Ils vont tuer Robert Kennedy

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Voici 5 raisons de lire ce livre :
1. Parce que chacun des livres de Marc Dugain est un petit événement. Depuis 1998 et La Chambre des officiers, sur les gueules cassées de 14-18, il a cumulé les succès et les prix. Après sa trilogie politique L’Emprise, Quinquennat et Ultime partie le voici de retour sur un terrain qu’il affectionne, les Etats-Unis.

2. Parce que depuis La Malédiction d’Edgar qui retrace la période durant laquelle John Edgar Hoover était à la tête du FBI, on sait que Marc Dugain avait encore bien des choses à dire sur l’élection de John Kennedy à la Maison-Blanche et son assassinat en 1963.

3. Parce que sa façon de travailler, de se documenter et de raconter les événements historiques mettant en scène des personnages réels force l’admiration.

4. Parce que la thèse proposée par le narrateur du livre permet de revisiter cette époque troublée: « Je suis persuadé que Bobby, quand il se décide à se présenter à la présidentielle de 1968, sait qu’il va mourir, qu’il n’a aucune chance de monter la dernière marche. Et pourtant il y va. Voilà un homme qui est le chef d’une tribu irlandaise, marié, père de onze enfants, dont le frère a été assassiné cinq ans plus tôt et qui vient d’assister au meurtre de Martin Luther King. Je veux démontrer qu’il savait qu’il allait être assassiné et que malgré cela il a décidé de s’engager dans les primaires. »

5. Parce que, si l’on en croit Thierry Gandillot, la construction proche du thriller et notamment la fin méritent le détour, avec un «coup de théâtre final où Marc Dugain confirme qu’il est un as de la manipulation».

Ils vont tuer Robert Kennedy
Marc Dugain
Éditions Gallimard
Roman
400 p., 22,50 €
EAN : 9782072697104
Paru en août 2017

Ce qu’en dit l’éditeur
Un professeur d’histoire contemporaine de l’université de Colombie-Britannique est persuadé que la mort successive de ses deux parents en 1967 et 1968 est liée à l’assassinat de Robert Kennedy. Le roman déroule en parallèle l’enquête sur son père, psychiatre renommé, spécialiste de l’hypnose, qui a quitté précipitamment la France avec sa mère à la fin des années quarante pour rejoindre le Canada et le parcours de Robert Kennedy. Celui-ci s’enfonce dans la dépression après l’assassinat de son frère John, avant de se décider à reprendre le flambeau familial pour l’élection présidentielle de 1968, sachant que cela le conduit à une mort inévitable. Ces deux histoires intimement liées sont prétexte à revisiter l’histoire des États-Unis des années soixante. Contre-culture et violence politique dominent cette période pourtant porteuse d’espoir pour une génération dont on comprend comment et par qui elle a été sacrifiée. Après La malédiction d’Edgar et Avenue des Géants, Marc Dugain revient avec ce roman ambitieux à ses sujets de prédilection où se côtoient psychose paranoïaque et besoin irrépressible de vérité.

Autres critiques
Babelio 
Les Échos (Thierry Gandillot)
France Inter – émission Boomerang d’Augustin Trapenard
Fragments de lecture… Les chroniques littéraires de Virginie Neufville

Les premières pages du livre
« Avant que notre relation amoureuse ne débute, Lorna avait une façon inquiétante de me fixer pendant les cours. Je ne comprenais pas ce qui suscitait l’intérêt de cette beauté pour un sexagénaire abîmé. Quelque chose ne collait pas entre cette grande femme blonde aux traits délicats et un homme comme moi. Au début, j’ai pris son inclination pour le jeu de séduction d’une étudiante envers son professeur. Ensuite je l’ai suspectée de travailler pour la CIA et je dois vous confesser qu’il m’arrive encore de le penser, même si c’est me donner une importance exagérée. J’ai aussi imaginé qu’elle cherchait un père de substitution, que je lui paraissais adapté pour ce rôle. Désirer un homme tellement plus âgé révèle chez une femme un rapport particulier à son père, comme si elle voulait le garder auprès d’elle. Il m’est arrivé de lui reprocher cette attraction pour moi et de lui dire qu’elle dénotait dans sa psychologie des failles inquiétantes dont je me blâme de profiter. Parfois, cette relation aux limites de l’indécence me semble presque incestueuse. Je crains de m’afficher en public avec elle, le regard scrutateur des autres me blesse. Je suis incapable de justifier notre relation autrement que par le fait que je ne sais pas y renoncer. »

Extrait
« L’Irlande, un des plus petits pays du monde, avait produit plusieurs millions de migrants, phénomène accentué par la grande famine du xixe siècle. Aucun d’entre eux n’était parvenu si haut dans la hiérarchie humaine. Cet Irlandais-là était devenu le premier homme de la première des nations. Et on venait de l’abattre depuis un dépôt de livres, à Dallas, d’une balle dans la tête. Mais pour ma mère, Kennedy n’était pas seulement le premier des Irlandais, il avait ouvert la première période de modernité d’après guerre en laissant sur place les conservateurs protestants rances qui avaient fait l’histoire du siècle jusque-là. À Dallas Texas, chez les plus conservateurs des Américains, on avait tiré sur sa génération. Mon père avait appris la nouvelle à la radio en revenant à la maison. Comme ma grand-mère, il n’aimait pas particulièrement Kennedy, mais il mesurait l’onde de choc qu’allait provoquer ce drame. »

À propos de l’auteur
Marc Dugain est né au Sénégal où son père était coopérant. Il est revenu en France à l’âge de sept ans et durant son enfance, il accompagnait son grand-père à La maison des Gueules cassées de Moussy-le-Vieux, château qui avait accueilli les soldats de la Première Guerre mondiale mutilés du visage.
Il obtient ensuite son diplôme de l’Institut d’études politiques de Grenoble et travaille dans la finance avant de devenir entrepreneur florissant dans l’aéronautique.
Avant son premier roman, Marc Dugain n’avait jamais écrit, excepté un bon millier de lettres à son amie d’enfance et quasi-sœur, l’écrivain Fred Vargas.
A trente-cinq ans, il commence une carrière littéraire en racontant le destin de son grand-père maternel, gueule cassée de la guerre de 14-18: ce sera La Chambre des officiers, publié en 1999 et qui le fera connaître. Il n’obtiendra pas moins de 20 prix littéraires dont le prix des libraires, le prix des Deux-Magots et le prix Roger-Nimier.
Il s’intéresse ensuite à la vie de John Edgar Hoover, chef trouble du FBI pendant quarante-huit ans dans La Malédiction d’Edgar (2005), à la Russie et la catastrophe du sous-marin Koursk sous Vladimir Poutine dans Une exécution ordinaire (2007), ou encore au destin du tueur en série américain Edmund Kemper dans Avenue des géants. De 2014 à 2016, il publie une trilogie politique qui explore les arcanes de la politique française: L’Emprise, Quinquennat et Ultime partie. Il est également chroniqueur, essayiste, réalisateur et scénariste. Il a réalisé plusieurs grandes enquêtes notamment sur le naufrage du sous-marin Koursk et sur le crash du MH 370. (Source : babelio.com / Gallimard).

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L’été en poche (31)

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Montecristo

En 2 mots
La probabilité de trouver deux billets de cent francs suisses avec le même numéro est quasiment nulle. Quand Jonas Brand entre en leur possession, il ne s’imagine pas ce qui l’attend. Un thriller économique éclairant.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Si vous voulez en savoir plus…
Ma chronique complète publiée lors de la parution du roman en grand format

Les premières lignes

L’avis de… Delphine Peras (L’Express)
« Le romanesque n’est pas en reste dans ce scénario machiavélique: tueur à gages, confrérie secrète, chasse à l’homme, Mata Hari surdouée, des seconds rôles peaufinés. Et, surtout, un antihéros attachant, sentimental, un peu déprimé, affolé mais opiniâtre. »

Vidéo


Martin Suter présente « Montecristo», traduit de l’allemand par Olivier Mannoni. © Production librairie Mollat

La dernière licorne

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En deux mots
Roman d’aventure, thriller et conte ésotérique… La chasse aux vestiges de l’arche de Noé va mettre aux prises idéalistes, bandes mafieuses et illuminés. Une quête passionnante.

Ma note
etoileetoileetoileetoile(j’ai adoré)

La dernière licorne
Tobby Rolland
Éditions Presses de la Cité
Roman
traduit de l’anglais (États-Unis) par
594 p., 22 €
EAN: 9782258144873
Paru en mai 2017

Où?
Le roman se déroule dans le monde entier en neuf courses et nous conduit successivement en Arménie, au Vatican à Kaliningrad, Bordeaux, Toulouse, Melbourne, Ambert, puis à Hong Kong, à Chartres, à Igdir avant un retour par Paris: On prend ensuite la direction de Nakhitchevan avec un détour par Monreale, Nakhitchevan. Le roman se poursuit vers Ishak Pacha, Bazargan et Dogubayazit avant de s’achever au pied du grand Grand Ararat.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Un thriller ambitieux au rythme effréné. Une intrigue historique diaboliquement séduisante qui embarque le lecteur dans une course folle, de Bordeaux à Erevan en passant par le Vatican et Hong Kong, à la poursuite d’un secret qui n’est rien de moins que celui de l’humanité tout entière.
Turquie, marché d’Igdir. Aman, la fillette kurde dont la famille est gardienne millénaire du mystère de l’Ararat, n’aurait pas dû accepter cette licorne en bois… Elle savait que c’était interdit.
Melbourne, Parlement mondial des religions. Un rapport secret est alarmant : les glaces du mont Ararat fondent inexorablement. L’« anomalie d’Ararat », cette forme détectée au coeur du glacier, est-elle « la » preuve que l’arche de Noé s’y est échouée comme le racontent la Torah, la Bible et le Coran ?
Arménie, Etchmiadzine. Quatorze mercenaires font irruption dans la cathédrale pour s’emparer d’une relique inestimable : un fragment de l’arche. Leur but : ne laisser aucun témoin. C’est le déclenchement d’une vague de meurtres aux quatre coins du monde.
Vatican, enfer de la Bibliothèque apostolique. Zak Ikabi, ethnologue et aven¬turier, a moins de trois minutes pour photographier l’original du sulfureux Livre d’Enoch. Quel secret, dont dépend l’avenir de toutes les religions, relie les mythes de l’arche, du Déluge et des licornes ?
Université de Toulouse-Le Mirail, laboratoire du DIRS. La glaciologue Cécile Serval se trouve nez à nez avec Zak, venu lui dérober son rapport secret. C’est le début d’une course qui nous emporte de l’Arménie au Vatican, du Nakhitchevan à Hong Kong… Pour s’achever sur les flancs de l’Ararat…
Là où la vérité dépasse l’imagination.

Ce que j’en pense
Il y a à la fois du Jules Verne et du Dan Brown dans ce premier roman étonnant à plus d’un titre. À commencer par cette déclaration liminaire qui nous explique que tout est vrai dans ce récit, « qu’il s’agisse des témoignages des chercheurs d’arche, de l’énigme scientifique posée par l’anomalie d’Ararat, des révélations sur les animaux unicornes, sur le déluge universel, sur le Livre d’Enoch et les anges. Bien que peu croyables, ces thèses sont défendues en dehors de ce livre, par les scientifiques les plus sérieux jusqu’aux blogueurs les plus farfelus. »
Tobby Rolland ne s’est toutefois pas contenté de rassembler une solide documentation, il a su la mettre au service d’une mise en scène épique, riche de rebondissements et d’épisodes qui vont se dérouler sur tout le globe, entraînant le lecteur dans une course-poursuite sanglante. Car il ne s’agit rien de moins que de sauver l’humanité! Du moins, si l’on s’en tient aux aspirations les plus nobles. Car un groupe de truands de haut-vol va lui aussi se mettre à la recherche des preuves scientifiques, des fragments d’arche, de témoignages et documents.
Dès les premières pages les pièces du puzzle vont se mettre en place. Un voleur intrépide va réussir à s’infiltrer dans la bibliothèque secrète du Vatican et photographier les pages d’ouvrages restés secrets à ce jour. Quelques jours plus tard, on le retrouve dans un musée de Bordeaux où il s’intéresse à un vestige bien particulier. Mais avant même que la police n’arrive sur les lieux, il est pris en chasse par des tueurs qui n’ont eux aucun scrupule à éliminer tous ceux qui entraveraient leurs noirs desseins.
À Melbourne, le Parlement mondial des religions suit l’affaire avec autant de crainte que d’intérêt. Grâce à son réseau international, il espère lui aussi pouvoir arrêter cette quête susceptible de mettre à mal toutes les croyances. La prochaine pièce du dossier est du reste une étude initiée par le parlement et confiée à une glaciologue toulousaine. Bien entendu, notre Arsène Lupin, qui répond au doux nom de Zak Ikabi, va faire irruption dans son bureau. Mais Cécile Serval, la scientifique qui a réalisé l’étude, va refuser de lui transmettre le précieux document. Toujours traqué par la bande de tueurs, il choisit de fuir en prenant la jeune femme ainsi qu’un professeur en otage.
Après de nouvelles péripéties – tout aussi distrayantes – le dossier se complète jusqu’à l’ultime étape qui va mener notre trio au pied du Mont Ararat. Bien entendu, je ne dirais rien de l’épilogue, ni même du titre énigmatique de cet excellent suspense. Disons tout simplement que ce périple nous permettra de découvrir un pan essentiel de l’histoire des religions et, cerise sur le gâteau, à nous faire réfléchir sur la manière dont les théologiens s’en sont emparés. C’est distrayant et passionnant. C’est une belle réussite!

Autres critiques
Babelio
Lelittéraire.com (Serge Perraud)
Le Point (Julie Malaure)
Blog Des livres, des livres
Blog Le sentier des mots 
Blog Andrée la papivore
Blog livres for fun
Blog culturevsnews 

Les premières pages du livre

Extrait
« – Vous… vous êtes un dingue… Un malade en cavale.
– Je ne suis pas fou.
Cécile fit pivoter son siège, assura sa voix.
– Et qu’est-ce que c’est, vos Nephilim ?
– C’est compliqué. Une association de riverains du mont Ararat, si vous voulez. Du genre pas vraiment contente qu’on aille fouiner là-haut chez elle. Une armée de défense des secrets de l’Arche de Noé, vous voyez le style, un peu créationniste sur les bords… Ça m’arrive de les croiser. Le monde des chercheurs d’Arche est un petit monde.
– Je vois… Même passion, mais il y a les bons et les méchants.
– C’est un peu ça.
– Pourquoi ce nom ? Nephilim ?
– C’est du chaldéen. Les Nephilim sont les héros des premières lignes de la Bible. Des géants, selon la traduction usuelle, mais le terme de Nephilim revêt plusieurs significations. D’ailleurs, si…
– OK, coupa Cécile. J’ai saisi l’essentiel ! Va pour vos Nephilim. Et vous, vous êtes qui ? Indiana Jones ? Benjamin Gates ?
Sans cesser de serrer la crosse du revolver, Zak esquissa un sourire.
– Il y a de ça, oui… Un passionné d’Arche. C’est une longue histoire.
– Mais pacifiste ?
– Ouais.
– Ben voyons…
Zak jeta un nouveau coup d’œil discret par la fenêtre avant de répondre.
– Ne plaisantez pas, mademoiselle Serval. Ces Nephilim sont des assassins. Ils sont à nos trousses. Ils…
La question gicla :
– Cette boucherie en Arménie, dans la cathédrale d’Etchmiadzine, c’étaient les Nephilim ? […]
– C’étaient eux. À Bordeaux aussi. Et… et ce n’est que le début du jeu de massacre. […]
– Et, bien entendu, vous allez me dire que vous ne pouvez rien raconter à la police parce que vous êtes recherché et qu’ils vous coffreraient avant que vous n’ayez pu prononcer un mot… Et pourtant, vous seul pouvez sauver ce qui peut l’être encore. La face du monde. Le secret de l’arche de Noé.
– Exact, mademoiselle Serval. C’est exactement cela. »

A propos de l’auteur
Tobb Rolland, depuis son plus jeune âge, est passionné d’énigmes historiques, de mystères ésotériques et de chasses au trésor. C’est d’ailleurs en lisant, il y a plus de 30 ans, « L’Homme qui voulut être roi » de R. Kipling qu’il imagine sa « véritable histoire de l’arche de Noé ».
Cette curiosité au monde et à ses mystères le pousse à suivre des études de relations internationales et de géopolitique. Après un diplôme de sciences politiques, il devient haut-fonctionnaire en poste dans plusieurs ambassades d’Asie centrale et du Moyen-Orient, fonctions qu’il exerce toujours actuellement. Spécialiste des questions diplomatiques linguistiques, et religieuses, il a tissé pendant une vingtaine d’années un solide tissu de connaissances et de relations sur des aires culturelles variées.
Passionné par son action en faveur de la démocratie dans un monde complexe et mouvant, il n’en oublie cependant pas cette fantaisie originelle qui l’a amené à poursuivre une carrière de citoyen engagé.
Né d’un rêve d’enfant, La Dernière Licorne est son premier roman. Tobby Rolland a 53 ans. (Source : Presses de la Cité)

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Water knife

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En deux mots
L’eau est devenue une denrée si précieuse le long du Colorado qu’elle donne lieu à un combat sans merci entre États et mafias. Un mercenaire, une journaliste, une réfugiée vont se retrouver au cœur de l’affrontement à Phoenix pour un thriller implacable qui met en lumière l’un des problèmes écologiques majeurs des prochaines années.

Ma note
etoileetoileetoile (beaucoup aimé)

Water knife
Paolo Bacigalupi
Éditions Au Diable vauvert
Roman SF
traduit de l’anglais (États-Unis) par Sara Doke
490 p., 23 €
EAN : 9791030700688
Paru en octobre 2016

Où?
Le roman se déroule aux États-Unis, principalement dans le Sud du Nevada, l’Arizona et la Californie, entre Las Vegas, Carver City et Phoenix.

Quand?
L’action se situe dans un avenir (peut-être) pas très lointain.

Ce qu’en dit l’éditeur
La guerre de l’or bleu fait rage autour du fleuve Colorado. Détective, assassin et espion, Angel Velasquez coupe l’eau pour la Direction du Sud Nevada qui assure la survie de Las Vegas. Lorsque remonte à la surface la rumeur d’une nouvelle source, Angel gagne la ville dévastée de Phoenix avec une journaliste endurcie et une jeune migrante texane…
Quand l’eau est plus précieuse que l’or, une seule vérité régit le désert: un homme doit saigner pour qu’un homme boive.

Ce que j’en pense
Un point d’histoire et de géographie est peut-être nécessaire avant de se plonger dans ce thriller noir. Le fleuve Colorado irrigue l’Arizona, la Californie, le Colorado, le Nevada, le Nouveau-Mexique, le Wyoming et l’Utah. En 1922, les représentants de ces territoires se sont partagé les eaux du fleuve. Le Nevada, par exemple, comptait alors 77000 habitants et si vit attribuer 2% du total. Le problème, c’est qu’aujourd’hui 1,8 million de personnes vivent dans la seule agglomération de Las Vegas. Du coup, il est facile de comprendre pourquoi l’eau est un sujet brûlant, surtout quand on choisit de mettre les thèmes écologiques au cœur de son œuvre.
Water Knife nous plonge dans un scénario à la Mad Max, sauf que cette fois les bandes rivales ne luttent plus pour le pétrole, mais bien pour l’eau, dont on a compris qu’elle représente le bien le plus précieux de cette région désertique des Etats-Unis, qu’il s’agisse du liquide lui-même ou des «Droits à l’eau» dont la valeur grimpe au fur et à mesure que les ressources diminuent.
Le roman s’ouvre sur une scène d’apocalypse : un commando mené par Angel Velasquez prend d’assaut le complexe de traitement d’eau de Carver City et n’hésite pas à le détruire, après avoir expliqué au personnel qu’il disposait d’une décision de justice reconnaissant l’illégalité de cette exploitation au détriment de l’État du Nevada. Au fil de récit, on va comprendre l’enjeu vital de cette nouvelle guerre pour la Californie, le Nevada et l’Arizona et principalement pour Las Vegas et Phoenix. Située en aval de sa rivale du Nevada, cette dernière ne peut laisser la ville des casinos pomper toute la ressource disponible

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Aux mercenaires à la solde des gouvernements s’opposent des mafias solidement installées. Au milieu de leur affrontement, les populations sont prises en otage, essayant de trouver elles aussi de quoi étancher leur soif.
Plongé au cœur de la bataille, le lecteur va suivre la lutte sanglante pour les fameux Droits à l’eau, la lutte pour leur survie des femmes et des hommes qui passent leur journée à rechercher le précieux liquide et qui, dès qu’ils en trouvent en quantité, essaient de le monnayer aux plus offrants.
Angel, qui travaille pour Catherine Case, responsable du service des eaux de Las Vegas, va lui aussi se trouver au cœur de la mêlée du côté de Phoenix où – semble-t-il – une nouvelle source va pouvoir être exploitée. C’est là qu’il va croiser Lucy, une journaliste qui sent le Scoop comme le sourcier un bon filon. Sauf que leur curiosité va irriter au plus au point tous ceux qui se battent pour assurer un avenir à Phoenix où la température monte aussi vite que la tension. La criminalité explose et les plus pauvres, notamment les réfugiés comme Maria, n’ont guère d’autre choix que de faire profil bas face à l’organisation implacable du «Vet» qui a la mainmise sur la ville. Elle va essayer de rassembler assez de moyens pour fuir, même si elle sent bien que la lutte est inégale. À moins qu’elle ne trouve quelqu’un qui croit en ses rêves.
Paolo Bacigalupi réussit à maintenir le suspense jusqu’à l’épilogue, nous donnant par la même occasion, l’envie de découvrir son premier roman La Fille automate, paru en 2012 et disponible en poche chez J’ai lu.

Autres critiques
Babelio
Blog Just a Word
Blog o livre 
Blog Le fictionaute
Blog La prophétie des ânes 

Les premières pages du livre 

Extrait
« Vous avez passé un accord avec la Californie et on ne m’a rien dit ? Ils sont propriétaires de votre eau et je n’ai pas été prévenu ? Parce que, de mon point de vue, vous pompez grâce à des droits de pacotille que vous avez achetés en seconde main à un fermier du Colorado occidental et vous n’avez plus une seule carte en main. Cette eau aurait dû nous revenir depuis longtemps. C’est écrit sur les papiers que je viens de vous donner.
Yu lui décocha un regard maussade.
— Allez, Yu, reprit Angel avec légèreté en lui donnant une petite claque sur l’épaule. Ne faites pas cette tête. Nous connaissons tous les deux les règles depuis assez longtemps pour savoir quand on a perdu. La Loi du Fleuve dit que les droits plus anciens gagnent le jackpot. Les plus récents ? (Angel haussa les épaules.) Pas grand-chose.
— Quelle patte avez-vous graissée ? demanda Yu. Stevens ? Arroyo ?
— Ça a de l’importance ?
— C’est la vie de cent mille personnes !
— Ils n’auraient pas dû parier sur d’aussi mauvais chevaux alors, commenta Gupta depuis l’autre côté de la salle de contrôle où elle vérifiait les moniteurs de pompage.
Angel cacha un sourire satisfait tandis que Yu se tournait vers la jeune femme d’un air méchant.
— La soldate a raison, Yu. Vous avez votre notification. Nous vous offrons vingt-cinq minutes supplémentaires pour sortir. Après cela, je vais lâcher mes Hades et mes Hellfire. Vous feriez mieux de vous tirer avant le feu d’artifice.. »

À propos de l’auteur
Paolo Bacigalupi est devenu en quelques années la star mondiale de la SF. Son premier roman, La Fille automate, a été un choc mondial et est lauréat aux USA en 2010 des prix Nébula, Hugo, Locus et Campbell, et en France des prix des Bloggeurs, Bob Morane, Une autre terre et du Grand Prix de l’Imaginaire 2013. Auteur de formidables romans d’aventures pour les ados, il a également publié Ferrailleurs des mers, finaliste du National Book Award et lauréat du prix Michael Printz, Les Cités englouties, Zombie Ball et L’Alchimiste de Khaim. Il reçoit à nouveau en mai le Grand Prix de l’Imaginaire 2015 pour le recueil de ses nouvelles primées aux États-Unis, La Fille-flûte, un chef-d’œuvre. Tous ses livres sont parus en France au Diable vauvert. (Source : Éditions Au diable vauvert)

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Mâcher la poussière

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En deux mots
Ayant tué le neveu d’un chef de la mafia, un baron est condamné à rester cloîtré dans un palace. Comment va-t-il affronter ce châtiment ? Parviendra-t-il à fuir?

Ma note
etoileetoileetoileetoile(j’ai adoré)

Mâcher la poussière
Oscar Coop-Phane
Éditions Grasset
Roman
320 p., 19 €
EAN : 9782246854951
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule principalement dans un hôtel d’une ville du Sud qui n’est pas nommée, mais qui pourrait être Palerme, car il met en scène un baron dont la propriété est située en Sicile.

Quand?
L’action n’est pas précisément située dans le temps, disons l’époque contemporaine.

Ce qu’en dit l’éditeur
Dans un grand hôtel sans âge vit un homme singulier. Ayant tué le neveu d’un chef mafieux de Palerme, le voici assigné à résidence, condamné à attendre la mort dans cette prison dorée. Enfermé dans sa chambre, les salles de bal, de réception, les cuisines et sous-sols qu’il verra se faner et renaître, surveillé par les hommes qui le gardent au dehors et ceux qui, à l’intérieur, le dupent, le baron en lin blanc lime les jours en cherchant, entre ces centaines de murs, un semblant d’existence.
Il puise son oxygène auprès d’Isabelle, la jeune femme de chambre dont la fraîcheur l’attire ; de Joseph, le barman auquel chaque soir il parle en s’enivrant ; de Matthieu qui, juché derrière le comptoir de la réception, connaît tout le monde et surveille chacun. Les jours passent entre joies volées à de rares clients (un jeune couple lumineux, un écrivain célèbre qu’on jurerait être Raymond Roussel), aventures précieuses, débauches provisoires, fêtes privées et trahisons secrètes.
Inspiré d’une histoire vraie, ce roman sur un huis clos qui dure toute une vie prouve une fois encore l’incroyable talent d’Oscar Coop-Phane. Il y décortique les âmes de ses personnages et offre au lecteur la plus belle des évasions par la seule grâce des mots.

Ce que j’en pense
Il y a du Dino Buzzati dans le nouveau roman d’Oscar Coop-Phane. À la fois par son atmosphère et par sa dramaturgie, sans oublier la petite touche surréaliste et le côté un peu suranné du style. Davantage proche de sa nouvelle Sept étages que du célèbre Désert des Tartares, il nous propose de suivre l’existence peu ordinaire du baron Stefano.
L’argument – j’allais écrire «de cette pièce» tant le côté théâtral est présent – est tiré d’un fait divers réel, celui d’un homme condamné par la mafia à ne plus sortir de l’endroit où il est assigné à résidence.
L’acte I, pour continuer à filer la métaphore théâtrale, se déroule sur le domaine du baron Stefano où un jeune garçon perturbe la quiétude du propriétaire en tentant de lui voler des olives. Qui sans autre forme de procès l’abat d’un coup de fusil ! Ce qu’il ne sait pas, c’est que la victime est le fils de l’un des chefs de la mafia locale. En représailles, ce dernier décide de l’assigner à résidence dans un grand hôtel avec interdiction d’en sortir.
Acte II : nous suivons le quotidien du baron dans la chambre de son palace et dans l’hôtel, de la réception au bar en passant par les ascenseurs et les couloirs, son périmètre autorisé. Il s’agit de tuer le temps, d’oublier la solitude. Parmi les récréations qu’il peut s’offrir, l’alcool et la drogue vont jouer un rôle non négligeable et accompagner le baron dans ses errances. Et si les clients passent et ne peuvent être qu’anecdotiques, le personnel va quant à lui jouer les premiers rôles. Le barman est chargé de l’approvisionnement de toutes ces substances permettant à son plus fidèle client de gagner des paradis artificiels ou à tout le moins, de voir la vie différemment. Outre cette fonction commerciale, il va aussi prêter une oreille plus ou moins attentive à Stefano, lorsque ce dernier est en mal de confidences.
Le concierge va quant à lui se transformer en employé de Stefano. Il devient l’informateur officiel, pour ne pas dire l’espion, du baron. Il surveille les allées et venues, prévient en cas d’événement sortant de l’ordinaire et se charge de dresser la biographie des clients les plus intéressants, tel ce pensionnaire descendu à l’hôtel pour mettre fin à ses jours (et qui rappelle furieusement Raymond Roussel retrouvé mort dans sa chambre d’Hôtel à Palerme).
Mais le rôle principal sera octroyé à Isabelle, jeune et belle serveuse de 17 ans, dont le baron aimerait qu’elle partage avec lui bien davantage que le petit-déjeuner qu’elle lui porte dans sa suite. Entre les pulsions de l’un et les rêves d’émancipation de l’autre, un contrat s’esquisse.…
Acte III : Le baron est informé que le Parrain qui l’a condamné vient de mourir. L’heure de retrouver la liberté a-t-elle sonné ? Il serait dommage d’en dire davantage. Laissons au lecteur le plaisir de l’épilogue et revenons, pour conclure,
à Dino Buzzati. Rappelons que l’auteur italien a eu l’idée d’adapter son roman en pièce de théâtre. Baptisée Un cas intéressant, elle a connu un joli succès, notamment en France où Albert Camus s’est chargé de la traduction et de l’adaptation. J’imagine que Mâcher la poussière pourrait connaître un destin semblable. À moins que le grand écran ne décide de s’octroyer les droits d’adaptation. Car ce roman ferait aussi un film formidable !

Autres critiques
Babelio
Télérama (Christine Ferniot)
BibliObs (Jérôme Garcin)
France Culture (Les Émois – François Angelier)
GQ magazine (Léonard Desbrières)

CultureBox (Jonathan Grimmer)
Le Vif (François Perrin)
Le nouveau blog littéraire de Pierre Ahnne

Les premières pages

Extrait
« Tu ne sais pas qui je suis. J’ai tué – je ne regrette rien. S’il fallait l’achever une fois de plus ce petit crétin malheureux, je me ferais un plaisir de tirer la première balle. Tant pis si je suis prisonnier – bagnard de l’hôtel. Tu ne trouveras pas sur mes bras les dessins de mes forfaits, l’encre tatouée des criminels. J’ai la même chair pourtant. Les muscles qui, un jour, ont fait couler le sang d’un autre ne se contractent plus de la même manière. Le meurtre est gravé en eux, et ça, aucun tatouage n’y changera rien. Les corps ont la mémoire de leurs puissances – de leurs faiblesses aussi. Un corps qui un jour a pu en détruire un autre ne pourra plus jamais oublier qu’il en est capable. »

A propos de l’auteur
Oscar Coop-Phane est né en 1988. Il a publié trois romans aux éditions Finitude (Zénith-Hôtel, Prix de Flore 2012, Demain Berlin en 2013, et Octobre en 2014). (Source: Éditions Grasset)

Site Wikipédia de l’auteur 

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L’Amie prodigieuse I, II, III

coup_de_coeur

Celle qui fuit et celle qui reste est une superbe réussite et peut très bien se lire sans avoir mis le nez dans les deux premiers tomes, d’autant que l’auteur nous offre la galerie des personnages dès le début du récit. 

L’Amie prodigieuse
Elena Ferrante
Éditions Gallimard
Roman
traduit de l’italien par Elsa Damien
400 p., 23,50 €
EAN : 9782070138623
Paru en octobre 2014

Le nouveau nom – L’Amie prodigieuse II
Elena Ferrante
Éditions Gallimard
Roman
traduit de l’italien par Elsa Damien
560 p., 26,50 €
EAN : 9782070145461
Paru en janvier 2016

Celle qui fuit et celle qui reste – L’Amie prodigieuse III
Elena Ferrante
Éditions Gallimard
Roman
traduit de l’italien par Elsa Damien
480 p., 23 €
EAN : 9782070145461
Paru en janvier 2017

L’enfant perdue – L’Amie prodigieuse IV
Elena Ferrante
Éditions Gallimard
à paraître en septembre 2017

Où?
Cette tétralogie se déroule principalement à Naples, mais nous fait aussi voyager à Ischia, à Pise, à Rome, à Florence.

Quand?
L’action se situe dans les années 1950, puis durant les décennies suivantes.

Ce qu’en dit l’éditeur
Après L’amie prodigieuse et Le nouveau nom, Celle qui fuit et celle qui reste est la suite de la formidable saga dans laquelle Elena Ferrante raconte cinquante ans d’histoire italienne et d’amitié entre ses deux héroïnes, Elena et Lila.
Pour Elena, comme pour l’Italie, une période de grands bouleversements s’ouvre. Nous sommes à la fin des années soixante, les événements de 1968 s’annoncent, les mouvements féministes et protestataires s’organisent, et Elena, diplômée de l’École normale de Pise et entourée d’universitaires, est au premier rang. Même si les choix de Lila sont radicalement différents, les deux jeunes femmes sont toujours aussi proches, une relation faite d’amour et de haine, telles deux sœurs qui se ressembleraient trop. Et, une nouvelle fois, les circonstances vont les rapprocher, puis les éloigner, au cours de cette tumultueuse traversée des années soixante-dix.
Celle qui fuit et celle qui reste n’a rien à envier à ses deux prédécesseurs. À la dimension historique et intime s’ajoute même un volet politique, puisque les dix années que couvre le roman sont cruciales pour l’Italie, un pays en transformation, en marche vers la modernité.

Ce que j’en pense
*****
Je connais un excellent remède contre la déprime hivernale. Il a pour nom L’Amie prodigieuse et vous guérira sans aucun effet secondaire. En revanche, il faudra vous préparer à un marathon de lecture, surtout si vous décidez de commencer la saga par le tome I (Avec la parution du troisième volume, les deux premiers sont désormais disponibles en poche chez Folio).
Rien ne vous empêche toutefois de commencer avec le volume II, voire avec le volume III car Elena Ferrante est comme le bon vin, elle se bonifie au fur à et mesure.
Partant de ce principe, la rédaction du magazine Lire va devoir se préparer à décerner pour la seconde année consécutive son prix du meilleur roman de l’année à l’auteur qui veut rester anonyme puisque Le Nouveau nom a été couronné en 2016 et qu’à mon sens Celle qui fuit et celle qui reste est jusqu’à présent le meilleur des trois… en attendant le quatrième et dernier tome !
Mais commençons par le commencement et L’amie prodigieuse qui nous entraîne dans le Naples des années 50. C’est là que va naître une indéfectible amitié – même si elle va subir de nombreux accrocs – entre Elena Greco, dite Lenù ou Lenuccia, la narratrice, et Rafaella Cerullo, dite Lina ou Lila. Deux gamines qui vivent dans un quartier pauvre de la ville et que nous verrons grandir jusqu’à l’adolescence.
Grâce au choix de deux filles au passé, à la famille et à la psychologie bien différente, le classique roman de formation prend une dimension sociale, voire politique. Lina la petite rebelle aime bien provoquer et prendre des initiatives, mais aussi profiter de son statut d’élève surdouée pour vouloir tout régenter. Lenù la timide semble se complaire dans le rôle de suivante, même si – aiguillonnée par son amie – elle va également réussir sa scolarité. Alors que Lina se transforme en femme fatale et va davantage s’intéresser aux garçons qu’à ses études, Elena tente de cacher ses rondeurs et son acné derrière des lunettes d’intellectuelle.
Voici venu le moment de dire que de nombreux personnages, pas si secondaires que cela puisqu’on va en retrouver beaucoup dans les volumes suivants, viennent enrichir le roman et le rendre quelquefois aussi un peu difficile à suivre.
Choisissons-en quelques-uns dans la famille de Lila pour commencer. La jeune fille rêve de sortir de la misère en imaginant que son père cordonnier pourrait ouvrir une boutique de chaussures de luxe que son frère Rino aurait créées.
Sa mère, dont le rôle le plus joyeux semble être de surveiller sa progéniture avec extrême rigueur. Le père de Lenù est appariteur à la mairie de Naples, sa mère peut être apparentée à une sorcière. Ajoutons-y Don Achille, à qui on confiera le rôle de l’ogre, Mme Oliviero l’institutrice qui sera la bonne fée, Donato Sarratore dont le métier ne cheminot ne va pas enpêcher de taquiner la muse, Pasquale le maçon communiste, Antonio le mécanicien courageux et Stefano le charcutier-épicier qui va jeter son dévolu sur Lina et finir par l’épouser.
La noce qui clôture ce premier tome restera sans doute longtemps dans votre mémoire, notamment en raison de la présence de deux frères qui vont s’inviter à la fête.

* * * * * * * *

Avec Le Nouveau nom nous avons basculé dans les années soixante. Lina semble devoir être la reine du quartier, mais on comprend assez vite que sa nouvelle vie de couple n’est pas précisément ce à quoi elle aspirait : «Si rien ne pouvait nous sauver, ni l’argent, ni le corps d’un homme, ni même les études, autant tout détruire immédiatement. »
Voilà Lina jalouse de Lenù qui continue à suivre ses études et n’a pourtant pas non plus une vie facile. Si le parcours des deux amies semblent les éloigner l’une de l’autre, elles vont finir par se retrouver pour des vacances communes à Ischia. C’est là, dans un décor idyllique au bord de la mer, qu’Elena Ferrante a choisi de nous offrir l’épisode choc de ce second tome. On y verra la grandeur et surtout la décadence de la belle Lila et la chrysalide Lenù se transformer en papillon et entamer la danse de la séduction, empruntant par la même occasion les habits de la Fée bleue. Cette histoire, imaginée par Lila et saluée par Mme Oliviero, est le symbole de leurs parcours croisés. Lila aurait dû être écrivain, mais c’est Lenù qui endosse le rôle et va chercher à devenir une intellectuelle reconnue, une bourgeoise établie, même si elle promène aussi un sentiment de culpabilité vis à vis de cette amie-ennemie. Car on le sait bien, qui aime bien châtie bien.
Il n’est par conséquent pas étonnant de voir ce second tome se clore sur une double naissance: celui d’un fils pour Lila, celui d’un livre pour Elena.

* * * * * * * *

Comme je l’ai souligné en introduction de cette chronique qui présente les trois tomes de cette saga, Celle qui fuit et celle qui reste est une superbe réussite et peut très bien se lire sans avoir mis le nez dans les deux premiers tomes, d’autant que l’auteur nous offre un résumé et la galerie des personnages dès le début du récit. Nous sommes désormais au seuil des années 1970, au moment où il semble bien que l’amitié entre Elena et Lila a volé en éclats. Éloignées géographiquement et sentimentalement, les deux femmes ont désormais des trajectoires diamétralement opposées, même si leur aspiration à la liberté reste toujours aussi forte et aussi difficile. Après la parution de son roman, Elena va rejoindre son fiancé Pietro à Florence, tandis que Lila, qui a réussi à se séparer de son mari violent, doit subvenir à ses besoins et à ceux de son fils Gennaro en travaillant dans une usine de charcuterie non loin de chez elle, en banlieue napolitaine. Alors que l’une tente d erefaire sa vie avec Enzo, l’autre essaie d’oublier le beau Nino. Autour d’elles, l’Italie est aussi en train de basculer dans la violence, les révoltes étudiantes et les années de plomb.
La grand talent d’Elena Ferrante – et c’est sans doute ce qui rend son roman aussi addictif – est justement de parvenir à faire de petits détails biographiques un matériel historique qui nous permet de littéralement «vivre» la période traversée. L’influence de la camorra dans les quartiers populaires de Naples, les tensions entre groupuscules fascistes et révolutionnaires d’extrême-gauche sont ici incarnées, tout comme le machisme que l’on dépeint trop souvent comme ordinaire et qui aliène pourtant la presque totalité des femmes, y compris lorsqu’elles ont un statut social plus élevé.
Rendez-vous à la rentrée littéraire de septembre pour découvrir L’Enfant perdue, le dernier volet de cette tétralogie.

Autres critiques
Babelio 
BibliObs (Didier Jacob – avec extraits d’un recueil d’entretiens à paraître en 2018)
Le Figaro (Elena Scappaticci)
Le JDD (Marie-Laure Delorme)
La Croix (Francine de Martinoir)
Le Temps (Eléonore Sulser)
Télérama (Fabienne Pascaud)

Les premières pages du troisième volume

Extrait
« Bref, année après année, la situation me semblait empirer. Lors de cette période pluvieuse, la ville s’était fissurée et un immeuble entier s’était affaissé sur le côté – comme si quelqu’un s’était appuyé sur le bras vermoulu d’un vieux fauteuil et que ce bras avait cédé. Des morts, des blessés. Et puis des cris, des coups et de petites bombes artisanales. On aurait dit que la ville couvait en son sein une furie qui n’arrivait pas à sortir et qui du coup la rongeait, sauf lorsqu’elle surgissait comme une éruption de pustules gonflées de venin qui s’en prenaient à tout le monde : enfants, adultes, vieillards, gens des autres villes, Américains de l’OTAN, touristes de toutes nationalités et Napolitains eux-mêmes. Comment résister, dans ces lieux de désordre et de danger, dans les périphéries, dans le centre, sur les collines ou au pied du Vésuve ? »

A propos de l’auteur
Probablement née à Naples en 1943, ville présente dans ses romans, Elena Ferrante (un pseudonyme) vivrait selon certains en Grèce. Selon d’autres, elle serait retournée s’installer à Turin.
L’auteur dont quasiment rien n’est connu avec certitude, refuse d’être un personnage public et ne s’est pas présentée à la remise des prix, à savoir le Prix Oplonti et le Prix Procida Elsa Morante, que son premier roman « L’Amour harcelant » (L’amore molesto, 1992) avait obtenu. Elle n’accorde aucune interview, à l’exception de celle parue dans le journal « L’Unitá » en 2002. Son deuxième roman « Les jours de mon abandon » (I giorni dell’ abbandono) est sorti en 2002.
Ferrante a également publié « La Frantumaglia » (2003), un recueil de lettres à son éditeur, de textes et de réponses à ses lecteurs où l’auteure parle d’elle-même, de son travail et de son observation du monde. Elle tente de faire comprendre ses raisons de demeurer dans l’ombre, parle d’un désir d’auto-préservation de sa vie privée, d’un souci quelque peu névrotique d’inaccessibilité, de son souci de maintenir entre elle et son lectorat une certaine distance et de ne pas se prêter aux jeux des apparences où risquent de l’entraîner les contacts avec la presse. Elle est fermement convaincue que ses livres n’ont pas besoin d’une 4ème de couverture reproduisant sa photographie et entend qu’ils soient perçus comme des organismes auto-suffisants auxquels la présence de l’auteure ne pourrait rien ajouter de décisif.
« L’Amore Molesto » a été porté à l’écran en 1995 par Mario Martone, avec Anna Bonaiuto dans le rôle de Delia, la fille. Roberto Faenza a adapté « I Giorni dell’Abbandono » en 2005.
En 2011 a été publié le premier volume du cycle « L’amie prodigieuse » (L’Amica geniale) suivi en 2012 du second volume « Le nouveau nom » (Storia del nove cognome). En 2013 paraît « Storia di chi fugge e di chi resta », suivi en 2014 du quatrième et dernier volume, « Storia della bambina perduta ». La tétralogie a notamment connu un énorme succès au Royaume Uni et aux États-Unis.
En 2015, Roberto Saviano propose la candidature de son roman « L’amica geniale » au prix Strega, ce que l’auteur accepte.
Fin septembre 2016, dans différents médias européens, le journaliste Claudio Gatti évoque le nom d’Anita Raja, éditrice et traductrice de Christa Wolf en particulier, épouse de Domenico Starnone (1943), écrivain et journaliste. Ni Anita Raja, ni les éditions E/O, qui publie Ferrante, n’ont cependant confirmé cette hypothèse. (Sources : Babelio, Evène, Wikipedia)

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Missing : New York

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Missing : New York
Don Winslow
Le Seuil policiers
Roman
traduit de l’anglais (USA) par Philippe Loubat-Delranc
300 p., 21,50 €
ISBN: 9782021213119
Paru en mars 2015

Où?
L’action est située aux Etats-Unis, principalement à Lincoln dans le Nebraska et à New York, mais aussi dans de nombreux endroits que traverse Frank Decker tout au long de sa traque comme Reno, Las Vegas, Los Angeles, Sacramento, Stockton, Portland, Seattle, Spokane, Sandpoint ou encore Little Rock, Dallas, Houston, San Antonio, Austin, La Nouvelle Orléans, Memphis, Davenport, Jamestown et les Hamptons.

Quand?
Ce roman policier est situé de nos jours, dans un laps de temps qui court sur plus d’une année entre le début et l’épilogue.

Ce qu’en dit l’éditeur
La première enquête de Frank Decker
Frank Decker, sergent de police à Lincoln, Nebraska, capte sur sa radio de service un « Code 64 », soit un avis de disparition : Hansen, Hailey Marie. Afro-américaine. Âgée de cinq ans. Un mètre six. Seize kilos huit. Cheveux bruns, yeux verts.
Personne n’a rien vu, rien remarqué, rien entendu.
Près de la moitié des enfants assassinés par leur ravisseur sont tués dans l’heure qui suit leur enlèvement et Decker sait juste que Hailey s’est volatilisée avec Magique, son petit cheval en plastique.
Fouilles et interrogatoires, brigade cynophile, battues avec l’aide des flics des comtés voisins : la police fait de son mieux.
Jusqu’à un certain point. Car personne ne l’admet, mais on remue ciel et terre pour retrouver les petites filles blondes, pas les enfants métis de mère modeste et alcoolique.
C’est alors que Decker donne sa démission, fait son sac et part sur les routes à la recherche de Hailey.
Une quête désespérée et solitaire de plusieurs mois, de motels en stations-service, jusqu’à New York et son annexe pour VIP, les Hamptons.
Et là, tout bascule…

Ce que j’en pense
***

« Cheryl Hansen était rentrée pour aller chercher ses cigarettes, laissant Hailey jouer dans le jardin avec son petit cheval en plastique. À son retour, Hailey avait disparu. Cheryl était retournée dans la maison au cas où Hailey y serait, puis partie dans la rue en criant son nom. À ce moment-là, certaines mères du voisinage étaient sorties, et Hailey n’était chez aucune d’elles à jouer avec leurs gamins. » La disparition d’un enfant est sans doute l’un des thèmes les plus émotionnels que peuvent choisir les auteurs de polars et celui-ci ne rate pas son coup. Dès le début, on comprend la difficulté de la tâche confiée à un sergent de police de Lincoln, Nebraska : pas de témoins, pas de trace, pas de revendication. Un peu comme si cette petite fille n’avait jamais existé.
L’auteur de La Griffe du chien réussit, avec cette première enquête confiée à Frank Decker, une sorte de road-movie du désespoir. Obsédé par cette enquête, il quitte sa femme et démissionne pour pouvoir prendre la route et tenir la promesse faite à la mère désespérée : retrouver son enfant. Une mission qui tient du vœu pieux, mais qu’un coup de fil va finir par débloquer, après des semaines d’errance.
Même s’il y a encore loin d’un témoignage un peu flou à la découverte de la vérité, Frank Decker ne va plus lâcher le fil qu’il a pu attraper, même s’il va se mettre lui-même en danger. Sur ses pas, le lecteur n’aura guère d’autre choix que de suivre à son tour la piste et frissonner à chaque nouveau rebondissement. Avec cette question lancinante : Hailey est-elle toujours en vie ?
Un vrai suspense qui ravira tous les amateurs du genre.

Autres critiques
Babelio
Le Figaro
Journal de Montréal
Blog Black Novel 1

Extrait
« J’avais trente cinq ans, j’étais seul, aussi loin de retrouver Hailey qu’au premier jour et, sans que je m’en rende compte, le printemps était arrivé.
Ce fut aux Quad Cities, au Motel 6 de Davenport, Iowa, que, pour la première fois, j’envisageai sérieusement de tout laisser tomber. Notre anniversaire de mariage approchait, et si je roulais vite, c’était jouable et j’aurais même le temps d’acheter des fleurs.
Et ensuite quoi ?
Me pointer à la porte, un bouquet ridicule à la main ? Arguer d’un coup de folie, implorer le pardon, voir si je pouvais recoller les morceaux de mon mariage et de ma vie ? Le moment était-il venu d’accepter le fait de plus en plus évident que Hailey Hansen était morte et que je ne le retrouverais jamais ?
Je me couchai avec ces pensées là, à moitié décidé à ce qu’à mon réveil, le lendemain matin, je parte vers l’ouest par la I-80 et retourne chez moi.
Mais le téléphone sonna. » (p. 108-109)

A propos de l’auteur
Né à New York en 1955, Don Winslow a étudié l’histoire à la fac avant d’exercer divers métiers : acteur, gérant de cinéma, guide de safari et détective privé — le plus formateur pour l’auteur de thrillers qu’il est devenu. Parmi ses seize romans, on compte le chef-d’œuvre La Griffe du chien, et Savages, porté à l’écran par Oliver Stone. Il vit aujourd’hui à San Diego. (Source : Editions du Seuil)

Site Wikipédia de l’auteur

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Du sang sur la glace

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Du sang sur la glace
Jo Nesbø.
Gallimard Série noire
Thriller
154 p., 14,90 €
ISBN: 9782070145225
Paru en mars 2015

Où?
Ce roman est situé à Oslo, en Norvège.

Quand?
L’action est située il y a quelques années.

Ce qu’en dit l’éditeur
Quand on gagne sa vie en supprimant des gens, il peut être compliqué, voire dangereux, d’être proche de qui que ce soit.
Olav est le tueur à gages attitré d’un gangster qui règne sur la prostitution et le trafic de drogue à Oslo.
Lorsqu’il tombe enfin sous le charme de la femme de ses rêves, deux problèmes de taille se posent.
C’est la jeune épouse – infidèle – de son patron.
Et il est chargé de la tuer…

Ce que j’en pense
****

Comment peut-on éprouver de l’empathie pour un tueur à gages qui élimine tous ceux qui se mettent sur la route de son patron qui règne la prostitution puis le trafic de drogue à Oslo ? Voilà la question à laquelle vous ne couperez pas en ouvrant ce court polar qui fête à sa manière les 70 ans de la Série noire. Car Jo Nesbø oublie Harry Hole, l’inspecteur de la police d’Oslo qui était au cœur de ses précédents livres, pour une histoire plus noire. Un hommage aux maîtres du genre (Thompson, Goodis), en quelque sorte.
Au moment où débute le livre, Olav vient d’achever une mission et de laisser un nouveau cadavre sur le pavé. De la belle ouvrage, comme d’habitude. Aussi Daniel Hoffmann lui en confie directement un autre mandat, un peu particulier. Il s’agit cette fois d’éliminer son épouse, une belle plante qui le trompe apparemment.
Or, si le propre de ce genre de métier est de n’avoir aucun état d’âme, voici Olav en proie au doute. D’autant qu’il n’est pas insensible aux charmes de la maîtresse du patron. Bien entendu, c’est à partir de ce moment que les ennuis commencent et que le lecteur va de plus en plus se rapprocher d’Olav. Car il a les sbires de son ex-patron à ses trousses ainsi qu’une seconde équipe dont il comprend très vite les intentions. La course-poursuite commence et on imagine qu’elle ne sera pas de tout repos.
Si on entre très vite dans le roman et qu’on ne le lâche plus jusqu’à la fin, c’est que Jo Nesbø a trouvé le truc pour nous attraper : faire d’Olav le narrateur. C’est ce que donne au récit sa nervosité et comme pour les machines à café, cet arôme bien serré. La lecture idéale pour passer un passer un bon moment.

Autres critiques
Babelio
RTL («C’est à lire» de Bernard Poirette)
Quatre sans quatre
Blog Du Noir Du Polar
Blog Encres Vagabondes
Blog Le Bouquineur

Extrait
« Je ne sais pas exactement ce qui dans l’Angleterre fascinait ainsi Hoffmann, mais je sais qu’il y avait effectué un bref séjour d’études et en était rentré avec une valise pleine de costumes en tweed, d’ambition et d’affectations de langage en anglais d’Oxford avec accent norvégien. Mais sans diplôme ni connaissances, à part que c’est l’argent qui décide. Et que si l’on veut réussir dans les affaires, il faut miser là où la concurrence est la plus faible. Ce qui à l’époque, à Oslo, était le marché des putes. Je crois bel et bien que son analyse avait été aussi simpliste. Et Daniel Hoffmann avait compris que dans un marché gouverné par des charlatans, des imbéciles et des amateurs, même une médiocrité pouvait devenir altesse royale. La question était juste de savoir si l’on avait la flexibilité morale requise pour, au quotidien, recruter des jeunes femmes et les envoyer dans la prostitution. Et après s’être tâté un peu, Daniel Hoffmann avait conclu qu’il l’avait. Quand, quelques années plus tard, il s’était étendu au marché de l’héroïne, il était déjà un homme se considérant lui-même comme une réussite. Et comme le marché de l’héroïne à Oslo avait jusqu’alors été gouverné par des gens qui non seulement étaient des charlatans, des imbéciles et des amateurs, mais en outre des camés, et qu’il s’avéra que Hoffmann avait aussi la flexibilité morale d’envoyer de jeunes gens dans l’enfer de la drogue, ce fut un nouveau succès. » (p. 17)

A propos de l’auteur
Né à Oslo en 1960, Jo Nesbø a tout d’abord été journaliste économique avant de devenir auteur-compositeur-interprète du groupe de musique pop norvégien Di Derre très connu de 1993 à 1998. Il publie son premier roman et premier tome des aventures de Harry Hole, L’Homme Chauve-Souris en 1997 et obtient son premier grand succès en tant qu’auteur. Souvent comparé à Michael Connelly et son Harry Bosch, il est moins politiquement correct et Harry Hole dépasse souvent la ligne jaune aussi bien dans son métier que dans sa vie. Martin Scorcese devrait réaliser une adaptation cinématographique du Bonhomme de Neige (Série Noire Gallimard 2008). Police, toujours dans La Série Noire/Gallimard, le dernier opus des aventures de Hole fut un immense succès en 2014. (Source : Notice bio du site «Quatre sans quatre»)
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