Sous le compost

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En deux mots
Une lettre anonyme prévient Franck que sa femme le trompe. Avec flegme, il va choisir de ne rien dire et de la tromper à son tour et plutôt deux fois qu’une. Mais ce petit jeu, dans une petite ville de montagne, n’est pas sans risques…

Ma note
etoileetoileetoileetoile (j’ai adoré)

Sous le compost
Nicolas Maleski
Fleuve éditions
Roman
288 p., 18,90 €
EAN : 9782265116573
Paru en janvier 2017
Finaliste du Grand Prix RTL-Lire 2017.

Où?
Le roman se déroule en France, dans une région de montagne qui n’est pas précisée.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Si ma femme n’avait pas commencé à me tromper, je n’aurais probablement jamais versé dans l’extra-conjugalité. »
Gisèle est vétérinaire de campagne, Franck s’est voulu écrivain. Il est désormais père au foyer. Pas de méprise, ce statut est une source intarissable de joie. Car en plus de lui assurer un temps précieux auprès de ses filles, il le dispense de côtoyer ses semblables.
Hormis la fréquentation de quelques soiffards, cyclistes tout-terrain ou misanthropes à mi-temps comme lui, Franck Van Penitas peut se targuer de mener une existence conforme à son tempérament : ritualisée et quasi solitaire. Son potager en est la preuve, où aucun nuisible susceptible d’entraver ce rêve d’autarcie ne survit bien longtemps. Franck traque la météo et transperce à coups de bêche les bestioles aventureuses.
Jusqu’à ce jour où une lettre anonyme lui parvient, révélant l’infidélité de sa femme.
Face à un événement aussi cataclysmique que banal, n’est pas Van Penitas qui veut. Accablement ? Coup de sang ? Répartition des blâmes ? Très peu pour lui. Franck a beau être un garçon régulier, il n’en est pas moins tout à fait surprenant et modifier son bel équilibre n’entre guère dans ses vues. Son immersion en territoire adultérin, le temps d’un été, prendra l’allure d’un étrange et drolatique roman noir conjugal.

Ce que j’en pense
Je ne sais pas s’il faut d’abord féliciter l’auteur pour le côté écolo-responsable de son narrateur, pour l’étude de mœurs joliment cynique ou pour le polar rural qu’il concocte pour le feu d’artifice final. À vrai dire, j’imagine que la sauce prend en raison de tous ces ingrédients savamment préparés. Mais reprenons depuis le début.
Nous sommes dans une petite ville de France dans une région de montagne. Franck Van Penitas y a suivi sa femme Gisèle qui y exerce le noble et éreintant métier de vétérinaire. Tandis que son épouse parcourt la campagne, Franck s’occupe du foyer et de leurs trois filles Valouise, Julie et Andrea. Comme le conseille Voltaire, il n’oublie pas de cultiver son jardin. Ce qu’il appelle «une micro-agriculture-vivrière-intensive» est l’objet de toute son attention. Non sans fierté, il peut expliquer à leurs amis Carlos et Valérie que son potager lui offre un bon rendement : « ce n’était pas bien sorcier, il fallait respecter quelques règles élémentaires et pour le reste il y avait une bonne dose de savoir empirique. »
Cette vie paisible et bien réglée va brusquement être remise en question. Une lettre anonyme laisse entendre que Gisèle a une liaison avec Carlos. Passé le choc de cette révélation, Franck va choisir de gérer la situation avec flegme: « Je ne lui avais rien dit de la lettre. J’avais peur qu’elle mente. Ou bien j’avais peur de la vérité. Je ne voulais pas non plus qu’elle sache que j’avais douté d’elle. Il fallait d’abord que j’aie une explication avec l’auteur anonyme. »
Avec les piliers de bar et copains cyclistes Bruno et Denis, il va tenter de trouver l’auteur de la lettre assassine, mais sans grand succès. En revanche, l’idée de se venger va bien vite prendre corps. Si Carlos couche avec son épouse, pourquoi ne coucherait-il pas avec l’épouse de son ami ? La belle et oisive Valérie Ricard-Schmitt va finir par accepter ce marché.
« – C’est la première fois que je couche avec un autre homme. Il n’y avait que Carlos pour moi. Je n’en reviens pas de l’avoir fait…
– Je n’avais jamais trompé Gisèle non plus. Et tu vois, je n’en ressens aucun remords.»
Mieux même, Franck et surtout Valérie vont prendre goût à la chose, se laisser aller «à un peu de naturalisme grossier» du genre cru et poétique: « À un moment, j’ai cru que ta petite nectarine était une fleur carnivore, avec des muscles violents et des mâchoires tapissées de ventouses gluantes. » Est-ce un effet non prévu de ces parties de jambes-en-l’air à répétition ou un sentiment de culpabilité ? Toujours est-il que Gisèle rallume la flamme qui semblait éteinte : « J’en concluais que rien n’était vraiment prévisible ni irrémédiable, le vent tournait, il n’y avait décidément pas de motif solide pour désespérer. »
Avec un brin de cynisme et une touche d’humour Franck se sent comme un coq en pâte. « Je poursuivais une liaison clandestine sur un mode dégradé, dont je sentais la rupture approcher tel un grondement pas si lointain. Et comme si ce n’était pas suffisant, j’avais une femme de plus dans mon viseur, stimulé par la promesse d’une aventure oxygénante et l’excitation d’un nouveau projet. »
Il jette son dévolu sur sa dentiste, la peu farouche Nadjesda.
«Je mentais comme on met un pied devant l’autre ; comme un chien aboie, sans que ça soit toujours nécessaire et avec autant de naturel.»
En redoutant que ces instants de félicité ne prennent fin soit par une bévue si vite arrivée dans un petit village, soit par l’appétit trop vorace de Valérie, il ne progresse guère dans son enquête pour découvrir le corbeau. Il va même jusqu’à établir une stratégie de défense basée sur le fameux «ce n’est pas moi qui a commencé» lorsque qu’un ami d’enfance devenu écrivain et son amie s’invitent au sein de la famille Van Penitas. Marc Barony est un écrivain reconnu et aimerait bien profiter du talent d’écriture qu’il a décelé chez Franck en lui confiant un travail. Mais cette activité ne passe pas vraiment dans l’emploi du temps de notre Don Juan.
C’est à ce moment que Nicolas Maleski décide de basculer dans le polar. L’amie de Marc disparaît, faisant ressurgir un fait divers plus ancien, la disparition d’une autre jeune fille attaquée, violée, étranglée et retrouvée… sous le compost.
Il serait cruel de dévoiler ici l’épilogue de ce roman où le démon de midi s’invite dans la petite maison de la prairie et où le lecteur découvre qu’au jeu de la vérité, on ne gagne pas à tous les coups !

Autres critiques
Babelio
L’Express (Lou-Eve Popper)
L’Indépendant (Michel Litout)
Page des libraires (Béatrice Putégnat)
Sens critique (Cédric Moreau)
Le blog de Guy 
Blog Culturelux.lu 

Les vingt premières pages 

Extrait
« J’étais soucieux, il y avait un malaise, je ne pouvais pas me le cacher. Au-delà de la lettre anonyme, il y avait des signes pas très encourageants ; notre couple ne présentait pas toutes les garanties de la félicité ; quelque chose semblait avoir changé, avoir dévié imperceptiblement. Entre nous ce n’était plus la même complicité naturelle, je n’avais pas besoin d’un courrier pour m’en rendre compte. J’étais pourtant resté quelqu’un d’assez marrant, pas toujours très causant, mais marrant quand même ; et d’humeur égale, plutôt ombrageuse d’accord, mais égale. »

A propos de l’auteur
Sous le compost est le premier roman de Nicolas Maleski, né en 1978. (Source : Fleuve éditions)

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Mâcher la poussière

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En deux mots
Ayant tué le neveu d’un chef de la mafia, un baron est condamné à rester cloîtré dans un palace. Comment va-t-il affronter ce châtiment ? Parviendra-t-il à fuir?

Ma note
etoileetoileetoileetoile(j’ai adoré)

Mâcher la poussière
Oscar Coop-Phane
Éditions Grasset
Roman
320 p., 19 €
EAN : 9782246854951
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule principalement dans un hôtel d’une ville du Sud qui n’est pas nommée, mais qui pourrait être Palerme, car il met en scène un baron dont la propriété est située en Sicile.

Quand?
L’action n’est pas précisément située dans le temps, disons l’époque contemporaine.

Ce qu’en dit l’éditeur
Dans un grand hôtel sans âge vit un homme singulier. Ayant tué le neveu d’un chef mafieux de Palerme, le voici assigné à résidence, condamné à attendre la mort dans cette prison dorée. Enfermé dans sa chambre, les salles de bal, de réception, les cuisines et sous-sols qu’il verra se faner et renaître, surveillé par les hommes qui le gardent au dehors et ceux qui, à l’intérieur, le dupent, le baron en lin blanc lime les jours en cherchant, entre ces centaines de murs, un semblant d’existence.
Il puise son oxygène auprès d’Isabelle, la jeune femme de chambre dont la fraîcheur l’attire ; de Joseph, le barman auquel chaque soir il parle en s’enivrant ; de Matthieu qui, juché derrière le comptoir de la réception, connaît tout le monde et surveille chacun. Les jours passent entre joies volées à de rares clients (un jeune couple lumineux, un écrivain célèbre qu’on jurerait être Raymond Roussel), aventures précieuses, débauches provisoires, fêtes privées et trahisons secrètes.
Inspiré d’une histoire vraie, ce roman sur un huis clos qui dure toute une vie prouve une fois encore l’incroyable talent d’Oscar Coop-Phane. Il y décortique les âmes de ses personnages et offre au lecteur la plus belle des évasions par la seule grâce des mots.

Ce que j’en pense
Il y a du Dino Buzzati dans le nouveau roman d’Oscar Coop-Phane. À la fois par son atmosphère et par sa dramaturgie, sans oublier la petite touche surréaliste et le côté un peu suranné du style. Davantage proche de sa nouvelle Sept étages que du célèbre Désert des Tartares, il nous propose de suivre l’existence peu ordinaire du baron Stefano.
L’argument – j’allais écrire «de cette pièce» tant le côté théâtral est présent – est tiré d’un fait divers réel, celui d’un homme condamné par la mafia à ne plus sortir de l’endroit où il est assigné à résidence.
L’acte I, pour continuer à filer la métaphore théâtrale, se déroule sur le domaine du baron Stefano où un jeune garçon perturbe la quiétude du propriétaire en tentant de lui voler des olives. Qui sans autre forme de procès l’abat d’un coup de fusil ! Ce qu’il ne sait pas, c’est que la victime est le fils de l’un des chefs de la mafia locale. En représailles, ce dernier décide de l’assigner à résidence dans un grand hôtel avec interdiction d’en sortir.
Acte II : nous suivons le quotidien du baron dans la chambre de son palace et dans l’hôtel, de la réception au bar en passant par les ascenseurs et les couloirs, son périmètre autorisé. Il s’agit de tuer le temps, d’oublier la solitude. Parmi les récréations qu’il peut s’offrir, l’alcool et la drogue vont jouer un rôle non négligeable et accompagner le baron dans ses errances. Et si les clients passent et ne peuvent être qu’anecdotiques, le personnel va quant à lui jouer les premiers rôles. Le barman est chargé de l’approvisionnement de toutes ces substances permettant à son plus fidèle client de gagner des paradis artificiels ou à tout le moins, de voir la vie différemment. Outre cette fonction commerciale, il va aussi prêter une oreille plus ou moins attentive à Stefano, lorsque ce dernier est en mal de confidences.
Le concierge va quant à lui se transformer en employé de Stefano. Il devient l’informateur officiel, pour ne pas dire l’espion, du baron. Il surveille les allées et venues, prévient en cas d’événement sortant de l’ordinaire et se charge de dresser la biographie des clients les plus intéressants, tel ce pensionnaire descendu à l’hôtel pour mettre fin à ses jours (et qui rappelle furieusement Raymond Roussel retrouvé mort dans sa chambre d’Hôtel à Palerme).
Mais le rôle principal sera octroyé à Isabelle, jeune et belle serveuse de 17 ans, dont le baron aimerait qu’elle partage avec lui bien davantage que le petit-déjeuner qu’elle lui porte dans sa suite. Entre les pulsions de l’un et les rêves d’émancipation de l’autre, un contrat s’esquisse.…
Acte III : Le baron est informé que le Parrain qui l’a condamné vient de mourir. L’heure de retrouver la liberté a-t-elle sonné ? Il serait dommage d’en dire davantage. Laissons au lecteur le plaisir de l’épilogue et revenons, pour conclure,
à Dino Buzzati. Rappelons que l’auteur italien a eu l’idée d’adapter son roman en pièce de théâtre. Baptisée Un cas intéressant, elle a connu un joli succès, notamment en France où Albert Camus s’est chargé de la traduction et de l’adaptation. J’imagine que Mâcher la poussière pourrait connaître un destin semblable. À moins que le grand écran ne décide de s’octroyer les droits d’adaptation. Car ce roman ferait aussi un film formidable !

Autres critiques
Babelio
Télérama (Christine Ferniot)
BibliObs (Jérôme Garcin)
France Culture (Les Émois – François Angelier)
GQ magazine (Léonard Desbrières)

CultureBox (Jonathan Grimmer)
Le Vif (François Perrin)
Le nouveau blog littéraire de Pierre Ahnne

Les premières pages

Extrait
« Tu ne sais pas qui je suis. J’ai tué – je ne regrette rien. S’il fallait l’achever une fois de plus ce petit crétin malheureux, je me ferais un plaisir de tirer la première balle. Tant pis si je suis prisonnier – bagnard de l’hôtel. Tu ne trouveras pas sur mes bras les dessins de mes forfaits, l’encre tatouée des criminels. J’ai la même chair pourtant. Les muscles qui, un jour, ont fait couler le sang d’un autre ne se contractent plus de la même manière. Le meurtre est gravé en eux, et ça, aucun tatouage n’y changera rien. Les corps ont la mémoire de leurs puissances – de leurs faiblesses aussi. Un corps qui un jour a pu en détruire un autre ne pourra plus jamais oublier qu’il en est capable. »

A propos de l’auteur
Oscar Coop-Phane est né en 1988. Il a publié trois romans aux éditions Finitude (Zénith-Hôtel, Prix de Flore 2012, Demain Berlin en 2013, et Octobre en 2014). (Source: Éditions Grasset)

Site Wikipédia de l’auteur 

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Cet été-là

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Cet été là
Lee Martin
Sonatine
Roman
traduit de l’anglais par Fabrice Pointeau
320 p., 21 €
EAN : 9782355845581
Paru en février 2017

Où?
Le roman se déroule aux Etats-Unis, principalement dans l’Indiana. On y traverse des endroits appelés Gooseneck, Honeywell, Tower Hill, Georgetown, Jasper, Brazil ou encore Martinsville.

Quand?
Le narrateur se situe de nos jours pour raconter des faits qui se sont déroulés trente ans auparavant (voir extrait ci-dessous).

Ce qu’en dit l’éditeur
Un thriller poignant, sélectionné pour le prix Pulitzer du meilleur roman.
Tout ce qu’on a su de cette soirée-là, c’est que Katie Mackey, 9 ans, était partie à la bibliothèque pour rendre des livres et qu’elle n’était pas rentrée chez elle. Puis peu à peu cette disparition a bouleversé la vie bien tranquille de cette petite ville de l’Indiana, elle a fait la une des journaux nationaux, la police a mené l’enquête, recueilli des dizaines de témoignages, mais personne n’a jamais su ce qui était arrivé à Kathy.
Que s’est-il réellement passé cet été là ?
Trente ans après, quelques-uns des protagonistes se souviennent.
Le frère de Katie, son professeur, la veuve d’un homme soupçonné du kidnapping, quelques voisins, tous prennent la parole, évoquent leurs souvenirs. Des secrets émergent, les langues se délient.
Qui a dit la vérité, qui a menti, et aujourd’hui encore, qui manipule qui ?
Avec ce magnifique roman polyphonique, littéralement habité par le désir et la perte, Lee Martin nous entraîne dans la résolution d’un crime à travers une exploration profonde et déchirante de la nature humaine.

Ce que j’en pense
***
« J’avais pris trop de came, deux fois plus que d’habitude, et maintenant, la vérité, c’est que je me souviens de rien. Croyez-moi, mon frère, j’ai essayé. Tout a disparu. C’est comme si c’était jamais arrivé.
Il étaient dans une impasse. Que faites-vous, se demanda M. Dees, quand votre fille a disparu depuis quatre jours, que vous avez un revolver pointé sur la tête de l’homme que vous savez responsable, mais que celui-ci ne peut pas – ou ne veut pas – vous dire ce que vous voulez savoir ? Vous revenez en arrière. Voilà ce que pensa M. Dees. C’est ce qu’il disait à ses élèves. Décomposez le problème en ses parties, focalisez-vous sur un calcul plus simple et apprenez-le. Remontez jusqu’à avoir appris tout ce que vous avez besoin de savoir pour trouver la réponse que vous croyiez hors de portée. »
M. Dees ne pouvait pas mieux résumer ce thriller, ni mieux expliquer comment il va tenter d’expliquer au lecteur ce qui s’est passé chez les Mackey ce soir-là, quand Katie a disparu : en décomposant le problème, en retraçant morceau par morceau le fait divers qui a secoué toute la communauté, que l’on imaginait sans histoires, de Gooseneck. Dans un tel endroit, où chacun connaît son voisin, où la plupart des habitants travaillent à la verrerie – même si cette dernière est sur le déclin – et où tout étranger est repéré dès qu’il entre en ville, la vie est paisible. La famille Mackey peut même être le symbole de ce petit bonheur tranquille. C’est du reste ce que pense Henry Dees, qui observe les faits et gestes des Mackey à la manière d’un entomologiste. Engagé pour donner des leçons de mathématiques à Katie, il est littéralement fasciné par cette élève si belle et si gentille.
Il profite de ses loisirs pour humer les mêmes pétales de fleurs que la jeune fille, pour lui soustraire une mèche de cheveux, pour prendre des photos de la maison et même pour s’introduire dans la maison. Poussé par une irrépressible envie, il ira même jusqu’à embrasser son élève sur la joue.
Un geste qui va énormément le perturber et qui pourrait même l’anéantir s’il savait que Raymond R., son voisin, l’épie à son tour. Pourtant lorsque Katie prend son vélo pur ramener des livres à la bibliothèque et qu’elle ne rentre pas, ni l’un ni l’autre ne sera en mesure d’expliquer cette disparation.
Contrairement aux thrillers qui mettent les enquêteurs au premier plan, la trame tourne ici autour de ce curieux microcosme, de cette communauté et des relations que les uns entretiennent avec les autres. La bonne idée de l’auteur étant de donner successivement à chacun la parole.
Outre Henry et Raymond, Junior et Gilley, les père et frère de Katie et Clare, l’épouse de Raymond vont nous livrer «leur» vérité dans une ambiance de plus en plus lourde au fur et à mesure que la disparition de Katie prend un caractère définitif.
Entre omissions et témoignages partiels, voire partiaux, on va découvrir que chacun cache des choses, des déviances, des obsessions.
Cependant, à force de déconstruire et de reconstruire, d’assembler des bribes, la vérité va finir par éclater…
Le premier roman – pour moi, il ne s’agit pas à proprement parler d’un thriller – de Lee Martin traduit en français nous permet de découvrir une plume incisive et une œuvre que l’on ne manquera pas de suivre.

Autres critiques
Babelio 
Blog Les pages de Sam
Blog Croqueuse-Livres
Blog L’écran à la page 

Extrait
« Je n’ai jusqu’à présent jamais réussi à relater cette histoire et le rôle que j’y ai tenu, mais écoutez, je la raconterai en toute honnêteté : un homme ne peut vivre qu’un temps avec une telle chose sans la partager. Mon nom est Henry Dees et j’étais alors enseignant – professeur de mathématiques et tuteur pendant l’été auprès d’enfants tels que Katie qui en avaient besoin. Je suis désormais un vieil homme, et même si plus de trente années se sont écoulées, je me rappelle encore cet été et ses secrets, la chaleur et la manière qu’avait la lumière de se prolonger le soir comme si elle n’allait jamais partir. Si vous voulez écouter, vous allez devoir me faire confiance. Sinon, refermez ce livre et retournez à votre vie. Je vous préviens : cette histoire est aussi dure à entendre qu’elle l’est pour moi à raconter. »

A propos de l’auteur
Lee Martin vit à Colombus, dans l’Ohio, ou il enseigne la littérature. Cet été-là est son premier roman traduit en français. (Source : Éditions Sonatine)

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Marquée à vie

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Marquée à vie
Emelie Schepp
Éditions Harper Collins Noir
Thriller
traduit de l’anglais (États-Unis) par Louis Poirier
416 p., 18,90 €
EAN : 9791033900184
Paru en janvier 2017

Où?
Le roman se déroule en Suède, à Norrköpping , Sandbyhov, Viddviken, Arkosünd et l’île de Grimsö ou encore Stockholm.

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Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Jana Berzelius, le nouveau phénomène suédois
Norrköpping, Suède. La procureure Jana Berzelius arrive sur la scène du meurtre d’un haut responsable de l’Immigration en Suède, assassiné dans sa maison, au bord de la mer Baltique. Le tueur n’a laissé aucune trace. Etrangement, les seules empreintes que l’on retrouve sont celles d’un enfant…
Quelques jours plus tard, sur un rivage désolé, on découvre le corps du meurtrier. Un très jeune garçon. Avec sur la nuque le nom d’un dieu grec, grossièrement gravé dans la chair. Cet horrible stigmate provoque chez Jana, pourtant réputée pour sa froideur, un séisme sans précédent. Car elle porte la même scarification, dissimulée sous ses cheveux. La marque d’un passé qui ne lui revient que par flashs incontrôlables…
Dans l’univers d’Emelie Schepp, le Nord ressemble moins à un tableau mélancolique qu’à un conte cruel d’Andersen. Avec son héroïne aux deux visages qui émeut autant qu’elle surprend, Marquée à vie met progressivement à nu les différentes strates de la violence et les ressorts psychologiques de la survie, grâce à un suspense parfaitement maîtrisé.
La nouvelle reine du polar suédois, «Auteur de l’année 2016» au festival de Gotland

Ce que j’en pense
****
On présente déjà Emelie Schepp comme «la nouvelle reine du polar suédois». Sans aller jusque-là, il faut bien reconnaître que ce premier thriller à mettre en scène la procureure Jana Berzelius s’inscrit avec un vrai pouvoir addictif dans la lignée des Viveca Sten et des Stieg Larsson. Du reste, le scénario emprunte la géographie de l’une et l’histoire de l’autre. Nous sommes à quelques kilomètres de la Baltique et ses centaines d’île, dans un port propice à tous les trafics, de l’alcool à la drogue en passant par les êtres humains.
Le récit débute par la découverte d’un cadavre. Hans Juhlen, le chef du service de l’immigration, est retrouvé assassiné à son domicile par son épouse. Les déclarations contradictoires et les mensonges avérés de cette dernière ne seront toutefois pas suffisants pour l’inculper. D’autant que des empreintes digitales et les enregistrements d’une caméra de surveillance mettent en cause un enfant.
Quand un peu plus tard, on découvrira le cadavre d’un garçon sur la plage, il sera aisé d’établir que ses empreintes coïncident avec celles trouvées sur le lieu du crime.
Toutefois, la découverte du meurtrier de Hans Juhlen pose davantage de questions qu’il n’en résout. Quel est le mobile du crime ? Qui s’est débarrassé du garçon ? Que signifie l’inscription «Thanatos» gravée dans la nuque de ce second cadavre ?
Jana Berzelius pourrait peut-être apporter un début de réponse à l’équipe de police de Norrköpping chargée de l’enquête. Car sa nuque porte également une inscription de ce type. Les trois lettres «Ker» qu’on y a gravé sont aussi issues de la mythologie grecque, Ker ou plus précisément les Kères étant les sœurs de Thanatos, dieu de la mort. Il se trouve cependant que la procureure n’a aucun souvenir de l’époque où elle a été ainsi Marquée à vie.
Le lecteur, quant à lui, peut prendre un peu d’avance sur les enquêteurs. Emelie Schepp insère en effet le récit originel – l’arrivée de clandestins dans un container sur les côtes suédoises – au fil de l’enquête, si bien que l’on comprend très vite que Berzelius est le nom des parents adoptifs de Jana et que son parcours est bien loin d’être aussi lisse que ses collègues peuvent le penser, elle qui a pris la succession de son père dans la fonction.
L’enquête va dès lors se dédoubler. On découvre d’une part que Hans Juhlen possédait lui aussi une part d’ombre, usant de son pouvoir pour forcer les immigrées à avoir des relations sexuelles avec lui, contre la promesse d’un permis de séjour. Jusqu’au jour où le frère d’une victime décide de le faire chanter après avoir pris des photos compromettantes. Sa femme se chargera de payer les 40000 couronnes mensuelles réclamées en échange du silence du maître-chanteur.
Dans l’ordinateur du fonctionnaire-violeur une série de chiffres et de lettres intriguent aussi les enquêteurs. Ils finiront toutefois par trouver la clé de cette énigme : ces codes sont des immatriculations de containers venant du Chili et qui ont mystérieusement disparu.
Jana, qui depuis le choc de la découverte de «Thanatos» mène sa propre enquête, va finir par retrouver son histoire ainsi que les acteurs du drame qu’elle a vécu. Au fur et à mesure que le filet se resserre sur les commanditaires des crimes, il va lui falloir jouer sur du velours. Pourra-t-elle assouvir sa vengeance avant que les enquêteurs n’arrêtent le chef du réseau ? Ne va-t-elle pas finir par devoir tomber le masque et révéler qu’elle fait partie des victimes de ce réseau ?
Avec un vrai sens de l’intrigue et quelques rebondissements qui viennent contrarier l’évolution par trop prévisible de l’enquête, on comprend que ce thriller ait trouvé un très large public et qu’il soit traduit dans près d’une trentaine de pays. Le personnage de Jana Berzelius, qui a dû se construire après l’assassinat de ses parents et une éducation au meurtre – il fallait tuer pour survivre – offre en outre suffisamment de coins secrets pour rendre non seulement cette enquête passionnante, mais également la suite que l’on attend déjà avec impatience !

Autres critiques
Babelio http://www.babelio.com/livres/Schepp-Marquee-a-vie/900333
Blog Zonelivre.fr http://nordique.zonelivre.fr/emelie-schepp-marquee-a-vie/
Blog Andrée la papivore http://andree-la-papivore.blogspot.ch/2017/01/marquee-vie-demelie-schepp.html

Extrait
« Même si cela faisait partie de son travail, Henrik avait du mal à côtoyer la mort de près. Au bout de sept ans, il devait encore se faire violence pour conserver une expression neutre quand on lui montrait un corps.
Jana, elle, ne semblait pas troublée le moins du monde. Son visage était impassible et Henrik se surprit à se demander si quelque chose était susceptible de la faire réagir. Des dents cassées, des orbites vides, des mains ou des doigts coupés ne suffisaient pas. Pas plus que les langues déchiquetées et les brûlures au troisième degré. Il le savait pour avoir assisté avec elle à des autopsies de cadavres atrocement mutilés. En sortant, il était allé vider ses tripes. Pas elle. »

À propos de l’auteur
Née en Suède, à Motala, Emelie Schepp appartient à la nouvelle génération d’écrivains nordiques, celle qui a succédé à des auteurs mondialement connus, comme Stieg Larsson. Après avoir remporté un prix d’Art dramatique et travaillé dans la publicité, Schepp fait des débuts très remarqués avec Marquée à vie, le premier volume de sa série «Jana Berzelius». Déjà vendue dans 27 pays à ce jour, cette trilogie a conquis 200 000 lecteurs rien qu’en Suède. (Source : Éditions Harper Collins)

Page Facebook de l’auteur (en anglais)

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The girls

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The girls
Emma Cline
Éditions de la Table Ronde
Roman
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Jean Esch
336 p., 21 €
EAN : 9782710376569
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule principalement en Californie, entre Los Angeles, Venice Beach, Pacific Heights, Berkeley, Petaluna, Monterey, Palo Alto, Mendocino, Hot Springs Canyon ainsi qu’à Bakersfield et Seattle.

Quand?
L’action se situe d’une part en 1969 et d’autre part quelque trente années plus tard.

Ce qu’en dit l’éditeur
Nord de la Californie, fin des années 1960. Evie Boyd, quatorze ans, vit seule avec sa mère. Fille unique et mal dans sa peau, elle n’a que Connie, son amie d’enfance. Lorsqu’une dispute les sépare au début de l’été, Evie se tourne vers un groupe de filles dont la liberté, les tenues débraillées et l’atmosphère d’abandon qui les entoure la fascinent. Elle tombe sous la coupe de Suzanne, l’aînée de cette bande, et se laisse entraîner dans le cercle d’une secte et de son leader charismatique, Russell. Caché dans les collines, leur ranch est aussi étrange que délabré, mais, aux yeux de l’adolescente, il est exotique, électrique, et elle veut à tout prix s’y faire accepter. Tandis qu’elle passe de moins en moins de temps chez sa mère et que son obsession pour Suzanne va grandissant, Evie ne s’aperçoit pas qu’elle s’approche inéluctablement d’une violence impensable.
Dense et rythmé, le premier roman d’Emma Cline est saisissant de perspicacité psychologique. Raconté par une Evie adulte mais toujours cabossée, il est un portrait remarquable des filles comme des femmes qu’elles deviennent.

Ce que j’en pense
****
Après California Girls de Simon Liberati, l’actualité de cette rentrée littéraire nous permet de découvrir un second roman inspiré de l’un des fait divers les plus spectaculaires de l’histoire américaine. Avec The Girls, l’Américaine Emma Cline – qui avait 25 ans lorsqu’elle a écrit ce premier roman – bénéficie toutefois d’une aura bien différente de celle de l’écrivain français. Les droits internationaux du roman se sont en effet arrachés dans quelque 34 pays et un producteur de cinéma s’est déjà réservé l’adaptation du livre.
En France, ce sont donc les éditions de la Table Ronde qui ont fait le pari de miser sur cette nouvelle étoile montante aujourd’hui installée à New York. L’avenir dira si le jeu en valait la chandelle, mais il faut bien reconnaître que le récit de l’errance d’Evie mérite le détour.
À 14 ans, le personnage principal vit un moment clé de son existence. Celui où son corps change, celui où on commence à s’imaginer un avenir. Mais plus qu’un roman de formation, nous avons droit à une plongée dans cette période historique qui a durablement changé l’Amérique, voire le monde. Avec ce point culminant que constitue le massacre sanglant perpétré par un petit groupe de partisans de Charles Manson – principalement des jeunes filles – et dont sera notamment victime Sharon Tate, l’épouse de Roman Polanski, alors enceinte. Mais plutôt que de se livrer à une reconstitution historique des faits, Emma Cline a choisi de nous raconter comment on en est arrivé à cette extrémité.
Mais revenons à Evie. La jeune fille n’a qu’une piètre opinion d’elle-même : « Mes parents, bien qu’absorbés l’un et l’autre par leur monde, se disaient déçus, peinés par mes médiocres résultats. J’étais une fille moyenne, et c’était là leur plus grande déception : il n’y avait aucun éclat de grandeur en moi. Je n’étais pas assez jolie pour justifier de tels résultats, la balance ne penchait pas assez franchement du côté de la beauté ou de l’intelligence. Il m’arrivait d’être remplie de bonnes intentions, de vouloir m’améliorer, de m’appliquer, mais évidemment, rien ne changeait. D’autres forces mystérieuses semblaient s’exercer. »
Le divorce qui suit ne va pas arranger les choses. Du coup, elle passe beaucoup de temps avec sa meilleure amie Connie, s’intéresse aussi un peu au frère de cette dernière et tente, notamment en feuilletant la collection des revues de son père, de faire son éducation sexuelle.
Tout bascule quand Connie décide de prendre ses distances. Comme sa mère ne s’intéresse en premier lieu qu’à sa propre personne, elle cherche refuge auprès d’un groupe constitué autour d’un chanteur charismatique du nom Russell.
Mais davantage que le musicien toujours à la recherche d’une reconnaissance, c’est Suzanne qui attire Evie. La jeune femme de 19 ans l’entraîne vers sa première expérience sexuelle en compagnie du musicien.
Dans le ranch où la communauté séjourne, les journées défilent. Entre les expéditions pour trouver de la nourriture, la consommation de drogue et d’alcool et une oisiveté qui semble être le but suprême, il y a de la place pour quelques leçons dispensées par le «gourou», mais aussi pour fomenter quelques mauvais coups. Après avoir trouvé de l’argent dans la famille, dans celle des copains et visité la maison de voisins, Evie est confiée aux bons soins de son père et de sa belle-mère. Mais, après quelques jours, elle s’enfuit pour retrouver Suzanne.
Lorsqu’elle rejoint le groupe, elle n’imagine pas ce qui se trame. Pas plus qu’elle ne comprendra pourquoi elle n’a pas participé à cette sortie, ni même comment la police a mis tant de temps à découvrir la vérité.
Avec le recul nécessaire pour comprendre le jeu de domination, la dynamique de groupe des Girls et la machinerie infernale qui s’est alors mise en marche, l’auteur prend ses distances avec l’adolescente qu’elle était alors. Une époque qu’elle a traversé sans vraiment comprendre pourquoi et comment, un peu paumée.
Les style rend du reste admirablement ce décalage. Le monde que nous décrit Evie balance entre l’innocence de l’enfance, les aspirations de l’adolescente et la recherche d’un sens à la vie, toujours sur le fil du rasoir.
C’est sans doute cette fragilité qui fait de ce roman une œuvre étincelante et magnétique.

Autres critiques
Babelio 
Libération (Elisabeth Franck-Dumas)
Paris Match (François Lestavel)
Libération (Elisabeth Franck-Dumas)
ELLE (Marguerite Baux)
L’Express (Marianne Payot)
Cheek Magazine (Faustine Kopiejwski – rencontre avec l’auteur)
Onirik.net (Valérie)
Blog Les petits livres
Blog Lily lit 
Blog Plaisirs à cultiver 

Extrait
« Ma mère disait que je ressemblais à ma grand-mère, mais cela me paraissait louche, un mensonge qui prenait ses désirs pour la réalité, destiné à donner un faux espoir. Je connaissais l’histoire de ma grand-mère, je la répétais machinalement comme une prière. Harriet, la fille du cultivateur de dattes, arrachée à l’anonymat confit d’Indio et conduite à Los Angeles. Sa mâchoire fuyante et ses yeux humides. Des petites dents, droites et légèrement pointues, comme un chat étrange et beau. Gâtée par le système des studios, se nourrissant de lait battu avec des œufs, ou de foie grillé et de cinq carottes, repas que j’avais vu ma grand-mère manger chaque soir de mon enfance. La famille terrée dans le vaste ranch de Petaluma après qu’elle avait pris sa retraite, cultivant des roses de concours à partir de boutures Luther Burbank et élevant des chevaux.
À la mort de ma grand-mère, nous étions comme un pays indépendant dans ces collines, vivant de son argent, même si je me rendais en ville à vélo. La distance était surtout psychologique. Adulte, je n’en reviendrais pas de notre isolement. »

A propos de l’auteur
Emma Cline est née en Californie en 1989. Elle est titulaire d’un MFA de l’Université Columbia à New York et vit à Brooklyn. The Girls (2016) est son premier roman. (Source : Babelio)

Site internet de l’auteur (en anglais)

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140 signes :
À 14 ans, Evie s’attache à un groupe de hippies

California girls

liberati_california_girlsCalifornia Girls
Simon Liberati
Grasset
Roman
342 p., 20 €
EAN : 9782246798699
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule En Californie, à Los Angeles, à Venice et Beverly Hills.

Quand?
L’action se situe en 1969, plus précisément durant 36 heures, du 8 au 10 août.

Ce qu’en dit l’éditeur
« En 1969, j’avais neuf ans. La famille Manson est entrée avec fracas dans mon imaginaire.  J’ai grandi avec l’image de trois filles de 20 ans  défiant les tribunaux américains, une croix sanglante gravée sur le front. Des droguées… voilà ce qu’on disait d’elles, des droguées qui avaient commis des crimes monstrueux sous l’emprise d’un gourou qu’elles prenaient pour Jésus-Christ. Plus tard, j’ai écrit cette histoire le plus simplement possible pour exorciser mes terreurs enfantines et j’ai revécu seconde par seconde le martyr de Sharon Tate. »
Los Angeles, 8 août 1969 : Charles Manson, dit Charlie, fanatise une bande de hippies, improbable « famille » que soudent drogue, sexe, rock’n roll et vénération fanatique envers le gourou. Téléguidés par Manson, trois filles et un garçon sont chargés d’une attaque, la première du grand chambardement qui sauvera le monde. La nuit même, sur les hauteurs de Los Angeles, les zombies défoncés tuent cinq fois. La sublime Sharon Tate, épouse de Roman Polanski enceinte de huit mois, est laissée pour morte après seize coups de baïonnette. Une des filles, Susan, dite Sadie, inscrit avec le sang de la star le mot PIG sur le mur de la villa avant de rejoindre le ranch qui abrite la Famille.
Au petit matin, le pays pétrifié découvre la scène sanglante sur ses écrans de télévision. Associées en un flash ultra violent, l’utopie hippie et l’opulence hollywoodienne s’anéantissent en un morbide reflet de l’Amérique. Crime crapuleux, vengeance d’un rocker raté, satanisme, combinaisons politiques, Black Panthers… Le crime garde une part de mystère.
En trois actes d’un hyper réalisme halluciné, Simon Liberati accompagne au plus près les California girls et peint en western psychédélique un des faits divers les plus fantasmés des cinquante dernières années. Ces 36 heures signent la fin de l’innocence.

Ce que j’en pense

***
Prenant en quelque sorte la suite de The girls, le roman d’Emma Cline, California girls revient aussi sur le quintuple meurtre perpétré par trois filles et un jeune homme en août 1969 et qui coûtera notamment la vie à Sharon Tate, l’épouse de Roman Polanski. L’angle choisi par Simon Liberati est davantage journalistique. Plutôt que de s’attacher à l’âme d’une protagoniste et à nous raconter son parcours, l’auteur va nous faire vivre l’expédition mortelle dans le détail. Une sorte de reportage parfaitement documenté dans la villa des hauteurs de Los Angeles.
Cette description clinique, minute après minute, de la façon dont le groupe va trucider ses victimes, fait froid dans le dos. La plupart des critiques se limitent du reste à la relation de ces 36 heures.
Mais la suite est proprement hallucinante. Car une fois leur forfait accompli, les assassins retournent auprès de Charles Manson, et poursuivent leur vie comme si de rien n’était. Entre sexe à deux ou en groupe et la prise de drogues diverses qui leur brûlent le cerveau, il leur reste juste le temps de suivre les leçons de leur gourou. Lors d’une promenade au bord de mer, ce dernier va croiser des flics qui patrouillent sur la plage. Il sait que les hippies sont leurs souffre-douleurs favoris, mais malgré la vigilance générale décrétée après le quintuple assassinat, ils ne lui demanderont rien. Il peut même jubiler : « Comme disait Adolf Hitler : « On ne peut plus parler de hasard quand – en une seule nuit – le destin d’un pays est changé sous l’influence d’un homme. » La certitude d’avoir créé une effervescence sociale durable et d’avoir bouleversé les certitudes de ceux qui l’avaient écrasé si longtemps dans leur système répressif lui donnait une force extraordinaire. Il était venu le temps où la Famille allait réveiller le monde pour le confronter à ses peurs profondes et libérer l’homme blanc de ses illusions en le rendant à la vie animale… La guerre raciale souhaitée par Charlie, né en 1934 dans une région hantée par le Ku Klux Klan, était le préalable du retour à la nature. »
Tandis que l’enquête piétine, le groupe se prépare à un voyage dans le désert, avec insouciance, comme dirait Karine Tuil. Même si au bout du compte, ils finiront par être rattrapés : « C’est bien le problème, avec les dingues. Ils travaillent du ciboulot, mis comme ils prennent les caillasses pour des pépites, ils restent sur le pavé. »
Simon Liberati a trouvé la distance nécessaire pour faire de ce roman un récit clinique du fait divers. Sans porter de jugement, il nous replonge dans cette époque avec ses excès, mais aussi avec ses utopies. Sans atteindre la beauté formelle du roman d’Emma Cline, son livre mérite également le détour.

Autres critiques
Babelio
BibliObs (David Caviglioli)
Télérama (Nathalie Crom)
Marie France (Valérie Rodrigue)
ELLE (Marguerite Baux)
L’Express (Marianne Payot)
Tribune de Genève (Marianne Grosjean)
Le Temps (Lisbeth Koutchoumoff, avec interview de l’auteur)
Benzinemag.net (Hugues Demeusy)
20 minutes.fr (Laurent Bainier)
Le blog de Gilles Pudlowski

Les premières pages du livre

Extrait
« Elles rirent toutes les deux comme des gamines. Leslie était mineure, Sadie avait vingt et un ans depuis trois mois et un jour. Pour les flics et les commerçants de la vallée elles étaient les « sorcières de Manson », du nom de leur gourou. Du menu fretin hippie, des délinquantes primaires qu’il aurait fallu doucher, épouiller et placer en maison de correction. Elles étaient fières de leur mauvaise réputation comme des couronnes de fleurs perlées qu’elles volaient dans les cimetières ou de leurs patchworks frangés de cheveux humains.
Allongée sur la large banquette crevée de la vieille Ford, la tête posée sur les longues cuisses de Leslie qui lui tressait des nattes d’Indienne, Sadie jouait à monter et à descendre la manivelle de la vitre avec ses pieds nus. Quand la vitre se baissait on respirait l’air brûlant venu des poubelles du supermarché et on entendait les grognements de Katie qui continuait toute seule de fouiller un dernier container. Elle était complètement défoncée. »

A propos de l’auteur
Simon Liberati est l’auteur de six livres, Anthologie des apparitions (Flammarion, 2004), Nada exist (Flammarion, 2007), L’Hyper Justine (Flammarion, 2009, prix de Flore), Jayne Mansfield 1967, (Grasset, 2011, prix Femina), 113 études de littérature romantique (Flammarion, 2013), et Eva (Stock, 2015). (Source : Éditions Grasset)

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Repose-toi sur moi

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Repose-toi sur moi
Serge Joncour
Éditions Flammarion
Roman
432 p., 21 €
EAN : 9782081306639
Paru en août 2016

Où?
Le roman se déroule principalement à Paris, mais aussi en banlieue à Sevran, Livry-Gargan, Ivry, Noisy, Nogent, Villemomble, Gagny, Bondy, Boulogne-Billancourt, Fontainebleau, Barbizon ainsi que dans d’autres régions de France telles que de la vallée du Célé, de Saint-Sauveur et Gourdon ou encore Toulouse, Annonay ou Troyes. Des voyages à l’étranger en Chine, à Istanbul, à Londres, à New York, Chicago ou à Rio et Singapour sont évoqués.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Aurore est une styliste reconnue et Ludovic un agriculteur reconverti dans le recouvrement de dettes. Ils n’ont rien en commun si ce n’est un curieux problème : des corbeaux ont élu domicile dans la cour de leur immeuble parisien. Elle en a une peur bleue, alors que son inflammable voisin saurait, lui, comment s’en débarrasser. Pour cette jeune femme, qui tout à la fois l’intimide et le rebute, il va les tuer. Ce premier pas les conduira sur un chemin périlleux qui, de la complicité à l’égarement amoureux, les éloignera peu à peu de leur raisonnable quotidien.
Dans ce roman de l’amour et du désordre, Serge Joncour porte loin son regard : en faisant entrer en collision le monde contemporain et l’univers intime, il met en scène nos aspirations contraires, la ville et la campagne, la solidarité et l’égoïsme, dans un contexte de dérèglement général de la société où, finalement, aimer semble être la dernière façon de résister.

Ce que j’en pense
Fort souvent la rencontre fortuite de deux personnes qui, à priori, n’ont rien de commun donne un résultat intéressant. Le filon a beaucoup été utilisé au cinéma, il est ici au cœur du nouveau – et formidable – roman de Serge Joncour.
«L’écrivain national» dresse tout d’abord le portrait de Ludovic aussi impressionnant par ses mensurations que posé dans son attitude, une sorte d’ours solitaire mais zen, qui vient de la vallée du Célé dans le Lot et travaille à Paris ou plus souvent en banlieue. Il est chargé de recouvrer des dettes auprès de particuliers. Un métier difficile, mais qui lui convient mieux que de rester enfermé dans un bureau.
De l’autre côté de son petit appartement vit Aurore, son mari, et ses deux enfants. Elle conçoit des modèles pour une entreprise de prêt-à-porter, jongle avec ses rendez-vous et l’emploi du temps de ses enfants et croise à peine un mari qui est plus souvent occupé à ses affaires, brasser des millions, que soucieux du bien-être de sa famille.
Quand Aurore croise Ludovic, elle prend peur. Cet homme imposant ne lui dit rien qui vaille. Il va toutefois se montrer avenant et l’aider à se débarrasser de corbeaux qui ont envahi la petite cour. En montant l’escalier pour le remercier, elle va croiser une voisine à laquelle elle n’avait pas vraiment fait attention et se rend compte combien sa vie, comme des milliers de Parisiens, se passe à courir sans vraiment s’intéresser aux autres. Et que cet homme est justement l’antithèse de ceux qu’elle côtoie au quotidien, capable d’actes désintéressés, capable d’attention. Un refuge. D’ailleurs c’est Ludovic qui sera là le jour où le chauffe-eau a brutalement lâché et qu’une inondation menaçait l’appartement puis l’immeuble tout entier.
Aussi est-ce presque malgré eux qu’ils vont aller l’un vers l’autre, attirés par une soif commune de remplir le vide de leur existence.
« En se serrant contre cet homme, en s’y plongeant avec tout ce qu’elle mobilisait de forces, elle embrassait l’amour et le diable, la peur et le désir, la mort et la gaîté, elle avait la sensation de se perdre en plein vertige dans ces bras-là, d’être embarquée dans une spirale qui n’en finirait jamais de les avaler. Désormais ils n’étaient plus neutres tous les deux, ils n’étaient plus ces deux amants fugaces que tout sépare. Â compter de ce jour, elle se sentait irrémédiablement liée à cet homme, de fait ils étaient enchaînés, ligotés, réunis…»
Chevalier servant et chevalier blanc, Ludovic va alors aussi aider Aurore lorsque cette dernière se verra confronter à une basse manœuvre de son associé afin de l’évincer de la société qui porte son nom pour produite à bas coût à l‘étranger et étendre la gamme des produits. Avec un associé lui aussi sans scrupules, il veut faire de la marque «Aurore Dessage» une machine à cash. Des adversaires qui sont d’un autre calibre que sont que Ludovic côtoie chaque jour. Il va bien vite s’en rendre compte, mais voudra mettre un point d’honneur à faire plier les escrocs. Un jeu dangereux qui va finir par mettre en péril les deux amants.
On savait Serge Joncour excellent observateur de notre quotidien, sachant parfaitement mettre en scène les milieux qu’il décrit sans oublier les détails qui crédibilisent le récit. Avec le sens de la formule qu’on lui connaît, il ajoute encore une dimension supplémentaire à ce roman, à savoir une tension palpable dès les premières lignes et qui ne quittera pas le lecteur jusqu’au bout, si bien qu’on ne voit pas passer les 427 pages qui mènent à l’épilogue. Du très grand art que j’imagine bien voir récompensé par un Prix littéraire, même si les jurés du Goncourt ne semblent pas encore l’avoir lu jusqu’ici.

Autres critiques
Babelio
Télérama (Christine Ferniot)
ELLE (Adèle Bréau)
20 minutes (Laurent Bainier)
La Croix (Bruno Frappat)
Blog Les chroniques de Koryfée (Karine Fléjo)
Blog A l’ombre du noyer 
Blog A bride abattue

Extrait
« Aurore s’engouffre dans l’escalier allumé et avale les soixante-huit marches jusqu’à chez elle, soixante-huit marches en comptant les cinq premières du perron, soixante-huit marches qu’elle monte dans une totale colère, convaincue que cette fois elle n’est plus à l’abri de rien, cette fois c’est jusque dans sa cour que la violence la rattrape, le seul endroit où elle se sentait protégée jusque-là, elle se dit que finalement elle va la commander cette petite bombe lacrymogène qu’elle a vue sur Internet, cette fois elle a besoin d’un objet qui la rassure, quitte à en asperger les corbeaux eux-mêmes, comme tout ce qui l’agresse, cette fois elle est prête à les éradiquer, tous, à ne plus se défendre mais à attaquer. »

A propos de l’auteur
Serge Joncour est l’auteur de dix livres, parmi lesquels, aux éditions Flammarion, UV (Prix France Télévision 2003), L’Idole (2005), Combien de fois je t’aime (2008), L’Homme qui ne savait pas dire non (2010), L’Amour sans le faire (2012) et L’écrivain national (2014). L’Amour sans le faire et L’écrivain national sont en cours d’adaptation cinématographique. (Source : Éditions Flammarion)

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Ainsi fleurit le mal

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Ainsi fleurit le mal
Julia Heaberlin
Presses de la Cité
Thriller
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Cécile Leclere
560 p., 23 €
EAN : 978-2258135307
Paru en septembre 2016

Où?
Le roman se déroule aux Etats-Unis, principalement au Texas

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« J’ai toujours pensé que la mort avait quelque compte à régler avec moi. »
À seize ans, Tessa est retrouvée agonisante sur un tas d’ossements humains et au côté d’un cadavre, dans une fosse jonchée de milliers de marguerites jaunes aux yeux noirs. Partiellement amnésique, seule survivante des « Marguerite » – surnom que les journalistes ont donné aux victimes du tueur en série –, elle a contribué, en témoignant, à envoyer un homme dans le couloir de la mort. Terrell Darcy Goodwin, afro-américain, le coupable parfait pour la juridiction texane.
Presque vingt ans ont passé. Aujourd’hui, Tessa est une artiste et mère célibataire épanouie. Si elle entend parfois des voix – celles des Marguerite qui n’ont pas eu sa chance –, elle est toutefois parvenue à retrouver une vie à peu près normale. Alors, le jour où elle découvre un parterre de marguerites jaunes aux yeux noirs planté devant sa fenêtre, le doute l’assaille… Son « monstre » serait-il toujours en cavale ? La narguerait-il ?
« Une intrigue formidable, portée par la qualité de l’écriture et par la tension superbement rythmée. »The Times

Ce que j’en pense
***
Deux histoires vont se dérouler en parallèle tout au long de ce thriller haletant. Tout d’abord celle de Tessa, retrouvée en 1995 quasi morte au fond d’un trou avec un autre cadavre, des ossements d’autres personnes, une cheville cassée et la manière dont va être menée l’enquête qui conduira à la condamnation d’un présumé coupable: Terrell Darcy Goodwin.
Les chapitres retraçant cette époque vont alterner avec ceux qui nous parlent de la Tessa d’aujourd’hui confrontée à un terrible dilemme. Les agissements dont elle et sa fille Charlie sont victimes, des menaces voilées et l’apparition de marguerites noires dans six différents endroits sont-ils le fait de personnes dérangées ou du tueur qui court toujours. Faut-il dans ce cas essayer de sauver Terrell du couloir de la mort ?
Entre les pièces à conviction égarées, les analyses pseudo-scientifiques à un moment où les recherches de traces ADN n’en étaient qu’à leurs balbutiements et une veste élimée trouvée à un kilomètre des lieux du crime, il y effectivement de quoi se poser des questions sur le jugement prononcé.
On est bien loin d’en avoir fini avec ce «cold case». Grâce aux progrès de la police scientifique et à l’acharnement d’enquêteurs qui ne supportent pas de se voir rappeler année après année qu’ils ne sont toujours pas capables de retrouver des personnes disparues ou encore pire, de laisser courir des tueurs en série, le dossier est réouvert. L’analyse des os trouvés aux côtés de Tessa dans la « tombe » permet d’identifier une première victime : Hannah Stein, 20 ans, disparue de son poste de serveuse à Georgetown et dont le frère est flic à Houston.
Même si le temps a passé, les plaies sont restent béantes et nombreuses sont les personnes qui restent traumatisées par ce drame, comme on va le découvrir au fil des pages.
Un bon thriller, tel que celui-ci, laisse le lecteur établir ses hypothèses et ne révèle que dans les dernières pages la clef de l’énigme. Disons simplement à ce propos que Julia Heaberlin a parfaitement travaillé la psychologie des personnages et qu’on ne saurait avoir de doute sur la crédibilité de son scénario. Raison suffisante pour se mettre ses pas dans ceux de Tessa.

Autres critiques
Babelio 
Blog Au bordel culturel 
Blog De livres & d’épice 

Les premières pages du livre 

A propos de l’auteur
Originaire d’une petite ville du Texas, Julia Heaberlin a quitté son travail de rédactrice au sein d’un journal pour se consacrer à l’écriture de Qui es-tu ?, son premier roman. Avec son nouvel ouvrage, Ainsi fleurit le mal, elle s’impose sur la scène du thriller psychologique. (Source : Presses de la Cité)

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L’atelier des poisons

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L’atelier des poisons
Sylvie Gibert
Plon
Roman
352 p., 19,90 €
ISBN: 9782259230599
Paru en mars 2016

Où?
Le roman se déroule principalement à Paris, avec quelques sorties aux environs, à Bezons, Argenteuil, Maurecourt et un voyage au bord de la mer à Villerville. Le commissaire Des souvenirs de guerre et de captivité à Sedan et Ulm sont également évoqués, ainsi qu’un séjour à Madrid.

Quand?
L’action se situe en 1879 et 1880.

Ce qu’en dit l’éditeur
Quand le talent d’une jeune peintre intrépide la plonge au cœur d’une intrigue captivante.
Paris, 1880. A l’académie Julian, le premier atelier à ouvrir ses portes aux femmes, la vie n’est pas facile. L’apprentissage du métier de peintre est ardu, long et coûteux. Seules les jeunes filles dotées d’un véritable talent et, surtout, d’une grande force de caractère, parviennent à en surmonter les obstacles.
Du talent, Zélie Murineau n’en manque pas. De la force de caractère non plus. N’a-t-elle pas déjà prouvé qu’elle était prête à tout pour parvenir à ses fins ? Pourtant, lorsque Alexandre d’Arbourg, le commissaire du quartier du Palais-Royal, lui demande de faire le portrait de sa filleule, sa belle assurance est ébranlée : comment ne pas croire que cette commande dissimule d’autres motifs ? Même si elle en connaît les risques, elle n’est pas en mesure de refuser le marché que lui propose le beau commissaire : elle sera donc « ses yeux ».
Des auberges mal famées jusqu’aux salons de la grande bourgeoisie, elle va l’aider à discerner ce que les grands maîtres de la peinture sont les seuls à voir : les vérités qui se cachent derrière les apparences.

Ce que j’en pense
****
«Ce roman a pris sa source devant un très beau pastel d’Amélie Beaury-Saurel, Dans le bleu, une donation faite au musée des Augustins à Toulouse. Le présence forte du modèle m’a inspiré Zélie Murineau.» explique Sylvie Gibert dans sa postface qui lève également le voile sur quelques uns des autres personnages de ce beau roman, dont les compagnes de Zélie au sein de l’atelier des femmes de l’académie Julian – qui ont vraiment existé –, à commencer par Amélie Beaury-Saurel qui finira par épouser son maître : Rodolphe Julian, ainsi que Marie Bashkirtseff, Sophie Schaeppi ou Louise Catherine Breslau, l’amie d’Edgar Degas.
GIBERT_Beaury-Saurel_Dans_le_bleuDans le bleu d’Amélie Beaury-Saurel (musée des Augustins, Toulouse).

L’héroïne du livre est la donc la jeune Zélie, bien décidée à vivre de sa peinture à un moment où les femmes n’étaient pour ainsi dire pas acceptées dans le cercle restreint des «grands maîtres», représentants d’une peinture académique très classique. Mais nous sommes en 1880, au moment où la société commence à bouger, où le progrès va se mêler aux idées émancipatrices, où les premiers impressionnistes se font huer.
La jeune femme réalise quelques esquisses dans le Jardin des Tuileries lorsqu’elle croise le regard d’un jeune homme. Il s’agit du commissaire Alexandre d’Arbourg, amateur d’art à ses heures perdues. Il s’est longtemps demandé «ce qui faisait la différence entre les peintres amateurs et les grands maîtres» sans trouver de réponse, sinon que les grands maîtres, comme Zélie, possèdent un sens de l’observation absolument extraordinaire : «Cette étonnante perspicacité du regard ne serait-elle pas une partie du secret des grands maîtres de la peinture ?»
C’est cette qualité qu’il va mettre à son service, la jeune fille parvenant à lui décrire de façon détaillée les voleurs qui sévissent dans le parc. Une amitié naît, même si elle inquiète dans un premier temps la jeune artiste qui, pour payer son loyer, n’a pas hésité à reproduire une œuvre de Vélasquez et à la vendre à un brocanteur.
Zélie s’est crue découverte, puis elle comprend qu’Alexandre aimait s’amuser. «Il maniait l’ironie avec une véritable délectation…» Si bien qu’elle accepte son offre de réaliser le portrait de sa filleule Juliette, mais en posant ses conditions. Elle veut que le commissaire l’aide à retrouver l’enfant de la nourrice dont elle réalise le portrait et qui a disparu durant le trajet qui devait le ramener dans sa famille.
Alors qu’Alexandre commence son enquête, Zélie sa charge d’un autre mandat. En se rendant au domicile de Juliette, elle est chargée d’observer ce qui s’y passe, car le maître de maison, banquier de son état, a été victime d’une tentative d’empoisonnement. Entre Henriette, la maîtresse de maison qui s’occupe de sa fille unique «comme on traite un bibelot dont la vue dérange, mais dont il est imposible de se débarrasser parce qu’on vous l’a offert.» Léon, le fils d’un premier mariage qui est amoureux de la nouvelle épouse de son père et la bonne qui a su consoler le banquier durant son veuvage, elle a l’embarras du choix…
Habilement construit, le roman va alors nous entraîner d’une part dans les bas-fonds de la capitale et sur la route de quelques malfrats bien peu recommandables et d’autre part au sein du milieu artistique jusqu’au salon du Palais de l’industrie. En passant, on croisera Alphonse Allais, Edgar Degas et quelques autres artistes dont la renommée est loin d’être acquise à l’époque. Sylvie Gibert joue avec beaucoup de finesse sur les deux tableaux, si je puis dire, et sait distiller les indices qui tiendront le lecteur en haleine. Zélie va-t-elle tomber amoureuse d’Alexandre ? Pourquoi ce dernier, qui a découvert le subterfuge du faux Vélasquez, déclare-t-il à sa protégée : «Il se trouve que pour une raison dont je préfère garder le secret, je ne chercherai jamais à vous nuire… Jamais ! Vous en avez ma parole.» ?
Nous voilà entraînés dans un roman aux registres variés dont la partie policière rappelle, sur bien des aspects, les enquêtes de Nicolas le Floch de Jean-François Parot. Peut-être même aurons nous droit prochainement à un nouvel épisode des aventures de Zélie et Alexandre ? Gageons que ce sera le vœu le plus cher de la plupart des lecteurs de ce passionnant périple dans le Paris de la fin du XIXe siècle.

Autres critiques
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Blog Des livres, des livres !
Blog Books are my Wonderland

Découvrir les 20 premières pages

Extrait
« Il avait longtemps réfléchi sans entrevoir la moindre solution. Son meilleur ami était pourtant venu jusqu’à son commissariat lui demander son aide, et il ne pouvait déclarer forfait sans rien tenter. À force de tourner et retourner l’affaire dans tous les sens, il s’était soudain souvenu de cette jeune… Quel terme employer puisque le mot « peintre » ne connaissait pas le genre féminin ? Cependant, c’était bien une femme peintre qu’il avait rencontrée quelques jours plus tôt. Une femme peintre douée d’un sens de l’observation hors du commun… Mais cette jeune inconnue accepterait-elle de l’aider ? Encore fallait-il être en mesure de lui poser la question… Et pour cela, il devait d’abord la retrouver. Comment allait-il s’y prendre ?
Il se souvenait que, lorsqu’il s’était présenté à elle, au jardin des Tuileries, par une belle journée d’automne, elle lui avait révélé son nom. Cependant, le commissaire ne savait ni où elle habitait ni dans quelle institution elle apprenait la peinture. Ce ne pouvait être à l’École des beaux-arts, puisque les femmes n’y étaient pas admises. Ce ne devait pas être non plus dans l’un de ces cours dirigés par quelque demoiselle défraîchie où l’on n’enseigne que l’art de reproduire les bouquets de fleurs. Non, le peu que le commissaire avait vu des talents de celle-ci lui avait prouvé qu’il n’avait pas affaire à une dilettante. Elle devait donc fréquenter une véritable académie de peinture, l’une de celles où, après s’être exercé sur des moulages de plâtre, on fait poser de véritables modèles de chair et de sang… Les modèles ! C’était peut-être là qu’il lui fallait chercher… Mais il ne pouvait pas mener cette enquête à visage découvert. »

A propos de l’auteur
Enseignante dans un lycée français en Allemagne, puis architecte, Sylvie Gibert vit et travaille à Toulouse. Elle a publié des romans pour la jeunesse chez Milan Presse et plusieurs romans chez De Borée, dont Derrière les portes. (Source : Decitre, Editions Plon)

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Les nuits de la Saint-Jean

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Les nuits de la Saint-Jean
Viveca Sten
Albin Michel
Thriller
Traduit du suédois par Rémi Casseigne
368 p., 20,90 €
ISBN: 9782226317148
Paru en mai 2015

Version poche parue en mai 2016.

Où?
Le roman se déroule toujours sur une île de l’archipel de Stockholm, Sandhamn, avec ses paisibles villégiatures, sa beauté sauvage, ses voiliers et la plage de Trouville. On y évoque aussi les localités proches, telles que Harö, Korsö, Runmarö, Saltsjöbaden à l’entrée du chenal ou Möja sur une île plus éloignée, ainsi que les routes qui mènent à l’île depuis Bromma, Vasastan, Nacka et Stockholm, en passant par Stavsnäs d’où partent les ferries. Enfin des villes plus lointaines, d’où sont originaires certains protagonistes, sont également mentionnées : Uppsala, Härnösand, Göteborg.

Quand?
L’action se situe de novembre 2006 à mars 2007. Toutefois le récit se double d’une seconde histoire qui débute en 1899 et se poursuivra jusqu’en 1962.

Ce qu’en dit l’éditeur
L’angoisse monte à Sandhamn : une jeune fille a disparu au cours de la nuit. Sous une pluie battante d’automne, l’inspecteur Thomas Andreasson et ses collègues ratissent l’île, en vain : Lina Rosén reste introuvable et l’enquête conclut à une noyade accidentelle.
Quelques mois plus tard, Nora Linde décide de prendre quelques jours de vacances au cœur de l’hiver à Sandhamn avec ses deux petits garçons. Son mari la trompe et elle a besoin du calme de l’île pour réfléchir. Mais, en jouant dans la forêt, Adam et Simon font une macabre découverte : des restes humains enfouis dans un sac sous la neige. Est-il possible que ce soit le cadavre de Lina ? Et quelle est cette ombre, tapie dans la nuit, sous les fenêtres des Rosén ? Pourquoi ?
Malgré l’absence de pistes, Thomas et son amie Nora ont un étrange pressentiment : l’assassin de Lina rôde encore et n’en a pas fini avec sa sinistre mission.
C’est avec cette nouvelle enquête de l’inspecteur Thomas Andreasson et de Nora Linde que Viveca Sten s’est imposée comme la Nº1 des ventes en Suède.

Ce que j’en pense
****
Après La Reine de la Baltique (2013) et Du sang sur la Baltique (2014), voici la troisième traduction française des cinq tomes déjà parus mettant en scène met en scène l’inspecteur Andreasson et l’avocate Nora Linde. On peut rassurer d’emblée les inconditionnels de Viveca Sten, Les Nuits de la Saint-Jean est aussi bon que les précédents. On peut aussi rassurer tous ceux qui ne sont – pas encore – familiers de l’œuvre de la romancière suédoise : ils peuvent découvrir son univers avec ce roman qui peut se lire indépendamment des autres.
C’est avec l’émission de télévision «Avis de recherche», qui fait appel aux téléspectateurs pour essayer de trouver des indices dans des enquêtes irrésolues, que s’ouvre cet épisode. Le présentateur y explique que « Lina Rosén a disparu par une sombre nuit de tempête sur la petite île de Sandhamn, aux confins de l’archipel, qui abrite à peine cent vingt habitants, mais accueille cent mille visiteurs chaque année.»
Une fois posé le décor, il ajoute «La dernière fois que les parents de Lina ont vu leur fille en vie, c’est le vendredi 3 novembre dernier. Elle se rendait chez une amie au sud-est de l’île. Elle serait repartie à vélo pour rentrer chez elle vers dix heures du soir. Après elle disparaît sans laisser de traces. Malgré les recherches de la police, elle n’a jamais été retrouvée.»
En fait, comme souvent dans ce type d’enquête, il faudra attendre une découverte inopinée pour qu’enfin les choses bougent : des enfants, dont ceux de Nora, mettent au jour un morceau du corps de la fillette lors partie de cache-cache.
L’enquête, qui était en sommeil jusque là, peut reprendre. La police scientifique, le légiste et l’équipe de Thomas Andreasson prennent la direction de l’archipel et interrogent les enfants, les voisins et les membres de la famille. Petit à petit de nouveaux éléments se font jour.
Viveca Sten a toutefois choisi de construire son thriller en deux parties. Parallèlement à cette enquête, elle nous raconte l’histoire d’un enfant martyr, rudoyé par son père et qui a même failli mourir de ses mauvais traitements. Gottwald devra s’enfuir de l’île et abandonner Karolina, la jeune fille aux longues nattes brunes qu’il aime ardemment, pour échapper à la folie de son géniteur.
Bien entendu, le deux récits vont finir par se rejoindre. On découvre alors comment la géographie et le climat agissent sur les habitants, combien le poids de la religion luthérienne peut entraîner de dérives, combien la solitude, surtout lorsqu’elle s’accompagne de conditions de travail très difficiles, peut forger des caractères intransigeants et hostiles.
Une histoire comme il ne peut en arriver que dans ces pays du Nord en quelque sorte. Mais une histoire qui vous fera sans aucun doute frissonner de plaisir lorsque vous la lirez.

Autres critiques
Babelio
Blog Mediapart
Blog Action-Suspense
Blog En terre scandinave (avec interview de l’auteur)

Extrait
« Elle regarda à nouveau sa montre. Huit heures moins trois. Elle n’y tenait plus. Elle composa le numéro.
« Allô ? » Une voix endormie répondit à la troisième sonnerie. C’était Hanna.
Marianne s’en voulut aussitôt. Elle l’avait réveillée inutilement.
« Bonjour, c’est Marianne. Désolée de te déranger. Je voulais juste savoir si Lina était chez vous. Elle n’est pas rentrée hier soir et n’a bien sûr pas appelé. Je sais que c’est ridicule, mais je voulais juste vérifier que tout allait bien. »
Silence au bout du fil.
Juste une seconde, mais une seconde de trop.
À nouveau, elle respirait difficilement.
« Lina ? Elle n’est pas ici. Elle est partie vers dix heures hier soir. Elle n’est pas rentrée ? » La voix de Hanna trahissait son étonnement. « Ne quitte pas, je vais vérifier.
– Oui, chuchota Marianne. S’il te plaît. »
Hanna reposa le téléphone et disparut. Marianne serra le combiné si fort que ses doigts lui faisaient mal.
Puis Hanna revint.
« Désolée, dit-elle. C’est bien ce que je pensais. Elle n’est pas là. Louise dit qu’elle est rentrée à vélo après le film. Tu es sûre qu’elle n’est pas dans son lit ?
„Marianne n’arriva pas à répondre. Elle essayait de former des mots, mais sa langue ne lui obéissait pas. Sa vue se brouilla.
Où était sa fille ? » (p. 11-12)

A propos de l’auteur
Viveca Sten vit près de Stockholm avec son mari et leurs trois enfants. Après une brillante carrière juridique, elle s’est lancée dans l’écriture. Sa série, qui met en scène l’inspecteur Andreasson et l’avocate Nora Linde sur l’île de Sandhamn, compte déjà 5 tomes. Succès phénoménal en Suède et dans le monde, la série est publiée dans une quinzaine de pays et vient d’être adaptée en série pour la télévision suédoise.
Comme ses héros, l’auteur possède une vieille maison familiale sur l’île de Sandhamn et y a passé tous les étés de sa jeunesse. (Source : Editions Albin Michel)

Site Wikipédia de l’auteur

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