Laisse tomber les filles

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En deux mots:
François, Antoine et Lorenzo sont amoureux de la belle Michèle. Nous sommes en 1963 et la France est en ébullition. Gérard de Cortanze nous propose de suivre le parcours de ces personnages depuis les yéyés jusqu’aux attentats de 2015.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Johnny, France et les autres

Après l’onde de choc provoquée par les décès de Johnny Halliday et France Gall, ce roman permet de revivre l’âge d’or des ces idoles de la chanson.

Quand Gérard de Cortanze s’est mis à l’écriture de ce roman, il ne se doutait sans doute pas combien l’actualité des derniers jours viendrait lui donner une dimension toute particulière. Quelques semaines après le décès et l’hommage national à Johnny Hallyday et quelques jours avant les obsèques de France Gall dont la chanson donne son titre au livre, Laisse tomber les filles vient nous offrir l’occasion de retrouver cette génération qui a émergé dans les années soixante avec Salut les copains. Avide de changement, elle est montée sur les barricades en mai 1968 avant de voir ses rêves s’envoler et, bien des années plus tard, se retrouvera à battre le pavé parisien après les attentats qui ont ensanglanté le pays.
Une chronique portée par quatre personnages, trois garçons et une fille dont nous allons suivre le parcours au fil des années. Lorenzo, Antoine, François et Michèle se retrouvent pour l’événement que l’on peut considérer comme l’acte de naissance des yéyés, ce concert de 1963 à la Nation. Venus de leur banlieue, le fils d’un cadre, celui d’un ouvrier et celui d’un commerçant vont s’enflammer pour cette nouvelle musique autant que pour les beaux yeux de leur amie. Commence alors un combat de coqs pour cette bourgeoise bien plus libre – et égoïste – qu’eux! Le plus cérébral du groupe, Lorenzo, se veut le grand témoin d’un monde qui bascule. Fou de cinéma et coureur de demi-fond, il va noircir les pages de son grand livre pour témoigner du formidable bouillonemment de la société qui « est en train de changer, de bouger lentement, comme un continent qui dérive. Pour Lorenzo, la musique exprime clairement cette dérive, ce décrochement irréversible. Satisfaction est un appel au plaisir immédiat, au rejet des conventions amoureuses traditionnelles. »
Pour François la liberté est synoyme de paradis artificiels. Mais la drogue va finir par l’enchaîner. Entre les deux, Antoine n’a pas le temps de se poser trop de questions. «Il n’a pas le temps libre que donne l’argent. Il milite. Il travaille. Et il écoute Barbara». Le fils d’ouvrier va toutefois aussi voir son jour de gloire arriver. Mais Michèle n’est pas exclusive et, alors que cette page de l’histoire de la France contemporaine s’emballe, l’amour libre n’exclut pas les jalousies et les rivalités.
Racontée d’une plume alerte et sensible, cette histoire d’amour à quatre est surtout l’occasion d’une superbe fresque sociale, de l’utopie soixante-huitarde aux trente glorieuses, puis aux désenchantements des années de crise et d’instabilité jusqu’au grand rassemblement de janvier 2015 à la Place de la République.
Ce roman est en quelque sorte la suite des Zazous (qui sort en livre de poche début février) et qui – sur une trame semblable – nous proposait une grande fresque de la France sous l’Occupation. J’ai beaucoup aimé ce «portrait étincelant d’une jeunesse parisienne qui résiste à la barbarie», pour reprendre les mots de Thierry Voisin dans Télérama.
Autre trouvaille très sympathique des éditeurs et de l’auteur: une bande-son qui comprend quelque 98 titres vient compléter ce roman. Intitulée «Yé Yé», elle nous offre près de quatre heures de musique, allant de Johnny Hallyday à Sylvie Vartan en passant par Françoise Hardy et Claude François, sans oublier ceux qui n’ont pas connu la même notoriété tels Les Cousins, Les Dangers ou encore Les Pingouins. Seule faute de goût : l’absence de France Gall au générique de cette compilation. Mais ce panorama rappelera à la génération des années 60-70 les artistes qui ont baigné leur enfance et permettra au plus jeunes de découvrir ces années pleines d’énergie et de liberté.

France Gall interprète Laisse tomber les filles

Laisse tomber les filles
Gérard de Cortanze
Éditions Albin Michel
Roman
440 p., 22,50 €
EAN : 9782226402141
Paru le 3 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Paris et banlieue.

Quand?
L’action se déroule de 1963 à 2015.

Ce qu’en dit l’éditeur
Le 22 juin 1963 à Paris, quatre adolescents assistent, place de la Nation, au concert donné à l’occasion du premier anniversaire de Salut les copains. Trois garçons : François, rocker au coeur tendre, tenté par les substances hallucinogènes ; Antoine, fils d’ouvrier qui ne jure que par Jean Ferrat ; Lorenzo, l’intellectuel, fou de cinéma et champion de 800 mètres.
Une fille : Michèle, dont tous trois sont amoureux, fée clochette merveilleuse, pourvoyeuse de rêve et féministe en herbe.
Commencé au coeur des Trente Glorieuses et se clôturant sur la «marche républicaine» du 11 janvier 2015, ce livre pétri d’humanité, virevoltant, joyeux, raconte, au son des guitares et sur des pas de twist, l’histoire de ces baby-boomers devenus soixante-huitards, fougueux, idéalistes, refusant de se résigner au monde tel qu’il est, et convaincus qu’ils pouvaient le rendre meilleur.

Les critiques
Babelio
Radio fidélité Mayenne
Blog de Tilly

Les premières pages du livre
« Les enfants du siècle sont tous un peu fous, vilaines filles, mauvais garçons
Lorenzo est dans l’autobus 138. Il est monté à l’arrêt Moulin-de-Cage. À Gennevilliers. À l’angle du boulevard Camélinat et de l’avenue Gabriel-Péri. Dans douze arrêts, il descendra Porte-de-Clichy. Terminus de la ligne d’autobus 138. Voyageur en costume Regent Street prince-de-galles et chemise de couleur à col blanc, il est debout car, à cette heure – 18 heures environ –, sur cette ligne, il y a beaucoup de passagers, et qui parlent entre eux, évoquant les sujets du moment. L’affaire John Profumo, du nom du ministre britannique de la Guerre, qui aurait livré sur l’oreiller de la call-girl Christine Keeler des secrets d’État. L’ouverture de l’hypermarché Carrefour à Sainte-Geneviève-des-Bois. L’envoi dans l’espace de la première femme cosmonaute, la Russe Valentina Terechkova. Et, bien évidemment, l’élection, dix-huit jours après la mort de Jean XXIII, de Giovanni Battista Montini, l’archevêque de Milan, qui a choisi de monter sur le trône de saint Pierre sous le nom de Paul VI.
Tout au long du trajet, durant lequel il traverse une banlieue ouvrière, où subsistent encore quelques vergers, où pointent vers le ciel de hautes cheminées de briques laissant échapper d’épaisses fumées jaunes, où se dressent les longues barres de béton des HLM, Lorenzo a le temps de penser à la jeunesse qui est la sienne et au monde qui l’entoure. »

Extrait
« La révolution, ce ne sont ni les étudiants, ni les ouvriers, ni les fils de bourgeois, ni les camarades syndiqués qui la font, mais chacun dans sa solitude. Je le sais, cette révolution ne changera rien à la destinée de l’homme, ni à la mienne, ni à la vôtre. Elle n’est qu’un pas de danse, un écart léger, un pas de côté, un frémissement de brise. La fin d’un rêve. »

À propos de l’auteur
Ecrivain, éditeur aux éditions Albin Michel, membre de l’Académie Royale de Langue et de Littérature françaises de Belgique, Gérard de Cortanze a publié plus de 80 livres, traduits en vingt-cinq langues. Parmi eux, des romans (Les Vice-Rois, prix du roman historique; Cyclone, prix Baie des Anges Ville de Nice; Assam, Prix Renaudot; Banditi; Laura; Indigo, prix Paul Féval; L’An prochain à Grenade, prix Méditerranée; Les amants de Coyoacan…, Zazous, des essais (Jorge Semprun, l’écriture de la vie; Hemingway à Cuba; J.M.G. Le Clézio, le nomade immobile; Pierre Benoit, le romancier paradoxal, prix de l’Académie française), et des récits autobiographiques (Une chambre à Turin, prix Cazes-Lipp; Spaghetti !; Miss Monde; De Gaulle en maillot de bain; Gitane sans filtre…). On lui doit également des livres sur les peintres Zao Wou-ki, Antonio Saura, Richard Texier, et notamment Frida Kahlo, la beauté terrible.
Si l’ensemble de son œuvre, divisée en cycles, a pour thèmes de prédilection ses origines italiennes mêlées – vieille famille aristocratique piémontaise du côté du père, classe ouvrière napolitaine du côté de la mère, une descendante directe de Frère Diable, dit Fra Diavolo – on lui doit aussi plusieurs ouvrages sur l’automobile. Né au sein d’une famille de pilotes de courses il a publié La Légende des 24 heures du Mans, livre pour lequel il a reçu le Prix des écrivains sportifs, ainsi que Les 24 Heures pour les nuls. Il est chroniqueur à Historia et président du Prix Jean Monnet de Littérature européenne. (Source : Éditions Albin Michel)

Site Wikipédia de l’auteur 

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Mademoiselle, à la folie!

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En deux mots:
Catherine est une grande comédienne qui vit assistée de Mina, sa confidente et de Jean, son amant. Tous deux vont constater que la raison de Mademoiselle commence à vaciller…

Ma note:
★★★ (bien aimé)

Mademoiselle, à la folie !
Pascale Lécosse
Éditions de la Martinière
Roman
128 p., 14 €
EAN : 9782732484532
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule en France, principalement sur l’île Saint-Louis à Paris.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
— Qu’est-ce que j’ai, Mina ?
— Demande-moi plutôt ce que tu n’as pas.
— Je veux dire, qu’est-ce qui cloche chez moi ?
— Je n’ai rien remarqué.
— Si, dis-moi. Pourquoi est-ce que je n’ai envie de rien ?
— Sans doute, parce que tu as tout.
— Certains jours, je confonds les visages, pourquoi ?
— Parce que tout le monde se ressemble.
Catherine danse au sommet de sa vie. Fantasque et admirée, elle a embrassé les acteurs les plus séduisants, joué dans les plus grands films. Elle aime les autres éperdument et distraitement. Jean, son amant éternel, ministre dûment marié. Mina, son assistante, sa confidente, sa meilleure amie. Mina qui ne lui passe rien, Mina qui lui permet tout.
Pourtant, un jour, les coupes de champagne à onze heures du matin, les coups de tête irrésistibles : même Catherine n’y comprend plus rien. Tout va trop vite, tout s’embrouille. Mina fera tout pour protéger Catherine de la maladie qui ne dit pas son nom.
Car Mademoiselle veut jouer son rôle jusqu’au bout. Un peu, beaucoup, à la folie.

Ce que j’en pense
La formule peut sembler éculée, mais ce court roman se lit effectivement dune traite, car le lecteur est d’emblée emporté par le ton du récit, confié à cette «Mademoiselle» dont la carrière au théâtre et au cinéma a été éblouissante. On peut, par exemple, imaginer Catherine Delcour sous les traits de Danielle Darrieux dont la carrière fut également très riche, tant au cinéma qu’au théâtre. Pour le reste, Pascale Lécosse imagine sa diva vivant sur l’île Saint-Louis avec Mina, son assistante et confidente et ayant une liaison avec Jean, un homme politique qui lui offre à la fois son affection et sa liberté. La vie passe, le trio se croise et s’épie, tour à tour joyeux, lucide, tendre, puis jaloux, voire cruel.
Si pour Catherine il n’est pas question de quitter la scène, les petits oublis et les pannes de mémoire se multiplient. On sent alors petit à petit sa vie filer vers cet inexorable drame annoncé dès le titre du livre…
L’auteur mène de main de maître ce bel exercice qui ne fait jamais basculer le récit dans un drame sordide. On pourra même lui reprocher de s’être arrêtée trop tôt et de ne n’avoir semé que de petits cailloux ici et là, le long d’un parcours insouciant qui va mener vers une fin redoutée.
Oui, il faut prendre garde à la douceur des choses!

68 premières fois
Blog Les livres de Joëlle (Joëlle Guinard)
Blog Mémo émoi
Le blog du petit carré jaune (Sabine Faulmeyer)
Blog Livres et vous (Anne-Marie Gabriel)
Aline Raynaud (sur Babelio)
Blog Carole Accroche Livres 
Blog Les couleurs de la vie (Anne Leloup)
Blog PatiVore
Blog La marmotte à lunettes (Claire Sejournet)
Blog Romanthé (Sarah Dupouy)
Blog Anne Mon petit chapitre
Blog Zazymut 

Les autres critiques
Babelio 
L’Humanité (Gérald Rossi)
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)


Pascale Lécosse présente Mademoiselle, à la folie! © Production ed. de la Martinière

Les premières pages du livre
« Je m’appelle Catherine, Catherine Delcour. J’aurai quarante-huit ans dans quelques mois, je suis plus vieille que ma mère ne l’était quand elle s’est tuée dans un accident de la route – elle venait d’avoir quarante ans. J’habite un grand appartement sur l’île Saint-Louis, où je vis depuis… Depuis je ne sais plus quand. J’ai aussi une maison à la campagne, mais c’est à Paris que j’aime être, dans mon quartier, où les touristes ne me connaissent pas et où les commerçants restent discrets. Quand je désire quelque chose ou quelqu’un, il m’arrive, pour l’obtenir, d’implorer un dieu que j’oublie aussitôt après. Je ne crois pas au destin, ce que je veux, je le prends. J’ai depuis toujours le goût de l’effort, du travail, sans lesquels le talent ne suffit pas. L’échec me fait horreur et je suis loin de penser, comme certains, que c’est un mal nécessaire. C’est un mal, point. Que je me suis efforcée d’éviter tout au long de ma vie. Je n’ai pas peur du temps qui passe mais du temps perdu. Quant à la maladie, le meilleur remède que j’ai trouvé pour la combattre, c’est de rester en bonne santé. Je ne me ressers jamais d’un plat, j’ai renoncé au fromage, au pain, et je finis rarement mon verre de vin. Je fais du sport, raisonnablement, je travaille ma respiration et ma mémoire. Je fais l’amour régulièrement et bien. Je dors huit heures d’affilée, quel que soit le fuseau horaire qui m’abrite. Je ne fume pas, je ne me drogue pas, je bois du champagne chaque jour. Je canalise mes énergies vers ce et ceux qui m’élèvent, je fuis la médiocrité. Mon fonds de commerce, c’est moi et j’en prends le plus grand soin. »

Extrait
« J’adore l’effervescence des tournages, et tout l’argent que je gagne n’a rien à voir avec ça. J’ouvre mon carnet, je note que demain, 8 septembre, une journaliste que je connais viendra à seize heures. Elle est très agréable, très professionnelle, elle travaille pour un magazine féminin, un hebdomadaire… Elle s’appelle… Je referme mon carnet.
Mina saura.
Elle se souvient de tout. »

À propos de l’auteur
Après avoir travaillé dans la publicité et écrit pour le théâtre Pascale Lécosse publie Mademoiselle, à la folie! son premier roman.

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Frappe-toi le cœur

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Voici 5 bonnes raisons de lire ce livre:
1. Parce que je suis Amélie Nothomb depuis son premier roman, Hygiène de l’assassin. C’était déjà il y a plus d’un quart de siècle !

2. Parce qu’il faut saluer la performance de la romancière à la discipline de fer qui, fidèle à son éditeur, lui propose tous les ans un nouveau roman, sans oublier les dizaines d’autres livres qui dorment dans ses tiroirs.

3. Pour son style, aujourd’hui très maîtrisé, très épuré. Répondant à Baptiste Liger dans Lire, elle explique : « Vous savez, c’est le quatre-vingt septième roman que j’écris et, au fil du temps, j’ai appris qu’il fallait se séparer de tout ce qui n’était pas nécessaire. Dès qu’on voit qu’une scène ou une explication n’est pas indispensable, il faut la supprimer. »

4. Parce qu’elle sait varier son registre et surprendre, roman après roman. L’an passé, elle revisitait le conte de Perrault avec Riquet à la houppe (que j’ai bien aimé), cette fois elle nous invente le sien, celui de la jalousie. Au centre du récit, Diane, dont la mère Marie est jalouse et qui va essayer de se construire, notamment en se trouvant une mère de substitution, l’une de ses professeurs à la fac de médecine.

5. Parce que les critiques, prompts à dénigrer les auteurs populaires, sont quasi unanimes à trouver que Frappe-toi le cœur est l’un de ses meilleurs.

Frappe-toi le cœur
Amélie Nothomb
Éditions Albin Michel
Roman
180 p., 16,90 €
EAN : 9782226399168
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
« Frappe-toi le cœur, c’est là qu’est le génie. » Alfred de Musset

Les critiques
Babelio 
Télérama
Culturebox (Anne Brigaudeau)
ActuaLitté (Nausicaa Dewez)
Libération (Claire Devarrieux)
Blog A l’ombre du noyer 
Blog Cannibales lecteurs
Blog Les petits livres by Smallthings

Les premières pages du livre
« Marie avait 19 ans, son heure était venue. Une existence formidable l’attendait, elle le sentait. Elle étudiait le secrétariat, ce qui ne présageait rien – il fallait bien étudier quelque chose. On était en 1971. « Place aux jeunes », entendait-on partout.
Elle fréquentait les gens de son âge aux soirées de la ville, elle n’en manquait pas une. Il y avait une fête presque chaque soir pour qui connaissait du monde. Après une enfance calme et une adolescence ennuyeuse, la vie commençait. « Désormais, c’est moi qui compte, c’est enfin mon histoire, ce n’est plus celle de mes parents, ni de ma sœur. » Son aînée avait épousé un brave garçon l’été d’avant, elle était déjà mère, Marie l’avait félicitée en pensant : « Fini de rire, ma vieille ! »
Elle trouvait grisant d’attirer les regards, d’être jalousée des autres filles, de danser jusqu’au bout de la nuit, de rentrer chez elle au lever du jour, d’arriver en retard au cours. « Marie, vous avez encore fait la vie, vous », disait à chaque fois le professeur avec une fausse sévérité. Les laiderons qui étaient toujours à l’heure la contemplaient rageusement. Marie éclatait de son rire lumineux ». »

Extrait
« Maman, j’ai tout accepté, j’ai toujours été de ton côté, je t’ai donné raison jusque dans tes injustices les plus flagrantes, j’ai supporté ta jalousie parce que je comprenais que tu attendais davantage de l’existence, j’ai enduré que tu m’en veuilles des compliments des autres et que tu me le fasses payer, j’ai toléré que tu montres ta tendresse à mon frère alors que tu ne m’en as jamais témoigné une miette, mais là, ce que tu fais devant moi, c’est mal. »

À propos de l’auteur
Depuis 1992 et Hygiène de l’assassin, tous les livres d’Amélie Nothomb ont été publiés aux éditions Albin Michel. Elle a reçu, entre autres, le prix Chardonne, le Grand prix du roman de l’Académie française, le prix de Flore, et le Grand prix Jean Giono pour l’ensemble de son œuvre. Ses œuvres sont traduites dans 40 langues, des U.S.A. au Japon. (Source : Éditions Albin Michel)
Site internet de l’auteur 

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Cet autre amour

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En deux mots:
La psychanalyse illustrée. Séance après séance, une l’analyse est détaillée, du trouble né avec le transfert à l’incompréhension des proches. Un «roman» devenu nécessaire pour l’auteur et éclairant pour le lecteur.

Ma note:
★★★ (beaucoup aimé)

Cet autre amour
Dominique Dyens
Éditions Robert Laffont
Roman
234 p., 18 €
EAN : 9782221197453
Paru en août 2017

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Paris. Un voyage en Suisse, à Morges est également évoqué.

Quand?
L’action se situe de nos jours, de 2013 à 2016.

Ce qu’en dit l’éditeur
Tu crois que c’est normal d’être amoureuse de son psy ?
« L’histoire que je m’apprête à raconter est une histoire d’amour. Une vraie, une incroyable histoire d’amour, qui m’a saisie par surprise et à laquelle il m’a été impossible de résister. Pendant deux longues années, peut-être davantage, j’ai mené une double vie. Je parlerais plutôt d’une vie double, c’est-à-dire fragmentée, divisée entre une vie conjugale heureuse, ouverte au regard des autres, et une vie intime, secrète, qui a puisé son inspiration dans les profondeurs de mon inconscient. »
Quel est ce lien d’«amour» unique qui unit un(e) patient(e) à son (sa) psychanalyste? C’est donc ça, le transfert? Telle est la question que tente de cerner la narratrice de Cet autre amour lorsque, amenée à entreprendre une thérapie à la suite d’un choc émotionnel violent, elle tombe amoureuse de son analyste. Ce récit à la fois pudique et cru d’un amour hors du commun rend un vibrant hommage à la fascinante aventure affective et intellectuelle qu’est la psychanalyse.

Ce que j’en pense
« L’histoire que je m’apprête à raconter est une histoire d’amour. Une vraie, une incroyable histoire d’amour, qui m’a saisie par surprise et à laquelle il m’a été impossible de résister. Pendant deux longues années, peut-être davantage, j’ai mené une double vie. Non pas dans le sens où on l’entend généralement, car je n’ai pas eu d’amant. Je parlerais plutôt d’une vie double, c’est-à-dire fragmentée, divisée entre une vie conjugale heureuse, ouverte au regard des autres, et une vie intime, secrète, qui a puisé son inspiration dans les profondeurs de mon inconscient.
Tout a commencé avec la fausse mort de M. Sans elle, sans cet événement qui m’a proprement désagrégée, rien ne serait jamais arrivé. Nous sommes le 8 février 2013. C’est le milieu de la matinée. À cette heure notre petit immeuble parisien a retrouvé son calme, l’appartement est silencieux, notre fille cadette est au lycée, les deux aînés n’habitent plus la maison. » Dès les premières lignes, tout est dit, ou presque. Si ce nouveau livre de Dominique Dyens se revendique comme un roman, il s’agit d’abord d’une confession, d’un témoignage d’autant plus fort qu’il s’est quasiment imposé. Car, comme l’explique la narratrice, Cet autre amour a phagocyté tout autre projet littéraire. Il n’était alors plus possible de poursuivre l’écriture d’un roman déjà commencé, no même de se lancer dans un nouveau projet tant ses séances lui «prenaient la tête».
Tout avait pourtant commencé sans à priori, simplement dans l’idée que la consultation d’un psychanalyste pourrait la soulager après le choc subi suite à la découverte de son mari inanimé dans l’appartement et la prise de conscience qu’il était passé près de la mort. Une issue «impensable». Voici donc la narratrice au seuil d’une aventure inédite: «C’est étrange, cette impression de me retrouver dans une situation presque analogue à celle d’une consultation médicale, sans toutefois parler d’autre chose que des douleurs de l’âme. Je lève les yeux vers l’homme assis en face de moi. Je ne décèle sur son visage aucune trace d’ennui ni d’ironie. Il m’écoute au contraire avec attention. Et sa sollicitude me touche. » Voilà comment ce fameux transfert se met en place. Le praticien instaure une relation de confiance, la patient commence à se laisser aller. Très vite, les confidences affleurent, y compris celles qu’on avait promis de ne pas dire. En l’occurrence, ne pas dire qu’on est écrivain. Une mission impossible, tant la création littéraire est indissociable de son existence, de son quotidien et vient brouiller l’analyse en cours.
« À force d’inventer des vies, je ne suis plus capable de penser la mienne. Je peux m’immiscer dans la tête de mes personnages, les faire parler, pleurer, rire, mais dès qu’il s’agit de moi, j’éprouve une sensation de vide. J’ai effectivement l’impression de ne plus savoir ordonner et structurer mes pensées, encore moins les formuler.
La solution va finir par s’imposer d’elle-même, évidente. Il faut traiter ces séances comme le ferait un écrivain. Il fait prendre des notes, dresser der compte-rendus des séances, essayer de comprendre ce qui a été dit – et ce qui n’a pas été dit – et les raisons de ce choix. Une analyse de l’analyse en quelque sorte. Exercice salutaire, mais aussi terreau très fertile du livre qui prend ainsi forme.
« C’est dans ce café, sur les notes de mon iPhone, que je consigne mes séances. L’écriture me sert d’exutoire et m’aide à classer et clarifier mes pensées. Et ce n’est qu’une fois la séance couchée sur le papier et mes émotions calmées que je peux m’en aller, avec l’impression d’avoir laissé sur la banquette un autre de ces anciens vêtements dont le poids m’encombrait. Que la séance ait été douloureuse ou joyeuse, que j’en ressorte frustrée ou au contraire emplie de satisfaction, entre le moment où je descends les escaliers du cabinet de mon psychanalyste et celui où je pénètre dans ce café, je ne suis liée à personne, ni affectivement ni socialement, mais ne suis définie que par mon vécu et mes émotions. Et cela aussi est une nouvelle plage de liberté intemporelle que je découvre et savoure. »
Reste que ces rendez-vous permanents chez le psychanalyste commencent à intriguer. Aux interrogations de la fille viennent s’ajouter les méfiances, voire la jalousie du mari. Cet «M» qui a tout déclenché et qui ne sera pas davantage nommé tout au long du livre. Pourtant le lecteur attentif le retrouvera dans les remerciements et comprendra combien le récit qu’il vient de lire est autobiographique, bien davantage que pour toute l’œuvre de Dominique Dyens et quand bien même elle se rendra compte que La femme éclaboussée contient beaucoup plus d’elle qu’elle ne se l’était imaginée. De découvertes en surprises, comme ce traumatisme durant l’adolescence, voici la narratrice en train de se (re)découvrir, en train de se (re)construire et en train de tomber à nouveau amoureuse. C’est bien entendu là le point central du livre que le titre résume clairement. Et qui sera lui aussi résolu par la littérature, par les «Fictions de la psychanalyse» et notamment par la lecture de Stefan Zweig, suivi de celle de sa correspondance avec Freud. Le tout s’achevant en apothéose lors d’un salon du livre, celui qui se déroule au bord du lac Léman, à Morges.
Si le livre est aujourd’hui bouclé et nous offre une plongée saisissante dans un cabinet de psychanalyse, l’auteur reste très discrète sur la suite des événements. Mais qu’importe, on comprend que désormais elle est prête à reprendre la plume et à poursuivre sa belle carrière.

NB. Pour les Suisses et ceux qui feront le déplacement sur les bords du Léman, Dominique Dyens sera (forcément) présente au livre sur les quais du 1er au 3 septembre à Morges.
Pour les Parisiens, signalons que Dominique Dyens présentera son livre à la Librairie Gallimard, 15 Boulevard Raspail, 75007 Paris le mardi 5 septembre à partir de 18h30.

Autres critiques
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Le littéraire (Jean-Paul Gavard-Perret)
Pluton magazine (avec entretien)
Blog A book is always a good idea
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Blog Au pouvoir des mots


Dominique Dyens présente «Cet autre amour» © Production Librairie Mollat

Les premières pages du livre

Extrait
« Je rédige effectivement des sortes de comptes rendus de mes séances depuis que j’ai commencé ce travail, mais je m’autocensure et ne transcris jamais quoi que ce soit de mes sentiments. Est-ce ce jour-là que vous me suggérez de faire quelque chose de mes séances, de les écrire, de les transformer ? Je ne sais plus mais vous me parlez de dialogue, me dites de réfléchir à la forme, au nombre de personnages. Je vous fais remarquer qu’il n’y a jamais rien d’autobiographique dans mes romans. Cela vous fait sourire. Vous n’en croyez pas un mot. Je vous écoute poliment, persuadée du contraire. L’avenir vous donnera raison, quand, au détour de plusieurs séances et d’interprétation de rêves, je réaliserai que j’ai distillé quelque chose de ma vie dans mon premier roman, La Femme éclaboussée. Mais je n’en suis pas encore là. Pour l’heure, je me dis juste que vous ne savez pas que jamais je n’écrirai de livre aussi intime et cela me désole un peu. Cependant j’aime bien que vous me parliez d’écriture. Et si je n’écarte pas complètement la possibilité de commettre un jour un roman autobiographique, je suis bien loin d’imaginer alors que celui-ci pourrait revêtir la forme d’un récit sur le transfert amoureux. »

À propos de l’auteur
Écrivain, Dominique Dyens est notamment l’auteure de huit romans, parmi lesquels La Femme éclaboussée (Héloïse d’Ormesson 2000), Intuitions (Héloïse d’Ormesson 2011), Délit de fuite (Héloïse d’Ormesson 2008), Lundi noir (Héloïse d’Ormesson 2013) et Cet autre amour (Robert Laffont, 2017). (Source: Éditions Robert Laffont)

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La femme nue

STANCANELLI_La_femme_nue

En deux mots:
Une femme trompée va essayer de faire payer son mari et ses maîtresses. Une soif de vengeance qui passe par un harcèlement continuel, y compris sur les réseaux sociaux. Mais est-ce la bonne recette pour se reconstruire ?

Ma note: ★★★ (bien aimé)

La femme nue
Elena Stancanelli
Éditions Stock
Roman
traduit de l’italien par Dominique Vittoz
216 p., 19 €
EAN : 9782234082557
Paru en mai 2017

Où?
Le roman se déroule principalement à Rome et en proche banlieue

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
La vie d’Anna vole en éclats quand Davide la quitte. Incapable d’accepter la séparation, elle pirate son compte Facebook, suit ses moindres mouvements à l’aide de son portable, et scrute de façon obsessionnelle ses échanges avec sa nouvelle conquête. Très vite, Anna ne dort plus et maigrit de façon alarmante. Prise au piège dans ce vertige virtuel de suppositions et de fantasmes, elle décide d’élaborer un scénario implacable pour humilier sa rivale…
Dans une langue alerte et caustique, la narratrice dévoile ses comportements les moins avouables et célèbre la renaissance du corps.

Ce que j’en pense
Dans La Chair de Rosa Montero une femme qui commence à sentir le poids des ans entend ne pas renoncer à son pouvoir de séduction et veut continuer, coûte que coûte, à faire «fonctionner » son corps. Elena Stancanelli explore ici une variante plus jeune, mais tout autant obsessionnelle.
Les deux romans ont cette autre similitude: ils commencent tous deux par une rupture. Lorsque Davide oublie de raccrocher son téléphone, Anna va brutalement se rendre compte de son infortune. Elle entend en effet celui qui partage sa vie se vanter de son charme, de ses conquêtes et de ses relations sexuelles. Face à un tableau de chasse aussi impressionnant, on comprend la rage d’Anna et son désir de se venger de ses rivales, à commencer par la principale d’entre elles qui sera affublée du surnom «Chien».
Pour oublier son corps «blessé mortifié, violé, utilisé, puni», il lui faut tout décortiquer de la vie de sa rivale, la suivre chez elle, à son travail, sur les réseaux sociaux et lui faire rendre gorge. Mais il lui faut tout autant essayer de masquer sa dépression en ayant recours à tous les expédients: nourriture, pilules, alcool, drogue et sexe. Autant de solutions qui n’en sont pas et qui vont au contraire l’entraîner dans un jeu pervers plutôt que de lui permettre de se reconstruire. La plaie reste béante.
Elena Stancanelli ne cache rien de cette quête douloureuse, de cette brûlure. Son style est à l’image du traumatisme : dur, cru, sec. Avec cette interrogation qui sourd tout au long du livre: existe-t-il une issue à ce genre de drame, surtout lorsqu’il est vécu d’abord comme un échec personnel ? L’espoir peut-il trouver un point d’ancrage dans ce naufrage ? Je vous laisse le découvrir dans cette nouvelle exploration de la nature humaine et de ses tourments.

Autres critiques
Babelio
Blog Chaise longue et bouquins 
Blog Parenthèse de caractère(s)
Blog Les Jardins d’Hélène 

Les premières pages du livre

Extrait
« Je pense qu’il ne se doutait de rien. Avant tout parce que, comme toi, il n’avait pas la moindre idée de ce que je manigançais. Et même quand il découvrait quelque chose, il ne pouvait pas imaginer qu’il ne s’agissait que de la partie émergée d’un iceberg de mesquinerie. Personne ne l’aurait pu, lui moins que quiconque.
Davide ne m’a jamais vraiment comprise, et réciproquement, en vertu de quoi les cinq années de notre histoire ont été certes chaotiques, mais amusantes. Comme je te le disais, nous n’étions pas de ces couples éclairés qui se parlent et trouvent des solutions. Même dans les périodes où ça marchait bien entre nous. Nous ne partagions aucun centre d’intérêt. Si peu de choses nous réunissaient que je ne saurais même pas dire lesquelles. Si nous avions répondu à un questionnaire sur les affinités dans le couple, nous serions arrivés bons derniers.
On vivait une histoire d’amour, point barre, sans grands discours, sans projets. »

À propos de l’auteur
Née à Florence en 1965, Elena Stancanelli a reçu le prix Giuseppe Berto en 1999 pour son premier roman, Benzina (Mille et une nuits, 1998). Auteur de nombreux romans et recueils de nouvelles, elle rédige régulièrement des chroniques pour La Repubblica. La femme nue a été finaliste du prix Strega, du prix Ninfa Galate et du prix Caccuri. (Source: Éditions Stock)
Compte Twitter de l’auteur (en italien)

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À nous

À nous

En deux mots
Après la mort d’un célèbre chef cuisinier, ses veuves se retrouvent dans sa villa de Nantucket pour lui faire ses adieux. Laurel, Belinda et Scarlett sont ses trois épouses successives qui vont séjourner quelques jours avec les enfants du défunt et son meilleur ami. Un cocktail explosif qui ne va pas tarder à faire des dégâts!

Ma note
★★★ (beaucoup aimé)

À nous
Elin Hilderbrand
Éditions JC Lattès
Roman
traduit de l’anglais (États-Unis) par Perrine Chambon
450 p., 22 €
EAN : 9782709659475
Paru en juin 2017

Où?
Le roman se déroule aux Etats-Unis, principalement à Nantucket. On y évoque également Los Angeles, New York, New Canaan, Stuyvesant Town, Iowa City, Savannah, Atlanta ainsi que Perth en Australie et les Caraïbes.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Trois rivales.
Une même maison.
La porte ouverte à toutes les jalousies…
Laurel Thorpe, Belinda Rowe et Scarlett Oliver n’ont que deux choses en commun : l’amour pour un homme qu’elles ont toutes les trois épousé, Deacon Thorpe (un chef célèbre doté d’un appétit insatiable pour la vie) et la profonde antipathie qu’elles se témoignent mutuellement. Trois femmes uniques et indépendantes, mais radicalement différentes. Laurel : la première petite amie de Deacon, rencontrée au lycée, une assistante sociale à la beauté naturelle. Belinda : une actrice hollywoodienne capricieuse et difficile à vivre. Scarlett : une beauté du sud vivant des rentes de sa famille et de son sex appeal. Au fil des années, elles ont adopté la meilleure stratégie qui soit : s’éviter à tout prix.
Mais cet équilibre fragile menace de s’effondrer quand Deacon trouve la mort dans son endroit préféré au monde : une vétuste villa de vacances de Nantucket. Le dernier souhait de Deacon est que sa famille recomposée se réunisse sur son île adorée pour lui faire ses adieux. À contrecœur, Laurel, Belinda et Scarlett acceptent. Et les voilà contraintes de partager le même toit avec les enfants de Deacon et son meilleur ami, dans cette villa où chacune a ses
Avant la fin du weekend, il y aura suffisamment d’accusations, de mensonges, de larmes et de drames pour transformer ces trois femmes qui ont épousé le même homme en ennemies jurées. Alors que les membres de cette famille improbable font leurs adieux à l’homme qui les a réunis – pour le meilleur et pour le pire – seront-ils capables d’oublier leurs différences le temps d’un toast en l’honneur de Deacon ?

Ce que j’en pense
Avant d’en venir ä l’histoire proprement dite, saluons la construction de ce roman. Découpé en trois parties, une journée parfaite en guise de prologue suivi d’une autre journée parfaite en guise de conclusion, il se concentre sur quatre jours qui vont rassembler les protagonistes comme dans les meilleures tragédies classiques : unité de temps, unité de lieu et unité d’action. Une «mise en scène» parfaite pour donner toute l’intensité dramatique au récit.
Elin Hilderbrand choisit de nous inviter pour un court séjour, du 17 au 21 juin, dans une villa de Nantucket. C’est là que vont se retrouver tous les acteurs de ce psychodrame pour rendre hommage à Deacon Thorpe. Ce grand cuisinier laisser derrière lui ses trois femmes successives Laurel Thorpe, Belinda Rowe et Scarlett Oliver ainsi que trois enfants, Hayes (34 ans), Angie (26 ans) et Ellery (9 ans). On y ajoutera les conjoints ainsi que le meilleur ami et le tableau des retrouvailles sera complet.
Mais avant le déclenchement, on va suivre la dernière escapade de Deacon avec son fils, cette «journée parfaite» qui sonne comme une bulle de bonheur avant que les nuages noirs ne viennent s’amonceler. Un épisode qui ne permettra aussi de mieux découvrir la personnalité de ce cuisinier qui a su bâtir un empire à partir de rien, qui n’a pas hésiter à partir pour Hollywood quitte à laisser derrière lui sa première femme et qui a su gagner la sympathie de millions de personnes en animant une émission de télé culinaire très suivie. Durant ce voyage, il aura en outre l’occasion de se remémorer quelques souvenirs familiaux, quelques étapes marquantes de sa vie.
À la nouvelle de son décès d’une crise cardiaque, Buck son meilleur ami et exécuteur testamentaire découvre ses dernières volontés : « Il avait légué son restaurant à sa fille Angie, ce qui paraissait logique, même si Hayes continuerait de le gérer dans un premier temps; Il avait laissé son autre bien le plus important la maison de Nantucket aux trois femmes qu’il avait épousées, Laurel Thorpe, Belinda Rowe et Scarlett Oliver, à partager entre elles trois. » Si elles avaient jusque-là pris soin de ne pas se croiser, les trois veuves vont goûter à cet ultime cadeau – empoisonné – d’un homme dont chacune ne connaît qu’une facette.
Les rivalités et les jalousies ne vont pas tarder à prendre le pas sur l’hommage au défunt. C’est peu de dire que l’on se délecte de cette cohabitation explosive. On se régale de cette guerre de plus en plus ouverte, attisée par les conjoints et les enfants. Au fur et à mesure des arrivées, la tension ne cesser de croître : « Elle était arrivée, la femme qui lui avait volé son mari, cette maison, ses étés et son bonheur. Laurel avait passé des années à la détester jusqu’à ce que la haine se change en mépris, puis en aversion et enfin en indifférence. »
D’autant que la success story de Deacon va elle aussi se fissurer. Les affaires ne sont pas aussi florissantes qu’on aurait pu l’imaginer et la villa de Nantucket pourrait bien finir par être vendue pour éponger les dettes.
Mais, on l’a dit, ce joli roman, rond comme un œuf, va se refermer sur une autre «journée parfaite». Je vous laisse découvrir comment la tragédie ou plus exactement la tragi-comédie va déboucher sur cet épisode surprenant. À nous est à vous !

Autres critiques
Babelio
Le Journal de Québec (Marie-France Bornais)
Blog Les mille et une pages de LM
Blog L’échappatoire

Les premières pages du livre

Extrait
« Il s’endormit sur le canapé poussiéreux mais confortable à la structure de bambou et rêva qu’il embrassait Laurel. Il avait failli le faire sur la terrasse. Il avait été à deux doigts.
Mais Belinda était arrivée et avait tout gâché. Buck se demandait comment créer de nouveau les conditions propices pour embrasser Laurel. Il avait été marié deux fois, mais certains jours il avait l’impression de n’avoir absolument aucune expérience avec les femmes.
Qu’est-ce que Deacon aurait pensé s’il embrassait Laurel ? Il aurait dit “Bravo, mon pote !” ou se serait mis dans une colère noire. »

À propos de l’auteur
Elin Hilderbrand a découvert la magie de Nantucket en juillet 1993. Pour elle, les ingrédients d’une vie heureuse sur l’île sont la course à pied, l’écriture à la plage, les pique-niques avec ses trois enfants. À nous est son dix-septième roman. (Source : Éditions JC Lattès)

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Cœur-Naufrage

BERTHOLON_coeur-naufrage

En deux mots
Lyla a passé le cap de la trentaine et se retrouve sans réelles perspectives jusqu’au jour où Joris, qu’elle a rencontré l’été de ses seize ans, lui laisse un message. Commence alors une drôle de partie de ping-pong. Entre eux, mais aussi entre le passé et leur présent.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Cœur-Naufrage
Delphine Bertholon
Éditions JC Lattès
Roman
304 p., 20 €
EAN : 9782709658447
Paru en mars 2017

Où?
Le roman se déroule en France, notamment sur la côte landaise.

Quand?
L’action se situe de 1998 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Certains jours, je m’attends des heures et ne me rejoins jamais. » À bientôt trente-quatre ans, Lyla est tenaillée par le sentiment de passer à côté de l’existence. Elle enchaîne les fiascos amoureux, accumule les névroses et attend, sans trop savoir quoi. Jusqu’au jour où un étrange message la ramène dix-sept ans en arrière. Cet été-là, sur la côte basque, tout allait basculer…

Ce que j’en pense
Delphine Bertholon n’a pas son pareil pour happer le lecteur, pour lui offrir un épisode-choc et, à partir de là, faire monter la tension. Dès lors, il ne pourra plus lâcher le livre. C’était le cas dans Les corps inutiles et c’est encore le cas dans son nouveau roman qui met en scène une trentenaire qui regarde la vie lui filer entre les doigts sans vraiment essayer de bousculer son quotidien de traductrice littéraire. C’est alors qu’un message sur son répondeur va la secouer. Car elle se remémore son été 1998 et ce fameux épisode-choc.
Il a lieu sur la côte landaise où elle passe ses vacances. L’ambiance n’est pas vraiment à l’harmonie et à la détente. Aussi décide-t-elle de partir en vélo sur les chemins qui bordent la plage. Un moment d’inattention plus tard et elle chute et fait sauter la chaîne du vélo. Ne parvenant pas à réparer, elle va demander de l’aide à trois jeune surfeurs âgés d’une vingtaine d’année qui l’accueillent dans leur van. La conversation s’engage, le temps passe. Du haut de ses seize ans, Lyla se la joue femme libérée. On fume, on boit. Finalement Joris décide d’accompagner Lyla jusqu’à son vélo. Au fil du livre, on va comprendre que ce qui les rapproche, c’est d’abord une aversion commune pour leurs géniteurs. Lyla ne supporte plus sa mère Elaine, Joris ne s’entend plus avec son père. La haine-père et la haine-mère comme viatique.
Ils vont tout à tour nous livrer leur version des faits, retracer leur état d’esprit, leurs émotions, leur liaison aussi brève que passionnelle.
«Je vis avec cette chose-là depuis dix-sept ans, tapie au fond des os comme une excroissance dont je suis seule consciente, une boule de douleur brûlante comme un soleil. Cette chose-là m’a construite, définie, aggravée, et le sentiment d’avoir pris la bonne décision ne rend pas le présent plus facile. »
Delphine Bertholon orchestre brillamment le chassé-croisé entre les deux protagonistes et entre les deux époques et tend leurs interrogations et leur mal-être comme un fil rouge. On sent bien que depuis leur séparation leur vie reste comme bloquée, que leur parcours est entravé. « L’absence de choix est une abomination, et ce, même si l’existence est une suite de non-choix. On aimerait croire le contraire mais, en vérité, on passe son temps à jongler entre la peste et le choléra. »
Lyla cherche dans son métier un dérivatif, trouve un soutien auprès de son amie Camille, Joris a voulu construire une vie de famille classique, épousant Camille qui tentera bien de panser sa blessure. Mais rien n’y fera. Après 17 ans, le choc est violent : « Je croyais l’avoir oubliée, mais les parfums réactivent la mémoire mieux que n’importe quoi d’autre et, à peine montée dans le véhicule, ma jeunesse tout entière me sauta à la gorge. »
Mais peut-on (re)construire une vie sur la frustration, l’attente ? Joris saura-t-il sauver ce cœur naufragé? Lyla résistera-t-elle à son (in)confort quotidien pour une nouvelle aventure incertaine ? Avec beaucoup de subtilité, l’auteur nous démontre que les choses ne sont pas figées et que les faiblesses peuvent aussi être des forces, que l’on peut passer de l’ombre à la lumière. Pour la fille dans l’ombre de sa mère, pour la traductrice dans l’ombre des auteurs dont elle adapte les textes.
Delphine Bertholon progresse livre après livre. Cœur-Naufrage en apporte la preuve éclatante!

Autres critiques
Babelio 
Blog Cultur’Elle (Caroline Doudet)
Blog T Livres T Arts
Blog Les lectures du mouton (Virginie Vertigo)
Blog du petit carré jaune (Sabine Faulmayer)
Café littéraire gourmand
Blog L’Insatiable (Charlotte Milandri)
Blog Les chroniques de Koryfée (Karine Fléjo)
Blog Les livres de Joëlle (Joëlle Guinard)
Blog Kanoubook
Blog Collibris (entretien avec l’auteur)
Blog Les Petits Livres by smallthings

Les premières pages du livre

Extrait
« À quinze ans, à seize ans, on ne peut pas mourir. On pense sans arrêt à la mort, on écrit des poèmes avec du spleen dedans, on a souvent envie de se tailler les veines, suicide au bord des lèvres. Mais en vérité, on ne peut pas mourir. À quinze ans, à seize ans, on est tellement en vie que c’est le monde entier qui crève autour de soi, dans les lumières noires des pistes souterraines.
À dix-sept ans, on aimerait tuer… Même si pour cela, il est déjà trop tard. »

A propos de l’auteur
Delphine Bertholon est l’auteur de Twist, L’Effet Larsen, du très remarqué Grâce et, plus récemment, du Soleil à mes pieds et des Corps inutiles, tous parus chez Lattès. Dans Cœur-Naufrage, elle sonde le poids des non-dits dans nos trajectoires, et célèbre la beauté singulière des accidents de la vie. Elle vit à Paris, dans le 11e arrondissement. (Source : Éditions JC Lattès)

Page Wikipédia de l’auteur 

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Avant que tout se brise

ABBOTT_Avant-que-tout-se-brise

En deux mots
Megan n’est encore qu’une enfant lorsque qu’elle décide d’intégrer l’équipe américaine de gymnastique. Entraînant toute sa famille dans son sillage, on va la suivre au fil des années, Avant que tout se brise.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Avant que tout se brise
Megan Abbott
Éditions du Masque
Thriller
traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean Esch
334 p., 20,90 €
EAN : 9782702446447
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule dans une petite ville des États-Unis.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Elle a les épaules élancées, les hanches étroites et des yeux sombres qui transpirent une détermination presque glaçante. À quinze ans, Devon est le jeune espoir du club de gymnastique Belstars, l’étoile montante sur qui se posent tous les regards, celle qui suscite tour à tour l’admiration et l’envie. Quand on est les parents d’une enfant hors norme, impossible de glisser sur les rails d’une vie ordinaire. C’est du moins ce que pense Katie, la mère de Devon, qui se dévoue corps et âme à la réussite de sa fille, même si cela demande des sacrifices.
Lorsqu’un incident tragique au sein de leur communauté réveille les pires rumeurs et jalousies, Katie flaire le danger s’approcher de sa fille et sort les griffes. Rien ni personne ne doit déconcentrer sa fille ou entraver la route toute tracée pour elle. Mais les rumeurs ne sont pas toujours infondées… et les enfants rarement conscients des montagnes qu’on déplace pour eux. Reste à déterminer quel prix Katie est prête à payer pour voir Devon atteindre le sommet.

Ce que j’en pense
Le monde du sport de haut-niveau n’est guère l’objet de romans. Encore moins de polars, si l’on excepte la série de Harlan Coben qui met en scène l’agent sportif Simon Bolivar. Aussi convient-il de saluer Megan Abbott qui semble creuser ce filon avec autant de talent que d’érudition. Après nous avoir fait découvrir les cheerleaders dans Vilaines Filles, les hockeyeuses sur gazon dans La Fin de l’innocence, puis les hockeyeuses sur glace dans Fièvre, nous voici au sein d’une famille américaine qui va tout sacrifier à la réussite de la carrière leur fille Devon, l’une des meilleures gymnastes du club de BelStars.
Pour avoir vécu l’expérience du sport de haut-niveau et découvert l’importance attribuée à la pratique sportive au sein du système scolaire américain, de l’école à l’université, je crois pouvoir affirmer que le parcours décrit ici tient davantage du reportage, de l’expérience vécue, que d’une fiction. Les notations sur le matériel, sur les entraînements ainsi que sur les atteintes physiques : tout sonne vrai.
Devon est victime d’un accident qui la prive d’une partie de ses orteils. Pour sa rééducation, le médecin l’encourage à pratiquer la gymnastique. À cinq ans à peine, elle met le pied – c’est le cas de le dire ici – dans un univers qui va non seulement la transformer, mais aussi bouleverser la vie de toute sa famille. « Et donc la gymnastique devint le centre, la puissante épine dorsale de toute leur vie. Devon eut cinq, six, sept ans : des milliers d’heures de travail entre la maison et le gymnase pour participer aux compétitions, une demi-douzaine de visites aux urgences pour un orteil cassé, une entorse au genou, un coude déboîté, ou sept points de suture quand elle s’était mordu la langue en tombant des barres asymétriques. Et l’argent dépensé. Les inscriptions à la salle de gym, aux compétitions, l’équipement, les voyages, les adhésions au club de supporters. Eric et Katie avaient cessé de compter, s’habituant peu à peu à l’inflation des relevés de carte de crédit. »
Pour son coach, la «superstar des agrès» peut viser la sélection nationale, voire les Jeux Olympiques. Du coup, son père va tout mettre en œuvre pour atteindre ce but, y compris aménager un trampoline chez lui, pousser les dirigeants du club à transformer le gymnase et offrir les meilleures conditions à «l’élastique humain».
C’est lors des travaux d’aménagement d’une nouvelle fosse de réception que le récit de l’ascension de la jeune gymnaste va prendre un tout tragique. Pour pallier à la défaillance d’un ouvrier tombé malade, le coach va le remplacer par son garçon de piscine, Ryan Beck.
Ce dernier va vite devenir l’attraction des gymnastes, mais aussi de leurs parents, venant tous jeter un œil dans la fosse où le jeune homme fait travailler les muscles de ses longs bras bronzés et donne l’impression de couler des tonnes de béton avec une facilité déconcertante. Alors lorsque l’on apprend que le beau jeune est mort, fauché par une voiture, c’est la consternation. D’autant plus que la police enquête afin de retrouver le chauffard et ne tarde pas à s’intéresser aux relations du jeune homme. Très choqué, le coach cesse d’entraîner. Eric ne comprend pas comment, au moment le plus crucial, sa fille ne bénéficie pas d’un soutien total. Katie cherche quant à elle à comprendre le rôle de Devon dans cette sombre affaire.
Très vite l’ambiance devient irrespirable, car cette crise exacerbe les sentiments, pousse les rancœurs, fait grimper le taux d’adrénaline. Entre les ambitions des uns et les jalousies des autres. Sans oublier les mutations liées à l’adolescence. « Ça fait bizarre, n’est-ce pas, le jour où vous découvrez que vous n’avez pas la moindre idée de ce qui se passe dans la tête de votre enfant ? Un matin, vous vous réveillez et il y a un inconnu dans votre maison. Il ressemble à votre enfant, mais ce n’est pas votre enfant. C’est autre chose, que vous ne connaissez pas. Et il continue à changer. Il n’arrête pas de changer devant vous. »
En fine connaisseuse de l’âme humaine, Megan Abbott fait monter la mayonnaise et nous offre un épilogue aussi violent que noir. Les gymnastes diront qu’il convient de terminer un aussi beau programme par une ultime pirouette…

Autres critiques
Babelio
Télérama (Michel Abescat)
Le JDD
Libération (Sabrina Champenois)
Blog Lettres exprès
Blog Un polar-collectif
Tête de lecture – Webzine littéraire
Le blog du polar
Blog Nyctalopes
Blog Les petits livres by Smallthings
Blog Léa Touch Book

Les premières pages du livre

Extrait
« Ce fut d’abord un travail constant, éreintant, plus de séances d’entraînement de cinq heures, plus de déplacements, d’innombrables doigts tordus, des paumes entaillées, et deux vieilles voitures fatiguées, avec des hernies sur les pneus et des portières enfoncées, les relevés de carte bancaire qui s’allongeaient, un abonnement au gymnase qui coûtait presque aussi cher qu’un de leurs deux crédits hypothécaires.
Mais ça arriva. Au printemps, Devon atteignit le Niveau 10. Parmi quatre-vingt-seize autres seulement dans tout l’État.
« Impossible de prédire jusqu’où nous pouvons aller maintenant », dit Coach T. en regardant Devon exécuter sauts et pirouettes.
Quelques mois plus tard, sous le soleil torride d’Orlando, après avoir terminé sixième à la poutre et aux barres lors des championnats nationaux du Niveau 10 Junior, elle fut classée première de tous les Niveau 10 de leur État.
« Le plus beau jour de notre vie », dit Devon, et tout le monde rit de ce « nous », sauf que c’était la vérité, non ?
« Une étoile est née », annonça Coach T. en se balançant sur ses talons, rayonnant et brandissant cette photo éblouissante de Devon parue dans le journal local : stoïque et majestueuse dans son justaucorps blanc comme neige, avec ses yeux sombres, les yeux d’Eric. À côté, il y avait cette super interview de Coach T., et le lendemain BelStars fut envahi de nouvelles recrues, les caisses débordaient. »

A propos de l’auteur
Megan Abbott est l’auteur de huit romans, parmi lesquels Fièvre (2015), Vilaines filles (2013) et La Fin de l’innocence (2012), et elle a obtenu plusieurs récompenses dont le prestigieux prix Edgar Allan Poe. Elle est docteur en littératures anglaise et américaine de l’université de New York et a également écrit pour des nombreuses publications telles que le New York Times, le Wall Street Journal, et le Guardian. Megan Abbott vit à New York. (Source : Éditions du Masque)

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Ne mets pas de glace sur un cœur vide

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Ne mets pas de glace sur un cœur vide
Patrick Besson
Éditions Plon
Roman
175 p., 18 €
EAN : 9782259219266
Paru en janvier 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en banlieue parisienne, à Malakoff, Vanves, Châtillon, Montrouge ainsi que Saint-Maur-des-Fossés et Passy. Un séjour à Cannes, un autre à Dakar et au village de vacances du Cap Skirring et un dernier à Linaria sur l’île de Skyros en Grèce sont également évoqués.

Quand?
L’action se situe de 1989 à 1993.

Ce qu’en dit l’éditeur
Dans la banlieue parisienne de Malakoff, Vincent Lagarde séduit les femmes les plus belles malgré son cœur malade et son physique ingrat. Lorsqu’il épouse la sublime Karima, tout le monde cherche la faille…
Malakoff, juillet 1989 : au Café du Carrefour, boulevard Gabriel-Péri, Vincent et Philippe commentent avec ironie le défilé extravagant qui a eu lieu sur les Champs Elysées pour fêter le deux centième anniversaire de la Révolution Française. Vincent, malade du cœur qui attend une greffe, et Philippe, professeur de lettres passionné de vélo et de sexe, sont des voisins qui deviendront des amis, puis des rivaux et enfin des ennemis. À cause d’une belle et brillante veuve algérienne, ils vivront l’aventure la plus singulière et la plus troublante de leur existence.
Au travers de cette tragi-comédie à suspens dont le déroulement surprendra les lecteurs, Patrick Besson (Lettre à un ami perdu, Dara, Les Braban, Mais le fleuve tuera l’homme blanc, Come baby) fait revivre la France de la fin du siècle dernier, continent presque déjà disparu.

Ce que j’en pense
***
Une fois n’est pas coutume, commençons par le – très joli – titre. Cette phrase a été prononcée par Tchekhov avant de mourir. Alors qu’on essayait de le soulager en posant de la glace sur sa poitrine, il eut cette formule : «On ne met pas de glace sur un cœur vide». Le narrateur, ancien professeur à la retraite, se souvient l’avoir lue dans La Vie de Tchekhov d’Irène Némirovsky (Albin Michel, 1946).
Comme tout bon titre, ce dernier est polysémique. Il s’applique à Vincent Lagarde qui est atteint d’une malformation cardiaque et attend une greffe pour ce «cœur vide», mais également à son absence d’amour, car si son passe-temps favori consiste à séduire les plus jolies filles, son cœur reste vide.
Son voisin Philippe – le narrateur – ne comprend pas comment il parvient à ses fins, mais profite largement de la situation. Professeur de lettres à la retraite depuis peu, ce spécialiste de Corneille va occuper son temps dans une ville de banlieue dont «Les rues vides ondulaient en douceur sous le ciel lourd d’ennui» en couchant avec les compagnes successives de Vincent. Ce qui, somme toute, est plus facile que d’écrire un livre : « Dans les librairies où j’erre depuis quarante ans à la recherche de mon premier roman non paru car pas commencé, je trouve, y compris dans les œuvres de fiction, des recettes pour aimer et être aimé, aider et être aidé, comprendre et être compris. »
Le roman commence en 1989 avec Vanessa qui est infirmière et découvre avec Philippe la sensualité d’un voyage sur son cadre de vélo. Car l’ami du cardiaque est un sportif athée : «Il m’arrive de prier le ciel, mais uniquement quand il s’agit de femmes. Ou de vélo. Seigneur, aide-moi à gravir cette côte.»
Une qualité non négligeable, car elle va permettre à Vanessa de constater qu’elle peut faire l’amour «sans y aller mollo». Ce qui va assez vite lui ouvrir d’autres perspectives, notamment dans l’hôpital où elle travaille et où elle entrevoit un avenir plus radieux.
Son départ ne laissera toutefois pas un immense vide, car très vite Sonia viendra réchauffer la place vacante. Après avoir fait l’expérience d’un mari par trop volage, cette belle coiffeuse antillaise va chercher le calme et la fidélité auprès de Vincent qui ne peut « vivre seul pour une raison à la fois médicale et métaphysique : n’étant personne, s’il ne vivait pas avec quelqu’un, il ne vivait pas et donc mourait. »
Sonia est aussi tout à fait au goût de son copain de bistrot. Après avoir refait le monde et commenté l’actualité souvent la plus futile, le deux centième anniversaire de la Révolution française, la querelle entre Inès de la Fressange et Lagerfeld, les débuts très bruyants de Monica Seles sur un court de tennis, il profite des absences du voisin du dessous pour accueillir la sublime trentenaire. Sans chercher à savoir si ce dernier est au courant de son petit manège. Après tout, il aurait pu se douter qu’«un célibataire sportif pas pédé, c’est un danger pour tous les couples, surtout s’il est connu pour coucher avec les femmes mariées.» Avant et après les galipettes avec Sonia, Philippe va assister à la visite de Mandela à Paris et regarder le 724e et dernier numéro d’Apostrophes.
Si ce roman tourne autour des femmes et de la relation entre Vincent et Philippe, il est d’abord et avant tout le reflet d’une époque. Avec un sens inné de la formule, Patrick Besson nous replonge dans cette époque où internet et le téléphone portable n’existaient pas. Du coup, on se rend compte combien cette époque – que les moins de trente ans ne peuvent pas connaître – est à des années-lumière d’aujourd’hui. Une époque où l’on apprenait à jouer du piano debout, juste avant que Michel Berger ne meure, une époque où «beaucoup de professeurs étaient barbus. Maintenant, c’est tout le monde.»
Une époque aussi où les femmes ne portaient plis comme prénom Catherine ou Brigitte, mais se terminaient en « A ». Vanessa, Sonia, Aminata et la splendide Karima qui va débouler dans la vie de Vincent et Philippe. C’est à cette agent immobilier que l’auteur va offrir de dénouer le drame qui sourd. En dévoilant son secret, qu’un lecteur attentif n’aura guère de peine à deviner, elle viendra clore ce joli récit aussi nostalgique que riche d’aphorismes, aussi drôle que poétique.
Dépêchez-vous de le lire, car «c’est toujours difficile de causer avec quelqu’un qui n’a pas lu les mêmes livres que vous : on doit s’adapter à son langage car il ne pourra jamais s’exprimer dans le vôtre.»

Autres critiques
Babelio 
Le Figaro (Mohammed Aissaoui)
Le Point (Christian Giudicelli)
Blog L’écran à la page 
Courrier Picard (Philipe Lacoche)
Salon littéraire (Annick Geille)

Extrait
« Le lendemain de sa rencontre avec Karima – c’était un samedi –, Vincent attendit onze heures du matin pour rappeler au domicile de l’inconnue de Pablo-Neruda. Répondeur. On a oublié ces grosses machines que les jolies filles laissaient branchées en permanence. C’est avec elles qu’elles ont commencé à torturer les hommes un peu mieux qu’avant. Vincent ne laissa pas de message, certain que pour un motif mystérieux, la femme s’était moquée de lui. » (p. 00-00)

A propos de l’auteur
Patrick Besson, depuis plus de quatre décennies, construit une œuvre diverse et multiforme, parmi laquelle il faut citer Dara (grand prix du roman de l’Académie française en 1985) et Les Braban (Prix Renaudot en 1995). Il poursuit par ailleurs une carrière de journaliste et de polémiste engagé, à la verve parfois meurtrière mais toujours pleine d’humour et de tendresse humaine. (Source : Éditions Stock & Plon)

Site Wikipédia de l’auteur

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L’heure bleue

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L’heure bleue
Elsa Vasseur
Robert Laffont
Roman
252 p., 18,50 €
ISBN: 2221192621
Paru en mai 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en Grèce, à Athènes, Rafina, sur l’île d’Andros, d’Agapos, de Dolos, ainsi qu’à Paris, Limoges, Fontenay-sous-Bois, Alfortville, Saint-Espère, Saint-Malo ou encore à Édimbourg On y évoque aussi les villes de Buenos-Aires, Madrid, Stockholm, Le Caire, Zurich, New York, Londres, Tokyo et Milan.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Quand une île paradisiaque devient le théâtre d’un drame à huis clos…
Zoé, dix-sept ans, accepte l’invitation de Lise, une camarade de terminale qui lui propose de passer l’été en Grèce pour s’occuper de son jeune neveu. Elle se retrouve sur l’île privée de Dolos, plongée dans l’intimité de la flamboyante famille Stein ou règnent les non-dits et les faux-semblants.
Dans la somptueuse villa qui domine la mer, Zoé peine à saisir les clés de l’univers lisse et clinquant de ce monde qui n’est pas le sien. Que s’est-il passé avec la précédente baby-sitter pour qu’elle refuse de garder l’enfant pendant les vacances ? Et de quoi souffre Rose, la splendide sœur de Lise qui crée un malaise à chacune de ses apparitions ? Adam, son mari, semble l’ignorer totalement et ne pas être non plus à sa place au sein de sa belle-famille.
Prise dans le chassé-croisé des tensions et des manipulations qui s’exacerbent dans la chaleur estivale, Zoé va vivre une épopée intime qui ressuscitera les fantômes de son passé et la fera entrer sans ménagements dans l’âge adulte.
Un suspense psychologique d’une grande finesse pour un premier roman solaire.

Ce que j’en pense
***
Lise, qui n’a pas vraiment d’atomes crochus avec sa camarade de classe Zoé, jette cependant son dévolu sur la jeune fille au moment de choisir une baby-sitter chargée de surveiller, Ben, son neveu dans la superbe villa construite sur l’île grecque de Dolos qui accueille la famille durant l’été.
Lise n’est pas très emballée, mais quand elle apprend que sa belle-mère sera présente aux côtés de son père à Limoges, elle préfère le vol vers l’inconnu et l’exotisme à un nouvel été auprès de sa grand-mère.
Aussi bien au cinéma qu’en littérature, la confrontation de deux univers ou de deux caractères opposés a fait ses preuves. Et il n’en ira pas autrement ici : « Lise était de ceux qui existent plus haut et plus fort que les autres et ne doutent jamais d’eux-mêmes, convaincu que leur destin facile est le produit de leur seul mérite, et non le fruit aléatoire d’une loterie à la fois génétique, économique et sociale. Zoé, elle, était de ceux qui s’excusent d’exister et assistent à la vie comme à une représentation de théâtre, se cantonnent au rôle de doublure, de souffleur ou d’éclairagiste.»
Elsa Vasseur a parfaitement su recréer l’ambiance délétère de ce huis-clos où chacun des protagonistes est subitement confronté à un passé douloureux, une relation difficile, des choix déstabilisants. Leur hôte, Joseph Stein, galeriste de renom, songe à passer la main. Rose, la sœur de Lise, présente tous les signes d’une profonde dépression. Adam, son mari artiste-peintre – qui profite de l’entregent de son beau-père – remet en question sa carrière et son couple. Zoé vit, quant à elle, avec le traumatisme de la perte d’un petit frère. Un cocktail détonnant qui va finir par exploser dans un final en apothéose.
Très agréable à lire et non dénué de charme, ce roman mérite le détour.

68 premières fois
Blog Les lectures de Martine
Les livres de Joëlle 
Les Jardins d’Hélène
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Blog Les lectures d’Antigone 
Le Blog d’Eirenamg

Autres critiques
Babelio 

Les 25 premières pages du livre 

Extrait
« Joseph Stein, démarche athlétique et visage émacié d’intellectuel, venait d’entrer, en chemise couleur crème et pantalon beige. Il embrassa Lise avec effusion. Zoé lui tendit une main timide, mais Joseph l’ignora et planta un baiser sonore sur ses joues. Elle se rappela avec stupeur qu’elle avait face à elle l’une des cinquante plus grosses fortunes de France.
Quelques mois plus tôt, elle avait visionné un reportage télévisé qui lui était consacré, intitulé L’Esthète millionnaire. Joseph Stein y était présenté comme un homme d’affaires atypique. Propriétaire de six galeries d’art, implantées à Paris, Zurich, New York, Londres, Tokyo, et Milan, il avait hérité son goût des belles choses et une précision maniaque de son père, un antiquaire hongrois spécialiste en orfèvrerie. En revanche, sa rage de vivre lui venait indirectement de sa mère, une Juive polonaise rescapée du camp de Treblinka.
Zoé peinait à croire que cet homme fraîchement septuagénaire, dont le regard vibrait d’intelligence derrière ses lunettes à monture d’écailles, gagnait en quelques jours ce que son banquier de père n’aurait pas assez d’une vie pour économiser. »

A propos de l’auteur
Elsa Vasseur a 26 ans. Elle a publié un recueil de nouvelles, Le Goût du lait au chocolat, aux éditions Anne Carrière en 2008. Après un master à Sciences Po Paris, elle poursuit ses études à la Sorbonne. À l’avenir, elle souhaiterait pouvoir concilier une carrière d’auteur et de scénariste. L’heure bleue est son premier roman. (Source : Editions Robert Laffont)

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