Smith & Wesson

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coup_de_coeur
En deux mots:
Au bord des chutes du Niagara Tom et Jerry s’occupent un peu comme ils peuvent, l’un de météorologie, l’autre des suicidaires. Mais le jour où Rachel, la journaliste du San Francisco Chronicle, arrive avec son projet fou, nos deux hommes vont retrouver une nouvelle jeunesse.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Tom & Jerry au Niagara

Tom Smith et Jerry Wesson n’ont rien à voir avec la bande dessinée, pas plus qu’avec des fabricants d’armes. Et c’est tant mieux, car la fantaisie d’Alessandro Baricco vous enchantera!

Encore un régal signé de la plume élégante et facétieuse d’Alessandro Baricco. L’auteur de Soie, de Trois fois dès l’aube et de La jeune épouse choisit cette fois la forme du dialogue pour nous retracer l’histoire de Tom Smith et Jerry Wesson. L’œuvre est trop riche en digressions pour parler d’une vraie pièce, on parlera plutôt d’une «fantaisie», terme qui peut du reste s’appliquer autant au fond qu’à la forme de ce livre court et pétillant de malice.
Les deux personnages principaux s’appellent Tom et Jerry, mais c’est un hasard. Tout comme leurs patronymes respectifs, Smith et Wesson, qui n’ont rien à voir avec des fabricants d’armes à feu. Le premier est un inventeur qui s’intéresse à la météorologie et aux statistiques, l’autre s’amuse à repêcher les candidats au suicide – plutôt morts que vifs – qui se jettent du haut des chutes du Niagara.
C’est du reste dans ce décor grandiose que nos deux hommes se rencontrent par une belle journée de 1902. Leurs occupations respectives leur laissent largement le temps de dialoguer, de parler de la pluie et du beau temps, mais aussi de Mme Higgins, l’admirable hôtelière qui ne loue pas seulement des chambres, mais aussi ses charmes.
Mais l’entremetteuse va perdre de son intérêt le jour où apparaît la belle Rachel, journaliste au San Francisco Chronicle et à la recherche d’un scoop capable de relancer ses affaires moribondes. Comme survivre à une chute dans les chutes.
Pour réussir ce pari, il faudra associer le savoir de nos deux compères et le sens de la communication de Rachel. Smith conçoit un tonneau rembourré tandis que Wesson jongle avec les éléments, calcule l’itinéraire. Ce qui ne garantit pas forcément la réussite de l’opération et la survie de l’intrépide voyageuse.
Aussi, quand le grand jour arrive, c’est un mélange de peur et d’exaltation qui prévaut. Le ballet au bord de l’abîme est une merveille de drame, de comédie, de fantaisie burlesque et de jeu morbide. Autant dire une fête d’émotions contradictoires parfaitement orchestrée pour régaler un lecteur qui se délecte du spectacle proposé.
Car nous sommes vraiment au spectacle, un peu comme si ces dialogues avaient bien davantage à voir avec une pièce de théâtre qu’avec un roman.
Ajoutez-y la belle inventivité de l’auteur et vous aurez tous les ingrédients d’une aventure hors du commun avec, comme ce fut le cas pour Diogène, un tonneau comme accessoire principal de la légende.
Tom, Jerry et Rachel forment un trio que vous n’êtes pas prêts d’oublier!

Smith & Wesson
Alessandro Baricco
Éditions Gallimard
Roman
traduit de l’italien par Lise Caillat
160 p., 16 €
EAN : 9782070179039
Paru le 17 mai 2018

Où?
Le roman se déroule entre Canada et Etats-Unis, sur les bords et au milieu des chutes du Niagara.

Quand?
L’action se situe au début du XXe siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
«Maintenant je résume: on attendait un tas de choses de la vie, on n’a rien fait de bien, on glisse peu à peu vers le néant, et ce dans un trou paumé où une splendide cascade nous rappelle tous les jours que la misère est une invention humaine et la grandeur le cours naturel du monde.»
Année 1902, Tom Smith et Jerry Wesson se rencontrent au pied des chutes du Niagara. L’un passe son temps à rédiger des statistiques météorologiques; l’autre à repêcher les corps engloutis par les rapides. Rencontre exceptionnelle, comme celle que les deux types font avec Rachel Green, jeune journaliste prête à tout pour dénicher le scoop du siècle, même à embarquer Smith et Wesson dans son projet loufoque: plonger dans les chutes du Niagara et s’en sortir vivante. Tout le monde en rêve, personne ne l’a jamais fait. Il ne reste alors qu’à se glisser dans un tonneau, défier les lois de la physique et sauter. Nous avons tous besoin d’une histoire mémorable, d’un exploit hors norme pour réaliser quelque chose qui nous soit vraiment propre.

Les critiques
Babelio
Libération (Claire Devarrieux)
BibliObs (Didier Jacob)
Blog Sur la route de Jostein

Les premières pages du livre
PREMIER MOUVEMENT
Allegro

Non loin des chutes du Niagara.
Intérieur d’une cabane de fortune, bordélique mais digne.
Un homme est couché sur son lit. Il ne dort pas nécessairement.
Il est là, tranquille.
On frappe à la porte.

WESSON
[L’homme sur son lit] Qui est-ce ?
SMITH
[Derrière la porte] Mme Higgins, là-haut à l’hôtel, m’a parlé de vous. Elle m’a dit que je pouvais venir vous voir.
WESSON
Mme Higgins est une putain !
Pause
WESSON
Vous m’avez entendu ?
SMITH
[Toujours derrière la porte] Oui, je vous ai entendu. À vrai dire, je n’ai pas d’avis sur la question. Je peux entrer?
WESSON
Poussez, c’est ouvert.
Smith entre, il découvre l’homme sur son lit.
SMITH
Excusez-moi, je ne savais pas que vous dormiez…
WESSON
Je ne dors pas, je suis alité. Tous les quatre mois je reste au lit cinq jours, pour remettre mes organes en place, la position horizontale aide à rétablir l’équilibre interne, je reste au lit et mange de la purée de fèves. Je me lève juste pour pisser, mais rarement. Et pour réchauffer ma purée de fèves.

SMITH
Remarquable.
WESSON
Vous devriez essayer.
SMITH
N’est-ce pas un tantinet ennuyeux.

WESSON
L’ennui fait partie de la cure.
SMITH
Bien sûr. Ça vous dérange si je prends une chaise?
WESSON
Faites, faites.

SMITH
[Il prend une chaise et s’installe à côté du lit.] C’est Mme Higgins qui m’a parlé de vous.
WESSON
Très belle femme, vous avez remarqué.
SMITH
Splendide, oui.
WESSON
Elle n’a pas de mari, pas d’enfants, c’est louche. Alors d’aucuns se demandent avec qui elle couche, ou dans quel but, vous vous l’êtes demandé ?

SMITH
Je n’en ai pas souvenir, non.
WESSON
Avec ses clients !

SMITH
Bien sûr.
WESSON
Une putain, mais entendons-nous bien. Elle le fait par passion, elle ne se fait pas payer, il n’y a pas un dollar qui circule, c’est juste par passion. Une femme admirable. Vous logez à l’hôtel?

SMITH
J’y suis resté trois semaines.
WESSON
Rien passé ?
SMITH
Dans quel sens ?
WESSON
Avec Mme Higgins.
SMITH
Non, rien.
WESSON
Elle est assez exigeante.
SMITH
J’imagine.

WESSON
Elle a une préférence pour les avocats. Vous êtes avocat?
SMITH
Moi? Je suis météorologue.

WESSON
Mais encore?
SMITH
J’ai ma propre méthode pour prévoir le temps, je l’ai brevetée, ça fonctionne pas mal. J’utilise la statistique, vous connaissez?
WESSON
Donnez-moi un exemple.
SMITH
Prenons Chicago. Et prenons un jour de l’année. Disons le jour de Noël. Bon. Je sais quel temps il a fait le 25 décembre à Chicago ces soixante-dix-sept dernières années.
WESSON
Mais qui est assez con pour s’intéresser au temps qu’il a fait à Noël il y a dix ans?
SMITH
Moi. »

À propos de l’auteur
Alessandro Baricco est un écrivain, musicologue et homme de théâtre italien.
Après des études de philosophie et de musique, Alessandro Baricco s’oriente vers le monde des médias en devenant tout d’abord rédacteur dans une agence de publicité, puis journaliste et critique pour des magazines italiens.
En 1991, il publie, à 33 ans, son premier roman Châteaux de la colère, pour lequel il obtient, en France, le Prix Médicis étranger en 1995. Il a également écrit un ouvrage sur l’art de la fugue chez Gioacchino Rossini et un essai, L’Âme de Hegel et les Vaches du Wisconsin où il fustige l’anti-modernité de la musique atonale.
En 1993, il obtient le prix Viareggio pour son roman Océan mer. En 1994, avec quelques amis, il fonde et dirige à Turin une école de narration, la Scuola Holden – ainsi nommée en hommage à un personnage de J. D. Salinger – une école sur les techniques de la narration.
Passionné et diplômé en musique, Alessandro Baricco invente un style qui mélange la littérature, la déconstruction narrative et une présence musicale qui rythme le texte comme une partition.
Désireux de mêler ses textes à la musique pour les enrichir (puisqu’il les construit dans cet esprit), il demande au groupe musical français Air de composer une musique pour City (2001).
Il a également présenté des émissions à la télévision italienne (RAI) sur l’art lyrique et la littérature. Il est un des collaborateurs du journal La Repubblica où il a publié en 2006 un feuilleton, intitulé Les Barbares.
En 2008, il écrit et réalise son premier film, Lezione 21. En février 2014, il révèle qu’il aurait décliné une proposition de devenir ministre de la Culture. Alessandro Baricco vit actuellement à Rome avec sa femme et ses deux fils. (Source : Babelio)

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Couleurs de l’incendie

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En deux mots:
Madeleine Pericourt est l’héritière de la fortune de son frère Edouard. Après avoir été trompée et spoliée, elle va chercher à prendre sa revanche. Entre petits arrangements et grandes manœuvres politiques, ce roman dépeint parfaitement l’entre-deux-guerres.

Ma note:
★★★★★ (coup de cœur, livre indispensable)

Ma chronique:

Les couleurs du chef d’œuvre

Disons-le d’emblée : Couleurs de l’incendie est un très grand livre. Sans aucun doute l’un de ceux qui marqueront cette année 2018.

Sans que la lecture du premier tome de ce qui est annoncé comme une trilogie ne soit nécessaire pour apprécier Couleurs de l’incendie, il serait dommage de passer à côté du premier volume, Au revoir là-haut, le Prix Goncourt de 2013 disponible en poche ou encore dans la superbe adaptation cinématographique d’Albert Dupontel. L’occasion de faire connaissance avec quelques-uns des protagonistes de ce deuxième tome et d’apprendre les raisons de la mort tragique de Marcel Péricourt. Car c’est avec la scène des obsèques du patriarche de la famille que s’ouvre ce formidable roman.
Je prends le pari qu’à la fin de ce chapitre initial vous serez conquis par le style et l’intensité du récit et n’aurez de cesse d’en apprendre davantage sur le tragique fait divers qui va secouer toute l’assistance, la chute du deuxième étage de Paul, qui va s’écraser sur le cercueil de son grand-père. « Dans la cour soudain silencieuse, le choc de son crâne sur le chêne, accompagné d’un bruit sourd, provoqua une secousse dans toutes les poitrines. Tout le monde était sidéré, le temps s’arrêta. Lorsqu’on se précipita vers lui, Paul était allongé sur le dos. Du sang coulait de ses oreilles. »
Après l’émoi suscité par ce qui semble devoir être un accident ou un suicide, les convoitises vont très vite revenir sur le devant de la scène. Nombreux sont en effet les descendants avides de se partager l’une des plus importantes fortunes de France. Qui va finir par échoir à sa fille Madeleine, ne laissant que des miettes à Charles Péricourt, à son collaborateur Gustave Joubert, à des associations d’anciens combattants et à quelques autres œuvres de bienfaisance.
Mais une fois digéré ce choc, les vautours reprennent leur envol et vont finir par fondre sur une proie facile, car Madeleine est entièrement concentrée sur ce fils qu’elle a failli perdre si tragiquement et qui se retrouve paraplégique. Ceux qui affirment la conseiller pour pouvoir mieux la délester vont s’en donner à cœur-joie. Une signature par ici, un placement par là et déjà les fonds changent de main.
Même le personnel de maison montrera son côté cupide, même André, l’amant qu’elle a engagé comme précepteur de son fils et dont elle peut «disposer» ainsi sous son propre toit, va la trahir.
Parachutée dans un milieu d’hommes, Madeleine n’aura guère le temps d’apprendre les codes et les règles de ce club qui « suivait un parcours immuable. La politique d’abord, puis l’économie, l’industrie, on terminait toujours par les femmes. Le facteur commun à tous ces sujets était évidemment l’argent. La politique disait s’il serait possible d’en gagner, l’économie, combien on pourrait en gagner, l’industrie, de quelle manière on pourrait le faire, et les femmes de quelle façon on pourrait le dépenser. »
Mais Pierre Lemaitre connaît trop bien les ressorts du roman noir pour ne pas bâtir sur ce terreau une vengeance que n’aurait pas renié Alexandre Dumas. Madeleine – Edmond Dantès au féminin – va démontrer un savoir-faire diabolique. Elle n’hésitera devant moyen pour parvenir à ses fins, allant jusqu’à se rapprocher de la pègre. De la duplicité à la malversation, du faux en écriture au chantage, de l’abus de confiance au retournement d’alliance, la panoplie déployée est aussi distrayante qu’efficace. Dupré, son allié dans ce plan machiavélique, résume bien sa mission: « aider à ruiner un banquier, à écraser un député, à dessouder un journaliste révolutionnaire, c’était une mission comme une autre en faveur du désordre, de la déstabilisation, une action de sape moderne… »
C’est plein de rebondissements, agrémenté de scènes très visuelles – à tel point que l’on «voit» déjà le film en lisant le livre – et très subtilement amené. Voilà pour le romanesque qui vaut à lui seul de se plonger dans ce roman.
Mais ce qui le rend exceptionnel, ce sont les différents niveaux de lecture supplémentaires, à commencer par la page d’Histoire qui nous est offerte. Derrière les épisodes tumultueux de cette riche famille, on trouve en effet la description très documentée de l’évolution politique, économique et sociale de l’entre deux guerres, de la peur du communisme et de la volonté de retrouver un pouvoir fort après la chute du cartel des gauches. Mais la droite qui revient en 1928 ne pourra rien pour juguler la crise financière qui, après les Etats-Unis frappera le pays au début des années Trente. Les frictions, les faillites, la misère vont provoquer de fortes tensions bin rendues dans le livre, entre les partisans d’un pouvoir fort et ceux qui veulent un front populaire. Déjà on voit poindre les Couleurs de l’incendie qui se prépare…
Avec malice et finesse Pierre Lemaitre nous propose aussi une réflexion plus actuelle. Comment ne pas voir, à la lumière des dernières actualités – allant jusqu’à la mise en examen d’un ex-président de la République – que la vigilance reste de mise. Que la soif de pouvoir, si ce n’est de l’argent, reste toujours un levier puissant et que les vautours sont loin d’avoir disparu…
Si vous n’avez pas encore découvert l’œuvre de Pierre Lemaitre, vous savez désormais ce qu’il vous reste à faire ! On ne voit pas les pages défiler et dès la fin du roman on réclame la suite.

Couleurs de l’incendie
Pierre Lemaitre
Éditions Albin Michel
Roman
544 p., 22,90 €
EAN : 9782226392121
Paru le 3 janvier 2018

Où?
Le roman se déroule en France, principalement à Paris et das les environs.

Quand?
L’action se situe en 1927 et Durant les années suivantes.

Ce qu’en dit l’éditeur
Février 1927. Le Tout-Paris assiste aux obsèques de Marcel Péricourt. Sa fille, Madeleine, doit prendre la tête de l’empire financier dont elle est l’héritière, mais le destin en décide autrement. Son fils, Paul, d’un geste inattendu et tragique, va placer Madeleine sur le chemin de la ruine et du déclassement.
Face à l’adversité des hommes, à la cupidité de son époque, à la corruption de son milieu et à l’ambition de son entourage, Madeleine devra déployer des trésors d’intelligence, d’énergie mais aussi de machiavélisme pour survivre et reconstruire sa vie. Tâche d’autant plus difficile dans une France qui observe, impuissante, les premières couleurs de l’incendie qui va ravager l’Europe.
Couleurs de l’incendie est le deuxième volet de la trilogie inaugurée avec Au revoir là-haut, prix Goncourt 2013, où l’on retrouve l’extraordinaire talent de Pierre Lemaitre.

Les critiques
Babelio 
France Inter (Le Masque et la plume)
Libération (Claire Devarrieux)
Culturebox (Laurence Houot)
Télérama 
LaPresse.ca (Josée Lapointe)
La Croix (Jean-Claude Raspiengas)
Le JDD (Alexandre Fillon)
Publik’Art (Bénédicte de Loriol)
Journal de Montréal (Karine Vilder)
Cultture-tops (Rodolphe de Saint-Hilaire)
Blog motspourmots.fr (Nicole Grundlinger)
Blog Carobookine


Pierre Lemaitre présente Couleurs de l’incendie, deuxième volet de la trilogie inaugurée avec Au revoir là-haut, prix Goncourt 2013. © Production La Grande Librairie

Les premières pages du livre
« Si les obsèques de Marcel Péricourt furent perturbées et s’achevèrent même de façon franchement chaotique, du moins commencèrent-elles à l’heure. Dès le début de la matinée, le boulevard de Courcelles était fermé à la circulation. Rassemblée dans la cour, la musique de la garde républicaine bruissait des essais feutrés des instruments, tandis que les automobiles déversaient sur le trottoir ambassadeurs, parlementaires, généraux, délégations étrangères qui se saluaient gravement. Des académiciens passaient sous le grand dais noir à crépines d’argent portant le chiffre du défunt qui couvrait le large perron et suivaient les discrètes consignes du maître de cérémonie chargé d’ordonner toute cette foule dans l’attente de la levée du corps. On reconnaissait beaucoup de visages. Des funérailles de cette importance, c’était comme un mariage ducal ou la présentation d’une collection de Lucien Lelong, le lieu où il fallait se montrer quand on avait un certain rang.
Bien que très ébranlée par la mort de son père, Madeleine était partout, efficace et retenue, donnant des instructions discrètes, attentive aux moindres détails. Et d’autant plus soucieuse que le président de la République avait fait savoir qu’il viendrait en personne se recueillir devant la dépouille de « son ami Péricourt ». A partir de là, tout était devenu difficile, le protocole républicatin était exigeant comme dans une monarchie. La maison Péricourt, envahie de fonctionnaires de la sécurité et de responsables de l’étiquette, n’avait plus connu un instant de repos. Sans compter la foule des ministres, des courtisans, des conseillers. Le chef de l’Etat était une sorte de navire de pêche suivi en permanence de nuées d’oiseaux qui se nourrissaient de son mouvement.
A l’heure prévue, Madeleine était en haut du perron, les mains gantées de noir sagement croisées devant elle.
La voiture arriva, la foule se tut, le président descendit, salua, monta les marches et pressa Madeleine un instant contre lui, sans un mot, les grands chagrins sont muets. Puis il fit un geste élégant et fataliste pour lui céder le passage vers la chapelle ardente. »

 

À propos de l’auteur
Auteur de romans policiers (Robe de marié, Alex, Sacrifices) et de romans noirs (Trois jours et une vie), Pierre Lemaitre est unanimement reconnu comme un des meilleurs écrivains du genre et récompensé́ par de très nombreux prix littéraires nationaux et internationaux. En 2013, il obtient le prix Goncourt pour Au revoir là-haut, immense succès critique et public. (Source : Éditions Albin Michel)

Page Wikipédia du roman

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Crime de guerre en Alsace

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En deux mots:
Un apprenti journaliste enquête sur un double meurtre commis au moment de la libération du village de Katzenthal d’où il est originaire. Peu à peu, il découvre que ce crime de guerre n’en est pas un.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

Le résistant, le collabo et la belle alsacienne

Le curé du village et un simple d’esprit sont retrouvés morts à Katzenthal, à la veille de la libération du village par les troupes alliées. Une troublante enquête commence.

Jean-Marie Stoerkel est comme le bon vin, il se bonifie avec le temps qui passe. Son nouveau roman en apporte la preuve éclatante, après Le Tueur à La Coiffe Alsacienne, L’Enfer De Schongauer et L’Espion Alsacien dont on retrouvera du reste la trace ici. Le récit est vif, le suspense bien construit, la documentation solide et les émotions liées à son histoire personnelle entraînent le lecteur à ne plus lâcher cette enquête qui tient tout autant du polar palpitant que d’une quête intime.
Nous sommes à la fin de 1944. Alors que la quasi-totalité du territoire peut s’abandonner aux joies de la victoire sur le régime nazi, la population de la «poche de Colmar» continue de souffrir. Jusqu’en 1945, elle va encore payer un lourd tribut avant de retrouver sa liberté. Le village de Katzenthal sera ainsi presque entièrement détruit. Quand James Monroe, Américain de Chicago et Martin Eschbach, Alsacien d’Ingersheim, entrent dans ce champ de ruines, le silence de mort qui les accueille est bien vite interrompu par une double déflagration. Le temps de se mettre à l’abri un nouveau coup de feu est tiré. De ce qu’il reste de l’église du village émerge alors Roger Schultz, l’adjoint au maire qui a réussi à éliminer l’officier nazi qui venait d’abattre le curé du village et un simple d’esprit qui n’avaient pas voulu évacuer les lieux. Quelques semaines plus tard il sera décoré pour cette action d’éclat dans Colmar en liesse.
Pendant ce temps à Katzenthal on commence à déblayer les décombres, on érige une église-baraque, on tente de panser les plaies. Thomas Sorg, qui avait choisi le maquis puis rejoint l’armée de libération et poursuivi les nazis jusqu’en Allemagne retrouve son village d’enfance, sa mère et … un pistolet Walther. Il ne lui en fallait pas davantage pour s’interroger sur ce qui s’était vraiment passé dans le village, car il semble désormais acquis que Roger Schultz faisait partie de ces hommes sans scrupules qui montraient beaucoup d’entrain dans leur collaboration.
C’est ainsi que, quelques jours avant de hisser les drapeaux tricolores et de mettre les œuvres de Hansi en vitrine de son magasin de vins de Colmar, on le voyait rire de bon cœur et faire des affaires avec les occupants.
Pour Thomas, qui venait de croiser les survivants des camps de la mort et appris la fin tragique de quelques uns de ses concitoyens, on imagine le choc et on comprend son besoin de savoir. Un besoin qui va vite devenir une nécessité, parce qu’il va découvrir que Suzel, la jeune fille dont il est en train de tomber amoureux, n’est autre que la fille de Schultz. Le résistant et la belle Alsacienne ont-ils affaire à un collabo? Thomas va devoir, bon gré mal gré, fréquenter ce notable et essayer de dénouer le vrai du faux.
Un travail de journaliste-enquêteur que l’auteur connaît bien pour avoir durant de longues années rempli les colonnes des faits divers de L’Alsace et découvert, chemin faisant, quelques secrets qui lui ont permis de construire une œuvre déjà riche de quelque quinze livres. J’imagine sa jubilation au moment de se mettre dans la peau de l’apprenti journaliste au Nouveau Rhin Français, l’organe de presse qui décide de donner sa chance à Thomas Sorg dont la plume et l’entregent font merveille, au point de créer des jalousies au sein de la rédaction.
Les entretiens qu’il réalise et les rencontres qu’il fait – de personnages ayant existé et à qui l’auteur rend ainsi hommage – lui permettront de dénouer ce crime de guerre en Alsace.
Quant à nous, amateurs de polars bien ficelés, nous gagnerons bien davantage qu’un agréable moment de lecture. En explorant cette période délicate de l’histoire de l’Alsace, on comprendra qu’il n’y a qu’un pas entre le héros et le traître, que dans de nombreuses familles on a eu des petits secrets à cacher, que l’histoire officielle n’est pas toujours la vraie et que les blessures de l’enfance ne se referment jamais complètement.

Crime de guerre en Alsace
Jean-Marie Stoerkel
Éditions du Bastberg
Coll. «Les Polars»
320 p., 14 €
EAN : 9782358590976
Paru en novembre 2017

Où?
Le roman se déroule principalement en Alsace, à Katzenthal, Colmar et dans les villages environnants, ainsi qu’aux Trois-Epis et à Breisach.

Quand?
L’action se situe fin 1944 et durant les années suivantes.

Ce qu’en dit l’éditeur
28 décembre 1944. Katzenthal, petit village viticole alsacien, vient d’être détruit dans les combats de la poche de Colmar. Deux soldats libérateurs trouvent dans l’église endommagée les corps du vieux curé et de l’idiot du village, assassinés chacun d’une balle dans la tête, et celui d’un capitaine de la Gestapo. L’adjoint au maire et riche négociant en vins Roger Schultz sera décoré pour avoir attaqué à mains nues le gestapiste après ce crime de guerre.
Fin mai 1945. Le jeune soldat Thomas Sorg revient au village après quatre ans passés dans la Résistance à Mulhouse et dans le maquis du Vercors, puis dans la Brigade Alsace-Lorraine d’André Malraux et la Première armée française.
Devenu journaliste au Nouveau Rhin Français à Colmar, il se retrouve devant un dilemme cornélien en découvrant que le père de son amoureuse était un vil collabo.
Sur fond d’illustrations de Hansi, ce thriller historique est aussi un hymne à la Résistance alsacienne, avec des portraits de héros connus et inconnus qui ont réellement existé.

Les critiques
Babelio
L’Alsace (Hervé de Chalendar)

Les premières lignes du livre
« J’ai tué Hitler ! »
Adolphe Muller en voulait à Adolf Hitler avant toute chose parce qu’il portait le même prénom que lui. C’était encore une chance que tout le monde l’appelle le Muller Dolfi et qu’il soit né à la fin de 1918, juste après que l’Alsace était redevenue française. S’il était venu au monde seulement un mois plus tôt, l’officier d’état civil du village l’aurait indubitablement écrit à l’allemande, avec un «f», et pas avec le salutaire «phe» qui lui permettait de se démarquer orthographiquement du fou furieux Führer. Il s’accrochait à cette idée même si depuis quatre ans l’administration hitlérienne, qui germanisait à nouveau les noms des lieux et des gens alsaciens, lui remettait un «f» à la place du «phe».
«Pourquoi ?», avait-il demandé la première fois à l’employé de mairie, lequel, pour garder sa place, avait signé comme tous les fonctionnaires une déclaration de fidélité au Reich et au Führer. «Germanisierung! Mais tu es trop débile pour comprendre, mon pauvre Dolfi…», avait répondu le rond-de-cuir. Celui-ci était de ceux qui incarnaient l’obéissance. Dès le premier jour, il avait abandonné sans barguigner son béret franchouillard, respectant scrupuleusement les consignes de regermanisation amplifiées par le maire et surtout l’adjoint nommé Schultz.

À propos de l’auteur
Né en 1947 à Ingersheim dans le Haut-Rhin, Jean-Marie Stoerkel a effectué une carrière de journaliste à L’Alsace à Mulhouse où il était chargé de la rubrique faits divers et justice. Il est l’auteur de quatorze précédents livres – documents, récits et romans policiers – souvent inspirés de ses enquêtes. (Source : Éditions du Bastberg)

Page Wikipédia de l’auteur 

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Maestro

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En deux mots
Jusqu’où peut conduire une passion pour Mozart ? Le culte que voue Cécile à ce musicien va transformer sa vie et mettre son couple en péril. Un premier roman qui est aussi une enquête fouillée.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Maestro
Cécile Balavoine
Éditions du Mercure de France
Roman
224 p., 17.80 €
EAN : 9782715245440
Paru en mars 2017

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris et Azay-le-Rideau ainsi qu’en Autriche, à Salzbourg, Anif et Vienne, en Italie, à Brixen, Bolzano, Turin, Bologne, Sienne, Venise, Florence, Rome et Naples, et aux Etats-Unis, à New York et Miami, mais nous fait également voyager au gré des concerts, à Moscou, Tokyo, Sidney, La Haye, Berlin, Munich, Mannheim et Francfort ou Prague.

Quand?
L’action se situe des années 1980 à nos jours, avec de nombreuses réminiscences aux étapes qui ont jalonné la vie de Mozart.

Ce qu’en dit l’éditeur
C’est tant de joie, ces trois premiers accords qui font résonner toute ma chambre, les phrasés qui s’envolent, les triolets qui glissent et qui m’emportent avec eux au-delà du jardin, la partition bordée d’un liseré vert, baroque. Dessus, on lit le nom de Wolfgang Amadeus Mozart. Wolfgang Amadeus Mozart. Ce nom-là, je le répète dans ma tête, ça ne fait plus qu’un seul et très long mot, dur à dire, pareil qu’Azay-le-Rideau. Volfgangamadéoussemozare, Volfgangamadéoussemozare. À neuf ans, Cécile découvre la musique de Mozart, et c’est une révélation. Certains enfants s’inventent des amis imaginaires, d’autres vouent un culte à des personnages de fiction. Pour la petite Cécile, le plus grand des héros s’appelle Mozart ! Elle l’aime sans partage et comme un dieu.
Devenue journaliste, la passion de Cécile demeure intacte. Elle a désormais une connaissance intime de l’œuvre de Mozart. Le jour où elle doit interviewer un chef d’orchestre de renom, elle ne sait pas que sa vie va basculer. Au bout du fil, la voix du maestro la trouble comme l’avait troublée et envoûtée la musique de Mozart des années auparavant… Mais tombe-t-on amoureuse d’une voix, fût-elle celle d’un grand maestro ?

Ce que j’en pense
Ma mère a souvent raconté cette anecdote dans les repas de famille. J’avais cinq ans et je me précipitais vers elle avec une feuille de papier et un crayon en criant «atiq, atiq». Si ce n’est que bien plus tard qu’elle a compris que j’avais la volonté d’écrire des articles et encore bien d’autres années plus tard que je suis devenu journaliste, c’est bien à ce moment qu’est née ma vocation.
Si je raconte cette anecdote, c’est pour expliquer combien la passion de Cécile pour Mozart, qui naît à neuf ans, est crédible. Que si les enseignants se plaignent aujourd’hui que la plupart de leurs élèves n’ont guère d’idée sur la profession qu’ils veulent embrasser, il y a aussi ceux qui très tôt n’ont plus qu’une seule idée en tête.
Voilà donc Cécile littéralement amoureuse de Mozart au point de commencer à rassembler toute la documentation qu’elle peut trouver sur le musicien, à collectionner les partitions, les enregistrements, à vouloir mettre ses pas dans ceux de son idole.
Il lui faudra supplier son père de prendre la direction de Salzbourg pour les vacances, il lui faudra passer des heures devant son piano pour tenter de retrouver les mélodies qu’il a écrites, car sa voix lui fait défaut au moment de vouloir intégrer une école de chant. Quand d’autres jeunes filles trouvent leurs idoles chez les rockers, Cécile tapisse sa chambre de portraits de Mozart et de cartes de l’Europe indiquant les lieux qu’il a traversé.
Des années plus tard, elle ira étudier à Salzbourg et, tout en apprenant l’allemand, pourra explorer la ville et tous les alentours.
Pour son premier roman, Cécile Balavoine sait trouver le ton juste pour décrire les émois de la jeune fille, la pureté quasi religieuse de son engagement. Il n’est besoin que de l’accompagner dans les escaliers de la maison natale de Wolfgang Amadeus pour s’en persuader. En passant, l’auteur nous offre le fruit de toutes ses recherches, des détails biographiques au parcours des œuvres, des voyages du jeune prodige aux interprètes actuels. Aussi, c’est tout à fait naturellement qu’elle va vouloir faire la connaissance du Maestro qui donne son titre au livre.
Après avoir rédigé un guide touristique sur Salzbourg, on va lui proposer d’autres collaborations. Par exemple, de réaliser un entretien avec le grand chef d’orchestre. Un virtuose qui ne peut que l’éblouir. Cécile va se donner à cet homme qui sait si bien mettre en musique sa passion, laissant à son mari quelques miettes.
Nous voici arrivés à l’autre grande question qui parcourt ce beau roman céleste et tellurique : quel est le revers d’une médaille aussi brillante, sans cesse polie et repolie ? Quand on parle de passion dévorante, on pense d’abord à la passion, mais peut à la caractéristique dévorante. Si Cécile la narratrice tend aussi à l’oublier, Cécile l’auteure ne l’oublie pas, ajoutant une belle densité dramatique à cette somptueuse quête.

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Les premières pages du livre 

Extrait
« Un jour, alors que je suis seule à la maison, peut-être qu’ils sont sortis tous les trois pour une promenade, je fouille dans la bibliothèque, je trouve une biographie de Mozart. Personne ne l’a jamais ouverte. Les pages sont encore propres, elles sentent le papier neuf. Peut-être qu’on l’a achetée pour moi. C’est une édition rouge, en cuir. L’auteur s’appelle Marcel Brion de l’Académie française. J’ai honte en lisant la préface où il raconte qu’il a bien hésité avant d’écrire son livre parce qu’On ne touche pas à Mozart. Parce que Mozart, c’est sacré. J’ai chaud dans la gorge, sur les joues, je voudrais disparaître, moi qui parle à Mozart, depuis l’été du film, qui pense à Lui et Le tutoie. Pourtant, Il est bien là, Mozart, assis sur le pupitre du piano, je Le sens, je Le devine. Marcel Brion de l’Académie française ne le sait peut-être pas : Mozart vit dans ma chambre. »

A propos de l’auteur
Après l’Autriche, l’Allemagne puis New York, où elle a vécu et enseigné pendant dix ans (New York University et Columbia University), Cécile a retrouvé la France pour devenir journaliste. Elle écrit pour Air France Magazine, Voyages d’Affaires ou encore IDEAT et enseigne à Columbia University in Paris, Smith College et Sciences Po Paris. Ce printemps, elle publie son premier roman, Maestro ainsi qu’une anthologie, Le goût du piano, aux éditions du Mercure de France. (Source : cecilebalavoine.com)

Site internet de l’auteur 

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Aimer et prendre l’air

SIMON_aimer-et-prendre-lairEn deux mots
Deux couples en crise se retrouvent le temps des vacances. Au lieu du repos escompté, c’est l’heure du jeu de la vérité et des règlements de compte. Que faire de l’amour quand il s’enfuit ? Le nouveau roman de Sophie Simon est tragiquement lucide.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Aimer et prendre l’air
Sophie Simon
Éditions JC Lattès
Roman
200 p., 18,50 €
EAN : 9782709658591
Paru en février 2017

Où?
Le roman se déroule principalement aux États-Unis, tout d’abord dans le Connecticut, au bord de la plage de Silver Sands près de Milford, puis à New York. Les villes de Seattle et San Francisco sont également mentionnées. Enfin, de nombreux voyages sont évoqués, qui vont de Naples à Prague, de Saint-Pétersbourg à Paris. Dans la seconde partie du roman, les camps de réfugiés en Turquie, en Jordanie, au Liban, en Thaïlande, au Kenya et dans le nord de la France constituent de nouvelles destinations.

Quand?
L’action se situe de la fin des années 1990 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Ce matin-là, je me suis juré de ne plus jamais l’appeler. Il fallait juste que je l’appelle pour le lui dire. »
Alors qu’elle vient de s’installer dans le Connecticut pour les vacances, Amy, actrice new-yorkaise au faîte de sa gloire, s’interroge: le moment n’est-il pas venu de quitter Jack, son vieil époux atrabilaire? Comment y parvenir, alors qu’elle a déjà tant de fois échoué? Et surtout, qu’en pense son psychanalyste?
Lorsqu’un couple d’amis débarque, au bord de la rupture, la confusion atteint son comble…
Après American clichés et Gary tout seul, Sophie Simon met en scène, dans ce drame joyeux et burlesque que ne désavouerait pas Woody Allen, la fin de l’amour et des idéaux, et l’éternelle renaissance du désir.

Ce que j’en pense
Il faut de méfier des vacances. Si on éprouve le besoin de se détendre et de changer d’air, cela peut aussi cacher un mal-être bien plus profond que de faire une pause pour recharger les batteries. De plus, le climat estival et l’absence de repères traditionnels peuvent conduire à des comportements inattendus. Amy et Jack ainsi que leurs amis de longue date Kathleen et Larry ne vont pas tarder à en faire l’expérience. Même s’il n’y a pas à vraiment parler d’élément déclencheur, Amy entend rompre avec Jack. Elle a du reste déjà effectué plusieurs tentatives, mais sans oser vraiment aller au bout de son intention. « Elle voyait là un homme, son mari, avec lequel depuis vingt ans elle entretenait un lien que l’un et l’autre étaient en train de lâcher. Un homme qui, malgré son âge, ce physique indolent, ce caractère bilieux, était son seul et unique mari sur terre. » Il semble bien que cette fois, sa décision soit prise. Elle n’imagine pas pouvoir continuer sa morne existence. Et puis sa carrière de comédienne pourrait prendre un nouveau départ, car elle vient tout juste de se voir décerner un Tony Award.
Jack sent bien que l’humeur changeante de son épouse, qui passe de manifestations de joie à la mélancolie, cache quelque chose. Mais il a jusqu’à présent réussi à éteindre tous les incendies, un peu à l’image des scénarios qu’il propose et qui lui offrent une réussite modeste, mais suffisante. Il compte aussi sur la présence de leurs amis pour éviter une guerre ouverte.
Ce qu’il ne sait pas, c’est qu’en 1998, à l’époque où il a annoncé son mariage à ses amis, Larry était amoureux d’Amy. Si bien qu’il n’hésite pas à confier ses sentiments et à rajouter de l’huile sur le feu: « Il est temps que tu acceptes de voir que ton couple est mort et que Jack a déjà une petite idée de qui prendra ta suite. »
C’est alors que la tragi-comédie se déploie, nous offrant quelques réflexions pessimistes sur la vie de couple : « Le mariage est une hypocrisie institutionnalisée et ça fait partie du jeu. Les gens ont besoin de se laisser duper, et par la suite chacun espère secrètement remporter le match. »
Sophie Simon, en jouant avec les souvenirs et le parcours personnel des protagonistes, réussit un roman d’un pessimisme lucide. À l’image des 17 années de séances de psychanalyse auxquelles Amy s’est soumise depuis la mort de ses parents et qui ne lui ont pas vraiment permis de dégager un nouvel horizon, c’est une lassitude bien pratique qui semble l’emporter. Larry joue la désinvolture: « Je me suis toujours cru dans un Luna Park. Je n’ai jamais voulu voir la vie autrement que comme un grand divertissement ». Kathleen semble ne rien comprendre aux motivations des uns et des autres. Jack croit que tout finit toujours par s’arranger. Mais le fin mot reviendra à Amy pour un final aussi surprenant que riche. Comme le souligne le titre, après avoir aimé, il faut prendre l’air !

Autres critiques
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Blog Les chroniques de Koryfée (Karine Fléjo)
Blog La ville en rose

Les premières pages du livre

Extrait
« Je veux monter ce que certains ne veulent pas voir. J’aimerais qu’ils en fassent des cauchemars et n’aient plus d’autre choix que d’agir. Je veux changer le monde, et je ne sais pas combien de temps ça peut prendre. »

A propos de l’auteur
Sophie Simon vit à Paris. Elle a déjà publié un roman et un recueil de nouvelles aux éditions Lattès. (Source : Éditions JC Lattès)

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Les insatiables

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En deux mots
Un journaliste d’investigation, enquêtant sur la mort d’une prostituée, met à jour un scandale politico-économico-sanitaire. Une plongée décapante dans la France d’aujourd’hui.

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Les Insatiables
Gila Lustiger
Éditions Actes Sud
Roman
traduit de l’allemand par Isabelle Liber
384 p., 23 €
EAN : 9782330066598
Paru en septembre 2016

Où?
Le roman se déroule en France, à Paris et en région parisienne, à Évry, Mantes-la-Jolie et en allant vers la Normandie à Vernon, Louviers, Rouen, Pont-l’Évêque, tandis ques communes de Charfeuil et Rosaires semblent nées de l’imagination de l’auteur. En revanche, des voyages dans les hauts-lieux touristiques sont tels que Saint-tropez, Marbella, Genève, Saint-Moritz ou Porto-Cervo sont évoqués.

Quand?
L’action se situe d’une part en 1984 et d’autre part 27 ans plus tard avec le reprise de l’enquête par le personnage principal du livre.

Ce qu’en dit l’éditeur
En 1984, Émilie T., jeune escort-girl parisienne, avait été sauvagement assassinée, meurtre jamais élucidé. Vingt-sept ans plus tard, la presse annonce l’arrestation d’un employé de banque sans histoires, Gilles Neuhart, dont l’ADN correspond à celui trouvé sur la scène du crime.
Dix-sept lignes – c’est ce que son rédacteur en chef demande à Marc Rappaport sur cette affaire. Le journaliste, homme complexe et tourmenté, suit son intuition et cherche, envers et contre tout, à en savoir davantage sur le destin de la jeune femme.
Patiente et tenace, son enquête lève le voile sur un drame sanitaire impliquant quelques insatiables de l’industrie chimique et de la sphère politique.
Dans cet ambitieux roman dédié au journalisme d’investigation, Gila Lustiger dresse un portrait impitoyable de certains milieux français. S’inspirant de faits réels, l’auteur explore strate par strate la société parisienne et provinciale.
Un réquisitoire puissant contre les maux qui affligent nos démocraties néolibérales.

Ce que j’en pense
Gila Lustiger, auteur allemande vivant depuis plus de vingt ans en France, nous offre avec ce roman tout à la fois un thriller passionnant, une charge contre les élites, la révélation d’un scandale sanitaire et un portrait au vitriol de la France d’aujourd’hui. C’est dire la richesse et la densité de cette analyse sans concessions des mœurs de ces dirigeants politiques et économiques que le pouvoir aveugle et qui s’autorisent crimes et châtiments en toute impunité. Ceux qu’on appelle Les Insatiables. Elle nous dépeint la réalité de cette France à deux vitesses, ce fossé entre les nantis qui se permettent tout et les sans-grade qui semblent condamnés à subir leur sort.
C’est à un journaliste d’investigation répondant au nom de Marc Rappaport que l’auteur va confier le soin d’entraîner le lecteur dans un dossier non-élucidé. Franc-tireur et mouton noir de la famille, ce dernier ne se satisfait pas de voir les enquêtes de police bâclées ou trop vite classées, comme cet assassinat d’une prostituée survenu en 1984. Si, près de trente ans plus tard, on reparle de l’affaire, c’est que la police scientifique a pu exploiter des traces ADN et remonter jusqu’à un certain Gilles Neuhart, employé de banque et père de famille sans histoires.
Seulement voilà, Marc va constater très vite que sa culpabilité ne saurait être aussi évidente que la police l’affirme. En parlant à son épouse, puis au présumé coupable, il va comprendre que l’origine de ce viol, puis du meurtre brutal qui a suivi, est à chercher ailleurs.
Pierre, son rédacteur en chef et ami, lui enjoint de ne pas s’obstiner, d’autant que les pressions ne tardent pas à arriver.
«Pour des raisons profondes et inconnues, on se laissait entraîner et, soudain, on se retrouvait tout entier accaparé». Marc ne cédera pas, notamment en raison de son passé (son grand-père était un grand capitaine d’industrie) ainsi que de la proximité avec les habitants de son village d’enfance. Du coup Gila Lustiger rajoute encore une strate supplémentaire à ce formidable roman : on peut le lire comme un manuel à l’usage des jeunes journalistes, véritable mode d’emploi de l’investigation.
Ne négliger aucune piste, essayer de rapprocher des éléments qui n’ont à priori rien à voir, faire parler tous les protagonistes de l’histoire…
Voilà comment on passe d’un meurtre à une curieuse accumulation de cas de cancers, d’une prostituée tuée à Paris à une usine chimique aux procédés douteux. Grâce au chantage à l’emploi, elle peut se permettre de passer outre à certaines procédures, à faire fi de la législation pour accroître son marché et ses bénéfices.
Avec cette acuité que possède les personnes étrangères quand elles découvrent pour la première fois une ville, un milieu, des habitudes qui nous semblent tellement ancrées dans la société que l’on ne pense plus à les questionner, Gila Lustiger va dresser le catalogue des compromissions, des petits arrangements, de la corruption, de la criminalité en col blanc qui gangrènent notre pays.
On ne lâche plus le roman, d’autant que sa construction nous offre régulièrement de nouveaux coups de théâtre, reliant subtilement toutes les pièces du puzzle les unes aux autres : « D’un côté, nous avons le meurtre d’une prostituée commis il y a trente ans, e de l’autre ? Un groupe qui fabrique des additifs pour l’alimentation animale et dont le personnel présente un nombre élevé de cas de cancer du sein. Nous pensons que les deux histoires sont liées parce que le père de la victime et le beau-frère du meurtrier supposé travaillaient dans le même groupe. »
Bien plus plaisant que des ouvrages de sociologie, bien plus fascinant que les essais politiques, ce roman montre avec force détails un visage de la France, de l’évolution de la société. Que tous les candidats à la présidentielle devraient méditer, tant il est éclairant !

Autres critiques
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RTL (Les livres ont la parole – Bernard Lehut)
Culture-Tops 
La Vie (Yves Viollier)
Le Temps (Stefanie Brändly)
Blog Le Suricate 
Blog Bouquivore 

Extrait
« Des questions, des questions, toujours des questions. Et une seule conclusion : il vieillissait, il perdait peu à peu de son mordant, comme Pierre, dont la mine était si pincée, maintenant, que Marc n’avait aucun doute sur la suite. Le rédacteur en chef allait céder. Allez, d’accord, dirait-il, je te donne une semaine pour tes recherches, une semaine, pas plus. Et bien sûr, à peine sorti du restaurant, il regretterait sa décision et confierait à son ami la fastidieuse page locale pour une période d’expiation d’au moins dix jours. Ce qu’il regretterait aussi. Si bien qu’un soir, il sonnerait chez Marc avec une bouteille de pomerol et un petit sourire en coin. »

À propos de l’auteur
Gila Lustiger, auteur de langue allemande, vit en France. Elle a notamment publié Nous sommes (Stock, 2005, sélectionné pour le prix Médicis étranger), Un bonheur insoupçonnable (Stock, 2008) et Cette nuit-là (Stock, 2013). (Source : Éditions Actes Sud)

Site Wikipédia de l’auteur 

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Presque ensemble

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Presque ensemble
Marjorie Philibert
Éditions JC Lattès
Roman
376 p., 19 €
EAN : 9782709658584
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule principalement à Paris et banlieue, mais nous fait également voyager dans les sous-préfectures de l’hexagone avec l’un de sprotagonistes chargé de former des fonctionnaires et dans le monde entier avec l’autre des protagonistes, rédactrice pour un magazine de voyages. À la fin du récit, on retrouve les deux à Bagançay sur l’île de Bohol aux Philippines.

Quand?
L’action se situe de 1998 à nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Tout commence le 12 juillet 1998. En pleine finale France-Brésil, Victoire et Nicolas se rencontrent dans un bar à Paris. Ces deux révoltés placides deviennent inséparables et se lancent dans la vie de couple. Mais loin de la passion rêvée, nos héros se retrouvent embarqués dans une odyssée domestique désespérément tranquille…
L’arrivée de Ptolémée, le chat, leur procure un temps le paradis tant souhaité. Mais rien ne dure !
Drôle et mordant, Presque ensemble explore avec brio le sentiment amoureux à l’épreuve du quotidien, ou simplement peut-être de la vie.

Ce que j’en pense
***
Si vous êtes amateur de belles histoires d’amour romantiques, passez votre chemin. Si vous préférez les sombres histoires de vengeance après une séparation douloureuse, passez également votre chemin : Marjorie Philibert a choisi d’ancrer son roman dans le réel, sans y ajouter d’effets spéciaux ou de spectaculaires retournements de situation. Bref, une histoire ordinaire. Celle d’un couple qui naît et se défait. Une histoire tellement ordinaire qu’il valait vraiment la peine d’aller voir ce qui fait qu’aujourd’hui le sexe remplace l’amour et la liaison éphémère prend la place de l’union durable.
Le couple en question est constitué de deux provinciaux venus à Paris pour leurs études. Nicolas est originaire du pays Nantais et s’intéresse à la sociologie, mais sans grand enthousiasme. Il n’a du reste pas de signe particulier, ni même un physique très avantageux. Il végète. Victoire n’est guère mieux lotie, mais dispose tout de même d’un physique agréable. Après une enfance en Corrèze et une adolescence prendra fin avec des vacances à Belle-Île et une première relation sexuelle très décevante derrière un bar, on la retrouve dans un établissement parisien qui diffuse la finale de la Coupe du monde de football sur grand écran.
Vous l’avez compris, nous sommes en 1998 et ce 12 juillet sera à marquer d’une pierre blanche pour des milliers, voire des millions de personnes.
Victoire, cela ne s’invente pas ( !), tombe dans les bras de Nicolas, emportée par la foule plus que par son désir. Mais qu’importe, le jeune homme pourra être éternellement reconnaissant à l’équipe de France qui a changé le cours de sa vie.
Car les deux jeunes amants peuvent profiter de l’été. Ils n’ont guère de moyens, mais peuvent passer des journées entières au lit, faire l’amour et se promener. Un peu comme ces autres jeunes qu’ils suivent fascinés sur petit écran. Avec Le Loft où ne vivaient que des êtres qui dormaient, mangeaient et baisaient, Nicolas et Victoire découvrent la télé-réalité et s’imaginent qu’un tel mode de vie a de l’avenir. Avant de se rendre compte qu’il faut tout de même songer à gagner un peu d’argent pour survivre dans cette société de consommation.
Après leurs dernières grandes vacances d’étudiants qu’ils passent dans le Lot, près de Cajarc avec leurs amis Stéphane et Claire, ils vont trouver des petits boulots, elle comme rédactrice dans un magazine de voyage, lui comme assistant dans un site consacré à la sociologie et plus exactement à la publication d’études basées sur la corrélation de statistiques.
Presque sans s’en rendre compte, ils poursuivent leur petit bonhomme de chemin ensemble. Le 21 avril 2002, en voyant Jean-Marie Le Pen apparaître sur leur écran en tant que candidat au second tour de la présidentielle, « ils crurent que leur vie prenait un tournant. » Mais il n’en fut rien. Pas plus d’ailleurs que durant l’été de la canicule, où « ils se jurèrent de faire des enfants, pour avoir quelqu’un puisse faire le numéro des pompiers avant qu’il ne soit trop tard. » Projet avorté, si je puis dire.
C’est que chacun semble poursuivre sa propre route : « On s’épuisait à se parler sans s’écouter, à expliquer sans se comprendre, à souffrir comme si on avait tout le temps devant soi pour finir par passer sa vie côte à côte comme deux vaches dans un pré. »
Tandis que Nicolas démontre que les hommes célibataires qui achètent des surgelés sont beaucoup plus susceptibles que les autres d’adopter des comportements violents, Victoire teste le matelas d’un hôtel de luxe à Majorque.
Si leur sexualité s’étiole, la tendresse reste. L’achat d’un chat vient apporter un peu de fantaisie et un peu de douceur dans une vie trop ordinaire.
Pour l’épicer un peu, chacun va s’essayer à la relation extra-conjugale. Nicolas avec Soo-Yun, une étudiante coréenne en sciences de l’information à Séoul, qui a étö engagée comme stagiaire par son patron. « Hélas, son aventure était sporadique et intense, exactement à l’opposé de sa vie de couple : un adultère tout ce qu’il y a de plus classique. Soo-Yun, il le savait, ne pourrait jamais constituer qu’une aimable excursion éphémère. »
Du fait de ses voyages jusqu’au bout du monde, Victoire opte pour des rencontres de passage, avec Simon le Belge très vite oublié, avec Sten, le Suédois d’Uppsala qui aime lui raconter sa vie de famille et son enfance ou encore avec Rodolfo l’Argentin qui va devenir très intrusif et entend tout savoir de ses ébats avec Nicolas et va finir par l’exaspérer.
« À l’automne, leurs amants disparus, ils revinrent l’un vers l’autre, comme d’autres font leur rentrée. Leur couple était là ; il les attendait. »
Marjorie Philibert, après Aurélien Gougaud et son Lithium, brosse le portrait d’une génération qui se cherche sans jamais se trouver, qui s’imagine pouvoir s’inscrire dans un schéma classique sans pour autant disposer des armes qui leur permettrait de résister aux difficultés, aux conflits inhérents à leur manque de moyens ou encore à leur démotivation face à cette crise qui n’en finit pas.
C’est joyeux puis triste, c’est encourageant puis désespéré. L’idéalisme fait soudain place à un réalisme froid. Les quelques notes d’humour qui parsèment le récit ne parvenant pas à nous faire éviter le spleen qui nous gagne au fil des pages.

Autres critiques
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Le début du roman 

Extrait
« Certains jours, il se sentait tellement seul qu’il avait envie de serrer n’importe qui contre lui. Il se disait que d’autres en avaient sûrement envie aussi, mais que tout le monde s’interdisait de craquer. Ou alors, il faudrait payer. Il regardait souvent les prostituées qu’il croisait sur les grands boulevards ; mais probablement, elles ne voudraient pas. Ça ne se faisait tout simplement pas.
Au stade, c’était tout le contraire. On n’était jamais seul, parce qu’on était dans un camp. Si la France marquait, on avait le droit de se jeter dans les bras du voisin, comme on ne pouvait plus le faire avec sa famille depuis bien longtemps ; ou on pouvait serrer fort des mains inconnues, parce qu’on avait le ventre noué pendant les prolongations. Tout était permis : le monde extérieur était aboli. »

À propos de l’auteur
Marjorie Philibert est née en 1981 et est journaliste à Paris. Presque ensemble est son premier roman. (Source : Éditions JC Lattès)

Portrait de Marjorie par Philippe Besson (Le Point)

Compte Twitter de l’auteur 

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Rien que des mots

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Rien que des mots
Adeline Fleury
Éditions François Bourin
Roman
184 p., 20 €
EAN : 9791025201602
Paru en janvier 2016

Où?
Le roman se déroule dans un endroit situé «face à la mer» qui n’est pas nommé ainsi qu’à Paris, Fontenay-aux-Roses ou Cachan.

Quand?
L’action se situe dans un futur proche.

Ce qu’en dit l’éditeur
Dans un avenir qui ressemble à notre futur proche, Adèle a décidé de tenir son fils Nino éloigné de la lecture. Privée dans son enfance de la tendresse d’un père écrivain accaparé par son œuvre, elle fera tout pour éviter un tel sort à son fils. Pour qu’il reste dans la vraie vie, pour l’empêcher d’être tenté par la grande aventure de l’écriture, elle proscrira autour de lui la présence des livres. Elle les brûlera, elle va jusqu’à nier leur existence.
Mais l’enfance est têtue et tous les silences ne peuvent rien contre sa curiosité. Nino, après une longue quête, finira par trouver sa voie en assumant d’une manière inattendue cet héritage de mots et de papier.
Dans cette fable initiatique, Adeline Fleury nous donne à lire un conte cruel où les angoisses les plus archaïques se ravivent au contact des réalisations de notre hypermodernité. L’ambivalence de notre rapport au livre, livre sacré ou interdit, se trouve interrogée dans ces pages où se projettent comme des ombres expressionnistes nos tabous les plus enfouis. Avec Rien que des mots, c’est une magnifique déclaration d’amour qu’Adeline Fleury adresse au livre, à tous les livres.

Ce que j’en pense
***
Rendre hommage à la littérature en écrivant un roman qui met en scène une jeune femme qui ne supporte plus les livres, l’écriture et les écrivains, voilà un joli défi relevé avec brio par Adeline Fleury.
Voici donc Adèle, fille d’un écrivain autodidacte, qui consacre toute son énergie à sa passion : « Il voyait peu le jour, et c’est une tornade de nerfs qui remontait pour partager le dîner familial. Peu de mots échangés, normal, toute la journée les mots l’avaient vidé. » Au lieu de profiter des siens, il veut écrire un maximum de livres. Une première expérience traumatisante qui ne va toutefois pas l’empêcher de s’engager dans une carrière de journaliste. Et constater combien ce métier, notamment au sein de la rédaction qui l’emploie, ne correspond pas à l’image qu’elle s’en faisait. « Toute une carrière basée sur le nombrilisme au lieu de l’altruisme. Qui a dit que le journalisme était ouvert aux autres ? Foutaise ! Le journaliste ne se soucie guère que de lui-même. Le journaliste veut briller, épater, que l’on parle de lui, rien que de lui, de ses infos. Rien que de ses mots. » Seconde expérience traumatisante.
Puis vient l’heure du mariage, celle de fonder une famille. L’heure aussi des remises en question, d’affronter le père «qui lui a injecté le venin des mots dans les veines» et qui ne comprend pas son aversion soudaine pour la chose écrite : « Ah puis merde, elle va être mère et rentrer dans le rang. Comment ai-je pu engendrer une petite-bourgeoise pareille : trente ans, boulot stable, congés payés, mariage bien comme il faut, bébé bien comme il faut, balades canards au square tous les dimanches bien peinards…» Troisième expérience traumatisante.
L’heure de se pencher sur le berceau de Nino, l’enfant qu’Adèle entend préserver de cet univers anxiogène en l’éloignant le plus possible des livres. Une tâche qui va être facilitée par l’évolution de la société qui aime bien bruler (au sens propre) ce qu’elle a adoré et s’imagine un avenir radieux grâce à des petits bijoux technologiques.
Mais bon sang ne saurait mentir et voilà le garçon attiré par l’interdit autant que par l’histoire familiale. L’excitation de découvrir ce qu’on veut lui cache, l’exploration de ces curieux objets imprimés vont vite tourner à l’obsession. Nino devient collectionneur puis sauveur de livres. « Il sait maintenant qu’il est le fruit de l’amour fusionnel de deux êtres passionnés de littérature et qu’il a bien failli naître sur un parterre de livres déchiquetés. Tout ça c’est son histoire, tout ça l’a poussé vers une humanité marginale. Plus que l’amour, il a les mots en héritage. Il n’écrit pas, il restaure le passé. »
Quant aux amoureux des livres que nous sommes, nous remercions Adeline Fleury pour cette déclaration d’amour et cette mise en garde. Rien que des mots… essentiels.

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Extrait
« Pourquoi ce désir fou de m’écarter des livres ? Pourquoi cette volonté de ne pas m’inclure dans cette belle dynastie d’amoureux des mots. Ce n’est pas une malédiction, maman, c’est un don de Dieu que de pouvoir écrire. Quoi de plus efficace que les mots pour faire tourner le monde ? Moi je suis fier de cet héritage. Un grand-père qui transmet l’Histoire aux générations nouvelles, un père qui raconte des histoires, une mère qui décortique les évolutions de la société. Quels legs magnifiques ! Alors, pourquoi m’as-tu privé du droit de la création ? Moi aussi j’ai mon mot à dire, ma part d’histoire à écrire. Désormais, maman, je serai le seul narrateur du roman de ma vie. »

A propos de l’auteur
Adeline Fleury est journaliste. Elle a publié un livre remarqué, Petit éloge de la jouissance féminine (Editions François Bourin, 2015). (Source : Éditions François Bourin)

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Focus Littérature

#RL2016 #rienquedesmots #francoisbourin #adelinefleury #68premieresfois #premierroman

Je meurs de ce qui vous fait vivre

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Je meurs de ce qui vous fait vivre
Paul Couturiau
Presses de la cité, coll. Terres de France
Roman
400 p., 20 €
ISBN: 9782258117549
Paru en septembre 2015

Où?
Le roman se déroule principalement à Paris et Neuilly et Versailles et Saint-Maur-des-Fossés et Créteil, mais également au Puy, à Saint-Etienne ainsi qu’à Bruxelles, Robert-Espagne en Lorraine, à Londres et en Italie, entre Trente et Vérone.

Quand?
L’action se situe de 1855, année de naissance de l’héroïne à 1887, l’année où elle quitte ses fonctions à la tête du Cri du peuple.

Ce qu’en dit l’éditeur
De la jeune fille éprise de liberté à la brillante plume engagée, de la « petite graine d’aristo » à l’égérie d’écrivain… Amante, femme, journaliste, collaboratrice et amie de Jules Vallès…
En sept années décisives, le roman d’une émancipation, le roman de Séverine, femme d’exception.
Quand le garde du jardin des Tuileries lui lançait : « Où tu vas ? », la petite Line répondait : « Sais pas… tout droit. » Devenue adulte, elle choisit la défense de la vérité et, pour la faire éclater, elle apprit, auprès de l’écrivain Jules Vallès, l’art de mêler l’acide à l’encre. Parce que ses parents lui interdisaient de devenir journaliste, elle choisit de mourir. Mais le geste désespéré fut acte fondateur. La petite Line céda la place à Séverine. Séverine allait devenir l’une des figures féminines les plus libres de son temps, une voix au service du peuple. Une femme qui savait où elle allait : tout droit !
De 1881 à 1888, en sept années décisives, le portrait d’une femme de passion et d’exception.

Ce que j’en pense
***
Grâce à beaucoup de ténacité et aussi un peu de chance – la découverte dans des cartons des papiers laissés par Séverine – Paul Couturiau nous offre une biographie romancée de la première femme dirigeant un journal, après avoir été sans doute aussi l’une des premières journalistes.
Séverine est née Caroline Rémy en 1855. Durant ses premières années elle voit son père, inspecteur des nourrices, se battre contre ce qui alors semblait une fatalité : le décès de nombreux nouveaux-nés, faute d’hygiène ou de soins. Un combat inégal, car souvent il se fait sans soutien de sa hiérarchie. Une expérience qui va marquer durablement la jeune fille et la pousser à s’engager pour les plus démunis, même si c’est la rencontre avec Jules Vallès qui va décider de son existence.
Lors d’un séjour à Bruxelles, elle croise l’homme dont elle admire les idées et le parcours. Il va l’encourager à travailler à ses côtés.
Mais ses parents ne l’entendent pas de cette oreille. Aussi courageuse qu’entêtée, elle décide alors de mettre fin à ses jours. Une tentative de suicide manquée, mais une liberté gagnée. Ses parents ne s’opposent plus à ce qu’elle soit journaliste, mieux son second mari, Adrien Guebhard, va mettre une partie de sa fortune dans la création du quotidien Le Cri du peuple.
Qu’il me soit ici permis de passer sur l’épisode pourtant très traumatisant de son premier mariage avec Antoine-Henri Montrobert et du désir de vengeance qui l’avait habitée alors pour en venir au vrai thème du livre, la passion dévorante de Séverine pour son métier. Un engagement qui se fera aux dépens de sa famille : « Caroline s’intéresserait à ses fils quand ceux-ci seraient en âge de raisonner. Adrien l’avait bien compris. Peut-être serait-il trop tard. Peut-être serait-ce leur tout de la tenir à distance. Il lui reviendrait, alors, de leur faire comprendre qu’elle les avait toujours aimés – à sa manière, comme ses parents l’avaient aimée à la leur. »
Les pages qui racontent les débuts du quotidien, la chasse aux informations et les rencontres avec les Zola, Richepin, Pissarro, Manet, Cézanne, celles qui décrivent les durs combats à mener aussi bien contre les autorités en tout genre que celles menées en interne pour faire admettre la ligne ouverte à tous les socialismes du journal sont passionnantes et débouchent sur ce qu’aujourd’hui on appellerait un scoop : le reportage que Séverine entreprend après l’incendie du théâtre de l’Opéra-Comique et qui conduira à un procès retentissant.
On retrouve ici l’esprit de La Part des flammes de Gaëlle Nohant et cet engagement total qui finit par user et détruire. Sans oublier les préjugés liés à son sexe et qui font qu’ « une femme doit toujours en faire plus pour être reconnue à sa valeur. »
Quelle vie ! Quelle épopée ! Quel combat !

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Extrait
« Rencontré à Bruxelles, où il endurait son exil, retrouvé à Paris, où il s’était empressé de rentrer au lendemain de la promulgation de la loi d’amnistie, l’ancien Communard était devenu un familier. Son œil sagace avait vite perçu que la graine d’aristo cultivée par les Rémy s’épanouirait en une formidable fleur de barricade. Les mots confiés au papier avaient été répétés à voix haute :
« Il faut travailler, ma petite.
— Mais, monsieur Vallès, où ça ? Comment ?
— Avec moi, voulez-vous ? »
Caroline n’en demandait pas plus. Pour commencer, elle avait recopié les manuscrits du « patron ». Elle avait appris les subtilités du style et de l’écriture ; elle avait découvert l’art de mêler l’acide à l’encre. L’eau au vin, aussi, car Vallès n’avait pas menti : il était un maître exigeant. Tyrannique. Capricieux.
Nul n’avait trouvé à redire à cette collaboration contre nature. Les Rémy s’étaient presque félicités que leur fille ait, enfin, trouvé le moyen de canaliser son insoumission.
Malheureusement, Caroline ne connaissait pas la retenue. Voilà que sa nouvelle distraction avait tourné à la passion. Et ce diable de Vallès n’aidait pas à calmer le jeu – plus Caroline donnait, plus il exigeait d’elle.
Quand la jeune femme avait annoncé son désir de se lancer dans le journalisme avec son mentor, la famille s’était indignée. Il y avait des limites, tout de même ! Un journal avec Vallès aux commandes ? Il était facile de deviner à quoi ressemblerait son contenu ! Pour Joseph Onésime Rémy, son père, plus que la honte, c’était le ban d’infamie qui leur était promis ! Elle avait été sommée de renoncer et de rentrer dans le droit chemin. » (p. 12-13)

A propos de l’auteur
Paul Couturiau fut successivement traducteur, conseiller littéraire, directeur des Editions Claude Lefrancq (Bruxelles) et directeur du département Traditions aux Editions du Rocher. Il se consacre aujourd’hui exclusivement à l’écriture. Paul Couturiau s’est longtemps essayé – et avec succès – au genre policier. Lauréat du Grand Prix de littérature policière en 1993 pour son premier roman, Boulevard des ombres (Editions du Rocher, 1992), il n’a depuis cette date jamais cessé d’écrire. Il a publié aux Presses de la Cité un grand roman d’aventures dans l’Empire chinois du XVIIIe siècle, Le Paravent de soie rouge et Le Paravent déchiré (Presses de la Cité, 2003). Dans la collection Terres de France, il est l’auteur d’En passant par la Lorraine (2003), L’Abbaye aux loups (2010) et Les Silences de Margaret (2011), dont l’intrigue se déroule en Lorraine. (Source : Presses de la Cité)

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Un parfum d’herbe coupée

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Un parfum d’herbe coupée
Nicolas Delesalle
Préludes
Roman 288 p., 13,60 €
ISBN: 9782253191117
Paru en janvier 2015

Où?
L’action se situe dans plusieurs lieux en France, notamment Paris, Orléans

Quand?
Le roman retrace l’enfance du narrateur dans les années 70-80 et se poursuit sur 14600 journées, soit une quarantaine d’années.

Ce qu’en dit l’éditeur
Le jour où mon père a débarqué avec son sourire conquérant et la Renault GTS, j’ai fait la gueule. Mais j’ai ravalé ma grimace comme on cache à ses parents l’odeur de sa première clope. J’ai dit « ouais », j’ai dit « super », la mort dans l’âme, même si j’avais compris que la GTS pour la GTX, c’était déjà le sixième grand renoncement, après la petite souris, les cloches de Pâques, le Père Noël, Mathilde, la p lus jolie fille de la maternelle, et ma carrière de footballeur professionnel. » Par petites touches qui sont autant d’instantanés de vie, Kolia revient sur sa jeunesse et ces moments où l’innocence s’envole peu à peu. Il convoque les figures, les mots, le s paysages qui ont compté : la route des vacances, les filles, Totor le paysan aux cèpes et la maison de famille, des livres, quelques sauterelles, un berger allemand prénommé Raspoutine… Des petits riens qui seront tout. Un premier roman remarquable, plein d’émotion, d’humour, de poésie, de profondeur, où la petite musique singulière de l’enfance ouvre sur une partition universelle.

Ce que j’en pense
****

Alors que la rentrée littéraire de l’automne occupe le devant de la scène médiatique, revenons vers une pépite de la rentrée de janvier. Il serait en effet cruel de laisser ce joli roman tomber dans l’oubli. Disons d’emblée qu’Un parfum d’herbe coupée fait partie de mes coups de cœur de 2015.
Avec un vrai sens de la formule, Nicolas Delesalle retrace le parcours d’un enfant, puis d’un adolescent dans la France des années 80 et nous prouve une fois encore que la nostalgie à e beaux jours devant elle, surtout quand elle s’accompagne des bruits et des odeurs qui marque une époque. Plonger dans ce livre, c’est comme plonger la main dans une boîte à gâteaux, un paquet de confiseries, «les Car-en-sac et Mintho caramels à un franc et les Mistral gagnants» comme le chantait Renaud ou retrouver dans un grenier une boîte à souvenirs, comme celle du fabuleux destin d’Amélie Poulain, et revivre les épisodes qui ont marqué une vie.
Si « Personne n a jamais réussi a photographier cet instant magique et maudit qui fait d’une jeune fille une femme, d’un jeune homme un homme et d’une enfance, un souvenir », il reste « quelques bribes, des instants cristallisés, des secondes, une petite poignée de sable dans la main. »
A suivre Kolia dans sa découverte du monde, on fait son miel de ses instants cristallisés, sur les personnes qui l’ont marqué, sur les livres qu’il a lus (« Ces livres labourèrent la terre dure de mon esprit vide, mais rien n’était encore semé sur les champs désolés balayés par le souffle de l’aventure », les professeurs qui l’ont accompagné (« on ne rend pas assez hommage à eux qui donnent. Monsieur Gayret, un jour de février, me donna un conseil que je n’allais jamais oublier : « Prenez des notes. Si vous lisez sans prendre de notes, vous ne lisez pas ». »), les événements qui l’ont construit, qui l’ont conduit à embrasser la carrière de journaliste et lui ont permis de faire de nouvelles rencontres tout aussi enrichissantes.
Une vie somme toute banale, mais qui devient sous la plume de Nicolas Delesalle une épopée, une aventure exceptionnelle.
Quant au lecteur, entraîné dans le flot de ses propres souvenirs par la grâce de cette plume alerte, il ne peut que souscrire à l’analyse lucide faite ici : « Les adultes font souvent mine de s’étonner du désespoir baroque des adolescents, mais cet étonnement est un leurre, ils n’y croient pas eux-mêmes ; au fond, ils savent très bien à quel point c’est compliqué de se relever quand on tombe de son enfance. »
c’est compliqué, mais c’est si bon !

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Extrait
« Le Politburo acceptait le principe d’un retrait des troupes russes d’Afghanistan. Laurent Ruquier commençait sa carrière sur une radio locale au Havre. Jean-Marie Bigard lançait ses premières saillies dans La Classe sur FR3. David Pujadas entrait au Centre de formation des journalistes. Pierre Desproges n’était pas mort. Et moi, je voulais devenir astronaute.
Amadeus se composait un succès sur grand écran, Chris Evert-Lloyd et Navratilova se crêpaient le chignon sur le Central de Roland-Garros. Nicolas Sarkozy avait trente et un ans, Chirac une mémoire, Nadine Morano était déléguée des jeunes RPR en Meurthe-et-Moselle. Et moi, je voulais devenir astronaute.
Les otages enracinaient leur désespoir au Liban. Philippe de Dieuleveult s’était évaporé dans le fleuve Zaïre, le Titanic venait d’être retrouvé 4000 mètres au fond de l’Atlantique Nord, Daniel Balavoine s’était éteint dans les dunes du Sahara, Coluche inventait les Restos du cœur. Et moi, je voulais vraiment devenir astronaute. »

A propos de l’auteur
Né en 1972, grand reporter à Télérama et directeur de l’ouvrage Télérama 60 ans (tome 1 et 2) publié aux Arènes, Nicolas Delesalle est auteur de nouvelles qui lui ont valu le Prix des Lecteurs du livre numérique en 2013. Un parfum d’herbe coupée est son premier roman. (Source : Editions Préludes)

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