nos systèmes de sécurité. Bref, un thriller bien dans l’air du temps.

Autres critiques
Babelio 
Le Figaro (Thierry Clermont)
L’indépendant (Michel Litout)
Blog The lovely teacher addictions 
Blog Le chat du Cheshire 
Blog Un polar-collectif 

Les vingt premières pages

Extrait
« Elle l’observa un moment, classant toutes les données dans deux colonnes. Colonne un : Carston était un menteur talentueux, et lui racontait une histoire à dormir debout, une façon de l’attirer dans un piège où ils pourraient en finir pour de bon avec Juliana Fortis. Et il inventait à fur et à mesure, pour jouer sur toutes ses cordes sensibles.
Colonne deux : quelqu’un avait réellement une arme biologique de destruction massive et les moyens de la déployer. Le service ne savait ni où ni quand elle serait utilisée, mais ils avaient repéré quelqu’un qui savait.
La vanité vint peser dans la balance ; elle n’ignorait pas qu’elle était douée. Ils n’avaient sans doute trouvé personne pour la remplacer. »

A propos de l’auteur
Stephenie Meyer a obtenu son diplôme de littérature anglaise à l’Université de Brigham Young dans l’Utah. Twilight, sa saga au succès international, s’est vendu à 155 millions d’exemplaires. En 2008, elle a publié Les Âmes vagabondes, son premier roman pour adultes. Il s’est vendu à plus de 5,3 millions d’exemplaires aux États-Unis et 300 000 exemplaires en France. Il a été porté à l’écran en 2013 par Andrew Niccol. Elle publie en 2016 son deuxième roman pour adultes, le thriller La Chimiste. Elle vit aujourd’hui dans l’Arizona avec son mari et ses trois fils. (Source : Éditions JC Lattès)

Site internet de l’auteur (en anglais)

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La mésange et l’ogresse

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La mésange et l’ogresse
Harold Cobert
Plon
Roman
425 p., 20 €
EAN: 9782259230421
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule en Belgique, à Charleroi, Dinant, Ciney, Sart-Custinne, Han-sur-Lesse, Beauraing, Neufchâteau, Saint-Hubert, Gedinne, Bruxelles ainsi que dans les Ardennes françaises à Givet, Charleville-Mézières, Sedan, Floing, Ville-sur-Lumes, Verdun, Bar-le-Duc, Fleury-Mérogis.

Quand?
L’action se situe des années 1980 au début des années 2000.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Ce que je vais vous raconter ne s’invente pas. »
22 juin 2004. Après un an d’interrogatoires, Monique Fourniret révèle une partie du parcours criminel de son mari, « l’Ogre des Ardennes ». Il sera condamné à la perpétuité. Celle que Michel Fourniret surnomme sa « mésange » reste un mystère : victime ou complice ? Instrument ou inspiratrice ? Mésange ou ogresse ?
Quoi de plus incompréhensible que le Mal quand il revêt des apparences humaines ?
En sondant les abysses psychiques de Monique Fourniret, en faisant résonner sa voix, jusqu’au tréfonds de la folie, dans un face à face tendu avec les enquêteurs qui la traquent, ce roman plonge au cœur du mal pour arriver, par la fiction et la littérature, au plus près de la glaçante vérité.

Ce que j’en pense
****
Sous le titre «roman du réel», Harold Cobert explique en avant-propos, comment il a imaginé son nouveau roman : « Si ce livre est basé sur « l’affaire Fourniret », s’il suit au plus près les faits tels qu’ils ont été révélés lors du procès, cet ouvrage est avant tout une œuvre de fiction. […] Hormis certaines phrases, les pensées et les propos prêtés à Monique Olivier et à Michel Fourniret ainsi qu’aux différents personnages de cette histoire relèvent de la pure invention et de la seule création littéraire. À part ceux de Monique Olivier et Michel Fourniret, tous les noms des protagonistes ont été changés, et en premier lieu ceux des victimes. »
En se replongeant dans cette célèbre affaire, on se rend très vite compte du matériau mis ici à disposition du romancier, car tout est ici extraordinaire au sens premier du terme. Comme beaucoup de ses contemporains, Harold Cobert s’appuie sur le faits divers pour nous délivrer un suspense étonnant. Car même si l’on connaît l’épilogue de l’histoire, on ne se rend pas compte de la partie d’échecs qui s’est jouée là, de la stratégie mise en place par les enquêteurs et par les coupables.
L’auteur
Le roman s’ouvre à Ciney, en Belgique le 26 juin 2003. On y voit Louise Lemaire être abordée par un homme en camionnette blanche demander à l’écolière si elle peut l’aider à retrouver sa route vers le Mont de la Salle et finira par la convaincre de monter dans le véhicule. Mais cette fois les choses ne se passent pas comme prévu, la fille réussit à s’enfuir et à prévenir la police. Un échec qui va entraîner l’arrestation de ce dangereux récidiviste, condamné à sept ans de prison en France pour treize enlèvements de jeunes filles dont il a tenté d’abuser, suivi d’une autre peine de six mois pour avoir agressé des automobilistes dans la région de Verdun.
Commence alors une enquête très difficile, en Belgique et en France, car il apparaît très vite qu’il va falloir ouvrir tous les dossiers similaires de disparitions de jeunes filles.
Grâce à la construction du roman, on ne s’ennuie jamais tout au long de la lecture. Si Michel Fourniret en est le sujet central, Harold Cobert a choisi de ne pas lui donner la parole. Il se place d’une part du côté factuel en retraçant dans de courts chapitres les circonstances qui ont fait tomber Elodie Defaux, Lian Shiro, Caroline Moens et toutes les autres dans le piège tendu par l’homme aux lunettes cerclées. En second lieu, ce sont les enquêteurs de la police belge qui prennent la parole. On les voit tâtonner, puis avancer doucement, élaborer des scénarios susceptibles de prouver leurs hypothèses, mais aussi tenter de convaincre leur hiérarchie – le budget nécessaire à des tests ADN finira-t-il par être débloqué ? – ou collaborer du bout des doigts avec les collègues français. Sans oublier leurs états d’âme, leurs problèmes familiaux ou de santé, qui viennent interférer et replacer ce drame hors du commun dans le quotidien le plus banal. Enfin et surtout, comme le proclame le bandeau en couverture du livre, la parole est aussi donnée à la compagne du tueur, dont l’attitude étonne: «Elle n’a montré aucune émotion quand je lui ai appris l’arrestation de son mari ni lorsque je l’ai informée des faits qui lui sont reprochés. Quelque chose cloche dans cette affaire, à commencer par elle.»
Monique Olivier, devenue Madame Fourniret, va passer – au fil de dizaines d’heures d’interrogatoire – du rang de témoin, à celui de complice, voire d’instigatrice. L’inimaginable devient petit à petit imaginable et les frontières de l’horreur sont à chaque fois repoussées un peu plus loin.
Un roman aussi glaçant que passionnant.

Autres critiques
Babelio
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog Tête de Lecture 
Blog Du calme Lucette 
Blog Sans connivence 

Les 40 premières pages

Extrait
«Ce que je ne comprends pas, c’est où il a bien pu rater son coup parce que, une fois qu’elles sont montées, il va au bout, généralement, et même s’il n’arrive pas à avoir ce qu’il veut, elles ne peuvent pas s’en tirer, celles qui sont montées, aucune n’est rentrée chez elle, en tout cas pas depuis qu’il est avec moi, c’est ça que je n’arrive pas à comprendre, vraiment pas. À moins que ça ait dégénéré. sur le trottoir, qu’il soit descendu pour la faire monter de force, qu’elle ait crié, qu’elle se soit débattue, qu’il ait pris peur d’être repéré, que quelqu’un soit venu à la rescousse de la petite, qu’il se soit enfui et qu’on ait relevé sa plaque, une plainte chez les flics et les voilà qui l’embarquent, un truc comme ça, oui, c’est un truc comme ça qui a dû se passer, tout ça parce que je n’étais pas là, parce que sans moi il n’y arrive pas, ou pas bien, pas complètement,
à part deux trois fois ces derniers temps où il a réussi seul et ça lui a fait croire qu’il pouvait se passer de moi, mais il ne peut pas en réalité, non, il ne peut pas. Ils ne peuvent rien trouver, les bleus, ça non, en tout cas je ne pense pas, ou si peu qu’il fera un peu de prison, un peu, oui, peut-être, quelques mois, trois fois rien, ça ne le tuera pas, ça lui rappellera des souvenirs, il a déjà fait pire. Si je l’ouvrais, moi, ce serait différent, très différent, et encore, il est tellement habile, c’est un malin, mon fauve, oui, il sait parler, lui, il peut embrouiller n’importe qui, c’est son truc, les mots, il a de la culture, il a beaucoup lu, pas comme moi, je suis une idiote et une dinde, il me le répête, même si je balançais, il réussirait à noyer le poisson, il la jouerait anguille, et moi je passerais pour une menteuse, oui, une menteuse et une folle. Et puis, de toute façon, personne ne me croirait, on ne peut pas croire ces choses-là, on ne peut pas les croire parce que, justement,
ça ne s’invente pas. » (p. 22-23)

A propos de l’auteur
Harold Cobert est l’auteur de plusieurs romans, dont Un hiver avec Baudelaire, L’Entrevue de Saint-Cloud et, en 2014, Jim paru chez Plon. (Source : Éditions Plon)

Site Wikipédia de l’auteur 
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