Florida

BOURDEAUT_florida  RL_hiver_2021

En deux mots
Elizabeth a sept ans quand sa mère l’inscrit à un concours de mini-miss. Pour l’enfant, c’est le début d’une spirale infernale qui va l’entraîner vers un abîme passant par la boulimie puis le body-building, à la recherche de son corps et de son identité.

Ma note
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique

Mini-miss, maxi-problèmes

Olivier Bourdeaut, après En attendant Bojangles et Pactum Salis délaisse la vieille Europe pour nous entrainer aux USA avec Florida, l’histoire d’une petite-fille inscrite à un concours de mini-miss. Une réflexion brillante sur l’image du corps et la quête d’identité.

Victime d’être belle. La malédiction d’Elizabeth Vernn commence le jour de son septième anniversaire. Son premier cadeau, ce jour-là, est une robe de princesse. Le second est une participation à un concours de mini-miss. Qu’elle remporte. Elle ne le sait pas encore, mais c’est ce samedi-là que le drame s’est noué, que sa vie a basculé.
Car, à compter de ce premier succès, elle est devenue l’objet à fantasmes de sa mère. Elle va devoir désormais, semaine après semaine, sillonner les routes de Floride pour enchaîner les concours de beauté.
Si elle ne gagne pas, elle souvent sur le podium, laissant sa mère espérer qu’avec un petit effort supplémentaire, elle pourrait y arriver. Mais pour y parvenir, il ne faudra omettre aucun détail: la robe, la coiffure, le maquillage, le sourire. Plus tard viendront s’ajouter d’autres contraintes comme la gymnastique, le dentiste et la manucure.
Il n’aura fallu que quelques mois pour transformer sa mère de «touriste», celle qui inscrivent leur fille pour le plaisir, à amateur, puis d’amateur à professionnel avant de basculer dans une catégorie aussi dramatique que dangereuse, celle des «folles».
Il n’y a dès lors plus de limites: «Si je n’étais pas assez belle pour gagner, il fallait que je devienne plus sexy, plus femme, plus provocante, en clair que je devienne plus excitante. Sur les photos de mon avant-dernier concours, c’est bien simple, je ressemble à une pute, une pute de douze ans. Et sur une de ces photos, ma souteneuse me tient par la main, et elle a de ces yeux, mon Dieu, de ces yeux. Si vous pouviez voir cette image, ça m’éviterait d’écrire tous ces mots.»
La résolution du problème, si l’on peut dire, viendra d’un dérapage sur scène, un événement qui nécessitera un traitement chez un psy et le placement en pension. La belle petite fille va alors se transformer tout à la fois en élève brillante et en boule de graisse. Sa mère ne la reconnaît plus. Elle non plus du reste. Comme souvent en Amérique, c’est sur la route qu’elle va rencontrer la personne qui va à nous la transformer. Un artiste qui entend faire de ce corps une œuvre d’art et réalisant une performance en photographiant jour après jour cette métamorphose. Les galeries d’art et les amateurs se pressant à Art Basel Miami vont apprécier.
Si l’on cherche le point commun avec les précédents romans d’Olivier Bourdeaut, son best-seller En attendant Bojangles (2016) et Pactum salis (2018), on trouvera indéniablement ce grain de folie qui fait basculer une existence. On y ajoutera la rencontre qui change tout. Avec cette fois une réflexion percutante sur la marchandisation des corps, sur la tyrannie de l’image. Ou quand le paraître entend prendre le pas sur l’être.

Florida
Olivier Bourdeaut
Éditions Finitude
Roman
256 p., 19 €
EAN 9782363391469
Paru le 7/01/2021

Où?
Le roman est situé aux États-Unis, principalement en Floride, de Miami à Key West.

Quand?
L’action se déroule de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
« Ma mère s’emmerdait, elle m’a transformée en poupée. Elle a joué avec sa poupée pendant quelques années et la poupée en a eu assez. Elle s’est vengée. »

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com 
Europe 1 (Nicolas Carreau – La voix est livre)
A voir A lire (Aline Sirba)
Blog Lily lit
Blog Valmyvoyou lit 
Blog Les lectures d’Antigone 
Blog Sylire 
Blog Les mots de la fin 
Blog Les livres de Joëlle
Blog sur la route de Jostein 


Olivier Bourdeaut est l’invité de l’émission «Sous couverture» animée par Thierry Bellefroid © Production RTBF

Les premières pages du livre
« Ne trouvez-vous pas cocasse que dans un pays de gagnants, ma malédiction soit d’avoir un jour gagné ? Pas n’importe quel jour, celui de mes sept ans. Ma mère me disait que j’étais très belle et que je n’étais pas trop bête. L’ordre des compliments est important, la forme aussi. J’étais très belle, une affirmation. Je n’étais pas trop bête, une négation. Elle aussi était belle et plutôt intelligente. C’est la raison pour laquelle je ne comprendrai jamais cette journée d’anniversaire ni toutes celles qui ont suivi pendant cinq ans. Enfin si, je comprends maintenant. Je comprends, mais je ne pardonne pas. Je ne pardonnerai jamais.
C’est long cinq ans. Revenons à l’origine. C’est mon anniversaire ! ai-je dû m’écrier avec candeur quand je me suis réveillée. C’est mon anniversaire ! ai-je dû répéter toute la matinée. J’en ai beaucoup parlé, plus que les années précédentes, pour la simple et bonne raison que ma mère m’annonçait une surprise merveilleuse depuis deux semaines. Je ne l’avais jamais vue aussi fière d’elle, j’aurais dû me méfier. On ne connaît pas suffisamment ses parents lorsqu’on a sept ans. Un sourire mystérieux, une voix qui sonnait faux, et surtout une trop grande impatience à l’évocation de cette journée, j’ai même eu peur qu’elle souffle elle-même sur mes bougies et qu’elle avale mon gâteau en une seule bouchée. J’aurais préféré.
Il n’y aura pas d’amies invitées. Je le comprends lorsque maman se présente avec un grand carton blanc rectangulaire. Normalement on ouvre ses cadeaux lorsque tout le monde est là. C’est plus drôle. Si je dois ouvrir mon paquet seule à midi, c’est qu’il n’y aura pas d’amies. Enfin si, ma mère est là. Elle se pense suffisante, elle s’imagine peut-être qu’elle est ma copine, et pourquoi pas la meilleure tant qu’on y est. Ruban rouge, agrafes, papier de soie, je fais tout sauter. C’est une robe, quelle surprise ! Une robe blanche de princesse : perles, dentelles, frous-frous et tralalas, c’est le comble de la joie. Mais pourquoi en faire des tonnes pour une surprise si banale ? Eh bien, parce que la surprise n’est pas là. La robe est la première étape de la surprise. La douche et la brosse à cheveux sont la seconde. Il faut se presser, nous allons être en retard. Elle en tremble au point de m’enfoncer les poils de la brosse dans le cuir chevelu. C’est une belle surprise qui m’humidifie les yeux. Elle est désolée mais il faut vraiment se presser, nous avons rendez-vous avec mon cadeau, ce n’est pas rien.

Une salle polyvalente, une lumière jaune, du carrelage blanc, des fanions multicolores frétillants, nous sommes loin du palais de conte de fées. En parlant de fées, il y en a tout autour de moi. C’est un château moche avec des princesses partout. Les parents sont là, posant des diadèmes, ajustant les ourlets, prenant des photos ; ils sont fiers, souriants, angoissés, je les comprends, c’est quelque chose d’être les parents d’une princesse. Cela ne fait-il pas de vous un roi ou une reine ?
La mienne, de reine, me tend mon numéro. Elle me conseille. Tu dois seulement marcher délicatement vers le trône, enfin l’estrade. Tu dois sourire mais pas trop, recommande-t-elle, c’est tout, c’est simple. Elle semble rassurée depuis qu’elle est arrivée. Elle croit en mes chances. Pour elle je suis plus belle que les autres. Je vais donc les écraser. Voilà ma surprise, mon cadeau, humilier d’autres petites filles. Sur le moment, je ne vois pas les choses comme ça, évidemment. Et ça marche. Je fais quelques pas, quelques sourires, quelques demi-tours et me voilà reine de beauté. C’est assez simple d’être Cendrillon. Pour une surprise, quelle réussite. Mon titre me donne droit à un cadeau, encore un, un coffret de maquillage. J’ai une coupe, une robe et du rouge à lèvres. Un sacré anniversaire. Quelle petite fille ne rêve pas d’être la plus belle des princesses ? Quasiment aucune. Je suis très heureuse, j’ajuste ma couronne, je suis fière de moi, ma mère ne touche plus terre et, pourtant, cette victoire est le début de l’enfer.
J’ai souvent changé d’aspect dans ma vie, mais je n’ai jamais changé de prénom ni de nom. Voilà deux choses stables chez moi, mon prénom et mon nom. Ce sont les seules. Elizabeth Vernn, deux mots qui permettent de faire le lien entre ce que je suis aujourd’hui et ce que j’étais à la naissance. Depuis le jour de mes sept ans, mon corps et moi faisons chambre à part. L’éloignement s’est fait progressivement. Nous nous sommes séparés car pour rester bien dans ma tête, il fallait que le jugement des autres sur ma peau ne me concerne plus.

Après ma victoire, en rentrant à la maison, je m’appartenais encore. C’était l’euphorie. Nous avons dansé dans le salon avec ma mère, sauté partout. Elle m’a couverte de baisers, de compliments, de regards doux. J’étais vraiment la plus belle, pas de doute. Lorsque mon père est rentré, il semblait soulagé de voir que j’avais gagné. Il m’a félicitée, il s’est félicité de la joie qui régnait dans son foyer. Il ne voyait pas souvent son épouse de bonne humeur. Mes parents ne s’entendaient plus vraiment, depuis longtemps. Alors si ce concours de mini-miss couronnait sa fillette et rendait sa femme guillerette, pourquoi s’en priver ?

Dommage, en effet, de s’arrêter en si bon chemin. Un titre de princesse ça se défend, ça s’entretient. Avant de quitter le château moche, maman a raflé tous les formulaires d’inscription et les prospectus de présentation. C’est bien simple, il y a des concours de mini-miss partout et tout le temps. Mais comme je n’étais plus n’importe qui, que je ne pouvais pas m’abaisser à participer à n’importe quoi, la Reine mère a sélectionné une compétition à mon niveau. L’idée me plaisait, pensez donc, j’étais une petite fille anonyme et bien tranquille, une robe, des sourires, une pirouette et me voilà reine de beauté. Pourquoi ne pas recommencer ? J’étais belle, il fallait en profiter. En sortant de l’école nous allions faire les boutiques à la recherche de l’écrin qui me permettrait de briller encore une fois. C’était vraiment sympa. Ma mère me regardait autrement, je me regardais différemment. Notre vie avait changé.
Je n’avais jamais rien gagné auparavant. Je n’avais jamais vraiment cherché à gagner quoi que ce soit d’ailleurs. Je faisais de mon mieux et ça me convenait. J’étais une bonne élève, sage et sérieuse. J’aimais apprendre, me rendre à l’école tous les matins me plaisait. J’avais des copines, la maîtresse m’appréciait, tout allait bien. En fait, je ne me posais pas de questions sur ma condition, mais forcément lorsqu’on devient une princesse tout change. On le dit, on en parle, on ne peut pas faire autrement, on devient un peu populaire, ça a des avantages. Des inconvénients aussi, ça crée des jalousies, des changements de comportement, on ne peut plus faire comme avant. À la sortie de l’école, certaines mères vous dévorent des yeux, d’autres vous ignorent, quelques-unes vous fusillent du regard. Il y en a une qui est venue dire à ma mère tout le mal qu’elle pensait de mon statut de princesse. Quelle idiote, de quoi je me mêle ? ai-je pensé sur le moment. C’est de la jalousie, a conclu ma mère, troublée par les sombres desseins qu’annonçait cette femme pour mon futur. Je repense souvent à elle.

Mais lorsqu’on est sur la rampe de lancement, il est inutile et dangereux de regarder ce qui se passe autour. Il faut regarder devant soi. Et devant nous, c’était trois semaines après ma victoire, une compétition plus élaborée. Il y aurait trois passages et donc trois tenues. Nous avons vécu, ma mère et moi, trois semaines de grâce. Elle me traitait un peu comme son égale, me demandant mon avis, mes envies. Nous regardions des magazines pour observer les poses des mannequins, je les imitais. J’ai réappris à marcher, je me suis entraînée à sourire. Tout ce qu’on fait naturellement, il fallait le faire différemment. Il fallait le faire mieux. Le vendredi soir en sortant de l’école, nous avons répété encore et encore, jusque très tard. C’était la première fois que je me couchais après minuit. Je me souviens d’une immense fatigue et d’une grande satisfaction en allant au lit. Petit à petit la fatigue sera un simple vide et la satisfaction un lointain souvenir.

La compétition se déroulait dans un bled dont j’ai oublié le nom. C’était assez loin, je me souviens, trois ou quatre heures de route. Le château, géant, était aussi moche que le précédent. Toujours du carrelage blanc, des lumières crues, des murs jaunes, des posters de mini-miss scotchés partout mais à hauteur d’enfant, ça m’avait marquée. On n’était pas seulement en compétition avec les fillettes présentes mais avec les championnes d’avant. Les reines du passé nous regardaient dans les yeux avec un air de défi. Essaie d’être aussi belle que moi si tu en es capable, suggéraient les regards pailletés. L’ambiance n’était pas aussi sympathique que la première fois, c’était plus professionnel. Il s’agissait de se qualifier pour avoir accès au prochain concours. Alors forcément, avec un tel enjeu, personne n’était là pour s’amuser, surtout pas les parents qui rappelaient à leur mini-championne l’importance de la mission, l’enjeu, le prix des tenues, la longueur du trajet, les heures de répétition.

On peut devenir princesse à trois ans, il faut le savoir. C’était déjà le cas il y a très longtemps dans les vieilles monarchies du Vieux Continent et ça arrive encore au royaume de Floride dans le comté de Miami-Dade. Je l’ai découvert ce jour-là et, pour être sincère, j’ai trouvé ça mignon. Le concours commence par les bébés. C’est bien organisé, leur capacité de concentration est moins forte. Un défilé de mannequins de moins d’un mètre, parfois avec des couches, c’est ravissant. Ils trébuchent, pleurent, sourient, hurlent, éclatent de rire, ils font n’importe quoi. Les bébés n’ont aucune conscience professionnelle. Certains parents le déplorent. La catégorie suivante est plus digne, plus sérieuse, à cinq ans on est grand et plus obéissant. Les chorégraphies sont apprises, plus ou moins appliquées. Je me souviendrai toujours de la numéro trois. Michelle aimait la glace au chocolat, la cuisine mexicaine, adorait écouter de la country avec ses parents et bien sûr voulait un jour devenir Miss America. Peut-être est-ce la cuisine mexicaine, la glace, la démesure de l’objectif final ou tout simplement d’apercevoir son père la filmer et sa mère se ronger les ongles mais la charmante Michelle s’est vidée sur l’estrade. De la merde partout dans ses frous-frous et la musique country qui continuait à brailler. La stupéfaction est telle que personne n’éteint la musique, le spectacle continue et Michelle se sent obligée de remuer les fesses, les bras. Son visage est pourpre, sa robe est marron et elle se dandine en regardant ses parents, le jury. Elle est perdue. Bien entendu tous les enfants rient, certains adultes aussi. Les jurés sont embêtés et la chanson semble ne pas vouloir se terminer. Michelle avait appris une longue chorégraphie, elle s’accroche à ce qui lui reste de souvenirs, un pas en avant, une main sur la hanche et termine par une révérence en pataugeant dans ses excréments. J’ai ri, comme les autres enfants. Ma mère me dit que ça peut arriver, que ce n’est pas grave, elle semble un peu embarrassée. Le président du jury parle dans son micro, vite et fort, il raconte n’importe quoi pour meubler pendant que le père de Michelle nettoie l’estrade. Elle sera deuxième dauphine, il ne faut pas la décourager, elle peut encore devenir Miss America si elle arrive à contrôler son stress et ses sphincters.

C’est au tour de ma catégorie, la scène est encore humide et sent l’eau de javel. Tout va pour le mieux. La concurrence est rude. À trois ans, ce sont les parents qui décident pour leurs enfants. À sept ans, on entre dans la coproduction. Les enfants sont parfois volontaires, en tout cas ils finissent par l’être, on forme une équipe familiale, ça ne plaisante pas, on se concentre. Ma voisine a des faux cils et demande avec sérieux à son père de vérifier plusieurs points sur son costume, un bouton menace de se détacher. Vite maman, du fil, une aiguille, il reste deux minutes. Elle est agacée car sa mère ne va pas assez vite. Cette fille me fait peur. Elle gagne. Je suis deuxième.

Tu te rends compte maman, elle a fait caca partout, dis-je en riant dans la voiture. Elle devait être malade, ça arrive me répond-elle. Puis, avec un peu de sévérité, elle constate que nous n’avons pas assez travaillé. En rentrant à la maison, je me souviens l’avoir entendue dire à mon père, des faux cils sur une gamine de sept ans, non mais t’imagines, certains parents exagèrent. J’aurais des faux cils deux mois plus tard.
« J’aime pas les lundis » a déclaré Brenda Ann Spencer aux flics qui l’ont arrêtée après sept heures de fête foraine sur des cibles humaines. Elle venait de jouer au ball-trap en tirant sur les enfants de l’école qui se trouvaient sous sa fenêtre. Elle a tué le Principal de l’école et le gardien aussi. Je suis née en 1989, dix ans après cette fusillade. Pour Noël, le père de Brenda lui avait offert une carabine 22 long rifle semi-automatique à lunette. Il y a des cadeaux dangereux. La carabine de Brenda a tué deux personnes et blessé une demi-douzaine de gosses. Après la grosse Bertha, la petite Brenda. Ma robe de princesse a fait une victime, mon corps. Les concours de mini-miss ont flingué bien plus de corps que la carabine de Brenda Ann Spencer, une hécatombe silencieuse. Pendant les cinq ans qu’ont duré ces week-ends de concours, je peux affirmer que j’ai adoré les lundis.

Figurez-vous que je n’étais pas si belle que ça, enfin pas assez. Il y avait toujours plus belle que moi. J’avais un physique de deuxième. Je ne suis plus jamais montée sur la première marche du podium, ce qui me rendait un peu triste, du moins au début, et agaçait la Reine mère. Sans que je ne lui aie rien demandé, elle m’avait foutu un shoot de gloriole en intraveineuse. Comme toutes les drogues, je le vérifierai plus tard, il faut continuer pour maintenir l’euphorie, sinon c’est la descente, la tristesse, le dégoût de soi, et celui des autres aussi, si si. Après des mois de défaites, je me suis mise à détester ma mère, les jurés et toutes les concurrentes. Ce n’est pas avec une carabine que j’aurais réglé ça mais avec un lance-flammes. Si mon père m’en avait offert un pour Noël, j’aurais cramé les châteaux moches et tous leurs habitants. J’aurais transformé les princesses en torches, les jurys en feu de joie et ma mère en chandelle, un Colombine enflammé.
Mais au fond de moi je voulais malgré tout y retourner, pour gagner une nouvelle fois. J’ai quand même été volontaire pendant quelques années, j’ai ma part de responsabilité, j’imagine. J’avais une boule dans l’estomac toute la semaine, et je pensais que gagner à nouveau la ferait disparaître. Rien n’est jamais simple avec l’orgueil. Je commençais sérieusement à haïr ma mère mais je voulais encore lui offrir un succès. Je me détestais mais je voulais encore qu’on m’aime. Il faut dire que la première victoire avait été d’une simplicité incroyable. Je crois que j’avais seulement un peu de fard sur les paupières, préparation rudimentaire. On appelle ça la chance du débutant. Mais après la chance, il faut du travail, des efforts et des artifices. Le travail, ce sont des répétitions tous les soirs après les devoirs, ça va. Les efforts, ce sont des restrictions tous les jours sur tout ce qui est bon, ça passe. Les artifices, c’est plus compliqué. Pour moi ça commençait dès le vendredi soir lorsque le coiffeur de ma mère venait m’épiler les sourcils. On enlève les poils sur les sourcils le vendredi soir car il faut laisser le temps aux rougeurs de disparaître et on en met de faux sur les cils le samedi matin pour que ça tienne bien. »

Extraits
« Il n’y a pas de limite pour certains parents puisque ce sont leurs enfants qui se farcissent le traitement de leur propre maladie. Je ne pouvais pas m’entraîner pour régler celui de ma mère. Alors elle a tiré sur toutes les manettes en même temps, comme un scientifique détraqué. Si je n’étais pas assez belle pour gagner, il fallait que je devienne plus sexy, plus femme, plus provocante, en clair que je devienne plus excitante. Sur les photos de mon avant-dernier concours, c’est bien simple, je ressemble à une pute, une pute de douze ans. Et sur une de ces photos, ma souteneuse me tient par la main, et elle a de ces yeux, mon Dieu, de ces yeux. Si vous pouviez voir cette image, ça m’éviterait d’écrire tous ces mots. » p. 37

« J’ai grandi et j’ai grossi à toute vitesse. En deux ans et j’ai changé totalement d’apparence, C’est bien simple, entre mon dernier concours de Miss et le début de ma seconde année de pension, je mets au défi quiconque de reconnaître la même personne. C’est impossible. Même moi, je n’y parviens pas. Souvent, le week-end, je regardais les nombreuses photos de la Princesse Kodak que j’avais été, et dans le miroir, la boule de graisse géante que je devenais, et je ne trouvais aucune ressemblance entre ces deux personnes. J’avais le sentiment d’être un ogre, le sentiment que je pouvais rentrer dans la photo et prendre cette petite chose fragile dans ma main comme King Kong avec la blonde. Je mangeais tellement de gras, mon estomac était si plein que j’avais des remontées acides qui rongeaient mes cordes vocales. » p. 67-68

« Quand vous tenez la queue d’un homme dans votre main, vous le tenez tout entier. Vous avez sa vie entre vos doigts, son passé, son présent et son futur, ses fantasmes, sa jouissance et ses souvenirs. Quand vous avez compris ça, vous avez le pouvoir. J’ai été puissante. » p. 74

À propos de l’auteur

Portrait d'Olivier Bourdeaut, Paris, 1er fevrier 2021

Olivier Bourdeaut © Photo Sandine Cellard

Olivier Bourdeaut est né au bord de l’Océan Atlantique en 1980. L’Éducation Nationale, refusant de comprendre ce qu’il voulait apprendre, lui rendit très vite sa liberté. Dès lors, grâce à l’absence lumineuse de télévision chez lui, il put lire beaucoup et rêvasser énormément.
Durant dix ans il travailla dans l’immobilier allant de fiascos en échecs avec un enthousiasme constant. Puis, pendant deux ans, il devint responsable d’une agence d’experts en plomb, responsable d’une assistante plus diplômée que lui et responsable de chasseurs de termites, mais les insectes achevèrent de ronger sa responsabilité. Il fut aussi ouvreur de robinets dans un hôpital, factotum dans une maison d’édition de livres scolaires – un comble – et cueilleur de fleur de sel de Guérande au Croisic, entre autres.
Il a toujours voulu écrire, En attendant Bojangles en sera la première preuve disponible. Suivront Pactum Salis (2018) et Florida (2021). (Source: Éditions Finitude)

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Les corps conjugaux

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 RL2020

En deux mots:
Quand Alice est élue reine de beauté, sa mère imagine tenir sa revanche de paria, mais sa fille choisit une autre voie et part pour Paris. Faute d’emploi, elle y trouvera l’amour auprès de Jean. Mais au lendemain de leur mariage, la révélation d’un secret de famille va faire basculer sa vie.

Ma note:
★★★★ (j’ai adoré)

Ma chronique:

L’amour tabou

Sophie de Baere confirme son talent avec un second roman qui suit le parcours d’une jeune fille bien décidée à réussir sa vie. Mais au lendemain de son mariage, tout s’effondre…

Après La dérobée qui signait des débuts réussis en littérature, Sophie de Baere confirme son talent avec ce second roman qui nous réserve à nouveau un lot d’émotions, quand une belle histoire d’amour plonge dans le drame. Mais n’anticipons pas. Nous partageons le quotidien d’une famille d’immigrés napolitains. Le père est couvreur, la mère couturière. Alice, la narratrice, vit avec son frère aîné Alessandro, handicapé mental et sa sœur Mona. Un quotidien d’autant plus difficile que son père a fui le domicile familial quand elle avait neuf mois, puis est décédé en tombant d’une échelle 12 ans plus tard.
Alors sa mère n’a qu’un rêve, donner à sa fille un avenir plus reluisant. Elle ne ménage pas sa peine pour la parer des plus beaux atours, pour faire de sa beauté un atout. Le 21 juillet 1983 – Alice a alors seize ans – Silvia Callandri tient sa revanche de macaroni, sa fille vient d’être élue Miss Sainte-Geneviève. Le début d’une carrière de modèle et de reine de beauté. Mais une carrière plus dictée que voulue, tout comme les études d’esthéticienne qu’elle entame sous l’injonction maternelle.
«Et puis Alessandro meurt. Mon frère, le tiot. Celui qui déposait le ciel sur la terre. L’enfant éternel qui hurlait l’alphabet et les jours de la semaine sous le vent mauvais de la route toute proche.» L’enfance d’Alice part avec son frère. Désormais, c’est elle qui choisit sa vie, même si cela doit faire de la peine à sa sœur.
À l’orée de ses 20 ans, elle part pour Paris où elle cumule un emploi de standardiste dans un magasin de literie et des cours du soir. Mais rien ne va se passer comme prévu. Elle rate son bac de quelques points et se retrouve au chômage. Trop fière pour rentrer en Normandie, elle va trouver du réconfort auprès de Jean, son voisin enseignant. Une nouvelle vie qui commence, conjugale.
Alors que tombe le mur de Berlin elle met au monde Charlotte. Des années de bonheur l’attendent, ternies par la rancœur de sa mère et les soucis de sa sœur Mona, qui se retrouve fille-mère, sans oublier l’attaque cardiaque de sa mère à la veille de son mariage.
Tout bascule quelques jours plus tard, lorsque Silvia décide de solder les comptes et va livrer à Alice les secrets de famille. Et ils sont terribles. La déflagration va provoquer des dégâts irrémédiables: «L’ogresse m’a tout pris. Mon enfance. Mon mariage. Ma fille. Ma dignité.»
Le récit se scinde alors en deux. On suit d’une part l’errance d’Alice, qui ne peut affronter son mari et sa fille, et qui choisit la fuite. Avec l’aide de Mona elle va se construire une nouvelle vie.
Et d’autre part le parcours de Charlotte et de son père, qui ont longtemps espéré le retour d’Alice, sûrs de son amour pour son mari et sa fille. Au fil des jours, ils devront pourtant se résigner sans comprendre. Leurs efforts pour découvrir la vérité ne seront pas couronnés de succès. Si Charlotte avait porté plus d’attention à la représentante en cosmétiques… Deux vies suivent leur chemin, mais restent reliées par un fil invisible qui ne va pas se rompre…
Grâce à cette construction, Sophie de Baere a réussi à instaurer une tension permanente. Les personnages sont constamment sur le fil du rasoir. Les émotions, de plus en plus vives, empêchent les acteurs de ce drame de s’engager vraiment, de vivre «normalement» et même de vivre. La définition du terme tabou, «ce que l’on ne doit pas toucher», prend ici tout son sens. Tragique et infranchissable.

Les corps conjugaux
Sophie de Baere
Éditions JC Lattès
Roman
336 p., 20 €
EAN 9782709665865
Paru le 22/01/2020

Où?
Le roman se déroule en France, d’abord en Normandie, vers Le Havre, Bolbec, Bayeux, puis à Paris et région parisienne, à Courbevoie, Meudon, Melun. Le voyage se poursuit du côté de Vert-Saint-Denis, Dammarie-Les-Lys, Rouen, Charleville-Mézières, Laon, Saint-Valéry-sur-Somme, Le Crotoy, Le Tréport, les Alpes de Haute-Provence et un village de l’Aveyron. On y évoque aussi Clermont-Ferrand, des vacances en Ardèche et à Saint-Raphaël ainsi que Naples.

Quand?
L’action se situe de nos jours.

Ce qu’en dit l’éditeur
Fille d’immigrés italiens, Alice Callandri consacre son enfance et son adolescence à prendre la pose pour des catalogues publicitaires et à défiler lors de concours de beauté. Mais, à dix-huit ans, elle part étudier à Paris. Elle y rencontre Jean. Ils s’aiment intensément, fondent une famille, se marient. Pourtant, quelques jours après la cérémonie, Alice disparaît. Les années passent mais pas les questions.
Qu’est-elle devenue? Pourquoi Alice a-t-elle abandonné son bonheur parfait, son immense amour, sa fille de dix ans? Portrait de femme bouleversant, histoire d’un amour fou, secrets d’une famille de province  : ce texte fort et poétique questionne l’un des plus grands tabous et notre part d’humanité.

Les critiques
Babelio
Lecteurs.com

INCIPIT (Les premières pages du livre)
« Prologue
Nous sommes désormais mari et femme. Notre grande fille Charlotte nous sourit, béate. Plongeant mes lèvres dans ton cou, je savoure les applaudissements.
Ivre de l’instant, je ne vois pas la figure mouchetée de Silvia, ses yeux exorbités, sa peau virant à la terreur, son corps de pierre qui se met à trembler en dedans. Je ne vois pas cette mère forteresse qui semble avoir percuté un fantôme.
Je ne sais pas encore que, quelques jours après mon mariage, ce fantôme m’obligera à quitter ma belle vie, à disparaître pour de bon.
« SORTIR DE LÀ OÙ L’ON EST »
Mes parents, des immigrés d’origine napolitaine, me prénomment Alizia mais, à part ma famille, personne ne m’appelle jamais ainsi. Je suis Alice. Je veux m’intégrer. Et puis j’aurais aimé vivre au pays merveilleux de Lewis Carroll.
Je nais le 22 avril 1967 à l’hôpital public du Havre, en Seine-Maritime, et j’atterris là. À Bolbec. Dans cette maison à caractère social, c’est-à-dire sans caractère. Derrière ce grillage, ces thuyas et ce portail rouillé. Une lueur frémissante dans une nuit qui grisonne. Une demi-mesure, un ventre mou. Pas vraiment la misère. Ni le faste.
C’est la fin de l’automne. J’entends le chien remuer les feuilles avec sa truffe devant la porte d’entrée. J’ai quatorze ans et, comme chaque matin, pendant que je trempe ma tartine dans le café au lait, j’observe mon frère aîné. Le front collé à la fenêtre, Alessandro guette le facteur. Les yeux avides, il imagine quel timbre va rejoindre sa collection.
Il ne va pas à l’école et n’a pour compagnes de jeu que ses sœurs, Mona et moi. Son visage de presque homme abrite des rêves d’enfant, sa bouche sourit et ses yeux pleurent comme un tout petit. D’un soupir, il soulève mon cœur. D’un sanglot, il lui échappe. Sa langueur et son ivresse ont l’âge des tricycles et des balançoires. À la naissance, sa cervelle de pinson a manqué d’oxygène et il est devenu singulier. Mongol, disent les gens. Et il restera pour toujours le tout petit de la famille. Le tiot.
Au fur et à mesure qu’elle avance, la route du tiot s’efface et il n’en garde jamais aucune trace. Chaque jour, chaque heure, chaque minute est un recommencement. Son absence de mémoire fait de lui un roi innocent et riche d’un trésor inouï : celui de la découverte ardente, de l’émerveillement perpétuel. Sans la poudre des souvenirs, le tiot vit tout instant comme une nouveauté. Comme un trouble délicieux.
Avec un immense intérêt, il regarde les mêmes livres et les mêmes catalogues. Avec un réel plaisir, il avale les pâtes-bolognaise ou le steak-haricots verts que notre mère, Silvia, lui sert un soir sur deux. Chaque matin, il apprend l’alphabet, les nombres et les jours de la semaine. Ceux de mon frère se suivent et se ressemblent mais pour lui, rien, jamais, ne demeure semblable. Le tiot se souvient seulement des figures aimées : celles de ses sœurs, de sa mère et de Georges, le facteur.
Le père nous quitte lorsque j’ai neuf mois. Son départ noircit mon monde mais pas celui d’Alessandro. Qu’il est doux parfois d’avoir la mémoire courte.
Je suis la dernière de la fratrie et dans l’air glacé d’un soir de janvier, mon père déserte. Il s’évapore, brisant de chagrin les ailes de notre mère. Le père étant parti pour vivre une vie sans nous, la possibilité qu’elle nous abandonne prend rapidement racine dans mon esprit. L’asile des bras maternels se dentelle d’incertitude.
Quand maman est trop triste, il lui arrive de nous dire qu’il serait plus sage de repartir chez nous, à Naples. Mais chez Mona et moi, ce n’est pas la lointaine Italie. Chez nous, c’est la maison mitoyenne, c’est la rue du lavoir, c’est la France.
À Bolbec, on nous désigne souvent du doigt comme des étrangères. Des macaroni. Mais nous nous y sentons chez nous. Notre sang n’a plus rien de napolitain. Et puis, les flots baveux d’insultes de nos camarades se raréfient à mesure que je grandis.
Le père meurt quand j’ai douze ans. Un accident d’échelle. Maman avait appris qu’il était devenu couvreur près de Clermont-Ferrand. Giovanni Callandri fabriquait des toits mais n’a jamais été fichu d’en mettre un sur nos têtes.
Le père était souvent viré des chantiers pour lesquels il avait été embauché. C’était une grande gueule. Quand il vivait encore avec nous, rue du lavoir, c’était ma mère qui, déjà, faisait péniblement bouillir la marmite. Au début, les coups de sang de son mari l’amusaient et puis, petit à petit, ils ne l’ont plus amusée du tout. Mais elle n’a jamais cessé de les aimer complètement, lui et sa grande gueule de rital.
Depuis l’âge de dix-neuf ans, maman est couturière et travaille à la maison ; cela lui permet de rester avec Alessandro. Elle confectionne d’élégantes tenues pour les dames aisées du canton et quand il lui reste un peu de tissu, elle me fabrique de jolies robes. Mona est un véritable garçon manqué et refuse de mettre autre chose que des pantalons. Alors, pour lui faire plaisir, je me transforme en une poupée docile.
À cette époque, Mona me dit parfois que notre mère fait de moi sa créature. »

Extraits
« 21 juillet 1983. Cette date est ancrée en moi comme une écharde qu’on garde et qu’on prend plaisir, de temps à autre, à regarder suinter.
Ce 21 juillet, c’est la fête de la pomme. Jour de grande affluence et de beaux atours. Partout, autour de leurs vitrines et derrière leurs comptoirs, les commerçants s’affairent. On entend les trompettes de la fanfare retentir au loin, les gradins métalliques font face à l’hôtel de ville.
À la buvette, on sert cidres, bières, liqueurs et autres alcools aromatisés à la pomme. Les stands de barbe à papa, tir à la carabine et machines à pinces ne désemplissent pas. Par la fenêtre des vestiaires, je peux voir trois poneys shetland tourner sans discontinuer leurs ventres efflanqués autour d’un poteau rouge et blanc. Les festivités ont débuté le vendredi matin et doivent prendre fin le dimanche soir avec la chorale des écoliers et le feu d’artifice.
L’élection de Miss Sainte-Geneviève est imminente. Comme chaque année, le samedi en fin d’après-midi, au milieu des décors préparés de longue date par les associations, la Miss et ses deux dauphines vont défiler avec le maire sur un char empli d’enfants déguisés en pommes de toutes variétés. Miss Sainte-Geneviève verra bientôt sa photographie publiée à la Une dominicale du journal local et durant toute l’année, elle assistera aux manifestations les plus emblématiques de la ville. Salon des associations. Foire aux vins de pays. Grande soirée du Football Club. »

« Après le départ du père, ma mère devient une femme tourmentée. Un sanglot cristallisé.
Chacun leur tour, deux hommes tentent pourtant de vivre sous notre toit. Mais l’un comme l’autre se bornent à la libérer parfois de son chagrin, à lui offrir quelques battements de cœur et, quand maman consent à bien vouloir lever les yeux vers eux, à ruisseler près d’elle. Las, ils finissent par partir.
Il faut dire que dans le ciel de Silvia Callandri, le père prend toute la place. Depuis qu’il a quitté la maison, elle s’est exilée sur une sorte de terrain vague. Sur un îlot de brume froide. »

« Maman n’a jamais pu contrôler mon père. Et encore moins mon frère. Alors, elle essaie de contrôler ses filles.
Au fil du temps, vivant une vie domestique au lieu de vivre sa vie de jeune femme, Mona devient sa bonniche. Et moi, je la laisse me voler ma beauté, ma jeunesse et les premiers balbutiements de mon âme. Au soi-disant plus beau de tous les âges, ma sœur et moi sommes deux inquiétudes aux pieds nus. Deux cœurs châtrés. »

À propos de l’auteur
Sophie de Baere est diplômée en lettres et en philosophie. Après avoir habité à Reims puis à Sydney, elle s’est installée sur les hauteurs de Nice où elle vit et enseigne toujours. Elle est également auteure, compositrice et interprète de chansons françaises. Son premier roman, La Dérobée, est paru en avril 2018 aux éditions Anne Carrière. Les corps conjugaux en 2020 chez JC Lattès (Source : Livres Hebdo)

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