L’inventeur

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En lice pour le Prix Femina 2022
Finaliste du Prix Patrimoine 2022

En deux mots
Né en 1825, Augustin Mouchot a connu cette malchance d’arriver au mauvais moment avec son capteur d’énergie solaire, une invention qu’il a développé avec obstination. À l’âge du charbon-roi, lui et sa machine solaire vont intéresser scientifiques, militaires, l’Empereur Napoléon III et le grand public avant de tomber dans l’oubli.

Ma note
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique

L’homme, la machine et l’oubli

Miguel Bonnefoy a reconstitué l’histoire d’Augustin Mouchot, ingénieur ayant mis au point une machine solaire durant le Second Empire. Un destin oublié qui est aussi l’occasion de restituer une époque, servie par un style toujours aussi flamboyant.

L’histoire d’Augustin Mouchot pourrait se résumer à une succession de miracles, à commencer par celui de sa longévité. Né en 1825 à Semur-en-Auxois, il aura vécu jusqu’en 1912 alors que dès sa première année et à la suite d’un accident, «il attira vers lui toutes les maladies que la Bourgogne avait accumulées au fil des siècles, si bien qu’il n’existât pas une bactérie, pas un virus, pas un germe qui ne se soit logé en 1826 dans le corps de l’enfant Mouchot. Il attrapa la variole, la scarlatine, la diphtérie, la fièvre, une diarrhée qui dura quatorze jours, une forme rare de chlorose…» Cette liste, loin d’être exhaustive, ne cessera de s’allonger au fil des ans, mais pendant très longtemps elle ne pourra avoir raison de sa belle résistance.
Malingre et peu adroit, il trouvera une issue dans les livres et le savoir, s’intéressant aux mathématiques et à la science. Ce qui lui permettra de trouver un poste d’enseignant et le conduira jusqu’à Alençon. C’est en Normandie, au hasard de ses lectures, qu’en 1860 il découvre les principes de l’énergie solaire et se lance dans la construction d’une machine capable de l’exploiter. Après plusieurs échecs et alors qu’il est prêt à renoncer, il entend «le couvercle de son récipient émettre un bruit impatient. Des bulles tapotaient les parois, montaient fiévreusement et crevaient la surface. Il souleva la cloche de verre. Un énorme nuage de vapeur lui couvrit le visage. En quelques minutes la chaudière était parvenue à ébullition. (…) La concentration pratique de l’énergie solaire venait d’être découverte.» Après avoir déposé un premier brevet, notre homme ne doute pas de la richesse de son invention et entrevoit déjà de multiples applications. Las, après avoir convaincu scientifiques et militaires sa démonstration devant un parterre de sommités accompagnant l’empereur lui-même va virer au fiasco.
Mais Augustin n’est pas homme à renoncer. Et sa seconde tentative sera la bonne. À Biarritz, sous un soleil radieux, il a droit à des exclamations enflammées. «Il se tourna vers l’empereur, comme emporté par la fièvre collective et, au bruit des ovations, les membres de l’Académie et les industriels se levèrent. Au bout de dix minutes, toute la côte était debout, applaudissant, en regardant Mouchot, et l’empereur tendit sa canne vers le ciel: « Vive le soleil, vive Mouchot ». Mouchot vécut là son jour de triomphe. Il descendit de l’estrade comme s’il quittait le monde d’hier pour entrer dans celui de demain.»
Pour l’exposition universelle, on lui commande un prototype qu’il baptisera Octave et qui, il en est persuadé, lui apportera gloire et fortune. Mais une fois encore, le sort s’acharnera sur lui. Grandeur et décadence!
De sa plume alerte et après une recherche documentaire fructueuse, Miguel Bonnefoy transforme en épopée cette biographie romancée. Il accompagne les rêves de l’inventeur d’une galerie de personnages hauts-en-couleur, tantôt admirateurs et tantôt profiteurs, tantôt complices et tantôt détracteurs, le tout prenant presque une dimension mythique après une expédition en Algérie et le projet de faire «fleurir le désert».
Après nous avoir régalé avec la saga des Lonsonnier dans Héritage, le romancier franco-vénézuelien nous offre cette fois l’occasion de réfléchir aux chemins tortueux qu’empruntent les progrès scientifiques. Mouchot était-il un pionnier victime de l’aveuglement de ses pairs qui ne juraient que par le charbon? A-t-il été aveuglé par son ambition comme le suggère l’auteur en proposant un épisode proche de la légende d’Icare? Toujours est-il qu’il faudra attendre plus d’un siècle pour que les énergies renouvelables, dont le solaire, ne soient considérées comme la solution à notre approvisionnement énergique. Un conte cruel, une belle leçon!

L’inventeur
Miguel Bonnefoy
Éditions Rivages
Roman
200 p., 19,50 €
EAN 9782743657031
Paru le 17/08/2022

Où?
Le roman est situé en France, en Bourgogne, à Semur-en-Auxois, Arnay-le-Duc, Autun, Dijon et dans le Morvan puis en Normandie, à Alençon, à Paris et en région parisienne, ainsi qu’à Biarritz et en Algérie.

Quand?
L’action se déroule des années 1860 à 1912.

Ce qu’en dit l’éditeur
Voici l’extraordinaire destin d’Augustin Mouchot, fils de serrurier, professeur de mathématiques, qui, au milieu du XIXe siècle, découvre l’énergie solaire.
La machine qu’il construit, surnommée Octave, finit par séduire Napoléon III. Présentée plus tard à l’Exposition universelle de Paris en 1878, elle parviendra pour la première fois, entre autres prodiges, à fabriquer un bloc de glace par la seule force du soleil.
Mais l’avènement de l’ère du charbon ruine le projet de Mouchot que l’on juge trop coûteux. Dans un ultime élan, il tentera de faire revivre le feu de son invention en faisant « fleurir le désert » sous le soleil d’Algérie.
Avec la verve savoureuse qu’on lui connaît, Miguel Bonnefoy livre dans ce roman l’éblouissant portrait d’un génie oublié.

Les critiques
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Les Échos (Philippe Chevilley)
Ouest-France (Frédérique Bréhaut)
France TV info (Laurence Houot)
RTS (entretien avec Nicolas Julliard)
Le Soleil (Léa Harvey)

Le Devoir (Christian Desmeules)
RTBF (Déclic – La Première)
RFI (Catherine Fruchon-Toussaint)
Le pavillon de la littérature (Apolline Elter)
Le Blog de Caroline Doudet
L’Or des livres, le blog d’Emmanuelle Caminade
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Miguel Bonnefoy durant la présentation de la rentrée littéraire  © Production Éditions Rivages

Les premières pages du livre
« Son visage n’est sur aucun tableau, sur aucune gravure, dans aucun livre d’histoire. Personne n’est présent dans ses défaites, rares sont ceux qui assistent à ses victoires. De toutes les archives de son siècle, la France ne conserve de lui qu’une seule photographie. Son existence n’intéresse ni le poète, ni le biographe, ni l’académicien. Personne n’entoure de légende sa discrétion ni de grandeur sa maladie. Sa maison n’est pas un musée, ses machines sont à peine exposées, le lycée où il fit ses premières démonstrations ne porte pas son nom. Toute sa vie, ce guerrier triste se dresse seul face à lui-même et, malgré cette solitude qui pourrait avoir la trempe et l’acier des génies de l’ombre, son destin n’est même pas celui d’un héros déchu. À le voir, il n’appartient pas à cette race d’immortels sans mémoire, aux noms interdits. Si Augustin Mouchot est un des grands oubliés de la science, ce n’est pas qu’il ait été moins persévérant dans ses explorations, moins brillant dans ses découvertes, c’est que la folie créatrice de ce savant têtu, froid et sévère, s’est acharnée à conquérir le seul royaume qu’aucun homme n’a jamais pu occuper : le soleil.
Or, à cette époque, au début du XIXe siècle, personne ne s’intéressait au soleil. La France, tournant le dos au ciel, s’affairait à fouiller les entrailles de la terre pour y extraire, tous les jours, des milliers de tonnes de charbon. Les villes étaient éclairées au charbon, les lits étaient chauffés au charbon, l’encre était fabriquée avec du charbon, la poudre à fusil était à base de charbon, les pieds de cochon étaient cuits au charbon, les cordonniers faisaient leurs semelles avec du charbon, les lazarets étaient nettoyés au charbon, les romanciers écrivaient sur le charbon, et, tous les soirs, dans sa chambre du palais, vêtu d’une chemise de nuit boutonnée de fleurs de lys, le roi s’endormait en pensant à un énorme bloc de charbon. Ainsi, au début du siècle, bien qu’il ait été cher, épuisable et salissant, il n’existait pas une entreprise, pas une profession, pas un art, pas un domaine qui n’ait eu recours, d’une manière ou d’une autre, au charbon.
Et parmi toutes ces activités, il y en avait une qui en consommait en grande quantité, car elle consistait à produire une chaleur suffisante pour tordre le fer : la serrurerie. En ces temps, les serrureries conservaient encore la rusticité médiévale des vieilles forges où l’on battait le bronze pour faire des rampes d’escalier et où l’on bâtissait des grilles en métal pour les jardins des villages, mais elles s’étaient développées avec plus de finesse le jour où Louis XVI, avant d’être guillotiné sur la place de la Révolution, avait ouvert un atelier aux étages supérieurs de Versailles. Pendant trente ans, dans la plus grande clandestinité, le dernier roi de France s’était amusé à reproduire à l’identique les fermetures des portes de son château, les loquets et les systèmes de sûreté, et on disait qu’il avait lui-même conçu la serrure de l’Armoire de fer qui cachait les lettres volées des monarques, dont il gardait la clé attachée à un collier autour de son cou. Ce n’est que bien des années plus tard, devant une foule en délire, lorsque sa tête roula sur l’échafaud, qu’un jeune Bourguignon nommé Jean Roussin, assistant au spectacle, trouva une clé en argent dans la boue, cachée dans une touffe de cheveux, et la vendit rue Saint-Denis pour quelques sous, sans imaginer qu’il tenait entre ses mains le secret le mieux gardé du royaume.
Avec cet argent, il ouvrit une serrurerie en Côte-d’Or, à Semur-en-Auxois, dans un village de trois mille âmes et de deux clochers. Il s’installa dans une maison sur les berges de la rivière Amance, où il se maria et eut cinq filles. Quinze ans plus tard, la dernière, Marie Roussin, une jeune fille silencieuse et mélancolique, tomba amoureuse d’un des apprentis de son père, un certain Saturnin Mouchot, et passa le reste de sa vie à accoucher de six enfants dans une ruelle voisine.
Ainsi naquit, le 7 avril 1825, à l’ombre des rues du Pont-Joly et de Varenne, à l’endroit le plus éloigné de la lumière, dans l’arrière-salle d’un atelier de serrurerie, l’homme qui devait inventer l’application industrielle de la chaleur solaire. Ce jour-là, bien qu’on fût au printemps, il faisait encore froid. Des brises glacées tapaient sur les carreaux des fenêtres quand Marie Mouchot, réfugiée près de la chaudière où l’on avait entassé de vieilles clés étiquetées, sentit brusquement une douleur intense au bas du ventre. Dans la solitude de l’atelier, elle s’accroupit en levant les pans de sa robe et accoucha derrière l’établi sans un cri, avec un discret bruit d’os, au centre d’un anonymat si complet, d’un silence si austère, qu’elle eut l’impression qu’on ouvrait entre ses jambes un palastre de serrure. L’enfant atterrit au fond d’un sac de burins et de verrous, plein de sang et de graisse, et lorsque Saturnin Mouchot, alerté par les pleurs du nouveau-né, fit irruption dans l’atelier, il attrapa une pince arrache-clou et coupa le cordon comme il l’aurait fait d’un câble de fer.
Le lendemain, on nomma l’enfant Augustin Mouchot. On ajouta Bernard en deuxième prénom, en hommage à un vieil ancêtre ferronnier. Mais comme, à cette époque, il était courant qu’un nourrisson meure avant sa première année, comme l’école n’était pas obligatoire et qu’on faisait travailler les enfants dès qu’ils pouvaient marcher, personne ne remarqua véritablement sa naissance et, dès ses premières heures, on le soupçonna d’avoir toujours été là.

À six mois, Mouchot était déjà épuisé de vivre. Il n’avait pas la rondeur bouffie des nourrissons en bonne santé ni l’éclat inattendu des prédestinés, mais semblait toujours à quelques minutes d’une apoplexie, tout fripé et décharné, comme un crapaud malade dont la couleur de la peau, même nourrie au lait épais des vaches de Montbard, gardait encore l’aspect d’une auge de pierre. Il mangeait mal, dormait mal, voyait mal. Il n’ouvrit les yeux qu’au bout du cinquième mois et sa mère, avec une muette inquiétude, s’aperçut qu’il ne distinguait rien à plus de dix centimètres. Un après-midi, alors qu’il n’avait qu’un an, il ne put éviter un pied de table et fit tomber sur lui, juste au-dessus de sa tête, une boîte à outils si lourde qu’on dut lui recoudre le front avec une aiguille de tanneur. On crut que le coup l’avait rendu idiot. S’il ne l’abrutit pas tout à fait, cet accident provoqua dans son corps une anémie précoce. Il attira vers lui toutes les maladies que la Bourgogne avait accumulées au fil des siècles, si bien qu’il n’existât pas une bactérie, pas un virus, pas un germe qui ne se soit logé en 1826 dans le corps de l’enfant Mouchot. Il attrapa la variole, la scarlatine, la diphtérie, la fièvre, une diarrhée qui dura quatorze jours, une forme rare de chlorose qu’on disait réservée aux jeunes filles de la haute société et, longtemps, le voisinage se demanda comment cet être sans force ni résistance avait pu survivre à une telle tempête d’infections.
Il resta ses trois premières années au lit. Jamais il ne vit la lumière du jour, muré dans l’ombre de sa chambre, veillé par sa mère à la torche. Cette carence de vitamines s’accentua par la venue de l’été et couvrit sa peau d’une constellation de boutons rouges, de squames sèches, de fétides inflammations en plaques arrondies. On appela des guérisseurs et des rebouteux qui lui appliquèrent de l’huile de chaulmoogra et lui attachèrent une cloche autour du cou, persuadés qu’il était atteint de lèpre. Ce fut un médecin de Dijon qui, entrant par hasard dans la serrurerie, l’examina avec plus d’attention et déclara qu’il ne s’agissait pas de lèpre, mais d’un trouble épidermique dû au manque de soleil. Selon ses conseils, on assit le petit Augustin au milieu de la place, à trois heures de l’après-midi, en pleine canicule, pour faire sécher ses plaques, mais l’excès soudain de chaleur lui provoqua une insolation brutale, ses boutons grossirent, et il dut passer sa quatrième année le corps badigeonné de miel et de potions de serpolet. À cinq ans, il ressemblait à une momie lugubre, immobile et livide, ravagée par les remèdes. Lorsqu’il faisait une sieste trop longue, il craignait qu’on ne l’enterre vivant. C’est pourquoi, dès qu’il sut écrire, il prit une habitude qu’il ne quitta jamais et laissa toujours, avant de s’endormir, une note prudente sur sa table de chevet :

Bien que j’en aie l’air, je ne suis pas mort.

Saturnin Mouchot, en revanche, aperçut dans cette fragilité une force à exploiter. Il voyait bien que son fils était trop fluet, trop menu, pour exercer un métier aussi dur que celui de serrurier, mais il avait cependant noté chez lui des petites mains agiles et des doigts fins, … »

Extraits
« Un après-midi, alors qu’il n’avait qu’un an, il ne put éviter un pied de table et fit tomber sur lui, juste au-dessus de sa tête, une boîte à outils si lourde qu’on dut lui recoudre le front avec une aiguille de tanneur. On crut que le coup l’avait rendu idiot. S’il ne l’abrutit pas tout à fait, cet accident provoqua dans son corps une anémie précoce. Il attira vers lui toutes les maladies que la Bourgogne avait accumulées au fil des siècles, si bien qu’il n’existât pas une bactérie, pas un virus, pas un germe qui ne se soit logé en 1826 dans le corps de l’enfant Mouchot. Il attrapa la variole, la scarlatine, la diphtérie, la fièvre, une diarrhée qui dura quatorze jours, une forme rare de chlorose qu’on disait réservée aux jeunes filles de la haute société et, longtemps, le voisinage se demanda comment cet être sans force ni résistance avait pu survivre à une telle tempête d’infections.
Il resta ses trois premières années au lit. Jamais il ne vit la lumière du jour, muré dans l’ombre de sa chambre, veillé par sa mère à la torche. Cette carence de vitamines s’accentua par la venue de l’été et couvrit sa peau d’une constellation de boutons rouges, de squames sèches, de fétides inflammations en plaques arrondies. » p. 16

« Voilà l’avenir que Mouchot s’était tracé quand au milieu de ses pensées, il entendit derrière lui le couvercle de son récipient émettre un bruit impatient. Des bulles tapotaient les parois, montaient fiévreusement et crevaient la surface. Il souleva la cloche de verre. Un énorme nuage de vapeur lui couvrit le visage. En quelques minutes la chaudière était parvenue à ébullition. Le soleil avait traversé la surface de verre de la ventouse, mais la vapeur était restée bloquée à l’intérieur. Il avait accumulé de la chaleur dans un point, grâce à un instrument de médecine, et l’avait empêchée de se perdre au-dehors. La concentration pratique de l’énergie solaire venait d’être découverte.
Mouchot bondit de sa chaise. Il avait sorti du néant un appareil pouvant chauffer sans bois ni charbon, sans huile ni gaz, uniquement mû par la lumière d’une étoile. En le déclinant, en superposant les cloches de verre, il pourrait peut-être y faire bouillir une marmite, y distiller une liqueur, ou y faire rôtir une volaille. Mieux encore, s’il pouvait faire de la vapeur sans feu, il pouvait actionner une machine à vapeur: tout le marché de la révolution industrielle s’ouvrait à lui.
Une excitation, mêlée de crainte, gonfla son cœur. Il ouvrit les fenêtres et les volets, leva le poing et le tendit vers le ciel, comme s’il voulait provoquer le soleil en duel. Il prit sa veste et son chapeau et se rendit d’un pas triomphant au registre des brevets, à la Chambre de commerce, avec une naïve insolence, pour informer l’Académie qu’un nouveau savant venait de faire irruption dans la science. » p. 34-35

« Il n’y avait plus de doute sur l’utilité de cet étrange abat-jour, fait de bouts de verre et de métal. Mouchot entendit un éclat de célébration, des exclamations enflammées. Il se tourna vers l’empereur, comme emporté par la fièvre collective et, au bruit des ovations, les membres de l’Académie et les industriels se levèrent. Au bout de dix minutes, toute la côte était debout, applaudissant, en regardant Mouchot, et l’empereur tendit sa canne vers le ciel: «Vive le soleil, vive Mouchot.»
Mouchot vécut là son jour de triomphe. Il descendit de l’estrade comme s’il quittait le monde d’hier pour entrer dans celui de demain. L’empereur lui posa la main sur l’épaule, les enfants voulurent le toucher, l’impératrice lui donna son bras, Verchère de Reffye ne le lâcha pas une seconde et le présenta à tout le monde.
Un groupe de savants, réunis dans le cercle privé de Napoléon III, l’invita à monter au salon de réception où les attendait un accueil mondain, et ils laissèrent derrière eux sa machine sous le soleil, souveraine et victorieuse, avec sa chaudière crachant de la vapeur, dans la journée flamboyante de Biarritz. » p. 81

À propos de l’auteur

BONNEFOY_Miguel_©joel_saget

Miguel Bonnefoy © Photo Joël Saget – AFP

Miguel Bonnefoy est l’auteur de plusieurs romans très remarqués, dont Le Voyage d’Octavio (prix de la Vocation), Sucre noir et Héritage (prix des Libraires 2021). Son œuvre est traduite dans une vingtaine de langues.

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Histoire du lion Personne

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Histoire du lion Personne
Stéphane Audeguy
Éditions du Seuil
Roman
220 p., 17 €
EAN : 9782021331783
Paru en août 2016
Prix Wepler 2016
Prix littéraire 30 millions d’amis

Où?
Le roman se déroule d’une part en Afrique, au Sénégal, à Saint-Louis et Podor sur l’Île à Morfil et d’autre part en France et notamment du Havre jusqu’à Versailles. L’île de Gorée et Dakar, Paris, Marseille et Bordeaux ainsi que le port de l’Orient en Bretagne y sont aussi évoquées.

Quand?
L’action se situe à la fin du XVIIIe siècle.

Ce qu’en dit l’éditeur
Il est absolument impossible de raconter l’histoire d’un lion, parce qu’il y a une indignité à parler à la place de quiconque, surtout s’il s’agit d’un animal. Il est absolument impossible de raconter l’histoire du lion Personne, qui vécut entre 1786 et 1796 d’abord au Sénégal, puis en France. Cependant, rien ne nous empêche d’essayer.

Ce que j’en pense
***
Comme nombre de belles histoires, celle-ci se construit sur une successions de hasards, de rencontres fortuites et de circonstances historiques aussi imprévisibles que marquantes. Dans un petit village du Sénégal, le jeune Yacine, âgé de treize ans, est un élève assidu du Père Jean. Pas parce qu’il partage les convictions religieuses de ce colonisateur, mais «pour avoir accès au savoir des Blancs». Lui qui aspire à la liberté sans vraiment savoir en quoi cela peut consister croit pouvoir saisir sa chance quand son précepteur décide de l’envoyer à Saint-Louis pour poursuivre ses études. Muni d’une lettre de recommandation, il s’en va le long du fleuve jusqu’à la demeure de l’administrateur général de la Compagnie du Sénégal.
Quand il croise un lionceau, il croit sa dernière heure venue, car il sait que sa mère doit rôder dans les parages et qu’il n’a aucune chance face à l’animal. Sauf que l’attaque redoutée n’a pas lieu. Le lionceau affamé demande assistance et Yacine lui donne le lait qui devait le nourrir.
« Il était furieux de constater que sur le chemin de sa liberté il n’avait rien trouvé de mieux à faire que de s’encombrer d’un pareil fardeau. Mais il était aussi étrangement, profondément ému par ce nourrisson. »
Aussi, après avoir traversé le fleuve, c’est avec son nouveau compagnon qu’il se présente chez Jean-Gabriel Pelletan de Camplong, «petit homme gai au regard bon, au corps sec, et d’une laideur frappante» qui était épris d’un homme singulier, à la peau d’un noir profond, presque violet, qui se prénommait Adal.
Intrigué mais aussi séduit par l’esprit de Yacine, le directeur de la compagnie accueille le jeune homme et le lionceau sous son toit. Il va toutefois s’arroger le droit de franciser le nom du lion baptisé Kena par Yacine, qui signifie «personne» en wolof, la langue de sa tribu.
Les deux hôtes vont grandir et apprendre auprès de l’intendant qui entend faire fortune dans le commerce du Morfil (qui désigne l’ivoire brut) et de la gomme arabique. Une époque heureuse qui prendra brutalement fin en 1787. Suite à une épidémie de variole, Yacine meurt et Personne se retrouve à nouveau seul au monde.
La dépression de l’animal va prendre fin avec l’arrivée de Marie, la fille de Jean-Gabriel qui était restée à Marseille avec son épouse. À sept ans, cette dernière «sentait le frais, la guimauve et l’enfance : les narines de Personne frémissaient à son approche.» De quoi rendre jaloux le chien Hercule, son inséparable compagnon de jeu.
Si Marie ne voit aucun danger dans sa relation avec le fauve, autour d’eux les –mauvaises – langues vont se délier et contraindre le maître de céans à organiser une expédition pour ramener le roi des animaux dans sa savane. À peine libéré Personne ne songe qu’à retourner chez lui. Avec l’aide d’Hercule et après quelques péripéties, notamment le rencontre avec un couple de ses semblables, il parviendra à regagner Saint-Louis. Où une autre solution est envisagée : offrir le lion à la Ménagerie royale de Versailles.
Après un voyage dans les pires conditions, ils arrivent en mai 1788 en Normandie. « Pour Hercule et pour Personne le choc fut terrible. Ils toussèrent et crachèrent tout ce froid humide et intense qui leur piquait la truffe et leur raclait l’intérieur des poumons. »
Jean Dubois, l’envoyé de Buffon, va se charge de conduire «un lion famélique et un chien pelé» du Havre jusqu’à Versailles, dans une France qui crie famine et se soucie comme d’une guigne de zoologie. Il faut ruser pour ne pas subir la vindicte populaire et finalement constater qu’à Versailles les choses ne vont guère mieux :
« Il n’y avait pas plus de cinquante bêtes dans ce qui avait été la ménagerie la plus admirée, la plus visitée, la plus visitée d’Europe. »
Personne, le soi-disant roi des animaux, doit faire profil bas quand le peuple fait la Révolution. Supposé être le symbole de l’Ancien Régime, sera-t-il sacrifié sur le trône du souverain déchu ?
On l’aura compris, Stéphane Audeguy a trouvé derrière le destin du lion Personne une manière de nous raconter une page mouvementée de l’histoire du monde. L’argument fait mouche grâce au grand talent de conteur de l’auteur. A l’instar de La Fontaine, qui concluera cette chronique, sa fable est non seulement distrayante, mais riche d’enseignements.
Le Lion, terreur des forêts,
Chargé d’ans et pleurant son antique prouesse,
Fut enfin attaqué par ses propres sujets,
Devenus forts par sa faiblesse.

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Extrait
« Dans un silence défiant mais attentif, il dit que la plus grande sottise des savants d’autrefois était d’avoir affirmé que le lion était le roi des animaux ; que précisément, et au contraire, il était un être égalitaire, juste, magnanime, vivant en bonne intelligence avec ses semblables, fils, filles, compagne ; tout comme les citoyens ici présents qui, dans leur juste colère, se trompaient de cible ; les citoyens ne remarquaient-ils pas, en effet, que de tout temps sa fière indépendance avait valu au lion d’être jeté dans les fers de l’arbitraire royal, qui se plaisait à aliéner cette personnification de la liberté la plus ombrageuse ? »

A propos de l’auteur
Né en 1964, Stéphane Audeguy a publié en 2005 un premier roman, La Théorie des nuages (traduit dans plus de vingt langues), qui a été suivi de trois autres : Fils unique (2008) ; Nous autres (2009) et Rom@ (2011). Il enseigne l’histoire du cinéma et des arts dans les Hauts-de-Seine. (Source : Éditions du Seuil)

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